Iran et la stratégie de guerre hors limites
Iran et la stratégie de guerre hors limites
ÉTUDE DE CAS :
L’IRAN ET LA STRATÉGIE CHINOISE DE LA GUERRE HORS LIMITES
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National Defence. de la Défense nationale.
i
PRÉFACE ii
INTRODUCTION 1
CONCLUSION 103
BIBLIOGRAPHIE 107
ii
PRÉFACE
(RII) applique la stratégie de la « guerre hors limites » pour atteindre leurs trois grands
objectifs stratégiques. La RII tient d’abord à assurer la survie du régime tout en assurant
Orient et elle veut faire partie du club des grandes puissances mondiales. La stratégie de
la guerre hors limites est une théorie chinoise qui fut publiée en 1999 par deux colonels
de l’Armée chinoise, dont les colonels Liang et Xiangsui faisaient partis, étaient
convaincus que les Américains étaient parvenus à atteindre une suprématie militaire
écrasante. Ils ont déduit que si un jour la Chine devait s’opposer à la volonté de la grande
puissance américaine, elle devait élargir sa stratégie de défense hors du domaine militaire
exceptionnel sur la réflexion stratégique chinoise qui pourrait venir, selon eux,
«Guerre hors limites». Dans leur livre qui est très bien détaillé et documenté, ces
adversaire beaucoup plus puissant. Selon leur pensée, l’action militaire ne représente
plus l’unique dimension dans laquelle la guerre est conduite et la sécurité géographique
est un concept dépassé. Les menaces viennent désormais des actions non militaires en
iii
passant par la politique, l’économie, la religion, la culture, les ressources, les médias et
l’environnement, pour n’en nommer que quelque uns. Ces domaines sont maintenant les
Cette thèse cherche à démonter que les Iraniens mènent des activités dans tous les
domaines et combinent tous les moyens pour arriver à leurs objectifs. La théorie
chinoise de la guerre hors limites n’est pas approuvée, mais le cas de la RII révèlera
FIGURES
TABLEAUX
INTRODUCTION
pris forme et ne cesse d’évoluer. Avec la chute de l’empire soviétique, ce sont les États-
Unis qui en sont sortis les grands vainqueurs et qui se sont imposés comme la seule
les aspects de cette guerre et l’écrasante victoire des États-Unis face à l’Irak, les Chinois
se sont rendu compte qu’aucun pays ne pouvait oser espérer rivaliser les Forces
américaines d’ici les prochaines décennies 1 . Prise au fait avec leur retard, la Chine se
devait donc à tout prix trouver une façon de réduire le rapport de l’écart stratégique avec
les Américains. Après une analyse approfondie, deux colonels de l’armée de l’air
chinoise ont publié au début 1999 un document exceptionnel sur la réflexion stratégique
chinoise qui pourrait venir, selon eux, rééquilibrer l’échiquier mondial. Dans le livre
intitulé « La Guerre hors limites », les colonels Qiao Liang et Wang Xiangsui arrivent à
la conclusion que le temps des grandes batailles militaires est révolu et que le domaine de
la défense se retrouve maintenant élargi 2 . Ils proposent une nouvelle façon de mener des
guerres qui cherchent à combiner tous les espaces dans lesquels des actions humaines
peuvent avoir lieu et qui permettent d’atteindre les objectifs désirés. Leur stratégie
1
Qiao Liang et Wang Xiangsui, La guerre hors limites, trad. Hervé Denès (Paris: Éditions Payot
et Rivages, 2003), p. 8.
2
Ibid., p. 8
2
que décrivent Thomas Hammes et Frank Hoffman, mais elle va encore plus loin 3 . Elle
pousse les combats dans des champs de bataille encore non exploités. Par exemple, que
dire du milliardaire George Soros qui à lui seul, avec son financement des mouvements
d’opposition aux organisations communistes, a affaibli les structures politiques des pays
du bloc de l’Est et ouvert les portes au monde occidental en 1991 4 ? De plus, quel serait
en direction d’un port majeur américain? Ceci pourrait sans aucun doute arrêter les
activités commerciales du cœur de l’économie mondial et avoir des effets désastreux sur
pour détruire l’économie d’un pays entier? Ces actions dépassent toutes le domaine des
militaires qui jusqu’aujourd’hui étaient les grands maîtres dans la conduite de la guerre.
domaines et combine tous les moyens n’étant limité que par l’imagination et des
ressources disponibles. Dans la « guerre hors limites », les champs de bataille classique
des militaires n’existent plus et les combats ont lieu sous toutes formes et dans toutes les
arènes : économique, financier, religieux, culturel, écologique pour n’en nommer que
quelques uns. Ainsi pour chasser Ben Laden, que ce fut volontaire ou non, les
Américains ont associé différentes méthodes de combat en les sortants de leur domaine et
de leur catégorie. Par exemple, vers la fin des années 1990, ils ont utilisé une
3
Frank G. Hoffman, “Hybrid Warfare and Challenges”, Joint Force Quarterly 52, 1st Quarter
(2009), p. 35.
4
Neil Clark, “George Soros”, [Link]
[Link]; Internet; consulté le 12 avril 2010.
3
employés pour s’en prendre à une organisation non-étatique. Selon certains experts,
l’existence même des grandes puissances. La plus grande menace proviendrait plutôt des
Selon Liang et Xiangsu, pour remporter une guerre il faut faire appelle à la
étatiques, puiser dans tous les domaines et utiliser des moyens sans se soucier des
conventions internationales et des règles d’éthique. Cela ne vient pas à dire que la guerre
au sens strict cessera d’exister. Elle est seulement réinvestie dans la société humaine de
façon plus complexe, plus étendue, plus cachée et subtile. Avec la mondialisation et les
désormais, conduite sous des formes atypiques par des pays beaucoup plus faibles contre
les plus puissants. Afin de faire plier son adversaire, toutes les activités humaines
peuvent être utilisées et combinées pour faire pression, que ce soit par la force armée ou
la force non-armée, des militaires ou des non-militaires, des moyens létaux ou non-
létaux. Il suffit de combiner des tactiques de guerres déjà existantes pour en former de
5
Qiao Liang et Wang Xiangsui, La guerre hors limites, p. 212.
6
Thomas X. Hammes, The Sling and the Stone (St-Paul, MN: Zenith Press, 2004), p. 257.
4
les auteurs chinois n’a pas encore été officiellement approuvée 7 . Cependant, il est à se
demander si cette stratégie n’est pas déjà employée par des États cherchant à améliorer
leur statut sur l’échelle mondiale. Autre que les États-Unis qui possèdent le pouvoir
d’influence et les ressources à tous les niveaux, c’est la République Islamique de l’Iran
(RII) qui semble depuis la dernière décennie mettre en évidence la stratégie telle
Depuis la révolution islamique de 1979, l’Iran fait tout son possible pour atteindre
trois objectifs stratégiques. Il veut entre autre assurer son indépendance nationale,
le même pied d’égalité que les grandes puissances 8 . Pour y arriver, le régime islamique
s’en prend aux forces impérialistes américaines qu’il qualifie de « Grand Satan » 9 . Pour
l’Afghanistan en 2001 et pour l’Irak en 2003, les Iraniens étaient prêt à se rapprocher des
États-Unis pour les aider à stabiliser la région. Toutefois, les Américains n’ont jamais
porté attention. Au lieu, ces derniers ont aligné l’Iran dans l’axe du mal, humiliant ainsi
les Iraniens et encourageant en même temps la ligne dure plus radicalisée. Depuis ce
temps, la politique étrangère de l’Iran est devenue encore plus opaque et démontre encore
7
Qiao Liang et Wang Xiangsui, La guerre hors limites, p. 18.
8
Pierre Pahlavi, “La vraie nature du pouvoir iranien”, Politique internationale, n°120 (été 2008),
p. 194.
9
David E. Thaler, et coll., Mullahs, Guards, and Bonyads: An Exploration of Iranian Leadership
Dynamics (Santa Monica: RAND National Defense Research Institute, 2010), p. 18.
5
plus que jamais la détermination du régime iranien à atteindre ses objectifs stratégiques 10 .
n’hésite donc pas d’employer tous les moyens pour y arriver. Il se sert du nucléaire,
supporte des groupes terroristes chiites et sunnites et entretient des relations avec la
prend même pour le champion des faibles et des opprimés à travers le monde pour rallier
les pays du tiers monde contre les grandes puissances occidentales 11 . L’élite iranienne
semble faire fie de toutes les sanctions qui lui sont imposées et fait tout dans son possible
mène une politique « tous azimuts » et « multifacettes » qui s’expriment dans différents
pose de savoir si l'Iran mène une « guerre hors limites » analogue à celles de la Chine.
10
Frederick W. Kagan, Kimberly Kagan et Danielle Pletka, Iranian Influence in the Levant, Iraq
and Afghanistan, A Report of the American Enterprise Institute (Washington: AIE, 2008), p. 2.
11
Mahmoud H.E. Ahmadinejad, Statement by H.E. Dr. Mahoud Ahmadinejad, President of the
Islamic Republic of Iran, High Level Segment Durban Review Conference (Geneva: 20 April 2009), p. 4.
12
Katajun Amirpur, et coll., “Iranian Challenges”, Institute for Security Studies, Chaillot Paper
n°89 (mai 2006), p. 7.
13
Pierre Pahlavi, “A Country in Search of Might”, [Link]
country-in-search-of-might; Internet; consulté le 12 avril 2010.
6
applique la stratégie de la « guerre hors limites » telle que décrite par les auteurs chinois
hors limites » telle que proposée par les colonels Liang et Xiangsui. Il expliquera le
guerre hors limites et donnera le concept des différentes combinaisons pour conduire ce
type de guerre. Dans ce chapitre, le concept de la guerre hors limites sera aussi comparé
avec le concept occidental du « Forth Generation Warfare » qui domine la pensée des
Avant de pouvoir élaborer sur la stratégie utilisée par le régime iranien, il est nécessaire
de comprendre leurs objectifs. Avec cette idée, le chapitre deux donnera les trois
étrangère. Étant donné que les politiques iraniennes sont difficiles à suivre, ce chapitre
élaborera aussi sur les engrenages du système politique iranien. Le but de ce chapitre
sera de mieux comprendre ce que recherche réellement l’Iran et qui prend les décisions
par rapport à son orientation politique. Le chapitre trois démontrera que le régime iranien
applique bien la stratégie de la guerre hors limites pour atteindre son premier objectif
stratégique qui est d’assurer la survie du régime tout en protégeant son indépendance
nationale. Pour s’y faire, les défis internes et externes auxquels doit faire face le régime
iranien seront présentés. Ensuite les moyens utilisés pour arriver à leur objectif
7
chapitre se terminera avec une synthèse de la force des combinaisons iraniennes pour
chapitre quatre démontrera que l’Iran emploie la stratégie de la guerre hors limites pour
devenir une puissance régionale au Moyen-Orient. Ceci sera fait en se servant des
moyens selon la théorie des deux auteurs chinois. Il est entendu que la RII se sert de
plusieurs autres moyens pour devenir une puissance régionale tels que le nucléaire, les
hydrocarbures, les médias et les communications stratégiques, mais le postulat est que les
chapitre, tout comme le chapitre précédent, se terminera avec une synthèse des
combinaisons iraniennes pour que la RII devienne une puissance régionale. Dans cette
thèse, l’emploi de la stratégie de la guerre hors limites pour que la RII puisse rivaliser sur
le même pied d’égalité avec les grandes puissances ne sera pas démontrer.
8
CHAPITRE 1
Au début des années 1990, la poussée technologique a apporté avec elle une
révolution des affaires militaires que les Américains ont su mettre en évidence lors de la
d’armements ont permis à la coalition menée par les États-Unis de remporter une victoire
facile et rapide contre les Forces irakiennes de Saddam Hussein. En tirant des leçons de
Xiangsui faisaient partis, étaient convaincus que les Américains étaient parvenus à
atteindre une suprématie militaire écrasante14 . Ils ont déduit que si un jour la Chine
prendre sa place au même niveau que les États-Unis, elle devait élargir sa stratégie de
défense hors du domaine militaire traditionnel. Pour ces experts chinois, pour réduire
l’écart entre ces deux pays, la Chine devait trouver une autre façon que les moyens
militaires conventionnels 15 . C’est alors qu’au milieu des années 1990, deux colonels de
l’Armée de l’air chinoise se sont mis à développer une nouvelle stratégie. Cette stratégie
avait pour but de défendre la Chine contre la machine américaine si jamais elle allait
devoir le faire et pour répondre aux nouveaux défis de sécurité nationale et internationale.
14
Qiao Liang et Wang Xiangsui, La guerre hors limites, p. 8.
15
Ibid., p. 8.
9
En étudiant les forces et les faiblesses de la Chine et des États-Unis et tous les
deuxième guerre mondiale, les colonels Qiao Liang et Wang Xiangsui en sont arrivés à
l’Armée de libération populaire a publié le fruit de leurs recherches en février 1999 dans
le livre intitulé « La guerre hors limites ». Le principe central évoqué par les deux
auteurs chinois est que si la Chine doit se défendre, elle doit être prête à mener une guerre
au-delà de toutes frontières et limitations 16 . Tel qu’il est dans la tradition chinoise, le
pensée humaine au lieu de la force. À la SunTsu qui énonça que « subjuguer l’ennemi
sans combattre est le sommet du talent », la guerre hors limites favorise la soumission de
l’ennemi et la victoire sans le combat 17 . Liang et Xiangsui incitent à penser au-delà des
limites permises, en anglais « thinking outside the box ». Désormais, il n’existe aucun
moyen qui ne puisse être utilisé en temps de guerre et il n’y a aucun terrain ni méthode
qui ne puissent être combinés. Le but ultime est d’obliger son ennemi à se soumettre à
ses propres intérêts même si cela demande à briser les conventions internationales. Sur
ce point, les experts occidentaux ont grandement critiqué la nouvelle stratégie chinoise
que cette critique, les experts peinent à trouver des failles dans la stratégie chinoise qui
16
Ibid., p. 16
17
Ibid., p. 9.
18
Jeffrey W. Bolander, “The Dragon’s New Claw”, Marine Corps Gazette 85, Iss. 2 (février
2001), p. 58;
[Link]
VType=PQD&RQT=309&VName=PQD&TS=1271676539&clientId=1711; Internet; consulté le 22
octobre 2009.
10
selon eux est bien articulée et documentée. Ceci dit, leur plus grande inquiétude est que
maintenant les actes de guerres ne pourront plus être bien définis ce qui complique la vie
Devant des forces plus puissantes, Liang et Xiangsui n’hésitent pas à faire appel à
les conflits. En ce sens, tous les moyens sont bons tels que l’attaque financière de George
Soros contre l’Asie Orientale, l’attaque du 11 septembre 2001 contre les États-Unis,
l’attentat au gaz dans le métro de Tokyo par les disciples de la Secte Aum et les tentatives
de changement de régime indirect illustrées par les révolutions dans les ex-pays de
l’Union soviétique (Ukraine et Géorgie). Selon Liang et Xiangsui, tous les degrés de
destruction de ces attaques n’en sont en rien inférieurs à celle d’une guerre. Qu’ils
représentent une demi-guerre, une quasi-guerre ou une sous-guerre, ils sont la forme
embryonnaire d’un nouveau type de guerre 20 . En combinant les actions militaires non
étendu. L’action militaire ne représente plus l’unique dimension dans laquelle la guerre
est conduite et la sécurité géographique est, selon les auteurs, un concept dépassé. Les
menaces ne viendront plus des frontières, mais plutôt des actions non militaires en
passant par la politique, l’économie, la religion, la culture, les ressources, les médias et
19
Robert J. Bunker, “Unrestricted Warfare: Reveiw Essay I”, Small Wars and Insurgencies 11,
no°1 (printemps 2000), p. 121.
20
Qiao Liang et Wang Xiangsui, La guerre hors limites, p. 30.
