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Médias : Influence et Évolution Contemporaine

Le document examine l'évolution des médias, soulignant leur transformation d'outils de communication neutres en instruments de manipulation idéologique. Il met en évidence la perte d'indépendance des supports médiatiques traditionnels face aux intérêts commerciaux et à la numérisation, qui uniformise la production et la diffusion de contenus. Enfin, il alerte sur le risque d'asservissement des individus à un système économique totalitaire, remettant en question les valeurs humanistes au profit d'une réalité façonnée par les médias.

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Médias : Influence et Évolution Contemporaine

Le document examine l'évolution des médias, soulignant leur transformation d'outils de communication neutres en instruments de manipulation idéologique. Il met en évidence la perte d'indépendance des supports médiatiques traditionnels face aux intérêts commerciaux et à la numérisation, qui uniformise la production et la diffusion de contenus. Enfin, il alerte sur le risque d'asservissement des individus à un système économique totalitaire, remettant en question les valeurs humanistes au profit d'une réalité façonnée par les médias.

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1

Médias et information

Il est tout d’abord certainement utile de se souvenir, qu’en latin, media, pluriel de medium
signifie : milieux, intermédiaires. Cela n’a rien d’anodin si l’on s’interroge aujourd’hui en se
demandant : De quoi ? Entre qui et qui ?
Les « médias » contemporains peuvent (ou plutôt cherchent à) se définir comme des simples
outils (ou moyens) de « communication » au sens de diffusion d’un contenu informatif, culturel
ou promotionnel. Ils sont donc, enfin devraient être, par essence, idéologiquement, sinon neutres,
du moins impartiaux. En tous cas c’est ainsi qu’ils se (re)présentent eux-mêmes. Cette vision naïve,
réelle ou feinte, ne correspond bien sûr pas à la réalité ; d’abord parce que, dans toute société, la
« neutralité idéologique » n’est que soumission (inconsciente ou masquée) et allégeance aux
forces dominantes, et qu’en l’occurrence, il ne s’agit pas simplement de transmettre des messages
mais bien de les produire et de les formater avant de les distribuer.
Ces « tuyaux » qui « canalisent » (Canal+ !) peu à peu l’essentiel de notre connaissance du monde
jusqu’à nos domiciles (voire directement dans notre oreille : Ipod, « mobiles » de toutes sortes,
etc.) sont bien plus que de simples voies de distribution : Ils substituent irréversiblement le
contenant au contenu, la forme au fond, et nous plongent au sein d’une dramatique confusion !
Car leurs diversités apparentes, le pluralisme garant de nos démocraties, ne masquent en réalité
que l’objectif commun de tous leurs actionnaires, à savoir la promotion et le commerce d’objets,
d’opinions, de valeurs, de divertissements, etc.
Ainsi le terme, dont le sens a été phagocyté par l’anglais « mass-média », a progressivement
perdu son rôle mineur de simple moyen de diffusion pour acquérir la signification, par glissement
sémantique progressif, de contenu informationnel au sens large et par « extension d’usage »
devient progressivement un substitut au mot culture. Tout est, ou en passe d’advenir, « médias
» ou d’y être assujetti : L’information, le cinéma, les jeux vidéos bien sûr mais aussi la musique, le
chant, la littérature, la philosophie et toutes les sciences dites « dures », en fait toute activité
économique, culturelle, politique pour qui la reconnaissance médiatique est devenue le
substantiel auxiliaire et qui, afin de l’obtenir, est prête à toutes les nécessaires dégradations et
compromissions. De fait les différents « supports médiatiques » classiques (presse, radios,
télévision, etc.), obsédés par l’évolution technologique, s’interpénètrent de plus en plus en
perdant leur spécificité et seront inéluctablement tous soumis à terme aux mêmes contraintes;
l’avènement d’Internet qui s’instaure graduellement comme l’unique portail vers la totalité des
autres supports efface peu à peu toute distinction entre l’écrit, la radio et l’audiovisuel. Le
journalisme de presse écrite est en voie d’extinction et cherche désespérément un nouveau
modèle économique viable sur le net. Toutes les radios ont leur site web et le « podcast » n’est
qu’au début de son évolution…. Il est également courant, et cela devrait s’amplifier, que des
débats ou émissions radiophoniques soient filmées et accessibles en ligne.
Tout cela implique bien évidemment la prise en compte du visuel au sein même d’activités qui
jusqu’alors en étaient protégées et l’apparition d’un modèle unifié de diffusion des contenus. Il en
résulte une normalisation de la production et du traitement des contenus et permet de penser
2

qu’au centre de ce nouvel « univers médiatique » va régner en maître absolu et de manière


exclusive, ce que l’on a nommé jusqu’à présent et de manière restrictive: La Télévision . Nous
associons depuis si longtemps le mot à l’objet que nous en avons perdu son sens réel. Tout
moyen (média) de diffusion et de réception, au loin et de loin, d’images sonorisées et animées
(ou non) peut (devrait !) être nommé ainsi et il serait donc plus juste de l’appeler Télé-audio vision
comme on dit d’ailleurs audio-visuel1. Ainsi tout l’appareillage « mobile » apte à nous
accompagner de manière intime au cours de l’ensemble de nos activités quotidiennes n’est rien
d’autre qu’une nouvelle forme sophistiquée de télévision et son impact aliénateur sur nos
comportements, bien loin d’en être en quoi que ce soit radicalement modifié, s’en trouve de la
sorte, bien au contraire, insidieusement décuplé. Ainsi ce mot, si commun et si familier, à la
signification inoffensive, est devenu en quelques décennies l’instrument privilégié de notre
asservissement bien qu’à contrario, déjà présenté et perçu à son origine, comme celui de notre
émancipation par l’accès infini qu’il était censé nous offrir au monde et à la connaissance.
C’est le méta-médium, celui qui, depuis son apparition dévore peu à peu tous les autres quelle
que soit la technique de diffusion ou le support de réception. En particulier, et à contre courant
des avis reçus, il apparait clairement que ce n’est pas l’Internet qui supplante la télévision mais
bien l’inverse qui est en train de se produire. La diffusion des chaines télé-audiovisuelles via le
Web (qui n’est, rappelons le, qu’une infime partie de l’internet /Pour en savoir plus :
[Link] annonce, une réduction drastique de l’espace de liberté
démocratique qu’a un moment semblé offrir cette fantastique avancée technologique. Les
grands médias télé-audiovisuels ne vont pas se contenter d’utiliser le « réseau des réseaux » mais
ils vont (ils sont déjà en train de…) le transformer radicalement à l’aune de leurs intérêts et tenter
de se l’approprier par tous les moyens.
La production, en cours, d’écrans-ordinateurs mobiles ou de salon va assurément modifier le
rapport de la population à l’informatique. Simplifiant son utilisation (démocratisant nous dira-t-on
!) elle ôtera peu à peu (en 1 ou 2 décennies !?) la capacité de maîtrise individuelle qu’a autorisé
une mise en place complexe d’une technologie balbutiante qui a su s’appuyer sur l’engouement
d’une petite minorité d’initiés, mais devenus progressivement incontrôlables et donc dangereux.
Cette génération d’autodidactes hyper compétents, certains dépassant parfois les tenants du
savoir institutionnel et à même d’intervenir sur le cours de l’histoire (ceux que l’on présente
comme des « Pirates » ou « Hackers ») ne sont en réalité, pour la plupart, que des personnes qui
ont perçu, exploré et investi la faille qui leur était offerte dans le système économique, social et
politique avec des succès considérables et profondément perturbateurs pour les pouvoirs en
place (pour exemples l’accélération par le téléchargement « illégal »de la disparition du cd, la
capacité de mobilisation citoyenne (pétition rassemblement, etc.), la remise en question étayée
des versions officielles des grands événements mondiaux, etc. ).

1
La transformation du sigle RDF/Radiodiffusion française en RTF/ Radiodiffusion-télévision française puis en
ORTF/Office de Radiodiffusion-télévision française pour aboutir en 1975 à TF1 dont on oublie facilement qu’il signifiait
Télévision Française 1 témoigne bien de ce balbutiement sémantique.
3

Et il est peu probable que les enfants à naitre puissent acquérir les mêmes qualifications du simple
fait qu’ils vont perdre l’opportunité d’un accès non totalement contrôlé à la toile en même temps
que disparaitront progressivement les pc au profit des nouveaux supports mobiles et domestiques
(prophétie de Bill Gates !). Car cette « avancée » est, d’abord, une simplification d’adhésion grâce
à une interface élémentaire (série d’icones) et, donc, une canalisation incontournable des
possibilités et des résultats de recherche.
Mais était-il envisageable que les pouvoirs dominants tolèrent à long terme une utilisation
individualisée et non supervisée d’une telle puissance de contestation sans chercher à la
maitriser? Lors des cinquante dernières années la diffusion audiovisuelle a été instrumentalisée en
tant que capacité d’asservissement et de dépendance de l’ensemble de la population à l’idéologie
dominante. Comment penser qu’il n’en serait pas de même pour ce que l’on nomme les «
nouvelles technologies » mais qui ne sont bien évidemment que le prolongement des anciennes ?
Les nouveaux « jouets » informatiques à venir n’ont pas comme seul objectif une course imbécile
mais lucrative à l’hyper consommation. Ils sont peut être, de plus, l’opportunité de désamorcer ce
vent démocratique et subversif qu’a offert et offre encore le Web, par son potentiel d’accès à la
connaissance et surtout d’expression non encadrée (apprendre et s’exprimer) en orientant, grâce
une nouvelle apparente facilité, la plupart des recherches vers des chemins balisés et
idéologiquement normés (les « applications » sur les iPads et iPhones en sont une magistrale
préfiguration). Car ce faisant, et sous couvert encore une fois de progrès, ils assujettissent une
jeune population qui a cru et croit encore se libérer par l’autonomie apparente que lui offre ce
nouvel accès personnalisé à l’information et à la communication, mais qui s’avère, d’abord et
avant tout, comme l’ultime véhicule addictif vers le monde sublimé de l’hyper consommation ; en
lui laissant même peut être encore l’opportunité factice de se croire un acteur social déterminant
via les réseaux sociaux, forums, blogs, et autres « twitter », etc.
La « ringardisation » de la « télé de papa » au profit de soit disant « nouveaux médias » n’est en
fait qu’un leurre, une fausse perception de notre intelligence abusée, visant à nous faire espérer
que la seule amélioration d’une technologie, aussi sophistiquée soit- elle, peut équivaloir à un
progrès social, en nous en faisant miroiter, à nouveau comme il y a soixante ans, le même
extraordinaire rêve d’émancipation. Cette corrélation présupposée de l’essor d’une civilisation à
ses capacités de maitrise technique devrait pourtant être définitivement discréditée tant elle est
contredite par les faits depuis des millénaires ; mais l’objectif de l’ « Histoire » n’est pas de nous
éviter, comme on pourrait l’espérer, de commettre systématiquement les mêmes erreurs mais
uniquement d’autocélébrer notre triste et stupide croyance en notre suprématie.
- Il est indispensable de rappeler ici que cette « extraordinaire » avancée de notre capacité
industrielle trouve sa source dans l’évolution des systèmes de transmissions liée à la «
numérisation » (soit à la possible réduction dès 1870 d’un signal sonore en suite binaire
(0,1) ouvrant la voie au télégraphe (un excellent article sur l’histoire du numérique ici !) et,
aujourd’hui, à la banalisation d’un procédé, permettant la construction d'une
représentation de tout objet du monde réel par un nombre fini de nombres entiers et
bornés. Cette transformation radicale de notre univers perceptif, que l’on peut qualifier de
« réification du réel », affecte l’ensemble des activités humaines puisqu’aucun domaine ne
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peut plus directement ou indirectement en être épargné. Et peu sont ceux qui par delà les
« bénéfices » immédiats et spectaculaires de cette mirifique « avancée » en perçoivent les
implications ambigües, réductrices voire néfastes à moyen ou long terme. La création
d’une réalité virtuelle n’est certainement pas une nouveauté. De la mythologie à la fiction
contemporaine notre esprit s’est toujours construit des univers parallèles pour s’extraire
ou tenter de mieux comprendre le mystère de notre environnement sensoriel. Mais c’est
bien la première fois dans l’histoire de l’humanité qu’une production artificielle s’immisce
au sein de notre organisation sociale et la transforme (l’assujetti ?) aussi radicalement. Au
point même que certains n’hésitent plus à parler de réalité hybride et même de prôner
son avènement comme le dépassement attendu de notre condition humaine. Mais bien
que cette digression ouvre d’évidence un autre sujet à traiter indépendamment, elle me
semble essentielle pour mieux comprendre les enjeux de la mutation médiatique à
laquelle nous assistons.
Ainsi je pense pouvoir affirmer qu’il n’est plus d’actualité lorsqu’on traite des médias, de les
différencier mais bien de prendre conscience que la « numérisation » à l’œuvre de toutes nos
représentations, combinée à leur accessibilité via un fantastique réseau informatique et une série
d’ « outils » individualisés, modifie radicalement notre perception du monde. Et ainsi nous
soumet, peut être définitivement, à un système économique totalitaire et délétère d’où les
valeurs humanistes du siècle des lumières sont en passe d’être définitivement bannies et qui
acquiert inexorablement des moyens de manipulation, de falsification, voire même de création
d’une réalité au seul service de ses intérêts marchands.
Je ne juge donc plus utile, dans la suite de cet article, de faire de distinction entre les divers
supports médiatiques que je considère désormais comme les simples variations d’un seul media
global unifié.
Car même une certaine presse écrite quotidienne (en France, Le monde, Libération,…), qui jusqu’à
peu, pouvait être considérée comme un espace protégé, véritable lieu d’expression pluraliste et
démocratique, a perdu en quelques années son indépendance et donc son intégrité, acculée aux
dévastatrices compromissions que lui imposent ses irréductibles difficultés financières. On
pourrait y consacrer un chapitre entier pour mettre à nu cette lente décomposition mais je n’en
vois pas, ici, l’utilité tant il est aujourd’hui flagrant que nous approchons de leur inéluctable
disparition ou de leur remplacement par leur version numérique, pauvre ersatz déliquescent de ce
qu’elle fut jadis. Seules demeurent encore quelques publications hebdomadaires ou mensuelles
qui portent encore la marque d’une éthique journalistique (Le Monde Diplomatique, Le Courrier
International,…) improbables dinosaures réservés à une rare « élite » dont la pérennité me semble
plus qu’incertaine. Pour tenter d’être complet il serait injuste de ne pas citer les projets
numériques de substitution que certains journalistes « éclairés » ont tenté et tentent encore de
mettre en ligne sur le net et qui prônent un nouveau modèle économique mixte (abonnement +
accès libre à un club participatif) dont Edwy Plenel à l’origine de Médiapart et du SPIIL (Syndicat
de la presse indépendante d'information en ligne) est « La » figure emblématique. Cette unicité
porte certainement en elle-même les limites de l’exercice d’autant que, derrière son personnage
captivant, intègre, engagé, il n’en appartient pas moins, par son histoire, aux grands caciques de
5

