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Décentralisation en Mauritanie : Historique et enjeux

La décentralisation en Mauritanie, instaurée en 1986, peine à produire des effets concrets en raison d'un manque d'appropriation des mécanismes par les acteurs locaux et d'une faible capacité de gestion. L'historique montre une évolution administrative depuis la colonisation, avec des réformes en 1968 qui ont établi des catégories de communes, mais le lien entre l'État et les autorités locales reste fort. La décentralisation, bien qu'elle vise à transférer des compétences aux collectivités territoriales, est encore marquée par une forte tutelle de l'État.

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Décentralisation en Mauritanie : Historique et enjeux

La décentralisation en Mauritanie, instaurée en 1986, peine à produire des effets concrets en raison d'un manque d'appropriation des mécanismes par les acteurs locaux et d'une faible capacité de gestion. L'historique montre une évolution administrative depuis la colonisation, avec des réformes en 1968 qui ont établi des catégories de communes, mais le lien entre l'État et les autorités locales reste fort. La décentralisation, bien qu'elle vise à transférer des compétences aux collectivités territoriales, est encore marquée par une forte tutelle de l'État.

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Introduction

La décentralisation a été instituée en Mauritanie depuis 1986, à travers la création


de communes bénéficiant du transfert de certaines compétences qui étaient jusque
là du ressort de l’Etat. Elle demeure { nos jours soutenue par une volonté politique
qui s’exprime en déclaration et en actes, dans un élan désormais irrévocable. Le
constat est que les effets escomptés tardent à se faire sentir sur le terrain et la
décentralisation avance à pas lents, dans un contexte où les différents acteurs de
la décentralisation ne se sont pas encore appropriés ses mécanismes et ses
concepts. L’impact économique et social des réformes dans le domaine de la
gouvernance locale et territoriale sur les structures communales est encore
relativement faible consécutivement au caractère inachevé du dispositif
institutionnel et organisationnel et à la faible capacité en matière de mobilisation
des ressources, de gestion municipale et de promotion de partenariat avec les
acteurs de la société civile. Les programmes régionaux de lutte contre la pauvreté
qui constituent la déclinaison { l’échelle régionale du CSLP, n’ont pas été mis en
oeuvre.

