BIENTÔT DES GAMÈTES (OVULES ET SPERMATOZOÏDES) CULTIVÉS EN LABORATOIRE ?
PUBLIÉ LE 31 JAN 2025 À 07H00
La capacité de créer des gamètes in vitro, à partir de cellules souches ou de cellules de peau génétiquement reprogrammées, est considérée comme le « Saint Graal » de la recherche sur la fertilité. Pour
l’Human Fertilisation & Embryology Authority, le régulateur britannique de l’usage et du stockage des gamètes, cette capacité est aujourd’hui à portée de main.
La capacité de créer des gamètes in vitro, à partir de cellules souches ou de cellules de peau génétiquement reprogrammées, est considérée comme le « Saint Graal » de la recherche sur la fertilité. Cela
permettrait de disposer de davantage d’ovules et de spermatozoïdes pour la recherche, mais aussi de gommer quasiment toutes les limites en termes de conception. Pour l’Human Fertilisation &
Embryology Authority, le régulateur britannique de l’usage et du stockage des gamètes, cette capacité est aujourd’hui à portée de main.
La toute première fécondation in vitro (FIV) remonte à bientôt 50 ans. Le premier « bébé-éprouvette » est né en 1978, à l’hôpital d’Oldham, au Royaume-Uni. La technique permet de pallier l’infertilité
féminine et/ou masculine (insuffisance ovarienne, anomalies des trompes de Fallope, faible quantité ou qualité des spermatozoïdes, etc.). En France, elle est accessible aux couples lesbiens et aux
femmes seules depuis 2021. Dans tous les cas, les ovules et spermatozoïdes proviennent des futurs parents ou d'un tiers.
Cela fait longtemps que les scientifiques songent à aller encore plus loin, à savoir produire les gamètes directement en laboratoire. Ceci permettrait d’accroître considérablement la disponibilité des
gamètes utilisables pour la recherche sur la fertilité et l’embryogenèse. Comme le souligne un article du Guardian, cette approche promet également de supprimer les barrières liées à l’âge. Enfin, elle
permettrait à des couples de même sexe d’avoir des enfants biologiques ensemble. Elle pourrait être viable d’ici une décennie, ce qui implique de réfléchir dès maintenant au cadre législatif de cette
pratique.
La gamétogenèse in vitro, futur traitement de l’infertilité ?
L’idée de créer des cellules germinales primordiales (CGP) in vitro a pris son envol avec la découverte, en 2006, des cellules souches pluripotentes induites (CSPi). Les CGP apparaissent au cours des
premières semaines de la croissance embryonnaire et se spécifient en spermatozoïdes ou en ovules.
En 2012, une équipe japonaise a pu obtenir chez la souris des CGP à partir de CSPi. Injectées dans des testicules ou des ovaires de souris, elles évoluaient en spermatozoïdes ou en ovules, produisant
une descendance saine. La production artificielle de spermatozoïdes et d’ovules à partir de CSPi humaines paraissait dès lors à portée de main.
En 2014, des chercheurs de l’Université de Cambridge et de l’Institut Weizmann ont produit pour la première fois des CGP à partir de cellules souches embryonnaires naïves et de cellules de peau «
reprogrammées ». L’équipe avait découvert qu’un gène (SOX17) est essentiel pour diriger les cellules souches humaines vers la transformation en CGP. Jusqu’à 40% des cellules utilisées sont devenues
des CGP.
>>À lire aussi : Les spermatozoïdes font-ils (vraiment) la course ?
Plus récemment, le biologiste Katsuhiko Hayashi, de l’Université d’Osaka, et son équipe ont transformé une cellule souche d’une souris mâle adulte en ovule. Ils ont ainsi créé des souris ayant deux
parents biologiques mâles. Là encore, les gamètes (spermatozoïdes et ovules) provenaient d'une production in vitro à partir de CSPi. Ces travaux peuvent aider à traiter l’infertilité causée par des troubles
chromosomiques. Ils laissent aussi entrevoir la possibilité d’une reproduction bipaternelle.
Si la production de bébés souris à partir de gamètes « artificiels » est possible, l’équivalent humain n’existe pas encore. Mais la recherche dans ce domaine progresse rapidement. On s’attend à ce qu’il
soit possible de fabriquer des spermatozoïdes et des ovules humains en laboratoire d’ici 10 ans au plus tard. « Des start-up américaines telles que Conception et Gameto affirment être sur le point d’y
parvenir », précise le Guardian.
« Changer la vie de millions d’êtres humains »
Donner aux familles la possibilité d’avoir des enfants à un âge beaucoup plus avancé, éliminer les obstacles pour les couples souffrant d’infertilité et permettre à tout le monde d’avoir des enfants
biologiques, c’est l’objectif de Conception.
