IRM Musculo-Squelettique : Techniques et Astuces
IRM Musculo-Squelettique : Techniques et Astuces
de la clinique à la technique
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I.S.B.N. : 978-2-84023-948-2
E.A.N. : 9782840239482
Imprimé en France.
Comité Scientifique :
O. hAUGER IRM Musculo-Squelettique
A. COTTEN
J-L. DRAPé
de la clinique à la technique
N. THEUMANN
N. SANS
F. LECOUVET
H. Bard
Technique, pièges et astuces
A. BLUM
Ceintures scapulaire et pelvienne
Comité éditorial :
Rachis et pathologie tumorale
H. Bard
F. MIOT Genou
Comité de lecture : IRM des extrémités
les membres du comité scientifique et
C. CYTEVAL
P. Djian
A. LHOSTE
G. MORVAN
V. VUILLEMIN
Président du Congrès :
Pr Bruno Vande BERG
Bureau de la S.I.M.S.
Membres d’Honneur
(Fondateurs du GETROA, anciens secrétaires généraux du GETROA et du GEL)
•
1989 - PATHOLOGIE OSTEO-ARTICULAIRE (épuisé)
1990 - IRM OSTEO-ARTICULAIRE (Rachis excepté)
1991 - PIED ET CHEVILLE
1992 - L’IMAGERIE OSTEO-ARTICULAIRE POST-THERAPEUTIQUE (épuisé)
1993 - IMAGERIE DES PARTIES MOLLES DE L’APPAREIL LOCOMOTEUR
1994 - EVALUATION DE L’IMAGERIE DE L’APPAREIL MOTEUR (épuisé)
1995 - IMAGERIE DE L’OS ET DE LA MOELLE OSSEUSE (épuisé)
1996 - LA COIFFE DES ROTATEURS ET SON ENVIRONNEMENT
1997 - LE GENOU TRAUMATIQUE ET DEGENERATIF
1998 - LE RACHIS LOMBAIRE DEGENERATIF
1999 - IMAGERIE DE LA HANCHE
2000 - IMAGERIE DU RACHIS CERVICAL
2001 - IMAGERIE DU POIGNET ET DE LA MAIN
2002 - IMAGERIE DU PIED ET DE LA CHEVILLE
2003 - tendons et enthèses (prix Fischgold 2003)
2004 - Conduite à tenir devant une image osseuse ou des parties
molles d’allure tumorale
2005 - L’epaule : une approche pluridisciplinaire (getroa-gel)
2006 - Le genou : une approche pluridisciplinaire (sims)
2007 - Bassin et hanche (SIMS)
2008 - Le rachis (sims)
2009 - Poignet et main (SIMS)
2010 - L’imagerie en traumatologie du sport (SIMS)
2011 - Le pied (sims)
2012 - LES URGENCES EN PATHOLOGIE MUSCULO-SQUELETTIQUE
2013 - Le tendon et son environnement
•
2003 - IMAGERIE DU COUDE
IRM positionnelle
N. Theumann, F. Becce, A-F. Humbert-Droz, K. Ripert, D. Richarme. ....................................................................................................................................... 113
D - Le genou
Glossaire.................................................................................................................................................................................................................................................................................... 457
Index.................................................................................................................................................................................................................................................................................................. 459
Détrompe-toi, ami lecteur, la S.I.M.S est restée fidèle à ses objectifs. Cette année, elle souhaite te
rappeler que l’IRM est opérateur-dépendante, ni plus ni moins que l’échographie ou la radiologie
conventionnelle. Nos esprits fascinés par la richesse des signaux et l’innocuité relative de l’IRM en
arrivent à s’endormir, bercés par l’illusion de tout voir et tout comprendre grâce aux ronronnements
des gradients. Méfie-toi des recettes toutes faites, du fast-imaging low cost.
Réveille-toi ami(e) lecteur et prête l’oreille aux orateurs et auteurs de cet ouvrage qui vont repousser
un peu plus loin les limites de ton quotidien. Les auteurs de cette monographie te proposent un savant
mélange de trucs et ficelles, d’aspects techniques futuristes ou encore des concepts anciens mais
revisités. La S.I.M.S reste fidèle à ses objectifs : apporter un éclairage original, mais utile aux imageurs
et cliniciens.
Rassembler tant d’informations pratiques dans un ouvrage unique en son genre est un défi que seule
une équipe courageuse pouvait relever. L’énergique comité scientifique constitué par la S.I.M.S a
lancé les grandes lignes de réflexion et s’est entouré d’un large panel d’auteurs. Chacun s’est fait un
point d’honneur à écrire des textes de grande qualité et abondamment illustrés. Et quelle réussite !
Que les maîtres-artisans de l’équipe rédactionnelle soient remerciés avec mention toute particulière
pour Hervé Bard et Frédérique Miot sans qui cette monographie n’aurait pas l’âme de la S.I.M.S.
N’oublions pas l’équipe de Sauramps Médical qui met à notre disposition tout son professionnalisme
pour parachever l’exploit dans les délais.
E. Lévêque
Cela sonne comme une évidence, mais comme tées possible afin d’obtenir les meilleures réac-
pour toute imagerie médicale, la finalité de l’IRM tions pour annihiler au mieux ses causes (fig. 1).
est de porter un diagnostic le plus précis possible.
Plusieurs étapes sont nécessaires à cela, dont cer-
taines impliquent directement le patient. De sa
collaboration dépendra la faisabilité de l’examen
et une partie de la qualité de celui-ci.
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sé par le résultat sera attentif à chaque expression Il existe quatre cas de figure :
et à chaque mimique, une attitude neutre sera
donc de mise (fig. 2). 1. Oui et sans appréhension particulière
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• d’annoncer le temps de chaque séquence et en Pour les autres sources de stress, c’est différent ;
profiter pour l’encourager et le féliciter. lorsqu’il s’agit pour le patient d’une angoisse liée à
- Si son degré de claustrophobie est plutôt moyen l’appréhension du résultat, la gestion de ce stress
comme pour la plupart des patients, en règle est assez difficile, puisque celui-ci est lié à l’inter-
générale cela suffit pour arriver à nos fins. prétation qui vient en fin d’examen. Dans tous les
- Si la claustrophobie est réelle et que nous som- cas, il ne faut surtout pas minimiser cette angois-
mes devant l’impossibilité de faire l’examen, il se, mais comprendre cet état et compatir, tout en
paraît judicieux de ne pas forcer le patient au expliquant que ce stress peut influencer sa colla-
risque de le braquer, mais de dédramatiser son boration de façon négative.
angoisse et souvent sa culpabilité “vous n’êtes
pas le seul” et de lui proposer des solutions Concernant l’injection, il est nécessaire d’expli-
pour faire un nouvel essai. On se retrouve ainsi quer qu’injecter un produit de contraste est une
devant le dernier cas. option d’imagerie supplémentaire au même titre
que les différentes séquences dans un protocole,
afin de ne pas générer d’angoisse de la part du pa-
4. Oui et avec une réelle appréhension tient qui pourrait associer cette injection à la dé-
liée à un échec passé couverte d’une gravité quelconque.
Ce sont les patients les plus difficiles à gérer ; le Pour le questionnaire et le bruit, le plus impor-
sentiment de peur mêlé à une impression d’échec, tant est d’avoir la capacité de répondre aux ques-
voire de culpabilité pour certains, majore l’appré- tions liées à ces éléments. Il est en effet très per-
hension de l’examen. turbant pour un patient de ne pas avoir de répon-
Comme il s’agit d’un second essai, la prise d’un ses à ses questions ; cela peut déclencher indirec-
sédatif en amont peut être préconisée. Il est aussi tement un stress qu’il n’avait vraisemblablement
recommandé de venir accompagné (on s’assure pas prévu.
que l’accompagnant n’est porteur d’aucune contre-
indication pour pénétrer dans la zone magnéti- La notion de bruit ainsi que le questionnaire in-
que) ; la présence dans la salle d’examen d’un tiers troduisent la seconde étape, à savoir les risques
peut participer à rassurer le patient. liés à l’IRM et la gestion de ceux-ci.
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laires choisies. Il est alors possible que les tissus très rapidement. Cette alternance rapide du cou-
subissent un échauffement par élévation de leur rant provoque l’entrechoc des bobines de gradient
température locale (cet échauffement est le plus qui génère des vibrations à l’origine du bruit spé-
intense à la surface de la peau). cifique des IRM [3]. Lors de l’utilisation de certai-
nes séquences, le bruit émis par les gradients peut
On peut contrôler cette élévation par le Taux dépasser 99dBA au centre de l’aimant.
d’Absorption Spécifique (Specific Absorption
Rate=SAR), cette valeur se mesurant en Watts par Ces commutations sont aussi à l’origine d’éven-
kilogramme. tuelles stimulations nerveuses à la périphérie du
corps en raison du courant induit dans les fibres
Avant le début de chaque examen, l’ordinateur nerveuses. Classiquement, le patient peut se
calcule le niveau d’échauffement et règle les possi- plaindre d’une sensation de picotement, le plus
bilités des paramètres d’acquisition. Ce calcul est souvent au bout des doigts. Dans certaines sé-
basé en partie sur le poids du patient d’où l’impor- quences de type Echo Planar Imaging (EPI), les
tance de le noter correctement. Les ondes RF peu- taux de commutation sont tellement rapides qu’il
vent aussi élever la température du tunnel. Il exis- peut y avoir aussi des sensations de contractions
te donc un capteur dans celui-ci qui surveille la musculaires. Sur certaines IRM, il existe diffé-
température de l’aimant pendant les acquisitions rents niveaux de fonctionnement des gradients, le
afin de contrôler le réchauffement des parois. Les mode clinique en niveau 1, admissible à tous les
risques d’échauffement du patient peuvent surve- patients, et le niveau 2, qui permet une augmenta-
nir de différentes façons, par exemple s’il est por- tion des sorties de gradients et l’utilisation maxi-
teur de vêtements humides, ou bien lorsqu’il y a male de toutes les séquences ; ce mode niveau 2
contact entre la peau et l’antenne corps, ou encore ne sera pas utilisé pour les enfants et les femmes
au point de contact de certaines parties du corps enceintes.
lorsque celles-ci forment une boucle électrique. La
présence de dispositifs ou d’objets métalliques Pour en finir avec les sources de risque en IRM,
peut également générer un changement de tempé- il est bon de parler des risques liés au produit de
rature au cours de l’examen. En effet, les courants contraste injectable que sont les chélates de gado-
induits pendant les acquisitions peuvent rendre linium. Comme pour tout produit de contraste, il
les éléments métalliques suffisamment chauds existe des effets indésirables ; ceux-là sont géné-
pour provoquer des échauffements, voire des brû- ralement de faible intensité et transitoires, mais
lures. Il conviendra donc de suivre certaines règles certains peuvent entraîner des complications plus
de sécurité. importantes à plus ou moins court terme et d’autres
à plus long terme comme la fibrose néphrogéni-
Enfin, concernant les structures propres de que systémique (FNS).
l’IRM, la dernière source de risque concerne les
gradients de champ magnétique. Le travail princi-
pal de ces gradients est de coder spatialement le Gestion des risques
signal pendant les acquisitions. Ils sont à l’origine
de deux phénomènes qui peuvent engendrer des Dans la plupart des services IRM, il existe des
désagréments pour le patient. moyens de communication en amont de l’examen,
comme des affiches, voire des vidéos, positionnées
Pour coder le signal, les gradients vont commu- en salle d’attente, qui ont pour but de sensibiliser
ter, c’est-à-dire qu’ils vont s’activer et se désactiver le patient dès son arrivée dans le service.
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Lors de l’accueil, le patient doit remplir un ques- exemple, s’agit-il d’un patient insuffisant rénal sé-
tionnaire (fig. 5) qui se doit d’être le plus exhaustif vère (clairance inférieure à 30 ml/mn), transplanté
possible incluant les contre-indications absolues hépatique ou en attente de cette transplantation ?
(pace-maker, implant magnétique cochléaire, etc.) s’agit-il d’une femme enceinte ? en cours d’allaite-
les contre-indications relatives (prothèse articu- ment ? ou encore le patient est-il sujet aux aller-
laire, valve cardiaque, dispositif transdermique, gies ? Il est demandé au patient de répondre à cha-
etc.). Il doit aussi permettre de prendre connais- que question, puis de dater et signer le document
sance de données physiologiques du patient ; par qui sera archivé par la suite.
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Lors de la mise en cabine, le technicien contrôle Après s’être affranchi de tout problème suscep-
le document et veille à savoir si tout a été compris, tibles de perturber l’examen, on passe à la mise en
puis il indique au patient quels sont les différents place du patient, et l’on prend soin de placer des
objets qu’il doit quitter et les effets qu’il peut gar- coussins non conducteurs entre le tunnel et le pa-
der. Cette étape est importante, puisque c’est à cet tient si celui-ci touche les parois (fig. 6). On veille
instant qu’un oubli peut avoir une incidence re- à ne pas créer de boucles électriques en croisant
grettable. Il faut penser à faire retirer les bijoux les jambes par exemple pour éviter tout risque
même en or, les radiofréquences par courant in- d’échauffement, voire de brûlure. Enfin, pour évi-
duit pouvant chauffer le métal même si celui-ci ter tous risques auditifs, la protection des oreilles
n’est pas ferreux. se fait par des bouchons d’oreilles qui doivent
fournir une atténuation de 29dBA minimum ou
En présence d’une réponse positive aux contre- par un casque musical ayant la même valeur d’at-
indications absolues, bien évidemment l’examen ténuation.
sera annulé. S’il s’agit d’une réponse positive aux
contre-indications relatives, la décision de faire
l’examen se prendra avec les précautions nécessai-
res. Concernant les différents clips chirurgicaux,
valves cardiaques, etc. Il existe différents supports
pour connaître leurs compatibilités en fonction de
la puissance du champ magnétique utilisé (docu-
ments écrits, sites internet). S’il existe le moindre
doute, il est préférable d’annuler l’examen.
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22
23
L’analyse du fléchisseur du deuxième doigt ira sur une antenne haute résolution, pour avoir
(considérez que la réflexion qui va suivre concer- une imagerie de très haute qualité. L’étroitesse de
ne aussi le quatrième et cinquième doigt en l’adap- ces antennes peut rendre plus délicate l’installa-
tant à leur angulation) présente quelques difficul- tion du patient selon la largeur de sa main. Si dans
tés. En effet, nous pouvons observer que la recti- la majorité des cas, la main est mise en position
tude du tendon de P3 jusqu’au canal carpien n’est avec le pouce sous l’index (fig. 11), il arrive que
pas naturelle, celui-ci présentant deux angulations l’on soit obligé de sortir le pouce de l’antenne (fig.
(fig. 10a). Dans un premier temps, il faudra orien- 12) et quelques fois même de choisir une antenne
ter la portion métacarpienne du tendon parallèle à plus grande. Mais dans tous les cas, il faut dans
l’axe radius/ulna (fig. 10b), puis de cette position, un premier temps privilégier la meilleure antenne
aligner la portion phalangienne dans le même axe disponible, et si et seulement si, il y a impossibi-
(fig. 10c) ; ainsi nous obtenons un alignement par- lité d’utiliser celle-ci, on peut se diriger vers un
fait du tendon dans toute sa longueur et le plan autre choix.
sagittal en coupes fines permettra son analyse de
façon satisfaisante.
Enfin, le pouce est peut-être le segment anato-
mique le plus subtil à installer, puisqu’il va falloir
L’étude d’une lésion ligamentaire latérale se fait donner une rectitude à celui-ci pour permettre une
principalement en coupes fines (1.5 mm) corona- analyse performante de la colonne du pouce dans
les et en coupes axiales ; il faut donc veiller à po- le plan sagittal et dans le plan coronal. Il est alors
sitionner les doigts bien à plat pour éviter une indispensable d’avoir à disposition un abaisse-lan-
éventuelle flexion et rendre le plan coronal plus gue et du sparadrap pour positionner correcte-
difficile à lire. La préférence du choix d’antenne ment le patient (fig. 13a,b).
a b c
Fig. 10 : Pour certaines indications, il faudra plusieurs étapes pour un bon positionnement.
24
a b
Fig. 13 a b : L’abaisse-langue est un élément indispensable au positionnement du pouce.
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Une fois bien fixé, nous positionnerons le pouce Il est de notre intérêt de bien veiller à optimiser
de profil placé sous l’index (fig. 14) dans une an- l’installation du patient, ce qui rendra les trois éta-
tenne haute résolution. Le positionnement sera pes suivantes (positionnement des coupes, choix
optimisé par rapport à la couverture de champ de des séquences et enfin interprétation) beaucoup
vue que propose l’antenne pour améliorer la qua- plus faciles à gérer sans se perdre dans des multi
lité de saturation de graisse. obliquités, en négociant parfaitement les artéfacts
et enfin en respectant les critères de réussite asso-
ciés à chaque positionnement, ce qui nous rappro-
che de ce qui se fait depuis fort longtemps en ra-
diologie conventionnelle.
Conclusion
Références
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Septembre 2013, p34. courante.
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l’IRM. Manuel d’auto-apprentissage. Réalisation, Mode d’emploi.
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G. Bierry
Pourquoi utilise-t-on des noyé dans le bruit (fig. 1). L’objectif principal d’une
antennes en IRM ? antenne est ainsi d’obtenir le meilleur rapport si-
gnal/bruit (RSB) possible, et ce de manière homo-
Les antennes sont des bobines permettant gène au sein d’un volume contenant la totalité de
l’émission des ondes de radiofréquence dans les l’organe à étudier (facteur qualité de l’antenne)
tissus et la réception du signal. Si certaines anten- (fig. 2). Le rôle de l’antenne dans la machinerie
nes commercialisées sont à la fois émettrices et IRM est fondamental, à l’image d’un objectif dans
réceptrices, la plupart de celles que nous utilisons un appareil photo, et le choix d’une antenne de
en pratique sont réceptrices uniquement. Comme géométrie adaptée et de qualité est une des clés de
le signal RMN est extrêmement faible, l’utilisation la réalisation d’examens de qualité pour des du-
d’antennes au plus proche de l’organe est indis- rées d’exploration raisonnable.
pensable pour récupérer du signal qui ne soit pas
Fig. 1 : Rôle des antennes en IRM : amélioration progressive du RSB sur une coupe pondérée en T2 d’une tomate avec réception
uniquement par l’antenne “body” (A), par l’antenne “spine” (B), et par l’antenne “spine” associée à l’antenne “torso” (C).
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Fig. 2 : Coupe axiale pondérée T1 au niveau du coude : amélioration significative du RSB entre la réception du signal par l’an-
tenne “corps” (A) et la réception par une antenne adaptée (B), à temps d’acquisition identique.
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premier est l’émission homogène de l’onde RF sur est la taille limitée du volume explorable, avec une
un volume important (50 x 50 x 50 cm3), on parle chute rapide du signal en profondeur (fig. 4) [2, 5],
d’ailleurs de “bobine RF”. Elle est utilisée en émis- ce qui induit aussi des performances moindres
sion pour toutes les acquisitions réalisées avec des pour la saturation de la graisse.
antennes dédiées à la réception. L’antenne “corps”
n’est employée en réception que pour les coupes
de repérage ou pour la réalisation d’images du
tronc chez des personnes dont la corpulence ne
permet pas la mise en place d’antennes thoraco-
abdomino-pelviennes.
Antennes de surface
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Fig. 6 : Exemple d’antennes en réseau phasé “genou” (A), “poignet” (B) et “épaule” (C).
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peuvent être directement intégrés à la table pour profondeur d’exploration rendant ainsi l’image
l’exploration de la partie dorsale du patient (an- inhomogène [11]. Néanmoins, cet aspect peut
tenne “spine” pour colonne vertébrale par exem- être corrigé au niveau logiciel pour offrir un ren-
ple) (fig. 9). Bien que ce type d’antennes soit cali- du homogène après traitement (filtres de norma-
bré exclusivement pour la réception du signal, des lisation), ce qui prolonge légèrement le temps de
configurations émettrices/réceptrices se sont dé- reconstruction.
veloppées surtout sur des unités 3T afin de per-
mettre de limiter le taux d’absorption spécifique
(TAS ou SAR = Specific Absorption Rate). Quelle antenne choisir ?
Un avantage des systèmes en réseau phasé multi- Les antennes en réseau phasé sont à privilégier,
canaux est d’accéder aux techniques d’acquisitions en raison de leur RSB important. Le choix est alors
parallèles (SENSE, SMASH, GRAPPA) permettant simplifié, car évident lorsqu’on dispose d’une géo-
la réduction des durées d’acquisition, ou l’amélio- métrie dédiée : antenne “poignet”, antenne “épau-
ration de la résolution à temps constant [10]. le”, antenne “cheville”, etc. Cependant, disposer
d’un large panel d’antennes dédiées représente un
L’augmentation du nombre de canaux n’est pas coût non négligeable. En cas de non-disponibilité
forcément associée à une meilleure performance d’une antenne dédiée, des antennes souples de
de l’antenne ; en effet, la multiplication des élé- type “flex” peuvent être utilisées (fig. 8). Certains
ments oblige à réduire leur taille, ce qui augmen- cas peuvent nécessiter des installations plus parti-
te le RSB en périphérie, mais limite fortement la culières, en voici quelques exemples.
A B
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Fig. 10 : Différentes installations d’une antenne poignet. L’antenne peut être posée directement au milieu de la table, avec le pa-
tient installé sur un coussin soit en décubitus (A) soit en procubitus (B). Des slots permettent également de fixer l’antenne le long
de la table, mais l’éloignant de l’isocentre de l’aimant ce qui génère potentiellement des pertes d’homogénéité.
Genou
32
33
Références
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Kliot M, Filler AG. Brachial plexus: MR imaging with a dedi-
cated phased array of surface coils. Radiology 1997; 203: 286-9.
34
35
des bobinages différents nécessitant un autre type qui renvoie un signal capté par une antenne récep-
de réfrigérant. Ces travaux sont motivés par la ra- trice. Le signal acquis est traité afin d’obtenir un
reté de l’hélium à l’état naturel. document interprétable : l’image IRM.
La caractéristique principale de cet aimant est Ces dernières années ont vu une augmentation
son homogénéité assurée par des méthodes passi- significative du nombre d’éléments de réception
ves (shimming par adjonction de plaques de fer dans le champ d’acquisition, permettant ainsi
doux) et méthodes actives (shimming par de peti- d’augmenter considérablement la résolution spa-
tes bobines électromagnétiques placées dans tiale et temporelle des images.
l’aimant). La majorité des systèmes disposent
d’une intensité de champ de 1.5T ; les systèmes 3T
ne sont plus réservés aux équipes de recherche et Système informatique
commencent à se développer en montrant leur in-
térêt en routine clinique. Mais ils génèrent aussi Un système informatique puissant permet de
plus d’artéfacts ! contrôler la mise en place de ces différents para-
mètres au cours d’une acquisition, de traiter le si-
gnal acquis, et de visualiser, post-traiter, archiver
Système de Gradients les images.
36
Fig. 1 : T1, T2 Relaxation and Magnetization Transfer in Tissue at 3T. G.J. Stanisz, Ewa E, Odrobina, J. Pun, M. Escaravage, S.J.
Graham, M.J. Bronskill, R. M. Henkelman
37
Règles d’installation
Inhomogénéités de signal
Mouvements
38
39
reusement toutes ces astuces peuvent ne pas suf- La suppression spectrale de la graisse permet de
fire. De nouvelles séquences ont vu le jour permet- s’en affranchir, tout comme le swap des gradients
tant de réduire considérablement ce type d’arté- de codage et l’augmentation de la BP (il faut tra-
fact et permettre une étude réaliste même au pour- vailler au moins à un décalage chimique de 1).
tour d’une prothèse : séquence de type SEMAC ou
variantes [6, 7, 8] (fig. 7). Le type 2 est sensible aux différences de phase
induites par le décalage chimique. Les protons de
l’eau de la graisse sont alternativement en phase
Artéfact de déplacement chimique puis en opposition de phase. Dans ce cas, il se
manifeste par un surlignement des structures
Il existe deux types d’artéfacts de déplacement aussi bien dans l’axe de codage de phase que de
chimique. fréquence et est souvent appelé artéfact “encre de
Chine”. Les techniques Dixon TSE sont de plus
Le type 1 est basé sur la différence de fréquence en plus utilisées et il semblerait que l’image en
de résonance entre les protons de l’eau et de la opposition de phase soit d’une aide très impor-
graisse. Il se manifeste dans l’axe de codage en tante dans certaines pathologies musculo-sque-
fréquence et est à l’origine d’un dédoublement des lettiques (fig. 9).
interfaces eau/graisse (hyper/hyposignal) (fig. 8).
40
Fig. 8 : Artéfact de déplacement chimique. Cet artéfact est visible de chaque côté d’un organe par la construction de deux lignes
en hypersignal d’un côté et en hyposignal de l’autre côté d’un organe ou d’une zone à forte transition de signal (selon leur com-
position eau/graisse). Cet artéfact se manifeste dans l’axe de codage en fréquence.
Fig. 9 : Technique d’acquisition TSE Dixon. Accessible dans les différentes pondérations T1, T2, DP et T1 post-injection de pro-
duit de contraste, cette technique permet en une seule séquence d’obtenir 4 contrastes donc 4 images analysables : 2 cartogra-
phies FAT et Water sont reconstruites via des algorithmes à partir des images en phase et opposition de phase acquises.
41
42
marquées de deux structures (fig. 11). L’augmenta- ments. L’IRM musculo-squelettique est confrontée
tion de la matrice, l’ajout d’un filtre d’apodisation à souvent à cet artéfact. Un angle de 55° entre ces
l’acquisition sont deux moyens de s’en affranchir. structures et le champ magnétique Bo est à l’ori-
gine des artéfacts. Il est fréquemment rencontré
lors de l’étude de l’épaule ou des chevilles. La mo-
dification de l’orientation de base, l’augmentation
des temps d’échos ou un choix judicieux de l’angle
d’excitation atténueront cet artéfact. Un chapitre
de ce livre est dédié à ce sujet.
Artéfact du 3e membre
43
a b
c d
Fig. 13 : Artéfact de pollution RF/Interférences RF. Une pollution RF peut avoir plusieurs origines, matérielle, environnementale,
due à un défaut d’installation du patient ou à une pollution extérieure.
a) Interférences RF : papier dans connecteur d’antenne.
b) Interférences RF : pied sur câble d’antenne
c) Interférences RF : Examen fait avec une antenne de surface multi-éléments : 1 élément en défaut.
d) “Spike”
44
Fig. 14 : Artéfact de type B1. Imagerie 3T. Défaut manifeste de signal dans une zone. Une RF spécifique d’émis-
sion nous a permis de régler le problème dans un cas (transverse de rachis lombaire) mais pas en Thoracique.
45
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46
Le but de ce chapitre est de rappeler les avanta- L’annulation du signal de la graisse permet une
ges et inconvénients des techniques de saturation amélioration de la détection des lésions aussi bien
de la graisse. Ensuite, nous envisagerons la valeur pour les séquences densité protonique ou T2 que
ajoutée résiduelle de la séquence SE T2 sans satu- pour les séquences SE T1 avec injection de
ration du signal de la graisse. contraste. Ce gain résulte d’une sensibilité élevée
intrinsèque à ces séquences (fig. 1), d’une amélio-
ration du contraste de signal entre le tissu sain et
Généralités en rapport avec pathologique (fig. 2) et d’une facilitation de la dé-
l’annulation du signal de la tection par l’observateur en simplifiant les contras-
graisse tes (lésion blanche sur un fond noir) (fig. 3). L’an-
nulation du signal de la graisse est particulière-
L’annulation du signal de la graisse peut être ment indispensable dans les explorations “corps
réalisée par différents moyens : séquence STIR entier” pour détecter les lésions de toute nature
(short time inversion recovery), saturation sélec- (oncologiques, inflammatoires, traumatiques…).
47
a b c
Fig. 1 : Infiltration médullaire de type œdémateux sur chondropathie patellaire sur une coupe (a) SE T1, (b) SE T2 et (c)
densité protonique avec annulation du signal de la graisse. Seule cette séquence montre l’anomalie médullaire sous la
forme d’un discret hypersignal de la moelle patellaire.
a b a b
Fig. 2 : Détection des lésions osseuses. (a) La sé- Fig. 3 : Enthésopathies dans le cadre d’un rhumatisme séro-négatif. (a)
quence SE T1 permet une bonne détection des En SE T1, quelques zones en involution graisseuse (têtes de flèches)
lésions ostéomédullaires (flèche). (b) En densité sont détectées. Absence d’atteinte œdémateuse en T1 suggérant l’absen-
protonique avec annulation de la graisse, d’autres ce d’atteinte active. (b) En densité protonique avec annulation du signal
lésions (flèche) sont parfois démontrées notamment de la graisse, de multiples zones en infiltration œdémateuse (têtes de
dans les arcs postérieurs des vertèbres. flèche) sont détectées, y compris dans une apophyse épineuse (flèche).
48
a b a
Fig. 4 : Perte de spécificité avec saturation de la graisse. Infiltration de type œdémateux du condyle externe (flèche) deux semai-
nes après une rupture du ligament croisé antérieur de signal faible en SE T1 (a) et élevé en densité protonique avec annulation
du signal de la graisse (b). En SE T2, l’infiltration médullaire présente un signal faible (flèche) suggérant une infiltration d’autre
nature que simplement liquidienne (hémorragie ?).
L’inconvénient de l’annulation du signal de la gnétique que les séquences pour lesquelles l’annu-
graisse est essentiellement une perte de spécificité lation de la graisse repose sur les différences de
qui est inhérente à tout gain de sensibilité (fig. 4). radiofréquence entre les protons de l’eau et de la
Ces séquences auront peu d’intérêt pour caractéri- graisse. La séquence STIR sera couramment utili-
ser les tissus, à l’exception de la séquence SE T1 sée lorsque la région d’intérêt est décentrée par
avec saturation du signal de la graisse pour diffé- rapport au centre de l’aimant, est très étendue ou
rencier une composante de type hématome subaigu encore présente une anatomie complexe avec de
(en hypersignal SE T1 sans et avec annulation de la multiples interfaces tissu-air [6] (fig. 5). De plus,
graisse) ou de type graisseux (en hypersignal uni- l’artéfact d’angle magique semble être absent sur
quement en SE T1 avec signal de la graisse). la séquence STIR alors qu’il représente un incon-
vénient important des séquences en densité proto-
nique avec annulation du signal de la graisse pour
Forces et faiblesses de chaque l’analyse du signal des tendons, notamment [7].
séquence
Parmi ses inconvénients, on peut retenir un
Séquence STIR temps d’acquisition relativement long, l’importan-
ce des artéfacts de flux ainsi que la nécessité de
Première séquence à offrir une annulation du coupes relativement épaisses et non jointives. La
signal de la graisse dans l’histoire de l’IRM, la sé- séquence STIR dont l’épaisseur de coupe est géné-
quence STIR a survécu à toutes les modes ulté- ralement de 4 à 5 mm est dès lors rarement utili-
rieures grâce à sa robustesse. Elle permet une an- sée en première intention dans l’exploration d’une
nulation fiable et reproductible de la graisse tout articulation qui est plus souvent imagée avec des
en offrant une bonne visualisation des lésions, coupes d’une épaisseur de 2 à 3 mm. La séquence
puisque les allongements de temps de relaxation STIR peut avantageusement se substituer à la sé-
T1 et T2 des tissus pathologiques s’additionnent quence en densité protonique avec annulation du
(pondération à la fois T1 et T2). Cette séquence est signal de la graisse en cas de présence de matériel
moins sensible aux hétérogénéités de champ ma- d’ostéosynthèse [8].
49
50
moelle osseuse jaune ou la graisse sous-cutanée SE T1 avec saturation du signal de la graisse qui
(nécrose ?) (fig. 6) ou encore les tumeurs graisseu- pourrait être confondu avec un rehaussement tis-
ses différenciées (lipome versus liposarcome bien sulaire si l’image de référence avant contraste est
différencié) (fig. 7). Par prudence, il est recom- une séquence SE T1 classique (sur laquelle cette
mandé d’obtenir la séquence SE T1 avec annula- composante présente un signal plutôt faible). La
tion de la graisse également avant l’injection du technique basée sur la soustraction du signal entre
contraste (fig. 7). En effet, certaines composantes les séquences SE T1 avec et sans contraste pour-
lésionnelles non vascularisées comme, par exem- rait être encore plus sensible que la séquence SE
ple les liquides riches en protéine, peuvent présen- T1 avec annulation du signal de la graisse obtenue
ter un signal modérément élevé sur la séquence après injection de contraste [11].
a b
c d
Fig. 6 : (a) Coupe sagittale SE T1 du pied d’un patient diabétique avec modifications chroniques du calcanéum ; (b) En SE T2,
aucune anomalie de la graisse sous-cutanée n’est détectée ; (c) En SE T1 après contraste, interprétation difficile des anomalies ;
(d) En SE T1 après contraste et après annulation du signal de la graisse, démonstration d’une nécrose extensive de la graisse
sous-cutanée et des aponévroses (flèches).
51
a b c
Fig. 7 : Hibernome de la paroi thoracique ; (a) en SE T1, masse de signal élevé discrètement supérieur à celui de la graisse sous-
cutanée ; (b) en T1 Fat-Sat après contraste, ambiguïté pour préciser la présence ou l’absence de rehaussement ; (c) en comparai-
son avec la séquence T1 Fat-Sat sans contraste, l’analyse est aisée et le rehaussement après injection de contraste est évident.
En règle générale, la sensibilité pour la détec- Ce gain en spécificité apporté par la séquence
tion des lésions de la séquence SE T2 convention- SE T2 conventionnelle concerne toutes les com-
nelle (avec signal de la graisse) est moindre que posantes de l’appareil musculo-squelettique. Par
celle des séquences avec annulation du signal de exemple, en cas de tendinopathie, méniscopathie
la graisse. En contrepartie, sa spécificité sera su- et de chondropathie, la présence d’une zone en
périeure. hypersignal T2 franc identique ou proche de celui
52
de l’eau, indique généralement un clivage (spéci- ment importante pour la caractérisation des lé-
ficité) [9, 10]. Sur une image SE T2 convention- sions tendineuses, notamment de l’épaule, pour
nelle, le contraste sera élevé par rapport au tissu autant que le choix thérapeutique prenne en
de voisinage qui sera de signal intermédiaire à fai- considération la notion de clivage [9].
ble. En revanche, sur une image en densité proto-
nique avec annulation du signal de la graisse, le De même, en cas de pathologie épiphysaire, cer-
liquide et le tissu pathologique présentent tous tains éléments diagnostiques ou pronostiques dé-
deux un hypersignal avec une discrimination ré- terminants visibles en SE T2 conventionnel (signe
duite entre ces deux composantes. En quelque de la double ligne en cas de nécrose systémique ou
sorte, la séquence SE T2 permet de bien mieux tissu nécrotique sous-chondral de signal faible en
différencier le liquide occupant un défect tissu- cas de nécrose mécanique) disparaissent ou sont
laire du tissu hydraté anormal de voisinage que moins bien visualisés sur la séquence densité pro-
les séquences avec annulation du signal de la tonique ou T2 avec annulation du signal de la
graisse (tableau 1). Cette notion est particulière- graisse (fig. 8 et 9).
a b
Fig. 8 : Contusion osseuse présumée, imagée 10 jours après un choc direct. (a) En SE T2, zone linéaire en hyposignal (flèche) sug-
gestive d’une impaction trabéculaire. L’infiltration médullaire de type œdémateux est mal visible. (b) En DP Fat-Sat, l’infiltration
œdémateuse est bien visible, mais la composante linéaire permettant un diagnostic spécifique n’est plus visible.
53
a b
Fig. 9 : Nécrose spontanée du condyle fémoral médial. (a) En DP Fat-Sat, la composante en hyposignal
sous-chondral ne se différencie pas de la moelle graisseuse à distance. (b) En SE T2, la composante en
hyposignal est bien visible et permet d’orienter le pronostic plutôt une lésion irréversible que transitoire.
54
a b c d e
Fig. 10 : Multiples tassements vertébraux spontanés bénins. Les images pondérées en (a) SE T1 et (b) SE T2 démontrent une
infiltration médullaire en hyposignal T1 et iso signal T2. (c) En T1 après contraste, la normalisation du signal vertébral est un
excellent signe en faveur d’une lésion bénigne. Sur les coupes pondérées en (d) densité protonique Fat-Sat et en (e) Fat-Sat T1
après contraste, les lésions ont un signal élevé qui n’oriente pas le diagnostic.
effet, la normalisation du signal du tassement ver- pent une place déterminante dans l’évaluation de
tébral sur la séquence SE T1 avec graisse et après l’appareil musculo-squelettique par IRM grâce à
injection de contraste est un signe très suggestif leur haute résolution spatiale et leur sensibilité
de tassement bénin, alors que le tassement tumo- pour la détection des lésions. Les séquences SE
ral sera associé à une zone dont le rehaussement T2 avec signal de la graisse et SE T1 obtenues
sera différent de celui de la moelle adjacente [12]. après injection intraveineuse de gadolinium
Si la saturation de la graisse est utilisée, le signal conservent une valeur certaine en cas de tentative
après contraste est élevé dans les deux cas et n’est de caractérisation.
plus discriminant [13].
Le choix entre “sans” ou “avec” signal de la
graisse doit être justifié et adapté au but de l’exa-
Conclusion men : l’annulation du signal de la graisse sera in-
dispensable si la détection des lésions doit être
La séquence SE T1 avec signal de la graisse et optimalisée. En revanche, en cas de tentative de
les séquences pondérées densité protonique ou caractérisation, la conservation du signal de la
T2 avec annulation du signal de la graisse occu- graisse garde tout son intérêt.
55
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56
57
Nom Risque
DCI Nom abrégé mmol/ml Type Voie
commercial de NSF
Ac. Gadotérique Gd-DOTA Dotarem 0.5 Macrocyclique Ionique IV Bas
Gadobutrol Gd-BT-DO3A Gadovist 1.0 Macrocyclique Non-ionique IV Bas
Gadotéridol Gd-HP-DO3A Prohance 0.5 Macrocyclique Non-ionique IV Bas
Gadobénate de
Gd-BOPTA Multihance 0.5 Linéaire substitué ionique IV Modéré
diméglumine
Ac. Gadopentétique Gd-DTPA Magnegita 0.5 Linéaire non substitué Ionique IV Elevé
Ac. Gadopentétique Gd-DTPA Magnevist 0.5 Linéaire non substitué Ionique IV Elevé
Gadodiamide Gd-DTPA-BMA Omniscan 0.5 Linéaire non substitué Non-ionique IV Elevé
Ac. Gadotérique Gd-DOTA Artirem 0.0025 Macrocyclique Ionique IA Bas
Ac. Gadopentétique Gd-DTPA Magnevist 0.0020 Linéaire non substitué Ionique IA Elevé
58
Toxicité des PdC gadolinés et conduite à (fibrose), le diaphragme (paralysie), et peut causer
tenir le décès du patient. Le diagnostic est confirmé par
l’examen histologique d’une biopsie cutanée. Une
Le Gd3+ est toxique à l’état libre : il bloque les évolution favorable est parfois notée en cas d’amé-
canaux calciques par compétition avec le Ca2+ et lioration de la fonction rénale, mais il n’existe ac-
bloque le système macrophagique en précipitant tuellement aucun traitement efficace, d’où les me-
en Gd(OH)3, d’où la nécessité de synthétiser des sures préventives qui ont été prises fin 2009 par
complexes de Gd3+ qui soient les plus stables pos- l’agence européenne du médicament (EMEA) et
sible. La stabilité de chaque PdC gadoliné est ca- l’agence nationale de sécurité du médicament :
ractérisée par ses constantes de stabilité (K) ther- • un bilan rénal est indiqué avant toute IRM in-
modynamique et apparente. Si le complexe est jectée.
peu stable, la cinétique de décomplexation (vitesse • trois niveaux de risque de FNS ont été identi-
à laquelle le Gd3+ se sépare de son ligand) sera fiés (Tableau 1).
élevée. Il existe également un risque de transmé- • en cas d’insuffisance rénale sévère (DFG
tallation : le Gd3+ échange son ligand avec certains < 30 ml/min/1,73 m2), les PdC à risque élevé
cations de l’organisme (Ca2+, Cu2+, Zn2+). L’impor- de FNS sont contre-indiqués.
tance de la transmétallation peut être évaluée par • en cas d’insuffisance rénale sévère (DFG
la mesure de l’excrétion urinaire du Zinc. De cette < 30 ml/min/1,73 m2), si l’injection est indis-
manière, Kimura [3] a montré que la transmétalla- pensable, les PdC présentant un risque modé-
tion était plus probable avec les complexes gadoli- ré et faible de FNS peuvent être administrés à
nés linéaires, surtout non ioniques (Gadodiamide) la plus petite dose possible, et en évitant de
qu’avec un complexe macrocyclique ionique (Ac. répéter l’injection avant un délai de 7 jours. Il
Gadotérique). La prévalence de fausses hypocal- convient de préférer les PdC les plus stables
cémies après injection de PdC gadolinés a égale- comme les macrocycliques [9, 10].
ment été évaluée [4] : elle est augmentée avec cer-
taines molécules (Gadodiamide), et chez les insuf- Les principaux effets indésirables des PdC gado-
fisants rénaux. Au total, les complexes gadolinés linés sont les suivants :
ayant une structure moléculaire macrocyclique et • Fibrose systémique néphrogénique (voir ci-
un caractère ionique sont les plus stables [4-6]. dessus).
• Réactions d’hypersensibilité. On distingue les
En 1997, ont été diagnostiqués les premiers cas réactions d’hypersensibilité non allergiques,
de fibrose néphrogénique systémique (FNS), pa- parmi lesquelles figure l’histaminolibération
thologie pour laquelle le lien de causalité avec l’in- non spécifique, et les réactions d’hypersensi-
jection de PdC gadolinés chez les insuffisants ré- bilité allergiques pouvant être soit de type im-
naux a été démontré en 2006 [7, 8]. La FNS se tra- médiat (<1h, et mettant rapidement en jeu le
duit par une atteinte cutanée similaire à la scléro- pronostic vital en cas d’anaphylaxie ou d’an-
dermie, débutant le plus souvent aux membres gio-œdème), soit de type retardé (1h - 7j) [11].
inférieurs, puis s’étendant au tronc et aux mem- Leur fréquence est 10 fois moindre qu’avec les
bres supérieurs : des plaques ou des papules indu- PdC iodés. Les recommandations pour la pra-
rées et brunâtres, typiquement en peau d’orange tique clinique en cas d’hypersensibilité de type
s’associent souvent à un prurit, des douleurs, ou immédiat sont les mêmes pour les PdC gadoli-
des sensations de brûlure, et peuvent induire une nés et iodés [12].
limitation des mobilités articulaires. La FNS touche • Insuffisance rénale. Après injection d’une dose
également le cœur (cardiomyopathie), les poumons simple, la tolérance rénale est bonne chez les
59
patients ayant une fonction rénale normale. chimique [14]. En saturant sélectivement le signal
Par contre, des cas d’insuffisance rénale aiguë de protons fixés sur des molécules particulières
ont été décrits après injection IV de PdC gado- (i.e. les agents de contraste de la classe des CEST),
linés à double dose en angio-IRM [13]. le signal des molécules d’eau environnantes est
• Crise convulsive. Les PdC gadolinés figurent également atténué. Les images réalisées sans et
sur la liste des médicaments qui abaissent le avec la saturation sélective du contraste CEST ré-
seuil de convulsion. vèlent la localisation du PdC. La faisabilité d’agents
de contraste de type CEST bimodaux, TDM-IRM, a
été démontrée in vitro : les auteurs ont ainsi déve-
Agents ferromagnétiques et loppé une forme liposomale du Iodixanol permet-
superparamagnétiques tant d’étudier la vascularisation des tumeurs [15].
60
Fig. 2 : Suivi après thermoablation par micro-ondes d’une métastase de mélanome malin. En pondération T1 (a) et T1
FatSat (b), une métastase sous-cutanée (flèche pleine), une métastase sous périoste (tête de flèche creuse), et une métas-
tase tibiale (flèche creuse), présentent un signal spontanément élevé. Après injection IV de PdC gadoliné, en T1 FatSat
(c), la prise de contraste circonscrivant totalement les métastases sous-périostée et médullaire correspond au tissu de
granulation développé autour de la zone traitée. La soustraction confirme les prises de contraste de la cicatrice (têtes de
flèche) et de la métastase sous-cutanée, et l’absence de rehaussement des lésions sous-périostée et médullaire traitées.
61
rectement les zones pathologiques rehaussées sion du signal de la graisse est homogène sur
après injection, car leur signal est élevé par toute l’image, même lorsqu’un grand champ
rapport aux parties molles et osseuses norma- de vue est utilisé (fig. 3).
les environnantes. La suppression du signal de • une acquisition Echo de gradient 3D T1 avec
la graisse est sensible aux inhomogénéités du suppression du signal de la graisse, qui per-
champ magnétique, et est perturbée surtout met de réaliser des reconstructions dans les
en cas d’ostéosynthèse ou lorsque le champ de différents plans de l’espace afin d’évaluer le
vue est très large. En pathologie tumorale, il volume, et les rapports d’une lésion, ce qui est
est recommandé de comparer deux séquences utile en pathologie tumorale (fig. 4).
identiques avant et après injection afin d’affir-
mer formellement une prise de contraste, ce
qui nécessite parfois d’ajouter une séquence Séquences dynamiques et IRM
SE T1 Fat-Sat à la séquence SE T1 avant injec- quantitative
tion (fig. 2).
• la séquence pondérée T1 DIXON, également L’évaluation de la perfusion en imagerie ostéo-
souvent réalisée dans deux plans de l’espace. articulaire est basée sur l’utilisation de séquen-
Cette séquence présente deux avantages par ces dynamiques (i.e. répétées) après injection,
rapport aux séquences SE T1 et SE T1 Fat-Sat. pondérées T1, pour détecter et quantifier l’arri-
Premièrement, elle délivre en une seule acqui- vée du PdC en fonction du temps. Ces séquences
sition les deux pondérations (T1 sans et avec sont utilisées dans les lésions osseuses du fait
suppression du signal de la graisse). Ainsi, il d’une importante extravasation du PdC : peu de
est possible de comparer (et soustraire si né- temps après l’injection, le PdC circule dans le
cessaire) la même séquence T1 DIXON avant corps et diffuse dans l’espace extravasculaire et
et après injection. Deuxièmement, la suppres- extracellulaire en induisant des modifications du
Fig. 3 : Métastase de la masse latérale gauche d’un sarcome d’Ewing, rehaussée après injection IV de PdC (a, b et c). Sur le pre-
mier examen réalisé en séquence T1 FatSat (a), la suppression du signal n’est pas homogène (têtes de flèche), ce qui peut être
gênant aux extrémités du champ. Sur le contrôle réalisé 3 mois plus tard en séquence T1 DIXON, la suppression du signal de la
graisse est homogène. Les coupes axiales injectées avec suppression du signal de la graisse sont indispensables en pathologie
tumorale afin d’étudier précisément l’envahissement locorégional (c).
62
Fig. 4 : Métastase sous-cutanée d’un léiomyosarcome. Une seule acquisition 3D injectée avec suppression du
signal de la graisse (a) permet de réaliser des reconstructions coronales (b) et sagittales (c) et d’éviter le recours
à d’autres séquences morphologiques après injection. De plus, le calcul du volume lésionnel (en l’occurrence
6,6 cm3) (d) est plus précis qu’avec des coupes SET1.
signal en fonction du temps. Ces modifications nière simplifiée la physiologie tissulaire. En plus
de signal peuvent être étudiées qualitativement de son intérêt en pathologie tumorale et rhuma-
(types de rehaussement) (fig. 5), semi-quantitati- tismale, l’IRM dynamique injectée semble pro-
vement (wash-out, aire sous la courbe, time to metteuse en traumatologie puisqu’elle permet
peak…) ou quantitativement (flux sanguin, volu- d’analyser la vascularisation de l’extrémité proxi-
me sanguin…) [16]. Les modèles quantitatifs per- male du fémur en cas de fracture déplacée [17] et
mettent d’extraire des paramètres indépendants qu’elle peut évaluer à la fois la vascularisation et
de ceux de l’acquisition, et qui reflètent de ma- prédire l’évolution des pseudarthroses [18].
63
Fig. 5 : Cette tumeur glomique du quatrième doigt apparaît comme une image ovoïde de 3 mm de diamètre en franc hypersi-
gnal en pondération DP Fat-Sat (a) (flèche). L’IRM dynamique injectée (b) révèle une prise de contraste artérielle intense (tête
de flèche).
Les PdC gadolinés peuvent également être utili- aurait un intérêt dans le conflit fémoro-acétabu-
sés pour étudier le cartilage hyalin. Ils s’y accumu- laire [20] ou le suivi thérapeutique de l’arthrose
lent avec une relation inverse au contenu du car- [21-23]. Cette technique se heurte malheureuse-
tilage en protéoglycanes, auxquels sont fixées des ment à des temps d’acquisition longs, d’environ
chaînes de glycosaminoglycanes (GAG). Ainsi, le 15 minutes pour une coupe, et reste actuellement
temps de relaxation T1 chute lorsqu’il existe une du domaine de la recherche.
diminution du contenu en GAG. Cette chute du T1
peut être évaluée grâce à l’étude du rehaussement
tardif du cartilage (dGEMRIC : Delayed Gadoli- Le point sur les séquences injectées en
nium Enhanced MRI of Cartilage), en réalisant pathologie inflammatoire, infectieuse, et
une cartographie T1 du cartilage 90 minutes après tumorale
injection IV d’une double dose de PdC gadoliné, et
10 minutes d’exercice physique. Le T1 du cartilage Dans le domaine des rhumatismes inflammatoi-
normal à 3T est de 600-800 ms, alors qu’il chute à res et en pathologie tumorale, l’apparition de nou-
300-600 ms dans l’arthrose. C’est actuellement la veaux traitements a modifié les attentes des corres-
meilleure manière d’évaluer indirectement le pondants : il nous est demandé de détecter plus
contenu en GAG du cartilage. Elle s’oppose au T2- précocement la maladie et d’évaluer plus précisé-
mapping qui est corrélé au contenu collagénique ment la réponse thérapeutique, ce qui a nécessité
du cartilage et qui détecterait ses remaniements des modifications à la fois des indications des IRM,
dégénératifs plus tardivement [19]. Le dGEMRIC et l’ajout de séquences dynamiques aux protocoles.
64
L’IRM injectée peut montrer une synovite, même Que ce soit pour les lésions tumorales primitives
dans les sites peu ou pas accessibles à l’échogra- ou secondaires, les séquences morphologiques in-
phie, et de manière plus sensible que l’examen cli- jectées ont un rôle primordial dans la détection, la
nique [26]. L’IRM injectée permet de distinguer le caractérisation et la stadification tumorale. La su-
pannus synovial, qui prend le contraste de maniè- périorité de l’IRM sur les radiographies conven-
re intense et précoce, de l’épanchement articulaire tionnelles et la scintigraphie osseuse dans la dé-
qui n’est rehaussé que tardivement par diffusion tection des métastases des tumeurs malignes et
[27]. Après injection IV dynamique de gadolinium, des hémopathies malignes a été largement démon-
trée. Dans la détection des lésions médullaires fo-
l’hypervascularisation rencontrée dans les synovi-
cales, la séquence SE T1 est fondamentale pour
tes et ténosynovites se traduit par une prise de
rechercher un remplacement médullaire et un vide
contraste au temps artériel. L’œdème osseux, re-
de signal, mais elle sous-estime souvent l’infiltra-
haussé après injection IV de gadolinium, est un
tion médullaire par rapport aux séquences avec
facteur prédictif d’une progression ultérieure dans
suppression du signal de la graisse. En détection,
la PR. Les érosions prennent également le contras-
la séquence SE T1 FatSat injectée n’apporte en gé-
te. L’IRM est l’examen de référence pour l’étude
néral pas d’élément additionnel par rapport à la
du retentissement bulbomédullaire de l’atteinte
séquence densité de protons (DP) FatSat [31]. Les
rachidienne cervicale, l’injection étant notamment
séquences injectées ne sont réalisées que lorsque
utile pour analyser le pannus péri-odontoïdien.
la distinction entre une infiltration tumorale dif-
Enfin, l’IRM injectée est utile pour suivre l’évolu-
fuse et une hyperplasie médullaire bénigne n’est
tion de l’activité inflammatoire de la PR [24]. Par
pas évidente sur les séquences conventionnelles
contre, l’injection n’est pas recommandée de ma-
(SE T1 et STIR ou DP Fat-Sat), ou pour une
nière systématique dans l’exploration du rachis et
meilleure étude de l’envahissement locorégional
des sacro-iliaques à la recherche d’une spondy-
des tumeurs, particulièrement au niveau du rachis
loarthrite [28, 29].
[32] (fig. 3).
65
fiable pour distinguer les métastases hypovascu- neuses (épaule), les lésions labrales (épaule, han-
laires des métastases hypervasculaires, alors que che), les lésions cartilagineuses, les lésions liga-
les séquences injectées conventionnelles ne per- mentaires (épaule, cheville, poignet), la recherche
mettent pas de les différencier [33]. Les lésions de corps étranger intra-articulaire nécessitent un
malignes présentent en général une prise de rehaussement du liquide articulaire par un PdC
contraste plus rapide et intense que les lésions bé- gadoliné – i.e. la réalisation d’une arthro-IRM –
nignes [34], mais cet aspect n’est pas spécifique. afin d’obtenir un diagnostic précis. En effet, l’in-
En effet, Van Rijswijk a observé un rehaussement jection intra-articulaire de gadolinium confère à
artériel précoce dans 32 cas sur 67 lésions béni- l’arthro-IRM par rapport à l’IRM conventionnelle
gnes des tissus mous [35]. Néanmoins, la perméa- les avantages suivants : augmentation du contras-
bilité vasculaire (Ktrans) et les courbes de concen- te entre la cavité articulaire et les structures arti-
tration (TCC curves) permettraient de différencier culaires, meilleure distension de la capsule articu-
les lésions musculo-squelettiques bénignes des lé- laire, ce qui permet de mieux délimiter les structu-
sions malignes [36]. res articulaires, diminution de la pression intra-ar-
ticulaire négative et passage de produit de
Pour le suivi sous chimiothérapie, l’IRM dyna- contraste au travers des structures [40]. Ses indi-
mique semble prometteuse pour évaluer la répon- cations actuelles pour l’étude de l’épaule, du poi-
se aux nouvelles thérapeutiques, particulièrement gnet, de la hanche et du genou sont résumées dans
anti-angiogéniques [37]. L’ajout d’une séquence le Tableau 2 [40-45].
d’IRM dynamique fait passer la précision de l’IRM
pour détecter la récurrence postopératoire des
sarcomes de 27 à 97 %. Dans cette indication, alors Arthro-IRM directe et indirecte
que l’analyse de l’ADC est peu sensible (60 %), la
présence d’un rehaussement artériel aurait une L’arthro-IRM indirecte consiste à injecter par
sensibilité de 100 % et une spécificité de 96,8 % voie intraveineuse un PdC gadoliné, puis à réaliser
[38]. Dans le myélome multiple (MM), une étude a l’examen IRM de manière retardée. La cinétique
montré que les paramètres des courbes de rehaus- de prise de contraste du liquide articulaire est
sement issus des séquences dynamiques injectées multifactorielle : surface synoviale, vascularisa-
sont utiles au diagnostic de MM, permettent de tion, perméabilité, épanchement préexistant. Elle
différencier les sous-groupes de la maladie (gam- permet d’éviter la ponction articulaire (et les po-
mapathie monoclonale de signification indétermi- tentielles complications de l’arthro-IRM directe),
née, MM actif et MM en rémission), d’évaluer l’ac- ce qui est bénéfique pour les patients qui préfèrent
tivité du MM et de réaliser le suivi après greffe de la ponction veineuse, et pour le radiologue qui est
cellules souches [39]. libéré du geste. Dans le meilleur des cas, l’arthro-
IRM indirecte est virtuellement identique à
l’arthro-IRM directe. Néanmoins, les tissus intra
Injection de PdC gadolinés par voie et extra-articulaires vascularisés sont également
intra-articulaire susceptibles d’être rehaussés, ce qui peut être un
avantage ou un inconvénient en fonction de la pa-
Le développement de l’IRM a permis d’en faire thologie étudiée. De plus, comme tous les compar-
l’examen de référence dans l’exploration de la timents d’une articulation sont rehaussés, la re-
plupart des pathologies osseuses ou musculoten- cherche d’une communication anormale entre
dineuses des articulations. Toutefois, certaines deux compartiments est impossible. Il arrive éga-
conditions pathologiques comme les lésions tendi- lement parfois que la diffusion intra-articulaire du
66
Tableau 2 : Résumé des indications les plus classiques d’arthro-IRM en fonction des articulations.
contraste soit suboptimale. De ce fait, le délai de recherche d’un épaississement et d’une prise de
réalisation doit être optimisé pour garantir une contraste de l’intervalle des rotateurs et du réces-
bonne qualité des examens. Pour l’épaule, l’acqui- sus axillaire [48].
sition IRM peut être réalisée après l’injection IV de
0,1 mmol/kg de PdC gadoliné suivie de 15 minutes
de mobilisation active [46]. Contre-indications et précautions
67
68
Fig. 6 : Acquisitions écho de gradient 3D T1 FatSat sur le poignet après opacification tri-compartimentale, coupes coro-
nales. Examen normal sur lequel, en l’absence de traction (a) les surfaces articulaires sont spontanément en contact. La
traction (b) se traduit par une distraction légèrement plus importante au niveau médiocarpien (flèche) qu’au niveau radio-
carpien (tête de flèche), et par une meilleure analyse du cartilage articulaire. (Courtoisie Dr F. Becce, CHUV Lausanne).
