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Propriétés et réactivité des alcools

Les alcools sont des composés organiques contenant un groupement hydroxyle (OH) lié à un carbone saturé, et peuvent être classés en primaires, secondaires ou tertiaires selon le nombre de carbones liés à ce carbone. Ils présentent des propriétés physiques distinctes, comme des températures d'ébullition élevées dues aux liaisons hydrogène, et sont amphotères, agissant à la fois comme acides et bases. Les alcools peuvent être préparés et réagissent dans diverses réactions chimiques, y compris la formation d'éthers, d'esters et leur halogénation.

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Propriétés et réactivité des alcools

Les alcools sont des composés organiques contenant un groupement hydroxyle (OH) lié à un carbone saturé, et peuvent être classés en primaires, secondaires ou tertiaires selon le nombre de carbones liés à ce carbone. Ils présentent des propriétés physiques distinctes, comme des températures d'ébullition élevées dues aux liaisons hydrogène, et sont amphotères, agissant à la fois comme acides et bases. Les alcools peuvent être préparés et réagissent dans diverses réactions chimiques, y compris la formation d'éthers, d'esters et leur halogénation.

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CHAPITRE VII

LES ALCOOLS

Les alcools sont des composés dans lesquels un groupement hydroxyle (OH) est lié à
un carbone saturé (carbone sp3). Leur formule est R-OH. Lorsque le groupement OH
est lié à un cycle benzénique (carbone sp2), il s’agit de phénol.

Les thiols (R—SH) encore appelés mercaptans, et les thioéthers (R—S—R’) sont
respectivement analogues des alcools et des éthers. Ici, un atome de soufre remplace
l’atome d’oxygène. Les thiols sont surtout reconnus pour leur odeur très nauséabonde.

1. Classe des alcools


Selon que l'atome de carbone portant le groupement caractéristique OH est lié à un,
deux ou trois atomes de carbones, l'alcool est qualifié de primaire, secondaire ou
tertiaire.

H R2 R2
R C OH R1 C OH R1 C OH
H H R3
alcool primaire alcool secondaire alcool tertiare

2. Propriétés physiques des alcools


Les températures d’ébullition des alcools sont beaucoup plus élevées que celles des
hydrocarbures correspondants. Cela est dû à des liaisons hydrogène
intermoléculaires. Elles résultent de la forte polarisation de la liaison O-H.

R R
- -
O + + O + +
-
H H H - H
O O
R R
Liaisons hydrogène
intermoléculaires

Les alcools légers sont miscibles avec l’eau et avec de nombreux solvants organiques.
L’éthanol est miscible à l’eau en toute proportion. L'éthanol et le méthanol dissolvent
également assez bien certains composés ioniques. Comme ils sont miscibles à de
nombreux composés organiques, on les utilise fréquemment en synthèse organique
comme solvants, ce sont de bons solvants protiques polaires.

1
3. Propriétés acido-basiques des alcools
Les alcools sont des composés amphotères, ils sont à la fois acides et bases.
+
pKa (ROH2/ROH) ~ -2 pKa (ROH/RO-) ~ 16-20

Les alcoolates sont donc des bases fortes. Les phénols (pKa ~10,0) sont plus acides
que les alcools car leurs bases conjuguées les phénolates sont stabilisées par les
effets mésomères du cycle aromatique.

O - O O O
- -

Stabilisation de l'anion phénolate par mésomérie

3.1. Préparation des alcoolates


3.1.1. Par action des métaux alcalins (M = Li, Na, K…) (Réaction
d’oxydoréduction)
- +
R O H + M R O M + 1/2 H2
L’équation bilan d’oxydoréduction est :

Na Na+ + 1 e-

ROH + 1 e- RO- + 1/2 H2

ROH + Na RO- + Na+ + 1/2 H2

Exemple :
- +
H3 C O H + Na H3 C O Na + 1/2 H2
méthanol méthanolate de
sodium

3.1.2. Par action des bases (Réaction acido-basique)


La déprotonation quantitative des alcools est réalisée par des bases fortes telles que
les hydrures alcalins, ou les amidures [il faut que pKa(BH/B-)> pKa(ROH/RO-), règle
gamma].
- +
R O H + MH (OU MNH2) R O M + H2 (ou NH3)

