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Recyclage BTP : potentiel de piégeage CO2

Cette étude évalue le potentiel de piégeage de CO2 de granulats recyclés issus de déchets inertes du BTP, en estimant qu'un stock de 2000 m3 peut piéger environ 630 kg de CO2 sur 4 mois. Bien que le potentiel théorique de piégeage soit plus élevé, la capacité réelle dépend de divers facteurs tels que le processus de fabrication et les conditions météorologiques. L'optimisation des processus industriels est essentielle pour améliorer l'efficacité de ces puits de carbone dans le cadre des objectifs de neutralité carbone.

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Recyclage BTP : potentiel de piégeage CO2

Cette étude évalue le potentiel de piégeage de CO2 de granulats recyclés issus de déchets inertes du BTP, en estimant qu'un stock de 2000 m3 peut piéger environ 630 kg de CO2 sur 4 mois. Bien que le potentiel théorique de piégeage soit plus élevé, la capacité réelle dépend de divers facteurs tels que le processus de fabrication et les conditions météorologiques. L'optimisation des processus industriels est essentielle pour améliorer l'efficacité de ces puits de carbone dans le cadre des objectifs de neutralité carbone.

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RUGC 2022 AJCE, vol.

40 (1)

Plateforme de recyclage de déchets inertes


du BTP : un puits de carbone « gris » ?
Yunlu Hou1, Pierre-Yves Mahieux1, Philippe Turcry1, Jérôme Lux1, Abdelkarim Aït-Mokhtar1,
Aurélia Nicolaï2
1LaSIE, Laboratoire des Sciences de l’Ingénieur pour l’Environnement, UMR 7356 CNRS, La Rochelle
Université, La Rochelle
2 Spie batignolles malet, Pôle développement, Portet-sur-Garonne

RESUMÉ Dans un environnement urbain, les pièges à carbone naturels et artificiels peuvent être
des leviers intéressants pour tendre vers la neutralité carbone d’un territoire. Cette étude
s’intéresse au potentiel de piégeage de CO2 d’un stock de granulats recyclés, fabriqués sur une
plateforme de recyclage à partir de déchets inertes du BTP, entre deux campagnes de concassage.
Grâce au développement d’une cellule de carbonatation naturelle et d’une cellule de diffusion
de O2 en laboratoire, la quantité de CO2 piégé par un stock de 2000 m3 pendant 4 mois est estimée
à plus de 630 kg, soit 0,2 kg de CO2/t de GR en stock. Cette faible valeur montre que même si le
potentiel de piégeage de CO2 à l’échelle du grain est estimé à 23 kgCO2/t de GR, la capacité réelle
d’un stock de GR à en piéger en condition atmosphérique est très dépendante du process de
fabrication, du stockage sur plateforme et des conditions météorologiques.
Mots-clefs : Neutralité carbone, piégeage du CO2, carbonatation naturelle, granulats recyclés

I. INTRODUCTION
Lauréate de l’appel à projets « territoires d’innovation » en 2019, la Communauté d’Agglomération
(CDA) de La Rochelle s’est lancée le défi de devenir le 1 er territoire urbain du littoral neutre en
carbone d’ici 2040. Pour y parvenir, les objectifs ne se focalisent pas uniquement sur la réduction
des émissions de carbone mais aussi sur son piégeage. Si la CDA de La Rochelle peut compter sur
ses capacités naturelles de séquestration en carbone grâce à l’océan Atlantique et les marais
littoraux, il est aussi nécessaire de développer des pièges artificiels voire d’en identifier sur le
territoire. C’est dans ce cas précis que le projet Nouvelle Aquitaine intitulé « Carbone Gris », piloté
par le LaSIE et Spie batignolles malet, s’inscrit puisqu’il s’agit d’évaluer le puits de carbone potentiel
que constituent les déchets inertes du BTP, et notamment le béton de déconstruction, réceptionnés
et concassés sous la forme de granulats recyclés sur une plateforme de recyclage rochelaise «
Valosphère » (FIGURE 1).

