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Restauration des zones humides

Le document traite de la définition, de la typologie et du fonctionnement des zones humides, qui sont des écosystèmes essentiels pour la biodiversité et la régulation des ressources en eau. Il souligne l'importance de ces milieux dans la conservation de la nature et leur rôle dans la gestion des eaux, ainsi que les défis liés à leur protection face aux projets d'aménagement. Enfin, il présente divers systèmes de classification et d'inventaire pour mieux comprendre et gérer ces zones fragiles.

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Restauration des zones humides

Le document traite de la définition, de la typologie et du fonctionnement des zones humides, qui sont des écosystèmes essentiels pour la biodiversité et la régulation des ressources en eau. Il souligne l'importance de ces milieux dans la conservation de la nature et leur rôle dans la gestion des eaux, ainsi que les défis liés à leur protection face aux projets d'aménagement. Enfin, il présente divers systèmes de classification et d'inventaire pour mieux comprendre et gérer ces zones fragiles.

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La restauration des zones humides

J.P. Berton, M. Bacchi


Université de Tours (IMACOF)

La notion de «zone humide» a été introduite à la fin des «Les zones humides sont des étendues de marais, de
années 1960 par les scientifiques et les protecteurs de la fagne, de tourbières ou d'eaux naturelles ou artificielles,
nature préoccupés par le devenir de ces milieux temporaires permanentes ou temporaires, où l'eau est stagnante ou cou-
menacés. Dans le cadre du projet MAR 1, première opéra- rante, douce, saumâtre ou salée, y compris des étendues
tion internationale s'intéressant à la conservation des zones d'eau marine dont la profondeur à marée basse n'excède pas
humides, Jouanin [1] notait que ce terme «désigne des six mètres.» Il est en outre précisé que les zones humides
milieux biologiques que nous appelons selon les cas, marais, pourront inclure des zones de rives ou de côtes adjacentes à
marécage, vasière, estuaire, lagune, étang, etc. C'est une la zone humide et des îles ou étendues d'eau marine d'une
désignation générale qui englobe des milieux variés, mais profondeur supérieure à six mètres à marée basse, entourées
ayant tous entre eux deux caractères communs: la présence par la zone humide.» (J.O. du 26/0211987)
de l'eau et la faible profondeur de celle-ci. • A l'échelle nationale, la loi sur l'eau du 3 jànvier 1992
donne la définition suivante:
1 • DEFINITION, TYPOLOGIE ET FONC- «Art. 2.- Les dispositions de la présente loi ont pour objet
une gestion équilibrée de la ressource en eau. Cette gestion
TIONNEMENT DES ZONES HUMIDES équilibrée vise à assurer la préservation des écosystèmes
aquatiques, des sites et des zones humides; on entend par
f» 1.1 Définition des zones humides zones humides les terrains, exploités ou non, habituellement
inondés ou gorgés d'eau douce, salée ou saumâtre de façon
Caractériser les zones humides reste difficile, aucune défi-
permanente ou temporaire; la végétation, quand elle existe,
nition scientifique ne faisant l'unanimité à l'échelle interna-
y est dominée par des plantes hygrophiles pendant au moins
tionale [2]; par ailleurs, l'expert, selon sa spécialité (géolo-
une partie de l'année».
gie, pédologie, hydrologie, géographie, biologie, écologie,
sociologie, économie, droit, urbanisme) a sa propre défini-
tion adaptée à ses propres objectifs. 1.1.2 Aspect scientifique/écologique
Pourtant, trois raisons principales rendent nécessaire des
Le biologiste regrettera cependant que ni l'une ni ['autre
définitions précises : .
de ces définitions ne soulignent que ces zones constituent
• l'avènement des législations environnementales nationales, des espaces cie transition entre la terre ferme et l'eau libre
européennes, oblige à identifier précisément les objets visés généralement soumises à un gradient d'humidité et qu'à ce
par les réglementations, ces dernières ayant des consé- titre, elles se comportent comme des lisières.
quences foncières et fiscales importantes;
On peut les qualifier d'interface, d'écosystèmes de transi-
• on doit disposer de données quantifiées, de cartes et géné- tion souvent sans frontières nettes car en position de lisière
ralement d'arguments pertinents pour sauvegarder les zones dans l'espace et le temps. Certains peuvent être considérés
humides face aux projets d'aménagement, aux risques de comme des écotones : zone de transition entre des systèmes
pollution, ... écologiques adjacents possédant un ensemble de caractéris-
• la gestion de la ressource en eau (qualité, quantité), tiques définies uniquement par des échelles spatiales et tem-
implique d'identifier les rôles joués par les zones humides porelles et par la force des interactions des écosystèmes
vis-à-vis de cette ressource pour envisager un raisonnement adjacents. (groupe de travail IUBS-Unesco MAB-SCOPE -
global et durable [3]. [4] )
Une consultation d'experts français a permis d'aboutir
1.1.1 Aspect juridique (1990) à la définition suivante:
«Les zones humides se caractérisent par la présence, per-
Deux définitions existent dans la législation française : manente ou temporaire en surface ou à faible profondeur
• A l'échelle internationale, dans le cadre de la convention dans le sol, d'eau disponible, douce, saumâtre ou salée sou-
de Ramsar (1971), ratifiée par la France, relative aux zones vent en position d'interface, de transition entre milieux ter-
humides d'importance internationale en ce qui concerne les restres et milieux aquatiques proprement dits. Elles se dis-
habitats des oiseaux d'eau, on trouve la définition suivante: tinguent par une faible profondeur d'eau, des sols

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LA RESTAURATION DES ZONES HUMIDES

