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Usage incontrôlé des pesticides au Sénégal

Cette note de recherche examine l'utilisation incontrôlée des pesticides dans l'agriculture périurbaine de la zone des Niayes au Sénégal, mettant en évidence l'absence de contrôle législatif et les risques de contamination de la nappe phréatique. Plus de 100 types de pesticides sont utilisés, principalement des organophosphorés, ce qui pose des menaces pour la santé humaine et animale. L'étude souligne la nécessité d'un système de surveillance pour réguler l'usage des produits chimiques dans cette région agricole.

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Usage incontrôlé des pesticides au Sénégal

Cette note de recherche examine l'utilisation incontrôlée des pesticides dans l'agriculture périurbaine de la zone des Niayes au Sénégal, mettant en évidence l'absence de contrôle législatif et les risques de contamination de la nappe phréatique. Plus de 100 types de pesticides sont utilisés, principalement des organophosphorés, ce qui pose des menaces pour la santé humaine et animale. L'étude souligne la nécessité d'un système de surveillance pour réguler l'usage des produits chimiques dans cette région agricole.

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Note de recherche

Usage incontrôlé des pesticides en agriculture


périurbaine : cas de la zone des Niayes au Sénégal

lbrahima Cissé 1 Résumé


Abdou l Aziz Tand ia 2
Safiétou Touré Fall 1 Dans le ca de du pro jet , Inrégrati n h rti culture-élevage dans les villes ouest-a fri ca ines ..
El Hadji Salif Diop3 de l'Institut sénéga lais pour la recherche agricole (ISRA), qui a duré de 1998 à 2001, une
1
étude exploratoire d u système de producti on a été financée pa r le Centre pour la
Institu t sénégalais de recherche agricole
recherche et le léveloppement intern ational (CRDI). Les analyses des pesticides clans les
(ISRA)/LN ERV,
Daka r, ea ux de puits 0 111 permis de caractériser la ituation de la zone de iayes en ce qui
Sénégal concerne les produits utilisés, les modes d'ulilisa ti on, la législalion en mati ère d'utilisation
2
des produits chimiques en agriculture et les risques de contamination de la nappe
Département de géologie,
phr ' atiqu e. Les résultats montrent qu e plus d'une centaine de rypes de produits sont
Fa culté des sci ences et te chniques,
Uni ve rsité Ch eikh Anta Diop, employés de manière non maîtrisée et en l'abse nce de tout contrô le législatif quant à leur
Dakar, utili arion . Cette situation entraîn un risque de contamination de la nappe phréa tiqu e par
Sénégal des résidus de pesti cides qui peuvenr nuire à la santé humaine el animale.
<aztan dia@hot ma [Link]>
Mots clés: Protection phytosa ni taire : Producti on agri cole : Environnement.
3
PN UE,
Nai robi,
Kenya
Summary
The uncontrolled use of pesticides in periurban farming: the case of the Niayes
area in Senegal
The !SR.A Pr j et financecl by CROT and entitlecl ·'Intégra ti on horti culture-élevage clans les
villes ouest-a fri ca ines" was ca rriecl out from 1998 to 2001 and explorecl th e producti on
system and wa ter qualiry in o rcl r LO haracteri ze tl1e situation of tl1e iayes area w ith
rega rd to the chemica l proclucts and meth ocls usecl , the legislati on, and tl1e comaminati on
of tl1e ,va ter ta ble. The results show th at up to a hunclred ty pes of proclu cts are usecl w ithin
tl1e fram work of a I gislative system that bacll y needs to be im proved. This high number
points out to a ge neral overutili zation and lack of control. lt explains wa ter conta mination
by various pesticid resiclues tl1at might be harmful LO human and animal hea lth . It
suggests th e need for creating a monitoring system tl1at w ill ensure a better contr I of th e
co le of chemica ls in the r iayes agrosystem.
Key words: Phytosanita,y proreclion; Farming producti on; Environment.