11
guerre hors limites » telle que proposée par les colonels Liang et Xiangsui. Ce chapitre
donnera le concept des différentes combinaisons pour conduire ce type de guerre ainsi
que les principes essentiels. Enfin, la stratégie de la guerre hors limites sera comparée
Warfare) et des guerres hybrides afin de démontrer que la stratégie chinoise mérite d’être
prise au sérieux.
forces contre forces ont tranquillement cédés leurs places à des conflits intra-étatiques ou
trans-étatiques qui se déroulent plus souvent dans des États en déroute. Ce sont des
insurgés, des terroristes, des groupes extrémistes ou des criminels qui n’ont pas de
frontières qui en sont les principaux déclencheurs 21 . Ces protagonistes comme l’Al
Qaeda, le Hezbollah et les Talibans par exemple tentent à toutes fins de démanteler les
exploitent et combinent tous les moyens tant sur le plan politique, économique, social et
paramilitaire pour arriver à leurs objectifs. Devant des forces nettement supérieures, ces
groupes empruntent ainsi tous les remèdes et combinent tous les avantages pour vaincre
21
John A. Nagl, “Let’s Win the Wars We’re In”, Joint Force Quarterly 52, 1st Quarter (2009), p.
21.
12
leur adversaire. C’est ce que les deux colonels chinois appellent la « combinaison » et ce
ne représente rien de nouveau puisque celui-ci est utilisé depuis que la guerre existe. Il
chars et l’aviation pendant la Deuxième guerre mondiale. C’est l’idée selon laquelle la
somme est plus grande que toutes ses parties 24 . Toutefois, la « combinaison-addition »
des deux auteurs chinois dépasse aujourd’hui le domaine du militaire. Auparavant, les
grandes victoires sur les champs de bataille ont toutes été remportées par les hommes qui
étaient passés pour des maîtres dans l’art de la combinaison. D’Alexandre le grand, à
Napoléon, à Schwarzkopf, ils ont tous compris son importance. Mais selon Liang et
Xiangsui, la clé du problème n’est pas de comprendre la combinaison. Selon les deux
auteurs chinois, l’élément véritablement essentiel qui a échappé aux grands stratèges
jusqu’à maintenant est de savoir combiner quoi avec quoi et comment les combiner et pas
juste les moyens conventionnels 25 . Il suffit de trouver un vrai cocktail qui va mener à la
victoire. L’autre point essentiel consiste à combiner le champ de bataille au non champ
22
Frank G. Hoffman, “Hybrid Warfare and Challenges”, p. 34.
23
Qiao Liang et Wang Xiangsui, La guerre hors limites, p. 205.
24
Ibid., p. 206.
25
Ibid., p. 206.
13
aient souvent été faites, elles ne furent établies qu’une fois que la guerre fut déclenchée et
différentes méthodes de combat en les sortants de leur domaine dans des guerres
réelles 27 . Le tableau ci-dessous énumère une variété de tactiques qui, lorsque combinées,
Les deux auteurs chinois illustrent bien la force de l’addition avec certains
exemples. Lors de la première du Golfe, les Nations-Unies, sous la tutelle des États-
Unis, avaient utilisé face à l’Irak de multiples combinaisons. Elles avaient fait appel à la
Hong Kong en août 1998, pour assurer sa protection financière contre les spéculateurs, le
26
Ibid., p. 206.
27
Ibid., p. 211.
14
règle principale de la guerre hors limites qui est l’addition-combinaison. Si autrefois, les
moyens et les conditions étaient limités pour combiner tous les facteurs nécessaires pour
triompher, il n’en est plus le cas aujourd’hui. Comme le souligne un adepte de cette
stratégie, tous ces types de guerres peuvent aussi être planifiés et lancés à partir de
Liang et Xiangsui, la simple combinaison des différentes méthodes ne peut pas garantir à
elles seules la victoire. Il faut aussi savoir dépasser les limites des combinaisons pour en
Dans les guerres hors limites, les militaires d’aujourd’hui qu’on pourrait
considérer comme modernes tels que Schwarzkopf et Powell, ne sont plus que des
professionnels et ne peuvent être gagnées qu’en dépassant toutes les limites connues,
c’est-à-dire « hors limites » 30 . Ce que Liang et Xiangsui entendent par « hors limites »
désigne le dépassement de ce qui est désigné, ou ce qui peut être compris comme limites.
28
Ibid., p. 212.
29
Kevin Coleman, “The Challenge of Unrestricted Warfare: A Look Back and a Look Ahead”,
[Link] Internet; consulté le 1 février 2010.
30
Qiao Liang et Wang Xiangsui, La guerre hors limites, p. 255.
15
Peu importe que ce soit d’ordre matériel, spirituel, ou technique; peu importe aussi qu’on
l’appelle degré, détermination, limite, frontière, règle, loi, plafond, et même interdit 31 .
La fin justifie les moyens. Il est donc nécessaire et justifié d’utiliser tous les moyens
disponibles pour atteindre son but. Il ne faut pas hésiter d’aller au-delà des règles de
important de comprendre que « hors limites » ne veut pas dire illimité mais représente
Aujourd’hui, la combinaison des moyens qui sort du domaine militaire est la seule
façon de pouvoir remporter la guerre contre une hégémonie comme celle des États-Unis.
La victoire ne peut être atteinte qu’avec le dépassement des limites jumelé à la règle de
combinaison-addition 33 . C’est ainsi que Liang et Xiangsui sont abouti à une nouvelle
stratégie totale: la guerre combinée hors limites. Il explique que pour l’exercer il suffit
la « combinaison hors degrés » 34 . Dans les paragraphes qui suivent chacune de celles-ci
seront définies. Ce sont ces éléments qui serviront aussi à démontrer dans les chapitres
suivants si l’Iran conduit présentement une guerre hors limites contre les États-Unis et le
monde occidental.
31
Ibid., p. 255.
32
Ibid., p. 256.
33
Ibid., p. 256.
34
Ibid., p. 256.
16
La combinaison supra-étatique
Afin de subvenir à leurs besoins, les États ont ouvert leurs frontières et ont permis
à la mondialisation de faire son chemin. Les grandes villes et les États représentent
aujourd’hui des maillons tous inter-reliés et interdépendants. Ainsi, bons ou mauvais, les
mondiale, le FMI, l’ASEAN, l’OPEP, etc. Les États sont donc tous susceptibles de
tomber sous l’influence des organisations multinationales de toutes tailles et formes. Ces
le Comité olympique, les organismes religieux, les organisations terroristes, les groupes
influence, consciente que leur seule puissance est insuffisante pour atteindre leurs
tous ces domaines traversent allègrement les frontières territoriales. Il devient donc
35
Ibid., p. 257.
17
de ces pouvoirs, les grandes puissances emploient maintenant le mode supranational pour
servir leurs intérêts. Les États-Unis face à l’Irak en est un exemple et depuis la première
conflits est de plus en plus évidente. Selon les auteurs chinois, ce concept n’est rien de
nouveau puisqu’il est mis en pratique depuis l’époque des Printemps et des Automnes
722-481 av. J.-C. Cependant, plus le temps passe et plus cette stratégie devient
disposera un État pour chercher à atteindre ses objectifs de sécurité et servir ses intérêts
domaine militaire. Jusqu’à présent, la majorité de ceux qui s’interrogent sur la guerre
36
Ibid., p. 259.
37
Ibid., p. 260.
38
Frank G. Hoffman, “Hybrid Warfare and Challenges”, p. 35.
39
Qiao Liang et Wang Xiangsui, La guerre hors limites, p. 261.
40
Ibid., p. 262.
18
considèrent que tous les domaines non militaires sont des domaines accessoires qui
hors domaines signifie la combinaison des champs de bataille. L’un des ces buts est de
choisir ou de déterminer dans quel domaine comme champ de bataille sera le plus
avantageux pour atteindre ses objectifs. Pour en venir à l’Irak pendant la première guerre
jours d’actions militaires, le maintien pendant huit jours d’une pression militaire, un
destructions massives a eu plus d’effets que les bombardements aériens effectués pendant
la guerre du Golfe 42 . Ceci démontre bien que la guerre n’est plus seulement limitée au
domaine militaire et que le déroulement de n’importe quelle guerre peut être décidé, ou
Selon les auteurs chinois, la guerre est en train de sortir des limites de lignes
n’existe plus de domaine qui ne puisse servir à la guerre et il n’existe presque plus de
41
Ibid., p. 266.
42
Ibid., p. 268.
43
Ibid., p. 269.
19
entraîna un des plus grands krachs boursier sur Wall Street avec des pertes totalisant plus
allait faire des essais de missiles et organiser des manœuvres militaires dans le détroit de
Taiwan. Au moment du lancement des missiles, le marché boursier de Taiwan s’est mis
à plonger 44 . Ce que les colonels chinois introduisent de nouveau ici, c'est le fait que cette
l’intensité d’une guerre au nombre de victimes devient chaque jour de plus en plus
dépassée 45 .
n’importe quel angle et à n’importe quel niveau, peut être compris comme un moyen. Du
la religion, la psychologie et les médias peuvent tous être considérés comme des
44
Ibid., p. 267.
45
Ibid., p. 267.
20
moyens 46 . Tous ces domaines peuvent être encore subdivisés et servir comme d’autres
plus des moyens paramilitaires au service des politiciens 47 . En 1978, suite à la prise
d’otages américains de son ambassade en Iran, les Américains ont immédiatement pris
des moyens militaires pour tenter de régler la situation. Cependant, ce n’est qu’après
leurs échecs qu’ils ont décidé de changer leur approche. La situation a changé lorsque les
Américains ont gelé les avoirs iraniens à l’étranger, imposé un embargo sur les armes,
diplomatiques 48 . C’est en combinant tous ces moyens que l’Iran a fini par céder.
Ce qui est le plus importants pour les auteurs est de « savoir comment combiner
qui savent le mieux faire la combinaison des moyens pour atteindre leurs objectifs.
46
Ibid., p. 270.
47
Ibid., p. 271.
48
Ibid., p. 272.
21
stades selon leur intensité. À leurs avis, il y a deux aspects qui servent à diviser la guerre
correspond 49 . Ils ramènent la guerre à quatre degrés qui sont représentés dans le tableau
1.2 50 .
Pour gagner des guerres, les États doivent apprendre à renverser l’ordre des
degrés et à combiner tous les facteurs, des actions supranationales aux combats
concrets 51 . Il faut maximiser les profits de combats tactiques militaires et non militaires
pour atteindre des buts stratégiques dans des domaines connexes; par exemple,
l’utilisation d’un moyen stratégique d’une certaine action non militaire pour l’associer à
une tâche de combat, ou encore utiliser un certain moyen tactique pour atteindre un
49
Ibid., p. 277.
50
Ibid., p. 277.
51
Ibid., p. 278.
52
Ibid., p. 279.
22
du 11 septembre 2001 mené par Al-Qaïda contre le World Trade Center. Ben Laden s’est
servi d’avions pour menacer les intérêts nationaux des États-Unis au niveau stratégique.
laquelle les stratèges peuvent manier et combiner les différents degrés. Un pirate
informatique + un modem qui attaque une tour de contrôle aérienne peuvent causer des
pertes à peine inférieures à celle d’une guerre. Cependant, ce type de combat individuel
politique de guerre 53 .
Tout comme l’ont fait les SunTzu, Napoléon, Fuller et les grandes armées du
monde, Liang et Xiangsui ont eu aussi élaboré des principes pour guider dans la conduite
de la guerre combinée hors limites. Les principes découlent des leçons apprises de tous
les conflits depuis la première guerre du Golfe. Même si la théorie de la guerre combinée
hors limites reste non-prouvée dans la réalité, les auteurs donnent huit principes qui
guident le processus théorique dans l’application de cette méthode. Ces principes sont :
contrôle du processus entier. Sans prendre ceux-ci comme valeurs absolues, ils
53
Ibid., p. 279.
23
Bien qu’il soit très difficile de déterminer si l’hiérarchie iranienne se sert de ces
principes, il est important de connaître les éléments clés qui peuvent conduire vers la
victoire, en se rappelant que l’application de tous ces principes ne garantit pas la victoire
à eux-mêmes. Le tableau 1.3 ci-dessous donne une brève description de chacun des
principes.
Principes Description
Omnidirectionnalité Observation, conception et emploi combiné de tous les
facteurs corrélés sur 360°.
Synchronie Mener des actions dans la même période de temps dans des
espaces différents.
Objectifs limités Guides d’actions fixés dans l’espace accessible avec les
moyens disponibles.
Moyens illimités La tendance à l’emploi illimité de moyens, mais illimités à
la satisfaction d’objectifs limités.
Déséquilibre Rechercher les points nodaux de l’action en suivant une
direction opposée à la symétrie équilibrée. Il faut éviter le
face à face et attaquer dans des domaines dont l’ennemi ne
s’attend pas en prenant diverses formes de combats.
Consommation minimale Utiliser ses ressources guerrières à la limite inférieure
suffisante pour atteindre son objectif.
Coordination Coordonner toutes les forces mobilisables dans les
omnidimensionnelle domaines militaire et non militaire couverts par un objectif.
Contrôle du processus Tout au long du processus de la guerre, recueillir des
entier informations, ajuster l’action et contrôler la situation, sans
interruption.
combinaisons supranationales, hors domaines, hors moyens et hors degrés, Liang and
Xiangsui sont arrivés à la stratégie de la guerre combinée hors limites. Le tableau 1.4
donne un résumé de tous les éléments critiques de la guerre hors limites. Alors, pour
24
domaine, mais d’aller au-delà de celui-ci tout en ne tolérant aucune restriction. Voilà ce
dont ont peur les spécialistes militaires occidentaux. En comparant cette stratégie avec la
pensée occidentale, est-ce que la guerre combinée hors limites mérite qu’on lui porte
attention?
25
Principe de la combinaison-addition
Consiste aux divers pays à combiner différentes méthodes de combat en les sortants de leur domaine dans
des guerres réelles. Par exemple, prendre une action non-militaire pour avoir un impact sur des forces
militaires ou vice-versa. Seulement la fin justifiera les moyens. Il faut utiliser toutes les combinaisons
possibles ci-dessous en les additionnant.
LA PENSÉE OCCIDENTALE?
Tout comme les Chinois, les Américains ont analysé les nouveaux types de conflits et
noté qu’il n’y avait plus de distinction entre les guerres conventionnelles, irrégulières et
les actes terroristes et criminels. Comme le souligne Colin Gray, les forces belligérantes
emploient simultanément tous ces modes de guerres et ces actes criminels 54 . De plus, les
experts américains ont noté que les guerres conventionnelles sont en déclin et qu’elles ont
été remplacées par des guerres informationnelles, des opérations secrètes et des stratégies
considération les changements dans la nature des conflits, ils ont développé quelques
(4GW) » et de la guerre hybride 56 . À travers tous ces concepts, ceux qui s’apparentent le
plus avec la guerre hors limites sont ceux du 4GW et de la guerre hybride. Alors,
comment-est-ce que ces deux concepts se comparent avec la théorie des deux auteurs
chinois et est-ce que la stratégie de la guerre hors limites mérite d’être prise au sérieux?
54
Colin S. Gray, “Irregular Warfare: One Nature, Many Characters”, Strategic Studies Quarterly
1, n°2 (hiver 2007), p. 55.
55
Robert M. Gates, “The National Defense Strategy: Striking the Right Balance”, Joint Force
Quarterly 52, 1st Quarter (2009), p. 5.
56
Albert A. Nofi, Recent Trends in Thinking About Warfare (Alexandria: CNA Corporation,
2006), p.3.
27
Il pourrait être argumenté que les Américains étaient les premiers à prévoir les
changements dans nature de la guerre telles que préconisés par les deux colonels chinois.
Warfare (4GW) » pour décrire que les États allaient maintenant faire face à de nouveaux
était en train de prendre de l’ampleur et qu’on était en train de faire un retour à l’époque
d’avant le Traité Westphalien de 1648 58 . Depuis la fin de la Guerre froide, les conflits
opposent des organisations non-étatiques à des États plus puissants. Ces sont des
insurgés, des terroristes et des criminels qui attaquent les vulnérabilités des forces
4GW posait maintenant la plus grande menace aux intérêts américains 59 . Ces acteurs
et leur campagne militaire peut frapper dans tous les domaines politique, économique,
57
William S. Lind, “The Changing Face of War: Into the Fourth Generation”,
[Link] Internet;
consulté le 21 janvier 2010.
58
Jusqu’à la fin de la guerre de Trente ans, les guerres avaient lieu entre les familles, les tribus, les
religions, les villes et les entreprises et tous les moyens étaient pris, pas seulement par les forces militaires.