la profession ; ce que prouve d’ailleurs sa critique indignée, en son temps, contre le livre « Les
nouveaux chiens de garde » de Serge Halimi (et contre Pierre Bourdieu par la même occasion) ,
polémique étonnamment réactualisée récemment par lui-même, et qui permet de penser, au
mieux, qu’il n’est pas encore totalement lucide sur le monde qui l’entoure (cf.
[Link] [Link]
plenel/020112/pour-memoire-le-faux-proces-du-journalisme ).
Pierre Bourdieu, à l’époque, lui avait répondu par cette simple question : «Pourquoi ceux qui ont
un quasi-monopole de la diffusion massive de l’information ne supportent-ils pas l’analyse des
mécanismes qui régissent la production de l’information et, moins encore, la diffusion de la
moindre information à ce propos ? Pourquoi un livre dont - au moment où j’écris- il n’a pas été dit
un seul mot dans un quotidien soucieux de sa réputation de sérieux, et qui a déjà été lu à ce jour
par plus de 70 000 lecteurs, sans doute moins convaincus que les journalistes de la transparence
du journalisme, fait-il l’objet d’une mise au point hautaine ?»(Sic !)
_____________________________

Ceci posé, et avant de poursuivre, il me semble, à contrario, nécessaire de s’interroger sur ce que
pourrait apporter réellement les « médias » au genre humain et s’ils pourraient servir un véritable
projet d’émancipation sociale ou bien s’ils sont, intrinsèquement, source d’aliénation et
instrument de domination ? Or la difficulté apparente de cette question, déjà débattue à l’infini
sans succès, ne me semble résulter que de l’absurde manière dont elle est posée….
Il serait évidemment plus pertinent de se demander : Comment pouvons nous les utiliser pour
évoluer ? Et ce simple renversement ouvre des abîmes de perplexité tant il apparait
immédiatement que le « nous » actif n’existe pas et que l’objectif de progrès social n’est en rien
une ambition collectivement consciente et partagée ! Bien au contraire, nous baignons dans la
confusion idéologique généralisée consubstantielle à l’impérialisme du système économique à
l’œuvre sur notre planète. Et toutes les techniques audiovisuelles ne font que la promouvoir et la
répercuter : Machines perfectionnées de formatage cérébral des masses, médiation sophistiquée
entre dominants et dominés, parfaits véhicules du simulacre démocratique, et fantastiques
moyens de contrôle et de manipulation de l’information à « toutes fins utiles ».
Alors, oui, bien sûr, dans un monde intelligent, de telles technologies seraient un magnifique outil
d’apprentissage, d’interconnexion scientifique et humaine, d’élévation à l’esprit démocratique, de
diffusion culturelle, etc. Et bien qu’elles continuent à être présentées et promues ainsi, il est bien
facile de percevoir qu’il s’agit d’une belle vitrine sans contenu, si ce n’est quelques rares
productions qui n’existent qu’à titre de caution et sont uniquement réservées à l’infime partie de
la population susceptible de s’y intéresser, mais qui, parallèlement, servent à valider l’ensemble
du système .
Pour s’en persuader, et de manière emblématique, attardons nous sur le « saccage » sémantique,
à l’œuvre depuis quelques décennies, dans le détournement progressif mais systématique des
termes «communiquer» et « communication » tous deux au centre de toute l’activité du « champ
médiatique ».
6

- Etymologiquement, le premier est emprunté au latin communicare, d’abord « avoir part,


partager»: (communier) puis « être en relation avec ». A partir du XVIème siècle il obtient,
par construction transitive directe, le sens de « transmettre » (une nouvelle, un sentiment,
une maladie). Quant au second, emprunté au latin communicatio « mise en commun,
échange de propos, action de faire part » à la fin du XIIIème il est introduit en français avec
le sens général de « manière d’être ensemble » et envisagé dès l’ancien français comme
un mode privilégié de relations sociales. Sans s’attarder longuement sur l’évolution
postérieure du sens de ces deux mots, corrélée à la complexification croissante des
rapports sociaux et à notre capacité à les analyser et à tenter de les comprendre (ce qui
nécessiterait un chapitre entier…), il est clair que nous abordons ici un élément
fondamental et déterminant de notre condition humaine. Tout en nous, maitrisé ou non,
est « communication » ou d’une manière extensive « langage » à destination d’autrui
(verbal, bien sûr, mais aussi gestuel, facial, voire « odorant » ou même mutique, car le
silence et l’immobilité sont également signifiants). Toute perception d’autrui induit chez
nous une interprétation instinctive de son comportement, un décodage subliminal de ses
intentions. Entre deux animaux humains tout est donc signes et contresignes, générant
ainsi un entremêlement relationnel d’une immense complexité, dont nous n’avons en
général que peu conscience et que nous réduisons à l’émission et à la lecture des codes
sociaux de notre éducation. La tentative d’exploration de ce fantastique univers est
d’ailleurs certainement à l’origine de notre évolution culturelle et de sa sophistication. On
pourrait, par exemple, regarder l’ensemble de la création littéraire(ou même « artistique »
en général) comme un effort permanent visant au décryptage (à la représentation
intelligible) du contact entre humains dont l’intrication émotionnelle sous jacente nous
reste pour une grande part inaccessible. A contrario la « civilisation » peut être perçue
comme la capacité collective à créer une communication codée (synonyme : caché)
assimilée, reproduite et promulguée par tous au point d’être totalement subconsciente,
comme «allant de soi ».
- En comparant cette complexité ambivalente avec le sens courant et corrompu qu’en
diffusent et avalisent les « médias » à longueur d’émissions (de toutes catégories) il est
aisé de prendre conscience de la dramatique régression intellectuelle de notre culture. Du
verbe originel, au sens vaste et subtil de partage et de relation entre humains, nous voilà
confrontés à une signification hégémonique, atrophiée, de simple propagation d’un
message rudimentaire, à unique visée mercantile ou doctrinaire. Et l’on nous parle de
progrès….!
Ainsi la communication, «concept » central de «l’univers du marketing » 2 s’est déployée
en quelques décennies dans tous les secteurs dits « sensibles » de la vie économique, mais

2
Cette association sémantique (aussi banale et vulgaire en apparence soit-elle et justement du fait de son caractère
anodin et consacré), démontre à elle seule l’indigence de notre « culture » contemporaine et son aveuglement devant
son affligeante dégénérescence ainsi affichée.
La définition du Journal Officiel du 2 avril 1987 du terme « marketing »,
7

aussi sociale, culturelle et surtout politique, et a engendré l’apparition d’acteurs


improbables et ignorants mais perçus comme nécessaires voire indispensables, qui
s’autoproclament, avec le sens de la réserve et la modestie qui les caractérisent: Les
«grands communicants ». Tous formatés à la (le pluriel n’est pas de mise… !) «Loi » du
marché et à la pseudoscience qu’elle a générée. L’apparition au début des années 2000
des « concepts » de «communication d'influence » et/ou de « storytelling » et des
professions associées laissent rêveur face au potentiel de duplicité d’un système
médiatique perverti et des élites, politiques ou/et économiques donneuses d’ordre. En
effet comment ne pas associer de telles pratiques au simple concept de « propagande »
que l’on peut avec Xavier Landrin (enseignant à l’université de Paris-X-Nanterre) «définir
génériquement comme un ensemble, variable dans le temps, de techniques de diffusion
idéologique, de savoirs et de stratégies de pouvoir mis en forme par des groupes aux
prétentions monopolistes ou hégémoniques, et destinés à construire ou à maintenir des
allégeances sociales ». Il décrit également de manière remarquable, 3 l’avènement de
l’ « industrie des relations publiques », que les Américains qualifient de spin et que le
public ne connait qu’imparfaitement à travers l’image édulcoré du spin doctor mais qu’il
caractérise plus précisément comme « un ensemble de pratiques destinées à la
manipulation des nouvelles, des médias, de l'opinion, et plus concrètement d'activités
dédiées à la diffusion rationalisée, à une grande échelle, d'une définition partisane des
faits ».
Pourtant je considère qu’il se trompe en cherchant à distinguer les répertoires
propagandistes des régimes démocratiques de ceux des régimes totalitaires ou
autoritaires : « L'une des différences les plus importantes entre ces répertoires est donc
l'absence de monopole des moyens de propagande dans les démocraties, et la liberté, au
moins formellement garantie, d'activités de propagande diverses et contradictoires ». Il
s’appui pour ce faire sur une des idées reçues des fondamentaux démocratiques : Le
pluralisme. Mais de cet essentiel postulat il ne reste plus, aujourd’hui, que la
transposition au champ politique du principe de concurrence fondateur de l’économie

