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COURS . Indexation : la conscience, l'inconscient, la
vérité, la liberté, la raison, le travail...+ Étude de l’œuvre
au programme : 2 premières Méditations métaphysiques
de Descartes. (MM)
Introduction :
Nous ne laissons à personne le dernier mot à notre sujet
lorsqu’il s'agit de se connaître ou de se faire connaître ;
nous affirmons que nous savons ce que nous pensons,
disons, faisons. ( « mais je sais ce que je fais ! ») Le
mensonge à soi apparaît d'ailleurs impossible : nous ne
pouvons nous cacher ce que nous savons, nous ne pouvons
ignorer ce que nous connaissons. ( Nous ne pouvons être à
la fois menteur et menti).
Cependant, la connaissance que chacun pense avoir de lui-
même, la conscience qu'il a de lui-même peut s'avérer
partielle et partiale, illusoire. Certaines expériences (lapsus,
actes manqués, passions...) nous font parfois éprouver un
sentiment d'étrangeté à l'égard de nous-mêmes, preuves que
nous ne nous connaissons peut-être pas si bien que cela.
Déjà La Rochefoucauld (1665) remettait en cause cette
connaissance de soi, cette transparence à soi que nous
affirmons spontanément : « l'amour propre est souvent
invisible à lui-même » ou encore « L'esprit est souvent dupe
du cœur ».
Qui se croit généreux n'est en fait que vaniteux. Je crois
faire un don ou un cadeau à un ami, je ne fais que créer une
dette qu'il devra me rembourser (cf ; « le renvoi
d'ascenseur »)... Autrement dit, la signification d'un acte,
d'une parole, d'un sentiment peut nous échapper, peut être
ignorée, cachée ou in-consciente.
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D'où la question : suis-je bien ce que je pense être
spontanément ? La conscience de soi est-elle une
connaissance (vraie) de soi ? Ne faudrait-il pas prendre
conscience de soi pour véritablement se connaître ? Mais
comment prendre conscience de soi ? (ou) Qu'est-ce que
prendre conscience de soi ?
* Première conceptualisation des termes de la question :
– Qu'est-ce que = quelles sont les déterminations,
quelle est l'essence … ?
– Prendre: verbe d'action ==>acte ; connotation active,
dynamique ; acte qui consiste à s'emparer de, à saisir
( prendre un crayon), à se rendre maître de ( s'emparer
d'un territoire), faire sien ce qui était autre. Un acte #
un geste ou une gesticulation. Action = création ; une
réalité nouvelle est construite, créée.
– Que prend-on ici ? Conscience. Étymologie : cum
scire : avec savoir. J'ai conscience de l'arbre dans la
cour : je suis conscient de sa présence, je sais qu'il est
là, et je sais que je le sais. Conscience = Aperception
immédiate de ce qui se passe en nous (ou hors de
nous). Je perçois l'arbre et j'aperçois que je le perçois.
J'éprouve un sentiment et je sais que je l'éprouve, je ne
l'ignore pas. La conscience éclaire le monde intérieur
comme extérieur d'une lumière diffuse ; cette lumière
accompagne chacun de nos « actes » psychiques
( percevoir, éprouver, juger, désirer...)
NB. le savoir (rattaché ou associé à la sphère théorique) et
l'action (rattachée à la sphère pratique) sont
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traditionnellement opposés. Pour savoir, on réfléchit
(retour sur soi, sur sa propre pensée) ; agir, c'est agir dans le
monde, modifier ce monde. 2 mouvements contraires.
Savoir, connaître # agir. Théorie # pratique. Réflexion #
action.
- De soi # de l'autre, d'autrui. La conscience de soi
est savoir de soi distinct d'autrui. Le moi se prend ici
comme objet et essaie de se connaître. Privilège de l'homme
# l'animal qui sent mais ne sait pas qu'il vit. Le moi qui fait
ici retour sur lui-même (retour sur soi) suppose une certaine
permanence dans le temps. cf. Bergson : « la conscience,
c'est le temps » compris comme durée intime du moi. Le
moi suppose qu'on ne vive pas dans un éternel présent ou
un succession de moment présent mais qu'on se souvienne
et qu'on anticipe, qu'on se projette vers l'avenir, qu'on relie
les différents moments du temps (passé, présent, avenir) de
manière à saisir une certaine continuité et identité du
« moi ». Cette relation, amalgame permanent est notre
durée. La conscience est mémoire, saisie du présent et
anticipation. Sans cette conscience comme temps ou durée,
nous ne pourrions comprendre ce qu'on lit, ni écouter une
mélodie. Nous sommes continuité, permanence dans le
temps mais aussi ou en même temps : changement,
écoulement (nos états, nos pensées se succèdent ou plutôt
s'interpénètrent, se fondent les uns dans les autres.)
* Reformulation de la question :
En d'autres termes, quelles sont les déterminations de l'acte
par lequel nous nous rendons maîtres de ce qui se passe en
nous, le saisissons dans sa clarté et le faisons ainsi nôtre ?
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*Recherche du problème posé par la question : chercher
les tensions, les paradoxes, toutes traces de conflit ou
contradiction au sein de la question :
cf. analyse des termes ou première conceptualisation.
prendre nous dirige vers la pratique ; action qui mobilise le
corps ; projection vers le monde pour le changer, qui fait
advenir du nouveau # conscience nous dirige vers la
théorie ; mouvement réflexif ; retour sur soi ; retour sur ce
que existe ou est déjà ce qu'il est # création. Réflexion #
action + Conscience de soi # conscience de l'autre
*Ce qui pose le problème suivant :
La prise de conscience de soi sera-t-elle solitaire, repli
théorique sur soi qui exclut tout mouvement vers l'autre
(que je ne suis pas), en un mot réflexion, ou bien au
contraire mouvement vers l'altérité, action et création,
nécessaire détour par l'autre pour se connaître ? Prendre
conscience de soi serait-ce alors saisir quelque chose qui
existe déjà, ou bien au contraire construire, se faire ?
Quel sera donc le résultat de cette prise de conscience de
soi ? (On juge l'arbre aux fruits). Ne pourra-t-on ultimement
unifier ou articuler réflexion et action ?
Enjeu : se connaître ou mieux se connaître permettait de
mieux se maîtriser, de diriger son existence = Enjeu : la
liberté.
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I. La prise de conscience de soi définie comme
réflexion, méditation ( = thèse) :
Référence exploitée pour soutenir cette thèse : Méditations
métaphysiques de Descartes.
1- Situation dans l’œuvre de Descartes et projet
cartésien :
Descartes a soif de vérité, de certitude, il veut échapper au
doute, aux opinions ou jugements qui ne sont que
vraisemblables voire fausses. La philosophie scolastique
enseignée dans les écoles ne lui semble pas certaine mais
douteuse. CAR « Il ne s'y trouve rien dont on ne dispute
sans fin » ; elle apparaît comme « un palais fort superbe et
fort magnifique mais bâti sur du sable et de la boue » # du
roc !
Il entreprend donc de reconstruire ( après avoir déconstruit
l’ancien) tout l'édifice des sciences ou du savoir en
commençant par les premières vérités ( // premières pierres
pour construire solidement). Il cherche une première vérité
d'abord, qui servira de modèle à toutes les autres. Voir fiche
sur la métaphysique. + texte 1° MM
2- Le moyen pour atteindre la fin = la méthode : le doute
(+ texte 1°MM)
Descartes veut échapper à l'erreur et plus encore au doute, à
l'incertitude, aux opinions (slt) vrai-semblables (#
identiques). Il veut échapper au doute ( aux opinions
douteuses ), c'est pourquoi il doutera (méthode)! Il prend la
résolution (expression d’une volonté libre) de douter de
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tout ce qui lui laissera le plus petit motif de douter. S'il a un
doute, un motif de douter, il révoquera en doute les
jugements douteux. Révoquer = rejeter. Par élimination des
jugements douteux, il entend accéder à une première vérité,
jugement certain ou indubitable. Descartes désire la vérité
et veut aussi le doute comme méthode. Le doute est ici
volontaire (# subi), une méthode de tri afin de séparer le
vrai du faux mais aussi le vrai du vraisemblable, une
méthode de séparation des jugements douteux des
jugements certains. Il veut l'absolue vérité, c'est pourquoi le
PLUS PETIT motif de douter suffira à révoquer en doute
( = rejeter) tel ou tel jugement. Son doute méthodique ( #
sceptique), volontaire ( # subi) se fera radical et même
hyperbolique au cours de ses méditations.
Cependant prendre les jugements (en nombre infini) un par
un pour les passer au crible du doute serait une entreprise
sans fin. Descartes classe donc les jugements en deux
groupes, par catégorie, selon leur origine ou principe : les
jugements qui dérivent des sens et les jugements qui
dérivent ou nous viennent de la raison. Tout ce que nous
affirmons ou nions provient des sens ou de la raison. EX. de
jugements qui nous viennent des sens : « cette tour est
carrée ». C'est ainsi que je la vois. « La musique est forte ».
C'est ainsi que je l'entends. « L'eau est tiède » etc...
EX. de jugements qui dérivent de la raison : « 2+3=5 » ou
« un carré a quatre côtés ». Jugements mathématiques qui
ne doivent rien aux sens.
3- les motifs de douter des jugements qui nous viennent
des sens :
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Texte 1° MM. § 3 et 4 ou texte 9. p 187.
Un constat, une expérience vécue : « j'ai déjà éprouvé
que... » + Conséquence : révocation en doute des jugements
qui nous viennent des sens. Les sens nous trompent parfois
donc on ne peut pas s'y fier. EX. de la tour ronde que, de
loin, je vois carrée. EX. du bâton dans l'eau ( ou de la rame)
que je vois brisé alors qu'il est droit hors de l'eau. Ma
perception était trompeuse ; j'ai dit les choses telles que je
les voyais et je me suis trompé. Maintenant que je cherche
la vérité, je dois reconnaître que je ne peux leur faire
aveuglément confiance et j'ai un motif de douter de ce que
les sens me présentent, je n'ai pas de critère fiable pour
distinguer le vrai du faux ou du vraisemblable. Comment
savoir en effet quand mes sens me trompent et quand ils ne
me trompent pas? On ne peut décidément rien fonder sur
eux. ====> Toutes les sciences faisant appel aux sens, à
l'observation ne sont donc pas la science que je cherche, ne
contiennent pas la première vérité que je cherche et
n'énoncent pas de vérité à proprement parler puisque nous
avons là un motif d'en douter.
NB . Se rappeler de la méthode que Descartes a choisi et
décidé d'appliquer avec résolution, détermination,
constance.
« mais encore que les sens nous trompent quelquefois.... » :
Descartes hésite à révoquer en doute ces jugements qui
dérivent des sens parce que la plus grande partie de nos
jugements tenus pour vrais viennent des sens ( « je ne crois
que ce que je vois ! »). Descartes tente alors de sauver
certains jugements en faisant une distinction : jugements
qui portent sur des choses sensibles et proches # jugements
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qui portent sur des choses peu sensibles et fort éloignées .
EX ? Il en donne lui-même : ex. de jugements qui portent
sur des choses sensibles et proches ( objet : mon corps).
« Et comment est-ce que je pourrais nier (révoquer en
doute » que ...... » = allusion aux fous : il faudrait être fou
pour douter de ces jugements qui portent sur des objets
sensibles et proches et les révoquer, les rejeter comme
n'étant pas la première vérité que je cherche. Nous les
tenons pour des évidences.
« Toutefois... » : le « Descartes qui doute » répond au
« Descartes qui cherche et persévère, qui veut trouver une
première vérité » = Dialogue de Descartes avec le doute.
Ce qui s'appelle penser, réfléchir ou méditer, dialoguer
silencieusement avec soi-même = propositions + objections
i.e motifs ici de douter et ainsi de suite.
TOUJOURS DISTINGUER QUI PARLE : D1 de D2 = à
noter en face de chaque moment au sein des MM.
Nouveau motif de douter, nouveau motif qui conduit à
révoquer en doute TOUS les jugements qui nous viennent
des sens, quelques soient leur objet : l'argument du rêve.
J'ai quelquefois confondu rêve et réalité = un constat, une
expérience vécue ===> Je peux encore confondre + il n’y a
pas d’indices concluants ou certains qui me permettent de
distinguer le rêve de la veille, la fiction du réel ( aucune
certitude pour le moment ) ===>Il se pourrait donc que
rien de ce que j'affirme ou nie, d'après mes sens, ne
corresponde à quelque chose de réel si je suis en train de
rêver, ce qui ne peut pas être exclu. Je ne peux ni affirmer
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ni prouver le contraire.
Pourquoi ? Je ne possède encore aucune vérité ! Je la
cherche !
EX. Je peux rêver que les chats sont roses et l'affirmer, cela
ne veut pas dire qu'ils le sont réellement, c' est-à-dire que
mon jugement peut ne pas correspondre à la réalité.
ICI : la vérité est implicitement définie comme accord ou
adéquation, conformité de mon jugement avec ce qui
EST, avec le réel (# le rêve, la fiction) . L'erreur est le
jugement en désaccord avec le réel.