59
Selon Hammes, historiquement, ce sont les forces non-conventionnelles employant les
techniques du 4GW qui ont réussi à causer le plus de dommages aux grandes puissances. Les États-Unis
ont perdu trois de ces guerres, aux mains du Vietnam, du Liban et de la Somalie. De plus, Hammes
argumente que depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale, ce sont les guerres non-conventionnelles qui
ont apporté les plus grands changements aux États par rapport à leurs systèmes politiques, économiques et
sociaux. La révolution communiste en Chine, la première et la deuxième guerre en Indochine, la guerre de
l’indépendance de l’Algérie, la révolution iranienne, la guerre russe-afghane des années 1980, la première
Intifada et même la guerre en Tchétchénie ont tous eu un impact majeur et servi pour redéfinir les États
ainsi que leurs systèmes (Thomas X. Hammes, The Sling and the Stone, p. 4).
28
social et militaire. Selon Hammes, Mao Zedong aurait été le premier à utiliser le concept
du 4GW pour apporter son parti communiste au pouvoir en 1949 suite à une guerre
Irak, les Talibans, les Tchéchènes et l’Al Qaeda sont les derniers à employer les
techniques du 4GW qui ont été développées au cours des dernières décennies 60 . Dans ce
concept, Hammes fait des distinctions nettes entre les tactiques conventionnelles, non-
Tout récemment, un autre expert bien réputé des États-Unis, Frank Hoffman, est
sorti avec le concept des guerres hybrides. C’est un concept qui pousse la 4GW encore
plus loin. Dans les guerres hybrides, Hoffman décrit qu’il n’y a plus de différence entre
où les acteurs étatiques et non-étatiques utilisent tous les moyens, qu’ils soient d’états
combattants 61 . Dans les guerres hybrides, ces acteurs peuvent passer d’un mode à un
autre sans qu’il n’y ait de distinctions. C’est un mélange parfait de tous les modes. Ils
conventionnelles, terroristes et criminelles. Les conflits, selon lui, sont donc devenus
« multi-modal » ou « multi-variant » 62 .
60
Thomas X. Hammes, The Sling and the Stone., p. 255
61
Frank G. Hoffman, “Hybrid Warfare and Challenges”, p. 34.
62
Ibid., p. 35.
29
les mêmes fondements de base que la guerre hors limites. Dans tous ces concepts de
guerre, l’objectif principal est d’enlever la volonté de combattre de son opposant plutôt
que la destruction de ses forces. Entre autre, Robb décrit l’objectif comme suit : «Victory
. . . is won in the moral sphere. The aim of 4GW is to destroy the moral bonds that
allows the organic whole to exist – cohesion 63 . De plus, les promoteurs de deux concepts
américains identifient plusieurs des mêmes éléments critiques que Liang et Xiangsui. Par
« illégale » dans la conduite des conflits. Les concepts tels que « civil », « militaire » ou
« l’arrière » d’un champ de bataille sont les mêmes. Et enfin, les approches asymétriques
sont les moyens privilégiés pour mener des combats contre des forces supérieures 64 . Il y
a donc beaucoup de ressemblance entre 4GW, la guerre hybride et la guerre hors limites.
Pendant que les forces belligérantes mettent tous en pratiques les techniques du
4GW, des guerres hybrides et de la guerre hors limites, les États occidentaux continuent
de déployer des forces conventionnelles pour tenter de stabiliser les conflits. Contre des
militaires et non-militaires selon les lois internationales. Il est intéressant de noter que les
63
John Robb, “4GW”, Global Guerrillas;
[Link] Internet; consulté le
21 janvier 2010.
64
Albert A. Nofi, Recent Trends in Thinking About Warfare, p.11.
30
experts américains en stratégie militaire s’entendent tous pour dire que la seule façon de
pouvoir vaincre un adversaire qui utilise ces concepts est de mobiliser toutes les
ressources nationales. Celles-ci doivent comprendre les organisations qui détiennent les
intelligence, Law, Cultural, and Humanitarian ». Dans ce domaine, ils font référence aux
théoriciens chinois Liang et Xiangsui et de leur livre sur « La guerre hors limites ». Ils
soutiennent que les Chinois maîtrisent déjà cette idée et sont les plus avancés à ce
niveau 65 . Mais, encore, même avec les pouvoirs du DIMEFILCH, les États occidentaux
trouve dans le camp de ceux qui pratique la stratégie de la guerre hors limites.
65
Albert A. Nofi, Recent Trends in Thinking About Warfare, p.93.
66
Kevin Coleman, “The Challenge of Unrestricted Warfare: A Look Back and a Look Ahead”,
[Link] Internet; consulté le 1 février 2010.
31
Même cela fait maintenant plus de dix ans que la stratégie de la guerre hors
limites de Liang et Xiangsui existe, elle demeure encore valide tels que démontré par les
limites est extrêmement bien documentée et détaillée ce qui en fait un sujet d’étude
l’ennemi et la victoire sans le combat. Son objectif principal est de changer la perception
des gens et elle se mesure par l’influence 68 . L’approche de Liang et Xiangsui suit la
tradition chinoise qui stipule, à la Sun Tsu, que la pensée humaine sera toujours plus forte
Le Secrétaire de la défense des États-Unis Robert Gates reconnaît que les forces
combattant sous ces modes de guerre représentent la plus grande menace aux intérêts
américains 70 . Cependant, rien ne pourrait égaler la menace d’une guerre hors limites mis
aux profits d’un État qui possède suffisamment de ressources et de détermination. Ces
67
Qiao Liang et Wang Xiangsui, La guerre hors limites, p. 9.
68
Kevin Coleman, “The Challenge of Unrestricted Warfare: A Look Back and a Look Ahead”.
69
Qiao Liang et Wang Xiangsui, La guerre hors limites, p. 9.
70
Robert M. Gates, “The National Defense Strategy: Striking the Right Balance”, Joint Force
Quarterly 52, 1st Quarter (2009), p. 5.
32
intérêts stratégiques des États qui les opposent. Il pourrait même en venir à déstabiliser
Étant donné que la détermination d’un acte de guerre dans la stratégie de la guerre
hors limites n’est plus tout-à-fait clair, ceci apporte à réfléchir. Même si la Chine
semblerait poser la plus grande menace aujourd’hui, qu’en est-il de l’Iran qui, depuis les
la dernière décennie, semble prendre tous les moyens pour faire sortir les forces
une guerre hors limites contre les États-Unis? Si oui, pourquoi et comment? Voici les
CHAPITRE 2
CHANGÉ?
Presque à toutes les semaines, l’Iran est à la une des manchettes pour ses activités
l’Holocauste. Il arrive ainsi à semer le doute sur les vraies ambitions iraniennes. Avec
ses lancements de missiles balistiques ou encore son implication avec des organismes
terroristes tels que le Hamas et le Hezbollah, l’Iran semble être partout et ses choix en
cause en même temps beaucoup d’anxiété pour les grandes puissances 71 . Pour un pays
de puissance moyenne, il est impressionnant de voir jusqu’à quel point l’Iran arrive à
rivaliser avec les grandes puissances par l’usage de son « soft power » et « hard power ».
déconnectées les unes des autres, la RII parvient dans une large mesure à imposer son
agenda aux grands de ce monde. Alors comment fait-il pour y arriver plus que d’autres
71
Frederic Wehrey, et coll., Dangerous but not Omnipotent; Exploring the Reach and Limitations
of Iranian Power in the Middle East (Santa Monica: RAND Project Air Force, 2009), p. 1.
34
Suite à la révolution islamique de février 1979, les pays occidentaux ont coupé
tous les liens politiques avec les leaders iraniens. Depuis ce temps, les experts essaient
sans cesse de déchiffrer la grande stratégie et la politique étrangère iranienne qui donnent
d’éléments et d’observations démontrent que ce que l’Iran cherche à atteindre est moins
Le but de ce chapitre est d’énoncer les objectifs stratégiques de l’Iran, d’établir les
l’intérieur de son gouvernement. Pour ce faire, ce chapitre sera divisé en trois parties.
Pour commencer, une courte énoncée de la culture stratégique de l’Iran sera donnée. En
second, les objectifs stratégiques ainsi que les principes de la politique intérieure et
pour mieux comprendre qui prend les décisions sur l’orientation politique iranienne. Il
est important de comprendre ces éléments puisque c’est ce qui dirige et guide la grande
stratégie iranienne. Dans les chapitres suivants, les moyens et les combinaisons utilisés
pour atteindre chacun des objectifs stratégiques seront analysés pour démontrer que l’Iran
72
Canadian Security Intelligence Service, Insights into the Future of Iran as a Regional Power;
Highlights from the Conference (Ottawa: World Watch Expert Notes Series, 30-31 March 2009), p. 8.
35
IRANIENNE?
une des grandes civilisations de ce monde. L’Iran est le seul pays depuis son existence
de pouvoir se vanter d’avoir gardé ses frontières presque intactes dans une région du
monde les plus contestées. C’est ainsi que les Iraniens ont toujours regardé leur histoire
avec énormément de fierté mais aussi avec beaucoup d’amertume. Sous les dynasties
Achéménides, Parthes (247 av. J.-C.- 224) et Sassanides (224-651), l’Iran avait joué un
région. Cependant, suite à cette période, la RII a été marquée par une succession
Sassanides par les armées arabes qui ont établi l’Islam en tant que la religion de l’Empire.
Jusqu’à aujourd’hui, cette période est marquée par la controverse. Pendant que les
comme élément nationaliste, les Iraniens plus laïques l’associent à l’humiliation et à leur
établit le chiisme en tant que secte dominante de l’Islam et permet à l’Iran, jusqu’à la fin
contre l’Empire Ottoman, les Safavides ont réussi à étendre leur influence en Irak, en
73
David E. Thaler, et coll., Mullahs, Guards, and Bonyads: An Exploration of Iranian Leadership
Dynamics (Santa Monica: RAND National Defense Research Institute, 2010), p. 7.
36
Sous les Qadjars, l’Iran a perdu son influence dans la région aux dépends des
empires expansionnistes britanniques et russes. Suite à leur défaite dans la guerre Russie-
le Caucase. Par la suite, grandement affaibli, l’Iran a perdu une autre guerre en
Afghanistan face aux Britanniques qui a durée de 1856-1857. L’Iran a ainsi perdu son
chah d’Iran a concédé aux Britanniques le contrôle de ses ressources nationales en retour
de devises. Un peu plus tard en 1919, dans une autre entente paraphée avec les
Britanniques, l’Iran cette fois leur a cédé le contrôle de ses ressources d’hydrocarbures.
Sous la monarchie Pahlavi, l’Iran a continué d’être dominé mais cette fois par les
États-Unis. En 1953, suite à un coup d’État organisé par les Américains, Mohammed
Reza Pahlavi a pu reprendre le pouvoir de l’Iran après qu’il ait été défait
démocratiquement. Tout comme les chahs Qadjars l’avaient été avec les britanniques,
Mohammed Reza était vu comme un serviteur des intérêts américains. Dans le but de
moderniser son pays, Mohammed Reza a adopté plusieurs mesures qui ont été vues par la
d’imposer la culture occidentale sur la RII 74 . Les Iraniens percevaient le chah comme
servant les intérêts américains devant ceux des intérêts de leur propre pays. Pour les
États-Unis, le chah jouait un rôle clé dans l’établissement de la sécurité dans le Golfe
74
Ibid., p. 8.
37
étant incapable de prendre des décisions d’ordre stratégique sans l’approbation des États-
Unis. Ils en voulaient ainsi aux Américains de supporter le régime répressif du chah 75 .
déposer le chah et instaurer une théocratie. Les Iraniens veulent alors à tout prix
retrouver leur place naturelle de puissance régionale et ils voient les États-Unis qu’ils
qualifient de « Grand Satan », avec leurs intérêts et leurs actions, comme étant leur plus
Maintenant que la culture stratégique iranienne a été définie, quels sont les
politique étrangère?
Selon les experts, les objectifs stratégiques de l’Iran sont très clairs. L’élite
politique de l’Iran cherche trois objectifs : (1) ils tiennent à assurer la survie du régime
tout en assurant leur souveraineté, (2) ils cherchent à devenir la puissance régionale
légitime du Moyen-Orient et (3) ils veulent faire partie du club des grandes puissances
75
Ibid., p. 9.
76
Ibid., p. 17.
38
leur place de prestige au Moyen-Orient; la place qu’ils ont jadis occupé sous le règne des
Achéménides (550-330 av. J.-C.), des Sassanides (224-651) et celui des Safavides au
XVIIIe siècle. Avec la révolution de 1979, les Iraniens ont envoyé un message clair aux
forces impérialistes. Ils veulent mettre un terme aux ingérences étrangères et regagner le
Pour se faire, il ne fait aucun doute que l’orientation politique de l’Iran suit une
grande stratégie et que même si elle peut paraître à la fois irrationnelle et erratique, elle
est tout-à-fait logique 78 . La politique iranienne repose sur deux éléments : les objectifs
stratégiques iraniens et les États-Unis, qui leur posent la plus grande menace 79 .
Aujourd’hui comme juste avant la révolution de 1979, l’Iran a toujours perçu les États-
Unis comme étant l’obstacle majeur incontournable pour atteindre ses grandes ambitions.
C’est ainsi que même si la politique étrangère a connu quelques fluctuations depuis la
révolution, la stratégie iranienne a toujours évolué sous une constance, celle de se défaire
en deux périodes : la première qui est allée de 1979 à 1989 pendant laquelle le régime
77
Canadian Security Intelligence Service, Insights into the Future of Iran as a Regional Power, p.
27.
78
Mohsen M. Milani, “Tehran’s Take”, Foreign Affairs 88, Iss. 4 (juillet/août 2009), p. 1;
[Link]
&VType=PQD&RQT=309&VName=PQD&TS=1271556873&clientId=1711; Internet; consulté le 16
février 2010.
79
Ibid., p. 1.
39
deux principes : (1) « Neither East nor West but the Islamic Republic » et (2) « Export of
époque, elle avait servi pour faire aversion à l’influence américaine et à mobiliser l’Iran
pour supporter la guerre contre l’Iraq de 1980 à 1988. Suite à cette guerre, l’Iran s’est
retrouvé isolé de ses voisins et devait à tout prix rebâtir son économie et réintégrer le
d’exporter la révolution 82 .
pris une autre approche, celle qui favorisait le pragmatisme. Sous les Présidents
ses liens avec les États voisins. Tout en gardant allégeance au concept du velayat-e faqih
80
Frederic Wehrey, et coll., Dangerous but not Omnipotent; Exploring the Reach and Limitations
of Iranian Power in the Middle East, p. 10.
81
Eva Patricia Rakel, “Iranian Foreign Policy since the Iranian Islamic Revolution : 1979-2006”,
Perspectives on Global Development and Technology 6 (2007), p. 160;
[Link]
%20the%20Iranian%20Islamic%20Revolution%3A%201979%2D2006&author=Eva%20Patricia%20Rake
l&issn=15691500&title=Perspectives%20on%20Global%20Development%20and%20Technology&volum
e=6&issue=1%2D3&date=20070101&spage=159&id=doi:&sid=ProQ_ss&genre=article&lang=en;
Internet; consulté le 2 décembre 2009.
82
Frederic Wehrey, et coll., Dangerous but not Omnipotent; Exploring the Reach and Limitations
of Iranian Power in the Middle East, p. 10.
40
avec les États-Unis. Cependant, la rivalité interne entre les différentes factions au sein du
pouvoir aujourd’hui fait parti des révolutionnaires de première génération parmi lesquels
leur vision de la politique a été forgée par la guerre Iran-Irak83 . Sous les commandes
d’Ahmadinejad, la RII a adopté une orientation politique plus radicale et a fait un retour
d’Ahmadinejad vise trois objectifs : (1) garder les masses musulmanes comme alliées
fidèles, (2) maintenir un bon partenariat avec les États musulmans, et (3) s’abstenir de
tout rapprochement avec les États-Unis 84 . Avec sa réélection en juin 2009, la population
iranienne, l’élite politique et le Guide suprême lui-même ont démontré leur confiance
envers leur Président et il continue ainsi d’aller de l’avant avec son agenda.
