Mayapolis – Tourisme et expansion urbaine dans la péninsule du Yucatan est un
documentaire réalisé Renaud Lariagon, ingénieur de recherche, ainsi que titulaire d’un doctorat en
géographie de l’Université de Caen et l’Université Nationale Autonome du Mexique. Il nous a été
projeté Mardi 08 Octobre dans le cadre de du projet Film et Recherche En Sciences Humaines. Il met
en relation le tourisme dans cette région du monde et l’impact qu’il a sur les sociétés. D’abord,
qu’est-ce que le tourisme ? Le tourisme est effet de mobilité, une migration temporaire et choisie qui
a pour but de se divertir, se détendre. C’était une activité d’abord contemplative, puis de
consommation. A l’origine, le tourisme était réservé aux classes sociales les plus aisées, mais avec
l’explosion de l’accessibilité aux moyens de transports sur de très longues distances, le tourisme a pu
se démocratiser massivement au cours du XX ème siècle. En devenant aussi omniprésent, il est devenu
très rapidement un enjeu économique. Beaucoup de pays, comme le Mexique, ont alors basé une
partie de plus ou moins importante de leur économie dessus. C’est pourquoi, en 1974, la ville de
Cancùn, qui a été fondée dans un but touristique et qui a connu un important développement urbain
basé sur le tourisme, inaugure l’ouverture du tout premier hôtel international mexicain. Cet hôtel est
le symbole du tournant qu’à pris le Mexique, qui est ici étudié dans le documentaire.
1/Les différents notions retrouvées dans le film
Le film s’articule autour de six grands chapitres, qui traitent chacun de enjeux (sociaux,
économiques, environnementaux, politiques) de cette transformations, parfois liés à des villes ou des
endroits spécifiques, comme Cancùn, mentionné auparavant mais également Mérida ou la Playa Del
Carmen. A travers ces différents exemples, différentes notions sont abordées :
- La dépossession, des biens, de la culture, comme on peut le voir avec les terres et les
traditions mayas, qui sont lentement accaparées et marchandées et ce de la manière la
plus artificielle qui soit.
- Il y a également la notion de ségrégation, par exemple lorsqu’un individu d’origine maya
diplômé cherche un travail nécessitant les compétences acquises par ces diplômes, il ne
trouve souvent que des employeurs à la recherche de « mayas » que de « diplômés », ce
qui est une forme de ségrégation et donc de discrimination. Par ailleurs, pour parler des
grandes villes touristiques de la péninsule, on parle de villes à deux visages, de villes
« deux en un », car il y a la villes « pour les touristes » et la ville « pour les habitants ».
Cet effet de classe peut se voir par exemple lors de pénuries d’eau, pendant lesquelles les
pouvoirs publics distribuent l’eau aux touristes plutôt qu’à leurs habitants.
- La métropolisation, qui est le processus de développement intensif des villes, se fait
essentiellement autour du tourisme. On a pu voir que ce développement avait un impact
sur les sociétés, mais il en a également sur l’environnement, pour plusieurs raisons.
D’abord, naturellement, par le transport (moults aller-retours en avion, en train, comme
le futur projet Maya Train qui transportera des touristes et des marchandises dans toute
la péninsule, en voitures…), par la construction (intensive, omniprésente et envahissante)
qui détruit l’environnement, la flore mais également la faune, au profit du béton et du
goudron, et enfin par le surtourisme, qui entraîne aussi la dégradation de la faune et de la
flore.
- Il est aussi question indirectement de Soft Power, qui est le pouvoir « mou » qu’un Etat
possède, un pouvoir qui se traduit par la propagation de la culture à l’échelle du monde.
Ici, le rayonnement du tourisme mexicain est mondial, la destination de Cancùn étant
extrêmement connue.
- Enfin, on peut parler de l’extractivisme, qui est une forme d’exploitation puisque c’est la
marchandisation d’un lieu dont les locaux ne profitent pas. Par exemple, les habitants sur
place à vivre de leur petits commerces de production, et sont obligés de se faire
« manger par les plus gros », et sont donc obligés de travailler durement pour être payer
une misère. Par ailleurs, la péninsule attire beaucoup d’investisseurs, mais également des
usines, appelées « maquiles », qui produisent à très bas coûts grâce à une main d’œuvre
immigrée des produits destinés à l’exportation. De plus, ces travailleurs, immigrés ou non,
sont logés dans des villages dortoirs cachés des grandes villes, afin d’éviter d’entacher
l’image de ces villes « paradisiaques ».
2/Tourisme Alternatif
Le tourisme urbain n’est pas la seule manière de visiter la péninsule. En effet, si les pôles
attirent le monde et l’argent, il reste cependant de vastes zones encore rurales, qui proposent du
tourisme alternatif. Le tourisme alternatif, c’est un terme « apparu au début des années 2000, comme
un terme regroupant différents types de tourisme, le tourisme d’aventure, le tourisme rural et
l’écotourisme » (Maxime KIEFFER, ENS Morelia – UNAM). En plus de moins détruire, moins
consommer l’espace, mais également de protéger les modes de vies traditionnels des habitants ainsi
que l’économie locale, c’est un argument marketing qui permet de se démarquer des autres offres
touristiques. Ici, le tourisme rural se pratique, moins que le tourisme « classique » mais il se pratique
tout de même, à base d’expériences personnalisées, comme semer le maïs ou à le récolter dans des
coopératives agricoles touristiques gérées par les habitants pour les habitants. Toutefois, le tourisme
alternatif ne peut avoir parfois d’alternatif que le nom. Il ne suffit d’organiser un commerce privé en
lien avec la nature, il faut que l’activité soit une propriété sociale gérée collectivement par les locaux,
et qui bien sûr promeuve et qui enseigne le respect de l’environnement. C’est le cas par exemple
d’une coopérative dans le village de Yokdzonot, autrefois une décharge publique, qui s’est vue subir
des transformations, grâce au tourisme, et qui est devenu un lieu touristique qui attirait jusqu’à
40 000 touristes par ans avant le Covid. C’est la preuve que le tourisme n’est pas forcément synonyme
de désastre écologique, mais il implique un grand respect, un cadre strict et une gestion des flux
touristique responsable.
3/Vision subjective du film
Avant de conclure, je vais donner mon avis personnel sur le documentaire. Je l’ai trouvé très
intéressant, déjà parce que c’est une région du monde que je ne connais pas très bien, et ensuite
parce que j’avais déjà conscience du problème du surtourisme sur l’environnement, au travers de
l’exemple de Venise, mais beaucoup moins sur l’impact du tourisme sur les sociétés, même si par
certains aspects la situation au Mexique pourrait être comparée à celle du Qatar.
Pour conclure, la situation au Mexique est extrêmement complexe puisque ce modèle détruit
aussi bien le paysage que la société, mais apporte parallèlement à cela une très grande partie du PIB
du pays. Pour cette raison, une transition vers un tourisme plus écorésponsable, mais également plus
socialement responsable, semble très compliqué à mettre en place. Durant la seconde partie de la
conférence, un élève originaire du Mexique en échange scolaire pour le semestre, prit la parole et dit
une phrase qui me semble résumer la situation à la perfection : « Cancùn [et le Yucatan de manière
générale] connaît un rayonnement mondial, mais c’est une malédiction ».