hydromorphes ou non évolués, et/ou une végétation domi- • Zone Naturelle d'Intérêt Écologique, Faunistique, Floris-
nante composée de plantes hygrophiles au moins pendant tique (ZNIEFF, 1982)
une partie de l'année. Enfin, elles nourrissent et/ou abritent Il s'agit d'un inventaire national des milieux naturels.
de façon continue ou momentanée des espèces animales Treize types sont localisés en zones marines et côtières (mer
inféodées à ces espaces. ouverte il proximité d'une côte, baie-détroit, estuaire, delta,
Les zones humides correspondent aux marais, marécages, côte rocheuse, falaise, plage, dune, île, lagune-lac et étangs
fondrières, fagnes, pannes, roselières, tourbières, prairies d'eau salée (côtiers), lac, étang et marais d'eau douce,
humides, marais agricoles, landes et bois marécageux, forêts marais salant, vasière (côtière), pré salé) et six en zones
alluviales et ripisylves marécageuses, mares y compris les humides intérieures (cours d'eau rapide, cours d'eau lent,
temporaires, étangs, bras morts, grèves il émersion saison- lac-réservoir-étang, marais-tourbière, prairie humide, bassin
nière, vasières, lagunes, prés salés, marais salicoles, san- salé) et un type en haute mer.
souires, rizières, mangroves, etc.
En 1993, environ 29 000 km 2 de zones ZNIEFF il domi-
Elles se trouvent en lisière de sources, de ruisseaux, de nante zone humide ont été recensées, soit environ 5 % du
fleuves, de lacs en bordure de mer, de baies et d'estuaires, territoire.
dans les deltas, dans les dépressions de vallée ou dans les
L'actualisation en cours de l'inventaire ZNIEFF utiliserait
zones de suintement il flanc de collines.» [5].
la typologie CORINE-Biotopes [8].
• Observatoire des zones humides [9].
~ 1.2 Typologies des zones humides
Il s'agit de l'inventaire des zones humides d'importance
La typologie est la science de l'élaboration des types, qui majeure au plan national.
facilite l'analyse d'une réalité complexe et la classification. • Évaluation des politiques publiques de protection, de ges-
C'est un découpage du réel en différentes unités, rassem- tion et d'aménagement des zones humides [la].
blées ensuite dans des catégories représentant chacune un Il s'agit d'une proposition de typologie basée sur une
type. En ce qui concerne les milieux naturels, nous sommes combinaison des caractéristiques écologiques des milieux en
en présence d' «objets» qui évoluent dans le temps et cet jeu et des ensembles de politiques publiques impliquées
aspect dynamique complique la tâche. dans leur évolution. 12 types sont identifiés comprenant 87
Il existe de nombreuses classifications des milieux natu- sites qui sont essentiellement ceux inventoriés par l'Obser-
rels pour l'ensemble du globe et pour les zones humides, vatoire des zones humides:
une multiplicité de systèmes généraux ou thématiques appli- - zones humides littorales: baies rocheuses, baies et
cables à l'échelle mondiale, nationale, régionale, locale. estuaires moyens plats, grands estuaires, marais et lagunes
Exemple international : convention de Ramsar (1971). côtiers, marais saumâtres aménagés.
- zones humides intérieures: zones humides de mon-
Inventaire des zones humides d'importance internationale
particulièrement comme habitat des oiseaux d'eau. tagnes, collines et plateaux, marais agricoles aménagés,
régions d'étangs, plaines humides mixtes liées aux cours
Exemples européens: CORINE-Land cover (1989) d'eau, zones humides liées à un plan d'eau ponctuel;
Cartographie des écozones ou «unités d'analyse paysa- - zones humides des cours d'eau et bordures boisées
gère» homogènes reposant sur les caractéristiques des terri- marais et landes humides de plaine.
toires étudiés à partir des images de la télédétection. Parmi
• SDAGE - SAGE [II]
les zones humides une distinction est faite entre celles de
l'intérieur et les côtières. La typologie précédente a été adaptée aux besoins des
Agences de l'Eau. L'application de la loi sur l'eau, pour une
CORINE-Biotopes (1991) gestion qualitative et quantitative de la ressource, implique
Il s'agit d'un inventaire de sites d'importance communau- la mise en oeuvre de Schémas Directeurs d'Aménagement
taire et désignation des Zones Spéciales de Conservation et de Gestion des Eaux (SDAGE) par grand bassin et de
(ZSC) dans le cadre de l'application de la directive «Habi- Schéma d'Aménagement et de Gestion des Eaux par unité
tab>. La typologie se fonde sur des caractéristiques de la hydrographique cohérente (SAGE).
végétation. Huit grandes catégories ont été définies: commu- Cette typologie intègre les notions de fonction et services
nautés côtières et halophiles, eaux non marines, landes et rendus par les zones humides considérées alors comme des
pelouses, forêts, tourbières et marais, habitats rocheux, infrastructures naturelles (voir plus loin).
éboulis et sables, terrains agricoles et paysages artificialisés; Cette typologie comprend des niveaux emboîtés pour les
de cette typologie on peut extraire les éléments concernant SDAGE-SAGE et tient compte des facteurs dominants, liés
les zones humides. aux caractéristiques chimiques de l'eau (salée, saumâtre,
Exemples français douce) et au régime hydrique (eau courante/stagnante, durée
d'inondation). Elle comprend 12 types pour les SDAGE,
• Les typologies des espaces natui'els [6, 7].
fortement inspirés de ceux développés pour l'évaluation des
Il s'agit d'une typologie réalisée pour la cartographie de politiques publiques [la] et 28 types pour les SAGE, pour le
l'Inventaire Permanent du Littoral. moment encore trop proche des démarches par type d'habi-
En ce qui concerne les zones humides : tat, la dimension fonctionnelle étant encore peu intégrée [8].
Par exemple, le projet de SDAGE du Bassin Loire Bre- tiers des espèces rares ou menacées de notre pays sont
tagne recense pour l'instant 320 zones humides. Il utilise inféodées aux zones humides.
soit la typologie du tableau 2 (voir en annexe), soit la typo- Enfin, les zones humides remplissent divers rôles ou assu-
logie simplifiée suivante: rent de multiples fonctions. Ces fonctions sont difficilement
- estuaire et baie perceptibles à l'échelle locale.
- marais côtiers ou saumâtres, lagunes Ce n'est qu'au travers de bilans, souvent négatifs, à
- zones humides fluviales l'échelle d'un bassin versant par exemple, et la destruction
- massifs riches en tourbières ou autres petites zones des zones humides, que l'on peut mesurer combien ces
humides fonctions sont indispensübles à l'activité humaine.
- zones humides de prairie intérieure (tableau 1)
• Du point de vue de la ressource en eau, on sait par
Exemples locaux
exemple que les zones humides assurent un rôle régulateur
Afin d'évaluer l'évolution de milieux fragiles de nom-
entre les eaux de slllface et les nappes : stockage souterrain
breux systèmes typologiques détaillés ont été décrits pour
et superficiel, restitution progressive des volumes retenus,
disposer d'inventaires, de cartes et de connaissances en géné-
régulation climatique par le jeu de l'évaporation et l'évapo-
ral.
transpiration.
~ 1.3 Fonctionnement des zones humides • Du point de vue de la qualité de l'eau, la végétation et les
micro-organismes contribuent à la qualité de l'eau par ralen-
L'effet lisière des zones humides caractérisées par des tissement des écoulements, piégeage de matière en suspen-
gradients et un continuum spatio-temporels, confère à ces sion et sédimentation, stabilisation de certains corps chi-
zones des propriétés et un fonctionnement bien particuliers: miques, consommation de nutriments, dénitrification. Des
• un régime hydraulique marqué par la présence permanente systèmes d'épuration s'inspirent d'ailleurs de ces processus
ou intermittente de l'eau; naturels (lagunage) ou même utilisent directement des zones
• des rôles multiples dans les cycles biogéochimiques; humides naturelles pour parfaire l'épuration des eaux rési-
• une forte productivité primaire: les zones humides sont duaires.
parmi les milieux les plus productifs en matièi'e organique • Elles constituent un potentiel économique certain :
de la planète; si la matière produite n'est pas directement - la matière organique issue des zones humides permet le
accessible à l' homme, elle finira en grande partie par développement de micro-organismes dont se nourrissent de
rejoindre les écosystèmes terrestres ou aquatiques : elle pro- nombreuses espèces;
fitera alors à de multiples espèces végétales et animales dont - les zones humides bordant les cours d'eau constituent
certaines sont exploitées par l'économie humaine (pêche, des espaces essentiels pour la vie des poissons. Le brochet
chasse, agriculture, forêt, ...) se reproduit par exemple dans les prairies inondées, d'autres
• une diversité biologique remarquable: les zones humides, poissons dans les bras annexes ou bras morts des cours
comme toutes les lisières, sont des lieux d'échanges écolo- d'eau. Des oiseaux migrateurs ou sédentaires s'abritent ou
giques, des zones à diversité spécifique élevée. Ainsi, un se reproduisent dans les mêmes milieux. Ces espèces font

Fonctions Conséquence après destruction


Action tampon vis-à-vis des crues, Inondation
retardement de la propagation des flux.
Stockage des eaux et recharge des nappes. Sécheresse
Stockage des effluents naturels ou artificiels Augmentation des taux de pollution
et épuration des eaux polluées.
Régulation des cycles hydrologiques et chimiques. Phénomènes d'euthrophie/dystrophie,
problèmes de qualité des eaux
Stabilisation des sédiments, protection des rivages/tempêtes. Erosion des côtes et berges
Zones d'alimentation et de reproduction Diminution des pêches
de nombreuses espèces.
Habitats et refuges pour une grande variété Extinction d'espèces et diminution
d'espèces végétales et animales. de la diversité biologique

Tableau 1 - Conséquences de la destruction de zones humides.


