II) LE TRIPHASE
1°) Introduction : l’énergie électrique est polymorphe.
Dans l’immense majorité des cas l’énergie électrique est délivrée par l’intermédiaire d’un
générateur de tension continue ou alternative, le plus souvent sinusoïdale. En faisant abstraction des
problèmes technologiques éventuels, il est clair que la puissance mise en jeu peut être délivrée pour
n’importe quelle fréquence et n’importe quelle tension1. Dans la pratique, ces deux paramètres sont
imposés par les aspects techniques et/ou économiques :
Quelques exemples :
- La vitesse de rotation des moteurs électriques à courant alternatif dépend principalement de
la fréquence. Une mise en œuvre rationnelle de ce type de moteur demandera une alimentation à
fréquence variable.
- la fréquence d’alimentation d’un four à induction influe de manière déterminante la répartition
des sources thermiques.
- lorsque l’utilisation de l’électricité peut poser des problèmes de sécurité des personnes, on
limite la tension à 48 volts (locaux humides...).
- les niveaux de tensions des réseaux de transport et de distribution de l’énergie électrique
(entre 20 et 400 kV pour EDF) sont le résultat d’un optimum économique illustré par la figure ci-
dessous.
L’allure de ces courbes d’isopuissance se
comprend facilement si on analyse le coût du
transport de l’énergie. Une partie de ce coût est due
aux pertes par conduction sur la ligne qui décroissent
avec la tension (P = VI cosϕ). L’autre partie dépend
de l’amortissement des investissements qui eux
augmentent avec le niveau de tension (taille des
pylônes...). Il y a donc une tension permettant de
transporter une puissance donnée de manière
optimale d’un point de vue économique.
figure II.1 : Tension optimale de transport En plus de ces deux paramètres, on peut
modifier l’aspect structurel de la mise en œuvre de
l’énergie électrique en la fournissant par plusieurs générateurs de tension. On parle alors de systèmes
électriques polyphasés. Dans la pratique, l’énergie électrique est produite et transportée sous forme
triphasée comme on peut le constater sur les lignes aériennes.
Dans ce chapitre nous allons aborder la description et le traitement des systèmes
triphasés. ainsi que la justification de leur utilisation. Dans tout le chapitre, on se place dans le cas où
les réseaux présentent un comportement linéaire et les grandeurs électriques évoluent
sinusoïdalement dans le temps.
1
En electrotechnique: f: 0..quelques MHz; V: 0..1 MV
Triphasé - 1/14
1°) Définition
a) Système de tensions triphasées équilibrées.
figure II.2 : système triphasé
On considère le circuit électrique qui connecte 3 sources de tension à une charge
absorbant une puissance active P et une puissance réactive Q (figure II.2).
Le système de tension délivré par les sources est équilibré si les 3 tensions présentent des
variations temporelles de la forme suivante :
v1(t) = V 2 sin(ωt)
v2(t) = V 2 sin(ωt - 2π/3)
2
v3(t) = V 2 sin(ωt + 2π/3)
Les tensions V sont appelées les tensions simples et I les courants de ligne ou courant de
phase. Une particularité de ces systèmes est que la connexion de neutre peut ou ne peut pas exister.
Par exemple, elle n’existe pas sur les lignes aériennes du réseau de transport.
Le diagramme de Fraisent correspondant aux tensions simples et aux courants de lignes
est représenté sur la figure II.3. Dans le cas le plus général, les courants de lignes peuvent prendre
des valeurs efficaces et des phases quelconques.
figure II.3 : Diagramme de Fresnel figure II.4 : Définitions des tensions
composées
2
Les systèmes à m phase se définissent de manière analogue: v1(t) = V 2 sin(ωt); v2(t) = V 2 sin(ωt - 2π/m); ...;
v2(t) = V 2 sin(ωt - (m-1)2π/m);
Triphasé - 2/14
On définit le déphasage entre le courant de ligne et la tension simple correspondante.