====> la science ne sera pas fondée sur l’observation qui
conduit à des jugements issus des sens = réfutation de
l’empirisme. CF. HUME. Empirie = expérience sensible
4- Le doute relatif aux jugements qui nous viennent de
la raison :
cf. § 8 -9- MM. Ou Texte 10.p.188
« C'est pourquoi....nous ne conclurons pas mal si nous
disons que.... »
Par élimination ( Descartes vient de révoquer en doute les
jugements qui dérivent des sens), Descartes propose un
autre candidat au titre de science des premiers principes,
premières vérités (= la Métaphysique) : les sciences qui ne
font pas appel aux sens, les sciences purement rationnelles :
les mathématiques dont la géométrie, l'arithmétique...La
question de l'accord de leurs jugements avec le réel, « avec
les choses qui existent dans la nature » ne se pose en effet
pas. 2+3 = 5 ou « un carré a 4 côtés » sont des jugements
qui ne se réfèrent pas à la réalité sensible.
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Ce type de jugement échappe aux deux premiers motifs de
douter des jugements qui dérivent des sens, et en particulier
à l'argument du rêve : « que je veille ou que je dorme »,
2+3=5...
L'argument du rêve vient donc ici échouer.
« Toutefois... » : qui relance la recherche, instille le doute,
introduit un motif de douter …
Descartes se souvient que parmi ces anciennes opinions, il
y a celle de l'existence d'un Dieu tout puissant. Le motif du
Dieu trompeur surgit alors : il se pourrait qu'il existe un
Dieu trompeur qui serait donc capable, parce que tout
puissant, de faire que je me trompe lorsque je compte,
lorsque je fais des mathématiques, lorsque j'utilise
seulement ma raison pour construire mes jugements. Rien
ne m'assure qu'il n'existe pas ; je n'ai encore aucune vérité.
Je ne peux donc écarter cette hypothèse qui devient un
motif de douter des jugements purement rationnels. Je ne
peux affirmer en toute certitude qu'il existe un Dieu bon et
vérace ( un Dieu d'amour et de vérité) qui serait le garant du
bon « fonctionnement » de ma raison, qui m'assurerait que
je ne me trompe pas lorsque je me sers de ma raison.
D'ailleurs, de fait, je me trompe parfois, je fais des erreurs
de calculs...alors même que je pense ne pas me tromper et
fais confiance à la raison.
Il se peut aussi ( aucune certitude du contraire, aucune
certitude à propos de quoi que ce soit d'ailleurs) qu'il n'ait
fait ou créé « aucune terre, aucun ciel, aucun corps
étendu ... » : au passage, Descartes propose un nouveau
motif de douter de ce dont il doutait déjà, à savoir, les
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jugements censés correspondre à quelque chose de réel, les
jugements qui dérivent des sens par lesquels nous
appréhendons le monde, les choses sensibles. Car même si
on dit qu'il est toute bonté, si le monde n'existe pas car non
créé, mes jugements ne seront pas en accord avec la réalité
ou le monde.
L'argument du Dieu trompeur permet d'envisager la
possibilité selon laquelle toutes les représentations qui sont
en mon esprit sont illusoires, i.e. que rien ne leur
corresponde. ( vérité-correspondance toujours). Il se
pourrait qu’aucun de mes jugements ne soient vrais. (# «
tout est faux ». AUCUNE certitude pour le moment.)
Mais l'argument du Dieu trompeur est d'abord et avant tout
destiné à porter le doute sur les jugements purement
rationnels : la confiance en la raison est ébranlée. Il se
pourrait que ce Dieu me trompe, i.e. que je me trompe
lorsque je me sers de ma raison pour faire des
mathématiques par ex., lorsque je compte les côtés d'un
carré et affirme qu'ils sont quatre.
Quelle assurance ai-je de ne pas me tromper lorsque
j'utilise ma raison ? Qui me dit que ma raison est
« fiable » ? Ma raison elle-même ! Mais peut-on être juge et
partie ? Assurément pas. Il se pourrait donc que ma raison
ne soit pas fiable, qu'elle soit mensongère. La confiance que
nous accordons aux mathématiques repose sur la confiance
que nous accordons à notre raison. Mais cette confiance
n'est pas ni raisonnable ni rationnelle car il se pourrait qu'il
existe un Dieu trompeur (= un motif)...
A ce moment, le doute méthodique, volontaire devient
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radical : il va jusqu'à la racine puisqu'il porte sur la raison
elle-même, sur notre faculté de connaître elle-même, faculté
naturelle de distinguer le vrai du faux.
NB. Nous n'avons pas à nous prononcer sur la « valeur » de
ce motif du Dieu trompeur et encore moins sur sa « vérité ».
Nous n'avons encore aucune vérité ! Un motif ne saurait
d'ailleurs être vrai ou faux, il est présent ou pas, il existe ou
pas. De plus, il faut se rappeler la méthode, la résolution
prise au sujet de la méthode : le plus petit motif de doute
suffit à révoquer en doute les jugements douteux (= dont on
a un motif de douter). Le PLUS petit motif suffit car
Descartes veut l'absolue vérité et non le vraisemblable. Il
cherche l'absolument certain : un jugement in-dubitable
( Dubito = je doute).
Transition :
Cependant, Descartes estime que ce n'est pas encore assez
douter, que cet argument ou hypothèse du DT est incapable
de nous faire cesser de croire à tout ce qu'on tient pour vrai
ou a tenu pour vrai jusqu'alors. Les jugements que nous
avons rejetés, révoqués, ont une tendance quasi-invincible
à revenir hanter nos pensées. Nos anciennes opinions ou
« créances douteuses » ont en effet pour elles ou en leur
faveur : - la force de l'habitude + la haute probabilité +
l'utilité. Elles sont familières, hautement probables, utiles à
la vie.
EX. …..........................................
Il n'est pas facile de s'en défaire.
Comment donc conjurer le retour de ces anciennes
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croyances familières, hautement probables, utiles à la vie
mais douteuses, seulement vraisemblables (#certaines) ?
5- La fiction du malin génie . Texte 11.p.189 ou MM
Pour s'obliger à perdre cette mauvaise habitude de croire
vrai ce qui n'est que vraisemblable car familier, probable,
utile, Descartes envisage un malin génie puissant, rusé et
mauvais qui me tromperait TOUJOURS, i.e. qui ferait que
je me trompe lorsque je juge (d'après mes sens ou ma
raison).
Pour ne pas se tromper, il faut prendre le parti de ou
décider de penser qu'on se trompe toujours ! = s'obliger à
penser que l'on se trompe parce que le malin génie nous
trompe(rait). Cela revient à se tromper soi-même non pas
au sens où l'on déciderait de faire volontairement une erreur
mais à tromper (abuser en se servant d'une ruse, d'un
stratagème) en soi cette tendance à croire vrai ce qui ne l'est
pas totalement. Il s'agit de tromper ou d'abuser notre désir
de croire vrai ce qui n'est que vraisemblable. La pente
naturelle de l'esprit est en effet celle-ci : nous affirmons ou
nions trop vite, sans certitude aucune, nous affirmons vrai
ce qui n'est que vraisemblable i.e. douteux. Comme pour
redresser un bâton courbé, Descartes envisage la fiction du
malin génie pour redresser cette courbure de l'esprit, pente
ou tendance naturelle fâcheuse : il s'agira de s'obliger à
identifier le vraisemblable au faux, s’obliger à envisager
que ce qui est hautement probable est identique au faux.
Ainsi je ne me tromperai plus !
Le calcul est simple : je ne me tromperai plus si je pense
que je me trompe toujours !
===>Je suspendrai mon jugement : donc plus d'erreur.
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Descartes passe de la possibilité de se tromper ( DT) à la
volonté décidée de se tromper toujours pour ne pas se
tromper (MG) ! Le malin génie # motif de douter de tel ou
tel jugement.
Il a une fonction psychologique : lutter contre la pente
naturelle de l'esprit.
NB. Manière aussi d'affirmer qu'il n'y a pas d'intermédiaire
entre le vrai et le faux ; pas de degré d'erreur ou de vérité :
le vraisemblable n'est pas « plus » vrai que faux, pas « plus
proche » du vrai que le faux. Idem : to be or not to be : pas
de degrés. On n'existe ou on n'existe pas # à moitié ou au
trois quart.
6- La première vérité : Texte seconde MM.
« Archimède, pour tirer le globe terrestre de sa place... »
RAPPEL / Construction des MM : dialogue de Descartes
avec le doute ou encore : dialogue entre le Descartes
volontaire qui persévère et fait des propositions ( jugements
à passer au crible du doute, au « tamis » du doute pour
isoler une « pépite », trouver du roc) ET le Descartes qui
doute (motif de douter) et qui révoque en doute.
EXERCICE : souligner en continu = Descartes qui
persévère, qui fait des propositions ( de premières vérités)
et en pointillé - - - - - = Descartes qui doute.
– première proposition : il y a un Dieu
– le doute ressurgit : cela n'est pas nécessaire car ...=
révocation en doute + motif de la révocation
– deuxième proposition : je suis quelque chose. Moi qui
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engendre de telles pensées, ne suis-je pas quelque
chose ? Quelque chose = un corps et des sens, un corps
sensible ( ce que la suite du texte permet de préciser).
– Retour du doute : mais j'ai déjà nié que j'eusse un corps
et des sens. = révocation en doute + motif ?? - motifs
de douter des sens, argument du rêve ou même DT.
– Troisième proposition : je peux être sans corps, je suis
un esprit.
– Quatrième proposition : « ne me suis-je donc pas aussi
persuadé que je n'étais point ? » L'expression « mais je
me suis persuadé... » est un rappel de la décision de
douter et du motif du Dieu trompeur mais elle est aussi
l'expression qui va empêcher la suspension du
jugement et faire échec au scepticisme puisqu'une
première vérité surgit : je suis, j'existe si je me
persuade, si je pense quelque chose. Quant bien
même ce que je pense serait douteux ou faux, il est
certain que je pense. Ce que je pense = l'objet de ma
pensée. Dans le moment où je me persuade de quelque
chose, dans le moment ou je pense quelque chose
( vrai, faux ou douteux), en tant que je pense quelque
chose, je suis, j'existe. Même si rien de ce que je pense
ne correspond à quelque chose de réel ( vérité comme
accord du jugement avec ce qui est), je suis en tant que
je le pense, dans le moment où je le pense ou si je
pense.
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La fiction du malin génie vient ici échouer : c'était
« l'assurance tout risque » contre l'erreur = m’obliger à
penser que tout est faux pour ne pas me tromper. En
mettant les choses au pire, si je me trompe toujours, pcq
le malin génie me trompe, je pense. Se tromper est
encore penser quelque chose. Si je me trompe, j'existe.
Si je pense, j'existe en tant que je pense.
Le doute hyperbolique introduit par la fiction du malin
génie se renverse ici en une certitude radicale. Que le malin
génie me trompe tant qu'il voudra, lui-même et sa toute
puissance ne saurait faire que je me trompe lorsque je pense
que j'existe en tant que je pense. J'existe (même) si je me
trompe (en pensant que j'existe!). Tout pourrait être faux, il
se pourrait qu'il n'y ait aucun monde, que je n'aie pas de
corps, moi qui pense cela, j'existe du seul fait de le penser.
Dès l'instant où je pense, j'existe par l'acte même de penser.
La pensée qui doutait qu'il existe quelque chose
(d'extérieur) qui corresponde à ses représentations, ne peut
douter d'elle-même. Si elle en doute, si elle doute qu'elle
doute, cela revient au même : douter, c'est penser. De sorte
que l'on pourrait dire aussi : si je doute, je suis. Si je doute
que je doute, je suis.
NB. L'objet de ma pensée, CE QUE je pense n'a pas
d'importance. Je peux me tromper, cela ne change rien à
l'affaire : j'existe en tant que je pense ou je me trompe.
Statut de cette première vérité : elle n'est pas le fruit d'un
raisonnement car la raison est disqualifiée pour le moment (
cf. le DT). Elle est néanmoins le fruit d'une méthode : le
doute. C'est une intuition intellectuelle : une saisie
immédiate de la pensée en acte par elle-même. Ma pensée
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coïncide en effet parfaitement avec elle-même : rien dans
cette première vérité n'est obscur, confus ou douteux. Cette
première vérité sera le modèle de toute vérité : sera vrai ce
qui m'apparaîtra aussi clairement (sans obscurité : j'ai pensé
tout ce qu'il y a là à penser) et distinctement ( sans
confusion avec une autre idée) que cette première vérité. #
idée obscure et confuse.
Intuition immédiate = coïncidence parfaite de ma pensée
avec elle-même = une évidence = une certitude. Aucune
zone d'ombre. Si j'essaie de rejeter cette idée, elle s'impose
à moi par cela seul que je pense à en douter. Cette première
vérité est une idée claire et distincte, évidente, certaine,
indubitable.
NB. L'existence ne se « déduit » pas ici de la pensée (# je
pense DONC je suis = une déduction, une opération de la
raison). Pas plus que la pensée ne suppose l'existence (#
pour penser, il faut être ; l'existence comme condition de
possibilité de la pensée). La pensée se pose dans l'existence.
Pensée et existence sont ici consubstantielles.
NB. La vérité n'est plus ici définie comme accord de la
pensée avec un objet mais accord, coïncidence de ma
pensée avec elle-même = évidence. « Adequatio intellectus
et intellectus » # « adequatio intellectus et rei ». rei =
choses
7- Que suis-je moi qui suis ? 2° MM. + Texte 13.p. 190
Quelle est mon essence, ma nature, à moi qui existe ?
Question qui ne porte pas sur mon identité personnelle ( cf.
carte d'identité d'un individu unique, René) mais sur mon
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essence, sur l'essence de ce « je » qui existe en tant qu'il
pense.
