Texte Intégral de L'Olive
Je ne quiers pas la fameuse couronne
Je ne quiers pas la fameuse couronne,
Sainct ornement du Dieu au chef doré,
Ou que du Dieu aux Indes adoré
Le gay chapeau la teste m’environne.
Encores moins veulx-je que l’on me donne
Le mol rameau en Cypre decoré,
Celuy, qui est d’Athenes honoré
Seul je le veulx, et le Ciel me l’ordonne.
O tige heureux, que la sage Déesse
En sa tutelle, et garde a voulu prendre,
Pour faire honneur à son sacré autel !
Orne mon chef, donne moy hardiesse
De te chanter, qui espere te rendre
Egal un jour au laurier immortel.
D’amour, de grace, et de haulte valeur
D’amour, de grace, et de haulte valeur
Les feux divins estoient ceinctz, et les cieulx
S’estoient vestuz d’un manteau precieux
A raiz ardens, de diverse couleur.
Tout estoit plein de beauté, de bonheur
La mer tranquille, et le vent gracieulx,
Quand celle là naquit en ces bas lieux
Qui a pillé du monde tout l’honneur.
Ell’prist son teint des beaux lyz blanchissans,
Son chef de l’or, ses deux levres des rozes,
Et du soleil ses yeux resplandissans.
Le ciel usant de liberalité
Mist en l’esprit ses semences encloses,
Son nom des Dieux prist l’immortalité.
Loyre fameux, qui ta petite Source
Loyre fameux, qui ta petite Source
Enfles de maintz gros fleuves, et Ruysseaux,
Et qui de loing coules tes cleres Eaux
En l'Ocean d'une assez lente Course.
Ton chef Royal hardiment bien hault pousse
Et aparoy entre tous les plus beaux,
Comme un Thaureau sur les menuz Troupeaux,
Quoy que le Pau envieux s'en courrousse.
Commande doncq' aux gentilles Naiades
Sortir dehors leurs beaux Palaiz humides
Avecques toy, leur Fleuve Paternel,
Pour saluer de joyeuses Aubades
Celle qui t'a, et tes Filles liquides
Deifié de ce bruyt eternel.
L’heureuse branche à Pallas consacrée
L’heureuse branche à Pallas consacrée,
Branche de paix, porte le nom de celle
Qui le sens m’oste, et soubz grand’beauté cele
La cruaulté, qui à Mars tant agrée.
Delaisse donq’ô cruelle obstinée !
Ce tant doulx nom, ou bien te monstre telle,
Qu’ainsi qu’en tout sembles estre immortelle,
Sembles le nom avoir par destinée.
Que du hault ciel il t’ait eté donné,
Je ne suis point de le croire etonné,
Veu qu’en esprit tu es la souveraine :
Et que tes yeux, à ceulx qui te contemplent,
Cœur, corps, esprit, sens, ame, et vouloir emblent
Par leur doulceur angelique, et seraine.
C’etoit la nuyt que la divinité
C’etoit la nuyt que la divinité
Du plus hault ciel en terre se rendit
Quand dessus moy Amour son arc tendit
Et me fist serf de sa grand’deité.
Ny le sainct lieu de telle cruaulté,
Ny le tens mesme assez me deffendit :
Le coup au cœur par les yeux descendit
Trop ententifz à ceste grand’beauté.
Je pensoy’bien que l’archer eust visé
A tous les deux, et qu’un mesme lien
Nous deust ensemble egalement conjoindre.
Mais comme aveugle, enfant, mal avisé,
Vous a laissée (helas) qui eties bien
La plus grand’proye, et a choisi la moindre.
Comme on ne peult d’œil constant soustenir
Comme on ne peult d’œil constant soustenir
Du beau Soleil la clarté violente,
Aussi qui void vostre face excellente,
Ne peult les yeulx assez fermes tenir.
Et si de près il cuyde parvenir
A contempler vostre beauté luysante,
Telle clarté à voir luy est nuysante
Et si le faict aveugle devenir.
Regardez doncq’si suffisant je suys
A vous louer, qui seulement ne puys
Voz grands beautez contempler à mon gré.
Que si mes yeulx avoient un tel pouvoir,
J’estimeroy’plus fermes les avoir,
Que n’a l’oyseau à Jupiter sacré.
De grand’beauté ma Déesse est si pleine
De grand' beauté ma Déesse est si pleine,
Que je ne vois chose au monde plus belle.
Soit que le front je vois, ou les yeux d'elle,
Dont la clarté sainte me guide, et mène.
Soit cette bouche où soupire une haleine,
Qui les odeurs des Arabes excelle,
Soit ce chef d'or, qui rendrait l'étincelle
Du beau Soleil honteuse, obscure, et vaine.
Soient ces coteaux d'albâtre, et main polie,
Qui mon cœur serre, enferme, étreint, et lie,
Bref, ce que d'elle on peut ou voir, ou croire,
Tout est divin, céleste, incomparable :
Mais j'ose bien me donner cette gloire,
Que ma constance est trop plus admirable.
Auray’-je bien de louer le pouvoir
Auray’-je bien de louer le pouvoir
Ceste beauté, qui decore le monde ?
Quand pour orner sa chevelure blonde
Je sens ma langue ineptement mouvoir ?
Ny le romain, ny l’atique sçavoir,
Quoy que là fust l’ecolle de faconde,
Aux cheveulx mesme, où le fin or abonde,
Eussent bien faict à demy leur devoir.
Quand je les voy’si reluysans, et blons,
Entrenouez, crespes, egaulx et longs,
Je m’esmerveille, et fay’telle complaincte.
Puis que pour vous (cheveulx) j’ay tel martyre,
Que n’ay-je beu à la fontaine saincte ?
Je mourroy’cygne, ou je meurs sans mot dire.
Garde toy bien ô gracieux Zephire !
Garde toy bien ô gracieux Zephire !
D’empestrer l’esle en ces beaulx nœuds epars,
Que çà, et là, doulcement tu depars,
Sur ce beau col de marbre, et de porphire.
Si tu t’y prens, plus ne vouldras nous ryre
Le verd printemps : ainçoys de toutes pars
Flore voyant que d’autre amour tu ards,
Fera ses fleurs dessecher par grand’ire.
Que dy-je las ! Zephire n’est-ce point,
C’est toy Amour, qui voles en ce point,
Tout à l’entour, et par dedans ces retz.
Que tu as faictz d’art plus laborieux
Que ceulx, ausquelz jadis feurent serrez
Ta doulce mere, et le Dieu furieux.
Ces cheveux d’or sont les liens Madame
Ces cheveux d'or sont les liens Madame,
Dont fut premier ma liberté surprise,
Amour la flamme autour du cœur éprise,
Ces yeux le trait, qui me transperce l'âme.
Forts sont les nœuds, âpre, et vive la flamme,
Le coup, de main à tirer bien apprise,
Et toutefois j'aime, j'adore, et prise
Ce qui m'étreint, qui me brûle, et entame.
Pour briser donc, pour éteindre, et guérir
Ce dur lien, cette ardeur, cette plaie,
Je ne quiers fer, liqueur, ni médecine,
L'heur, et plaisir, que ce m'est de périr
De telle main, ne permet que j'essaie
Glaive tranchant, ni froideur, ni racine.
Des ventz emeuz la raige impetueuse
Des ventz emeuz la raige impetueuse
Un voyle noir etendoit par les cieux,
Qui l’orizon jusqu’aux extremes lieux
Rendoit obscur, et la mer fluctueuse.
De mon soleil la clarté radieuse
Ne daignoit plus aparoitre à mes yeulx
Ains m’annonçoient les flotz audacieux
De tous costez une mort odieuse.
Une peur froide avoit saisi mon ame
Voyant ma nef en ce mortel danger,
Quand de la mer la fille je reclame,
Lors tout soudain je voy’le ciel changer,
Et sortir hors de leurs nubileux voyles
Ces feux jumeaux, mes fatales etoiles.
O de ma vie à peu pres expirée
O de ma vie à peu pres expirée
Le seul filet ! yeux, dont l’aveugle archer
A bien sceu mil’, et mil’fleches lascher
Sans qu’il en ait oncq’une en vain tirée.
Toute ma force est en vous retirée,
Vers vous je vien’ma guerison chercher,
Qui pouvez seulz la playe dessecher,
Que j’ay par vous (ô beaux yeux !) endurée.
Vous estes seulz mon etoile amyable,
Vous pouvez seulz tout l’ennuy terminer,
Ennuy mortel de mon ame offensée.
Vostre clarté me soit doncq’pitoyable,
Et d’un beau jour vous plaise illuminer
L’obscure nuyt de ma triste pensée.
La belle main, dont la forte foiblesse
La belle main, dont la forte foiblesse
D’un joug captif domte les plus puissans
La main, qui rend les plus sains languissans,
Debendant l’arc meurtrier, qui les cœurs blesse,
La belle main, qui gouverne, et radresse
Les freinz dorez des oiseaux blanchissans,
Quand sur les champs de pourpre rougissans
Guydent en l’air le char de leur maistresse,
Si bien en moy a gravé le protraict
De voz beautez au plus beau du ciel nées,
Que ny la fleur, qui le sommeil attraict,
Ny toute l’eau d’oubly, qui en est ceinte,
Effaceroient en mil’, et mil’années
Vostre figure en un jour en moy peinte.
Le fort sommeil, que celeste on doibt croyre
Le fort sommeil, que celeste on doibt croyre,
Plus doulx que miel, couloit aux yeulx lassez
Lors que d’amour les plaisirs amassez
Entrent en moy par la porte d’ivoyre.
J’avoy’lié ce col de marbre : voyre
Ce sein d’albastre en mes bras enlassez
Non moins qu’on void les ormes embrassez
Du sep lascif, au fecond bord de Loyre.
Amour avoit en mes lasses mouëlles
Dardé le traict de ses flammes cruelles,
Et l’ame erroit par ces levres de roses.
Preste d’aller au fleuve oblivieux
Quand le reveil de mon ayse envieux
Du doulx sommeil a les portes decloses.
Pié, que Thétis pour sien eust avoué
Pié, que Thétis pour sien eust avoué,
Pié, qui au bout monstres cinq pierres telles,
Que l’orient seroit enrichi d’elles,
Cil orient en perles tant loué.
