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Comprendre la mondialisation économique

La mondialisation est un processus d'intensification des échanges commerciaux et d'interdépendance économique entre les nations, favorisé par les firmes multinationales. Elle soulève des questions sur les raisons du commerce international, les effets sur les économies et les modes de vie, ainsi que sur le rôle des États dans ce contexte. L'évolution du commerce mondial montre une transition vers des échanges de produits manufacturés, une concentration des échanges entre quelques pays et un développement des échanges inter et intra-branches.

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Comprendre la mondialisation économique

La mondialisation est un processus d'intensification des échanges commerciaux et d'interdépendance économique entre les nations, favorisé par les firmes multinationales. Elle soulève des questions sur les raisons du commerce international, les effets sur les économies et les modes de vie, ainsi que sur le rôle des États dans ce contexte. L'évolution du commerce mondial montre une transition vers des échanges de produits manufacturés, une concentration des échanges entre quelques pays et un développement des échanges inter et intra-branches.

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INTRODUCTION AU COMMERCE INTERNATIONAL

La mondialisation désigne d’abord un processus de développement des échanges et


de montée des interdépendances. La mondialisation de l’économie se traduit par la
croissance des flux commerciaux, des flux d’investissement et des flux financiers. Les firmes
multinationales (FMN) jouent une part active dans ces évolutions : un tiers du commerce
mondial est un commerce intra-firmes ; ce sont aussi ces entreprises qui déterminent, pour
une large part, la localisation des principaux sites de production. Flux commerciaux, flux
d’investissement et flux financiers sont, bien entendu, liés : la décision d’une entreprise de
créer un site de production à l’étranger va générer des flux d’investissement vers le pays
d’accueil, puis suscitera des flux commerciaux au départ de ce même pays.

Cette mondialisation des économies et des marchés nous amène à nous poser une série de
questions :

 Pourquoi les nations commercent-elles entre elles ? Pourquoi importent-elles


certains biens et en exportent- elles d'autres ? À quels niveaux de prix les échanges
se réalisent-ils ? Quelles sont les conséquences du commerce ? Ces conséquences
sont-elles bénéfiques ou néfastes pour les pays qui y participent et pour les diverses
catégories d'agents à l'intérieur de chaque pays ? Les gains issus du commerce
profitent-ils à tous les pays de la même façon ? Ces interrogations conditionnent
directement d'autres questionnements d'un intérêt plus immédiat pour chacun d'entre
nous : Faut-il redouter la concurrence des pays à bas salaires ? Faut-il ouvrir plus
largement les frontières aux produits étrangers ? etc.

 Quel est le rôle des acteurs économiques dans ce processus de mondialisation


? Pourquoi les FMN préfèrent- elles investir à l’étranger plutôt qu’exporter ? Quels
sont les raisons qui les poussent à globaliser leur production ? Comment organisent-
t-elles leurs implantations à l’étranger ? Qu’en résulte-t-il pour la « division
internationale du travail » et pour la compétitivité de chaque pays ? Qu’en résulte-t-il
pour le développement des échanges et pour l’emploi ? Comment les Etats sont-ils
partie prenante de cette mondialisation ? Leur capacité à réguler leur économie est-
elle menacée par la globalisation des marchés ? Peuvent-ils peser sur la capacité de
leurs économies à affronter la concurrence internationale ? Comment les modes de
vie se transforment-ils avec la croissance de ces échanges à l’échelle mondiale ?
Peut-on parler d’une « mondialisation culturelle » ?

1
L’évolution du commerce mondial de marchandises

I – Qu’est-ce que la mondialisation des économies ?

On entend par échange international, l’ensemble des opérations commerciales et


financières réalisées par des agents économiques résidants dans des pays différents. Il
comprend les échanges de marchandises, de services et les échanges de capitaux.

On peut donc définir le processus de mondialisation comme « l'émergence d'un vaste


marché mondial des biens, des services, des capitaux et de la force de travail,
s'affranchissant de plus en plus des frontières politiques des Etats, et accentuant les
interdépendances entre les pays ». Ce processus prend plusieurs aspects :

La mondialisation passe, tout d’abord, par l’intensification des échanges


commerciaux et la hausse du degré d’ouverture des économies. Depuis 1850, le
commerce international a augmenté à un rythme beaucoup plus soutenu que la production
mondiale. les exportations et le commerce international tirent la croissance par le haut.
Mais, pendant la crise de 2008-2009, on observe un net ralentissement du commerce
mondial qui accompagne celui du PIB mondial.

