Propriétés et réactivité des alcools
Propriétés et réactivité des alcools
LES ALCOOLS
Les alcools sont des composés dans lesquels un groupement hydroxyle (OH) est lié à
un carbone saturé (carbone sp3). Leur formule est R-OH. Lorsque le groupement OH
est lié à un cycle benzénique (carbone sp2), il s’agit de phénol.
Les thiols (R—SH) encore appelés mercaptans, et les thioéthers (R—S—R’) sont
respectivement analogues des alcools et des éthers. Ici, un atome de soufre remplace
l’atome d’oxygène. Les thiols sont surtout reconnus pour leur odeur très nauséabonde.
H R2 R2
R C OH R1 C OH R1 C OH
H H R3
alcool primaire alcool secondaire alcool tertiare
R R
- -
O + + O + +
-
H H H - H
O O
R R
Liaisons hydrogène
intermoléculaires
Les alcools légers sont miscibles avec l’eau et avec de nombreux solvants organiques.
L’éthanol est miscible à l’eau en toute proportion. L'éthanol et le méthanol dissolvent
également assez bien certains composés ioniques. Comme ils sont miscibles à de
nombreux composés organiques, on les utilise fréquemment en synthèse organique
comme solvants, ce sont de bons solvants protiques polaires.
1
3. Propriétés acido-basiques des alcools
Les alcools sont des composés amphotères, ils sont à la fois acides et bases.
+
pKa (ROH2/ROH) ~ -2 pKa (ROH/RO-) ~ 16-20
Les alcoolates sont donc des bases fortes. Les phénols (pKa ~10,0) sont plus acides
que les alcools car leurs bases conjuguées les phénolates sont stabilisées par les
effets mésomères du cycle aromatique.
O - O O O
- -
Na Na+ + 1 e-
Exemple :
- +
H3 C O H + Na H3 C O Na + 1/2 H2
méthanol méthanolate de
sodium
2
Exemple :
CH3 CH3 - +
+ NaOH + H2O
La liaison C–O est polarisée et le carbone peut subir les mêmes réactions que les
dérivés halogénés : SN1, SN2, E1 et E2.
Substitutions Réactions
nucléophiles d'oxydo-réduction
R4
')
R3 Propriétés basiques
C O
et attaques nucléophiles
H C ' H
R2
R1
Réactions Propriétés
d'élimination acides
3
4.1. Propriétés nucléophile des alcoolates et des alcools
4.1.1. Préparation des éthers
L'atome d'oxygène des alcools n'est pas suffisamment nucléophile pour déplacer
directement des nucléofuges moyens. Un moyen d'exalter la réactivité nucléophile de
l'oxygène est d'utiliser l'anion alcoolate.
- +
R O Na + R' X R O R' + NaX
Lorsque le dérivé halogéné est secondaire ou tertiaire, on observe préférentiellement
la réaction compétitive d’élimination plutôt que la substitution nucléophile. Elle met en
jeu le caractère basique plutôt que nucléophile de l’alcoolate.
Exemples :
-
-
O + H3 C CH2 CH2 Br O CH2 CH2 CH3 + Br
-
CH3 CH3
H3C
H3C O + H3C C Br H3C O C CH3 + C CH2
CH3 CH3 H3C
minoritaire majoritaire
-
H3C CH2 O + X pas de réaction
-
H3C CH2 O + pas de réaction
X
4
[Link]. Réaction de Williamson intramoléculaire sur les
halohydrines
En présence de base les halohydrines peuvent donner les époxydes. La réaction est
une substitution nucléophile intramoléculaire (SNi).
Les époxydes sont des composés importants en synthèse organique car ils peuvent
être ouverts par un grand nombre de réactifs nucléophiles (RMgX, RO-, LiAlH4, HO-,
etc...).
H
HO - O
R2 B -
C C C C
H
+ BH + Br
H H
R1 Br R1 R2
bromohydrine époxyde
Exemple :
Br Br
H3 C NaH/DMSO H3C O
H3C H H3 C H C C
H H H H
+ H 3C CH3
OH H2 NaBr
Na O -
(2R,3R)-3-bromobutan-2-ol époxyde méso
Exemple :
OH
NaH O
DMSO
Cl
Trans-2-chlorocyclohexanol
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[Link]. Réaction avec le diazométhane (CH2N2)
Les alcools peuvent être transformés en éther méthylique par réaction avec le
diazométhane. Les phénols réagissent spontanément tandis que les alcools
aliphatiques nécessitent la présence d’un acide de Lewis (BF3) pour renforcer leurs
acidités.
