N° 6 Transmission mère-enfant
*
L’alimentation du nourrisson
né de mère infectée
par le VIH
Une question complexe
Cas d’étude
( Mouna, 21 ans, est enceinte de 4 mois. Il y a
quelques jours, elle a appris qu’elle était infectée
par le VIH. Mouna a entendu dire que les mères
vivant avec le VIH ne devaient pas allaiter leur
enfant. Elle vous demande conseil.
Que lui répondez-vous ?
(
Les déterminants de la transmis- les femmes vivant avec le VIH d’éviter tout allaite-
ment maternel ; dans le cas contraire, l’allaitement
sion du VIH pendant l’allaitement maternel exclusif est recommandé pendant les 6
maternel premiers mois de vie, ou jusqu’à ce que les critères
AFADS soient remplis.” Cette stratégie mélange à la
Le taux additionnel de transmission du VIH de la fois des critères individuels (risque de stigmatisation
mère à l’enfant, pendant l’allaitement maternel, est sociale lié à l’allaitement artificiel, accès à l’eau pota-
élevé et estimé entre 5% et 20%. Ce taux dépend de ble et des critères collectifs (accès au lait maternisé,
facteurs propres à la mère (sévérité du déficit immu- garantie et qualité d’un suivi postnatal), ce qui la rend
nitaire, importance de la charge virale, état nutritionnel) difficile à comprendre et à mettre en place dans des
et des modalités d’allaitement de l’enfant (durée de programmes opérationnels.
l’allaitement, “mauvaise” prise du sein exposant aux
crevasses et aux mastites, association d’autres
aliments à l’allaitement maternel). L’alimentation de remplacement
Le risque de transmission du VIH est plus important n’est pas sans risques
en cas d’allaitement mixte: la prise d’aliments autres
que le lait maternel fragilise les parois digestives du La première option proposée aux femmes infectées par
nourrisson, qui peuvent alors constituer de nouvelles le VIH est l’alimentation de remplacement, parfois
portes d’entrée pour une contamination par le VIH. dénommée dans le langage courant “allaitement arti-
De la même façon, si l’enfant présente des lésions ficiel”. Elle consiste à ne pas allaiter l’enfant au sein et
inflammatoires de la bouche, comme une candidose à lui donner à la place des substituts au lait maternel
orale rendant la paroi buccale plus “perméable”, le adaptés. Chez l’enfant de moins de 5-6 mois, seul le
risque de transmission est augmenté. “lait maternisé” est recommandé comme substitut du
lait maternel. Ce lait, qui est aussi appelé “lait infan-
tile” (appellation fréquemment employée par les
AFASS industriels qui le produisent), est spécialement élaboré
pour répondre aux besoins spécifiques du nourrisson
Les deux principales options recommandées pour (il existe deux types de lait maternisé, à donner en
l’alimentation du nourrisson né de mère infectée par fonction de l’âge de l’enfant : le lait “1er âge”, formulé
le VIH sont l’alimentation de remplacement et l’allai- pour les nourrissons jusqu’à 5 mois, et le lait “2e âge”,
tement maternel exclusif avec sevrage précoce et ou “lait de suite”, qui se donne jusqu’à 10-12 mois). Le
rapide. Elles présentent chacune des bénéfices et lait animal modifié, trop complexe à préparer, n’est
des risques. Pour aider les femmes à peser le pour et plus une option à proposer. L’alimentation de rempla-
le contre, l’OMS et l’UNICEF ont lancé la stratégie cement, si l’enfant n’est pas du tout allaité par sa mère,
AFADS (AFASS en anglais): “Si l’alimentation de rem- constitue un risque zéro de transmission post-natale
placement est Acceptable, Faisable, Abordable finan- du VIH.
cièrement, Durable et Sûre, il est recommandé pour
Mais elle est difficile à mettre en pratique dans les par le VIH est confirmée, l’allaitement maternel doit
contextes à ressources limitées. Elle nécessite une être maintenu exclusivement jusqu’à 6 mois, puis
motivation sans faille des mères, un appui de leur partiellement à partir de 6 mois quand seront
famille, une hygiène rigoureuse, un accès raisonnable progressivement introduits des aliments semi-solides
à l’eau potable, un suivi régulier du couple mère-enfant et solides.
par le personnel de santé, et des ressources financiè-
res durables pour pouvoir acheter tous les mois le lait Des recherches très attendues
s’il n’est pas mis à disposition gratuitement. Un allaite-
ment artificiel mal conduit peut exposer l’enfant à de De nouvelles pistes sont explorées par la recherche
graves problèmes de santé, parfois mortels (diar- scientifique et médicale pour offrir aux femmes
rhées, malnutrition, etc.). vivant avec le VIH de nouvelles alternatives.