LA RESTAURATION DES ZONES HUMIDES

l'objet d'une exploitation plus ou moins extensive par la dégradation des zones humides en favorisant la croissance
chasse et la pêche : ces espèces sauvages qui sont nées ou des végétaux ligneux contribuant au boisement des marais.
se sont nourries à un endroit seront souvent chassées en • En définitive, seules progressent les surfaces en eau stag-
d'autres lieux [12]. nante résultant de la création de plans d'eau de loisir ou de
Les zones humides constituent donc des espaces de grand l'abandon des ballastières : peu de ces milieux peuvent pré-
intérêt patrimonial. Elles assurent en outre diverses fonctions tendre au statut de zone humide au sens de l'intérêt biolo-
favorables aux activités humaines. Elles constituent bien des gique [12].
infrastructures naturelles [8,12,13], qui au même titre que les • Cette régression, outre ses conséquences pour la t10re et la
infrastructures mises en place par l'homme, contribuent au faune, entraîne une dégradation lente des fonctions natu-
maintien et au développement de ses activités. relles favorables aux activités humaines: régulation du
Ainsi, les éléments qui font l'intérêt des zones humides régime hydraulique, autoépuration, action climatique. La
acquièrent-ils une valeur collective de plus en plus élevée, construction d'équipements et les aménagements qui sup-
parfois même potentiellement plus forte que la valeur pléaient ces rôles perdus, confirment cette dégradation (bas-
d'usage. D'ou la nécessaire prise en compte par la collecti- sins tampon pour la régulation des débits, lagunes d'épura-
vité pour assurer la préservation et l'entretien de l'existant tion, etc ... voir tableau 1).
et la reconquête des milieux dégradés. [12]
Les interrelations écosystèmes fluviaux - zones II • LA RESTAURATION DES ZONES
humides
HUMIDES
Les connexions latérales et verticales, inscrites comme les
connexions longitudinales, dans la dynamique des écosys-
tèmes fluviaux, obligent à replacer les fleuves dans le 2.1 Modalités mises en œuvre pour la protection et
contexte de leur environnement terrestre. Les interfaces ou la préservation des zones humides
écotones situées entre les fleuves et leurs plaines inondables
ont une très grande importance, en particulier au niveau de
2.1.1 Principes à respecter pour la préservation des zones
la végétation riveraine (ripisylve et forêt alluviale); un rôle
humides
fondamental est également joué par les expansions et les
contractions saisonnières des zones humides autour des En ce qui concerne les zones humides d'intérêt majeur
cours d'eau en réponse aux régimes de précipitation, de la national ou local, il est préconisé de : (voir projet SDAGE
topographie locale et de la caractéristique des sols [14]. De de l'agence Loire Bretagne) [16]
même, des annexes hydrauliques déconnectées pendant de
• préserver la diversité des habitats et des espèces;
longs mois du chenal principal de grands t1euves «incisés»,
• préserver l'intégrité d'entités écologiques, veillant à ce que:
se comportent comme des zones humides pourtant situées
dans le lit mineur. - leur organisation et leur structure ne se dégradent pas
(réseaux trophiques, cycles géochimiques, ... ),
- le réseau fonctionnel d'espace soit conservé ainsi que les
1.4 Les causes de la régression des zones humides
supelficies minimum viables du point de vue biologique,
• Les occidentaux ont opté pour la mise en valeur des zones - des corridors soient déterminés pour contrecarrer les
humides par leur assèchement: dans les pays orientaux, les effets de barrières dus à la présence d'étendues inhospita-
zones humides ont été généralement conservées. Les rôles et lières pour la flore et la faune,
les fonctions de ces milieux auraient dû retenir notre atten- - sur les territoires très anthropisés, certaines entités écolo-
tion plus tôt. [15] giques soient maintenues pour préserver leurs richesses bio-
• La plupart des opérations d'aménagement foncier se sol- logiques.
dent par la mise en culture des fonds de vallée, le comble- • conserver le système naturel de régulation quantitative et qua-
ment des mares ou le redressement des rivières. litative de la ressource en eau (rétention naturelle des ClUes,
Il n'est donc pas étonnant de voir que les indicateurs phy- autoépuration, restitution à l'étiage d'une eau de qualité).
siques ou biologiques montrent une régression ou une
dégradation des zones humides. [12] 2.1.2 Quels outils pour préserver et protéger les zones
• Les causes de dégradation ou de disparition des zones humides?
humides sont liées à l'activité humaine. Aux effets directs,
défrichement et assainissement, s'ajoutent maintenant des La préservation des habitats et des espèces ainsi que celle
effets indirects: abaissement des lignes d'eau des rivières et de l'intégrité d'entités écologiques des zones humides peut
des nappes alluviales, rejet d'eau polluée, endiguement, pis- être menée à bien par:
ciculture, populiculture. Par ailleurs, d'autres espaces sont • un acte légal (création de réserve, arrêté de biotope), du
abandonnés : les activités traditionnelles qui en assuraient domaine de l'Etat, qui ne s'applique qu'à des surfaces relati-
l'entretien sont en très forte régression ou n'existent plus : vement limitées si on les compare à l'étendue des zones
pâturage extensif, récolte du bois et des productions végé- concernées. Cette protection est accompagnée d'un pro-
tales... gramme de gestion;
• Les variations climatiques actuelles peuvent accélérer la • l'acquisition puis la gestion, en particulier par les Conser-
vatoires du patrimoine naturel, des sites, etc, sur des fonds sous le vocable général d'écologie de la restauration. [17]
régionaux ou départementaux; dans le cadre des pro- La restauration consiste à favoriser le retour à l'état
grammes LIFE (fonds européens); antérieur d'un écosystème dégradé, par le seul jeu d'un
En Loire amont, non endiguée, là où le fonctionnement abandon ou d'un contrôle raisonné de l'action anthropique;
dynamique fluvial s'inscrit dans un espace de liberté, la la restauration impliquant que l'écosystème considéré,
meilleure préservation des zones humides de la plaine allu- même s'il est dégradé, possède encore deux propriétés
viale ainsi que des annexes hydrauliques à l'étiage, passe essentielles: être sur sa bonne trajectoire dynamique et pré-
par l'acquisition de ces espaces; le fleuve peut alors diva- senter un bon niveau de résilience. [17]
guer librement et retravailler l'espace, avec la seule La réhabilitation consiste à réparer les fonctions endom-
contrainte d'une gestion patrimoniale. magées ou bloquées d'un écosystème, en ayant recours à
Sauf exception, ces deux premiers outils, s'appliquant à des interventions plus lourdes, pour retrouver la trajectoire
des espaces limités, ont surtout valeur d'exemple ou de dynamique de l'écosystème et un bon niveau de résilience.
reconnaissance patrimoniale. D'autres auteurs [18] proposent une autre définition de la
Les deux autres outils pouvant d'ailleurs aider à l'évolu- restauration correspondant à des interventions visant un état
tion des mentalités et des pratiques sont: idéal le plus proche de celui observé avant toute modifica-
• la préservation par la voie d'une convention passée entre tion, un retour aux conditions «originelles» visant à :
un propriétaire et les Organismes compétents qui peuvent - redonner à un écosystème endommagé, les condîtions
être là encore les Conservatoires; antérieures à la perturbation;
• la restauration ou la réhabilitation des zones humides - rétablir ses attributs structurels et fonctionnels;
dégradées, ou même la création de nouvelles zones - relier ses caractéristiques physiques, chimiques et biolo-
humides. Un programme de gestion est là aussi générale- giques; on aurait donc un retour à un système en bonne
ment mis en œuvre. santé, naturel et autorégulé, intégré dans le paysage natu-
rel environnant [19].
2.1.3 Propositions d'actions d'accompagnement contri- Nous proposons ici de définir certains autres termes sou-
buant à la préservation des zones humides [16] vent utilisés :

• Modalités de protection liées à l'agriculture: l' «aménagement» consiste en une intervention sur les
En concertation avec le monde agricole, il serait souhai- milieux naturels ou modifiés pour privilégier généralement
table de mettre en oeuvre des mesures incitant à une gestion un usage (épis pour la navigation, levées contre les
plus respectueuse des zones humides : plan de développe- crues,...) ;
ment durable, mesures agri-environnementales, OGAF, plan le «réaménagement» consiste à compléter, renforcer,
de boisement, plan de gestion. transformer un aménagement afin de privilégier un usage;
Par ailleurs, il serait souhaitable de supprimer certaines
l' «entretien» consiste il maintenir une situation ou un état
aides publiques aux programmes qui peuvent compromettre
considéré comme bon ;
l'équilibre biologique des zones humides.
• Modalités de protection par rapport aux infrastructures: ·la création consiste à agir sur le milieu naturel ou anthro-
Il devrait être interdit de pratiquer tous travaux ou prélè- pisé pour lui conférer le statut écosystémique de zone
vements (en particulier, ceux qui dépasseraient les capacités humide;
de renouvellement de la ressource) susceptibles d'altérer la préservation ou la protection consiste à placer les
gravement l'équilibre hydraulique et biologique des zones milieux sensibles à l'abri des dégradations -des mésusages-
humides. grâce à des mesures conservatoires et une gestion appro-
• Prise en compte des zones humides dans les documents priée;
d'urbanisme:
la «gestion» consiste à adapter les usages aux ressources
Il serait nécessaire d'identifier puis de transcrire les zones
(gestion patrimoniale d'une réserve naturelle, gestion de la
humides dans les documents d'urbanisme; les affouille-
ressource en eau, gestion de la navigation fluviale, ...) ;
ments, les exhaussements du sol, les nouvelles constructions
devraient y être réglementés. Par ailleurs, les boisements la gestion intégrée veut prendre en compte tous les
devraient être protégés par classement. usages...
le «génie écologique» correspond à l'application des
~ 2.2 Définition des actions qui caractérisent l'inter- sciences de l'ingénieur en écologie; il consiste à intervenir
vention humaine sur les hydrosystèmes et en sur les milieux naturels ou modifiés en respectant le fonc-
particulier sur les zones humides. tionnement des écosystèmes pour aboutir à l'amélioration de
la biodiversité.
La multiplicité des termes utilisés pour caractériser les
interventions humaines sur les hydrosystèmes, souvent pour De la même façon que les zones humides ont pu être défi-
réparer les dégats causés par le mauvais usage que l'homme nies et caractérisées, il sera indispensable d'harmoniser la
a pu faire de la nature et de ses ressources, nous oblige à les définition des interventions en matière de restauration, réha-
définir, à travers certains concepts actuellement rassemblés bilitation, création entre les scientifiques et les gestionnaires.
LA RESTAURATION DES ZONES HUMIDES