83
Lionel Beehner, “Iran’s Multifaceted Foreign Policy”, [Link]
Internet; consulté le 11 janvier 2010.
84
Eva Patricia Rakel, “Iranian Foreign Policy since the Iranian Islamic Revolution: 1979-2006”, p.
166.
41
l’approche d’Ahmadinejad n’en fait pas exception 85 . Comme ce fut le cas avec la
Géorgie en août 2008, l’Iran a préféré ne pas interférer auprès de la Russie pour ne pas
brimer leur relation stratégique. L’élite politique iranienne n’hésite donc pas de mettre de
Golfe, les experts réunis se sont entendu sur les principes clés de la politique intérieure
iranienne et sur les axes majeurs de sa politique étrangère. Ils les ont définis comme
suit 87 :
85
Canadian Security Intelligence Service, Insights into the Future of Iran as a Regional Power, p.
27.
86
Ibid., p. 28.
87
Pierre Razoux, L’OTAN et la sécurité du Golfe, Compte rendu de séminaire (Rome : NATO
Defense College Research Division, 2-3 décembre 2009), p. 3.
42
perçu comme un moyen de pression pour obtenir les objectifs recherchés vis-à-vis
du Golfe.
- La « Look to the East Policy » (Russie, Chine, Pakistan, Inde, Amérique Latine)
peut être déduit que ses fondements sont demeurés constants. Maintenant et comme il y a
trente ans, la RII continue de combattre les ingérences extérieures des forces impérialistes
et des régimes arabes sunnites tout en tentant de répandre leur influence dans la région.
Certains spécialistes s’entendent pour dire que la politique étrangère peut se regrouper
le support aux groupes militants islamiques pour des raisons symboliques et comme
analysant l’orientation politique des trente dernières années, il peut être déduit que ses
fondements ont demeuré constants. Les principes et les axes majeurs identifiés lors du
88
Frederic Wehrey, et coll., Dangerous but not Omnipotent; Exploring the Reach and Limitations
of Iranian Power in the Middle East, p. 32.
43
séminaire de l’OTAN sont clairement orientés vers les objectifs stratégiques de l’Iran. Ils
servent donc à orienter les actions de l’élite politique iranienne pour assurer la survie du
d’égalité avec les grandes puissances. Alors, pourquoi se fait-il que les actions de l’élite
POLITIQUE?
iranien. Malgré le fait que la politique iranienne puisse parfois paraître schizophrénique,
il y a une constance qui demeure. La politique interne et étrangère de l’Iran est bien celle
du Guide suprême basée sur les grandes ambitions iraniennes 89 . Dans la stratégie de la
guerre hors limites, ceci est un facteur extrêmement important puisque ses principes clés
omnidimensionnelle et de la synchronie. Avec tous les pouvoirs qui lui sont conférés et
l’influence qu’il exerce à travers le système politique iranien, l’ayatollah Khamenei est
bien placé pour mobiliser et coordonner les forces dans les domaines militaire et non
militaire pour atteindre les objectifs stratégiques. La figure 2.1 illustre bien l’hiérarchie
89
Karim Sadjadpour, “Understanding Ayatollah Khamenei: Leader’s Thoughts on Israel, the U.S.,
and the Nuclear Program”, extrait de Understanding Iran, sous la direction de Jerrold D. Green, Frederic
Wehrey et Charles Wolf, Jr., (Santa Monica: RAND National Security Research Division, 2009), p. 87-95.
44
iranien. S’il est parfois difficile de comprendre l’orientation politique de la RII, c’est que
Comme il est bien démontré dans la figure, le Guide suprême se situe au centre du
système gouvernemental et exerce une influence directe et indirecte aux seins de toutes
les institutions et les politiques qui en découlent. C’est lui qui prend toutes les décisions
majeures, et il le fait normalement une fois qu’il y ait eu un consensus entre les
approuve le choix du Président élu par la population. Il agit aussi en tant que
Commandant en chef des Forces armées et des forces policières, chef du ministère qui
branche judiciaire du pays. Maintenant, depuis plus que jamais, l’ayatollah Khamenei
semble avoir un plus grand contrôle sur la politique étrangère de son pays. Entre autre,
c’est lui qui dirige l’orientation de l’Iran par rapport à la poursuite du programme
représentants à tous les niveaux, il peut contrôler et voir à l’exécution de ses politiques.
Ces représentants agissent aussi comme des conseillés et le tiennent au courant des
pourrait le faire que si son autorité est remise en question ou s’il a le support des ses
90
Shahram Chubin, “Decisionmaking for National Security: The Nuclear Case”, extrait de
Understanding Iran, sous la direction de Jerrold D. Green, Frederic Wehrey et Charles Wolf, Jr., (Santa
Monica: RAND National Security Research Division, 2009), p. 52-65.
46
conseillés et des autres centres de pouvoirs 91 . Par rapport aux États-Unis, Khamenei ne
recherche pas la confrontation, mais il ne s’oppose pas non plus un certain niveau de
conflit pour servir certains de ses intérêts. Entre autre, selon certains spécialistes, les
dirigeants iraniens parviennent même à instrumentaliser une confrontation avec les États-
Unis pour garder « les fantassins de la révolution » sur un pied d'alerte et légitimer leurs
Le rôle du Président
exerce aussi une grande influence sur la politique interne et étrangère. C’est lui qui
(SNSC) », implémente les lois légiférées par le Majles, et signe les ententes et les traités
internationaux. Il peut donc prendre des décisions tactiques sur les différents aspects de
pas tout-à-fait d’accord avec lui, Ahmadinejad se sert du nucléaire pour promouvoir
est ainsi difficile pour le Guide suprême de le contrarier. Même si c’est le Guide
suprême qui mène les commandes, Ahmadinejad, encore plus radicale, peut arriver à lui
91
Mohsen M. Milani, “Tehran’s Take”, p. 2.
92
David E. Thaler, et coll., Mullahs, Guards, and Bonyads: An Exploration of Iranian Leadership
Dynamics, p. 63.
93
Mohsen M. Milani, “Tehran’s Take”, p. 2.
47
forcer la main. Pour ce qui est de la défense nationale et la sécurité, la grande majorité
des décisions sont prises par le SNSC et se fait par consensus plutôt que par décret 94 .
En ce qui à trait aux autres sphères d’influence, c’est le Majlis formé de 290
membres élus qui révise et approuve le budget, propose de nouvelles lois, et ratifie toutes
les ententes internationales, les contrats et les traités. Les partis au pouvoir du Majlis
sont formés par des militants modérés, des réformateurs et des révolutionnaires. Ceci fait
en sorte qu’il est souvent difficile de trouver un terrain d’entente. Lorsque le Majles
prend des décisions, celles-ci sont alors soumises au Conseil des gardiens. Ce conseil qui
est formé de douze membres très puissants dont six clergés et six juristes conservateurs
choisis par le Guide suprême, a le droit de veto sur toutes les décisions du Majlis. Puis, il
comme médiateur lorsque le Majlis et le Conseil des gardiens n’arrivent pas à s’entendre.
Il y a aussi les Gardiens de la révolution qui gagnent de plus en plus d’influence dans
l’établissement de la politique interne et étrangère. Le rôle qu’ils jouent sera décrit plus
en détails dans les prochains chapitres par rapport à l’influence qu’ils exercent. Ces
retrouvent à tous les niveaux et font usages de toutes les combinaisons en ligne avec les
94
James Dobbins, “Negotiating with Iran: A Case Study” extrait de Understanding Iran, sous la
direction de Jerrold D. Green, Frederic Wehrey et Charles Wolf, Jr., (Santa Monica: RAND National
Security Research Division, 2009), p. 66-70.
48
S’il est difficile de comprendre l’orientation politique de l’Iran, c’est que celle-ci
est largement influencée par divers leaders, des factions internes et des réseaux informels
qui sont continuellement en compétitions l’un contre l’autre. La personnalité des leaders
en vaut aussi pour beaucoup dans un système où les pouvoirs sont répartis entre une
«ambivalent» du système politique et décisionnel iranien est en effet l'une des raisons
pour lesquelles la politique étrangère de la RII est si difficile à décoder pour les
erratique, irrationnel, voire même contradictoire. Par exemple, pendant que Larijani,
l’État d’Israël. Les réformateurs du Majles accusent d’ailleurs leur Président d’aller trop
loin 98 . Un autre exemple est que le Ministère des affaires étrangères et les Gardiens de la
révolution préconisent deux approches contradictoires par rapport à l’Irak. Pendant que
le Ministère évite tout contact avec Moqtada al-Sadr, leader du mouvement chiite en Irak,
95
David E. Thaler, et coll., Mullahs, Guards, and Bonyads: An Exploration of Iranian Leadership
Dynamics, p. 22.
96
Ibid., p. 35.
97
Ibid., p. 116.
98
Renaud Girard, “The Calculated Provocations of the Islamist Iranian President”,
[Link]
the_calculated_provocations_of_the_islamist_iranian_president.php; Internet; consulté le 2 avril 2010.
49
du Mahdi 99 .
demeure pas moins le chef d’orchestre. Avec tous ses représentants insérés à tous les
niveaux tant du côté des institutions républicaines que du côté des organismes
enlignées avec les objectifs stratégiques. Il est donc bien placé pour mettre en application
les principes essentiels énoncés par Liang et Xiangsui pour mener une stratégie de guerre
hors limites.
tout prix de préserver la survie de son régime et de redevenir une puissance régionale
comme elle l’avait été sous l’Empire perse. De plus, le régime iranien tient à être traité
d’égaux et avec respect par les grandes puissances. Pour ce faire, l’Iran voit les États-
Unis comme leur plus grande menace. Pour arriver à atteindre leurs objectifs
stratégiques, l’élite politique iranienne a changé d’approche depuis la fin des 1980.
paraître irrationnelles et erratiques, elles demeurent bien calculées par le Guide suprême
99
Frederick W. Kagan, Kimberly Kagan et Danielle Pletka, Iranian Influence in the Levant, Iraq
and Afghanistan, p. 17.
50
et son entourage qui sont représentés à tous les niveaux à travers le système
constantes et les leaders iraniens n’hésitent pas à mettre les intérêts du pays devant leur
idéologie.
l’Iran peut être décrite par celle de la guerre hors limites. Est-ce que l’Iran utilise les
combinaisons, les moyens et les principes de la guerre hors limites pour atteindre ses
comportement iranien en fonction des critères et des principes établis pour mener une
CHAPITRE 3
ces objectifs est celui d’assurer la survie de leur régime et leur indépendance nationale.
territoriale. Pour bien comprendre cet objectif, il suffit de regarder l’importance que lui
l’ayatollah Khamenei et il a reconnu quatre thèmes qui dominent ses discours politiques.
Ceux-ci sont : la justice, l’Islam, l’indépendance et l’autosuffisance 100 . Selon lui, les
activités du régime peuvent être suivies sous ces quatre thèmes qui sont tous inter-reliés :
pour promouvoir la justice et l’Islam, le pays doit maintenir son indépendance nationale
des puissances externes 101 . Pour y arriver, le régime de l’ayatollah Khamenei semble
avoir adopté une stratégie agressive à multifacettes à l’intérieur de ses frontières et dans
100
Karim Sadjadpour, “Understanding Ayatollah Khamenei: Leader’s Thoughts on Israel, the
U.S., and the Nuclear Program”, extrait de Understanding Iran, p. 87-95.
101
Ibid., p. 87-95.
52
guerre hors limites pour arriver à son premier objectif, celui d’assurer sa survie et son
intégrité territoriale. Pour valider cet argument, ce chapitre sera divisé en trois parties.
Pour commencer, les défis internes et externes auxquels doivent s’en prendre le régime
la souveraineté du pays. Deuxièmement, une analyse sera faite sur les moyens utilisés
par les leaders iraniens pour arriver à leur objectif. Ceci sera fait en se servant des quatre
combinaisons énoncées par Liang et Xiangsui détaillées dans le premier chapitre. Celles-
ci sont les combinaisons supranationales, hors domaines, hors moyens et hors degrés. En
combinaison-addition pour démontrer que le régime iranien applique bien la stratégie des
deux auteurs chinois. Alors quelles sont les menaces qui s’opposent à la survie du régime
iranien et à leur indépendance et comment est-ce qu’il utilise la stratégie de la guerre hors
SOUVERAINTÉ DE L’IRAN
l’ayatollah Khamenei n’hésite surtout pas d’employer tous les moyens mis à leur
reçu de nombreuses sanctions et se retrouve aujourd’hui isolée de tous les côtés. En plus
d’être entouré par ses voisins arabes et sunnites, l’Iran doit aussi composer avec la
menace des Forces américaines implanté au Moyen-Orient. L’Iran n’est pas inquiet que
ces Forces peuvent envahir le pays, mais plutôt des bases qu’elles fournissent pour
encourager la dissidence des différentes ethnies dans les régions avoisinantes 102 .
Le régime islamique doit donc sans cesse se battre pour assurer sa survie et pour
maintenir l’indépendance de son pays et les nombreuses sanctions qui lui ont été
Iraniens doivent composer avec des restrictions sur les importations d’équipement et de la
technologie qui leurs sont nécessaires pour le développement de leurs raffineries, leurs
centrales électriques et leurs systèmes de communications 103 . De plus, les prêts aux
institutions financières de l’Iran ont tous été arrêtés. Leurs instituions n’ont plus accès
aux marges de crédit, aux transferts de fonds à l’intérieur du système international et tous
les avoirs à l’étranger ont été gelés 104 . Il y a aussi un embargo sur tout l’équipement
militaire qui a un impact direct sur les capacités militaires de l’Iran. D’autres restrictions
existent aussi sur l’acquisition du fer et sur l’acquisition des technologies avancées dans
102
Stratfor Global Intelligence, “Geopolitics on Iran”,
[Link] Internet; consulté le 26 février 2010.
103
Maj.-Gen. (res.) Aharon Zeevi Farkash, “Iranian Strategic Vulnerabilities: Implications for
Policy Options to Halt the Iranian Nuclear Program”, [Link]
Internet; consulté le 9 mars 2010.
104
Ibid.
54
À cause de ces sanctions et des dommages causés par la guerre avec l’Irak de
1980 à 1988, l’Iran n’a jamais été en mesure de retrouver sa production de pétrole de la
période pré- révolutionnaire. Juste avant la révolution, la RII était arrivée à produire plus
de six millions de barils de pétrole par jour. Ce chiffre se situe aujourd’hui à un peu plus
de quatre millions de baril, mais ses exportations continuent sans cesse de diminuer à
cause de ses besoins domestiques toujours croissants 106 . Ceci limite les marges de
internationale place le pays dans une situation très précaire. Il n’est pas surprenant que le
régime islamique se sent menacé d’où la raison, les experts s’accordent pour dire, que
Au chapitre 2, il a été vu que le Guide suprême est celui qui détient tous les
pouvoirs en Iran. Il est donc très bien placé pour pouvoir orchestrer une stratégie pour
arriver à son premier objectif stratégique. Alors, est-ce que Khamenei fait bien l’usage
des différents moyens de la guerre hors limites proposés par les deux colonels chinois
105
Ibid.
106
Canadian Security Intelligence Service, Insights into the Future of Iran as a Regional Power, p.
21.
107
Maj.-Gen. (res.) Aharon Zeevi Farkash, “Iranian Strategic Vulnerabilities: Implications for
Policy Options to Halt the Iranian Nuclear Program”.
108
Frederic Wehrey, et coll., Dangerous but not Omnipotent; Exploring the Reach and Limitations
of Iranian Power in the Middle East, p. 9.
55
Liang et Xiangsui? Pour répondre à cette question, il suffit d’analyser les différentes
Combinaisons supranationales
régime iranien comprend très bien qu’il ne peut y arriver à lui seul. Pour ce faire, l’élite
étatiques pour assurer son intégrité politique et territoriale. La combinaison de tous ces
et à contourner certaines sanctions qui lui ont été imposées à cause de son programme
nucléaire. Pour contrer les pressions des États-Unis et de l’ONU, l’Iran a crée ses
étatiques.