«L’ensemble des actions ayant pour objectif de prévoir ou de constater, et le cas échéant, de stimuler, susciter ou
renouveler les besoins du consommateur, en telle catégorie de produits et de services, et de réaliser l'adaptation
continue de l'appareil productif et de l'appareil commercial d'une entreprise aux besoins ainsi déterminés », accolé à
l’étymologie d’univers,
« C’est la substantivation d’après le latin universum, de universe monde (v. 1175) où le mot est adjectif. C’est un
emprunt au latin universus qualifiant la totalité d’une chose comme telle, formant des expressions avec mundis, orbis,
terra. Universus « intégral », proprement « tourné de manière à former un ensemble » est composé de unus (un) et
de versus participe passé de verterer (tourner vers), révèle en un éclair (de lucidité !) la réalité objective de l’état de
notre société, ainsi décrit et revendiqué impudemment comme la marchandisation intégrale, « tournée de manière
à former l’ensemble » de notre monde dans sa totalité.
Et pour ce faire une idée plus précise, expliquée sans aucune distance, de ce qu’est le « marketing » cf.
[Link]

3
« Propagande », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 9 décembre 2012 :
[Link]
8

néolibérale, et il ne sert plus que de légitimation de façade à une « pensée unique » : «


L’économique mondialisation »! Ainsi la quasi-totalité des « informations » que véhicule
le champ médiatique globalisé est d’évidence soumis à son irrésistible avènement ! La
politique gouvernementale ne propose plus la moindre perspective de transformation
radicale susceptible de résoudre les flagrantes contradictions d’un système social délétère
mais se cantonne à « communiquer » dans le seul but de les masquer et d’en atténuer
l’impact sur les prochaines élections. Le discours officiel a été vidé de toute « substance
politique », au sens historique que ce mot porte en lui (Cf. Politique) pour ne devenir
qu’une « communication » tendant à nous faire croire qu’il n’en est rien. Ne nous
retrouvons-nous donc pas, à la lettre, dans sa définition si pertinente de la propagande cité
plus haut ?
- Parallèlement, tout particulièrement au sein des nouvelles générations gavées
d’audiovisuel, « communiquer » perd progressivement, en même temps que son caractère
intransitif premier, son sens originel de dialogue intime et/ou social, pour n’être plus que la
manifestation de l’expression de soi, en quelque sorte la « publicité » de son propre égo.
Cet individualisme outrancier promu systématiquement (matraqué serait certainement
plus juste) par la publicité (directement ou indirectement), mais bien plus insidieusement
au sein même des institutions censées « éduquer » ou « cultiver » ces jeunes cerveaux
(esprit d’entreprise, réalisation de soi, phantasme de la célébrité, etc.) et relayé sans
relâche par le discours économique et politique (idéologique !?) axé sur cette
omniprésente autant que stupide nécessité de compétitivité, a finalement sursaturé l’idée
même de réussite sociale qui , à présent, ne signifie plus qu’ accession (à n’importe quelles
conditions) au sommet !
Et cette incontestable perversion de sens nous laisse humainement démunis et
désemparés tant les idées d’échange et de partage sont irréductiblement indissociables
de celle de société et « se » communiquer n’est qu’une aberration sémantique et un
comportement sociologiquement sans issue.
Ainsi, le « média » audio-visuel est devenu bien plus que le « canal » d’acheminement de notre
« nourriture » intellectuelle (connaissance, information, culture et divertissement) tel qu’il nous
fut présenté (voire même naïvement théorisé) à son apparition et dont les « tenants » actuels
souhaiteraient nous faire croire qu’il n’en est, aujourd’hui, qu’un fidèle prolongement juste
«techniquement » plus élaboré…. Nous assistons à un double mouvement évolutif, tous deux
amplificateurs de notre aliénation à un ersatz de champ informatif et culturel, en fait une
industrie, subordonnée comme toute autre, à la mondialisation marchande et qui semble à
terme, susceptible de corrompre et/ou d’écraser définitivement toute diffusion publique (mais
bien plus gravement toute production…) d’une information réellement libre et indépendante
ainsi que d’œuvres intellectuelles « désintéressées », car toutes deux, par définition,
nécessairement émancipées de toute logique commerciale:
9

- En premier l’accroissement fulgurant de l’accès à l’univers audio visuel en particulier via les
plateformes mobiles (deux milliards d’utilisateurs début 20114 intensifie (globalise ?)
l’emprise de ce que l’on peut définitivement nommer « méta-média » (en tant que média
contenant tous les autres) sur l’ensemble de la population mondiale. Il s’impose ainsi
comme source unique et universelle de toutes connaissances apte à en contrôler et
formater la diffusion. La maitrise de cette technologie est donc, de fait, l’enjeu économique
majeur de l’avenir (s’il y en a un !) du capitalisme néolibéral dans la mesure où il autorise
un « marketing individualisé» vers un tiers (bientôt la moitié) de l’humanité.
- En second un assujettissement exacerbé et impérieux de l’ensemble du champ de
production du contenu audio visuel à l’univers du « marketing » dont le premier critère
apparent de réussite est celui de l’audience (le dieu « Audimat » !) mais dont, en plus, face
dissimulée de cette vitrine scintillante, l’emprise sur la mentalité des acteurs de ce
« champ », est en passe de corrompre et de pervertir les valeurs dites « déontologiques »
de toutes les professions qui le composent. Du rédacteur en chef au pigiste, du producteur
au machiniste, de l’éditeur à l’écrivain, de la « star » de quoique ce soit (ou même de rien !)
à l’inconnu rêvant d’être à sa place, etc., aucun (je parle bien sûr des lucides honnêtes…)
ne peut décemment prétendre ne pas se soumettre aux compromissions et à
l’autocensure inhérente à la réalisation de tout « produit » audio visuel. Cette vérité
parfaitement assimilée (souvent même cyniquement revendiquée) dans la plupart des
autres pays (enfin ceux qui disposent d’une « industrie culturelle»!) fait pourtant
curieusement encore débat dans notre « beau pays » tant il est vrai qu’en France la dite
« Exception culturelle » est censée préserver, en un magique tour de passe-passe
politico-médiatique, « notre Culture », du joug du totalitarisme marchand comme, il n’y a
pas si longtemps, les nuages radioactifs de Tchernobyl furent miraculeusement arrêtés par
l’immatérialité de nos frontières ! C’est donc idéologiquement bien « protégés » par notre
spécificité nationale d’ « historiques rebelles » que nous subissons quotidiennement
l’inepte brouet informationnel et l’aberrante soupe d’ «entertainments » 5 qu’un
minimum de lucidité devrait nous forcer à dénoncer et/ou à fuir mais que nous (La France)
arborons sans rougir comme le signe culturel distinctif de notre supériorité.
Pauvre de nous !

4
"Début 2011", les abonnés à la téléphonie mobile atteignaient plus de cinq milliards, tandis que les utilisateurs
d'Internet dépassaient légèrement les deux milliards, a annoncé mercredi 26 janvier 2011 le chef de l'Union
internationale des télécommunications (UIT), Hamadoun Touré.
"Au début de l'année 2000, il y avait seulement 500 millions d'abonnés à la téléphonie mobile dans le monde et 250
millions d'utilisateurs d'Internet", a déclaré M. Touré devant les médias. Source Le [Link]

5
Ce mot anglo-saxon défini une action, un événement ou une activité qui vise à divertir, amuser et intéresser un
public ; associé au terme « broadcast » il permet de catégoriser l’ensemble des productions télévisuelles ayant pour
objectif de « divertir » les populations alors que le seul terme français à notre disposition (est ce un hasard ?),
divertissement, est totalement inapproprié pour rendre compte de ce champ d’activité ….
10

M’attarder sur l’aspect industriel et commercial du premier point m’éloignerait du thème que je
tente d’aborder ici, bien qu’il serait facile de s’en servir comme source d’une réflexion plus
approfondie sur la production (délocalisée bien entendu !) d’objets hyper technologiques à une
telle échelle, et, par exemple, de ses implications en termes de « coût » humain, environnemental
(matières premières, recyclage, etc.) ou pour ses effets dévastateurs sur le comportement des
nouvelles générations dans leur relation au réel. Mais ce qui m’intéresse le plus ici (et c’est ce
qu’ouvre le second paragraphe) c’est de chercher à montrer comment (et pourquoi ?) une société
dotée de tels moyens techniques (pourrait-on dire d’outils ?) d’ouverture à la connaissance les
utilise essentiellement à des fins d’asservissement, de propagation de mensonges et de
mercantilisme effréné ?
Ce qui devrait essentiellement servir à améliorer le niveau intellectuel des populations, favoriser la
solidarité et la prise de conscience de notre seule et unique communauté (l’humaine), fédérer les
énergies autour des véritables questions organisationnelles, existentielles et éthiques que posent
la survie et le déploiement harmonieux d’à présent sept milliards d’ « éléments » de notre espèce
(sur une planète limitée et fragile dont nous ne sommes même pas capables de comprendre la
présence (unique ?) avec la notre dans l’univers), ne fait que nous submerger de mensonges et
d’illusions, promouvoir un système économique toxique et suicidaire et, quotidiennement, nous
avilir au spectacle soit disant « divertissant » de notre propre stupidité !
On ne manquera pas, bien sûr, de m’objecter qu’un tel jugement sur la totalité du champ de
production audiovisuel fait fi de l’extrême diversité des « produits » ainsi que de celle de leurs
niveaux de qualités. En France peut-on mettre sur le même plan Arte et TF1, France Musique et
Radio Nostalgie ou France Culture et Europe1 ? S’il y a encore une quinzaine d’années cet
amalgame n’était certainement pas encore possible je pense effectivement, qu’aujourd’hui, il est
bien plus facile d’identifier ce qui les relie que ce qui les différencie. Et s’il est possible de
démontrer que plus rien ne sépare réellement un programme ou un présentateur de France
Culture de ceux de Canal + il n’est peut être pas interdit de penser que nous avons définitivement
touché, en cette matière, le « fond de la marmite »…..Tentons-le !
- D’abord la course à l’audience ! Elle est à présent déterminante dans toutes les rédactions
et directions de programmes même dans celles dont la mission de service public aurait dû
les en protéger. France Culture et France Musique s’enorgueillissent de leurs bons scores
([Link]
d%E2%80%99audience-7-jours-sur-7-resultats-mediametrie-janvier-mars-) et Arte modifie
sa grille pour « reconquérir son audience »
([Link]
[Link]). La flagrance du renversement de valeur qui permet de
valider un programme, quel qu’il soit, par la seule « estimation » de la quantité de
personnes qui l’ont regardé (ce qui ne donne d’ailleurs aucune idée précise de l’intérêt
qu’elles lui ont porté…) et non par une analyse critique et argumentée de sa qualité en
tant qu’ « œuvre » est une offense à l’intelligence et démontre, sans autre nécessité, que
tout « produit audiovisuel » s’est définitivement exclu de l’ idée de culture si l’on désigne
ainsi, dans une société humaine, l’ensemble des pratiques individuelles et collectives qui
11

permettent de s’extraire des contraintes inhérentes à la simple survie et inventent, par la