On peut déduire immédiatement un certain nombre de relations de la topologie du
système et des lois temporelles des tensions.
V1 + V2 + V3 = 0
I1 + I2 + I3 = In avec neutre
I1 + I2 + I3 = 0 sans neutre
Il est important de noter que la relation précédente sur les tensions ne suffit pas à
affirmer que celles-ci forment un système de tension équilibré. Il faut imposer une relation
supplémentaire : par exemple l’égalité des amplitudes.
b) Tension composée.
Les tensions composées sont définies par différence de deux tensions simples (figure
II.4). Trois tensions composées définies par permutation circulaires (U12, U23, U31) forment elles
même un système de tensions triphasées équilibrées et on a une relation simple sur les valeurs de ces
tensions.
U= 3V
C’est la valeur de la tension composée qui caractérise le niveau de tension d’un réseau
triphasé. La raison en est très simple car la plupart du temps la connexion de neutre n’existe pas et
c’est donc la tension composée que l’on peut mesurer.
c) Charge équilibrée
Une charge est qualifiée d’équilibrée si elle
appelle un système de courant triphasé équilibré lorsqu’elle
est alimentée par un système de tension équilibré. Le
diagramme de Fresnel prend une configuration bien
particulière (figure II.5).
I1 + I2 + I3 = 0
I1 + I2 + I3 = 0 avec ou sans neutre
Les déphasages entre courant de ligne et
tension simple sont identiques sur les 3 phases. On pourra
donc parler de cosϕ de la charge triphasé.
figure II.5 : Diagramme de Fresnel sur charge Le régime équilibré, bien qu’il apparaisse
équilibrée comme un cas particulier, est le plus fréquent dans la
pratique. Il permet évidemment la suppression de la
connexion de neutre puisque aucun courant n’y circule (In = 0). A titre d’exemple, les lignes
aériennes ne comportent que les 3 fils de phase.
2°) Les puissances
a) Puissance moyenne
L’application de la conservation des puissances actives et réactives permet d’écrire.
P = P1 + P2 +P3 et Q = Q1 + Q2 + Q3 avec Pi = V Ii cosϕi et Qi = V Ii sinϕi
Triphasé - 3/14
Il faut faire attention que si on peut définir la puissance apparente de la charge de
manière globale par :
S = ,P2 + Q2, cette puissance apparente n’est pas égale à VI1 + VI2 + VI3
Dans le cas où la charge est équilibrée, nous avons évidemment P1 = P2 = P3 = VI cosϕ
et Q1 = Q2 = Q3 = VI sinϕ. L’expression des puissances se simplifie:
P = 3 VI cosϕ Q = 3 VI sinϕ S = 3VI
Pour les raisons invoquées dans le paragraphe concernant les tensions composées, on
exprime ces puissances en fonction de cette grandeur :
P= 3 UI cosϕ Q = 3 UI sinϕ S = 3 UI
b) Puissance instantanée : pourquoi utiliser des systèmes triphasés ?
La puissance instantanée fournie par les 3 sources est: p(t) = p1(t) + p2(t) + p3(t)
p1(t) = VI cosϕ + VI cos(2ωt - ϕ)
p2(t) = VI cosϕ + VI cos(2ωt - ϕ - 4π/3)
p3(t) = VI cosϕ + VI cos(2ωt - ϕ + 4π/3)
p(t) = 3 VI cosϕ + 0
On trouve le résultat remarquable que pour un système triphasé3, la puissance électrique
est parfaitement constante; ce qui ne pouvait jamais être le cas en monophasé.
Les implications de cette propriété sont fondamentales sur le plan pratique. En effet si on
considère la conversion électromécanique et si on admet que la puissance électrique est convertie de
manière instantanée en puissance mécanique4 avec un rendement parfait, on peut écrire:
p(t) = P = C(t) Ω
où Ω est la vitesse de rotation de la machine que l’on considèrera comme constante
compte tenu de l’inertie de la partie tournante (rotor). Dans ces conditions, il est clair que la machine
tournante développe un couple parfaitement constant. La conversion électromécanique s’effectue
alors de manière performante5.