f
L
introduction des pesti cides dans des prédateurs aux produits utilisés [1], la
l 'agri cultu re a contribué d 'une fa- dégradation des resso urces naturelles, les
çon générale à l'a méliorati on des résidus de pesticid es qui persistent sur les
rendements agri coles, mais elle suscite de produits et sous-produits agri coles [2]
nombreuses inquiétud es liées notam- dont l'une des conséquences la plus insi-
ment à leur toxicité et à l eur impact dieuse est le problème sanitaire qu 'il
négatif sur l'homme et l'environnement. posent. En effet, plusieurs pathologies
C'est po urquoi, il est nécessa ire de leur ont directement a soci ées clans le
contrô ler de manière rigoureuse l'usage long terme, notamment les cancers, les
des pesticid s lans les pa ys en dévelop- stérilités, les malformati ons congénjtales,
pement comme le Sénégal. les léfi ciences mentales, des tro ubl es
En effet, parmi les effets néfaste du aux neuro logiques et de reproduction (3, 4].
pesti cides, notons les phénomènes de La plupart de études concernant l'usage
Tirés à part : A.A. Tandia résistance con écutifs à l 'accoutumance des pesticide au Sénégal ont porté sur

Cahiers Agricultures 2003 ; 12 : 181-6


leurs impacts ur des groupes restreints phréatiqu e au nivea u de 20 puits et de gie. hydrogéologie) favorab les qui sont le
évo luant souve nt indirectement clans le 17 céa nes (trous d'ea u d 'environ 1,5 m à s uppo rt des acti vités agropastorales (ho r-
milie u agricole [5 , 6] o u clans leurs envi- 2 m de profonde ur) clans la région de ticulture, aviculture et productio n lai-
ro ns (7, 8]. C'est po urquoi la présente Dakar, o nt été analysés au laboratoire de tière). Lo ngue de 180 km sur une ving-
étude constitu e un exemple oppo rtun qui chimie environnementale de la direction taine de large , cette bande côtière produit
permet d 'analyser l'usage incontrôlé des de protection des végétaux à Daka r, ac- plus de 80 % des cultures maraîchères du
pesticides. tuel Centre d 'étude et de reche rche en pays, renferme 1 % d u che ptel bovin, 3 %
écotoxicologie du Sahel (Ceres) , afin de des petits ruminants et une part u-ès im-
déterminer les concentrations des pestici- portante de l'avicu lture iJ1dustrie lle. Du
des . Les échantillons d 'ea u o nt été pré le- fait de l'étroitesse de ce mi lie u, partagé
Méthodologie vés clans des flacons de 1 litre e nroulés entre habitat et agriculture , l'inte nsifi ca-
clans du papie r n aluminium et conser- tion des systèmes agricoles se déve lo ppe
vés dans un bac isotherme à 4 °C. La aus i bien au nivea u des petits q ue des
La méthodo logie de l'étude re pose clans méthode d 'analyse s'est fondée sur la grands produ cte urs. La zone des Niayes
un pre mier temps sur des e nqu êtes de procéd ure standard l'opération CA-AE. se ca ractérise aussi p ar la vuln érabilité de
terrain auprès des agricu lteurs de la zone La mesure des concentrations en pestici- la nappe phréa tique q ui est loca lisée à de