La question de l'identité appelle des réponses diverses,
variées, multiples, changeantes. (ex. marié, célibataire,
riche, pauvre, chrétien, athée, de droite, de gauche,
diplômé, jeune, vieux, bien portant, malade etc...) Ces
caractéristiques ou déterminations me différencient et
distinguent des autres. Chacun est unique. Chaque individu
est singulier.
La question de Descartes est : que suis-je et que resterai-je,
par delà les changements apparents et in-essentiels ? Je dis
« je » même lorsque je tombe malade alors que j’étais bien
portant. Je peux d’ailleurs perdre ces déterminations
(beauté, statut social…) sans me perdre moi-même. (= argt)
La question porte sur l'essence, sorte de substrat de toute
autre détermination. Le « je » défini ici sera d'ailleurs
universel : chacun est ce « je », ce sujet de la pensée.
Descartes ne fait pas de la psychologie ou de la sociologie
mais de la philosophie : il utilise un « je » universel, qui
parle à chacun, à tous ceux qui font ce chemin avec lui. Ce
« je » ne renvoie pas à l'individu René Descartes mais à tout
sujet qui pense.
Thèse , deuxième certitude ou vérité : je suis une chose
qui pense ou une substance pensante.
Substance : définie par son indépendance et sa permanence.
Posée alors même que le monde est mis entre parenthèses,
alors que je ne suis pas certain qu'il existe ni même d’être
un corps sensible.
La substance n'a besoin que d'elle-même pour exister. Elle
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se soutient elle-même dans l’existence, elle existe par soi et
non autre chose ( le monde ou un corps) ; elle subsiste,
dure, se conserve, d'où sa permanence. Elle est le
« substrat » de la pensée, une détermination qui lui
appartient.
NB. Elle est découverte bien avant le corps, ou la certitude
d'être un corps. Elle est distincte du corps. Je suis certain
d'être une substance pensante bien avant que d’être certain
d'être un corps. Le corps sera défini plus loin comme
substance étendue, occupant un lieu, une place. Le point de
vue est ici celui de l'essence, pas de l'existence. Corps et
âme seront d'essences distinctes mais unis du point de vue
de l'existence. L'homme (#je) sera l'union de 2 substances :
« l'âme n'est pas dans le corps comme un pilote dans son
navire. » cf. action / passion.
Descartes ne dit pas ici qu'il est certain qu'il pense ; il le
savait déjà : voir la première vérité.
Affirmer « je suis une chose qui pense », ce n'est plus
seulement affirmer une activité, c'est désigner une « chose »
ou une « substance » dont on peut dire qu'elle pense.
Mais qu'est-ce qu'une substance pensante ? Qu'est-ce que
penser ?
Une chose qui pense est une chose qui doute, conçoit,
affirme et nie, veut et ne veut pas, imagine et sent.
Penser = douter, concevoir, vouloir, imaginer, sentir
(# digérer)
Passage au crible du doute de toutes ces déterminations ;
puis-je douter de ces déterminations, résistent-elle au
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doute ? Au à l’argument du rêve, au DT, au MG ? :
– Une chose qui doute : le doute appartient bien à sa
nature puisqu'il doute de tout. Il ou je pouvons douter
que nous doutons. Il est évident que nous doutons
lorsque nous doutons.
– Une chose qui entend ou conçoit ( cf. l'entendement) :
cf. concevoir, former des idées. Si le MG me trompe,
il est évident que je conçois bien quelque chose, de
faux en l’occurrence mais je conçois.
– Une chose qui affirme ou nie ( ce qui est conçu par
l'entendement) : j'affirme que j'existe, (même) si je me
trompe ; je nie que je n'existe pas. Je formule des
jugements, il est donc évident que j'affirme ou nie =
actes de ma volonté comme faculté d'affirmer ou de
nier ce qui est conçu par l'entendement.
– Une chose qui veut, ne veut pas = qui désire – cf.
poursuivre ou fuir : qui veut la vérité, ne veut pas se
tromper ==> volonté comme faculté de poursuivre ou
de fuir ce qui est conçu par l'entendement ; vouloir =
désirer dans ce cas. Malin génie ou pas, je veux la
vérité et ne veux pas me tromper ou être trompé. MG
comme moyen de fuir l’erreur, manière de désirer la
vérité.
* la volonté se manifeste dans le jugement, elle statue sur
les propositions ou idées de l'entendement ( elle affirme ou
nie) mais se manifeste également sous la forme d'un désir
qui porte sur des objets conçus par l'entendement et qu'elle
poursuit ou fuit. Cette volonté est infiniment libre.
– Une chose qui imagine : qui forme des images ou
figures des choses corporelles, que ces images
21
renvoient ou non à une réalité quelconque. EX. je
forme la figure d'un cheval en son absence ou l'image
d'une chimère, d’un centaure. Même si je me trompe
ici en imaginant, il est évident que j'imagine.
– Une chose qui sent : qui perçoit et aperçoit quelque
chose par l'intermédiaire des sens. On peut s'étonner de
trouver ici « sentir », dans la liste de mes
déterminations. Descartes doute de l'existence des
choses (objets ===> C.O.D) que l'on peut sentir et
même de l'existence du corps par lequel on sent, du
moins selon l'opinion commune. C'est la substance
pensante qui sent ici, et non le corps. Le corps ne sent
rien à proprement parler : c'est l'âme qui sent
(éventuellement par l'intermédiaire du corps). cf.
anesthésie ; le corps peut être touché, affecté sans que
je sente quoi que ce soit. ex. une coupure.
– *se rappeler ici en quoi consiste le doute : Descartes
doute de la vérité de ses représentations, de l'existence
même du monde, de son corps mais cela ne signifie pas
qu'il ne sent plus rien. Il tient seulement pour illusoire
ce qu'il sent. Je pourrais dormir ou être abusé par le
malin génie, il n’empêche que je sens, que cela
appartient à ma nature d'être pensant ou de chose qui
pense.
En résumé : être une chose qui pense ou une substance
pensante, c'est être une âme ou une CONSCIENCE.
Toutes ces opérations (5) dont je suis capable sont en effet
conscientes : je ne peux pas sentir et ne pas savoir ( scire)
ou apercevoir que je sens ; je ne peux pas vouloir sans
22
savoir que je veux ou imaginer sans être conscient de
l'image que je forme ; je ne peux pas sentir sans savoir que
je sens etc. La conscience est donc : aperception
immédiate de ce qui se passe en moi, en mon âme. Une
pensée in-consciente est ici exclue. Une pensée qui ignore
qu'elle pense est impossible. Alain : « Penser, c'est savoir
qu'on pense. »
************************************************
Bilan des Méditations métaphysiques de Descartes et
Bilan /sujet: « qu’est-ce que prendre conscience de soi ? »
Plan : la notion de vérité ( au total 3 conceptions
s'affrontent + 1 conception = la vérité comme consensus)
– la notion de sujet (# objet) – portée ou postérité des
MM + prendre conscience de soi = méditer + Résultat
• La première vérité ( je suis, j’existe en tant que je pense)
est modèle de toute vérité. La première vérité a le statut
d’une intuition intellectuelle : saisie immédiate, sans
médiation, de ma pensée par elle-même, consciente
d’elle-même. La pensée coïncide alors parfaitement avec
elle-même. Sera vraie toute idée qui m’apparaîtra aussi
clairement et aussi distinctement que celle-là dit
Descartes. Clairement : sans obscurité; j’ai pensé tout ce
qu’il y a à (en) penser : rien ne m’échappe, aucune zone
d’ombre; coïncidence parfaite de la pensée avec elle-
même, consciente d’elle-même, de ce qu’elle pense.
Distinctement : sans confusion possible avec une autre
(confusion = erreur). La vérité est alors évidence qui se
définit par la clarté et la distinction ou encore certitude,
23
indubitabilité. La première vérité est une évidence, une
certitude, une idée indubitable, dont on ne peut douter,
une idée claire et distincte, adéquation, coïncidence de
la pensée avec elle-même.
La VERITE est donc accord, coïncidence de l’esprit
avec lui-même ( de la pensée avec elle-même) et non plus
accord ou adéquation, conformité de l’esprit ( de la
pensée, du jugement, du discours) avec ce qui est, tel
que cela est, accord du jugement avec ce qui est, le réel.
Dire faux, se tromper ou mentir : dire ce qui n’est pas et/ou
tel que cela n’est pas. Ce qui est selon la doxa : le monde
sensible (les « apparences » sensibles et trompeuses selon
Platon), ce que (objet) je sens, perçois, vois, entends... Ce
qui est selon Platon : L’Etre ou l’essence, au-delà des
apparences sensibles. L’accord de l’esprit, de l’idée ou du
discours, du jugement avec les « choses » (= un objet
quelconque), les apparences sensibles renvoie à la
définition commune de la vérité : je dis vrai si je dis ce qui
est, les choses telles que je les vois ou entends etc. Je dis
vrai en revanche pour Platon si mon discours est en accord
avec l’essence, l’être des « choses », si je dis ce qui est
(réellement réel). L’être est ce qu’il est, immuable, éternel,
un, tandis que les apparences sensibles sont changeantes,
multiples, manquent d’être, deviennent, ne sont pas
toujours identiques à elles-mêmes et vouées à la disparition,
mixtes d’être et de non-être, tandis que l’essence, réalité
intelligible, réellement réelle, demeure identique à elle-
même et le jugement peut et doit donc se régler sur elle qui
est la MESURE. TEXTES 4 et 8 de Platon : la connaissance
24
requiert un objet stable sinon la connaissance d’un jour
n’est plus celle du lendemain et n’est donc plus
connaissance ! ( contradiction interne) L’essence ou l’Idée
est modèle, cause et mesure de toute chose sensible et c’est
elle qu’il faut contempler par l’âme, c’est sur elle qu’il faut
régler ( étalon) son jugement si l’on veut dire vrai, dire ce
qui EST. EX. Le menuisier conçoit, contemple l’essence du
lit lorsqu’il fabrique un lit, et non une chaise. Un lit est un
lit en tant qu’il participe de l’essence du lit ( une PART des
caractères essentiels du lit): la vérité des choses sensibles se
trouve donc dans le monde intelligible, le monde des Idées.
Que ce soit la définition commune (Doxa) ou platonicienne
de la vérité, toutes deux ont en commun d’être accord de
l’esprit ou du jugement avec un objet (objet sensible
pour la doxa, objet intelligible selon Platon). Avec
Descartes, la vérité s’affranchit en quelque sorte de l’objet
pour devenir accord de la pensée avec elle-même, certitude.
L’accord de la pensée avec un objet ( sensible ou
intelligible) est en effet invérifiable et impraticable au sens
où il faudrait déjà que je sache ce qu’est la « chose »
( objet) pour juger si mon discours est en accord avec elle !
Il faudrait que je compare l’idée que j’en ai et la réalité elle-
même pour juger de l’accord, de l’adéquation ou du
désaccord, de l’inadéquation, du discours au “réel” sensible
ou intelligible, ce qui est impossible. CF. Argument du
troisième homme.
NB. la vérité définie comme consensus. cf. Sophistes et
Rhétorique
25
*La première VERITE est : « je suis, j’existe en tant
que je pense » , au moment même où je pense et par cela
même que je pense à douter de l’existence de tout, de moi,
du monde, de mon corps et de ce que me livrent mes sens,
des objets que je conçois, que ne me donnent pas les sens :
la figure, l’étendue, le mouvement, les idéalités
mathématiques. Je suis puisque je doute : je ne suis pas un
objet parmi les objets; je ne suis pas même un objet sauvé
du doute, résistant au doute : je suis le sujet du doute et par
là le sujet de la pensée. J’existe non comme une chose ou
un objet mais comme sujet. Ce moment n’est pas le
moment du solipsisme mais le moment de la séparation du
sujet et de l’objet.
La première vérité : je suis, j’existe en tant que je pense
; le second moment pose la question de ce que je suis. Il
faut dire ce que je sais de moi à partir de la certitude, issue
du doute universel, que j’ai de mon existence : il faut donc
rejeter ce que je croyais savoir de moi avant le doute. ( cf.
le doute est une méthode de tri et d’élimination des
jugements douteux). Je croyais savoir que j’étais un
homme. Cette réponse n’est pas rejetée parce qu’elle serait
fausse mais parce qu’elle ne vient pas en son rang (⇒ idées
confuses encore qui surgissent quand il essaie de définir
l’homme : : une âme et un corps, un animal
raisonnable ???). L’anthropologie est renvoyée ici à sa place
qui n’est pas la première. La seconde vérité est « je suis
une substance pensante ». L’esprit se révèle à lui-même
dans l’acte par lequel il se sépare de ce qui n’est pas lui et
avant lequel il traînait dans les choses matérielles, croyant
ne se distinguer d’elles qu’à la façon dont la matière subtile
et légère (cf. Ce que l’on pensait alors de l’âme) se
26
distingue de la matière grossière et dense ( ce que l’on
pensait à l’époque du corps).
