TEXTE 1 : MA BOHÈME
INTRODUCTION :
« Les cahiers de Douai » = recueil de poèmes écrit en 1870, dont les thèmes sont la quête
de liberté, la révolte, la nature ou encore l’amour. Il a été publié en 1891 à la suite de la
mort de l’auteur, Arthur Rimbaud. Celui-ci est un poète du XIXe siècle, ayant inicié le
mouvement du symbolisme. Dès son adolescence, Arthur Rimbaud est un poète solitaire
et vagabond, toujours à la recherche de liberté et d’émancipation. C’est d’ailleurs ce dont
il parle dans la plupart de ses textes, comme le poème « ma bohème ». Le titre de ce
sonnet nous annonce déjà l’idée de liberté : en effet le mot « bohême » avec un accent
circonflexe fait référence à un peuple de Tchéquie, nomade et libre, mais le titre peut
aussi faire référence, par analogie, au mot bohème avec un accent grave qui lui signifie
une vie insouciante, au jour le jour. L’idée de liberté est donc déjà émise : Rimbaud va
prendre ses distances avec les règles habituelles de la poésie.
LECTURE DU POÈME :
PROBLÉMATIQUE : Comment l’errance du poète dans la nature est-elle la condition
d’une quête mythique et poétique ?
ANNONCE DES MOUVEMENTS : 1 de V1 à V4 : le vagabondage du poète
2 de V5 à V14 : une pause, au milieu de la nature,
pour célébrer la nature et la création poétique.
LECTURE LINÉAIRE
MOUVEMENT 1 : le vagabondage du poète (10 idées)
1e quatrin
- « Je », « mes » « mon » V1/V2 1e personne dès l’ouverture du poème +
omniprésence de la P1 pendant tout le texte caractère autobiographique ?
- « Je m’en allais » V1 1e hémistiche, imparfait duratif/ itératif + vb sans CCL
errance
- « J’allais sous le ciel » V3 vb avec CCL = « ciel » ciel = espace infini sans
limites ni contraintes -> liberté
- « poches crevées », « paletot idéal » V1/V2 R se présente comme un pauvre
vagabond, il ne s’intéresse pas à la richesse matérielle. Paletot léger car usé +
« aussi » pas que le paletot qui est usé
- « muse », « féal » V3 poème qui parle bien de poésie/ création poétique. (muse=
fille de Zeus qui inspire les poètes) + (féal= serviteur)
- « ton » V3 proximité avec la muse qui l’inspire
- « les amours rêvées » V4 font ref à ses rêves de poème le poète est inspiré
par le vagabondages, c’est même la condition de ses créations.
- « Oh ! là là ! » V4 expression enfentine, familière, en décalage avec l’alexandrin
qui est un vers noble émancipation poétique
- vers 4 césure à la 3e syllabe vers désarticulé émancipation poétique
- « les poings dans mes poches » coté rebelle du poète, deter révolte + « crevé »,
« oh la la » = termes familiers / prosaïques
Tout cela nous montre bien que le poète erre continuellement, et vagabonde.
MOUVEMENT 2 : une pause dans la nature pour célébrer la nature et la création
poétique (18 idées - 8/5/5)
2e quatrin
- « unique culotte », « large trou » V5 on retrouve éléments déjà évoqués =
pauvreté, dénuement du poète + « large »accentue l’usure du pantalon.
- « Auberge à la grande ourse » V7 il dort à la belle étoile, sans toit ni nourriture.
« la grande ourse » transforme la nature en refuge comme une mère protectrice
le poète se transforme en fils de la nature
- « mon » « ma » «mes » V5/V6/V7 x déterminants possessifs de la P1 bien
que n’ayant rien, poète = propriétaire de tout ce qui l’entoure dans la nature qui
est généreuse - il possède, + il rève
- « petit poucet » + mis en relief par le tiret V6 image populaire de l’orphelin +
idée d’errance et de pauvreté fugue devient compte de fée rêve
- « égrainais des rimes» V6 germes symboliques de la création poétique à venir =
futures œuvres poétiques = mise au monde du poète autobiographique
- « dans ma course » V6 accélération, dynamisme procuré par le bonheur de la
nature.
- « doux froufrou » V8 au XIXe siècle, = bruissement robe de soie étoiles
porteuses de robe métaphore des femmes dont le poète rêve d’être l’amant +
jeu sur les sonorités « ou » émancipation poétique
- « étoiles » V8 ref à « splendides » V4 la nuit et la nature éclaire le poète
1er tercet
- le premier tercet s’enchaine au deuxième quatrin rupture avec le « et »
confirme découpage texte
- « assis » V9 la course s’arrète, mouvement pour contempler la nature
- « écoutais », « routes », « gouttes » V9/V10 assonance en « ou » lien avec la
strophe précédente qui contient aussi une assonance en ou
- « gouttes de rosée » V10/V11 la nature offre une sorte d’ivresse au poète. Elles
sont comparées à un « vin de vigueur » ivresse de la nature bonheur fou
d’être libre, d’être dans la nature
- « gouttes de rosée » V10/V11 la rosée du matin tombe sur le front du poète
comme si la nature embrassait le front du poète nature aimante
2e tercet
- « rimant » , « lyre », « pied » V12/V13/V14 ref à la création poétique
- « souliers bléssés » V14 errance, le poète a beaucoup marché dans la nature
- « ombres fantastiques » V12 imaginaire le poète voit des choses que les
autres ne voient pas c’est un voyant
- « je tirais les élastiques » V13 image désinvolte du poète, il joue comme un
enfant
- « un pied près de mon cœur ! » V14 dernier hémistiche à double sens :
pied au sens poétique il porte la poésie dans son cœur, poète sincère
pied au sens de la marche il aime vagabonder dans la nature
il se moque de la poésie romantique
CONCLUSION
À travers ce sonnet, Rimbaud nous écrit comment son vagabondage dans la nature
permet l’élaboration de son propre mythe poétique : il réinvente tel un bohémien, un
petit poucet semant des rimes ou encore l’amant des étoiles, serviteur de la nature… En
se réinventant, Rimbaud réinvente la nature.