Aperçu de la toxicomanie et traitement
Aperçu de la toxicomanie et traitement
Octobre 2009
Le Dr George a fait ses études de premier cycle et ses études de médecine à l’Université
Dalhousie d’Halifax en Nouvelle-Écosse au Canada où il a obtenu son doctorat en médecine
en 1992. Il a fait sa résidence en psychiatrie (1992-1996) pour ensuite faire un stage de
spécialisation en neurosciences translationnelles (1996-1998) à la Faculté de médecine de
l’Univerisité Yale, à New Haven, au Connecticut (É.-U.). Il s’est joint au corps professoral de la
faculté médicale de Yale en 1998. Il était professeur agrégé de psychiatrie à l’Université Yale
avant de devenir professeur titulaire à l’Université de Toronto à l’automne 2006.
Le Dr George a rédigé plus de 320 publications évaluées par les pairs et il est membre du
American College of Neuropsychopharmacology (ACNP). De 2013 à 2022, il a été éditeur
Toxicomanie
Ce document de travail médical sera utile à toute personne en quête de renseignements généraux
sur le sujet médical traité. Il vise à donner un aperçu général d’un sujet médical fréquent dans les
appels.
Chaque document de travail médical est rédigé par un expert reconnu dans son domaine qui a été
choisi sur la recommandation des conseillers médicaux du Tribunal. Chaque auteur a pour directive
de brosser un tableau équilibré de l’état des connaissances médicales sur le sujet traité. Les
documents de travail médicaux ne font pas l’objet d’un examen par les pairs, et ils sont rédigés pour
être compris par les personnes n’appartenant pas à la profession médicale.
Les documents de travail médicaux ne reflètent pas nécessairement le point de vue du Tribunal. Les
décideurs du Tribunal peuvent tenir compte des renseignements contenus dans les documents de
travail médicaux et s’appuyer sur ceux-ci, mais le Tribunal n’est pas lié par les opinions exprimées
dans ces documents.
Chaque décision du Tribunal doit être fondée sur les faits entourant le cas particulier visé. Les
décideurs du Tribunal reconnaissent que les parties à un appel peuvent toujours s’appuyer sur un
document de travail médical, s’en servir pour établir une distinction ou le contester à l’aide d’autres
éléments de preuve. Voir Kamara c. Ontario (Workplace Safety and Insurance Appeals Tribunal)
[2009] O.J. No. 2080 (Ont Div Court). Pour en savoir plus sur ces documents, consulter le Guide du
TASPAAT : Documentation et expertise médicales.
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Toxicomanie
Introduction
La toxicomanie désigne les conséquences néfastes liées aux comportements de recherche
compulsive de certaines substances. D’après les estimations, le fardeau économique
annuel de la dépendance à l’alcool et à d’autres substances, et des maladies mentales
concomitantes, serait de 40 à 52 milliards de dollars au Canada1 et avoisinerait les
700 milliards aux États-Unis2. Par ailleurs, le Canada manque cruellement de services
d’évaluation et de traitement de la toxicomanie, les services de traitement spécialisés ne
sont souvent disponibles que dans les grands centres urbains, et la demande dépasse
très largement la capacité de traitement. Qui plus est, seulement 10 à 12 % des personnes
aux prises avec un problème de toxicomanie cherchent véritablement un traitement1,
et l’insuffisance dans la capacité constitue un obstacle considérable au traitement et au
rétablissement de ces personnes. Heureusement, la dépendance à l’alcool et à d’autres
substances est de plus en plus largement reconnue comme une maladie chronique, qui
nécessite un traitement médical et doit bénéficier d’une protection de l’assurance-santé
et d’une couverture d’invalidité.3 À cette fin, elle est considérée comme une forme de
handicap aux termes du Code des droits de la personne de l’Ontario.