L’énergie électrique est produite de manière quasiment exclusive à la conversion
électromécanique (alternateur de centrale). Cette production se fera donc sous forme triphasée
puisque le système triphasé est le système à nombre minimal de phases qui permet de véhiculer une
puissance instantanée constante.
4°) Traitement des réseaux de Kirchoff en triphasé
a) Schéma monophasé équivalent
Il est évident que lorsqu’un système présente un fonctionnement équilibré (tensions à ses
bornes et courants de phase équilibrés), il n’est pas nécessaire d’étudier son fonctionnement de dans
sa globalité. L’étude peut se limiter à ce qui se passe sur une seule phase car les phénomènes sur les
autres phases ne diffèrent que par un déphasage temporel.
3
Cette propriété est vrai pour les systèmes polyphasés (m phases) en régime équilibré.
4
Cette hypothèse est loin d’être évidente, mais elle est correcte.
5
Les moteurs monophasés présentent de mauvaises performance et ne sont produits que pour des puissances inférieure
à approximativement 1 kW.
Triphasé - 4/14
Un schéma monophasé équivalent est donc un réseau de Kirchoff qui va modéliser le
fonctionnement d’une phase. Ce schéma fera intervenir des tensions simples V et des courants de
ligne I (figure II.6).
figure III.6 : Principe du schéma monophasé équivalent
Quelques points méritent une attention particulière :
• Le domaine de validité de ce schéma est strictement défini. Il ne peut s’appliquer que
lorsque le fonctionnement du système est équilibré (tensions et courants).
• Ce schéma permet apparemment de calculer un courant dans le neutre (en pointillé sur la
figure). Ce courant n’a aucune signification pour le système triphasé puisqu’on sait que
même si la connexion de neutre existe le courant y est nul.
• Ce schéma peut être différent pour les systèmes de tensions triphasées direct et inverse. Il
peut d'ailleurs exister pour un des systèmes et ne pas exister pour l’autre (voir complémént
en fin de chapître).
figure III.7 : Système de tension direct et inverse
b) exemples de charge triphasée équilibrée et de schéma monophasé.
Dans ce paragraphe nous allons exposer quelques cas particuliers, mais qui sont ceux que
l’on rencontre le plus fréquemment.
⇒ Charge triphasée réalisée à l’aide de 3 charges monophasées identiques.
Il existe 2 manières de coupler 3 impédances identiques pour réaliser une charge
équilibrée: le couplage étoile et le couplage triangle.
Triphasé - 5/14
figure II.8 : Couplage étoile et triangle (U = 3 V).
Si on considère la charge étoile avec connexion du neutre, chaque impédance est soumise
à la tension simple V, le courant qui circule dans ces impédances obéit à la relation I = V/Z. Les
courant I1, I2 et I3 forme un système équilibré de courant. Le courant dans le neutre est nul et la
déconnexion de ce dernier ne change rien au fonctionnement électrique.
Le schéma monophasé se déduit simplement de la relation V = Z I (figure II.9).
Pour le couplage triangle, on peut faire le raisonnement suivant. Chaque impédance est
parcourue par un courant J = U/Z. Les courants de ligne sont égaux à la différence de deux courants
J: par exemple I2 = J23 - J12. Ce qui permet d’établir la relation (identique à celle entre tension
composée et tension simple):
I= 3J
En faisant un bilan de
puissance pour la charge que l’on va
exprimer en puissance apparente
complexe, on obtient:
S = 3 Z J2
où Z J2 représente la
figure II.9 : Schéma monophasé équivalent des couplages étoiles puissance apparente complexe absorbée
et triangles par une impédance. Finalement on peut
écrire :
S = 3 (Z/3) I2
Cette relation montre que le couplage triangle est équivalent à un couplage étoile réalisé
avec des impédances valant Z/36. Ceci posé, on peut établir le schéma monophasé équivalent.