69
Fig. 7 : Aspect en arthro-IRM d’une rupture transfixiante partielle, centimétrique, de la terminaison du tendon supra-épineux.
L’acquisition 3D T1 FatSat, réalisée perpendiculairement au plan de la glène (a), permet de réaliser des reconstructions axiales
(b) et sagittales obliques (c) de qualité suffisante.
70
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SOP, on obtient une image mettant en évidence les Cette séquence est insensible aux inhomogénéi-
protons de la graisse (image de graisse pure ou tés de champ B1, mais très sensible aux inhomo-
FAT [F] : suppression de l’eau). généités de champs magnétiques B0 en raison
W= (SIP + SOP)/2 d’erreurs de déphasage rendant parfois la sup-
F = (SIP – SOP)/2 pression de la graisse imparfaite avec des artéfacts
d’inversion d’eau et de la graisse [3] appelée fat
Ce procédé nécessitant deux images est appelé water swapping (permutation de la graisse et de
séquence Dixon 2 points, les deux images étant l’eau) (fig. 2).
décalées en phase de 180° (0,180°). Sur les ima-
geurs actuels, la technique est automatisée, per- Pour contourner cela, certains auteurs ont pro-
mettant l’acquisition pour chaque coupe, quelle posé d’ajouter un 3e écho qui permet de compen-
que soit la pondération (fig. 1) : ser les inhomogénéités du champ et donc une
• d’une image “eau” (équivalent d’une suppres- meilleure robustesse de la technique [4]. Elles
sion de la graisse beaucoup plus homogène). comprennent toujours l’acquisition de trois ima-
• d’une image “graisse” (ne montrant que la ges décalées en phase afin de compenser l’inho-
graisse, mais pas l’eau). mogénéité de B0 réceptionnées à des temps
• d’une image “en phase” (équivalente d’une d’échos optimisés (échos asymétriques). Ces sé-
image sans suppression de la graisse). quences de séparations de la graisse ont été appe-
• d’une image “en opposition de phase” sensible lées Dixon 3 points et nécessitent un algorithme
au déplacement chimique entre les lipides et spécifique de décomposition des signaux de la
l’eau. graisse et de l’eau, beaucoup plus complexe que
a b c d
Fig. 1 : En une acquisition pondérée en T2, la méthode Dixon permet d’obtenir 4 séquences :
a) séquence “in phase” correspondant à une pondération T2 sans suppression de la graisse.
b) séquence “out of phase” non utilisée en pratique courante.
c) séquence “eau” (avec suppression de la graisse).
d) séquence “graisse” ne montrant que la graisse et supprimant le signal de l’eau (cf canal lombaire).
76
a b
Fig. 2 : Fat-water swapping ou artéfact de permutation entre la graisse (flèches) et l’eau sur une
séquence Dixon T1 : a) séquence “eau” ; b)séquence “graisse”
77
a b
Fig. 3 : Comparaison entre une séquence Dixon T2 “eau” (a) et une séquence STIR (b) ; on visua-
lise nettement mieux les détails antérieurs, et le rapport signal/bruit est meilleur en Dixon que
sur la séquence STIR (cf disques).
classiques avec suppression de la graisse [6]. La tractions qui sont souvent inutilisables du fait
suppression de la graisse près d’une prothèse ou des mouvements des patients décalant les
de matériel métallique [3] est soumise aux fortes images.
inhomogénéités du champ B0 et gagne fortement ➢ en pondération T2 : la séquence permet de
en homogénéité sur les séquences Dixon (fig. 4). mettre à disposition dans un même temps :
1. des images avec suppression de la graisse
— Une seule acquisition dans la même pondé- facilitant la détection des hypersignaux pa-
ration avec des images sans et avec suppression thologiques avec une fiabilité comparable
de la graisse : au STIR, une résolution et un temps d’acqui-
Cette propriété propre au Dixon permet : sition améliorés.
➢en pondération T1 comme en T2, de s’assurer 2. des images T2 sans suppression de la grais-
du caractère graisseux d’un tissu en permet- se préservant ainsi le contraste anatomique
tant de supprimer la graisse dans la même (fig. 6).
pondération et en une seule acquisition ; 3. des images de graisse pure sans eau proches
➢en pondération T1, de s’assurer d’une prise de visuellement des images pondérées en T1
contraste sans besoin de répéter les séquences permettant dans certains cas de pathologie
sans et avec suppression de la graisse, avant et mécanique de se passer de cette séquence
après injection (fig. 5), et de réaliser des sous- (fig. 7). Il faut néanmoins savoir que par rap-
78
a b
c d
79
port à une séquence T1, les structures autres sac dural, le cartilage ne seront par exemple
que la graisse sont noires sur l’image “grais- pas visibles et il ne serait pas possible d’uti-
se” des Dixon, car l’eau n’est pas présente liser cette séquence ou de la comparer à un
sur cette reconstruction. Un ménisque, le T1, en cas d’injection de gadolinium.
a b
Fig. 6 : Coupes axiales pondérées en T2 Dixon d’un chordome :
a) l’image “eau” permet une parfaite suppression de la graisse étudiant mieux les hypersignaux intra et
péritumoraux, mais ne permet pas d’analyser correctement les rapports anatomiques de la tumeur
avec les vaisseaux, les muscles, les nerfs.
b) l’image “in phase” correspond à un T2 simple sans suppression de la graisse montre parfaitement les
rapports entre la tumeur et les vaisseaux (flèche).
a b c
Fig. 7 : Séquence Dixon pondérée en densité de proton en coupe coronale d’un genou permettant dans une même acquisition
d’obtenir :
a) image Fat (graisse pure) dont l’aspect est proche de l’image T1. Remarquez que par rapport à une séquence T1, le cartilage,
les ménisques ne sont pas visibles, car l’eau n’est pas présente sur cette reconstruction.
b) image in phase sans suppression de la graisse : les structures méniscales et le cartilage bien visibles.
c) image Water permettant une suppression de la graisse parfaitement homogène.
80
81
nal à la recherche d’œdème osseux, et d’autre Après injection en T1, il s’agit encore d’un excel-
part, elles fournissent également des renseigne- lent moyen d’obtenir une parfaite suppression de
ments sur les érosions osseuses grâce aux images la graisse.
sans suppression de la graisse (Fat et in phase).
a b c
Fig. 8 : Coupes sagittales passant par le Y de la scapula. Séquence T2 Dixon avec reconstruction Water
(suppression de la graisse) permettant l’étude du signal du muscle en T2 (a). Séquence T2 Dixon avec
reconstruction “graisse” (b) plus contrastée que la séquence pondérée en T1 (c), mais permettant parfai-
tement d’estimer et de quantifier la graisse au sein et autour des muscles de la coiffe.
a b
Fig. 9 : Séquence T2 avec sa- Fig. 10 : IRM d’un rhumatisme inflammatoire avec un examen réalisé dans une antenne tête,
turation sélective de la grais- les deux mains à plat. On obtient une parfaite suppression de la graisse (a) sur ces séquen-
se (Fat-Sat) montrant de mul- ces T2 Dixon (water). Les images de graisse pure (Fat) sont très proches visuellement des
tiples défauts de saturation séquences T1 (b).
de la graisse très gênants en
cas de bilan rhumatismal
82
a b
Fig. 11 : Utilité du Dixon à l’étage cervical en T1 après injection :
a) séquence Dixon T1 (eau) montrant une suppression parfaitement homogène de la graisse
b) T1 avec saturation sélective classique de la graisse comportant de très nombreux défauts de
saturation (flèches).
83
84
Certains préfèrent utiliser des séquences en La séquence Dixon a deux utilités principales :
densité de protons sans suppression de la graisse • dans le plan sagittal, une suppression de la
pour mieux visualiser les ligaments croisés dans le graisse toujours homogène au niveau du talon
plan sagittal. De plus, l’utilisation de la séquence et de la graisse de Kager et au niveau du tarse
graisse peut aisément remplacer le T1 dans la pa- où la saturation sélective est souvent mise en
thologie mécanique (fig. 7). La présence de maté- défaut et T1 comme en T2 (fig. 14). La mise en
riel métallique de petite taille est souvent source évidence des fractures de fatigue du calca-
d’artéfacts importants en cas de ligamentoplastie néum et des os du tarse est également facilitée
et fait préférer les séquences Dixon T2 FSE aux par la disponibilité d’image T2 sans et avec
séquences classiques (fig. 13) en raison d’une suppression de la graisse permettant une
meilleure homogénéité de la suppression de la meilleure visibilité des traits de fractures ;
graisse et de l’exploitation possible dans le même • dans le plan axial, des images sans et avec
temps, de la séquence T2 “in phase” sans suppres- suppression de la graisse en pondération T2
sion de la graisse. permettent pour une même acquisition d’utili-
a b
Fig. 13 : Amélioration nette de la suppression de la graisse sur la séquence T2 Dixon
(b) vs T2 avec saturation classique de la graisse (a) perturbée par une agrafe fémorale
(ligamentoplastie).
85
Fig. 14 : IRM en coupe sagittale d’une patiente souffrant d’une myoaponévrosite plantaire :
a) La séquence T2 avec saturation classique de la graisse montre un défaut de saturation autour de la
cheville et du Kager (cercle).
b) La séquence T2 Dixon montre une parfaite suppression de la graisse.
ser la suppression de la graisse pour les hyper- sion de la graisse qui permet un excellent contraste
signaux, et l’épanchement et les images avec entre névrome et graisse de l’espace interdigital et
graisse, pour délimiter les structures ligamen- entre la paroi d’une bourse et la graisse.
taires de la cheville souvent difficiles à analy-
ser après suppression de la graisse.
Les tumeurs et pseudo-tumeurs
86
a b
c d
Fig. 15 : Névrome de Morton du 3e espace intercapital :
a) Séquence pondérée en T1 montrant un névrome de signal intermédiaire.
b) Séquence T2 Dixon avec reconstruction “graisse”. Le névrome n’a pas de signal et comme en T1, il
n’est pas discernable de la petite bourse intercapitale sus-jacente. Le T1 semble donc un peu redon-
dant avec ces images Dixon “graisse”.
c) Séquence T2 Dixon avec reconstruction “in phase” correspondant à une séquence T2 simple sans sup-
pression de la graisse. Le névrome de Morton est de signal intermédiaire, parfaitement visible grâce
à la graisse qui l’entoure. La bourse intercapitale est également bien visible tout comme ses parois
(flèche fine).
d) Séquence T2 Dixon avec reconstruction Water (suppression de la graisse). Le névrome n’est quasi-
ment pas visible du fait de la suppression de la graisse.
Les prothèses et le matériel métallique quences STIR sont nettement plus robustes no-
tamment si on utilise les méthodes de réduction
La suppression de la graisse en Dixon est des artéfacts métalliques qui seront exposées dans
meilleure que la saturation sélective de la graisse un autre chapitre. Les séquences Dixon peuvent
en cas de matériel métallique. Toutefois, elle ne être utilisées si le matériel est peu artéfactant ou
fait que réduire visuellement l’effet de cet artéfact de petite taille. Nous l’utilisons donc souvent pour
sur la graisse sans le diminuer réellement. Les sé- les genoux (fig. 16) ou chevilles opérés, ou pour
87
a b c
Fig. 16 : SONK sur un genou opéré d’une ligamentoplastie :
a) Séquence pondérée en T1 montrant la zone de fissure sous chondrale (flèches) et l’hyposignal médullaire réactionnel (*).
b) Séquence T2 avec saturation classique de la graisse : la fissure est visible, mais la saturation de la graisse est tellement inho-
mogène (cercle) qu’elle ne permet pas de dépister l’hypersignal œdémateux du condyle latéral.
c) Séquence T2 Dixon avec reconstruction “eau”. La suppression de la graisse est plus efficace permettant de visualiser l’œdème
réactionnel du condyle latéral (*)
88
Fig. 18 : Utilité de posséder une séquence T2 Dixon avec et sans suppression de la graisse en cas
d’artéfacts métalliques :
a) Avec suppression de la graisse (“eau”), la collection postérieure est le siège d’artéfacts.
b) Sans suppression de la graisse (“in phase”), la collection postérieure est mieux visible.
89
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90
Les cristaux de calcium pathogènes sont de deux En microscopie électronique à balayage, les cris-
types : les cristaux regroupés sous le nom de cris- taux d’apatite apparaissent sous forme de “galets
taux de phosphate de calcium basique (BCP) ou ou pierres au sein d’un mortier amorphe”. Le cris-
apatite (terme dérivant du grec “apatao” qui signi- tal individuel n’est visible qu’en microscopie élec-
fie tromper, séduire) et les cristaux de pyrophos- tronique haute résolution. Plus large que le cristal
phate de calcium dihydraté. classique retrouvé dans l’os ou l’émail dentaire, il
91
est de forme hexagonale, disposé selon un mailla- le caractérisée par une infiltration macrophagique,
ge caractéristique, parfois entouré d’une sorte de une dégradation du cartilage et une augmentation
coque épaisse [2]. Des techniques plus récentes de de l’apoptose des chondrocytes ont été observées.
coloration du liquide synovial qui utilisent la mi- L’interaction entre les cristaux d’apatite et les sy-
croscopie à fluorescence obtiennent une fluores- noviocytes libérerait des enzymes (collagénases,
cence verte des différents types de cristaux calci- protéases, prostaglandines) lesquelles, en détrui-
ques phosphatés (hydroxyapatite et oxalate de sant le cartilage et l’os, libéreraient ainsi de nou-
calcium). La forme polygonale différente de l’hy- veaux microcristaux et perpétueraient un cercle
droxypatite permettrait de le différencier des deux vicieux pathogène [5-7].
autres [3].
La physiopathologie des atteintes tendineuses
Ces cristaux sont responsables de la maladie à est moins claire, de multiples théories se succé-
dépôt d’apatite (rhumatisme apatitique ou à apa- dant depuis 60 ans. Sandstrom en 1938 dans l’AJR
tite), autrefois dénommée maladie des calcifica- in [8, 9] attribue à une ischémie et des modifica-
tions tendineuses multiples, mais qui peut aussi tions vasculaires la survenue d’une nécrose tendi-
s’exprimer dans l’articulation, dans le muscle et neuse, première étape du dépôt calcique. Bishop,
dans l’os. en 1939 in [9]développe la théorie traumatique où
des microtraumatismes répétés induiraient des
La physiopathologie des atteintes articulaires in- ruptures de fibres et une dégénérescence hyaline
duites par ces cristaux calciques commence à être suivies de dépôts calciques. En 1976, Uhthoff
élucidée. Les arthropathies destructrices ont été [10], à partir d’une étude histologique, montre
étudiées sur un modèle murin avec injection intra- que l’évolution se fait en 4 phases : précalcifiante,
articulaire de BCP [4]. Une inflammation synovia- calcifiante, résorptive, puis réparatrice (fig. 1).
92
Ces différentes phases coexistent. Lors de la pre- trice tendineuse [9, 10]. Une dernière théorie re-
mière phase, précalcifiante, une métaplasie car- pose sur une nécrose des ténocytes, suivie d’une
tilagineuse se produit dans le tendon. Lors de la accumulation intracellulaire de calcium sous for-
seconde phase, dite calcifiante, un dépôt calcique me de microsphérolithes et de psammomes [11].
se produit. Cette phase inclut un temps de forma- La théorie de Uhthoff reste la plus communément
tion et une période d’état (fig. 2). Les cristaux de admise.
calcium se déposent dans des vésicules qui
confluent pour former de larges foyers de calcifi- Toutes ces théories indiquent que les tendinopa-
cations séparés par des chondrocytes et des septa thies calcifiantes sont le résultat d’un processus
fibrocartilagineux. La période d’état survient actif à médiation cellulaire, différent des tendino-
quand le dépôt calcique est entouré d’un tissu fi- pathies d’insertion de nature calcifiante qui fait
brocartilagineux. La troisième phase, résorptive, intervenir un processus d’ossification enchondra-
est marquée par l’apparition de fins vaisseaux en le. Il a été également montré que la forte préva-
périphérie. Des macrophages et des cellules géan- lence des calcifications (calcifications dites “dys-
tes multinuclées phagocytent les débris calciques. trophiques”) dans les tendons dégénératifs, du
Lors de cette phase, les dépôts sont épais, cré- fait du vieillissement, résulte d’un processus pa-
meux, en “pâte de dentifrice”. La dernière phase, thologique différent de celui des tendinopathies
réparatrice, correspond à la réparation de la ma- calcifiantes [12].
Fig. 2 : Phase de résorption d’un dépôt d’apatite en IRM (a, b, d, f), radiographie (c) et échographie (f).
93
Lors des poussées d’arthropathie, le liquide ar- Cependant, dans un certain nombre de situa-
ticulaire est trouble ou opalescent, avec une for- tions, un aspect en hypersignal des calcifications a
mule inflammatoire, contenant 2 000 à 50 000 cel été décrit, surtout sur des séquences pondérées en
lules/mm3. T1, mais aussi en T2. L’origine de ces variations de
signal reste discutée.
Ces cristaux se déposent dans les cartilages hya-
lins, les fibrocartilages (ménisques, ligament trian- Dans le cerveau, Henkelman & Kucharczyk [13]
gulaire du carpe, symphyse pubienne, labrum acé- ont décrit un hypersignal T1 des calcifications des
tabulaire ou glénoïdien), la synoviale, la capsule noyaux gris centraux. Selon les auteurs, les calci-
articulaire, les tendons et plus rarement les parties fications peuvent avoir un temps de relaxation T1
molles extra-articulaires. Ils sont décelés sur l’ima- court (et donc apparaître sous forme d’un hypersi-
gerie X où ils apparaissent sous la forme de liserés gnal T1) dans certaines conditions de concentra-
opaques, linéaires parallèles à l’os sous chondral, tion et de structure.
d’amas épars et fins ou d’amas plus granuleux et
irréguliers. L’échographie les détecte précocement Concernant les calcifications intradiscales, un
avec de bonnes sensibilités et spécificité sous for- hypersignal paradoxal en T1 a également été rap-
me d’échos punctiformes ou plus linéaires dans porté [14]. Cependant, l’origine précise de l’hyper-
l’épaisseur du cartilage ou au sein des ménisques signal : calcification ou graisse ostéomédullaire
ou des tendons. secondaire à l’ossification des disques en question
demeure obscure [15].
94
Fig. 3 : Conglomérat de calcium, très dense au scanner (a), en hyposignal en T1 (séquence T1 Fat-Sat d’une arthroIRM) (b) et
en T2 fat sat (c).
95
(fig. 5). Lorsque l’amas calcique se fragmente et éparses, fragmentées et de très petite taille, elles
commence à se résorber, le signal se modifie, de- deviennent indétectables en IRM au sein de l’œdè-
vient hétérogène et de signal intermédiaire en T1 me réactionnel avec les séquences IRM conven-
et T2 (fig. 6). Enfin quand les calcifications sont tionnelles utilisées en pratique clinique (fig. 6).
Fig. 5 : IRM cervicale, séquences en T2 (a) et T1 (b) centrées sur l’odontoïde. L’amas calcique est de
signal intermédiaire en T2 et en T1. Noter en T2 la présence d’un halo en hypersignal.
Fig. 6 : Résorption d’une calcification sus trochantérienne. L’amas calcique est repéré au-dessus du grand trochanter
(flèche) sous forme d’un nodule en hyposignal en T1 (a) et T2 (b). Fragmentation de la calcification et réaction œdé-
mateuse extensive le long des fascias périmusculaires et en intramusculaire sur une IRM réalisée à J8 de la précédente
alors que l’impotence fonctionnelle de hanche est totale (c). Guérison clinique et normalisation progressive des images
sur des IRM réalisées à 1 mois (d) et à 2 mois (e).
96
Détection des calcifications en IRM sion du signal des tissus à T2 long, il est possible
de visualiser les calcifications en inversant le
La détection des calcifications en IRM nécessite contraste des images (calcifications en hypersi-
des séquences permettant un contraste suffisant gnal sur fond de ménisque en hyposignal). Ces
entre les tissus sains et les calcifications avec une travaux ont montré l’importance de la résolution
résolution spatiale suffisante. spatiale pour la détection des calcifications puncti-
formes ou linéaires de petite taille [18]. Ces sé-
Du fait de l’hyposignal habituel des tissus en quences ne sont cependant pas encore applicables
imagerie musculo-squelettique (ménisques, liga- en pratique clinique.
ments, tendons), les calcifications en hyposignal
sur les séquences conventionnelles peuvent passer Enfin, il a été montré que l’IRM ne pouvait pas
inaperçues. Ainsi, au genou, les calcifications mé- mettre en évidence de calcifications invisibles au
niscales sont plus difficiles à détecter que les calci- scanner [25].
fications situées au sein du cartilage, dont le signal
normal est plus élevé que celui du ménisque [20].
Les pièges cliniques
Le développement de nouveaux types de sé-
quences et l’utilisation des IRM à haut champ lais- Quel que soit leur siège : intra-articulaire, intra-
sent entrevoir une performance meilleure pour la tendineux, capsulaire, ligamentaire, intradiscal…
détection des calcifications. les dépôts calciques constituent un piège classique
pour les cliniciens. Ces calcifications peuvent en-
Les séquences de susceptibilité magnétique traîner des tableaux cliniques déroutants, qui
(SWI) sont des séquences en écho de gradient uti- orientent le clinicien vers une pathologie aiguë,
lisant la relaxation T2* qui permettent de déceler urgente et grave et conduisent à prescrire de mul-
les calcifications, même de petite taille. Elles ont tiples examens, parfois coûteux. Le piège se re-
pour l’instant été développées dans l’exploration ferme lorsque l’IRM, demandée en première inten-
encéphalique. Elles différencient les calcifications tion, ne décèle pas le dépôt calcique. Elle va accen-
des dépôts hématiques intracérébraux et des tuer encore l’inquiétude, parfois même conduire le
structures vasculaires en utilisant leur différence patient à un acte invasif de chirurgie ou de biopsie
d’effets de susceptibilité [21-23]. si une pathologie tumorale est évoquée. Le dia-
gnostic ne sera rétabli que lorsqu’une imagerie X
Plus récemment encore, les séquences à temps ou une échographie seront pratiquées, la patholo-
d’écho très court (ultrashort TE, ou UTE) ont dé- gie microcristalline ayant été enfin évoquée.
montré leur intérêt pour l’étude des cartilages, en
particulier de la jonction ostéochondrale [24], Il est donc important de connaître les particula-
mais également pour la recherche de calcifications rités des manifestations cliniques liées aux dépôts
méniscales [18]. Contrairement aux séquences calciques :
IRM conventionnelles, ces séquences UTE per- • La symptomatologie douloureuse s’installe de
mettent de générer du signal à partir des tissus à façon bruyante, sans facteur déclenchant par-
temps de relaxation très courts tels que les calcifi- ticulier, comme un “coup de tonnerre dans un
cations. Elles pourraient donc permettre une étude ciel serein” ;
quantitative du signal de ces calcifications afin de • Les douleurs s’accompagnent de signes in-
mieux comprendre leur physiopathologie. D’autre flammatoires locaux ou généraux. Dans les
part, en associant ces séquences à une suppres- atteintes superficielles des extrémités, rou-
97
geur, chaleur et gonflement peuvent être pré- [29]. Une tendinopathie calcifiante du biceps
sents. Ils font suspecter une arthrite ou une distal [30] peut être révélée par un syndrome
ténosynovite dont la nature infectieuse devra de loge de l’avant-bras. Une tendinopathie cal-
être éliminée (fig. 7) [26]. Dans les atteintes cifiante du tendon supra-épineux peut mimer
rachidiennes cervicales, un syndrome inflam- un syndrome de Parsonage et Turner [31].
matoire biologique et une fièvre sont possi- • Une atteinte calcifiante peut surprendre
bles [27]. lorsqu‘elle survient en dehors des tranches
• La douleur s’accompagne d’une limitation de d’âge habituelles (40-60 ans). Plusieurs cas
mobilité, d’une boiterie, parfois d’une impo- ont été décrits chez des enfants de 3 ans, 7 ans
tence fonctionnelle complète du segment de et 13 ans avec des signes œdémateux exten-
membre atteint (fig. 6 ; l’exemple le plus re- sifs dans l’espace sous-acromial en IRM [32-
présentatif est l’épaule aiguë hyperalgique de 34]. Le contexte traumatique, souvent signalé
la tendinopathie calcifiante de l’épaule [28]. chez l’enfant, peut faire errer le diagnostic
Les localisations à la hanche peuvent être res- [33]. Une atteinte au-delà de 70 ans est égale-
ponsables d’une hanche pseudoparalytique ment possible [35].
Fig. 7 : Suspicion d’arthrite de l’articulation métacarpophalangienne du pouce (pouce gonflé, chaud et douloureux)(a). Cliché
centré réalisé 10 jours avant (b). Fragmentation du dépôt calcique (c et e) dans le plan ligamentaire responsable de modifications
inflammatoires au Doppler (d).
98
99
Fig. 8 : Patient de 62 ans ayant une tendinopathie calcifiante (flèche noire) et une désinsertion distale du tendon supra-
épineux (flèche blanche).
Enfin, les tendinopathies calcifiantes ne sont pas quences, non reconnues comme une structure
reconnues comme facteur favorisant des ruptures anatomique normale (fig. 2, 3, 6a et 8). Le diagnos-
de coiffe selon les conclusions du symposium de la tic est facile et rétabli dès la réalisation d’un cliché
Société Française d’Arthroscopie (SFA) en 2007 radiographique (fig. 8).
[44]. Il existe un seul cas rapporté d’évolution
d’une tendinopathie calcifiante vers la rupture de
coiffe chez un patient de 46 ans avec suivi en IRM Les calcifications en cours de
sur 1 an [45]. résorption
100
Fig. 9 : Résorption d’une calcification et évacuation dans la bourse sous acromiale. Noter les dépôts
linéaires en hyposignal dans le tendon et le lait calcique qui sédimente dans la partie déclive de la
bourse (flèche).
Fig. 10 : Erosion de la corticale du grand trochanter avec réaction œdémateuse de l’os spongieux par résorption d’un amas calcique.
101
Trois types d’atteintes osseuses sont possibles : ques et résultant de l’effet de susceptibilité ma-
l’érosion de la corticale, la lacune intraspongieuse gnétique induit par le calcium. La guérison s’ac-
et de façon exceptionnelle la migration intramé- compagne de la disparition de l’œdème dans le
dullaire des amas calciques. Quand il existe une même temps que les calcifications (fig. 11b).
érosion corticale, l’IRM détecte un œdème dans la
moelle osseuse (fig. 11a) et dans les tissus tendi- Ces atteintes osseuses ont été également bien
neux et musculaires adjacents sur les séquences illustrées autour de la hanche en regard de l’épine
avec saturation du signal de la graisse. Quand le iliaque antéro-inférieure, du petit trochanter ou de
matériel calcique migre dans le spongieux, l’IRM la ligne âpre correspondant aux sites d’insertion
montre un œdème extensif et des zones en fort hy- des tendons [29, 47-51].
posignal T2 et T2* correspondant aux amas calci-
Fig. 11 : Tendinopathie calcifiante avec érosion osseuse et œdème osseux réactionnel (a), évolution à
3 mois (b) avec régression de l’œdème.
102
Fig. 12 : Résorption d’un amas calcique du labrum (g) avec diffusion œdémateuse dans l’ensemble du muscle psoas, coupes
axiales de haut en bas (de a à f).
103
Réaction articulaire et calcification [54]. Elle survient entre 30 et 60 ans, autant chez
l’homme que chez la femme. Le début est toujours
Un épanchement intra-articulaire peut être trou- aigu. Un syndrome inflammatoire biologique peut
vé en IRM si la calcification siège dans les structu- être présent et majorer l’inquiétude. Si l’examen
res juxta-articulaires comme le labrum à la hanche initial est une IRM, un hypersignal T2 prévertébral,
[52] ou le ligament rond (cas personnel) et le com- parfois très intense, de type liquidien, étendu en
plexe bicipitolabral à l’épaule [53]. regard des premières vertèbres cervicales peut fai-
re suspecter un abcès prévertébral. L’hypersignal
peut diffuser dans l’espace rétropharyngé dans
Quelques localisations toutes les directions, mais il n’y a pas de prise de
particulières contraste périphérique ni ganglions cervicaux. Le
dépôt calcique peut rester nodulaire (fig. 5) et être
Rachis cervical repéré au sein des fibres musculaires sous forme
d’amas en hyposignal sur toutes les séquences.
Les dépôts calciques de la colonne cervicale sont
un piège classique clinique et en IRM. L’IRM cervi- La radiographie de profil de la colonne cervicale
cale est motivée par des cervicalgies aiguës, par- peut montrer un élargissement de l’espace préver-
fois à irradiation occipitale, une raideur cervicale, tébral ou la calcification si elle est volumineuse.
des troubles de la déglutition, une odynophagie,
parfois associées à une fièvre. Les diagnostics de Le diagnostic de certitude est fait au scanner qui
méningite, d’abcès rétropharyngé, de migraine ou décèle des calcifications nodulaires ou plus frag-
de spondylodiscite sont classiquement évoqués en mentées. La coexistence d’amas calciques d’états
premier lieu. différents, très denses, semblables à l’os cortical et
peu denses, épars et plus ou moins homogènes est
Il existe deux pathologies microcristallines par- en faveur de l’apatite. Si le dépôt calcique est pré-
ticulières au rachis cervical, en dehors des disco- sent dans le ligament annulaire (fig. 13), le dia-
pathies, la tendinopathie calcifiante du muscle gnostic doit se faire avec des dépôts de CPPD dans
long du cou (ou rétropharyngée) et le syndrome le cas d’une dent couronnée.
de la dent couronnée.
Le traitement est symptomatique et nécessite
des anti-inflammatoires et/ou de faible dose de
La tendinopathie calcifiante corticoïdes. La disparition de l’amas calcique en
rétropharyngée par dépôt d’apatite même temps que la régression des symptômes en
1 à 2 semaines confirme le diagnostic.
Décrite pour la première fois en 1964, elle est
rare, mais a fait l’objet de nombreuses publica-
tions, le plus souvent sous forme de cas cliniques Le syndrome de la dent couronnée
isolés.
Le syndrome de la dent couronnée est une entité
La tendinite calcifiante rétropharyngée est due à radioclinique caractérisée par l’association d’un
un dépôt calcique dans le muscle long du cou. Ce dépôt de microcalcifications dans le ligament cru-
muscle comporte 3 portions, supérieure oblique, ciforme en arrière de l’odontoïde (fig. 14) et de
verticale et inférieure oblique. Les dépôts se font cervicalgies aiguës avec fièvre, raideur rachidien-
plus souvent dans les fibres supérieures obliques ne et syndrome inflammatoire biologique. Les mi-
104
Fig. 13 : Dépôt d’apatite dans le ligament annulaire autour de l’odontoïde. L’amas calcique est en hyposignal T2, de signal inter-
médiaire et hétérogène en T1 (flèche). Le scanner confirme le diagnostic.
crocristaux sont le plus souvent des cristaux de nal cervical [56, 57]. Après injection, il existe une
pyrophosphate de calcium dans le cadre d’une prise de contraste des zones tissulaires et du spon-
chondrocalcinose articulaire, plus rarement des gieux œdémateux. Le diagnostic est confirmé par
cristaux d’apatite. Cette entité fait partie du dia- le scanner. Il révèle des dépôts calciques, plus sou-
gnostic différentiel des méningites [55], des ostéo- vent fins, épars et peu denses dans le ligament
myélites, de la maladie de Horton ou des atteintes transverse, le long de la membrane atlanto-occipi-
tumorales de l’atlas ou l’axis [27, 56]. tale ou tout autour de l’odontoïde. Elles sont bien
mises en évidence sur les reconstructions sagitta-
Le diagnostic peut être suspecté en IRM devant les ou coronales quand elles couronnent l’odon-
une atteinte œdémateuse ou érosive de l’odontoï- toïde [27, 55, 56]. Parfois l’atteinte est érosive, des-
de avec extension péri-odontoïdienne sous forme tructrice [58] et doit faire éliminer un processus
d’un épaississement tissulaire bombant dans le ca- tumoral.
105
Fig. 14 : Dent couronnée. Les dépôts calciques sont fins et bien repérées par le scanner dans le ligament annulaire.
106
Fig. 15 : IRM pour lombalgies et raideur rachidienne lombaire, séquences en T2 (a), T2 Fat Sat (b), T1 gado Fat Sat (c). La sé-
quence T2 avec saturation du signal de la graisse détecte un hypersignal superficiel en regard des épineuses (b). Le scanner met
en évidence un dépôt calcique amorphe dans le ligament interépineux (d).
D’autres localisations plus particulières sont à œdème intraosseux est souvent présent en IRM du
connaître. Le tendon du muscle grand pectoral qui fait d’une érosion de la corticale en zone d’inser-
s’insère sur la partie latérale et inférieure de la tion de ces tendons. Le diagnostic est confirmé par
coulisse bicipitale est une localisation rare et trom- un cliché radiographique tangent à la corticale qui
peuse des dépôts d’apatite [62-65]. L’insertion du détecte les calcifications, par le scanner qui confir-
muscle deltoïde sur le V deltoïdien est également me le dépôt et les irrégularités corticales ou par
une localisation possible (fig. 16) [66, 67]. Un l’échographie [68].
Fig. 16 : Douleur, rougeur et tuméfaction du bras chez un patient de 70 ans. Réaction œdémateuse (hypersignal T2 (a, b) et prise
de contraste (c) à hauteur du V deltoïdien. L’échographie décèle les amas calciques (d).
107
Des dépôts sont possibles dans le complexe bici- Localisations rares aux extrémités
pito-labral correspondant aux calcifications déce- (poignet, main, pied)
lées en regard du pôle supérieur de la glène sur les
radiographies de face de l’épaule. Leur résorption Au poignet et à la main, les dépôts calciques
peut être responsable de douleurs sévères et de si- doivent faire partie de la gamme diagnostique
gnes d’arthrite pouvant faire craindre une arthrite des poignets douloureux aigus, tuméfiés et rou-
septique de l’épaule [53]. ges. Un syndrome du canal carpien [69] par dé-
pôt calcique au sein du canal carpien ou d’une
compression du nerf ulnaire dans le canal de
Atteinte de l’insertion du grand glutéal Guyon par dépôt dans le tendon fléchisseur ul-
sur la ligne âpre naire du carpe [70] ont été décrits. Une résorp-
tion dans les ligaments collatéraux des articula-
Les amas calciques peuvent se déposer au sein tions peut entraîner une réaction articulaire si-
des fibres distales du grand glutéal dans sa zone mulant une arthrite septique (fig. 7). Une résorp-
d’insertion sur la ligne âpre à la face postérieure tion dans la gaine des tendons fléchisseurs des
de la diaphyse fémorale (fig. 17). Le diagnostic est doigts peut mimer une ténosynovite inflamma-
trompeur, car les signes cliniques peuvent être une toire ou infectieuse [26].
sciatalgie ou une douleur de la loge postérieure de
cuisse. Le diagnostic est évoqué en IRM s’il existe Au pied, deux cas ont été décrits dans le tendon
des anomalies de signal œdémateuses du spon- long fibulaire sous le cuboïde [36, 37].
gieux plus ou moins étendues aux fibres musculai-
res. Le diagnostic est confirmé au scanner ou en
échographie [46, 48, 50, 51].
Fig. 17 : Dépôts calciques bilatéraux à l’insertion du grand glutéal sur la ligne âpre au scanner (a), en IRM (b), cliché
radiographique tangent à la corticale (c) et en échographie (d). Le patient consultait pour sciatique à bascule.
108
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111
113
114
a c
Fig. 1a, b et c : Image de l’équipement du patient par un appareil de traction en dehors de la salle. Le matériel orthopédique de
traction est fixé à l’aide d’une autre bande de gaze élastique. Le matériel et la préparation sont identiques pour les membres
supérieurs (a) et inférieurs (b), excepté au poignet où l’on utilise un doigtier japonais (c).
115
arthro-IRM de hanche, l’utilisation d’un contre- En effet, à l’heure actuelle, l’évaluation du car-
poids s’avère nécessaire, afin de stabiliser le tilage articulaire demeure un des nombreux défis
bassin. Un système de traction nommé “Trac de l’imagerie musculo-squelettique. Malgré l’avè-
View” permet de retenir la hanche controlatéra- nement de l’IRM à 3 Tesla et le développement
le et permet donc au corps de ne pas être entiè- des séquences dédiées à l’analyse du cartilage ar-
rement tracté en dehors de la table d’examen, ticulaire, les performances diagnostiques de cet
lorsqu’une traction importante est appliquée sur examen sont encore suboptimales [11] et ce,
la hanche (fig. 2). Cela permet d’appliquer des même après injection intra-articulaire de gadoli-
poids allant de 15 à 40 kg selon le poids du corps nium [12]. L’application d’une traction axiale cou-
du patient. plée à l’arthro-IRM paraît donc intéressante,
d’autant plus que l’évaluation précise du cartilage
– Étape 6 : Acquisition des séquences IRM. est primordiale pour le chirurgien orthopédiste
Une fois la préparation terminée, la dernière dont l’attitude thérapeutique variera en fonction
étape consiste à réaliser les séquences IRM ap- de la présence et de l’étendue d’une éventuelle
propriées à l’articulation. chondropathie.
Le but de ces 6 étapes est d’offrir deux princi- Il est également important de préciser que cette
paux avantages à un examen d’arthro-IRM : technique n’a pas de conséquence néfaste pour le
1. Une meilleure répartition du produit de contras- patient. En effet, elle n’entraîne aucune séquelle
te dans l’articulation, notamment au niveau des traumatique et ne provoque qu’une augmentation
interlignes articulaires, avec, de ce fait, une négligeable de la durée totale de l’examen. La
meilleure visualisation d’éventuelles lésions des mise en place de l’équipement de traction ne
surfaces cartilagineuses. prend que quelques minutes avec une équipe en-
2. La mise sous tension des différentes structures traînée et se réalise entièrement en dehors de la
articulaires (ligaments et autres tissus mous in- salle d’examen. La perte de temps sur la table
tra-articulaires) qui permet de dévoiler occa- d’IRM se limite donc à la décoaptation manuelle
sionnellement des lésions occultes. de l’articulation et au branchement consécutif du
a b
Fig. 2 : 2a : vue d’ensemble. 2b : gros plan. Système de traction nommé “Trac View” permet de retenir la hanche controlatérale
et permet donc au corps de ne pas être entièrement tracté, en dehors de la table d’examen, lorsqu’une traction importante est
appliquée sur la hanche.
116
a b
117
118
IRM positionnelle
119
a b
c d
Fig. 6 : a : Position du bras du patient en abduction – rotation externe (ABER), antenne Body autour de l’épaule. b : Image IRM
de repérage, montrant l’orientation de coupes programmées dans la position ABER. c : Arthro-IRM en position ABER, séquence
VIBE sans saturation de la graisse, montrant une désinsertion subtotale, non transfixiante du tendon supra-épineux. d : Arthro-
IRM en position ABER, séquence VIBE avec saturation de la graisse. Cela montre une désinsertion subtotale, encore attachée par
le périoste, du labrum antéro-inférieur.
120
Contrairement à l’étude de la coiffe des rota- Pour ce qui concerne les cas de micro-instabilité,
teurs, la position ABER met sous tension le liga- la lésion la plus connue est la lésion de type SLAP
ment gléno-huméral inférieur, ce qui permet une (superior labral anterior-posterior tear) et ses va-
augmentation de la sensibilité pour détecter des riantes. Dans ce contexte, la position ABER aura
anomalies de la capsule articulaire et du complexe tendance à diminuer la tension sur ce labrum et à
labro-ligamentaire antéro-inférieur [18]. La sé- favoriser la visualisation d’une déchirure par la
quence en abduction rotation externe aide aussi à présence de produit de contraste à l’intersection
évaluer les lésions de Bankart et leurs variantes. entre le labrum et la glène sous-jacente. Les déchi-
Par exemple, la lésion de Perthes ne se visualise rures partielles de la coiffe des rotateurs peuvent
que lorsque l’on met sous tension le labrum an- apparaître dans les micro-instabilités. La position
téro-inférieur, car il revient en position anatomi- ABER a montré l’amélioration de la détection des
que lorsque le bras est le long du corps, grâce à lésions de la face articulaire des tendons. Dans ce
l’intégrité du périoste auquel s’attache ce labrum. contexte, une déchirure du labrum antéro-supé-
Il est très important de mettre en évidence ces lé- rieur, associée à des lésions partielles de la face
sions de type Perthes, car l’arthroscopie réalisée le articulaire de la coiffe des rotateurs antéro-supé-
bras le long du corps peut manquer cette lésion si rieurs, peut résulter d’une instabilité antéro-supé-
elle n’est pas recherchée spécifiquement par le rieure. Cette instabilité résulte d’un contact anor-
chirurgien. La position ABER est aussi très utile mal entre la coiffe des rotateurs et la glénoïde, et
dans les situations postopératoires, spécifique- entraîne de ce fait des déchirures partielles de la
ment lorsque des irrégularités ou des artéfacts surface articulaire, en particulier de la portion an-
sont visibles sur les séquences conventionnelles et térieure du supra-épineux. Il est donc très impor-
rendent difficile la détermination d’une véritable tant d’identifier ces déchirures partielles de la coif-
récidive de déchirure ou une variante postopéra- fe des rotateurs, associées à la présence d’une dé-
toire physiologique. chirure labrale, car cela va alerter le clinicien sur
la présence d’une lésion de micro-instabilité plus
Une étude tomodensitométrique [19] a intelli- complexe qu’une simple déchirure tendineuse.
gemment essayé de contourner le fait de faire un
examen en position d’abduction rotation externe, Les lésions de micro-instabilité peuvent aussi in-
en plaçant le patient pendant une dizaine de minu- clure des lésions des ligaments gléno-huméraux
tes après le temps arthrographique dans cette po- supérieur ou moyen. La position ABER va permet-
sition. Ils ont montré que sur une acquisition par tre de mieux les évaluer, car elle va les mettre sous
arthroscanner, il y avait une augmentation de 25 % tension et une éventuelle déchirure sera plus faci-
de lésions détectées par rapport à une acquisition lement mise en évidence.
réalisée en position de repos directement après
l’arthrographie. Ceci pourrait éventuellement être Les lésions de type SLAP se retrouvent, dans le
appliqué aussi à l’IRM. Il y a donc un réel impact cadre de micro-instabilité, chez les athlètes de
sur le diagnostic et sur la prise en charge du traite- “lancer”. Les patients présentent un déficit de ro-
ment du patient par la meilleure mise en évidence tation interne gléno-humérale et une contracture
des déchirures partielles de la face articulaire des de la capsule articulaire postérieure. Ils dévelop-
tendons de la coiffe des rotateurs. Seule l’inciden- pent une subluxation postéro-supérieure gléno-
ce sur les déchirures partielles de la coiffe des ro- humérale en abduction et rotation externe dans la
tateurs a été étudiée dans cette étude. Il n’y a pas dernière partie de la phase du lancer [20]. Des for-
eu d’analyse effectuée des structures capsulo-la- ces anormales vont donc générer une torsion de
brales en particulier antéro-inférieures. l’ancre bicipitale transmettant une force augmen-
121
a b c
Fig. 7 : a : Le patient se couche dans une position en procubitus avec le bras au-dessus de la tête, le coude fléchi à 90° et l’avant-
bras en supination, le pouce pointé vers le haut (FABS). b : IRM T2 FS sagittale en position FABS. Lésions articulaires du coude,
bursite péribicipitale, mais intégrité du tendon bicipital. c : Image IRM T2 FS axial en position FABS. Liquide péritendineux
visible, mais intégrité du tendon bicipital à son insertion radiale.
122
malies de signal intra-tendineuses. Les déchirures et interphalangiennes, il existe des ligaments col-
complètes se caractérisent par une discontinuité latéraux qui se divisent en une structure collaté-
de ce tendon et, si l’aponévrose bicipitale est aussi rale principale, s’étendant des fossettes latérales
rompue, par une rétraction de ce tendon et du de la tête métacarpienne ou de la tête phalangien-
muscle bicipital. L’imagerie en position FABS est ne jusqu’aux bases de la phalange. La seconde
donc complémentaire d’une IRM conventionnelle, composante est le ligament collatéral accessoire
spécialement dans le plan axial, pour analyser le qui part d’une insertion commune avec le ligament
tendon du biceps [21]. collatéral principal pour s’étendre dans un plan
transverse par rapport à la tête métacarpienne ou
phalangienne jusque sur les faces latérales de la
IRM positionnelle de la main plaque palmaire [22]. La séquence positionnelle
complémentaire consiste en une séquence avec
Au niveau de la main, pour bien mettre en évi- articulation fléchie en flexion maximale, idéale-
dence certaines structures anatomiques, des posi- ment à 90°. En effet, la flexion va mettre sous ten-
tions particulières doivent être obtenues soit dans sion le ligament collatéral principal, alors qu’il va
l’IRM, soit dans des antennes dédiées acceptant le détendre le ligament collatéral accessoire (fig. 8).
positionnement désiré dans l’IRM. Ceci est parti- La position de l’articulation en extension va met-
culièrement vrai pour les articulations métacarpo- tre sous tension le ligament collatéral accessoire
phalangiennes et interphalangiennes. Une bonne et détendre le ligament collatéral principal. Cela
connaissance de l’anatomie est bien sûr primor- est très important à connaître, car il ne faut pas
diale pour analyser le complément d’informations analyser une structure ligamentaire qui n’est pas
que l’on peut obtenir en flexion. En effet, au ni- tendue sur une coupe. En effet, l’aspect ondulé
veau des articulations métacarpo-phalangiennes peut faire varier l’intensité de signal de cette struc-
a b
Fig. 8 : a : Position d’analyse des ligaments collatéraux principaux des articulations métacarpophalangiennes (MCP) ou in-
terphalangiennes. L’articulation concernée doit être fléchie en flexion maximale, idéalement à 90°. Lorsque le poing fermé
ne rentre pas dans une antenne dédiée “poignet” dans cette position, le choix d’une antenne genou ou tête devra être fa-
vorisé. b : Image IRM GdT1FS MCP fléchi à 90° dans le plan coronal des phalanges proximales correspondant au plan des
ligaments collatéraux principaux. En effet, la flexion va mettre sous tension le ligament collatéral principal. On démontre
bien ici, une déchirure du ligament collatéral principal cubital de la MCP3, comparé au ligament controlatéral radial.
123
ture anatomique et rendre un diagnostic de faux dans l’antenne IRM dédiée, ce qui permet d’avoir
positif. L’examen en flexion est donc une séquence une spécificité plus grande sur une éventuelle dé-
complémentaire indispensable à réaliser, en plus chirure ligamentaire.
d’une séquence en extension pour toutes ces arti-
culations. La flexion de l’articulation détendra Des travaux expérimentaux sont actuellement
aussi l’insertion proximale et distale de la plaque menés pour déterminer si l’application passive d’un
palmaire pour mieux mettre en évidence un éven- tiroir antérieur sur le genou augmenterait la sensi-
tuel récessus, une déchirure ou une désinsertion bilité de détection d’une déchirure ligamentaire, en
de cette dernière. Dans une étude suivante, nous particulier une déchirure partielle du faisceau an-
avons démontré le caractère indispensable de cet- téro-médial du ligament croisé antérieur. Ceci peut
te séquence complémentaire en relevant que les être obtenu en maintenant le fémur bloqué dans
déchirures partielles, voire complètes, des liga- l’antenne du genou par un coussin appliqué sur sa
ments collatéraux sont les lésions les plus fréquen- face antérieure et un ballon gonflé une fois le ge-
tes des articulations métacarpo-phalangiennes nou en place dans l’antenne fermée, et positionné
[23]. Bien que généralement un traitement conser- sous le tibia proximal. Aucun résultat n’est encore
vateur soit suffisant pour des lésions isolées des publié, mais la méthode semble intéressante.
ligaments collatéraux, une réparation chirurgicale
est souvent requise si la lésion est plus importante Une autre étude a essayé de mettre en évidence
ou avec une désinsertion ligamentaire complète. l’intérêt des IRM en position debout en charge, en
Une imagerie précise de ce faisceau ligamentaire discrète flexion, qui permettrait de mieux mettre
principal en flexion est donc indispensable pour en évidence les incompétences fonctionnelles du
bien mettre en évidence des lésions ligamentaires, ligament croisé antérieur et en particulier dans
des lésions des bandelettes sagittales avec une po- son faisceau antéro-médial. Ceci a été démontré
tentielle subluxation du tendon extenseur, ainsi sur des patients en position debout avec la compa-
que d’autres lésions associées à ces articulations. raison d’un genou par rapport à l’autre [24].
124
125
le est la position adéquate du patient. Un travail de la sensibilité pour le diagnostic des lésions dis-
[28] a étudié la modification des structures anato- covertébrales notamment. Deux cas rapportés
miques chez des volontaires sains et sur des cada- dans la littérature [30] évoquent un avantage dia-
vres, lorsque l’avant-pied est imagé en position gnostique suite à une IRM cervicale réalisée de-
debout, couchée sur le dos ou couchée en procubi- bout. Il s’agissait de deux patients avec une luxa-
tus. Une première étude a permis de démontrer tion atlanto-axoïdienne dont seules les séquelles
que ce type d’imagerie à l’avant-pied était tout à étaient visibles en position neutre, en décubitus,
fait réalisable sur une IRM ouverte [19]. La posi- mais dont l’origine physiopathologique n’était pas
tion en charge de l’avant-pied dans l’IRM modifie démontrée. Dans le premier cas de luxation anté-
surtout la position relative du faisceau neurovas- rieure, la moelle épinière était normalement com-
culaire par rapport aux têtes métatarsiennes, ainsi primée lorsque la colonne cervicale était en
que la position des têtes métatarsiennes entre el- flexion et libérée lorsqu’elle était en extension. En
les. Il est donc important de connaître cette varia- décubitus, seule une myélopathie cervicale était
tion anatomique avant d’analyser un examen réa- mise en évidence, alors qu’une compression pos-
lisé en charge. térieure de la moelle avec un rétrécissement im-
portant du canal cervical apparaissait en position
L’étude comparant ces trois positions, debout en verticale. Dans le second cas décrit, il s’agissait
charge, en décubitus ou procubitus, a permis de d’une fracture comminutive non consolidée de
montrer que les névromes de Morton apparaissent l’apophyse odontoïde avec une instabilité liga-
de manière différente dans ces trois positions. Le mentaire majeure qui apparaissait uniquement en
diamètre transverse des névromes de Morton est position verticale, où une luxation postérieure de
significativement plus grand sur les images obte- l’atlas venait comprimer la moelle épinière sur
nues en procubitus qu’elles ne le sont en décubitus l’arc postérieur de C2 et provoquer une souffran-
ou en charge. La position en procubitus est donc ce médullaire à cet endroit. Il s’agit donc de rares
recommandée pour explorer des métatarsalgies et cas, dont le diagnostic pouvait déjà être évoqué
visualiser des névromes de Morton [28]. par rapport aux séquelles visibles en décubitus.
Une éventuelle radiographie standard complé-
mentaire en position debout aurait aussi pu être
IRM positionnelle du rachis réalisée pour expliquer ces mouvements de C0,
C1, C2 entre la position couchée et la position de-
Au rachis, différentes positions ont été étudiées bout et expliquer l’origine des lésions visibles de
pour savoir si une position alternative à la position la moelle épinière.
standard au repos en décubitus dorsal pouvait
avoir un avantage. Il est bien évident que le rachis Au niveau de la colonne lombaire, les altérations
devrait être analysé, de manière logique, dans la dégénératives associées aux troubles de type mi-
position où le patient se trouve le plus souvent, cro-instabilité, voire d’instabilité vraie, sont beau-
c’est-à-dire en charge et vertical. Les contraintes coup plus fréquents et peuvent provoquer des
ne sont évidemment pas les mêmes lorsque le pa- conflits radiculaires ou des conflits intracanalaires
tient est en charge ou lorsqu’il est en position cou- par une diminution significative de la surface du
chée, notamment au rachis lombaire. canal lombaire. Une étude de 1998 [31] a déjà dé-
terminé la faisabilité de réaliser une IRM lombaire
Le type de machine nécessaire n’étant pas ré- en position debout et a évalué l’impact sur les dif-
pandu, aucune étude significative n’a démontré férentes structures anatomiques discovertébrales.
les modifications anatomiques ni l’augmentation Plusieurs positions sont étudiées dans cette étude :
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L’IRM est indiscutablement la méthode d’image- pas toujours clairement démontrée [5, 6]. De plus,
rie la plus complète pour explorer les articulations cette technique impose des contraintes logistiques
[1]. Cependant, la valeur de cet examen dépend de plus élevées que l’IRM standard ; elle augmente le
nombreux facteurs. Certains d’entre eux affectent coût de l’exploration et peut générer certaines
l’ensemble des structures de la région examinée : complications [7, 8].
qualité de l’appareillage, protocole d’exploration,
choix des séquences, morphotype du patient… Dans ce chapitre, nous rappellerons les différen-
D’autres concernent plus spécifiquement les struc- tes techniques d’arthro-IRM, exposerons ses ob-
tures intra-articulaires. Leur analyse nécessite à la jectifs et ses inconvénients et tenterons d’apporter
fois une bonne résolution spatiale et un bon des éléments permettant de définir les situations
contraste, mais, quelle que soit la qualité d’image, cliniques justifiant sa pratique. L’épaule et la han-
la détection de leurs anomalies peut être compro- che seront les seules articulations traitées, car
mise en l’absence d’épanchement au contact de la d’une part, ce travail s’intègre dans la séance
lésion. Ce postulat est le fondement de l’arthro- consacrée aux ceintures et d’autre part, la littéra-
IRM. En effet, l’injection intra-articulaire de pro- ture portant sur l’arthro-IRM des articulations pé-
duit de contraste distend l’articulation, déplisse la riphériques reste limitée.
capsule articulaire et s’accompagne de la diffusion
du produit dans tous les espaces et toutes les brè-
ches communiquant avec l’articulation. De plus, Techniques d’arthro-IRM
l’utilisation de Gadolinium renforce le contraste (tableau 1)
par rapport à un simple épanchement articulaire
[2-4]. Il existe plusieurs techniques d’arthro-IRM :
l’arthro-IRM indirecte après injection IV de gado-
Force est de constater que cette technique est linium et l’arthro-IRM avec injection intra-articu-
devenue dans de nombreux centres, la méthode laire directe de produit de contraste iodé et/ou de
d’imagerie de référence, en particulier pour les pa- gadolinium et/ou de sérum physiologique [9, 10].
tients jeunes et/ou sportifs. Le nombre élevé de Chaque technique a des avantages et des inconvé-
publications récentes faisant appel à cette métho- nients, mais il n’y a pas de recommandation de so-
de d’exploration témoigne également de la valeur ciété savante concernant leur usage.
qui lui est attribuée.