Définitions
L’American Psychiatric Association a publié en 2013 la dernière version de ses critères
diagnostiques pour les troubles de psychiatrie et de toxicomanie, le Manuel diagnostique
et statistique des troubles mentaux, 5e édition (DSM-5)4. Dans cette édition, les intitulés «
abus » et « dépendance » ont été remplacés par la seule catégorie des « troubles liés à
l’utilisation de substances » (ainsi, le « trouble lié à l’utilisation d’alcool » a remplacé les
catégories « abus d’alcool » et « dépendance alcoolique »). Ci-après figure un résumé de
la terminologie actuelle :
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Toxicomanie
Critères de rémission
a) Rémission précoce – absence des critères susmentionnés au cours des 3 à 12
derniers mois.
Critères de gravité
y Légère – Présence de 2 à 3 des critères susmentionnés ;
y Moyenne – Présence de 4 à 5 des critères susmentionnés ;
y Sévère – Présence d’au moins 6 des 11 critères susmentionnés.
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Toxicomanie
Il faut souligner que dans le DSM-5, la plupart des critères qui dans le DSM-IV caractérisaient
« l’abus d’une substance » et la « dépendance à une substance » ont été regroupés sous
l’intitulé « troubles liés à l’utilisation de substances ». Toutefois, les considérations d’ordre «
judiciaire » ont été exclues, et l’état de manque a été ajouté au rang des caractéristiques.
Description physiopathologique
a) Causes : La toxicomanie relève d’un processus biologique complexe. Selon les
chercheurs, elle est induite par les changements à long terme qui se produisent dans
le système dopaminergique mésolimbique du mésencéphale, une région du tronc
cérébral qui est modulée par les centres supérieurs du cerveau, comme le cortex
préfrontal. Plusieurs autres systèmes de transmetteurs convergent vers ces projections
dopaminergiques du mésencéphale, y compris le système opioïde endogène (qui
comprend notamment les enképhalines et les endorphines), le système GABAergique,
le système glutamatergique et le système endocannabinoïde. La voie commune finale
liée aux effets des substances ayant fait l’objet du mauvais usage de substances s’avère
être l’activation des systèmes dopaminergiques mésolimbiques (voir la figure 1). En fait,
les causes de la toxicomanie semblent multifactorielles (par exemple, il peut s’agir d’une
interaction entre des facteurs biologiques, sociaux, psychologiques et culturels).
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Toxicomanie
d) Effets du traitement sur les systèmes cérébraux : Les éléments de preuve laissent
penser que moyennant un traitement et une abstinence totale, bon nombre des
changements des fonctions cérébrales décrits à la section A) finissent par s’inverser,
mais on ignore le temps requis pour ce retour à la normale. Cependant, d’après des
études réalisées en utilisant des stimuli de consommation (par exemple, en mettant
des personnes dépendantes à une substance en contact avec des gens, des lieux ou
des objets leur rappelant leur utilisation passée afin de stimuler un état de manque), il
semblerait qu’après une exposition chronique à une substance, le cerveau devienne «
conditionné » pour réagir aux stimuli liés à cette substance, ce qui entraîne un état de
manque, lequel est immédiatement à l’origine de la rechute.
Établissement du diagnostic
a) Tests diagnostiques : Généralement, l’utilisation inappropriée de substances est mise
en évidence grâce à des méthodes objectives de dépistage dans les urines, le sang ou
la salive. Le diagnostic clinique des troubles liés à l’utilisation de substances se fonde
sur les antécédents médicaux, selon des tableaux diagnostiques comme le DSM-5 ou
la CIM-11. Un test rapide au point de service permet d’obtenir des résultats immédiats,
ce qui peut renforcer les réductions de drogues ou l’abstinence envers les substances.
Cependant, de nombreux hôpitaux s’appuient sur des tests définitifs qui suivent les
procédures de manipulation des échantillons selon une « chaîne de possession ». Les
tests de confirmation sont exécutés en utilisant des méthodes accréditées au coût plus
élevé, dont les résultats ne sont obtenus que 3 à 7 jours plus tard et qui sont requis à des
fins cliniques et juridiques.
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Toxicomanie
b) Diagnostic différentiel : Les tableaux cliniques associés aux troubles liés à l’utilisation
de certaines substances sont parfois similaires à ceux de plusieurs troubles médicaux
et psychiatriques. Par conséquent, la réalisation d’analyses toxicologiques de l’urine
et du sang peut être très instructive et contribuer à affiner le diagnostic différentiel afin
d’établir ces troubles.