En effet, peu de précautions sont prises quant à l' utilisa- On peut isoler une autre catégorie d'intervention dont
tion de ces termes, et sous une même rubrique se trouvent l'objectif prioritaire est le rétablissement d'un bon écoule-
pêle-mêle des opérations aux objectifs d'ampleur et de ment des eaux, il s'agit :
niveau très différents [19]. • de la restauration des berges et de la ripisylve des petits
Le terme restauration devrait être réservé aux interven- cours d'eau rendue nécessaire par le manque d'intérêt des
tions concernant des systèmes entiers. Or dans la plupart des riverains et le désengagement de l'Etat pour l'entretien
cas, la délimitation et la nature des communautés ou des régulier et la gestion de la ripisylve. Cette restauration
écosystèmes sont loin d'être cernés en raison, entre autres, contribue dans le même temps à ce que l'écosystème
de leur dynamique, de leurs changements cycliques ou retouve un meilleur fonctionnement et une plus grande bio-
directionnels sur des échelles de temps variables, même en diversité tout en s'inscrivant dans une démarche paysagère.
l'absence de perturbations anthropiques [19]. Ces interventions peuvent donc être considérées comme une
gestion patrimoniale incluant le génie écologique, le génie
2.3 Essai d'approche typologique des interventions végétal, l'entretien régulier [27,28,29,30,31].
en restauration • d'un réaménagement qui veut retrouver les conditions
En fonction de leurs objectifs, nous pouvons identifier antérieures de l'aménagement du lit et dont l'objectif priori-
quatre catégories principales d'interventions en restaura- taire est la sécurité des personnes en cas de crue (exemple
tion: de la Loire endiguée), mais qui veut prendre également en
La réhabilitation de sites très endommagés à la suite compte les préoccupations de restauration de la biodiversité
d'exploitations, de travaùx d'aménagement etc... En France, et du meilleur fonctionnement des écosystèmes (Plan Loire
la réhabilitation de carrières, gravières et sablières est un Grandeur Nature, Etudes CNR sur le Rhône) [32 à 36], [37].
bon exemple de cette catégorie [20,21,22].
La construction ex nihilo d'écosystèmes en compensa- 2.4 Exemple de restauration de zones humides rive-
tion de destructions. Par exemple, aux Etats-Unis, la créa- raines de la Loire
tion de zones humides est réalisée par des bureaux d'études
Les objectifs du plan Loire visent à relever la ligne d'eau
spécialisés en liaison avec des équipes scientifiques [19]. En
à l'étiage et à rétablir l'hydraulicité normale de la Loire en
France, au moins dans le cadre des programmes autorou-
intervenant en priorité sur les zones nouvellement atterries
tiers, on assiste à la création de mares dans un périmètre
et fortement végétalisées, en respectant la biodiversité des
voisin de celles qui sont condamnées par la construction
écosystèmes.
d'autoroutes [23]. Dans le même contexte, les bassins tam-
pons évoluent souvent vers un lagunage paysager! Le plan Loire vise également à restaurer, par exemple
dans leur fonction de ti'ayère, les annexes hydrauliques, bras
La conservation d'espèces, d'habitats, de la biodiver-
morts qui sont longuement déconnectés du lit vif incisé. La
sité, de sites protégés avec comme objectif le maintien d'un
restauration de ces annexes peut avoir un objectif plus glo-
état donné ou le retour à un état antérieur jugé plus favo-
bal qui est la restitution d'un milieu naturel écologiquement
rable du point de vue écologique. Dans la plupart des pays,
riche. L'intérêt n'est pas obligatoirement de favoriser la
les pratiques de la gestion patrimoniale appliquées aux
reproduction d'une seule espèce piscicole.
réserves incluent depuis de longues années, sans les nom-
mer, la restauration, la réhabilitation et la création. L'exis- Une étude environnementale établissant l'état des lieux
tence des réserves naturelles, l'achat ou l'établissement de est indispensable pour proposer et valider les travaux à
conventions de gestion mis en oeuvre par les Conservatoires mener sur le site. Un certain nombre de données mésolo-
permettent de préserver les zones humides. L'évolution nor- giques et écologiques sont recueillies: estimation de la cote
male ou attendue des zones humides est d'aboutir à un stade du fond de la boire, calcul en fonction des débits du creuse-
d'atterrissement selon les schémas classiques. Seules les ment de la boire de manière à favoriser la reproduction du
perturbations naturelles (inondations) à l'origine d'un rajeu- plus grand nombre d'espèces de poissons, topographie et
nissement continu des écosystèmes, la gestion «fixite» ou la communautés végétales, faune pisciaire, invertébrés ben-
restauration, permettent de conserver une gamme de milieux thiques, potentialités pour les vertébrés non poissons.
à des stades très variés. L'ouverture des milieux est dans ce Ces données vont permettre de décider, en fonction des
cas maintenue par différentes méthodes patrimoniales : utili- contraintes environnementales, de l'emprise optimale des
sation de races rustiques de chevaux, de bovins, le dévelop- travaux de restauration, ainsi que des méthodes pour réaliser
pement des activités pastorales [24,25,26], les pratiques cul- cette opération.
turales aidées (mesures agri-environnementales, ...) etc. Pour évaluer l'impact des travaux sur ces facteurs méso-
Quelquefois, les mesures visant à favoriser certains logiques et écologiques, le devenir des habitats t10ristiques
groupes animaux tell'avifaune, correspondent à un véritable et faunistiques ainsi que celui des espèces sensibles doit
aménagement de la nature, comme par exemple la création faire absolument l'objet d'un suivi. Ce suivi est particulière-
de clairières dans les roselières [26]. ment important dans un chantier expérimental dont les
La restauration de bras morts ou d'annexes de cours d'eau résultats doivent contribuer à l'élaboration d'un guide de
sans objectif de réaménagement hydraulique mais visant à restauration et de réhabilitation. Le grand nombre de
maintenir ou accentuer la biodiversité et à optimiser le fonc- familles d'invertébrés benthiques récoltées dans les boires
tionnement des écosystèmes, concourt au même objectif. montre l'importance écologique de ces annexes hydrau-
liques. Le comblement naturel de ces zones engendrerait la nisation des déterminations des espèces notamment entre
disparition de cette richesse faunistique. larve et imago, l'étendue en terme de surface ou de linéaire
L'étude environnementale du chantier de restauration des occupée par les habitats et les communautés associées, la
«frayères» du bois chétif (La Chapelle/Loire-Chantier expé- redistribution de la mosaïque des habitats après un événe-
rimental Loire moyenne) montre: ment hydraulique ou une intervention anthropique).
• une très grande différence de faune entre les prélèvements
effectués dans le lit vif et ceux effectués dans chacun des III Il CONCLUSION
deux systèmes hydrauliques annexes étudiés, différemment
connectés avec le lit vif: on voit qu'il faut bien conserver la
diversité des annexes hydrauliques. Tant que nos connaissances du fonctionnement des hydro-
• l'importance prépondérante des zones de bordure du lit systèmes ne seront pas plus solides, il restera difficile de
mineur ou des boires qui apparaissent comme l'un des élé- proposer aux gestionnaires des zones humides de vrais indi-
ments majeurs des écosystèmes aquatiques qu'il faut préser- cateurs de la qualité du milieu pour définir avec certitude les
ver lors de la réalisation de travaux de restauration [35,36]. interventions en restauration-réhabilitation et création.
Les études environnementales liées aux programmes de La rationalisation attendue de la restauration des zones
restauration sont souvent l'occasion de constater la faiblesse humides doit passer par un approfondissement et une har-
de nos connaissances fondamentales, de toute façon frag- monisation de la recherche fondamentale ainsi que par le
mentaires, relatives au fonctionnement dynamique des renforcement de la recherche appliquée. Cette rationalisation
hydrosystèmes à tous les niveaux d'approche (global à doit également passer par une véritable concertation entre
l'échelle du bassin et des écozones, des unités fonction- les gestionnaires des zones humides et des cours d'eau: les
nelles, au niveau habitationnel ou des microhabitats). Par ingénieurs et techniciens, les naturalistes et les scientifiques.
exemple, sont mal établis, la caractérisation des habitats et Enfin, avant toute restauration, il faudrait pouvoir appré-
leur dynamique (relations entre paramètres mésologiques et cier et surtout maîtriser les pollutions d'origine anthropique
communautés floristiques mais surtout faunistiques; les suc- ponctuelles ou diffuses qui détériorent gravement le fonc-
cessions temporelles et spatiales des communautés, l'harmo- tionnement des hydrosystèmes.