L’arthro-IRM indirecte avec injection IV de ga-
Pour autant, la nécessité de recourir à l’arthro- dolinium tire bénéfice de la diffusion du gadoli-
IRM ne fait pas l’objet d’un consensus absolu. En nium dans la synoviale puis dans le liquide articu-
effet, sa valeur ajoutée par rapport à l’IRM dont laire, mais elle n’augmente pas la quantité de li-
les performances ont nettement progressé, n’est quide intra-articulaire et les zones qui n’en sont
129
Tableau I : Les différentes techniques d’arthro-IRM. IA : intra-articulaire ; IV : intraveineux, PCI : produit de contraste iodé.
Spécificités
Distension de l’articulation +++ +++ +++ 0
Amélioration du contraste +++ ++ ++ +++
Couplage possible avec un arthroscanner Oui, mais peu d’intérêt Oui Non Non
pas pourvues ne présentent pas d’amélioration de cantes avec l’articulation. Ces séquences sont gé-
leur contraste. Par contre, les tissus hypervascula- néralement réalisées en écho de spin malgré
risés se rehaussent également. Le rehaussement l’épaisseur de coupe qui reste élevée (de l’ordre de
intra-articulaire est optimal au bout de 15-30 mi- 3 mm). Les séquences en écho de gradient 3D sont
nutes après l’injection. Le délai est fonction de parfois préférées, car les coupes sont plus fines et
l’importance des mouvements de l’articulation, des reconstructions multiplanaires sont possibles.
mais également de son degré d’inflammation. Par contre, la résolution spatiale dans le plan de
L’analyse repose sur les séquences pondérées T1 coupe est en général moins bonne [22]. Les acqui-
avec Fat Sat [11-16]. Cette technique est simple et sitions pondérées T2 avec Fat Sat, indispensables
globalement efficace, mais elle est moins utilisée pour analyser les structures périarticulaires, sont
que les autres méthodes. également performantes pour explorer les structu-
res intra-articulaires. Elles peuvent être réalisées
L’arthro-IRM directe au gadolinium, technique en 2DFT (FSE T2) ou en 3DFT [23, 24].
la plus utilisée, repose sur l’injection intra-articu-
laire d’un chélate de gadolinium très dilué. Deux L’arthro-IRM directe au produit de contraste
produits possèdent l’AMM pour cette exploration : iodé est la conjonction d’une arthrographie et
l’Artirem® (Guerbet) et le Magnevist-Arthro® d’une IRM standard. Cette méthode est simple, car
(Schering). Le premier correspond à du Dotarem® la procédure arthrographique, largement utilisée
avec une concentration de 2,5 mmol/l soit le 200e pour l’arthroscanner, est éprouvée et bien codifiée.
de celle utilisée pour l’administration intraveineu- Par ailleurs, l’utilisation de séquences pondérées
se ; le deuxième correspond à du Magnevist® di- T2 représente dans tous les cas la base d’une ex-
lué au 1/250e. Certains auteurs prélèvent le produit ploration articulaire en IRM : l’examen ne diffère
de contraste d’un flacon de gadolinium destiné à en rien dans son mode de réalisation, d’un examen
un usage IV et font eux-mêmes la dilution adéqua- sans arthrographie préalable. Un arthroscanner
te [17]. La dilution peut être réalisée avec du sé- peut être réalisé dans le même temps. Rappelons
rum physiologique et/ou un produit de contraste que l’arthroscanner reste l’outil d’imagerie le plus
iodé [18, 19]. Dans ce cas, un arthroscanner peut performant pour analyser le cartilage articulaire.
être réalisé dans le même temps, mais la qualité Enfin, l’irradiation dont il est responsable a dimi-
du contraste chute légèrement en IRM [20, 21]. nué de plus de 50 % ces dernières années avec
Avec cette technique, les séquences pondérées T1 l’application des principes ALARA et l’utilisation
permettent d’identifier avec certitude les zones de la reconstruction itérative. Cette technique
s’imprégnant du produit de contraste et de les dif- combinant l’arthroscanner et l’arthro-IRM est celle
férencier des zones liquidiennes non communi- que nous utilisons dans notre institution (fig. 1).
130
Fig. 1 : SLAP lesion de type 2 confirmée l’arthroscopie chez un patient de 24 ans. (a) IRM, (b et c) arthroscanner et arthro-IRM
réalisés dans le même temps avec injection exclusive de produit de contraste iodé. Noter la différence de détection des anomalies
entre l’IRM et l’arthro-IRM.
L’arthro-IRM avec injection intra-articulaire ment douloureuse et l’anesthésie cutanée est inu-
de sérum physiologique est rarement proposée tile. Néanmoins, le siège de la ponction peut in-
[25]. Les séquences utilisées sont également celles fluencer l’intensité de la douleur [35]. Des douleurs
d’une IRM conventionnelle. articulaires peuvent également survenir quelques
heures après la procédure et durer quelques jours.
Pour certains auteurs, ces méthodes d’imagerie Ces douleurs surviennent principalement chez les
sont sensibilisées par des manœuvres ou des posi- jeunes patients bénéficiant d’une arthro-IRM de
tions (traction, ABER…) qui augmentent la diffu- hanche [36-38]. L’intérêt d’une anesthésie intra-ar-
sion du produit de contraste autour des différentes ticulaire est controversé [39, 40].
structures anatomiques et au sein des lésions. Ain-
si, la traction de la hanche améliore significative- Le risque d’arthrite septique lié au temps arthro-
ment l’analyse du cartilage articulaire de cette ar- graphique est extrêmement faible [41, 42]. À par-
ticulation [26-34]. Un chapitre de cet ouvrage leur tir d’une étude par questionnaire aux USA, Hugo
est consacré. relève 45 arthrites septiques sur 262 000 arthro-
graphies. Aucune infection n’a été notée pour les
13 300 arthro-IRM réalisées [43].
Inconvénients de l’arthro-IRM
131
132
lée significativement supérieure à celle de l’IRM 55 ans avec 113 ruptures transfixiantes authenti-
pour le diagnostic des ruptures de la face profonde fiées à l’arthroscopie, l’IRM présentait une sensi-
du supra-épineux (Tableau III). A contrario, bilité et une spécificité de 95 et 100 % ; l’arthro-
l’arthro-IRM ne s’est pas révélée plus sensible IRM de 100 et 100 % [52].
pour le diagnostic des ruptures transfixiantes et
des ruptures partielles de la face bursale du ten- En ce qui concerne les ruptures labrales, l’étude
don. Les spécificités de l’IRM et de l’arthro-IRM de Magee sur 150 patients de moins de 50 ans
n’étaient pas significativement différentes pour montre une meilleure sensibilité de l’arthro-IRM
l’ensemble de ces lésions [51]. Dans une étude pour les ruptures labrales antérieures et supérieu-
plus récente, portant sur 150 patients d’âge moyen res (SLAP). Pour les autres secteurs, les sensibili-
Tableau II : Sensibilité et spécificité de l’arthro-IRM, l’IRM et l’échographie dans les ruptures de coiffe selon la méta-analyse de
de Jesus [50].
Tableau III : Sensibilité et spécificité de l’IRM et l’arthro-IRM à 3T chez les patients de moins de 50 ans selon Magee [51].
IRM Arthro-IRM
Sensibilité Spécificité Sensibilité Spécificité
Rupture transfixiante 92 100 100 100
Rupture de la face profonde 68 100 97 100
Rupture de la face bursale 84 100 84 100
Rupture labrale antérieure 83 100 98 100
Rupture labrale postérieure 84 100 95 100
SLAP lesion 83 99 98 99
133
Tableau IV : Valeur diagnostique des examens d’imagerie dans le diagnostic de SLAP lesion. Noter la plus grande proportion de
publications avec l’arthro-IRM dans la littérature récente et le caractère discordant des articles sur la valeur de l’IRM.
Nombre
Nombre d’articles
Techniques d’articles publiés Sensibilité Spécificité
publiés
depuis 2000
Arthroscanner 6 4 86-97 % 72,6-90 %
7 64-100 % 63-100 %
IRM 13 1 38 % (19-67) 94 %
1 86 % 12-13 %
Arthro-IRM 12 12 64-100 % 50-100 %
tés n’étaient pas significativement différentes et, lésions labrales et cartilagineuses. Deux méta-
quel que soit le secteur, les spécificités n’étaient analyses relativement récentes montrent une
pas significativement différentes [51]. Les autres grande disparité de sensibilité et spécificité de ces
études vont globalement dans le même sens même deux techniques [59, 60].
si la situation est plus confuse pour les SLAP le-
sions [7, 23, 53-55] (Tableau IV). Pour ces derniè- Pour les lésions labrales, l’IRM (0.5-3T) présente
res, de nombreux facteurs autres que la qualité une sensibilité et une spécificité respectivement
d’image déterminent la valeur de l’analyse : l’ex- de 66 et 79 %. L’arthro-IRM (0.5-3T) présente une
périence des lecteurs, la qualité des informations sensibilité et une spécificité respectivement de 87
transmises par le médecin demandeur, la croyance et 64 % avec une précision diagnostique meilleure
ou non à l’existence de cette pathologie, la nature que celle de l’IRM. En ne retenant que les études
de la prescription (demande d’examen) [56, 57]. menées à 1.5T, l’IRM présente une sensibilité et
L’étude rétrospective de Connolly portant sur la une spécificité respectivement de 70 et 82 %.
valeur diagnostique de l’IRM dans le diagnostic de L’arthro-IRM présente une sensibilité et une spéci-
SLAP lesion de type 2 dans une structure non uni- ficité respectivement de 83 et 57 % [59].
versitaire multisite avec des radiologues de forma-
tion variée montre l’importance de tous ces élé- Pour les lésions cartilagineuses, l’IRM présente
ments sur la performance de l’examen [58]. une sensibilité et une spécificité respectivement
de 59 et 94 %. L’arthro-IRM présente une sensibi-
Au total, les données de la littérature confirment lité et une spécificité respectivement de 62 et 86 %.
la légère supériorité de l’arthro-IRM sur l’IRM Paradoxalement, la précision de l’IRM apparaît
avec notamment une meilleure sensibilité pour supérieure à celle de l’arthro-IRM [60].
certaines lésions significatives chez le patient jeu-
ne ou sportif. L’étude récente de Sutter et coll. portant sur
28 patients d’âge moyen 32 ans, ayant bénéficié
d’une IRM conventionnelle et d’une arthro-IRM
La hanche au gadolinium sur des appareils 1.5T avec des pe-
tits champs d’exploration et un jeu complet de sé-
La comparaison de l’IRM et de l’arthro-IRM de quences, montre globalement une supériorité de
hanche porte essentiellement sur le diagnostic des l’arthro-IRM sur l’IRM [61]. Pour le diagnostic
134
Fig. 2 : Itinéraires d’imagerie dans notre institution devant une épaule douloureuse.
135
Fig. 3 : Itinéraires d’imagerie dans notre institution devant une hanche douloureuse. CFA : conflit fémoro-acétabulaire.
136
Fig. 4 : Rupture labrale chez une basketteuse professionnelle selon la technique combinée de l’arthroscanner (a) et
l’arthro-IRM (b). Ces examens montrent une rupture labrale (flèche) sans aucune autre anomalie.
Fig. 5 : Coxarthrose droite chez une femme de 31 ans. (a, b) clichés standard montrant un minime pincement articulaire polaire
supérieur. (c, d) arthroscanner montrant une ulcération cartilagineuse de stade 4 du sommet de la tête et un amincissement global
du cartilage de la portion postérieure de la tête fémorale. (e, f) IRM avec une résolution spatiale insuffisante méconnaissant les lé-
sions. (g, h) Arthro-IRM avec les mêmes plans de coupe et une meilleure résolution spatiale montrant les lésions cartilagineuses.
137
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139
141
Fig. 1 : Nerf sciatique normal, vues axiale (A) et coronale (B) en pondération T2.
Le nerf sciatique (L4-S3) quitte le pelvis au niveau de la grande échancrure sciatique (B) bien visible dans le plan coro-
nal (A, flèches). Le nerf sciatique est visible dans le plan axial juste en arrière du grand trochanter (B, flèches) où son
organisation fasciculaire est bien visible. La séquence 3D TSE permet une reconstruction oblique pour mieux suivre le
trajet du nerf.
Fig. 2 : Nerf obturateur normal, vues coronale (A) et axiale (B) en pondération T2.
Le nerf obturateur (L2-L4) est bien visible dans le plan coronal, avec un trajet vertical (A, flèches) et dans le plan axial,
le long de l’acétabulum (B, flèches).
142
143
Fig. 3 : Patiente de 34 ans présentant un conflit sur le trajet du nerf fibulaire gauche.
L’IRM met en évidence des lésions de dénervation avec involution graisseuse en hypersignal T2 (A, flèche) et T1 (B, flèche)
des muscles tibial antérieur et extenseur des orteils.
144
Fig. 4 : Patiente de 54 ans présentant une polyneuropathie avec douleur et déficit du membre inférieur droit.
Coupes coronales T1 après injection de gadolinium et élimination du signal de la graisse (A et B). Vue coronal MIP en tenseur de
diffusion (C). On retrouve au niveau de plusieurs troncs plexiques un franc rehaussement associé à un épaississement du nerf
(A et B, flèches). A noter également une atteinte du nerf sciatique droit (B, tête de flèche). La vue MIP du tenseur de diffusion
permet également de visualiser plusieurs anomalies de signal franches du plexus lombosacré prédominant nettement du côté
droit. L’ensemble de ces anomalies pourrait être en rapport avec une hypercellularité.
(fig. 4) [13, 14]. Des valeurs de b plus faibles (de plus fin en distalité, apparaît continu, sans dévia-
l’ordre de 600 à 800 s/mm2) sont habituellement tion et symétrique par rapport au nerf controlaté-
utilisées pour l’exploration des NP comparative- ral. Il n’est pas retrouvé de prise de contraste à
ment au cerveau. Cette technique pourrait même l’état physiologique sauf au niveau du ganglion ra-
être utilisée à l’échelle du corps entier [15]. L’inté- chidien en raison de l’absence de barrière hémato-
rêt est de détecter des anomalies de signal, mais nerveuse à ce niveau.
également de pouvoir mesurer certains paramè-
tres comme le coefficient apparent de diffusion ou Les anomalies évocatrices de plexopathie consis-
la fraction d’anisotropie renseignant sur la micro- tent en un hypersignal sur les séquences en pon-
architecture des fibres nerveuses [16, 17]. dération T2, souvent asymétrique, associé à un
épaississement du nerf. La perte de l’organisation
fasciculaire est un élément sémiologique impor-
Sémiologie IRM tant sur les coupes axiales T1. Le trajet du nerf
peut apparaître dévié, voire interrompu selon la
L’analyse du NP sur les séquences IRM repose cause de la plexopathie (compression extrinsèque
principalement sur la description de sa morpholo- ou trauma). Des lésions diffuses sont classique-
gie et de son signal. Les NP sont des structures ment visibles dans le cadre des neurofibromatoses
paires et symétriques, de même signal que les (fig. 5). Une prise de contraste peut être visible,
muscles sur les séquences en pondération T1 et notamment pour les lésions tumorales et inflam-
T2. Un discret hypersignal peut être observé si matoires. A noter qu’une prise de contraste lésion-
l’on utilise des séquences T2 Fat Sat ou STIR. L’or- nelle périphérique, s’étendant aux parties molles,
ganisation fasciculaire du nerf est bien visible sur suggère une lésion maligne même si l’IRM reste
les coupes axiales T1. Le NP devient de plus en peu spécifique.
145
Fig. 5 : Patient de 33 ans présentant une neurofibromatose de type I, vue coronale T2. De multiples lésions plexiformes
en hypersignal sont visibles sur différents segments du plexus lombaire (flèches).
La recherche de signes indirects traduisant l’at- un angle de 55° avec le champ magnétique princi-
teinte du NP est un temps crucial de l’analyse des pal, l’utilisation d’une valeur de TE élevée contri-
images. L’étude de l’environnement périneural buant à réduire cet artéfact [19]. A noter que son
peut ainsi montrer un effacement de la graisse en influence réelle sur la qualité des images de neuro-
pondération T1 ou une fibrose locale en hypersi- graphie reste débattue [20]. Les structures vascu-
gnal T2. Surtout, les anomalies de signal des mus- laires peuvent également induire des faux positifs
cles en rapport avec des lésions de dénervation de plexopathie en induisant un hypersignal adja-
seront systématiquement recherchées sur les sé- cent au NP sur les séquences T2 à TE élevée. L’ef-
quences en pondération T1. fet “sang noir” observé avec les séquences 3D
TSE, en raison des longs trains d’échos utilisés,
Certaines images pièges doivent être connues est particulièrement utile pour s’affranchir de cet
du radiologue. L’angle magique, bien connu pour artéfact. Enfin, un défaut de saturation de la grais-
l’imagerie des tendons, pourrait également être se peut être observé, en particulier à 3T, avec les
responsable de faux-positifs de plexopathie [18]. grands champs de vue utilisés ou en présence de
On observe ce phénomène quand le NP présente matériel d’ostéosynthèse. Plusieurs stratégies peu-
146
Fig. 6 : Maladie de Charcot Marie Tooth (CMT) chez une patiente de 27 ans présentant une faiblesse des membres
inférieurs. On retrouve un élargissement marqué et symétrique des différents nerfs du plexus lombosacré sans rehaus-
sement visible (flèches).
vent être mises en œuvre pour limiter cet artéfact : nir de façon reproductible des images haute-réso-
l’utilisation de séquence de type “IDEAL”, la dimi- lution du PLS. Des informations originales relati-
nution du TE, l’augmentation de la bande passante ves à la micro-architecture des fibres nerveuses
ou encore l’utilisation d’un facteur d’accélération peuvent désormais être obtenues en routine clini-
plus élevé avec l’imagerie parallèle. que grâce aux séquences en tenseur de diffusion.
Conclusion
Résumé
L’IRM peut apporter des informations complé-
mentaires pour le diagnostic et le pronostic des Le plexus lombosacré (PLS) constitue un ré-
patients présentant une plexopathie lombosacrée. seau de structures nerveuses périphériques per-
L’analyse des images repose sur la recherche de mettant l’innervation sensitive et motrice du pel-
signes directs et indirects d’atteinte nerveuse péri- vis et des membres inférieurs. La “plexopathie
phérique. Le protocole IRM comprend des séquen- lombosacrée” correspond à un syndrome clinique
ces en pondération T1 et T2 avec saturation de associant de façon diverse un déficit moteur et
graisse. Les séquences 3D TSE permettent d’obte- sensitif lié à une atteinte du PLS d’origine trau-
147
matique, inflammatoire, métabolique, tumorale distales. L’analyse des images porte principale-
ou idiopathique. L’IRM est désormais une moda- ment sur la mise en évidence : d’anomalies de ca-
lité d’imagerie utile au diagnostic de plexopathie, libre ou de signal du nerf en pondération T2,
en complément de l’examen clinique et des ex- d’une perte de la structure fasciculaire, d’une
plorations fonctionnelles neurophysiologiques. éventuelle prise de contraste, d’un syndrome de
La “neurographie par IRM” désigne l’ensemble masse compressif ou infiltrant, ou encore de si-
des techniques IRM permettant l’étude du systè- gnes de dénervation musculaire. Les nouvelles
me nerveux périphérique, dont le PLS. L’utilisa- séquences 3D Turbo Spin Echo améliorent encore
tion d’IRM à haut champ (3T), d’antennes dé- la reproductibilité et la sensibilité de l’examen
diées, de techniques d’imagerie parallèle et de tandis que l’imagerie en tenseur de diffusion of-
séquences optimisées permet une étude anatomi- fre de nouvelles perspectives d’analyse fonction-
que haute-résolution du PLS et de ses branches nelle du nerf périphérique.
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148
The advent and broad availability of clinical 3T- quences. Examples where a number of groups/
MRI-scanners has considerably fostered the evol- centers advocate for high resolution 3D gradient
ution of 3D acquisition techniques in various echo sequences (GRE) are cartilage imaging – es-
fields of MRI, especially abdominal and cardio- pecially in small joints and to answer dedicated
vascular imaging. Technically, 3D acquisition questions, direct MR-arthrograms of the wrist or
techniques are based on excitation of a 3D slab/ – in a more research related area – dynamic perfu-
volume and on phase encoding along the third, sion studies, e.g. for synovial enhancement in
through plane dimension allowing to generate a rheumatoid arthritis or stress fractures/osteo
“seamless” three dimensional data volume. In the necroses.
vast majority of applications such 3D sequences
are based on gradient echo techniques, not the Recently, 3D TSE based sequence protocols have
least because of the velocity of echo/signal gene- been made available on commercial scanners by
ration, i.e. data acquisition. Also, especially when most vendors, applying volumetric excitation and
small flip angles can be used the signal “yield” of 3D k-space sampling by using phase encoding ins-
such GRE sequences may be better than in (T)SE. tead of frequency encoding along the z-axis to
In addition, and independent of the speed of si- create a 3D volume. Conceptually, this attempts to
gnal/echo generation, a 3D sequence has a better combine both, more TSE like image characteris-
SNR compared to 2D imaging because SNR is re- tics with the enhanced post processing options of
lated to the number of phase encoding steps, and a 3D data volume.
because the signal is acquired from the entire vo-
lume after each excitation. Technically, to acquire an isotropic 3D data
block with complete coverage of a joint/anatomic
However, the rapidly increasing use/implemen- region, long echo trains need to be implemented.
tation of 3D GRE sequences into routine MRI pro- However, this does not come for free: Multiple re-
tocols applies but to a certain degree to MSK MRI: focussing pulses generate high energy deposition.
on the one hand smaller and smaller anatomic Also, since signal decays (by the T2 relaxation
structures are being diagnosed and hence, often, time constant) during readout, data generated
applications are SNR-limited. On the other hand, from long echo trains may be prone to blurring in
in MSK MRI most of our experience is based on the reconstructed image data. In addition, long
conventional SE and TSE sequences and the com- readout times reflect on contrast generation in
munity tends to be rather conservative with res- that when using long echo trains T1 relaxation oc-
pect to introducing new image contrasts/characte- curring during k-space sampling may contribute
ristics different from (T)SE. Last, susceptibility of to the image characteristics. The strategy to over-
GRE sequences to inhomogeneities of the perma- come these issues uses non selective refocussing
nent magnetic field is higher than in (T)SE se- pulses, flip angles considerably smaller than 180°
149
and variable excitation schemes with flip angles tion contribute to shorten acquisition time [6, 7].
evolving over time. The flip angle evolution is such Most users would require an acquisition time that
that over a certain time period, ideally the period is at least not longer (but ideally shorter) than the
during which the center of k-space is filled, the si- combined acquisition times of a comparable 2D
gnal and the signal difference, i.e. contrast, protocol. For instance, if a standard protocol com-
between relevant tissues (with their specific ran- prises three moderately T2-w sequences in all
ges of T2-relaxation times) is maintained rather three orthogonal planes and one additional T1-w
constant. A constant signal during readout helps sequence in any of these planes, the acquisition
to reduce blurring. The specific flip angle evolu- time of a “PD-w” 3D TSE sequence should not ex-
tion over time in such schemes stem from empiri- ceed the cumulative acquisition time of the three
cal measurements and simulations and – together moderately T2-w sequences. For practical purpo-
with echo and repetition time need to be optimi- ses a trade-off needs to be made between anatomi-
zed for the desired contrast. A radial k-space sam- cal coverage, spatial resolution, SNR/CNR, acqui-
pling scheme may help to stabilize contrast/wei- sition time and the potential risk of relevant pa-
ghting and reduce intensity fluctuations at the tient movement during the acquisition. Typical
center of k-space [1, 2]. published acquisition times are:
7-8mins for the shoulder @ ~ 0.65³mm³ at 1.5T;
In most papers the imaging strategy in this 3D 5-6mins for the ankle @ ~ 0.40³mm³ at 3T;
10mins for the knee @ ~ 0.55³mm³ at 3T;
approach is to primarily acquire one 3D data set at 5-6mins for the knee @ ~ 0.70³mm³ at 3T;
an isotropic spatial resolution covering the com- 5-6mins for the elbow/wrist @ ~ 0.40³mm³ at 3T;
plete volume of interest. In a second step such a
data volume can then be reformatted using multi- The SNR efficiency, i.e. SNR normalized to voxel
planar reconstructions (MPR) in order to provide size and bandwidth, is higher by a factor of 3 to 5 in
the standard orthogonal imaging planes for rea- moderately T2-w 3D TSE sequences compared to
ding. Indeed, this is the commonly undertaken ap- 2D TSE sequences for all major joint components
proach in the current literature [3-5]. If necessary including fluid [3]. On the other hand, the volume
or desired, specific reconstruction planes can be of the acquired voxels at an isotropic resolution of
created and – contrary to secondary reformations 0.55³mm³ (3D TSE) versus 0.36²x3mm³ (2D TSE) is
from primary 2D data sets – would not have to 0.17mm³ vs 0.39mm³. This makes voxel-based 3D-
cope with gaps and the strong anisotropy inherent SNR and also CNR drop to below 50% of 2D-SNR/
to standard 2D images. A posteriori reformatting CNR, would be expected to potentially negatively
also allows to align secondary reconstruction pla- affect detectability of anatomic detail and lesions
nes according to the specific anatomy and patho- and, hence, is one major reason why 3T is so bene-
logy of the patient including curved MPRs, e.g. in ficial for 3D applications: in MSK MRI they are al-
the jaw. However, the 3D approach can still be ta- most always SNR-limited and 3T is a powerful wor-
ken a step further by online rendering of the 3D karound. Fortunately, beyond mere field strength,
block during clinical reading [1] complementing also the secondary MPRs that can be reconstructed
(or even gradually replacing?) the conventional to any thickness provide a means to overcome the
2D reading process. SNR issue. Already at a reconstruction thickness of
1mm the SNR (and CNR) of 3D TSE is in the order
Acquisition time is related to the size of the data of magnitude of the 2D TSE approach and clearly
volume and to the desired spatial resolution, i.e. exceeds 2D SNR at 2mm reconstruction thickness
the number of phase encoding steps. Technically, [3]. Initial experiences appear promising for online
elliptical k-space filling and half-Fourier acquisi- 3D reformatting during reading [1].
150
In summary, over the past 5 years 3D TSE se- der as well as inter-method agreement in the lum-
quences have been technically optimized and ap- bar spine was comparable with a slight tendency
pear robust enough for clinical use. In the fol- to better values for 3D TSE [12]. A french group
lowing the available clinical experience shall be has determined high accuracy of T2-W 3D TSE
summarized according to anatomic region. based complete CSF volume determination using
covering the brain and complete spinal canal and
In the shoulder two recent publications on direct the possibility to differentiate between healthy vo-
MR-arthrography at 3T [8, 9] found slightly lower lunteers and patients suffering from hydrocepha-
but statistically comparable sensitivity, specificity lus [13]. Kwon et al. [14] found less CSF flow arti-
and accuracy for 3D TSE to diagnose supraspina- facts and a better delineation of intra-dural nerve
tus full thickness and partial thickness tears as roots and neural foramina in a volunteer study of
well as SLAP lesions compared to a standard 2D the cervical spine for T2-w 3D TSE over three de-
protocol. Interobserver agreement was substantial dicated axial, sagittal and parasagittal 2D planes
for both protocols and ROC at 0.90/0.92. The at 3T. Baumert et al. [15] have described excellent
authors noted some limitations for 3D TSE to dif- inter-reader correlation and rating of depiction wi-
ferentiate between deep partial and full thickness thin one single section of the alar and transverse
supraspinatus tendon tears. At 1.5T one study also ligaments as well as the tectorial membrane; in
using direct MR-arthrography found a slightly bet- their study using T2-w 3D TSE at 1.5T a specific
ter delineation of most anatomic structures but oblique anatomy-tailored reconstruction was ne-
slightly more blurring in 3D TSE than in 2D ima- cessary in more than 50% to depict the entire cour-
ges [5]. Diagnostic confidence was higher for 3D se of the alar ligaments in one single section.
TSE for diagnosing tendinopathy of the intra-arti-
cular biceps tendon and articular sided partial su- In the knee 1mm sagittal reformations enabled
praspinatus tears and identified more posterior by a significantly higher SNR-efficiency yielded a
labral tears but less partial thickness cartilage de- better depiction of small anatomic structures such
fects. In a small subset of arthroscopically correla- as meniscal roots in a study on 20 volunteers and
ted cases no differences between 2D and 3D TSE 60 patients [3] at 3T using a moderately T2-w ap-
could be detected. proach; one of two readers in that study, respecti-
vely, saw advantages for the detection of subtle
One paper on the delineation of anatomic struc- cartilage lesions for 2D TSE and a higher confi-
tures of the wrist [10] of ten healthy volunteers dence for the diagnosis of meniscal abnormalities
noted a higher degree of inter-observer variability for 3D TSE. No differences were found in a subset
(moderate to substantial); a better image quality of 18 patients with arthroscopic correlation. In an
rating for 2D TSE for the TFCC and for 3D TSE for optimized version of that 3D TSE sequence, redu-
the scapholunate ligament were found. ced blurring and a significantly better diagnostic
confidence for trochlear cartilage abnormalities
In the cervical spine inter-and intra-reader as was found in another 50 patients [16]. In 71 arth-
well as inter-method agreement was tested on 3D roscopy correlated cases a slight advantage in
and 2D T2-w TSE for the diagnosis of disc hernia- ROC (0.89 vs 0.93) and reader confidence for 2D
tion, spinal canal stenosis and degenerative chan- over 3D TSE has been found at 3T for the diagno-
ges with comparable results for both approaches sis of medial meniscus tears but no difference for
but in the view of the authors a simplified approach lateral meniscus, cruciate and medial collateral li-
to image acquisition and reformatting in deformi- gaments. Discordance between 2D and 3D TSE
ties by 3D TSE [11]. Similarly, inter-and intra-rea- varied between 4.2 and 5.7% [17]. Conversely,
151
another publication on 100 patients with arthros- don and cartilage abnormalities was comparable
copic correlation has found excellent results wi- but not statistically significantly better than with
thout differences between 3D and 2D TSE for dia- 2D TSE [1].
gnosing ACL and meniscal tears as well as a hi-
gher sensitivity but lower specificity for cartilage In summary, 3D TSE has evolved beyond the
lesions for the 3D TSE [18]. In a series of 96 arth- stage of mere sequence optimization. In the past
roscopically correlated cases a tendency for better five years blurring has been reduced, contrast has
sensitivity and specificity to diagnose and catego- been optimized and the acquisition has been made
rize meniscal tears according to their shape was more time efficient. Data on SNR efficiency and
found for FS 3D TSE over 2D TSE at 3T, yet a sta- contrast are available at least for (moderately)
tistically significant superiority for 3D TSE could T2-w sequence protocols. 3T is very beneficial hel-
be determined only for flap tears [19]. Based on 40 ping to more completely exploit the isotropic spa-
arthroscopically correlated cases one group advo- tial resolution. Published evidence lays a base for
cates for combining 3D and 2D TSE into a com- how to create protocols using secondary MPRs,
prehensive knee protocol [20]. Intermediate wei- recent observations go beyond this and use online
ghted 3D TSE was found useful, reliable and time 3D rendering for reading. Imaging times range
efficient for assessing the WORMS score in OA from 5 to 10mins depending on anatomic coverage
studies [21]. A small cartilage dedicated volunteer and spatial resolution, and are shorter than the cu-
study at 3T [22] described an intermediate ranking mulative acquisition times of three separate ortho-
of 3D TSE compared with 3D DESS and 3D FLASH gonal 2D sequences. Systematic clinical patient
with respect to cartilage-fluid CNR. Intermediate studies emerge, yet are still not abundant. Compa-
weighted 3D TSE compared favorably to 3D True- rative studies indicate that the diagnostic perfor-
Fisp in assessing the status of cartilage repair mance of 3D TSE for imaging of internal derange-
(MOCART-score) and showed less artifacts in the ments of joints is at least comparable, not inferior
subjective rating in 37 patients after matrix asso- to conventional 2D TSE. Some papers discuss po-
ciated chondrocyte implantation [23]. 3D TSE was tential advantages of 3D TSE over 2D TSE for de-
found to have superior image contrast for fluid- picting and assessing small highly curved structu-
meniscus and fluid-ligament but not for fluid-car- res, e.g. for the shoulder, knee and ankle. Studies
tilage interfaces in healthy volunteers at 3T as with direct arthroscopic correlation are still sparse
compared to 3D FFE [24]. and available essentially for the knee. A combined
2T/3D protocol approach has been suggested for
In the ankle, a volunteer study showed promise the knee rather than to replace 2D by 3D. Some
for 3D TSE with respect to SNR and CNR and very specific target scenarios are already being ad-
overall image quality [25]. This was substantiated dressed such as imaging of spine deformities or
by a combined volunteer and patient study using imaging of the jaw which makes use of a T1-w pro-
free online reformations on a 3D moderately tocol and curved MPRs. Whether 3D TSE finds en-
T2-w FS TSE protocol for reading, which showed trance into clinical routine imaging on a broader
a better delineation of lateral and medial collate- base will certainly depend on further published
ral and spring ligaments as well as of cartilage for evidence on its clinical utility and on how it can be
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153
Fig. 1 : Cellularité faible dans le tissu sain et donc diffusion de l’eau aisée dans le milieu
interstitiel. À l’inverse, en cas d’hypercellularité, le mouvement des molécules d’eau dans
l’interstitium est diminué.
155
En cas de tissu très cellulaire (diffusion faible), de cellularité importante, il existe un rephasage
on parle de restriction de la diffusion représentée incomplet de ces spins et donc un ADC bas.
par un hypersignal important en séquence de diffu-
sion avec un ADC faible. En cas de tissu peu cellu- Plusieurs facteurs b (b values) peuvent être choi-
laire (diffusion importante), on parle d’augmenta- sis. L’utilisation des b est variable, mais ils sont gé-
tion de la diffusion représentée par un hypersignal néralement élevés. En effet, en cas de b=0 ou fai-
faible en séquence de diffusion et un ADC élevé. ble, on obtient une image en pondération T2 sans
imagerie de diffusion véritable. Par contre, en cas
Pour exemple, les tissus malins sont générale- de b élevé (b=1000 par exemple), on obtient une
ment plus cellulaires que les tissus bénins. La dif- image en véritable pondération de diffusion, en
fusion des molécules d’eau y est donc plus faible s’affranchissant de la pondération T2 et de la per-
du fait de la présence de nombreux organes intra- fusion, avec généralement une plus mauvaise ré-
cellulaires, macromolécules et membranes cellu- solution spatiale et un moins bon rapport signal/
laires avec prolifération anarchique cellulaire [1]. bruit (SNR) (fig. 2).
Fig. 2 : Illustration du signal selon le b choisi avec hypersignal liquidien en diffusion de la vessie (a) qui chute progressive-
ment et hypersignal tissulaire en diffusion de la tumeur (b) qui persiste quand le b augmente (flèches).
156
157
Oncologie
Le tableau 1 résume toutes les possibilités d’in-
terprétation de la DWI [3]
Tumeurs osseuses primitives
Tableau 1 : Interprétation en fonction
du signal b élevé et ADC Les premières études sur l’imagerie de diffusion
avaient pour but de caractériser les tumeurs os-
Intensité seuses et de tenter de différencier les tumeurs
du signal ADC Interprétation
malignes des tumeurs bénignes.
avec b>600
158
159
160
Fig. 8a : Métastase iliaque gauche d’un cancer pulmonaire trai- Fig. 8b : Même patient après chirurgie. Notez l’hypersignal
tée par radiothérapie. Notez la restriction relative de la diffu- b1000 sans restriction de la diffusion témoignant de rema-
sion avec un ADC discrètement diminué (flèches). niements post-chirurgicaux précoces (liquide séro-sanglant)
(flèches).
Tumeurs des parties molles tion entre tumeur myxoïde bénigne et tumeur
myxoïde maligne est possible (Genovese et al.),
Sur le même principe que pour les tumeurs os- pour d’autres elle ne l’est pas [12, 13].
seuses, la diffusion dans les tumeurs des parties
molles a été évaluée pour différencier les lésions Selon Oka et al., la diffusion permet de différen-
malignes et bénignes, avec un ADC significative- cier une tumeur desmoïde d’une tumeur maligne.
ment plus bas en cas de lésion maligne. Selon Drapé et al. et Oka et al., elle serait aussi
utile en cas de sarcome avec saignement vs héma-
L’interprétation de la séquence de diffusion doit tome chronique expansif [3, 14].
tenir compte de la composition et de l’hétérogé-
néité de la tumeur (cartilage, matrice myxoïde, fi- Comme pour les tumeurs osseuses, de nombreu-
brose, graisse, sang). L’ADC sera plus élevé en cas ses études avec des valeurs de cutt off différentes
de tissu myxoïde, cartilagineux et kystique. La dif- existent.
fusion doit donc s’interpréter en fonction des sé-
quences anatomiques classiques (T1, T2 et T1 Razek et al. définit une valeur seuil de 1.34 mm2.
après injection de gadolinium) (fig. 9, 10, 11). sec-1 dans les tumeurs des extrémités avec une effi-
cacité de 91 %, une sensibilité de 94 %, et une spéci-
Pour Nagata et al., la diffusion permet de diffé- ficité de 88 % (p=0.001 entre tumeurs bien et mal
rencier une tumeur myxoïde d’une tumeur non différenciées) [15]. Nagata et al. définit quant à lui
myxoïde ; une tumeur non myxoïde bénigne d’une une valeur de 1.35 [Link]-1 en cas de tumeur
tumeur non myxoïde maligne ; une tumeur cartila- agressive vs 1.97 [Link]-1 en cas de lésion béni-
gineuse maligne d’une tumeur cartilagineuse bé- gne ; Van Rijswijk et al. obtiennent quant à eux des
nigne [11]. Pour certains auteurs, la différencia- valeurs de 1.08 [Link]-1 et 1.71 [Link]-1 [16, 17].
161
Fig. 9 : Schwannome de la
jambe. Notez la restriction
centrale de la diffusion (flè-
ches). Le diagnostic d’image-
rie est fait sur les séquences
conventionnelles.
162
163
sie prostatique (fig. 12). Elle permet également un pour la recherche de métastases osseuses de sar-
suivi optimal sous traitement (augmentation pro- come d’Ewing ou d’ostéosarcome malgré certains
gressive de l’ADC et chute du signal par apoptose faux positifs dus à une moelle osseuse hyperplasi-
cellulaire en cas de bonne réponse au traitement). que consécutive à l’utilisation de facteurs de crois-
Cependant, ces modifications sont souvent lentes sance granulocytaire [3] (fig. 13).
et hétérogènes [21, 22].
Le myélome est le premier cancer hématologi-
Chez l’enfant ou l’adulte jeune, la diffusion s’est que le plus étudié dans la littérature, à la fois pour
révélée plus sensible que la scintigraphie et le TEP la détection et pour le suivi (fig. 14). Malgré des
Fig. 12 : Bilan d’extension d’un adénocarcinome prostatique par IRM corps entier. Notez la restriction de la
diffusion d’une métastase iliaque droite (flèche).
164
Fig. 13 : Moelle osseuse stimulée chez un patient traité pour néoplasie pulmonaire. Notez l’hyposignal DWI (en négatif : “TEP
like” ou “scinti like”) et un signal de moelle riche en pondération T1.
résultats discordants notamment en termes de re- Selon, Messiou et al., la simple combinaison T1
productibilité, Horger et al., Hillengass et al., et et STIR resterait encore supérieure au DWI [26].
Vandecaveye et al. montrent, dans les 3 dernières Pour Lin et al., la diffusion serait utile dans le bilan
études publiées sur ce sujet, un intérêt certain des des lymphomes en montrant une diminution de
séquences DWI dans le suivi de la réponse sous l’ADC en cas d’atteinte diffuse de la moelle osseu-
traitement [23-25]. se [27, 28].
165
Fig. 14 : Myélome multiple avec infiltration diffuse de la moelle osseuse. Notez l’hyposignal DWI (en négatif : “TEP like” ou
“scinti-like”) avec un hyposignal T1 et un discret hypersignal STIR (flèches).
166
Pathologie infectieuse
La polyarthrite rhumatoïde
167
Fig. 17 : Spondylodiscite à pyogène L4-L5. Restriction de la diffusion du disque en rapport avec un liquide purulent riche en
cellules (flèches).
La diffusion serait utile pour différencier une at- Certains ont même tenté de quantifier en DWI la
teinte dégénérative d’une atteinte infectieuse avec dégénérescence discale montrant une restriction
un ADC plus élevé en cas d’infection au niveau de d’ADC en cas de discopathie évoluée et donc de
la moelle osseuse [41] (fig. 17). déshydratation discale, mais ceci n’est pas utilisé
en pratique courante [45]. Au niveau de la moelle
osseuse, l’ADC serait par contre augmenté en cas
Contrairement à la neuroradiologie, retenons d’atteinte dégénérative par rapport à un os spon-
que la diffusion ne semble pas utile en cas gieux normal [36] (fig. 19).
d’abcès des parties molles.
Atteinte traumatique
Pour Griffith et al., la quantification de l’ostéo- Retenons que le DWI n’est encore qu’au stade
porose est corrélée aux anomalies de microperfu- de “work in progress” en cas de pathologie
sion et non à la diffusion en elle-même [44]. dégénérative et traumatique.
168
Fig. 19 : Remaniements inflammatoires de type Modic 1 sur cette discopathie L4-L5. Notez l’augmentation de la diffusion par
rapport à l’os sain (fig. 18).
169
Cas particulier des fractures- Du point de vue quantitatif, l’ADC est significa-
tassements vertébrales tivement plus bas en cas de tassement malin avec
une sensibilité de 100 % et une spécificité de 93 %.
Un tassement vertébral bénin est dû à des mi- De plus, la diffusion serait superposable, en terme
crofractures avec œdème ; en cas de tassement de caractérisation, comparativement au T1, T2 et
malin, s’y ajoute une colonisation cellulaire mali- STIR (fig. 21) [29].
gne (fig. 20).
Cependant, aucune valeur seuil n’a été trouvée et la
Du point de vue qualitatif, la persistance anor- valeur d’ADC est forcément fonction du degré d’infil-
male au-delà de 6 mois d’un hypersignal en diffu- tration tumorale de la vertèbre qui peut être très va-
sion plaide pour un tassement pathologique. riable en fonction du stade de la maladie [30, 31].
Fig. 20 : Fracture tassement bénin de Th11 (flèches blanches). Notez l’absence de restriction de la diffusion
au niveau de la vertèbre (flèche noire) et des parties molles péri-vertébrales (têtes de flèche).
Fig. 21 : Fracture tassement malin de L5 dans un contexte d’adénocarcinome gastrique. Notez l’hypersi-
gnal b600 avec la diminution marquée de l’ADC.
170
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La lecture des images n’est pas évidente, du fait La mobilité de la table d’examen s’impose, avec
de la quantité énorme d’informations qu’elles une amplitude de mouvement suffisante (allonge-
contiennent, nécessite un apprentissage, et de plus ment nécessaire, plateaux télescopiques…). Le
en plus des compétences “multisystémiques”, principe est de déplacer le patient, par paliers suc-
puisque les anomalies découvertes ne se limitent cessifs ou en mouvement continu, pour amener
plus au système musculo-squelettique. successivement les différents étages du corps à
l’isocentre de l’aimant, et en obtenir une imagerie
Les indications premières de l’IRM-CE sont on- optimale dans un champ de vue limité. L’examen
cologiques, en particulier la détection lésionnelle, se fait ainsi par acquisitions successives de pa-
la stadification du cancer, nécessaire au choix du quets de coupes obtenues en haute résolution sur
traitement adéquat, et le suivi thérapeutique. Très des champs de vue allant de 20 à 50 cm, ensuite
175
solidarisées par des logiciels de reconstruction et et du temps d’acquisition, mais pose certains pro-
fusion d’images. En matière de couverture anato- blèmes et nécessite des adaptations : augmentation
mique, la notion de “corps entier” est relative : au de tous les artefacts, notamment de déplacement
total, l’examen peut couvrir réellement le corps de chimique, de susceptibilité, mais également majo-
la tête aux pieds ; par souci d’économie de temps, ration de l’énergie absorbée, des courants induits,
l’investigation peut “s’arrêter” à mi-cuisses, ce qui d’inhomogénéités en périphérie du champ exploré,
apparaît légitime, en particulier dans certaines pa- en particulier pour l’imagerie de diffusion. Ces dif-
thologies oncologiques, du fait du tropisme préfé- ficultés sont actuellement surmontées et l’étude du
rentiel de ces maladies, en particulier des métasta- corps entier est faisable à haut champ (3 T), au bé-
ses, pour le squelette “axial”. néfice de la résolution et d’un gain de temps pour
les séquences anatomiques, au prix d’imperfec-
Le choix de l’antenne est une variable importan- tions mineures sur les séquences de diffusion,
te. L’utilisation de l’antenne-corps intégrée dans aujourd’hui pratiquement surmontées [1, 2].
l’aimant est une solution de facilité, tant pour l’ins-
tallation par le personnel que pour le confort du
patient durant l’examen. Cette option nécessite un Séquences et plans de coupe
champ magnétique homogène et limite l’épaisseur
des coupes et la résolution qui peuvent être obte- En oncologie, le plan frontal (coronal) est privi-
nues. De plus en plus souvent, les antennes de sur- légié pour l’acquisition d’images du corps entier.
face (rachis, “torso”, périphériques…) sont utili- Un complément d’investigation centré sur le rachis
sées. Des solutions utilisant des antennes de sur- en coupes sagittales est souvent préconisé [3-6].
face couvrant le corps entier offrent un gain consi-
dérable en termes de résolution et de durée Les pondérations les plus couramment choisies
d’examen, ayant pour inconvénients une accepta- sont le T1, qui reste la base d’analyse du squelette
bilité plus délicate pour le patient et un temps en IRM-CE, souvent complété d’une séquence
d’installation plus long (antennes multicanaux, (fast-) STIR (ou autre équivalent T2 avec suppres-
effet “sarcophage”). sion du signal de la graisse). Pour l’étude du sque-
lette, cette imagerie T1 et STIR est maintenant
Le choix de ces antennes permet l’utilisation de souvent complétée par une imagerie de diffusion
l’imagerie parallèle, dont les principaux avantages (fig. 1).
sont une diminution du temps d’acquisition, la
réalisation possible de coupes plus fines avec aug- Les séquences de diffusion sont également obte-
mentation de la résolution spatiale, et un meilleur nues par paliers successifs, généralement dans le
signal. La réalisation de certaines séquences en plan axial, puis reconstruites sous forme d’images
apnée est faisable. Pour l’investigation du corps multiplanaires (MPR ou MIP) dans le plan frontal
entier, en particulier l’utilisation des séquences de par exemple.
diffusion, la respiration libre peut être privilégiée.
L’extension de l’investigation oncologique aux
La question du choix du champ magnétique –1,5 autres organes que le squelette (ganglions, foie,
ou 3,5 Tesla (T) – se pose également. La plupart des cerveau…) impose l’utilisation d’antennes et de
travaux publiés ont utilisé des aimants de 1,5 T, séquences dédiées, éventuellement réalisées après
montrant la faisabilité de toutes les séquences, et avec injection de produit de contraste pour l’abdo-
notamment de l’imagerie de diffusion. Le passage men et le pelvis, le crâne, séquences FLAIR pour le
à 3 T permet des améliorations sur le plan du signal crâne, voire séquences spécifiques pour le thorax.
176
Fig. 1 : “IRM corps entier” chez un patient atteint d’un cancer de la prostate. L’IRM permet en trente minutes le bilan d’extension
osseux et ganglionnaire réalisé jusqu’ici par scintigraphie osseuse et scanner, sans irradiation, injection de produit de contraste
ou isotopes radioactifs.
A-B) IRM corps entier (IRM-CE), coupes frontales T1 montrant en un seul temps l’existence de métastases osseuses (têtes de
flèches en A) et ganglionnaires (flèches en B).
C) Visualisation simultanée de ces lésions osseuses et ganglionnaires sur la séquence d’imagerie de diffusion.
D) Scintigraphie montrant les localisations osseuses visualisées à l’IRM (têtes de flèches en D, comparer à (A)) et (E) examen
tomodensitométrique montrant les métastases ganglionnaires (flèches en E).
177
res liée à la prolifération tumorale (haute cellula- La lecture des images de diffusion obtenues sur
rité et espace extracellulaire restreint menant à la le corps entier se fait en général sur des recons-
restriction des mouvements des molécules d’eau tructions “MPR” épaisses de 4 à 5 mm, ou sur des
et donc à des valeurs basses de l’ADC- [Apparent vues “MIP” qui peuvent être étudiées en fenêtre
Diffusion Coefficient]) [7]. natives ou inversées, “à la façon” des scintigra-
phies et TEP. Ces images sont particulièrement uti-
Quoi qu’il en soit, cette technique apparaît capa- les pour la visualisation de lésions osseuses dans
ble de détecter les lésions néoplasiques osseuses, des territoires auxquels le radiologue est moins fa-
mais également l’atteinte des tissus mous, qu’il milier, ou moins bien étudiés par les séquences T1
s’agisse d’adénopathies tumorales ou de localisa- et STIR (côtes, régions scapulaires…), mais aussi
tions parenchymateuses, sur les images acquises pour le repérage de lésions viscérales, ganglion-
“à valeurs de b élevées” [2, 5] (fig. 1). Les spécifi- naires surtout, pour la recherche de nodules péri-
cations et possibilités techniques (suppression du tonéaux, ou d’atteinte des viscères pleins.
signal de la graisse, différents modes d’acquisi-
tion…) ne seront pas envisagées ici, mais sont trai- La capacité de détection des tissus anormaux
tées dans un autre chapitre de ce livre et dans la fait des séquences de diffusion une imagerie de
littérature [7-9]. choix dans l’investigation du corps entier à la re-
178
cherche de métastases [4]. Notre expérience sug- seulement sur l’imagerie morphologique, mais
gère toutefois la nécessité absolue des séquences également par le biais des modifications d’ADC
anatomiques (T1, STIR) “conventionnelles” pour (coefficients de diffusion) en rapport avec la né-
en augmenter la spécificité [10, 11]. crose tumorale, et ainsi d’apporter une évaluation
“fonctionnelle” ou “métabolique” sur la tumeur en
Il existe en effet des faux positifs de l’imagerie complément aux séquences “anatomiques”. L’étu-
de diffusion : lésions tumorales osseuses bénignes de globale de la charge tumorale que permettent
(angiomes…), affections dégénératives (modifica- les images de diffusion du corps entier est utilisée
tions médullaires osseuses dégénératives juxta- pour évaluer la réponse tumorale [13] (fig. 3).
discales, ou au voisinage d’autres arthropathies),
fractures… peuvent ainsi être responsables de La valeur ajoutée de l’imagerie de diffusion doit
foyers anormaux, que l’étude sur les séquences être évaluée par comparaison aux autres séquen-
anatomiques permettra d’identifier correctement ces acquises lors du bilan corps entier (T1, STIR,
[12] (fig. 2). T1 après injection intraveineuse de gadolinium).
Son apport apparaît significatif par rapport à la sé-
L’IRM de diffusion offre aussi l’espoir d’évaluer quence STIR pour la détection des métastases du
les modifications induites par le traitement, non cancer de la prostate et des lésions myélomateu-
Fig. 3 : Détection combinée de l’atteinte métastatique osseuse et ganglionnaire chez un patient atteint d’un cancer de la prostate,
et évaluation de la réponse thérapeutique :
A, B) Coupes frontales en pondération T1 (A) et imagerie de diffusion (B) : démonstration de l’existence de multiples atteintes
métastatiques osseuses (flèches) et ganglionnaires (têtes de flèches).
C, D) Les images correspondantes obtenues après six mois de traitement montrent la disparition complète des métastases osseu-
ses, remplacées en pondération T1 par des plages médullaires graisseuses (flèches en C) ; nette régression des atteintes
ganglionnaires : une seule petite adénopathie iliaque gauche reste visible (têtes de flèches).
179
ses, mais serait moins significatif pour les métas- La lecture de l’imagerie de diffusion en MPR et
tases du cancer du sein [14]. L’imagerie hybride MIP attire le regard du radiologue sur les lésions
par TEP-IRM permet d’évaluer l’apport respectif dont la nature devra être confirmée sur les séquen-
de l’imagerie de diffusion et des autres séquences ces anatomiques. Il existe en effet des observations
IRM par rapport au radiotraceur (fluoro-déoxy- “faussement positives” en imagerie de diffusion
glucose) [15]. (lésions dégénératives, fractures…) (fig. 2) [12].