Facteurs de risque
Il est important de remarquer que des facteurs tant génétiques qu’environnementaux
rendent vulnérable à l’adoption et au maintien d’un comportement lié à l’utilisation d’une
substance. Le meilleur exemple de cette double contribution vient des études menées en
utilisant le registre des jumeaux ayant combattu au Vietnam, dans le cadre desquelles des
vrais jumeaux (souvent adoptés à la naissance) ayant combattu dans l’armée américaine
pendant la guerre du Vietnam5 ont fait l’objet d’un suivi après cette guerre (au cours de
laquelle ils ont été exposés pour la première fois à l’héroïne et à d’autres substances). Le
taux de concordance le plus élevé pour l’utilisation d’héroïne a été observé, dans l’ordre
décroissant, chez les jumeaux monozygotes, puis chez les jumeaux dizygotes, et enfin
chez les frères non jumeaux, ce qui semble montrer l’importance du facteur génétique dans
la toxicomanie. Toutefois, même chez les jumeaux monozygotes, les taux de concordance
étaient de 50 à 60 %, ce qui laisse penser que les facteurs environnementaux contribuent
aussi à l’adoption ou à la poursuite des troubles liés à l’utilisation de substances.
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Toxicomanie
double perspective ».8 Les publications dans ce domaine sont malheureusement limitées.
Néanmoins, une étude a souligné qu’il est essentiel de se concentrer sur les soutiens
familiaux et sociaux, en particulier pour les femmes autochtones.9 D’autres travaux
sont clairement justifiés en ce qui concerne la mise en œuvre de nouveaux protocoles
d’évaluation et de traitement qui tiennent compte des besoins des patients autochtones
souffrant de douleur chronique ou ayant un trouble lié à l’utilisation de substances, incluant
les pratiques de guérison autochtone.10
Malgré la réduction des taux concernant l’utilisation de l’alcool, du tabac et des drogues
illicites, les taux d’utilisation des analgésiques narcotiques sur ordonnance continuent
à augmenter fortement.11 Aux États-Unis, environ 5 % de la population aurait utilisé des
psychotropes sans avoir obtenu d’ordonnance au cours du mois écoulé, et les analgésiques
narcotiques représenteraient environ les deux tiers de la consommation. En fait, entre
1995 et 2005, le nombre d’Américains ayant abusé de médicaments sur ordonnance dont
l’utilisation est réglementée a bondi, passant de 6,2 millions de personnes à 15,2 millions.
Aux États-Unis, les médicaments sur ordonnance les plus couramment utilisés sont les
hydromorphones (par exemple, en combinaison avec l’acétaminophène), avec plus de 100
millions de prescriptions en 2005, très loin devant les autres médicaments couramment
prescrits comme l’atorvastatine (63 millions) et l’amoxicilline (52 millions). Un schéma de
consommation similaire semble se dessiner au Canada. Le fardeau économique et social du
mauvais usage de médicaments sur ordonnance est donc considérable, et les auteurs de
ces abus génèrent des coûts de soins de santé largement supérieurs (8 à 9 fois plus élevés)
par rapport aux personnes ayant une utilisation normale.12
Un grand nombre de personnes qui abusent des analgésiques narcotiques sur ordonnance
souffrent d’un syndrome de douleur non diagnostiqué ou inadéquatement traité. Malgré
les préoccupations des médecins et des autres fournisseurs de soins de santé, qui
trouvent inopportun de prescrire des analgésiques narcotiques en doses plus élevées ou
sur de longues périodes, il est fortement recommandé de prescrire des doses suffisantes
et pendant assez longtemps pour apaiser dûment les douleurs aiguës ou chroniques.12
Cependant, quand le soulagement de la douleur est insuffisant, il arrive que les patients
augmentent leur utilisation afin de contrôler eux-mêmes leur douleur. On parle de « pseudo-
dépendance » pour désigner ce genre de comportements. De plus, on y a observé les
caractéristiques suivantes : 1) les patients utilisent de plus fortes doses dans le but de
soulager leur douleur et NON de ressentir une euphorie ; 2) ces comportements aberrants
disparaissent si le médecin traitant augmente suffisamment les doses d’analgésiques
narcotiques. Qui plus est, la solution pour réussir à traiter ces patients aux prises avec un
syndrome de douleur chronique grâce aux analgésiques narcotiques est que le médecin
traitant assure une surveillance et un suivi minutieux.