Je suis SUJET = une conscience libre au fondement de
mes représentations et de mes actes. Etre sujet est être au
fondement, de l’arbre de la connaissance et aussi de la
morale, une des branches de l’arbre. Mon existence en tant
que je pense et mon essence, ma nature en tant que
substance pensante sont en effet les deux premières vérités,
deux premiers principes. Existence et essence du « moi »
sont ainsi au fondement; le « moi, je » comme pensée
consciente d’elle-même est auteur de ses représentations et
de mes actes : cela définit la notion de sujet. Ce n’est plus
Dieu ou la nature ou l’être (des choses) qui sont au
fondement mais moi (je), comme sujet libre. Ainsi la
connaissance scientifique par exemple s’affranchit de la
religion. Je ne reçois plus mes normes de Dieu ( ex. 10
commandements) ou de la nature en matière de
connaissance ou de morale (ex. le platonisme ou le
stoïcisme : « se conformer à la nature des choses » !) mais
les fonde à partir de moi-même. A l’horizon : la démocratie
# la monarchie de droit divin. Les citoyens ( # les individus
avec leur identité, leurs particularités qui les distinguent et
opposent bien souvent – cf. leur intérêt particulier) pourront
être pensés comme co-auteurs des lois positives. CF. Texte
d’Alain Renaut extrait de « Penser le sujet aujourd’hui »
sur photocopie. NB. Homme # individu ( René) # sujet
“Je suis une substance pensante” est aussi l’affirmation de
ma volonté ou liberté infinie ( penser c’est, entre autres,
vouloir, affirmer ou nier, poursuivre ou fuir ce qui est conçu
par l'entendement) : je suis cette puissance infinie, libre
d’affirmer ou de nier, de poursuivre ou de fuir. Et il n’y a
27
pas à demander des preuves de ce que nous sommes libres
car il faudrait encore exiger des preuves pour prouver les
preuves, des preuves qui décideraient si nous sommes ou
non libres alors que la liberté est dans l’acte même de
décider ! NB. La liberté est bien au fondement, première
= prémisse
Le libre arbitre est le caractère de la volonté : puissance
d'élire ou de choisir, de poursuivre ou fuir ce qu'on a choisi
sans sentir une quelconque force extérieure qui nous
contraindrait. La liberté de la volonté n'implique pas
l'indifférence, comme le veulent les jésuites. Cette
indifférence n'est qu'un défaut de connaissance et le plus
bas degré de la liberté. La volonté se détermine au contraire
d'autant mieux elle-même que l'entendement pense
clairement les termes et les raisons de choisir ceci plutôt
que cela, que l'entendement connaît. Plus je connais, plus je
sais ( science), plus je suis libre.
• D’autres vérités des M.M qui vont avoir un impact, en
particulier sur la physique moderne qui trouve ici son
fondement : plus loin dans les M.M, Descartes saisit que
l’homme est l’union de deux substances, la substance
pensante (2° vérité) et la SUBSTANCE ETENDUE qui
définira le corps comme étendue, occupant un lieu, une
place dans l’espace. Le corps n’est plus défini par ses
qualités : lourd, léger, blanc, noir… mais
géométriquement donc mathématiquement. Cela rend
possible une explication mathématique de la nature ( =
physique moderne). Ainsi « la nature parle en langage
mathématique » (Galilée) et l’on peut en donner une
28
explication qui sera exprimée en langage mathématique,
le corps étant pensé, défini, mathématiquement comme
figure géométrique simplement.
Soit le phénomène physique de la chute des corps ( physis :
la nature, objet d’étude de la physique) . Explication
aristotélicienne de la chute des corps : « un corps lourd
tombe parce qu’il tend à rejoindre son lieu naturel qui est le
bas. » La fumée monte parce que le lieu qui convient à sa
nature (essence) légère est le haut. Physique des qualités et
physique anthropocentrée : cf. lourd, léger, bas , haut /
homme. Le lieu qui convient à la nature du lourd dans un
monde hiérarchisé et non homogène est le bas, comme sa
« maison ». Une pierre lancée est animée d’un mouvement
violent, contraire à sa nature.
L’explication de Galilée est tout autre et ici fondée : la loi
de la chute des corps s’exprime selon une fonction
mathématique : e = 1/2g t2
Plus aucune référence à la nature ( essence), aux qualités,
aux déterminations… Cette physique moderne va
déboucher sur la science appliquée ou technique et
l’homme va devenir « comme maître et possesseur de la
nature », cette dernière étant pensée comme réservoir de
forces sans âme ( voir la mécanique en physique) que
l’homme peut utiliser à son profit, pour les faire servir au
bonheur, au bien-être de l’humanité. Cf. Texte 20 de
Descartes. D’abord on comprend, on explique la nature,
puis on l’utilise : « on ne commande à la nature qu’en lui
obéissant » dit Bacon. CF. Le maître ( l’homme) commande
à une nature qui est exploitable, utilisable et donc
désacralisée. L’homme est par principe « comme Dieu »,
29
omniscient et omnipotent.
• Définir l’homme comme UNION de deux substances,
c’est aussi penser l’âme ou la conscience comme n’étant
pas « comme un pilote en son navire », navire qui serait
le corps. Les deux substances, pensante et étendue, âme
et corps, sont bien distinctes selon l’essence mais non
séparées selon l’existence : l’âme a des effets sur le corps
et inversement, témoignages de leur union. Lorsque
l’âme dirige et met le corps en mouvement, il s’agit d’une
action; lorsque l’âme est mise en mouvement par le corps
il s’agit d’une passion; l’âme pâtit, souffre par exemple.
La douleur d’avoir reçu une enclume sur le pied est bien
consciente, ressentie par l’âme ( c’est l’âme qui sent)
tandis que le pilote qui constate une avarie à la proue du
bateau n’éprouve aucune douleur, il fait seulement un
constat.
NB. Descartes conçoit le corps humain comme une
machine perfectionnée (modèle mécanique) qui n’a pas
d’âme mais est unie à l’âme. Théorie des « animaux-
machines ». cf. les automates. Rien ne nous distingue
alors des animaux si ce n’est la pensée nécessairement
consciente, dont témoigne la parole à propos ( # le
«parler » des perroquets qui n’ont aucun sens de l’a
propos !) . À propos = opportun(e), à bon escient ===>
une âme ou une conscience. CF. Le plombier. Fernand
Raynaud.
• Bilan / sujet « qu’est-ce que prendre conscience de
soi ? »:
30
Prendre conscience de soi peut alors être défini comme
MEDITER, ce qu’a fait Descartes jusqu’ici et nous avec
lui. On juge l’arbre aux fruits qu’il donne ( si un arbre
donne des pommes, c’est un pommier!) Si les deux
premières vérités sont l’affirmation de mon existence et de
mon essence, alors je dispose bien d’une connaissance
indubitable de moi-même et la méditation qui m’y a conduit
est bien prise de conscience de soi : je sais maintenant que
j’existe en tant que je pense, que je suis substance pensante,
sujet, d’abord et avant tout.
Ce n’est pas l’observation du monde, des faits, de moi-
même comme corps qui me délivre la vérité au sujet de
moi-même ( tout cela est douteux) mais bien la méditation
solitaire : ces deux vérités ne doivent rien au monde, rien à
autrui, en un mot : à l’altérité.
Mais qu’est-ce que méditer plus précisément ? Méditer,
c’est se retirer du monde pour ménager un face à face avec
soi-même, le face à face de la pensée avec elle-même,
s’abstraire du monde, des bruits et de l’agitation du monde;
c’est réfléchir, revenir à soi, replier la pensée sur elle-même
pour examiner, se saisir en évacuant de soi tout ce qui n’est
pas soi. (Idée que la vérité sur soi , ou tout autre, est en
soi). Un acte d’attention à soi, d’abstraction, un mouvement
ascétique. Désapprendre, s’alléger, se dépouiller de l’in-
essentiel, de l’accidentel, pour aller à l’essentiel ou
l’essence : révoquer en doute, rejeter toutes les anciennes
créances douteuses, les anciennes opinions qui me
définissaient, avec lesquelles je coïncidais sans être moi-
même mais plutôt «les autres » en tant que nos opinions
31
sont héritées, adoptées sans examen. (cf. Premier cours).
Le sujet que je suis se saisit par la méditation ( repli
théorique sur soi qui exclut tout mouvement vers l’autre)
indépendamment de l’altérité, d’ autrui mais Autrui n’est
pas pour autant négligé ou rejeté ici, bien au contraire. Le
cogito de Descartes est porteur d’une conception humaniste
et non individualiste de « l’autre homme » qui apparaît
comme le même que moi : un SUJET lui aussi. Nous
pouvons en effet tous faire le chemin de Descartes et dire
« ego cogito ». Le moi de Descartes n’est pas celui de
l’individu René Descartes. L’individu avec son identité
propre se distingue de l’autre, voire s’y oppose. Le sujet est
universel. Il désigne, définit TOUT homme s'il pense, dans
le moment où il pense, en tant qu’il pense, en tant qu’il
est l’auteur de ses pensées, celui qui décide librement de ce
qu'il pense, choisissant d’affirmer ou de nier ce qui est
conçu par l’entendement, choisissant de poursuivre ou de
fuir telle ou telle fin c’est-à-dire de diriger son existence.
(Le plus haut degré de liberté étant de choisir le parti le plus
raisonnable et non de laisser le hasard décider pour nous en
étant indifférents ou ignorants ou moutons.)
Transition, objection : texte de Nietzsche
Un petit fait : « Une pensée vient quand elle veut et non
quand “je” veux ». (cf. venir ou partir) ===> Je ne suis
plus certain d'être l'auteur ou le sujet de ma pensée, un sujet
ou une conscience infiniment libre = maître de ses pensées.
N'aurais-je pas les pensées de ma complexion ? Le corps
pense, sans conscience ===> la conscience comme
32
aperception = notre plus mauvaise part ! - parce qu’ elle
s’enracine dans la faiblesse ( besoin et demande d’aide à
formuler ) + la conscience morale et libre : une invention
des faibles pour créer de la culpabilité.
Il se pourrait donc qu'il existe un en-deça ou un au-delà de
la conscience que l'on nommera l'inconscient. Le moi
conscient serait même réduit selon Freud à se contenter de
« renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe,
en dehors de sa conscience, dans sa vie psychique” qui n'est
donc plus totalement consciente. Je devrais donc si je veux
me connaître vraiment accéder à cette part d'ombre en moi-
même. # chez Descartes : « l’inconscient, c’est le corps ».
Pour Freud, l’inconscient est psychique.
Une difficulté surgit cependant : comment Freud peut-il
affirmer l'existence d'un inconscient psychique puisque par
définition il échappe à la conscience ? Comment le saisir
sans pour autant le nier !!!? Comment être certain de son
existence et comment définir plus précisément cet
inconscient psychique ? Texte 1 de Freud.
Métapsychologie.
II. La prise de conscience de soi définie comme
« analyse ». cf. L’homme trouve dans la parole un
équivalent de l’acte. cf. La psychanalyse freudienne.
« On nous conteste de tous côtés le droit d'admettre un
psychique inconscient et de travailler scientifiquement avec
cette hypothèse. Nous pouvons répondre à cela que
l'hypothèse de l'inconscient est nécessaire et légitime, et
que nous possédons de multiples preuves de l'existence de
33
l'inconscient.
Elle est nécessaire, parce que les données de la conscience
sont extrêmement lacunaires ; aussi bien chez l'homme sain
que chez le malade, et il se produit fréquemment des actes
psychiques qui, pour être expliqués, présupposent d'autres
actes qui, eux, ne bénéficient pas du témoignage de la
conscience. Ces actes ne sont pas seulement les actes
manqués et les rêves, chez l'homme sain, et tout ce qu'on
appelle symptômes psychiques et phénomènes
compulsionnels chez le malade ; notre expérience
quotidienne la plus personnelle nous met en présence
d'idées qui nous viennent sans que nous en connaissions
l'origine, et de résultats de pensée dont l'élaboration nous
est demeurée cachée.
Tous ces actes conscients demeurent incohérents et
incompréhensibles si nous nous obstinons à prétendre qu'il
faut bien percevoir par la conscience tout ce qui se passe en
nous en fait d'actes psychiques; mais ils s'ordonnent dans
un ensemble dont on peut montrer la cohérence, si nous
interpolons les actes inconscients inférés. Or, nous trouvons
dans ce gain de sens et de cohérence une raison, pleinement
justifiée, d'aller au-delà de l'expérience immédiate. Et s'il
s'avère de plus que nous pouvons fonder sur l'hypothèse de
l'inconscient une pratique couronnée de succès, par laquelle
nous influençons, conformément à un but donné, le cours
de processus conscients, nous aurons acquis, avec ce
succès, une preuve incontestablement de l'existence de ce
dont nous avons fait l'hypothèse. L'on doit donc se ranger à
l'avis que ce n'est qu'au prix d'une prétention intenable que
34
l'on peut exiger que tout ce qui se produit dans le domaine
psychique doive aussi être connu de la conscience. »
Freud, Métapsychologie, Inconscient, paragraphe 1.
Métapsychologie, Freud. (Méta : en-deçà et au-delà ) T.1 :
« on nous conteste de tout côté… »
Structure du texte : Objectif du texte = Mise au point de
Freud face à ses détracteurs et annonce de son plan en 2
moments.
I. Justifier 1- la nécessité et 2- la légitimité de l’hypothèse
d’un inconscient psychique.
II. Justifier l’existence de ce dont on a fait l’hypothèse.
L’existence de comportements, pensées qui « échappent »
au sujet n’est pas en cause ici : fait constaté depuis
longtemps, expliqué par le corps (cf. Par ex. Descartes).
