La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne
Qui est Olympe de Gouges ?
Née en 1748, Marie Gouze grandit en Occitanie dans un milieu modeste. Mariée à l’âge de 16 ans à
un homme plus âgé, elle trouve quelques années plus tard, grâce au veuvage, une liberté
inattendue. Elle prend alors le nom d’ODG et monte à Paris poursuivre une carrière littéraire en
publiant essentiellement des pièces de théâtre. Sensible aux questions progressistes de l’époque,
elle milite pour la condition de la femme et l’abolition de l’esclavage. Son écrit le plus célèbre, La
déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, défend la cause des femmes, oubliées par
l’univers masculin de la Révolution française. Elle est guillotinée en 1793 pour un manifeste jugé
antirévolutionnaire dans lequel elle dénonçait les crimes de la Terreur.
Comment résumer La Déclaration de la femme et de la citoyenne ?
La DDFC est composée de trois parties : un préambule, la déclaration elle-même et un postambule.
Le Préambule
Dans le Préambule, ODG demande que les femmes soient constituées en Assemblée nationale et
que la déclaration rappelle à tous les membres du corps social leur droits et leurs devoirs vis-à-vis
d’elles. Ce petit texte introduit les articles qui vont suivre.
La Déclaration
La Déclaration elle-même est composée de 17 articles qui adoptent la même structure syntaxique
que ceux de la DDHC de 1789. La Déclaration d’ODG est donc un texte-miroir voire un pastiche de la
DDHC.
Le Postambule
Le Postambule est un texte plus rhétorique qui commence par un appel à la lutte pour l’égalité : «
“Femme, réveille-toi” ». ODG constate que malgré la Révolution, les femmes sont toujours
méprisées et dédaignées. Elle évoque le rôle décisif des femmes dans l’Histoire. Mais une fois leur
capital de jeunesse et de beauté disparu, ces dernières perdent leur influence dans la société. C’est
pourquoi ODG propose de sécuriser leur situation juridique par le “partage des fortunes entre les H
et les F, et de l’administration publique”. ODG s’insurge également contre l’institution du mariage, «
“tombeau de la confiance et de l’amour ” ». Elle souhaite préparer l’émancipation de la femme par
l’éducation et les « conventions conjugales » qui transformeraient les relations conjugales en
relations contractuelles.
Les thèmes importants dans La DDFC :
L’égalité
ODG estime que l’égalité entre la femme et l’homme est inscrite dans la nature, ce qui lui donne un
caractère inaliénable. Dans l’article 5, elle évoque « “Les lois de la nature et de la raison” » alors que
cette mention est absente de la DDHC. Les propriétés sont considérées à l’article 17 comme « “vrai
patrimoine de la nature” » et doivent à ce titre être partagées entre l’homme et la femme. Au
XVIIIème siècle, on considérait que la nature créait des différences entre les deux sexes en fonction
de critères comme la force physique. Or pour ODG, la nature est au contraire placée sous l’égide
d’une autorité, « l’Être suprême » (préambule), rationnelle et juste, soucieuse de l’égalité entre
l’homme et la femme.
La justice
DDFC est avant tout un texte juridique. Son objet est donc la justice. ODG en a une conception
distributive : il s’agit de répartir les biens, dignités, emplois et récompenses en fonction de la valeur
et du mérite de chacun (art.6) : « “toutes les citoyennes et tous les citoyens, étant égaux à ses yeux,
doivent être également admissibles à toutes les dignités, places et emplois publics, selon leurs
capacités, et sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents” ». Elle insiste aussi
sur le principe de responsabilité, indissociable de la justice. Elle n’hésite pas ainsi à détourner le sens
des articles 7, 8, 9 et 10 de la DDHC pour affirmer que la loi doit s’appliquer avec la même rigueur
aux femmes et aux hommes. ODG pousse cette logique jusqu’à revendiquer un « droit » à l’échafaud
: « “Nul ne doit être inquiété pour ses opinions mêmes fondamentales, la femme a le droit de
monter sur L’échafaud ” » (art. 10).