Pié albastrin, sur qui est appuyé
Le beau sejour des graces immortelles,
Qui feut baty sur deux coulonnes belles
De marbre blanc, poly, et essuyé.
Si l’œil n’a plus de me nourir esmoy,
Si ses thesors la bouche ne m’octroye,
Si les mains sont en mes playes si fortes,
Au moins (ô pié) n’esloingne point de moy
Mon triste cœur, dont Amour a faict proye,
L’emprisonnant en ce corps, que tu portes.
Qui a peu voir celle, que Déle adore
Qui a peu voir celle, que Déle adore,
Se devaler de son cercle congneu,
Vers le pasteur d’un long sommeil tenu
Dessus le mont, qui la Carie honore.
Et qui a veu sortir la belle Aurore
Du jaulne lict de son espoux chenu
Lors que le ciel encor’tout pur et nu
De mainte rose indique se colore.
Celuy a veu encores (ce me semble)
Non point les lyz, et les roses ensemble,
Non ce, que peult le printemps concevoir.
Mais il a veu la beauté nompareille
De ma Déesse, ou reluyre on peult voir
La clere Lune, et l’Aurore vermeille.
J’ay veu Amour
J’ay veu Amour, (et tes beaulx traictz dorez
M’en soient tesmoings, ) suyvant ma souvereine,
Naistre les fleurs de l’infertile arene
Après ses pas dignes d’estre adorez.
Phebus honteux ses cheveulx honorez
Cacher alors, que les vents par la plaine
Eparpilloient de leur souëfve halaine
Ceulx là, qui sont de fin or colorez.
Puis s’en voler de chascun œil d’icelle
Jusques au ciel une vive etincelle
Dont furent faictz deux astres clers, et beaux.
Favorisans d’influences heureuses
(O feux divins ! ô bienheureux flambeaulx !)
Tous cœurs bruslans aux flammes amoureuses.
Le chef doré cestuy blasonnera
Le chef doré cestuy blasonnera,
Cestuy le corps, l’autre le blanc ivoire
De l’estommac, l’autre eternelle gloire
Aux yeux archers par ses vers donnera.
Comme une fleur tout cela perira,
Mais en esprit, en faconde, et memoire,
Quand l’aage aura sur la beauté victoire,
Mieux que devant Madame florira.
Que si en moy le souverain donneur
Pour tel subject heureusement poursuyvre
Eust mis tant d’art, tant de grace, et bonheur,
Mieux qu’en tableau, en bronze, en marbre, en cuyvre
Je luy feroy’, et à moy un honneur,
Qui elle, et moy feroit vivre, et revivre.
Fasse le ciel (quand il voudra) revivre
Fasse le ciel (quand il voudra) revivre
Lysippe, Apelle, Homère, qui le prix
Ont emporté sur tous humains esprits
En la statue, au tableau, et au livre.
Pour engraver, tirer, décrire, en cuivre,
Peinture, et vers, ce qu'en vous est compris,
Si ne pourraient leur ouvrage entrepris
Ciseau, pinceau, ou la plume bien suivre.
Voila pourquoi ne faut, que je souhaite
De l'engraveur, du peintre, ou du poète
Marteau, couleur, ni encre, ô ma Déesse !
L'art peut errer, la main faut, l'œil s'écarte.
De vos beautés mon cœur soit donc sans cesse
Le marbre seul, et la table, et la carte.
Puis que les cieux m’avoient predestiné
Puis que les cieux m’avoient predestiné
A vous aymer, digne object de celuy,
Par qui Achille est encor’aujourdhuy
Contre les Grecz pour s’amye obstiné,
Pourquoy aussi n’avoient-ilz ordonné
Renaitre en moy l’ame, et l’esprit de luy ?
Par maintz beaux vers tesmoings de mon ennuy
Je leur rendroy’, ce qu’ilz vous ont donné.
Helas Nature, au moins puis que les cieux
M’ont denié leurs liberalitez,
Tu me devois cent langues, et cent yeux,
Pour admirer, et louer cete la,
Dont le renom (pour cent graces, qu’elle a)
Merite bien cent immortalitez.
Les bois fueilleuz, et les herbeuses rives
Les Boys fueilluz, et les herbeuses Ryves
N'admirent tant parmy sa Troupe saincte
Dyane, alors que le chaut l'a contrainte
De pardonner aux bestes fugitives.
Que tes beautez, dont les autres tu prives
De leurs Honneurs, non sans Envie mainte,
Veu que tu rends toute Lumiere etainte
Par la clarté de deux Etoiles vyves.
Les Demydieux, et les nymphes des Boys
Par l'epesseur des forestz chevelues
Te regardant, s'estonnent maintesfoys,
Et pour à Loyre eternité donner,
Contre leurs bords ses Filles impolues
Font ton hault bruit sans cesse resonner.
Ô doulce ardeur, que des yeulx de ma dame
Ô doulce ardeur, que des yeulx de ma dame
Amour avecq’sa torche acoustumée
Dedans mon cœur a si bien allumée,
Que je la sen au plus profond de l’ame !
Combien le ciel favorable je clame,
Combien Amour, combien ma destinée,
Qui en ce point ma vie ont terminée
Par le torment d’une si doulce flamme !
Qu’en moy (Amour) ne durent tes doulx feux,
Je ne le puys et pouvoir ne le veulx
Bien que la chair soit caducque, et mortelle.
Car ceste ardeur, dont mon ame est ravie,
Prendra aussi immortalité d’elle
Vivant par mort d’une eternelle vie.
Si des beaux yeux, où la beaulté se mire
Si des beaux yeux, où la beaulté se mire,
Voire le ciel, et la nature, et l’art,
Depent le frein, qui en plus d’une part
A son plaisir et m’arreste, et me vire,
Pourquoy sont-ilz armez d’orgueil, et d’ire ?
Pourquoy s’esteint ce doulx feu, qui en part ?
Pourquoy la main, qui le cœur me depart,
Cache ces retz, liens de mon martire ?
O belle main ! ô beaux cheveux dorez !
O clers flambeaux dignes d’estre adorez !
Par qui je crain’, j’espere, je lamente.
Mon fier destin, et vostre force extreme,
En vous aimant, me commandent, que j’aime
L’heureux object du bien, qui me tormente.
Piteuse voix, qui ecoutes mes pleurs
Piteuse voix, qui ecoutes mes pleurs,
Et qui errant entre rochiers et bois
Avecques moy : m’as semblé maintesfoys
Avoir pitié de mes tristes douleurs.
Voix qui tes plainz mesles à mes clameurs,
Mon dueil au tien, si appeller tu m’oys
Olive Olive : et Olive est ta voix,
Et m’est avis, qu’avecques moy tu meurs.
Seule je t’ay pitoyable trouvée.
O noble Nymphe ! en qui (peult estre) encores
L’antique feu de nouveau s’evertue.
Pareille amour nous avons eprouvée,
Pareille peine aussi nous souffrons ores.
Mais plus grande est la beaulté, qui me tue.
Je ne croy point, veu le dueil que je meine
Je ne croy point, veu le dueil que je meine
Pour l’apre ardeur d’une flamme subtile,
Que mon œil feust en larmes si fertile,
Si n’eusse au chef d’eau vive une fonteine.
Larmes ne sont, qu’avecq’si large vene
Hors de mes yeux maintenant je distile,
Tout pleur seroit à finir inutile
Mon dueil, qui n’est qu’au meillieu de sa peine.
L’humeur vitale en soy toute reduite
Devant mon feu craintive prent la fuyte
Par le sentier, qui meine droict aux yeux.
C’est cete ardeur, dont mon ame ravie
Fuyra bien tost la lumiere des cieux,
Tirant à soy et ma peine et ma vie.
La nuit m’est courte, et le jour trop me dure
La nuit m'est courte, et le jour trop me dure,
Je fuis l'amour, et le suis à la trace,
Cruel me suis, et requiers votre grâce,
Je prends plaisir au tourment, que j'endure.
Je vois mon bien, et mon mal je procure,
Désir m'enflamme, et crainte me rend glace,
Je veux courir, et jamais ne déplace,
L'obscur m'est clair, et la lumière obscure.
Vôtre je suis et ne puis être mien,
Mon corps est libre, et d'un étroit lien
Je sens mon cœur en prison retenu.
Obtenir veux, et ne puis requérir,
Ainsi me blesse, et ne me veut guérir
Ce vieil enfant, aveugle archer, et nu.
Quand le Soleil lave sa tête blonde
Quand le Soleil lave sa tête blonde
En l'Océan, l'humide et noire nuit
Un coi sommeil, un doux repos sans bruit
Epand en l'air, sur la terre et sous l'onde.
Mais ce repos, qui soulage le monde
De ses travaux, est ce qui plus me nuit,
Et d'astres lors si grand nombre ne luit,
Que j'ai d'ennuis et d'angoisse profonde.
Puis quand le ciel de rougeur se colore,
Ce que je puis de plaisir concevoir
Semble renaître avec la belle aurore.
Mais qui me fait tant de biens recevoir ?
Le doux espoir que j'ai de bientôt voir
L'autre Soleil, qui la terre décore.
Ce que je sen’, la langue ne refuse
Ce que je sen’, la langue ne refuse
Vous decouvrir, quand suis de vous absent,
Mais tout soudain que pres de moy vous sent,
Elle devient et muette, et confuse.
Ainsi, l’espoir me promect, et m’abuse,
Moins pres je suis quand plus je suis present.
Ce qui me nuist, c’est ce, qui m’est plaisent,
Je quier’cela, que trouver je recuse.
Joyeux la nuit, le jour triste je suis.
J’ay en dormant ce, qu’en veillant poursuis
Mon bien est faulx, mon mal est veritable.
D’une me plain’, et deffault n’est en elle,
Fay doncq’Amour, pour m’estre charitable,
Breve ma vie, ou ma nuit eternelle.
Les cieux, l’amour, la mort, et la nature
Les cieux, l’amour, la mort, et la nature,
Honneur, credit, faveur, envie, ou crainte
De ceste forme en moy si bien emprainte
N’effaceront la vive protraiture.