2
Exemple :
CH3 CH3 - +

H3C C OH + NaH H3C C O Na + H2


CH3 CH3

3.1.3. Par action des organométalliques (Réaction acido-basique)


- +
R1 O H + R2Li R1 O Li + R2H
organolithien - +

R1 O H + R2MgX R1 O MgX + R2H


organomagnésien

3.2. Préparation des phénolates


Les phénolates peuvent être préparés en solution aqueuse (pKa(PhOH/PhO-)=10,0)
- +
OH O Na

+ NaOH + H2O

4. Réactivité des alcools


Les alcools possèdent deux caractéristiques réactionnelles importantes :
 Les liaisons C–O et O–H sont très polarisées à cause de la grande
électronégativité de l’atome d’oxygène.
 L’atome d’oxygène possède deux doublets d’électrons libres.

La liaison C–O est polarisée et le carbone peut subir les mêmes réactions que les
dérivés halogénés : SN1, SN2, E1 et E2.

Substitutions Réactions
nucléophiles d'oxydo-réduction
R4 
')
R3 Propriétés basiques
C O
et attaques nucléophiles
H C ' H
R2
R1
Réactions Propriétés
d'élimination acides

Présentation générale de la réactivité des alcools

3
4.1. Propriétés nucléophile des alcoolates et des alcools
4.1.1. Préparation des éthers
L'atome d'oxygène des alcools n'est pas suffisamment nucléophile pour déplacer
directement des nucléofuges moyens. Un moyen d'exalter la réactivité nucléophile de
l'oxygène est d'utiliser l'anion alcoolate.

[Link]. Réaction de Williamson intermoléculaire


Les alcoolates peu encombrés sont de bons nucléophiles et peuvent réagir selon une
réaction SN2 sur les dérivés halogénés pour former les éthers.

- +
R O Na + R' X R O R' + NaX
Lorsque le dérivé halogéné est secondaire ou tertiaire, on observe préférentiellement
la réaction compétitive d’élimination plutôt que la substitution nucléophile. Elle met en
jeu le caractère basique plutôt que nucléophile de l’alcoolate.

Exemples :

-
-
O + H3 C CH2 CH2 Br O CH2 CH2 CH3 + Br

-
CH3 CH3
H3C
H3C O + H3C C Br H3C O C CH3 + C CH2
CH3 CH3 H3C
minoritaire majoritaire

La synthèse du méthyltertiobutyléther (MTBE) est possible en utilisant comme substrat


le bromométhane et comme réactif l'anion 2,2-diméthylpropanolate.
CH3 - CH3
-
H3 C C O + H 3C Br H3 C C O CH3 + Br
CH3 CH3

Rappel: Les halogénobenzènes et les halogénures vinyliques ne réagissent pas


avec les alcoolates (pas de SN2)

-
H3C CH2 O + X pas de réaction

-
H3C CH2 O + pas de réaction
X

4
[Link]. Réaction de Williamson intramoléculaire sur les
halohydrines
En présence de base les halohydrines peuvent donner les époxydes. La réaction est
une substitution nucléophile intramoléculaire (SNi).
Les époxydes sont des composés importants en synthèse organique car ils peuvent
être ouverts par un grand nombre de réactifs nucléophiles (RMgX, RO-, LiAlH4, HO-,
etc...).
H
HO - O
R2 B -
C C C C
H
+ BH + Br
H H
R1 Br R1 R2

bromohydrine époxyde

La réaction est stéréospécifique et nécessite que les groupements OH et Br soient


en conformation anticoplanaire.

Exemple :
Br Br

H3 C NaH/DMSO H3C O
H3C H H3 C H C C
H H H H
+ H 3C CH3
OH H2 NaBr
Na O -
(2R,3R)-3-bromobutan-2-ol époxyde méso

En série du cyclohexane, la formation d'époxyde est possible à condition que l'anion


alcoolate soit en position anti coplanaire par rapport au nucléofuge. Il faut donc utiliser
un dérivé trans.

Exemple :
OH
NaH O

DMSO
Cl
Trans-2-chlorocyclohexanol

Cas du dérivé cis


OH O
OH équilibre
Cl
céto-énolique
HO NaH
Cl DMSO
H
Cis-2-chlorocyclohexanol énol

5
[Link]. Réaction avec le diazométhane (CH2N2)
Les alcools peuvent être transformés en éther méthylique par réaction avec le
diazométhane. Les phénols réagissent spontanément tandis que les alcools
aliphatiques nécessitent la présence d’un acide de Lewis (BF3) pour renforcer leurs
acidités.