180
tion de ses atteintes oncologiques [16]. Après s’être nes, répétées si nécessaire après injection de pro-
limitée au squelette axial (colonne vertébrale et duit de contraste [2]. Les séquences dites DIXON
bassin) où s’observent la plupart des lésions secon- transposées au corps entier s’avèrent prometteu-
daires des cancers solides et les affections hémato- ses dans cette indication [26].
logiques malignes, en raison de leur affinité pour la
moelle rouge ou hématopoïétique, l’IRM s’est ainsi Des travaux ont démontré la valeur de l’IRM-CE
étendue à l’étude du squelette complet [17, 18]. comme alternative aux moyens de stadification
utilisés jusqu’ici dans le mélanome malin, certains
De nombreux travaux ont montré la compétiti- cancers du poumon, les cancers colorectaux, thy-
vité de cette technique par rapport aux techniques roïdiens… [27-30].
existantes, en particulier à la scintigraphie osseu-
se dont le manque de sensibilité et de spécificité Pour les différents cancers, la technique de choix
est mis en lumière [19-21]. se voit progressivement précisée, entre l’IRM-CE
ou la TEP avec un de ses traceurs spécifiques : la
L’IRM se positionne également comme alternati- TEP au fluoro-déoxyglucose dans le cancer du
ve crédible aux méthodes “modernes” de médecine poumon et certains cancers du sein, la TEP-fluor
nucléaire, le SPECT, qui augmente la spécificité et ou choline dans le cancer de la prostate [1, 31].
la valeur prédictive positive de la scintigraphie os-
seuse, mais garde une sensibilité limitée, la TEP au L’IRM-CE suscite un intérêt particulier en onco-
FDG dont la valeur est démontrée dans le bilan logie pédiatrique, du fait de son caractère non ir-
d’extension de nombreux cancers, la TEP-fluor, et radiant et de ses performances diagnostiques ; des
la TEP-choline dans le cancer de la prostate [22]. travaux préliminaires ont déjà montré un intérêt
dans le cas particulier du bilan d’extension et le
L’IRM-CE devrait, dans les années à venir, être suivi thérapeutique dans le sarcome d’Ewing, les
avec la TEP une technique de choix pour le bilan lymphomes et les métastases osseuses [32, 33].
d’extension et l’évaluation de la réponse des princi-
paux cancers et des hémolymphopathies [17, 23]. Les hémolymphopathies malignes constituent
une autre application privilégiée de l’IRM-CE. Le
L’investigation du squelette trouve ses principa- myélome, où l’imagerie osseuse a une valeur pro-
les indications dans les cancers dits “ostéophiles” nostique cardinale et pour lequel l’intérêt de l’IRM
que sont les cancers du sein et de la prostate, pour même limitée au squelette axial a déjà été démon-
lesquels la supériorité de l’IRM par rapport à la tré par rapport aux bilans radiographiques stan-
scintigraphie osseuse a été démontrée par plu- dards, constitue une excellente indication [34, 35].
sieurs études individuelles et méta-analyses [5, Des travaux ont montré la supériorité de l’IRM-CE
21, 24-26]. non seulement par rapport au bilan radiographique
standard, mais également par rapport à une acqui-
Que ce soit dans ces cancers ostéophiles ou dans sition tomodensitométrique “corps entier” [36].
d’autres cancers, l’IRM corps entier montre pro-
gressivement sa performance pour la recherche Dans la maladie débutante (gammapathie mo-
de métastases viscérales : les ganglions (notam- noclonale de signification indéterminée, myélome
ment dans le cancer de la prostate…), le foie, le indolent ou asymptomatique), l’IRM-CE a une va-
cerveau, représentent les nouvelles cibles du bilan leur pronostique : évolution plus rapide vers une
d’extension par IRM-CE, supposant l’utilisation forme agressive en cas de lésions démontrées en
d’antennes et de séquences spécifiques à ces orga- IRM [37, 38].
181
182
183
184
rapeutique, montrant notamment l’évolution vers également des atteintes périphériques, l’évalua-
l’infiltration graisseuse des enthèses préalable- tion de l’activité et de la réponse au traitement
ment enflammées [60-61]. Des scores détaillés de [66]. Elle est une alternative de choix à la scinti-
l’atteinte rachidienne ou sacro-iliaque peuvent graphie utilisée auparavant pour visualiser les at-
être trouvés dans la littérature [62, 63]. teintes multifocales et la distribution évocatrice de
la maladie [67] (fig. 5).
Arthrite psoriasique
Rhumatismes juvéniles
L’IRM-CE apparaît supérieure à l’examen clini-
que et aux radiographies pour détecter l’atteinte L’IRM-CE s’impose aussi dans les spondylarthro-
inflammatoire de la synoviale et des enthèses. pathies juvéniles et les ostéites multifocales asep-
Elle montre une atteinte fréquente des gaines té- tiques de l’enfant et de l’adolescent, permettant le
nosynoviales et structures osseuses voisines, diagnostic, le bilan d’extension et le suivi de la ré-
mais il faut reconnaître que sa capacité diagnosti- ponse thérapeutique, sans irradiation et avec une
que est limitée à hauteur des mains et pieds, en performance diagnostique supérieure à l’évalua-
raison de la résolution spatiale limitée d’un exa- tion clinique et aux examens scintigraphiques et
men corps entier [64]. L’étude spécifique de ces radiographiques, techniques irradiantes [68-71].
extrémités est validée par ailleurs et bénéficie de La détection des atteintes du squelette axial, mais
systèmes de quantification de l’atteinte inflam- aussi du squelette périphérique est possible, y
matoire. Dans ce rhumatisme comme dans la compris sur des sites asymptomatiques, et a rendu
spondylarthrite ankylosante, l’IRM-CE joue un obsolètes les indications de la scintigraphie osseu-
rôle important dans la décision thérapeutique se dans ces indications.
(initiation d’anti-TNF alpha) et dans le suivi de la
réponse au traitement [65].
Sclérodermie
185
Fig. 5 : Syndrome de SAPHO (ostéite multifocale aseptique) chez une patiente de 40 ans présentant des douleurs multifocales :
A, B, C) Des radiographies des mains, de la hanche droite et des articulations sacro-iliaques montrent une atteinte hyperos-
tosante de la phalange distale du pouce droit (flèche en A), du grand trochanter droit (flèches en B) et du versant iliaque des
articulations sacro-iliaques, à gauche surtout (têtes de flèches en C).
D, E) Les coupes frontales et sagittales STIR obtenues lors de l’examen IRM-CE montrent des anomalies à hauteur du sternum
(flèche en D), du segment dorsal moyen (flèche en E), et des articulations sacro-iliaques (têtes de flèche en E).
F) La coupe sagittale centrée en pondération STIR confirme l’atteinte des angles vertébraux antérieurs de part et d’autre d’un
espace discal (flèche) et une atteinte inflammatoire extensive du corps sternal (tête de flèche).
G) Les coupes frontales obliques sur les régions sacro-iliaques confirment l’atteinte œdémateuse du versant iliaque des deux
articulations (têtes de flèches).
Ces observations illustrent l’importance des séquences spécifiques à ajouter à l’examen IRM-CE pour une information optimale.
186
Fig. 6 : Anomalies médullaires diffuses et lésions ischémiques multiples chez une patiente souffrant d’une drépanocytose : intérêt
de l’IRM-CE.
A, B) Coupes frontales en pondération T1 : hyposignal diffus tout à fait anormal de la moelle osseuse, touchant non seulement
les corps vertébraux, le bassin, mais aussi les diaphyses humérales, fémorales et tibiales.
C, D) Coupes frontales en STIR : existence au sein de ces anomalies diffuses de zones ischémiques cerclées d’un liseré en hyper-
signal, à hauteur des têtes humérales et fémorales, et vraisemblablement des toits cotyloïdiens.
Le bilan des épiphyses atteintes peut ainsi être fait en un seul examen (attitude également valable dans les nécroses induites par
les corticoïdes).
187
Fig. 7 : Atteinte musculaire multifocale : IRM-CE chez une patiente âgée de 46 ans se plaignant de douleurs musculaires
diffuses, avec élévation du taux sérique de CPK.
A, B) Les coupes frontales sur le corps entier permettent de détecter des anomalies de signal de nombreux muscles, à
hauteur notamment de la ceinture scapulaire et des membres inférieurs. Certains muscles présentent un hypersignal
T1 traduisant une involution adipeuse (atteinte ancienne) (flèches en A et E : involution adipeuse des gastrocnémiens
médiaux). De nombreux muscles présentent un hypersignal en pondération STIR (B).
C, D, E) Les coupes transversales STIR étagées visualisent les muscles où siège une atteinte musculaire active (hypersi-
gnal) (têtes de flèches). L’atteinte inflammatoire prédomine à la périphérie des muscles atteints. Ces images servent de
base au choix d’un muscle entrepris par la pathologie et susceptible de consister la cible d’une biopsie : une biopsie du
muscle vaste externe a confirmé le diagnostic de polymyosite.
188
L’IRM permet de distinguer les atteintes actives inconvénient une disponibilité souvent encore in-
(hypersignal STIR, rehaussement après injection suffisante.
de produit de contraste) des lésions anciennes,
quiescentes (hyposignal, absence de rehausse- L’étude du squelette en oncologie voit ses appli-
ment, hypersignal T1 traduisant une involution cations s’élargir d’année en année : détection des
adipeuse du muscle). Son rôle principal est de dé- atteintes squelettiques secondaires, bilan d’exten-
signer un site de pathologie active pour orienter sion des lymphomes et du myélome. Cet examen
une biopsie qui permettra le diagnostic histologi- étend ses indications à l’étude des tissus mous ex-
que définitif [79]. Enfin, elle constitue un outil de trasquelettiques, musculaires, mais aussi gan-
choix pour l’évaluation de la réponse aux traite- glionnaires et viscéraux.
ments souvent lourds de ces pathologies [67].
L’utilisation d’antennes multiples et de séquen-
ces dédiées “greffées” sur l’examen global du
Divers squelette devrait permettre d’étudier non seule-
ment le squelette, mais aussi les organes pleins,
Les pathologies vasculaires multifocales ou ex- éventuellement le poumon, les structures neurolo-
tensives, malformatives, et les pathologies neuro- giques (injection de produit de contraste pour étu-
logiques extensives, notamment à risque de dégé- de spécifique), voire les viscères abdominaux.
nérescence maligne (neurofibromatose), trouvent
dans l’IRM-CE et sa résolution tissulaire un outil L’intégration de l’IRM aux algorithmes de straté-
non irradiant permettant le bilan d’extension et le gie diagnostique oncologique est en cours. Elle
suivi au cours du temps de la maladie, le suivi thé- doit se faire dans l’optique d’une prise en charge
rapeutique éventuel, et le suivi des lésions à risque optimale du patient, et aboutir au choix du bilan
de dégénérescence maligne [80, 81]. d’extension le plus adapté à chaque cancer : per-
formance, disponibilité, moindre coût… L’IRM-CE
doit ainsi être mise en balance en fonction du can-
Conclusions et perspectives cer primitif avec la TEP-TDM (PET-CT) au 18-FDG,
à la choline, la scintigraphie…
En dix ans d’existence, l’IRM-CE a démontré un
potentiel énorme en pathologie oncologique et L’IRM-CE offre enfin des perspectives très pro-
rhumatologique, avec des avantages majeurs par metteuses dans les pathologies rhumatologiques,
rapport aux techniques existantes : l’absence d’ir- musculaires, osseuses multifocales où son rôle
radiation, un coût vraisemblablement compétitif diagnostique et de suivi thérapeutique est d’ores
et un confort du patient, puisque la technique per- et déjà majeur et reconnu.
met un bilan exhaustif en une seule étape… Elle
offre surtout une performance diagnostique supé- L’IRM-CE suscite l’engouement de nombreuses
rieure et plus précoce par rapport aux techniques équipes à travers le monde, qui mettent sans cesse
existantes, et la capacité inédite d’évaluation de la au jour de nouvelles applications potentielles de
réponse aux traitements modernes. Elle a comme cette technique.
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Le rachis peut être la cible de pathologies très Il est important de constater que ces études
variées dont l’exploration repose en grande partie étaient focalisées sur les complexes disco-verté-
sur l’IRM. Le protocole d’exploration de base est braux, à l’exclusion des éléments postérieurs, arti-
assez stéréotypé, avec des ajustements en fonction culations zygapophysaires notamment, qui sont
de la pathologie sous-jacente. pourtant des éléments essentiels du segment mo-
bile rachidien, dont l’atteinte revêt une importance
Le socle commun comprend des coupes en pon- particulière dans ces deux cadres pathologiques.
dération T1 dans le plan sagittal et des coupes sa- En effet, il s’agit d’une aide précieuse au diagnos-
gittales et axiales en pondération T2. L’adjonction tic dans le cadre inflammatoire, alors que dans un
d’une séquence pondérée T2 avec suppression du contexte dégénératif elle permet d’expliquer la
signal de la graisse (T2 FS ou STIR) est mainte- symptomatologie et le cas échéant de cibler le ges-
nant réalisée – à très juste titre – par la plupart des te thérapeutique percutané.
équipes dans un plan qui est fonction des habitu-
des de chacun : sagittal ou frontal grand champ Cet exposé vise donc à redéfinir la place de l’in-
(de Sèze magnétique) [1]. jection de gadolinium dans les cadres dégénératifs
et inflammatoires, en prenant en compte les élé-
L’injection de gadolinium dépend de la patholo- ments postérieurs.
gie sous-jacente. Systématique dans un contexte
tumoral et infectieux, fréquente dans un contexte
postopératoire, elle a été et reste l’objet d’un grand Pathologie inflammatoire
débat dans le cadre inflammatoire sachant que le (spondyloarthrites)
consensus actuel ne la préconise pas [2-7].
Place de l’imagerie dans les différentes
Dans l’exploration d’un rachis dégénératif, elle classifications
n’est, à l’heure actuelle, quasiment jamais réalisée.
Nous focaliserons cet exposé sur la spondylo
L’absence d’injection dans les contextes dégéné- arthrite axiale (ankylosante), dont la rachialgie
ratifs et inflammatoires repose sur le postulat que inflammatoire est l’une des manifestations clini-
la détection des anomalies de signal de type “in- ques principales.
flammatoire” (Modic I pour l’atteinte dégénérati-
ve, ostéite des coins vertébraux ou atteinte disco- La place de l’imagerie dans les critères dia-
vertébrale érosive pour l’atteinte rhumatismale) gnostiques a varié au cours du temps et au gré
n’est pas sensibilisée par l’injection de gadolinium, des classifications. Les critères de New York mo-
sous réserve toutefois que le protocole initial com- difiés, comme ceux d’Amor ou de l’ESSG [8-10]
prenne des séquences avec suppression du signal ne sont basés que sur la radiologie convention-
de la graisse. nelle (atteinte radiologique des articulations
195
sacro-iliaques), ne permettant pas ainsi un dia- 2009), sous une forme toutefois très restrictive qui
gnostic précoce. limite la portée de cette classification en pratique
quotidienne.
Il faut attendre les nouveaux critères de l’ASAS
en 2009 pour voir l’IRM intégrée aux critères dia- Les principaux points de discussion sont les sui-
gnostiques [11], de manière toutefois très restric- vants :
tive. En effet, le diagnostic radiologique positif est • Diagnostic positif de sacro-iliite limité à un
basé sur la mise en évidence d’une sacro-iliite ac- œdème/ostéite de l’os sous-chondral, à l’exclu-
tive à l’IRM définie, au niveau de l’os sous-chon- sion :
dral, par un œdème (hypersignal T2 FS ou STIR) 1. des lésions séquellaires/structurales que
ou une ostéite (rehaussement après injection de sont les plages graisseuses sous-chondra-
gadolinium), visible sur au moins 2 coupes adja- les, la sclérose sous-chondrale, les érosions,
centes s’il est focal ou sur une même coupe s’il est l’ankylose,
plurifocal. La présence isolée d’une synovite ou 2. des lésions inflammatoires de type enthési-
enthésite, de même que la présence isolée de lé- te ou synovite dont la mise en évidence
sions structurales n’est pas suffisante, selon ces oriente grandement le diagnostic, et dont
critères, pour poser le diagnostic [12, 13]. on sait qu’elles peuvent être isolées.
• Atteinte radiologique limitée aux articulations
Le rachis, dont l’atteinte fait le pronostic fonc- sacro-iliaques à l’exclusion de toute forme
tionnel de la maladie, peut être le siège de lésions d’atteinte rachidienne (inflammatoire ou sé-
structurales variées qui, comme pour les articula- quellaire/structurale), ce qui est très problé-
tions sacro-iliaques, sont de mise en évidence tar- matique compte tenu de la proportion déjà
dive en radiologie conventionnelle et évoluent très évoquée d’atteinte rachidienne isolée. Notons
lentement dans le temps. C’est la raison pour la- également que l’atteinte inflammatoire du ra-
quelle les scores qui les évaluent (mSASSS et
chis, contrairement aux sacro-iliaques, pour-
RASS notamment) sont d’un intérêt limité en pra-
rait prédire la réponse aux anti-TNFα [17].
tique quotidienne [14, 15].
Les critères radiologiques ASAS 2009 Si l’on reste dans l’optique des critères ASAS
2009, l’injection de gadolinium n’est pas nécessai-
Comme précisé précédemment, l’IRM n’a été re, car elle ne potentialise pas la détection de
que récemment introduite dans les critères dia- l’œdème osseux. Elle n’est donc pas préconisée à
gnostiques de spondyloarthrite axiale (ASAS l’heure actuelle [2, 4, 6, 7].
196
Toutefois, il apparaît réducteur de se limiter aux Or, si les lésions structurales ne bénéficient pas
seules anomalies sous-chondrales inflammatoires de l’injection de gadolinium, il n’en va pas de
(œdème osseux/ostéite) pour assoir le diagnostic même des synovites et enthésites qui sont mieux
de sacro-iliite, car cette inflammation fluctue dans visualisées après injection de gadolinium [13].
le temps. Il faut alors savoir prendre en compte Ceci revêt une importance particulière dans la si-
d’autres lésions évocatrices, qu’elles soient sé- tuation, certes peu fréquente, d’une atteinte syno-
quellaires/structurales, ou inflammatoires dans viale ou enthésique isolée [11, 18] (fig. 1).
d’autres topographies comme la très caractéristi-
que atteinte enthésique de la portion syndesmoti-
que (ligamentaire) de l’articulation.
Fig. 1 : Patiente de 46 ans qui se plaint de (lombo) fessalgies depuis de nombreuses années qui prédominent à gauche.
L’examen clinique est très évocateur de spondyloarthrite axiale. Coupes coronales des articulations sacro-iliaques en
pondération T1 (a), T2 FS (b) et T1 FS G (c). Rehaussement marqué de type inflammatoire des interlignes de la portion
syndesmotique des articulations (flèches) très peu visible sur la séquence T2 FS (b). Aucune autre anomalie décelée que
ce soit de la portion symphysaire des articulations sacro-iliaques ou au niveau du rachis (d).
197
198
Ces éléments postérieurs comprennent princi- tions sacro-iliaques), d’un complément d’investi-
palement les articulations zygapophysaires, costo- gation après injection de gadolinium en T1 FS sur
transversaires et costo-vertébrales ainsi que les li- le rachis (sagittal) et les sacro-iliaques (coronal
gaments inter et sur-épineux. Il s’agit donc de oblique).
structures anatomiques riches en synoviale ou en
enthèses dont l’inflammation, comme pour les ar- Selon un protocole de lecture très précisément
ticulations sacro-iliaques, est mieux mise en évi- établi et guidé par un atlas sémiologique des at-
dence après l’injection de gadolinium, qui facilite teintes du rachis et des sacro-iliaques dans les
en outre la différenciation entre atteinte inflam- spondyloarthrites validé par la littérature [12, 23,
matoire et atteinte dégénérative [23]. 27-32], les examens des 166 patients inclus ont été
analysés de manière aléatoire par un radiologue
Eu égard aux limites mentionnées précédem- sénior, un radiologue junior et un rhumatologue,
ment, les critères IRM actuels, jugés trop restric- en aveugle des données cliniques et des autres lec-
tifs ou inadaptés dans un nombre croissant d’étu- teurs, afin de qualifier, selon les items oui/non/
des [20, 24-26], sont souvent battus en brèche en douteux, la présence d’une éventuelle spondy-
pratique quotidienne où les lésions structurales loarthrite axiale. Une première lecture était effec-
comme les lésions inflammatoires à type de syno- tuée en se basant uniquement sur le protocole
vite et d’enthésite, font, dans certaines circonstan- classique (sans injection), puis une deuxième en
ces, partie intégrante du diagnostic positif, notam- incluant les séquences injectées. Les données is-
ment au rachis. sues de chacune des lectures ont été comparées au
diagnostic final retenu par le rhumatologue, qui
Dans ce contexte, l’injection systématique de faisait office de gold standard, basé notamment
gadolinium peut se discuter, si tant est que le rap- sur les critères ASAS [11].
port bénéfice/coût-temps-risque, non évalué
jusqu’à présent, en vaille la peine. C’est à cette Les résultats de l’étude, encore très partiels à ce
question que nous avons voulu répondre dans stade, tendent à montrer une meilleure sensibilité
l’étude présentée ci-dessous. du protocole injecté pour le diagnostic positif de
l’atteinte, par la mise en évidence de lésions in-
flammatoires dans un nombre accru de territoires
Étude bordelaise sur l’injection enthésiques, notamment en regard des éléments
systématique de gadolinium dans postérieurs du rachis. Le protocole injecté aug-
l’exploration des spondyloarthrites mente également la reproductibilité inter-obser-
vateur de par la mise en évidence plus aisée des
De mai 2013 à janvier 2014, tous les patients lésions. Outre le diagnostic positif, l’injection de
adressés par le service de rhumatologie du CHU gadolinium montre également un intérêt dans les
de Bordeaux pour : diagnostics différentiels, notamment la pseudo-
• suspicion de spondyloarthrite axiale ou, polyarthrite rhizomélique, caractérisée par une
• réévaluation diagnostique chez un patient inflammation inter-épineuse marquée aux étages
douteux, cervical ± lombaire, très difficilement mise en évi-
ont bénéficié, outre le protocole d’imagerie dence sur les séquences classiques, y compris
classique (Sag T1/T2FS ou STIR sur le rachis ; co- avec suppression du signal de la graisse (fig. 3)
ronal oblique T1/T2 FS ou STIR sur les articula- [33, 34].
199
Fig. 3 : Patiente de 57 ans qui présente des dorso-lombalgies de rythme inflammatoire qui intéressent également la ceinture sca-
pulaire, compatibles avec une spondyloarthrite axiale. Coupes sagittales STIR (a), T1 FS G (b) et axiales T2 TSE (c) et T1 FS G
(d). Mise en évidence d’une atteinte inflammatoire des ligaments inter et sur-épineux après injection de gadolinium (flèches, b)
non visible sur la séquence STIR. L’atteinte inflammatoire, très bien visible dans le plan axial injecté alors que la séquence T2TSE
est normale, touche également les ligaments jaunes (flèches, d). L’amélioration spectaculaire de la symptomatologie sous très
faibles doses de corticoïdes fera retenir le diagnostic de pseudo-polyarthrite rhizomélique.
NB : Une suspicion clinique de PPR impose de réaliser une imagerie du rachis cervical à la recherche d’anomalies de même type
à la jonction cervico-thoracique.
200
2°) Ces critères très restrictifs ont pour avantage par la mise en évidence de lésions inflam-
d’éviter les diagnostics par excès, car aux matoires dans un nombre accru de territoi-
sacro-iliaques comme au rachis, il peut être res enthésiques, notamment en regard des
difficile de distinguer une authentique lésion éléments postérieurs du rachis ;
inflammatoire (ou structurale) d’une lésion - améliore la reproductibilité inter-obser-
plus banale d’origine dégénérative, voire vateur ;
d’une image physiologique (vaisseaux, etc.) ; - et permet une détermination plus précise
3°) Le caractère très restrictif de ces critères, qui des diagnostics différentiels ;
ne prennent notamment pas en compte le ra- 9°) L’amélioration de la reproductibilité inter-
chis, fait qu’ils sont difficilement applicables observateur sous-entend une lecture facilitée
en pratique quotidienne ; des examens par une mise en évidence plus
4°) D’autant que de 5 à 49 % des patients ont une univoque des lésions, ce qui pourrait per-
atteinte rachidienne sans lésions des sacro- mettre d’élargir le spectre des critères dia-
iliaques ; gnostiques ;
5°) C’est la raison pour laquelle l’exploration IRM 10°) Proposition de protocole : sous réserve des
des spondyloarthrites inclut le plus souvent le résultats définitifs de notre propre étude vi-
rachis selon le protocole suivant : sant à définir précisément le rapport bénéfice/
- SI : coronal oblique T1 et T2FS ou STIR coût-temps-risque de l’injection, il nous paraît
- Rachis (cervico) – thoraco-lombaire : sagit- donc licite de proposer l’injection de gadoli-
tal T1 et T2FS ou STIR nium dès lors que, en cas de suspicion clini-
6°) Malgré ce protocole extensif, un nombre si- que de spondyloarthrite axiale, le bilan non
gnificatif de patients suspects cliniquement injecté n’a montré aucune anomalie ou s’est
de spondyloarthrite axiale ont un examen révélé douteux.
normal. Cela peut bien évidemment être ex-
pliqué par une dissociation clinico-radiologi-
que dans le temps (qui fait par ailleurs l’objet Pathologie dégénérative
d’une étude de cohorte spécifique), mais l’hy-
pothèse d’une insuffisance du protocole Rappels anatomiques et notion de
d’imagerie ne peut être exclue ; segment mobile rachidien
7°) Le consensus actuel ne préconise pas d’injec-
tion de gadolinium, que ce soit pour l’explora- Les complexes disco-vertébraux et les articula-
tion des articulations sacro-iliaques ou du ra- tions zygapophysaires sont étroitement liés d’un
chis. Ce consensus, qui a le mérite de ne pas point de vue fonctionnel et composent le segment
alourdir un protocole déjà conséquent, est tou- mobile rachidien. Ce dernier se définit comme une
tefois basé sur des études incomplètes focali- unité dans laquelle le disque intervertébral et les
sées sur certains éléments (spongieux des ber- articulations zygapophysaires fonctionnent en-
ges iliaques ou des coins vertébraux) au détri- semble pour assurer la stabilité et absorber les
ment d’autres tout aussi importants pour le contraintes placées sur le rachis lors des mouve-
diagnostic (synoviale ou enthèses des sacro-il- ments de flexion-extension, d’inclinaison latérale
iaques ou des éléments postérieurs du rachis) ; ou de rotation.
8°) Or, notre étude tend à montrer que l’injection
de gadolinium : En compression axiale, la contrainte est prise
- augmente la sensibilité de l’IRM dans le en charge à 85 % par le disque, les 15 % restants
diagnostic des spondyloarthrites axiales revenant aux articulations zygapophysaires. La
201
dégénérescence discale va avoir pour conséquen- teaux vertébraux, selon la classification de Modic
ce de transférer une part accrue de ces contrain- [41], avec une mention toute particulière au Modic
tes (jusqu’à 45 %) vers les articulations zygapo- I (inflammatoire) qui est significativement associé
physaires favorisant ainsi l’atteinte dégénérative à une symptomatologie douloureuse [42].
de ces dernières [35, 36]. Selon le principe de Kir-
kaldy-Wallis [37], cette atteinte dégénérative en- Nous ne reviendrons pas sur la place de l’image-
traîne, au stade initial, une instabilité des articula- rie dans la lomboradiculalgie aiguë, qui est traitée
tions qui aura à son tour un impact sur le com- dans un précédent ouvrage [43] mais, lorsqu’une
plexe disco-vertébral correspondant. L’instabilité IRM est réalisée, un protocole classique incluant
articulaire tend à disparaître avec l’aggravation des séquences T1, T2 TSE et idéalement T2 avec
de l’atteinte dégénérative, ce qui peut être expli- suppression du signal de la graisse permet de met-
qué par le développement d’ostéophytes en cro- tre parfaitement en évidence les anomalies précé-
chets sur les versants antérieurs et postérieurs demment décrites. L’injection de gadolinium n’est
des articulations. donc pas indiquée, contexte postopératoire exclu.
202
mité aux séquences conventionnelles en T1 et T2 blée [45]. Or ces études ont comme point commun
TSE, mais incluant des séquences avec suppres- leur caractère relativement ancien ou l’utilisation
sion du signal de la graisse [23] (fig. 3). du scanner comme modalité d’imagerie de réfé-
rence ; en tout état de cause l’absence d’utilisation
L’impact en pratique quotidienne est majeur, car d’une imagerie permettant la mise en évidence de
il est maintenant communément admis que devant lésions inflammatoires, et donc de cibles adéqua-
une douleur lombaire irradiant dans la/les fesses, tes. Ceci a été indirectement prouvé par les scinti-
aines ou cuisses, l’origine zygapophysaire doit graphistes qui ont montré l’intérêt du SPECT dans
être systématiquement évoquée en l’absence d’ori- la détermination des articulations cibles avant
gine discale [44]. traitement [46].
Fig. 4 : Patiente de 56 ans. Douleurs lombaires basses de rythme mixte. Coupes sagittales STIR (a) et T1 FS G (b). Reconstruction
TDM dans le plan sagittal (c). Atteinte inflammatoire des ligaments inter et sur-épineux en L2-L3 et L3-L4 visible uniquement après
injection de gadolinium (flèches, b) en rapport avec un conflit mécanique inter épineux (c) chez une patiente hyperlordotique.
203
Fig. 5 : Patiente de 50 ans handicapée par des douleurs lombaires basses de rythme mixte avec irradiation dans la fesse gauche.
Coupes sagittales en pondération T1 (a), STIR (b) et T1 FS G (c). Atteinte dégénérative zygapophysaire qui présente un caractère in-
flammatoire visible uniquement après injection, et prédomine en L2-L3 (flèches, c). La mise en évidence de cette anomalie a le dou-
ble avantage d’expliquer la symptomatologie de la patiente et de cibler l’articulation qui pourra bénéficier d’un geste percutané.
Étude lausannoise sur l’injection de de gadolinium étaient réalisées dans les plans
gadolinium dans le rachis dégénératif axial et sagittal. Une première lecture était effec-
tuée en se basant sur le protocole classique + cou-
pes en suppression de graisse, puis une deuxième
Nicolas Theumann et ses collaborateurs ont éva-
basé sur le protocole classique + coupes injectées.
lué l’apport de l’injection de gadolinium dans la
L’analyse, effectuée par deux radiologues ostéo-
pathologie dégénérative rachidienne, hors contex-
articulaires, était focalisée sur :
te postopératoire. L’étude visait à comparer les sé-
• la colonne antérieure (disque et plateaux ver-
quences injectées à un protocole incluant des sé- tébraux),
quences avec suppression du signal de la graisse, • l’espace intra-canalaire (graisse épidurale et
sur 73 patients présentant des lombalgies ou lom- péri-radiculaire) et
bosciatalgies d’origine dégénérative. Les séquen- • la colonne postérieure (articulations zygapo-
ces additionnelles en T2FS et T1FS après injection physaires).
204
Les résultats ont mis en évidence un nombre de Par contre, à la lumière de l’étude lausannoise
lésions de type inflammatoire significativement comme de notre propre expérience, l’injection de
beaucoup plus élevé sur les coupes injectées, tant gadolinium nous paraît très intéressante dans les
en nombre absolu de lésions que d’étages patholo- situations cliniques suivantes :
giques, que ce soit dans l’espace intra-canalaire ou 1- Symptomatologie de lombofessalgie, voire de
au niveau de la colonne postérieure. En intra-ca- sciatalgie non expliquée par une atteinte disco-
nalaire, les résultats étaient expliqués par un vertébrale et notamment par un conflit disco-
meilleur rapport contraste sur bruit des hyperin- radiculaire. En effet, cette situation doit faire
tensités (racines ou graisse péri-radiculaire) à évoquer une atteinte zygapophysaire qui peut
proximité du LCR. Concernant les éléments posté- être fruste, difficilement visible sur les séquen-
rieurs, l’injection de gadolinium potentialisait la ces non injectées, y compris avec suppression
détection de l’atteinte inflammatoire des articula- du signal de la graisse.
tions zygapophysaires comme des ligaments inter 2- Devant une atteinte dégénérative zygapophy-
et sur-épineux. saire avérée, avant tout geste thérapeutique
percutané afin de cibler l’articulation inflamma-
toire (lorsque celle-ci n’est pas évidente en
Proposition de protocole T2FS), qui seule répondra favorablement à une
éventuelle infiltration locale.
Pour résumer, il ne nous paraît pas licite de pro-
poser l’injection de gadolinium dans le cadre très Il faut enfin garder à l’esprit que l’injection po-
fréquent d’une atteinte dégénérative disco-verté- tentialise, que ce soit en pré ou en postopératoire,
brale (compliquée ou non de pathologie herniai- la mise en évidence d’une inflammation radiculai-
re), hors contexte postopératoire. re ou de la graisse péri-radiculaire.
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207
T. Pham, P. Lafforgue
La rachialgie est un symptôme fréquent, source présentaient des lésions sur plusieurs étages. Les
d’innombrables consultations et pour laquelle les auteurs concluaient que la prévalence des protru-
examens complémentaires n’arrivent pas toujours sions et des débords discaux était suffisamment
à aider le clinicien. La discordance entre l’image- importante pour considérer que la présence de ce
rie et les symptômes rachidiens est un phénomène type d’anomalies chez des patients lombalgiques
connu et bien documenté dans les pathologies était une simple coïncidence. D’autres études de
discales mécaniques. Cette discordance existe cohortes de population générale ont confirmé la
avec toutes les techniques d’imagerie et en parti- présence fréquente de lésions rachidiennes en
culier avec l’imagerie par résonance magnétique IRM, principalement discales sans aucun symptô-
(IRM). On observe aussi une discordance clinico- me associé, ainsi que l’augmentation de leur inci-
radiologique dans les pathologies inflammatoires dence avec l’âge [2-6]. De plus, ni la présence ini-
et en particulier dans les spondyloarthrites. Pour- tiale de lésions dégénératives discales ni la dégé-
tant, ces discordances ne sont pas du même or- nérescence discale incidente ne sont prédictives
dre. En effet, on observe souvent des lésions dis- de l’apparition ultérieure de lombalgies sévères
cales peu ou pas symptomatiques dans les rachis dans les études de suivi longitudinal [2, 7-9]. Par
dégénératifs, alors qu’on peut ne pas détecter exemple, Waris et coll. a suivi pendant 5 ans une
d’anomalie IRM dans des rachialgies clairement cohorte de 200 patients sans antécédents majeurs
inflammatoires. de problème rachidien, avec une IRM à l’inclusion
et une IRM en cas d’apparition de lombalgie aiguë.
Ils rapportent que l’IRM ne mettait pas en éviden-
Quand l’IRM en montre trop… : ce de changement structural associé à la nouvelle
le rachis dégénératif symptomatologie [9]. La majorité des lésions ap-
parues (modification du signal discal, arthrose ar-
Lésions discales observées en IRM ticulaire postérieure, modifications du signal des
dans des populations asymptomatiques plateaux) reflétaient des modifications progressi-
ves associées à l’âge, sans être associées à des épi-
On observe de nombreuses lésions IRM au ra- sodes symptomatiques aigus. Les modifications
chis dans des populations adultes asymptomati- observées n’étaient pas plus fréquentes chez les
ques. Chez 98 personnes asymptomatiques de 20 à patients avec épisode lombalgique apparu après
80 ans, Jensen et coll. rapportaient des lésions IRM un traumatisme mineur que chez les patients spon-
chez la majorité d’entre eux : 52 % présentaient un tanément lombalgiques [9]. Ainsi, la présence de
débord discal, 27 % une protrusion discale, 19 % lésions rachidiennes en IRM ne permet pas d’iden-
des nodules de Schmorl et 8 % des arthropathies tifier précocement les personnes à risque pour un
facettaires [1]. Vingt-huit pour cent des patients éventuel traitement préventif [8].
209
Lésions discales observées en IRM 2. La présence de ces lésions n’est pas prédictive
dans des populations de lombalgiques de l’apparition ultérieure de lombalgie sévère
chroniques ou d’un handicap plus lourd ;
3. Ces mêmes lésions sont plus fréquentes chez
Le même type de discordances entre clinique et les patients symptomatiques, sans qu’un lien di-
IRM s’observe dans les populations de lombalgi- rect n’ait pu être mis en évidence ;
ques. Des lésions dégénératives similaires sont 4. Des scores de sévérité prenant en compte l’en-
observées chez les patients avec ou sans lombal- semble des lésions discales dégénératives sem-
gie chronique dans des études observationnelles blent mieux corrélés avec la clinique.
transversales [8, 10-13]. La prévalence des protru-
sions et/ou hernies discales varie de 16 à 50 % se- De nombreuses études cherchent à mieux corré-
lon les études. Une analyse systématique de la lit- ler la clinique à l’imagerie, soit en identifiant des
térature a montré que la prévalence des lésions lésions plus spécifiques, telles que les zones disca-
dégénératives était supérieure chez les patients les à signal de haute intensité ou les Modic, soit en
symptomatiques, mais aucun lien direct entre la trouvant des séquences plus spécifiques [16-20].
présence de ces lésions et la symptomatologie n’a
pu être mis en évidence [14]. Ces données confortent aussi les recommanda-
tions de la HAS concernant la prise en charge et la
Si le caractère qualitatif des lésions discales ne prescription d’examens complémentaires en cas
semble pas expliquer la clinique, il est possible de lombalgie commune. Il n’y a pas lieu de pres-
que le caractère quantitatif le puisse. Une large crire de radiographie ou d’IRM en l’absence de
étude transversale a été menée dans le sud de la signes de gravité, de signes évocateurs de lombal-
Chine chez plus d’un millier d’adultes volontaires gie symptomatique et/ou de radiculalgie, car les
de moins de 55 ans [4]. Tous ont passé une IRM lésions observées ne seront probablement pas
lombaire analysée en utilisant un score de sévérité corrélées à la symptomatologie et que, de plus, la
de dégénérescence des disques intervertébraux prescription d’examens d’imagerie a un caractère
lombaires (score DDD). La valeur minimale 0 si- délétère sur l’évolution clinique bien démontrée
gnifie l’absence de lésion, 15 est le score maximal [21-23].
reflétant que les 5 étages discaux présentent une
dégénérescence de grade 3. Les résultats de cette
étude montraient une corrélation positive entre le Quand l’IRM n’en montre
score DDD et la lombalgie (OR : 2.179 [IC 95 % : pas assez… : le rachis
1.397-3.398], p=0.001). De même, un score DDD inflammatoire des
élevé était plus souvent associé à une lombalgie spondyloarthrites
modérée à permanente dans une population de
jeunes Finnois suivis pendant 20 ans [3, 15]. Nous focaliserons ce chapitre sur la spondy-
loarthrite axiale dont l’atteinte rachidienne inflam-
En synthèse, concernant les lésions discales mi- matoire est l’une des manifestations cliniques
ses en évidence en IRM : principales et pour laquelle la discordance entre
1. Les lésions dégénératives discales sont fréquen- clinique et imagerie est une problématique quoti-
tes dans la population générale asymptomati- dienne pour le clinicien.
que et leur fréquence augmente avec l’âge ;
210
Jusqu’à récemment, la place de l’imagerie dans tômes et le pronostic sont surtout rachidiens dans
les critères diagnostiques et de classification des la spondyloarthrite axiale ? La discordance entre
spondyloarthrites était très limitée. Le diagnostic clinique et IRM en est principalement la cause.
de “spondylarthropathie” reposait principalement
sur la clinique et l’interrogatoire dans les critères
de Bernard Amor ou de l’ESSG [24, 25]. Dans les L’IRM du rachis est-elle utile au
critères diagnostiques de New York modifiés, seu- diagnostic de spondyloarthrite axiale ?
le l’atteinte radiologique des articulations sacro-
iliaques est prise en compte, permettant un dia- L’IRM du rachis est bien évidemment indispen-
gnostic de certitude, mais ne permettant pas un sable pour le diagnostic différentiel face à une ra-
diagnostic précoce [26]. chialgie inflammatoire, à la recherche de patholo-
gie infectieuse ou tumorale. Le protocole IRM, en
Les nouveaux critères de l’ASAS en 2009 intè- particulier la discussion d’une éventuelle injection
grent l’IRM aux critères diagnostiques [27, 28]. de produit de contraste est développée dans un
Le diagnostic radiologique positif est basé sur la autre chapitre de ce livre.
mise en évidence d’une sacro-iliite radiographi-
que ou IRM. En IRM, une sacro-iliite active est L’utilité de l’IRM du rachis pour le diagnostic de
définie, par un œdème (hypersignal T2 FS ou spondyloarthrite axiale est plus discutée. L’IRM
STIR) ou une ostéite (rehaussement après injec- permet la mise en évidence de lésions inflamma-
tion de gadolinium), au niveau de l’os sous-chon- toires et graisseuses.
dral, visible sur au moins 2 coupes adjacentes s’il
est focal ou sur une même coupe s’il est plurifo- Deux études ont évalué l’intérêt diagnostique
cal. La présence isolée d’une synovite ou enthési- des lésions inflammatoires [32, 33]. La première
te, de même que la présence isolée de lésions est une étude rétrospective monocentrique de
structurales n’est pas suffisante, selon ces critè- 174 patients ayant eu une IRM pour exploration
res, pour poser le diagnostic [29]. La valeur dia- d’une lombalgie. Parmi ces patients dont l’âge
gnostique de cette définition de la sacro-iliite IRM moyen était 52,5 ± 17,3 ans, 64 (37 %) avaient eu
a été évaluée dans différentes cohortes de patients le diagnostic de spondyloarthrite (dont 20 avec
avec un rapport de vraisemblance positif de 4,3 à spondylarthrite ankylosante), 45 (26 %) de patho-
7,1 et un rapport de vraisemblance négatif de 0,2 logie rachidienne dégénérative, 45 (26 %) de pa-
à 0,4 [30]. Cette définition peut paraître stricte, thologie cancéreuse, et 20 (11 %) d’autres diagnos-
mais des critères plus “souples” risqueraient de tics. Des lésions inflammatoires des coins verté-
faire poser des diagnostics par excès par perte de braux, des plateaux et des éléments postérieurs
spécificité. En effet, on trouve une lésion inflam- étaient fréquemment observées, quelle que soit la
matoire de type œdème médullaire des sacro-ilia- pathologie (Tableau 1). En particulier, on obser-
ques chez 27 % des lombalgies communes et 22 % vait aussi souvent des coins vertébraux inflamma-
des sujets sains [31]. toires dans les SpA que dans les rachis dégénéra-
tifs (63 %). En revanche, les patients avec lésions
Les critères ne prennent en compte que les lé- tumorales avec souvent d’autres lésions concomi-
sions IRM des articulations sacro-iliaques et non tantes telles que des lésions lytiques ou des métas-
pas celles du rachis. Pourquoi, alors que les symp- tases dans les parties molles.
211
Tableau 1 : Nombre et pourcentage de patients avec différents types de lésions rachidiennes en IRM, selon les études
212
aux critères de l’ASAS avec une IRM des sacro-il- iliaques variant de 5 à 49 % [30]. De plus, les
iaques négatives (score SPARCC < 2) avaient des lésions des coins vertébraux, qu’elles soient in-
signaux inflammatoires rachidiens [36]. flammatoires et graisseuses manquent de spécifi-
cité. Il faut absolument éviter de porter des dia-
Les résultats de ces deux études sont étonnam- gnostics par excès en utilisant des seuils de positi-
ment discordants et ne permettent de conclure. vité à au moins 3 lésions inflammatoires et au
moins 5 lésions graisseuses [35].
Deux autres études ont analysé l’intérêt de pren-
dre en compte les lésions graisseuses des coins
vertébraux [37, 38]. En suivant la même méthodo- Faut-il arrêter les anti-inflammatoires
logie que précédemment, Bennett et coll. a com- non stéroïdiens avant l’IRM ?
paré les IRM de 174 patients avec différentes pa-
thologies rachidiennes et 11 sujets sains [37]. La Les études évaluant l’efficacité des anti-inflam-
présence d’une l’infiltration graisseuse était fré- matoires (AINS) dans la SpA axiale permettent de
quente dans les SpA et les pathologies dégénérati- répondre.
ves (Tableau 1). Cependant, le nombre moyen de
lésions était supérieur chez les patients SpA Une étude ouverte a inclus 20 SA répondant aux
(moyenne par patient 3,5 [de 0 à 35]) que chez critères de New York modifiés avec une maladie
ceux avec un rachis dégénératif (0,73 [de 0 à 11]). active, éligible pour les anti-TNF. Les patients ont
Aucun des sujets sains ne présentait de lésion été traités par etoricoxib 90 mg/j pendant 6 semai-
graisseuse. En prenant un seuil d’au moins 5 lé- nes et ont eu une IRM des sacro-iliaques et du ra-
sions graisseuses, la spécificité et le rapport de chis au début et à la fin de l’étude [39]. Sur l’IRM
vraisemblance positif pour les SpA étaient 98 % et initiale, 71 % des patients avaient des lésions IRM
12.6, respectivement. inflammatoires. Après 6 semaines d’AINS en
continu, on observait une labilité des lésions au
Un travail rétrospectif coréen a comparé les rachis (disparition d’une lésion : 7 %, apparition
IRM rachidiennes de 52 spondylarthrites ankylo- d’une nouvelle lésion : 5 %), sans impact sur la
santes (SA) de 34 ans en moyenne et 52 contrôles “positivité” de l’IRM.
lombalgiques appariés par sexe et âge [38]. Les
lésions d’infiltration graisseuse des coins étaient Plus récemment, l’étude INFAST a comparé l’ef-
plus fréquentes chez les SA, avec une sensibilité ficacité de l’association infliximab + naproxène à
et une spécificité de 44 et 96 %, respectivement la prise de naproxène seul chez 156 patients ré-
(Tableau 1). pondant aux critères ASAS de SpA axiale [40].
Parmi les 51 patients du groupe AINS seul, 59 et
En pratique, même si elle n’est pas prise en 90 % avaient des lésions inflammatoires au rachis
compte dans les critères diagnostiques actuels et aux sacro-iliaques, respectivement. Après 28 se-
(ASAS 2009), l’IRM du rachis peut aider le clini- maines avec une prise quotidienne de 1000 mg de
cien, surtout en l’absence de sacro-iliite. Cepen- naproxène, le pourcentage de patients sans aucu-
dant, cette aide n’est probablement pas très impor- ne lésion inflammatoire, en d’autres termes avec
tante, le pourcentage de patients qui ont une at- une IRM “négative” était 45, 6 et 0 % pour le ra-
teinte axiale sans atteinte des articulations sacro- chis, les sacro-iliaques et pour les sites simultané-
213
ment. Au sein des patients en rémission après trai- essayer de trouver d’autres signes objectifs soute-
tement, 94,4 % avaient encore de l’inflammation nant le diagnostic que de multiplier les IRM sacro-
en IRM sur un des sites. Cette étude montre que la iliaques.
prise continue d’AINS pendant 7 mois ne “négati-
ve” pas les IRM, et justifie le fait de ne pas arrêter
ces traitements avant l’examen. Faut-il faire des IRM pour évaluer
l’efficacité des traitements, en
particulier des biomédicaments ?
Faut-il refaire les IRM si elles sont
initialement “négatives” pour étayer le Même s’il existe une corrélation entre le site de
diagnostic de SpA ? la douleur et le site de l’inflammation sur l’IRM du
rachis, elle n’est pas suffisamment importante pour
Aucune étude ne permet de répondre concer- aider le clinicien à orienter ses demandes d’exa-
nant l’imagerie du rachis. En revanche, un travail mens complémentaires [43]. Par exemple, dans la
a essayé de répondre à la question pour les IRM cohorte DESIR de patients suspects de SpA récen-
des sacro-iliaques. Soixante-huit patients avec ra- te, certes l’odds ratio d’avoir un signal inflamma-
chialgie inflammatoire, suspects de SpA ont eu toire du rachis thoracique quand la douleur est
une IRM des sacro-iliaques annuelle pendant 2 ans thoracique est statistiquement significatif à 1,71
[41]. Ces patients étaient principalement des fem- (IC95% : 1,09-2,67, p=0,02), mais 61 % des patients
mes (62 %) dont l’âge moyen était 34.9 ± 10.3 ans se plaignaient de cette région alors que seuls 19 %
et ne prenaient pas de biomédicament pendant la avaient une IRM thoracique positive [44]. Cette
période de suivi. Pour les 44 patients sans sacro- discordance est trop importante pour ne faire de
iliite initialement, des signaux inflammatoires sont l’imagerie que centrée sur les symptômes, il est
apparus dans les 2 ans dans 15 %. A contrario, 30 plus intéressant de faire le rachis en totalité.
% des 24 patients à IRM positive initialement ont
vu leur IRM se normaliser dans le temps. Le sexe La sensibilité au changement de l’IRM, en parti-
et le statut HLA B27 influencent grandement, de culier rachidienne, ne semble pas bonne dans la
façon indépendante, le risque d’avoir une IRM po- SpA. Comme on l’a vu précédemment, plusieurs
sitive. Si le patient est de sexe masculin et porteur mois de prise quotidienne d’AINS ne modifient
du gène HLA B27, le rapport de vraisemblance pas la présence de signal inflammatoire en IRM
d’avoir une sacro-iliite en IRM est proche de 70. [40]. Concernant la sensibilité au changement
En revanche, un patient HLA B27 négatif avec une sous anti-TNF, on observe une diminution nette
IRM des sacro-iliaques initiale négative a moins des scores inflammatoires rachidiens après traite-
de 5 % de chance d’avoir une IRM positive dans les ment à l’échelle du groupe [45]. Cependant, cette
deux ans qui suivent. variation est indépendante de la variation clinique
à l’échelle de l’individu, et n’a donc pas d’intérêt
Il peut donc être intéressant de refaire une IRM en pratique quotidienne.
des sacro-iliaques à distance si l’IRM initiale est
normale, mais seulement dans une certaine catégo- L’atteinte inflammatoire du rachis, contraire-
rie de patients que le rhumatologue doit apprendre ment aux sacro-iliaques, est un des facteurs pré-
à mieux déterminer [42]. Pour les autres, en parti- dictifs de la réponse aux anti-TNF [46]. En revan-
culier les femmes HLA B27 négatif, il vaut mieux che, il n’existe aucune donnée à ce jour montrant
214
que la disparition complète des lésions inflamma- turales n’est pas suffisante pour affirmer le dia-
toires du rachis en IRM était associée à un gnostic de sacro-iliite inflammatoire active.
meilleur pronostic ou un ralentissement des lé- 3. L’apport de l’IRM du rachis dans le diagnostic
sions structurales. L’absence de ces données est des SpA est encore discuté. Considérer une IRM
un argument supplémentaire pour ne pas faire positive quand il y a un nombre important de lé-
d’IRM de suivi. sions, inflammatoires ou graisseuses, augmente
la spécificité des lésions, mais réduit considéra-
En synthèse, concernant l’IRM dans les spondy- blement la sensibilité et donc la rentabilité de
loarthrites axiales : l’examen. Considérer une IRM positive devant la
1. Le diagnostic repose principalement sur l’inter- présence d’un seul coin vertébral inflammatoire
rogatoire et la clinique et s’appuie sur la pré- fait courir le risque de diagnostics par excès.
sence d’une sacro-iliite radiographique ou IRM. 4. Il n’est pas utile d’arrêter les AINS avant l’IRM.
2. Selon le consensus de ASAS/OMERACT, le dia- Les variations observées sont inhérentes à la la-
gnostic radiologique positif de sacro-iliite active bilité des lésions inflammatoires et non pas à
à l’IRM repose sur la présence d’un œdème ou l’effet du traitement anti-inflammatoire.
d‘une ostéite, au niveau de l’os sous-chondral, 5. L’IRM du rachis et des sacro-iliaques n’a pas
visible sur au moins 2 coupes adjacentes s’il est d’intérêt dans le suivi des SpA en pratique quo-
focal ou sur une même coupe s’il est plurifocal. tidienne, en particulier dans l’évaluation de l’ef-
La présence isolée d’une synovite ou enthésite, ficacité des biomédicaments du fait de la discor-
de même que la présence isolée de lésions struc- dance entre la clinique et l’imagerie.
215
Fig. 1 : IRM rachidienne d’un patient souffrant d’une spondyloarth- Fig. 2 : IRM rachidienne d’un patient souffrant d’une
rite axiale avec coins vertébraux antérieurs inflammatoires de T5 à spondylarthrite ankylosante avec une discopathie L5-
T12 ainsi que du coin antérieur de S1 sur le STIR et sans anomalie S1 inflammatoire (spondylodiscite), des lésions inflam-
graisseuse sur le T1 matoires des coins vertébraux antérieurs et postérieurs
de T7 et T12 et des lésions graisseuses des coins ver-
tébraux angulaires antérieurs lombaires et thoraciques
(L5, L3, L2, L1, T12, T10, T9, T1).
216
Fig. 4 : IRM rachidienne d’une patiente souffrant d’une SpA et d’une maladie de Crohn, sans anomalie des coins et des plateaux
vertébraux sur les clichés centrés (à gauche). Les coupes latérales mettent en évidence des arthrites costo-transversaires bilaté-
rales étagées.
217
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219
221
222
A B C
Fig. 1 : Hibernome chez un homme de
62 ans. (A) Image TDM axiale montrant une
masse ovalaire (flèches) bien limitée, pro-
fonde, intermusculaire de la région glutéale,
très hypodense (-25 UH). (B-E) IRM, images
axiale T1 (B), coronale T1 (C), axiale T2 avec
saturation du signal de la graisse (D), axiale
T1 gadolinium avec saturation du signal de la
graisse (E). La masse ovalaire (flèches blan-
ches) est en net hypersignal spontané T1, hy-
persignal qui s’efface sur les séquences avec
saturation du signal de la graisse. Présence
de vaisseaux de relativement gros calibre et
flux rapide (flèches en pointillés en B).
D E
223
A B C
D E F
Fig. 2 : Tumeur desmoïde de la région glutéale chez une femme de 30 ans. (A) Image TDM axiale montrant une masse tissulaire
(flèches) au contact des muscles moyen et grand glutéaux sans calcification ni ossification. (B-C-D) Images IRM axiales T1, T2
STIR et T2*, montrant une masse tissulaire hétérogène avec des régions en franc hyposignal dans les différentes pondérations
et correspondant à des secteurs très fibreux. (E-F) Images IRM T1 FAT SAT après injection de gadolinium montrant la prise de
contact intense et hétérogène de la masse tumorale avec des digitations tissulaires tumorales au sein du grand glutéal (flèches).
224
Les séquences T1 après injection de gadoli- brose induite par la chimiothérapie prend le
nium permettent de distinguer liquides et tissus, contraste et cette prise de contraste ne peut pas
c’est-à-dire les kystes des tumeurs solides, et au être distinguée, sur des séquences non dynami-
sein d’une tumeur de visualiser les zones de dégé- ques, de la prise de contraste d’une tumeur viable.
nérescence kystique et les zones de nécrose.
Le diagnostic de récidive tumorale repose sur la
– L’hétérogénéité de la prise de contraste d’une mise en évidence d’un syndrome de masse tissu-
tumeur osseuse est en faveur d’un processus malin laire, en hypersignal T2 et prenant le contraste, à
plutôt que bénin. Ainsi dans les fractures vertébra- distinguer d’un hygroma, d’une cicatrice fibreuse,
les récentes bénignes, la prise de contraste est ho- ou de modifications post-radiques. D. Vanel avait
mogène, si bien que le signal de la vertèbre fractu- publié l’importance de l’analyse du signal en T2 de
rée tend à s’égaliser avec celui des vertèbres adja- la zone suspecte, l’absence d’hypersignal T2 per-
centes (84 % des cas) [5]. Dans les fractures mali- mettant d’écarter une récidive tumorale de façon
gnes, la prise de contraste est, au contraire, très fiable [6].
hétérogène, associant des zones qui ne prennent
pas le contraste et d’autres où la prise de contraste
est intense. En outre, les zones prenant le contras- En phase – en opposition de phase (in-
te sont disposées en mottes et n’ont pas le carac- phase/opposed-phase imaging, imagerie
tère homogène caractéristique des fractures béni- du déplacement chimique)
gnes [5]. La suppression du signal de la graisse sur
les séquences T1 après injection de gadolinium, Principe - Interprétation
fait perdre l’information de l’éventuelle égalisa- Ces séquences sont basées sur la différence de
tion du signal après injection de gadolinium, élé- précession des protons de l’eau et de la graisse. La
ment sémiologique caractéristique de l’œdème. finalité est de préciser si la graisse de la moelle
osseuse a été remplacée ou non par de la tumeur.