I- Historique
Nous évoquerons rapidement, pour son originalité, l’expérience éphémère de
Coplanaire, qui
organise administrativement le pays Trarza en 1903. Ce dernier fait appel aux
personnels
indigènes afin de seconder le délégué général de l’OAF. Des émirs, des chefs de
tribus ainsi que
deux ensembles supérieurs de 12 membres, choisis parmi les notables, sont
ainsi invités à
collaborer avec l’administration coloniale.
Dès 1907, la France opte pour un système plus classique et par l’arrêté du 23
novembre 1912, elle
divise la Mauritanie en cinq cercles, bientôt portés à 10 qui correspondent à une
division
territoriale et administrative1. Ce premier découpage est renforcé en 1936, avec
l’institution de la
fraction tribale comme unité administrative primaire 2. Cette réforme atteste de
la volonté de
prendre en compte une certaine réalité sociologique, puisque la fraction tribale
dispose d’une
vaste collectivité composée suivant la coutume, le chef de la fraction est
désigné par l’ensemble
des membres de la collectivité. Le chef de cette collectivité appelé
communément «chef général »
doit obtenir la reconnaissance du commandant du cercle. Les chefs généraux
des tribus et les
émirs sont nommés par le gouverneur. L’administration coloniale fait appel aux
forces
traditionnelles du pays. Mais il faut y voir le signe de la nécessité plus qu’une
volonté explicite
d’association et de collaboration.
Au nord de la Mauritanie, le nomadisme impose de respecter les structures
sociales. C’est
pourquoi, pour faire régner l’ordre, et imposer un tant soit peu la politique
coloniale, la
négociation avec les forces traditionnelles est nécessaire. La collaboration se
construit alors sur
un rapport de force: les relais administratifs indigènes sont entièrement
subordonnés au
gouvernement de la colonie qui les nomme et à ses représentants qui les
contrôlent. La pratique
laisse plus d’autonomie aux pouvoirs tribaux (plus que locaux), qui participent à
l’administration
coloniale sans se laisser dominer.
Au sud de la Mauritanie, l’organisation administrative est plus classique et
comprend le canton, le
village et le quartier. Le village est l’unité administrative de base dont le chef
est désigné par la commission administrative du village, suivant les règles
coutumières, et validé par le
commandement colonial. Le canton est le regroupement de villages. Son chef,
nommé par le
gouverneur de la colonie et rémunéré par un solde fixe, contrôle l’activité des
chefs de villages et
assure l’exécution des ordres de l’autorité administrative. Il est assisté d’une
commission
cantonale. Les chefs de quartiers sont reconnus dans les centres urbains érigés
en communes. Ils
assurent en milieu urbain, les attributions habituellement dévolues aux chefs de
villages. Ils sont
assistés de conseils de quartiers.
Enfin, sur le modèle de l’organisation des communes de l’Afrique occidentale
française (A.O.F)
tel qu’il résultait du décret du 14 décembre 1920, des communes mixtes sont
érigées : celles
d’Atar, de Kaédi et de Rosso, en 1953, puis de Boghé, en 1955. Le régime
administratif de ses
communes était mixte dans la mesure où leur direction était partagée entre un
résident,
représentant le pouvoir colonial et un maire délégué, nommé par arrêté du chef
du territoire de la
colonie. Une commission municipale, désignée par la même autorité sur
proposition d’une liste
de notables établie par l’administrateur de la circonscription, disposait d’un
simple avis
consultatif. Bien que ses communes disposent alors d’un patrimoine et d’un
budget, on ne peut
considérer qu’il s’agisse là d’une expérience, même limitée de la
décentralisation, dans la mesure
où les instances dirigeantes sont dépourvues de tout caractère représentatif. Ici
encore la nécessite
plus que la volonté sincère d’association avec les forces locales ou plus encore
la considération
d’intérêts locaux, dictait la solution administrative.
L’indépendance est proclamée en 1960, c’est la fin d’une domination d’une
soixantaine d’années,
le bilan de la colonisation est mitigé. La nouvelle République connaît alors un
dénuement sans
équivalent en matière d’infrastructures. L’administration coloniale,
exclusivement conduite dans
un esprit sécuritaire a laissé intactes les traditions nomades rétives à l’État
central et unitaire. Elle
s’est peu préoccupée de former les administrateurs indigènes, qu’elle utilisait
essentiellement
comme truchement de sa politique de domination. Ce qui fera dire au premier
Président de la
République mauritanienne lors du deuxième anniversaire de l’indépendance:«La
Mauritanie n’a
pratiquement pas connu la colonisation, n’en a pas subit les méfaits, mais elle
n’en ignore aussi
les bienfaits 3».
Concernant l’administration, la tradition mêlée à l’héritage colonial confirme
l’idée d’un
administrateur local puissant. L’idée d’une représentation des populations,
pourtant présente dans
les formes traditionnelles de l’organisation sociale mauritanienne, est occultée
au profit de la
consécration d’un pouvoir personnalisé.
Divisée en cercle par l’administration coloniale, la Mauritanie indépendante en
1960 met fin à ce
système. La jeune république entreprend sa première réforme administrative de
1968 par la loi
n°68-242 du 30 juillet 1968.
Cette réforme distingue trois catégories de communes qui sont les communes
urbaines, rurales et
les communes pilotes.
1) Les communes urbaines
Elles sont au nombre de cinq: Nouakchott, Atar, Boghé, Rosso et Kaédi.
Le critère déterminant pour accéder à ce statut de commune urbaine est la
taille de la population
qui doit être supérieure à 1500 habitants et surtout disposer de ressources
suffisantes pour avoir
un budget propre. Parmi ces communes répondant à ces critères, il y a les
anciennes communes
mixtes d’avant indépendance et la ville de Nouakchott.
Ces communes disposent d’un organe délibérant qu’est le conseil municipal élu
au suffrage
universel direct et un exécutif composé du maire et ses adjoints désignés par le
conseil municipal.
La commune est une collectivité territoriale, elle jouit de la personnalité morale
et dispose d’un
budget propre.
2) Les communes rurales
Au nombre de 23, elles correspondent dans les faits aux limites territoriales des
anciennes
subdivisions administratives à l’époque coloniale. Elles disposent d’une
personnalité morale. Le
conseil municipal est élu au suffrage universel direct mais l’exécutif est nommé
par le pouvoir
central. Ces communes dites rurales ont des compétences propres plus
importantes que les
communes dites urbaines. Mais le paradoxe en est que le maire est nommé par
le pouvoir donc
c’est l’État qui administre les communes à travers un agent qu’il a nommé.
3) Les communes pilotes
Trois communes jouissent d’un statut intermédiaire: Aioun, Port Étienne
(Nouadhibou) et Ford
Gouraud. Elles ont la personnalité morale reconnue, disposent d’un budget et
d’un patrimoine
propre. Elles ont les attributions des communes urbaines mais sont
administrées par un maire
nommé par l’administration centrale, ce qui rend la présence de l’État au sein
de la commune très
forte.
Ce système est une décentralisation dans la mesure où ces communes
disposent d’une
personnalité morale et pour la désignation des autorités communales, ils
procèdent par une
élection. Cependant, le lien entre la commune et l’État central reste très fort du
fait que les
autorités locales se prennent plus comme étant des représentants du pouvoir
central que pour des
instances représentatives des intérêts locaux.