des Niayes. Celles-ci ont été menées à des s'est effectuée après le ur extraction très faibles profonde ur (e lle affi e ure pe n-
partir de q uestio nnaires au près de de l'ea u par la techn ique SPE (Salie/ Phase dant la sa i on des pluies et atteint 5 à
107 maraîchers pris au hasa rd , et répartis [Link]) et lecture à partir d 'un CPG 10 m pend ant la pleine sa ison sèche) . La
comme suit: 43 clans la grande Niayes de (chromatographie en phase gazeuse) gaz faible profondeur de la nappe fait qu e la
Pikine, 20 à Be ul Mbao, 18 à Malika et 26 liquide. Les résultats o l tenus sont compa- zone non saturée correspo ndante favo-
à Niaga (figure l). De même , des infor- rés aux no rmes de potabil ité de l'ea u (9). rise des contaminatio ns à partir des pollu-
mations compléme ntaires o nt été acqui- tions de surface (10).
ses par des échanges directs avec 89 pay- La nappe d 'ea u souterra ine de la zone des
sans clans les zones de Kounoune, iayes contribue à l'alimentation en ea u
Sangalcam et à Bambylore (méthode ac- Présentation de !"agglomération de Dakar. Cette n appe
est actuellement explo itée par une batte-
célérée de recherche participative, foc us
groupes). Cette première étape a permis de la zone d'étude rie de 6 forages avec un débit de
d'établir une base de données ur les 7 165 111 3/ j. Les Niayes constitu ent des zo-
pesticides et de déterminer les plus utili- nes de production maraîchè re très impor-
sés dans le milieu. Située sur la frange littora le nord sénéga- tantes avec 90 % de la produ ctio n natio-
Dans un de uxième te mps, des prélève- laise, la zone de Niayes se ca ractérise par nale. L'exp lo itation maraîchè re n'est pas
ments d 'échantillo n d 'ea u de la nappe des conditio ns physiques (climat, péclolo- mécanisée mais se fait de manière tradi-
tionnelle. Les principales sp ' culations
sont constituées par l'oigno n, la pomme
de terre, la to mate et le cho u.
CAM : Cambérène
MBA: Mbao et Niaga
PKI : Pikine
GUE : Guediawaye
MAL : Mali ka St-LOUI S Résultats et discussion
Utilisation des pesticides
OCÉAN
ATLANTIQUE Des enqu êtes menées cla ns la zone des
Nia yes ont permis de ré pertorier
122 noms commerciaux de pesticides
MAL
dont 67 matières actives diffé rentes [4).
Les p esticides organophosphorés sont les
p lus uti lisés (32 % du to tal des types de
pesticides enqu êtés) . Les p esticides orga-
nochlorés (1 3 %) sont les mo ins utilisés
parmi les classes chimiqu es les plus im-
portantes (orga no phospho rés, organo-
chlorés, pyréthrinoïcl e , carbamates). Les
dérivés (mixage de plusieurs pe ticicles)
et les pesticides divers qui regroupent
plusieurs classes chimiqu e occupe nt un
L__J 20 km
rang non négligeable clans l'uti lisatio n
des pesticides clans ce milie u (figu re 2).
Figure 1. Localisation de la zone des Niayes da ns le littoral du Sénégal. Aussi, un grand no mbre de pesticides
utilisés dans la zone des iayes sont très
Figure 1. Location of the Niayes area along the Senegalese shore . diversifiés, nota mme nt sur les cibl es vi-

