Chapitre 1 : Productivité des Systèmes d’élevage
En Afrique, une proportion importante de la population se consacre à l’agriculture et à
l’élevage dans des systèmes de production diversifiées. Les animaux sont élevés et exploités
dans différents systèmes de production d’une grande diversité., les uns à dominante élevage,
les systèmes pastoraux, d’autres associant productions végétales et animales, les systèmes
agropastorales ou mixtes. Ces systèmes évoluent notamment en raison du développement de
l’agriculture et de la demande alimentaire tant pour les produits vivriers d’origine végétale
que pour les produits animaux.
La diversité des systèmes d’élevage (SE) a été caractérisée et décrite par nombres d’auteurs,
mais il est souvent fait référence à une typologie globale établie par les experts de la FAO
(Steinfeld et al 1996) qui ont proposé des critères de classification.
Typologie Globale de la FAO
Les grands types de SE retenus dans cette proposition de typologie sont donc :
• Les systèmes d’élevages hors-sol des ruminants
• Les systèmes pastoraux
• Les systèmes mixtes pluviaux
• Les systèmes mixtes irrigués
Les autres critères de diversité retenus sont liés au milieu avec trois modalités :
• Régions tempérées et tropicales d’altitude
• Tropiques humides et subhumides
• Tropiques arides et subarides
Cette typologie très générale permet un classement global des SE mondiaux. Cependant, des
typologies plus précises sont souvent établies à partir d’enquêtes et d’entretiens sur le terrain
dans des espaces spécifiques et définis. Elles peuvent être fondées essentiellement sur des
caractéristiques quantitatives et sont alors qualifiées de « typologie structurelles » ou, au
contraire, privilégier des critères qualitatifs permettant une présentation plus fonctionnelle
de cette diversité. Il est aussi possible d’établir ces typologies « à dire d’experts » ou « à dire
d’acteurs », en interrogeant des personnes ressources diverses sur le terrain. Ce sont des
méthodes plus rapides et plus légères qui supposent néanmoins de rechercher de nombreuses
sources d’information, de les confronter et d’en faire la synthèse.
Exemple de typologie des systèmes laitiers
Les systèmes pastoraux (32% du cheptel), les systèmes agro‐pastoraux (67% du cheptel) et les
systèmes intensifs périurbains (1% du cheptel).
I. Les systèmes pastoraux (SP)
Pour les économistes, le système de production pastoral est un système dans lequel l’élevage
procure aux ménages plus de 50% de leur revenu brut (CSFD 2012). Les SP sont caractérisés
par :
• L’activité principale de la famille, consacrée à l’élevage d’herbivores d’espèces
différentes et complémentaires (bovins, camélidés, caprins équidés et ovins) ;
• L’utilisation principales des ressources alimentaires des parcours par les animaux ;
• La mobilité des troupeaux et parfois des familles des éleveurs.
1. La mobilité : une caractéristique essentielle
La mobilité, parfois remise en cause par les États concernés, est maintenant de plus en plus
reconnue comme un moyen essentiel de sécurisation de ces SP. Elle permet à ces éleveurs de
faire face à la grande variabilité des productions fourragères et des possibilités d’abreuvement
dans les zones sèches où ils vivent. Les déplacements facilitent aussi la commercialisation des
produits des produits, en se rapprochant par exemple d’une ville qui assure un débouché pour
le lait et les produits laitiers transformés par les femmes, ou de marché à bétail pour
commercialiser une partie du cheptel. La mobilité est aussi raisonnée pour bénéficier de
meilleures conditions d’échange entre bétail et céréales, notamment dans les zones agricoles,
voire les pays côtiers.
2. Les contraintes
Ces SP évoluent pour tenter de réduire leur vulnérabilité face aux aléas climatiques. Ainsi, les
pasteurs se transforment souvent en agropasteurs et les agriculteurs deviennent de plus en
plus des agro-éleveurs pour diversifier leurs productions et sécuriser leur économie familiale.
