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Vérités définitives et esprit critique

Le document analyse la notion de vérité, en soulignant que sa définition peut varier et qu'une vérité définitive est souvent sujette à discussion. Il soutient que même des vérités apparemment incontestables doivent être examinées pour éviter le dogmatisme. Enfin, il propose que des vérités définitives peuvent exister, mais elles doivent être issues d'un consensus critique et rester ouvertes à la réévaluation.

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Vérités définitives et esprit critique

Le document analyse la notion de vérité, en soulignant que sa définition peut varier et qu'une vérité définitive est souvent sujette à discussion. Il soutient que même des vérités apparemment incontestables doivent être examinées pour éviter le dogmatisme. Enfin, il propose que des vérités définitives peuvent exister, mais elles doivent être issues d'un consensus critique et rester ouvertes à la réévaluation.

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Tle

CORRIGÉ Dissertation 1 Philo

Corrigé

Analyse des termes du sujet et valorisation du problème :

• La vérité est une relation d’adéquation ou de correspondance entre le réel et sa représentation. Une définition
alternative de la vérité insiste sur sa cohérence interne, mais il apparaît que la seule cohérence, entendue comme
absence de contradiction, est certes une condition nécessaire, mais néanmoins insuffisante de la vérité d’une
représentation.

• « Définitif » s’entend en plusieurs sens. Le terme désigne d’abord, chronologiquement, un processus irréversible
qui a atteint son terme. Par extension, sur le plan épistémique, l’idée d’une proposition définitive est celle d’une
proposition irrécusable, indiscutable, sur laquelle il n’y a pas lieu de revenir. Une vérité définitive serait une vérité
dont l’établissement est étayé par des raisons suffisantes, qui ne connaissent plus d’objection. Une vérité définitive
serait donc une vérité qui aurait épuisé toutes les objections possibles à son encontre.

◦ Le caractère prétendument définitif d’une vérité est toujours suspect : la vérité confine alors au dogme, proposition
qui est censée être reçue sans discussion. Or, comment une vérité pourrait-elle être exemptée de discussion ? Une
vérité que l’on ne devrait pas discuter est-elle encore une vérité ? Certes, 1 + 1 = 2, et 1 * 1 = 1. Il serait bien
sot de le discuter. Mais le discuter, n’est-ce pas aussi le comprendre ? N’est-ce pas saisir, par cette discussion, les
notions d’unité, d’addition, de multiplication, la propriété analytique de commutativité, éventuellement ensuite
de carré, voire comprendre que la diagonale d’un carré de coté 1 n’est pas commensurable avec son côté, et gagner
par là une première intuition de ce que sont les nombres irrationnels, ici racine de 2 ? Toutes définitives qu’elles
soient, les vérités 1 + 1 = 2 et 1 * 1 = 1 sont fondatrices, et leur discussion n’est pas négligeable. De sorte qu’il
faudrait soutenir en même temps, et sans contradiction, qu’il y a bien des vérités définitives mais que ces vérités
définitives méritent néanmoins considération c’est-à-dire discussion. Une telle compatibilité entre le caractère
définitif du vrai et le caractère heuristique de sa compréhension est-elle tenable ? Jusqu’à quel point ?

Amorce possible :

« [La science] cherche à cerner la vérité par approximations successives », soutient Russell en 1925 dans son ABC de la
relativité.

Références propices à discussion dans le développement :

• Russell, Problèmes de philosophie, 1912 : « la vérité consiste dans une certaine forme de correspondance entre la
croyance et le fait. »
• Émilie du Châtelet, Institutions de physique, 1740 : « Les hypothèses doivent donc trouver leur place dans les sciences,
puisqu’elles sont propres à nous faire découvrir la vérité et à nous donner de nouvelles vues. »
• Cues, La docte ignorance, 1440 : « à l’égard du vrai nous ne savons rien d’autre, sinon que nous le savons impossible
à connaître avec précision, tel qu’il est, la vérité se comportant comme une nécessité absolue, qui ne peut être ni plus
ni moins qu’elle est, tandis que notre intellect se comporte comme une simple puissance. »

Plan possible :

1- Il n’existe, semble-t-il, aucune vérité définitive.

1. En effet toute proposition, même vraie, peut toujours être discutée de nouveau. Pourquoi, dès lors, ne devrait-elle pas
l’être ?
2. Or, ce qui peut être soumis à une discussion nouvelle n’est jamais définitif, mais plutôt incertain, voire éphémère.
3. Donc, il n’existerait aucune vérité définitive, ce dont il faudrait se réjouir : cette absence de caractère définitif d’une
vérité, quelle qu’elle soit, ne nous prémunit-elle pas contre tout dogmatisme ?
Tle
CORRIGÉ Dissertation 1 Philo

Corrigé (suite)

2- Pourtant, ce qui est soumis à discussion ne peut-il pas, par ailleurs, s’avérer définitif, établi et certain ?

1. En effet, l’on peut discuter seulement pour comprendre, sans que cette compréhension nouvelle n’implique contestation
d’un savoir rigoureux, constitué antérieurement à sa compréhension et vérifié.
2. De même, une discussion peut, presque malgré elle, renforcer la vérité d’une proposition jusqu’alors incertaine, c’est-
à-dire accentuer son caractère définitif, et non le récuser.
3. Néanmoins, une telle accentuation de la vérité d’une proposition, par sa discussion, n’implique-t-elle pas aussi, de façon
immanente et dialectique, une mise en suspens transitoire de sa vérité ? Sans cette mise en suspens temporaire, les
vérités les plus définitives ne seraient-elles pas confondues avec des dogmes ?

3- C’est pourquoi s’il existe des vérités définitives, leur caractère définitif n’implique aucun renoncement à
l’esprit critique, qui doit légitimement s’exercer à leur endroit.

1. Une vérité définitive n’est pas une vérité éternelle ni absolue : c’est une vérité constituée par le consensus raisonnable
et rationnel des meilleurs esprits, qui ont exercé à son égard leur sagacité critique.
2. C’est donc par une médiation critique, et par elle seulement, qu’un caractère définitif peut éventuellement être attribué
– avec la plus grande prudence – à une vérité déterminée.
3. Ce consensus critique est toujours susceptible d’être remis en cause ; il existe donc bien des vérités définitives, si par
« définitives » on entend des vérités issues d’une lente maturation critique collective, caractérisées par un gain de
précision, de cohérence et de correspondance avec la réalité. En ce sens, une vérité définitive n’est jamais un dogme,
et ne doit pas être tenue pour telle.

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