Cahiers Ag ricultures 2003 ; 12 : 181-6


ve nte de produits ph ytosanitaires, mais
Divers Organochlorés auss i et urcout au manque de contrôles
13 %
sur l'usage et la comme rcia lisation de ces
Dérivé WP
substa nce . 26%
10 % ~--="":,,,,loiill

Modes d'utilisation
14 % Pyréthrinoïdes Organophosphorés
des pesticides
15 % 32%
Trois modes d 'utilisa tion sont notés chn 12 %

Figure 2. Classifications chimiques des pesticides


le système de production ho rticole , e n EC (concentré émulsiliant) OP (poudre pour poudrage)
GR (granulé) ULV (ultra bas volume)
dans les Niayes. relatio n souvent avec la taill e de l'exploi- WP (poudre mouillable) CAR (carbamate)
tation :
Figure 2. Chemical distribution of pesticides in the 1) L'utilisation par aspersio n est prati- Figure 4. Class1ficat1on des pest1c1des dans les
Niayes area .
quée par les maraîchers cultiva nt des Niayes selon leur formulation .
surfaces de 0,1 à 0,2 hectare. Elle consiste
sées. Il y a une nette do minance des à traiter les attaq ues parasitaires à l'aide Figure 4. Distribution of pesticides in the Niayes
area accord1ng to their formu lation.
insecticides, sui vis des fo ngicides, avec d 'un seau conte nant la -o Jutio n de pesti-
des pourcentage re pectifs de 30 % et cide et de bran chages comme aspe rsoir.
24 %. Les produits à large spectre d 'actio n Q uand il s'agit de poudre , le saupo u- veau, on peut note r aussi l'utilisa tion de
sont éga le ment bie n sollicité , notam- drage à la main sa ns ga nt ni masque de pu lvérisate ur à gra nde capacité mo nté ur
ment les in ecticide aca ricides (IA) qui protectio n est pratiq ué par les agricu l- vé hicule. Ce rnocle de u·aitement présente
repré e ntent 20 % des produits utiH és teur . Cette façon de traiter a été observée mo ins de ri que pour les explo itants
(figure 3). Différents types de fo rmula- clans la grande Nia ye de Pikine et clans la mais il n'est pas à la po rtée de la majorité ,
tions sont également utili és clans ce mi- partie no rd , nota mme nt clan le Ganclio- compte tenu des coûts d"investis ement
lieu . Les concentrés émulsifi ants (EC), lais. très é levés qu 'il nécessite.
avec 53 %, sont les p lus dominants, ui vis 2) Le traitement avec un pu lvérisateur
des po udres mo uillable (\VP) avec 26 % manu el o u moto risé. Ce mode de u·aite- Fréquences d'utilisation
(figure 4). ment est le plus ré pandu clans les iayes.
Ainsi un grand nombre de pesticides sont li est appliqué aussi bien chez les petits Les fréque nces d'utilisa tion des produit
utilisés dans la production horticole ur- que chez les moyen explo it::mts. Là aussi, phytosa nitaires varient d 'un producteur à
baine et périurbaine. En effet, devant les risques ne sont pas des mo indres, un au u·e. Au nivea u des grands produ c-
l'inten ifi cation et les conditions écologi- dans la mesure o ù le maté riel de protec- teurs, le traitement phytosa nitaire est plus
ques favorab les a ux déprédations, le re- tion req uis fait largement défa ut, ce qui rationalisé, ca r tenant compte des impéra-
cours aux pesticide constitue une gara n- peut exposer les applicateurs à de ris- tifs du marché exté rie ur et du respect
tie pour les petits producteurs po ur ques d 'intoxication série use. scrupule ux des normes exigée par
s'assurer une bonne prod uction. La fac i- 3) Le u·aiteme nt par ferti -irrigatio n utilisé l'Union euro péenne en matière de rési-
lité d 'accès a ux pesticides, parfois même en associatio n avec l'irrigation au " goutte dus de pesticide clans les prod uits agri-
aux pesticides prohibés, nota mment cer- à goutte "· Les produits phytosanitaires et coles. En reva nche, chez les petits pro-
tains o rganochlorés (DDT, he ptachlore , les engrais solu bles sont directement in- du cteurs, la fréqu ence d 'utilisation des
dieldrine , hexachlo roexa ne , enclosul fa n, jectés dans Je systè me d'irrigation. Il est produits phytosa nitaires est plus condi-
a lach lo re, enclrine, etc.) est due no n seu- exclusivement utilisé par les grands et tionnée par la dispo ition du produit que
le ment à la multiplicité des points de quelques moyens explo itants . À ce ni- par la prése nce des attaqu es. C'e t ainsi
qu 'il est fréqu nt d'o bserver chez eux des
traitements souvent préventifs. En pé-
riode de forte attaque parasitaire, les u·ai-
%
35 ~ -- - - - -- -- - - - -- - -- - - -~ tements peuvent se fa ire jusqu 'à trois fo is
30 clans la semaine. Dans certaines zone
25 aux e nviro ns de Dakar (la gra nde Niaye
de Pikine , Mbao , Malika et iaga), la
20
fréquence des traiteme nts varie entre
15 deux et u·ois traiteme nts par campagne
10 selon les type de spécu lations. Ainsi, en
5 fonction de la disponibilité du produit,
0 certains maraîche rs peuve nt aller jusq u'à
A N F H IA IN FA IAN quatre u·aite ment par sema ine avant la
Cibles maturatio n des espèces cultivée . Une
ga mme très di ve rse de p rod uits phytosa-
1 (insecticide) A (acaricide) N (nématicide)
F (fongicide) H (herbicide) IA (insecticidelacaricide) nitaires est utilisée lors des traitements.
IN (insecticide/nématicide) FA (fongicide/acricide) 1AN (insecticide/acaricide/nématicide) Parfois les usagers procèdent à des mé-
langes do nt ils ne maîtrisent ni le dosage,
Figure 3. Classification des pesticides selon les cibles dans la zone des Niayes. ni la rémanence, encore mo ins les pro-
priétés physico-chimiques du produit.
Figure 3. Distribution of pesticides per targets in the N1ayes area . Ainsi, o n con tare qu 'un maraî her utilise

Cahiers Agricultures 2003 ; 12 : 181-6


Tableau 1. Pesticides organochlorés dans les céanes des Niayes de Dakar (n =17).
Tab le 1. Orga noc hl orate pesti cides in the Niayes a rea in Dakar (n = 17).