Ivoire, gemme, et toute pierre dure
Se peut briser, si du fer est attainte,
Mais bien qu’ell’soit de se rompre contrainte,
De se changer jamais elle n’endure.
Mon cœur est tel : et me le fist prouver
Amour, alors que pour vous y graver,
A coups de trait me livra la bataille.
Je sçay combien son arc y travailla,
Plus de cent coups, non un seul, me bailla
Premier qu’il peust en lever une ecaille.
Bien que le mal, que pour vous je supporte
Bien que le mal, que pour vous je supporte,
Soit violent, toutesfois je ne l’ose
Appeller mal, pour ce qu’aucune chose
Ne vient de vous, qui plaisir ne m’apporte.
Mais ce m’est bien une douleur plus forte
Que je ne puys de ma tristesse enclose
Tourner la clef, lors que je me dispose
A vous ouvrir de mes pensers la porte.
Si donc mes pleurs, et mes soupirs cuysans
Si mes ennuiz ne vous sont suffisans
Temoings d’amour, quele plus seure preuve.
Quele autre foy, si non mourir, me reste :
Mais le remede (helas) trop tard se treuve
A la douleur, que la Mort manifeste.
Le grand flambeau gouverneur de l’année
Le grand flambeau gouverneur de l'année,
Par la vertu de l'enflammée corne
Du blanc thaureau, prez, montz, rivaiges orne
De mainte fleur du sang des princes née.
Puis de son char la rouë estant tournée
Vers le cartier prochain du Capricorne,
Froid est le vent, la saison nue et morne,
Et toute fleur devient seiche et fanée.
Ainsi, alors que sur moy tu etens,
Ô mon Soleil ! tes clercs rayons epars,
Sentir me fais un gracieux printens.
Mais tout soudain que de moy tu depars,
Je sens en moy venir de toutes pars
Plus d'un hyver, tout en un mesme tens.
Tout ce, qu’icy la Nature environne
Tout ce, qu’icy la Nature environne,
Plus tost il naist, moins longuement il dure.
Le gay printemps s’enrichist de verdure,
Mais peu fleurist l’honneur de sa couronne.
L’ire du ciel facilement etonne
Les fruicts d’esté, qui craignent la froidure
Contre l’hiver ont l’ecorce plus dure
Les fruicts tardifs, ornement de l’automne.
De ton printemps les fleurettes seichées
Seront un jour de leur tige arrachées,
Non la vertu, l’esprit, et la raison.
A ces doulx fruicts en toy meurs devant l’aage
Ne faict l’esté, ny l’autonne dommage,
Ny la rigueur de la froide saison.
O prison doulce, où captif je demeure
O prison doulce, où captif je demeure
Non par dedaing, force, ou inimitié,
Mais par les yeulx de ma doulce moitié
Qui m’y tiendra jusq’à tant que je meure.
O l’an heureux, le mois, le jour, et l’heure,
Que mon cœur fut avecq’elle allié !
O l’heureux nœu, par qui j’y fu’lié,
Bien que souvent je plain’, souspire, et pleure !
Tous prisonniers, vous etes en soucy,
Craignant la loy, et le juge severe
Moy plus heureux, je ne suis pas ainsi.
Mile doulx motz, doulcement exprimez,
Mil’doulx baisers, doulcement imprimez,
Sont les tormens où ma foy persevere.
Apres avoir d’un bras victorieux
Apres avoir d’un bras victorieux
Domté l’effort des superbes courages,
Aucuns jadis bastirent haulx ouvrages,
Pour se venger du temps injurieux.
Autres craignans leurs actes glorieux
Assujetir à flammes, et orages,
Firent ecriz, qui malgré telz outrages
Ont faict leurs noms voler jusques aux cieulx.
Maintz au jourdhuy en signe de victoire
Pendent au temple armes bien etophées,
Mais je ne veulx acquerir telle gloire.
Avoir esté par vous vaincu, et pris,
C’est mon laurier, mon triomphe, et mon prix,
Qui ma depouille egale à leurs trophées.
Me soit amour ou rude, ou favorable
Me soit amour ou rude, ou favorable,
Ou haut, ou bas me pousse la fortune,
Tout ce, qu'au cœur je sens pour l'amour d'une,
Jusqu'à la mort, et plus, sera durable.
Je suis le roc de foi non variable,
Que vent, que mer, que le ciel importune,
Et toutefois adverse, ou opportune
Soit la saison, il demeure imployable.
Plutôt voudra le diamant apprendre
À s'amollir de son bon gré, ou prendre
Sous un burin de plomb, diverse forme,
Que par nouveau ou bonheur, ou malheur
Mon cœur, où est de votre grand' valeur
Le vrai portrait, en autre se transforme.
L’unic oiseau (miracle emerveillable)
L’unic oiseau (miracle emerveillable)
Par feu se tue, ennuyé de sa vie,
Puis quand son ame est par flammes ravie,
Des cendres naist un autre à luy semblable.
Et moy qui suis l’unique miserable,
Faché de vivre une flamme ay suyvie,
Dont conviendra bien tost, que je devie,
Si par pitié ne m’etes secourable.
O grand’doulceur ! ô bonté souveraine !
Si tu ne veulx dure, et inhumaine estre
Soubz ceste face angelique, et seraine,
Puis qu’ay pour toy du Phenix le semblant,
Fay qu’en tous poinctz je luy soy’resemblant,
Tu me feras de moymesme renaistre.
Celle, qui tient par sa fiere beauté
Celle, qui tient par sa fiere beauté
Les Dieux en feu, en glace’aise, et martire,
L’œil impiteux soudain de moy retire,
Quand je me plain’à sa grand’cruauté.
Si je la suy’ell’fuit d’autre couté
Si je me deulx, mes larmes la font rire,
Et si je veulx ou parler, ou ecrire,
D’elle jamais ne puis estre ecouté.
Mais (ô moy sot !) de quoy me doy-je plaindre,
Fors du desir, qui par trop hault ataindre,
Me porte au lieu, où il brusle ses aesles ?
Puis moy tumbé, Amour, qui ne permet
Finir mon dueil, soudain les luy remet,
Renouvelant mes cheutes eternelles.
Sacrée, saincte, et celeste figure
Sacrée, saincte, et celeste figure,
Pour qui du ciel l’admirable, et hault temple
Semble courbé, afin qu’en toy contemple
Tout ce, que peult son industrie et cure.
Si de tes yeulx les beaux raiz d’avanture
Daignent mon cœur echaufer, il me semble
Qu’en moy soudain un feu divin s’assemble,
Qui mue, altere, et ravist ma nature.
Et si mon œil ose se hazarder
A contempler une beauté si grande,
Un Ange adonq’me semble regarder.
Lors te faisant d’ame et de corps offrande
Ne puis le cœur idolatre garder,
Qu’il ne t’adore, et ses veux ne te rande.
Plus ferme foy ne fut onques jurée
Plus ferme foy ne fut onques jurée
A nouveau prince, ô ma seule princesse !
Que mon amour, qui vous sera sans cesse
Contre le temps et la mort asseurée.
De fosse creuse, ou de tour bien murée
N’a point besoing de ma foy la fortresse,
Dont je vous fy’dame, roine, et maistresse,
Pour ce qu’ell’est d’eternelle durée.
Thesor ne peult sur elle estre vainqueur,
Un si vil prix n’aquiert un gentil cœur :
Non point faveur, ou grandeur de lignage,
Qui eblouist les yeulx du populaire,
Non la beauté, qui un leger courage
Peult emouvoir, tant que vous, me peult plaire.
Si des saincts yeulx que je vois adorant
Si des saincts yeulx que je vois adorant,
Vient mon ardeur, si les miens d’heure en heure
Par le degout des larmes, que je pleure,
Donnent vigueur à mon feu devorant,
Si mon esprit vif dehors, et mourant
Dedans le cloz de sa propre demeure,
Vous contemplant, permet bien que je meure
Pour estre en vous, plus qu’en moy, demeurant,
Bien est le mal et violent, et fort,
Dont la doulceur coulpable de ma mort
Me faict aveugle à mon prochain dommage.
Cruel tyran de la serve pensée,
De ce loyer est donq’recompensée
L’ame qui faict à son seigneur hommage.
Je suis semblable au marinier timide
Je suis semblable au marinier timide ;
Qui voyant l’air çà et là se troubler,
La mer ses flotz ecumeux redoubler,
Sa nef gemir soubz ceste force humide,
D’art, d’industrie, et d’esperance vide,
Pense le ciel, et la mer s’assembler,
Se met à plaindre, à crier, à trembler,
Et de ses vœux les Dieux enrichir cuyde.
Le nocher suis, mes pensers sont la mer,
Soupirs, et pleurs sont les ventz et l’orage,
Vous ma Déesse etes ma clere etoile,
Que seule doy’, veux, et puis reclamer,
Pour asseurer la nef de mon courage,
Et eclersir tout ce tenebreux voile.
Les chaulx soupirs de ma flamme incongnue
Les chaulx soupirs de ma flamme incongnue
Ne sont soupirs, et telz ne les veulx dire,
Mais bien un vent : car tant plus je soupire,
Moins de mon feu la chaleur diminue.
Ma vie en est toutesfois soutenue,
Lors que par eulx de l’ardeur je respire,
Ma peine aussi par eulx mesmes empire,
Veu que ma flamme en est entretenue.
Tout cela vient de l’Amour, qui enflamme
Mon estommac d’une eternelle flamme,
Et puis l’evente au tour de luy volant.
O petit Dieu, qui terre, et ciel allumes !
Par quel miracle en feu si violant
Tiens-tu mon cœur, et point ne le consumes ?
Penser volage, et leger comme vent
Penser volage, et leger comme vent,
Qui or’au ciel, or’en mer, or’en terre
En un moment cours, et recours grand erre,
Voire au sejour des ombres bien souvent.
Et quelque part que voises t’eslevant,
Ou rabaissant, celle qui me faict guerre,
Celle beauté tousjours devant toy erre,
Et tu la vas d’un leger pié suyvant.
Pourquoy suis-tu (ô penser trop peu sage !)
Ce qui te nuist ? pourquoy vas-tu sans guide,
Par ce chemin plein d’erreur variable ?
Si de parler au moins eusses l’usage,
Tu me rendrois de tant de peines vide,
Toy en repos, et elle pitoyable.
