DISCUSSION
L’élevage de la poule locale est dominé par les hommes (82,61%) dans la présente étude. Ce
constat pourrait s’expliquer par la gestion patriarcale de la famille en Côte d’Ivoire qui fait de
l’homme est le chef de la famille, propriétaire et gestionnaire des biens. En outre, les femmes
possèdent généralement des cheptels de petites tailles et sont éliminées par les critères de
choix des personnes enquêtées (avoir au moins 10 têtes de poulets adultes).
Ce qui explique la faible présence de la gente féminine dans cette étude. Un constat similaire
a été fait au Sénégal (Fall et Dieng, 2017), au Niger (Amadou et al., 2010), à Dimbokro (Brou
et al., 2020) où la majorité des aviculteurs ruraux sont des hommes. Par contre, dans d’autres
pays tels que le Maroc, le Sénégal et le Congo, l’élevage de la poule locale est au main des
femmes (Missohou et al., 2002 ; Nahimana et al., 2019, Joel et al, 2019).
L’élevage de la poule locale est une activité secondaire pour les propriétaires de volaille en
milieu rural, il est considéré comme telle par 94,57% des interviewés ayant des activités
principales (cultivateurs, fonctionnaires et commerçants)[ Tableau 2 ] .
Plus de la moitié (52,17 %) des éleveurs de la poule locale sont des analphabètes.[ Tableau 2 ]
En effet, la plupart des éleveurs illettrés qui ont été interviewés ne font ni de la prévention, ni
de traitements vétérinaires contre les maladies aviaires dans le milieu rural. Ce manque
d’action aux oiseaux constitue un frein à la production de la poule locale.
Dans notre site d’étude, le propriétaire en plus d’élever la poule locale dispose dans sa ferme
d’autres espèces animales telles que les bovins les ovins, les caprins, et d’autres types de
volailles (pintades, canards et dindes) dans 40 % des cas. Cette observation est commune à la
plupart des exploitations de fermes rurales en Afrique de l’ouest où plusieurs espèces
animales cohabitent. Selon des auteurs, l’aviculture familiale exploiterait plusieurs espèces
animales dans une même ferme (Nahimana et al., 2019 ; Pindé et al., 2020) augmentant ainsi
les risques de contagions entre elles.
L’élevage de la poule locale commence par l’acquisition du noyau d’élevage. Elle se
fait par dons, héritage, troc ou par achat d’une seule poule chez un éleveur voisin. Une poule
peut aussi être confiée à un ami ou un parent avec partage des produits au terme d’un an de
reproduction (confiage). Ces mêmes sources d’acquisition du noyau d’élevage ont été
rapportées par Fotsa et al. (2007) au Cameroun. Ce système pourrait permettre aux plus
démunis (femmes et jeunes) du milieu rural surtout en zone de savane de s’adonner
facilement à l’élevage de la poule locale.
Pour une meilleure surveillance et une conduite efficace d’un cheptel, l’identification
des oiseaux est nécessaire. Elle a été faite de façon rudimentaire par coupure d’un doigt ou
observation de couleur du plumage des poulets rendant difficile le décompte du cheptel. En
effet, il est difficile à un propriétaire de connaître le nombre exact des oiseaux de son
cheptel. . Dans cette étude, l’effectif du cheptel a été estimé. Un cheptel de poulets locaux
d’une ferme dans la présente étude compte un (1) mâle (coq) pour trois (3) femelles (poules).
Ce sex-ratio obtenu est contraire aux recommandations de van Eekeren et al. (2004) avec 1
coq pour 10 poules. Il est par contre supérieur à celui observé au Mali avec 1 coq pour 14
poules (Bantiéni et Modibo, 2000).
Une étude récente menée par Akoutey et al. (20 18) au Bénin sur la fertilité des œufs
en aviculture traditionnelle a révélée que le meilleur ratio poules-coq est de 10 pour 2. Le
rapport (1 pour 3) dans la présente étude donne la possibilité à l’éleveur de prélever des mâles
pour l’autoconsommation, les dons, les trocs ou la commercialisation sans affecter
significativement la reproduction du cheptel.
Des critères phénotypiques et comportementaux ont guidé le choix de la poule
reproductrice. Pour l’éleveur, une bonne mère poule doit être docile et protéger ses poussins
contre les intempéries et les prédateurs. Elle doit avoir un plumage perdrix ou fauve. Le mâle
reproducteur doit être d’un grand format, haut sur pattes avec un plumage rouge doré à queue
noire ou argenté. Ces critères de choix contribueraient à l’amélioration des performances de
production des poulets locaux selon les éleveurs. La taille moyenne observée a été de 32
poulets par ferme et sa structuration a été de 62,50 % (20) de jeunes sujets, 09,38% (3) de
coqs et 28,13 % (9) de poules. Tadelle (2003) a rapporté des résultats semblables (8,5 jeunes
poulets ; 2,2 coqs et 5,4 poules) dans 5 zones agro-écologiques différentes au Zimbabwe.
Cette observation avec un effectif élevé de jeunes poulets dans cette étude est similaire aux
résultats des travaux rapportés par Mammo et al. (2008) en Ethiopie où le cheptel renfermait
56 % de jeunes sujets. Le faible effectif du cheptel est l’un des caractéristiques du système
extensif adopté par les éleveurs dans la présente étude.
Les résultats de notre recherche ont montré que plusieurs contraintes s’opposent à la
valorisation de ces races locales en milieu rural. Cette étude a révélé que la petite taille du
cheptel, le manque de suivi et de soins, la quasi-absence de logement (exposant les poulets
aux aléas climatiques et environnementaux avec le ravage périodique du cheptel par les
maladies saisonnières) ont été les contraintes majeures liées au système d’exploitation
extensive des poulets locaux. Muchadeyi (2007), Chitate et Guta (2001) ont mis en cause ces
pressions naturelles dans l’amélioration de la production et la survie de ces poulets. Les
épizooties (Newcastle, Gomboro…) ont été désignées par les aviculteurs comme responsables
à 57 % de la mortalité de leurs oiseaux dans les deux zones agro-écologiques étudiées. Ces
maladies déciment à 70-80 % (Guèye, 1998 ; Khieu, 1998) voire même totalement le cheptel.
La plupart de ces contraintes pourraient être levées si l’éleveur consacrait plus de temps aux
soins apportés à ses oiseaux, en considérant que ces volatiles pourraient constituer une source
principale de revenu et apporter à la famille de la viande de grande qualité organoleptique et
nutritive.