Rés idu s de pestic id es e n µg /kg


g HCH Ala- Hepta- Aldrine o,p'- Dieldrine b-endo- o,p'- p,p'- Méthoxy- Mirex
chlore chlore OD E s ulfan DDT DDT ch lore
Moyenne 30,31 4,74 3, 79 1, 16 2,68 0,77 2,67 1,79 7,93 110,54 2,68
Écart type 72 ,29 13, 18 5,05 0,96 5,46 2,35 10,99 5,68 3,67 252, 15 10,98

en moyenne dans une ca mpagne trois La concentratio n moyenne de matières concentrations moyennes totales sont res-
types de produits différents sans compter actives des pesticides recherchés (le mala- pectivement de 4,35 µg/L, soit 8 fo is la
les mélanges q u'il pré pare afin d'obtenir thion , le chlorpyrifos éthyle et méthyle, le norme, et 6,34 pg/L, soit 12 fo is la norme .
une meilleure éradication des dé préda- lindane , l'endosulfa n, la cypermétrine et Ces sites deme urent ainsi les moins conta-
teurs. la deltaméthrine) dépasse les normes de minés après Mbao et Niaga qui présentent
concentration admises, à l'exceptio n de la des vale urs moyennes de concentration
Risques de contamination cleltaméthrine (0,079 µg/L). Les concen- totale respective de 12,7 pg/ L, soit 25 fois
tratio ns moyennes de résidu s présents la norme et 17,28 pg/L, soit 35 fo is la
de la nappe phréatique dans la nappe, à la même période et clans norme (figure 6). En raison de l'homogé-
Lors des traitements phytosa nitaires, une différents pu its, notamment p o ur Je mala- néité de l'aquifère qui est composé de
bonne partie des pesticides se dé pose sur thion , le chlopyrifos-méthyle et le sable, la ré partition inégale de la pollution
le sol, risquant d'atteindre la nappe phréa- chlo pyrifos-éthyle sont respectivement de pourrait être vraisemblablement liée à une
tique da ns les endroits o ù elle est affie u- 11 ,88 µg/ L, 1,45 µg/L et 0,73 µg/ L ré partition différenciée des pesticides
rante ou proche de la surface to pographi- (tableau 2). Prenant en compte les dans l'espace des systèmes de production.
que. Sur 20 prélèvements d 'eau clans les concentrations totales, o n p e ut a insi re- Les concentrations moyennes de résidus
puits et 17 clans le céanes, on a observé marquer que les niveaux de conta mina- les plus élevées présentes clans la nappe,
des contamu1ations par les pesticides or- tion atteignent des seuils très élevés . C'est sont observées avec les orga nophospho-
ganochlorés supérieures aux normes ad- le cas du puits P08 o ù la concentration rés, notamment le malathio n, le
mises pa r l'O rganisation mondiale de la totale de matières acti ves de pesticides est chlopyrifos-méthyle et le chlop yrifos-
sa nté (tableau 1). Ces pesticides caracté- de 162 ,62 pg/ L, soit 325 fo is la norme éth yle , avec respectiveme nt des vale urs
risés par le ur persistan ce clan s l'en vu·on- ad missible (0,5 pg/L) . Le minimum de de 11 ,88 µg/L, 1,45 µg/ L et 0,73 pg/ L. Ces
nement, pe uvent entraû1er une pollution concentration est obse1vé au nivea u du concentrations élevées s'expliqu ent par
de la nappe entretenu e par le processus puits P1 6: il est de 1,42 µg/ L, soit près de leur util isa tio n abusive et fréquente pour
de lessivage. Les analyses fa ites sur la trois fo is la norme (figure 5) le traitement des cultures . Le ur p ersis-
nappe phréatiqu e clans la zone des Niayes La p ollutio n de la nappe est plus marqu ée tance clans le milie u tradu it leur forte
de Dakar montrent des nivea ux de pollu- clans le site de Guécliawaye avec une utilisation puisque ces pesticides sont ca-
tion élevés : l'ensemble des 20 puits ana- concentra tion moyenne totale de ractérisés par le ur rapide dégradation
lysés dé passe nt les normes de potabilité 51,2 1 µg/L, soit 102 fois supérie ure à la dans l'environnement. Il en est de même
de l'ea u [9] qui sont respectivement de vale ur guide, sui vie de Malika où la pour les pyréthrinoïcles, et p lus p articuliè-
0, 1 µg/L pour une matiè re active distincte moyenne de la concentration totale est de rement la cyperméth rine dont la concen-
et de 0,5 µg/ L pour des matières actives 37,68 µg/L, soit 75 fo is la norme, Jorn du tra tion moyenne est de 4,36 µg/L alors
au tota l. site de Cambérène et de Pikine où les qu e sa durée de vie est de 24 heures .