Les émotions, passions de l’âme, que nous ne contrôlons
pas sont alors expliquées comme l'effet du corps sur l'âme,
du fait de leur union : le corps met l'âme en mouvement. Le
trouble psychique lui-même est expliqué comme un effet de
troubles corporels. Par exemple, Pinel, un psychiatre
accorde une grande importance à l’hérédité. La méthode
anatomo-clinique préconisée par Laënnec pourra trouver
son application en psychiatrie : il est possible de faire
correspondre des signes cliniques de démence, trouble du
jugement, délire de grandeur…avec des lésions que des
observations anatomiques peuvent prouver, telles une
atteinte des méninges, une atteinte de la substance cérébrale
35
corticale ou sous-corticale… Le trouble mental (compris
comme un effet) n’est plus mystérieux dès lors qu’il est
possible de lui assigner des causes objectives et
observables par l’expérience.
Ce qui est nouveau ici, avec Freud est la référence à un
inconscient psychique. (# l'in-conscient, c'est le corps –
qui n'est pas substance pensante, consciente d'elle-même
mais substance étendue.)
Ce qui est en effet nouveau ici, c' est la référence à une
pensée latente, volonté in-consciente, ou vouloir
inconscient, pensée inaperçue qui donne un sens à des actes
conscients ou des symptômes qui n’ont pas d’explication
par et pour la conscience ni par le fonctionnement du corps
(pas de cause organique aux symptômes d’ Anna O.).
L’hypothèse de l’inconscient contient alors une difficulté
majeure qui oblige à en défendre la nécessité et la légitimité
: tout ce qui se donne à la conscience (ex. Lapsus, actes
manqués, symptômes corporels, rêves) n’a pas son origine
dans la conscience mais renvoie à un psychisme
inconscient, à une dynamique inconsciente. L’idée d’un
« inconscient » physiologique laissait intacte la distinction
entre ce qui est physiologique, ce qui relève du
fonctionnement du corps et n'est pas conscient et ce qui est
psychique et conscient. L’hypothèse d’un inconscient
psychique est un coup de force à cet égard et bouscule ces
anciennes distinctions.
1. L’hypothèse est néanmoins nécessaire au regard du
caractère lacunaire des données de la conscience =
36
1°argt NB. - lacune : ignorance, absence de
connaissance, absence d’explication. Mais il ne s’agit pas
des interruptions de conscience : évanouissement, léthargie,
sommeil sans rêve. On pourrait encore les expliquer par
quelque accident survenu à l’organisme. Les lacunes ici
sont le déficit d’explication que laisse la conscience pour
rendre compte d’actes qui ne peuvent être mis sur le compte
de la physiologie, du corporel : parce qu’ils ont un sens
(une direction, ils visent une fin, et donc une
signification). L’hypothèse d’un inconscient psychique ne
serait ni nécessaire ni légitime si les lacunes de la
conscience ne requéraient qu’une explication (mécaniste)
par les causes. Elle ne se justifie que si les lacunes de la
conscience exigent l’interprétation, la découverte du sens
d’actes dont les seules données de la conscience sont
incapables de rétablir le sens. La psychanalyse sera une
science de l’interprétation, une herméneutique. Science des
rêves par exemple, rêves qui ont une direction et une
signification si on réussit à les interpréter, comme on
interprète un texte car l'inconscient s'exprime en eux, il
« parle » mais une langue que la conscience ne connaît
pas, ne comprend pas. // symptôme. « L’inconscient est
structuré comme un langage ».
Si les rêves étaient l’effet de quelques phénomènes
intestinaux ou oculaires, si les symptômes des maladies
mentales étaient comme la fièvre dans les maladies
infectieuses, l’indice ou l'effet de causes organiques, si les
actes manqués étaient imputables à un déficit touchant
l’état du corps (ex. La fatigue – cause # occasion),
l’apprentissage moteur ou intellectuel, la capacité
37
d’attention comme c’est le cas pour un sportif qui manque
son but ou l’écolier bloqué par la difficulté d’un exercice,
l’hypothèse ne serait ni nécessaire ni légitime.
Cette hypothèse apparaît légitime parce que les rêves,
actes manqués (oublis, bris d’objet, les pertes, le lapsus),
symptômes ne sont pas des effets renvoyant à leur cause
mais des signes renvoyant à leur sens, sens qui est donné
si l’on convoque la notion d’inconscient.
Nécessaire si l’on veut y voir plus clair (cf.1° argt : les
lacunes de la conscience) + Légitime parce que l’on gagne
du sens et de la cohérence (= 2° argt). Ainsi, malgré son
absurdité, son incohérence apparente, le rêve a un sens, un
but et une signification = la satisfaction déguisée d’un désir
inconscient lié à une pulsion elle-même inconsciente;
certaines maladies ne sont pas l’effet d’une lésion
organique mais des maladies motivées par un vouloir
inconscient qui poursuit un but. Ce qui semble un échec de
la volonté d’un individu, par exemple perdre sans cesse ses
clefs, serait en fait le résultat d’une volition cachée au moi
conscient, volition qui use d’un moyen détourné pour
parvenir à sa fin. Cette volition cachée est enracinée dans
une pulsion, Eros, pulsion de vie qui comprend la libido, la
faim ( pulsion de nutrition)... ou encore celle appelée
pulsion de mort, Thanatos. Dès lors, ce qui fait la différence
entre le névrosé et l’individu sain, c’est la plus ou moins
grande force du moi et de ses mécanismes inconscients de
défense (ex. le refoulement) contre la souffrance psychique
née du conflit psychique.
38
« Les hommes deviennent névrosés lorsqu’ils sont privés de
la possibilité de satisfaire leur libido (plus généralement
leurs pulsions), donc par privation…et leur symptôme vient
remplacer chez eux la satisfaction qui leur est refusée. » On
ne peut en effet satisfaire toutes ses pulsions, pour des
raisons morales, sociales, légales. Sans cet affaiblissement
du moi, la privation est supportée par l’individu, c’est
l’occasion de frustration (mais cela fait grandir et sublimer)
et non pas de refoulement et de pathologie. Le symptôme
manifeste tjs le débordement d’un moi affaibli, dont les
mécanismes de défense ne sont plus efficaces.
Le principe qui rend l’hypothèse légitime est celui de la
continuité psychique (cf. cohérence) : seul du psychique
peut rendre compte du psychique conscient non expliqué
par la conscience. Finalement, Freud prend la décision de
ne rendre compte du psychique que par lui-même.
Rappel des arguments : les lacunes de la conscience
justifient la nécessité de l'hypothèse d'un inconscient
psychique (#physique). Le gain de sens et de cohérence
(cf. Principe psychique pour la cohérence psychique)
justifie sa légitimité.
*Exemples d'actes psychiques conscients non expliqués
par la conscience mais par un vouloir ou une
dynamique inconsciente qui vise une fin, qui exprime
quelque chose que le sujet ne s'avoue pas, qui satisfait
un désir inconscient lié à une pulsion :
Le symptôme ou le rêve ou l’acte manqué (oubli, perte,
bris d'objet, lapsus…) : des formations de compromis,
39
substituts de satisfaction et expressions d’une censure, d’un
interdit de cette satisfaction. Ils représentent une adaptation,
une forme de soupape de sécurité pour le psychisme que le
conflit intérieur* entre pulsions amorales, asociales et
exigences morales, sociales intériorisées met trop sous
tension. La névrose permet d’éviter le passage à l’acte
comme le suicide, le crime; la perversion étant un passage à
l’acte permanent.
Exemples de signification dégagée par le recours à
l’inconscient psychique :
Le symptôme : sans cause organique = retour du refoulé
déguisé = formation de compromis entre les exigences
sociales, morales intériorisées et le désir inconscient lié à
une pulsion. ex. hydrophobie d'Anna O. / scène du petit
chien de la gouvernante qui boit dans un verre d'eau. Anna
en éprouve un profond dégoût mais ne peut, pour des
raisons de bienséance, exprimer ce dégoût. La scène et les
affects qui l'accompagnent (colère, dégoût) sont refoulés,
oubliés, mais n'ont pas pour autant disparu et vont ressurgir
de manière déguisée des années après sous la forme de
l'hydrophobie. Sa conscience ne comprend pas, n'accède
pas au sens de ce symptôme mais cette scène, lieu du
conflit psychique, l'explique. Le désir s'y manifeste.
Le lapsus : un président de séance déclare la séance fermée,
close au lieu d’ouverte car celle-ci s’annonçait houleuse.
Cela manifeste bien « involontairement » son désir inavoué
de voir la séance se terminer au plus tôt, avant même qu'elle
n'ait commencer.
Un professeur d’anatomie parle du corps féminin : « en ce
40
qui concerne l’appareil génital de la femme, malgré de
nombreuses tentations…pardon, malgré de nombreuses
tentatives… ».
Un autre dans sa leçon d’ouverture : « je ne suis pas
disposé à apprécier ( geneigt) comme il convient les mérites
de mon prédécesseur » au lieu de « je ne me reconnais pas
une autorité suffisante (geeignet) pour apprécier… » Le
désir inconscient s'y manifeste et trouve là une forme de
réalisation et de satisfaction. « L'être humain trouve dans la
parole un équivalent de l'acte ».
Un oubli (acte manqué) :
Une jeune femme qui ne reconnaît pas comme tel celui
qu’elle vient d’épouser sur le trottoir d’en face : « Regarde,
dit-elle à sa sœur, voilà Mr L. ! » Issue désastreuse du
mariage quelques années plus tard. Manifestation d'un désir
inconscient : celui de ne pas avoir épousé ce monsieur.
Une perte (acte manqué) :
Un homme retrouve un livre perdu et offert par sa femme
qu’il juge beaucoup trop distante, froide, le jour où celle-ci
revient de soigner sa mère, montrant ainsi quelque
générosité : conflit entre les intentions conscientes (lire le
livre) et les volitions cachées (manifester son désamour car
il la trouve trop distante, en perdant le cadeau-symbole de
sa femme).
Le rêve :
Parmi les conflits les plus perturbateurs : les conflits
intérieurs entre les pulsions* et le moi. Les pulsions que
n’agrée pas la censure ou résistance* sont refoulées dans la
41
journée mais ce travail de refoulement* menace l’intégrité
du psychisme qui s’épuise à lutter contre des pulsions qui
exigent satisfaction. Ce qui est refoulé n’est pas détruit et
menace tjs de déborder le psychisme. Pour que le repos soit
réparateur, il faut que la pression exercée par les pulsions
refoulées diminue et pour cela qu’elles obtiennent une
forme de satisfaction. Le rêve a pour fonction de satisfaire
symboliquement, de manière déguisée, les pulsions. Idem
l’art. EX. analyse de l’œuvre de Léonard de Vinci comme
manifestation et donc satisfaction de son homosexualité
refoulée. Ex. du rêve du saumon.
La jalousie exacerbée : crises de jalousie d’une femme qui
projette inconsciemment sur son mari sa propre culpabilité,
son attirance pour son gendre. ( cf. Projection : mécanisme
inconscient de défense).
[Link] de l'existence ce dont on a fait l’hypothèse =
preuves de l'existence d'un inconscient psychique :
1-le succès thérapeutique fondé sur la théorie
psychanalytique, nouvelle science. Si la psychanalyse
obtient des résultats pratiques (la guérison), c’est que son
soubassement théorique est vrai.
2- l’expérience vécue et quotidienne de pensées bien réelles
dont l’élaboration nous demeure cachée. # pensées ex
nihilo !
3- (hors texte) : l'existence de la résistance* qui se
manifeste toujours lors de la cure psychanalytique et qui
témoigne du refoulement*, qui lui-même engendre le
refoulé = l'inconscient psychique dans la première topique,
1° représentation de l’âme ou du psychisme → 1920.
42
Les actes manqués, les rêves, les symptômes corporels ne
seraient donc que des expressions de « l’involontaire » en
moi mais cet involontaire au regard de la conscience
révèle, pour qui sait interpréter ces expressions , une part
essentielle de la personne, de son psychisme ou de son
âme : une dynamique inconsciente, un vouloir inconscient
qui donne sens à ce qui n’en a pas par et pour la
conscience.
Pour prendre conscience de ce qui me détermine à agir
( ex. actes manqués), à dire ( ex. lapsus)... et qui détermine
aussi des actes psychiques, il faut en passer par
l’interprétation voire la cure psychanalytique et vaincre la
résistance. Avec l’aide d’autrui (le psychanalyste aide à
vaincre la résistance), par association libre d’idées (=
méthode), je parviens à prendre conscience de cet
inconscient psychique. L’on cherche à remonter jusqu’à la
racine des conflits psychiques qui ont engendré les
symptômes pour leur trouver une autre issue (que le
symptôme, leur manifestation déguisée) et à fortifier le moi.
La difficulté étant de vaincre la résistance* ou censure. Le
but de la cure : prendre conscience des conflits psychiques
pour les régler en toute conscience ou connaissance de
cause c'est-à-dire autrement que par le refoulement ( car
risque de retour du refoulé déguisé en symptôme ou lapsus,
ou actes manqués...),.
NB. Conflits psychiques entre des pulsions a-sociales, a-
morales ( = le ça, inconscient, réservoir de pulsions, régi
43
par le principe de plaisir, exigeant satisfaction immédiate)
et des exigences sociales intériorisées, des interdits venus
du modèle parental intériorisés et constituant le surmoi,
inconscient lui aussi. cf. la seconde topique.