Les libertés politiques pour les femmes
Si ODG revendique un droit à l’échafaud, c’est pour mieux justifier celui de « monter à la tribune »
Elle met en valeur le rôle politique des femmes et réclame dans l’article 10 la liberté d’expression
pour tous. Elle souhaite également que les femmes soient intégrées à l’administration et aux charges
publiques importantes (article 13), qu’elles aient un rôle décisionnaire dans la répartition de l’impôt,
symbole de l’appartenance à la nation. Elle va plus loin dans l’article 16 en défendant le rôle actif des
femmes dans la rédaction de la Constitution. En tant que corps de la Nation, les femmes doivent
pouvoir assumer tous les rôles politiques et parcourir tous les échelons des emplois publics.
La Révolution
Pour ODG, il faut faire une Révolution dans la Révolution. Sa réécriture de la DDHC de 1789 est
hautement symbolique : elle montre que la Révolution est incomplète et n’incarne pas l’égalité des
droits qu’elle était censée prôner.
Le mariage
Dans le postambule, ODG affirme : « “le mariage est le tombeau de la confiance et de l’amour” ».
Elle souhaite substituer à ce sacrement religieux des « conventions conjugales » afin que les
relations entre époux soient fondées sur un contrat, une sorte de pacte civil qui donne à la femme
une place digne dans son foyer et dans la société.
Quelles sont les caractéristiques de l’écriture d’Olympe de Gouges ?
Olympe de Gouges choisit la forme de la Déclaration pour défendre la place de la femme dans la
société. Elle réécrit la DDHC en reprenant scrupuleusement ses concepts juridiques. La division en «
articles », la rédaction d’un préambule et d’un postambule montrent le désir de rendre solennelle
cette déclaration et de lui donner force juridique. ODG souhaitait en effet que sa déclaration soit
présentée et votée par la représentation nationale, ce qui ne sera jamais fait. Mais dans le
postambule, ODG sort du cadre juridique et se fait plus rhétorique : « “Femme réveille-toi (…)
reconnais tes droits” » Cette apostrophe à l’allégorie de la femme adopte le style emphatique des
révolutionnaires qui employaient des formules identiques. En modifiant le sens originel de certains
articles de la DDHC de 1789, Olympe de Gouges fait par moments une parodie de la DDHC.
Que signifie le parcours « Écrire et combattre pour l’égalité » ?
Éclaircissement sur le terme « égalité » Par sa DDFC, ODG écrit et combat pour l’égalité entre les H
et les F. Le parcours ne mentionne pas le combat pour l’égalité femmes - hommes. Il évoque
simplement « l’égalité ».
La Déclaration d’Olympe de Gouges : des procédés et tonalités variés
Olympe de Gouges dans la DDFC utilise l’écriture comme une arme de combat au service de l’égalité
entre les femmes et les hommes. Les procédés et tonalités auxquels elle a recours sont variés. Nous
avons vu qu’elle utilise l’écriture juridique pour donner solennité et force de loi à son combat. Mais
son texte est également un pastiche de la DDHC de 1789. Olympe de Gouges fait parfois preuve
d’une ironie grinçante, comme dans l’article 4 où elle définit la liberté de la femme : « “l’exercice des
droits naturels de la femme n’a de bornes que la tyrannie perpétuelle que l’homme lui oppose”. Elle
s’exprime de manière plus énergique et vigoureuse dans le postambule où elle emploie les figures
de l’antithèse et du chiasme pour rendre sa lutte mémorable. Elle y écrit par exemple : « “tout a été
soumis à l’ambition de ce sexe autrefois méprisable et respecté et depuis la Révolution, respectable
et méprisé.” » Ce chiasme montre la situation contradictoire dans laquelle est enfermée la femme
au 18ème siècle : sa valeur intérieure (« “respectable” ») ne correspond pas à sa situation politique
(« “méprisée” »). L’apostrophe aux femmes les invite à faire la Révolution dans la Révolution mais
relève aussi d’une tirade tragique aux accents raciniens : « “Ô femmes, femmes, quand Cesserez-
vous d’être aveugles ?” ». Cette tonalité rappelle que les femmes sont victimes d’une tragédie
politique.