déraisonnable gratuité dont elles sont pétries, le monde dont nous pouvons rêver. Mais il
me semble exprimer là une telle évidence que je ne m’y attarderai pas plus longuement…
- En conséquence, et ce n’est peut être pas si ardu à déceler, le « formatage » des
programmes et des « professionnels de la profession » s’est uniformisé au point de ne plus
pouvoir identifier un « ton » France Culture ou une « image » Arte à sa seule écoute ou
vision, si l’on y est incidemment confronté … Cette perte de spécificité, loin d’être
anodine, révèle le nivellement dans lequel nous plonge irréductiblement l’assujettissement
à ce qui « fait audience », et donc ne peut que reproduire ce qui a « déjà fait audience »
générant un dévalement sans fin vers le pire de nos plus bas instincts. Paradoxalement,
cette dégradation (ce processus dégradant) s’appuie sur notre désir viscéral d’échapper à
la normalité de nos existences et donc, sur notre fascination pour l’ « extra-ordinaire» (en
deux mots) vers tout ce qui nous extrait, ne serait ce qu’un instant, de la routine
quotidienne de nos vies systématisées. Et le paradoxe est double car cette « ouverture sur
le monde», à domicile, phagocyte chaque jour notre temps disponible et notre énergie
créatrice, renforçant de fait notre enfermement dans un rituel quotidien, en stimulant
artificiellement et ainsi pervertissant notre besoin d’imprévu. Car il ne s’agit pas de nourrir
et d’encourager véritablement cette nécessaire et vitale pulsion vers l’inconnu (ce qu’il y a
à connaitre !) mais de la satisfaire par procuration et en surface, en nous gavant d’images
« sensationnelles » qui attisent nos émotions non raisonnées, brutes, celles directement
issues de notre cortex archaïque et qui sont, par exemple, à la base de tout élan de
« communion ». Celles qui accompagnent nos angoisses ontologiques (l’attirance /
répulsion de la mort, de la sexualité, de la violence, d’autrui, etc.) et, en conséquence,
notre « immense » besoin d’empathie, comme la compassion pour les malheureux et les
défavorisés (afin certainement de nous permettre de mesurer le niveau de nos privilèges),
le besoin de partage (limité à ceux que nous connaissons et respectons) et de sécurité
avec tout particulièrement la protection des « nôtres » (famille, enfants, amis…). Cette
stase émotionnelle fascine tout en interdisant la moindre prise de distance, toute analyse
critique, en un mot, toute réflexion. Et il est facile de se rendre compte que parmi les
« médias » dit culturels (et ils sont peu nombreux) plus aucun n’est immunisé de cette
dérive.
- Enfin la porosité journalistique entre les « différents » médias ainsi que la collusion
d’intérêt qui unit les champs journalistique, politique et économique qui ne sont même
plus à prouver (cf. comme déjà cité plus haut Les Nouveaux Chiens de garde)… Pourtant il
est édifiant de constater que cette dénonciation, imparable et non véritablement
débattue, n’a bien sûr pas été « relayée » et n’a donc été suivie d’aucun effet. La
démonstration en est d’autant renforcée puisque l’on peut, ainsi, se rendre compte que la
contestation radicale du champ informatif s’arrête au cercle de ceux qui la produisent et
que l’efficacité du verrouillage semble à toute épreuve. Car ne sont acceptés aux postes
clés (cooptés serait plus juste) et surtout reconduits que celles et ceux qui se situent à
l’intérieur du cadre d’expression autorisé et formaté. Et en observant le jeu de chaises
12

musicales qui agite le bocal médiatique chaque automne force est de constater qu’il n’y a
plus aucun frein au déplacement des journalistes et que leur marquage idéologique, voire
éthique (quand il y en a un !) s'avère d’une formidable élasticité. En fait ils ne font que
s’adapter à l’effondrement du pluralisme dans l’information et à la soumission au modèle
économique dominant et dans ce contexte il n’y a plus grande différence (si ce n’est peut
être d’ambiance !?) à travailler pour Le Monde, Canal+, TF1, Arte ou Le Figaro. (A titre
d’exemples, le parcours professionnel de Franz-Olivier Giesbert, grande figure médiatique
du « Paf » depuis les années 70, comme plus récemment celui d’Ali Baddou, de France
Culture à Canal+ sans le moindre état d’âme (mais qui cela choque t-il encore ?), en
témoigne sans la moindre équivoque). Comme la totalité des « grands organes de presse »
est à présent aux mains des grands groupes industriels 6 (en France bien sûr : Lagardère,
Bouygues, Dassault, ... mais également dans l’ensemble des pays occidentaux dits
« démocratiques », il faut faire preuve d’une grande naïveté (ou d’un grand cynisme) pour
penser qu’ils nous délivrent une information impartiale, objective et dénuée de toute
volonté manipulatrice.
______________________________________

Alors donc l’information…?


Dans ces conditions qu’ingurgitons-nous, quotidiennement sous couvert du « libre accès à
l’information », suprême attestation de notre appartenance à une société démocratique ? La
perversité de ce que nous subissons est immense car le mensonge s’habille en permanence des
atours de la vérité, parce que les faux débats nous font croire au pluralisme d’opinions, que les
« experts » de tous bords nous assomment de rationalité spécieuse et partiale, que les
« intellectuels médiatiques» ne s’exposent que pour « booster » la vente de leurs ouvrages et que
les iconoclastes de service (comiques ou pathétiques) ne dévoilent qu’en surface la turpitude sous
jacente et ne servent que de caution au système qui les fait vivre. En fait, la multiplicité des sujets
(politiques, économiques, sociétaux comme ils disent, voire scientifiques ou culturels) sont
« brassés » au jour le jour, dans la plus grande confusion, sans hiérarchie d’importance (seul
l’intérêt supposé du public fait loi), commentés à l’infini sans aucune réelle prise de distance, au
ras de l’événementiel, et même si parfois, quelques propos intelligibles et lumineux émergent de
ce déprimant brouet, ils se retrouvent irrémédiablement annihilés par ceux qui leur succèdent.
Ce que l’on nomme « information » n’est, en fait, plus réduit qu’aux simples commentaires d’une
« actualité » qui s’impose selon des critères sur lesquels le champ journalistique n’a plus aucune
maitrise. Personne ne semble s’interroger sur ce qui amène « à la une » tel ou tel sujet comme s’il

6
Il est facile de s’en rendre compte en lançant une recherche sur ce thème via Internet mais vous pouvez consulter les
rapports suivants : « La concentration dans les médias en France » 14 avril 2004 de Janine et Greg Brémond ainsi que
« La concentration dans l’édition et ses effets » 19 décembre 2002 des mêmes auteurs pour l’Observatoire Français
des Médias aujourd’hui disparu du net. Bien que daté qui pourrait croire que l’état des lieux en 10 ans n’a pas
empiré ? Et l’on peut s’interroger sur le fait que depuis aucune publication sérieuse ne soit venue actualiser ce travail
bien isolé !?
13

existait une évidence à leur « médiatisation » et qu’encore une fois cet « allant de soi » servait de
seul justificatif à leur diffusion simultanée et redondante à tous les journaux de 20h et à la une de
tous les organes de presse. Cette commune instantanéité, fuite en avant perpétuelle, ne permet
aucune réflexion sérieuse sur l’état du monde où nous baignons, et ne correspond en rien à ce que
devrait être une véritable information : « Un ensemble de connaissances réunies sur un sujet
déterminé ». C’est, à l’inverse, « l’événement » qui règne en maitre! Le terme, étymologiquement
« ce qui arrive », porte en lui toutes les limites de ce qui nous est proposé pour penser le monde.
C’est « ce qui est » qui devrait compter et non sa manifestation quotidienne et répétitive. C’est un
peu comme si l’on prétendait nous faire comprendre une soupe en train de « glouglouter » en se
limitant à nous décrire et commenter les bulles qui viennent y exploser à la surface. C’est ainsi
qu’il est tout à fait possible d’autoriser une diversité contradictoire d’opinions et de jugements
sur « ce qui arrive » quotidiennement dans les rédactions, sans que le système qui produit ces
« événements » ne soit jamais en rien questionné. Bien sûr il y a les économistes, sociologues,
historiens, philosophes, scientifiques,… toute cette kyrielle d’experts en tous genres qui sont
censés nous expliquer notre monde du haut de leurs certitudes universitaires éprouvées et leurs
incontestables diplômes. Mais qui choisit ceux qui « s’imposent » dans la « lucarne », le
« poste » et les journaux? Pour ceux d’entre nous à qui reste encore un peu de mémoire il est bien
facile de constater que ce sont pratiquement toujours les mêmes depuis des années voire des
décennies, et que leur longévité est directement proportionnelle à leur vassalité (consciente ou
non) à la pensée dominante. 7
Plus généralement, qui sont donc ceux qui « communiquent », qui composent le champ
journalistique et, surtout, d’où nous parlent-ils ?
- Les plus visibles, « les stars ! », sont ceux qui lisent leur texte face au prompteur, guidés
par leurs « oreillettes » qui n’en ont, en fait, de journalistes que le nom et sont bien
évidemment inaptes à s’interroger sur ce qui les fait agir et parle par leurs bouches. J’ai
toujours été stupéfait par l’aplomb, la désinvolture ou la suffisance, avec lesquels les
« potiches médiatisées » (celles et ceux dont les trombines s’installent quotidiennement
devant nos regards médusés) nous débitent une série toujours plus impressionnante de
catastrophes, de malheurs, d’obscénités,… dont le moindre élément, s’il était réellement
analysé et présenté dans sa véritable crudité, devrait nous clouer d’horreur et surtout les

7
Pour illustrer cette affirmation reportez vous à cet article : « Les voix enchanteresses de l’économie sur France
Culture » par Mathias Reymond, le 30 mars 2009 (et ce, à titre d’exemple, car c’est une expertise qui pourrait être
reproduite pour l’ensemble de cette caste d’intellectuels médiatisés et médiatiques qui sévissent sur tous les champs
politiques, économiques scientifiques et culturels).
Un extrait : «Sept économistes pour quarante émissions »
« Durant la période du 1er janvier 2004 au 1er mars 2009 - soit sur cinq ans et deux mois - 81 cartons d’invitation ont
été distribués à des économistes. Et nous devons l’avouer avec tristesse, cher Olivier Pastré, les chiffres parlent contre
vos affirmations : la diversité n’est pas vraiment au rendez-vous, et la concurrence libre et non faussée des points de
vue vire à l’oligopole, puisque seulement sept experts se partagent 40 de ces invitations. Ainsi Daniel Cohen (9
invitations), Jean-Paul Fitoussi (7), Elie Cohen (6), Jacques Généreux (6), Nicolas Baverez (4), Jean-Hervé Lorenzi (4) et
Patrick Artus (4) ont trusté la moitié des débats économiques dans les matinales de France Culture.
14