FIGURE 1. Fabrication (a) et stockage (b) des GR sur la plateforme de recyclage Valosphère

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RUGC 2022 AJCE, vol. 40 (1)

Si le béton est un matériau de construction consommateur de ressources naturelles et fortement


émetteur de CO2, c’est aussi un matériau capable d’en piéger par carbonatation atmosphérique
pendant la durée de vie des ouvrages pour lesquels il a été fabriqué ainsi qu’après déconstruction
et transformation sous la forme de granulats recyclés (GR). L’objectif de cette étude de cas est
d’estimer la quantité de CO2 (𝑚𝐶𝑂2 en kg ; FIGURE 2) que peut piéger un stock de 2000 m3 de GR
entre deux campagnes de concassage à 4 mois d’intervalle. La démarche repose sur deux
investigations en laboratoire, d’une part, la détermination du potentiel de piégeage de CO2 (𝑄𝐶𝑂2 en
kg/m3) à l’échelle du grain de GR, d’autre part, la détermination de la diffusivité du CO2 (𝐷𝐶𝑂2 en
m2/s) dans le milieu granulaire que constitue le stock de matériaux étudié (Hou et al., 2021).

FIGURE 2. Quantité de CO2 piégé (𝒎𝑪𝑶𝟐 ) d’un stock de 2000 m3 de GR sur une période de 4 mois

II. MATERIAUX ET MÉTHODES


A. Potentiel de piégeage de CO2
Le potentiel de piégeage de CO2 (𝑄𝐶𝑂2 ) est estimé selon la méthode développée par (Boumaaza et
al., 2020). Un échantillon de GR est placé en fine couche d’épaisseur égale au Dmax du granulat étudié
sur une coupelle de 20 cm de diamètre (Fig. 3a). L’échantillon est placé en carbonatation naturelle
en extérieur mais néanmoins à l’abri de la pluie, à température et HR variables selon les conditions
météorologiques. Ponctuellement, la coupelle est placée dans une cellule équipée d’une sonde
mesurant la baisse de concentration en CO2, significative de la carbonatation, pendant moins de 20
min (Fig. 3b).

FIGURE 3. (a) Schéma de la cellule de carbonatation naturelle ; (b) Exemple de variation de la


concentration en CO2 (mol/m3) en fonction du temps (s).
La vitesse de carbonatation est définie comme étant la quantité massique de CO2 piégé (gCO2)
rapportée à la masse 𝑚950 (gGR) de GR déshydraté et décarbonaté, mesuré par analyse
thermogravimétrique à 950°C, en un temps donné (s) (équation 2). À partir de l’évolution dans le
temps de la vitesse, il est possible de calculer la quantité de CO2 piégé cumulé (gCO2/kgGR) par
intégration de la vitesse de carbonatation entre t=0 et chaque échéance T de mesure (équation 3).
Enfin, le potentiel de piégeage de CO2 est défini comme étant la quantité maximale de CO2 piégé
sur les 4 mois d’analyse rapporté en kg/m3 apparent de GR sur stock.

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B. Diffusivité effective du CO2


Le coefficient de diffusion effectif du CO2 (m2/s) des GR est déterminé, à l’échelle d’un milieu
granulaire, avec le dispositif présenté par la Fig. 4a. Pour éviter toute carbonatation pendant l’essai,
le dioxygène est préféré au CO2 pour la mesure de diffusivité. La diffusivité du CO2 est donc déduite
de celle mesurée sous O2.

FIGURE 4. (a) Cellule de diffusion gazeuse pour matériaux granulaires ; (b) Comparaison entre les
évolutions des concentrations dans la chambre aval, mesurées et calculées
L’échantillon repose sur une plaque perforée en bas de la cellule. Une fois installé, il est donc en
contact avec l’air ambiant ou la concentration moyenne Ce en O2 est de 21%. La chambre aval est
préalablement purgée à l’azote jusqu’à ce que la concentration en O 2, mesurée par deux capteurs,
soit proche de 0%. La chambre aval est alors fermée. Le dioxygène de l’air diffuse à travers
l’échantillon grâce au gradient de concentration entre l’air ambiant et la chambre aval. Les capteurs
mesurent l’évolution de la concentration en O2 jusqu’à ce que l’équilibre soit atteint. Le coefficient
de diffusion effectif de O2 est déterminé par minimisation des écarts entre les mesures dans la
chambre aval et la 1ère loi de Fick (Fig. 4b, équation 5). Enfin, le coefficient de diffusion effectif du
CO2 (m2/s) est déduit du coefficient effectif de l’O2 et des coefficients de diffusion du CO2 et de l’O2
dans l’air (équation 6).