En saison sèche, les troupeaux pastoraux qui bénéficiaient traditionnellement d’une partie
des résidus de culture des champs cultivés, sont maintenant de plus en plus en concurrence
avec les cheptels des agriculteurs eux-mêmes. En saison des pluies, en revanche, les troupeaux
de ces agro-éleveurs tendent à exploiter de plus en plus les zones pastorales périphériques de
leurs terroirs pour libérer les zones cultivées consacrées aux cultures pluviales qui enclavent
parfois des zones de pâturages, rendant celles-ci inaccessibles. Ces évolutions se traduisent
donc par de nouvelles concurrences de plus en plus fortes sur les ressources naturelles.
II. Les systèmes agro-pastoraux
On utilise souvent le terme agropastoral pour désigner les systèmes mixtes : ces systèmes de
production associent dans des proportions variables les cultures et l’élevage. La FAO les définit
comme des systèmes dans lesquels la part des résidus et des sous-produits agricoles
représente plus de 10% des rations ingérées par les animaux, ou dans lesquels plus de 10%
des revenus bruts des productions proviennent des activités autres que l’élevage.
Ces systèmes mixtes seraient les plus importants dans l’agriculture mondiale, avec différents
types de combinaison des productions animales et végétales. Selon la FAO, à l’échelle
planétaire, les systèmes mixtes produisent la plus grande part de la viande (54%) et du lait
(90%) mondiaux. C’est le principal type de système de production utilisé par les petits éleveurs
et agriculteurs dans les pays en développement, notamment en Afrique. Ces modalités
d’association de l’agriculture et de l’élevage sont multiples car elles reposent sur une grande
diversité de situations agraires, de plus variables dans le temps. Des dimensions
supplémentaires, notamment environnementale, sociale, culturelle, éthique, s’imposent de
plus en plus aux exploitations agricoles et incitent à prendre en compte les exigences de la
durabilité et de la multifonctionnalité de l’agriculture. L’intégration de l’agriculture et de
l’élevage est une voie importante d’intensification durable des systèmes de production
agricole en régions chaudes avec une agriculture plus intensive écologiquement et une
amélioration de la productivité animale et végétale du système mixte.
1. Relations entre agriculture et élevage dans les systèmes mixtes
Cette association permet des interactions, des synergies positives, notamment en favorisant
des flux entre les activités de culture et d’élevage au sein d’une unité de production ou au
niveau du village, de la communauté rurale ou de la petite région. Elle contribue donc à
l’autonomie et à la viabilité des systèmes de production.
De quels flux s’agit-il ?
• Des aliments destinés aux animaux et provenant en partie du système de culture
(résidus de récolte, adventices, ressources fourragères provenant des jachères,
cultures fourragères…etc.)
• Des éléments fertilisants produits par les animaux (la fumure animale : déjections
fumier) et permettant de fertiliser les champs
• De l’énergie développée par les animaux de trait et de bât en faveur des cultures, par
la culture attelée (divers travaux culturaux : labours, semis, sarclages, buttage…etc.) et
par le transport des biens (intrants agricoles, fumier, fourrage, récoltes)
• Des flux économiques qui participent aussi à ces interactions positives.
Parmi les interactions économiques positives, on peut citer les revenus des ventes des
produits des cultures (cotons arachides, céréales, légumes, fruits…etc) permettant, par
exemple, d’acquérir des animaux ou réciproquement, la vente de produits animaux (lait, œuf,
viandes) finançant l’achat des intrants et du matériel agricole. Les prestations de travail animal
(labour en culture attelé) font également l’objet d’échanges monétarisés entre exploitations
agricoles.
2. Principales caractéristiques des systèmes mixtes
2.1 Diversification des productions et diminution des risques économiques
L’association des productions animales et végétales au sein de l’unité familiale de production
se traduit par une diversification des productions et des revenus qui permet de sécuriser
économiquement l’exploitation agricole par rapport à l’aléa climatique ou aux fluctuations
des prix des produits agricoles. Il y a souvent, dans ces systèmes, une synergie indispensable
entre l’amélioration de l’utilisation de la fumure organique (en qualité et en quantité) et
l’utilisation du transport animal. Sans le recours à cette forme de transport, le paysan ne
pourra pas utiliser rationnellement son potentiel de fumure animale, en raison des distances
à parcourir pour fertiliser ses parcelles agricoles avec cette fumure organique pondéreuse
(fumiers composts…etc.)