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Dominantes SDAGE SAGE


: TYPES MAJEURS 1
Salinité Régime hydrique
1
Eau douce Eau courante Inondée de FLUVIALES Zones humides des cours Boisée
manière d'eau et bordures boisées (ripisylve. fourrés
alluviaux)
- permanente Plaines humides mixtes liées
aux cours d'eau Herbacée
- saisonnière (prairies inondables)
Palustre
(roselière, c3riçaie)
Végération submergée
- permanente Zones humides de Marais d'altitude
montagnes, collines et (source, combe à neige)
~ saisonnière plateaux Tourbières
ZH de bas-fond en lête
de bassin

Eau - temporaire G\cuS1RES Régions d'étangs Boisée


stagnante - saisonnière ([Link]) Herbacée
Bordures de lacs
(roselières, prairies
- permanente
inondables)
Palustre
(roselière, cariçaie)
Végétation submergée

- temporcu.'re MA!Ws- Marais et landes humides de Landes humides


4 saisonnière MARÉCAGES plaine Prairies tourbeuses
• permanente
. permanente [ZoNES HUMIDES [limes humides liées à un plan d'eau Petits lacs, Mares...
- saisonnière PONcnJElllSl ponctuel)

[prés-salês continenLauxj Prés-salés


conLinentaux
- temporaire ZONES HUMIDES Marais agricoles aménagés Rizières
- saisonnière AMÉNAGÉES EN PrairieS amendées
EAU DOUCE
Peupleraies

- permanente Zones humides aménagées Réservoirs-Barrages


- temporaire diverses Canièrcs en cau
Lagunages

7 TYPES MNEURS 12 Types/SDAGE 28 Types/SAGE

Tableau 2 - Typologie des zones humides hors eau salée-saumâtre.


!il! A propos de la communication de Mlle Babillot et de
Discussions [Link] deja séance, M. MARGAT concernant «Les Ressources et Utilisa-
'. de la lllatinée du '13 juin ' tions de l'eau du Bassin de la Loire. Essai de compta-
, ' bilité régionale de l'eau».

Suite à cette intervention, M. Duband (Président de division


~ A propos de la communication de M. Poitrineau
SHF) demande s'il n'est pas audacieux et dangereux de vouloir
concernant «L'Histoire de la Loire de la guerre de faire des bilans par mois compte tenu du temps de réponse des
cent ans à nos jours». nappes et des incertitudes relatives aux prélèvements. A cela
M" c Babillot rappelle que la comptabilité est faite sur une base
La première question, soulevée par M. Roussel (Directeur trimestrielle et non mensuelle. M. Mm'gat ajoute qu'ils sont
adjoint de l'eau, Ministère de l'Environnement), porte sur le conscients qu'il y a beaucoup d'estimations et qu'il faut faire
rôle de carrefour entre l'amont et l'aval joué par la ville attention aux marges d'erreurs. Ce sont les différences d'ordre
d'Orléans sur la Loire. M. Poitrineau a ainsi ,uouté que sur le de grandeur qui sont prises en compte et non les chiffres. En ce
Rhône, la ville de Lyon avait un rôle identique. qui concerne les prélèvements, il y a une différence de percep-
M. 'Roussel évoque ensuite l'utilisation et l'organisation collec- tion entre les prélèvements pour l'agriculture et ceux pour l'eau
tive de gestion, spécifiques il la Loire. En effet, la Loire a pour potable (ces derniers étant mieux connus). La valeur des chiffres
particularité de connaître une culture dite d'un "peuple d'eau". est donc différente.
La vie s'est organisée autour du fleuve et en fonction de ses Suite il cette discussion, M. Hospital invite l'assemblée 1\
caprices. s'interroger sur ]a fiabilité des estimations concernant les prélè-
En ce qui concerne l'utilisation du fleuve, M. Hospital insiste vements agricoles. En etfet, les prélèvements agricoles sont mal
sur le fait qu'il est nécessaire d'être prudent. Par exemple, la comptabilisés du fait du manque de compteur. Et ceci est
navigation a connu une vitesse de développement certaine mais variable selon les régions. Mais il existe un espoir de pouvoir
aussi un déclin rapide avec la disparition du protit qui a conduit comptabiliser ces prélèvements correctement
à son abandon. Et il nous reste aujourd'hui un fleuve corseté. M. VILLEY (Ingénieur général M]SE) intervint sur ce point
Que restera-t-il du fleuve dans 25 ou 30 ans? pour rappeler qu'il est inutile de parler de gestion de la res-
Enfin, M. Cendrier (Commissaire - enquêteur), s'est interrogé source «eau», si on ne mesure pas sérieusement les prélève-
sur le rôle des levées il leur origine. N'avaient-elles pas pour ments, y compris agricoles. L'Agence de l'Eau Loire - Bretagne
rôle principal de rassembler les eaux en période d'étiage, beau- a demandé, il y a quelques années une politique volontariste de
coup plus que de protéger contre les crues .) M. Poitrineau fait comptage de ces prélèvements et des compteurs ont été mis en
remarquer qu'il y a eu une politique de "levées continues". En place chez les exploitants.
effet, le système de levées s'est mis en place progressivement et Le dernier sujet de discussion porte sur la représentativité des
par à-coups, autant pour protéger les populations, que pour chiffres en terme de consommation. Ainsi, il semble bon il M.
favoriser la navigation. Rousseau (France Nature Environnement) de rappeler que la
consommation brute est définie comme le volume d'eau prélevé
Il A propos de la communication de MM. Dauge, Bidault dans le milieu. Et la consommation nelle est la différence entre
et Ayrault concernant «Le Patrimoine Ligérien». la consommation brute et le volume qui retourne dans le milieu.
M. Margat précise donc que la comptabilité prend en compte les
M IllC Beaufils (Maire de Saint Pierre des Corps) démontre il consommations nettes.
juste titre que pour traiter correctement le patrimoine, chacun a
Synthèse effec/lIée par Nina Diell.
besoin «d'aide» architecturale, paysagère. La perte du CAUE
secréwire de séance
pour l'Indre et Loire a des conséquences douloureuses. Cette
aide doit être recréée pour la réhabilitation de l'existant comme
pour toute nouvelle réalisation. Selon M. Dauge, il serait néces-
saire de mellre de l'argent dans des études paysagères.
Discussions au coûrs de hl séance
M. Cazenave (SHF) fait alors constater qu'il nous manque en deJSJ.u>rès- mi4jdu 13 Jlljl1
France une certaine vertu de continuité. On construit beaucoup,
mais on n'entretient plus. Et la restauration demande un effort
énorme. MM. Dauge et Bidault insistent sur le fait qu'à un !il! Discussions faisant suite à l'exposé de Mme Dacharry
usage est associé une gestion spécifique. sur les grandes crues historiques de la Loire
Pour conclure, M. Dambre (MISE) rappelle, tout en adhérant
tout il fait il tout ce qui a été dit pour la sauvegarde du paysage Le premier sujet de préoccupation de l'assemblée, abordé par
ligérien, qui est très riche, varié et tout à fait remarquable, qu'il M. Laperrouse (E.D.F), est la distinction entre les crues histo-
y a quelques siècles les villes s'étaient développées autour de la riques de Haute-Loire, de Loire-moyenne et de la Loire aval,
Loire, qui était alors l'axe économique principal, mais qu'avec présentée par Mme Dacharry. En effet, celle distinction pourrait
l'arrivée du chemin de fer, le développement des villes s'en était être due en partie il des aménagements successifs du lit. rendant
ensuite écarté. Il lui paraît nécessaire de réorienter l'urbanisme historiques des crues qui antérieurement ne l'avaient pas été.
des villes autour du fleuve, de façon il ce que celui-ci rede- Cependant cette distinction est permise, non pas par les divers
vienne un axe de vie privilégié, tout en préservant les zones aménagements réalisés sur ces différentes zones, mais unique-
inondables qui doivent être réservées de préférence il des amé- ment grâce au fait que ces secteurs sont distincts par leurs mor-
nagements de loisirs. Il serait souhaitable de développer cet axe phologie, météorologie, ... De plus, aux périodes considérées
de réflexion dans les études d'urbanisme. (Xynl èlllc siècle, ]846, 1910), il n'existait pas d'aménagement

