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Corps féminin et écriture en littérature

Le document aborde la perception du corps féminin dans la littérature, soulignant qu'il est souvent morcelé et soumis à des normes sociales strictes qui le réduisent à des fragments. Malgré une certaine émancipation, les femmes dans les sociétés arabo-musulmanes peinent à exprimer leur rapport au corps, comme illustré par le personnage de Chouhayra dans l'œuvre de Souad Bahéchar. Le roman 'La Liaison' de Ghita El Khayat est présenté comme une œuvre pionnière qui brise le tabou de la sexualité féminine, tout en révélant les défis liés à l'expression de ce désir dans un contexte conservateur.

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Le document aborde la perception du corps féminin dans la littérature, soulignant qu'il est souvent morcelé et soumis à des normes sociales strictes qui le réduisent à des fragments. Malgré une certaine émancipation, les femmes dans les sociétés arabo-musulmanes peinent à exprimer leur rapport au corps, comme illustré par le personnage de Chouhayra dans l'œuvre de Souad Bahéchar. Le roman 'La Liaison' de Ghita El Khayat est présenté comme une œuvre pionnière qui brise le tabou de la sexualité féminine, tout en révélant les défis liés à l'expression de ce désir dans un contexte conservateur.

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Avec l’écriture féminine, le corps va cesser d’être une extériorité creuse et insigni fiante.

Si le corps
de la femme a été fort magnifié et parfois-même idolâtré et divinisé par la littérature dans
l’imaginaire arabe, il a également été très souvent maudit et même damné. Toutes religions
confondues font du corps de la femme un péché, et la femme celle par qui le péché arrive. Son corps
est donc tenu en suspicion puisque c’est par elle qu’est venu le péché mais c’est, paradoxalement, en
lui que germent les attraits qui nous attachent au monde. Ce corps, qui est à l’origine des souffrances
de l’homme est à éviter, à cacher, à couvrir, à punir constamment parce que c’est lui qui pervertit
l’homme et le déprave. Si le comportement du corps masculin est libre, celui du corps féminin au
contraire est régi de 57 Sanae Ghouati puis l’enfance par des règles strictes. Il est géré au même titre
que la croyance, la foi ou les grands principes de la religion. Le corps de la femme n’est pas une
mince affaire. Toute la société s’occupe de le discipliner selon des rites qui peuvent varier d’une
société à l’autre. La perception du corps par la littérature reste aussi très souvent tributaire des
symbolismes qui les inspirent. Dans la littérature universelle, le corps de la femme n’est jamais vu
dans sa totalité indissociable. Il est souvent morcelé, fractionnée, blasonné en fonction des fan
tasmes de l’homme. L’écriture du corps est métonymique, on préfère aborder le corps par
fragments. Ainsi la femme est réduite à des yeux, des cheveux, des mains, la peau, la bouche, etc.
Elle est figée dans des descriptions identiques qui répondent aux canons de la beauté de chaque
époque ou de chaque communauté. Jusqu’à aujourd’hui, le corps de la femme est souvent restreint à
une extériorité infime et dérisoire. La littérature marocaine n’échappe pas à cette règle. Son rapport
au corps n’est pas tout à fait assumé. Pour beaucoup de raisons, liées à la complexité de notre
société, la femme n’ose pas encore dire ses désirs, ses relations charnelles et le regard qu’elle porte
sur son propre corps ou sur le corps de l’autre. Si, pour Pascal, le « Moi » est haïssable, pour les
sociétés arabo-musulmanes le corps continue d’être haïssable. Même quand les femmes sont très
émancipées et entière ment « occidentalisées », elles n’osent pas s’exprimer ouvertement sur leur
rapport au corps. Quelque soit leur niveau, elles ne peuvent même pas disposer de leur corps comme
elles le souhaitent. C’est ce que nous allons découvrir avec Chouhayra, ce personnage de Souad
Bahéchar dans Ni fleurs ni couronnes qui sera punie dans sa chair pour avoir trans gressé, sans même
en être consciente, les règles de sa société. Quand par exemple en 1994, Ghita El Khayat, dans son
roman la Liaison8, raconte sur un ton très osé les ébats érotiques d’une femme et les détails de sa
relation charnelle, adultère et répréhensible aux yeux de la religion et des us de la société, elle a eu
recours au pseudonyme Tywa Lyne pour cacher sa vraie identité et se prévenir des sentences d’une
so ciété arabo-musulmane encore très conservatrice et en même temps pour éviter aux siens une
gêne certaine. Elle brouille les pistes et crée la confusion à cause de cette relation illi cite qu’elle
raconte dans ses détails intimes. Quelques années plus tard, quand elle a senti que sa notoriété
pouvait la protéger, et surtout après la mort de sa fille unique, elle a fini par assumer son roman et
justifier cet artifice : « J’ai été marquée par l’Amant de Marguerite Duras. Je voulais en faire un
pastiche et j’ai fini par écrire franchement sur le corps de la femme. Je l’ai écrit comme un psychiatre,
in troduisant toute forme de perversion. A l’époque j’avais une fille sur le point de se marier. Pour la
ménager, je l’ai signé Tywalyne, « mes prunelles » en amazigh. »9. La Liaison peut-être considéré
comme l’un des premiers romans qui brisent le tabou de la sexualité féminine par le récit déjà d’une
relation libre motivé par la recherche du plaisir charnel et protégée par le mensonge, par l’utilisation
d’une langue crue qui décrit l’acte charnel dans toute sa plénitude, comme c’est le cas dans le
passage suivant, où la nar ratrice nous décrit quelques unes de ses prouesses intimes avec son amant
: 8 9 58 Lyne Tywa : La Liaison. Paris : L’Harmattan, 1994. Driss Ksikes : « La pudeur tue l’écrivain ».
Interview avec Rita El Khayat in Tel Quel 231, 2009 L’écriture du corps dans la littérature féminine
marocaine. Cas de Souad Bahéchar dans Ni Fleurs ni couronnes Il me chevaucha avec un
acharnement systémique et la rage du corps n’avait d’égale que cette quête du regard mourant et
cette douceur des lèvres, de la langue et de sa salive qui me devint la liqueur la plus agréable de
toutes les boissons. Ce roman donne corps à la langue en la chargeant du désir de la narratrice, de
son intimité, ses plaisirs et son enchantement après chaque rencontre. Le corps est là, mais il ne
résonne que par les mots qui grisent la narratrice. Il est verbalisé et la jouissance n’arrive qu’à travers
le dire ; il y a comme une impression que la narratrice jouit beaucoup plus de sa narration, des mots
qui décrivent l’acte, que de l’acte lui-même.

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