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Toxicomanie
Dans le cadre du traitement de la douleur, plus de 90 % des patients ont déclaré recevoir
des opiacés pour soulager un syndrome de douleur chronique. Selon les estimations,
dans ce cadre, le taux de troubles de l’utilisation de substances est de 18 à 41 %11, et une
étude sur les patients souffrant de douleurs lombaires chroniques indique une prévalence
de 36 à 56 %13. Certes, les antécédents du mauvais usage de substances ou d’alcool sont
à prendre en compte pour tout patient auquel on envisage de prescrire un narcotique,
mais ils ne doivent pas constituer une contre-indication absolue, car ces médicaments
peuvent clairement contribuer à soulager la douleur. Une surveillance attentive est de
mise pour ce type de patients (comme pour tout autre patient auquel on prescrit ce genre
de médicaments), et la fréquence et la quantité des prescriptions doivent être réduites au
minimum, avec des consultations plus fréquentes du médecin prescripteur. L’utilisation
fréquente de tests de dépistage dans l’urine est aussi un élément important dans la
planification du traitement, et permet de savoir rapidement si un patient a rechuté. Dans ce
cas, il faut indiquer au patient que, compte tenu des craintes de surdose ou d’interaction
entre les produits, le traitement de la douleur par analgésiques peut être interrompu, à
moins qu’il cesse d’utiliser les substances illicites, ou qu’il suive un traitement contre la
toxicomanie, avec des dépistages urinaires prouvant son abstinence. L’emploi d’outils
comme la grille d’évaluation des risques liés à l’administration d’opiacés (Opioid Risk Tool)
permet au prescripteur d’évaluer le risque d’abus avant le début de la thérapie. Pendant
le traitement, il est recommandé d’utiliser des outils comme le Current Opioid Misuse
Measure14, un questionnaire soumis au patient afin d’établir si son utilisation d’opiacés est
inappropriée. Cet outil permet de surveiller les éventuels comportements aberrants liés
à l’utilisation d’opiacés chez les patients suivant un traitement d’entretien analgésique à
base d’opiacés pour soulager une douleur chronique. Il est important que les cliniciens qui
traitent des troubles concomitants de douleur et d’utilisation de substances adoptent une
approche intégrée combinant les principes pharmacothérapeutiques appropriés avec des
thérapies psychosociales et comportementales.
Les gens croient souvent qu’il est contre-indiqué de prescrire des analgésiques narcotiques
à des personnes ayant des troubles de l’utilisation de substances. Cependant, dans
beaucoup de cas, la prescription de ces agents en cas de douleur aiguë est nécessaire
et dans le droit fil de soins compatissants. Les stratégies visant à réduire au minimum
les risques d’utilisation détournée et de dépendance aux analgésiques narcotiques sont
également importantes.
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ayant une action brève et une demi-vie courte comme l’oxycodone et l’hydrocodone. La
conclusion d’une entente de traitement aux opiacés est vivement recommandée, car elle
décrit les objectifs thérapeutiques du traitement ainsi que les responsabilités respectives du
patient et du médecin, et désigne une source pharmaceutique unique pour l’obtention des
médicaments. Il a été démontré que ces dispositions améliorent l’observance du traitement
et réduisent les risques de rechute ou de consommation de drogues illicites.
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Questions fréquentes
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Il faut toutefois remarquer que les personnes qui semblent en rémission spontanée
peuvent l’être en réalité en raison de la fiabilité limitée de test-retest du diagnostic.