Quelques définitions à retenir = à apprendre :
la psychanalyse : - une nouvelle discipline scientifique, une
connaissance du psychisme dans ses profondeurs, une
science ( aspect théorique) + une méthode : l'association
libre d'idées + une pratique thérapeutique, une « cure
parlante » (qui vise la guérison du malade).
L’inconscient : le refoulé ( 1° topique)
Dans la seconde topique, après 1920, l'inconscient se
rattache comme adjectif à des instances ou entités
psychiques ( ça et surmoi) et à des mécanismes de défense
du moi ( refoulement, résistance, sublimation...).
Le refoulement : mécanisme inconscient de défense du moi
volontaire et conscient contre la souffrance psychique née
du conflit psychique, ayant pour fonction de repousser dans
l’inconscient des représentations (images, souvenirs, désirs)
liées à une pulsion lorsque cette dernière entraîne du
déplaisir (souffrance) par rapport à d’autres exigences
( sociales, morales…).
La pulsion se définit selon son origine : une excitation
corporelle qui crée une tension psychique synonyme de
déplaisir; son but : supprimer la tension, ce qui crée du
plaisir; son objet : ce par quoi le but est atteint. EX. Pulsion
de nutrition : la faim; pulsion sexuelle : la libido, qui a une
histoire, celle de ses objets…
44
La résistance ou censure : mécanisme inconscient de
défense du moi volontaire et conscient contre la souffrance
psychique née du conflit psychique, ayant pour fonction
d’interdire l’accès à la conscience aux représentations
( images, souvenirs, désirs) liées à une pulsion en l’absence
de toute transformation destinée à les travestir.
La sublimation : mécanisme inconscient de défense du moi
volontaire et conscient contre la souffrance psychique née
du conflit psychique, ayant pour fonction de déplacer la
pulsion d’un objet condamné socialement, moralement vers
un objet valorisé socialement, moralement, culturellement.
Si nos pulsions n'étaient pas sublimées, « les trottoirs
seraient jonchés de cadavres et peuplés de femmes
enceintes ». Allusion aux dégâts que feraient la pulsion de
mort ( agressivité première) et la pulsion de vie ([Link]) si
elles n'étaient élevées vers des buts plus hauts ou canalisés
par le processus de civilisation. Condition de possibilité de
la sublimation : le fait que la pulsion n’ait pas d’objet attitré
naturellement.
NB. Nos trésors de civilisation ( culture, art) sont nés sur
l’humus de nos plus mauvaises dispositions ( cf. les
pulsions sublimées).
Le symptôme : - de conversion ( une scène traumatique est
convertie en troubles corporels // 100 frs = 15 euros) ;
formation de compromis entre des exigences
contradictoires; retour du refoulé déguisé. Actes manqués,
oublis, pertes d'objet, lapsus et rêves sont à considérer
comme des symptômes, sur le modèle des symptômes
quoique ceux-là ne soient pas handicapants socialement.
Trauma pcq conflit ==> souffrance psychique ⇒
déclenchement des mécanismes de défense.
45
NB. La notion de conflit psychique est CENTRALE.
Toujours y revenir pour expliquer précisément la
dynamique psychique ou le fonctionnement du psychique
ou de l’âme – qui n'est pas séparé du physique, du
somatique ou corporel.
Argt et ex. : 1-La pulsion s'enracine dans le corps mais
débouche sur une représentation : le désir, inconscient ou
non ( ex. si la résistance a laissé passer le désir de manger
qui s’enracine dans une pulsion : la pulsion de nutrition =
faim), déguisé ou non. 2- Une scène traumatique vécue ou
fantasmée, représentée, peut conduire à des symptômes
corporels. L’inconscient, le ça en particulier ignore le
principe de réalité.
EX. l'hydrophobie d'Anna O. ou sa paralysie du bras
exprime et en même temps cache des scènes traumatiques.
La scène traumatique, source de souffrance, manifeste un
conflit psychique générateur de souffrance. La
souffrance psychique déclenche des mécanismes
inconscients de défense du moi contre cette souffrance.
La résistance, le refoulement, la sublimation sont des
mécanismes majeurs de défense contre cette souffrance
née d'un conflit psychique entre les pulsions ( le ça) et
les exigences sociales, du monde, les exigences morales
intériorisées ( le surmoi).
Lectures de complément : 5 leçons sur la psychanalyse de
Freud. Malaise dans la culture de Freud ( - dans la
civilisation).
3- La méthode dite des associations libres d'idées pour
accéder à cet inconscient qui me détermine :
46
Si des instances, entités inconscientes (le ça, le surmoi) et
mécanismes inconscients (résistance ou censure,
refoulement, sublimation) existent et déterminent mes
actes, paroles, émotions etc, il est nécessaire d'y accéder,
d'explorer plus profondément le psychisme pour (re)prendre
la main, devenir maître de mon existence, de ses
représentations et de ses actes. Si « le moi n'est pas maître
chez lui » (/3 maîtres), comment peut-il le devenir ? Enjeu :
la liberté.
Freud met justement en place une méthode : celle des
associations libres qui viendra compléter la définition qu'il
donne de la psychanalyse dont il est le père.
la psychanalyse : - une nouvelle discipline scientifique, une
connaissance du psychisme dans ses profondeurs, une
théorie du psychisme ou de l’âme + une méthode :
l'association libre d'idées (# l’hypnose) + une pratique
thérapeutique (qui vise la guérison du malade) = une « cure
parlante ».
Il s'agit de dire tout ce qui nous passe par la tête « même si
c'est désagréable » pour le psychanalyste et « honteux »
pour le patient sur le divan, afin de contourner l'obstacle : la
résistance et accéder ainsi à ce qui spontanément échappe à
la conscience.
Le rôle du psychanalyste est essentiellement d'aider à lever
la résistance qui empêche le refoulé, les scènes
traumatiques refoulées et donc le conflit psychique
d'accéder à la pleine conscience. Si les scènes traumatiques
passées ne peuvent accéder à la conscience, le conflit qui
s'y joue peut s'exprimer sous la forme d'un symptôme : ex.
de l'hydrophobie d'Anna. Son corps exprime de manière
déguisée le conflit et en particulier la pulsion. Au lieu donc
47
de le dire avec son corps, de manière symptomatique, le
patient dit l’inconscient avec des mots, ce qui évite les
maux, ce qui fait disparaître le symptôme corporel.
Bilan / sujet – qu’est-ce que prendre conscience de soi ?
La prise de conscience de soi ne saurait donc s'opérer sans
le secours de l'autre. (autoanalyse impossible) La cure
psychanalytique permet ainsi de n'être plus son passé mais
d'avoir un passé, de n'être plus déterminé par des instances
inconscientes (le ça et le surmoi) et des mécanismes
inconscients ( refoulement, résistance, sublimation...), de
ramener sous les projecteurs de la conscience les conflits
psychiques pour les régler en toute connaissance de cause
( # en refoulant). Ainsi je pourrais déterminer mes pensées
et mes actions en toute clarté et donc en toute liberté (=
enjeu).
Prendre conscience de soi consiste alors à mener à bien une
cure psychanalytique ou une « analyse » avec l'aide d'autrui
(argt : auto-analyse impossible car résistance) en associant
librement les idées (méthode), sans se censurer. Le but de la
cure : un renforcement de la conscience, du moi comme
sujet, auteur libre de ses représentations, paroles et de ses
actes – par le règlement du ou des conflits psychiques.
Notons au passage que le moi se construit, se fait, se
renforce par l’analyse ou la cure psychanalytique.
NB. Il existe là un double déterminisme : historique ( ex.
scènes traumatiques passées qui s’expriment au présent
sous la forme de symptômes) et psychique ( cf. organisation
du psychisme en grande partie inconscient. Des
représentations, des actes sont déterminés par des
mécanismes inconscients, engendrés par un vouloir
48
inconscient et des mécanismes inconscients : des actes
conscients relèvent à la fois d’un vouloir inconscient et de
mécanismes inconscients qui travestissent cette volition).
« Là où ça fut, je dois advenir. » Freud
Transition - objections :
a-Critique des « preuves » de l'existence d'un inconscient
psychique +
b-Critique du concept lui-même qui apparaît comme un
« non-sens » selon Sartre. ===> mauvaise foi
a- Argt 1: Le concept d’une chose ou d’un objet ( ex. table)
qui existe = le concept de la même chose mais qui n’existe
pas, plus ou pas encore. Donc l’existence échappe au
concept, n’appartient pas au concept, déborde le concept et
le raisonnement qui véhicule des concepts. Est donc
accessible et seulement accessible à la sensibilité. On ne
peut pas prouver par le raisonnement, qui mobilise des
concepts, une existence dont on ne fait pas l’expérience
sensible. On ne peut que la constater de manière sensible.
L’existence s’éprouve mais ne se prouve pas. C’est bien
parce que l’existence de l’inconscient ne s’observe pas que
Freud propose des preuves. // existence de Dieu.
Qu’observe-t-il d’ailleurs ??? Des manifestations qu’il
attribue à un vouloir inconscient et à des mécanismes
inconscients de défense du moi.
- On peut relever une faute logique : une pétition de
principe chez Freud. Freud présuppose ce qu’il veut
démontrer. N'est-ce pas parce qu'il présuppose l'existence
d'un inconscient psychique qu'il en découvre les
49
manifestations, dont il prétend pourtant partir en en faisant
les prémisses de son raisonnement ?
Ex. les actes manqués révèlent l'existence ou manifestent
l'existence de l'inconscient si on postule qu'ils sont
signifiants, qu'ils ont un sens, qu'ils constituent un discours,
une manière de dire ou de manifester des éléments
inconscients = ce qu'il fallait justement établir!
EX. - la résistance se manifeste lors de la cure (3° preuve)
selon Freud mais il la définit comme mécanisme
inconscient, il présuppose qu’elle témoigne du refoulement
qui est un mécanisme inconscient ( CQFD!). Pourquoi
résister au retour du refoulé s’il n’y a pas de « refoulé » i.e.
inconscient psychique ?
- Faute logique de la part de Freud =Induire ( # déduire ):
remonter de l’effet à la cause ou de la conséquence aux
prémisses. OR « Un même effet peut avoir différentes
causes » = critique de l’induction : la guérison du malade (
le succès comme « preuve ») peut avoir bien d’autres
« causes » que la « vérité » des hypothèses freudiennes. cf.
Pascal et sa critique de l’induction : une pierre chaude peut
être l’effet de diverses causes : la friction, le soleil ou le feu.
-Argt 2 : on ne peut prouver par le raisonnement une
existence : l'existence s'éprouve mais ne se prouve pas. cf.
Kant. En effet, exister, c'est exister en un lieu et un moment
donné (# nulle part et à aucun moment!); l'existence est
toujours spatio-temporelle.
Si quelque chose n'existe nulle part et en aucun temps, on
dira logiquement que ce « quelque chose » n'existe pas. Or,
l'espace et le temps sont des formes a priori de ma
sensibilité qui structurent toute expérience possible (A
50
priori : qui n’est pas a posteriori, pas déduit de l’expérience
sensible mais condition de toute expérience sensible
possible. Fondement : une somme d’expériences = une
généralité – ne conduit jamais à un universel. Or toute
expérience sensible possible est structurée selon l’espace et
le temps). *Espace et temps # idées, concepts ; contenants ;
cadres ; choses extérieures à moi...Aucune existence ne
m'est donnée hors de ces « formes ». L’expérience se fait
tjs SELON l’espace et le temps (# dans l’espace et le
temps). L'expérience sensible est toujours in-formée, mise
en forme, structurée de manière spatio-temporelle. Il
faudrait donc faire l'expérience sensible de l'inconscient
psychique pour affirmer qu'il existe. Mais il échappe à ce
type d'expérience justement parce qu'il est inconscient.
*Fondement : l’espace et le temps sont bien des formes a
priori, car universelles, donc non dérivées de l’expérience
( a posteriori)====> généralité, une somme de cas
particuliers # universalité. P. 68
NB. Des intuitions sans concept sont aveugles (absence
d’explication du phénomène). Des concepts sans intuition
sont vides. * intuition (sensible) : saisie immédiate d’un
phénomène, matière de la sensation. ====> la connaissance
dérive de deux sources : la sensibilité par laquelle un objet
m’est donné + l’entendement par lequel cet objet est connu
ou expliqué ( ex. la chute des corps constatée, observée par
la sensibilité,, le phénomène de la chute des corps expliqué
par la relation de causalité et le concept de pesanteur.)
On pourrait néanmoins conserver « l'inconscient » comme
hypothèse ou concept éclairant et les concepts de la
51
psychanalyse comme grille de lecture. Mais là encore, il
n'échappe pas à la critique.
b- l'inconscient est un non-sens ( // cercle carré): il apparaît
largement conscient et il ne serait donc qu'un subterfuge ou
un alibi pour se débarrasser du fardeau de notre liberté !
Texte 6. p 530-531.§ 5- Sartre, L'être et le néant.