Taux de croissance annuel moyen du commerce international et de la production


mondiale

TCAM Commerce international Production


mondiale

1950-1960 6.3 4.2

1960-1970 8.3 5.3

1970-1980 5.2 3.6

1980-1990 3.7 2.8

1990-1996 5.9 1.4

1996-2000 8.2 3.4

2000-2005 4.5 2.0

2005-2012 3.3 2.0

(Source : GATT, OMC, 2013)

Le commerce extérieur représente l'ensemble des exportations et des importations de


biens enregistrés dans la balance commerciale.

2
Le commerce international ou commerce mondial correspond à la valeur ou au volume des
échanges de biens et de services entre nations enregistrés dans la balance courante ou des
transactions courantes.

Cette internationalisation des échanges de biens et de services a deux effets :

 Une ouverture croissante des économies sur les marchés extérieurs (taux
d’ouverture) :

Taux d'ouverture = (Exportations + Importations)/2/PIB x 100

Les économies sont de plus en plus extraverties. La part des exportations dans le PIB (taux
d’exportation) et le taux d’ouverture augmente dans tous les pays depuis 1950. Cette
ouverture est inversement proportionnelle à la taille du marché intérieur. En effet, un grand
pays a moins besoin de se spécialiser et de trouver des débouchés à l'extérieur qu'un petit
pays. Ainsi, les échanges internationaux de marchandises ne représentent que 10% du PIB
américain alors qu’ils représentent plus de la moitié du PIB des Pays-Bas.

 Une interdépendance accrue des économies: les économies sont contraintes


d'importer une part croissante de biens et de services étrangers pour satisfaire leur
demande intérieure. Ceci nous est donné par le taux de pénétration :

Taux de pénétration = Importations/Marché intérieur x 100

On peut, ainsi, calculer, la part de marché des entreprises automobiles étrangères en France

(montant des importations d’automobiles étrangères en France/ achat d’automobiles neuves


en France, en %). Ainsi si le taux de pénétration du marché automobile dans un pays est de
45%, on saura que sur 100 voitures neuves achetées une année donnée, 45 étaient
importées de l’étranger).

Tout ralentissement de la croissance dans un pays se traduit par une baisse des
exportations et de la croissance chez ses partenaires commerciaux.

La mondialisation passe, ensuite, par des échanges massifs de capitaux. Le stock de


capitaux investis à l’étranger qui représentait 5,2% du PIB mondial pendant les Trente
Glorieuses en représente plus du quart de nos jours. D’où le développement d’un système
mondial de production animé par les firmes multinationales, qui sont des firmes qui ont une
ou plusieurs filiales à l'étranger. Elles répartissent les tâches productives sur l’ensemble de
la planète en fonction des avantages comparatifs de chaque pays.

La mondialisation c’est enfin l’accroissement des migrations internationales. Les


migrants vont résider dans des pays qui ne sont pas ceux de leur naissance et importer leurs
modes de vie tout en devant s’adapter à celui du pays d’accueil.

3
II – L’évolution de la structure du commerce international

1 – La structure par produits

Alors que les échanges de produits primaires (produits agricoles, minéraux et


combustibles) représentaient la moitié du commerce international de biens et de services en
1913, soit les deux-tiers du commerce international de marchandises, le poids des produits
manufacturés est devenu majoritaire depuis les années 1950 dans le commerce de biens
et majoritaire depuis le milieu des années 1970 dans le commerce des biens et services. En
2011, les produits manufacturés constituent 54% du commerce mondial de biens et services
et les deux tiers du commerce mondial des biens.

Les échanges de services (transports, voyages, autres services commerciaux) se sont


développés plus tardivement que les échanges de biens sous l’effet des progrès des
techniques d’information et de communication. Ils représentent aujourd’hui environ 20% des
échanges et progressent à peu près au même rythme que l’ensemble du commerce mondial.
Du fait de leur importance, et bien que certains services restent difficilement exportables, les
échanges de services font désormais l’objet de négociation internationales.