contraindre, elle ou lui, s’ils étaient pleinement conscients des réalités ainsi exposées, à
courir se cacher pour vomir de honte et de dégout. A contrario, de nos jours, ce qui
transparait le plus dans leur attitude c’est d’abord et surtout le contentement, voire la
délectation d’être là ! Oublions-les !
-
Ensuite il y a ceux qui animent et participent aux émissions dites « sérieuses », aux
journaux quotidiens, aux matinales radiophoniques (la futilité de celles de la télé ne
mérite aucun commentaire), les chroniqueurs et les…experts (ceux déjà cités plus haut…)!
- Et, au sommet de la hiérarchie, viennent les journalistes dit « d’investigation » et peu sont
ceux qui semblent conscients que cette désignation, par sa surprenante redondance, jette
un total discrédit sur le reste de la profession car s’ils sont les seuls à « investiguer » (étym.
« rechercher, enquêter ») que font tous les autres ?
Cette énumération succincte, constitue ce que Pierre Bourdieu a nommé le « champ
journalistique », dont il fait une analyse dans son cours enregistré au Collège de France le 18
mars 1996 « Sur la télévision » contribution fondamentale qui demeure toujours, 17 ans plus tard,
d’une incontestable pertinence 8. Ce « champ » compris comme « espace social structuré », lieu
de rapport de forces et de concurrences spécifiques (entre les personnes mais aussi les différents
supports) n’a rien perdu de son bien-fondé conceptuel et permet d’analyser et de comprendre les
contraintes et déterminismes qui régissent l’ensemble des acteurs en présence. Pourtant,
aujourd’hui, à l’écoute (ou à la lecture du texte /Edité par Raison d’agir) il est frappant de
constater à quel point les dérives qu’il décrit (mais qu’il pensait, ou voulait croire, encore
réformables), n’ont rencontré aucun frein. Et même si son engagement comme intellectuel reste
essentiel et exemplaire
« Mais à ceux qui opposent toujours au sociologue son déterminisme et son pessimisme,
j’objecterais seulement que si les mécanismes structuraux qui engendrent les
manquements à la morale devenaient conscients, une action consciente visant à les
contrôler deviendrait possible »
et, sans lequel, je ne serais pas en train d’écrire ces lignes, force est de constater que sa tentative
d’influence sur le champ qu’il a décrit ne l’a en rien modifié, et que la majorité des journalistes
(enfin ceux qui en connaissent un peu plus que son nom) le considère avec le mépris et la
condescendance que l’on accorde aux théoriciens obsolètes…
C’est une preuve supplémentaire et irréfutable que ce milieu socioprofessionnel est totalement
réfractaire à toute critique et ne peut en aucune manière s’auto réformer. En 1998, le
documentaire « Pas vu, pas pris » de Pierre Carles (visible sur ce site à la page référence/vidéo) en
fournit une autre démonstration, à la fois affligeante et cocasse, en exposant les relations étroites
qu'entretiennent les vedettes du journalisme et les hommes politiques et surtout leur mauvaise

8
Rien de ce qui suit n’aurait pu être écrit (voire même pensé) sans la lecture et l’écoute de la conférence de Pierre
Bourdieu enregistrée au Collège de France le 18 mars 1996 (disponible sur internet et également sur ce site à la page
Références/Vidéos).et dont il existe une retranscription éditée par les Editions Raisons d’Agir et intitulé : « Sur la
télévision »
15

foi patente devant la mise en évidence d’un discrédit déontologique avéré 9. Tous ces hommes et
ces femmes (dont certains sont toujours présents et actifs et qui apparaissent parfois, avec le
recul, émouvants face à l’impudence et la trivialité des « nouvelles » têtes) qui représentaient à
l’époque le « gratin » du « cercle médiatique », expriment ainsi, par leur gêne, leurs
atermoiements, leur colère ou leur cynisme, les limites à ne pas franchir pour perdurer au sein du
cénacle et par conséquence, et à leur corps défendant, celles qui régissent en définitive la
production de l’information. Il s’en trouve même (je vous laisse découvrir qui.. !) pour oser
affirmer qu’il y a certains faits que « le public ne veut pas connaître » et que ne pas les divulguer
n’est en définitive que la manifestation du respect qu’ils leur accordent. Etonnant, non ?
J’ose prétendre, par expérience, qu’il est impossible, pour tout être muni d’un minimum de sens
critique et d’honnêteté intellectuelle, de visionner ces documents, sans que sa perception du
déferlement informationnel qui nous submerge chaque jour, n’en soit, durablement et
radicalement bouleversé au point même qu’il lui devienne très vite totalement intolérable.
Enfin il faut avoir lu la « Charte d’éthique professionnelle des journalistes » Français (cf.
Charte2011) dont la dernière version date de 2011 pour mesurer à quel point la perception qu’a
ce milieu professionnel de lui-même est en total déphasage avec ce qu’il produit ! Chaque
paragraphe appelle et mérite une confrontation critique avec la réalité. En voici pourtant déjà
quelques-uns, sans commentaire, chacun d’entre nous pouvant les examiner à l’aune de sa
propre expérience de lecteur, d’auditeur et de téléspectateur.
Le préambule :
- « Le droit du public à une information de qualité, complète, libre, indépendante et
pluraliste, rappelé dans la Déclaration des droits de l’homme et la Constitution française,
guide le journaliste dans l’exercice de sa mission. Cette responsabilité vis-à-vis du citoyen
prime sur toute autre. »
- Puis… :
« La notion d’urgence dans la diffusion d’une information ou d’exclusivité ne doit pas
l’emporter sur le sérieux de l’enquête et la vérification des sources.»
- « Un journaliste, digne de ce nom»,
- « … tient l’esprit critique, la véracité, l’exactitude, l’intégrité, l’équité, l’impartialité, pour
les piliers de l’action journalistique ; tient l’accusation sans preuve, l’intention de nuire,
l’altération des documents, la déformation des faits, le détournement d’images, le
mensonge, la manipulation, la censure et l’autocensure, la non vérification des faits, pour
les plus graves dérives professionnelles ; »
- « ne touche pas d’argent dans un service public, une institution ou une entreprise privée
où sa qualité de journaliste, ses influences, ses relations seraient susceptibles d’être
exploitées ; »
- « cite les confrères dont il utilise le travail, ne commet aucun plagiat ; » (sic !)

9
Le 6 juin 1994, une conversation privée de 8 minutes entre François Léotard (ministre de la Défense) et Étienne
Mougeotte (directeur des programmes de TF1) est enregistrée avant une retransmission en direct d'un journal de
télévision. Cette conversation montre clairement leur amicale complicité.
16

Nous aimerions connaître la liste exhaustive de ceux qui ont signés cette admirable déclaration
mais, à ma connaissance, seuls les syndicats de journalistes l’ont fait et il n’est pas rare que des
rédactions n’en aient jamais entendu parler… En juin 2003 Philippe Boure, Docteur en Droit des
Médias et des NTIC, chargé de cours en « communication et marketing européens » à l’IUT de Nice
avait proposé, une nouvelle charte qu’il estimait plus en accord avec les mutations déjà à l’œuvre
il y a dix ans (cf. Nouvelle charte). Particulièrement démonstratif !
Je pense, malheureusement à contrario de Pierre Bourdieu, que nous avons atteint, et dépassé, un
point de non retour et que, l’ « à…venir » médiatique n’est plus qu’un effroyable processus à
décerveler en gestation dont nous ne mesurons peut être aujourd’hui que les prémices et
qu’aucune critique, aussi pertinente soit elle, ne peut espérer endiguer. D’ailleurs son optimisme
militant d’alors était tout relatif car il débutait son analyse critique ainsi :
« Je voudrais essayer de poser, ici, à la télévision, un certain nombre de questions sur la
télévision. Intention un peu paradoxale puisque je crois que, en général, on ne peut pas
dire grand-chose à la télévision, tout spécialement sur la télévision.»
De nos jours c’est dans tous les médias d’information qu’il est impossible d’exprimer un point de
vue radicalement critique, sauf peut être de manière caricaturale ou/et humoristique, ce qui ne
sert en fait qu’à renforcer l’illusion démocratique. Cette affirmation peut évidemment apparaitre
démentie par le simple fait que je suis en train de l’écrire, qu’à priori, personne ne m’interdit de le
faire et que ce texte est même susceptible, un jour, d’être édité. Il existe également de nombreux
documents, prises de positions, livres, vidéos, tous consultables (et j’en cite certains..!) pour celui
qui sait les trouver qui semblent contredire le tableau déliquescent que je dresse ici. Pourtant
l’incohérence s’efface si l’on prend un peu de recul pour replacer cette analyse dans son contexte
économico-politique. La « réussite » du « néolibéralisme démocratique » (accolage obscène s’il en
est !) et son déploiement sur l’ensemble de la planète, proviennent essentiellement de sa
capacité, en tant que système, à produire de l’asservissement travesti en réalisation de soi, de la
dépendance sous couvert de liberté individuelle, du totalitarisme au goût de pluralisme et de
l’inégalité à transcender par l’esprit d’entreprise. Et dans le domaine de l’information cette
capacité à absorber les contradictions est tout à fait remarquable. Si en apparence tout peut être
dit, en fait rien de ce qui n’est pas en phase avec la doxa néolibérale ne peut être validé. Le
discours dominant est à la fois sous-jacent et, en même temps, affiché, comme exposé à la
critique. Et sa force réside dans cette dualité permanente. Et pour le comprendre il est nécessaire
d’avancer dans l’analyse de la production d’information.
_____________________________

Si les journalistes sont nos sources quelles sont réellement les leurs ? Et quelle est leur
légitimité en tant qu’intermédiaire?
- Ce questionnement essentiel quant à l’origine de l’information qui est diffusée
(« propagée » serait certainement sémantiquement plus approprié) chaque jour vers nos
cerveaux meurtris semble pourtant bien secondaire pour ceux qui nous la transmettent.
Ils semblent fonctionner et se comporter comme ils se voient (ou se voudraient) et non
comme ils sont et, cela, bien qu’un minimum de lucidité soit suffisant pour percevoir
17

qu’ils sont instrumentalisés de toute part et que le seul choix qui semble parfois leur rester,
est simplement de décider par qui! Il est d’ailleurs intéressant de revenir au sens premier
des termes « informer » et « information » tout deux dérivés de l’ancien français
enformer « façonner, donner une forme » et au figuré « représenter idéalement, former
dans l’esprit , se faire une idée de» pour se rendre compte que cette « substance
informative » censée nous éclairer porte sémantiquement en elle-même une certaine
ambigüité. Qui agit ? Si je m’informe je suis acteur de ma propre connaissance, dont, à
l’aune du niveau de mon esprit critique, je suis seul responsable de la fiabilité. Mais qu’en
est-il lorsque je suis informé ? Qui forme en moi ce que je pense de tel ou tel sujet et dans
quel dessein ? Et ceci remonte toute la chaine informative, et devrait créer une scission
radicale au sein même des journalistes, suivant qu’ils appartiennent à l’une ou l’autre de
ces catégories. Je dis « devrait » car il tristement facile de constater que les spécimens de
la première sont l’exception (pour ne pas dire fictifs ou illusoires) si on les cherche
uniquement au sein de « l’establishment » médiatique. Nombreux, pourtant, sont ceux,
libres penseurs, qui ont luttés et luttent encore, pour faire émerger des vérités dissimulées
que leur curiosité, leur courage et leur ténacité leur ont permis de découvrir ; mais leurs
« investigations » se font la plupart du temps en « free lance », à travers un parcours
d’obstacles voire d’obstructions accablant, en risquant leur liberté et même parfois leur vie
et finalement sans grande garantie que leur « révélations » soit divulguées à large échelle
et surtout qu’elles puissent en quoi que ce soit bouleverser « l’ordre établi ». Bien au
contraire, et c’est la thèse que je défends ici, je pense que celles qui finissent par être
diffusées servent paradoxalement, in fine, à le renforcer, offrant ainsi aux médias et aux
régimes politiques en place une légitimité morale à moindre frais. La succession
ininterrompue des scandales et des injustices qui alimentent l’essentiel des « journaux
quotidiens » et dont le seul effet réellement quantifiable est, d’en « booster » la vente et
les audiences devrait suffire à nous en convaincre et à contraindre le monde
journalistique, s’il était en accord avec l’image qu’il a de lui-même, à un minimum de
remise en question et de questionnement sur sa véritable fonction. Car n’est-il pas
légitime de s’interroger, lorsqu’on en est à l’origine, sur le bien-fondé, l’utilité et la
pertinence d’un discours dénonciateur, qui chasse en définitive un scandale par un autre
sans en inquiéter réellement les auteurs, ni éviter leurs récidives, tout en permettant à
ceux qui le diffusent de se présenter (et même de se vivre) comme acteurs et garants de la
démocratie? D’autant, qu’en tant que tels, ils se targuent d’impartialité et prétendent à
l’objective neutralité… ! Car, si l’on en croit la Charte d’éthique professionnelle des
journalistes, « informer » s’apparente à chercher et diffuser la vérité, non pas l’ultime ou
la transcendante, mais celle de notre monde, ou pour le moins tenter de s’en approcher.
Ainsi « le journaliste digne de ce nom,…. tient l’esprit critique, la véracité, l’exactitude,
l’intégrité, l’équité, l’impartialité, pour les piliers de l’action journalistique » et «le
journalisme ne peut se confondre avec la communication ». En se référant à une éthique
qu’ils ont eux-mêmes rédigée (enfin certains d’entre eux), les journalistes, pour démêler le
vrai et du faux, fondent donc leur action sur des valeurs morales, qu’ils se doivent de
18