Une de ces plus fortes alliances pour maintenir son indépendance territoriale est
certainement celle que l’Iran maintient avec la Russie et la Chine. La RII a besoin de
maintenir de bonnes relations avec ces deux pays pour l’aider à adresser ses problèmes
56
sociaux, économiques et en infrastructures et pour garder leur support pour faire avancer
acquérir les systèmes de défense S-300 (missile sol-air) qu’il a de besoin en cas d’attaque
d’Israël ou des États-Unis 109 . En revanche, la Russie dépend des revenus qui sont
ministre Putin plus que le Président russe Medvedev supporte l’Iran contre les mesures
envisagées par les États-Unis, dans le but d’affirmer la puissance de son pays. Moscou a
même évoqué former une OPEP du gaz avec Téhéran pour permettre à la Russie de
revenir dans le grand jeu géopolitique régional 110 . De l’autre côté, la Chine dépend
où la Chine est prête à aller pour supporter les mesures américaines pour restreindre
l’Iran. Ces combinaisons supranationales d’État + État s’avèrent donc être extrêmement
efficace. Comme les États-Unis avaient fait pour intervenir en Irak en 1991 et 2003, la
RII s’assure de se trouver des partenaires pour atteindre ses objectifs 111 .
En jouant leur carte avec la Chine et la Russie, l’Iran peut ainsi empêcher les
États-Unis et l’ONU d’arriver à un consensus sur les mesures à prendre contre lui 112 .
Depuis qu’Ahmadinejad a annoncé que son pays avait réussi à enrichir de l’uranium à
109
Ehsan Ahrari, “Can Beijing and Moscow Help with Tehran”,
[Link] Internet; consulté le 24 février
2010.
110
Jean-François Susbielle, Les royaumes combattants (Paris: Éditions First, 2008), p. 313.
111
Qiao Liang et Wang Xiangsui, La guerre hors limites, p. 260.
112
Scott T. Davis, “Tiring Tehran: A Strategy to Exhaust The Iranian Regime”, Strategos: The
Journal of the United States Military Strategist Association 1, Iss. 1 (été 2007), p. 8.
57
20%, le groupe des six outre la Russie (États-Unis, la Chine, la France, la Grande-
contre l’Iran 113 . Cependant, la Russie ne s’entend pas sur les mesures à prendre ce qui
joue en faveur du régime iranien. Pour éviter que d’autres sanctions lui soient imposées
et que leur pays se retrouve isolé davantage, le régime iranien utilise donc ses relations
avec la Russie et la Chine avec grande efficacité. Pour contrebalancer la menace et les
sanctions américaines, l’Iran est même allé jusqu’à faire la demande auprès de
L’Iran détient le statut d’État observateur depuis 2005. Il peut donc être argumenté que
Les États de l’Afghanistan et d’’Irak et les joueurs non-étatiques tels que les
Talibans et les Forces du Mahdi sont d’autres alliés importants pour que le régime iranien
puisse assurer sa survie. Pour empêcher que les États-Unis entourent complètement
l’Iran avec ses forces militaires et décident de passer à l’offensive, l’Iran semble
manipuler ses relations avec ces deux voisins et les forces d’insurgés pour garder les
Forces américaines embourbées dans des conflits régionaux. En Afghanistan tout comme
en Irak, le régime iranien rejette la présence des Forces américaines. Pour ce faire, les
113
Ria Novosti, “Sanctions contre l’Iran : Renforcer le régime de non-prolifération (Moscou)”,
[Link] Internet; consulté le 23 mars 2010.
114
Mohsen M. Milani, “Tehran’s Take”, p. 5.
58
leaders iraniens appuient les gouvernements de ces deux pays et financent plusieurs
projets de reconstruction 115 . Toutefois, les États-Unis accusent l’Iran d’avoir un double-
développer des liens amicaux avec le gouvernement afghan tout en soutenant de façon
financière les Talibans dans leurs combats contre les Forces américaines 116 . Ceci est bien
assurer la survie du régime et la souveraineté du pays. En Irak, pour des raisons tout-à-
fait similaires, l’Iran joue le même jeu. En se servant de ses liens amicaux avec le
Mahdi, le régime iranien est capable de manipuler les tensions en Irak pour garder
l’attention des Américains et les garder sur la défensive 117 . Comme le soulèvent Liang et
Voilà donc des exemples concrets des combinaisons d’État + État + non-étatiques
dont fait usage l’Iran pour la survie du régime et l’indépendance du pays sur le plan
dont : sa relation avec la Russie pour bloquer d’autres sanctions internationales et lui
115
Robert Baer, The Devil We Know (New York: Crown Publishers, 2008), p. 87.
116
Quentin Sommerville, “Mahmoud Ahmadinejad attacks US for Afghan double game”,
[Link] Internet; consulté le 24 mars 2010.
117
Anthony H. Cordesman, Arleigh A. Burke et Adam C. Seitz, Threats, Risks and
Vulnerabilities : Terrorism and Asymetric Warfare, rapport rédigé pour le Center for Strategic and
International Studies (Washington: Burke Chair in Strategy, mai 2009), p. 31.
118
Qiao Liang et Wang Xiangsui, La guerre hors limites, p. 260.
59
aussi les tensions en Afghanistan et en Irak sous les organisations non-étatiques telles que
les Talibans et l’Armée du Mahdi pour enliser les Forces américaines dans des conflits
régionaux. Les dirigeants iraniens sont pleinement conscients que leur pays dépend des
bonnes relations avec ces États et des organismes stratégiques pour éviter qu’ils se
retrouvent isolés et coupés des éléments vitaux nécessaires à la survie du régime et à son
plusieurs domaines.
Selon les auteurs chinois, la guerre ne s’apparente plus qu’au domaine militaire.
Elle se déroule désormais dans de nouveaux espaces tels que celui de l’informatique, du
marché financier, des commerces, etc et ces guerres, beaucoup moins sanglantes,
s’avèrent tout aussi efficace. Dans la guerre hors limites de Liang et Xiangsui, il suffit de
choisir le domaine (politique, économique, militaire, culturel, religieux, etc) qui sera le
combine à la fois plusieurs domaines qui lui permettent d’atteindre ses objectifs. Pour
illustrer que le régime iranien utilise bien le concept des combinaisons hors domaines, les
paragraphes qui suivent donnent des exemples d’actions qui ont été prises dans les
stratégique. Étant donné que le régime est en moyen de contrôler et d’influencer toutes
60
coordonner et de synchroniser simultanément toutes les activités. Il peut donc être conclu
que le régime combine toutes les actions dans les différents domaines pour assurer sa
domaines utilisés.
Domaine politique
iranien œuvre dans le domaine politique de plusieurs façons. Pour commener, grâce à
son influence politique, Khamenei est capable d’instaurer des politiques qui assurent la
survie du régime et il peut aussi en bloquer d’autres qui vont à son encontre 119 . Il joue
adroitement ses cartes entre les réformes républicaines et théocratiques sachant très bien
que s’il se penche trop vers la première, ceci pourrait lui coûter son poste 120 . Il fait aussi
tout dans son possible pour repousser publiquement toutes les invitations américaines,
voyant celles-ci comme de nouvelles manigances des États-Unis pour s’ingérer dans les
affaires internes de l’Iran 121 . De plus, pour maintenir l’ordre à sa façon, il contrôle le
Ministère de l’intérieur et ses Forces policières. Il n’hésite surtout pas d’user des moyens
119
Depuis sa nomination au poste de Guide suprême, l’influence qu’exerce Khamenei au sein du
gouvernement n’a jamais cessé d’accroître et avec le temps, il a réussi à mettre en place des représentants
fidèles à tous les niveaux. Avec les nombreux membres des Gardiens de la révolution qui y ont été élus et
avec certains fidèles bien placés comme le « Speaker », Gholam Ali Haddad-Adel, il est capable d’exercer
le contrôle sur le Majles. La fille de Gholam Ali Haddad-Adel est mariée avec le fils de Khamenei.
(Jerrold D. Green, Frederic Wehrey et Charles Wolf, Jr.,Understanding Iran, p. 7.)
120
Jerrold D. Green, Frederic Wehrey et Charles Wolf, Jr.,Understanding, p. 7.
121
Ibid., p. 8.
61
répressifs pour faire taire tous les mouvements d’opposition au régime et les organismes
dissidents, tels que les Iraniens Azéris et les Kurdes, qui sont supportés par les États-Unis
dans la région Nord-Ouest de l’Iran 122 . Pour avoir un autre exemple de sa force, il suffit
de regarder les arrestations qui ont eu lieu lors du 31ième anniversaire de la révolution.
Pendant ces célébrations, les forces de l’ordre ont arrêté de nombreux partisans de
arrestations, les autorités ont exécuté deux opposants et en ont condamné dix à mort.
Pour assurer la survie du régime et la souveraineté du pays, Khamenei œuvre bien sur le
révolution (Pasdarans) pour assurer la survie du régime. Ces derniers sont partout sur la
scène politique, économique et sociale. Ils occupent les postes clés dans les grandes
d’énergie, les entreprises économiques et contrôlent les médias de l’État 124 . En exerçant
son influence sur les Pasdarans, Khamenei est capable de dominer le milieu politique à
122
Stratfor Global Intelligence, “Geopolitics on Iran”,
[Link] Internet; consulté le 26 février 2010.
123
Laurent Maillard, “Iran : Ahmadinejad défie l’Occident et censure l’opposition”,
[Link]
[Link]; Internet; consulté le 11 février 2010.
124
Lors des élections législatives de 2004, les Pasdarans ont réussi à faire élire 91 des 152
nouveaux membres au sein du Majles. Néoconservateurs de base, la montée des Pasdarans a commencé à
la fin de la guerre Iran-Irak et à continuer suite aux mécontentements des réformes présentées par les
Présidents Rafsanjani (1989-1997) et Khatami (1997-2005). Dans le but de financer leurs propres
programmes de sécurité et d’assurer leur indépendance, les Pasdarans ont établi leurs propres entreprises et
se sont tranquillement immiscé dans les affaires de l’État, arrivant ainsi à contrôler la plupart des secteurs.
(Anoush Ehteshami, “Iran’s Defense Establishment”, extrait de Understanding Iran, sous la direction de
Jerrold D. Green, Frederic Wehrey et Charles Wolf, Jr., (Santa Monica: RAND National Security Research
Division, 2009), p. 71-78.)
62
travers tout le pays. La puissance de Guide suprême dans le domaine politique provient
bloquer celles de ses principaux détracteurs et des influences externes. Voilà comment le
régime est capable d’opérer dans le domaine politique pour assurer sa survie et voir aux
Domaine économique
Dans le domaine économique, le régime iranien est aussi très actif pour assurer sa
nouvelles relations d’affaires avec des compagnies pétrolières d’Europe et d’Asie. Plutôt
que l’Europe occidentale, les exportations sont maintenant orientées vers le Japon, la
Chine, l’Inde, la Corée du Sud et l’Italie étant donné que les pays d’Asie sont moins
susceptibles aux pressions internationales 125 . En plus de ces nouveaux marchés, l’Iran a
tout récemment conclu une entente de plus de six milliards de dollars avec la compagnie
chinoise Sinopec concernant sept nouveaux projets de raffinerie de pétrole. Ceci permet
au régime iranien d’aller chercher le capital nécessaire pour développer son secteur
d’énergie qui souffre sous les sanctions américaines 126 . Entretemps, pour garantir ses
125
Reuters, “Sinopec in $6.5 Billion Iran refinery deal: Iranian media”,
[Link] Internet; consulté le 10 mars 2010.
126
Ibid.
63
avec le Président vénézuélien Chavez 127 . Pour ce qui de son plan à long terme, l’Iran
est en train de développer une stratégie énergétique ambitieuse qui consiste à s’affranchir
des terminaux pétroliers situés à l’intérieur des eaux du Golfe en diversifiant ses
exportations d’hydrocarbures dans trois directions différentes : (1) vers l’Europe, via la
Turquie, (2) vers l’Inde, l’Asie et le Japon à travers la construction d’un nouveau terminal
indiens), et (3) vers la Chine, via l’Afghanistan et/ou le Pakistan par la construction d’un
nouvel oléoduc (grâce à l’apport de capitaux chinois) 128 . Cette politique des pipelines
visent à augmenter les exportations de l’Iran pour accroître ses revenus tout en
immunisant le régime contre les embargos, de futures sanctions et des boycotts des pays
occidentaux 129 . Dans le domaine économique, ces exemples démontrent bien que l’Iran
tient à tout prix à protéger ses vulnérabilités économiques pour assurer la survie du
Domaine informationnel
pouvoir marchander avec les États-Unis et ainsi protéger son indépendance territoriale.
Pour s’y faire, la RII se proclame comme étant le défenseur des musulmans à travers le
monde contre l’usurpation de l’Israël sur les terres de la Palestine. À chaque occasion
127
Pierre Razoux, L’OTAN et la sécurité du Golfe, p. 4.
128
Ibid., p. 4.
129
Mohsen M. Milani, “Tehran’s Take”, p. 6.
64
qu’ils ont, les leaders iraniens n’hésitent pas de crier à l’injustice contre le mouvement
sioniste 130 . Selon, le régime iranien, Israël est un problème qui a été crée par les
Occidentaux et c’est à eux de le régler et d’envoyer les Juifs sur des terres occidentales
plutôt que la Palestine 131 . Cette rhétorique de l’Iran ne fait qu’enflammer les tensions au
Moyen-Orient et nuire aux pourparlers entamés par les États-Unis. Pour tenter de faire
reculer la RII et de leur mettre de la pression, les États-Unis accusent le régime iranien de
massive 132 . Khamenei comprend bien le jeu que les Américains tentent de mener et il
n’est pas à la veille d’arrêter de supporter la cause des Libanais et des Palestiniens. Au
contraire, le domaine informationnel lui donne un autre moyen de pouvoir négocier avec
les États-Unis pour empêcher de se retrouver isolé davantage. Pour continuer de jeter de
l’huile au feu et combattre les messages anti-iraniens, la RII emploie un réseau de médias
internet tel que Al Alam sont transmis à travers le monde arabe et permet au régime
iranien de cultiver leurs idéaux islamiques, aller chercher le support nécessaire des
Arabes et déjouer les mauvaises représentations sur l’état islamique 133 . Il peut ainsi
130
Karim Sadjadpour, “Understanding Ayatollah Khamenei: Leader’s Thoughts on Israel, the
U.S., and the Nuclear Program”, extrait de Understanding Iran, p. 87-95.
131
Lors d’une entrevue sur MSNBC en septembre 2006, le Président Mahmoud Ahmadinejad
clarifie sa position sur l’holocauste et les Juifs au Moyen-Orient, [Link]
syzZ4ZY; Internet; consulté le 9 mars 2010.
132
Karim Sadjadpour, “Understanding Ayatollah Khamenei: Leader’s Thoughts on Israel, the
U.S., and the Nuclear Program”, extrait de Understanding Iran, p. 87-95.
133
Jerrold D. Green, Frederic Wehrey et Charles Wolf, Jr.,Understanding Iran, p. 36.
65
Domaine militaire
puissance des forces des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), des États-Unis
ou d’Israël, il continue sans cesse d’adapter leurs stratégies et demeure très actif pour
dissuader leurs détracteurs et assurer sa souveraineté. Pour défendre ses frontières, la RII
se fie sur ses forces conventionnelles (Artech) et sur les Pasdarans, qui comprennent aussi
les Al-Quds et les Basidjs. Suite à la révolution et à la guerre Iran-Irak de 1980-1988, les
souveraineté 135 . Cette stratégie englobe plusieurs aspects. Elle repose premièrement sur
dans des guerres de basse intensité. Basé sur les Pasdarans, ces forces peuvent
rapidement se transformer et conduire des attaques décentralisées sur l’avance des forces
ennemies. De plus, l’Iran supporte les actions terroristes. Ces actions pourraient
de d’autres cellules financées et entraînées par les Iraniens. Il pourrait donc utiliser la
134
Ces forces dépendent encore aujourd’hui sur des systèmes conventionnels que l’Iran a acquis
pendant la période du dernier chah et plusieurs de ses systèmes sont basés sur un inventaire inefficace
provenant de la Chine, la Russie et de la Corée du Nord (Iranian Weapons of Mass Destruction, CSIS
Report, p. 4.). Ces dépenses en défense et ses importations démontrent bien que l’Iran ne peut plus oser
rivaliser avec les États du Golfe en matière de ressources, de technologie militaire et de forces
conventionnelles qui sont beaucoup plus avancées. Depuis 1997, les pays du CCG ont dépensé jusqu’à huit
fois plus en défense. En 2007, le GCC avait dépensé 52,1 milliards comparativement à 7,3 milliards pour
l’Iran Les dépenses de l’Iran ne représentent que la moitié de celui d’Israël et seulement 1% des États-Unis.