⇒ Charge triphasée réalisée par 3 inductances couplées 2 à 2.
On considère la structure représentée sur la figure II.10 représente correctement les
bobines statoriques d’un moteur à courant alternatif. Vu la symétrie du réseau (en terme de topologie
et de valeur des impédances), on admet facilement que cette charge puisse être équilibrée. La
démarche suivante permet de le montrer de manière rigoureuse.
6
Cette équivalence peut se montrer en utilisant directement le théorème de Kennely, qui établit une équivalence entre
les quadripôles en T et en π.
Triphasé - 6/14
V 1°) En appelant Vp le potentiel du point milieu de l'étoile,
1 on peut écrire les relations:
V1 - Vp = j Lω I1 + jMω I2 + jMω I3
M M V2 - Vp = j Lω I2 + jMω I3 + jMω I1
V
p V2 - Vp = j Lω I3 + jMω I1 + jMω I2
L L
I1 + I2 +I3 = 0
M D'où V1 + V2 +V3 - 3Vp = 0.
figure II.10 :
On peut donc en déduire que Vp = 0 et que I2
+ I3 = - I1. Pour la phase 1, la relation entre tension simple et courant de ligne s'écrit V1 = j(L - M)
ω I1 . Pour le deux autres phases on obtient des relations strictements identiques. L’impédance du
schéma monophasé équivalent est dons égale à:
Zeq = j(L - M) ω
⇒ Exemple.
figure II.11: Exemple de charge triphasée
La charge triphasé
représentée sur la figure II.11 est une
charge équilibrée. Son schéma
monophasé est représenté à la figure
II.12.
figure II.12: Schéma monophasé équivalent On remarquera que pour
passer de triangle à l’étoile la valeur du
condensateur est multiplié par 3 (impédance divisée par 3).
3°) Quelques apsects pratiques:
a) Phase - neutre - terre.
La distribution de l’énergie électrique au niveau basse tension se fait suivant la figure
II.13.
Triphasé - 7/14
transformateur
Le dernier niveau de tension
sur le réseau de distribution est 20 kV
(de tension composée). Au niveau du
transformateur de quartier ou du
transformateur d’un abonné important
(comme l’Ecole) la tension est abaissée
au niveau final d’utilisation: 380 V et
figure II.12: Schéma de la distribution basse tension avec neutre à maintenant 400 V pour s’aligner sur les
la terre (régime TT)
directives européennes.
Le mode de connexion de ce transformateur permet de fournir les 3 phases et le neutre
alors que le neutre n’est pas présent sur les lignes 20 kV. Ce neutre est relié à la terre pour des
raisons de sécurité que nous verrons dans un des paragraphes suivants.
Au niveau d’un abonné on peut amener la puissance soit sous forme monophasé (A, B,
C) soit sous forme triphasé (D) suivant la puissance souscrite (figure II.13).
phases Pour les abonnés
faible puissance, la puissance
est amenée par le neutre et
une phase. Il sont donc
alimentés sous une tension
simple (380/ 3 = 220 V). En
changeant la phase fournie à
chaque abonné on essaie
d’obtenir globalement une
charge équilibré. L’abonné D
figure II.13: Distribution de la puissance au niveau de différents abonnés
qui est alimenté directement
en triphasé doit s’arranger pour que son installation soit a peu près équilibrée si il veut utiliser
correctement la puissance souscrite.
On remarquera que le réseau de chaque abonné possède une prise de terre locale. La
masse de tous les appareils doit être reliée à cette terre (cable gainé jaune-vert). Ce régime de neutre
est connu sous la dénomination TT
b) Protection des installations et des personnes.
Considérons une installation domestique monophasé, qui peut être schématisé par le
cicuit de la figure II.14. Celle-ci est protégée par un appareil de coupure qui est appelé un
disjoncteur.