Dans les petites unités de production (UP), les quantités de fumure organique sont d’ailleurs
souvent insuffisantes en raison de la modicité du cheptel et du manque de biomasse végétale
pour réaliser des fumiers et des composts de qualités. Pour cette raison, cette fumure
organique limitée est souvent orientée sur des parcelles proches du siège de l’exploitation :
champs de case, vergers…etc.
2.2 Optimisation et réduction de la pénibilité du travail des producteurs
L’introduction d’animaux pour le travail est une voie importante de cette combinaison de
l’agriculture et de l’élevage en Afrique subsaharienne. Elle se traduit par une forte réduction
de la pénibilité du travail manuel et ce seul argument permettrait souvent de justifier le
recours au travail animal. La traction animale procure plusieurs avantages :
• Une meilleure efficacité et une meilleure qualité du travail (labour, sarclage ou
buttage)
• Une plus grande rapidité d’intervention
Globalement, c’est la productivité du travail humain qui peut en être fortement améliorée.
2.3 Amélioration de l’économie familiale, de la trésorerie et de la sécurité alimentaire
La présence d’animaux permet souvent de diversifier dans le temps les revenus de
l’exploitation agricole. De plus la trésorerie au quotidien peut être notablement améliorée
avec des produits animaux tels que les œufs, la volaille, le lait et les petits ruminants.
L’autoconsommation de certains produits animaux contribue qualitativement à l’alimentation
et à la sécurité alimentaire de la famille.
Les produits animaux permettent se sécuriser l’économie et de réguler la trésorerie. La vente
et le paiement des cultures de rente (arachide et coton) s’effectuent, par exemple, après la
récolte, une fois par an, alors que les ventes des divers produits animaux peuvent s’étaler dans
le temps et parfois se décaler dans l’année (animaux sur pied). C’est en raison de cette
souplesse que l’on peut observer autant de labilité de ces animaux dans les exploitations :
accumulation et déstockage sont des facilités offertes aux familles pour réguler leurs besoins
monétaires, dans le temps et en volume. Cette labilité peut aussi permettre à l’éleveur
d’adapter l’effectif de son cheptel aux ressources alimentaires disponibles.
La multifonctionnalité des animaux est un atout important. La vache de trait, par exemple,
peut assurer des travaux légers, produire du lait et des veaux ainsi que du fumier. Cette forme
accomplie de l’intégration de l’élevage et de l’agriculture a permis, dans certains systèmes
agropastoraux, au Sénégal ou au Mali par exemple, une amélioration simultanée de la
productivité des animaux et des cultures.
III. Les systèmes d’élevages industriels
L’évolution vers des formes d’élevage plus intensifs, hors-sol, voire industriel, est moins
marquée dans les pays en développement des régions arides ou semi-arides que dans les pays
industrialisés. Mais les dynamiques sont fortes, notamment pour les espèces animales à cycle
court (volailles, porcs et productions piscicoles) pour des raisons d’efficacité, afin de répondre
rapidement à l’accroissement de la demande en produits animaux des villes.
Pour les ruminants, ces systèmes dits « industriels » ont une importance assez limitée
notamment en Afrique subsaharienne. Les principales contraintes sont : la fourniture
régulière d’aliments de bonne valeur alimentaire, la disponibilité en animaux de races dites
améliorées ayant des performances élevées (lait, croissance), l’accès à des marchés
rémunérateurs et la nécessité de disposer d’un capital pour les investissements.
Une forme d’intensification est observée essentiellement en zone périurbain ou à proximité
des marchés de consommations pour deux types de production, chez les ruminants : la
production laitière et l’embouche intensive. Elle est effective, pour la production laitière, dans
les zones d’altitude où l’affouragement est de meilleure qualité et le climat plus confortable
pour des vaches laitières de races améliorées ayant des productions allant de 2000 à 6000
litres de lait par an.
Figure 1 : Ferme à Wayembane
Figure 2 : Marché de consommation de Touba
Figure 3 : Cheptel à THIEUL