La start-up tente de reproduire en laboratoire le processus par lequel les ovules se développent dans le corps féminin. Ils génèrent des CSPi à partir de cellules sanguines, puis guident leur
développement pour qu’elles deviennent des ovules viables. « C’est vraiment passionnant de travailler sur une technologie qui peut changer la vie de millions d’êtres humains », a déclaré à NPR Pablo
Hurtado, directeur scientifique de l’entreprise.
>>À lire aussi : Naissance des premiers bébés conçus par une fécondation in-vitro contrôlée par une manette de jeux vidéos
Cette technologie pourrait aider les femmes qui ont perdu leurs ovules à cause d’un traitement contre le cancer, celles qui n’ont jamais pu produire d’ovules sains et celles dont les ovules ne sont plus
viables en raison de leur âge.
De plus, les couples de même sexe pourraient avoir des enfants biologiques ensemble. Concrètement, il serait possible de créer des ovules à partir des cellules d’un homme, fécondés ensuite par le
sperme du partenaire. L’enfant, porté par une mère porteuse, serait ainsi lié génétiquement aux deux hommes. De même, on pourrait créer des spermatozoïdes à partir des cellules d’une femme dans le
cas de couples lesbiens.
De nombreux autres laboratoires dans le monde poursuivent le même objectif. Au cours d’une récente réunion, l’Human Fertilisation & Embryology Authority (HFEA) a estimé qu’il pourrait être atteint d’ici
deux à trois ans au plus tôt, mais plus vraisemblablement dans une décennie.
Des risques médicaux et éthiques sans précédent
Cette technologie soulève évidemment une myriade de questions. Du point de vue médical, l’élimination de la barrière de l’âge maternel implique des grossesses à plus haut risque. On peut également
s’interroger sur le bien-être d’un enfant né de parents (trop) âgés.
La technologie offre par ailleurs des possibilités plus « radicales », comme la « parentalité solo » et la « parentalité multiplex ». La première impliquerait la création d’un ovule et d’un spermatozoïde à partir
du même individu. Or, en temps normal, l’enfant reçoit deux copies de chaque gène, l’une transmise par le père, l’autre par la mère. Si l’un d’eux est porteur d’un gène défectueux associé à une maladie,
l’enfant sera porteur du gène. En revanche, il ne déclarera pas la maladie (car il possède une copie normale du même gène). Dans le cas où le parent est unique, le risque de maladie héréditaire récessive
est beaucoup plus grand. Il est donc peu probable que cette pratique soit un jour autorisée.
La parentalité multiplex implique quant à elle que deux couples produisent chacun un embryon, dont les cellules serviraient à créer des gamètes en laboratoire afin de produire un embryon final. « Les
quatre parents seraient en fait génétiquement les grands-parents de l’enfant », explique Rebecca Taylor, responsable de la politique scientifique de la HFEA.
>>À lire aussi : Une nouvelle étude éclaire le mécanisme de compaction de l'embryon humain
Parmi les autres préoccupations potentielles figure la possibilité de créer un très grand nombre d’embryons en laboratoire. Or, ceci permettrait d’effectuer un dépistage génétique beaucoup plus
approfondi. Au Royaume-Uni, comme en France, ce dépistage (ou « diagnostic préimplantatoire ») n’est autorisé que pour la recherche de mutations à l’origine de maladies graves. Mais dans certains
pays, par exemple aux États-Unis, la réglementation est beaucoup moins stricte. On peut donc craindre une forme d’eugénisme.
Enfin, on pourrait aussi imaginer que les cellules somatiques destinées à être reprogrammées en CSPi pour en faire des gamètes soient obtenues subrepticement d’une personne, à son insu. Une
personne célibataire pourrait dès lors avoir un enfant d’un donneur sans que celui-ci le sache.
La législation actuelle interdit l'utilisation clinique des gamètes conçus in vitro. Avant sa mise en œuvre, une révision des lois encadrant la procréation médicalement assistée s’impose. Celle-ci devra tenir
compte de tous les risques médicaux et éthiques potentiels.
UN PACEMAKER SANS FIL À DOUBLE CHAMBRE IMPLANTÉ POUR LA PREMIÈRE
FOIS CHEZ UN ENFANT
PUBLIÉ LE 31 DÉC 2024 À 07H00
● FLEUR BROSSEAU
La pose d’un stimulateur cardiaque ou pacemaker est nécessaire lorsque le cœur est
défaillant. Les stimulateurs classiques se composent d’un boîtier relié au cœur via
une ou deux sondes. Des dispositifs sans sonde ont vu le jour il y a quelques années.
Pour la première fois, ce type de dispositif innovant a été implanté chez un enfant.