– Les séquences T1 après injection de gadoli- A 1,5 Tesla, les protons de l’eau et de la graisse
nium et suppression du signal de la graisse sont sont en phase pour un TE de 4,6 ms, et en opposi-
obligatoires pour les tumeurs et pseudotumeurs tion de phase (180°) pour un TE de 2,4 ms. Si on ne
des tissus mous, mais il faut disposer, pour analy- donne pas d’impulsion de rephasage, la coexis-
ser sans erreur l’intensité de la prise de contraste, tence de l’eau et de la graisse dans un voxel en-
soit d’une séquence T1 avec suppression du signal traîne une perte de l’intensité du signal sur les
de la graisse avant injection, soit de séquences dy- images obtenues lorsque les protons sont en oppo-
namiques après injection de gadolinium (intégrant sition de phase. La plus grande perte de signal
une série d’images sans contraste). s’observe quand la quantité d’eau et de graisse
dans un voxel est à peu près équivalente. Ainsi, la
présence de graisse et d’eau dans la moelle osseu-
Évaluation du traitement, recherche de réci- se normale donne, sur les images en opposition de
dive tumorale phase, une baisse de l’intensité du signal. S’il exis-
L’évaluation du traitement repose sur un critère te un remplacement tumoral de la moelle osseuse,
morphologique, la taille, une diminution de taille le signal ne chute pas sur la séquence en opposi-
traduisant une certaine efficacité du traitement, et tion de phase (fig. 3). S’il existe un œdème médul-
sur les modifications de signal et de prise de laire ou une moelle très riche en cellules hémato-
contraste de la tumeur. Mais ces critères sont peu poïétiques normales, le signal chute sur la séquen-
performants. Par exemple dans un sarcome, la fi- ce en opposition de phase, car la graisse de la
225
A B C D
Fig. 3 : Plasmocytome chez un homme de 43 ans. (A-B-C-D) IRM images sagittales T1, T2 STIR, en phase (C), en opposition
de phase (D). Syndrome de remplacement médullaire de la vertèbre C6 (flèches). Absence de chute du signal sur la séquence en
opposition de phase traduisant le remplacement de la graisse de la moelle osseuse par de la tumeur. (rapport signal en opposition
de phase/signal en phase égal à 0,9).
moelle osseuse est toujours présente. On obtient cessus focal est bénin ou malin [7-10]. Ainsi dans
des résultats quantitatifs en rapportant pour une les fractures vertébrales malignes, la graisse de la
région d’intérêt (ROI) le signal obtenu en opposi- moelle osseuse est remplacée par de la tumeur ; il
tion de phase sur celui obtenu en phase (méthode n’y a donc pas d’opposition graisse-eau ; le signal
de Dixon à deux points). Lorsqu’il y a beaucoup est par conséquent élevé en opposition de phase.
de graisse dans la région d’intérêt, le signal ne Dans une série de 25 patients, avec 49 vertèbres
chute pas sur la séquence en opposition de phase, étudiées, dont 29 avec une fracture bénigne et 20
ce qui constitue un piège d’interprétation classi- avec une fracture maligne, Erly et coll. [8] ont ob-
que (fig. 4). tenu une spécificité de 89 % et une sensibilité de
95 % en prenant comme seuil un rapport d’inten-
sité du signal (RIS) de 0,8. Dans cette série, le RIS
Place dans la détection, le bilan d’extension, des fractures bénignes était de 0,58 en moyenne,
la caractérisation d’une tumeur, l’évaluation celui des fractures malignes de 0,98. D’autres
du traitement, la recherche de récidive auteurs ont proposé de rapporter le signal en op-
Les séquences en phase/opposition de phase, position de phase sur le signal en pondération T1
initialement utilisées en imagerie abdominale pour [10], et obtenu sur une sensibilité de 89 % et une
différencier les processus bénins et malins des spécificité de 80.5 % en prenant un seuil de 1.2.
surrénales ou du foie, ont été appliquées secondai-
rement au rachis. Ces séquences ont montré leur A notre connaissance, ces séquences n’ont pas
intérêt pour différencier les infiltrations médullai- démontré leur intérêt pour la détection, le bilan
res tumorales de la moelle normale ou si un pro- d’extension ou l’évaluation du traitement.
226
A B C
D E F
G H I
Fig. 4 : Ostéosarcome chez une patiente de 71 ans. (A-B-C) TDM, images axiales montrant une condensation hétérogène de l’os
iliaque (flèches noires), une réaction périostée spiculée perpendiculaire à l’os iliaque (flèche blanche), de fines perforations corti-
cales (petites flèches). Volumineuse masse des tissus mous antérieurs et postérieurs (flèches noires) contenant des ossifications.
(D) IRM, image axiale T1 montrant avec un très bon contraste l’infiltration de la moelle osseuse en hyposignal T1 (étoile blanche)
contrastant avec l’hypersignal de la moelle osseuse graisseuse normale (étoile noire). (E-F) IRM, images axiales T2* montrant de
nombreuses plages en franc hyposignal et correspondant à la matrice ostéoïde tumorale dont la minéralisation n’est pas visible
au scanner. (G) IRM, images sagittales en phase et opposition de phase : pas de chute de l’intensité du signal en opposition de
phase. (H-I) IRM, acquisition dynamique après injection de gadolinium (durée d’acquisition de 4s), 4 ROI positionnées, une dans
l’artère, deux dans la tumeur et une dans un muscle sain voisin. La prise de contraste de la tumeur est retardée de 20s par rapport
à celle de l’artère, avec une pente raide.
227
228
élevée, les membranes cellulaires intactes et l’es- lité de l’eau est plus grande que dans un milieu
pace extracellulaire réduit. Enfin, Mulkern et contraint comme l’hypercellularité tumorale d’une
Schwartz [22] soulignent que l’influence du signal fracture maligne. Les fractures malignes sont donc
graisseux dans le calcul de l’ADC n’est pas prise typiquement hyperintenses par rapport à la moelle
en compte, alors que la moelle osseuse contient 40 osseuse normale (coefficient de diffusion apparent
à 80 % de lipides et que de faibles variations du bas), les fractures ostéoporotiques hypointenses
pourcentage de lipides dans un voxel affectent (coefficient de diffusion apparent élevé) sur les sé-
considérablement le coefficient de diffusion (l’aug- quences de diffusion. Après les résultats très pro-
mentation du pourcentage de graisse dans la metteurs de l’étude de Baur et coll. en 1998 [12] où
moelle osseuse est de 7 % par décennie). En fait, toutes les fractures malignes étaient hyperinten-
en limitant le calcul de l’ADC à une région d’inté- ses sur les séquences de diffusion, et toutes les
rêt circonscrite au tissu anormal, l’effet lié à la va- fractures bénignes hypo – ou iso-intenses, d’autres
riation de la graisse pourrait être minimisé. études ont donné des résultats contradictoires [13,
15, 21], et il est devenu clair qu’il fallait calculer
Ces séquences sont applicables en imagerie l’ADC et avoir conscience qu’il existe un chevau-
corps entier à 1.5 ou 3 Tesla (meilleur rapport si- chement des valeurs d’ADC entre les fractures bé-
gnal sur bruit, mais davantage d’artéfacts de sus- nignes et malignes. Dans une série de 12 fractures
ceptibilité magnétique et défaut de saturation du bénignes et 15 fractures malignes, les coefficients
signal de la graisse à 3 Tesla), avec des acquisi- de diffusion apparents étaient significativement
tions réalisées en EPI dans le plan axial et recons- différents dans les deux populations, avec un ADC
truction dans le plan coronal, visualisation en MIP moyen de 3,2 ± 0.5 mm²/s pour les fractures ostéo-
avec contraste inversé [23]. porotiques et de 1,9 ± 0.3 mm²/s pour les fractures
malignes (l’ADC moyen des FO était 68 % plus
élevé que celui des fractures malignes) [21]. Ce
Place dans la détection, le bilan d’extension travail confirmait aussi que l’analyse qualitative
et la caractérisation tumorale, évaluation du est peu fiable, puisque sur les 12 fractures béni-
traitement, recherche de récidive gnes, 6 étaient hyperintenses, 5 isointenses et une
seule hypointense, et que sur les 15 fractures ma-
lignes, 9 étaient hyperintenses, 1 isointense, 4 hy-
Détection, bilan d’extension
pointenses et une hétérogène [21].
L’imagerie corps entier [23] a été utilisée pour la
détection de métastases osseuses et comparée à la
Pour les tissus mous, les micro-environnements
scintigraphie osseuse avec des performances très très cellulaires dans lesquels la diffusion est limi-
proches en terme de sensibilité. Les séquences de tée par les membranes cellulaires ont un ADC bas,
diffusion sont associées à des acquisitions corps alors que dans les régions acellulaires la diffusion
entier en pondération T1 et STIR. est libre dans toutes les directions et l’ADC élevé.
Le premier intérêt de ces séquences est donc de
Caractérisation tissulaire distinguer les masses tissulaires des masses liqui-
Ces séquences participent à la caractérisation diennes [24] et potentiellement de remplacer l’in-
tumorale. jection de gadolinium dans cette indication. Sur-
tout, de nombreux auteurs ont montré l’intérêt de
Elles sont par exemple utiles pour différencier ces séquences pour différencier les tumeurs béni-
fracture vertébrale bénigne et maligne, car la gnes à ADC élevé des tumeurs malignes à ADC
mobilité de l’eau est différente dans les deux types bas [16-19] (fig. 5). Néanmoins, il existe des piè-
de fractures. Dans les fractures bénignes, la mobi- ges et limites à souligner :
229
A B C
D E F
Fig. 5 : Dermatofibrosarcome protuberans chez un homme jeune. (A) Photographie. Tuméfaction sous-cutanée ferme, indolore,
chez un homme jeune. Pas d’ulcération de la peau. (B-C) IRM images axiale et sagittale T2 montrant une masse ovalaire située
dans la graisse sous-cutanée, adossée sur les muscles de la paroi antérieure de l’abdomen qui sont refoulés, en hypersignal T2
peu marqué. (D) IRM cartographie des coefficients de diffusion apparents, montrant une restriction franche de la diffusion. (E-F)
IRM, images T1 après injection de gadolinium montrant une prise de contraste périphérique précoce puis de toute la masse.
230
Que ce soit pour la caractérisation initiale ou quences dynamiques après injection de gadoli-
pour l’évaluation du traitement, il vaut mieux me- nium qui sont utilisées. Le principe est de répéter
surer l’ADC dans plusieurs régions d’intérêt sur- à bref intervalle, l’acquisition d’une série d’images
tout si la tumeur est hétérogène, plutôt que d’étu- ou mieux d’un volume, après injection de gadoli-
dier une seule grosse région d’intérêt. nium à un débit rapide (au moins 2 ml/s, à l’injec-
teur automatique) et d’étudier ainsi la dynamique
Enfin pour les biopsies, il est intéressant de de la prise de contraste de la tumeur. La durée de
privilégier les régions à ADC bas, cellulaires, chaque acquisition de la séquence dynamique (ré-
plutôt que les régions à ADC élevés, myxoïdes ou solution temporelle) dépend du nombre de coupes
nécrotiques. (volume à couvrir) et de la résolution spatiale,
avec des durées choisies entre 3 et 30 secondes.
Les acquisitions sont répétées durant 5 minutes
Évaluation du traitement, recherche de réci- environ. Des logiciels fournis en routine par les
dive tumorale constructeurs permettent de tracer la courbe d’in-
La réponse tumorale après chimiothérapie ou tensité du signal en fonction du temps. L’intensité
radiothérapie peut être appréciée de manière as- du signal peut être représentée en valeur absolue
sez fiable en comparant l’ADC avant et après trai- ou en pourcentage par rapport au signal initial. La
tement. Des études ont ainsi montré que les varia- phase initiale traduit la microvascularisation et la
tions de l’ADC étaient bien corrélées à la réponse perfusion tumorale, les phases suivantes la per-
tumorale dans les sarcomes de l’os [17, 20, 31] et méabilité capillaire et le rehaussement de l’espace
des tissus mous [32], la nécrose tumorale et la per- interstitiel. L’analyse des courbes peut être qualita-
te d’intégrité des membranes cellulaires, se tradui- tive ou quantitative. Plusieurs paramètres peuvent
sant par une élévation de l’ADC. Néanmoins, les être calculés, les plus classiques étant la pente de
variations d’ADC indiquent une réponse au traite- la courbe à sa phase initiale et le délai pour attein-
ment, mais il n’y a pas de seuil d’ADC établi qui dre le maximum de prise de contraste.
permette de distinguer un bon répondeur d’un
mauvais répondeur.
Place dans la détection, le bilan d’extension,
Les séquences de diffusion et l’ADC peuvent la caractérisation de la tumeur, l’évaluation
être utilisées pour caractériser une région suspec- du traitement, la recherche de récidive
231
A B C
D E F
Fig. 6 : Ostéome ostéoïde de la corticale antérieure de l’extrémité supérieure de la diaphyse du fémur gauche. (A-B) Scanner,
images coronale et axiale montrant une lacune ovalaire (flèche), avec une calcification centrale et une condensation périlésion-
nelle. (C-D-E) IRM, images axiales T2 fatsat, T1 sans et T1 après injection de gadolinium, montrant le nidus de signal faible en
T1, signal élevé en T2, et prenant le contraste. (F) IRM, courbe dynamique avec sur l’axe des abscisses le temps après le début
de l’injection, et sur l’axe des ordonnées l’intensité du signal au sein d’une région d’intérêt. La courbe la plus haute correspond à
la prise de contraste de l’artère. Le nidus a une cinétique de prise de contraste très proche de celle de l’artère, d’intensité un peu
moindre que celle de l’artère et se lave progressivement.
étudiés par une IRM dynamique en utilisant des les séquences dynamiques que sur le T1, le STIR
séquences en écho de gradient. Les acquisitions et sur le T1 post-Gadolinium. Les temps artériel
ont été obtenues au temps artériel (30 s), veineux et artérioveineux offraient le plus fort contraste
précoce (90 s) et veineux tardif (150 s). Dans 82 entre le nidus vasculaire et l’œdème périlésion-
% des cas, il y avait une importante prise de nel (fig. 6). Aux temps tardifs, il se produit un
contraste au temps artériel et un lavage rapide et lavage partiel de l’ostéome ainsi qu’une prise de
partiel du nidus. Dans un cas, le maximum du re- contraste progressive de l’os spongieux et le ni-
haussement du signal s’est fait au temps veineux dus est noyé dans l’œdème. 93 % des ostéomes
précoce et dans un autre cas la prise de contraste ostéoïdes avaient une prise de contraste de type
était progressivement croissante. Dans notre artérielle. En montrant un rehaussement intense
centre, une étude dynamique a été réalisée chez au temps artériel et un lavage partiel au temps
110 patients consécutifs ayant un ostéome os- tardif (fig. 6), l’IRM dynamique peut éliminer cer-
téoïde. L’ostéome était toujours mieux visible sur tains diagnostics différentiels comme l’abcès de
232
Brodie, le chondroblastome, le granulome éosi- intéressée à la validation de ces trois critères sur le
nophile et l’hémangiome intracortical. Elle est synovialosarcome [38]. Le seul signe constant
également intéressante pour diagnostiquer une était la prise de contraste précoce (<6 s) (moyen-
récidive de l’ostéome ostéoïde après traitement ne 4.40 s). L’allure de la courbe de type rehausse-
percutané [35]. ment précoce et lavage progressif n’était présente
que dans 1 cas sur 10. Le rehaussement périphéri-
La distinction entre tumeur osseuse bénigne et que n’était présent que dans 2 cas. Pour les autres
maligne a été peu étudiée en IRM dynamique. cas, le rehaussement était diffus dans 4 cas et hé-
L’une des principales publications sur ce sujet dans térogène dans 4 cas. Ce critère de prise de contras-
la littérature anglo-saxonne s’est intéressée aux te précoce (<6 s) dans les tumeurs malignes des
tumeurs cartilagineuses [36]. Trente-sept patients parties molles a été également validé par d’autres
porteurs d’une tumeur cartilagineuse ont été ex- études [39].
plorés par une IRM dynamique (8 enchondromes,
11 ostéochondromes et 18 chondrosarcomes). La Les séquences dynamiques permettent de gui-
prise de contraste était précoce et intense dans der le geste de biopsie vers les zones les plus ac-
61 % des chondrosarcomes et dans seulement 5 % tives de la tumeur (où la prise de contraste est
des tumeurs bénignes. En prenant ce critère com- maximale).
me élément distinctif, la valeur prédictive positive
est très bonne à 92 %, mais la valeur prédictive Une infiltration médullaire par un processus
négative est de 72 % seulement. Ces résultats n’ont lympho – ou myéloprolifératif entraîne une bais-
pas été confirmés par l’étude de Van Der Woude et se du signal en T1, homogène, ou hétérogène mi-
coll. [37] qui ne montre pas de différence significa- cro – ou macronodulaire, qui peut être difficile à
tive dans la dynamique de prise de contraste entre distinguer du signal bas d’une moelle régénérative
les deux groupes (bénin et malin). La figure 4 il- ou d’une hétérogénéité physiologique liée à la
lustre la dynamique de prise de contraste d’un os- conversion graisseuse de la moelle osseuse. Cer-
téosarcome iliaque. tains auteurs ont comparé le rehaussement du si-
gnal en IRM dynamique de sujets normaux et de
Pour les tumeurs des parties molles, plusieurs sujets porteurs de syndromes lymphoprolifératifs.
études ont été réalisées en IRM dynamique pour Ainsi, Rahmouni et coll. [40], ont comparé les exa-
différencier tumeurs bénignes et malignes avec mens IRM de 48 patients ayant une infiltration mé-
des résultats discordants. Van Der Woude et coll. dullaire diffuse (myélome et lymphomes hodgki-
[37] ont exploré 54 tumeurs des parties molles niens et non hodgkiniens) avec les examens de
avec une IRM dynamique et ont étudié trois critè- 71 patients normaux. Le rehaussement maximal
res : le délai entre le rehaussement de l’artère et et la pente de rehaussement étaient significative-
celui de la tumeur, le type de rehaussement (péri- ment plus élevés dans le groupe avec infiltration
phérique, diffus ou absence de rehaussement) et médullaire. Les conclusions de cette étude sont
l’allure de la courbe de rehaussement. Les critères difficiles à appliquer en pratique courante parce
en faveur d’une tumeur maligne étaient la prise de qu’un rehaussement maximal et une pente de re-
contraste précoce (dans les 6 secondes suivant la haussement seuils au-delà desquels on peut affir-
prise de contraste artérielle) (sensibilité 91 %, spé- mer une infiltration n’ont pas été définis. D’autre
cificité 72 %), le rehaussement périphérique (sen- part, une infiltration médullaire limitée est difficile
sibilité 73 %, spécificité 97 %), une courbe de type à différencier d’un aspect normal chez les sujets
rehaussement précoce et lavage progressif (sensi- jeunes où le rehaussement maximal présente une
bilité 86 %, spécificité 81 %). Une autre étude s’est variabilité très importante.
233
234
pseudotumeurs de l’os ou des tissus mous, comme ces des séquences classiques pour le diagnostic
un chondrome sur une IRM du genou, des angio- différentiel bénin/malin, un ADC bas et un rehaus-
mes sur une IRM du rachis. La détectabilité des sement intense et précoce évoquant la malignité.
métastases osseuses sur des acquisitions corps en- Les séquences fonctionnelles seraient néanmoins
tier en pondération T1, STIR et diffusion a été prises en défaut sans une analyse parallèle des sé-
comparée à celle de la scintigraphie osseuse. quences classiques, avec par exemple un ADC bas
pour les abcès et un ADC élevé pour les tumeurs
Lorsqu’il s’agit de préciser la forme, les contours, malignes à tissu myxoïde. La spectroIRM, d’intro-
la taille, l’étendue d’une lésion, ses rapports anato- duction relativement récente, certainement pro-
miques, notamment la pénétration du canal verté- metteuse pour l’étape de caractérisation tumorale,
bral ou des foramens, l’englobement des pédicules est de mise en œuvre et d’interprétation beaucoup
neurovasculaires, ou l’extension à l’articulation plus délicate qu’en imagerie encéphalique.
voisine, les séquences classiques, T1, T2 avec sa-
turation du signal de la graisse, T2* et T1 après L’IRM est utile en cours de chimiothérapie néoa-
injection de gadolinium, séquences dites anatomi- djuvante pour apprécier la réponse thérapeutique,
ques, sont les plus performantes. Elles apprécient et en fin de chimiothérapie, avant le geste chirur-
ainsi l’extension de la tumeur et sont les plus im- gical, pour apprécier la réponse thérapeutique et
portantes pour caractériser la tumeur à partir de planifier la résection. Les séquences fonctionnel-
critères simples comme le siège, le signal, la prise les, diffusion avec calcul de l’ADC et surtout per-
de contraste. Pour les tumeurs/pseudotumeurs de fusion améliorent les performances des séquences
l’os, la caractérisation tumorale est basée sur l’ap- classiques. Il en est de même pour la recherche de
préciation de l’agressivité lésionnelle et sur le bi- récidive tumorale.
lan d’extension local et général. Les séquences en
phase/opposition de phase, en un temps d’acquisi- Au total, quelle que soit l’étape considérée, les
tion court, apprécient le remplacement de la moel- séquences classiques sont indispensables ; les sé-
le osseuse normale par les processus lympho – et quences fonctionnelles, aisément disponibles, doi-
myéloprolifératifs. Pour les tumeurs/pseudotu- vent être systématiquement intégrées dans les
meurs des tissus mous, l’IRM manque très souvent protocoles d’exploration tumorale ; la spectroIRM
de spécificité. La malignité est évoquée sur un appartient au domaine de la recherche.
faisceau d’arguments comme le siège profond, le
changement de compartiment anatomique, la La richesse en séquences ne doit néanmoins pas
taille (supérieure à 5 cm). Pour l’os et les tissus faire oublier que le diagnostic d’une tumeur/pseu-
mous, les séquences fonctionnelles, diffusion avec do-tumeur de l’os et des tissus mous nécessite une
calcul de l’ADC et surtout perfusion avec les sé- approche systématique et que l’imagerie ne consti-
quences dynamiques, améliorent les performan- tue qu’une partie de cette approche systématique.
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237
239
gerie en tenseur de diffusion. Le but est d’obtenir sion de chaque voxel est généralement représen-
une information plus précise non seulement sur la tée par une ellipsoïde en 3 dimensions, formée
diffusion globale de l’eau au sein du tissu, mais grâce aux 3 vecteurs propres.
aussi sur sa direction préférentielle. Plus on aug-
mente le nombre de directions le long desquelles
on applique les gradients de direction, plus on ac-
quiert de précision dans la détermination de l’ani-
sotropie. Un nombre élevé de directions majore
cependant le temps d’acquisition et donc le flou
cinétique [5, 6].
240
• la fraction d’anisotropie (FA) exprime le carac- lignes (la plus utilisée) et la technique de l’advec-
tère anisotropique d’un tissu. Il s’agit de va- tion diffusion (notamment dans les régions anato-
leurs comprises entre 0 (isotropie parfaite) miques complexes où plusieurs directions diffé-
et 1. Plus la FA est élevée, plus les molécules rentes sont regroupées) [5, 6]. Le but est de
d’eau sont “forcées” à diffuser dans une direc- connecter entre eux des voxels qui possèdent des
tion préférentielle. Cette valeur est extraite vecteurs principaux et des valeurs de FA similai-
des valeurs propres de λ1, λ2 et λ3. res, l’hypothèse étant que des voxels de propriétés
Il est possible d’obtenir des cartographies de voisines appartiennent à un même tissu.
FA, ADC, AD et RD.
Une fois l’algorithme de tractographie lancé sur
la cartographie de FA, il est donc possible d’obte-
Tractographie nir une modélisation en 3 dimensions de la struc-
ture étudiée. Le codage couleur est le même que
La tractographie est une évolution de la techni- celui employé sur les cartographies de FA (fig. 1).
que précédente. Elle consiste à modéliser sous la
forme de fibres en trois dimensions la direction
préférentielle des milieux anisotropes à partir des Résumé des étapes nécessaires à la
cartographies de FA. Selon le logiciel utilisé, les tractographie
critères de tracking et d’affichage de fibres varient.
Plusieurs paramètres peuvent être pris en compte, L’application d’une séquence en tenseur de dif-
les principaux étant la valeur seuil de FA, la valeur fusion ainsi que le post-traitement qui en découle
seuil de b0 (permettant une élimination du bruit), varient selon les constructeurs et les logiciels choi-
le seuil d’angulation de la fibre, la longueur mini- sis pour l’analyse. Les logiciels constructeurs étant
male de la fibre. En général, les logiciels utilisent parfois restreints sur le nombre de paramètres à
une combinaison de certains de ces paramètres étudier ou sur la finesse de l’étude, il sera préféré
afin d’afficher les fibres. Les combinaisons les plus des logiciels tiers choisis selon le système d’ex-
populaires sont la technique de propagation des ploitation à disposition (certains logiciels disponi-
bles uniquement sous Mac, Linux ou Windows), le
type d’étude menée et les paramètres exploités.
L’inconvénient majeur du post-traitement effectué
sous un logiciel tiers est qu’il faut bien souvent ef-
fectuer au préalable plusieurs actions chronopha-
ges. Quelques exemples :
• Transfert des images hors de la console d’IRM ;
• Changement de format des images. Selon les
constructeurs, le format extrait peut varier et
les logiciels tiers ne supportent parfois qu’un
type de format précis ;
• Recalage des images pour corriger les décala-
ges liés aux distorsions et artefacts de mouve-
ments si nécessaire, ce qui permet une amélio-
Fig. 1 : Vue frontale d’une tractographie de racines lombai- ration du rapport signal sur bruit ;
res normales avec fusion anatomique. La couleur bleue té-
moigne de la direction craniocaudale des racines, la couleur
• Extraction et entrée à la main de paramètres
rouge-rose de leur direction oblique (gauche-droite). comme les gradients de direction.
241
242
a b c
Fig. 2 : Myélopathie cervicarthrosique. Hypersignal T2 intramédullaire mal limité en regard de C5-C6 (a). Tractographie de la
moelle (b) et vue agrandie de la tractographie dans le fiberviewer en regard de l’étage comprimé (c). La tractographie paraît
morphologiquement peu altérée et la FA en regard de C5-C6 est peu diminuée (0,47), ce qui suggère une préservation de la mi-
croarchitecture de la moelle.
243
a b c
Fig. 3 : Myélopathie cervicarthrosique. Hypersignal T2 intramédullaire marqué, bien limité en regard de C5-C6 (a). Tractogra-
phie de la moelle (b) et vue agrandie de la tractographie dans le fiberviewer en regard de l’étage comprimé (c). Il existe une
importante altération de la tractographie en regard de l’hypersignal T2 intramédullaire et la FA est fortement diminuée (0,35), ce
qui est compatible avec l’hypothèse d’une cavitation intra-médullaire (destruction de l’architecture fibrillaire permettant à l’eau
de diffuser plus librement).
de l’atteinte clinique (score JOACMEQ) [14, 25, corrélées à la sévérité de l’atteinte clinique et au
26], même si cela n’a pas été retrouvé par toutes pronostic du patient ; les résultats à l’heure actuel-
les équipes [23]. On peut supposer qu’en cas le sont encore peu convaincants [24, 27, 28].
d’œdème, la moelle conserve son architecture fi-
brillaire (baisse peu marquée de la FA), alors
qu’elle la perd en grande partie en cas de rema- Autres indications potentielles
niements nécrotiques avec phénomènes de cavita-
tion médullaire (fig. 2, 3). La FA est alors forte- L’imagerie en tenseur de diffusion et la tracto-
ment altérée puisque l’eau va pouvoir diffuser graphie ont également été utilisées dans l’évalua-
beaucoup plus librement. tion des lésions traumatiques de la moelle [29-34],
de la résécabilité des tumeurs intramédullaires so-
Les modifications de l’aspect visuel de la tracto- lides [35, 36] et dans l’évaluation de malforma-
graphie (normal, indentation, interruption partiel- tions artérioveineuses [37], de myélites [38, 39],
le ou complète) et le nombre ou la longueur des de compressions médullaires [40, 41], de diasté-
fibres comptées par le logiciel ont été diversement matomyélie et de moelle attachée longue [42].
244
245
Chez les patients présentant un syndrome du ca- Un seul travail a porté sur les récidives de syn-
nal carpien, la majorité des auteurs ont rapporté drome du canal carpien après intervention chirur-
une diminution de la FA [7, 50-54]. Seule une étu- gicale [17]. Les patients présentaient une diminu-
de n’objective pas de modification de l’anisotropie tion de la diffusion, mais une FA intacte. De plus,
[55]. La FA varie cependant le long du canal car- ceux avec fibrose endoneurale (nerf médian élargi
pien, ayant tendance à augmenter en distalité chez et rehaussement endoneural après injection de ga-
les témoins (les fibres transitant dans un espace dolinium) présentaient des valeurs d’ADC et de dif-
plus réduit) et à diminuer chez les patients (œdè- fusion radiale plus basses que ceux sans fibrose. La
me intrafasciculaire) [17, 50, 56]. Une seule étude fibrose endoneurale pourrait donc entraver la dif-
retrouve une diminution de la FA à la distalité du fusion libre de l’eau, mais également affecter la
canal carpien chez les témoins [7]. L’analyse de la myéline plutôt que l’axone, la diffusion axiale étant
différence entre les mesures distale et proximale moins affectée (cicatrice intrafasciculaire) [47, 60].
pourrait ainsi sensibiliser les résultats [50]. De la
même façon, une valeur non modifiée [50, 51, 52,
54] ou une augmentation de l’ADC [7, 51, 55] a été Évaluation des racines spinales
rapportée dans la littérature.
Une diminution de la FA et une augmentation de
L’apparente hétérogénéité de ces résultats peut la MD de racines lombaires ou cervicales compri-
s’expliquer par la diversité des protocoles utilisés mées par un conflit discoradiculaire ont été rap-
(différence de champs magnétiques, d’antennes, portées dans la littérature [61-64]. Des modifica-
de paramètres d’acquisition), mais également de tions similaires des paramètres DTI ont également
la sévérité du syndrome du canal carpien. En effet, été rapportées chez des sujets souffrant de radicu-
même si une bonne corrélation a été rapportée en- lalgies sans conflit [63]. Ces paramètres pourraient
tre les modifications des paramètres DTI et les donc être corrélés à la clinique, indépendamment
données de l’électroneurographie [17, 51, 55, 57], de l’existence d’un conflit discoradiculaire [63].
ce type de mesure semble manquer de sensibilité Dans une étude récente [62], les données cliniques
pour la détection de compressions nerveuses peu étaient corrélées avec les valeurs de MD, de diffu-
marquées [50, 55]. De plus, une grande variabilité sivité axiale et radiale, mais pas avec celles de la
des paramètres de diffusion était rapportée chez FA, suggérant que la démyélinisation, la tuméfac-
les sujets normaux [56, 58, 59], ce qui explique les tion axonale et l’œdème ou l’inflammation des tis-
difficultés à définir une valeur seuil permettant de sus adjacents sont davantage responsables des
distinguer les sujets sains des sujets pathologi- symptômes en cas de compression nerveuse que
ques. Enfin, ces paramètres doivent être analysés l’atteinte de la densité axonale. La tractographie
en fonction de l’âge des patients. En effet, des mo- peut également parfaitement objectiver un effet de
difications de la diffusion et de l’anisotropie simi- masse, un rétrécissement ou un arrêt complet de
laires à celles observées dans le syndrome du ca- la racine tractée, mais son apport vis-à-vis des sé-
nal carpien peuvent se développer avec l’âge en quences morphologiques classiques doit être pré-
dehors de toute symptomatologie clinique [7, 55, cisé (fig. 6) [61, 64]. Cette imagerie pourrait par
56]. Le sexe du patient ne semble par contre pas contre peut-être s’avérer utile pour objectiver des
influencer les valeurs des paramètres de diffusion. compressions nerveuses extraforaminales [65].
Même si des valeurs seuil de FA et d’ADC ont été L’obtention d’une tractographie des racines lom-
proposées dans la littérature pour authentifier un baires de qualité à 3 Teslas bénéficie de l’utilisa-
syndrome du canal carpien [7], les données ac- tion de champs de vue réduits afin de s’affranchir
tuelles assez divergentes dans la littérature inci- de certains artefacts plus marqués à cette puissan-
tent à la prudence. ce de champ magnétique [66].
246
a b
c
Fig. 6 : Hernie discale postérolatérale comprimant S1 droite. La tractographie est stoppée en regard du conflit discoradiculaire
(a, b) ; le sens des racines en (a) a été inversé pour une meilleure visibilité du conflit. La racine S1 droite est analysée dans le
fiberviewer avec la courbe de FA correspondante (c). La marque bleue montre la partie de la fibre mesurée avec le point corres-
pondant sur la courbe de la FA. Il existe donc une diminution marquée de la FA au site de compression radiculaire.
247
Le plexus sacré peut également être tracté coll. [70], les données histologiques confirmaient
jusqu’à la racine S3 et le nerf pudendal, avec pos- que les valeurs de FA étaient mieux corrélées aux
sible implication dans l’évaluation des spina bifida paramètres axonaux (densité et diamètre des axo-
avec vessie neurologique [67]. Un aspect tronqué, nes) qu’à ceux de la myéline (densité et épaisseur
irrégulier et désorganisé des racines S1 à S3 avec de la myéline). Par ailleurs, le retour à la normale
baisse de la FA a également été rapporté chez des de la valeur de la FA au siège de la lésion était forte-
femmes souffrant d’une endométriose pelvienne ment corrélé aux paramètres de récupération fonc-
douloureuse [68], ce qui suggère une atteinte mi- tionnelle motrice et sensitive. Les données concer-
crostructurale nerveuse proximale associée et ex- nant les diffusions moyennes, axiales et radiales
plique peut-être en partie la possibilité de persis- sont par contre plus discordantes dans la littérature
tance ou de récidive des douleurs après exérèse [69-71]. Par ailleurs, la tractographie représente un
chirurgicale des lésions d’endométriose pelvien- moyen attractif pour visualiser l’interruption ner-
nes. Le plexus cervical peut également être étudié veuse et sa régénération dans le temps [46, 70].
en tractographie (fig. 7).
248
Étude des muscles [9]. Enfin, les cellules musculaires sont entourées
de graisse, ce qui est susceptible d’entraîner un ef-
Le muscle a été moins étudié en imagerie en ten- fet de volume partiel entre le signal de l’eau et ce-
seur de diffusion et en tractographie (fig. 8). Cer- lui de la graisse.
taines particularités histologiques expliquent
d’ailleurs une adaptation nécessaire des séquen- La majorité des publications porte sur la faisabi-
ces [9, 79]. Par rapport à la substance blanche, le lité de la technique pour l’étude de l’architecture
T2 du muscle est plus faible, ce qui entraîne une musculaire [9, 11, 80-84] et sur la mise en éviden-
diminution du rapport signal sur bruit en imagerie ce de modifications des fibres, de leur angle de
de diffusion [9]. La valeur de la FA est basse aux pennation et/ou des paramètres de diffusion selon
muscles et la diffusion moyenne y est plus élevée. le muscle ou la présence d’une contraction muscu-
Par conséquent, pour tracter des fibres, il faudra laire [8, 75]. L’âge ne semble pas influencer ces
un seuil de FA bas, ce qui augmentera le risque de paramètres [75, 85, 86]. En pathologie, quelques
fibres parasites dues au bruit. De plus, la diffusion publications ont rapporté l’apport potentiel de ces
se fera dans une direction moins précise [9]. Par techniques dans l’évaluation des traumatismes
ailleurs, on ne peut moyenner λ2 et λ3 en diffusion musculaires [87, 88], de dystrophies musculaires
radiale au muscle en raison d’une anisotropie plus [89], les effets de la dénervation [90-92], de l’is-
faible que celle du nerf ou de la substance blanche chémie et de la reperfusion [93].
a b
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252
253
Une fois la voie d’abord effectuée, le chirurgien Les clichés radiographiques standard gardent
refoule la racine nerveuse, incise le ligament ver- évidemment leur intérêt, mais plutôt à distance du
tébral commun postérieur s’il est intact et excise geste opératoire, car ils ne permettent pas d’analy-
le matériel herniaire. Le disque est ensuite plus ser directement les modifications du disque opéré.
ou moins cureté afin d’éviter une récidive de la Les radiographies sont très utiles pour l’analyse
hernie. des modifications osseuses et posturales. Le sys-
tème EOS est également très intéressant pour cet-
te étude globale du rachis.
Technique d’imagerie
254
A B
D E F C
Fig. 1 : Femme de 65 ans.
Lombalgies et radiculal-
gies L5 gauches avec scia-
tique paralysante. IRM
pré-opératoire (A, B, C) :
discopathie L4-L5 avec
remaniements inflamma-
toires des plateaux verté-
braux et fragment discal
visible dans le recessus
latéral gauche. IRM post-
opératoire précoce à J8
(D-H) indiquée par des
douleurs radiculaires in-
tenses de topographie
S1. Images pondérées en
STIR (D), T1 (E), T1 Gado
Fat-Sat (F et H) et T2 (G).
Aspect post-opératoire
normal avec visibilité de la
voie d’abord et rehausse-
ment du trajet chirurgical.
G H Absence d’hématome.
255
avec une récidive herniaire. Très fréquente puis- L’IRM est peu fiable dans les récidives précoces,
que présente dans plus de 80 % des cas en post- avant 2 ou 3 mois. D’où l’intérêt de techniques al-
opératoire immédiat, cette poche va progressive- ternatives en cas de suspicion de récidive précoce :
ment se résorber. Elle se présente sous la forme le discoscanner est utilisé dans cette indication
d’une masse hypointense en T1, de signal variable (fig. 2). La technique du discoscanner doit com-
en T2, se rehaussant après gadolinium alors que, porter un temps précoce et un temps plus tardif
théoriquement, un fragment discal isolé ne se re- (environ 2 heures) permettant d’objectiver la sé-
hausse pas [9, 10]. miologie suivante : opacification immédiate du
A C
B D
Fig. 2 : Discoscanner L5-S1 réalisé dans un contexte de douleurs radiculaires persistantes, 3 mois après une chirur-
gie discale. IRM non conclusive. Images du temps précoce (A et B) et du temps tardif (C et D). Absence de progres-
sion du contraste vers l’espace épidural. Pas de signe de récidive herniaire.
256
fragment discal et surtout maintien de cette opaci- tébraux ou épiduraux sont également possi-
fication lors du disco-scanner tardif, signant l’exis- bles et évocateurs quand ils sont multiloculés,
tence, la topographie et le volume du fragment et progressent significativement sur les IRM
discal récidivant. En cas de fibrose épidurale, le de suivi (fig. 3). Au stade plus tardif, la spondy-
produit de contraste injecté dans le disque ne pro- lodiscite devient évidente avec apparition
gresse pas dans l’espace épidural. d’anomalies osseuses caractéristiques : des-
truction progressive des plateaux vertébraux,
parfois associée à une sclérose de l’os médul-
Le disque et les plateaux vertébraux laire (germes peu virulents). Le diagnostic de
certitude nécessite une ponction-biopsie dis-
covertébrale avec prélèvements multiples et
Les remaniements discaux sont quasi constants
une étude bactériologique poussée (certains
après chirurgie se traduisant par une bande d’hy-
germes sont peu virulents, à croissance lente).
persignal T2 reliant la zone d’incision périphéri-
que annulaire s’étendant au nucleus. Cette ano-
malie se rehausse dans les premières semaines,
puis seule persiste l’anomalie T2. Hématome
Une prise de contraste des plateaux vertébraux Il survient généralement en postopératoire im-
du disque opéré est présente dans 20 % des cas médiat, dans les 24-48 heures. Le caractère com-
sans valeur péjorative. Une prise de contraste des pressif va entraîner une lombalgie aiguë, puis une
racines nerveuses en zone opératoire est également radiculalgie pouvant être déficitaire. L’IRM retrou-
possible, mais disparaît en principe au 6e mois. ve une collection hétérogène sur toutes les séquen-
ces, plus ou moins compressive. Il s’agit d’une ur-
gence diagnostique et thérapeutique. La réalisa-
Infections tion de cette IRM ne doit pas retarder la prise en
charge chirurgicale de ces hématomes.
Il s’agit de spondylodiscite, d’abcès et d’épidurite.
Elles représentent 1 % des complications. Deux
tableaux clinico-radiologiques sont à distinguer : Pseudoméningocèle
• Lorsque l’infection siège dans les parties mol-
les ou en épidural, le diagnostic est en général Due à une brèche méningée, elle est rare après
assez facile, l’IRM montrant des collections li- chirurgie discale sauf en cas de réintervention, car
quidiennes typiques d’abcès avec fort rehaus- les adhérences augmentent le risque de brèche
sement périphérique. Il s’agit d’infections durale. La pseudoméningocèle se caractérise en
“postérieures” assez précoces. Le rehausse- IRM par une collection liquidienne homogène de
ment intense et souvent un peu épais et/ou ir-
contours fins et réguliers. La communication avec
régulier permet de différencier l’abcès d’une
le sac dural est souvent difficile à mettre en évi-
collection de liquide céphalospinal.
dence même en utilisant des séquences sensibles
• Le diagnostic des vraies spondylodiscites pos-
au flux. Lorsqu’elle n’est pas ou plus communi-
topératoires est par contre beaucoup plus diffi-
cile et souvent retardé, car les signes IRM peu- cante, le signal du contenu peut être élevé en pon-
vent être semblables ou similaires à ceux ob- dération T1 par augmentation de la concentration
servés normalement après chirurgie [13]. La protidique. Non compliquée, cette formation liqui-
topographie des anomalies doit alerter le ra- dienne ne se rehausse pas après injection de gado-
diologue lorsque les anomalies s’étendent à la linium, ce qui, avec la finesse de sa paroi, permet
partie antérieure du disque. Des abcès périver- de la distinguer d’un abcès postérieur.
257
258
Il s’agit dans la majorité des cas d’une récidive Dans le compte-rendu, il est préférable d’utiliser
douloureuse ou de la persistance d’une douleur le terme de tissu cicatriciel à celui péjoratif de fi-
plus de 3 mois après l’opération. L’imagerie est im- brose même s’ils désignent tous deux la même
portante pour déterminer la cause de ces douleurs chose.
et décider d’une éventuelle réintervention en sa-
chant que cette chirurgie est plus difficile avec des Ce tissu de siège épidural peut diminuer pro-
résultats moins bons qu’en première intention. gressivement ou au contraire rester stable. Sa
L’histoire clinique est importante à préciser : per- composition varie également dans le temps pour
sistance de douleurs, réapparition de douleurs devenir de plus en plus fibreuse et scléreuse, ce
après intervalle libre, topographie de la douleur… qui peut se manifester sur le degré de rehausse-
ment après injection de gadolinium bien qu’il n’y
ait aucune règle.
Récidive herniaire
Il se présente sous la forme d’un tissu mal limité
C’est la plus fréquente des causes de radiculal- remplaçant la graisse épidurale, englobant plus ou
gies post-opératoires, représentant environ 30 % moins les racines nerveuses. Son rehaussement
des complications. est constant en postopératoire précoce et peut per-
sister pendant de très nombreuses années. Ce re-
Dans 20 % des cas, elle survient à un haussement est homogène (fig. 5 et 6). Cette cica-
autre étage que celui opéré et dans ce cas
le diagnostic radiologique ne pose pas de
problème particulier (fig. 4). Lorsqu’elle
survient à l’étage opéré, l’aspect peut éga-
lement être typique, mais parfois l’image-
rie est plus trompeuse [11, 14]. En effet, il
est classiquement admis qu’un fragment
discal ne se rehausse pas après injection
de gadolinium à la différence du tissu ci-
catriciel. Toutefois, une prise de contraste
périphérique est habituelle, en particulier
si le fragment discal est exclu. Ce rehaus-
sement peut parfois être global, en parti-
culier s’il y a un délai entre la réalisation
de l’imagerie et l’injection. Ce rehausse-
ment global peut aussi se voir en utilisant
les séquences T1 avec suppression du si-
gnal de la graisse.
259
A B C
Fig. 5 : Patient de 49 ans. Histoire de chirurgie discale L4-L5 en 2004 et en 2005. Douleurs radiculaires gauches. IRM réalisée en
2013. Images sagittales STIR (A), T1 (B), T1 Gado (C). Images axiales T2 (D), axiales T1 (E), axiales T1 Gado (F) et axiales T1 Gado
Fat-Sat (G). Cette IRM montre un tissu cicatriciel épidural gauche qui englobe la racine gauche et vient au contact du sac dural.
260
G
Fig. 5 (suite) : Patient de 49 ans. Histoire de chirurgie discale L4-L5 en 2004 et en 2005. Douleurs radiculaires
gauches. IRM réalisée en 2013. Images sagittales STIR (A), T1 (B), T1 Gado (C). Images axiales T2 (D), axiales T1
(E), axiales T1 Gado (F) et axiales T1 Gado Fat-Sat (G). Cette IRM montre un tissu cicatriciel épidural gauche qui
englobe la racine gauche et vient au contact du sac dural.
261
262
263
Fig. 8 : Patient de 49 ans qui souffre de douleurs radiculaires chroniques dans les suites d’une chirurgie discale L4-L5. IRM pré-
opératoire (A). IRM postopératoire (B). En postopératoire, aspect de racines agglutinées en “spaghettis” correspondant à une
arachnoïdite.
L’affaissement discal secondaire au curetage est L’IRM est l’examen de choix dans l’exploration
responsable d’une surcharge sur les éléments pos- d’un disque opéré chez un patient symptomati-
térieurs pouvant générer des douleurs, voire des que. L’injection de gadolinium ne doit pas être sys-
radiculalgies par arthrose interapophysaire posté- tématique, mais guidée par les informations four-
rieure, kystes synoviaux, fractures de fatigue des nies en cours d’examen. L’interprétation des sé-
arcs postérieurs. quences T1 avec suppression du signal de la grais-
se doit être prudente, car en montrant “trop bien”
Le pincement discal va entraîner un rétrécisse- des prises de contraste modérées, le diagnostic
ment foraminal qui, en association avec une arth- peut être difficile entre récidive herniaire et tissu
rose interapophysaire postérieure, peut causer un cicatriciel.
conflit radiculaire foraminal.
Dans tous les cas, l’imagerie précoce est difficile chirurgicale immédiate. Elle devient plus facile
d’interprétation pour ce qui concerne le disque et d’interprétation après le 6e mois, ce qui doit
les plateaux vertébraux, mais permet d’éliminer conduire le clinicien à différer si possible la réali-
une complication grave nécessitant une reprise sation de cette imagerie après ce délai.
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265
L’imagerie de perfusion s’est fortement dévelop- titatifs, explorant la perfusion, mais aussi la per-
pée en IRM dans plusieurs domaines, essentielle- méabilité capillaire des tissus. En effet, l’adminis-
ment en neuro-imagerie et en oncologie (diagnos- tration d’un bolus d’agent de contraste va induire
tic initial et suivi sous traitement par étude de l’an- une réponse propre à chaque tissu avec deux com-
giogenèse). Son but est d’évaluer la microcircula- posantes, l’une vasculaire correspondant à la per-
tion d’un tissu et de la décrire objectivement via fusion, et l’autre liée à la fuite capillaire en rapport
l’obtention de données chiffrées. avec la perméabilité capillaire. L’étude de la perfu-
sion nécessite ainsi une haute résolution tempo-
relle pendant un temps d’acquisition limité, étu-
Technique diant le premier passage, tandis que les études de
perméabilité requièrent un temps d’acquisition
Principe de la séquence plus long et à plus faible résolution temporelle,
étudiant l’accumulation dans l’interstitium liée à
L’imagerie de perfusion vise à suivre en temps la perméabilité capillaire. Néanmoins, le terme de
réel l’évolution du signal IRM d’un tissu au cours de “perfusion” est souvent utilisé dans la littérature
l’injection du produit de contraste [1]. Nous parle- pour décrire l’un ou l’autre de ces phénomènes, et
rons ici de la perfusion T1 DCE (“Dynamic Contrast nous adopterons également cette terminologie
Enhancement”), la plus utilisée, notamment dans le globale.
domaine musculo-squelettique. Des séquences
d’angiographie dynamique 3D de type TRICKS ou L’acquisition IRM permet d’obtenir une courbe
TWIST (basées sur un codage elliptique centrique d’évolution de l’intensité du signal T1 en fonction
de l’espace k) peuvent également être utilisées [2]. du temps (fig. 1). À la différence d’autres modali-
Les séquences sans injection ne sont a priori pas tés d’imagerie comme la tomodensitométrie, la re-
utilisables en pathologie osseuse en raison d’un lation entre le signal et la concentration du produit
rapport signal à bruit insuffisant [3]. de contraste est non linéaire et complexe à cause
de la dépendance du signal à de multiples paramè-
L’étude de la perfusion se fait en deux étapes : tres techniques (de champ ou de séquence). Toute
paramétrage et acquisition de séquences dynami- la difficulté de la perfusion DCE est donc d’extra-
ques avant, pendant et après l’administration d’un poler à partir des données acquises la variation de
agent de contraste, puis post-traitement de ces la concentration de gadolinium en fonction du
données permettant le calcul de paramètres quan- temps [4].
267
Fig. 1 : Courbe d’évolution du signal en fonction du temps obtenue par mesure au sein d’une région
d’intérêt (col fémoral chez un sujet sain).
268
rehaussement rapide est suivi d’un plateau, le type La dernière méthode d’analyse est dite “quanti-
4 où le rehaussement rapide est suivi d’un wash tative”. Elle est la plus poussée et permet d’obte-
out, et le type 5 où le rehaussement rapide se pour- nir des paramètres cinétiques de la distribution du
suit progressivement. produit de contraste, reflétant la physiologie du
réseau microcirculatoire. Le principe est d’appli-
La deuxième méthode d’analyse, dite “semi- quer un modèle pharmacocinétique aux courbes
quantitative” fournit des paramètres directement de concentration du produit de contraste. Cette
mesurables sur la courbe (fig. 2) tels que la pente analyse diverge donc des précédentes, car elle doit
de rehaussement (wash-in, initial slope), le temps être réalisée à partir des courbes de concentration
d’arrivée au pic (time to peak), l’amplitude (maxi- du produit de contraste et non à partir des courbes
mum enhancement peak), l’aire sous la courbe de signal. Pour réaliser cette conversion, il est sou-
(area under the curve) et le lavage (wash-out). Elle haitable de connaître la valeur initiale du T1 du
permet ainsi une analyse plus objective au moyen tissu avant injection. Cette valeur n’est pas mesu-
de paramètres chiffrés issus de la morphologie de rable directement sur les images acquises, car le
la courbe. signal dépend certes du T1, mais également
d’autres paramètres. Elle est le plus souvent calcu-
L’analyse des courbes est une technique repro- lée et présentée sous forme d’une cartographie
ductible, mais la signification des paramètres n’a grâce à l’acquisition de séquences dédiées avant
pas de réelle corrélation avec la physiologique l’injection du produit de contraste. Afin de pouvoir
tissulaire. interpréter correctement les variations du signal
Fig. 2 : Courbe d’évolution du signal en fonction du temps. 1 : Pente initiale (wash in). 2. Pente dé-
croissante (wash out). 3 Pic maximal (amplitude maximale). 4. Temps d’arrivée au pic. 5. Aire sous la
courbe.
269
Fig. 3 : En bleu, la courbe d’évolution du signal par rapport au temps est mesurée directement par ROI
au sein de l’artère fémorale. En rouge, on obtient un courbe ajustée après modélisation (« fitting », en
rouge) traduisant l’évolution de la concentration du gadolinium en fonction du temps.
au sein du tissu, le comportement du signal arté- reflète à la fois le flux sanguin et la perméabilité
riel dans le vaisseau qui irrigue directement le tis- capillaire. Ainsi, si la perméabilité est très impor-
su doit également être déterminé : c’est la fonction tante (cas des tumeurs), le Ktrans reflète essentielle-
d’entrée artérielle (AIF) (fig. 3). Un modèle cinéti- ment le flux sanguin, car sa diffusion n’est pas li-
que décrivant la distribution du gadolinium dans mitée par la perméabilité. Si la perméabilité est
le tissu peut alors être appliqué. Il s’agit le plus par contre faible, le passage du gadolinium du sec-
souvent du modèle de Tofts [1, 3, 4, 7] schématisé teur intravasculaire au secteur extracellulaire est
dans la figure 4. difficile et le flux sanguin n’a que peu d’influence
sur ce phénomène ; le Ktrans reflète alors la perméa-
Les paramètres pharmacocinétiques les plus fré- bilité [3, 8].
quemment rapportés dans la littérature sont les
volumes plasmatiques Vp et interstitiel Ve (extra- L’analyse quantitative en DCE-MRI est donc un
vasculaire, extracellulaire) ainsi que les constan- processus complexe qui nécessite plusieurs éta-
tes Ktrans et Kep. Le Ktrans est le paramètre le plus pes. Chacune d’elles est cruciale, car elle influen-
fréquemment étudié dans les études de perfusion ce la précision et l’exactitude des paramètres
DCE [3]. Son interprétation est complexe, car il calculés.
270
Fig. 4 : Schématisation du modèle de Tofts. Dans le modèle « simple », le compartiment plasmatique est
négligé tandis qu’il est pris en compte dans le modèle étendu. Ktrans est la constante d’échange entre le
plasma et l’espace extra-cellulaire. Kep est défini comme Ktrans/Ve.
271
272
Interprétation et mesures
Déterminer l’AIF
Comme nous l’avons vu, l’interprétation peut se
Il est recommandé de mesurer l’AIF directement faire selon différentes modalités. Précisons que
dans un vaisseau de gros calibre inclus dans le vo- pour l’analyse quantitative, l’analyse peut se faire
lume d’exploration [10, 11]. L’avantage est de par régions d’intérêt et/ou par étude pixel-à-pixel,
prendre en compte la variation du signal induite auquel cas des cartographies paramétriques cou-
par l’agent de contraste dans le vaisseau nourri- leur sont classiquement générées (fig. 5). Ces car-
cier le plus proche, et donc d’interpréter au mieux tographies permettent une meilleure visualisation
les variations du signal tissulaire en prenant en des variations des paramètres dans l’ensemble du
compte l’influence hémodynamique du sujet. Im- volume, mais nécessitent un temps et une puis-
pliquant une mesure, cette méthode expose de fait sance de calcul informatique plus importants.
à des biais de mesure (volume partiel, effets de
flux…) [4]. Par défaut [11], des méthodes dites de
“référence” sont utilisables. Elles impliquent des Données de la littérature
modèles mathématiques standards (Weinmann,
Parker…) issus de mesures d’AIF sur populations Les paramètres étudiés dans les différents tra-
souvent réduites (20 à 30 patients). Elles ont l’in- vaux étant souvent différents, ceux-ci ne seront
convénient de ne pas prendre en compte les spéci- pas détaillés dans les exemples suivants issus de
ficités du sujet, mais l’avantage de ne pas exposer la littérature récente. Le terme générique “para-
aux biais de mesure. mètres de perfusion” sera ainsi utilisé afin de faci-
liter la lecture. Le lecteur soucieux d’en savoir plus
pourra se référer à l’article original.