Au goust de l’eau la fievre se rappaise
Au goust de l’eau la fievre se rappaise,
Puis s’evertue au cours, qui sembloit lent :
Amour aussi m’est humble, et violent,
Quand le coral de voz levres je baise.
L’eau goute à goute anime la fournaize
D’un feu couvert le plus etincelant :
L’ardent desir, que mon cœur va celant,
Par voz baisers se faict plus chault que braize.
D’un grand traict d’eau, qui freschement distile,
Souvent la fievre est etainte, Madame.
L’onde à grand flot rent la flamme inutile.
Mais, ô baisers, delices de mon ame !
Vous ne pouriez, et fussiez vous cent mile,
Guerir ma fievre, ou eteindre ma flamme.
Ores qu’en l’air le grand Dieu du tonnerre
Ores qu’en l’air le grand Dieu du tonnerre
Se rue au seing de son epouse amée,
Et que de fleurs la nature semée
A faict le ciel amoureux de la terre.
Or’que des ventz le gouverneur desserre
Le doux Zephire, et la forest armée
Voit par l’épaiz de sa neuve ramée
Maint libre oiseau, qui de tous coutez erre :
Je vois faisant un cry non entendu
Entre les fleurs du sang amoureux nées,
Pasle, dessoubz l’arbre pasle etendu :
Et de son fruict amer me repaissant,
Aux plus beaux jours de mes verdes années
Un triste hiver sen’en moy renaissant.
Lequel des Dieux fera que je ne sente
Lequel des Dieux fera que je ne sente
L’heureux malheur de l’espoir qui m’attire,
Si le plaisir, suject de mon martire,
Fuyant mes yeulx à mon cœur se presente ?
Quel est le fruict de l’incertaine attente,
Ou sans profit si longuement j’aspire ?
Quel est le bien, pour qui tant je soupire ?
Quel est le gaing du mal qui me contente ?
Qui guerira la playe de mon cœur ?
Qui tarira de mes larmes la source ?
Qui abatra le vent de mes soupirs ?
Montre le moy, ô celeste vainqueur !
Qui a finy le terme de ma course
Au ciel, où est le but de mes desirs.
Le doulx sommeil paix, et plaisir m’ordonne
Le doulx sommeil paix, et plaisir m’ordonne,
Et le reveil guerre, et douleur m’aporte :
Le faulx me plaist, le vray me deconforte :
Le jour tout mal, la nuit tout bien me donne.
S’il est ainsi, soit en toute personne
La verité ensevelie, et morte.
O animaulx de plus heureuse sorte,
Dont l’œil six mois le dormir n’abandonne !
Que le sommeil à la mort soit semblant,
Qu le veiller de vie ait le semblant,
Je ne le dy, et le croy’moins encores.
Ou s’il est vray, puis que le jour me nuist
Plus que la mort, ô mort, veilles donq’ores
Clore mes yeulx d’une eternelle nuit.
Pere Ocean, commencement des choses
Pere Ocean, commencement des choses,
Des Dieux marins le sceptre vertueux,
Qui maint ruisseau, et fleuve impetueux
En ton seing large enfermes, et composes :
Tu ne sens point, quand moins tu te reposes,
Plus s’irriter de flotz tempestueux
Contre tes bords ; qu’en mon cœur fluctueux
Je sen’de ventz, et tempestes encloses.
Helas reçoy mes chaudes larmes donques
En ton liquide : eteins leur feu, si onques
Tu as senty d’amour quelque scintile,
Et si tes eaux peuvent le feu eteindre,
Qui rend la foudre, et trident inutile,
Et qui se faict jusques aux enfers creindre.
Sacré rameau, de celeste presage
Sacré rameau, de celeste presage,
Rameau, par qui la colombe envoyée,
Au demeurant de la terre noyée
Porta jadis un si joyeux message.
Heureux rameau, soubz qui gist à l’ombrage
La doulce paix icy tant desirée,
Alors que Mars, et la Discorde irée
Ont tout remply de feu, de sang, de rage :
S’il est ainsi que par les sainctz escriptz
Sois tant loué, helas ! reçoy mes criz,
O mon seul bien ! ô mon espoir en terre !
Qui seulement ne me temoignes ores
Paix, et beautemps : mais toymesmes encores
Me peulx sauver de naufrage et de guerre.
Si mes pensers vous estoient tous ouvers
Si mes pensers vous estoient tous ouvers,
Si de parler mon cœur avoit l’usaige,
Si ma constance estoit peinte au visaige,
Si mes ennuiz vous estoient decouvers,
Si les soupirs, si les pleurs, si les vers
Montroient au vif une amoureuse raige,
Lors je pourroy’flechir vostre couraige,
Voire à pitié mouvoir tout l’univers.
Adoncq’Amour seul tesmoing de ma peine
Vous pouroit estre une preuve certaine
De ma fidele, et serve loyaulté,
Qui d’aussi loing devant les autres passe,
Que le parfaict de vostre belle face
Hausse le chef sur toute aultre beaulté.
O toy, à qui a été ottroyé
O toy, à qui a été ottroyé
Voir cete flamme ardent, qui s’entretient
En l’estommac du Geant, qui soutient
Un mont de feu sur son doz foudroyé.
Et cetuy là, qui l’oyzeau dedié
Au Dieu vangeur, qui la foudre en main tient,
Paist d’un poumon, qui tousjours luy revient,
Au froid sommet de Caucase lié :
Je te supply’ imaginer encore
Ce qui mon cœur brusle, englace, et devore,
Sans me donner loysir de respirer.
Lors me diras, voyant ma peine telle,
Tu sera d’exemple, à qui ose aspirer
Trop hardiment à chose non mortelle.
Mere d’Amour, et fille de la mer
Mere d’Amour, et fille de la mer,
Du cercle tiers lumiere souverene,
Qui ciel, et terre, et champs semez d’arene
Peuz jusq’au fond des ondes enflammer.
Toy, qui le doulx mesles avec l’amer,
Quand ce beau riz, qui le ciel rasserene,
De tous les Dieux le plus cruel refrene,
Et le contrainct ton aide reclamer,
Dont luy tout plein de ce tant doulx venin
Entre tes bras paist son œil jà benin
En ta divine, et celeste beauté :
Te plaise (helas) Déesse, à ma priere,
Flechir un peu ceste mienne guerriere,
Qui a trop plus, que Mars, de cruauté.
Voyant au ciel tant de flambeaux ardens
Voyant au ciel tant de flambeaux ardens,
Je dy souvent, ô beauté non pareille !
Si le dehors est si plain de merveille,
Combien parfaict doit estre le dedens ?
Si tes beaux yeulx traictz, et flammes dardans
Luysent sur moy, mon ame se reveille
Au paradis, que ta bouche vermeille
Ouvre aux espritz, qui te sont regardans.
Mais quand je sen’ soubz ta doulce beauté
L’horrible enfer de ta grand’ cruauté,
Ce qui est beau me semble estre cruel.
Mesme le ciel, qui tant me souloit rire,
Me faict douter si plaisant je doy’ dire
Son beau sejour, qui est perpetuel.
Or’ que la nuit son char etoilé guide
Or’ que la nuit son char etoilé guide
Qui le silence et le sommeil rameine,
Me plaist lascher, pour desaigrir ma peine,
Aux pleurs, aux criz et aux soupirs la bride.
O ciel ! ô terre ! ô element liquide !
O ventz ! ô bois ! rochiers, monteigne et plaine,
Tout lieu desert, tout rivage et fonteine,
Tout lieu remply et tout espace vide !
O demyz Dieux ! ô vous, nymphes des bois !
Nymphes des eaux, tous animaux divers,
Si onq’ avez senty quelque amitié,
Veillez piteux ouyr ma triste voix,
Puis que ma foy, mon amour, et mes vers
N’ont sceu trouver en Madame pitié.
O foible esprit, chargé de tant de peines
O foible esprit, chargé de tant de peines,
Que ne veulx-tu soubz la terre descendre ?
O cœur ardent ; que n’es-tu mis en cendre ?
O tristes yeulx, que n’estes-vous fonteines ?
O bien douteux ! ô peines trop certaines !
O doulx sçavoir, trop amer à comprendre
O Dieu qui fais que tant j’ose entreprendre,
Pourquoy rends-tu mes entreprises vaines ?
O jeune archer, archer qui n’as point d’yeulx,
Pourquoy si droict as-tu pris ta visée ?
O vif flambeau ; qui embrases les Dieux,
Pourquoy as-tu ma froideur attisée ?
O face d’ange ! ô cœur de pierre dure !
Regarde au moins le torment, que j’endure.
Amour voulant hausser le chef vainqueur
Amour voulant hausser le chef vainqueur
Dessus la crainte à la noire sequelle,
Mist l’esperance, et sa bande avec’ elle,
Sa bande blanche au plus fort de mon cœur.
Amour est fort, mais foible est la vigueur
De l’esperance, et la tourbe cruelle
A ceinct le lieu d’horreur perpetuelle,
Le foudroyant du canon de rigueur.
Mais repoussez l’effort de la gent noire,
Vous, qui tenez le sort de la victoire,
N’avez-vous point de voz subjects emoy ?
Si vous souffrez que cete prise advienne,
Vous y aurez plus grand’ perte, que moy,
Veu que la place est plus vostre, que mienne.
Qui a nombré, quand l’astre, qui plus luit
Qui a nombré, quand l'astre, qui plus luit,
Jà le milieu du bas cercle environne,
Tous ces beaux feux, qui font une couronne
Aux noirs cheveux de la plus claire nuit,
Et qui a su combien de fleurs produit
Le vert printemps, combien de fruits l'automne,
Et les trésors, que l'Inde riche donne
Au marinier, qu'avarice conduit,
Qui a compté les étincelles vives
D'Etne, ou Vésuve, et les flots, qui en mer
Heurtent le front des écumeuses rives,
Celui encor d'une, qui tout excelle,
Peut les vertus, et beautés estimer,
Et les tourments, que j'ai pour l'amour d'elle.
Cet’ humeur vient de mon œil, qui adore
Cet’ humeur vient de mon œil, qui adore
Ton sainct protraict, seul Dieu de mon soucy,
De mon cueur part maint soupir adoucy,
De tes yeulx sort le feu qui me devore.