(Anthony H. Cordesman, Arleigh A. Burke et Adam C. Seitz, Iranian Weapons of Mass Destruction: The
Broader Strategic Context, rapport rédigé pour le Center for Strategic and International Studies
(Washington: Burke Chair in Strategy, mai 2009), p. 8.)
135
Mohsen M. Milani, “Tehran’s Take”, p. 3.
66
d’armement iranien. Même si l’Iran dépense peu comparativement aux pays du CCG, il
continue à acquérir des armes plus modernes. Les années d’embargos ont aussi forcé
l’Iran à développer sa propre industrie militaire qui est maintenant reliée à ses centres de
recherches universitaires et « think tanks ». Un troisième aspect est que la RII développe
de la Chine et de la Russie, l’Iran produit des missiles qui selon eux peuvent atteindre
Israël. Les Forces iraniennes ont d’ailleurs effectué des essaies de leurs missiles
dissuasion est son programme nucléaire. Même si l’Iran se défend de dire que son
programme nucléaire va servir qu’à des fins pacifiques, il continue de refuser de répondre
aux questions majeures de l’AIEA et il est maintenant capable d’enrichir son uranium à
un niveau alarmant 137 . Combiner avec l’essai de ses missiles, il devient de plus en plus
difficile de croire aux bonnes intentions iraniennes, ce qui convient bien à la stratégie de
dissuasion iranienne.
Pour assurer sa survie au niveau stratégique, il est clair que le régime iranien
utilise bien le concept de la combinaison hors domaines. Il combine entre autres les
136
Laurent Maillard, “Téhéran défie la menace de sanctions et teste un missile”,
[Link]
[Link]; Internet; consulté le 9 février 2010.
137
Mohsen M. Milani, “Tehran’s Take”, p. 3.
67
la stratégie de la guerre hors limites, le régime islamique soutire tous les éléments
essentiels de chacun de ces champs de bataille pour subvenir à leurs besoins et empêcher
de se retrouver isolé. D’autant plus, il y arrive sans avoir à mener des combats militaires.
Maintenant, il importe de regarder d’autres moyens par lesquels le régime se prend pour
Selon Liang et Xiangsui, un moyen est une méthode et un outil nécessaires pour
atteindre un objectif. Ce qui importe le plus au préalable est de déterminer ses objectifs
et ensuite regarder les moyens qui peuvent être utilisés pour les atteindre. Ce contenter
de moyens existant est insuffisant. Les auteurs chinois expliquent que pour accéder à la
guerre hors limites, il ne faut pas hésiter d’aller au-delà des lois, des conventions, des
principes et de l’éthique 138 . Encore une fois, c’est la combinaison de plusieurs moyens
qui fait la force. Avec pour objectif d’assurer sa survie, le régime iranien pourrait être
considéré comme expert au niveau de ses combinaisons hors moyens. Les paragraphes
suivants donnent des exemples assez concrets sur les moyens employés comme le
nucléaire.
138
Qiao Liang et Wang Xiangsui, La guerre hors limites, p. 273.
68
pour garder la population de l’Iran unifiée devant ses nombreux défis. Afin de contenir
les différentes ethnies et tribus qui existent à travers la RII, le Guide suprême se sert du
rallier la société à son image. Avec 90% de la population qui pratique le chiisme, le
régime théocratique est capable d’unifier les multiples ethnies réparties à travers le
pays 139 . En appointant lui-même le clergé qui donne les prières des vendredis, Khamenei
peut facilement dissimiler ses messages à la fois politique et idéologique 140 . Voilà bien
Balûchistân, le chiisme est un élément clé pour voir à l’intégrité territoriale. Cette
province qui est de loin la moins bien développer de tout le pays est celle qui pose le plus
grand défi au régime centriste. La population Baluche diffère des Perses par leur
Chine en inondant la région avec une majorité de sa population persane chiite 141 .
Téhéran a ainsi transformé la région et l’a fait devenir un de ces principaux centres
deuxième plus grande université au pays. Les dirigeants de la province sont Perses et
Chiites. Le régime a aussi augmenté la présence militaire dans la région pour contrer le
139
Canadian Security Intelligence Service, Insights into the Future of Iran as a Regional Power, p.
16.
140
David E. Thaler, et coll., Mullahs, Guards, and Bonyads: An Exploration of Iranian Leadership
Dynamics, p. 24.
141
Canadian Security Intelligence Service, Insights into the Future of Iran as a Regional Power, p.
16.
69
groupe d’insurgés Jundallah dont le Guide suprême accuse les États-Unis de supporter 142 .
Ceci est un cas extrême, mais il démontre bien les moyens et les combinaisons utilisés
Un autre exemple des moyens utilisés pour assurer sa survie est le contrôle
qu’exerce le régime iranien sur les médias et les nouveaux moyens de communications
tels que l’internet et les téléphones cellulaires. Les dissidents qui critiquent le
Américains utilisent ces moyens pour faire de la propagande et passer leurs messages 143 .
En 2006, le Président des États-Unis, Georges W. Bush, avait fait approuver par le
congrès 400 millions de dollars pour déstabiliser l’Iran à travers l’espace cybernétique. Il
n’est donc pas surprenant que l’Iran met beaucoup d’emphase pour arrêter les réseaux
cybernétiques et contre-attaquer avec ses propres sites web. D’ailleurs en mars 2010, les
autorités iraniennes ont fait l’arrestation de plus de trente membres d’un réseau d’espions
américains 144 . Le gouvernement iranien comprend très bien la force des médias et de la
mauvaise propagande. Suite aux élections présidentielles de juin 2009, les autorités
iraniennes ont coupé tous les liens médiatiques avec l’extérieur du pays. Elles ont même
bloqué l’accès aux sites sociaux tels Twitter, Facebook et You Tube pour empêcher que
142
Ibid., p. 16.
143
Ibid., p. 17.
144
Al Alam, “US Cyberwar Networks dismantled in Iran”, [Link]
[Link]/english/[Link]?id=100596; Internet; consulté le 19 mars 2010.
70
des images et des descriptions des évènements sortent du pays. Il était défendu aux
journalistes étrangers de faire des reportages. De plus, les autorités se sont mises à
confisquer les antennes satellites des maisons privées pour empêcher qu’ils reçoivent des
nouvelles par l’entremise des médias internationaux 145 . L’Iran ne connaît donc aucune
La prise d’otages d’occidentaux est un autre moyen utilisé par l’Iran pour pouvoir
marchander avec les pays de l’Ouest et obtenir une plus grande marge de manœuvre. Ce
moyen est une autre façon de pouvoir faire plier un pays occidental qui doit répondre à
l’opinion de son public, ce qui n’est pas nécessairement le cas dans des dictatures ou des
régimes centristes comme l’Iran qui peut contrôler ses médias. Suite aux manifestations
causées par les élections présidentielles de juin 2009, le régime des mollahs avait retenu
manifestation interdite. Comme les tensions sont fortes entre Paris et Téhéran par rapport
gouvernements qui vont à son encontre 146 . Ceci semble être une tactique employée
régulièrement par le régime iranien qui cherche à trouver des positions de forces contre
145
Global Voices, “Iranian Election 2009”, [Link]
election-2009/; Internet; consulté le 17 mars 2010.
146
Barah Mikaïl, “Clotilde Reiss est prise en otage”, [Link]
[Link]/[Link]?article1647; Internet; consulté le 17 mars 2010.
71
ses détracteurs. Ce moyen est donc utile au régime pour protéger son indépendance
nationale.
Dans le domaine militaire, le régime iranien ne cache pas ses intentions de faire
l’usage des moyens asymétriques en cas d’attaque contre l’Iran. Les Forces iraniennes
pourraient même aller jusqu’à fermer le détroit d’Ormuz où passe plus de 40% du pétrole
échangé à travers le monde. À toutes les opportunités qu’ils ont, les Forces iraniennes
Mohammad Ali Aziz Jafari. Peu de temps après, Jafari a annoncé sa stratégie en matière
capacité des missiles balistiques 148 . Jafari est prêt à employer toutes les forces à sa
11 septembre 2001, les Forces iraniennes ont aussi mis beaucoup d’efforts pour maintenir
leurs troupes à un haut niveau de préparation. Pour se faire, elles ont pratiqué leurs
manœuvres asymétriques dans le Golfe persique avec leurs Forces navales et à l’intérieur,
déployant leurs forces régulières, les Pasdarans et les Basidjs, exerçant ainsi leur concept
147
Anthony H. Cordesman, Arleigh A. Burke et Adam C. Seitz, Threats, Risks and
Vulnerabilities: Terrorism and Asymetric Warfare, p. 22.
148
Ibid., p. 23.
72
de « défense mosaïque » 149 . Les Pasdarans ont aussi continué de développer leur arsenal
asymétriques est donc une autre combinaison hors moyens utilisée pour assurer la survie
Le programme nucléaire
Un des moyens les plus exploités par l’élite politique à l’heure actuel pour assurer
même temps l’indépendance politique 150 . L’Iran pourrait donc devenir maître de sa
propre destinée, assurer sa survie et maintenir son indépendance. Cela fait depuis 1957
que l’Iran tente de faire avancer son programme nucléaire. Le programme fut
momentanément arrêté pendant la guerre contre l’Irak de 1980 à 1988 et en 2003 par peur
149
Frederic Wehrey, et coll., Dangerous but not Omnipotent; Exploring the Reach and Limitations
of Iranian Power in the Middle East, p. 58.
150
Karim Sadjadpour, “Understanding Ayatollah Khamenei: Leader’s Thoughts on Israel, the
U.S., and the Nuclear Program”, extrait de Understanding Iran, p. 87-95.
73
de représailles des États-Unis après la défaite de Saddam Hussein. Ce qui n’est pas clair
sur le programme nucléaire de l’Iran se sont ses vraies intentions. Est-ce que la
possession de la technologie nucléaire est une fin en soi ou simplement un moyen pour
Il y a une chose qui est certaine est que le régime iranien se sert du programme
nucléaire comme moyen sur plusieurs aspects. Premièrement, il est un moyen pour
rallier la cause indépendantiste et en même temps distraire son public des tensions
comme outil de propagande envers son peuple en démontrant que Washington retient
antioccidentale en Iran et dans la région 151 . Toutefois, l’élite iranienne est très douée
pour ne pas pousser le programme nucléaire trop fort. Khamenei sait très bien que s’il
l’Iran à d’autres sanctions et risque d’augmenter les tensions internes au pays causées par
favoriser le nationalisme et assurer son indépendance, mais il peut alimenter les forces de
l’opposition et affaiblir le régime. Pour cette raison, Khamenei n’hésite pas à reprendre
151
Canadian Security Intelligence Service, Insights into the Future of Iran as a Regional Power, p.
27.
74
même temps, le leader iranien ne veut surtout pas offrir de concessions par peur de
démontrer des faiblesses dans leur propre pays et sur la scène internationale 152 .
réaliser son premier objectif stratégique. Ces moyens dépassent bien les limites voulues
dans le type de guerre décrit par les auteurs chinois Liang et Xiangsui. Tout comme les
moyens que les Américains ont pris pour faire libérer les otages de son ambassade en Iran
en 1980 (geler les avoirs iraniens à l’étranger + imposer un embargo sur les armes +
semblent être tout aussi rusés par leurs combinaisons hors moyens. Il importe maintenant
de voir si certains de ces moyens peuvent aussi s’appliquer selon les combinaisons hors
degrés.
Dans les combinaisons hors degrés, il faut combiner tous les degrés pour en tirer
le maximum des moyens utilisés. S’en tenir à des degrés fixes dans des domaines
particuliers, par exemple utiliser des moyens tactiques pour remporter des victoires
tactiques, est insuffisant. Toutefois, utiliser des moyens tactiques pour remporter une
152
Ehsan Ahrari, “Can Beijing and Moscow Help with Tehran”,
[Link] Internet; consulté le 24 février
2010.
75
combinaison hors degrés. Simplement en analysant certains des moyens employés par le
régime iranien, il est évident que l’élite politique sait très bien tirer profit des
Un exemple clair est la capacité des Forces iraniennes de pouvoir fermer le détroit
d’Ormuz en cas d’attaque. En équipant leurs Forces navales avec des missiles et en
conduisant des manœuvres militaires dans cet endroit géostratégique, l’Iran atteint son
mesure de frapper l’ennemi d’aussi loin que Bab al-Mandab, l’entrée au sud de la mer
Rouge qui mène au canal de Suez 153 . Si des combats avaient lieu, ils se dérouleraient au
niveau tactique mais auraient des répercussions immédiates sur l’échelle planétaire. Les
fermeture du détroit d’Ormuz, élément tactique, aurait des effets de grande guerre. Donc
(élément stratégique) = élément dissuasif contre toute attaque sur l’Iran. Cette
hors degrés. Le simple fait de pouvoir enrichir son uranium au pays, élément tactique, à
son peuple que l’Iran avait réussi à enrichir son premier lot d’uranium et qu’il était
153
Anthony H. Cordesman, Arleigh A. Burke et Adam C. Seitz, Threats, Risks and
Vulnerabilities: Terrorism and Asymetric Warfare, p. 29.
76
iranien est capable d’obtenir des effets stratégiques aux niveaux national et international.
lorsque l’Iran fait l’essai de missiles balistiques. Maintenant voilà des exemples de
moyens tactiques qui ont des effets stratégiques. Ce déclarant comme une nation
nucléaire à certainement une valeur stratégique à l’Iran pour pouvoir négocier à pieds
d’égalité avec les autres joueurs régionaux importants; un autre atout pour pouvoir
volatile.
Il est certain que l’Iran fait usage de biens d’autres moyens tactiques qui ont des
sont certainement d’autres. Ceci dit, il devient clair que l’Iran comprend bien les
154
CBC News, “Cannon urges tough Chinese stance on Iran”,
[Link] Internet; consulté le 11 février 2010.
77
le régime iranien emploi bien la stratégie de la guerre hors limites pour atteindre son
premier objectif.
3.3 COMBINAISON-ADDITION
limites définit par Liang et Xiangsui. Pour expliquer ce qu’ils veulent dire, les deux
auteurs chinois prennent l’exemple d’un boxeur. Un boxeur qui affronte son opposant
avec simplement un bon coup droit sera incapable de vaincre son adversaire si celui-ci
combine les coups directs avec les crochets, les « jab » et les « swing » 155 . Le déluge de
coups et la combinaison de son arsenal est une recette assurée pour mettre son adversaire
sur le tapis. Même si se concept paraît bien simple, dans l’arène géostratégique il ne
suffit pas de combiner les coups sur un seul champ de bataille, mais de combiner tous les
coups sur tous les champs de bataille militaire et non militaire. Pour encore mieux
décrire ce principe, Liang et Xiangsui explique qu’il faut combiner tous les moyens dans
tous les domaines tels que le hacker sur internet + l’avion furtif + les attentats terroristes
les auteurs chinois entendent par la guerre hors limites; un vrai cocktail 156 . Les coups ne
doivent pas nécessairement être sanglants, il faut juste qu’ils permettent de réaliser les
155
Qiao Liang et Wang Xiangsui, La guerre hors limites, p. 205.
156
Ibid., p. 206.
78
objectifs. Il faut s’affranchir de toutes les règles et lois existantes qui ne font qu’imposer
domaines, hors moyens et hors degrés), le régime iranien n’hésite surtout pas à dépasser
toutes les limites permises pour assurer sa survie et son indépendance nationale. Sous les
commandes du Guide suprême, l’élite politique exploite et combine tous les moyens dans
tous les domaines qu’ils soient politique, économique, diplomatique, militaire ou dans
d’autres domaines paramilitaires pour arriver à leur objectif stratégique. Sans être
exhaustive, la figure 3.1 démontre bien toutes les combinaisons qui sont employées par le
régime iranien et qui ont été démontrées jusqu’à présent. Chacun des cercles dans le
diagramme représente les différents domaines dont il a été question et bien entendu
chacun de ceux-ci sont interdépendants les uns envers les autres. De plus, chacun des
moyens employés qui soient de types supranationaux, hors moyens ou hors degrés
peuvent tous avoir des effets dans plusieurs domaines à la fois. Il en est ainsi, par
exemple, pour le programme nucléaire. Il joue à la fois dans tous les quatre domaines.
donne la force recherchée dans la stratégie de la guerre hors limites. Il s’avère donc
contraindre la RII.