La pose d’un stimulateur cardiaque ou pacemaker est nécessaire lorsque
le cœur est défaillant et que les médicaments ne suffisent pas à stabiliser
son rythme. Le boîtier du pacemaker est relié au cœur via une ou plusieurs
sondes souples et fines. Celles-ci transmettent une impulsion électrique
dès qu’un ralentissement du rythme cardiaque survient. Des dispositifs
sans sonde ont vu le jour il y a quelques années. Pour la première fois, ce
type de dispositif innovant a été implanté chez un enfant, dans une clinique
de l’Université de Californie, à Davis.
Le pacemaker permet de pallier la bradycardie (un ralentissement excessif
de la fréquence cardiaque) ou « des pauses » dans les battements. On
l’utilise également dans certains cas d’insuffisance cardiaque. Les
stimulateurs classiques se composent d’un boîtier en titane, contenant une
pile, placé sous la peau sous la clavicule. Ce boîtier est relié au cœur via
une ou deux sondes, insérées dans une veine. Elles surveillent le rythme
naturel du cœur et transmettent une impulsion électrique dès que
nécessaire.
Cependant, ces sondes peuvent entraîner des infections ou causer des
phlébites ou des thromboses. Le boîtier, quant à lui, peut entraîner une
érosion sous-cutanée et s’extérioriser. De plus, une incision de trois à
quatre centimètres est nécessaire pour le mettre en place. Sans compter le
fait que sa présence empêche le patient de pratiquer les activités
entraînant des mouvements du bras. C’est pourquoi, des pacemakers d’un
nouveau genre ont vu le jour il y a quelques années. Ils se présentent sous
la forme d’une simple capsule sans fil.
Une approche beaucoup moins invasive
Cette capsule sans fil se fixe directement sur le cœur. Elle est acheminée
jusqu’au cœur grâce à un cathéter porteur introduit dans la veine fémorale,
au niveau de l’aine. Cette approche mini-invasive élimine les risques
d’infection et de thrombose et réduit la durée d’hospitalisation. Elle ne
nécessite qu’une toute petite incision au niveau de la cuisse. Le temps de
récupération est plus rapide et il n'y a aucune contre-indication en termes
d’activité sportive.
Le stimulateur cardiaque sans sonde à double chambre AVEIR. Crédits :
UC Davis Health
Ce type de stimulateur cardiaque est utilisé depuis peu pour la stimulation
ventriculaire chez les adultes et les enfants souffrant d’un bloc
atrioventriculaire. Cette pathologie résulte d’un défaut de transmission de
l’influx électrique entre les oreillettes et les ventricules du cœur. Ce bloc
peut être partiel, ce qui se traduit par un ralentissement de la conduction
électrique.
Il peut également être complet, se caractérisant par l’absence totale de
conduction des impulsions atriales vers les ventricules. On parle dans ce
cas de « dissociation atrioventriculaire ». Le bloc cardiaque complet peut
résulter d’une cardiopathie congénitale structurelle fœtale ou d’une
prédisposition génétique. Il peut également être acquis à la suite d’une
exposition à certains anticorps maternels. Cette affection peut entraîner un
syndrome d’Adams-Stokes, qui se caractérise par une diminution brutale
du débit cardiaque et une perte de connaissance. Elle peut également
mener à la mort subite.
Pour la première fois, un pacemaker sans sonde, à double chambre, a été
posé chez une jeune américaine de 13 ans souffrant d’un bloc cardiaque
congénital complet. Les stimulateurs à double chambre aident à réguler le
rythme cardiaque en stimulant les chambres supérieures (atriales) et
inférieures (ventriculaires) du cœur. Le rapport de ce cas vient de paraître
dans la revue PACE : Pacing and Clinical Electrophysiology.
Un pacemaker compatible avec les activités sportives
La jeune fille faisait l'objet d'un suivi depuis des années pour un bloc
cardiaque congénital complet. Cette maladie rare touche un enfant sur
15’000 à 22’000. Sa fréquence cardiaque moyenne diminuait
progressivement. À l’âge de 13 ans, elle a commencé à développer une
présyncope au repos, avec un rythme cardiaque moyen inférieur à 50 bpm.
Daniel Cortez, directeur du service d’électrophysiologie pédiatrique de l’UC
Davis, a proposé la pose d’un stimulateur cardiaque.
La patiente souhaitant continuer à faire du sport (haltérophilie) sans
restrictions, la stimulation sans fil est apparue comme la meilleure option.
Cortez et son équipe ont choisi le stimulateur sans fil à double chambre
AVEIR, des laboratoires Abbott. Ce stimulateur cardiaque a reçu
l'approbation de la Food and Drug Administration (FDA) en 2023.
Depuis, de nombreux adultes américains en ont bénéficié.