LA HOWLLE 'BLANCHEIN° 61H996


majeur pouvant porter à conséquence sur les niveaux cie crues. Discussions faisant suite à l'exposé de D. Duband sur
Ainsi, la crue cie 1910 marqua aussi bien les secteurs cie Loire la genèse des crues dans le bassin de la Loire.
aval que les secteurs cie Haute-Loire.
M. Maurin clemande ensuite la précision avec laquelle on peut La première cliscussion porte sur la protection contre les crues
espérer cléterminer les clébits des crues cie 1846, 1856, 1866, faibles et moyennes. M. Picarcl signale l'observation faite
sachant que l'on connaît avec une bonne précision les hauteurs concernant ce type cie protection qui apparaît satisfaisant lorsque
d'eau mais que les profils sont, eux, très mal déterminés. la zone protégée a une occupation qui ne subit pas· cie clom-
A cela Mille Dacharry rapporte que les moclifications clu lit mages trop graves comme en rive gauche cie la Loire clans la
mineur étaient, en et'fet, très importantes et qu'on avait des pro- région de Sancerre.
hlèmes d'approximation cles clébits. Néanmoins, elle estime la Le seconcl point de cliscussion porte sur l'état actuel cles
précision sur les valeurs à 10% environ du clébit. L'm'clre cie connaissances et cie leur rôle dans la prise cie clécision ainsi que
grancleur cles crues cie 1846, 1856, 1866 étant de 7 500 m3/s, on sur les risques encourus en amont du bec cl' Allier pour une crue
peut clonc retenir une valeur cie référence de 8 000 m3/s. cie clébit supérieur à celle clu siècle dernier. Aujourcl'hui, on a
En ce qui concerne, les protections contre ces crues exception- tenclance à plafonner clans les connaissances cles crues au
nelles, l'assistance s'interroge sur les limites de cette protection Xyn èrne siècle; mais maintenant on se permet cI'extrapoler les
vis-à-vis cles clifférents types cie crues. Ainsi, il semble bon cie résultats, cie faire des prévisions.
rappeler, comme l'a fait fort opportunément Mille Dacharry, que M. Dubancl évoque l'exemple envisagé cI'une crue millénale
si les levées de Loire constituent une bonne protection contre les entre Gien et Blois afin cI'être le plus concret possible. Une telle
petites crues et les crues moyennes, elles ne protègent pas contre crue constituerait un clébit cie II 000 m 3/s, ce qui est fort plau-
les très grancles crues et au contraire aggravent les clommages sible. Cependant, en l'état actuel cles connaissances et cles
causés par celles-ci. Il est important, fait remarquer M. Dambre, ouvrages cl' art, aucun barrage ne peut gérer ce type cie crues.
cie ne pas oublier que les levées cie la Loire ne sont pas une pro- Pour cles crues moyennes, il est possible cl' établir cles règles de
tection absolue et que les zones inonclables situées clerrière les gestion. La mise en oeuvre se fait par la gestion cie barrages
levées (comme à Tours) doivent être préservées car elles consti- écrêteurs cie crues. Leur fonction est valable pour cles bassins
tuent pour ces crues cles champs cI'expansion possibles. versants de quelques clizaines cie km 2 • Il est extrêmement impor-
Les trois crues historiques cie 1846, 1856 et 1866 représentent tant cI'écrêter la pointe cie crue mais tout le problème réside
chacune un événement unique, aux conclitions cie genèse parti- clans la clétermination clu lancement cie la phase cI'écrêtement.
culières, étroitement liées à l'hyclrométrie. Ainsi, crues cie réfé- Dans le cas cie crues cie grande importance, seuls les champs
rence et phénomènes météorologiques jouent un rôle dans cI'inonclation permettent cie gérer au mieux ces événements.
l'annonce cles crues. Reste à savoir clans quelle mesure l'étude Quant aux crues locales, ce sont les plus cliftïciles à prévenir.
cles phénomènes locaux est indispensable? Mille Dacharry
montre que ces étucles locales étaient nécessaires car un phéno- I!I Discussions faisant suite à l'exposé de M. Camp'huis
mène météorologique important, même à 3 km près, peut chan- sur la stratégie d'écrêtement des crues en Loire
ger la course cles événements. En réalité, les scénarios pour moyenne
connaître la genèse de ces crues sont nombreux (influence cie
l'homme, météorologie ... ). Mais la prise en considération cie La première question cie Mille Beaufils attire l'attention de
ces crues cie référence prencl tout son sens clans la connaissance l'assemblée sur la façon cie travailler cie cette équipe cie 3 parte-
des champs cI'expansion cie crues. naires (Agence cie l'eau, E.P.A.L.A., Etat) pour prenclre en
On arrive alors logiquement à parler de l'influence cie l'absence compte l'évolution cie l'ensemble du val entre 1856 et
cie végétalisation sur l'évaluation des crues clu XIxèllle siècle en aujourcl'hui, alors que le val cloit être très clifférent cie ce qu'il
comparaison à la situation cie la Loire actuelle clont le lit est for- était en 1856.
tement végétalisé, fait remarquer à juste titre M. Coste. Il est En fait, une nouvelle topographie a été réalisée en 1995 ainsi
vrai que cie ce point cie vue, beaucoup cie travail reste à faire qu'une moclélisation mathématique en juin 1996. Ce val est
pour permettre à la Loire cie retrouver son "visage cl' antan"; ce inclus au P.O.S., constitué avec l'aicle cie l'IFEN pour les vals
grancl nettoyage clevant être regroupé avec cI'autres actions cléjà ruraux et il l'aide de photos aériennes au 1/25 000 pour les
amorcées par l'arrêt cI'extraction cie granulats clans le lit clu autres zones du val.
fleuve. Une bonne appréhension cles clifférentes causes cie cette
Les vals sont très peu clifférents entre cieux périodes. En effet,
abonclante végétalisation clu lit majeur clu fleuve est nécessaire
clans tous les cas, cI'une part la vitesse cI'entrée clans le val est
avant la réalisation cie tels travaux.
faible et d'autre part, la vitesse lors cles viclanges est importante,
Enfin, M. Gazowski apporte quelques précisions concernant la ce qu'il reste il vérifier par la moclélisation.
connaissance acquise cles clébits cie crue au milieu clu XIxèllle
M. Degardin attire ensuite l'attention des techniciens et cles poli-
siècle qui, pour sa part, sont cI'une précision analogue à celle
tiques sur la nécessité d'éviter l'illusion cie la maîtrise totale clu
cI'aujourcl'hui. Les raisons en sont:
risque, cie la sécurité totale car elle n'existe pas. Le meilleur
- la mesure cles clébits se faisait avec les mêmes techniques aménagement que peut faire l'ingénieur et le politique, n'est pas
qu'aujourcl'hui (au moulinet type Woltmann clont un exemplaire celui qui assure un seuil de protection cie plus en plus élevé
se trouve au Musée cie Munich), (cinquantennal, centennal, pluriannuel ...) mais celui qui assure
- les courbes de tarage de l'époque présentaient une grancle sta- la sécurité en cas cie clépassement de la protection qui se pro-
bilité clue il un bon entretien clu lit clu fleuve et à l'absence quasi cluira inévitablement. D'autre part, une stratégie cie gestion du
totale cie prélèvement cie granulats, risque cloit comporter une part importante cI'information cles
- malgré une technologie cie mesure cie clébit plus performante, populations.
l'établissement cles courbes cie tarage est plus clélicat Une stratégie cie prévention a été mise en place. Ainsi, on pos-
aujourd'hui en raison de l'évolution très rapicle du lit. sède clésormais le réseau C.R.I.S.T.A.L. qui constitue une cel-
Iule de prévention des crues efficace. Néanmoins, un problème !\'[lj Discussions suite à l'exposé de M. Grassin sur l'évo-
demeure sur la prise de décision qui sera décisive lors de crues lution de la politique de prévention des inondations.
de débit de 10 000 m'/s. Tout est entre les mains du Préfet. En
ce qui concerne les plans d'évacuation, ils sont surtout départe- L'intervention de M. Grassin amène une réflexion de Mille Beau-
mentaux. Le plan municipal de secours d'Orléans, par exemple, fils. En effet, St-Pierre-des-Corps, dont elle est le Maire, est un
est en cours d'élaboration. La pointe limite de débit décidant secteur inondable et une intercommunalité entre les communes
l'évacuation des populations est fixée à 6 500 m'/s. [Link] même problème, ne résoudrait pas tout d'après elle. Car
M. Auverm intervient sur ce point afin de rappeler qu'une une commune ü une vie, des envies de développement propres
connaissance précise des processus d'inondation des vals est il elle-même, mais les risques demeurent néanmoins. Les com-
indispensable pour mettre aL~ point les plans de secours. Ces munes protégées par des digues doivent se réunir afin de réflé-
connaissances sont aujourd'hui insuffisantes et nécessitent un chir à des actions communes. En fait, il n'y a pas de solution
travail de modélisation encore à entreprendre dans différents sans débat public préalablement préparé par la diffusion d'une
secteurs. information pertinente aux responsables et aux populations (pri-
vés, industriels etc.) afin de faire évoluer les rétlexions person-
Melle Julian du conservatoire du Patrimoine Naturel de la Région
nelles sur ces problèmes de gestion du risque. Depuis 1994,
Centre, aborde le problème de l'abandon des zones annexes de
dans les discussions, on fait la part entre ce qui existe déjà et ce
la Loire qui est essentiellement dû à l'enfoncement du lit et non qui n'est pas encore en matière de risque car il est indispensable
à un abandon de l'entretien de la végétation du lit. Il s'agit donc de prendre des mesures de protection sans faire augmenter le
là d'un problème beaucoup plus complexe, l'enfoncement du lit
risque. Dans cette gestion du risque d'inondation, il faut laisser
de la Loire se traduisant par l'abaissement de la ligne d'eau à
une zone d'expansion à la crue.
l'étiage. Elle rappelle également que la diversité naturelle des
En dernier lieu, l'établissement d'une stratégie de gestion des
rives et vals de la Loire est liée aux crues et inondations pério-
crues permettra d'orienter les stratégies de protection des zones
diques. Ainsi un patrimoine exceptionnel est présent ü l'amont
à forte vulnérabilité (comme St-Pierre-des-Corps par exemple).
de Briare. On trouve lü une forêt alluviale dont la richesse, la
Ces stratégies permettront de mieux percevoir l'avenir, d'aider
diversité et les spécificités sont dues aux crues. Il faut donc bien
l'Etat à prendre les bonnes décisions et de choisir les politiques
différencier crues et inondations: le champ d'expansion des
adéquates ü la restauration du milieu naturel tluvial.
eaux n'est alors pas le même. Pour conserver cette richesse, il
est nécessaire de gérer également ces zones d'expansion de crue Faute de temps, les communications de M. Soquet et M. Dumay
en tant que «réserve naturelle». ne purent faire l'objet de discussions avec les membres de
j'assemblée.
Un conseiller à la ville de Tours attire l'attention de l'assemblée
sur les dégâts de plus en plus importants derrière les levées.
Gérer au mieux l'urbanisation des vals et des coteaux devient un Synthèse réalisée PlU: Armelle Sicart.
enjeu majeur. De plus, pour contrecarrer ces inondations, cer- secrétaire de séance
tains vals vont être désignés comme zone préférentielle pour
l'expansion des crues. Une gestion du risque et une étude des-
criptive des dégâts sont à établir. Ces vals jouant un rôle très
Discussions [Link]' d~ la séante
important dans l'écrêtement des crues exceptionnelles doi vent
être les partenaires de barrages écrêteurs de crues. Cependant, la
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reconquête du lit endigué par une restauration et un entretien