Si en effet nous repoussons le langage et la
mythologie chosiste ( cf. la substance) de la
psychanalyse nous nous apercevons que la
censure (= résistance), pour appliquer son
activité avec discernement, doit connaître
(être consciente) ce qu'elle refoule. Si nous
renonçons en effet à toutes les métaphores
représentant le refoulement comme un choc
de forces aveugles (inconscientes), force est
bien d'admettre que la censure doit choisir et,
pour choisir, se représenter. D'où viendrait,
autrement, qu'elle laisse passer les impulsions
sexuelles licites, qu'elle tolère que les besoins
(faim, soif, sommeil) s'expriment dans la claire
conscience? Et comment expliquer qu'elle peut
relâcher sa surveillance, qu'elle peut même
être trompée par les déguisements de
l'instinct (pulsion)? Mais il ne suffit pas qu'elle
discerne les tendances maudites, il faut encore
qu'elle les saisisse comme à refouler, ce qui
implique chez elle à tout le moins une
représentation de sa propre activité ( qu’elle
soit consciente d’elle-même). En un mot,
comment la censure discernerait-elle les
52
impulsions refoulables sans avoir conscience
de les discerner (distinguer les unes des
autres)? Peut-on concevoir un savoir qui serait
ignorance de soi? Savoir, c'est savoir qu'on
sait, disait Alain. Disons plutôt: tout savoir est
conscience de savoir.
Sartre, L'Être et le Néant (1943), Tel, Gallimard,
p. 88.
Comme tout subterfuge, ou alibi, le concept d’inconscient a
une fonction, il est « utile » : me débarrasser du fardeau de
ma liberté. Si je « crois » en un inconscient psychique, je
peux me penser déterminé par des instances (ça et surmoi)
ou/et des mécanismes inconscients (résistance, refoulement,
sublimation) que je ne contrôle pas, qui m'échappe; je peux
me penser déterminé par le passé et ses scènes traumatiques
passées. Je peux ainsi penser que je ne suis pas libre et donc
que je ne suis pas responsable de toutes mes
représentations, paroles et de tous mes actes.
Par ce subterfuge, la conscience essaie de se fuir, de fuir ce
qu'elle est : un néant* et donc une liberté, et donc elle essaie
par là de fuir ses responsabilités.
Elle tente donc de fuir son angoisse (# peur qui a un objet).
Le néant* est sans détermination. La conscience comme
néant n’est pas déterminée. Si elle n’est pas déterminée, elle
est libre. L’homme s’affirme comme conscience est libre.
Argument :
La chose est ce qu'elle est (une table est une table et non
une chaise) ; elle est déterminée ; elle coïncide avec ses
53
déterminations ou caractéristiques, elle se confond avec
elles, se définit par elles ; la table ou chose a des
caractéristiques ; elle a une nature ou une essence. Son
essence précède d'ailleurs son existence : l'artisan la
conçoit, la définit avant de la fabriquer.
# L'homme comme conscience au contraire n'a pas
d'essence ou de nature : il ex-iste d'abord, surgit dans le
monde et se détermine ensuite. Son existence précède son
essence. Ce qui exclut Dieu comme « grand horloger »,
grand artisan qui serait créateur de l’homme ( pensé comme
création divine ou créature).
En effet, la conscience n'est pas une substance qui
coïnciderait avec elle-même ( ex. la substance pensante, la
chose qui pense) mais une projection, un mouvement vers
son objet, une visée, une intention. L’homme est projet.
PARCE que « Toute conscience est conscience DE quelque
chose. » Husserl. = l’intentionalité de la conscience.
Il y a toujours quelque chose, un objet, qui est pensé
lorsque je pense ; quelque chose qui est imaginé lorsque
j'imagine ; quelque chose qui est senti quand je sens ...etc
Quelque chose qui est aimé quand j'aime. Brentano (le
maître de Husserl). Pas de COGITO sans COGITATUM.
Pas de je pense sans quelque chose qui est pensé. Pas de
conscience sans visée de l’objet, mouvement vers...
*Conséquence (justifiée par les prémisses) : la conscience
n'est pas une « chose » qui pense ou une substance : elle ne
coïncide pas avec des déterminations, avec elle-même, elle
est bien plutôt une visée de l'objet, projet.
*Raisonnement par l’absurde ou justification : si la
conscience coïncidait avec elle-même, comme la chose, elle
54
ne viserait pas un objet ; elle serait prisonnière de ses
déterminations ou limites. La table n’a pas conscience de
moi. La conscience est un néant : ce qui n'a pas de
déterminations. « La conscience n'est pas ce qu'elle est et
est ce qu'elle n'est pas » = manière de dire qu'elle n'est pas
une chose qui, elle, est ce qu'elle est.
Conséquences : SI la conscience n'est pas déterminée, alors
elle est libre. L'homme comme conscience se détermine à
choisir. La liberté consiste à se déterminer à choisir, en
situation.
Je ne peux donc me prévaloir sans mauvaise foi, sans
duplicité, d'une situation ou de circonstances ou de
l'inconscient pour me dédouaner de mes responsabilités en
essayant de me faire croire que je suis déterminé, que je ne
suis pas libre. Pourquoi puis-je donc me mentir à moi-
même ? Parce que la conscience est néant ou projet : elle
peut viser mes déterminations, insister sur elles et mettre de
côté ma liberté ou son propre néant.
Réponse à une objection // argument :
– EX. L’obstacle. Un rocher sur mon chemin n'est pas un
obstacle en soi mais pour moi, il l'est en fonction de
mon projet qui est premier. Il peut être une aide si je
cherche un point de vue plus élevé pour prendre une
photo. Il est un obstacle si je veux me promener
tranquillement sur le chemin. C'est donc mon projet qui
fait surgir les obstacles : ce ne sont pas les obstacles
qui diminuent ou suppriment ma liberté. Je ne peux
utiliser la notion d'obstacle comme argument contre
l'idée de ma liberté totale et radicale. C'est pourtant ce
que fait la doxa. cf. texte. L’obstacle ou l’échec :
55
preuve de ma liberté ; mon projet fait surgir l’obstacle.
Le succès n’est pas non plus la marque ou l’indice de
ma liberté.
Réponse à une seconde objection // argt : la passion. ex.
Amour, colère, peur… L’autre n’est pas la cause de ma
colère : je me mets en colère parce que je juge la conduite
de l’autre inqualifiable au regard des valeurs que j’ai
choisies. Ma colère n’est pas un effet déterminé par une
cause. D’autres ne se mettraient en colère.
+ ma manière d’exister à un moment donné est celle de la
peur ; mais à un autre moment, j’existerai comme
courageux. (# table carrée et non pas ronde).
Dès lors, si l'homme existe avant d'être ceci ou cela, de se
déterminer, de se définir, il sera ce qu'il se fera ou il sera ce
qu'il se sera fait. Il sera l'ensemble de ses actes, sans jamais
s'enfermer dans une définition ou une nature, tant qu'il EX-
SISTE ( exister = surgir, se tenir hors de… en particulier se
tenir hors de toutes définitions.) L’homme est « condamné à
être libre ». Etre libre : se déterminer à choisir ; se
déterminer par rapport à ce qui nous détermine.
Lorsque je me fais chose déterminée par le passé ou par
l’inconscient, je nie ma liberté et je suis de mauvaise foi (je
peux jouer à être garçon de café); je me mens à moi-même
pour échapper à l’angoisse de ma liberté, à ma
responsabilité qui est totale et radicale, jusque dans la
passion. La conscience qui ne coïncide pas avec elle-même
peut jouer à être, à être déterminée. Il y a du « je » et du
« jeu » en l’homme qui n’a pas d’essence. « La nature de
l’homme, c’est de ne pas avoir de nature. ».
56
CF. FICHE SARTRE. = textes 1 à 5.P. 526
D'où :
La prise de conscience de soi définie
III.
comme action, création , objectivation de soi :
1- la dialectique du maître et de l'esclave ( de la domination
et de la servitude):
Notions indexées : La conscience, la liberté, le travail, la
technique…
La dialectique du maître et de l’esclave dans
La phénoménologie de l’esprit de Hegel
( Editions Aubier-Montaigne, pp. 155 à 166)
1- La dialectique du maître et de l’esclave examine la
formation de la relation sociale primordiale, selon son
principe. Elle nous dévoile aussi comment l’être humain
passe du sentiment de vivre, sentiment de soi, à la
conscience de soi comme homme, à son affirmation en tant
qu’homme.
Chacun croit spontanément que la conscience qu’il a de lui-
même comme homme est immédiate mais la conscience
immédiate de soi (= sentiment d’exister), parce qu’elle est
enfermée sur soi, parce qu’elle est coïncidence immédiate
de soi et de soi, me donne le moi sur le mode d’existence
57
des choses. Car les choses ne sont que ce qu’elles sont; le
sentiment immédiat que j’ai de moi appartient au vécu qui
ne sait que vivre : la conscience immédiate de soi est la
conscience immédiate de vivre. Comment donc accéder à la
conscience de soi comme homme ?
Point de départ : l’homme est par définition un être de
désir; cela signifie qu’il ne peut vivre sans s’approprier
autre chose que lui-même. Par exemple, pour satisfaire sa
faim, ses besoins, et se maintenir ainsi en vie, continuer à
s’affirmer en tant qu’être vivant, il doit rechercher et
consommer des aliments. Le désir le pousse donc à des
actions qui, tout en étant des négations du donné immédiat (
recherche, consommation et assimilation de nourriture),
sont en même temps des affirmations de sa propre réalité.
Ainsi l’être vivant se conserve en vie. Cependant, par ces
actions, l’homme ne se sépare pas, distingue pas de
l’animalité puisqu’il en reste à la satisfaction de ses besoins
vitaux. Il ne dépasse donc pas ainsi le simple sentiment
d’exister et ne parvient pas à la conscience de soi ( comme
homme spécifiquement).
Pour dépasser ce stade, il faut qu’il se distingue de l’animal
et/ou de « la vie qui ne sait que vivre ». Il faut donc que son
désir porte sur un autre objet, un objet non matériel (#
nourriture) c’est-à-dire sur un autre désir, unique objet non
matériel qu’il puisse rechercher comme homme. Ce que
désire donc l’homme, c’est être reconnu (désiré) comme
homme par un autre… Conséquence : La réalité humaine
ne peut donc être que sociale car ce désir de re-
connaissance de soi comme homme par l’autre oblige à
58
entrer dans des rapports avec d’autres hommes. L’homme
ne désire pas seulement vivre, s’égaler à la vie mais
satisfaire la conscience de soi par la reconnaissance que
peut lui accorder une autre conscience.
L’animal, mû ( mis en mouvement) par son instinct de
conservation cherche essentiellement à se maintenir en
vie et à maintenir la vie de l’espèce. L’homme comme tel
désire se montrer supérieur à la vie qu’il porte en lui. Il ne
veut pas apparaître aux yeux d’autrui et par conséquent à
ses propres yeux comme un être simplement vivant mais
comme un être humain. Il ne veut pas vivre ni être traité
« comme un chien ». Mais chacun peut bien être persuadé
subjectivement qu’il est un être humain et pas seulement
un animal, un simple être vivant mais cela ne suffit pas à
l’être objectivement, en réalité ou en vérité, et pour l’autre
donc à arracher sa reconnaissance. La conscience solitaire,
immédiate, identique à elle-même, peut être partielle et
partiale, voire mensongère ou erronée. Elle ne me donne le
moi que sur mode des choses. L’homme n’est pas
objectivement homme pour soi et pour l’autre s’il n’en fait
pas la preuve, (d’où « épreuve ») ou tant qu’il ne lui a pas
prouvé. Cela passe par un acte qui possède une
objectivité, une visibilité, qui mobilise le corps. ( pas la
seule conscience enfermée en elle-même)
Comment établir la preuve ? La réponse est liée aux termes
de la question (reformulée!): comment prouver qu’on n’est
pas seulement un être vivant, un animal défini par son
attachement à la vie, mû par l’instinct ? En risquant sa vie
pour autre chose que la vie, pour des valeurs supérieures à
59
la valeur de la vie. ( La mère louve risquant sa vie pour ses
petits est encore mue par l’instinct de conservation - de la
vie de l’espèce).
Si l’on passe donc au plan social comme l’analyse du désir
nous y oblige, c’est-à-dire si l’on considère deux hommes
en présence, l’homme ne peut prouver à l’autre qu’il est un
homme qu’en risquant sa vie et doit aussi permettre à
l’autre d’en faire autant. Les deux individus vont donc
engager une lutte à mort pour la reconnaissance de soi
comme homme par l’autre. Seule la re-connaissance que
peut lui accorder une autre conscience est capable de
satisfaire la conscience de soi. Ainsi l’on prend conscience
de soi comme homme, on passe du sentiment d’exister à la
connaissance objective de soi comme homme par la lutte et
la reconnaissance de l’autre conscience.