Les critères diagnostiques couramment utilisés seuls tendent à une inclusion
excessive pour un diagnostic fiable, cliniquement important de trouble de l’utilisation
de substances. Ainsi, pour le DSM-5, il suffit de seulement 2 des 11 symptômes pour
porter le diagnostic de trouble de l’utilisation de substances et cela classerait les sujets
dans la catégorie de toxicomanie légère. La fiabilité de test-retest de ce diagnostic est
susceptible d’être faible et ces sujets n’afficheraient donc pas un cours chronique et
récurrent. De plus, bien qu’un nombre significatif de sujets ayant reçu un diagnostic de
trouble de l’utilisation de substances connaissent une évolution chronique et récurrente,
cela ne s’applique pas à un important pourcentage de personnes ayant un trouble de
l’utilisation de substances. De nombreux sujets obtiennent une rémission de longue
durée et, parmi la population de sujets ayant la plus forte prévalence de trouble de
l’utilisation de substances (les jeunes adultes), la majorité vieillit en abandonnant
l’usage excessif de substances.
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iv. Sexe et genre : Les hommes ont un risque de troubles de l’utilisation de substances
plus élevé que les femmes, bien que les différences liées au genre diminuent pour
ce qui concerne l’alcool. Les hommes sont aussi plus susceptibles d’avoir d’autres
troubles de l’utilisation de substances, mais les femmes faisant un usage de cocaïne,
d’opioïdes ou d’alcool passent plus rapidement de l’usage initial au trouble que les
hommes (par exemple, dans le cas du télescopage). Les femmes présentent des
symptômes de sevrage de certaines drogues comme la nicotine et le cannabis plus
importants et conservent des taux de cortisol plus élevés ainsi qu’un affect négatif
plus sévère pendant le sevrage.
v. Race et appartenance ethnique : Des études ont montré que les fumeurs afro-
américains connaissaient une plus forte activation du cortex préfrontal en cas
d’exposition à des signaux liés au tabagisme et une vitesse de métabolisation
de la nicotine plus lente que les fumeurs blancs, ce qui dans les deux cas peut
réduire leur risque et la sévérité d’une pathologie liée au tabagisme.21 De plus,
36 % des Asiatiques de l’Est sont porteurs d’un variant génétique pour l’enzyme
alcool-déshydrogénase qui altère la vitesse à laquelle l’alcool est métabolisé.
Cela provoque une accumulation d’acétaldéhyde responsable de symptômes tels
que bouffées vasomotrices (rougissements), nausées et battements cardiaques
rapides. Certains descendants d’Asiatiques de l’Est porteurs de ce variant génétique
pourraient être protégés d’un trouble de l’utilisation de substances.
6. Quels sont les effets possibles d’un traumatisme d’ordre professionnel sur le
développement ou l’exacerbation d’un trouble d’usage de substance ? Quels
facteurs y contribuent, sont protecteurs, etc. ?
Il a été démontré que les grandes exigences d’un travail physique, un pouvoir
d’appréciation faible dans l’exercice des compétences et un pouvoir de décision élevé
étaient positivement associés aux troubles de l’utilisation de substances. Des conditions
de travail physiques et psychosociales préjudiciables peuvent augmenter le risque de
trouble d’utilisation des opioïdes. Les lésions d’origine professionnelle et la douleur
sont plus souvent traitées avec des antalgiques opioïdes et pendant des périodes
plus longues que les lésions non professionnelles. Un traitement chronique avec un
opioïde pour une douleur non cancéreuse est associé à une apparition plus précoce
d’un trouble d’utilisation des opioïdes. De plus, les facteurs de stress psychosociaux au
travail, comme le stress au travail, peuvent augmenter le risque de trouble d’utilisation
des opioïdes par le biais de troubles mentaux. Les troubles anxieux et dépressifs sont
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associés à des traitements plus longs par opioïdes et à des doses plus élevées, et
par conséquent, au trouble d’utilisation des opioïdes. Travailler dans des conditions
stressantes peut pousser certains sujets à l’automédication de leurs émotions négatives
avec des opioïdes. Le risque de décès par surdose d’opioïdes est plus important dans
la population active.22
Il n’est pas rare de voir des travailleurs utiliser des opioïdes pour relaxer. En fait,
20 % à 30 % des cas mortels de surdose par opioïdes ont utilisé des antalgiques sur
ordonnance dans le but de se sentir mieux ou de relaxer. Des travailleurs peuvent
utiliser des opioïdes pour faire face aux fortes exigences physiques et émotionnelles
de leur travail et augmentent, en le faisant, leur risque de lésions liées au travail. Des
études ont montré que la prévalence de trouble d’utilisation des opioïdes était plus
élevée parmi les femmes qui indiquaient devoir soulever fréquemment des charges
lourdes dans leur travail.23 Les femmes peuvent avoir un plus grand risque de lésions
au dos liées au soulèvement de lourdes charges que les hommes. On a aussi montré
que l’incidence de l’utilisation à long terme d’antalgiques opioïdes pour le traitement de
douleurs non cancéreuses était plus élevée chez les femmes que chez les hommes. Il
est intéressant de noter, toutefois, que le stress au travail était plus fortement associé à
un trouble d’utilisation des opioïdes chez les hommes. En conclusion, l’aménagement
des conditions de travail préjudiciables en termes de risque professionnel biomécanique
et psychosocial peut contribuer de manière considérable à la prévention du trouble
d’utilisation des opioïdes. En dépit du fait que le poids recommandé maximum à
soulever à deux mains est de 20 kg, 7 % des participants devaient soulever des
charges pesant plus de 20 kg pendant la plus grande partie de leur quart de travail.