2– La structure par zones géographiques

Le commerce mondial est encore largement dominé par les pays développés. Les pays
européens et l’Amérique du Nord réalisait les deux-tiers des échanges mondiaux en 1948 et
en 1973. Ce sont les européens qui ont le plus profité de cette ouverture au commerce
mondial puisque leur part du marché mondial est passé du tiers en 1948 à plus de la moitié
en 1973 mais il s’agit essentiellement du commerce à l’intérieur de l’UE (commerce intra-
zone). De nos jours, l’Europe et l’Amérique du Nord contrôlent encore la moitié du commerce
international de biens et de services.

Cependant, dans la période récente, de nouveaux concurrents sont entrés sur la


scène internationale, remettant en cause le monopole de l'avance technologique et de la
spécialisation manufacturière des pays anciennement industrialisés. Ensemble, les BRICS
(Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) représentent désormais près de 16,8% du
commerce mondial de marchandises. Ce sont les pays d’Asie et le Moyen-Orient qui ont
su augmenter leurs parts de marché à partir des années 1970. Ces deux régions
représentaient 16% du commerce mondial en 1948 et 38,1% de nos jours. Les nouveaux
pays industrialisés asiatiques (Corée du Sud, Taïwan), la Chine et l’Inde ont su s’insérer
dans la division internationale du travail en exportant leurs produits manufacturés et leurs
services (Inde). La Chine est devenue, en 2010, le premier exportateur mondial. Le Moyen-
Orient a bénéficié de la hausse des prix du pétrole.

Mais, les autres pays en développement et les pays en transition (ex bloc de l’Est) ont
vu leur part de marché se réduire. Ces trois régions représentaient un cinquième des

4
échanges mondiaux en 1948 et un huitième de nos jours. La mauvaise spécialisation de
l’Amérique Latine et de l’Afrique dans les produits primaires et l’effondrement du bloc
soviétique expliquent cette marginalisation du commerce mondial.

La mondialisation commerciale est donc fortement concentrée sur un petit nombre de


pays, incluant les émergents. Trois pays (Chine, Allemagne, Etats-Unis) réalisent à eux
seuls 27,3% des exportations mondiales de biens. Si l’on raisonne par zones géographiques,
on peut parler d’une tripolarisation des échanges mondiaux entre l’Amérique du Nord,
l’Europe et l’Asie. A elles trois, elles concentrent près de 81% du commerce mondial. Pour
chaque zone, plus de la moitié des échanges sont des échanges intra-zone à l’exception de
l’Amérique du Nord. En Europe ce commerce intra-zone représente près des trois-quarts des
exportations européennes. On peut expliquer leur importance par la multiplication des
accords de libre- échange depuis la création du Gatt et de l’OMC (ALENA, MERCOSUR,
ASEAN, etc.). Ces accords permettent la suppression des droits de douane, la libre
circulation des marchandises, des capitaux et des hommes. Ils favorisent donc les échanges
entre les pays concernés par l’accord.

3 – Echanges interbranches et échanges intra-branches

Les échanges interbranches sont des échanges de différences qui résultent de la


complémentarité des économies. Une branche rassemble l'ensemble des établissements
ou unités de production, qui produisent le même bien ou service. Un commerce
interbranche est un commerce qui se fait entre branches différentes (achat de pétrole/vente
de voitures). Ce commerce concerne surtout des pays de niveaux de développement
différents, c'est à dire les échanges entre les pays développés et les pays en voie de
développement (échange de biens manufacturés contre des produits primaires).

Ainsi, les pays développés exportent essentiellement des biens manufacturés (80%
de leurs exportations), dont la moitié comprend des biens d'équipement à haute technologie.
Les pays en développement sont avant tout spécialisés dans les produits primaires (plus de
40% de leurs exportations) et même certains sont mono-exportateurs (80% des recettes
d'exportation de la Côte-d'Ivoire proviennent du Cacao et du Café).

Ceci correspond à l’ancienne division internationale du travail. Les pays du Sud


exportaient vers les pays du Nord des produits primaires (agricole, des minerais et des
combustibles) et importaient des produits manufacturés en provenance du Nord. Les
échanges portent sur des produits différents et complémentaires. Ceci correspond au
modèle envisagé par Ricardo et par les néo-classiques.

Les échanges intra-branches sont des échanges de similarité qui résultent de la


proximité des économies.

