Texte :
Eh bien donc ! Je vais parler ; toi, écoute et retiens mes paroles qui t’apprendrons quelles sont
les deux voies d’investigations que l’on puisse concevoir. La première dit que l’être est, qu’il
n’est pas possible qu’il ne soit. C’est le chemin de la certitude, car elle accompagne la vérité.
L’autre, c’est : l’Être n’est pas, et nécessairement le Non-Être est. Cette voie est un étroit
sentier où l’on ne peut rien apprendre. Car on ne peut saisir par l’esprit le Non-Être, puisqu’il
est hors de notre portée ; on ne peut pas non plus l’exprimer par des paroles ; en effet, c’est la
même chose que penser et être. De toute nécessité, il faut dire et penser que l’Être est,
puisqu’il est Être. Quant au Non-Être, il n’est rien : une affirmation que je t’invite à bien
peser.
Il nous reste un seul chemin à parcourir : l’Être est. Et il y a une foule de signes que l’être est
incréé, impérissable, car seul est complet, immobile et éternel. On ne peut dire qu’il a été ou
qu’il sera, puisqu’il est à la fois tout entier dans l’instant présent, un, contenu. En effet, quelle
naissance lui attribuer ? Comment et par quel moyen justifier son développement ? Je ne te
laisserai ni dire ni penser que c’est par le Non-Être. On ne peut ni dire ni penser que l’Être
n’est pas. Car, s’il venait de rien, quelle nécessité eût provoqué son apparition ou plus tard ou
plus tôt ? En effet, l’Être n’a ni naissance ni commencement. Ainsi donc, il est nécessaire
qu’il soit absolument ou ne soit pas du tout. Comment donc l’Être pourrait-il venir à
l’existence dans le futur ? Ou comment y serait-il venu dans le passé ? S’il est venu à
l’existence, il n’est pas. Il en va de même s’il doit venir à exister un jour. Ainsi est éteinte la
génération, et la destruction est inconcevable.
L’Être n’est pas non plus divisible, puisqu’il est tout entier identique à lui-même ; il ne
subit ni accroissement, ce qui serait contraire à sa cohésion, ni diminution, mais tout entier
il est rempli d’Être ; aussi est-il entièrement contenu, car l’Être est contigu à l’Être. D’autre
part, il est immobile, contenu dans étreinte de liens puissants ; il est sans commencement et
sans fin, puisque nous avons repoussé absolument l’idée de sa naissance et de sa mort, à quoi
répugnent du reste notre conviction et notre sens de la vérité. Il demeure identique à lui-
même, dans le même état et par lui-même.
Parménide, de la nature, in les penseurs grecs avant Socrate, pp,94-95, Garnier Flammarion.
Consigne : Après une lecture attentive de ce texte mis à ta disposition, réponds aux
questions suivantes :
1. Qui est l’auteur de ce texte ?
2. Quel est le thème abordé par l’auteur dans ce texte ?
3. Quelle est la thèse défendue par l’auteur dans ce texte ?
4. Être est-il ce qui est, ou en devenir ? Justifie ta réponse.
5. Explique les concepts soulignés dans le texte.
6. Lisez attentivement la phrase en gras et Expliquez ne (06) lignes ce qu’elle signifie.