répercuter dans l’ensemble de leur pratique. Cela implique donc que le champ (social,
économique et politique) dans lequel ils évoluent et qui les déterminent devrait être le
premier objet de leurs investigations car, en plus d’en être dépendant économiquement, il
structure leurs mode de pensée, leurs motivations, tout ce qui, en fait, est pour eux de
l’ordre de l’évidence et leur interdit une véritable autonomie d’action et de pensée. Alors
que leur perte de crédibilité croissante directement proportionnelle à la prise de
conscience de leur partialité et de leur soumission à la doxa néolibérale devrait, pour le
moins, les alerter, rien ne semble venir troubler leur apparente auto suffisance. A
contrario, c’est bien à une intensification de la diffusion du discours normatif à laquelle
nous assistons, tant le renforcement de l’uniformisation de la rhétorique est patent même
si, ultime tour de passe-passe, apparaissent, ça et là, de « nouvelles » pratiques censées
revaloriser leur image. La plus en vogue, le « fact checking », littéralement « vérification
des faits », témoigne insolemment de la duplicité à l’œuvre au sein des rédactions. C’est
une pratique journalistique venue des Etats-Unis qui consiste à démasquer, à postériori
mais rapidement, l’inexactitude des déclarations politiques et qui s’impose
progressivement depuis 2008 dans les médias français. Non content de n’être que
l’affichage publicitaire d’une pseudo-transparence et d’un journalisme dit « de qualité »
elle montre à quel point ce milieu professionnel a perdu tout sens critique, voire du
ridicule. Car cette apparence de véracité informationnelle, en instaurant un espace
spécifique au dévoilement, ne fait que souligner en creux son absence notoire dans le reste
de l’édition. Ce qui est dit là, cet effort d’investigation, devrait alimenter tout le travail
journalistique et interdire d’abord, en amont, l’expression de ces contre-vérités flagrantes
prononcées bien évidemment en présence de journalistes. Oser nommer cette rubrique
« Désintox » (Nouvel Obs. 28mn d’Arte) permet également d’évaluer l’aveuglement (ou le
cynisme) dans lequel baigne les rédacteurs tant il est éhonté de leur part de prétendre
dénoncer un phénomène (le mensonge politique) au sein d’une rubrique de quelques
minutes que, par ailleurs, ils promeuvent et légitiment à longueur d’émissions, d’interview
et de communications officielles. Rien de tel, par contre dans le domaine économique !
Aucun sursaut salutaire pour cesser de propager sans aucune réserve l’idée de« crise
économique », torturant et lancinant leitmotiv, dont la réalité est sans cesse démentie par
les taux de croissance des pays « émergents », les gains mirobolants des marchés
financiers, des « traders », des grands dirigeants des banques et des multinationales, des
« stars » du sport et du « showbiz », de l’ensemble de l’oligarchie en place dans tous les
pays ainsi que par l’accroissement exponentiel des besoins en énergie et en matières
premières, donc de la production mondiale, du transport des marchandises, des personnes
(les trafics routier, ferroviaire, maritime, aérien devraient doubler dans les 20 prochaines
années), du développement du tourisme, etc. etc. Alors comment et pourquoi ne nous
informent / alertent-ils pas qu’il s’agit en fait d’un leurre, destiné uniquement aux classes
moyennes des pays occidentaux (brutalement désindustrialisés et livrés à l’appétit du
« marché ») pour leur faire accepter leur déclassement, la réduction de leurs acquis
sociaux et le démantèlement des services publics tous en passe d’être ou déjà privatisés ?
19

Puis avec la précarité de leur emploi, la nouvelle « conscience sociale » du privilège d’être
un assuré social, d’avoir un logement, de pouvoir éduquer ses enfants, d’être encore
accepté à l’hôpital, [Link]….. Et les « commentateurs » de s’étonner de l’exceptionnel et
irrationnel pessimisme des Français en regard de tous les autres pays du monde alors qu’ils
ne manifestent, peut être qu’une toute particulière lucidité et conscience politique, ultime
reliquat de leur passé révolutionnaire, face à l’évidence de l’effondrement civilisationnel
en cours… ;
- Je vais profiter de cette interprétation toute personnelle d’un des multiples sondages qui
auscultent les états d’âmes de mes concitoyens, pour ouvrir le chapitre des statistiques,
sources omniprésentes des médias d’information et caution rationnelle du concept
d’ « opinion publique » (notion dont Pierre Bourdieu, toujours lui, a, en 1972, brillamment
démontré sociologiquement l’inanité) 10
Les statistiques sont un domaine des mathématiques, issue de la théorie des probabilités
et forment avec elle ce que l’on nomme les sciences de l'aléatoire. Elles participent au
processus décrit plus haut de réification du réel par la numérisation que la puissance du
calcul informatique est en passe de déifier. Pourtant les deux termes soulignés ci-dessus
devraient appeler à une plus grande humilité tant ils nous rappellent qu’il ne s’agit, après
tout, que de tenter de rationaliser une pratique divinatoire. Ses succès, essentiellement
réservés aux sciences dites « dures » (physique, biologie, etc.), dont elles tirent toute leur
légitimité, deviennent de moins en moins probants lorsqu’ils s’appliquent aux sciences
humaines ou à l’environnement. Il est facile par exemple de constater que les prévisions
économiques à long terme sont à peu près aussi fiables que les météorologiques ! Et celles
qui concernent mon propos, qui étayent continûment les affirmations péremptoires des
journalistes, des experts en tous genres et des politiques, (« les français pensent que…,
nous disent que…, la majorité de la population considère…, etc.», sont certainement parmi
les plus contestables. Bien sûr, la statistique est un outil essentiel du sociologue, dans la
mesure où elle lui permet d’identifier et de comptabiliser les représentations collectives
d’un groupe social à un moment historique donné et l’aide ainsi à en comprendre les
déterminismes. Par exemple, il est certainement utile de connaître l’état de lucidité d’une
population sur la fonction éducative ou criminogène de l’enfermement carcéral, pour
lutter contre les idées, simplistes et reçues, qui bloquent l’évolution, indispensable mais
toujours repoussée, d’une politique punitive totalement inefficace du point de vue de la
récidive et avilissante et indigne de celui de l’humaine condition. Par contre il est purement
démagogique d’utiliser ces résultats comme la manifestation démocratique d’une opinion
partagée pour en tirer la légitimité à proroger et renforcer les ineptes formes de réclusion
en cours. Et ce type d’utilisation par les journalistes est la norme, bien sûr en politique,
mais également pour ce qui concerne l’ensemble des faits dits « de société ». L’ « expert »
sociologue ne servant en général qu’à commenter ces « sondages d’opinion » dont il ne

10
Célèbre exposé provocateur de Pierre Bourdieu fait à Noroit (Arras) en janvier 1972, tel qu’il est paru dans Les
Temps modernes, n°318, janvier 1973 (pp. 1292-1309). Consultable sur [Link] ici ! ou bien sur ce site ici !
20

nous est jamais dit quels en sont les réels commanditaires ni les objectifs dissimulés. Tout
cela nous est présenté comme une source fiable et incontestable parce que « scientifique»,
dans un processus d’auto validation réciproque étonnant. Peu importe que l’ « Opinion
publique » soit, ou non, un concept rigoureux puisque tous les acteurs du champ politique
et informationnel croient, ou font semblant de croire, à son efficacité représentative et
l’utilisent comme preuve de ce qu’ils avancent, voire même de ce qu’ils sont ! Puisque, par
exemple, l’émergence puis la longévité d’une femme ou d’un homme politique ne
dépendent plus que de sa « visibilité » et des « stratégies de communication » censées
« booster » sa renommée, son action réelle s’est progressivement réduite à multiplier les
sondages pour d’abord « évaluer » l’attente citoyenne, puis jauger l’impact des discours
(bien plus que des actions) censés y répondre, et construire ainsi de toute pièce, une image
de femme ou d’homme d’action « collant » au véritables préoccupations des Français. Que
l’ensemble des médias se prête, sans aucune distance, à cette mystification démocratique,
et bien plus, utilise, à ses propres fins, cette caution pseudo scientifique pour alimenter les
« débats de société », qui caviardent les programmes et dont nous sommes, d’après eux,
friands démontre encore une fois à quel point ce système fonctionne en circuit fermé ainsi
que son incapacité structurelle à la moindre remise en question….Est-il acceptable qu’un
journal comme Le Monde affiche à sa « une » du 6 février 2013 ce titre accrocheur « Selon
le baromètre TNS Sofres 2013, 47% des Français ne perçoivent pas le FN comme un danger
pour la démocratie », suivi du commentaire suivant « Le Front national se banalise et plus
d'un tiers des Français adhère à ses idées. C'est le principal enseignement du baromètre
d'image (c’est un nouveau concept, ca vient de sortir !) du Front national édition 2013
réalisé par TNS Sofres du 24 au 28 janvier pour France Info, Le Monde et Canal Plus »?
Comme au sein de cette même enquête on peut lire également que « 63% des personnes
interrogées n’ont « jamais voté » FN et « n’envisagent pas » de le faire à l’avenir » et que
« 81% n’adhèrent pas aux solutions proposées par ce parti » on est en droit d’abord de se
demander si la rédaction de ce quotidien fait preuve d’une totale malhonnêteté
intellectuelle ou bien simplement d’une rare bêtise. Et surtout quel est leur véritable
objectif en publiant cette « chose » qui est tout sauf une information ? Je vous laisse
deviner… !