5
On voit donc surgir une nouvelle division internationale du travail dans laquelle :

 Les pays du Nord échangent entre eux des produits comparables (des produits
chimiques, des médicaments, des biens d’équipement, des automobiles, des produits
de télécommunications, des produits électroniques...mais aussi des produits
agricoles et alimentaires). Ce commerce intra-branche représente plus de la moitié
des échanges.

 Les pays du Nord échangent avec les pays émergents des biens manufacturés
différents. Les pays du Sud exportent des produits intermédiaires (acier), des biens
de consommation (textile, cuir, habillement, jouet) mais aussi des produits des NTIC
(électronique grand public, télécommunications).Ce commerce interbranche se
développe avec le transfert d’une partie de l’industrie mondiale dans les nouveaux
pays industrialisés (NPI) et l’ensemble constitué du Brésil, de la Russie, de l’Inde et
de la Chine. Une partie de commerce s’explique par un commerce intra-firmes de
composants de produits : les spécialisations ne portent plus seulement sur des
produits ou des groupes de produits mais aussi sur des segments de la chaîne de
production.

 Les pays du Nord échangent avec le reste des pays du Sud des produits
manufacturés contre des produits primaires car l’ancienne DIT n’a pas disparu.

6
Les facteurs du développement du commerce mondial

I – Le rôle du progrès technique

Un des premiers facteurs de la mondialisation réside dans les innovations


technologiques en matière de transports et de communication.

 Les progrès en matière de transports (bateau à vapeur, avion à réaction, porte


conteneur, réseau autoroutier, infrastructure portuaire) ont permis une accélération de la
circulation des marchandises et une diminution des coûts. Ces derniers ont été divisés
par 3,7 entre 1960 et 2000. Ainsi, Les porte-conteneurs géants génèrent des économies
d’échelle dans le sens où, en transportant de très nombreux conteneurs, ils permettent
d’amortir le coût du transport, qui devient presque négligeable pour chaque marchandise
transportée. Par ailleurs, le conteneur est conçu de manière à être aisément manipulé,
notamment lors de son transbordement d’un mode de transport l’autre. Il est facile à
remplir et à vider. Ses dimensions sont standardisées, ce qui permet une standardisation
de sa gestion et une rapidité de manutention. Mais, la plus grande partie du monde en
développement est laissé à l’écart de ce processus cumulatif et bénéfique, faute de
disposer d’une échelle de production et d’infrastructures attirant les services de transport
les moins coûteux.
 Les progrès en matière de communication et d’information (télégraphe, téléphone,
ordinateurs, Internet…) ont permis de faire circuler rapidement l’information sur tous les
territoires et de réduire considérablement les coûts (Ils ont été divisés par 64 entre 1960
et 2000).

II - Le développement du libre-échange a aussi favorisé cette ouverture sur


l’extérieur

Le second facteur du développement des échanges a, semble-t-il, été l’extension du


libre-échange. On a assisté ces cinquante dernières années à une baisse des barrières
tarifaires (Droits de douane) et non tarifaires (Contingentement, normes techniques et
sanitaires…) qui touchaient les échanges internationaux. Les conséquences désastreuses
du protectionnisme sur la prospérité et les relations internationales de l’entre-deux guerres
ont poussé après la seconde guerre mondiale à un mouvement de libéralisation du
commerce international. Sous la pression des Etats-Unis et dans le cadre de l’ONU va ainsi
se mettre en place le GATT (General Agreement of Tariffs and Trade ; accord général sur
les droits de douane et le commerce) en 1948 avec 28 pays signataires.

Le libre-échange : il interdit les restrictions quantitatives (quota, contingentement de


marchandises importées), qui limitent les quantités des importations autorisées, et met en
place des cycles de négociations (les « rounds ») pour abaisser peu à peu les droits de
douane sans pouvoir revenir en arrière (règle de la « consolidation »). A cela s’ajoute la
réciprocité (ou principe du donnant-donnant) : un pays qui reçoit des avantages
commerciaux est tenu d'accorder en retour des concessions équivalentes. Enfin, la loyauté
dans les échanges suppose la prohibition des subventions aux exportations et du

7
dumping (c’est à dire de la vente à un prix inférieur au coût de production) qui faussent la
concurrence. Ces deux règles visent à établir une « concurrence saine et non faussée ».