pourrai t permettre un amonissement des crues exceptionnelles.
Désormais, seuls les responsables décideront de ce qu'il reste Ü iJl Discussions suite à la communication de M. Leroy
entreprendre au sein de telles politiques. «Comment concilier économie et écologie dans
l'estuaire de la Loire» (communication présentée par
Le dernier sujet de discussion porte sur la stratégie d'écrêtement
M. Villey)
entre le barrage du Veurdre et celui de Villerest sachant qu'il est
souvent question de cette retenue lorsque l'on parle des pro-
blèmes de la Loire. Est-ce qu'une modélisation peut être une M. Maurin, Président de la SHF demande il M. Villey de donner
aide ü la décision pour le gouvernement? Quels sont les choix son opinion personnelle sur le sujet présenté au nom de M.
offerts au gouvernement à partir d'une modélisation? Leroy. M. Villey répond que M. Leroy sous-estime la décision
. L'ouvrage d'écrêtage du Veurdre est un barrage sec. Il fonc- prise par le ministre car il demeure une question non résolue: la
tionne par abaissement de vannes sectorielles il partir de 3 000 Virgule de Barbeuf. En effet. cette zone localisée dans la partie
m'/s. Cet ouvrage ne se ferme jamais complètement et les pois- sud de l'estuaire est vouée à disparaître car elle est en train de
sons pourront toujours passer en temps de crue. Le volume utile s·envaser. On risque de perdre un site d'une grande valeur écolo-
du barrage du Veurdre est de 90 millions de m'. Le problème gique. Il se demande ce que l'on peut faire pour que cet endroit
réside dans le choix du moment Olt il faudra abaisser les vannes demeure en eau.
afin d'écrêter la crue. Voici quelque temps, le débit limite M. Pinte (EDF) demande quels sont les travaux prévus pour
d'abaissement des vannes est passé de 8 500 m'/s à 4 000 m3ls. réduire l'importance du bouchon vaseux dans l'optique d'assu-
Quant ü l'influence d'une modélisation sur les décisions gouver- rer une meilleure circulation des poissons migrateurs. La pre-
nementales, elle permet d'illustrer l'impact d'une politique mière chose ü faire est de réduire les oscillations du bouchon
d'entretien et de restauration ü différents niveaux. Cela a été vaseux. Il faut donc faire des travaux de déchenalisation il
démontré avec la modélisation de 1982 qui illustre l'impact l'amont, et ce très vite. Cela va permettre le relèvement de la
d'une politique au niveau local montrant l'influence de la végé- ligne d'eau. Mais il faut pour cela démontrer ü la population que
talisation sur l'écrêtement des crues et la formation d'atterrisse- la navigation ü l'amont de Nantes n'a plus aucun intérêt écono-
ment par défaut d'entretien. mique.

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M. Décamps s'inquiète du devenir du modèle élaboré. M. Vil- ouvrages existent, EDF essaie de diminuer leur impact et consi-
ley précise qu'aucun financement n'a été prévu pour faire per- dère que l'on doit continuer 11 les développer.
durer ce modèle car généralement il est rare qu'un tel outil
continue à «vivre». Mais Nantes a une volonté contraire et veut ll1 Discussions suite à la communication de M. Dambre
utiliser ce modèle afin d'obtenir une cellule de mesures et vul- sur les extraction de matériaux dans le lit mineur et
gariser les résultats.
le lit majeur de la Loire et de ses affluents

ll1 Discussions suite à la communication de MM. M. Bethemont demande quelles sont les définitions retenues
Mignot et Lefèvre sur la problématique des étiages pour le lit mineur et le lit majeur. Les définitions prises en
compte pour le cas présent sont les suivantes: 'le lit mineur est
M. Rousseau (France nature Environnement) intervient à propos le lit mouillé en moyenne plus de 10 jours par an et le lit
des conséquences induites par le barrage de Naussac. Selon la majeur représente les zones inondables moins le lit mineur.
période d'hydraulicité (forte ou faible), l'impact du barrage est M. Bethemont demande également quel est l'impact sur la qualité
minime ou très important. Faire une moyenne, comme dans le des eaux de ces extractions de sable jouant un rôle de filtre puri-
document présenté à propos de Naussac, revient à masquer ficateur. M. Dambre répond qu'un abaissement de la ligne d'eau
l'impact du batTage sur les débits, dans sa période d'utilisation a été constaté mais que le sujet mériterait plus amples études.
réelle. Ce document, présenté par l'EPALA, n'est pas plus
convainquant que le catalogue des avantages du soutien d'étiage Il Discussions suite à l'intervention de MM. Gougis et
pour le barrage de Chambonchard pour lequel on cherche une
Steinbach sur le retour des poissons migrateurs
réelle analyse des inconvénients.
Compte tenu qu'EDF fait face à ses obligations en matière de
ll1 Discussions suite à la communication de M. l'Her- franchissement des obstacles 11 la migration, M. Pinte aurait
mitte sur EDF et la Loire: 50 ans d'histoire com- souhaité que le Conseil Supérieur de la Pêche montre les résul-
mune tats de la migration à Poutès et tente de donner une explication
de la diminution des effectifs. Poutès est équipé d'un ascenseur
M. Masson demande ce qui va se passer pour le barrage de et le passage des poissons est filmé, ce qui permet un comptage
Maisons-Rouges. EDF appliquera les décisions gouvernemen- précis. Ainsi, en 1988, une bonne répartition entre les saumons
tales, que l'effacement soit confirmé ou à l'inverse que le bar- de printemps et d'automne a pu être observée. Le cycle du sau-
rage soit maintenu. Il est toutefois nécessaire que la décision mon dépend de plusieurs éléments qui doivent se conjuguer,
soit prise rapidement. Quant aux nouveau projets de micro-cen- sinon, cela peut conduire 11 l'extinction de l'espèce. Cette année,
trales, ils sont surtout 11 buts multiples (électricité, irrig,ition, les chiffres sont encourageants mais ne permettent pas de
eau potable). conclusion hâtive.
M. Rousseau (France nature Environnement) contredit M.
L'hermitte au sujet de la réussite des vidanges de barrages. Il Il Discussions suite à la communication de MM. Berton
estime que la vidange d'Eguzon sur la Creuse en 1987 est une et Bacchi sur la restauration des zones humides
véritable catastrophe. La matière solide transférée 11 l'aval a
rempli complètement le lit de la rivière, 11 l'exception d'un che- M. Dambre souligne que le rapport de juin 1994 de l'instance
nal d'une quinzaine de mètres dans lequel coulait un fluide plus d'évaluation des politiques publiques en matière de zones
proche de la boue que de l'eau. Les poissons et la faune ont humides a mis en évidence la dégradation continue de la plupart
souffert et l'eau potable à l'aval a été polluée. des zones humides en France. La moitié d'entre elles ont dis-
M. Villey témoigne de l'intéressante collaboration qui s'est ins- paru au cours des trente dernières années. La réduction maîtri-
taurée avec EDF depuis quelques années. Il demande quelle est sée des extractions de matériaux dans le lit majeur est l'une des
la position d'EDF vis-à-vis des ouvrages qui produisent peu conditions nécessaires 11 la sauvegarde des zones humides.
d'électricité et qui ont un mauvais impact. En ce qui concerne
Synthèse réalisée par Fabienne Ragot,
les petites centrales hydrauliques, dans la mesure où les secrétaire de séance
Table ronde