III. RÉSULTATS ET DISCUSSION


Pour cette étude, un GR 0/40 a été prélevé sur la plateforme, échantillonné puis criblé en laboratoire
pour ne retenir que la fraction 0/20. Ce GR a été conservé avant analyse dans une chambre humide
pour empêcher toute pré-carbonatation. Pour le milieu granulaire, la compacité est fixée à 65% à
partir d’un essai œdométrique préalable et la teneur en eau retenue est de 10%. Cette teneur en eau
est une moyenne mesurée sur le GR 0/40 prélevé sur 30 cm de profondeur dans le stock. La figure
5 présente l’évolution de la vitesse de carbonatation en fonction du temps (moyennes pondérées
des analyses effectuées sur les fractions 0/6, 6/10 et 10/20) et de la quantité cumulée de CO2 piégé.
Le tableau 1 présente la démarche calculatoire pour déterminer la quantité de CO2 piégé par le stock
de 2000 m3 en 4 mois.

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FIGURE 5. Vitesse de carbonatation et quantité


TABLEAU 1. Estimation de la quantité de CO2
cumulée de CO2 piégé par les grains de GR
piégé par un stock de 2000 m3 de GR sur 4 mois
exprimées en fonction du temps
La vitesse de carbonatation initiale est de 3,3*10-8 gCO2/gGR/s, elle chute très rapidement dès les 1ers
jours d’exposition et tend à s’annuler au-delà de 80 jours. Les GR sèchent rapidement au contact de
l’air libre puisque la teneur en eau passe de 13% initialement à environ 2% réduisant ainsi la
quantité d’eau disponible pour la carbonatation. De ces vitesses sont calculées les quantités
massiques de CO2 piégé en cumulé et l’on observe que la quantité maximale atteinte est de 22,5
gCO2/kgGR soit 34,4 kgCO2/m3 de GR considérant une masse volumique apparente du stock de 1530
kg/m3. Ce résultat est du même ordre de grandeur que celui déterminé par (Hou et al., 2021) sur
des échantillons de sables recyclés compactés totalement carbonatés. On peut donc aussi considérer
que malgré la réduction de la teneur en eau, les produits carbonatables disponibles dans les GR se
sont totalement carbonatés. Il est donc intéressant de noter que les réactions de carbonatation
naturelle à l’échelle du grain se font en moins de 3 mois, ce qui est très positif vis-à-vis des
contraintes d’exploitation sur plateforme. Dans un milieu granulaire que constitue le stock, le
coefficient de diffusion moyen est de 1,88 *10 -6 m2/s. Cette diffusivité est faible mais non nulle et
reste très dépendante des conditions de compacité et de teneur en eau. A partir de ces deux résultats
(vitesse et diffusivité) et considérant que la concentration atmosphérique en CO2 est de 8,22*10-4
kg/m3 (soit 450 ppm), le front de carbonatation dans le stock de GR (équation 1) est estimé à 3 cm
au terme des 4 mois. Le volume de GR carbonaté est donc de 18,3 m3 soit 0,92% du stock. Cette
valeur est très faible par rapport au potentiel de piégeage des grains de GR. Si l’on considère que la
compacité et la teneur en eau du stock est constante sur son intégralité, il faudrait alors un temps
infini pour carbonater l’intégralité du matériau en place. Au final, la quantité estimée de CO2 piégé
par le stock est de 630 kg à 4 mois soit environ 15% du CO2 émis pour sa fabrication si l’on considère
que 1,5kg eq.CO2 est émis par tonne de GR fabriqué (UNPG). Si les GR constituent un puits de
carbone certain, il reste important d’optimiser le process industriel pour le rendre significatif et
participer ainsi à l’objectif de neutralité carbone visée par le territoire.

REFERENCES
Boumaaza, M., Huet, B., Turcry, P., Aït-Mokhtar, A., 2020. The CO2-binding capacity of synthetic
anhydrous and hydrates: Validation of a test method based on the instantaneous reaction
rate. Cem. Concr. Res. 135, 106113.
Hou, Y., Mahieux, P.-Y., Lux, J., Turcry, P., Aït-Mokhtar, A., 2021. Carbonation rate of compacted
recycled aggregates for sub-base layers of pavement. Constr. Build. Mater. 312, 125420.

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