7. Quel est le rapport entre douleur et dépendance ? Quel est le rapport entre
douleur, santé mentale et dépendance ?
La douleur est la plainte le plus souvent avancée auprès des intervenants primaires
en santé et il s’agit d’un facteur de stress puissant qui augmente le risque de récidive
d’usage de substance. Comme indiqué précédemment, la « pseudodépendance »
décrit un schéma d’utilisation inadapté d’antalgique stupéfiant dérivant d’un traitement
insuffisant de la douleur. Le diagnostic de pseudodépendance est fait de façon
rétrospective. Si le comportement aberrant est réduit ou éliminé avec un traitement
approprié de la douleur, le diagnostic de pseudodépendance est alors celui qui convient
le mieux.24
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Il est important de retenir que la douleur et la maladie mentale ne doivent pas être
traitées selon une approche unique bonne pour tout. Les médicaments doivent être
envisagés pour leur efficacité individuelle sur la douleur et l’humeur. La thérapie
cognitivo-comportementale de la douleur chronique se concentre sur les liens entre
les cognitions, les émotions et les comportements ainsi que sur leurs interactions avec
la douleur et le fonctionnement de l’individu. La thérapie cognitivo-comportementale
pour la douleur cible principalement le soulagement de la douleur et l’augmentation
du fonctionnement physique. La thérapie cognitivo-comportementale ne vise pas
directement la dépression dans le cadre de la gestion de la douleur chronique;
néanmoins, le soulagement de la douleur ou l’augmentation de l’activité physique
peuvent aussi améliorer l’humeur. De plus, la thérapie cognitivo-comportementale
peut aussi être utile chez les patients ayant un trouble d’usage de substances comme
comorbidité. La gestion de la douleur chronique doit se concentrer sur le modèle
biopsychosocial et cibler l’amélioration fonctionnelle et la qualité de la vie par opposition
à la simple suppression des symptômes. Il va sans dire que la gestion de la douleur
sera compromise si l’on ne résout pas les problèmes concomitants de santé mentale.
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Les principales causes de lésions et décès accidentels chez les adolescents sont liées
aux troubles de l’utilisation de substances.28 Les comportements associés à la boisson
et à l’usage de drogues pendant l’adolescence entraînent une augmentation du risque
de lésions et de violence. Ces comportements incluent la conduite sous l’influence
de l’alcool ou le fait d’être dans un véhicule conduit par quelqu’un sous l’influence
de l’alcool. Approximativement 1 étudiant collégial sur 6 a déclaré avoir conduit tout
en étant sous l’influence de drogues. Il est important de rappeler que l’utilisation de
substances par les adolescents est associée à des comportements sexuels à risque,
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qui sont associés aux ITS parmi les adolescents. La pratique de sexe non protégé et les
relations sexuelles avec de multiples partenaires sont plus fréquentes parmi les usagers
de substances illicites.