Cependant, cette lutte à mort ( pour se distinguer de
l’attachement à la vie) ne peut aboutir à la mort car si l’un
des deux adversaires est tué, la reconnaissance n’est plus
possible et nous serions ramenés à la conscience solitaire et
subjective. Il faut donc trouver le moyen d’obtenir la
reconnaissance sans tuer l’autre : supprimer l’autre comme
homme libre mais le maintenir comme moyen de
reconnaissance c’est-à-dire le réduire en esclavage offre la
solution de ce problème. L’homme comme tel se définit en
effet par sa liberté ici : libre par rapport aux déterminations
de l’ instinct, libre devant la mort, libéré de la peur de la
mort, ayant vaincu cette peur puisque ayant mis sa vie en
jeu pour des valeurs qu’il juge supérieures à la valeur de la
vie, la liberté ici. Voir par exemple ceux qui protestent en
faisant la grève de la faim. La lutte a lieu objectivement
60
contre l’autre qu’il faut vaincre sans le tuer mais aussi en
soi : entre le pôle animal attaché à la vie et qui a peur de
mourir, et l’homme qui désire être reconnu comme homme,
qui ne veut pas seulement vivre ou vivre en sacrifiant sa
liberté. L’esclave reste attaché à la vie, a peur de perdre la
vie et préfère se faire l’esclave de l’autre plutôt que de
renoncer à la vie. L’esclavage ( la soumission) ici est une
négation dialectique : elle supprime l’autre en tant
qu’homme libre et en fait un esclave mais elle le conserve
et retient comme moyen de reconnaissance ( je lui laisse la
vie pour qu’il me reconnaisse comme homme) . Le
vainqueur devient le maître du vaincu qui l’accepte pour
son maître. Ainsi s’instaurent des rapports de domination et
de servitude. Exemple de lutte à mort : la course dans le
film de Nicholas Ray : La fureur de vivre avec James Dean
qui joue justement le rôle d’un adolescent rebelle,
l’adolescence étant un moment de passage (de l’enfance à
l’âge adulte, de la dépendance à l’indépendance à l’égard
des parents voire de l’animalité à l’humanité). Il s’agit de
prouver aux autres et à soi qu’on est un homme et non une
« poule mouillée ». On ne se pose ( comme homme) qu’en
s’opposant. Voir les jeux et conduites à risques des
adolescents (concours de vitesse, alcool).
Le maître n’a pas eu peur de la mort, il a vaincu sa peur, il
est reconnu comme homme et utilise l’esclave à titre de
moyen pour la satisfaction de ses désirs. L’esclave travaille
pour lui. A l’un reviennent le pouvoir et la jouissance; à
l’autre la crainte et les difficultés de l’affrontement avec la
nature à cultiver, les autres.
61
La conscience de soi suppose donc la conscience de
l’autre. Etre conscient de soi comme homme, c’est être
reconnu comme homme par un autre homme car nous ne
connaissons pas les autres par la science de l’espèce
humaine; nous ne les connaissons pas non plus comme nos
semblables par un sentiment immédiat de similitude avec
nous mais par une sorte de cérémonial qui est la lutte et non
la sympathie ou l’amour et qui montre aux autres comme à
soi qu’on ne se réduit pas à la vie biologique. Si je reste en
la seule compagnie de moi-même, je ne peux pas faire
cette différence, distinction qui en moi sépare
l’animalité de l’humanité. J’accède à la conscience de
moi-même comme homme si je montre que je peux risquer
ma vie. Mais je tiens par ailleurs à la vie, je ne suis pas une
pure liberté, un pur esprit (je suis attaché à la vie) donc
j’accède à la conscience de moi-même dans le déchirement
et l’opposition à l’autre mais aussi de moi à moi. La
conscience est donc d’abord séparée en deux figures :
celle du maître qui représente en moi ceci que je ne me
réduis pas à la vie et celle de l’esclave qui représente
l’être vivant attaché à la vie que je suis aussi.
Transition, objections :
*Le maître est reconnu comme homme libre par l’esclave
qu’il ne reconnaît pas comme homme : que peut valoir cette
reconnaissance de la part de celui qui ignore l’humanité,
qui en est resté au niveau de l’animal attaché à la vie ? La
re-connaissance ne suppose-t-elle pas une connaissance
préalable ?
62
*Le maître domine par le symbole : le guerrier vainqueur
ne règne que symboliquement, littéralement par des
symboles; il ne domine que par des ordres : il lui suffit de
faire signe pour que la table soit servie. Il ne met pas la
main à la pâte comme on dit. ( un pur esprit sans mains)
*Le maître se contente de consommer les produits du
travail de l’esclave et par conséquent de les détruire.
Détruire l’objet pour se l’assimiler, se jeter sur lui n’est
peut-être pas plus humain que la voracité de la bête de
proie. Le désir immédiat des choses ( sans les efforts et la
patience du travail) distingue mal de l’animal.
*Le maître n’est-il pas dépendant de l’esclave quant à sa
subsistance ? Est-il vraiment libre s’il est dépendant ?
L’esclave n’est-il pas le maître du maître ? CF.
reconnaissance implicite du travail de l’esclave par le
maître : le maître préfère un lit douillet à la terre froide ; un
bon rôti à la viande crue !
2- La situation de l’esclave est d’abord une situation
d’infériorité mais par son travail, il va devenir le maître du
maître et s’élever à la véritable humanité, à une humanité
pleinement objective et pas seulement symbolique. La
deuxième partie de la dialectique va montrer que la
promesse de l’humanité est du côté de l’esclave parce qu’il
travaille. C’est le travail qui élève objectivement
l’homme à l’humanité.
L’esclave travaille : il façonne les objets, les crée. Il
parvient à humaniser la nature par son travail. Il est capable
de réfréner ses désirs immédiats, de ne pas se jeter
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impatiemment sur l’objet au contraire des animaux qui sont
engagés dans des rapports avec le monde qui sont avant
tout des rapports de consommation. L’agriculteur garde des
semences pour l’année prochaine, ne consomme pas toute
sa récolte. « Le travail est désir réfréné, disparition
retardée : le travail forme. » affirme Hegel.
Qu’est-ce encore que travailler ? C’est concrétiser,
matérialiser , objectiver, réa-liser une idée et non s’agiter
selon l’instinct. L’abeille n’a pas l’idée ou la conscience de
l’alvéole qu’elle façonne; pas d’histoire des alvéoles qui
sont toujours les mêmes depuis des siècles. Par contre,
l’architecte travaille : conçoit la maison avant qu’elle ne
soit réalisée. Les idées ont une histoire et les styles
architecturaux sont nombreux. CF. Marx, Texte 5.P. 391
ARGT : L’esclave, comme le souligne Kojève, refoule ses
instincts en fonction d’une idée : il n’y a pas d’instinct qui
pousse l’homme à travailler (= les animaux ne travaillent
pas, chassent, pêchent) et encore moins pour un autre. Si
l’esclave travaille, c’est par crainte du maître, crainte (#
peur) liée à l’idée que le maître peut le tuer (possible #
réel), une idée sociale.
[Link] sculpteur façonne le marbre en fonction d’ une idée (
l’idée est forme pour Platon); le travailleur in-forme la
matière : ainsi il lui ôte son caractère étranger ( la matière
est autre que l’esprit ou l’idée) pour lui donner la forme
qu’il connaît, dont il a conscience, la sienne.
L’esclave en façonnant la matière s’extériorise en elle : son
idée est ainsi objectivée et ce qu’il contemple dans son
œuvre c’est lui-même, l’objectivation de ses capacités
physiques et intellectuelles. Le sujet se fait objet. Sa
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marque personnelle est imprimée aux objets qu’il fabrique.
On reconnaît par exemple immédiatement un Picasso ou
encore les bâtiments de Garnier. On peut dire qu’il devient
autre (aliénation) mais ce devenir-autre est la médiation
nécessaire pour passer au stade supérieur de l’humanité.
L’esclave en travaillant trans-forme la nature, donne au
paysage un autre aspect mais il transforme aussi sa nature,
son essence : il s’affirme comme homme en travaillant, il se
distingue par là de l’animal qui ne travaille pas, qui n’a pas
d’idée, qui ne peut les concrétiser.
Le travail devient ainsi l’instrument d’une libération
possible : c’est parce que l’esclave travaille qu’il peut
s’affranchir de la domination du maître et de la nature :
il devient le maître du maître qui dépend de lui quant à sa
subsistance; l’on peut manger des fraises en hiver : cela
veut dire que nous ne sommes plus dépendants, tributaires
de la nature, de ses saisons etc. C’est bien plutôt lui qui
domine la nature par son travail.
Cette dialectique nous apprend aussi que le travail n’est pas
seulement une relation entre l’homme et la nature mais une
relation d’homme à homme. L’esclave travaille pour le
maître : le travail est un fait social que les hommes
effectuent les uns avec les autres et les uns pour les
autres en vue de la satisfaction réciproque de leurs
besoins (le garagiste répare la voiture du boulanger qui
fabrique du pain pour le garagiste.) Il est le ciment des
relations sociales.
Il prouve par là que l’homme n’a pas une nature donnée une
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fois pour toute, fixe et immuable, mais qu’il est devenir,
qu’il se fait sans cesse en transformant la nature, le donné
immédiat. Il prouve par là qu’il se fait sans cesse en
transformant la nature, en travaillant. Il est ce qu’il fait et
prend conscience de lui-même en contemplant son œuvre :
il ne préexiste pas objectivement à la prise de conscience de
lui-même par le biais de l’œuvre (objectivation de soi).
L’ingéniosité et les capacités humaines se révèlent par le
travail. Le maître reste à l’écart de la véritable humanité car
il reste à l’écart de l’oeuvre qui est le miroir de l’homme, le
révélateur de ce qu’il peut. C’est donc l’esclave qui atteint
la véritable conscience de soi par la médiation du travail.
L’esprit n’accède donc pas à la connaissance de lui-même
(conscience de soi) tant qu’il reste lui-même à l’intérieur de
lui-même; pour se connaître, il faut se produire, se
manifester à l’extérieur de soi, rencontrer son autre, la
matière, l’autre de l’esprit, il faut que celui qui travaille
affronte la dure résistance des choses et le caractère
étranger du monde pour y laisser sa marque en donnant une
forme selon l’idée ( ex. de l’enfant qui jette des cailloux
dans l’eau). Ce qui explique que le travail demande des
efforts, une dépense d’énergie : l’esprit a affaire à son autre,
la matière qu’il faut in-former, à laquelle il faut imposer sa
forme, son idée, sa marque. Ce que nous pouvons ( et a
fortiori faisons) ne nous est pas connu par le regard
immédiat que nous portons sur l’intérieur de nous-mêmes
: nous ne connaissons nos pouvoirs et notre être objectif et
effectif que par l’épreuve que nous en faisons : je suis
objectivement ce que je fais objectivement ( dimension
physique ou matérielle, qui se constate) et non ce que je
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pourrais faire sans jamais le faire. Je ne peux pas me
définir, définir mon être, ma réalité par des possibles ou des
possibilités, de simples capacités. ( Repère : possible # réel,
objectif)
Les rapports de l’homme et du monde ne sont donc pas
seulement des rapports de connaissance (un sujet face à un
objet mondain ou naturel à connaître) mais des rapports de
transformation réciproque. L’extériorité qui existe dans un
rapport de connaissance entre sujet connaissant et objet à
connaître, s’efface au profit d’une unité indissoluble
(synthèse); c’est bien pourquoi je suis ce que je fais
objectivement, ce qui mobilise le corps et l’esprit, l’idée. Je
transforme la nature en faisant et cette transformation me
transforme, ce qu’exprime la notion de praxis ( # poïesis ).
Cette activité transformatrice ne s’arrête jamais alors que la
connaissance atteint son but et sa fin dans l’acquisition d’un
savoir.
Ainsi la vérité sur soi et la vérité sur le monde ne sont pas
dans le regard immédiatement porté sur soi ( méditation) ni
dans le désir immédiat des choses qui sont les deux formes
de la même impatience. Dans ces deux cas, qui veut faire
l’ange fait la bête. La vérité de l’homme n’est pas dans la
lutte contre l’autre homme mais contre la matière, la nature
qu’il s’agit de transformer, en collaborant avec les autres
( divisions technique et sociale du travail) pour satisfaire
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des besoins naturels et sociaux, et satisfaire la conscience
de soi comme homme.
Bilan - :
la prise de conscience de soi s’effectue ici par la lutte
– contre l’autre individu mais objections (4- cf. transition
de la dialectique Hegel)
– contre la nature étrangère à l’idée, par le travail défini
comme objectivation de l’idée, de nos capacités physiques
et intellectuelles. On prend ainsi conscience de soi par le
travail; ce que je contemple dans mon ou mes œuvres =
c’est moi-même objectivé, réalisé. Je suis ce que je fais
objectivement, non ce que je pourrais* faire sans jamais le
faire (aucune objectivité), sans jamais passer à la
concrétisation de mes idées ou projets. Repères : le
possible*, ce qui est pensable sans contradiction / le réel :
ce qui est objectivement, matériellement.
Le travail suppose un effort : parce que l’esprit à affaire à
son autre, la matière. T. 10 p.331
Conclusion :
On peut prendre conscience de soi par la réflexion : nous
nous découvrons comme esprit ou conscience. Cependant,
prendre conscience de soi par l’action, en l’occurrence le
travail nous élève a une conscience de soi objective, pleine
et entière ( mes capacités non seulement intellectuelles mais
aussi physiques se réalisent) et qui ne souffre par ailleurs
aucune objection du fait de son caractère matériel ou
objectif. On juge l’arbre aux fruits. (objection / Descartes et
Freud). L’esprit trouve en effet son expression la plus haute
et la plus vraie lorsqu’elle rencontre son autre, la matière,
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lorsqu’il fait l’épreuve de l’autre et la preuve de soi. Il y a
plus dans une idée réalisée que dans une idée simplement
conçue. (articulation : pas d’action sans réflexion ; l’action
réalise l’Idée).
Unifier réflexion et action : l’action qui est lutte suppose la
réflexion + réfléchir, c’est dire « non », c’est aussi lutter
(penser contre soi ; lutter contre la doxa, les préjugés).
Rappel : agir est une lutte ou un combat contre la matière.
On se pose en s’opposant. La puissance ne se révèle que par
la lutte. Une volonté libre ne se révèle aussi que par et dans
l’opposition.