II- Décentralisation
La Décentralisation est une politique de transfert des attributions de l’Etat vers
les collectivités territoriales ou des institutions publiques pour qu’elles
disposent d’un pouvoir juridique et d’une autonomie financière. Le transfert de
ces attributions, qui restent néanmoins sous la surveillance de l’Etat, permet à
ce dernier de décharger ses administrations centrales et confier les
responsabilités au niveau le plus adapté.
A ce niveau, et avant d’aller plus loin, il y a lieu également de distinguer la
décentralisation territoriale de celle fonctionnelle ou technique.
- La décentralisation territoriale :
Elle consiste à permettre à des élus (maires, de régler des affaires
administratives. Le Wali, le Hakem sont chargés de vérifier la légalité des
décisions aussi prises par ces autorités locales. En France c’est le Préfet qui
exerce cette tutelle et les autorités sont nombreuses : Conseil régional,
département, mairies…).
- La décentralisation fonctionnelle ou technique :

Elle permet à des établissements publics à vocation spéciale comme les


universités ou les hôpitaux de disposer d’une certaine autonomie
administrative, avec leurs propres organes (ex : Conseil d’administration) et un
budget autonome. L’organe de rattachement assurant un pouvoir de contrôle.
La Mauritanie ayant opté pour « République une et indivisible, a connu la
décentralisation, comme du reste la démocratie un peu tard.
Définition de la démocratie : Etymologie du grec demos : peuple et kratos :
pouvoir, autorité
La Démocratie est le régime politique dans lequel le pouvoir est détenu ou
contrôlé par le peuple (principe de souveraineté), sans qu’il y ait des
distinctions dues à la naissance, la richesse, la compétence… (Principe
d’égalité).
En général, les démocraties sont indirectes ou représentatives, le pouvoir
s’exerçant par l’intermédiaire de représentants désignés lors d’élections au
suffrage universel.
Les autres principes ou fondements de la démocratie :
- La liberté (des individus)
- La règle de la majorité
- L’existence d’une constitution
- La Consultation régulière du peuple (élection et referendum)
- La séparation des pouvoirs
- Pluralisme des partis politiques
- Indépendance de la Justice

La démocratie s’oppose aux autres régimes politiques que sont :


- La monarchie absolue (Pouvoirs aux mains d’un seul homme)
- L’aristocratie (Pouvoir aux mains des meilleurs)
- L’oligarchie (Pouvoirs aux mains d’un petit nombre de personnes ou de
famille)
- L’empire, la dictature et autres régimes totalitaires
- Théocratie (Pouvoirs aux mains d’une caste sacerdotale)

On parle de démocratie économique et sociale lorsque les droits sociaux, au


logement, au travail, à l’éducation sont garantis.
- Ester en justice
- D’avoir l’autonomie financière
- De créer des emplois, recruter et gérer du personnel
- De fixer ses propres règles de fonctionnement en édictant des normes internes de
fonctionnement (règlement intérieur, guide de bonnes pratiques)

Ces actes restent soumis au contrôle de l’Etat qui s’exerce à travers la loi qui encadre et
aménage l’exercice des pouvoirs des entités décentralisées (Ord. 87.289 du 20 Octobre 1987
instituant les communes et ord. 89.012 du 23 Janvier 1989 portant règlement général de la
comptabilité publique…).

Bibliographie
- Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, (en ligne)
- Chapus, Droit public et administration, 6eme ed. montchrestin 2002
- Isselmou O/ Abdel Kader, Où va la Mauritanie ?, éd. Panafrica/silex/Nouvelles du Sud, Fév. 2008
- Michel MONBEIG, 2007 « L’impossible démocratie participative » Pensée plurielle
- Yahya O/ Kebd, Nouakchott entre déconcentration et décentralisation, des origines à nos jours,
thèse de droit public, Univ. Marseille III, 2001.
- « Le livre blanc de la décentralisation en Mauritanie », Nathalie GOEDERT AECID/MIDEC/IEJI,
nov. 2009.
- Le régime juridique des communes en R.I.M analyse critique, D.C.L/Ministère Intérieur, par
A.S.O Bouboutt et Ali Fall, 2003.

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