Les adolescents ayant des troubles de l’utilisation de substances sont trois fois plus
susceptibles de faire une tentative de suicide que les adolescents ne consommant pas
de drogues. De plus, le taux de comorbidité de trouble de l’utilisation de substances et
de troubles de santé mentale ou psychiatriques est plus élevé chez les adolescents. La
fréquence de la dépression est plus élevée parmi les filles que parmi les garçons ayant
des troubles de l’utilisation de substances et la symptomatologie anxieuse est fortement
prévalente dans les deux sexes chez les adolescents ayant des troubles de l’utilisation de
substances.
10. Quels sont les traitements reconnus pour les troubles d’utilisation de substance ?
Quelle est leur durée habituelle, comment se présentent-ils, etc. ?
Cette section se concentre sur les traitements pharmacologiques et comportementaux
des troubles d’usage des opioïdes29 et de consommation d’alcool.30
La méthadone est un agoniste opioïde de synthèse à longue durée d’action qui peut
éviter les symptômes de sevrage et réduire la sensation de besoin impérieux des sujets
toxicomanes aux opioïdes. Elle peut également bloquer les effets des autres opioïdes.
Elle est prise par voie orale et a été approuvée pour le traitement du trouble d’utilisation
des opioïdes dans les années 1960; il s’agit d’un agoniste du récepteur des opioïdes à
longue durée d’action et c’est la clé du traitement du trouble d’utilisation des opioïdes.
Elle est toutefois associée à des effets secondaires considérables (constipation, sédation
et dépression respiratoire).
La buprénorphine est un opioïde de synthèse qui agit comme agoniste partiel au niveau
des récepteurs µ des opioïdes et comme antagoniste des récepteurs κ (kappa) des
opioïdes. Elle ne produit pas l’euphorie et la sédation caractéristiques de l’héroïne et des
autres opioïdes, et elle peut réduire ou supprimer les symptômes de manque. Il existe un
faible risque de surdose avec la prise de ce médicament. La buprénorphine existe sous
deux formes qui sont prises par voie sublinguale : une forme pure du médicament et une
forme plus souvent prescrite appelée Suboxone (association de buprénorphine et de
naloxone, l’antagoniste du récepteur des opioïdes à courte durée d’action). La naloxone
n’a pas d’effet quand la Suboxone est prise comme prescrit; en revanche si un individu
essaie de s’injecter la Suboxone, la naloxone provoquera des symptômes de sevrage
sévères qui diminuent la probabilité d’un mésusage du médicament. La buprénorphine
peut être fournie dans une clinique par des médecins qualifiés et est également
disponible sous forme d’implant (Probuphine) et sous forme injectable (Sublocade).
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Comme dans le cas des troubles d’utilisation des opioïdes, la naltrexone agit comme
antagoniste des récepteurs µ des opioïdes et de la fonction des opioïdes endogènes
qui sont également impliqués dans la sensation de besoin d’alcool et les effets de
renforcement de la boisson.
D’autres médicaments peuvent être utilisés hors indication pour le traitement du trouble
d’usage de l’alcool, dont les anticonvulsivants gabapentine, topiramate et lamotrigine.
Traitements comportementaux
Entretien de motivation : Cet entretien est une approche thérapeutique qui aide
les sujets à résoudre leur ambivalence envers l’engagement dans un traitement et
l’abstinence de l’usage de drogues. Cette stratégie vise à promouvoir un changement
rapide et à motivation interne, par opposition à l’encadrement d’un patient,
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Toxicomanie
Renforcement basé sur des coupons : Dans ce type de renforcement, les patients
reçoivent un coupon chaque fois qu’ils fournissent un échantillon d’urine ne contenant
pas de trace de drogue. Ces coupons ont une valeur monétaire et peuvent être
échangés contre de la nourriture, des billets de cinéma ou d’autres biens et services
conformes à un mode de vie sans drogue. Le renforcement basé sur des coupons a fait
la démonstration de son efficacité sur la promotion de l’abstinence envers les opioïdes
et la cocaïne chez des patients suivant une désintoxication avec la méthadone.