Choix du modèle pharmacocinétique
273
a b c
Fig. 5 : Images issues de la hanche droite d’un sujet témoin. (a) Reconstruction MPR de l’acquisition native à partir d’une série
acquise dans le plan axial. (b) Cartographie du paramètre Ktrans. (c) Cartographie du paramètre Ve. Sur ces cartographies, on note
une différence des paramètres pharmacocinétiques entre les segments épiphysaire proximal, métaphysaire et diaphysaire.
liées à l’angiogènese [16]. Ce mécanisme corres- thérapie [18]) et le suivi sous thérapies anti-angio-
pond au recrutement de vaisseaux préexistants et géniques [19].
au développement de néo-vaisseaux. Les tumeurs
malignes sont ainsi caractérisées par une hétéro- La perfusion bénéficie également au diagnostic
généité spatiale et des désordres structuraux de la et au suivi post-thérapeutique des ostéomes os-
vascularisation, la présence de vaisseaux fragiles téoïdes. Dans une étude récente, Teixeira et coll.
et perméables, un flux variable et instable, des zo- [20] ont démontré la valeur pronostique de la per-
nes hémorragiques, une densité variable, une tor- fusion DCE dans la récurrence après traitement.
tuosité et une vasodilatation. Des modifications Les auteurs ont identifié le profil de courbe des os-
sont attendues comme une augmentation du sec- téomes ostéoïdes. Ces lésions étant fortement vas-
teur extravasculaire et extracellulaire ainsi que cularisées, leur pente est élevée, et le délai entre le
des modifications des paramètres de perfusion et pic de rehaussement maximal du nidus et celui de
perméabilité. La perfusion a ainsi démontré son l’artère est faible (fig. 6). En réalisant une étude
intérêt dans la caractérisation tumorale (exemple perfusionnelle après traitement percutané, il ap-
des tumeurs cartilagineuses [17]), l’évaluation paraît possible de prédire le risque de récurrence
non invasive de la réponse précoce tumorale (Se 92,3 %, Sp 95,2 %).
(exemple de la réponse de métastases à la radio-
274
275
Fig. 7 : (tirée de Shih et coll. [21]) Courbes signal/intensité issues de mesures de perfusion des
corps vertébraux L3 réalisées en fin de traitement d’une leucémie aigüe myéloïde. En haut :
le profil de courbe indique une vascularisation importante ; le patient a présenté une rechute
précoce. En bas : le profil de courbe indique une vascularisation réduite ; le patient est resté en
rémission complète.
276
277
Fig. 9 : (tirée de Schoierer et coll. [31]) Exemples de courbes de perfusion (en rouge : au sein du foyer fracturaire ; en bleu, muscle
de référence). En haut, la courbe rouge s’éloigne de la courbe bleue, ce qui indique une bonne vascularisation ; le contrôle à un
an révèle des signes de consolidation. En bas, les deux courbes sont proches ; au contrôle à un an, le patient ne présentait pas
de signe de consolidation.
278
De nombreux travaux scientifiques doivent en- technique. Une cotation CCAM spécifique pour-
core être conduits dans de nombreux domaines de rait être introduite lorsque cette séquence est réa-
la pathologie musculo-squelettique. Les sociétés lisée dans certaines indications pour lesquelles
savantes d’imagerie médicale ont ainsi pour mis- elle aura démontré son intérêt.
sion de faire connaître cette technique et ses appli-
cations auprès de la communauté radiologique,
notamment hors des centres universitaires. Les ra- Conclusion
diologues pourront ainsi démystifier cette techni-
que et apprendre à l’adapter à la région anatomi- Les techniques de perfusion sont actuellement
que et à l’objectif étudié. En communiquant avec applicables en imagerie musculo-squelettique. Un
les cliniciens, ceux-ci pourront apprécier l’apport travail de paramétrage des séquences est néces-
de cette séquence dans certaines prises en charge saire pour s’adapter à chaque région anatomique
et demander la réalisation de cette séquence dans et à chaque pathologie, et les procédures de post-
des explorations ultérieures : les images clefs traitement doivent être maîtrisées par les profes-
pourront être exportées dans le PACS, les données sionnels. Les perspectives d’application de la per-
d’interprétation intégrées au compte rendu ; la fusion sont la définition du “normal”, l’améliora-
communication entre radiologues et cliniciens tion des connaissances physiopathologiques, le
prend donc ici encore une place essentielle. Enfin, diagnostic et le suivi de nombreuses pathologies,
l’absence de valorisation financière des séquences notamment tumorales et rhumatismales.
avancées n’encourage pas la diffusion de cette
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280
281
A B
Fig. 1 : Spectroscopie du proton du muscle normal chez un cadavre de 80 ans. A) Position du voxel (carré jaune) dans le vaste
latéral du muscle quadriceps. Notez la position des bandes de saturation (zones pointillées en regard du voxel). B) Spectre ob-
tenu à 3.0 tesla avec un TE de 144 ms après la suppression d’eau avec l’identification des pics d’eau résiduel (Eau res), de choline
(Cho), de créatine (Cr) et des lipides intra (Lip intra) et extra-cellulaire (Lip extra).
calibration), l’acquisition sans saturation de l’eau Le shimming (correction informatique des inho-
et l’acquisition avec saturation d’eau. Les paramè- mogénéités du champ magnétique) est important
tres techniques les plus importants à connaître se- pour l’acquisition d’un spectre de qualité. Le shim-
ront détaillés ci-dessous. ming peut être de réalisation manuelle et/ou auto-
matique. Le shimming manuel peut mieux corriger
le champ magnétique, mais il est difficile à mettre
Le champ magnétique en pratique clinique, car il est opérateur dépendant
et prolonge de façon significative le temps d’exa-
L’intensité du signal obtenue à partir d’une zone men (la procédure est plus efficace quand elle est
d’intérêt est directement proportionnelle à la réalisée par un physicien spécialisé en IRM). Le
puissance du champ magnétique et est très im- shimming automatique et l’optimisation de la sup-
portante pour la qualité du spectre. Il est donc pression de l’eau sont moins chronophages (2-3 mi-
plus avantageux d’utiliser des imageurs à haut nutes), et dans la plupart des situations cliniques
champ magnétique pour la spectroscopie en IRM. sont suffisantes pour obtenir un spectre de qualité.
L’homogénéité du champ magnétique est fonda- Toutefois, chez certains constructeurs, il ne faut
mentale pour acquérir un spectre de qualité. Ceci pas hésiter à répéter l’opération de shimming auto-
est d’autant plus vrai dans le système ostéo-arti- matique quand la qualité du signal n’est pas satis-
culaire qui présente une grande variation de l’ho- faisante. Des discrets changements de taille et de
mogénéité du champ en fonction de la région position du voxel peuvent changer significative-
anatomique. ment le résultat du shimming automatique.
282
Fig. 2 : Patiente de 25 ans avec des douleurs de la cheville et une irrégularité corticale de petite taille. A) Coupe
axiale en scanner qui montre un épaississement cortical et périosté irrégulier à la portion antérieure de la fibula
distale (Flèche). B) Coupe axiale en IRM pondérée T1 avec saturation de la graisse après l’injection du gadoli-
nium qui montre un rehaussement périosté et des parties molles (flèche). C) Le spectre de la lésion acquis avec
un TE de 144 ms est ininterprétable dû à une ligne de base trop bruité.
283
Fig. 3 : Patient de 23 ans, bilan d’extension d’une tumeur à cellules géantes du tibial distal. A) Coupe axiale en IRM pondé-
rée T1 avec saturation de la graisse après l’injection du gadolinium qui montre une lésion lytique du tibia distal, rehaussé
de façon hétérogène avec un amincissement cortical marqué (Flèches). B) Position optimale du voxel de spectroscopie
pour l’évaluation de cette lésion (carré jaune). Notez la position oblique des bandes de saturation (zones pointillées) per-
mettant d’adapter la forme du voxel à la lésion étudiée, en excluant les zones calcifiées et les tissus péritumoraux.
Le voxel peut être unique ou multiple en spec- line. Cette dernière a un temps T2 relativement
troscopie. Les voxels uniques sont en général plus long (environ 130 ms à 3T) et son pic est plus faci-
grands et offrent donc plus de signal, augmentant lement identifiable avec un TE entre 130 et 150 ms
ainsi la qualité et les possibilités de post-traite- (144 ms dans notre pratique). Les TE plus courts
ment du spectre. Les acquisitions single-voxel sont sont une option quand le RSB est trop bas. Néan-
préférables pour la spectroscopie quantitative. Ce- moins dans ces conditions, le pic de choline sera
pendant, la spectroscopie multi voxels offre, lors proportionnellement plus petit et donc plus diffi-
d’une même acquisition, de multiples spectres de cile à identifier et à quantifier (fig. 4). De plus, à
la zone d’étude permettant une caractérisation TE court (environ 30-35 ms) le signal spectrosco-
plus détaillée, malgré une qualité inférieure des pique va être contaminé et modifié par le signal
spectres acquis. lipidique qui est très important.
284
Fig. 4 : Spectre d’une métastase de carcinome pulmonaire dans les parties molles de l’avant-bras ob-
tenu à 1.5 tesla. A-C) Spectres de la même lésion avec un TE variant entre 35 et 144 ms. Notez l’impor-
tante variation de l’amplitude proportionnelle du pic de choline (flèches) en fonction du TE. Au fur et à
mesure que le TE augmente, le pic de choline paraît plus important au prix d’une majoration du bruit
sur la ligne de base (têtes de flèche).
285
A B
286
287
La quantification des pics peut être achevée à donc nécessaire d’avoir une IRM bien calibrée et
partir [8] : de connaître le temps T2 de l’eau et du métabolite
• d’un référentiel interne (pic d’eau non sup- cible. Ceci est réalisé de façon simple avec des
primée), données de la littérature ou par le calcul du T2
• d’un référentiel externe (fantôme avec une avec des séquences avec un TE variable (T2 map-
concentration d’eau et de choline connues), ping). L’influence du temps T1 peut être éliminée
• de façon mixte (référentiel internet calibré par par l’utilisation d’un TR supérieur à 3000 ms ce
un contrôle externe), qui selon notre expérience est fortement recom-
mandé, car l’estimation du T1 en spectroscopie est
La quantification basée sur un référentiel inter- difficile en pratique et les données relatives à ce
ne est particulièrement intéressante en clinique, sujet sont aléatoires dans la littérature.
car elle ne nécessite pas de fantôme ou des acqui-
sitions supplémentaires, les autres méthodes étant Plusieurs logiciels permettant une analyse quan-
réservées notamment aux protocoles de recher- titative des spectres sont disponibles. Ces logiciels
che. La discussion qui suivra sera centrée sur cette modélisent non seulement le spectre obtenu pour
quantification à partir d’un référentiel interne. quantifier les pics de métabolites, mais offrent
aussi des outils d’optimisation du spectre (correc-
La concentration d’eau est relativement constan- tions de phase, fréquence, suppression de pics pa-
te dans les tissus humains sains et est estimée à rasites, etc.). Les logiciels d’analyse spectrale les
55.000 mmol/kg. Si la concentration tissulaire de plus répandus fonctionnent de deux façons :
l’eau est connue, l’aire du pic d’eau non supprimé • Analyse automatique basée sur des connais-
peut être comparée à celle des autres métabolites sances a priori (base de données spectroscopi-
pour établir leur concentration. Plusieurs facteurs ques pour chaque métabolite). LCMODEL et la
additionnels doivent être pris en compte pour le méthode QUEST avec le logiciel jMRUI sont
calcul basé sur la formule suivante : des techniques de quantification basées sur
des connaissances a priori. Étant donné, la fai-
ble intervention humaine, ces types de post-
traitements offrent comme avantage de réduire
les variations des valeurs obtenues et le temps
Où SCho est l’aire du pic de choline à 3.2 ppm, de post-traitement. Cependant, ce type de logi-
SH2O est l’aire du pic d’eau non supprimé, nH2O = 2, ciels est en général être moins accessible et
nCho = 9 (nombre de protons dans la formule chimi- offre moins de flexibilité pour le traitement des
que de ces éléments), MW (poids moléculaire de spectres. Développés initialement pour l’ana-
l’eau) = 18.0153 × 10-6 kg/mmol, fT1 = 1 − exp lyse des spectres obtenus sur le cerveau, ils
(-TR/T1), fT2 = exp (−TE/T2). CFH2O (facteur de commencent seulement à être utilisés pour la
correction de la concentration d’eau dans le mus- spectroscopie ostéo-articulaire.
cle) est 0.77. Certains auteurs proposent l’addition • Analyse manuelle basée sur la sélection des
des facteurs de correction supplémentaires à cette pics par l’opérateur. La méthode AMARES
formule, mais il n’y a pas de consensus dans la lit- avec le logiciel jMRUI est l’exemple le plus
térature à ce sujet [9]. connu de cette technique qui présente l’avan-
tage d’être facilement accessible et de permet-
Le temps de relaxation des tissus, comme dé- tre l’analyse des spectres obtenus dans les dif-
montré par la formule ci-dessus, a une influence férents organes et systèmes. Les mesures réa-
importante sur le calcul de la concentration. Il est lisées avec ce type de logiciel sont plus varia-
288
bles que celles obtenues avec des logiciels ce de 3.5 et 3.36 ppm respectivement peuvent
basés sur des connaissances a priori, et une être pris à tort comme de la choline (fig. 7).
interprétation très soigneuse du spectre est
nécessaire pour ne pas confondre les pics à L’implémentation de la spectroscopie quantitati-
analyser. Ceci peut être un challenge quand ve en pratique clinique est loin d’être facile et né-
des variations de fréquence sont présentes et cessite une connaissance approfondie de l’équipe-
quand des métabolites qui ont une fréquence ment utilisé, de la physique de l’IRM et du fonc-
de résonance proche de celle de la choline tionnement des logiciels de post-traitement. Une
sont présents. Dans notre pratique, la taurine équipe multidisciplinaire est souvent requise pour
et le scyllo-inositol qui résonnent à la fréquen- obtenir une quantification fiable des spectres.
289
A B C
Fig. 8 : Patient de 25 ans porteur d’une tumeur à cellules géantes du fémur distal. A) Reconstruction scannographique en 3-D
après l’injection du produit de contraste. Une lésion osseuse lytique fortement rehaussée est identifiée. B) Coupe axiale IRM
pondérée T1 avec saturation de la graisse après l’injection du produit de contraste. De multiples zones de nécrose sont identifiées
au sein de la lésion (flèches). C) Spectre obtenu à 1.5 tesla avec un TE de 144 ms. Un pic de choline est identifié à 3.2 ppm dans
cette lésion bénigne localement agressive (flèche). Notez le pic inversé des lipides probablement lié à la présence du lactate dans
les zones nécrotiques.
290
291
Fig. 9 : Étude en fantôme des variations du spectre en fonction de la présence de calcium (CaCO3). Plusieurs spectres ont été ob-
tenus à 3,0 tesla avec un TE de 144 ms du muscle strié normal d’un cadavre de 80 ans avant et après l’injection du calcium. A) Gra-
phique qui met en corrélation l’amplitude du pic de choline et la quantité de calcium dans la même région anatomique. Notez, la
réduction de la valeur estimée du pic de choline associée à l’augmentation de la quantité de calcium dans le tissu. Comme il s’agit
de la même région anatomique, la concentration réelle est constante. Extrait de Gondim Teixeira et al. Eur Radiol 2014 [13].
292
Fig. 10 : Patiente de 39 ans présentant un liposarcome de la cuisse gauche. A) Coupe axiale en IRM pondérée T1. Masse d’in-
tensité de signal graisseuse développée au sein du muscle quadriceps (flèches rouges). B) Coupe sagittale pondérée T1 avec
saturation de la graisse après l’injection du produit de contraste. Il existe une zone nodulaire rehaussée dans la portion proximale
de la lésion qui a été prise comme cible pour la spectroscopie (flèche). C) Affichage du spectre à 3,0 tesla avec un TE de 144 ms
obtenu à la console d’IRM. Le spectre n’est pas interprétable. D) La totalité du spectre issu de cette acquisition est affichée à l’aide
d’un logiciel de post-traitement. La zone que correspond à l’affichage obtenu à la console est identifiée par le carré rouge. Le pic
d’eau (flèche rouge) est beaucoup moins important que le pic de lipides (tête de flèche). Notez que, comme la zone d’affichage
présentée à la console a été basée de façon inadaptée sur le pic de lipides, la partie du spectre dans laquelle le pic de choline à
3.2 ppm pourrait être identifié (cercle rouge) n’est pas visualisée.
293
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294
Les parties molles peuvent être le siège d’un voire néfastes, car trompeuses. L’exemple le plus
grand nombre de lésions d’origines variées, que classique est celui de la myosite ossifiante circons-
l’on subdivise habituellement en tumeurs mali- crite au stade précoce, dont le caractère très symp-
gnes, tumeurs bénignes et pseudo-tumeurs. Si tomatique conjugué à une imagerie IRM caractéri-
certaines d’entre elles sont de diagnostic radiolo- sée notamment par la présence d’un œdème ex-
gique aisé, du fait d’un contexte évocateur ou tensif peut amener à la réalisation d’une biopsie
d’éléments séméiologiques caractéristiques, la qui ne fera que compliquer la situation…
distinction entre ces types lésionnels s’avère le
plus souvent ardue, notamment pour ce qui est L’œdème périlésionnel mérite-t-il le caractère
d’affirmer la bénignité de la lésion (la clinique, et péjoratif qui lui est habituellement prêté ?
notamment la douleur, n’étant le plus souvent pas
corrélée à la gravité de la lésion). Il faut donc s’en Les données de la littérature sur la question sont
remettre à une analyse séméiologique rigoureuse rares [1, 2], car l’attention a été le plus souvent, et
qui inclut des critères comme la topographie, la à juste titre, focalisée sur les caractéristiques de la
taille, le signal, la présence éventuelle de calcifica- matrice lésionnelle au détriment de son environ-
tions, le rehaussement après injection de comple- nement immédiat.
xes de gadolinium…
C’est la raison pour laquelle nous nous sommes
Parmi ces éléments séméiologiques, il en est un attachés, dans cet exposé, à étudier l’œdème périlé-
qui est particulièrement bien mis en évidence en sionnel dans les types les plus habituels de tumeurs
IRM, notamment du fait de la réalisation systéma- malignes, bénignes et pseudo-tumeurs des parties
tique de séquence de pondération T2 avec sup- molles, dans le but d’en faire un élément à part en-
pression du signal de la graisse, à savoir la modifi- tière de l’analyse séméiologique et de réduire au
cation réactionnelle du signal des parties molles minimum le caractère irrationnel de son analyse.
périlésionnelles que, pour plus de commodité,
nous allons dénommer “œdème” périlésionnel. Compte tenu d’une évidente impossibilité à l’ex-
Cet œdème, notamment lorsqu’il est extensif, a haustivité, nous nous sommes limités aux tumeurs
tendance à inquiéter le radiologue (et par là même et pseudo-tumeurs profondes des membres de
le clinicien), inquiétude qui peut conduire à la réa- l’adulte les plus fréquentes, à l’exclusion des lé-
lisation d’explorations complémentaires inutiles, sions du tronc et des lésions pédiatriques.
295
296
(S= sarcome)
297
Les pseudo-tumeurs des parties molles au niveau de l’os spongieux), “l’œdème” péritu-
moral se définit comme une modification réac-
La définition d’une pseudo-tumeur des parties tionnelle du signal des parties molles périlésion-
molles est loin d’être uniforme dans la littérature. nelles à type d’hypersignal en pondération T2,
Stricto sensu, on considère que ce sont des lésions notamment après suppression du signal de la
qui se développent dans les parties molles, mais graisse, en général sans modification du signal en
qui ne sont pas issues directement des tissus qui pondération T1.
constituent ces dernières. La définition s’est élar-
gie à l’heure actuelle à toute masse dont l’aspect Cette anomalie de signal a la particularité de
clinique, en imagerie, voire en anatomopatholo- respecter l’architecture du tissu concerné.
gie, évoque une tumeur. Elles sont, de ce fait, net-
tement plus fréquentes que les tumeurs vraies de Dans le cas d’un muscle, les travées sont respec-
la classification proposée par l’OMS. tées et il n’y a pas d’effet de masse.
La gamme lésionnelle des pseudo-tumeurs est Dans le cadre de cette étude, deux lecteurs ex-
très vaste. Certaines ne posent pas de véritables périmentés en imagerie musculosquelettique ont
problèmes diagnostiques. C’est le cas des varia- “gradé”, en consensus, l’œdème périlésionnel en
tions anatomiques que sont les muscles ou fais- cinq stades en se référant à la taille de la lésion
ceaux musculaires accessoires, des hernies mus- sous-jacente, dans un souci de reproductibilité :
culaires ou des ruptures musculaires rétractées. Il
Stade 0 : absence d’œdème
en va de même des kystes synoviaux ou mucoï-
Stade Ia : œdème limité à une minime couronne
des, lorsque leur topographie est typique et la
communication avec l’articulation sous-jacente périlésionnelle
identifiée. Stade Ib : œdème inférieur à la taille de la lésion
sous-jacente
D’autres présentent par contre des caractéristi- Stade II : œdème équivalent à la taille de la lésion
ques en imagerie qui leur confèrent un caractère sous-jacente
suspect et rendent leur diagnostic potentiellement
Stade III : œdème supérieur à la taille de la lésion
difficile. Il n’est ainsi pas rare de voir dans la litté-
sous-jacente
rature le terme “sarcome-like” associé à l’aspect
radiologique des abcès, hématomes musculaires Stade IV : œdème extensif, étendu à la majeure
ou myosites ossifiantes circonscrites au stade aigu partie du muscle concerné par la lésion
ou subaigu. C’est donc principalement sur ces lé-
sions que notre attention va se porter, afin de sa-
voir si les caractéristiques périlésionnelles, et no- Caractéristiques de l’œdème
tamment la présence d’un œdème, peuvent aider périlésionnel dans les
au diagnostic. principales tumeurs malignes
des parties molles
298
Le liposarcome représente 24 % de tous les sar- vant un aspect homogène en T2 de type liquidien.
comes avec une prévalence de 2.5 cas par million L’hétérogénéité de ce signal augmente en T2 et
d’habitants. Il se subdivise en trois principaux après contraste avec le pourcentage de cellules
sous-types : le liposarcome bien différencié et dé- rondes.
différencié, le liposarcome myxoïde et à petites
cellules rondes et le liposarcome pléomorphe. Le dernier sous-type histologique correspond au
liposarcome pléomorphe indissociable en IRM des
Le liposarcome bien différencié (“tumeur adi- sarcomes indifférenciés de haut grade.
peuse atypique” dans la nouvelle classification)
représente 40 % des liposarcomes et est donc le Dans l’intégralité des deux premiers sous-types,
deuxième sarcome le plus fréquent après le sar- aucun œdème périlésionnel n’est mis en évidence
come indifférencié. C’est une tumeur de l’adulte (stade 0) (fig. 1). Dans le dernier sous type, l’on
de la 6e ou 7e décennie. Soixante-quinze pour cent peut observer un œdème modéré de stade Ia ou Ib,
se développent aux extrémités avec 50 % des loca- comme dans les sarcomes de haut grade [10, 11].
lisations au membre inférieur. La lésion est de to-
pographie inter et intramusculaire avec une agres- Le sarcome indifférencié est un sarcome de
sivité uniquement locale, sans métastase. En IRM, haut grade, sans ligne de différenciation à l’ana-
elle ne peut être différenciée du lipome. lyse histologique appelé UPS (Undifferentiated
Pleomorphic Sarcoma) dans la dernière classifi-
La dédifférenciation se produit de novo dans cation de l’OMS. La présentation en IRM évoque
90 % des cas et après de multiples rechutes locales immédiatement une tumeur maligne de topogra-
dans seulement 10 % des liposarcomes bien diffé- phie profonde avec un signal hétérogène en T1 et
renciés [9]. Ces deux types (bien différenciés et en T2 associé à de vastes plages de nécrose tu-
dédifférenciés) de liposarcome sont facilement morale bien mises en évidence sur les séquences
diagnostiqués à l’analyse cytogénétique, car les réalisées après injection de produit de contraste.
cellules tumorales surexpriment les gènes MDM2 Ces tumeurs sont agressives localement avec un
et CDK4 [6]. envahissement vasculo-nerveux et osseux ainsi
qu’un potentiel métastatique essentiellement
Le liposarcome myxoïde et le liposarcome à cel- pulmonaire.
lules rondes sont deux variantes de la même tu-
meur et représentent 10 à 20 % de tous les liposar- Dans les différents cas de notre série, un œdème
comes. Ce sont des lésions de l’adulte jeune qui se limité, toujours nettement inférieur à la taille de la
développent dans 80 % des cas au niveau du mem- tumeur (stade Ia ou Ib) (fig. 2), était présent dans
bre inférieur avec un potentiel métastatique plus les lésions de haut grade, alors que les lésions de
élevé, ce qui grève le pronostic vital. La survie glo- bas grade ne montraient aucune anomalie de si-
bale sans métastase à 5 ans passe de 84 % pour le gnal périlésionnelle (stade 0).
liposarcome myxoïde à 69 % pour le liposarcome
à cellules rondes avec une valeur seuil pronosti- Le léiomyosarcome est un sarcome agressif avec
que de 5 % de cellules rondes communément, ac- un potentiel métastatique élevé sans caractéristi-
ceptée comme défavorable. Le plus souvent le dia- que particulière si ce n’est qu’il est pratiquement
gnostic en IRM est fait sur l’association d’un toujours retrouvé un point de départ vasculaire
contingent adipeux faible (inférieur à 10 % du vo- veineux très évocateur [10-13]. On peut observer
lume tumoral), mais reconnaissable en T1, à une un œdème périlésionnel, mais qui reste très en
matrice myxoïde facilement mise en évidence de- deçà de la taille tumorale (stade Ia, Ib).
299
a
Fig. 1 : Liposarcome bien différencié chez une patiente de
44 ans qui présente une masse indolore de la cuisse droite
de découverte fortuite. Coupes coronales en pondération T1
(a), axiales T2 (b) et axiales T1 FS G (c). Tumeur en hyper-
signal T1 de topographie profonde intermusculaire sans élé-
ment tissulaire, bien limitée, sans œdème péri lésionnel. c
Parmi les autres lésions malignes qui peuvent te lésion peut présenter un aspect pseudo-bé-
être observées, nous citerons : nin, de croissance lente parfois sur plusieurs
• Le synovialosarcome touche plutôt l’adulte années, avec une capsule et un aspect pseudo-
jeune de moins de 50 ans, avec comme site de kystique en pondération T2 très trompeur au
prédilection le creux poplité dans 85 % des creux poplité. Cependant, on rencontre le plus
cas. Il s’agit d’un sarcome de haut grade, de souvent une lésion comportant de multiples
mauvais pronostic avec une survie à 5 ans sans septas, très hétérogène aussi bien en T1 qu’en
maladie de 60 %. La tumeur présente une T2 en raison de la présence de zones intratu-
translocation spécifique t (X;18). En IRM, cet- morales hémorragiques en hypersignal T1.
300
c b
Fig. 2 : Sarcome pléomorphe indifférencié (UPS) chez une patiente de 70 ans présentant une masse indolore, mais rapide-
ment évolutive de la cuisse droite. Coupes axiales en pondération T1 (a), coronales T2 (b) et axiales T1 FS G (c). Tumeur
hétérogène en T1 et T2, de topographie profonde avec un œdème limité, nettement inférieur à la dimension tumorale. Prise
de contraste aponévrotique compatible avec une tumeur de haut grade (flèche).
Sur l’imagerie pondérée T2, la matrice tumo- partimentale, voire étendue aux tissus sous-cu-
rale est complexe en hypo, iso et hypersignal, tanés. Il apparaît de signal intermédiaire (voire
ce qui est désigné sous le terme de “triple sign” en très discret hypersignal) T1, en hypersignal
avec des niveaux liquide-liquides dus à l’hé- T2 et se rehausse de manière homogène après
morragie intratumorale. L’œdème périlésion- injection de gadolinium. Un œdème périlésion-
nel est limité à une couronne de quelques mm nel est décrit dans 50 % des cas [17], limité
(stade Ia) [14-16]. dans notre expérience (stade Ia ou Ib) (fig. 3).
• Le lymphome musculaire primitif est une lé- • Les métastases musculaires sont très rares,
sion très rare (1,4 % des lymphomes non Hod- avec une incidence estimée à 1,2 % des pa-
gkinien), qui se caractérise par son caractère tients métastatiques [18]. Les cancers les plus
volontiers infiltrant et son atteinte pluricom- susceptibles de donner des métastases des
301
parties molles sont les cancers génitaux, gas- graphiques [19, 20] décrivent la possibilité
tro-intestinaux, urologiques, bronchiques et d’une importante réaction œdémateuse des
les mélanomes. Elles apparaissent souvent hé- parties molles adjacentes, données non confir-
térogènes, en iso ou hypersignal (si mélano- mées par notre propre expérience (très limi-
me) T1, hypersignal T2 avec la possibilité d’un tée, 7 cas) où seuls des œdèmes limités (Ia ou
centre nécrotique. Les rares données biblio- Ib) étaient observés (fig. 4).
a b c
Fig. 3 : Lymphome musculaire de type B chez un patient de 64 ans qui consulte pour une tuméfaction non douloureuse de l’épaule
gauche à l’origine d’une gêne fonctionnelle. Coupes axiales en pondération T1 (a), T2 FS (b) et T1 FS G (c). Lésion de signal
intermédiaire T1, hypersignal T2 qui présente un rehaussement homogène après injection de gadolinium. Noter le caractère infil-
trant et pluri-compartimental de l’atteinte. Il n’y a pas d’œdème périlésionnel. Présence d’une volumineuse adénopathie axillaire
(flèche) et d’une atteinte osseuse de contiguïté (tête de flèche).
a b c
302
303
de intramusculaire (en dehors des localisations une atrophie musculaire au contact de la tu-
para-articulaires). La tumeur infiltre le muscle meur (split fat sign) ;
concerné et on individualise dans 80 % des cas en 2. Un rehaussement à la fois périphérique et des
T2 de fines lignes hypointenses correspondant en septas ;
histologie à des fibres musculaires résiduelles. Il 3. Un rehaussement modéré et hétérogène de
peut exister de multiples septas. Cette tumeur est l’ensemble de la matrice tumorale.
relativement homogène en T1 et intense en T2 en
raison de son fort contingent myxoïde, pouvant L’une de ses caractéristiques radiologiques est
orienter à tort vers une lésion kystique. Après d’avoir une petite zone d’œdème périlésionnel,
contraste, le rehaussement peut être de 3 types : toujours inférieure à la taille de la tumeur, non cir-
1. Uniquement périphérique : le diagnostic est conférentielle, car limitée aux pôles supérieur et/
alors porté sur la topographie intra-musculaire ou inférieur de la lésion (stade Ib). Cet aspect est
et la présence d’un fin anneau péri lésionnel en connu sous le terme anglo-saxon de “bright cap
hypersignal T1 qui correspond en histologie à sign” (fig. 5) [24-26].
c b
Fig. 5 : Myxome intramusculaire chez une patiente de 57 ans présentant une masse sensible de la cuisse droite. Cou-
pes axiales en pondération T1 (a), coronales T2 (b) et axiales T1 FS G (c). Lésion intra-musculaire homogène en T1
avec discret liséré hyperintense périphérique, très net hypersignal homogène en T2 avec œdème polaire supérieur
et inférieur (“bright cap sign”, flèches) et prise de contraste modérée et hétérogène de la matrice tumorale.
304
Le diagnostic de tumeur bénigne des gaines des L’abcès des parties molles se caractérise par une
nerfs périphériques sera évoqué devant une masse collection cernée d’une pseudo-capsule fibreuse
fusiforme ou ovalaire, centrée sur un nerf, avec vascularisée. L’histoire clinique comme les symptô-
certaines caractéristiques en imagerie (IRM) com- mes ne sont pas toujours évocateurs d’atteinte in-
me le signe de la cible (“target sign” des Anglo- fectieuse, ce qui peut être source de difficultés dia-
saxons) [27, 28], visible en pondération T2, qui se gnostiques. En IRM, la lésion apparaît en hypo/iso
définit par un signal bas au centre de la lésion signal T1 par rapport au muscle et en hypersignal
(zone fibrocellulaire) et un signal plus élevé en pé- T2 avec ou sans suppression du signal de la grais-
riphérie (zone myxoïde) ; ou le signe de la cou- se. La pseudo-capsule est mieux vue en T2, de si-
ronne graisseuse (“fat split sign” des Anglo-saxons) gnal intermédiaire ou en hyposignal. Elle présente
[29] qui signe la topographie intermusculaire (siè- un rehaussement après injection de gadolinium.
ge des structures neurovasculaires) de la lésion.
Une anomalie de signal périlésionnelle de type
Aucune des deux lésions bénignes (schwanno- œdémateux est mise en évidence (fig. 6). Le plus
me et le neurofibrome) ne présente d’œdème péri- souvent extensive (au moins égale à la taille de
lésionnel (stade 0). l’abcès), elle régresse avec le traitement. Ces ca-
ractéristiques s’appliquent également, par exten-
sion, à la pyomyosite infectieuse.
Caractéristiques de l’œdème
périlésionnel dans les Les lésions post-traumatiques du corps muscu-
principales pseudo-tumeurs laire sont dominées par les contusions et les hé-
des parties molles matomes. La contusion est la conséquence d’une
rupture capillaire qui provoque un saignement en-
Ne sont traitées dans ce chapitre que les pseu- tre les fibres musculaires. Elle n’est pas toujours
do-tumeurs qui, au cours de leur évolution, peu- douloureuse et peut se présenter cliniquement
vent poser des difficultés diagnostiques avec sous forme d’une masse du fait de l’augmentation
d’authentiques lésions tumorales, notamment ma- possible du volume du muscle. L’aspect IRM est
lignes. De manière très schématique, nous avons celui d’un infiltrat de type œdémateux intéressant
différencié ces lésions en fonction de leur compo- tout ou partie d’un muscle et respectant son archi-
sante principale : lésions liquidiennes, lésions tis- tecture. Non visible en T1, l’atteinte est particuliè-
sulaires, lésions présentant une composante calci- rement bien mise en évidence sur les séquences
fiée ou ossifiée. La composante lésionnelle princi- en pondération T2 avec suppression du signal de
pale peut toutefois varier avec le stade évolutif de la graisse.
la lésion.
L’aspect IRM de l’hématome est moins univoque
et va dépendre du stade de dégradation de l’hémo-
Lésions à composante liquidienne globine selon une séméiologie maintenant bien
principale connue [30]. Le muscle dans lequel se développe
l’hématome est le siège d’une anomalie de signal
Il est habituel de considérer les lésions des par- diffuse de type œdémateux dans les stades aigus
ties molles de type liquidien (notamment les abcès (0 à 2 jours), et subaigus précoces (2 à 7 jours),
et les hématomes) avec précaution compte tenu voire tardifs (1 à 4 semaines), mais tend à dimi-
de leur proximité radiologique avec les lésions nuer au cours du temps tant en extension qu’en
malignes. intensité.
305
a b
Il est capital de garder à l’esprit la possible ori- éléments péjoratifs doivent donc être présents à
gine néoplasique d’un hématome des parties mol- l’esprit ; liés au contexte : survenue de l’hématome
les, notamment lorsque celui-ci est spontané. Le en dehors d’un contexte traumatique franc (ou
diagnostic est d’autant plus difficile que l’hémor- d’un trouble de la coagulation), survenue chez un
ragie peut masquer la lésion sous-jacente. Certains enfant ou un adolescent ; liés à l’aspect radiologi-
306
307
b c
f d e
Fig. 7 : Myosite ossifiante circonscrite du muscle brachial chez une patiente de 18 ans qui présente depuis 15 jours une douleur
intense de la face antérieure du bras gauche, sans contexte traumatique. Les clichés simples du bras au moment de la consul-
tation (a) ne montrent pas d’anomalie. L’IRM [coupes axiales en pondération T1 (b) et T2 FS (c), coupes coronales T1 FS G (d,
e)] montre un œdème extensif du muscle brachial centré par une lésion nodulaire qui prend le contraste (flèche en e). De fines
calcifications périphériques sont mises en évidence sur le scanner réalisé 15 jours plus tard (flèches en f).
308
l’intégralité du muscle concerné, tout en respec- Les tendinopathies calcifiantes sont communes,
tant parfaitement l’architecture de celui-ci. Le ca- particulièrement à l’épaule (tendons de la coiffe),
ractère très extensif de l’œdème doit faire évoquer mais l’atteinte peut concerner d’autres tendons et
le diagnostic (fig. 7). nous citerons les classiques tendons du grand pec-
toral, du grand adducteur, du fléchisseur ulnaire
Le diagnostic différentiel de myosite proliférati- du carpe…
ve présente des caractéristiques cliniques et radio-
logiques proches de la myosite ossifiante au stade Les calcifications sont constituées de cristaux de
aigu. phosphate de calcium basique (apatites carbona-
tées). Le plus souvent asymptomatiques, ces ten-
Le granulome à corps étranger correspond à dinopathies peuvent être responsables d’épisodes
une prolifération granulomateuse à cellules géan- algiques, voire hyperalgiques dans un contexte
tes et fibrohystiocytaires réactionnelle à la pré- d’inflammation locale et/ou générale. Cette phase
sence d’un corps étranger. Evoqué lorsqu’un anté- hyperalgique et hyperhémique coïncide en géné-
cédent de plaie pénétrante est retrouvé, le dia- ral avec la migration de tout ou partie du matériel
gnostic est beaucoup plus difficile en dehors de ce calcique dans les structures de voisinage, comme
contexte, notamment en IRM qui discerne mal le l’os adjacent [32], les bourses ou le muscle. Nous
corps étranger (en hyposignal quelles que soient avons colligé 7 cas de diffusion intramusculaire de
les séquences) lorsqu’il est de petite taille ou en calcifications tendineuses d’apatite concernant le
cas de fibrose cicatricielle. La réaction au corps grand pectoral (2 cas), le grand adducteur (3 cas),
étranger se traduit par une masse en isosignal T1/ le droit fémoral (1 cas) et le vaste latéral (1 cas).
muscle, hypersignal T2, qui se rehausse de ma- Tous avaient comme caractéristique clinique une
nière variable après injection de gadolinium. Au symptomatologie douloureuse marquée de début
stade précoce, un œdème périlésionnel est habi- brutal. L’IRM était caractérisée par une anomalie
tuellement observé, modéré dans notre expérien- de signal extensive de type œdémateux intéres-
ce (stades Ib ou II), mais toutefois supérieur dans sant tout ou partie du muscle concerné par le dé-
son étendue à ce que l’on observe dans les lésions pôt calcique (stades III ou IV) (fig. 8). La présence
tumorales malignes. de calcifications était suspectée sur les pondéra-
tions T1 et/ou T2 dans 3 cas sur 7. Visibles sur les
clichés simples dans 5 cas, leur présence ainsi que
Lésions présentant des ossifications ou leur topographie exacte étaient affirmées par le
des calcifications scanner. D’une manière générale, la mise en évi-
dence des calcifications peut s’avérer difficile
Nous ne ferons que citer la myosite ossifiante, quand elles sont de petite taille, sachant que l’épi-
qui a fait l’objet d’une brève description au para- sode inflammatoire est concomitant de la résorp-
graphe précédent. Encore très présent à la phase tion (partielle, voire complète) du dépôt calcique.
subaiguë, l’œdème périlésionnel tend à disparaî- L’échographie ou le scanner sont alors d’une gran-
tre à la phase tardive. À ces stades, la lésion ne de aide diagnostique.
pose en général plus de problème diagnostique
compte tenu de la mise évidence des calcifications,
puis de l’ossification périphérique.
309
a b
c d
Fig. 8 : Crise aiguë de maladie des dépôts de cristaux de phosphate de calcium basique (apatite) chez une patiente de 55 ans,
qui présente une douleur intense et très rapidement progressive de la face postérieure de la cuisse gauche. Coupes axiales
en pondération T1 (a) et T2 FS (b), coronale en pondération T2 FS (c). Coupe tomodensitométrique dans le plan axial en
fenêtrage osseux. Mise en évidence d’un œdème extensif du muscle grand adducteur gauche. Cet œdème est centré par
une structure en hyposignal qui peut correspondre à une calcification (flèche). Le diagnostic est affirmé par le scanner qui
montre des calcifications de l’insertion tendineuse du muscle grand adducteur sur la ligne âpre du fémur. L’aspect flou de
l’une d’entre elle (tête de flèche) évoque une calcification en voie de résorption, à l’origine de l’épisode aigu actuel.
310
Table 2 : Œdème périlésionnel des tumeurs et pseudo-tumeurs des parties molles des membres les plus fréquentes chez l’adulte
* Discordance entre notre expérience et les données de la littérature où des œdèmes étendus sont décrits
1
Fonction du grade de la lésion
2
Bright cap sign
3
Sauf complication thrombotique
4
Garder à l’esprit la possibilité d’une néoplasie sous-jacente
5
À l’exception des kystes mucoïdes intra-neuraux (œdème neurogène du muscle) ou des kystes rompus
311
Le corollaire de ceci est qu’a contrario, l’absence Il faut toutefois garder à l’esprit que la sympto-
d’œdème périlésionnel dans une tumeur des par- matologie clinique bruyante, comme l’œdème
ties molles n’est pas un critère de bénignité. périlésionnel, vont régresser avec la chronicisa-
tion/maturation de la lésion sous-jacente.
C’est finalement dans la gamme lésionnelle des
pseudo-tumeurs que les œdèmes périlésionnels les
plus notables (au moins équivalents à la taille de la
lésion) ont été mis en évidence. Hématomes et ab- Conclusion
cès vus au stade précoce, myosite ossifiante cir-
conscrite aux stades aigu ou subaigu, tendinopa- La présence d’un œdème périlésionnel extensif,
thies calcifiantes en phase de résorption sont dans loin d’être un élément inquiétant faisant suspecter
cette étude les seules lésions des parties molles as- le caractère agressif de la lésion qu’il circonscrit,
sociées à un œdème extensif périlésionnel. Ce sont est au contraire le plus souvent le témoin du carac-
également les lésions qui montraient les tableaux tère “inflammatoire” d’une lésion sous-jacente bé-
cliniques les plus aigus et les plus bruyants, à la nigne. La symptomatologie clinique qui accompa-
différence notable des lésions malignes, le plus gne ces lésions, habituellement bruyante, n’est
souvent pas ou peu symptomatiques. On peut ten- également pas un élément péjoratif en soi. Ces ca-
ter l’analogie entre ces pseudo-tumeurs “inflam- ractéristiques les opposent aux lésions malignes,
matoires” des parties molles et les tumeurs “in- au cycle évolutif plus lent, qui ne sont pas ou peu
flammatoires” des os que sont l’ostéome ostéoïde douloureuses et dont l’œdème périlésionnel est
et le chondroblastome, qui se caractérisent par un très limité, lorsqu’il existe.
œdème du spongieux extensif souvent sans com-
mune mesure avec la taille de la tumeur.
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313
Au 1er janvier 2011, le parc IRM français était L’IRM ostéo-articulaire sous
quasi exclusivement constitué par des équipe- haute surveillance
ments de 1,5 Tesla (densité d’équipements estimée
à un peu moins de 10 IRM/million d’habitants, loin Cette démarche doit intéresser l’activité IRM la
derrière la plupart des pays européens, 27 IRM/ plus importante en volume afin d’avoir un impact
million d’habitants par exemple en Allemagne) financier significatif. L’IRM ostéo-articulaire a ain-
[1]. Ce faible taux d’équipement, strictement si été mise sous le feu des projecteurs.
315
316
L’étude du parc d’IRM au niveau mondial confir- images et leur pertinence diagnostique en rappe-
me la perte de vitesse des implantations des IRM lant cependant l’impossibilité de passer les patho-
bas champ : la part de marché des IRM 1,5 T et 3 T logies ostéo-articulaires nécessitant des champs
est passée de 27 % à près de 85 % (1991-2011), les de vue supérieurs à 16 cm, comme de nombreuses
équipements de moins de 1 T ont vu leur part de pathologies tumorales. Le groupe de travail a es-
marché régresser de 75 % à environ 15 %. Cette timé que les situations ne pouvant pas être explo-
observation conduit ainsi le SNITEM à qualifier rées par un équipement dédié fermé représente-
les équipements à 1,5 Tesla de référence technolo- raient en part médiane d’activité environ 50 % de
gique à l’échelle du marché mondial. l’activité réalisée en secteur public et 30 % de l’ac-
tivité réalisée en secteur libéral [11].
IRM haut champ dédiée ostéo-articulaire Un tarif de forfait technique spécifique à cet ap-
pareil a ainsi été négocié entre les partenaires et
La mise sur le marché en France en 2011 d’une proposé à 108 €, soit environ la moitié du forfait
IRM ostéo-articulaire à haut champ a réactivé la technique d’une IRM corps entier à 1,5T. Cette
possibilité de diversification du parc d’IRM. GE faible estimation du forfait technique, compte
Healthcare, après le rachat de la société ONI, pro- tenu du coût élevé de l’appareil (600 000 €), de la
pose en 2011 un équipement à 1,5T dédié aux maintenance et des frais de personnel, limite
membres (Optima MR 430s). Cet appareil reprend d’emblée les possibilités d’implantation et la via-
certains avantages des IRM dédiées bas champ bilité à terme de cet équipement. Seuls des sites
comme un encombrement et un poids limités, très spécialisés en ostéo-articulaire avec un recru-
mais aussi certains inconvénients comme la poly- tement important de pathologies mécaniques
valence limitée en raison de l’absence de possibi- d’articulations périphériques peuvent envisager
lité d’examens des ceintures (épaules, hanches) une telle installation.
(fig. 1). Son champ de vue et son diamètre de tun-
nel sont étroits (champ de vue maximal de 16 cm).
Six antennes de surface isocentriques de diamètre
interne de 8 cm à 18 cm s’adaptent aux régions
anatomiques explorées.
317
a b
IRM haut champ spécialisées ostéo- Certains constructeurs proposent des appareils
articulaires “spécifiques” comme le Magnetom Essenza Osteo
Class (Siemens) ou Brivo MS Edition (General
Cette absence de polyvalence de l’IRM 1,5T dé- Electric) (fig. 3). Il n’existe en fait pas d’homologa-
diée ostéo-articulaire a amené la CNAMTS et le tion de tels appareils, car il s’agit d’IRM 1,5T corps
SNITEM à proposer des IRM 1,5T “spécialisées entier standard d’entrée de gamme qui n’ont pas
ostéo-articulaires” avec un forfait technique inter- fait l’objet d’une conception vraiment dédiée à
médiaire de 125 € (création française d’une caté- l’imagerie ostéo-articulaire, à la différence de
gorie d’appareils unique au monde). Il s’agit d’IRM l’Optima MR 430s et permettent une imagerie de
corps entier 1,5T permettant l’exploration des tous les organes. La chaîne RF et les gradients
membres, mais aussi des ceintures et du rachis. sont assez limités (33 mT/m et 120 T/m/s) sur ce
318
a b
Fig 3 : IRM spécialisée ostéoarticulaire 1,5 T : a) Magnetom Essenza Osteo Class (Siemens); b) Brivo MS Edition (General Electric)
type d’appareils et les images sont de moindre pour l’expertise de tels appareils. En fait, il revient
qualité que pour les IRM 1,5T de plus haut de aux centres intéressés de négocier avec les
gamme. La notion de gradients d’un équipement constructeurs les coûts d’achat et de maintenance
est “capitale”, car les gradients conditionnent le compatibles avec ces forfaits réduits, sans liste im-
type de séquences réalisables (acquisitions rapi- posée de modèle d’IRM 1,5T corps entier. Par la
des à ultrarapides liées à la pente des gradients) et force des choses, il ne peut s’agir que d’appareils
conditionnent la résolution spatiale maximale (liée d’entrée de gamme, avec en particulier une chaîne
à l’intensité des gradients) (fig. 4). À la différence RF et des gradients de base ainsi qu’un jeu limité
de l’Optima MR 430s, la SIMS n’a pas été sollicitée d’antennes.
a b c
Fig. 4 : Magnetom Essenza Osteo Class (Siemens) : a) Coude, coupe coronale T2 Fat Sat ; b) Epaule, coupe coronale T2 Fat Sat ;
c) Rachis cervical, coupe sagittale T2 Fat Sat
319
Le profil de ces IRM “spécialisées” ostéo-articu- téo-articulaire, mais des IRM 1,5T polyvalentes
laire permet une implantation plus facile. La d’entrée de gamme. Il n’y a pas de rationnel scien-
CNAMTS a estimé à 51 % la part d’examens réali- tifique pour confiner les explorations ostéo-articu-
sés pour des pathologies ostéo-articulaires en Ile- laires sur des appareils d’entrée de gamme. Ne
de-France qui pourraient être réalisés sur des IRM vaudrait-il pas bien mieux abandonner cette ap-
dédiées et spécialisées. Il a été demandé à chaque pellation d’“IRM spécialisée ostéo-articulaire” et
ARS d’évaluer les besoins en IRM dédiées et spé- créer deux catégories d’IRM 1,5T corps entier
cialisées pour sa région en 2015. Pour chaque dé- (haut de gamme et bas de gamme) et laisser en-
partement, les établissements ayant un taux d’ac- suite les établissements gérer eux-mêmes la ré-
tivité d’IRM ostéo-articulaire de plus de 60 % ont partition des examens (ostéo-articulaires et autres)
été listés. Le fait d’inclure le rachis permet de rele- entre leurs appareils. Cette plus grande souplesse
ver 15 établissements en Ile-de-France (chiffres permettrait une implantation plus aisée de ces ma-
issus de l’enquête ARS menée début 2011 à laquel- chines adossées à au moins un appareil haut de
le 113 établissements ont répondu). Les objectifs gamme. Rappelons que l’attribution des autorisa-
du SROS-PRS (2011-2016) pour la région Ile de tions ne permet pas aujourd’hui de les condition-
France sont de 211 IRM toute catégorie (dont 55 ner à un type d’appareil et doit se faire dans le
appareils supplémentaires) [12]. Le potentiel d’im- cadre d’une négociation entre l’ARS et l’établisse-
plantation d’IRM spécialisées ostéo-articulaire se- ment. Ne vaudrait-il pas mieux négocier un pour-
rait donc au maximum de 27 % des nouvelles im- centage d’appareils d’entrée de gamme à forfait
plantations. réduit pour le parc français et laisser les utilisa-
teurs choisir les examens qu’ils voudront y faire ?
Une telle démarche ne stigmatiserait pas l’IRM os-
Conclusion téo-articulaire à une imagerie bas de gamme et
n’hypothéquerait pas la recherche clinique ostéo-
L’IRM ostéo-articulaire sacrifiée sur l’autel du articulaire sur des appareils haut de gamme (1,5T
low cost ? et 3T) dans les années à venir.
320
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321
323
a b c
Fig. 1 : Œdème ostéomédullaire. (a) Coupes coronales SE T1 des hanches avec zone mal délimitée de signal modérément réduit
dans la région cervico-céphalique gauche (flèche noire) contrastant avec une zone de remplacement médullaire dont le signal est
plus faible et les contours plus nets (flèche blanche). (b) En SE T2, l’œdème médullaire (flèche noire) présente un signal modé-
rément élevé. (c) En SE T1 après injection iv de gadolinium, quasi-disparition de la lésion.
a b c
Fig. 2 : (a) Infiltration de type œdémateux des marges tibiales (flèches noires)
observées 2 semaines après une longue marche sur une coupe coronale SE T1. (b)
En densité protonique avec annulation du signal de la graisse, les zones d’infiltra-
tion de type œdémateux (flèches blanches) sont plus évidentes. (c, d) Disparition
subtotale 6 semaines plus tard des anomalies ostéo-médullaires.
324
a b c
Fig. 3 : Infiltration de type œdémateux des corps vertébraux en rapport avec une discopathie mécanique en SE T1 (a) et densité
protonique avec annulation du signal de la graisse (b). (c) En CT, sclérose du spongieux.
a b c
Fig. 4 : Infiltration de type œdémateux versus moelle hématopoïétique présumée. (a) Zone d’infiltration de type œdémateux pré-
sumée (flèche) du col huméral associé à une tendinopathie. (b) Intensité de signal modérément élevée en densité protonique avec
annulation du signal de la graisse (flèche). (c) En SE T2, l’anomalie se décompose en une zone latérale de signal élevé compatible
avec une infiltration de type œdémateux (flèche noire) et une zone médiale de signal modérément réduit de type hématopoïétique
(flèche blanche).
325
a b c
Fig. 5 : (a) Infiltration de type œdémateux du condyle fémoral. (b) En SE T1 après injection iv de contraste, quasi-disparition de
l’anomalie. (c) En SE T1 fat-sat après contraste, la zone d’œdème ostéomédullaire est de signal élevé.
326
327
a b c
Fig. 6 : Coupes sagittales (a) SE T1 et (b) densité protonique avec annulation du signal de la graisse démontrant une zone d’infil-
tration de type œdémateux. (c) A l’analyse microscopique, présence d’un tissu conjonctivo-vasculaire avec fibrose interstitielle.
Toutes les études comparant œdème médullaire de actif de l’affection, quelle qu’elle soit et quelle
en IRM et observations anatomopathologiques ont que soit la clinique. Son absence ne permet toute-
conclu à l’extrême diversité des éléments anor- fois pas de considérer qu’il s’agit d’une lésion
maux observés au microscope dans les zones inactive.
d’œdème médullaire en IRM : fibrose plus ou
moins vascularisée, œdème interstitiel, hémorra-
gie, nécrose, métaplasie cartilagineuse, transfor- Profils évolutifs au cours du
mation séreuse… (fig. 6) [17, 18]. temps
En pratique, cette discordance entre œdème mé- L’évolution spontanée de l’œdème ostéomédul-
dullaire en IRM et modifications histologiques laire au cours du temps a pu être précisée en répé-
permet de comprendre l’absence de spécificité de tant les examens IRM. Cinq profils évolutifs se
cette anomalie ostéomédullaire en IRM. En coro- dégagent : progression, stabilité, régression, fluc-
laire, un prélèvement osseux réalisé dans une zone tuation, migration. Ces évolutions reflètent proba-
d’infiltration de type œdémateux sera bien sou- blement l’évolution naturelle des affections sous-
vent non contributif pour un diagnostic spécifique, jacentes (Tableau 2). À titre d’exemple, le radiolo-
à l’inverse d’un prélèvement de foyer de remplace- gue pourra observer un accroissement de l’infil-
ment médullaire. tration médullaire en cas de pathologie
inflammatoire non résolutive, un aspect inchangé
en cas d’ostéome ostéoïde (fig. 7), une régression
Significations cliniques en cas de pathologie traumatique ou microtrau-
matique (fig. 2), une fluctuation en cas de patholo-
La présence d’œdème médullaire en IRM est vo- gie articulaire dégénérative et une migration en
lontiers associée à des symptômes douloureux, cas de pathologie de type algoneurodystrophique
que ce soit dans le cadre de pathologies osseuses (fig. 8) ou inflammatoire séronégative. La vitesse
ou articulaires. Cette association n’est pas systé- d’évolution dépendra également de la pathologie.
matique et bon nombre de pathologies douloureu- À titre d’exemple, une affection inflammatoire
ses ne sont pas associées à de l’œdème médullaire. septique à germe pyogène progressera en quel-
Il semblerait plus approprié de considérer que la ques jours, alors que l’infiltration médullaire post-
présence d’œdème médullaire témoigne d’un sta- contusive régressera nettement en 2 à 3 mois.