D’une manière générale toute la « matière première » qui alimente l’industrie médiatique
(informationnelle, culturelle, scientifique, etc.) n’est aujourd’hui plus autre chose qu’une
marchandise un peu plus sophistiquée que les autres, objet (et sujet) de toutes les spéculations et
manipulations courantes dans les autres domaines. Et les informations qui s’habillent des beaux
atours de la rationalité y glanent une caution particulièrement précieuse, susceptible de couvrir
n’importe quelle falsification !
- Enfin le tableau ne serait pas complet sans aborder le chapitre des « invités ». Qui sont-ils ?
Femmes et hommes politiques (beaucoup, souvent !), les « acteurs » de la vie économique
et sociale et enfin les personnalités du monde du spectacle et du divertissement. Ils
constituent un « monde en soi » (tous en nécessaire collusion par delà les inimitiés
21

inévitables) auquel le simple fait d’accéder sert souvent de diplôme de compétence. Il est
facile de constater que la « valeur » d’un intervenant est aujourd’hui directement
proportionnel à sa présence médiatique et cela quel que soit son domaine : Culturel,
politique, économique bien sûr (dans l’actualité récente, le cas d’ Artur Baptista da Silva,
économiste imposteur, ou l’inverse, vient d’en faire, au Portugal, une cocasse
démonstration) mais également intellectuel. Ce renversement radical de la hiérarchisation
du mérite et des savoirs ouvre des abîmes de perplexité car il décrédibilise la totalité du
message informationnel. Ceux qui nous parlent, et qui sont adoubés par le système, ne
sont pas là grâce au caractère incontestable de leurs connaissances, de leur lucidité, de
leur capacité d’analyse mais uniquement parce qu’ils sont des « bons clients ». Ce sont
ceux qui constituent le réservoir du « fast thinking » (encore Pierre Bourdieu ; à noter, qu’il
parlait déjà à l’époque (1996), de Minc, Attali, Ferry, Finkielkraut, etc. Etonnant, non ?cf.
Note8
) dans lequel puisent sans vergogne la totalité des rédactions télévisuelles car ils sont
les seuls capables, alors que les conditions objectives l’interdisent (le stress du plateau,
l’exposition théâtralisé, l’inanité de la plupart des questions posées par le présentateur,
son pouvoir exorbitant, ses préjugés conscients ou non, la pression du (faux) débat
contradictoire, les interruptions systématiques et la pendule comme définitif censeur) de
« dérouler » un discours fluide et audible et répondre à n’importe quelles sollicitations. Ces
gens qui, sont d’abord et avant tout des acteurs en représentation d’eux-mêmes, arrivent à
fabriquer l’apparence de la pensée dans des conditions où d’aucun n’est, en réalité, plus
capable de penser. A la question : Comment y arrivent-ils ? Pierre Bourdieu répondait :
« Parce qu’ils pensent par idées reçues » ! Effectivement, et je renvois au passage (Pag 30
et 31) de « Sur la télévision » qui traite de cela, de telles idées, communes par définition,
sont donc « reçues » par l’audience en même temps qu’elles sont émises et ne nécessitent
donc aucun effort de part et d’autre : Pas plus de l’émetteur que du récepteur ! J’ajouterais
qu’ils y parviennent également par l’entrainement, la référence permanente à une grille de
compréhension du réel, schématique et préétablie, à laquelle ils peuvent ramener chaque
nouveau problème, une aptitude travaillée à la rhétorique et une autosuffisance
intellectuelle inébranlable(les quatre cités plus haut peuvent s’y reconnaître sans peine!).
Ce que nous percevons (qui nous est montré !) comme une pratique démocratique, où la
parole est libre, pluraliste et contradictoire, n’est en fait qu’une illusion auditive ou/et
optique, qui masque avec dextérité la pensée dominante sous jacente. Les mécanismes ici
à l’œuvre, bien qu’invisibles, sont du même ordre que ceux qui nous captivent lors d’une
(bonne) représentation théâtrale; mais ils sont, par la capacité technologique de
production d’images et la distance paradoxale qui nous sépare de cette pourtant
apparente proximité (intimité ?), extrêmement plus difficiles à déceler et à comprendre.
Lors d’une communication avec d’autres humains nous sommes capables de déceler une
multitude de signes, non verbaux, susceptibles de nous renseigner sur la spécificité et la
qualité de la relation que nous sommes en train de vivre. Il n’en va évidemment pas de
même lorsque nous assistons à une émission de télévision (même en direct !) car nous
n’avons pas accès aux codes qui régissent en sous main les relations qui se jouent sous nos
22

yeux dans une apparente authenticité. D’autre part la fluidité du déroulement de ce qui se
passe à l’écran, totalement factice, abuse nos sens en nous laissant croire que nous
assistons à des échanges naturels et spontanés. Lorsque nous regardons un film nous
savons, quel qu’en soit son magnétisme, qu’il s’agit d’un spectacle et d’une fiction. A
l’inverse, l’intrusion de la télévision dans la sphère privée, à transformé radicalement
notre rapport au réel. Car depuis le début c’est bien de lui qu’il s’agit et de sa
représentation filmée. Ce qui nous est donné à voir se veut et se présente comme une
description objective de la réalité puisque la télévision a pour ambition (affichée) de nous
en rendre compte. Cette transgression conceptuelle est, à mon sens, à la source de toutes
les dérives actuelles tant il est incontestable que l’image (même animée, voire en 3D) n’est
pas la réalité. Or il est parallèlement facile de constater que tout, dans l’histoire de la
production audiovisuelle, concourt à l’amplification du réalisme comme support évident à
la captation de l’audience : Les progrès technologiques, le « naturalisme » travaillé des
présentateurs, les reportages « au cœur de l’action » et le recours systématique aux « gens
normaux, etc. »… Et cette dernière pratique incongrue et consternante qui, depuis
quelques années, envahit les écrans et les ondes et « donne » la parole à « l’homme de la
rue » mérite que l’on s’y attarde un instant.
Car cette mascarade démocratique s’il en est, directement issue du journalisme dit «de
proximité », s’est généralisé au point de crétiniser l’ensemble des journaux télévisés et
radiophoniques (France culture et Arte compris !), « entrelardant » d’interview
pathétiques et/ou consternants tout sujet traité (du reportage de guerre au plus banal fait
divers en passant bien sûr par toutes les questions « sociétales », comme ils disent …) mais,
ainsi, trahit l’intellectuelle malhonnêteté à l’œuvre au sein des rédactions. En effet,
permettre à un « inconnu » (des médias s’entend !) d’émettre un avis sur le monde dans
lequel il vit pourrait être, sans conteste, une grande avancée démocratique s’il était
considéré avec le même respect accordé au « Philosophe » ou au « Politique » de services.
Par contre lui concéder quinze secondes d’antenne, en le présentant au mieux par son
prénom, à la suite d’une question aussi stupide que réductrice, ou pour étayer l’analyse
(ou plutôt pallier a son manque) de l’«envoyé spécial » local, n’est qu’une lamentable
instrumentalisation dont le seul objectif est de susciter chez l’auditeur ou le téléspectateur
une identification simpliste et méprisante et de prétendre, sottement, coller au réel ; au
même titre d’ailleurs que les images qui accompagnent les reportages dits « de terrain » (il
faut avoir seulement une fois éteint le son pour prendre conscience de leur superficialité et
de leurs inutilité !). En fait, il ne s’agit, ni plus ni moins, que de l’intrusion prévisible et
inéluctable, et pour le coup masquée, de la télé réalité au plus profond de la sphère
informative, « pratique » jusqu’alors réservée aux émissions de divertissement (dès le
début des années 70 aux USA et 90 pour la France). Cette inflexion, à l’œuvre depuis 1990
aux Etats Unis sous le nom gracieux et éloquent d’ « Infotainment » n’est d’ailleurs plus du
tout considéré, même en France, comme une inacceptable dérive: « Le grand Journal »,
« Le petit … », « On n’est pas couché ! » et bien d’autres « talk-show », car il en est kyrielle,
en sont des preuves manifestes. Comment pourrait-il en être autrement, puisque le
23

processus est consubstantiel à la production télévisuelle soumise à une compétition


acharnée à l’audience dont le « pseudo-réalisme » est l’un des essentiels atouts. Je dis
« pseudo » car il ne s’agit jamais, bien sûr, de s’approcher au plus près du réel, ni de le
décrypter, de déconstruire les idées reçues mais bien au contraire de nous tendre un miroir
apte à sublimer la banalité et la médiocrité de nos existences. Car pour ce « microcosme »
là, in fine, la seule réalité, c’est ceux qui les regardent ! C’est un extraordinaire
renversement de perspective où ceux qui se prétendent la source de nos connaissances
enregistrent nos comportements aliénés sans distance ni regard critique, les idéalisent en
en faisant spectacle et produisent à la chaine la normalisation de notre avilissement et de
notre humiliation. L’apparition insidieuse de ces pratiques au sein même du domaine
réservé de l’information (sans aucune exception) marque, bien que personne ne semble
s’en soucier, une rupture essentielle dans la représentation que nous élaborons, plus ou
moins consciemment de nos sociétés et de nous-mêmes et scelle, peut être
définitivement, toute possibilité d’évolution.
Au terme de cet essai, enfin à celui que je me fixe aujourd’hui pour tenter de m’extraire
momentanément d’une réflexion qui m’obsède, je mesure toutes les lacunes de ce survol
imparfait d’une problématique aux infinies ramifications. Notre connaissance du monde a toujours
été dépendante des représentations que nous sommes capables d’en donner. Mais leurs
appropriations, falsifications et instrumentalisations ont également toujours été l’objet de toutes
les convoitises. La société informationnelle globale qui nous est vendue comme progrès ultime de
la démocratie n’est qu’une illusion de plus, un paradigme creux qui prétend subroger l’information
au savoir. La participation, active et passive, de l’ensemble des acteurs du champ médiatique à
cette mystification m’apparait comme l’élément déterminant de son « succès » ou de son échec.
On peut se prendre à rêver d’un bouleversement brutal de tendance qui verrait quelques
singularités « renverser la table » et nous redonner espoir dans notre capacité à endiguer la
barbarie économique à l’œuvre. Le triomphe éditorial et cinématographique, à l’échelle mondiale,
du roman (fin janvier 2011, le total des ventes s'élevait à 50 millions d'exemplaires) et du film
éponyme « Millénium » peut, à titre d’exemple, facilement être interprété comme la
manifestation de notre impérieux désir de vérités enfin dévoilées.
Mais, pour l’instant, les médias, par l’auto célébration permanente du discours qu’ils
divulguent, le légitiment comme vérité incontestable de la « marche » du monde….Ce qui est dit,
par le simple fait d’être ainsi diffusé, acquiert une valeur de compétence que rien, ni personne,
ne peut véritablement remettre en question. C’est un monde clos, assuré de son rôle
d’informateur au sein du système démocratique dont il est le symbole avancé (la liberté
d’opinion et /ou de la presse..), (re)produisant l’orthodoxie du « prêt à penser » qu’il habille, en
toute inconscience (ou cynisme), de la croyance fallacieuse en son indépendance.

______________________________
24

Afin de soulager la nausée qui m’oppresse, et pour conclure, je voudrais, à titre d’exemple, et pour
faire œuvre de réelle « désintoxication » revenir d’abord sur deux événements majeurs de
l’histoire récente, pour le premier et malgré sa proximité temporelle, totalement disparu des
« radars » de nos pourtant, si vigilants, journalistes aux aguets et qui mériterait assurément un
« fact checking » de grande ampleur.