BF3
ROH + CH2N2 R OCH3 + N2 + BF3

OH + CH2N2 OCH3 + N2

[Link].1. Mécanisme de la réaction

+ - + +
R O H + BF3 R O H + CH2 N N R O + H3C N N ROCH3 + N2 + BF3
- BF3 - BF3

4.1.2. Comportement nucléophiles des alcools


[Link]. Acylation-Formation d’esters (cf Acides carboxyliques)
Une réaction d'acylation consiste formellement à substituer l’atome d’hydrogène du
groupement hydroxyle (OH) par un groupement acyle (R-CO). On peut y parvenir en
effectuant la réaction entre l'alcool et l'acide carboxylique ou l'un de ses dérivés :
l’halogénure d'acyle ou l’anhydride carboxylique.

[Link].1. Acylation par un chlorure d'acyle ou un anhydride

O N
O
R1OH + R2 C R2 C +
Cl OR1 +
N -
H Cl

[Link].2. Acylation par un acide carboxylique-Estérification de


Fischer

+
O H O
R1OH + R2 C R2 C + H2O
OH (cat) OR1

6
[Link]. Formation des acétals (cf Aldéhydes et cétones)

+
O H OR1
2 R1OH + R2 C R2 CH + H2O
H (cat) OR1

4.2. Halogénation des alcools


4.2.1. Par les hydracides
Les alcools manifestent leur activité électrophile en milieu suffisamment acide. En effet
le groupement hydroxyle se protone dans ce milieu créant ainsi un meilleur groupe
partant, l’eau. Les phénols ne réagissent pas avec les hydracides.

R OH + HX R X + H2O

OH + HX pas de réaction

[Link]. Mécanisme de la réaction


Les alcools primaires réagissent en SN2 tandis que les alcools tertiaires réagissent en
SN1. En général ce sont les dérivés bromés que l’on prépare.

- +
+  H
R O H + H X X + R O
H
R X + H2O

ion
alkyloxonium

Exemples :
- + H
H3C CH2 O H + H Br Br + H3C CH2 O H3C CH2 Br + H2O
H

CH3 CH3 + +
-
H3 C CH3 CH3
C Br
H3C C OH + H Br H3C C OH2 + H2O H3C C Br
CH3 CH3 CH3 CH3

4.2.2. Par des réactifs inorganiques


Les alcools primaires et secondaires (moins facile), peuvent être halogénés selon un
mécanisme SN2 par des halogénures de phosphore tels que PCl3, PCl5 et PBr3 ou par
le chlorure de thionyle (SOCl2).

7
3 ROH + PX3 3 RX + H3PO3
ROH + SOCl2 RCl + HCl + SO2
[Link]. Mécanismes d’halogénation par PX3

H
Cl - Cl Cl
R CH2 O H + P Cl Cl + R CH2 O P
Cl
R CH2 O P
Cl
Cl +
HCl
2 R CH2 O H
-
R CH2 O R CH2 O + R CH2 O
Cl
P H + R CH2 Cl R CH2 O P H R CH2 O P + 2 HCl
R CH2 O R CH2 O R CH2 O
O
trialkyle phosphite
HCl

+ H -
R CH2 O
Cl HO
P H 2 R CH2 Cl + HO
P H
R CH2 O
O O
acide phosphoreux

[Link]. Mécanisme d’halogénation par SOCl2


[Link].1. Stéréochimie de la réaction
La réaction est souvent conduite en présence d’une amine tertiaire comme la pyridine
ou la triéthyle amine pour piéger HCl formé. Lorsqu’elle est effectuée en présence de
pyridine sur un carbone asymétrique, on a une inversion de configuration (inversion
de Walden). Dans le diéthyl éther ou le dioxane le produit est obtenu avec rétention
de configuration (SNi).

 Dans le diéthyléther ou le dioxane


SNi
H Cl
H H
Cl Cl Et2O
C S
H 3C
C O H + S H 3C O O H 3C
C Cl + SO2
S S
C 2H 5 O C 2H 5 C 2H 5
HCl
(S)-Chlorosulfite rétension de
configuration

 En présence de pyridine

8
Cl H O
H H
Cl Cl - +
N
S S
H3C
C O H + S H3C
C
O
Cl +H C C
O
N
S O 3

C2H5 O C2H5 C2H5


HCl

(S)-Chlorosulfite
H

+ SO2 + Cl
R
C
CH3
N - C2H5
+
H Cl inversion de
configuration

4.3. Activation électrophile des alcools


Dans la pratique, on améliore le caractère nucléofuge du groupe hydroxyle par
l’utilisation de réactifs spécifiques. En particulier le chlorure de paratoluènesulfonyle
(TsCl) qui est un dérivé de l’acide paratoluènesulfonique (APTS). L’anion tosylate (TsO-
) (base conjuguée de l’APTS) est un bon groupe partant.