Donques le prix de celuy qui t’honnore,
Est-ce la mort, et le marbre endurcy ?
O pleurs ingratz ! ingratz soupirs aussi,
Mon feu, ma mort, et ta rigueur encore.
De mon esprit les aesles sont guidées
Jusques au seing des plus haultes Idées
Idolatrant ta celeste beaulté.
O doulx pleurer ! ô doulx soupirs cuisans !
O doulce ardeur de deux soleilz luisans !
O doulce mort ! ô doulce cruaulté !
Moy, que l’amour a faict plus d’un Lëandre
Moy, que l’amour a faict plus d’un Lëandre,
De cest oyseau prendray le blanc pennaige,
Qui en chantant plaingt la fin de son aage
Aux bordz herbuz du recourbé Mëandre.
Dessoubz mes chantz voudront (possible) apprendre
Maint bois sacré, et maint antre sauvage,
Non gueres loin de ce fameux rivage,
Où Meine va dedans Loyre se rendre.
Puis descendant en la saincte forest,
Où maint amant à l’umbrage encor’ est,
Iray chanter au bord oblivieux,
D’où arrachant vostre bruit non pareil,
De revoler icy hault envieux,
Luy feray voir l’un et l’autre soleil.
Divin Ronsard, qui de l’arc à sept cordes
Divin Ronsard, qui de l’arc à sept cordes
Tiras premier au but de la memoire
Les traictz aelez de la Françoise gloire,
Que sur ton luc haultement tu accordes.
Fameux harpeur, et prince de noz odes,
Laisse ton Loir haultain de ta victoire,
Et vien sonner au rivage de Loire
De tes chansons les plus nouvelles modes.
Enfonce l’arc du vieil Thebain archer,
Où nul que toy ne sceut onq’ encocher
Des doctes Soeurs les sajettes divines.
Porte pour moy parmy le ciel des Gaulles
Le sainct honneur des nymphes Angevines,
Trop pesant faix pour mes foibles epaules.
Allez, mes vers, portez dessus vos aeles
Allez, mes vers, portez dessus vos aeles
Les sainctz rameaux de ma plante divine,
Seul ornement de la terre Angevine,
Et de mon cœur les vives etincelles.
De vostre vol les bornes seront telles,
Que dès l’aurore, où le Soleil decline,
Je voy desjà le monde, qui s’incline
A la beauté des beautez immortelles.
Si quelqu’un né soubs amoureuse etoile
Daigne eclersir l’obscur de vostre voile,
Priez, qu’Amour luy soit moins rigoreux :
Mais s’il ne veult ou ne peult concevoir
Ce que je sen’, souhaitez luy de voir
L’heureux object, qui m’a faict malheureux.
Qui voudra voir le plus precieux arbre
Qui voudra voir le plus precieux arbre,
Que l’orient ou le midy avoüe,
Vienne, où mon fleuve en ses ondes se joüe :
Il y verra l’or, l’ivoire, et le marbre.
Il y verra les perles, le cinabre
Et le cristal : et dira que je loüe
Un digne object de Florence, et Mantoue,
De Smyrne encor’, de Thebes, et Calabre.
Encor’ dira que la Touvre, et la Seine,
Avec’ la Saone arriveroient à peine
A la moitié d’un si divin ouvrage :
Ne cetuy là qui naguere a faict lire
En lettres d’or gravé sur son rivage
Le vieil honneur de l’une et l’autre lire.
Ma plus grand’ force estoit retraicte au cœur
Ma plus grand’ force estoit retraicte au cœur,
Et contre Amour faisoit plus de deffence,
Quand ce cruel, pour venger telle offence,
Feut par mes yeulx de ma vertu vainqueur.
Lors de ses traictz ne sentoy’ la rigueur,
Lors je n’avoy’ de son feu congnoissance,
Lors ne cuidoy’ que sa haulte puissance
Sur ma foiblesse eust aucune vigueur.
Mais, ô le fruict de ma belle entreprise !
Il a choisi pour gaing de ma victoire
Au plus hault ciel la beauté, qui me tue :
Là, fault chercher le bien que tant je prise,
Faisant à tous par mon malheur notoire
Que l’homme en vain contre Dieu s’evertue.
Comme jadis l’ame de l’univers
Comme jadis l'ame de l'univers
Enamourée en sa beaulté profonde,
Pour façonner cette grand' forme ronde,
Et l'enrichir de ses thesors divers,
Courbant sur nous son temple aux yeulx ouvers,
Separa l'air, le feu, la terre, et l'onde,
Et pour tirer les semences du monde
Sonda le creux des abismes couvers :
Non autrement, ô l'ame de ma vie !
Tu feus à toy par toymesme ravie
Te voyant peinte en mon affection,
Lors ton regard d'un accord plus humain
Lia mes sens, ou Amour de sa main
Forma le rond de ta perfection.
Ces cheveux d’or, ce front de marbre
Ces cheveux d'or, ce front de marbre, et celle
Bouche d'œillets, et de lis toute pleine,
Ces doux soupirs, cette odorante haleine,
Et de ces yeux l'une, et l'autre étincelle,
Ce chant divin, qui les âmes rappelle,
Ce chaste ris, enchanteur de ma peine,
Ce corps, ce tout, bref cette plus qu'humaine
Douce beauté si cruellement belle,
Ce port humain, cette grâce gentille,
Ce vif esprit, et ce doux grave style,
Ce haut penser, cet honnête silence,
Ce sont les haims, les appâts, et l'amorce,
Les traits les rets, qui ma débile force
Ont captivé d'une humble violence.
Pour mettre en vous sa plus grande beauté
Pour mettre en vous sa plus grande beauté,
Le ciel ouvrit ses plus riches thesors :
Amour choisit de ses traictz les plus fors,
Pour me tirer sa plus grand’ cruauté.
Les Astres n’ont de luire liberté,
Quand le Soleil ses rayons met dehors :
Où apparoist votre celeste corps,
La beauté mesme y perdroit sa clerté.
Si le torment de mes affections
Croist à l’égal de voz perfections,
Et si en vous plus qu’en moy je demeure,
Pourquoy n’as-tu, ô fiere destinée !
Rompu le fil de ma vie obstinée ?
Je ne croy point que de douleur on meure.
Sus, chaulx soupirs, allez à ce froid cœur
Sus, chaulx soupirs, allez à ce froid cœur,
Rompez ce glaz, qui ma poitrine enflamme :
Et vous, mes yeulx, deux tesmoings de ma flamme,
Faictes pluvoir une triste liqueur.
Allez pensers, flechir cete rigueur,
Engravez moy au marbre de cete ame :
Et vous, mes vers, criez devant Madame,
Mort, ou mercy soit fin de ma langueur.
Dictes comment ces tenailles d’yvoire
Pour animer l’immortel de sa gloire
Ont arraché mon esprit de sa place,
Et que mon cœur rien qu’elle ne respire.
O bien heureux qui void sa belle face !
O plus heureux qui pour elle soupire !
Que n’es-tu las (mon desir) de tant suyvre
Que n’es-tu las (mon desir) de tant suyvre
Celle qui est tant gaillarde à la fuite ?
Ne la vois-tu devant ma lente suite
Des laqs d’amour voler franche, et delivre ?
Ce faulx espoir, dont la doulceur m’enyvre,
Tout en un poinct m’arreste, et puis m’incite,
Me pousse en hault, et puis me precipite,
Me faict mourir, et puis me faict revivre.
Ainsi courant de sommez en sommez
Avec’ Amour, je ne pense jamais,
Fol desir mien, à te haulser la bride.
Bien m’as-tu donq’ mis en proye au danger,
Si je ne puis à mon gré te ranger,
Et si j’ay pris un aveugle pour guide.
L’enfant cruel de sa main la plus forte
L’enfant cruel de sa main la plus forte
M’ouvrit le flanc, qui est le plus debile,
Plantant au roc de mon cœur immobile
Le sainct rameau, qu’en mon ame je porte.
Toute vertu, tout honneur, toute sorte
De bonne grace, et de façon gentile
Sont pour racine à la plante fertile
Dont la haulteur jusq’au ciel me transporte.
L’eau de mes yeulx, et la vive chaleur
De mes soupirs en vigueur la maintiennent :
Son pasle teinct ressemble à ma couleur.
La, mes ecriz fueille seiche deviennent :
Mon vain espoir y est tousjours en fleur,
Et mes ennuiz sont les fruictz, qui en viennent.
Cent mile fois, et en cent mile lieux
Cent mile fois, et en cent mile lieux
Vous rencontrant, ô ma doulce guerriere !
Le pié tremblant me retire en arriere
Pour avoir paix avecques voz beaulx yeulx.
Mais je ne puis, et ne pouroient les Dieux
Frener le cours de ma volonté fiere.
Si je le puis, la superbe riviere
Fera le sien monter jusques aux cieulx.
Que te sert donq’ eloingner le vainqueur,
O toy mon œil ! si au milieu du cœur
Je sen’ le fer, dont il fault que je meure ?
Ainsi le cerf par la plaine elancé
Evite l’arce meurtrier, qui l’a blessé,
Mais non le traict, qui tousjours luy demeure.
Le crespe honneur de cet or blondissant
Le crespe honneur de cet or blondissant
Sur cet argent uny de tous coutez,
Sur deux soleilz deux petiz arcz voutez,
Deux petiz brins de coral rougissant,
Ce cler vermeil, ce vermeil unissant
Oeillez et lyz freschement enfantez,
Ces deux beaux rancz de perles, bien plantez,
Et tout ce rond en deux pars finissant,
Ce val d’albastre, et ces coutaux d’ivoire,
Qui vont ainsi comme les flotz de Loire
Au lent soupir d’un Zephire adoulci,
C’est le moins beau des beautez de Madame,
Mieulx engravée au marbre de mon ame,
Que sur mon front n’en est peinct le soucy.
Ce voile blanc, que vous m’avez donné
Ce voile blanc, que vous m’avez donné,
Je le compare à ma foy nette, et franche :
L’antique foy portoit la robe blanche,
Mon cœur tout blanc est pour vous ordonné.