- Le 11 mars 2011 survint, au Japon, un séisme de magnitude 9, au large des côtes nord-est
de l'île de Honshū qui affecta l’ensemble de la côte Pacifique du Tōhoku. Grace aux normes
de qualité antisismiques des constructions en vigueur dans ce pays il n’occasionnât que
peu de victimes. Mais le « tsunami » gigantesque qui en résulta (il a ravagé près de 600 km
de côtes et détruit partiellement ou totalement de nombreuses villes et zones portuaires ;
certaines vagues ont atteint plus de 30m de hauteur et ont parcouru jusqu'à 10 km à
l'intérieur des terres!) fut à l'origine de plus de 90 % des 18 079 morts et disparus et de
l’ensemble des destructions matérielles parmi lesquelles la centrale nucléaire de
Fukushima, gérée par la compagnie d'électricité privée japonaise Topco et située en
bordure de l’océan pacifique sur une plateforme à 10m au dessus de la mer….Mais, « pas
de chance » la vague, à cet endroit fut de 14….Enfin, qu’en aurait-il été si elle en avait fait
20 ou 25 ! Le « désastre » (étymologiquement « le mauvais astre » mais ce terme est-il
réellement approprié ?) qui s’en suivi est toujours aujourd’hui, lui littéralement,
incommensurable. La pollution radioactive qui s’est dégagée et continue à sourdre des
bâtiments dévastés (en particulier du réacteur 4 détruit après une explosion de son
« cœur ») va générer des dégâts humains et biologiques à l’heure actuelle encore
indéterminables mais fatalement considérables et ce, à l’échelle de la planète. Et le danger
d’une évolution vers une situation paroxystique demeure entier. La structure du bâtiment
qui « abrite » le réacteur 4 a été extrêmement affaiblie par le séisme et la piscine de
désactivation de cette unité, perchée à 30 m de hauteur, menace soit de s’effondrer avec
lui, soit de se vider de son eau à cause de fissures. Et cette piscine contient 1533
assemblages de combustible, l’équivalent de près de 10 fois la quantité de césium 137
relâché par Tchernobyl. Pour les courageux descendez voir la suite ici 11 et visionnez,
toutes affaires cessantes, l’appel à la communauté internationale de l’ancien
ambassadeur du Japon en Suisse Mitsuhei Murata, professeur émérite à l’Université
Tokaigakuen enregistré le 20 Septembre 2012. Ici ! Alors qui le sait ? Qui le dit et

11
Extrait de : Appel urgent pour éviter une nouvelle catastrophe nucléaire mondiale
« …si le combustible n’était plus refroidi par de l’eau, il s’échaufferait, se dégraderait, et provoquerait un incendie
dispersant la radioactivité dans l’atmosphère ; or le système de refroidissement de la piscine de l’unité 4 n’a pas
d’installation de secours et tombe régulièrement en panne, et en cas d’incendie des assemblages d’uranium et de
plutonium, il ne serait plus possible pour les hommes d’intervenir sur le site tant la radioactivité serait élevée et cet
incendie de la piscine de l’unité 4 provoquerait l’abandon de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi qui recèle à
elle seule près de 2500 tonnes de combustible nucléaire, correspondant à une radio toxicité 90 fois supérieure à
Tchernobyl.
25

comment est ce dit ? Comment expliquer et admettre que depuis maintenant presque 2
ans ce cataclysme, qui a dramatiquement mis à nu l’impéritie mais surtout l’insanité du
secteur de production d’électricité par l’énergie nucléaire à l’échelle mondiale, n’a été
suivi, au sein des médias, d’aucune remise en question, pas même d’une sérieuse
controverse ? Ce qui aurait dû et devrait toujours être perçu, interprété et donc relayé par
le champ informationnel comme un des faits historiques majeurs de ce début de siècle par
son impact délétère immédiat sur l’ensemble de la population japonaise et, à terme, pour
ses conséquences génétiques impensables, par son caractère imprévisible et donc
imparable, par la durée de ses effets néfastes avant un « retour à la normale » plus
qu’hypothétique (décontamination de façade de toute manière matériellement
impossible!), par les risques d’aggravation Dantesque toujours non maitrisées et, enfin, par
la mise en évidence que ceci peut survenir (va statistiquement survenir !) à nouveau sur
n’importe lequel des 436 (plus les 61 en construction) réacteurs (dont 58 en France)
actuellement en activité dans vingt-huit pays différents, a été et continue d’être encore
analysé, commenté et diffusé par les mass médias mondiaux au même titre que n’importe
quelle autre catastrophe quotidienne, sans qu’il en soit spécifié l’horrifique singularité.
C’est l’irrécusable démonstration du processus qui génère la désinformation à partir de
l’information au sein de ce que nous nommons démocratie ; car si les faits ne nous sont
pas objectivement dissimulés, si tout esprit alerté et curieux peut s’approcher au plus près
de l’effroyable vérité (essentiellement grâce à Internet), la majorité de la population est
maintenue largement en deçà du seuil de conscience nécessaire pour déclencher sa
révolte. Bien loin de focaliser notre attention sur les causes et responsabilités objectives de
la réalité historique en cours, elle nous submerge par la mise en scène dramatique et
pathétique du sort des victimes, de notre humaine faiblesse face au « déchainement de la
nature », du courage héroïque des sauveteurs (ou « liquidateurs », ceux qu’on envoie
mourir irradiés au cœur de l’enfer), de la dignité, de la solidarité, du sang froid, d’une
population culturellement « accoutumée » et préparée au pire, de toute ses « magnifiques
valeurs humaines » que seule l’adversité permet de révéler…., mise en scène à laquelle
nous assistons et compatissons bien au chaud dans notre petit confort douillet (électrique
bien sûr !), mi-inquiets et mi-soulagés d’en être encore cette fois épargné, tenu, aussi
paradoxalement qu’il est possible de l’être, à la juste distance du réel pour « jouir » du
spectacle sans en être charnellement affecté et pour, finalement, en rien se sentir
directement concerné. Fi donc des implications sur la biosphère (dont nous !) puisque
promptement invisibles, fi de l’exemplarité qui nous désigne chacun comme la prochaine
potentielle victime, fi des choix politiques et économiques erronés et chimériques qui nous
ont conduits dans cette impasse, ce cul de sac évolutif, et de la contrainte éthique à les
dénoncer, fi des enjeux financiers aussi colossaux qu’absurdes qui aliènent en sous main
nos destinées, fi de l’ahurissante connerie qui érige la croissance consumériste, la
compétition productiviste planétaire et l’accroissement démentiel en besoins énergétiques
qui en découle en unique voie de progrès, fi , enfin il me semble, de la possibilité pour un
26

journaliste « digne de ce nom » (comme ils se nomment dans leur charte d’éthique) de se
regarder chaque matin dans le miroir sans risquer l’irrépressible dégoût de soi !
Ainsi la manière dont cette abomination nous est à la fois montrée et dissimulée, si l’on en
mesure pleinement les implications, pulvérise la crédibilité que nous pouvons accorder à
l’ensemble des autres « nouvelles » dont nous sommes quotidiennement abreuvés et qui
construit, renforce, légitime, nos représentations du monde. Notre apparente « surinformation »
dissimule implacablement les profondes lacunes de ce qui nous parvient et nous laisse
impuissants et désespérés car si tout semble dit, rien ne fait sens et la falsification, au grand jour,
recouvre la réalité! Souvenons nous, il y a maintenant déjà plus de 12 ans…..
- Ce XXIème siècle s’est ouvert (je devrais dire fermé !) sur un événement historique,
médiatique et politique majeur, à tel point inscrit au fer rouge dans la mémoire collective,
que seules deux nombres suffisent à l’évoquer: « 9-11». Ce qui s’est passé ce jour là, cette
rupture irréversible dans le cours de notre histoire humaine, m’apparait, aujourd‘hui, avec
le recul et mes connaissances actuelles, comme l’ultime moment de basculement vers
l’anéantissement de nos dernières illusions démocratiques. Je n’ai aucun doute sur le
mensonge éhonté du gouvernement américain de l’époque désignant, comme seuls
responsables une poignée de « terroristes » supposés appartenir à Al-Qaïda et à l'islam
radical et commandités par Ben Laden, capables (armés uniquement de cutters !) de
détourner simultanément 4 avions, de déjouer la sécurité aérienne de la plus grande
puissance militaire mondiale au dessus de New York et tout particulièrement de
Washington, sanctuaire par principe inviolable du territoire américain, d’en encastrer les
deux premiers, sans être le moins du monde inquiétés, dans les Twin Towers de Manhattan
et le troisième, au ras du sol, dans les murs d’enceinte blindés du Pentagone ; quant au
4ème il a été « anéanti » dans un crash mystérieux ! Toute personne dotée d’un cerveau et
d’un minimum de culture scientifique ne peut avoir assisté à l’effondrement des deux tours
sur elles mêmes, chacune en une dizaine de secondes, alors qu’elles n’avaient été
atteintes qu’à leur sommet, sans être saisi par l’incohérence de ce qui se déroulait sous ses
yeux. Car ce temps de 10 s est, à quelques dixièmes près, le même qu’aurait pris n’importe
quel objet lâché dans le vide de la même hauteur pour atteindre le sol. Ce qui signifie, que
ces deux tours, dont les structures internes inférieures n’ont jamais été directement
endommagées, se sont écroulées sur elle mêmes sans rencontrer la moindre résistance
susceptible de freiner leur chute. Et 7 heures après les tours jumelles, une troisième tour
haute de 47 étages, le WTC7, s'est effondrée en 6,5 secondes. sans raison apparente
puisqu'aucun avion ne l'avait percutée. Bullshit ! Or ce que je viens d’exprimer là, cette
évidence d’une irrationalité physique à l’œuvre, aux yeux et au sus du monde entier, que
des centaines de milliers de gens ont expérimenté n’a provoqué aucune interrogation,
indignation, investigation journalistique à la mesure de l’enjeu en cours. Rien !
La propagation, le doigt sur la couture, de la version officielle et le soutien indéfectible aux
discours guerriers qui ont immédiatement surgis dans la foulée et qui valent au Proche et
Moyen Orients, d’être, depuis 12 ans, à feu et à sang ! Mieux, cette certitude de
tromperie, qu’une grande partie de la population, même américaine partage, et qu’un
27

grand nombre d’analyses scientifiques et de témoignages incontestables attestent 12 est


très vite devenue une opinion tabou, dont, comble du comble, les « autorités » ont qualifié
les défenseurs de « conspirationnistes ». En quelques semaines, le simple fait de
s’interroger sur l’incohérence avérée de ces effondrements est devenu suspect,
contreproductif, une offense à la mémoire des victimes, un acte antipatriotique, etc. Et
aujourd’hui ce n’est plus que l’expression de théories fumeuses et sans fondements
divulguées par un petit groupe de séditieux paranoïaques qui cherchent à manipuler les
faibles d’esprits. Je les salue ! Eux et leur courage, leur détermination, leur honnêteté
intellectuelle, leur conscience de l’enjeu ! Et je les rejoins ! Car loin de discréditer en ces
quelques lignes l’ensemble de mes écrits je me situe du seul côté possible en la matière,
pour quelqu’un qui prétend penser, celui de l’intelligence au sens premier du terme, soit la
« faculté de comprendre ».
S’il existait des « médias » réellement indépendants et s’ils avaient rempli leur mission (ce
fameux quatrième pouvoir !) le monde aujourd’hui serait certainement moins chaotique,
les guerres d’Afghanistan, d’Irak, de Lybie n’auraient pas pu être engagées « au nom de la
défense de la démocratie » (le cynisme absolu !) et n’auraient donc certainement pas eu
lieu et Bush, Cheney et Rumsfeld auraient été destitués. Mais voilà, cet idéal
déontologique - toujours vérifier les faits, toujours se méfier des versions officielles, rester
objectifs et rationnels - a été bafoué sans aucune réserve, sans le moindre état d’âme,
particulièrement en France où, à l’unanimité, l’ensemble des journalistes a cautionné
l’absurdité et les inepties du rapport officiel (que personne n’a lu), et ont surtout écrasé de
leur arrogant mépris de tristes bouffons, toutes les velléités de questionnement ou de la
moindre remise en question. Il est donc logique de les voir tous s’agenouiller aujourd’hui
devant le lobby nucléaire et s’aligner, sans état d’âme, sur le discours productiviste et
financier dominant.

Le 3 Mars 2013
[Link]

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Voici une liste de sites et documents consultables en ligne :
- Le site référence [Link]
- Le film documentaire « zéro » du député européen Giulietto Chiesa [Link]
- Le film documentaire « Épouvantails, autruches et perroquets - Dix ans de journalisme sur le 11 septembre » du
journaliste Olivier Taymans : Une étude remarquable et étayée sur la façon dont les médias ont évité pendant dix ans
de parler des zones d’ombres et des remises en question qui planent sur les événements du 11-Septembre.
[Link]

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