 Préparation de TsCl

O O
N
H3C S OH + SOCl2 H3C S Cl +
O N -
O +
H Cl
APTS chlorure de TsCl (Chlorure de tosyle
thionyle ou chlorure de paratoluènesulfonyle)

 Activation de l’alcool
+ -
Pyr
ROH + TsCl R OTs + PyrHCl

tosylate d'alkyle

O O
N
R OH + Cl S CH3 R O S CH3 +
N -
O O +
H Cl
chlorure de
pyridinium
 Attaque du nucléophile selon SN2
- -
Nu + R OTs Nu R + TsO
(tosylate)
D’autres chlorures d’acides sulfoniques sont utilisés pour activer les alcools :

9
O O
Pyr + -
H3C S Cl + ROH RO S CH3 + PyrHCl
O O
MsCl (chlorure de mésyle) R OMs (mésyltate d'alkyle)

O O
Pyr + -
F3C S Cl + ROH RO S CF3 PyrHCl
+
O O
TfCl (chlorure de triflyle) R OTf (tiflate d'alkyle)

4.4. Déshydratation des alcools


4.4.1. Déshydratation intramoléculaire-Formation des alcènes
+
H
C C C C + H2O
H OH 

On peut considérer que la déshydratation d'un alcool est la réaction inverse de


l'hydratation acido-catalysée d'un alcène.
Le chauffage des alcools en milieu acide concentré (H2SO4 ou mieux H3PO4) produit
des dérivés éthyléniques par élimination d’une molécule d’eau. On peut également
utiliser des acides de Lewis tels que AlCl3, ZnCl2 ou BF3 comme catalyseurs de
déshydratation. La réaction est d'autant plus facile que la classe de l'alcool est plus
élevée. Il s’agit d’un mécanisme E1, ce qui implique la compétition de la réaction de
substitution SN1.

[Link]. Régiosélectivité de la réaction


Les éliminations impliquant les alcools sont le plus souvent sous contrôle
thermodynamique. On obtient majoritairement à l'équilibre le composé éthylénique le
plus stable à savoir le plus substitué (règle de Zaïtsev).

[Link]. Mécanisme de la réaction

H
- -
C C + HA C C + A C C + A + H2O
protonation + formation de +
H OH H O H
carbocation
H
étape rapide

C C + AH

10
Exemple :
CH3
H2SO4 H3C
H3C C CH2 OH C CH CH3 + H2C C CH2 CH3

H3C CH3
CH3
majoritaire minoritaire

CH3 CH3 CH3


H + + H +
H3C C CH2 O H H3C C CH2 O
H
H3C C CH2 + H2 O

CH3 CH3 CH3

Transposition de
Wagner Meer wein

H3C H3C +
+
H + H2C C CH2 CH3 + C CH CH3 C CH2 CH3
H3C H3 C
CH3
majoritaire

4.4.2. Déshydratation intermoléculaire-Formation des éthers

+
H
2 R OH R O R + H 2O

Les éthers symétriques peuvent être synthétisés en milieu acide par élimination d'eau
entre deux molécules d'alcool. Les alcools secondaires et tertiaires ont plutôt tendance
à subir une élimination E1 alors que les alcools primaires ont tendance à former un
éther. La déshydratation intermoléculaire nécessite des conditions plus douces.

Exemple :
H2SO4
2 H3C CH2 OH H3C CH2 O CH2 CH3 + H2O
140°C

H2SO4
H3C CH2 OH H2C CH2 + H2O
180°C

[Link]. Mécanisme de la réaction

+
H + H HO CH CH +
2 3
H3C CH2 OH H3C CH2 O H3C CH2 O CH2 CH3 + H2O +H
H

11
4.4.3. Cas des diols 1,2-Transposition pinacolique
Les diols 1,2 se déshydratent en se réarrangeant en aldéhydes ou cétones :

 Le carbocation le plus stable se forme plus rapidement


 L’aptitude migratoire des groupements est : Ph > H > R (alkyle)

Exemple :

Ph CH3 + Ph CH3 Ph
H CH3 Ph +
Ph C C Ph Ph Ph C C Ph Ph C C CH3 +H
C C
-H2O Ph + O
HO OH + OH2 OH Ph O
H

4.5. Oxydation ménagée des alcools


Une oxydation d’une espèce organique est dite ménagée si elle ne modifie pas le
squelette carboné de la molécule.