328
Fig. 7 : Absence d’évolution à 3 mois d’une infiltration de type œdémateux du tibia associé à un ostéome ostéoïde (non diagnos-
tiqué à l’examen initial) (flèches).
329
Fig. 8 : Migration au sein des condyles fémoraux d’une infiltration de type œdémateuse. Focalisation dans le condyle latéral en
février, normalisation en mai, apparition dans le condyle médial en juillet et normalisation en novembre.
330
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331
H. Bard
333
sur une vie de développer une gonarthrose symp- Parmi les facteurs métaboliques, l’obésité joue
tomatique a été évalué à environ 40 % chez les un rôle majeur par le biais d’une surcharge méca-
hommes et 47 % chez les femmes. L’obésité expli- nique sur les articulations portantes, davantage au
que pour une part l’augmentation de la prévalen- genou qu’à la hanche [8, 9]. Mais l’effet mécani-
ce, avec une espérance de vie plus longue et la que n’est pas le seul, car le risque d’une arthrose
fréquence des traumatismes du genou. Son his- digitale est double dans un contexte de surpoids
toire naturelle n’est peut-être pas aussi favorable ou d’obésité, ce qui est un argument en faveur de
qu’on le pensait, puisque dans une étude sur deux l’intervention de facteurs systémiques. Néan-
ans, il y avait 81 % de progresseurs [3]. Cela moins, il est démontré que le stress mécanique
conduit à un coût économique important de l’ima- peut déclencher une réaction biochimique qui
gerie et des traitements médicaux et chirurgicaux, conduit à la dégradation du cartilage.
avec notamment un taux de prothèse totale du ge-
nou estimé à 106 pour 100 000 habitants en Fran- Les facteurs systémiques seraient produits par
ce. Ce taux est néanmoins relativement bas par les cellules adipeuses fonctionnant comme un sys-
rapport aux pays comparables économiquement, tème endocrinien en libérant des adipokines (lep-
probablement en raison d’une meilleure prise en tine, adiponectine, visfatine) pouvant agir sur tou-
charge médicale compromise par les menaces de tes les articulations, portantes ou non. Ces adipo-
déremboursement des traitements anti-arthrosi- kines sont aussi secrétées par d’autres cellules
ques d’action lente [4]. comme les chondrocytes et les synoviocytes. Le
tissu graisseux est donc un véritable organe et des
travaux récents ont évoqué le rôle de la graisse de
Rappel physiopathologique Hoffa dans la gonarthrose [10, 11].
L’arthrose est une maladie d’expression variable L’obésité agit aussi indirectement par le syndro-
tant dans ses localisations que dans son mode évo- me métabolique auquel elle est associée avec la
lutif avec une corrélation très imparfaite entre les dyslipidémie, l’hypertension artérielle et le diabè-
données cliniques et l’imagerie. Ce polymorphisme te. La présence de ces comorbidités augmente plus
explique les nombreux phénotypes et est en rap- le risque de gonarthrose que l’obésité seule chez
port avec une physiopathologie particulièrement les sujets féminins [12]. Ce syndrome métabolique
complexe, multifactorielle où interviennent des serait responsable d’une inflammation chronique
facteurs génétiques, métaboliques, biochimiques de bas grade associée à un vieillissement cellulaire
et traumatiques et pas seulement le vieillissement. accéléré, ces deux processus favorisant le déve-
loppement de l’arthrose [13].
Les causes mécaniques sont illustrées par les
arthroses secondaires à des dysplasies, des trauma- En dehors de cette arthrose que l’on peut quali-
tismes ou à des microtraumatismes sportifs. Le fier de métabolique [13], les facteurs génétiques
genu valgum ou le genu varum sont des facteurs ont un rôle également important, même si les
favorisants bien connus variant selon le sexe ou nombreux travaux n’ont pas permis d’identifier les
l’ethnie [5]. Il n’est pas rare de voir chez une pa- gènes de susceptibilité de la maladie.
tiente une arthrose fémorotibiale médiale d’un côté
et fémorotibiale latérale de l’autre. Le rôle des mé- Le système immunitaire intervient, sans doute à
nisques, des lésions ligamentaires utilisées pour les un moindre degré que dans d’autres affections
modèles animaux n’est plus à démontrer [6, 7]. La rhumatismales, mais c’est une voie en développe-
faiblesse musculaire pourrait intervenir également. ment, bien que les quelques essais de traitements
334
immunologiques n’aient pas été très concluants L’interrogatoire va préciser les circonstances de
jusqu’à présent [14]. survenue, le type de douleur et surtout la localisa-
tion, antérieure, latérale, médiale ou postérieure.
Si la définition radiographique de l’arthrose est
la dégradation du cartilage, cette dégénérescence L’examen physique, orienté par l’interrogatoire
est le résultat d’un processus qui fait intervenir (traumatisme important, impotence fonctionnelle,
toutes les composantes de l’articulation. Au sein gonflement constaté par le patient, blocages ou
du cartilage, il y a une rupture de l’équilibre assuré dérobements) cherche d’abord à confirmer qu’il
par les chondrocytes entre la synthèse et la dégra- s’agit d’une pathologie articulaire et non extra-ar-
dation de la matrice extracellulaire, le catabolisme ticulaire. La présence d’un épanchement articu-
l’emportant sur l’anabolisme. Parallèlement inter- laire palpable et une limitation de la mobilité en
vient un remodelage de l’os sous-chondral avec extension ou en flexion conforteront ce diagnos-
production d’ostéosclérose et d’ostéophytes. La tic, avant des tests explorant plus spécifiquement
synoviale a un rôle de médiateur intermédiaire de les compartiments fémoropatellaire et fémoroti-
l’inflammation, activée par la présence de micro- biaux, suivis d’une palpation analytique à la re-
cristaux et de débris cartilagineux, maintenant cherche d’un point douloureux.
une inflammation chronique de bas grade.
En dernier lieu, le clinicien doit se poser la
question de ce qui fait mal (douleur osseuse, sy-
Origine de la douleur dans l’arthrose noviale, méniscale), étape indispensable au choix
thérapeutique.
Le cartilage n’est pas innervé. Il ne peut donc
pas expliquer la douleur arthrosique qui peut pro- L’imagerie va avoir un rôle essentiel sur le plan
venir de la synoviale, de l’os sous-chondral (œdè- diagnostique, pronostique et thérapeutique. En-
me, microfractures, remodelage sclérosant), des core faut-il la prescrire correctement.
ménisques (1/3 périphérique), de kystes et plus ra-
rement des ligaments (distension, conflit ménisco-
ligamentaire) [15, 16]. Toutefois, une néoneuroge- Ce que le clinicien attend de
nèse du cartilage à partir de l’os sous-chondral l’imagerie
serait possible, accompagnant la néo-angiogenèse
comme au tendon. Radiographie simple
335
a b c
d
Fig. 1 : Homme de 60 ans, douleur médiale mécanique du genou gauche évoluant depuis deux mois au moment de la
consultation ; radiographie des genoux de face en extension (a) et en schuss (b) au 4e mois ; pincement fémorotibial
médial prédominant nettement à droite, côté asymptomatique, discret méplat et remaniement sous chondral du condyle
médial mieux visible sur l’agrandissement (c) ; la radiographie initiale du genou gauche montrait un condyle médial
normal ; l’IRM en coronal T1, coronal T2, sagittal T2 (d) demandée lors de la consultation initiale devant la discordance
radioclinique montre une fracture sous-chondrale (images de la ligne supérieure) qui évolue 2 mois plus tard (clichés
ligne inférieure) vers une dissection qui fait craindre une nécrose secondaire malgré l’amélioration clinique après deux
mois de mise en décharge. L’arthrose fémorotibiale médiale droite bien qu’asymptomatique, l’absence de blocage ou de
limitation de la mobilité aurait pu faire surseoir à la prescription de l’IRM selon les règles du guide de bon usage.
336
Cette radiographie est suffisante dans la majo- radiographie (fig. 1). En effet, en présence d’une
rité des cas pour mise en place d’un traitement de fracture sous-chondrale, la mise en décharge pré-
première intention. Le guide de bon usage des coce est nécessaire afin d’éviter l’évolution vers la
examens d’imagerie médicale distingue deux ca- nécrose et une décompensation arthrosique rapi-
dres pathologiques [17]. Dans le cadre d’un genou de. Il est donc important d’avoir ce diagnostic à
douloureux sans blocage ni limitation de la mobi- l’esprit pour rechercher les signes de fracture
lité, ce qui est le cas d’une chondropathie débu- sous-chondrale (méplat, clarté) et réaliser l’IRM
tante comme d’une pathologie abarticulaire, un en cas de doute.
bilan radiographique en charge suffit en général
pour “confirmer le diagnostic et quantifier l’arth- Il existe également d’autres causes de douleurs
rose fémorotibiale et fémoropatellaire, ainsi que de genou sans blocage : chondropathie simple,
d’éventuels facteurs anatomiques favorisants”. En fractures de stress, impaction osseuse par conflit
cas de blocages évoquant cliniquement une lésion ostéo-méniscal en zone périphérique non chon-
méniscale, chondrale ou un corps étranger intra- drale du condyle (fig. 2) ou du plateau tibial (fig. 3),
articulaire, l’IRM, examen de référence, complé- lésion méniscale sans fragment déplacé, pour ne
tera le bilan radiographique. citer que les causes mécaniques qui seront au
mieux diagnostiquées en IRM.
En pratique, la distinction entre ces deux cadres
sémiologiques n’est pas toujours évidente. La réa-
lisation d’une IRM est donc indiquée quand il y a L’IRM
un contraste entre l’intensité des symptômes (dou-
leur, impotence de marche et épanchement articu- La prescription d’une IRM dans l’arthrose du ge-
laire) et la négativité des radiographies. Le but de nou est un sujet débattu [18]. Malheureusement,
l’IRM est alors d’éliminer les autres causes de dou- on constate en pratique que de nombreuses IRM
leur sans blocage, et en particulier la fracture sont prescrites à mauvais escient et favorise des
sous-chondrale, de diagnostic précoce difficile en gestes arthroscopiques injustifiés sur des ménis-
a b
Fig. 2 : Radiographie simple de face centrée sur le compartiment fémorotibial médial montre l’évolution vers la réparation d’un
petit enfoncement de l’angle condylien bien visible en IRM, secondaire à une impaction ostéoméniscale en périphérie du condyle,
d’évolution clinique favorable en 4 mois chez un homme de 74 ans suite à une réception brutale sur son genou droit lors d’une
chute d’un escabeau.
337
Fig. 3 : Radiographie simple centrée sur le compartiment fémorotibial comparatif et IRM d’un cas similaire, cette fois en péri-
phérie du plateau tibial (flèches).
ques dégénératifs associés à des lésions cartilagi- plus ou moins épaisse, irrégulière (synoviale pou-
neuses évidentes mais négligées, même parfois en belle ou synoviose), ses replis éventuels, les mé-
présence d’un œdème sous-chondral. L’IRM ne doit nisques (méniscose, fissures, désinsertion, extru-
être prescrite que si le résultat conditionne la prise sion ou subluxation, kystes…), l’os (œdème, fissu-
en charge à court terme du genou douloureux et/ res, nécrose, impaction, conflit ostéo-méniscal…)
ou impotent. Devant une arthrose radiographique et les ligaments, sans oublier toutes les structures
d’un compartiment fémorotibial ou fémoro-patel- péri-articulaires.
laire parfaitement concordante avec la clinique,
l’IRM n’apportera rien au diagnostic, mais pourra Il faudrait donc bien définir ce qu’est l’arthrose
dans certains cas aider à savoir ce qui fait mal [19], en IRM [20] par rapport à la définition radiogra-
à connaître la cause (lésion méniscale primitive) phique ou anatomopathologique. La place de
ou à donner une indication pronostique en cas l’IRM dans l’établissement d’un pronostic par rap-
d’hypersignal sous-chondral (“œdème”), bien que port aux données cliniques, radiographiques ou
sa présence ne soit pas toujours signe d’une dé- moléculaires est aussi à préciser [21].
compensation à venir (voir chapitre suivant).
Les questions du clinicien quant à la place de
L’IRM au genou va analyser outre le cartilage, la l’IRM dans la pathologie du cartilage et de
présence d’un épanchement avec une synoviale l’arthrose sont les suivantes :
338
339
Fig. 5 : Echographie de la face médiale d’un genou en coupe Fig. 6 : Echographie en coupe sagittale de la face médiale d’un
sagittale montrant une ligne hyperéchogène au sein du mé- genou montrant l’important débord du ménisque médial (flè-
nisque médial témoignant d’une méniscocalcinose. ches) illustrant une extrusion ou subluxation méniscale.
Fig. 7 : Echographie en coupe sagittale des condyles fémoraux sur genou fléchi au maximum montrant
un enfoncement de la ligne dense corticale correspondant à une nécrose de ce condyle.
340
Toutes ces questions n’ont qu’une finalité : amé- laires et notamment l’os sous-chondral. L’apport
liorer la prise en charge thérapeutique de l’arth- de l’IRM est donc particulièrement important
rose en définissant mieux ses différents phénoty- puisqu’elle permet l’analyse de ces différentes
pes, leur profil évolutif et en connaissant mieux les structures.
facteurs prédictifs de réponse à un traitement.
Même si on a vu plus haut qu’il n’y a pas une, mais La prise en charge de la pathologie dégénérative
des maladies arthrosiques au profil évolutif diffé- du cartilage illustrée ici au genou, cas le plus fré-
rent, ce qui implique des traitements adaptés, et si quent, ne peut être stéréotypée, car il existe de
la corrélation radio-clinique n’est pas toujours nombreux phénotypes que le clinicien doit définir
présente, la prise en charge thérapeutique a be- avec l’aide de l’imagerie, pour éviter des traite-
soin d’une imagerie performante à toutes les éta- ments inutiles (injections intra-articulaires) voire
pes pour être la plus pertinente et économe possi- néfastes, tels qu’une méniscectomie inappropriée,
ble. Le traitement ne sera pas développé, mais une ou pour ne pas retarder une simple mise en dé-
des incidences possibles est l’utilisation de traite- charge salvatrice.
ments agissant sur l’os comme les bisphosphona-
tes dans le traitement de l’arthrose [29] ou sur L’imagerie du cartilage n’a d’intérêt que si elle
l’angiogenèse [30]. est confrontée à la clinique et intégrée dans une
stratégie diagnostique et surtout thérapeutique
afin d’éviter nombre d’examens inutiles et cou-
Conclusion teux. Cela implique une coopération clinicien-ima-
geur étroite fondée sur une prescription détaillée
La maladie arthrosique ne se limite pas au car- et un compte rendu explicite accompagnant des
tilage et fait intervenir toutes les structures articu- images de qualité.
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342
343
Groupe A Groupe B
Ostéophyte certain “Œdème” osseux sous-chondral à distance des insertions
méniscales ou ligamentaires
Perte de substance chondrale complète Subluxation méniscale, rupture de type dégénérative
(os sous-chondral dénudé)
Perte de substance cartilagineuse partielle
Abrasion osseuse
Fig. 1 : Arthrose fémoro-tibiale médiale évoluée en radiographie (a), arthroscanner (b) et IRM (c et d).
a) Radiographie de face en charge du genou droit montrant une arthrose sévère du compartiment fémoro-tibial médial, avec
pincement de l’interligne, abrasion des structures osseuses sous chondrales, ostéophytose (têtes de flèches).
b) Reconstruction sagittale de l’arthroscanner montrant la perte de substance complète et étendue du cartilage condylien et tibial,
un épaississement de l’os sous-chondral (flèches), des ostéophytes (têtes de flèches) et une perte de substance méniscale.
c) Coupes coronales en T1 et
d) Coupe sagittale en pondération intermédiaire avec suppression du signal de la graisse, montrant les lésions cartilagineuses
et méniscales, l’ostéophytose (têtes de flèches) de même qu’un discret signal de type œdémateux de l’os sous-chondral du
condyle et du tibia (astérisques).
344
Les chondropathies focales peuvent être d’ori- Mais d’autres classifications ont été dévelop-
gine traumatique (habituellement à marges net- pées, mettant à profit le potentiel de l’IRM à étu-
tes) ou dégénérative. dier les autres structures articulaires intervenant
dans l’arthrose : les ménisques, la synoviale, l’os
De nombreuses classifications existent pour sous-chondral, les ostéophytes, les ligaments.
grader les lésions chondrales. De façon plus cou- Ces systèmes ont pour avantage une approche
rante, la classification d’Outerbridge-Noyes adap- globale de la maladie et sont couramment utilisés
tée à l’imagerie permet de grader les lésions en dans le domaine de la recherche clinique. On ci-
fonction de leur profondeur (Tableau 2) (fig. 2) tera la classification de WORMS, la première de
[4, 5]. ce type [6, 7].
Fig. 2 : Homme de 74 ans avec pertes de substance cartilagineuse fémorale et tibiale médiale de différents grades. Comparaison
de différentes séquences IRM morphologiques (b à d) à l’arthroscanner (a). Noter les difficultés à visualiser sur l’ensemble des
séquences IRM, la lésion condylienne postérieure (tête de flèche), de faible grade, et la lésion tibiale, de haut grade. Noter, par
ailleurs, le contraste élevé entre le liquide articulaire et le cartilage sur la séquence DESS (d).
345
Enfin, on notera que l’IRM, contrairement à auteurs s’accordent sur l’intérêt des séquences 2D
l’arthroscanner, permet de voir les lésions “fer- FSE à pondération intermédiaire (TE de l’ordre de
mées” de la substance cartilagineuse, ne commu- 35 ms). Elles permettent une plus grande sensibi-
niquant pas avec la surface (fig. 3). lité de détection des lésions chondrales (par rap-
port aux séquences T2 (TE≈80 ms) et une moindre
sensibilité aux artéfacts de l’angle magique (par
Choix de la séquence rapport aux séquences DP (TE≈15 ms).
La séquence idéale pour l’étude du cartilage ar- L’adjonction d’une suppression du signal de la
ticulaire doit permettre d’obtenir un bon contraste graisse est préconisée, permettant une diminution
au sein du tissu chondral, tout en permettant de des artéfacts de déplacement chimique à l’interfa-
préserver le contraste entre le cartilage et les ce entre l’os sous-chondral (graisse) et le cartilage
structures environnantes. Elle doit, par ailleurs, (eau) (fig. 4) et une augmentation du contraste in-
être de haute résolution dans les trois plans, afin trachondral, permettant d’augmenter la sensibilité
de déceler les petites lésions cartilagineuses (tout de détection des lésions intrachondrales [9]. De
en minimisant les artéfacts de troncature) [8]. plus, ces séquences sont sensibles aux anomalies
Pour finir, elle ne doit pas se limiter à l’étude du de signal de type œdémateux de l’os sous-chon-
cartilage, mais permettre l’analyse de l’ensemble dral. Enfin, elles permettent l’exploration de l’en-
des éléments de l’articulation. semble des tissus intervenant dans l’arthrose (mé-
nisques, ligaments, synoviale). Malgré les progrès
De nombreuses séquences IRM ont été évaluées techniques, la détection des lésions chondrales
et sont couramment utilisées pour l’étude du car- avec perte de substance cartilagineuse reste plus
tilage, y compris les séquences fast spin echo aisée en arthroscanner qui permet un excellent
(FSE) pondérées T1, T2 et en densité protonique. contraste en plus d’une résolution spatiale élevée,
Même si les protocoles varient, la plupart des en un temps d’acquisition inégalé (fig. 5).
Fig. 3 : Femme de 70 ans avec lésion cartilagineuse profonde “fermée”, ne communiquant pas avec la surface, du
plateau tibial latéral (flèche), visible en IRM sur coupe sagittale en pondération intermédiaire et saturation de la
graisse (a), non visualisable l’arthroscanner correspondant.
346
Fig. 4 : Artéfact de déplacement chimique ; a et b) sont des séquences sagittales en pondération intermédiaire. La fréquence est
codée selon l’axe antéro-postérieure en a et selon l’axe tête-pied en b. Noter l’influence de l’artéfact de déplacement chimique sur
l’épaisseur du cartilage et de la “lame osseuse sous chondrale” variable selon le sens d’encodage de la fréquence. La différence
de vitesse de précession entre les protons de l’eau et les protons de la graisse entraîne des erreurs d’encodage spatial des woxels.
La suppression du signal de la graisse (c) élimine cet artéfact.
Fig. 5 : Séquence 3D en pondération intermédiaire avec suppression du signal de la graisse (a-c). La séquence, isotropique
(0.6x0.6x0.6mm), est acquise dans le plan sagittal (a) (durée d’acquisition d’environ 6 mn), et reconstruire dans les autres plans
(b et c). Comparer la reconstruction dans le plan axial (c) à la séquence 2D conventionnelle à pondération équivalente (d). Cette
dernière garde une résolution spatiale dans le plan d’acquisition qui est supérieure (0.3x0.3mm), mais la séquence 3D reste de
qualité diagnostique avec un contraste équivalent de l’image. Noter la lésion à type d’œdème sous-chondrale, post-traumatique,
et la lésion chondrale de la facette médiale de la patella.
347
Des séquences 3D spécifiques du cartilage ont Plus récemment, les séquences 3D ont été déve-
été développées en écho de gradient (SPGR/ loppées en pondération écho de spin (avec un
FLASH), mais leur intérêt principal est de permet- contraste similaire au protocole 2D convention-
tre une meilleure segmentation du cartilage grâce nel), permettant l’étude de l’ensemble de la patho-
à un contraste et une résolution spatiale élevés, logie articulaire dans un temps plus court (une
mais au prix d’un temps d’acquisition relativement séquence isotropique inframillimétrique permet-
long. Ces séquences sont donc principalement uti- tant des reconstructions multiplanaires dure de 5
lisées pour l’étude de l’épaisseur et de la volumé- à 7 min). La performance de ces séquences pour
trie du cartilage en recherche, notamment par des l’étude du cartilage est équivalente, voire inférieu-
techniques de segmentation automatique ou semi- re à celle des protocoles 2D conventionnels, en
automatique utilisées pour le suivi longitudinal fonction des études (fig. 2 et 5) [15-19].
des patients dans les études de cohorte. L’adjonc-
tion de ces séquences 3D écho de gradient ne per- En pratique clinique donc, les séquences de
mettent pas d’augmenter significativement la sen- référence pour l’étude du cartilage restent les
sibilité de détection des lésions cartilagineuses, séquences 2D FSE en pondération intermédiai-
mais pourrait améliorer la spécificité dans la ca- re, associées à une suppression du signal de la
ractérisation lésionnelle [10]. graisse.
Fig. 6 : Femme de 40 ans avec lésion de haut grade focale de la facette médiale de la patella. Comparaison d’une séquence 2D
conventionnelle à pondération intermédiaire avec suppression du signal de la graisse (a), d’une séquence 3D DESS “dédiée” au
cartilage (b) et d’un arthroscanner (c) (obtenu le même jour). Noter l’absence d’hypersignal, voire un hyposignal malgré la perte
de substance cartilagineuse focale.
348
les résolutions spatiales couramment utilisées sont ce, irréversible ; d’autre part, il s’agit de dévelop-
d’environ 0.3 mm dans le plan de coupe, avec une per un biomarqueur de la maladie, c’est-à-dire un
épaisseur de coupe de 2 ou plus souvent 3 mm. indicateur objectif, quantifiable pour étudier la pa-
thogénie, la progression de la maladie et la répon-
se thérapeutique.
Influence du champ magnétique
IRM du cartilage en
recherche : Imagerie
quantitative
349
Les efforts de recherche en imagerie du cartila- Le rôle principal du cartilage hyalin est d’amor-
ge se sont concentrés, depuis quelques années, tir les contraintes mécaniques, mais surtout de
sur l’évaluation à l’échelle microscopique de ses permettre le glissement. Ce faisant, il est sujet à
propriétés biochimiques, qui déterminent ses des forces de compression, de distraction et de ci-
propriétés biomécaniques. Différentes techni- saillement.
ques ont été développées, qui peuvent être com-
plémentaires quant aux informations apportées Les propriétés biomécaniques du cartilage lui
sur les composants biochimiques du cartilage. Le permettant de résister à ces forces sont directement
but ultime serait de disposer de techniques per- liées à sa structure biochimique complexe [30].
mettant d’accéder aux phases précoces de la pa-
thologie, à un stade où les lésions sont encore Le cartilage est composé à 90 % de collagène, de
microscopiques, potentiellement réversibles, per- protéoglycanes (PG) (agrégats de agrégat de gly-
mettant ainsi une intervention thérapeutique pré- cosaminoglycanes (GAG) sur un corps protéini-
coce [26-29]. que) et d’eau.
350
Fig. 9 : Enfant de 13 ans avec traumatisme aigu, présentant une lésion de type délamination de la trochlée (têtes de flèches), avec
hypersignal de type liquidien entre la couche profonde du cartilage et la lame osseuse sous-chondrale. Séquences à pondération in-
termédiaire avec suppression du signal de la graisse dans les plans axial (a) et sagittal (b). Séquence T2 dans le plan sagittal (c).
351
L’eau est le composant majoritaire du cartilage tecter quantitativement les lésions dégénératives
hyalin (70 %), principal responsable de la résis- du cartilage (fig. 10). Li et coll. ont montré que les
tance aux forces compressives [30, 37, 38]. Sa dis- valeurs T2 sont augmentées et plus hétérogènes
tribution est également variable, plus importante à chez les patients arthrosiques comparés aux su-
la superficie du cartilage [26]. jets normaux [27, 29].
Fig. 10 : Coupe axiale d’IRM de la patella chez patient de 21 ans se plaignant de gonalgies antérieures. La séquence à pondéra-
tion intermédiaire avec saturation de la graisse (a) ne retrouve pas d’anomalie significative. La cartographie T2 (b) montre une
augmentation du T2 des couches superficielles du cartilage de la facette latérale (en vert), suggérant le diagnostic de chondro-
malacie, confirmé à l’arthroscopie.
352
353
riations plus importantes entre les couches du car- à des valeurs aussi faibles qu’1-2 ms dans les cou-
tilage et est plus sensible aux phases précoces de ches les plus profondes. Les couches les plus pro-
la pathologie dégénérative que le T2 [27]. Il n’y a fondes, la couche radiaire et la couche calcifiée ne
pas de consensus dans la littérature quant à l’in- sont habituellement pas différenciables de l’os
fluence du collagène sur le T1rho, certains auteurs sous-chondral avec les séquences conventionnel-
étant en faveur d’une spécificité du T1rho pour les les du fait de leur T2 court, à l’origine d’un hyposi-
changements en GAG [60-62]. gnal [63]. Pourtant, l’étude de ces structures est
importante, car elles joueraient un rôle dans les
phases précoces de la physiopathologie de l’arth-
Etude des couches profondes à T2 court rose, de même que dans les processus de répara-
du cartilage tion chondrale [64].
Fig. 11 : Coupes transversales IRM d’une patella cadavérique. Les séquences FSE pondérées en densité de proton et T1 ; de même
que la séquence écho de gradient ne montrent pas de signal au niveau des couches profondes du cartilage, du fait de leur T2 court
(± 1 ms) (flèches). Séquence à TE ultra-court (UTE) permettant de visualiser la couche profonde du cartilage en hypersignal.
La séquence UTE associée à une inversion-récupération supprime les composants à T2 long et augmente le contraste entre les
couches profondes et les couches plus superficielles.
354
Ces séquences sont en cours d’évaluation, avec les 2D telles que les séquences FSE en pondéra-
pour objectif de fournir un nouvel outil diagnostic tion intermédiaire et est utile aussi bien dans le
non invasif pour l’étude des processus pathologi- bilan préopératoire que pour le suivi postopéra-
ques et de réparation chondrale. toire. L’évaluation préopératoire doit préciser les
éléments sus-cités. Le bilan postopératoire rensei-
gne sur la morphologie et l’incorporation du gref-
Quelques mots sur l’imagerie fon [35, 69]. Le protocole doit comprendre une
des techniques de réparation étude dans les trois plans à haute résolution. Des
du cartilage scores d’évaluation postopératoires tels que le
MOCART (MR Observation Of Cartilage Repair
Le cartilage a un potentiel de réparation très Tissue) ont été développés, avec une bonne corré-
mauvais. Les lésions cartilagineuses doivent être lation avec les résultats cliniques, de même qu’une
traitées afin de prévenir le développement de la reproductibilité interobservateur [68, 70]. Un pre-
pathologie dégénérative. Les traitements chirurgi- mier bilan est conseillé à 3-6 mois après la chirur-
caux peuvent être palliatifs (débridement et lavage gie pour évaluer le volume et l’intégration du gref-
arthroscopique), réparateurs (abrasion, microfrac- fon. Un deuxième bilan à un an réévalue l’incorpo-
tures) ou restaurateurs (greffes ostéochondrales ration du greffon et dépiste les complications de la
et de chondrocytes) [66, 67]. Les facteurs princi- procédure (fig. 12) [47, 68]. Une évaluation post-
paux influençant le choix du traitement sont, pour opératoire à l’échelle biochimique, de manière
ce qui concerne du bilan d’imagerie, la localisa- non invasive grâce à l’IRM a également été rap-
tion et la taille de la lésion de même que le statut portée dans la littérature [43, 47, 68-70]. La carto-
de l’os sous-chondral. Ils s’y ajoutent l’âge du pa- graphie T2, le dGEMRIC et la diffusion ont été
tient et son niveau d’activité [67, 68]. L’IRM, reste utilisés pour étudier la maturation du tissu cartila-
avant tout basée sur des séquences conventionnel- gineux au cours du temps [47]. Dans la plupart
Fig. 12 : Lésion chondrale focale de haut grade (a: sagittal T2 et b: coronal à pondération intermédiaire avec suppression du
signal de la graisse) (têtes de flèches), traitée par autogreffe ostéo-chondrale (bilan à un an) (c). Le greffon antérieur (astérisque
noir) est bien incorporé alors que le greffon postérieur entraîne une irrégularité importante de la surface articulaire. Absence
d’hypersignal ou de lésion kystique aux interfaces. Le site donneur est visible (astérisque blanc).
355
des centres, l’évaluation postopératoire des tech- À un stade plus précoce de la maladie cartilagi-
niques de réparation du cartilage se limite aux sé- neuse, l’intérêt de l’IRM réside dans sa capacité à
quences morphologiques conventionnelles. détecter la chondropathie au stade pré-radiogra-
phique, mais aussi et surtout d’analyser l’ensem-
ble des autres structures articulaires. Elle permet
Conclusion par exemple d’expliquer une symptomatologie
douloureuse en cas de radiographie normale. Par
En pratique clinique, lorsque la maladie cartila- ailleurs, elle peut permettre le suivi du traitement
gineuse a atteint le stade d’arthrose, l’IRM n’a que chirurgical des chondropathies focales.
peu d’intérêt par rapport à la radiographie stan-
dard. À ce stade, les thérapeutiques restent limi- Mais l’IRM, par sa capacité à représenter un bio-
tées et il en va de même des applications de l’IRM marqueur non invasif du cartilage, a permis d’im-
(en dehors par exemple de cartographies des lé- portantes avancées dans le domaine de la recher-
sions cartilagineuses avant mise place d’une pro- che, aussi bien pour la compréhension de la mala-
thèse uni- ou bi-compartimentale). die cartilagineuse que pour l’évaluation de nouvel-
les thérapeutiques.
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358
L’IRM a pris une place prépondérante dans l’ex- patient vu au décours d’un accident sportif ou de
ploration ligamentaire du genou, dès que l’examen la voie publique, soit devant une situation chroni-
clinique suggère une atteinte ligamentaire du pi- que avec une laxité dont les conséquences devien-
vot central. Elle permet de faire le diagnostic et de nent inconfortables pour le patient.
chercher des atteintes associées méniscales, car-
tilagineuses, osseuses ou ligamentaires. À côté de ces situations typiques, l’existence de
lésions partielles des ligaments croisés est mainte-
Faire un diagnostic précis permet de proposer nant admise et peut influencer le choix chirurgical
un schéma thérapeutique cohérent précocement notamment au niveau du ligament croisé anté-
sans attendre l’apparition de complications (mé- rieur. C’est sur cette pathologie que nous avons
niscales ou évolution arthrosique) qui caractérise axé cet article. Leur diagnostic repose sur un fais-
l’évolution naturelle des atteintes des ligaments ceau d’arguments cliniques et peropératoires.
croisés. L’IRM en montrant des anomalies participera à ce
diagnostic et sa prise en charge. Lors d’une rup-
S’il y a eu peu d’évolution thérapeutique impor- ture incomplète, l’indication du traitement chirur-
tante dans la prise en charge des lésions du liga- gical repose sur la notion d’un ligament non fonc-
ment croisé postérieur, la chirurgie de réparation tionnel qui ne récupérera pas et exposera à des
du ligament croisé antérieur s’est modifiée ces complications. Mais le diagnostic n’est pas tou-
dernières années avec une palette large de possi- jours évident tant cliniquement qu’en IRM et il
bilités chirurgicales. peut justifier une exploration.
359
nou. L’attache fémorale du faisceau AM est le cen- conduite thérapeutique que ce soit dans les cas
tre de rotation du LCA et explique son comporte- aigus ou chroniques. Nous nous focaliserons sur
ment isométrique qui consiste à limiter la les atteintes ligamentaires isolées du LCA.
translation antérieure du tibia sur le fémur quand
le genou est en flexion. Il contribue aussi à une
stabilité en rotation (interne et externe). Le fais-
ceau PL n’est pas isométrique ; il limite la transla-
tion antérieure, l’hyperextension et la rotation ti-
biale médiale quand le genou est en extension ou
proche de cette position. La position oblique du
faisceau PL donne un meilleur contrôle de la rota-
tion que celle donnée par le faisceau AM qui est en
position plus axiale.
360
indolore, sec avec des mobilités complètes par la 1- Le diagnostic de rupture ligamentaire complète
rééducation. Cela permet de simplifier les suites ou incomplète repose sur un ensemble de si-
opératoires si un traitement chirurgical est entre- gnes sémiologiques directs et indirects que
pris. Seule l’existence de lésions associées (ménis- nous ne détaillerons pas. De même qu’il est im-
cales, cartilagineuses ou ligamentaires périphéri- portant de voir la lésion du croisé ou d’avoir
ques) fait discuter d’une prise en charge rapide. Le l’information, il est important de connaître les
diagnostic précoce reste important afin de plani- lésions associées à cette atteinte du pivot cen-
fier la prise en charge, d’où l’intérêt d’une IRM tral. La lésion doit être caractérisée : s’agit-il
faite tôt dans ces traumatismes. d’une lésion méniscale partielle ou totale com-
me une anse de seau luxée en extension, d’une
L’IRM est devenue incontournable dans le bilan lésion méniscale instable (fig. 2), d’une atteinte
des atteintes du LCA, qu’elles soient aiguës ou méniscale au niveau de la partie antérieure du
chroniques. Bien que l’IRM montre très bien les ménisque latéral ou de la corne postérieure du
pathologies intra-articulaires, elle doit toujours ménisque médial. La réparation méniscale sera
être confrontée à l’examen clinique : en effet, tant faite dans le même temps que la réparation liga-
des faux positifs que des faux négatifs sont possi- mentaire, la préservation méniscale étant deve-
bles que ce soit par des difficultés d’interprétation nue la règle. Certaines lésions stables du ménis-
ou des problèmes techniques. Certains patients que latéral peuvent être laissées en l’état et sur-
ont une instabilité alors que le LCA apparaît intact veillées. L’IRM préopératoire doit permettre ce
sur l’IRM, de même le contraire peut être vrai avec bilan méniscal qui sera vérifié par la vision arth-
un patient qui n’a pas d’instabilité alors que l’IRM roscopique peropératoire. Le bilan IRM permet
montre une lésion du LCA. de planifier correctement le geste pour l’équipe
chirurgicale.
L’IRM permet de voir l’aspect morphologique de 2- Le “bone bruise” ou œdème osseux post-trau-
l’os et des structures ménisco-ligamentaires. Néan- matique se définit comme un traumatisme os-
moins, le statut fonctionnel du LCA est déduit de seux ou une fracture sous chondrale provo-
l’ensemble des informations données par l’examen quant des hémorragies locales et un œdème. Le
clinique et les examens paracliniques dont l’IRM “bone bruise” est bien vu sur les séquences T2.
est un des principaux éléments. L’indication chirur- La localisation de celui-ci permet au clinicien
gicale est basée sur l’examen clinique, mais l’IRM d’imaginer le traumatisme [8]. L’existence de ce
est devenue un appoint essentiel, notamment en “bone bruise” affirme le caractère récent du
phase aiguë. Il est important de bien voir le LCA traumatisme. La localisation du “bone bruise”
sur l’ensemble de son trajet [4-6]. est particulière par ses localisations à la partie
postérieure du plateau tibial latéral, où elle doit
faire rechercher une atteinte de la corne ménis-
En cas d’atteinte aiguë du LCA cale du ménisque latéral. Elle doit faire craindre
une atteinte de la partie antérieure du ménisque
Dans une atteinte du LCA explorée précoce- latéral quand elle siège sur le condyle latéral
ment, l’IRM permettra de voir la lésion du LCA avec parfois une encoche sur celui-ci. Il est pro-
ainsi que les lésions des autres tissus du genou : bable qu’il s’agit d’un mécanisme en hyper
ménisques, cartilage et tissu osseux. À un stade extension.
aigu, l’IRM a une excellente sensibilité (92 à 100 %) Une atteinte du cartilage doit être recherchée
et spécificité (85-100 %) pour détecter les atteintes en présence de “bone bruise”. L’absence de cet-
du LCA [7]. te réaction œdémateuse au contraire ne veut
361
362
• Les ménisques, car une instabilité des lésions Elle a une expression clinique moins franche
méniscales est parfois difficile à évaluer en que la rupture complète du LCA qui ne la rend pas
arthroscopie. toujours facile à déceler, car elle peut mimer les
• Les lésions cartilagineuses sont importantes à autres diagnostics de dérangements post-trauma-
détecter pour savoir s’il faut prévoir un geste tiques du genou [13]. Moins fréquente qu’une rup-
associé à visée cartilagineuse. À un stade de ture complète (10-20 %), elle demande la même
plus, une chondromalacie étendue devra pou- attention pour choisir le bon traitement qui n’est
voir être repérée et le patient prévenu de ce pas toujours chirurgical. Tant le diagnostic que le
stade d’arthrose déjà évoluée. traitement reste un sujet discuté par les chirur-
• La présence de corps étrangers intra-articulai- giens orthopédistes.
res qui devront être retirés pendant l’interven-
tion doit être décelée sur l’IRM préopératoire.
• Il en est de même des modifications de l’échan- Définition d’une rupture partielle du LCA
crure intercondylienne avec l’apparition d’os-
téophytes ou de modifications des structures Avant la rupture finale, le LCA peut s’allonger
osseuses. de plus de 50 % par rapport à sa longueur de re-
• À un stade plus tardif, les lésions sous-chon- pos [14]. Un des faisceaux peut de la même façon
drales qui vont se développer avec le temps se déformer assez pour se rompre alors que
seront les témoins d’une surcharge fonction- l’autre peut rester continu. La question est de sa-
nelle d’un genou avec un LCA déficient. On voir si le faisceau restant est fonctionnel ou trop
pourra voir apparaître des géodes sous-chon- détendu pour le rester. Le danger d’une rupture
drales, souvent accompagnées de zones partielle reste le passage du caractère partiel à
d’œdème localisé. une rupture totale ou l’apparition d’un LCA fonc-
tionnellement inefficace (fig. 4). La difficulté est
363
d’une part de reconnaître les genoux ayant besoin La plupart des ruptures partielles du LCA sont
d’une reconstruction partielle de ceux nécessitant la conséquence d’une décélération brutale pen-
une reconstruction totale du LCA, d’autre part de dant une activité sportive sans contact avec une
sélectionner les genoux n’ayant pas besoin de re- rotation externe ou une rotation interne asso-
construction [15]. ciée à un valgus (pied fixé dans une chaussure
de ski). La symptomatologie est celle d’une rup-
D’un côté, la vascularisation du LCA ne permet ture de LCA : craquement ou impression de lâ-
pas une cicatrisation certaine soit dès le premier chage, reprise d’appui difficile, sensation d’ins-
accident, soit lors des épisodes d’instabilité suc- tabilité du genou et impossibilité de continuer
cessifs, de l’autre il y a des avantages vasculaires l’activité en cours. La douleur est mal localisée,
et proprioceptifs à conserver les reliquats liga- un déficit d’extension est possible si le fragment
mentaires pour le patient. Les fibres environnan- de LCA se coince entre le condyle fémoral et le
tes font une protection à la greffe pendant le phé- plateau tibial [20].
nomène de cicatrisation et la proximité des vais-
seaux du LCA natif pourrait améliorer la vascula- Le diagnostic clinique d’une rupture partielle
risation locale. du LCA est basé sur le degré de laxité trouvé à
l’examen clinique : tiroir antérieur, Lachman, res-
Une rupture partielle est de diagnostic difficile ; saut, laximétrie. Pourtant ces outils peuvent être
elle se définit comme une combinaison d’éléments pris en défaut en cas de consultation précoce avec
cliniques, en imagerie (IRM), mais le diagnostic des signes moindres se réduisant à une flexion
est finalement fait à l’arthroscopie. Elle doit inté- douloureuse, une sensibilité des tendons de la
resser au moins la moitié des fibres du LCA [3, 12, patte-d’oie, une douleur méniscale. Pour toutes
16, 17]. Le site préférentiel de la rupture est le plus ces raisons, les seuls tests valables sont la pré-
souvent près de l’insertion fémorale, mais elle sence d’un Lachman positif et d’un ressaut, mais
peut parfois siéger en plein corps ou sur l’inser- ils ne sont pas constants dans une rupture par-
tion tibiale. tielle [21, 22]. Le ressaut positif signe le non-fonc-
tionnement du LCA : le tibia subluxé en extension
Une rupture partielle est définie par un ensem- sur le fémur se réduit lors du passage en flexion.
ble de 4 signes [18] : Le ressaut est plus facilement retrouvé sous anes-
• Un test de Lachman asymétrique, mais pré- thésie générale où l’action de la gravité est aug-
sent par rapport au côté sain ; mentée. Le tractus iliotibial en l’absence du LCA
• Une laxité présente, mais faible au KT 1000 ou déplace le centre du genou en avant et provoque
au TELOS ou au GNRB (< 3 mm) ; ce phénomène jusqu’à la réduction à 20-30° de
• Un ressaut typiquement négatif ou difficile à flexion [23]. Les résultats sont complètement dif-
trouver ; férents par rapport à une rupture complète (La-
• Une atteinte évidente du LCA à l’arthro chman trouvé dans 98 % des cas et ressaut net
scopie. dans 80 % des cas), dans le cas de rupture par-
tielle le Lachman à arrêt dur n’est présent que
Le LCA reste fonctionnel s’il ne s’y associe pas dans 30 à 60 % des cas et le ressaut dans 50 à
d’instabilité : la présence d’un ressaut signe l’ins- 36 % [19]. De la même façon, pour Fritschy [22]
tabilité et le caractère non fonctionnel du LCA, la présence d’un ressaut de faible importance,
donc l’équivalent d’une rupture complète du LCA alors que le Lachman ou le tiroir antérieur sont
[19]. absents, doit être évocatrice.
364
365
366
Le traitement non opératoire commence par la Pour Noyes [3], 3 facteurs vont influencer une
recherche d’un ressaut sous anesthésie générale dégradation de la fonction d’un LCA atteint d’une
qui améliore la sensibilité à 92 % au lieu de 24 % rupture partielle : l’importance de l’atteinte du
chez le sujet éveillé pour De Franco [18]. La pré- LCA lors de l’arthroscopie (>supérieure à 50 % de
sence d’un ressaut sous anesthésie générale affir- ses fibres), une augmentation de la translation an-
me la perte du contrôle de la stabilité en rotation térieure d’au moins 5 mm, ou la survenue d’un
qui n’est pas démontrée par la mesure du Lach- nouvel accident. En effet, les ruptures partielles
man qui détecte la laxité antérieure. avec plus de 50 % de fibres rompues progressent
vers une rupture complète [7], de même la pré-
Ainsi, un ressaut négatif à la suite d’une suspi- sence d’un ressaut ou un âge supérieur à 14 ans
cion de rupture partielle de LCA doit être testé paraissent, pour cet auteur, être des facteurs péjo-
sous anesthésie générale. Si celui-ci reste néga- ratifs [34]. Par contre, il n’y a pas d’association pé-
tif, une arthroscopie doit être faite pour éliminer jorative entre une rupture partielle du LCA et la
une lésion méniscale ou un fragment ostéochon- présence d’une atteinte associée méniscale, ou
dral qui peuvent aussi ne pas être vus lors de l’existence d’un Lachman [18, 19, 3]). En revan-
l’imagerie. che, comme le recommande Noyes [3] ou De
Franco [18], l’existence d’un nouvel épisode d’ins-
Si tout reste négatif à l’arthroscopie, le traite- tabilité doit faire poser l’indication opératoire
ment peut être non opératoire. La non-reconstruc- d’une ligamentoplastie classique en cas de traite-
tion d’une rupture partielle ne peut s’adresser ment fonctionnel.
qu’aux patients présentant une rupture partielle
sans instabilité avec une laxité modérée malgré Une diminution du niveau d’activité sportive est
l’atteinte d’un faisceau. la recommandation faite en cas de traitement or-
thopédique et l’absence de sport stressant pour le
Il n’y a pas de ligne de conduite particulière pour LCA donne de très bons résultats [3, 33].
la prise en charge des ruptures partielles du LCA
par rapport à la prise en charge des autres LCA, Il est difficile d’apprécier le risque d’arthrose
une orthèse peut être portée pendant la période post-traumatique qui pour Kannus [35] était de
précoce notamment les 3 premiers mois post-trau- 15 % à 8 ans en moyenne pour des LCA non re-
matique, une mobilisation précoce est débutée. Le construits atteints de ruptures partielles.
367
368
La définition d’une rupture partielle du LCA est fonctionnelle et non anatomique, cela explique la néces-
sité d’aller jusqu’au testing sous anesthésie générale et à l’arthroscopie diagnostique. La présence d’un
ressaut permettra de choisir un traitement chirurgical classique ou la reconstruction élective du faisceau
cassé si le faisceau restant est jugé fonctionnel.
369
Un examen neurologique attentif est toujours L’IRM est un examen très utile dans la pathologie
requis avec une exploration clinique du nerf fibu-
ligamentaire du genou et permet dans la majorité
laire commun et une atteinte de sa branche pro-
des cas d’atteinte du LCA de faire le diagnostic de
fonde (atteinte des fléchisseurs dorsaux du pied et
rupture complète du LCA. Elle fait aussi le diagnos-
anesthésie du premier espace interdigital).
tic des lésions associées ménisco-ligamentaires et
Les radiographies si elles montrent un espace ostéochondrales. L’IRM a une contribution impor-
asymétrique doivent être évocatrices, notam- tante au diagnostic tant en situation aiguë que de-
ment s’il existe un élargissement de l’espace fé- vant une laxité chronique pour le LCA.
moro-tibial latéral et un aspect en varus. Les ra-
diographies recherchent de fréquentes fractures Une rupture partielle du LCA est une définition
associées. fonctionnelle recouvrant des tableaux anatomiques
et cliniques variables. Dans le cas de rupture par-
L’IRM est utile dans les cas aigus. Elle permet de tielle du LCA, l’IRM doit faciliter la décision du
voir les atteintes du LCP [43] ainsi que le site de la chirurgien en penchant vers un diagnostic de rup-
rupture et les atteintes associées ostéo-cartilagi- ture complète ou en attirant son attention devant
neuses, ménisco-ligamentaires. En cas d’atteinte une discordance entre le tableau clinique et l’image-
aiguë, l’IRM est très utile pour voir la lésion sur le rie. Le diagnostic des lésions partielles reste parfois
LCP, son type (rupture partielle ou complète). En
difficile et repose sur le diagnostic peropératoire.
effet, une atteinte incomplète orientera vers un
traitement orthopédique.
En cas d’atteinte du LCP, l’IRM a un intérêt en
situation aiguë tant pour le diagnostic de rupture
L’IRM permet de chercher un arrachement osseux
sur la surface rétro-spinale tibiale par exemple. du LCP que pour répertorier et quantifier les at-
teintes associées ménisco-ligamentaires ou ostéo-
L’IRM permet de voir les plans périphériques, chondrales.
notamment le plan externe et postéro-externe
dont l’association avec une rupture du LCP néces- Par sa non-invasivité et sa non-toxicité, l’IRM
site un traitement souvent chirurgical précoce de dans les atteintes ligamentaires du genou est de-
reconstruction ligamentaire. venue un examen incontournable.
370
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372
373
Les séquences DP en double obliquité parallèles isotropes autorise une navigation MPR (multipla-
(sagittales et axiales) et perpendiculaires (corona- nar reconstruction) de plus en plus satisfaisante
les) déroulent parfaitement la double composante sur des unités de dernière génération 1,5 Tesla et
du LCA et sont aujourd’hui indispensables. L’iso- déjà suffisante avec les 3 Tesla [34, 35, 36, 37, 38]
tropie millimétrique des nouvelles séquences 3D (fig. 2 a, b, c, d).
b
Fig. 1 :
a) Vue antérieure du genou visualisant la double composante du LCA genou fléchi.
b) Cinématique des 2 faisceaux du ligament croisé à la flexion du genou. Vue médiale de l’échan-
crure intercondylienne et du condyle latéral. A la flexion, l’enthèse proximale du FPL passe en
avant de celle du FAM.
374
b
Fig. 2 :
Séquences cube pondération DP avec et sans fat sat réalisées sur une unité 1.5 Tesla passant par
les 2 faisceaux du ligament croisé antérieur. Reconstructions multiplanaires en double obliquité
alignant les faisceaux.
a et b) Faisceau postéro-latéral (FPL), flèche rouge.
375
d
Fig. 2 :
Séquences cube pondération DP avec et sans fat sat réalisées sur une unité 1.5 Tesla passant par les
2 faisceaux du ligament croisé antérieur. Reconstructions multiplanaires en double obliquité alignant
les faisceaux.
c et d) Faisceau antéro-médial (FAM), flèche blanche.
376
377
378
Fig. 5 : Rupture ancienne du LCA avec involution complète du ligament remplacé par de la graisse dans l’échancrure. Les coupes
fines sans FAT SAT confirment l’absence de fibres résiduelles (cercle blanc).
Fig. 6 : Rupture ancienne du LCA. Persistance d’un moignon ligamentaire distal couché dans l’échancrure (cercle blanc). Ab-
sence de fibre visible à l’enthèse condylienne (flèches blanches).
379
Celui-ci retrouve donc un hyposignal T2 physio- s’attacher à rechercher une anomalie de son orien-
logique, mais il n’est jamais continu, toujours in- tation par rapport au plateau tibial avec un bom-
complet avec une orientation pathologique. bement des fibres en avant du fait de sa perte de
tension en rapport avec sa désinsertion enthésique
Si l’examen clinique a déjà posé le diagnostic de proximale. On recherchera également un moignon
laxité chronique, l’IRM n’a d’intérêt que pour le du FAM en situation préspinale qui vient capoter
bilan articulaire complet. en situation médiale dans le Hoffa lors de la déchi-
rure de la tente et qui est souvent visible en cas de
La laxité induite par la rupture du LCA peut être rupture partielle [45, 46, 47].
à long terme à l’origine de lésions dégénératives
méniscales et ostéochondrales, possible motif de L’analyse corporéale reste délicate sur les sé-
consultation et qu’il faudra donc s’attacher à re- quences sagittales compte tenu de l’enroulement
chercher [43, 44]. des 2 faisceaux, et une étude dans tous les plans,
dans l’idéal par analyse multiplanaire, sur les sé-
quences isotropiques reste indispensable.
Les ruptures
monofasciculaires du LCA Les coupes fines en double obliquité sont très uti-
les pour visualiser les plages liquidiennes intraliga-
Nous décrirons dans ce chapitre les signes sé- mentaires et les désinsertions enthésiques (fig. 7).
miologiques de rupture complète pour chaque
faisceau. Cependant, la suffusion hémorragique dans la
tente des croisés masque très souvent le carac-
tère double du ligament en zone corporéale dont
La rupture du FAM le site de rupture est alors d’interprétation plus
délicate.
Au stade aigu
À ce stade, le deuxième faisceau PL n’est géné-
La rupture proximale du FAM est de loin la plus ralement pas normal, sa faible élasticité ligamen-
fréquente. On recherchera une plage liquidienne taire ne pouvant souvent à elle seule contenir le
en franc hypersignal T2 à son enthèse proximale. tiroir et/ou la rotation qui a provoqué la rupture du
Détaché à sa partie haute, le faisceau vient se FAM.
distendre et se coucher dans l’échancrure.
Ce faisceau PL peut donc être lui aussi touché de
Dans cette situation, l’analyse dans le plan sagit- façon interstitielle (cf. chapitre 4), mais il reste ce-
tal de son enthèse distale peut renseigner sur son pendant visible, continu et tendu. Son analyse est
statut. Les fibres tibiales les plus antérieures cor- difficile, car la suffusion hémorragique liée à la
respondent au FAM et l’on doit particulièrement rupture de son homologue masque ses contours.
380
Fig. 7 : Rupture fraîche du FAM. Le moignon ligamentaire est venu basculer en situation préspinale antérieure et mé-
diale (flèche blanche). La rupture est proximale à l’enthèse condylienne avec plage liquidienne franche (cercle blanc).
Connu par tous les radiologues, le terme de cica- L’exploration arthroscopique montre un liga-
trisation en nourrice correspond à une description ment détendu dans la tente au palpateur, désin-
clinique, arthroscopique et magnétique. séré à l’enthèse proximale et qui vient disparaître
en arrière de l’échancrure accolée au LCP. L’ana-
La sémiologie IRM ancienne correspond à un li- lyse du FPL est plus difficile et son enthèse plus
gament grêle, mais continu, tendu, mais qui n’est basse et plus postérieure est délicate à voir en
pas parallèle à la ligne de Blumensaat et dont l’en- arthroscopie.
381
Fig. 8 : Cicatrisation en nourrice du LCA. Patient présentant un arrêt dur retardé au test de Lachman.
Persistance de fibres ligamentaires en hyposignal mais dont l’enthèse condylienne est mal visible. L’enthèse proximale
du FAM est absente (flèche blanche). Persistance de fibres distendues du FPL qui est suivi jusqu’à son enthèse condy-
lienne (flèches rouges).
La mise en tiroir ne provoque pas d’attraction du LCP (astérisque) qui se déforme en S. Les fibres accolées au LCP ne
semblent donc pas être mécaniquement efficaces.
382
Le FAM est aussi possiblement touché, mais res- un LCA toujours présent. L’aspect en hamac du
te continu (cf. chapitre 4). FAM doit particulièrement attirer l’attention sur
le FPL.
Parfois victime d’une atteinte interstitielle lors du
traumatisme initial, il peut au stade aigu perdre une En effet, la sollicitation mécanique du FAM étant
partie de son hyposignal physiologique (fig. 10). moindre en flexion à 20° [28, 29], la diminution de
ses propriétés élastiques due à une atteinte inters-
À un stade plus tardif, l’IRM est souvent trom- titielle initiale associée peut venir le détendre en
peuse en coupes sagittales, car il persiste le gros hamac et doit impérativement faire rechercher
et long FAM dans l’échancrure qui fait croire à une rupture occulte du FPL (fig. 11 a, b).
Fig. 9 : Rupture du FPL. Le moignon ligamentaire est venu capoter en situation préspinale antérolatérale au contact de la corne
antérieure du ménisque latéral.