157
Ibid., p. 207.
79
Objectif stratégique:
Survie du régime et indépendance nationale
Guerre d’informations
Domaine
économique Domaine militaire
Relations Russie,
Chine, Afg, Irak,
SCO, etc
Doctrine de dissuasion
Contrôle des
(Capacités
communications
Domaine symétriques)
diplomatique Programme nucléaire
Contrôle des médias
Religion (Chiisme)
Figure 3.1 : Les combinaisons des tactiques pour assurer la survie du régime et
l’indépendance nationale
Pour assurer sa survie à l’intérieur de ses frontières, le régime iranien emploie une
ses frontières et aussi protéger son indépendance nationale, la RII emploie les tactiques
Ceci décrit bien la guerre hors limites que l’Iran est présentement en train de mener pour
Tel qu’entendu par les deux Chinois, le régime iranien applique ainsi le principe
de la combinaison-addition qui lui donne la force pour faire face à ses nombreux défis,
comme le boxeur qui possède un arsenal complet. Il n’est pas étonnant que malgré les
sanctions, les embargos, les avoirs gelés à l’étranger et ses capacités militaires affaiblies
À travers toutes ces activités, la RII exploite tous les espaces de champs de
bataille imaginable. De plus, en analysant toutes ces actions, il peut être déduit que
Khamenei, qui détient tous les pouvoirs, est en mesure d’appliquer les principes
essentiels de la guerre hors limites. Sous son régime autocratique, Khamenei est en
mesure de diriger, contrôler, synchroniser et ajuster ses politiques en fonction des intérêts
est capable de réaliser des gains (principe d’objectifs limités) qui l’amènent toujours plus
tous les moyens, militaire et non-militaire, dans tous les champs de bataille et appliquer
Pour atteindre leur objectif, le régime iranien semble donc appliquer à la lettre la stratégie
Maintenant qu’il a été démontré que l’Iran emploi la stratégie de la guerre hors
limites pour atteindre son premier objectif, est-ce qu’il emploie la même stratégie pour
CHAPITRE 4
Dans le chapitre précédent, il a été démontré que le régime iranien fait l’emploi de
la stratégie de la guerre hors limites dans un aspect plus défensif pour assurer la survie de
leur régime ainsi que leur intégrité territoriale. Maintenant il importe de voir comment
l’Iran fait l’emploi de cette même stratégie dans un aspect offensif pour devenir une
Depuis la révolution de 1979, l’Iran cherche à reprendre son rôle comme État
gendarme régional » qu'il était à l'époque du Chah mais aussi pour mieux défendre son
passe, plus que ces prédécesseurs, à l’offensive. Pour arriver à devenir une puissance
régionale, sa stratégie se porte sur deux aspects. Pour commencer il doit affaiblir,
discréditer et si possible humilier les États-Unis. Pour les Iraniens, les États-Unis sont
perçus comme étant la source de leur injustice et aussi ceux qui maintiennent le statut quo
à travers le monde dont les grandes puissances occidentales en sont les maîtres 158 . Le
158
David E. Thaler, et coll., Mullahs, Guards, and Bonyads: An Exploration of Iranian Leadership
Dynamics, p. 17.
83
deuxième aspect de sa stratégie est que le régime iranien doit promouvoir l’influence de
l’Iran et présenter la puissance de leur pays comme étant la seule alternative 159 . La RII a
appris des échecs des années 1980, période pendant laquelle elle a essayé d’exporter la
révolution. Alors, elle ne vise plus à défaire les régimes arabes, mais plutôt à hausser son
influence dans les domaines politique, économique et militaire aux dépends de celle des
États-Unis et de ses alliées de la région 160 . En suivant les axes majeurs de politique
étrangère décrits au chapitre 2, l’élite iranienne emploie toutes les combinaisons et les
moyens imaginables pour arriver à son objectif. En ce moment, l’Iran profite bien du fait
que les États-Unis se sont débarrassé de leurs deux plus grands ennemis, soit le régime
des Talibans en Afghanistan en 2001 et Saddam Hussein en Irak en 2003. Avec tous les
régime iranien baigne présentement dans une confiance stratégique qui est plus forte que
jamais 161 .
hors limites pour devenir une puissance régionale au Moyen-Orient. Pour valider cet
argument, ce chapitre sera divisé en trois parties. Pour commencer, l’analyse des
différentes combinaisons de guerre hors limites employées par l’élite iranienne sera
159
Ibid., p. 17.
160
Ibid., p. 18.
161
Jerrold D. Green, Frederic Wehrey et Charles Wolf, Jr.,Understanding Iran, p. 40.
84
Xiangsui, même si ces moyens ne brisent aucune règle éthique communément admise, ce
type de moyens traverse les frontières de l’Iran et ils sont hors domaines 162 . Le pan-
chiisme et le panislamisme peuvent donc être considérés comme des combinaisons hors
moyens. Toutes les combinaisons employées qui leurs sont subordonnées, qu’elles soient
hors domaines, supranationales, hors moyens ou hors degrés seront démontrées sous ces
deux éléments. Enfin, dans la troisième partie du chapitre, un sommaire des moyens
démontrer que le régime iranien applique bien la stratégie de la guerre hors limites telle
que décrite par Liang et Xiangsui. C’est en se servant de cette stratégie que l’Iran
comme une puissance régionale. Il est évident que le régime iranien emploie plusieurs
autres moyens et combinaisons tels que le nucléaire, les hydrocarbures, les médias et les
panislamisme sont employés selon les axes principaux de la politique étrangère de l’Iran.
162
Qiao Liang et Wang Xiangsui, La guerre hors limites, p. 270.
85
allié avec les régimes sunnites arabes et Israël et possède une influence marquée sur
(CCG) et l’Initiative de coopération d’Istanbul (ICI) 163 . Il est aussi difficile d’ignorer les
163
Pierre Razoux, L’OTAN et la sécurité du Golfe, p. 5.
86
Forces américaines qui sont implantées en Irak, en Afghanistan, tout le long du Golfe
Persique, du Koweït jusqu’au détroit d’Ormuz. Ils ont des bases navales et aériennes à
Bahreïn dont le quartier-général de la 5ième Flotte 164 . Malgré leurs intérêts stratégiques et
leurs capacités à dominer la région, les Américains sont en train de perdre du terrain sur
presque tous les fronts et ce, aux dépends des Iraniens. Pourquoi? Selon le chroniqueur
américain Thomas Friedman, il est aussi simple que les Iraniens sont intelligents et
impitoyables, les Américains sont faibles et manquent d’adresse et que les pays arabes
sunnites sont incapables d’agir et restent divisés entre eux 165 . Mais la vraie réponse
pourrait être mieux expliquée par le fait que l’Iran sait tirer profit de la combinaison hors
d’influence auquel la RII est bien placée pour en prendre avantage 166 . Les experts parlent
du pan-chiisme comme un moyen que le régime iranien utilise pour instaurer la « Pax
Iranica » souhaitée où il peut agir en tant que le « big brother » 167 . Le pan-chiisme
repose sur une imposante machine diplomatico-cléricale dont le centre nerveux se situe à
Téhéran. Il englobe le Guide suprême, les Bonyads (fondations religieuses), les grandes
164
Mohsen M. Milani, “Tehran’s Take”, p. 3.
165
Thomas Friedman, “The New Cold War”,
[Link] Internet; consulté le 30 mars 2010.
166
Le monde chiite est un chapelet de petites communautés chiites s’étirant de la grande muraille
de Chine au mur des lamentations (Jérusalem). Il représente un bassin d’influence de 140 millions (12%
des musulmans) dans lequel les Iraniens n'ont, pour ainsi dire, jamais cessé de puiser pour s'imposer
comme un acteur régional.
167
The Religion Report, “Ehud Ya’ari on the Middle East”,
[Link] Internet; consulté le 30 mars 2010.
87
écoles de théologie, les médias arabophones comme les réseaux TV Al-Alam et Al-
proxies régionaux de Téhéran 168 . Grâce au chiisme, le régime iranien est fermement
implanté en Irak, Syrie et au Liban par l’entremise du Hezbollah169 . À travers ces pays et
ces organisations non-étatiques, le régime iranien réussit à étendre son influence dans
tous les domaines sous une multitude de combinaisons supranationales. Il emploie aussi
de nombreuses autres combinaisons hors moyens et hors degrés pour devenir une
exemples par pays des combinaisons qui sont employées par l’Iran.
entretient des relations étroites avec tous les partis du gouvernement irakien et les forces
d’insurgés liées au groupe chiite de Moqtada al-Sadr 170 . Par l’entremise de ces liens, le
régime iranien est capable de maintenir une pression diplomatique et militaire constante
sur les Américains de façon à les dissuader d’attaquer l’Iran. Dans son approche, le
régime iranien ne tient pas à dominer le pays mais il tient plutôt à s’assurer que le pays
168
Pierre Pahlavi, “La vraie nature du pouvoir iranien”, Politique internationale, n°120 (été 2008),
p. 198.
169
Ibid., p. 198.
170
Canadian Security Intelligence Service, Insights into the Future of Iran as a Regional Power, p.
30.
88
reste dans les mains d’un gouvernement chiite avec lequel il peut coopérer sur une base
combinaisons supranationales et hors domaines telles que stipulés dans la guerre hors
limites. Leurs relations avec plusieurs groupes politiques tels que le « Islamic Supreme
Council of Iraq (ISCI)», le « Islamic Dawa Party », le parti kurde en Irak et l’Armée du
Mahdi liée à Moqtada al-Sadr sont des exemples de combinaisons supranationales d’État
+ État + non-étatique qui s’avèrent indispensables à l’Iran pour influencer les activités en
Irak. Il y a deux exemples qui démontrent bien l’efficacité de cette combinaison. Pour
l’Armée du Mahdi est prête à défendre l’Iran pour l’intérêt de l’Islam si jamais ce dernier
était attaqué par une autre nation 172 . Deuxièmement, il pourrait être dit que l’Iran a
remporté une victoire stratégique lorsque les États-Unis et l’Irak ont paraphé leur entente
sur le statut des Forces américaines en Irak. Selon le statut, il est interdit aux États-Unis
de se servir de l’Irak pour mener une attaque sur un autre pays 173 . En Irak, le régime
171
Ibid., p. 30.
172
The Jerusalim Post, “Cleric Says Militia Would Defend Iran If Attacked”,
[Link] Internet; consulté le 10 mars 2010.
173
Canadian Security Intelligence Service, Insights into the Future of Iran as a Regional Power, p.
30.
89
Sous le moyen du pan-chiisme, la Syrie, encore plus que l’Irak, tombe aussi sous
le contrôle et l’influence de l’Iran. Elle est une autre combinaison que l’Iran emploie
pour affaiblir Israël et l’influence américaine au Moyen-Orient. Dans ce pays, l’Iran est
impliqué dans tous les domaines : politique, économique et militaire et depuis les quatre
dernières années, il y investit dans tous les secteurs à coups de milliards par année 174 .
Ces secteurs incluent entre autre le transport, les ressources naturelles, l’eau, l’éducation,
hors domaines. En 2006, les investissements de la RII en Syrie ont largement supplanté
tous ceux des pays arabes; les investissements iraniens équivalaient aux deux-tiers des
investissements des pays arabes 175 . Du point de vue militaire, les Iraniens et les Syriens
Bélarusse et la Corée du Nord 176 . Les Pasdarans ont aussi établi une base à Damas.
Depuis la mort du Président syrien Hafez al-Assad en 2006, sous le règne de son fils
Bashar al-Assad, la Syrie dépend plus que jamais de sa relation avec l’Iran pour sa
sécurité et les conseils qu’il lui apporte 177 . La Syrie est menée par la secte minoritaire
des Chiites alaouites et Bashar al-Assad semble être incapable de gagner le même respect
174
Frederick W. Kagan, Kimberly Kagan et Danielle Pletka, Iranian Influence in the Levant, Iraq
and Afghanistan, p.4.
175
Ibid., p.3.
176
Ibid., p.3.
177
Ibid., p.3.
90
qui était accordé à son père 178 . En échange pour le support de la RII, la Syrie s’est
engagé de ne pas entrer en négociations de paix avec Israël 179 . De plus, la Syrie consulte
le régime iranien sur tout ce qui concerne sa politique étrangère 180 . Dans la stratégie de
la guerre hors limites, la Syrie représente bien une combinaison supranationale d’État +
État que l’Iran peut tirer profit pour gagner de la puissance au niveau régional. Avec tout
son support financier et en termes de sécurité, l’Iran s’achète un État qu’il peut manipuler
contre Israël et les intérêts stratégiques américains. Comme la Syrie partage sa frontière
avec le Liban, elle joue aussi un rôle primordial entre l’Iran et le Hezbollah.
Depuis sa création qui était directement parrainée par les Pasdarans (1982), le
indispensable pour l’Iran afin qu’il puisse établir sa puissance régionale. Cette
organisation islamique est très sophistiquée et est impliquée dans tous les domaines :
politique, social et militaire 181 . Il sert d’ailleurs de modèle pour l’Iran et ses intentions
envers l’Irak 182 . Avec l’aide de l’Iran, le Hezbollah est devenu une entité politique et
Liban. D’ailleurs, après avoir pris les rues de Bierut avec forces en 2008, le parti
politique du Hezbollah s’est fait octroyé le droit de veto sur toutes les décisions du
arsenal militaire qui dépasse les capacités de plusieurs pays de moyenne puissance. De
1992 à 2005, les Pasdarans auraient transféré au Hezbollah plus de 11,500 missiles et
roquettes, plus de 400 pièces d’artillerie de courte et moyenne portée et des roquettes
Aresh, Nuri, et Hadid avec leur transporteur 184 . Le régime iranien finance toutes les
l’autorité sur toutes les opérations militaires telles que les attentats suicides, les
avancent même que le régime iranien aurait donné l’ordre au Hezbollah de traverser la
frontière d’Israël en juillet 2006 afin de capturer des soldats israéliens. Cette manœuvre
avait pour but de détourner l’attention internationale qui était fixée sur le programme
nucléaire iranien et le refus de l’Iran de répondre aux questions de l’AIEA 186 . En plus de
combinaison hors degré pour atteindre un objectif stratégique. Le fait d’utiliser une entité
183
Asymmetric Warfare and Intelligence Center, Center of Gravity Analysis: Hezbollah (San
Francisco: AWIC, 2009), p.3.; [Link] Internet; consulté le 30
mars 2010.
184
Frederick W. Kagan, Kimberly Kagan et Danielle Pletka, Iranian Influence in the Levant, Iraq
and Afghanistan, p.6
185
Ibid., p.9
186
Ibid, p. 8.
92
non-étatique pour capturer des soldats israéliens afin de dévier les pressions
internationales sur l’Iran est en plein ce que Liang et Xiangsui entendent par employer un
élément tactique pour atteindre un but stratégique. C’est la conjugaison de tous les
degrés 187 .
En Irak, Syrie et au Liban, le régime iranien utilise donc avec grande efficacité la
informelle des États et des organisations bien structurées et armées comme le Hezbollah,
l’Iran arrive à affaiblir les forces diplomatiques et militaires américaines dans la région et
à dissuader ses détracteurs. Ces moyens informels lui sont extrêmement efficaces, car ils
sont difficiles à détecter. De plus, il est difficile de pointer le doigt au régime iranien.
Une attaque d’Israël ou des États-Unis sur l’Iran pourrait avoir de graves conséquences
dans toute la région. En employant cette combinaison hors moyens avec celle d’État +
État + non-étatiques, l’Iran réussit à promouvoir son influence et ainsi devenir une
les deux objectifs stratégiques de l'Iran se complètent assez efficacement à travers une
187
Qiao Liang et Wang Xiangsui, La guerre hors limites, p. 276.