Le multilatéralisme : les règles s’appliquent à tous les signataires et ne peuvent pas être
négociée de pays à pays (refus du bilatéralisme). Tout ce qui est accordé à un pays doit
l’être aux autres. Il s’agit de la « clause de la nation la plus favorisée ». Si la France
baisse ses droits de douane sur les produits agricoles provenant du Niger, il doit
automatiquement répercuter cette baisse sur les produits agricoles provenant des autres
pays signataires du GATT.

Le GATT organise de grands cycles de négociations multilatérales entre les pays dans le but
de réduire les tarifs douaniers et les restrictions quantitatives (barrières tarifaires). Ces
cycles sont appelés des rounds. Ainsi vont se succéder pour les principaux le Kennedy
Round, le Torquay Round, le Tokyo Round et l’avant dernier, l’Uruguay Round au terme
duquel sera mis en place l’OMC. En 1994 le GATT est donc remplacé par l’organisation
mondiale du commerce, instance qui devient permanente et à laquelle 149 pays ont
adhéré en 2005. Entre 1947 et 1990 le bilan de ce processus est positif. On assiste en effet
à une réduction importante des barrières tarifaires le niveau moyen des droits de douanes
passant d’environ 40 % en 1947, ce qui signifiait que le produit étranger, dont la valeur était
de 100 $, était vendu en France, par exemple, 140 $, à environ 4% dans les années 2000.

III - Le rôle de la spécialisation dans la croissance des échanges internationaux

On peut, enfin, expliquer l’augmentation des échanges par les avantages la


spécialisation des économies nationales dans la fabrication de certains biens ou de
services. Les pays seraient obligés d’échanger car ils ne fabriquent pas la totalité des
produits qu’ils consomment. Comment expliquer cette spécialisation et cette
interdépendance des pays ?

1 – Les avantages absolus d’Adam Smith :

Du fait notamment de dotations initiales en ressources naturelles favorables, ou d'une


avance technologique, les pays disposent d'un certain nombre de secteurs d'activité pour
lesquels ils bénéficient d'un avantage absolu, c'est à dire pour lesquels les entreprises
nationales produisent à un coût de production inférieur à celui d'une entreprise étrangère.
Chaque nation doit chercher à se spécialiser dans les secteurs d'activité pour lesquels elle
dispose de cet avantage absolu.

Tout pays a intérêt à importer des biens qu’il produirait à un coût plus élevé et à se
spécialiser dans la production de biens pour lesquels il dispose d’un coût absolu plus bas.

Les facteurs de production ne servent pas à produire l'ensemble des biens et services
nécessaires à la satisfaction des agents économiques nationaux mais doivent être
concentrés sur un nombre limité de biens et services ou la nation possède un avantage
comparatif en terme de coût de production.

8
Si cette spécialisation se met en place entre les différentes nations participant aux échanges
internationaux, il se crée ainsi une division internationale du travail fondée sur les avantages
comparatifs dont dispose chaque nation à un moment donné. Cette division internationale,
non seulement favorise une allocation optimale des ressources au niveau mondial, mais en
plus est favorable pour l'ensemble des nations participant aux échanges.

Démonstration :

Soient deux pays A et B disposant chacun de 12 unités de production permettant de produire


deux biens X et Y de la manière suivante :

Le pays A doit consommer 6 unités de production pour produire un bien X et trois unités de
production pour produire un bien Y.

Si chaque pays produit les deux biens X et Y, alors la production de chaque nation sera de :

Pays A Pays B Monde

Unités de production 12 12 24

Biens X produits 1 2 3

Biens Y produits 2 1 3

Sans spécialisation, la production mondiale est donc de 3 biens X et de trois biens Y pour
une utilisation totale de 24 unités de facteurs de production.

Si les pays A et B respectent la théorie des avantages absolus, alors chacun va se


spécialiser sur le secteur d'activité pour lequel il bénéficie d'un avantage comparatif absolu,
soit la production de biens Y pour le pays A et la production de biens X pour le pays B.

La production des deux pays sera alors la suivante :

Pays A Pays B Monde

unités de production 12 12 24

Biens X 0 4 4

Biens Y 4 0 4

La spécialisation permet d'accroître la production mondiale de biens et services pour une


consommation constante de facteurs de production et permet alors de satisfaire un plus
grand nombre de besoins.