Son beau caré d’ouvrage environné,
Seul ornement et thesor de ma manche,
Pour vostre nom, porte l’heureuse branche
De l’arbre sainct dont je suis couronné.
Mile couleurs par l’aiguille y sont jointes,
Amour a faict en mon cœur mile pointes.
Là, sont encor’ sans fruict bien mile fleurs.
O voile heureux, combien tu es utile
Pour essuyer l’œil, qui en vain distile
Du fond du cœur mile ruisseaux de pleurs !
Le beau cristal des sainctz yeulx de Madame
Le beau cristal des sainctz yeulx de Madame
Entre les lyz et roses degoutoit,
Et ce pendant Amour, qui le goutoit,
En arrousa le jardin de mon ame.
Au soupirer, qui les marbres entame,
Le ciel pleurant, et triste se voûtoit,
Et le Soleil, qui pleindre l’ecoutoit,
S’osta du chef les rayons de sa flâme.
Les ventz brusloient d’une chaste amitié,
L’air, qui au tour s’enflammoit de pitié,
En fist pluvoir une triste rousée,
Mes yeulx estoient deux fonteines de pleurs,
La terre adonq’ qui en fut arrousée,
En fist sortir mile amoureuses fleurs.
Si le pinceau pouvoit montrer aux yeulx
Si le pinceau pouvoit montrer aux yeulx
Ce que le ciel, les Dieux, et la Nature
Ont peint en vous, plus vivante peinture
Ne virent onq’ de Grece les ayeulx.
Toy donq’ amant, dont l’œil trop curieux
Prent seulement des beautez nouriture,
Fiche ta veue en cete protraiture,
Dont la beauté plairoit aux plus beaux Dieux.
Mais si la vive, et immortelle image
Ne te deplaist, seule qui le dommage
De maladie ou du temps ne doit craindre :
Voy ses ecriz, oy son divin sçavoir,
Qui mieulx au vif l’esprit te fera voir,
Que le visage Appelle n’eust sçeu peindre.
Nimphes, meslez vos plus vermeilles roses
Nimphes, meslez vos plus vermeilles roses
Parmy les lyz qui sont plus blanchissans,
Et les œillez qui sont plus rougissans,
Parmy les fleurs plus freschement decloses.
De tout cela, et des plus belles choses
Que vous ayez en voz prez verdissans,
Faictes bouquez, et chappeaux florissans,
Or’ que des champs les beautez sont encloses.
Et toy, qui fais du monde le grand tour,
Bien que tu n’ay’s au taureau faict retour,
En mile fleurs et mil’, et mil’ encore
Peins mes ennuiz, et qu’on y puisse lire
Le nom qu’Anjou doit sur tout autre elire,
Pour decorer celle qui le decore.
Quand la fureur, qui bat les grandz coupeaux
Quand la fureur, qui bat les grands coupeaux,
Hors de mon cœur l'Olive arrachera,
Avec le chien le loup se couchera,
Fidèle garde aux timides troupeaux.
Le ciel, qui voit avec tant de flambeaux,
Le violent de son cours cessera,
Le feu sans chaud, et sans clarté sera,
Obscur le rond des deux astres plus beaux.
Tous animaux changeront de séjour
L'un avec l'autre, et au plus clair du jour
Ressemblera la nuit humide, et sombre,
Des prés seront semblables les couleurs,
La mer sans eau, et les forêts sans ombre,
Et sans odeur les roses, et les fleurs.
O fleuve heureux, qui as sur ton rivage
O fleuve heureux, qui as sur ton rivage
De mon amer la tant doulce racine,
De ma douleur la seule medicine,
Et de ma soif le desiré bruvage !
O roc feutré d’un verd tapy sauvage !
O de mes vers la source cabaline !
O belles fleurs ! ô liqueur cristaline !
Plaisirs de l’œil, qui me tient en servage.
Je ne suis pas sur vostre aise envieux,
Mais si j’avoy’ pitoyables les Dieux,
Puis que le ciel de mon bien vous honnore,
Vous sentiriez aussi ma flamme vive,
Ou comme vous, je seroy’ fleuve et rive,
Roc, source, fleur, et ruisselet encore.
La Canicule, au plus chault de sa rage
La Canicule, au plus chault de sa rage
Ne faict trouver la fresche onde si belle,
Ny l’arbrisseau si doulcement appelle
Le voyageur au fraiz de son ombrage :
La santé n’est de si joyeulx presage
Au lent retour de sa clerté nouvelle,
Que le plaisir en moy se renouvelle,
Quand j’apperçoy l’angelique visage.
Soit qu’en riant ses levres coralines
Montrent deux rancz de perles cristalines,
Soit qu’elle parle, ou danse, ou bâle, ou chante,
Soit que sa voix divinement accorde
Avec’ le son de la parlante chorde,
Tous mes ennuiz doulcement elle enchante.
Du ciel descend tout celeste pouvoir
Du ciel descend tout celeste pouvoir,
Pour decorer cet’ame bien heureuse,
Qui dessus toy ma terre plantureuse,
Comme un Phenix faict ses aesles mouvoir.
Le Dieu de Loire enflammé de la voir
Ard jusq’au fond de son oncle plus creuse.
O grand’ beauté, ô puissance amoureuse,
Qui faict aux eaux nouveau feu concevoir !
S’elle est à rive, il semble que les fleuves
Tardent leurs cours : s’elle erre par les bois,
Les chesnes vieulx en prennent robes neufves.
Le ciel courbé se mire dans ses yeulx :
Echo respond à sa divine voix,
Qui faict mourir les hommes, et les Dieux.
Toy, qui courant à voile haulte, et pleine
Toy, qui courant à voile haulte, et pleine,
Sage, ruzé, et bienheureux nocher,
Loing du destroict, du pyrate, et rocher,
Voles hardy où le desir te meine,
Ne crain pourtant, oyant ma souveréne,
Caler la voile, ou les ancres lâcher.
Sa doulce voix ne te poura fâcher,
Voix angelique, et non d’une Seréne.
Si tu la vois, tu verras le soleil
Du beau visage, à cetuy là pareil,
Que l’Ocëan de ses longs braz enserre.
O mile fois le bien aimé des Dieux !
Qui sans mourir, et sans voler aux cieulx,
Peult contempler le paradis en terre !
Celle qui tient l’aele de mon desir
Celle qui tient l’aele de mon desir,
Par un seul ris achemine ma trace
Au paradis de sa divine grace,
Divin sejour du Dieu de mon plaisir.
Là les amours volent tout à loisir,
Là est l’honneur, engravé sus sa face,
Là les vertus, ornement de sa race,
Là les beautez, qu’au ciel on peult choisir.
Mais si d’un œil foudroyant elle tire
Dessus mon chef quelque traict de son ire,
J’abisme au fond de l’eternelle nuit.
Là n’est ma soif aux ondes perissante,
Là mon espoir et se fuit et se suit,
Là meurt sans fin ma peine renaissante.
Vous, qui aux bois, aux fleuves, aux campaignes
Vous, qui aux bois, aux fleuves, aux campaignes,
A cri, à cor, et à course hative
Suyvez des cerfz la trace fugitive,
Avec’ Diane, et les Nymphes compaignes,
Et toy ô Dieu ! qui mon rivage baignes,
As-tu point veu une Nymphe craintive,
Qui va menant ma liberté captive
Par les sommez des plus haultes montaignes ?
Helas enfans ! si le sort malheureux
Vous monstre à nu sa cruelle beauté,
Que telle ardeur longuement ne vous tienne.
Trop fut celuy chasseur avantureux,
Qui de ses chiens sentit la cruauté,
Pour avoir veu la chaste Cyntienne.
Déjà la nuit en son parc amassoit
Déjà la nuit en son parc amassait
Un grand troupeau d'étoiles vagabondes,
Et, pour entrer aux cavernes profondes,
Fuyant le jour, ses noirs chevaux chassait ;
Déjà le ciel aux Indes rougissait,
Et l'aube encor de ses tresses tant blondes
Faisant grêler mille perlettes rondes,
De ses trésors les prés enrichissait :
Quand d'occident, comme une étoile vive,
Je vis sortir dessus ta verte rive,
O fleuve mien ! une nymphe en riant.
Alors, voyant cette nouvelle Aurore,
Le jour honteux d'un double teint colore
Et l'Angevin et l'indique orient.
Seul, et pensif par la deserte plaine
Seul, et pensif par la deserte plaine
Resvant au bien qui me faict doloreux,
Les longs baisers des collombs amoureux
Par leur plaisir firent croitre ma peine.
Heureux oiseaux, que vostre vie est pleine
De grand’ doulceur ! ô baisers savoureux !
O moy deux fois, et trois fois malheureux,
Qui n’ay plaisir que d’esperance vaine !
Voyant encor’ sur les bords de mon fleuve
Du sep lascif les longs embrassements,
De mes vieulx maulx je fy’ nouvelle epreuve.
Suis-je donq’ veuf de mes sacrez rameaux ?
O vigne heureuse ! heureux enlacements !
O bord heureux ! ô bien heureux ormeaux !
Parmy les fleurs ce faulx Amour tendit
Parmy les fleurs ce faulx Amour tendit
Une ré d’or legerement coulante,
Soubs les rameaux d’une divine Plante,
Où de pié coy ce cruel m’atendit.
Bien me sembla, que quelque voix me dît,
Haste les paz de ta course trop lente :
Quand une main doulcement violente
Serrant la corde à terre m’etendit.
Lors je fu’ pris : et ne me prenoy’ garde
Qu’en mile nœuds lié je me regarde
En la prison d’une beauté celeste.
Là est ma foy, gëolier nuit et jour.
O doulce chartre ! ô bienheureux sejour !
Qui m’a rendu la liberté moleste.
Près d'un boccage, au milieu d’un beau pré
Près d'un boccage, au milieu d’un beau pré,
Où d’un ruisseau la frescheur toujours dure,
Je te feray un autel de verdure
De miles fleurs tout au tour diapré.
Là je pendray en un tableau sacré
A ton sainct nom, une riche peincture,
Où je feray de vers une ceinture,
De mile vers, s’ilz te viennent à gré.
Soupire donq’ de ta plus doulce haleine,
Me decouvrant sur ce col de porphire
Ces laqs dorez coupables de ma peine.