93
Le panislamisme peut être perçu comme une autre combinaison hors moyens que
le régime iranien utilise pour obtenir les objectifs recherchés vis-à-vis du Golfe 188 . Avec
ce moyen, il réussit à se créer une sphère d’influence dans tous les pays musulmans qui
réussit à outre passer les divisions établies entre les sectes. Voilà un bon exemple pour
les deux auteurs chinois Liang et Xiangsui. L’Iran exploite ses relations islamiques pour
panislamisme, il existe plusieurs autres combinaisons qui démontrent bien que l’Iran
utilisé par le régime iranien pour devenir la puissance au Moyen-Orient 190 . Le régime
iranien n’a décidemment plus de scrupules sectaires pour arriver à son grand objectif et
c’est pour cette raison qu’il se prête bien à la stratégie de guerre hors limites. Après tout,
cette stratégie est une éminemment opportuniste qui ne se limite pas au respect de
188
Pierre Razoux, L’OTAN et la sécurité du Golfe, p. 3.
189
Mohsen M. Milani, “Tehran’s Take”, p. 7.
190
Canadian Security Intelligence Service, Insights into the Future of Iran as a Regional Power, p.
28.
94
l’Iran supporte le Hamas sur tous les points de vue, tant au niveau politique, économique
et militaire. En 2006, l’Iran aurait fourni plus de 250 millions de dollars en aide
financière au Premier ministre Hamas Ismail Haniya. Cet argent aurait servi à payer les
salaires des employés aux ministères du bien-être, du travail et de la culture. Elle aurait
aussi servi pour donner des allocations aux prisonniers Hamas en Israël, à des milliers de
pêcheurs palestiniens et à plus de cent milles travailleurs sans emploi 191 . Ceci est bien un
exemple de moyens pour obtenir des bénéfices dans des domaines autre que celui du
Du côté militaire, les Pasdarans entraînent et équipent les forces du Hamas dans la
même veine que les forces du Hezbollah. Au cours des dernières années, Téhéran se
serait commis à entraîner au sud de l’Iran une force de réaction rapide du Hamas de plus
de 6500 soldats 192 . L’Iran ne contrôle pas le Hamas, mais avec tout son support dans
tous les domaines (combinaisons hors domaines), il peut tirer plusieurs bénéfices de cette
191
Frederick W. Kagan, Kimberly Kagan et Danielle Pletka, Iranian Influence in the Levant, Iraq
and Afghanistan, p.11.
192
Ibid., p.10.
95
avantageuse.
Les bénéfices que l’Iran peut soutirer de leur relation avec le Hamas sont les
suivants. Pour commencer, le support de cette proxie permet de jouer contre son ennemi
portfolio de l’Iran en dehors des groupes chiites dans la région du Levant. Il sert aussi
comme élément unificateur entre les chiites et les sunnites puisque le Hamas attaque un
ennemi commun. Un autre bénéfice est que le Hamas permet au régime iranien de
combattre les États-Unis et l’Israël sur plusieurs fronts. Et enfin, il représente un autre
moyen de créer des distractions aux activités iraniennes sans que l’Iran ait toujours
Selon Liang et Xiangsui, pour atteindre ses objectifs fixés, il faut regarder hors de
partir en guerre contre l’Irak en 1991, les États-Unis ont très bien joué cette carte. Ils se
sont créé une alliance et ont fait voter toutes les résolutions nécessaires au sein de l’ONU
pour pouvoir intervenir contre l’Irak 194 . Dans le cas de l’Iran, il peut être déduit qu’il est
luxe de jouer librement hors d’un cadre organisationnel contraignant. Par exemple, en
193
Frederick W. Kagan, Kimberly Kagan et Danielle Pletka, Iranian Influence in the Levant, Iraq
and Afghanistan, p.11.
194
Qiao Liang et Wang Xiangsui, La guerre hors limites, p. 260.
96
Gaza et en Cisjordanie, l’Iran emploie d’autres proxies sunnites telles que le « Palestinian
Islamic Jihad ». Selon les experts, cette organisation terroriste est entièrement contrôlée
et financée par la RII et elle n’existe que pour détruire l’État d’Israël et établir un État
extrémiste islamique palestinien 195 . Sous le moyen du panislamisme, il est donc clair que
le régime iranien utilise les combinaisons employées lui permettant d’agir sur plusieurs
puissance régionale.
« mythe ». Il appelle à ce que l’État d’Israël « disparaisse » pour que la Palestine puisse
reprendre ses terres et il soulève qu’il est un « devoir national et religieux » de confronter
le sionisme 196 . Comme ces déclarations vont contre les règles d’éthique et traversent les
frontières d’État, cette propagande peut être considérée comme une combinaison hors
195
Frederick W. Kagan, Kimberly Kagan et Danielle Pletka, Iranian Influence in the Levant, Iraq
and Afghanistan, p.11.
196
Reuters, “Ahmadinejad says Holocaust a lie, Israel has no future”,
[Link] Internet; consulté le 30 mars 2010.
97
stratégie de la guerre hors limites. Selon les experts, les déclarations du Président iranien
sont des manœuvres bien calculées. Selon eux, c’est un moyen du régime pour rétablir le
moyen pour former un pole islamique. Il peut ainsi bloquer les efforts que mettent les
États-Unis et l’Arabie Saoudite pour isoler l’Iran 197 . En allant chercher la faveur de tous
les musulmans arabes, Ahmadinejad enlève ainsi la flexibilité aux régimes puissants
sunnites dans la région comme l’Égypte et l’Arabie Saoudite d’agir contre eux 198 . Les
Arabes sunnites peuvent ne pas aimer l’Iran ou les Perses, mais ils sont impressionnés par
combinaison hors degrés puisque ces déclarations faites au niveau stratégique, dans un
contexte non militaire, rapportent des gains tactiques militaires. Selon Liang et Xiangsui,
utiliser un moyen stratégique d’une action non militaire pour l’associer à une tâche de
197
Renaud Girard, “The Calculated Provocations of the Islamist Iranian President”,
[Link]
the_calculated_provocations_of_the_islamist_iranian_president.php; Internet; consulté le 2 avril 2010.
198
Mohsen M. Milani, “Tehran’s Take”, p. 7.
199
The Religion Report, “Ehud Ya’ari on the Middle East”,
[Link] Internet; consulté le 30 mars 2010.
200
Qiao Liang et Wang Xiangsui, La guerre hors limites, p. 279.
98
Hamas et le Hezbollah à continuer leurs attaques sur Israël. Avec ces déclarations, ils
avec les proxies telles que le Hamas et le « Palestinien Islamic Jihad » (combinaisons
moyens et hors degrés), le régime iranien est capable de combattre les États-Unis et
l’Israël sur plusieurs fronts. Il arrive aussi à promouvoir son influence sur tout le peuple
donc qu’il emploie bien les principes de la guerre hors limites pour devenir une puissance
comment aident-t-elles l’Iran à atteindre son objectif de devenir une puissance régionale?
4.3 COMBINAISON-ADDITION
de façon très calculé deux approches tactiques qui lui permettent d’atteindre son objectif.
Il utilise donc le principe de combinaison-addition définit par les auteurs. Par exemple,
milliers de dollars en argent comptant aux Libanais qui avaient souffert des dommages
causés par les bombardements israéliens 201 . L’argent venait directement des coffres de
201
Frederick W. Kagan, Kimberly Kagan et Danielle Pletka, Iranian Influence in the Levant, Iraq
and Afghanistan, p.8.
99
l’Iran et avait servi pour s’assurer que le Hezbollah puisse maintenir le support de la
population dans ses combats contre Israël. Ceci est bien un exemple de combinaison-
principe de base de la stratégie de guerre hors limites des Chinois. Mais pour arriver à
devenir la puissance régionale au Moyen-Orient, il peut être argumenté que l’Iran sait en
le régime iranien est capable d’affaiblir, discréditer et humilier les États-Unis et ses alliés,
et atteindre son objectif visé de devenir la puissance régionale. Il faut noter ici que la
iranien n’est pas inclue. Voilà la force de ce principe. Même si les ressources et les
Forces militaires de l’Iran sont nettement inférieures à celles des États-Unis et de ses
guerre hors limites lui donne avantage. Selon Liang et Xiangsui, il faut éviter à tout prix
de se concentrer sur un ennemi bien défini qui emploie des règles ou des doctrines déjà
préétablies, car on risque d’être attaqué ou battu par un autre ennemi à l’extérieur de
notre champ de vision 202 . Cela explique très bien l’approche prise par le régime iranien.
Sans se soucier des conventions internationales, la RII se sert de ses proxies et combine
une palette complète de tactiques de guerres pour attaquer de tous côtés les Forces et les
qui peuvent être prises, les États-Unis et la communauté internationale ne savent pas
202
Qiao Liang et Wang Xiangsui, La guerre hors limites, p. 208.
100
comment agir 203 . Par moments, les Forces américaines répondent avec la force mais cela
ne sert qu’à remporter des combats tactiques et ne rapporte aucune valeur stratégique 204 .
Pendant les guerres de 2000 et 2006, les Forces israéliennes ont subi des défaites
aux mains des Forces du Hezbollah. À ces deux guerres, les Forces israéliennes étaient
force de leurs chars d’assaut et de leur aviation. À aller jusqu’en 2000, les Forces
israéliennes n’avaient jamais perdu de guerre et ce fut la première fois qu’Israël avait du
céder du terrain sous la force des armes 205 . Suite à la guerre de 34 jours de 2006, Israël a
indique que :
Israel cannot survive in this region… unless people in Israel itself and in its
surroundings believe that Israel has the political and military leadership, military
capabilities, and social robustness that will allow her to deter those of its
neighbors who wish to harm her 206 .
Aux yeux des Arabes, ce rapport indique essentiellement qu’Israël n’est plus un géant
imbattable. Avec le succès du Hezbollah sur toute l’échelle politique, sociale et militaire,
l’Iran a réalisé la force que ce modèle lui apporte. Et depuis que les Américains ont
enlevé Saddam Hussein en Iraq, le régime iranien tente maintenant d’exporter ce modèle
203
Robert Baer, The Devil we Know, p. 67.
204
Qiao Liang et Wang Xiangsui, La guerre hors limites, p.279.
205
Robert Baer, The Devil we Know, p. 51.
206
Ibid., p. 51.
101
en Iraq 207 . Avec plus de 55 pourcent de la population en Irak qui est chiite, l’Iran est en
train de réussir. Il suffit de regarder la ville de Basra et la région du sud en Irak. La ville
de Basra est la seule voie d’accès maritime à l’Irak sur le Golfe et plus d’un demi-million
de barils de pétrole y passe par jour. La région du sud contient aussi 71 pourcent des
proviennent de cette ressource 208 . Ce qu’il faut bien comprendre de cette région est que
maintenant l’Iran y contrôle tout; la police, les forces militaires et les services
d’intelligence qui ne répondent pas à Baghdad, mais aux parties politiques ISCI, Da’wa,
et autres groupes chiites sous le contrôle de Téhéran 209 . Les proxies iraniennes
contrôlent aussi les universités, les hôpitaux, et les organisations sociales et de bien-être.
La monnaie préférée dans cette région est même le rial iranien. L’Iran exerce désormais
un plus grand contrôle dans cette région que le gouvernement irakien et des États-Unis.
Pour revenir à la description du chroniqueur Thomas Friedmann, les Iraniens sont belles
l’Irak ainsi que son pétrole, il pourra égaler la production l’Arabie Saoudite et exercer
beaucoup plus de pouvoir au sein de l’OPEC et tout ça, sans que l’Iran ait eu à tirer un
Pour devenir une puissance régionale, ces nombreux exemples démontrent bien
que le concept de la guerre hors limites des Chinois est appliqué à l’Iranienne. Le régime
207
Ibid., p. 51.
208
Ibid., p. 87.
209
Ibid., p. 87.
210
Ibid., p. 88.
102
iranien semble, tout comme Liang et Xiangsui, avoir compris que la seule façon de
pouvoir remporter une guerre contre une super puissance est de sortir du domaine
traditionnel militaire. Selon Liang et Xiangsui, la victoire ne peut être atteinte qu’avec le
islamique applique bien cette théorie. Les Iraniens n’hésitent surtout pas d’utiliser tous
les moyens, sous toutes les formes et dans tous les domaines pour arriver à leur objectif.
Pour l’exercer, il combine avec la plus grande efficacité une panoplie de combinaisons
CONCLUSION
s’entendent pour dire que la RII est tranquillement en train de gagner du terrain et de
Iraniens veulent à tout prix réaliser leurs trois grands objectifs stratégiques qui sont
d’assurer leur survie et leur indépendance nationale, de devenir une puissance régionale
et de faire partie du club des grandes puissances mondiales. Pour y arriver, le régime
iranien concentre ses efforts contre la grande puissance des États-Unis qui perçoive
comme étant leur plus grande menace et la seule façon de pouvoir retrouver la grandeur
du temps de l’époque de la grande Empire perse sous les Safavides. Comme l’a soulevé
Thomas Friedman du New York Times, comparativement aux Américains, les Iraniens
iraniens, il faut lui donner raison. Les leaders iraniens sont de brillants calculateurs.
Pour atteindre leurs objectifs, les Iraniens cherchent à affaiblir, discréditer et si possible
puissance. Ils n’hésitent pas de prendre tous les moyens et de combattre dans tous les
évident que le régime iranien, sous la gouverne de l’ayatollah Khamenei, est en train de
hors limites. Sachant très bien qu’elle ne peut rivaliser contre la machine américaine qui
104
est beaucoup plus puissante, la RII emploie avec grande efficacité le principe de la
régime iranien est en train déloger les forces impérialistes du Moyen-Orient sans même
devoir à déclarer une guerre dans son sens légal. En effet, il est en train de donner raison
aux critiques occidentales sur le débat des aspects légales des actes de guerres commis
supranationales). Elle mène des combats à travers tous les domaines (combinaisons hors
domaines), sans se soucier des conventions et des règles d’éthique, en faisant l’emploi de
moyens illimités (combinaisons hors moyens). Ces moyens comprennent entre autre le
renforcement de leurs politiques sous les forces de l’ordre et des Pasdarans, leurs
politiques, le nucléaire est l’un des moyens les mieux adaptés pour assurer son
indépendance nationale. En combinant tous ces éléments, le régime iranien est en mesure
moyens). Sous ces deux moyens se trouvent une multitude d’autres combinaisons
iranienne n’hésite surtout pas d’outre passer les lignes sectaires, mettant ainsi de côté leur
organisations non-étatiques à leur avantage pour réaliser leur grand objectif stratégique.
À travers ces fidèles proxies, les Iraniens sont capable d’attaquer directement les intérêts
adroitement et de façon très calculé deux approches tactiques qui lui permettent de
promouvoir son influence au Moyen-Orient aux dépends de celle des États-Unis, d’Israël
et de l’Arabie Saoudite. Enfin, cette influence lui permet de s'imposer comme une
L’utilisation de toutes les combinaisons à travers tous les domaines sans jamais
avoir eu à mener des combats militaires au sens traditionnel démontre en effet que la RII
applique la stratégie de la « guerre hors limites » telle que décrite par les auteurs chinois
Liang et Xiangsui. Les succès iraniens dans la ville de Basra et dans toute la région du
sud en Irak sont des exemples parfaits. Désormais, les Iraniens contrôlent une des
régions les plus riches en hydrocarbures de l’Irak et il n’y a plus rien qui se fait dans cette
106
région sans que l’autorité soit donnée par Téhéran. Même si la théorie de la guerre hors
limites n’a jamais été approuvée en Chine, la démonstration de cette thèse révèle qu’elle
est belle et bien appliquée et à en juger par les succès de la RII, elle s’avère une stratégie
Comme il fut noté dans l’introduction, l’analyse de cette thèse s’est limitée aux
deux premiers objectifs stratégiques de l’Iran. Ceci dit, il pourrait être déduit, avec les
RII emploie aussi la stratégie de la guerre hors limites pour pouvoir rivaliser sur le même
pied d’égalité que les grandes puissances mondiales. Avec les forces de cette stratégie, il
est à se demander comment la combattre. Est-ce qu’il faudrait nous aussi adopter les
mêmes pratiques et ne plus tenir compte des lois internationales, des droits de l’homme et
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