Usage incontrôlé des pesticides au Sénégal
Usage incontrôlé des pesticides au Sénégal
f
L
introduction des pesti cides dans des prédateurs aux produits utilisés [1], la
l 'agri cultu re a contribué d 'une fa- dégradation des resso urces naturelles, les
çon générale à l'a méliorati on des résidus de pesticid es qui persistent sur les
rendements agri coles, mais elle suscite de produits et sous-produits agri coles [2]
nombreuses inquiétud es liées notam- dont l'une des conséquences la plus insi-
ment à leur toxicité et à l eur impact dieuse est le problème sanitaire qu 'il
négatif sur l'homme et l'environnement. posent. En effet, plusieurs pathologies
C'est po urquoi, il est nécessa ire de leur ont directement a soci ées clans le
contrô ler de manière rigoureuse l'usage long terme, notamment les cancers, les
des pesticid s lans les pa ys en dévelop- stérilités, les malformati ons congénjtales,
pement comme le Sénégal. les léfi ciences mentales, des tro ubl es
En effet, parmi les effets néfaste du aux neuro logiques et de reproduction (3, 4].
pesti cides, notons les phénomènes de La plupart de études concernant l'usage
Tirés à part : A.A. Tandia résistance con écutifs à l 'accoutumance des pesticide au Sénégal ont porté sur
Modes d'utilisation
14 % Pyréthrinoïdes Organophosphorés
des pesticides
15 % 32%
Trois modes d 'utilisa tion sont notés chn 12 %
en moyenne dans une ca mpagne trois La concentratio n moyenne de matières concentrations moyennes totales sont res-
types de produits différents sans compter actives des pesticides recherchés (le mala- pectivement de 4,35 µg/L, soit 8 fo is la
les mélanges q u'il pré pare afin d'obtenir thion , le chlorpyrifos éthyle et méthyle, le norme, et 6,34 pg/L, soit 12 fo is la norme .
une meilleure éradication des dé préda- lindane , l'endosulfa n, la cypermétrine et Ces sites deme urent ainsi les moins conta-
teurs. la deltaméthrine) dépasse les normes de minés après Mbao et Niaga qui présentent
concentration admises, à l'exceptio n de la des vale urs moyennes de concentration
Risques de contamination cleltaméthrine (0,079 µg/L). Les concen- totale respective de 12,7 pg/ L, soit 25 fois
tratio ns moyennes de résidu s présents la norme et 17,28 pg/L, soit 35 fo is la
de la nappe phréatique dans la nappe, à la même période et clans norme (figure 6). En raison de l'homogé-
Lors des traitements phytosa nitaires, une différents pu its, notamment p o ur Je mala- néité de l'aquifère qui est composé de
bonne partie des pesticides se dé pose sur thion , le chlopyrifos-méthyle et le sable, la ré partition inégale de la pollution
le sol, risquant d'atteindre la nappe phréa- chlo pyrifos-éthyle sont respectivement de pourrait être vraisemblablement liée à une
tique da ns les endroits o ù elle est affie u- 11 ,88 µg/ L, 1,45 µg/L et 0,73 µg/ L ré partition différenciée des pesticides
rante ou proche de la surface to pographi- (tableau 2). Prenant en compte les dans l'espace des systèmes de production.
que. Sur 20 prélèvements d 'eau clans les concentrations totales, o n p e ut a insi re- Les concentrations moyennes de résidus
puits et 17 clans le céanes, on a observé marquer que les niveaux de conta mina- les plus élevées présentes clans la nappe,
des contamu1ations par les pesticides or- tion atteignent des seuils très élevés . C'est sont observées avec les orga nophospho-
ganochlorés supérieures aux normes ad- le cas du puits P08 o ù la concentration rés, notamment le malathio n, le
mises pa r l'O rganisation mondiale de la totale de matières acti ves de pesticides est chlopyrifos-méthyle et le chlop yrifos-
sa nté (tableau 1). Ces pesticides caracté- de 162 ,62 pg/ L, soit 325 fo is la norme éth yle , avec respectiveme nt des vale urs
risés par le ur persistan ce clan s l'en vu·on- ad missible (0,5 pg/L) . Le minimum de de 11 ,88 µg/L, 1,45 µg/ L et 0,73 pg/ L. Ces
nement, pe uvent entraû1er une pollution concentration est obse1vé au nivea u du concentrations élevées s'expliqu ent par
de la nappe entretenu e par le processus puits P1 6: il est de 1,42 µg/ L, soit près de leur util isa tio n abusive et fréquente pour
de lessivage. Les analyses fa ites sur la trois fo is la norme (figure 5) le traitement des cultures . Le ur p ersis-
nappe phréatiqu e clans la zone des Niayes La p ollutio n de la nappe est plus marqu ée tance clans le milie u tradu it leur forte
de Dakar montrent des nivea ux de pollu- clans le site de Guécliawaye avec une utilisation puisque ces pesticides sont ca-
tion élevés : l'ensemble des 20 puits ana- concentra tion moyenne totale de ractérisés par le ur rapide dégradation
lysés dé passe nt les normes de potabilité 51,2 1 µg/L, soit 102 fois supérie ure à la dans l'environnement. Il en est de même
de l'ea u [9] qui sont respectivement de vale ur guide, sui vie de Malika où la pour les pyréthrinoïcles, et p lus p articuliè-
0, 1 µg/L pour une matiè re active distincte moyenne de la concentration totale est de rement la cyperméth rine dont la concen-
et de 0,5 µg/ L pour des matières actives 37,68 µg/L, soit 75 fo is la norme, Jorn du tra tion moyenne est de 4,36 µg/L alors
au tota l. site de Cambérène et de Pikine où les qu e sa durée de vie est de 24 heures .