Ainsi, des vens te soit donné l’empire,
Ainsi ta Flore, ô bienheureux Zephire !
Te soit tousjours, et tousjours plus humaine.
Vent doulx souflant, vent des vens souverain
Vent doulx souflant, vent des vens souverain,
Qui voletant d’aeles bien empanées
Fais respirer de souëves halenées
Ta doulce Flore au visage serain,
Pren de mes mains ce vase, qui est plein
De mile fleurs avec’ l’Aurore nées,
Et mil’ encor’ à toy seul destinées,
Pour t’en couvrir et le front, et le seing.
Encependant, au thesor de ces rives
Je pilleray ces emeraudes vives,
Ces beaux rubiz, ces perles, et saphirs,
Pour mettre en l’or des tresses vagabondes,
Qui çà et là folastrent en leurs ondes,
Grosses du vent de tes plus doulx soupirs.
Si longue foy peult meriter merci
Si longue foy peult meriter merci,
J’auray le gaing de ma perte passée,
Si mon destin toute ardeur n’a chassée
Du beau Soleil, dont je suis eclerci.
Amour, qui fut longuement endurci,
Ores piteux à mon ame offensée,
A mis les yeulx au creux de ma pensée,
Cler à luy seul, à tout autre obscurci.
La forest prent sa verde robe neufve,
La terre aussi, qui naguere etoit veufve,
Promet de fruictz une accroissance pleine.
Or cesse donq’ l’hiver de mes douleurs,
Et vous plaisirs, naissez avec’ les fleurs
Au beau Soleil, qui mon printemps rameine.
Zephire soufle, et sa Dame raméne
Zephire soufle, et sa Dame raméne
Les belles fleurs, dont la terre est couverte.
La forest neufve oit sur sa teste verte
Progne gemir, et pleindre Philomene.
Le ciel trompeur, qui le front rasserene,
De ses thesors nous tient la porte ouverte,
Et pour tirer un gaing de nostre perte,
De nouveaux fruictz la Nature a faict pleine.
Tous animaulx, qui cheminent et noüent,
Qui vont glissant, et qui par l’air se joüent,
Sentent le feu, et je suis le feu mesme.
Vous seulement osez faire la guerre
Contre celuy dont la puissance extreme
Domte le ciel, l’air, la mer, et la terre.
Toy, qui fis voir la lumiere incongnue
Toy, qui fis voir la lumiere incongnue
Au chaste filz du jaloux inhumain,
Quand tu pillas d’une trop docte main
La proye en vain de Pluton retenue :
L’horrible Dieu, qui tonne sur la nue,
Meu justement pour son frere germain,
Darda les traictz vangeurs du sort humain,
Te foudroyant, de sa flamme congneue.
La moy chetif ! qui l’oblivieux bord,
Malgré l’Enfer, Acheron, et son port,
Ay depouillé de sa plus riche proye !
Celle que j’ay faict compaigne des Dieux,
Me bat, me poingt, me brusle, me foudroye
Par les doulx traictz qui sortent de ses yeulx.
Rendez à l’or cete couleur, qui dore
Rendez à l’or cete couleur, qui dore
Ces blonds cheveux, rendez mil’ autres choses :
A l’orient tant de perles encloses,
Et au Soleil ces beaux yeulx, que j’adore.
Rendez ces mains au blanc yvoire encore,
Ce seing au marbre, et ces levres aux roses,
Ces doulx soupirs aux fleurettes decloses,
Et ce beau teint à la vermeille Aurore.
Rendez aussi à l’Amour tous ses traictz,
Et à Venus ses graces, et attraictz :
Rendez aux cieulx leur celeste harmonie.
Rendez encor’ ce doulx nom à son arbre,
Ou aux rochers rendez ce cœur de marbre,
Et aux lions cet’ humble felonnie.
Ce bref espoir, qui ma tristesse alonge
Ce bref espoir, qui ma tristesse alonge,
Traitre à moy seul, et fidele à Madame,
Bien mile fois a promis à mon ame
L’heureuse fin du soucy qui la ronge.
Mais quand je voy’ sa promesse estre un songe,
Je le maudy’, je le hay’, je le blâme :
Puis tout soudain je l’invoque et reclame,
Me repaissant de sa doulce mensonge.
Plus d’une fois de moy je l’ay chassé :
Mais ce cruel, qui n’est jamais lassé
De mon malheur, à voz yeulx se va rendre.
Là faict sa plainte : et vous, qui jours et nuitz
Avecques luy riez de mes ennuiz,
D’un seul regard le me faictes reprendre.
Ores je chante, et ores je lamente
Ores je chante, et ores je lamente,
Si l’un me plaist, l’autre me plaist aussi,
Qui ne m’areste à l’effect du souci,
Mais à l’object de ce qui me tormente.
Soit bien, ou mal, desespoir ou attente,
Soit que je brusle ou que je soy’ transi,
Ce m’est plaisir de demeurer ainsi :
Egalement de tout je me contente.
Madame donc, Amour, ma destinée,
Ne changent point de rigueur obstinée,
Ou hault, ou bas la Fortune me pousse.
Soit que je vive, ou bien soit que je meure,
Le plus heureux des hommes je demeure,
Tant mon amer a la racine doulce.
Quand vos beaux yeulx Amour en terre incline
Quand vos beaux yeulx Amour en terre incline,
Et voz espriz en un soupir assemble
Avec ses mains, et puis les desassemble
D’une voix clere, angelique, et divine,
Alors de moy une doulce rapine
Se faict en moy : je me pers, il me semble
Que le penser, et le vouloir on m’emble
Avec le cœur, du fond de la poitrine.
Mais ce doulx bruit, dont les divins accens
Ont occupé la porte de mes sens,
Retient le cours de mon ame ravie.
Voila comment sur le mestier humain
Non les trois Soeurs, mais Amour de sa main
Tist, et retist la toile de ma vie.
Dieu qui reçois en ton giron humide
Dieu qui reçois en ton giron humide
Les deux ruisseaux de mes yeulx larmoyans,
Qui en tes eaux sans cesse tournoyans
Enflent le cours de ta course liquide,
Quand fut-ce, ô Dieu ! qu’en la carriere vide
De ton beau ciel, ces cheveux ondoyans,
Comme tes flotz au vent s’ebanoyans,
Deçà delà voguoient à pleine bride ?
Ce fut alors, que cent Nymphes captives
Entre tes braz, sortirent sur leurs rives,
Laissant le creux de ta blonde maison.
Ce fut alors que les Dieux et l’année
Firent sur toy, ma terre fortunée,
Renaistre l’or de l’antique saison.
Ny par les bois les Driades courantes
Ny par les bois les Driades courantes,
Ny par les champs les fiers scadrons armez,
Ny par les flotz les grands vaisseaux ramez,
Ny sur les fleurs les abeilles errantes,
Ny des forestz les tresses verdoyantes,
Nv des oiseaux les corps bien emplumez,
Ny de la nuit les flambeaux allumez,
Ny des rochers des traces ondoyantes,
Ny les piliers des sainctz temples dorez,
Ny les palais de marbre elabourez
Ny l'or encor', ny la perle tant clere,
Ny tout le beau, que possedent les Cieulx,
Ny le plaisir pouroit plaire à mes yeulx,
Ne voyant point le Soleil, qui m'esclaire.
Qui a peu voir la matinale rose
Qui a peu voir la matinale rose
D’une liqueur celeste emmïellée,
Quand sa rougeur de blanc entremeslée
Sur le naïf de sa branche repose :
Il aura veu incliner toute chose
A sa faveur : le pié ne l’a foulée,
La main encor’ ne l’a point violée,
Et le troupeau aprocher d’elle n’ose.
Mais si elle est de sa tige arrachée,
De son beau teint la frescheur dessechée
Pert la faveur des hommes et des Dieux.
Helas ! on veult la mienne devorer :
Et je ne puis, que de loing, l’adorer
Par humbles vers (sans fruit) ingenieux.
S’il a dict vray, seiche pour moy l’ombrage
S’il a dict vray, seiche pour moy l’ombrage
De l’arbre sainct, ornement de mes vers,
Mon nom sans bruit erre par l’univers,
Pleuve sur moy du ciel toute la rage.
S’il a dict vray, de mes soupirs l’orage,
De cruauté les durs rochers couvers,
De desespoir les abismes ouvers,
Et tout peril conspire en mon naufrage.
S’il a menti, la blanche main d’yvoire
Ceigne mon front des fueilles que j’honnore :
Les astres soient les bornes de ma gloire :
Le ciel bening me decouvre sa trace :
Voz deux beaux yeux, deux flambeaux que j’adore,
Guident ma nef au port de vostre grace.
O faulse vieille ! ô fille de l’Envie
O faulse vieille ! ô fille de l’Envie,
Et de l’Amour, fille qui à ton pere
As enfanté dommage, et vitupere,
En corrompant le miel de nostre vie !
O gehinne ! ô fleau de nostre fantasie,
Qui jusqu’en l’ame as ton cruel’ repere !
O le seul mal du bien, que l’on espere !
Faulse aveuglée, inique Jalousie !
Vent pestilent, air infect qui apportes
La mort au cœur par plus de mile portes,
Sale harpie, oiseau de triste augure !
Tu es le mal, qui ne craint, ô superbe !
Emplastre, unguent, just de racine ou d’herbe,
Vers enchanté, ou magique figure.
Vieille, qui prens de crainte nouriture
Vieille, qui prens de crainte nouriture,
De faulx rapport et de legere foy,
Pourquoy fais-tu, soudain que je te voy,
Geler mon feu d’une triste froidure ?
Si tu es donq’ à mes plaisirs si dure,
Pourquoy viens-tu loger avecques moy ?
Va te noyer en ce fleuve d’emoy,
Fleuve infernal, où le froid tousjours dure.
Au fond d’enfer va pleurer tes ennuiz,
Parmy l’obscur des eternelles nuitz :
Pourquoy te plaist d’Amour le beau sejour ?
Si la clerté les ombres épouante,
Ose-tu bien ô charongne puante !
Empoisonner le serain de mon jour !
O que l’enfer etroitement enserre
O que l’enfer etroitement enserre
Cet ennemy du doulx repos humain,
De qui premier la sacrilege main
Arracha l’or du ventre de la Terre !