Tableau 2. Pesticides dans les puits de la zone des Niayes de Dakar (n =20).
Ta bl e 2. Pesticides foun d in th e we ll s of th e Niayes a rea in Dakar (n=20 ).

Para m ètre s Teneurs e n pesticid e s (en µg /L)


Linda ne Chlorpyrifo s . Malathion Ch lorpyrifos . Endosulfan a Endosulfan b Cyperm éthri ne Deltaméthrine
méthyl éth yle
Moye nne 0,22 1,45 11 ,88 0,73 1,26 1,84 4,36 0,079
Écart type 0,22 1,49 32,97 0,71 4,69 6,73 6,71 0, 16

Te ne urs en pestic id es (e n µg /L)


g HCH Ala- He pta- Aldrine o, p'- Dieldrine Endrine o,p'- p,p- p,p '- Méthoxy- Mirex
chlo re chlore ODE DDT DDT DDT chlore
Moye nne 85,99 3,49 3,43 1,70 3,51 0,57 1,08 5,58 0,64 9,72 76,76 8,38
Écart type 125,37 9, 15 1,80 1,72 9,22 1,92 2,3 5 14,89 2,46 9,11 135,55 2,35

C a hiers Agric ultures 2003 ; 12 : 18 1-6


toxication avec des ignes ne urologiqu es,
dont 52 % de cas souffrant souvent de
Log concentration (g/L) nausées, de vertiges, d'étourd issements.
2,50
Avec l'utili ario n de pe ticid s per istants
Norme = log (0,5 pg/L)
2,00
te ls que les p esticides o rga nochlo rés, les
risq ues sanitaires sont amplifiés. En tfet,
1,50
ces pesticides cancérigènes, mutagènes et
tératogènes pour la plupart d'e ntre eux,
1,00
s·accumulent dans les mili ux t se trans-
mettent à trave rs la chaîn e alime ntaire. Si
dans les pays développés des études épi-
démiologiques o nt permis de déterminer
les conséque nces sanitaires liées à l'usage
des pesticides, le problème re le encore
entier pour les pa ys en développe ment
Puits de l'Afrique.