Les 2 types de défaut qui peuvent survenir sont des court-circuits entre phase neutre (a)
et des défauts d’isolement plus ou moins important au niveau d’un [Link] défauts de type (a)
entraîne des valeurs de courant Ip = In supérieur au courant limite du disjoncteur (fonction de la
puissance souscrite) et l’installation est mise hors tension.
Lorsqu’un défaut de type (b) apparaît il n’engendre pas forcément de surintensité et on
peut penser que si le neutre n’est pas connecté à la terre, ce défaut ne présente pas de danger pour
les personnes puisqu’il n’y a apparemment aucune possibilité que du courant traverse cette personne.
Triphasé - 8/14
masse
Ip métallique
abonné
phase
220 V G
In
neutre
mise à la terre capacité parasite
figure II.14: Schéma de principe d’une installation
En fait la présence d’une capacité « parasite » entre le neutre et la terre permet toujours
le passage d’un courant qui peut être dangereux..
On choisit donc de connecter le neutre à la terre et de détecter les courants de défaut qui
circulent dans la terre. Une mise hors tension de l’installation est réalisée si |Id| = |Ip - In|> ∆I (figure
II.15) On parle alors de protection différentielle. Si l’appareil est mis à la terre le défaut est détecté
dés qu’il apparaît.
masse
Ip métallique
abonné
phase
220 V G
In
neutre
mise à la terre Id
figure II.15: trajet du courant de défaut
Si l’appareil n’est pas relié à la terre, un courant de défaut peut traverser la personne.
Celle si est protégée si la valeur différentielle de déclenchement est inférieure aux valeurs
dangereuses (Tableau II.1). Il est capital pour la sécurité que les prises de terre soient de bonne
qualité (Zg et Zterre de valeur faible).
CC 50 Hz 10 kHz
picotement 3,5 0,5 8
choc pénible 41 6 37
seuil de non lâcher 51 10 50
gêne respiratoire 60 15 61
seuil de paralysie 30
Tableau II.1 : Effet du courant sur les individus (mA) - Temps d'application 5s.
Triphasé - 9/14
La figure II.16 donne un réseau de Kirchoff représentant le circuit.
Zdefaut - Zdéfaut. impédance du défaut. Zdéfaut
= 0 Ω dans le cas d'un court-circuit
phase
franc.
220 V Z corps
Id - Zterre et Zg : impédance des prises
neutre I corps de terre.
Vtoucher
- Zcorps : impédance du corps
Zg Zterre humain. Cette valeur est très
Zpied
varaible suivant les individus et
les conditions d'humidité.
figure II.16 : Réseau avec défaut - - Zpied : impédance de mise à la
terre de la personne. Cette
impédance peut être très grande la personne est chaussée avec des chaussures avec semelle
synthétique épaisse. Au contraire, cette impédance est quasiment nulle si la personne a les
pieds dans l'eau.
Il faut éviter que les tensions qui apparaissent sur les masses métalliques susceptibles
d'être touchée par une personne dépassent des seuils dangereux (50 volts en milieu sec et 25 volts en
ambiance humide). Pour une tension de toucher (Vtoucher) le courant de défaut sera d'autant plus facile
à détecter que les impédances Zterre et Zg seront faibles.
Triphasé - 10/14
SYSTEME TRIPHASE
Complément
Charge équilibrée non symétrique
On se propose de montrer qu’une charge peut ne pas être symétrique et constituer une
charge équilibrée.
Guide
On considère 3 impédances Z1, Z2 et Z3 connectées en étoiles et alimentées par un
système direct de tensions triphasées équilibrées.
1
Z1 = R = 3 Lω Z2 = j Lω Z3 = LCω2 = 1
j Cω
1°) Montrez que la charge constituée par ces trois impédances est équilibrée et donnez la
valeur de l'impédance équivalente par phase.