Il est 10 fois plus petit qu'un stimulateur classique; plus court, plus petit et
plus fin qu'une pile AAA! Il se fixe à la surface intérieure du cœur à l'aide
d'un mécanisme de vissage, appelé hélice, qui permet de récupérer le
dispositif en cas d'évolution des besoins thérapeutiques ou si un
remplacement est nécessaire.
L'intervention se distingue par la technique de pose utilisée. Les
chercheurs ne sont pas passés par la veine fémorale, mais par la veine
jugulaire interne.
Ceci dans le but de permettre à la patiente de se déplacer et de reprendre
le sport au plus tôt.
De par l'emplacement du dispositif, l'accès par la veine jugulaire gauche
était le plus simple. Néanmoins, dans le cas présent, la veine jugulaire
interne droite de la patiente était plus large que la gauche. L'équipe a donc
opté pour la veine droite et recommande de toujours choisir la veine
jugulaire la plus large.
La procédure s'est déroulée sans encombre. La patiente n'a présenté
aucune complication pendant ni après l'intervention. Elle a pu reprendre le
sport trois mois plus tard.
Une alternative prometteuse pour la cardiologie pédiatrique
L'une des principales limitations de la stimulation cardiaque sans sonde
chez les enfants est la petite taille des vaisseaux fémoraux. Sa mise en
place via la veine fémorale peut ainsi occasionner une déchirure ou une
occlusion veineuse. Pour éviter cela, une alternative est d'utiliser la veine
jugulaire interne comme accès.
En 2018, le Dr Cortez fut le premier au monde à implanter un stimulateur
sans fil à chambre unique via la veine jugulaire interne chez un enfant. Il
s'agissait d'un pacemaker Micra, conçu par Medtronic. Plusieurs rapports
de cas concernant des enfants de moins de 30 kg ont par la suite confirmé
la sûreté et l'efficacité de l'approche.
En 2023, il posa pour la première fois un pacemaker AVEIR sans fil
retirable chez un enfant, un garçon de 12 ans. Il est désormais le premier à
implanter un stimulateur cardiaque sans fil à double chambre et retirable
chez un enfant. Ce cas démontre la faisabilité de l'intervention par la veine
jugulaire interne droite.
«Quel que soit le type de stimulation dont un enfant a besoin - atriale,
ventriculaire ou les deux - il peut désormais bénéficier en toute sécurité
d'une stimulation sans sonde et, après une courte période de récupération,
n'avoir aucune restriction quant à son niveau d'activité» a déclaré le Dr
Cortez.
L'équipe souligne qu'une étude de plus grande envergure est toutefois
nécessaire pour valider la sécurité et l'efficacité à long terme de ces
implants avant d'en conseiller l'utilisation systématique.
Des rapports antérieurs sur l'implantation de stimulateurs cardiaques
ventriculaires sans fil chez des enfants - par voie veineuse fémorale ou
jugulaire - font état d'un taux de complications potentielles pouvant
atteindre 16%. Ces complications comprennent une perforation cardiaque/
épanchement péricardique, une thrombose veineuse fémorale non
occlusive, ainsi qu'un retrait et un remplacement du dispositif en raison de
seuils trop élevés. « D'où la nécessité de faire preuve de prudence lors de
la sélection des patients », conclut Cortez.
Résumé
Pour la première fois, un pacemaker sans fil à double chambre a été
implanté chez une enfant souffrant d’un bloc cardiaque complet congénital.
Cette intervention a eu lieu à l’Université de Californie à Davis, sur une
adolescente de 13 ans qui souhaite continuer le sport sans restrictions.
Les pacemakers classiques nécessitent des sondes reliées au cœur.
Cependant, ce dispositif est 10 fois plus petit qu’un pacemaker traditionnel
et est fixé directement sur le cœur grâce à un mécanisme de vissage. Il
élimine ainsi les risques d’infection et de thrombose associés aux sondes.
L’intervention a été réalisée via la veine jugulaire interne (droite dans son
cas, car c'était la plus large) plutôt que la veine fémorale, afin de minimiser
les risques liés à la petite taille des vaisseaux des enfants mais aussi pour
faciliter la reprise rapide des activités physiques. Après l’opération, la
patiente n’a présenté aucune complication et a pu reprendre le sport trois
mois plus tard.
Cette avancée médicale est prometteuse pour la cardiologie pédiatrique:
elle offre une alternative plus sûre et plus efficace aux pacemakers
classiques, tout en préservant la qualité de vie des jeunes patients.
Toutefois, il est nécessaire d'effectuer des études à plus grande échelle
pour évaluer la sécurité et l’efficacité à long terme de ces dispositifs.
J’ai choisi ce sujet parce qu’il illustre une avancée médicale majeure qui combine
l’innovation technologique et l'amélioration de la qualité de vie des individus,
notamment des jeunes sportifs. Il nous redonne espoir en nous montrant comment la
science réussit à répondre aux défis posés par certaines pathologies rares.