4.5.1. Schéma général d’oxydation des alcools

[OX] O [OX] O
R CH2 OH R C R C
H OH
Alcool primaire aldéhydes acide

R1 R1
[OX]
CH OH C O
R2 R2

Alcool secondaire cétone

R2
[OX]
R1 C OH pas de réaction
R3

Alcool tertiaire

4.5.2. Oxydation par le permanganate de potassium (KMnO4)


Le permanganate de potassium est un oxydant puissant, peu sélectif et oxyde d'autres
fonctions.

KMnO4 O
R CH2OH R C
H2SO4
OH

L’équation bilan d’oxydoréduction est :

12
O
x5 + H2O
R CH2OH + R C + 4 H+ + 4 e-
C(-I) C(+III) OH
x4 MnO4- + 8 H+ + 5 e- Mn2+ + 4 H2O

O
5 R CH2OH + 4 MnO4 + 12 - H+ 5R C + 4 Mn2+ + 11 H2O
OH

4.5.3. Oxydation par les dérivés du chrome


Les dérivés du Cr(VI) sont souvent utilisés. Les alcools primaires sont oxydés en
aldéhydes puis en acides carboxyliques par le réactif de Jones (CrO3, H2SO4 ou
Na2Cr2O7, H2SO4), Les alcools secondaires en cétones. Pour s’arrêter au stade
aldéhyde on opère dans des conditions plus douces en utilisant le réactif de Collins
(CrO3(pyridine)2 dans le dichlorométhane) ou de Sarrett. A noter que les composés
du chrome sont toxiques et polluants donc de moins en moins utilisés.
Il existe de nombreuses autres méthodes pour oxyder un alcool primaire en aldéhyde :
réaction de Swern, réaction de Mofatt, réaction de Dess-Martin, le PCC
(chlorochromate de pyridinuim), le PDC (dichromate de pyridinium),…..

-
CrO3Cl Cr2O72-
N + N +
H H 2
PCC PDC
Exemple :
CH3 CH3 O
CH2Cl2
H3C C CH2OH + PCC H3C C C
25°C
CH3 CH H 3

[Link]. Préparation des différents réactifs


 Réactif de Jones (on utilise l’acide acétique, l’acétone ou l’eau comme
solvant)
O
solvant
CrO3 (ou Na2Cr2O7 ou K2Cr2O7) + H2SO4 HO Cr OH

O
acide chromique

 Réactif de Collins : Le réactif de Collins CrO3(pyridine)2 est un complexe


de trioxyde de chrome (CrO3) et de pyridine dans le dichlorométhane comme
solvant.

13
O O
+
Cr + 2 N Cr O
O O N 2 O

 Réactif de Sarrett (même condition que Collins avec un excès de pyridine).

[Link]. Mécanisme de la réaction


L’agent oxydant qui intervient dans cette réaction est l’acide chromique formé in situ
par action de l’acide sulfurique sur le dichromate de potassium ou sur l’anhydride
chromique.

O O O
H2SO4 H2SO4 O O
1/2 KO Cr O Cr OK HO Cr OH Cr
H 2O H 2O
O O O O

bichromate de potassium acide chromique anhydride


chromique

L’acide chromique réagit ensuite avec l’alcool pour donner l’ester chromique

- -
O H O O +
OH OH2
R CH2 O H + HO Cr OH R CH2 O Cr R CH2 O Cr
Cr(VI) + OH OH
O O O
acide chromique

R + Cr(IV) - O
H H
C O + H3O + HO Cr O O +R CH O Cr OH
H O O
+ H
(hydratation de H
l'aldéhyde) ester chromique
H2O

R OH H2CrO4 OH O - +
H H O
C
OH O + R C O Cr OH R C + HCrO3 + H3O
H O OH
H

On remarque que pour obtenir l’acide, il faut passer par l’hydratation de l’aldéhyde en
milieu acide.