2°) Montrez que dans le cas général la charge est équilibrée à la condition suivante:
Z1 + a Z2 + a2 Z3 = 0 (1 + a + a2 = 0)
Un système direct est un système triphasé équilibré où les relations de phase sont
données par V3= a V1 et V2= a2 V1. (système inverse: V2= a V1, V3= a2 V1).
Solution
1°) En notant VN' la tension (par rapport au neutre) du point milieu de la charge, la mise
en équation du réseau permet d'écrire les 4 relations (figure 1):
V1 Les équations du circuit s'écrivent:
I
1 V1 - VN' = Z1 I1 = R I1 V2 - VN' = Z2 I2 = j Lω I2
1
Z1 V3 - VN' = Z3 I3 = I I1 + I2 + I3 = 0
j Cω 3
V N' V1 V2
Z3 1 1
ð( + j Cω + )VN' = + + j Cω V3
j Lω R R j Lω
V3 V2
Z2
I I 2 1 1 V1 V2
3
ð( (1 - LCω2) + )VN' = + + j Cω V3
j Lω R R j Lω
figure 1:
En rappelant que V3 - V2 = j 3 V1:
ð VN' = V1 - j 3 V2+ j 3 V3 = -2 V1
On peut ainsi déterminer les impédances apparentes des 3 phases:
R
V1 - VN' = 3 V1 = R I1 ð V1 = I1
3
jLω R
V2 - VN' = j 3 V2 = j Lω I2 ð V2 = I2 = I2
j 3 3
1 1 R
V3 - VN' = - j 3 V3 = I ð V3 = I3 = I3
j Cω 3 3 Cω 3
Triphasé - 11/14
Ces trois dernières relations établissent que le système de courant est équilibré et que
l'impédance équivalente (impédance cyclique) est égale à R/3. Cette charge est donc strictement
équivalente à une charge triphasée constituée de 3 résistances R/3 connectées en étoile ou constituée
de 3 résistances R connectées en triangle. Cette équivalence n'est valable que dans le cadre d'une
alimentation par un système de tension direct.
On remarquera que la tension VN' du point milieu de la charge n'est pas nulle.
2°) Cas général:
La relation sur les courants (I1 + I2 + I3 = 0) permet d'exprimer VN' en fonction des
autres grandeurs:
3
-1 3
VN' = (Σ Yi ) Σ Yi Vi avec Yi = 1/Zi
1 1
Pour un système direct de tensions, on a les relations: V2 = a2 V1 et V3 = a V1. En
3
posant Y = Σ Yi, on peut exprimer le courant I1 en fonction uniquement de V1 de la façon suivante:
1
3
I1 = Y1 ( V1 - VN') = Y1 Y-1 (Y V1 - Σ Yi Vi) = Y1 Y-1 ((Y2+Y3) V1 - Y2 a2 V1 - Y3 aV1)
1
Les relations pour les courants I2 et I3 s'obtiennent par permutation circulaire des
indices.
I1 = Y1 Y-1 ((Y2+Y3) - Y2 a2 - Y3 a) V1
I = Y Y-1 ((Y +Y ) - Y a2 - Y a) V
2 2 3 1 3 1 2
I3 = Y3 Y-1 ((Y1+Y2) - Y1 a2 - Y2 a) V3
La condition pour que les courants forment un système équilibré peut s'exprimer par les
relations I2 = a2 I1 et I3 = a I1. On peut alors trouver deux conditions sur les admittances.
Y2 ((Y3+Y1) - Y3 a2 - Y1 a) = Y1 ((Y2+Y3) - Y2 a2 - Y3 a)
Y3 ((Y1+Y2) - Y1 a2 - Y2 a) = Y1 ((Y2+Y3) - Y2 a2 - Y3 a)
Ce qui donne:
Y2 j 3(a2 Y1 - a Y3) = Y1 j 3 (- a Y2+ a2 Y3) (a)
Y3 j 3(a2 Y2 - a Y1) = Y1 j 3 (- a Y2+ a2 Y3) (b)
La relation (a) aboutit à Y1Y2 + a Y2Y3 + a2 Y1Y3 = 0 qui permet d'obtenir la relation
demandée (en divisant par Y1Y2Y3 et en multipliant par a2). La relation (b) mène au même résultat.