9
La théorie d’ADAM SMITH de la spécialisation n’apporte pas de réponse aux situations ou
un pays est moins efficient dans toutes les productions.

La réponse à ce problème est apportée par DAVID RICARDO, grâce à la Théorie des
Avantages Comparatifs ou la Théorie des Coûts Comparatifs.

1.2 La théorie de l’avantage comparatif de Ricardo 1772-1823


Exposé au XIX° siècle par l’économiste classique David Ricardo, le principe des avantages
comparatifs vise à démontrer la supériorité du libre-échange sur l’autarcie.

Tout pays a intérêt à se spécialiser dans les productions pour lesquelles il dispose de coûts
relatifs les plus bas et pour lesquels sa productivité, par comparaison avec les autres
pays, est la plus forte donc pour lesquels il a un avantage comparatif. Ce sont les coûts
relatifs et non les coûts absolus qui déterminent les avantages de l’échange. Ces avantages
sont qualifiés d’avantages comparatifs.

David Ricardo applique l'approche d'Adam Smith à une situation ou un pays dispose d'un
avantage absolu dans tous les domaines de production. Selon Adam Smith, cette situation
conduirait à ce que le pays le plus compétitif produise l'ensemble des biens de production.
Or, la réalité est différente. David Ricardo a démontré que les Etats ont toujours intérêt à
échanger, même si l'un est plus compétitif que l'autre dans tous les domaines. Chaque pays
va donc devoir se spécialiser et échanger même si un pays est moins productif que l'autre
dans toutes les productions. En effet, cette spécialisation permettra globalement
d'économiser des facteurs de production.

Démonstration :
David Ricardo prend pour exemple le cas de la Grande-Bretagne et du Portugal qui
échangent des draps et du vin. Le Portugal dispose dans ces deux domaines d'un avantage
comparatif absolu que l'on peut estimer en termes de coûts de production de la manière
suivante :

Coûts de production du drap et du vin:

Grande-Bretagne Portugal

Drap 100 90

Vin 120 80

Le Portugal est plus productif que la Grande-Bretagne dans les deux productions avec un
avantage comparatif de 10 pour le drap (100-90) et de 40 pour le vin (120-80).
Si chaque pays produit une unité de chacun des biens considérés, on obtient donc une
consommation de facteurs de production de 390.

Grande-Bretagne Portugal Monde

Drap 100 90 190

10
Vin 120 80 200

Total 220 170 390

Les pays, selon Ricardo, auront quand même intérêt à se spécialiser pour continuer à
échanger afin de limiter au niveau mondial la consommation de facteurs de production.
La Grande-Bretagne va donc se spécialiser dans la production de draps puisque son
désavantage compétitif (-10) y est plus faible que dans la production de vin (-40).
La Grande-Bretagne produira donc 2 unités de draps et le Portugal 2 unités de vin, pour un
coût total de production de :

Grande-Bretagne Portugal Monde

Drap 200 0 200

Vin 0 160 160

Total 200 160 360

Le coût de production mondial après spécialisation (360) est inférieur au coût de


production mondial avant spécialisation (390).
La spécialisation, selon le principe des avantages comparatifs relatifs, permet donc de
produire les mêmes quantités de biens en économisant des facteurs de production.
Le développement des échanges internationaux repose donc sur le principe d'une division
internationale du travail (spécialisation) fondée sur les avantages comparatifs des nations
(absolu ou relatif) qui permet de satisfaire les besoins en utilisant moins de facteurs de
production tout en étant profitable à l'ensemble des pays participant aux échanges.

Les théories classiques de Smith et Ricardo se montrent en partie incapable d'expliquer les
évolutions de l'échange international. De nouveaux concepts ont donc émergé.

1.3 Les théories fondées sur la dotation en facteurs de production


Le modèle HOS, ou théorie des dotations factorielles approfondit l’analyse de l’échange
international.
La répartition des facteurs de production est différente selon les pays. La rareté d’un facteur
de production a une incidence sur son prix.

Heckscher, Ohlin et Samuelson (HOS) fondent leur modèle sur les facteurs de production
utilisés dans le processus productif par les entreprises.

