COURS DE BACTÉRIOLOGIE : NEISSERIA
INTRODUCTION
1. Définition
o Le genre Neisseria regroupe des bactéries de forme cocci,
Gram négatif, souvent responsables d'infections humaines,
principalement des infections génito-urinaires et des
infections respiratoires. Elles se présentent généralement par
paires, disposées en forme de "haricot" ou de "grappes",
avec un aspect distinctif à la coloration de Gram.
2. Classification sommaire
o Neisseria fait partie de la famille des Neisseriaceae. Les
deux espèces les plus importantes cliniquement sont :
Neisseria gonorrhoeae : responsable de la gonorrhée.
Neisseria meningitidis : responsable de la méningite
et de la septicémie.
3. Histoire
o Le genre a été décrit par Albert Neisser en 1879, lorsqu'il a
identifié Neisseria gonorrhoeae dans les exsudats des patients
atteints de gonorrhée. Plus tard, en 1887, Neisseria
meningitidis a été isolée par Weichselbaum comme cause de
la méningite.
4. Intérêts, Actualités
o Neisseria gonorrhoeae est de plus en plus résistante aux
antibiotiques, ce qui en fait une source majeure d'inquiétude
en santé publique.
o Neisseria meningitidis reste un agent de méningite
particulièrement virulent, en particulier dans les zones
géographiques à risque.
5. Incidence, fréquence
o Les infections à Neisseria gonorrhoeae sont fréquentes,
particulièrement chez les jeunes adultes sexuellement actifs.
o Les infections à Neisseria meningitidis varient en fonction des
épidémies, avec une prévalence élevée en Afrique
subsaharienne, mais aussi en Europe et en Amérique du Nord
lors de foyers épidémiques.
1. CARACTÈRES BACTÉRIOLOGIQUES
1.1 Taxonomie/Classification
Le genre Neisseria appartient à la famille des Neisseriaceae. Les
principales espèces pathogènes sont :
o Neisseria gonorrhoeae (gonorrhée).
o Neisseria meningitidis (méningite, septicémie).
o D'autres espèces moins fréquentes incluent Neisseria
lactamica, Neisseria cinerea.
1.2 Caractères morphologiques
Bactéries en cocci de petite taille, Gram négatif (coloration rose),
disposées souvent en paires ou en chaînes courtes, avec un
aspect de haricot ou de "yeux de chat".
1.3 Caractères culturaux
Neisseria est une bactérie aérobie stricte et non fermentative.
Elle se développe sur des milieux enrichis tels que l'agar chocolat,
l'agar Thayer-Martin (utilisé pour isoler N. gonorrhoeae), et l'agar
au sang.
Exigences de culture : Température optimale de culture autour de
37°C, humidité élevée, et présence de CO2.
Aspects des cultures :
Sur gélose : Les colonies sont petites, translucides à crème, et
peuvent avoir un aspect légèrement brillant.
En bouillon : Enrichissement avec des extraits de sang ou de
viande pour favoriser la croissance.
1.4 Caractères biochimiques
Oxydase positive, ce qui aide à différencier Neisseria des autres
bactéries Gram négatif.
Catalase positive.
Les tests de fermentation des sucres peuvent être utilisés pour
distinguer les espèces :
o N. gonorrhoeae : ne fermente pas le glucose, mais produit des
acides en présence de glucose.
o N. meningitidis : fermente le glucose et le maltose.
1.5 Structures antigéniques
Neisseria meningitidis possède des capsules polysaccharidiques
qui sont spécifiques à chaque sérotype (A, B, C, Y, W135).
La membrane externe de Neisseria contient des protéines de
surface, comme les porines et les protéines de liaison aux
transferrines, qui jouent un rôle crucial dans l'infection.
1.6 Substances élaborées
Exotoxines : Notamment pour N. meningitidis, la
lipopolysaccharide (LPS) joue un rôle majeur dans la
pathogenèse, induisant des réponses inflammatoires graves.
Enzymes : Neisseria gonorrhoeae produit des protéases (comme
la protéase IgA), qui l'aident à échapper au système immunitaire
de l'hôte.
1.7 Vitalité/Conservation
Neisseria est fragile et nécessite des conditions spécifiques pour sa
survie. Elle est particulièrement sensible à la dessiccation, à des
températures élevées et à des variations du pH.
Conservation : Les cultures peuvent être conservées sous forme
de cryoconservation ou par des milieux spéciaux de transport.