BF3
ROH + CH2N2 R OCH3 + N2 + BF3
OH + CH2N2 OCH3 + N2
+ - + +
R O H + BF3 R O H + CH2 N N R O + H3C N N ROCH3 + N2 + BF3
- BF3 - BF3
O N
O
R1OH + R2 C R2 C +
Cl OR1 +
N -
H Cl
+
O H O
R1OH + R2 C R2 C + H2O
OH (cat) OR1
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[Link]. Formation des acétals (cf Aldéhydes et cétones)
+
O H OR1
2 R1OH + R2 C R2 CH + H2O
H (cat) OR1
R OH + HX R X + H2O
OH + HX pas de réaction
- +
+ H
R O H + H X X + R O
H
R X + H2O
ion
alkyloxonium
Exemples :
- + H
H3C CH2 O H + H Br Br + H3C CH2 O H3C CH2 Br + H2O
H
CH3 CH3 + +
-
H3 C CH3 CH3
C Br
H3C C OH + H Br H3C C OH2 + H2O H3C C Br
CH3 CH3 CH3 CH3
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3 ROH + PX3 3 RX + H3PO3
ROH + SOCl2 RCl + HCl + SO2
[Link]. Mécanismes d’halogénation par PX3
H
Cl - Cl Cl
R CH2 O H + P Cl Cl + R CH2 O P
Cl
R CH2 O P
Cl
Cl +
HCl
2 R CH2 O H
-
R CH2 O R CH2 O + R CH2 O
Cl
P H + R CH2 Cl R CH2 O P H R CH2 O P + 2 HCl
R CH2 O R CH2 O R CH2 O
O
trialkyle phosphite
HCl
+ H -
R CH2 O
Cl HO
P H 2 R CH2 Cl + HO
P H
R CH2 O
O O
acide phosphoreux
En présence de pyridine
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Cl H O
H H
Cl Cl - +
N
S S
H3C
C O H + S H3C
C
O
Cl +H C C
O
N
S O 3
(S)-Chlorosulfite
H
+ SO2 + Cl
R
C
CH3
N - C2H5
+
H Cl inversion de
configuration
Préparation de TsCl
O O
N
H3C S OH + SOCl2 H3C S Cl +
O N -
O +
H Cl
APTS chlorure de TsCl (Chlorure de tosyle
thionyle ou chlorure de paratoluènesulfonyle)
Activation de l’alcool
+ -
Pyr
ROH + TsCl R OTs + PyrHCl
tosylate d'alkyle
O O
N
R OH + Cl S CH3 R O S CH3 +
N -
O O +
H Cl
chlorure de
pyridinium
Attaque du nucléophile selon SN2
- -
Nu + R OTs Nu R + TsO
(tosylate)
D’autres chlorures d’acides sulfoniques sont utilisés pour activer les alcools :
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O O
Pyr + -
H3C S Cl + ROH RO S CH3 + PyrHCl
O O
MsCl (chlorure de mésyle) R OMs (mésyltate d'alkyle)
O O
Pyr + -
F3C S Cl + ROH RO S CF3 PyrHCl
+
O O
TfCl (chlorure de triflyle) R OTf (tiflate d'alkyle)
H
- -
C C + HA C C + A C C + A + H2O
protonation + formation de +
H OH H O H
carbocation
H
étape rapide
C C + AH
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Exemple :
CH3
H2SO4 H3C
H3C C CH2 OH C CH CH3 + H2C C CH2 CH3
H3C CH3
CH3
majoritaire minoritaire
Transposition de
Wagner Meer wein
H3C H3C +
+
H + H2C C CH2 CH3 + C CH CH3 C CH2 CH3
H3C H3 C
CH3
majoritaire
+
H
2 R OH R O R + H 2O
Les éthers symétriques peuvent être synthétisés en milieu acide par élimination d'eau
entre deux molécules d'alcool. Les alcools secondaires et tertiaires ont plutôt tendance
à subir une élimination E1 alors que les alcools primaires ont tendance à former un
éther. La déshydratation intermoléculaire nécessite des conditions plus douces.