4.5.4. Oxydation par MnO2


Les alcools allyliques et benzyliques peuvent être oxydés sélectivement en aldéhydes
par MnO2 qui est un oxydant doux :

MnO2 O
R CH CH CH2OH R CH CH C
H2SO4
H

14
CH2OH CHO

MnO2
H2SO 4

L’équation bilan d’oxydoréduction est :

R CH CH CH2OH R CH CH CHO + 2 H+ + 2 e-
C(-I) C(+I)
MnO2 +4 H+ + 2 e- Mn2+ + 2 H2O

R CH CH CH2OH + MnO2 + 2 H+ R CH CH CHO + Mn2+ + 2 H2O


5. Cas des diols 1,2-Oxydation avec coupure de la liaison C–C
(Clivage oxydant)
5.1. Réaction de Malaprade
L’acide périodique (HIO4) ou son sel le périodate de sodium (NaIO4) oxydent les diols
vicinaux en dérivés carbonylés, avec rupture de la liaison C-C.

OH O
+ HIO 4 + HIO3 + H2O
OH O

L’équation bilan d’oxydoréduction est :

OH O
+ 2 H+ + 2 e-
OH O
C(0) C(+I)

HIO4 + 2 H+ + 2 e- HIO3 + H2O

OH O
+ HIO4 + HIO3 + H2O
OH O

5.1.2. Mécanisme de la réaction


O
OH O OH O OH
O OH O O
I O OH
I OH
+ I
OH + I
O O O O OH HO OH
OH OH O
I(VII)

H2O + HIO3
I(V)
acide
iodique

15
5.2. Oxydation par le tétracétate de plomb (Pb(OAc)4)
OH O
+ Pb(OAc)4 + Pb(OAc)2 + 2 AcOH
OH O

L’équation bilan d’oxydoréduction est :

C(0) C(+I)
OH O
+ 2 H+ + 2 e -
OH O
C(0) C(+I)

Pb(OAc)4 + 2 e- Pb(OAc)2 + 2 AcO-


Pb(+IV) Pb(+II)

OH O
+ Pb(OAc)4 + Pb(OAc)2 + 2 AcOH
OH O

5.2.2. Mécanisme de la réaction


OH O Pb(OAc)3 O
+ Pb(OAc)4 Pb(OAc)2
OH OH O
AcOH AcOH

O
+ Pb(OAc)2
O
Remarque
Cette méthode marche bien sur les cycles dans le cas des diols cis et trans alors que
HIO4 ne marche que dans le cas des diols cis (car il y a formation d'un cycle avec
l'iode).

5.3. Oxydation de Lemieux‐Jonhson


On peut également utiliser l’ion periodate (IO4-) comme co-oxydant lors de la
dihydroxylation. Celui‐ci permet à la fois la réoxydation de l’osmium et la poursuite de
l’oxydation du diol par coupure oxydante. Il est donc possible de passer directement
d’un alcène à deux groupements carbonyle par clivage oxydant en utilisant le
système OsO4 cat et NaIO4‐.

R1 R3 OsO4 cat R1 R3
O + O
R2 R4 NaIO4 R2 R4

16
Schéma de la séquence de dihydroxylation suivie de coupure :
OsO4H2
NaIO4
R1 R3 OsO4 HO OH NaIO4 R1 R3
R1 R3
R2
O + O
R2 R4 R4 R2 R4

6. Réarrangements sigmatropiques
Une sigmatropie est la migration d'une liaison  le long d'un système . Un tel
réarrangement ne peut pas avoir lieu sur un alcane, car ce dernier ne possède pas de
liaison . A noter que cette liaison  peut provenir d'une double liaison, d'une fonction
carbonyle, etc…….

6.1. Nomenclature
On établit une numérotation des deux côtés de la liaison  qui va rompre, puis on
attribue les valeurs n et m à la position qu’elle va occuper après migration. On parle
alors de réarrangement sigmatropique de type [n, m].

6.2. Réarrangement de Claisen


Par simple chauffage, les éthers d’allyle et de phényle se réarrangent selon un
mécanisme concerté, On obtient un ortho-allylphénol. C’est une sigmatropie de type
[3,3].
1 1
1
1 2
O 2
O OH
2 3 2
3 200°C 3
3
aromatisation

6.3. Réarrangement de Cope

Il concerne les éthers de vinyle et d’allyle. Par simple chauffage, ils se réarrangent
aussi selon une sigmatropie de type [3,3]

H
2
1 2
1
O 3  O 3

3 1 3
1

2 2

17

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