Cetuy vraiment mena premier la guerre
Contre le ciel, ce fier, cet inhumain
Tua son pere, et son frere germain,
Et fut puni justement du tonnerre.
O peste ! ô monstre ! ô Dieu des malefices !
Par toy premier la cohorte des vices
Sortit du creux de la nuit plus profonde.
Par toy encor’ s’en revola d’icy
L’antique foy, et la justice aussi
Avec’ l’Amour, l’autre Soleil du monde.
Des chiens veillants le long cry doloreux
Des chiens veillants le long cry doloreux,
Le soing du guet, et la ferrée porte
La tour d’airein pouvoient rendre assez forte
Contre l’assault du nocturne amoureux.
Trop en etoit le sort avantureux
Mesm’ à celuy qui la vengence porte,
S’il ne se fust de sa divine sorte
Changé en or, ce metal malheureux.
C’est ce fier là, qui egale aux campaignes
Les durs sommez des plus haultes montaignes,
Plus foudroyant, que n’est le traict des cieulx.
Le fer, le feu, les grand’s citez fermées,
Les haultz ramparts, et les bandes armées
Donnent passage à l’or audacieux.
Mais quel hiver seiche la verde souche
Mais quel hiver seiche la verde souche
Des sainctz rameaux, ombrage de ma vie ?
Quel marbre encor’, marbre pasle d’envie,
Blesmist le teint de la vermeille bouche ?
Mais quele main, quele pillarde moûche
Ravist ses fleurs ? c’est toy, fievre hardie,
Qui fais languir par une maladie
Moy en mon ame, et Madame en sa couche.
O toy, que mere et maratre on appelle !
As-tu donc faict une chose si belle
Pour la deffaire ? ô Dieu qui n’as point d’yeulx !
Si contre moy la Nature conspire,
Voire le ciel, la fortune, et les Dieux,
Deffen au moins l’honneur de ton empire.
O Citherée ! ô gloire paphienne !
O Citherée ! ô gloire paphienne !
Mere d’Amour, vien’ piteuse à la belle,
Qui le secours de tes Graces appelle,
Saincte, pudique, et chaste Cyprienne.
Soutien aussi, vierge Tritonienne,
De ton vieulx tige une branche nouvelle :
Toy, qui sortis de la saincte cervelle,
Sage Pallas, Minerve Athenienne.
Oyez encor’ vous les deux yeulx du monde,
L’honneur jumeau de l’isle vagabonde,
Le juste dueil de ce cœur gemissant.
Ainsi la nuit tes baisers favorise,
Chaste Diane : ainsi Parnaze prise,
Docte Phebus, ton laurier verdissant.
Esprit divin, que la troupe honnorée
Esprit divin, que la troupe honnorée,
Du double mont admire, en t’écoutant,
Cigne nouveau, qui voles en chantant
Du chault rivage au froid hiperborée :
Si de ton bruit ma Lire enamourée
Ta gloire encor’ ne va point racontant,
J’aime, j’admire, et adore pourtant
Le hault voler de ta plume dorée.
L’Arne superbe adore sur sa rive
Du sainct Laurier la branche tousjours vive,
Et ta Delie enfle ta Saone lente.
Mon Loire aussi, demydieu par mes vers,
Bruslé d’amour etent les braz ouvers
Au tige heureux, qu’à ses rives je plante.
O noble esprit, des Graces allié
O noble esprit, des Graces allié,
Que ta vertu, la Muse, et la Nature
Ont par destin, et non par avanture,
Avec le mien etroitement lié !
O de mon cœur la seconde moitié !
Si de ton feu quelque scintile dure,
Soulage un peu le torment que j’endure,
Me consolant d’excuse, ou de pitié.
Inspire moy les tant doulces fureurs,
Dont tu chantas celle fiere beauté,
Qui t’aveugla à semblables erreurs.
Ainsi d’Amour le feu puisse descendre,
Pour amolir cet’ humble cruauté,
En l’estommac de ta froide Cassendre.
Sus, sus mon ame, ouvre l’œil, et contemple
Sus, sus mon ame, ouvre l’œil, et contemple
L’arc triomphal de l’amour supernel,
Qui pour laver ton peché paternel
Porta le faix de ta perte si ample.
Là, de pitié est le parfaict exemple :
Sus donc mes vers, d’un vol sempiternel
Portez mes vœux en son temple eternel,
Le cœur fidele est de Dieu le sainct temple.
S’il a servi pour rendre l’homme franc,
S’il a purgé mes pechez de son sang,
Et s’il est mort pour ma vie asseurer,
S’il a goûté l’amer de mes douleurs,
Prodigues yeulx, ne devez-vous pleurer
D’avoir sans fruit dependu tant de pleurs ?
O seigneur Dieu, qui pour l’humaine race
O seigneur Dieu, qui pour l’humaine race
As esté seul de ton pere envoyé !
Guide les pas de ce cœur devoyé ;
L’acheminant au sentier de ta grace.
Tu as premier du ciel ouvert la trace,
Par toy la mort a son dard etuyé :
Console donq’ cet esprit ennuyé,
Que la douleur de mes pechez embrasse.
Vien, et le braz de ton secours apporte
A ma raison, qui n’est pas assez forte,
Vien eveiller ce mien esprit dormant.
D’un nouveau feu brusle moy jusq’à l’ame,
Tant que l’ardeur de ta celeste flamme
Face oublier de l’autre le torment.
Pere du ciel, si mil’ et mile fois
Pere du ciel, si mil’ et mile fois
Au gré du corps, qui mon desir convie,
Or que je suis au printemps de ma vie,
J’ay asservi et la plume, et la voix,
Toy, qui du cœur les abismes congnois,
Ains que l’hiver ait ma force ravie,
Fay moy brusler d’une celeste envie,
Pour mieux goûter la douceur de tes loix.
Las ! si tu fais comparoitre ma faulte
Au jugement de ta majesté haulte,
Où mes fortaictz me viendront accuser,
Qui me pourra deffendre de ton ire ?
Mon grand peché me veult condamner, Sire,
Mais ta bonté me peult bien excuser.
Dieu, qui changeant avec’ obscure mort
Dieu, qui changeant avec’ obscure mort
Ta bienheureuse, et immortelle vie,
Fus aux pecheurs prodigue de ta vie,
Pour les tirer de l’eternelle mort :
Celle pitié coupable de ta mort
Guide les paz de ma facheuse vie,
Tant, que par toy à plus joyeuse vie
Je soy’ conduit du travail de la mort.
N’avise point, ô Seigneur ! que ma vie
Se soit noyée aux ondes de la mort,
Qui me distrait d’une si doulce vie.
Oste la palme à cet’ injuste mort,
Qui jà s’en va superbe de ma vie,
Et morte soit tousjours pour moy la mort.
Voicy le jour, que l’eternel amant
Voicy le jour, que l’eternel amant
Fist par sa mort vivre sa bien aimée :
Qui telle mort au cœur n’a imprimée,
O seigneur Dieu ! est plus que dyamant.
Mais qui poura sentir ce doulx torment,
Si l’ame n’est par l’amour enflammée ?
Soufle luy donc, pour la rendre allumée,
L’esprit divin de ton feu vehement.
Pleurez mes yeulx, de sa mort la memoire,
Chantez mes vers, l’honneur de sa victoire,
Et toy, mon cœur, fay luy son deu hommage.
O que mon Roy est invincible, et fort !
O qu’il a faict grand gaing de son dommage !
Qui en mourant triomphe de la mort.
Dedans le clos des occultes Idées
Dedans le clos des occultes Idées,
Au grand troupeau des ames immortelles
Le Prevoyant a choisi les plus belles,
Pour estre à luy par luymesme guidées.
Lors peu à peu devers le ciel guindées
Dessus l’engin de leurs divines aeles
Vollent au seing des beautez eternelles,
Où elle’ sont de tout vice emondées.
Le Juste seul ses eleuz justifie,
Les reanime en leur premiere vie,
Et à son filz les faict quasi egaulx.
Si donq’ le ciel est leur propre heritage,
Qui les poura frauder de leur partage
Au poinct, qui est l’extreme de tous maulx ?
Si nostre vie est moins qu’une journée
Si nostre vie est moins qu’une journée
En l’eternel, si l’an qui faict le tour
Chasse noz jours sans espoir de retour,
Si perissable est toute chose née,
Que songes-tu mon ame emprisonnée ?
Pourquoy te plaist l’obscur de nostre jour,
Si pour voler en un plus cler sejour,
Tu as au dos l’aele bien empanée ?
Là, est le bien que tout esprit desire,
Là, le repos où tout le monde aspire,
Là, est l’amour, là, le plaisir encore.
Là, ô mon ame au plus hault ciel guidée !
Tu y pouras recongnoistre l’Idée
De la beauté, qu’en ce monde j’adore.
Arriere, arriere, ô mechant Populaire !
Arriere, arriere, ô mechant Populaire !
O que je hay ce faulx peuple ignorant !
Doctes espris, favorisez les vers
Que veult chanter l’humble prestre des Muses.
Te plaise donc, ma Roine, ma Déesse,
De ton sainct nom les immortalizer,
Avec’ celuy qui au temple d’Amour
Baize les piez de ta divine image.
O toy, qui tiens le vol de mon esprit,
Aveugle oiseau, dessile un peu tes yeux,
Pour mieulx tracer l’obscur chemin des nues.
Et vous, mes vers, delivres et legers,
Pour mieulx atteindre aux celestes beautez,
Courez par l’air d’une aele inusitée.
De quel soleil, de quel divin flambeau
De quel soleil, de quel divin flambeau
Vint ton ardeur ? lequel des plus haulx Dieux,
Pour te combler du parfaict de son mieulx,
Du Vandomois te fist l’astre nouveau ?
Quel cigne encor’ des cignes le plus beau
Te prêta l’aele ? et quel vent jusq’aux cieulx
Te balança le vol audacieux,
Sans que la mer te fust large tombeau ?
De quel rocher vint l’eternelle source,
De quel torrent vint la superbe course,
De quele fleur vint le miel de tes vers ?
Montre le moy, qui te prise, et honnore
Pour mieulx haulser la Plante que j’adore
Jusq’à l’egal des Lauriers tousjours verds