1.8 Immunité
Neisseria gonorrhoeae est capable d’échapper à l'immunité grâce à
la variabilité antigénique (changement des structures de
surface).
L'immunité à Neisseria meningitidis est partiellement conférée par
des anticorps spécifiques à la capsule, ce qui explique l'efficacité
des vaccins contre certaines souches.
2. ÉPIDÉMIOLOGIE
2.1 Habitat
Neisseria gonorrhoeae colonise principalement les muqueuses
génito-urinaires, mais aussi la conjonctive (gonococcie oculaire),
et la gorge (gonorrhée pharyngée).
Neisseria meningitidis colonise la muqueuse nasopharyngée de
l'homme.
2.2 Transmission
Transmission sexuelle pour Neisseria gonorrhoeae.
Transmission aéroportée pour Neisseria meningitidis, surtout en
cas de contact étroit avec un malade (ex. : dans des dortoirs, en cas
de contacts prolongés).
2.3 Répartition géographique
Neisseria gonorrhoeae est une maladie courante dans le monde
entier, en particulier dans les pays en développement.
Neisseria meningitidis : prévalence élevée dans la ceinture de la
méningite en Afrique, mais aussi des foyers épidémiques dans les
pays développés.
2.4 Prévalences (notes africaines)
Les épidémies de méningite à N. meningitidis dans la région
subsaharienne restent un problème majeur. Le serogroupe A a été
largement responsable avant l'introduction de vaccins.
2.5 Facteurs favorisants
Facteurs de risque pour Neisseria gonorrhoeae : pratiques
sexuelles non protégées, multiples partenaires sexuels.
Facteurs de risque pour Neisseria meningitidis : conditions de
surpopulation, dortoirs ou camps militaires,
immunodépression.
3. PHYSIOPATHOLOGIE
Infection à Neisseria gonorrhoeae :
La bactérie adhère aux cellules épithéliales des muqueuses, libère des toxines et des
enzymes qui perturbent l'intégrité cellulaire et provoquent une inflammation.
o Les infections peuvent se limiter aux muqueuses génitales ou
s'étendre à d'autres sites (urétrite, cervicite, pelvipéritonite).
Infection à Neisseria meningitidis :
La bactérie envahit la circulation sanguine, provoquant une septicémie, puis traverse
la barrière hémato-encéphalique pour entraîner une méningite aiguë.
4. POUVOIR PATHOGÈNE
4.1 Pouvoir pathogène naturel
Neisseria gonorrhoeae peut induire une inflammation locale avec
peu ou pas de symptômes dans certains cas, mais dans d'autres,
elle provoque des infections graves (pelvipéritonite, abcès).
Neisseria meningitidis est extrêmement virulente, capable de
provoquer une septicémie massive et des méningites rapidement
fatales si non traitée.
4.2 Pouvoir pathogène expérimental
Les modèles animaux, notamment chez les souris ou les lapins,
permettent de mieux comprendre les mécanismes de virulence, les
caractéristiques du biofilm et la réponse immunitaire.
5. DIAGNOSTIC BIOLOGIQUE
5.1 Diagnostic direct
Prélèvements : Écouvillons du col utérin, urétral, ou d'autres sites
infectés.
Examen microscopique : Observation de cocci Gram négatif en
paires.
Culture : Milieux spéciaux comme l'agar Thayer-Martin pour
Neisseria gonorrhoeae.
Antibiogramme : Déterminer la sensibilité aux antibiotiques, surtout pour Neisseria
gonorrhoeae résistante.
5.2 Diagnostic indirect
Recherche d'anticorps spécifiques ou détection de l'antigène
bactérien pour Neisseria meningitidis.
6. MESURES DE PROPHYLAXIE ET ÉLÉMENTS DE THÉRAPEUTIQUES
Prophylaxie :
o Vaccination contre Neisseria meningitidis (vaccins
polysaccharidiques et conjugués).
o Prévention de la transmission sexuelle pour Neisseria
gonorrhoeae (préservatifs, dépistage).
Traitement :
o Antibiotiques : Céphalosporines pour N. gonorrhoeae,
pénicilline G ou céftriaxone pour les infections à N.
meningitidis.
CONCLUSION
Neisseria reste un genre très important d'un point de vue clinique,
avec des agents responsables de maladies graves mais évitables
grâce à la vaccination et au traitement approprié.