Tableau 2. Pesticides dans les puits de la zone des Niayes de Dakar (n =20).
Ta bl e 2. Pesticides foun d in th e we ll s of th e Niayes a rea in Dakar (n=20 ).
Figure 5. Concentration des résidus totaux de pesticides dans les différents puits analysés dans la zone des
Les pesticides
Niayes de Dakar. et la législation
Figure 5. Concentration of overall pesticide residues found in the different wells analysed in the Niayes area in phytosanitaire au Sénégal
Dakar.
l 'utilisation des produits phytosanita ires
est régie clans sa commercialisa tio n et sa
l es pesticides o rganochloré , notamment ea ux, l'interdiction de l'usage des pro- disu"ibution par des textes législatifs t
le lin lane dont la norme est de 0, l pg/L duits o rga nochlorés p rsistants clans régle mentaires au niveau national et par
(14], présentent des concentrations fa ibles l'agriculture clans le zones vulnérables des conventions au nivea u o us-régional
dan l'ensemble des puits analysés. Tou- est une nécessité absolue. et international. Dans le but de sécuriser
tefois, on peut note r de pic au nivea u le flux des pesticide , le Sénéga l a parti-
de quelques puits avec des concentra- Risques sanitaires liés cipé activement à l'élaboratio n des docu-
tions de 0,82 pg/ L, 0,6 pg/L et 0,59 pg/L. me nts relatifs à la créa tio n du Comité
Du fait de sa stabilité dans l'e nvironne- à la contamination des eaux
sa hé lien de pesticides (CSP) et à la
ment qui pe ut varier de 1 à 15 ans [2] , de la nappe et à l'usage .. Régle mentation commun , sur l'homolo-
cette molécule est ca pable d'entrete nir des pesticides gation des pesticides aux Etats membres
une pollutio n permanente de la nap pe. du Comité inter-états de lutt contre la
Quant à l"endosulfa n, les te neurs rési- Les enquêtes menées clans la zone des sécheresse au Sahel (CilSS) •.
duelle moyennes clans la nappe phréati- Niayes ont fa it savoir qu·environ 25 % des Au nivea u national, plusieurs lois, cl ' crets
que sont de J ,26 pg/L pour l'endosulfa n exploitants maraîchers ont été très pro! a- et arrêtés ont été élaborés depuis 1981 ,
alpha et de 1,84 pg/L pour l'enclo ulfan blement victimes d'une intoxication par alo rs qu·au nivea u sous-régio nal, notam-
bêta. Les études e n cours po1tant unique- les pesticide . Dans la zone des iayes de ment avec le CILSS, une régleme ntation
ment sur les pesticide, o rganochlo rés, Dakar, il a été signalé que 26 % de conmrnne sur l'ho mologation des pe tici-
mo ntre nt des teneu rs importantes clans la victimes d'intoxicatio n ne peuvent se sou- des a été adoptée depuis 1994. Son appli-
nappe phréatique (lablea11 3). Po ur ré- venir du produ it incriminé. L'une des cation effective clans l'espace CILS de-
duire le risque de contamination des intoxicatio ns les plus fréquentes est l'in- meure problématique, car l'ensemble des
États membres conu·actants n·ont pa en-
core ratifié cette régle mentatio n.
o ucieux du grand inté rêt de l'intégration
Log concentration (g/L)
1,80 sous-régionale que constitue cette régle-
1,60 Norme = log (0,5 pg/L) mentation commune, le Sénégal a éla-
1,40 boré des projets clans ce sens : un projet
1,20 de loi relatif à la gestio n des pesticides et
1,00 des produits chimiqu es dangere ux et un
0,80 projet de décret fixa nt le attributio ns, la
0,60
composition et les règle de fo nctionne-
0,40
ment du Comité national de gestion des
0,20
0,00
pesticides et des produits chimique dan-
mbao cam gue pik nia mal gereux, nota mment ceux pro hil és par la
Convention de Rotterdam .
Sites Plusieurs lois, règlement et conventions
portant su r les pesticides sont e n vigueur
Figure 6. Niveau de contamination de la nappe au niveau des différents sites de prélèvement. dans le pays. Mais leur applicatio n effec-
tive de meu re problématique ou rendu e
Figure 6. Contamination level of the water table at various sampling sites . caduque par la juxtapo itio n de certains