Exemple :
H2SO4
2 H3C CH2 OH H3C CH2 O CH2 CH3 + H2O
140°C
H2SO4
H3C CH2 OH H2C CH2 + H2O
180°C
+
H + H HO CH CH +
2 3
H3C CH2 OH H3C CH2 O H3C CH2 O CH2 CH3 + H2O +H
H
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4.4.3. Cas des diols 1,2-Transposition pinacolique
Les diols 1,2 se déshydratent en se réarrangeant en aldéhydes ou cétones :
Exemple :
Ph CH3 + Ph CH3 Ph
H CH3 Ph +
Ph C C Ph Ph Ph C C Ph Ph C C CH3 +H
C C
-H2O Ph + O
HO OH + OH2 OH Ph O
H
[OX] O [OX] O
R CH2 OH R C R C
H OH
Alcool primaire aldéhydes acide
R1 R1
[OX]
CH OH C O
R2 R2
R2
[OX]
R1 C OH pas de réaction
R3
Alcool tertiaire
KMnO4 O
R CH2OH R C
H2SO4
OH
12
O
x5 + H2O
R CH2OH + R C + 4 H+ + 4 e-
C(-I) C(+III) OH
x4 MnO4- + 8 H+ + 5 e- Mn2+ + 4 H2O
O
5 R CH2OH + 4 MnO4 + 12 - H+ 5R C + 4 Mn2+ + 11 H2O
OH
-
CrO3Cl Cr2O72-
N + N +
H H 2
PCC PDC
Exemple :
CH3 CH3 O
CH2Cl2
H3C C CH2OH + PCC H3C C C
25°C
CH3 CH H 3
O
acide chromique
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O O
+
Cr + 2 N Cr O
O O N 2 O
O O O
H2SO4 H2SO4 O O
1/2 KO Cr O Cr OK HO Cr OH Cr
H 2O H 2O
O O O O
L’acide chromique réagit ensuite avec l’alcool pour donner l’ester chromique
- -
O H O O +
OH OH2
R CH2 O H + HO Cr OH R CH2 O Cr R CH2 O Cr
Cr(VI) + OH OH
O O O
acide chromique
R + Cr(IV) - O
H H
C O + H3O + HO Cr O O +R CH O Cr OH
H O O
+ H
(hydratation de H
l'aldéhyde) ester chromique
H2O
R OH H2CrO4 OH O - +
H H O
C
OH O + R C O Cr OH R C + HCrO3 + H3O
H O OH
H
On remarque que pour obtenir l’acide, il faut passer par l’hydratation de l’aldéhyde en
milieu acide.
MnO2 O
R CH CH CH2OH R CH CH C
H2SO4
H
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CH2OH CHO
MnO2
H2SO 4
R CH CH CH2OH R CH CH CHO + 2 H+ + 2 e-
C(-I) C(+I)
MnO2 +4 H+ + 2 e- Mn2+ + 2 H2O
OH O
+ HIO 4 + HIO3 + H2O
OH O
OH O
+ 2 H+ + 2 e-
OH O
C(0) C(+I)
OH O
+ HIO4 + HIO3 + H2O
OH O
H2O + HIO3
I(V)
acide
iodique
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5.2. Oxydation par le tétracétate de plomb (Pb(OAc)4)
OH O
+ Pb(OAc)4 + Pb(OAc)2 + 2 AcOH
OH O
C(0) C(+I)
OH O
+ 2 H+ + 2 e -
OH O
C(0) C(+I)
OH O
+ Pb(OAc)4 + Pb(OAc)2 + 2 AcOH
OH O
O
+ Pb(OAc)2
O
Remarque
Cette méthode marche bien sur les cycles dans le cas des diols cis et trans alors que
HIO4 ne marche que dans le cas des diols cis (car il y a formation d'un cycle avec
l'iode).
R1 R3 OsO4 cat R1 R3
O + O
R2 R4 NaIO4 R2 R4
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Schéma de la séquence de dihydroxylation suivie de coupure :
OsO4H2
NaIO4
R1 R3 OsO4 HO OH NaIO4 R1 R3
R1 R3
R2
O + O
R2 R4 R4 R2 R4
6. Réarrangements sigmatropiques
Une sigmatropie est la migration d'une liaison le long d'un système . Un tel
réarrangement ne peut pas avoir lieu sur un alcane, car ce dernier ne possède pas de
liaison . A noter que cette liaison peut provenir d'une double liaison, d'une fonction
carbonyle, etc…….
6.1. Nomenclature
On établit une numérotation des deux côtés de la liaison qui va rompre, puis on
attribue les valeurs n et m à la position qu’elle va occuper après migration. On parle
alors de réarrangement sigmatropique de type [n, m].
Il concerne les éthers de vinyle et d’allyle. Par simple chauffage, ils se réarrangent
aussi selon une sigmatropie de type [3,3]
H
2
1 2
1
O 3 O 3
3 1 3
1
2 2
17