Figure 5. Concentration des résidus totaux de pesticides dans les différents puits analysés dans la zone des
Les pesticides
Niayes de Dakar. et la législation
Figure 5. Concentration of overall pesticide residues found in the different wells analysed in the Niayes area in phytosanitaire au Sénégal
Dakar.
l 'utilisation des produits phytosanita ires
est régie clans sa commercialisa tio n et sa
l es pesticides o rganochloré , notamment ea ux, l'interdiction de l'usage des pro- disu"ibution par des textes législatifs t
le lin lane dont la norme est de 0, l pg/L duits o rga nochlorés p rsistants clans régle mentaires au niveau national et par
(14], présentent des concentrations fa ibles l'agriculture clans le zones vulnérables des conventions au nivea u o us-régional
dan l'ensemble des puits analysés. Tou- est une nécessité absolue. et international. Dans le but de sécuriser
tefois, on peut note r de pic au nivea u le flux des pesticide , le Sénéga l a parti-
de quelques puits avec des concentra- Risques sanitaires liés cipé activement à l'élaboratio n des docu-
tions de 0,82 pg/ L, 0,6 pg/L et 0,59 pg/L. me nts relatifs à la créa tio n du Comité
Du fait de sa stabilité dans l'e nvironne- à la contamination des eaux
sa hé lien de pesticides (CSP) et à la
ment qui pe ut varier de 1 à 15 ans [2] , de la nappe et à l'usage .. Régle mentation commun , sur l'homolo-
cette molécule est ca pable d'entrete nir des pesticides gation des pesticides aux Etats membres
une pollutio n permanente de la nap pe. du Comité inter-états de lutt contre la
Quant à l"endosulfa n, les te neurs rési- Les enquêtes menées clans la zone des sécheresse au Sahel (CilSS) •.
duelle moyennes clans la nappe phréati- Niayes ont fa it savoir qu·environ 25 % des Au nivea u national, plusieurs lois, cl ' crets
que sont de J ,26 pg/L pour l'endosulfa n exploitants maraîchers ont été très pro! a- et arrêtés ont été élaborés depuis 1981 ,
alpha et de 1,84 pg/L pour l'enclo ulfan blement victimes d'une intoxication par alo rs qu·au nivea u sous-régio nal, notam-
bêta. Les études e n cours po1tant unique- les pesticide . Dans la zone des iayes de ment avec le CILSS, une régleme ntation
ment sur les pesticide, o rganochlo rés, Dakar, il a été signalé que 26 % de conmrnne sur l'ho mologation des pe tici-
mo ntre nt des teneu rs importantes clans la victimes d'intoxicatio n ne peuvent se sou- des a été adoptée depuis 1994. Son appli-
nappe phréatique (lablea11 3). Po ur ré- venir du produ it incriminé. L'une des cation effective clans l'espace CILS de-
duire le risque de contamination des intoxicatio ns les plus fréquentes est l'in- meure problématique, car l'ensemble des
États membres conu·actants n·ont pa en-
core ratifié cette régle mentatio n.
o ucieux du grand inté rêt de l'intégration
Log concentration (g/L)
1,80 sous-régionale que constitue cette régle-
1,60 Norme = log (0,5 pg/L) mentation commune, le Sénégal a éla-
1,40 boré des projets clans ce sens : un projet
1,20 de loi relatif à la gestio n des pesticides et
1,00 des produits chimiqu es dangere ux et un
0,80 projet de décret fixa nt le attributio ns, la
0,60
composition et les règle de fo nctionne-
0,40
ment du Comité national de gestion des
0,20
0,00
pesticides et des produits chimique dan-
mbao cam gue pik nia mal gereux, nota mment ceux pro hil és par la
Convention de Rotterdam .
Sites Plusieurs lois, règlement et conventions
portant su r les pesticides sont e n vigueur
Figure 6. Niveau de contamination de la nappe au niveau des différents sites de prélèvement. dans le pays. Mais leur applicatio n effec-
tive de meu re problématique ou rendu e
Figure 6. Contamination level of the water table at various sampling sites . caduque par la juxtapo itio n de certains