Associer des antirétroviraux à l’allaitement
Un allaitement maternel exclusif maternel : multithérapie antirétrovirale chez la
pour réduire le risque de trans- mère qui allaite ou/et monoprophylaxie antirétro-
mission du VIH virale chez l’enfant qui est allaité – le risque de
transmission du VIH par le lait maternel serait
La seconde option proposée est l'allaitement maternel nettement réduit et les bénéfices de l’allaitement
exclusif avec sevrage rapide et précoce. maternel seraient conservés. Il demeure toutefois
Il est parfois difficile pour les mères, dans certains nécessaire d’évaluer la tolérance chez l’enfant de
contextes socio-culturels, d'allaiter exclusivement cette exposition prolongée à une multithérapie
l'enfant et de renoncer à l'ajout de tisanes ou d'aliments antirétrovirale par l’allaitement.
traditionnellement donnés aux nourrissons. Un Pasteuriser le lait maternel “exprimé (“ou tiré”) :
accompagnement des mères durant la période d'al- des processus simplifiés de pasteurisation sont à
laitement maternel est donc essentiel. Malgré tous l’étude.
les obstacles connus à l'allaitement exclusif, il est
prouvé maintenant qu'un counselling adapté et étroit Mouna
permet d'obtenir de très bons résultats.
L'allaitement mixte n'est donc pas une fatalité ! On doit exposer à Mouna les bénéfices et les risques
Le sevrage de l'enfant doit être rapide (en 1 à 2 semai- de chaque mode d’alimentation. L’allaitement
nes, si possible) et précoce (vers 5-6 mois) afin d'éviter maternel expose le bébé au VIH, mais l’alimentation
que la diversification alimentaire, indispensable à artificielle présente d’autres risques. Un nouveau
partir de cet âge, ne donne lieu à un allaitement rendez-vous doit être fixé avec Mouna pour évaluer le
mixte prolongé. L'arrêt précoce et rapide de l'allaite- rapport bénéfices/risques de chaque méthode au
ment maternel est difficile à mettre en pratique car il regard de sa situation individuelle?
prive brutalement le nourrisson d'une source naturelle
d'apport lacté adaptée à son âge. Une fois sevré, le
nourrisson doit continuer à recevoir des aliments
lactés appropriés à ses besoins, de préférence du lait A retenir
maternisé 2e âge. L'enfant est particulièrement fragile
pendant la période de sevrage. Il est donc primordial
de proposer des conseils nutritionnels et d'hygiène,
Le taux de TME du VIH pendant l’allaitement
ainsi qu'un appui en lait maternisé et en farines
maternel est estimé entre 5 et 20%, suivant la
enrichies.
durée et le type d’allaitement mis en œuvre (exclusif
ou non).
Chez l'enfant dont l'infection à VIH
Le risque de transmission du VIH est plus impor-
est confirmée, continuer l'allaite- tant en cas d’allaitement mixte.
ment maternel L’alimentation de remplacement constitue un ris-
que nul de TME du VIH.
Les risques liés au sevrage précoce ont conduit
l’OMS à ne plus le recommander chez l’enfant infecté L’ a l i m e n ta t i o n d e re m p l a ce m e n t ex p o s e
par le VIH. Pour les nourrissons allaités dont l’infection l’enfant à d’autres problèmes de santé.
En savoir plus
(
^
Le portail de l’OMS sur l’alimentation du nourrisson dans le contexte du VIH (en anglais uniquement)
[Link]
^
Le numéro spécial de Grandir Info sur l’alimentation du nourrisson né de mère infectée par le VIH (201 Ko)
[Link]
Avril 2007