Présidée par M. Guellec, Président du Comité de bassin Loire-Bretagne,


cette table ronde accueillait comme participants:
MM. Décamps, Doligé, Duband, Masson, Rousseau, Villey-Desmeserets

M. Villey-Desmeserets, chargé de mission d'inspection spé- d'être plus réservé sur les soutiens d'étiage. Qu'en est-il des élé-
cialisée du ministère de l'Environnement, résume les points ments en trace ? Et de la qualité des eaux ? La carte des nitrates
essentiels du congrès, qui n'est pas, à son sens «un colloque est inquiétante, celle des phosphates aussi. Et le patrimoine s'ap-
Loire de plus» comme il y en a tant, car son contenu est beau- pauvrit : le bocage du Perche est grignoté par l'aspect «grandes
coup plus complet, notamment par une large évocation de tous cultures» de la Beauce. Pour faire avancer les choses, il faudrait
les aspects biologiques et par les exposés et discussions sur le faire coopérer les mouvements associatifs et l'EPALA.
patrimoine. Il espère qu'il y a progrès dans la prise en compte
de cette dimension. Il note qu'on a longuement parlé des crues Le Président Guellec, partant de ces propos, estime qu'il y a
et inondations et qu'on a bien expliqué les mécanismes. Il reste lieu d'élaborer une politique d'ensemble concertée, le soin du
à bien les faire comprendre à l'opinion. A propos des étiages et tleuve ne pouvant être laissé entièrement ni aux associations
de leurs prévisions, il retient qu'il serait bien nécessaire d'avoir d'écologistes, ni à EDF.
une comptabilité précise des prélèvements. Les problèmes liés
M. Masson, coordonnateur de l'eau à EDF, ainsi mis en
aux extractions de granulats et leur règlementation ont été juste-
cause, donne l'esprit du rôle d'EDF, qui est à la fois aménageur
ment signalés. Il faut souligner également la remise en valeur
et gestionnaire de j'eau, plutôt gestionnaire actuellement car les
des zones humides et un bon exposé sur les poissons migra-
aménagements sur la Loire sont terminés. L'objectif est de faire
teurs ... en espérant à ce propos la mise en place d'un pro-
vivre chaque fleuve avec son caractère propre, même avec la
gramme sérieux. Il demande si l'EPALA compte faire quelque
présence de l'industrie, dont EDF. L'établissement est favorable
chose en ce domaine.
il un large esprit de partenariat avec tous ceux qui ont en charge
M. Doligé, député, Président du Conseil Général du Loiret, les activités et préoccupations riveraines.
présente brièvement le fonctionnement actuel de l'EPALA, qu'il
préside, et souligne son intérêt pour le rôle de la Loire dans Le Président Guellec conduit alors un dialogue avec la salle
l'aménagement du territoire, et pour l'amélioration de la vie des où s'expriment les aspirations de certains élus pour la défense
poissons migrateurs. de l'environnement, les regrets de na pas laisser assez de place
aux sciences humaines, l'inquiétude devant les schémas direc-
Le Professeur Décamps, écologue, directeur de recherche au . te urs d'urbanisme qui ne tiennent pas compte des crues (ce
CNRS, souligne l'intérêt des recherches en écologie. Se posant la point devrait s'améliorer). M. Relosato, adjoint au maire de
question «qu'est-ce qu'une belle rivière ?», il répond que c'est Givors, souhaite une participation des élus municipaux à tous
d'abord un cours d'eau qui vit, donc qui varie, qui évolue avec les problèmes liés aux rivières, notamment en dynamique tlu-
ses pulsations propres. Mais jusqu'où peut-on varier ? Il Y a viale, en définition des champs d'expansion des crues...
certes nécessité de protections, .mais à condition de maintenir
l'identité et l'intégrité du tleuve. D'où l'importance de la notion A un participant qui souhaite voir la SHF prendre position
de «continuuum» ou de «connectivité» du tleuve. Comment res- sur la politique fluviale, le Président Maurin rappelle la mission
taurer les tlux, et à quelles échelles? Cela doit se traiter dans un de la SHF : «Favoriser le progrès des connaissances dans les
esprit de discussion ouvette, de communication franche entre les domaines des sciences hydrotechniques (hydraulique, méca-
usagers. Un beau tleuve est un «tleuve qui inspire» ... aussi bien nique des tluides et les sciences qui s'y rattachent), mais aussi
les poètes que les projets. Pour l'écologue, il ne suffit pas de dans les domaines des sciences de la terre et de la nature (utili-
connaître «.l'anatomie» mais aussi de bien comprendre la «phy- sation, répartition et protection de la ressource en eau, en quan-
siologie», ce qui implique l'intelligence de restaurer et d'aména- tité et en qualité»>.
ger.
Dans ces domaines de l'hydrotechnique et de l'environne-
M. Duband, Président de la division «Eau» de la SHF, pense ment, elle est le point de rencontre privilégié de scientifiques,
qu'il faudrait revenir sur le problème des étiages, au moins aussi industriels, ingénieurs et gestionnaires qu'elle rassemble au sein
grave que celui des crues, et sur les questions relati ves aux d'un Comité Scientifique et Technique.
interactions entre eaux souterraines et eaux superficielles qui
n'ont pu être traitées en raison de l'absence de M. Ausseur. Il En clôture, M. Cazenave, Président du Comité Scientifique et
souligne .que la Loire peut être comparée à l'Ebre, fleuve espa- Technique de la SHF, rappelle la part grandissante de la biolo-
gnol qui a également gardé un caractère sauvage. Il insiste sur gie, de l'écologie et des sciences de l'environnement, sensible
l'imp01tance de la communication avec les riverains en ce qui depuis une bonne dizaine d'années dans les travaux couronnés
concerne les événements exceptionnels. par le prix d'hydrologie de la SHF (prix Henri Milon) et de plus
en plus dans la plupart des colloques ou congrès. Il se félicite
M. Rousseau, au nom de «Loire vivante» et de «France Nature d'avoir suggéré le sujet sur l'histoire de la Loire, de la guerre de
environnement» déplore les difficultés de communication en cent ans à nos jours, l'exposé excellent du Professeur Poitrineau
matière d'écologie; il estime que le colloque a été marqué par une et le brillant tableau brossé par M. Dauge et ses collaborateurs
volonté de discussions plus ouvertes, moins triomphalistes qu'en ayant créé un esprit «patrimonial» qui a marqué un peu tout le
d'autres manifestations du même genre. Il regrette cependant qu'on colloque. Il se réjouit d'une bonne participation des élus à ce
n'ait pas eu le temps de parler du projet du Veurdre. Il estime que colloque, qui couronne l'effort en ce sens de la SHF qui naguère
si les solutions envisagées pour les cmes sont cOlTectes, il y a lieu encore ne touchait que des scientifiques et des ingénieurs.

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