Fig. 10 : Rupture fraîche du FPL. Remplacement liquidien à son enthèse proximale (flèche rouge). Persistance du FAM (flèche
blanche) victime d’une atteinte interstitielle lors du traumatisme initial. Conservation de la continuité ligamentaire mais ligament
distendu, infiltré et augmenté de volume.
383
Fig. 11 : Patient aux antécédents d’entorse il y a 8 mois. Lachman arrêt dur sans rappel ressaut rotatoire.
a) Seul un faisceau ligamentaire est visible dans tous les plans d’exploration (flèche blanche). Son enthèse
proximale haut située semble indiquer qu’il s’agit du FAM sur les coupes sagittales. Les coupes coronales
obliques ne retrouvent pas l’enthèse du FPL qui a disparu (flèche rouge).
b) Coupes coronales obliques fines. Un seul faisceau visible correspondant au FAM (cercle blanc) dont les
enthèses sont respectées (flèches blanches). Disparition du FPL (flèche rouge).
384
385
Fig. 13 : Rupture interstitielle plus sévère du LCA. Lachman arrêt mou mais sans tiroir majeur et sans rappel ressaut rotatoire.
Les 2 faisceaux sont infiltrés (astérisque) mais semblent toujours dissociables (flèche blanche: FAM, flèche rouge FPL).
386
Fig. 14 : Rupture interstitielle grave du LCA. Examen clinique difficile sans Lachman majeur mais avec ébauche de rappel ressaut
rotatoire.
Le ligament est nettement pathologique avec des enthèses proximales très infiltrées en hypersignal (astérisque). Il est difficile
de distinguer les 2 faisceaux qui sont augmentés de volume. Le FAM (flèche blanche) est plutôt bien respecté en distalité mais le
FPL semble nettement distendu (flèche rouge) sur les coupes sagittales.
Mauvaise évolution clinique à 2 mois, patient ayant bénéficié d’une ligamentoplastie.
Dans un contexte clinique douteux, deux ques- tiel de cicatrisation en étudiant son signal sur les
tions essentielles se posent alors : séquences de diffusion [49, 50].
• le LCA résiduel est-il fonctionnel ?
• le LCA résiduel est-il biologiquement vivant ? La cartographie ADC permet de mieux différen-
cier les ruptures complètes des ruptures intersti-
Plusieurs auteurs proposent aujourd’hui l’utili- tielles en précisant la persistance de fibres de col-
sation de séquences complémentaires pour aider lagènes continues au sein de l’œdème post-trau-
au diagnostic de ces lésions interstitielles partiel- matique et les résultats de l’équipe de Delin et
les du LCA. coll. offrent des perspectives très encourageantes
(fig. 15).
L’IRM de diffusion : évaluation de la Il est très intéressant de noter que sur une série
vitalité du LCA de 29 ruptures partielles suivies en IRM de diffu-
sion, 28 patients ont présenté une cicatrisation
L’utilisation des séquences de diffusion semble complète avec une restitution complète du LCA à
utile pour préciser la vitalité du LCA et son poten- 1 an sur les IRM de contrôle [51].
387
Fig. 15 : Iconographie C. Delin et coll. [49]. Séquences de diffusion ADC sagittales et axiales.
a) Rupture partielle du LCA. Conservation d’un net hyposignal du ligament lésé sur les séquences ADC signant la persistance des
fibres de collagène (80 % du poids sec du ligament) dont la teneur est faible en eau. Les contours du ligament sont soulignés
par l’épanchement dont l’hypersignal est franc.
b) Rupture complète du ligament. Disparition de l’hyposignal physiologique dû à la rupture des fibres de collagène sur les séquen-
ces de diffusion.
388
Lors du contrôle IRM à un an des ruptures par- retrouve une morphologie et un signal normal
tielles non opérées (8 patients), le ligament croisé chez 75 % des patients (fig. 18).
Fig. 16 : LaxiIRM en coupe sagittale au repos puis avec application du tiroir. Avancée pathologique du plateau tibial (tiroir latéral
et tiroir médial) avec un ligament croisé distendu en chewing-gum et grêle en situation corporéale à la mise en tension.
Fig. 17 : LaxiIRM. Etude dynamique en coupes sagittales obliques du ligament lors de la mise en tension progressive (séquences
fiesta millimétriques). Apparition d’une solution de continuité en zone corporéale lors de la mise en tension (flèche blanche).
Rupture complète corporéale proximale.
389
390
Certaines études déjà réalisées en IRM standard est certes de confirmer la rupture complète du li-
[58, 59] ont montré que l’IRM était plus perfor- gament, mais surtout de rechercher les lésions as-
mante pour le diagnostic lésionnel lors d’une ana- sociées qui peuvent modifier la prise en charge.
lyse plus tardive.
Dans de nombreux cas, l’examen clinique et les
Ceci est facilement compréhensible au regard données arthrométriques ne permettent pas d’être
des études histologiques qui ont bien décrit qu’un formel. Le terme de rupture partielle est alors em-
ligament siège d’une rupture complète va se remo- ployé et une prise en charge fonctionnelle peut
deler sur une période de 8 à 12 semaines. Passé ce être décidée.
délai, si le ligament est rompu, son moignon n’est
plus inflammatoire et une prolifération pathologi- L’IRM doit alors essayer de classer au mieux le
que de myofibroblastes a provoqué sa rétraction, type d’atteinte morphologique :
et sa rupture est ainsi mieux visible [39, 40, 41]. • Y a-t-il une rupture d’un seul faisceau du liga-
Cependant, une imagerie retardée à 12 semaines ment ? S’agit-il du FAM ou du FPL ? L’autre
induit un retard diagnostique conséquent qui peut faisceau présente-t-il également une atteinte
évidemment nuire à une prise en charge adaptée interstitielle ?
initiale. • L’atteinte est-elle seulement interstitielle sans
rupture nette et celle-ci est-elle modérée ou
Si plusieurs études IRM avec injection de gado- grave ?
linium ont été réalisées pour étudier la ligamenti-
sation des greffons du LCA après réparation Au stade aigu, la suffusion hémorragique gêne
chirurgicale, aucune étude IRM avec utilisation énormément l’interprétation et le diagnostic lé-
du gadolinium n’a étudié à ce jour le potentiel de sionnel précis est difficile lorsque la rupture n’est
pas franche.
cicatrisation du LCA en cas d’atteinte interstitielle
[60, 61].
Les séquences de diffusion peuvent aider au dia-
gnostic à la recherche de fibres continues, mais
des études sur de grandes cohortes doivent faire
Conclusion leur preuve.
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• d’un remplissage de l’espace k de façon radiai- La qualité des gradients est capitale afin de
re à partir du centre, maintenir une amplitude et des performances de
• d’une demi-impulsion de radiofréquence avec balayage élevées ; dans le cas contraire, une pro-
une polarité inversée du gradient de sélection portion significative du signal des éléments à T2
de coupe [4]. courts sera perdue avant même d’avoir pu être co-
dée spatialement. Ces séquences sont également
de durée plus longue que les séquences classiques
du fait de l’échantillonnage radial de l’espace k
d’une part, et de l’obtention d’une ligne de cet es-
pace par l’addition de deux demi-acquisitions dis-
tinctes d’autre part.
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L’artéfact dit “d’angle magique” en perturbant le gnal des tendons, comme la séquence en densité
signal des structures tendineuses, ligamentaires de proton utilisée de manière usuelle pour l’explo-
ou cartilagineuses en IRM est à l’origine de diffi- ration de la pathologie musculo-squelettique.
cultés diagnostiques en imagerie musculosquelet-
tique. Nous aborderons successivement dans ce L’intensité du signal magnétique dépend de l’im-
chapitre les principes physiques à l’origine de cet portance des interactions dipolaires qui dépendent
artéfact, les localisations anatomiques où il peut elles-mêmes de l’orientation par rapport au champ
être rencontré, les séquences concernées, les astu- magnétique (Bo). Leur valeur est soumise à la for-
ces pour l’éviter et les rares situations où il peut mule (3 cos2θ-1), θ étant l’angle entre le champ ma-
être une aide au diagnostic. gnétique statique et le vecteur entre deux nucleus
proches [3, 7]. L’angle magique est défini comme
l’angle pour lequel l’interaction dipolaire entre
Qu’est-ce que l’angle magique ? deux nucleus est nulle. Quand 3 cos2θ-1 est égal à 0,
l’interaction dipolaire disparaît. L’angle qui permet
L’artefact d’angle magique est la conséquence de vérifier cette condition est 54,74°. Il est nommé
des propriétés physiques particulières des tissus angle magique. Les interactions dipolaires sont
fibrillaires et de leur interaction avec le champ donc maximales pour un angle de 0° et minimales
magnétique statique B0. pour un angle d’environ 55°. Le T2 court des ten-
dons et des ligaments associés aux interactions di-
C’est en 1962 que Berendsen [1] montra que le polaires sont à l’origine de l’aspect habituellement
signal IRM des fibres de collagènes était dépen- en hyposignal de ces structures. Le temps de re-
dant de leur orientation. Ce phénomène, nommé laxation T2 est rallongé et maximal lorsque ces
angle magique, est la conséquence des interac- structures fibrillaires sont à un angle de 55° par rap-
tions dipolaires des molécules d’eau au contact port à B0. Il en résulte un hypersignal d’intensité
des fibres de collagènes structurées [2, 3]. variable défini comme l’artéfact d’angle magique.
401
derme et graisse péritendineuse) également en hy- Les localisations anatomiques les plus
persignal [8]. Cette augmentation du signal intra- fréquemment soumises à l’artéfact
tendineux est potentiellement à l’origine de faux d’angle magique
positifs de lésions tendineuses, qu’elles soient
d’origine traumatique, dégénérative ou inflamma- À l’épaule
toire, la tendinopathie se manifestant également
par une augmentation du signal tendineux [9, 10]. C’est à l’épaule que l’artéfact de l’angle magique
fut initialement décrit comme un faux positif de
Le phénomène d’angle magique existe sur tout lésion du tendon du supra-épineux [11] (fig. 1).
tendon dont l’orientation est à environ 55° par rap- Lors de l’exploration des tendons de la coiffe des
port à B0. Les régions soumises à cet artéfact en rotateurs dans un plan coronal oblique, du fait de
pratique clinique quotidienne dépendent d’une l’orientation du tendon du supra épineux à 55° en-
part de l’anatomie des tendons, en particulier les viron par rapport à B0, on identifie un hypersignal
tendons dont le trajet est anguleux ou qui chan- intratendineux à 1 cm de son insertion imputable
gent de direction, d’autre part du positionnement à l’angle magique. Madden [12] propose de réali-
du patient, le plus souvent en décubitus dorsal ser de façon systématique, une acquisition en rota-
dans un grand axe parallèle à B0, avec la plupart tion externe afin de réduire l’angle et de diminuer
de nos IRM. l’intensité de cet hypersignal artéfactuel.
A B
Fig. 1 : Les variations du signal selon la valeur du TE. Exploration IRM (3Tesla Siemens) centrée sur le tendon du
supra-épineux dans un plan coronal en séquence pondérée DP (TE=20 ms) (A) et en séquence pondérée T2 (80 ms) (B).
L’allongement du TE fait disparaître l’hypersignal tendineux imputable à l’angle magique (flèche). Le tendon du supra
épineux est orienté à 55° environ par rapport à B0 à 1 cm de son insertion.
402
Au genou, le phénomène de l’angle magique est Cet artéfact est présent lorsque le temps d’écho
décrit à l’insertion du ligament patellaire, du ten- (TE) est court, c’est-à-dire de dix à quelques dizai-
don semi-membraneux et des tendons de la patte- nes de millisecondes. En pratique quotidienne,
d’oie [3] (fig. 3). l’angle magique existe sur des séquences en écho
de gradient, spin écho ou fast spin écho [14].
A B
Fig. 2 : L’angle magique au poignet à l’origine de faux positifs de lésion du long fléchisseur du pouce. IRM (1,5 Tesla Philips)
du poignet en séquence pondérée DP SPAIR (TE 25 ms) (A) dans un plan coronal et (B) dans un plan axial.
Le tendon du long fléchisseur du pouce (flèche) est en hypersignal en comparaison aux tendons fléchisseurs des doigts du fait de
son orientation dans un angle d’environ 55° par rapport à B0, alors que les fléchisseurs des doigts sont parallèles à B0.
403
Fig. 3 : L’angle magique à l’origine de faux positifs de lésion du semi-tendineux. Acquisition IRM (1,5 Tesla
Philips) en séquence pondérée DP (TE=25 ms) avec saturation de graisse centrée sur le tendon du semi-mem-
braneux dans un plan sagittal (A) et axial 1 cm avant son insertion tibiale (B) et à son insertion tibiale (C).
Aspect en hypersignal (flèche) du fait du changement d’orientation du tendon du semi-membraneux à son
insertion tibiale. Notons que la saturation du signal de la graisse ne modifie par l’artéfact de l’angle magique.
démontre que pour l’étude en coupe axiale des de leur orientation : le signal T2 augmente de fa-
tendons de la cheville, il y a moitié moins d’hyper- çon proportionnelle à la valeur de l’angle formé
signal tendineux à l’angle magique avec une sé- avec B0 pour être maximal à 55°. Henkelman [16],
quence STIR qu’avec une séquence spin echo avec rapporte à partir de l’étude de tendon calcanéen
saturation de graisse. de chien in vitro, que les valeurs des T2 augmen-
tent de 7 à 22 ms quand l’orientation du tendon
varie de 0° à 55° selon B0.
Quelles astuces pour s’en
défaire ? Pour illustrer les variations du signal selon la
position du tendon par rapport à B0, nous avons
Les variations de signal selon choisi l’exploration des tendons de la cheville
l’orientation du tendon par rapport (fig. 4) [13]. Nous réalisons une acquisition en
à B0 densité de proton avec un TE à 20 ms. La première
acquisition est réalisée comme en pratique clini-
Plusieurs auteurs [2, 7, 16] ont montré par l’étu- que quotidienne, le patient en décubitus dorsal,
de de tendon in vitro que leur signal T2 dépendait cheville à 90° de flexion, en position neutre, dans
404
A B
C D
Fig. 4 : Les variations du signal selon le positionnement du tendon. Exploration IRM (3Tesla Siemens) des tendons de
la cheville droite en densité de protons (TE=20 ms ; TR=2071). Le patient est positionné en décubitus dorsal (A et B)
puis en décubitus ventral (C et D). L’exploration des tendons dans un axe proche de B0 fait disparaître l’hypersignal des
tendons fibulaires (flèche).
une antenne dédiée. Dans cette position, les ten- port à B0. Le patient est placé en décubitus ven-
dons, et de manière plus marquée, les tendons fi- tral, le pied en flexion plantaire. Dans cette posi-
bulaires changent d’orientation dans leur trajet tion, dans leur trajet rétro-malléolaire, le grand
rétro-malléolaire, de sorte que leur axe est orienté axe des tendons fibulaires est presque parallèle à
à environ 55° par rapport à B0. Les coupes axiales B0. L’hyper-signal intratendineux disparaît [13].
réalisées perpendiculaires au grand axe du tendon
révèlent un hypersignal relatif des tendons fibulai- En pratique clinique, en cas de doute sur le ca-
res en comparaison aux autres tendons de la che- ractère artéfactuel d’un hypersignal tendineux, le
ville. Une seconde acquisition est réalisée en gar- repositionnement du tendon dans un axe parallèle
dant les mêmes paramètres, mais en modifiant la à B0 permet de confirmer le caractère pathologi-
position du pied et donc l’axe des tendons par rap- que de cet hypersignal s’il ne disparaît pas.
405
Les variations de signal selon la valeur ces à TE ultracourts de l’ordre de 0,008 à 0,15 ms.
du TE Marshall [21] l’utilise pour sensibiliser les prises
de contrastes pathologiques après injection de ga-
L’intensité de la variation de signal induite par dolinium dans l’analyse des tendons d’Achille.
l’angle magique est variable en fonction du TE
(fig. 1). Elle est maximale pour des TE relative- Toutefois, positionner le tendon d’Achille à 55°
ment courts et le signal diminue lorsque le TE est par rapport à B0 est de réalisation difficile et peu
allongé [17]. Le TE critique est défini comme la applicable en pratique quotidienne.
valeur du TE permettant de faire disparaître l’hy-
persignal artéfactuel [14]. Le TE critique dépend
du type de séquence utilisée : il a des valeurs plus Conclusion
basses sur les séquences en écho de gradient que
sur les séquences en spin écho [14]. L’artéfact d’angle magique est une réalité ma-
gnétique et un piège diagnostique à connaître. Il
En pratique clinique, l’allongement du TE doit est facile à reconnaître dès que les fibres tendineu-
permettre de s’affranchir d’un hypersignal en re- ses sont orientées à environ 55° par rapport au
lation avec l’artéfact d’angle magique. champ magnétique B0. Il peut être éliminé en aug-
mentant le TE ou en modifiant la position d’acqui-
sition pour réaxer le tendon dans l’axe du champ
L’angle magique : une aide au magnétique B0.
diagnostic
La présence de cet artéfact nécessite parfois de
Plus récemment, l’angle magique a été utilisé recourir à une modalité d’imagerie complémen-
pour étudier tendons et ligaments en contraste po- taire, en particulier l’échographie qui confirme
sitif, sur des séquences en pondération T2 ou pour l’intégrité intrinsèque du tendon et permet en plus
l’analyse du rehaussement après injection de pro- une analyse dynamique. Ce duo pourra bénéficier
duit de contraste. C’est en plaçant le tendon dans l’avenir du développement des techniques de
d’Achille dans un angle de 55° par rapport à B0 et fusion d’image.
en utilisant des TE très courts, qu’Oatridge [18]
utilise le phénomène d’angle magique pour sensi- L’utilisation de cet artéfact comme aide au dia-
biliser l’analyse des anomalies de signal intraten- gnostic est rare en pratique courante, du fait des
dineux. Benjamin [19] et Du [20] proposent l’étude difficultés du positionnement dans l’angle magi-
du signal tendineux à l’enthèse avec des séquen- que avec nos machines actuelles.
406
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407
Nous rappelons l’anatomie de l’avant-pied, com- Connaître l’anatomie en coupe dans le plan fron-
me toujours essentielle pour localiser et compren- tal (fig. 1) est essentiel [1, 2] et permet de localiser
dre les différentes pathologies. La technique de la pathologie de façon précise, ce qui aide considé-
réalisation de l’examen doit être rigoureuse et rablement au diagnostic positif et différentiel. Il
Fig. 1 : Schéma anatomique dans le plan frontal des espaces intercapitométatarsiens d’après
N. Theumann [1] et A. Mohana-Borges [2]. 1) bourse intercapitométatarsienne située au-dessus
du ligament intermétatarsien transverse profond : 10. 2) appareil extenseur. 3) capsule articu-
laire. 4 et 5) tendons interosseux. 6) plaque plantaire. 7) muscle lombrical. 8) pédicule digital
commun. 9) ligament intermétatarsien transverse superficiel. 11) appareil fléchisseur.
409
existe ainsi 3 compartiments anatomiques dis- collagène, en hyposignal en IRM (fig. 3). Cette
tincts qui nous intéressent tout particulièrement : plaque soutient l’articulation et empêche l’hype-
• le compartiment articulaire métatarsopha- rextension de la MTP. Elle présente une attache
langien, proximale fine et une attache beaucoup plus
• la loge intermétatarsienne dorsale au-dessus
du ligament intermétatarsien transverse pro-
fond où se situe la bourse intermétatarsienne,
bourse de glissement entre les tendons inte-
rosseux et les têtes métatarsiennes [1],
• la loge intermétatarsienne plantaire sous le li-
gament intermétatarsien transverse profond
traversée par le pédicule vasculo-nerveux
plantaire digital commun.
410
Fig. 4 : Choix de l’antenne et de l’installation. Antenne genou, installation en procubitus ; antenne genou, installation
en décubitus ; antenne poignet permettant de serrer les espaces intercapitométatarsiens.
411
La résolution spatiale doit être privilégiée pour Les séquences en T1 sont toujours nécessaires.
l’étude de structures anatomiques de petite taille. Les coupes frontales T1 sont indispensables pour
Pour l’avant-pied, la taille du FOV doit être infé- explorer les espaces intercapitométatarsiens. El-
rieure ou égale à 120 mm. La taille de la matrice les permettent de localiser la pathologie dans les
doit être la plus élevée possible, supérieure ou trois compartiments précédemment décrits. Elles
égale à 256, 512 dans l’idéal. L’épaisseur de coupe permettent, grâce au contraste graisseux, d’identi-
doit être inférieure ou égale à 3 mm et l’espace fier le pédicule vasculo-nerveux digital plantaire
intercoupe (gap) inférieur ou égal à 10 %. commun.
Le rapport signal sur bruit doit être suffisant Les séquences en T2 ou densité de protons avec
pour obtenir des images de qualité. saturation de la graisse sont également essentiel-
les pour le diagnostic de toutes les pathologies. Il
faut faire attention à la densité de proton avec sa-
Les plans de coupe turation de la graisse qui peut effacer certaines
pathologies comme les névromes de Morton quand
Ils dépendent de l’indication et de la pathologie ils sont en hyposignal d’où la corrélation indispen-
recherchées. sable avec le T1.
Le plan frontal est perpendiculaire aux métatar- L’injection de gadolinium n’est pas toujours in-
siens, correctement centré sur les espaces interca- dispensable, mais souvent utile, notamment en
pitométatarsiens. C’est le plan de référence pour cas de doute diagnostique : par exemple, entre
explorer les espaces intercapitométatarsiens (bur- une bursopathie dont le signal va se rehausser et
sopathies, névromes de Morton, arthropathies des un névrome ne se rehaussant pas ou peu ; comble-
MTP). ment de l’espace par une synovite d’origine méta-
tarsophalangienne dont le signal se rehausse
Le plan sagittal est toujours nécessaire, notam- après injection ; arthrosynovite au début où la sy-
ment pour explorer les interlignes MTP (arthropa- novite se rehausse ; lésion partielle de la plaque
thies, instabilités, plaques plantaires). plantaire…
Les métatarsiens ayant chacun un plan sagittal L’injection est indispensable en cas de patholo-
propre, les coupes sagittales doivent être orientées gie tumorale ou rhumatismale.
dans l’axe des métatarsiens que l’on veut tout par-
ticulièrement explorer.
Les principales indications
Le plan axial est surtout utile pour la patholo-
gie osseuse et articulaire. Il est incliné dans le L’indication d’IRM de l’avant-pied la plus fré-
plan de la palette métatarsienne déterminé sur quente est celle du bilan de métatarsalgies, du pre-
un débrouillage ou sur une séquence dans le plan mier rayon et/ou des rayons latéraux dont les cau-
frontal. ses sont multiples et qui peuvent être associées
412
dans le cadre des pathologies créées par un hype- taire de la MTP (laxité qui peut précéder la rupture
rappui : complications des hallux valgus, patholo- de la plaque plantaire). Il existe ensuite une luxa-
gies sésamoïdiennes, arthropathies et instabilités tion dorsale d’abord réductible, puis irréductible
des rayons latéraux, maladie de Freiberg (ostéo- de P1. L’atteinte peut intéresser également la cap-
chondrose des têtes de métatarsiens latéraux), sule articulaire, le tendon interosseux dorsal (sol-
fractures de contrainte, névromes de Morton et licité du fait de l’hyperextension) [5] et s’étendre
bursopathies inter- et sous-capitométatarsiennes. au ligament collatéral latéral à l’origine d’une dé-
L’IRM devrait être réservée aux échecs du couple viation en varus de la phalange et d’une luxation
radiographie-échographie. de l’appareil fléchisseur.
Les autres indications peuvent être les patholo- En IRM, le premier signe de la maladie est
gies traumatiques, notamment de l’hallux, les pa- l’épanchement articulaire associé à une synovite
thologies tumorales, les arthropathies métaboli- qui sera confirmée par les séquences avec injec-
ques et rhumatismales, les ostéoarthroneuropa- tion de gadolinium (fig. 5). La plaque plantaire va
thies diabétiques et leurs complications septiques ensuite se distendre, s’amincir, puis se rompre
(ostéites, ostéoarthrites, abcès des parties molles).
413
414
Fig. 8 : Arthropathie de la 2e MTP. Coupe frontale T1, Coupe sagittale DP fat sat. Coupes frontales et
sagittales gado fat sat. Bursopathie sous-capitale (étoile) dans le cadre de l’hyperappui. Rupture par-
tielle de la plaque plantaire sur son versant latéral (flèches blanches) avec renforcement du signal après
gadolinium. La partie centrale de la plaque est intègre (flèches noires).
415
tic du Morton est clinique, mais une imagerie pré- meilleur en cas de névrome de Morton de taille
thérapeutique est nécessaire, car le diagnostic supérieure ou égale à 5 mm et moins bon s’il est
clinique du nombre et de la localisation exacte des inférieur à 5 mm.
névromes peut être erroné (plus d’un tiers des cas
dans la série de Zanetti [8]). L’IRM devrait être réservée aux échecs de l’écho-
graphie : discordances avec la clinique, pieds
épais, peu échogènes, espaces intercapitométatar-
siens serrés, notamment le 2e.
416
417
418
Fig. 13 : Comblement du 3e espace par un névrome de Morton (flèches blanches) et une bursopathie
dorsale (flèches noires). Coupe frontale T1, coupes dans les trois plans en DP fat sat.
Il peut être difficile de différencier un névrome tamment en cas de chirurgie non optimale d’hal-
d’une cicatrice, de même signal, mais dont les lux valgus. Elles touchent alors préférentielle-
contours sont en théorie plus irréguliers [14]. La ment le 2e et le 3e rayon et peuvent être associées
bursopathie est de diagnostic plus facile, liqui- aux autres pathologies liées à l’hyperappui
dienne et plus dorsale. (arthropathies et instabilités des MTP, Morton,
bursopathies).
Il faut savoir, par ailleurs, qu’un comblement tis-
sulaire des espaces intercapitométatarsiens opé- L’intérêt de l’IRM est de permettre un diagnostic
rés peut être rencontré chez des patients totale- précoce quand le bilan radio-échographique est
ment asymptomatiques [14]. normal en montrant un œdème du spongieux et
des parties molles avoisinantes (fig. 14). L’IRM n’a
plus sa place quand le diagnostic peut être fait sur
Fractures de contrainte des les clichés simples. L’IRM est également intéres-
métatarsiens sante en cas de suspicion d’algodystrophie qui
peut compliquer ou être à l’origine des fractures
Elles peuvent survenir dans un contexte de sur- de fatigue. Elle peut alors montrer des lésions
menage sportif, plus souvent dans le cadre d’une œdémateuses osseuses et des parties molles, et
pathologie d’hyperappui par trouble statique no- des fractures souvent d’âges différents.
419
420
Pathologies des sésamoïdes de l’hallux tes métatarsiennes une mobilité dans l’axe dorso-
et des sésamoïdes accessoires des plantaire [1]. Elles peuvent être visibles chez des
rayons latéraux patients asymptomatiques [16]. Elles peuvent irri-
ter le nerf plantaire digital commun à l’origine
Les sésamoïdes peuvent être le siège de micro- d’une fibrose nerveuse [17]. L’injection de gadoli-
traumatismes par hyperappui et se compliquer de nium montre un rehaussement des parois de la
fractures, d’une fragmentation, voire d’une ostéo- bourse et peut aider au diagnostic différentiel ou
nécrose. associé de névrome de Morton.
L’intérêt de l’IRM est de montrer, à la phase pré- Les bursopathies adventitielles sous-capitomé-
coce de la maladie, la souffrance du spongieux tatarsiennes - Sous les deuxième, troisième et
(fig. 16), ce qui oriente alors le traitement vers une quatrième rayons, elles traduisent un hyperappui
mise en décharge du sésamoïde par la réalisation capital et sont donc un bon marqueur de ce type
d’une semelle évidée en zone d’appui sésamoï- de pathologie en IRM. On note une perte du signal
dien. L’IRM est également intéressante en cas de graisseux du capiton en T1. Leur signal est varia-
doute diagnostic entre un sésamoïde bipartite et ble sur les séquences en T2 ou densité de protons,
une fracture à l’origine d’un œdème du spongieux, rarement liquidien. Elles incitent à rechercher
voire d’une souffrance de la synchondrose d’un avec attention des signes d’arthrosynovite et une
sésamoïde bipartite (fig. 17). atteinte de la plaque plantaire de la MTP sus-
jacente.
Fig. 16 : Douleurs spontanées du sésamoïde médial de l’hallux, bilan Fig. 17 : Douleurs spontanées du sésamoïde médial de
radiographique normal. Coupes frontales en T1 et T1 gado fat sat l’hallux chez une jeune fille de 12 ans, bilan radiogra-
montrant une sésamoïdite médiale avec œdème et prise de contraste phique compatible avec un sésamoïde bipartite. Coupes
du spongieux. axiales en DP fat sat et sagittale en T1 montrant une
souffrance osseuse du spongieux du sésamoïde de part et
d’autre de la synchondrose.
421
Traumatismes capsuloligamentaires de
la 1re MTP
422
423
de confondre un névrome de Morton et une insta- réaction œdémateuse osseuse et des parties mol-
bilité des MTP avec une arthrosynovite qui vient les qui est souvent majeure.
combler l’espace.
Un problème fréquent est celui de pathologies
Il faut faire attention aux fractures de contrainte de l’arrière-pied et de l’avant-pied intriquées. Il
à la phase aiguë qui peuvent porter à confusion vaut mieux faire deux examens en deux temps
avec une pathologie osseuse maligne du fait de la qu’un seul examen insuffisant.
Une bonne connaissance de l’anatomie de l’avant-pied est indispensable. Les trois secteurs anatomiques,
MTP, intercapitométatarsien supérieur et intercapitométatarsien inférieur sont chacun le siège des trois
principales pathologies rencontrées : arthropathies et instabilité des MTP, bursopathies intercapitométa-
tarsiennes et névrome de Morton.
Le choix de l’antenne, des plans de coupes, des séquences, est essentiel et il faut privilégier la résolution
spatiale et le rapport signal sur bruit.
Le plan sagittal est indispensable, même si le diagnostic de névrome de Morton est certain. Les arthro-
pathies et instabilités des MTP sont le premier diagnostic à rechercher en cas de métatarsalgies.
En cas de suspicion de névrome de Morton, les coupes frontales en T1 sont fondamentales. Elles per-
mettent d’identifier le pédicule vasculo-nerveux digital commun et s’assurent que le névrome est bien
développé sur ce pédicule. Le signal en T2 ou en densité de protons des névromes est variable et peut
être en hypersignal. C’est donc plus la localisation de la pathologie que l’analyse de son signal qui est
discriminant.
L’injection de gadolinium est utile dans les cas difficiles et permet de différencier les névromes de Morton
des pathologies d’origine synoviale, bursopathies et arthropathies.
La prudence est de mise en cas d’absence d’indication, de renseignements cliniques ou de bilan radio-
graphique.
424
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425
427
428
Le positionnement
429
tion doit être obtenue avec des temps d’acquisition L’épaisseur de coupe
de l’ordre de 3 min et en conservant un signal éle-
vé. Le choix de l’antenne est fondamental pour L’épaisseur de coupe représente la dernière di-
avoir un signal élevé. L’utilisation de petits champs mension du voxel et reste déterminante dans les
de vue permet d’atteindre de telles résolutions ra- artefacts de volume partiel. Avec les séquences
pidement. Le doigt est une structure très asymétri- classiques 2D d’une épaisseur de 2 à 3 mm au
que : long en longitudinal (10 à 12 cm) et petit en mieux, cet artefact est particulièrement gênant
section transversale (2 à 3 cm). La règle est de pour les coupes sagittales et coronales. Souvent,
choisir le plus petit champ nécessaire : 3 cm par une séquence 3D avec des coupes fines jointives,
exemple en axial (fig. 5). Une matrice peu élevée de 0,5 à 1 mm d’épaisseur, complète bien des ac-
dans la direction de la phase, par exemple 128, quisitions 2D plus classiques. Nous disposons ac-
fournit alors une résolution spatiale de 0,23 mm et tuellement d’excellentes séquences 3D offrant
par la-même un temps d’acquisition court. L’em- beaucoup de signal et des contrastes interpréta-
ploi de champs plus large, par exemple 12 cm dans bles. Si la priorité est la finesse des coupes, les sé-
le plan sagittal, impose une matrice plus élevée quences en steady state type CISS fournissent un
(448 pour une résolution de 0,26 mm). Des champs signal très élevé. Si le contraste T2 est prioritaire,
de vue rectangulaires (matrices asymétriques) les séquences d’écho de gradient rapide avec gra-
sont adaptés aux coupes longitudinales des doigts dients équilibrés dans les trois axes, type FIESTA,
et réduisent le temps d’acquisition avec une petite Balanced FFE, True FISP, True SSFP sont les plus
perte du RSB [2]. adaptées. Une acquisition 3D isotrope est particu-
lièrement longue à haute résolution, de l’ordre de
7 min, et il vaut mieux programmer une séquence
3D non isotrope, d’une durée d’acquisition entre 2
et 3 min (fig. 6). Dans ce cas, le choix du plan de
coupe natif doit être judicieux. Un reformatage
oblique proche du plan natif et adapté à la struc-
ture pathologique garde une qualité élevée.
Fig. 5 : Coupes axiales en FSE T1 (360/17). La bande pas- Fig. 6 : Coupe sagittale 3D True FISP de 1,2 mm d’épaisseur
sante est de 6,94 kHz. Le FOV de 3 cm carré et la matrice de non isotrope avec un temps d’acquisition de 2 min. Rugby
256 x 128 donnent une résolution de 0,11 x 0,23 mm2. finger.
430
431
Fig. 9 : Épreuve dynamique en flexion du doigt pour sensibi- Fig. 10 : Épreuve dynamique en flexion de l’articulation mé-
liser la luxation palmaire des tendons fléchisseurs au niveau tacarpophalangienne. Laxité avec subluxation du tendon ex-
des poulies A2, A3 et A4. tenseur (flèche). Les ligaments collatéraux sont sous tension
et visibles sur tout leur trajet (têtes de flèche).
432
Points à retenir
1. L’IRM des doigts doit être adaptée à la petite taille des structures étudiées.
2. L’antenne poignet permet de résoudre la plupart des questions cliniques.
3. Une résolution spatiale dans le plan de coupe entre 0,2 et 0,3 mm2 est nécessaire.
4. Une séquence 3D avec des coupes inframillimétriques jointives est souvent utile.
5. Quand une position de stress sensibilise la recherche d’une lésion traumatique, une épreuve dynami-
que s’impose.
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La réalisation d’un examen d’IRM pour l’analyse • Faire de façon préférentielle l’analyse des
d’une pathologie musculo-squelettique ne peut membres dans le plan axial.
certainement pas être totalement codifiée. Le ra- • Quand plusieurs séquences sont réalisées pour
diologue doit être en mesure de s’adapter à la de- analyser le signal d’une lésion, elles doivent
mande du clinicien, à la situation clinique du pa- être effectuées dans un même plan (en parti-
tient et aux images qu’il découvre au cours de culier pour les tumeurs).
l’examen. Cependant, nombre de séquences types • Réaliser au minimum deux plans d’analyse.
sont réalisées de façon relativement consensuelle
par un grand nombre de radiologues spécialisés
en imagerie ostéo-articulaire. 5 points sur les séquences
Le but de la SIMS, à travers ce travail, fruit d’une • La séquence T1 Fat Sat sans injection de ga-
collaboration de 20 équipes spécialisées en image- dolinium présente un intérêt restreint. Cette
rie ostéo-articulaire, est de faire une mise au point séquence peut permettre de différentier un si-
des pratiques actuelles et des évolutions éventuel- gnal graisseux de celui du sang, de la mélani-
les depuis la parution du guide pratique à l’usage ne ou de liquides hyperprotéiques. Certains
des médecins radiologues [1]. Le lecteur trouvera l’utilisent pour évaluer de façon stricte le re-
dans la suite de cet article les références aux nu- haussement d’une lésion et reproduisent la
méros des fiches de cet ouvrage plus vaste qui en- même séquence après injection : recherche de
globe les autres techniques d’imagerie. La SIMS a cicatrice fibreuse dans le rachis postopératoi-
bien conscience que ces recommandations desti- re, évaluation d’une tumeur en particulier si
nées à poser les bases d’une imagerie magnétique elle a déjà été opérée et qu’il existe des zones
de qualité vont évoluer au gré des progrès techni- de remaniement cicatriciel. Enfin, récemment
ques et de la recherche clinique. cette séquence a été proposée pour mieux voir
les érosions des articulations sacro-iliaques
inflammatoires.
Recommandations en irm
musculo-squelettique • La séquence TSE T2 sans Fat Sat tend à être
remplacée par des séquences avec saturation
5 conseils de graisse. Elle reste précieuse pour raison
anatomique lorsque l’étude des rapports d’une
• Réaliser au moins une séquence en T1 (ou DP lésion (tumorale) avec la graisse environnante
sans Fat Sat). est indispensable. Elle est également utile
• Réaliser une séquence montrant le signal de pour caractériser une lésion (tumeurs, goutte)
type “œdémateux” : DP (T2) Fat Sat, STIR. même si la détection se fait en DP Fat Sat (ou
435
STIR). C’est une excellente séquence pour re- l’eau. Cette séquence, compatible avec l’ima-
cherche de conflit disco-radiculaire permet- gerie parallèle, a pour principal avantage d’ob-
tant, en un seul temps, l’analyse du contact du tenir une suppression homogène de la graisse
disque d’une part avec le canal radiculaire et en image d’eau. Elle peut donc être proposée
d’autre part avec la graisse des foramens. Lors en substitution des séquences classiques de
de l’exploration des articulations, cette sé- suppression de graisse lorsque celles-ci sont
quence permet le bilan du labrum glénoïdien prises en défaut (séquences injectées du plexus
ainsi que l’analyse fine des ligaments (liga- brachial par exemple). Elle peut également
ment croisé antérieur ou ligament calcanéo-fi- permettre, en une seule acquisition, d’obtenir
bulaire). Enfin, elle est utilisée lors de la pré- une séquence T1 injectée sans (in) et avec sa-
sence d’artéfacts métalliques qui rendent le turation de graisse (water). Une séquence T1
champ particulièrement inhomogène. Dixon permet d’obtenir une séquence T1 en
phase (in) et en opposition de phase (out), ce
• La séquence en pondération intermédiaire qui a été conseillé par certains pour montrer la
(modérément pondérée en T2) et saturation coexistence de graisse et d’eau dans un même
du signal de la graisse, (que nous appellerons voxel visible sous la forme d’une chute du si-
DP Fat Sat) permet d’allier un bon rapport si- gnal ; cette chute du signal est en faveur de la
gnal sur bruit et une bonne visualisation du si- bénignité, par exemple dans une fracture ver-
gnal œdémateux (œdème, épanchement, hy- tébrale non traumatique.
pervascularisation…). Le TE utilisé est variable
selon les équipes, mais doit être situé au-delà • Les séquences de diffusion sont utilisées prin-
de 35 ms. Si on peut accepter un TE à 35 ms cipalement en imagerie corps entier (Whole
pour un genou, il est en revanche insuffisant Body MRI). Associée aux séquences standard,
dans l’analyse d’une épaule pour différencier elle permet une cartographie complète lors du
une tendinopathie d’une rupture. Son augmen- bilan initial des infiltrations tumorales multi-
tation jusqu’à 60 ms ou même 80 ms pour cer- ples et présente un intérêt pour le suivi lésion-
tains, permet de limiter l’artéfact d’angle magi- nel sous traitement. Usuellement, seule une
que et d’obtenir une image plus contrastée. acquisition avec un B >600 est effectuée avec
une visualisation globale “scintigraphy like”. Il
• La séquence “4 en 1” SE/TSE ou écho de gra- est cependant intéressant de réaliser 2 acqui-
dient (Siemens et Philips : DIXON ; GE : sitions (B0 et B>600) pour s’affranchir de la
IDEAL ; Hitachi : Fatsep), basée sur la techni- rémanence de l’effet T2 (effet “T2 Shine
que DIXON 3 points, permet d’obtenir through”), en particulier dans le suivi des lé-
4 contrastes à partir d’une seule acquisition : sions afin d’éviter la confusion entre une zone
image en phase (in), image en opposition (out), “nécrotique” en train d’involuer et une lésion
en graisse (fat), en eau (water). Elle peut être évolutive. Actuellement, aucun consensus ne
réalisée avec n’importe quelle pondération permet d’utiliser l’ADC pour déterminer préci-
(T1, T2, intermédiaire). Pour être au mieux sément la nature d’une lésion. Cependant
utilisée, il est nécessaire d’obtenir un bon rap- l’augmentation de l’ADC par rapport à la va-
port signal sur bruit afin d’éviter une confu- leur initiale pré thérapeutique est corrélée à
sion entre le codage de la graisse et celui de une bonne réponse au traitement.
436
437
438
a b
Fig. 1 : Position ABER : a) le postionnement du patient b) arthroIRM- coupe coronale T1 Fat Sat permettant une bonne visuali-
sation du complexe ligamentaire gléno-huméral inférieur (flèche), du ligament gléno-huméral inférieur (flèche courbe) et de la
face articulaire des tendons de la coiffe des rotateurs (tête de flèche).
439
Lésion du plexus brachial et syndrome tion à 130° en tournant la tête du côté homo ou
du défilé thoracobrachial (fiche 38) controlatéral en fonction des résultats des manœu-
vres sensibilisatrices.
Tous les moyens doivent être mis en œuvre pour
limiter les artefacts : compensation de flux, ban- Le FOV doit être large afin d’explorer la totalité
des de présaturation… du rachis cervical et de la région axillaire.
440
a b c
Fig. 2 : Position FABS: flexed elbow with the shoulder abducted and the forearm in supination : a) le postionnement du patient b)
Positionnement des coupes c) visualisation du tendon du biceps au coude (flèche) et du tendon brachial antérieur (tête de flèche).
441
Une angio-IRM est indiquée pour rechercher ou Patient en décubitus ventral, bras au-dessus de
caractériser une lésion vasculaire (angiome, ané- la tête, le poignet au plus près du centre du tunnel,
vrisme, syndrome du marteau hypothénarien…). paume vers le bas.
Antenne poignet multicanaux rigide ou souple.
442
Antennes :
Poignet rhumatismal (fiche 46) • Unilatéral : au mieux antennes poignet/main
souples ou rigides 16 canaux, sinon antennes
L’exploration porte au moins sur le poignet et la genou ou tête
main les plus symptomatiques, la main dominante • Bilatéral : antenne tête
ou les deux mains (fig. 3). • Coupes coronales FSE T1 et STIR (ou type
DIXON en TSE T2)
a b
c
Fig. 3 : Positionnement du patient pour l’analyse du (a) ou
des (b et c) poignets et des mains qui doivent, au mieux,
être placés au centre de l’aimant.
443
444
Bassin : suspicion de sacro-iliite (fiche 48) • Coupes coronales T1 et T2 FSE Fat Sat ou
STIR
• Coupes frontales obliques dans le plan du sa- • Coupes axiales T2 FSE Fat Sat ou STIR
crum : SE T1 et FSE T2 Fat Sat (ou STIR).
• Coupes axiales FSE T2 Fat Sat (ou STIR).
Séquences optionnelles
Sacro-iliite inflammatoire
En cas d’ostéonécrose :
• Coupes frontales complémentaires obliques en
T1 Fat Sat pour mieux identifier les érosions. • Coupes sagittales T1 en supplément pour l’ex-
• Coupes sagittales complémentaires (± coro- tension antéro-postérieure.
nales) sur le rachis dorso-lombaire, FSE T2
Fat Sat (ou STIR) à la recherche d’enthéso- Si une atteinte articulaire de hanche est sus-
pathies. pectée :
• Coupes sagittales T1 et SE T2 Fat Sat centrées
sur tête fémorale en petit champ (FOV de 14 à
Sacro-iliite infectieuse 20 cm) et en coupes fines (3 mm maximum).
Coupes axiales T1 Fat Sat après injection de ga- • Séquence en T2 EG pour rechercher des dé-
dolinium IV à la recherche d’abcès. pôts d’hémosidérine.
• Coupes en T1 Gado Fat Sat.
Hanche (fiche 51) Si une atteinte osseuse est suspectée, par exem-
ple du fait d’une masse tumorale :
Patient en décubitus dorsal, membres inférieurs • Coupes Axiales T1.
en rotation interne afin d’amener le col fémoral
• Coupes T1 Gado Fat Sat dans les trois plans.
dans le plan frontal, dans l’antenne dédiée au
tronc. L’exploration porte sur les deux hanches ou
Si une atteinte tendineuse périarticulaire est
sur une seule, selon le contexte.
suspectée :
• Acquisition en petit FOV centré sur hanche
douloureuse explorant toute la fosse sustro-
Séquences de base
chantérienne, crête iliaque comprise.
Le centrage est adapté pour explorer le bassin • FSE T2 Fat Sat dans les 3 plans.
des crêtes iliaques au 1/3 supérieur des fémurs
avec un grand FOV :
445
Arthro-IRM de hanche (fiche 51bis) Le plan coronal peut être strict ou oblique
dans le plan du col fémoral
L’exploration porte uniquement sur la hanche • Coupes coronales FSE T2 Fat Sat permettant
concernée en utilisant un FOV réduit (14 à 20 cm) de dépister des anomalies sous-chondrales ou
péri-articulaires.
Séquences de base
Séquences optionnelles
• Coupes dans les trois plans de l’espace en FSE
T1 Fat Sat. • Acquisition radiaire (autour de l’axe du col fé-
Le plan sagittal doit être strict car le plan obli- moral) en pondération T1 avec ou sans Fat Sat.
que est déconseillé [11]. Son intérêt dans l’exploration des lésions la-
Le plan axial doit être oblique (dans le plan du bro-cartilagineuses est cependant discuté [13].
col fémoral), car il permet d’apprécier la mor- • Coupes axiales et/ou sagittales FSE T2 Fat Sat
phologie de l’angle cervico-céphalique anté- si une anomalie sous-chondrale ou péri-articu-
rieur et serait performant dans l’analyse du laire est détectée.
labrum antérieur et supérieur [12].
446
447
Deux plans de coupe DP Fat Sat et au moins un • Coupes coronales T1 et DP Fat Sat pour dôme
des 2 plans en T1 (ou DP) : talien.
• Articulation talo crurale : coupes axiales et co- • Coupes sagittales T1 et DP Fat Sat pour les
ronales. compartiments subtalaires, Chopart et Lis-
• Syndesmose tibio fibulaire distale : coupes co- franc.
ronales obliques dans le plan de la syndes- • Coupes axiales DP Fat Sat pour les comparti-
mose [20, 21]. ments Chopart, Lisfranc.
• Articulation de Chopart et de Lisfranc : coupes
sagittales et coupes axiales obliques dans le Séquences optionnelles
plan des métatarsiens (ligament de Lisfranc). • Coupes T1 Gado Fat Sat à la recherche de sy-
novite.
Bilan de lésions chroniques • Coupes T2 EG pour la recherche spécifique de
Coupes axiales et coronales T1 Gado Fat Sat synovite villonodulaire.
pour permettre de mieux individualiser la synovite • Les séquences FSE 3D sont une alternative
secondaire aux lésions ligamentaires, conflits. aux séquences 2D.
448
449
450
451
En 2DFT, l’épaisseur des coupes d’IRM est gros- Lésions musculaires post-traumatiques
sièrement proportionnelle à la taille de la masse à [30-33]
étudier, ce qui permet le plus souvent d’étudier la
totalité de la masse dans une même série. Réalisation de l’examen idéale entre 2 et 7 jours
après le début de la symptomatologie.
Lésions musculaires tumorales [28, 29] Repère graisseux posé sur la peau à l’endroit
(fiche 66) douloureux.
Le plan axial est à privilégier dans l’analyse des Pas d’injection systématique de Gadolinium.
membres.
Séquences de base
Séquences de base
• Coupes axiales T1.
• Coupes axiales T1. • Coupes T2 Fat Sat ou (STIR si grand champ)
• Coupes axiales T1 Fat Sat pour différentier le dans 2 plans : Axial associé à un plan longitu-
contenu graisseux, hématique ou de mélanine dinal (coronal ou sagittal en fonction de la to-
et permettre une comparaison précise avec le pographie de la lésion).
T1 Gado Fat Sat.
• Coupes T2 Fat Sat au minimum dans 2 plans Séquence optionnelle
avec un TE supérieur ou égal à 45 ms. Séquence de diffusion à la recherche de DOMS
• Coupes axiales T1 Gado Fat Sat (ou mieux en (Delayed Onset Muscle Soreness) [34].
EG de façon dynamique et en 3D) systémati-
ques hormis dans quelques cas typiques (li-
pome par exemple). Bilan de prolifération synoviale non
rhumatismale (fiche 67)
Séquences optionnelles
• Coupes T1 Gado sans Fat Sat pour comparer Une séquence T1 et deux, voire trois séquences
avec le T2 sans Gado et éliminer les faux re- en T2 FSE avec Fat Sat (avec un TE suffisamment
haussements liés à d’éventuelles zones hémor- long, supérieur ou égal à 45 m/sec) sont recom-
ragiques…) associées à celle avec Fat Sat pour mandées.
la sensibilité.
• L’angio IRM est utile dans le bilan des tumeurs Toute prolifération synoviale mono articulaire
vasculaires et/ou pour la recherche d’une ex- ou d’une gaine tendineuse impose une acquisition
tension vasculaire. en écho de gradient T2*, plus sensible aux dépôts
452
Lexique :
453
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ABREVIATIONS TEXTE
ADC Coefficient de diffusion apparent
BP Bande passante
DTI Imagerie en tenseur de diffusion
FA Fraction d’anisiotropie
FOV Field of View (champ d’exploration)
MIP Maximun Intensity Projection
MPR Multiplanar Reconstruction
RIS Rapport d’intensité du signal
ROI Region of Interest
RSB Rapport signal sur bruit
SAR Specific Absorption Rate
TE Temps d’écho
TR Temps de répétition
458
Abcès 65, 104, 158, 167, 223, 224, 230, 257, 258, 298, 305, 306, 311, 312, 437
Angle magique 43, 49, 125, 146, 401, 436, 438, 448
Apatite 91, 92, 93, 104, 105, 106, 107, 309, 310, 398
Artefact 35, 50, 77, 87, 88, 89, 132, 143, 146, 147, 157, 176, 242, 346, 347, 396, 401, 402, 403, 406, 430, 431, 453
- métallique 81, 87, 89, 436
- de mouvement 38, 61, 117, 132, 242, 439
Arthro-IRM 50, 66, 68, 70, 113, 117, 118, 119, 120, 127, 129, 415, 442, 446
Calcification 91, 224, 232, 254, 295, 307, 308, 309, 310, 397
Cartilage 33, 50, 64, 67, 69, 72, 73, 80, 92, 116, 118, 130, 131, 149, 151, 152, 153, 333, 343, 361, 398, 453
Cheville 29, 31, 43, 67, 69, 85, 86, 87, 114, 125, 403, 404, 405, 411, 448,
Diffusion 155, 176, 177, 178, 179, 180, 182, 228, 229, 230, 231, 235, 241, 243, 245, 246, 249, 326, 350, 352, 353, 355,
387, 388, 390, 391, 436, 450, 451, 452
- tenseur de 144, 145, 148, 239, 240, 242
- séquence de 156, 157, 158, 161, 171, 228, 229
Dixon 39, 40, 41, 52, 62, 75, 181, 226, 436, 443
Doigt(s) 19, 22, 23, 24, 25, 32, 64, 81, 108, 403, 427
Echographie 93, 97, 99, 108, 109, 132, 133, 327, 339, 340, 409
Epaule 29, 30, 31, 66, 67, 115, 117, 135, 438
459
Fibrose 19, 59, 71, 146, 225, 245, 246, 257, 259, 309, 328, 415, 421, 450
Fracture 63, 84, 170, 178, 226, 229, 336, 337, 361, 420, 421, 444, 449, 450, 451
Gadolinium 17, 55, 58, 65, 66, 79, 89, 113, 129, 130, 132, 131, 143, 195, 196, 197, 199, 201, 204, 205, 221, 224, 225,
231, 254, 264, 270, 273, 286, 350, 353, 424, 438, 440, 442
Genou 23, 29, 30, 32, 33, 67, 80, 85, 88, 97, 109, 113, 115, 119, 124, 222, 316, 318, 333, 344, 359, 360, 362, 363, 364,
366, 370, 373, 374, 403, 411, 427, 447
Hanche 66, 67, 68, 70, 96, 98, 99, 101, 102, 104, 113, 114, 115, 116, 118, 127, 129, 131, 134, 136, 274, 349, 366, 445, 446
Hématome 49, 161, 162, 222, 223, 228, 230, 257, 298, 305, 306, 312, 386
Insuffisance rénale 59
Labrum 50, 67, 69, 70, 94, 103, 104, 117, 120, 121, 127, 436, 438, 439, 446
Ligament 49, 67, 99, 104, 105, 106, 107, 109, 118, 121, 123, 124, 151, 152, 253, 254, 359, 373, 409, 410, 413, 416, 421,
422, 436, 439
Lipome 51, 75, 163, 222, 223, 299, 303, 311, 452
Métastase(s) 61, 62, 63, 161, 164, 222, 223, 285, 299, 302
Moelle osseuse 47, 50, 51, 54, 81, 102, 164, 165, 166, 168, 180, 183, 187, 217, 222, 225, 226, 227, 229, 233, 235, 275, 451
Muscle(s) 45, 54, 75, 81, 91, 103, 144, 145, 146, 188, 222, 223, 239, 249, 250, 254, 323, 437, 438
Nécrose 51, 52, 53, 54, 92, 93, 158, 160, 179, 225, 231, 234, 243, 286, 290, 299, 328, 337, 338
Nerf, racine nerveuse 84, 86, 108, 141, 142, 143, 144, 145, 148, 222, 223, 245, 248, 249, 254, 305, 370, 415, 416, 421
Poignet 23, 30, 32, 66, 67, 69, 108, 114, 118, 127, 245, 276, 403, 411, 427, 428, 433, 442, 443, 444
460
Prothèse(s) 20, 40, 78, 79, 81, 87, 334, 340, 356,
Rachis 65, 83, 104, 126, 195, 209, 253, 316, 320, 435, 437, 450, 451
Rhumatismes inflammatoires 32, 64, 65, 82, 155, 166, 182, 329, 427
Scintigraphie 65, 164, 177, 181, 182, 185, 229, 235, 327
Synoviale 94, 129, 185, 197, 199, 222, 276, 307, 335, 338, 339, 340, 343, 345, 424, 437
Synovite 65, 196, 199, 200, 202, 211, 222, 224, 228, 290, 412, 413, 414, 423, 431, 437, 447, 448, 449, 453
Tendon(s) 23, 24, 70, 93, 95, 98, 99, 100, 101, 106, 107, 108, 109, 120, 121, 122, 123, 125, 151, 152, 222, 309, 368, 397,
399, 401, 427, 438, 441, 448
Traction 69, 113, 114, 115, 116, 117, 118, 119, 127, 131, 415
Tumeur, tumoral 60, 64, 65, 86, 143, 158, 159, 160, 161, 163, 178, 179, 182, 221, 248, 268, 273, 274, 281, 295, 412, 437,
440, 445, 451, 452
Ménisque 50, 67, 80, 94, 97, 334, 343, 339, 340, 361, 362, 363, 383, 398, 399, 447
461