Chapitre 1: Introduction à la sociologie juridique
1.1. Définition de la sociologie juridique
La sociologie juridique est l’étude des relations existant entre le droit et la société.
Elle s’intéresse à la perception qu’on les groupes sociaux de la création et de
l’application du droit. Elle est la science qui étudie les faits juridiques comme des
faits sociaux c’est à dire comme des phénomènes soumis aux mêmes lois que les
autres faits sociaux ( Durkheim, 1895)1. Ainsi, cette discipline considère que le droit
est le reflet de la société et les règles juridiques sont créées pour maintenir l’ordre
social. Weber (1922) quant à lui considère la sociologie juridique comme ‘l’étude du
droit et de la société en tenant compte des facteurs économiques, politiques et
culturels2.
1.2. Objet de la sociologie juridique
La sociologie juridique a pour objet l’observation et l’explication des phénomènes
sociaux que sont les phénomènes du droit3. Les phénomènes de droit se composent
des lois, des coutumes, des institutions mais aussi des comportements que ces
dernières déterminent dans la société. Ses principaux axes d’étude sont :
Les institutions juridiques (tribunaux, prisons,...);
Les acteurs juridiques (juges, avocats, policiers...);
Les normes et les valeurs juridiques;
Les relations entre le droit et la société;
Les implications sociales des décisions juridiques.
Cette discipline étudie donc les relations entre le droit et la société, l’influence du
droit sur les comportements sociaux et l’influence de la société sur le droit. Il existe
diverses interprétation de la relation entre le droit et la société. Les principales sont:
La théorie fonctionnaliste qui considère le droit comme un moyen de maintenir
l’ordre social. Elle a été principalement développée par Emile Durkheim, Talcott
Parsons et Robert Merton. Elle pose comme principaux postulats que la société
1
Durkheim, E (1895) Les règles de la méthode sociologique
2
M. Weber (1922) Economie et Société
3
J. Carbonnier (1968) La sociologie juridique et son emploi en législation
1
est un système complexe qui fonctionne comme un tout, que les institutions
sociales (famille, école, église) participent au maintien de l’ordre social et que les
comportements individuels sont déterminés par les normes et les valeurs sociales;
La théorie conflictuelle selon laquelle le droit sert à réguler les conflits entre les
groupes sociaux. Cette théorie est issue des travaux d’auteurs majeurs tels que
Karl Marx, Max Weber et Georg Simmel. L’un des postulat majeur de cette
théorie est que la société est composée de groupes sociaux dont les intérêts sont
contradictoires et que les conflits entre ces groupes sont inhérents à la société.
Elle aboutit à la conclusion que les groupes sociaux sont conscient de la place
qu’ils occupent au sein de la structure sociétale et agissent donc en conséquence.
De même, cette théorie conclut que l’Etat et les institutions sont au service des
groupes dominants au sein de la société.
La théorie interactionniste qui voit dans le droit un régulateur des interactions
entre les individus. Cette théorie qui analyse comment les individus façonnent
leurs relations, leurs rôles et leurs identités dans les interactions sociales a été
développé entre autres par George Herbert Mead, Herbert Blumer et Erving
Goffman.
1.3. Histoire de la sociologie juridique
La naissance de la sociologie juridique remonte à la fin du XIXͤ siècle et est impulsée
par les travaux de plusieurs auteurs. Parmi les pionniers, il y a Montesquieu (1948)
avec son célèbre ouvrage ‘De l’esprit des lois’. Dans cette oeuvre, Montesquieu
s’intéresse à la relation entre les institutions, les lois et les sociétés. Il analyse ainsi
comment les lois et les institutions en place peuvent influer sur les comportements
humains. Il aborde comme principales thématiques la séparation des pouvoirs, les
types de gouvernement, la justice et la morale.
Parmi les grands auteurs dont les travaux ont permis la naissance de la sociologie
juridique est Jean-Jacques Rousseau avec notamment son ouvrage ‘Du contrat social’
paru en 1762. Dans cet ouvrage politique et philosophique, Rousseau aborde la
question du passage des hommes de l’état de nature à l’état de société. Il affirme que
2
c’est la nécessité de protéger leurs droits naturels et d’assurer leur sécurité qui a
conduit les hommes à créer des sociétés. Rousseau a contribué, avec cet ouvrage à
l’analyse des fondements de la société et du gouvernement, de la souveraineté du
peuple et de la démocratie.
De même, Auguste Comte, avec son traité de ‘Cours de philosophie positive’ publié
entre 1830 et 1842 a jeté les jalons de la sociologie juridique. Il y traite de
philosophie, de sciences et de société. L’un des six volumes de cet ouvrage traite de
philosophie sociale et contribue grandement à la naissance de la sociologie comme
science de l’étude des sociétés humaines.
Les travaux de ces précurseurs ont servi de base à l’émergence de la sociologie
juridique comme discipline avec notamment Durkheim (1895) parfois considéré
comme le fondateur de la sociologie juridique en tant que discipline, il est l’un des
premiers auteurs à intéresser au lien entre la société et le droit; Marx (1867) qui
analyse les relations existant entre le droit et les structures économiques; Parsons
(1937) qui analyse la structure de l’action sociale.
Les contributions de ces auteurs ont permis de façonner la sociologie juridique en
explorant sous divers angles les relations entre le droit et la société, les institutions
juridiques, les actions juridiques et les normes sociales. Les travaux contemporains
dans cette discipline tendent vers des domaines tels que: la globalisation et le droit
international; la sociologie du droit pénal et de la justice, la sociologie des institution
juridiques et de la régulation; la sociologie du droit et de la technologie.