Z1 + a Z2 + a2 Z3 = 0 (c)
Cette condition est vérifiée par les impédances:
1
Z1 = R Z2 = j Lω Z3 = avec LCω2 = 1 et R = 3 Lω
j Cω
En effet, en exprimant la relation (c) en fonction de R:
R + ej7π/6 Lω + e+j5π/6 Lω = R - 3 Lω = 0
L'impédance monophasé équivalente peut se déduire des relations entre courant de ligne
et tension simple établies précédemment. Cependant, il est plus rapide d'utiliser la relation:
U23 = V2 - V3 = Z2 I2 - Z3 I3 d'où - j 3 V1 = (a2 Z2 - a Z3) I1
Triphasé - 12/14
j (a2 Z2 - a Z3) Lω
Z= l'exemple ⇒ Z =
3 3
On peut remarquer que si on avait eu à faire à un système de tension inverse, la condition
aurait été: Z1 + a2 Z2 + a Z3 = 0 (c'). Trois impédances vérifiant la relation (c) ne vérifieront pas la
relation (c') sauf si Z1 = Z2 = Z3.
Triphasé - 13/14
SYSTEME TRIPHASE
Complément
Transport de l'énergie électrique
Comparaison entre le transport en tension alternative monophasé, triphasé et continu.
Hypothèse:
On suppose que l'on a à transmettre une puissance apparente S sous un niveau de tension
V. La densité de courant admissible dans les conducteurs est notée Jmax (quelques A/mm2).
1) Section des conducteurs
Monophasé: on a évidemment S = VImono, d'où une section cumulée des 2
conducteurs dans lesquels le courant I circule.
smono = 2 Imono/Jmax Imono /Jmax représente la section d'un conducteur.
On obtient exactement le même résultat en tension continue.
En triphasé: S = 3VItri , on a donc Itri = Imono/3. On a donc:
Réseau 3 fils: Stri = 3 Itri/Jmax = Imono/Jmax = Smono/2
7
Réseau 4 fils : Stri = = 4 Itri/Jmax = 4/3 Imono/Jmax =2/3 Smono
Le triphasé présente clairement un avantage pour le transport de l'énergie en diminuant le
poids des lignes mais il faut avoir conscience que ce n'est pas ce fait qui justifie son existence.
2) Isolation
Les lignes doivent être supportées par des isolateurs dont le dimensionnement dépend de
la tension. En caractérisant, en première approximation, l'infrastructure d'isolation par le terme
tension x nombre d'isolateurs8, on obtient:
Monophasé: En tenant compte du fait que l'on besoin d'isoler un câble sur les 2 et
que le niveau d'isolation dépend de la tension maximale.
Isolmono = V* 2
Triphasé: Isoltri = 3 V* 2
Continu: IsolCC = V
Pour cet aspect, l'avantage est clairement du côté du transport en courant continu qui en
plus ne présente pas de chute de tension inductive et d'absorption de courant capacitif. L'utilisation
de tension continue ne permet pas toutefois d'ajuster le niveau de tension aussi facilement qu'en
tension alternative (transformateur). Les transmissions en CC ne sont actuellement utilisées que dans
des situations bien particulières pour résoudre des problèmes de stabilité de réseau: liaison IFA2000
(2000 MW) entre la France et la Grande Bretagne. Elles nécessitent des investissements très lourds
au niveau des stations de conversion.
7
On suppose ici que le fil de neutre a la même section que les fils de ligne.
8
Il faudrait aussi tenir compte de la contraintes mécanique s'exerçant sur les isolateurs
Triphasé - 14/14