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accords. Par exemple, les accords du des, il est nécessa ire de définir un ensem- ed. Pesticide resistance - strategies and tactics
for management. Wash ington : Nat A cad
CILSS sur l'homo logation des pesticides ble cohérent de mesures, notamment de Press, 1986 : 14-43.
dans les pays membres qui ta rde nt dans normes de vente, d'inte rdictio n d'usage
son applica tion, placent le Sénéga l clans de certaines catégories de pesticides, de 2. Ngom MB. Contribution à la connaissance
une véritable situation transitoire qui in- formation et de surveil lance sanitaire et de l'utilisation des pesticides au Sénégal: en-
quête auprès de 146 maraîchers dans la zone
flu e nce la multiplication des po ints de environnementale. des Niayes. T hèse pharmacie Dakar, 1992.
ventes de pesticid es et la libé ralisation de En plus d'une organisation stru cturelle
ce secte ur. appropriée et d'un renfo rcement des mé- 3. Gibons SM, Hoss VG, Laseter LJ , Rea W J .
Physic ian 's c linica l Guide - A c linica l guide to
De même, la tendance actuelle au nivea u canismes nationaux de contrô le de l'utili- tax ie chemica ls. Richardson (Texas): Enviro-
inte rnational fait qu e la suppression o u la satio n des pesticides, la situatio n sanitaire hea lth information center, 1987: 87-9.
restriction de pesticides hautement toxi- et environnementale devrait être sur-
ques pour l'ho mme et l'environnement veillée de fa çon orga nisée et continue. Il 4. N iang S. Utilisation des eaux usées domes-
tiques en maraîchage périurbain à Dakar.
sont qu asiment passées sous sile nce par serait souhaitable de procéder dans les Sécheresse 1996 ; 7 : 217-23.
la législatio n phytosa nitaire en vigue ur, pays en dévelo ppement, à des enqu êtes
même si les conventions ratifiées par le épidé miologiques détaillées o ù la col- 5. Cissé 1. Utilisation des pesticides dans le
Sénégal en tie nnent compte. En effet, lecte des do nnées et leur interprétation se système de production horticole dans la zone
des Niayes: les produits et leur impact sur la
plusie urs matières actives prohibées, par- fondent sur l'examen cliniqu e d'un grand nappe phréatique. Thèse de doctorat de troi-
ticulière ment la da se des organochlorés, no mbre cle pe rsonnes par des spécialistes sième cycle, un iversité Che i kh Anta D iop,
Dakar, Sénégal, 2000, 187 pages+ annexes.
sont utilisées clans le pays (DDT, hepta- qualifiés. Il semble au ssi nécessaire de
chlo re, clie ldrine, endosulfan , alachlo re, redéployer les pe rsonne ls de sa nté publi- 6. Houéto P. Étude des ch olinestérases et du
enclrine, etc.). Les textes o u lo is régle- que exerçant da ns le domaine de l'épidé- métabolisme lipoprotéique chez les applica-
mentant l'usage des produits pro hibés mio logie de manière à ce qu 'ils étudient, teurs de pesticides au Sénégal. T hèse de doc-
torat de pharmac ie, université Cheikh Anta
demeurent inexistants en dehors de l'ar- en plus des maladies transmissibles, les Diop, Dakar, Sénégal, 1990.
rêté du 19 août 1971 qui interdit l'usage maladies résultant de l'exposition aux
des pesticides à base d'ester phospho ri- produits chimiques en général et aux 7. Mui ll ié WC , Andreasen J, Abiola FA, Diatta F,
Van der Va l H. Les niveaux de cholinestérases
que. Ainsi, clans l'arrente de la mi e en pesticides en particulier. dans le sang des travailleurs de la protection
applicatio n de certaines conventions, la Po ur pouvoir mesurer l'impo rtance des des végétaux après les traitements opération -
mise en place d'un o rga ne de contrô le effets des pesticides sur la sa nté et déter- nels avec des insecticides organophosphorés
au Sénégal. ln : FAO, ed. Effet de la lutte anti-
natio nal qui s'appuie sur la législatio n miner les meilleurs moyens d'y remédier, acridienne sur l 'environnement. Tome Il. Pro-
phytosa nita ire loca le deme ure un impé- il est indispensable de renforcer les systè- jet LOCUSTOX-GCP/ SEN/04 1/ NET, 1998.
ratif. mes d'informatio n de façon à fournir des
do nnées sur la mortalité et la morbidité 8. Food and Agriculture Organ isation . Effet de
la lutte antiacridienne sur l'environnement.
associées à leur utilisatio n. La mise en Tome 1. Projet LOCUSTOX GCP/ SEN/ 041 / NET,
place d 'un observato ire des po llutions et 1997.
Conclusion nuisances d'origine agricole po urrait être
9. Organisation mondiale de la santé. Directive
d'une grande impo rtance dans ce sens • de qualité pour l'eau de boisson. Recomman-
dation. Vol 1. Genève: OMS , 1994; 202 p.
Dans la perspecti ve d'une agriculture du-
ra ble avec une meilleure protectio n de la Références 10. Tand ia AA , Gaye CB, Faye A. Origine des
teneurs élevées en nitrates dans la nappe ph-
santé par une réductio n de la contamina- 1. Georgh iou G H. The magnitude of the resis- réatique des sab les quaternaires de la région
tion de l'environnement par les pestici- tance problem. ln : Nationa l Research Counci l, de Dakar, Sénégal. Sécheresse 1997; 8: 291 - 4.

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