Organisation des contingences à coût réduit : Cette méthode utilise des prix en
argent comptant à la place de coupons. Les programmes durent au moins 3 mois et
impliquent que les participants fournissent des échantillons d’urine négatifs pour les
drogues ou des alcootests négatifs en échange du droit à tirer au sort dans un bol la
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Toxicomanie
Programmes en douze étapes : Les programmes des douze étapes (par exemple,
Alcooliques anonymes) reposent sur une stratégie d’engagement utilisée pour inciter
les utilisateurs à devenir membres de groupes et à s’y impliquer pour s’aider seuls à
ne plus consommer. Ces programmes se sont avérés efficaces pour le traitement du
trouble d’usage de l’alcool et il existe une recherche, préliminaire, mais prometteuse,
qui suggère qu’elle aide aussi les personnes ayant d’autres troubles de l’utilisation de
substances à rester abstinentes.
Les personnes qui ont des emplois sensibles sur le plan de la sécurité peuvent
nécessiter des restrictions ou des limitations de leurs tâches pendant qu’ils prennent
ces médicaments. Des aménagements raisonnables par l’employeur doivent être
envisagés. Au début du TAM, les patients doivent éviter la conduite automobile et
les activités professionnelles dangereuses jusqu’à la stabilisation de leur posologie,
le contrôle de leurs effets secondaires et une évaluation correcte des risques de
facultés affaiblies dans leur travail. Il est également important de noter que les effets
secondaires de ces médicaments diminuent souvent au fil du temps (phénomène
de tolérance).
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Toxicomanie
pandémie, Statistiques Canada avait trouvé que 67 % des Canadiens disaient avoir
une santé mentale perçue excellente ou très bonne. Par ailleurs, 14 % des répondants
signalaient des symptômes sévères de dépression. En 2015-2016, l’enquête sur la
santé dans les communautés canadiennes (ESCC) avait révélé que 2 % des Canadiens
déclaraient des symptômes sévères ou modérément sévères de dépression et que
24 % des répondants déclaraient des symptômes modérés à sévères d’anxiété.
De plus, 5 % des personnes interrogées pensaient sérieusement au suicide depuis
mars 2020. En comparaison, les constatations de Statistiques Canada en 2019
indiquent que 3 % des Canadiens avaient sérieusement envisagé un suicide au
cours des 12 mois précédents. Ils ont également constaté que 30 % des répondants
consommateurs d’alcool avaient indiqué une plus grande consommation pendant la
pandémie. Plus de 20 % des personnes interrogées qui consommaient de l’alcool ont
signalé un usage problématique. De plus, 40 % des personnes interrogées utilisant du
cannabis ont indiqué avoir augmenté leur utilisation pendant la pandémie et ont signalé
un usage problématique.
Une autre étude a révélé que le confinement au domicile et les contraintes financières
délétères liées au confinement ont entraîné des difficultés psychologiques et à un
mésusage excessif de substances.33 Les personnes ayant un trouble de l’utilisation
de substances ont un risque plus élevé d’infections pulmonaires liées aux morbidités
cardiopulmonaires préexistantes en rapport avec un mésusage de substances,
d’immunité compromise, d’altération des comportements de recherche de la santé
et d’accès insuffisant aux ressources de soins de santé, d’échec des stratégies
de réadaptation dû à l’éloignement physique et à l’instabilité de l’hébergement.
Le tabagisme est aussi un indicateur de mauvais pronostic de la COVID-19. La
consommation d’alcool peut entraîner un dysfonctionnement du système immunitaire,
un déficit en vitamines, une pneumonie d’aspiration, des maladies hépatiques et
cardiométaboliques, et à des thromboses qui peuvent tous favoriser une évolution
défavorable de l’état de santé après avoir contracté la COVID-19. Les opioïdes
peuvent provoquer une dépression respiratoire et une hypoxémie qui peuvent, à leur
tour, entraîner des complications cardiopulmonaires et neurologiques avec une plus
mauvaise évolution de la COVID-19. Les comportements associés à un usage de
substances augmentent le risque de transmission des virus, notamment par le vapotage
et le tabagisme, les crachats (dans le cas des chiqueurs de tabac) et le partage de
cigarettes, d’alcool et d’aiguilles.
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