Chaque pays participant aux échanges internationaux peut selon HOS être défini en fonction
de sa dotation initiale en facteurs de production travail et capital. Cette dotation initiale
permet alors de classer les pays selon son intensité factorielle en capital ou en travail, c'est à
dire selon l'importance de son stock initial de capital ou de travail.
Tous les pays ne disposent pas de la même dotation initiale en facteurs de production : les
pays développés disposent proportionnellement de plus de capital que de travail alors que
les pays sous-développés disposent relativement de plus de travail que de capital.

11
Selon Heckscher, Ohlin et Samuelson (théorème HOS), un pays à tendance à se spécialiser
dans la production pour laquelle la combinaison des facteurs de production dont il
dispose (travail, capital, matières premières) lui donne le maximum d’avantages.
Il aura intérêt à fabriquer et à exporter les produits utilisant au maximum du facteur de
production bon marché et à importer les produits nécessitant l’utilisation du facteur rare et
cher.

Un pays a intérêt à se spécialiser dans les produits utilisant les facteurs de production
abondants donc bon marché.
Les avantages de 2 pays qui échangent des produits sont liés à une meilleure
spécialisation de chacun dans la production où il bénéficie d’un avantage de coût,
d’expérience et de technologie.
Lorsque c’est le cas, il en résulte un meilleur prix du produit à l’étranger et une augmentation
de la production pour la même quantité de facteurs de production utilisée.
La spécialisation internationale dépend de cette dotation initiale en facteurs de production.

Chaque bien ou service pour être produit, nécessitant l'incorporation d'une certaine quantité
de facteur travail et de facteur capital, une nation va donc se spécialiser selon le type de
production correspondant le mieux à sa dotation initiale en facteurs de production : les pays
disposant de peu de facteur capital vont donc se spécialiser sur les productions incorporant
relativement plus de facteur travail alors que les pays disposant plutôt de capital vont se
concentrer sur les production à forte intensité capitalistique.

Les différences de dotations de facteurs de production sont donc à la source des avantages
comparatifs selon Hecksher, Ohlin et Samuelson.

Ainsi, les pays se sont spécialisés dans les secteurs où ils disposent le plus grand
avantage comparatif.

 Les pays développés se sont spécialisés dans des industries utilisant beaucoup
de capital et du travail qualifié car ce sont ces facteurs dont ils disposent en
abondance et dont le coût relatif est le plus faible. Ils vont exporter des automobiles, des
avions, des médicaments, des produits chimique importer des produits agricoles, des
matières premières et des biens de consommation courante en provenance des pays
moins développés.

Les Etats-Unis ont un avantage comparatif dans les services, ’agriculture et dans certains
secteurs industriels (les moteurs, les produits intermédiaires, les produits
pharmaceutiques…).

L’Allemagne a un avantage comparatif dans l’industrie, essentiellement dans l’automobile et


les biens d’équipement.

La France dispose d’avantages comparatifs plus dispersés : les services (le tourisme, les
services financiers), l’agriculture, et certains secteurs industriels (les avions, les produits
pharmaceutiques, les produits de luxe…).

Les pays en développement doivent se sont spécialisés dans les produits primaires
(agricoles, minerais, combustibles) et dans des industries de main-d’œuvre car les
coûts salariaux unitaires y sont plus faibles.

12
La Chine dispose des avantages comparatifs importants dans les industries de main-
d’œuvre (produits informatiques, électroniques, électroménager, textile).

Le Brésil a des avantages comparatifs dans les produits agricoles (soja, volailles…) et les
industries agroalimentaires.

Le Nigéria utilise son principal atout le pétrole comme l’Arabie-Saoudite, la Russie…

Les critiques des nouvelles théories du commerce international

Cependant ces théories classiques ne permettent pas de bien d’expliquer le


développement des échanges de biens similaires ou entre pays bénéficiant de la
même dotation. Le commerce mondial ne repose pas seulement sur des différences
de productivité, de coûts ou de dotations de facteurs. Il repose aussi sur des
différences de produits. les produits ne sont pas rigoureusement identiques (une
Renault n’est pas une Opel). Ils présentent un potentiel de différentiation
résultant de leur image de marque, de leurs qualités spécifiques. En effet, le goût du
consommateur pour la variété offre une part de marché à tout exportateur qui propose une
spécification différenciée d’un même produit générique.

Ceci résulte de la volonté du consommateur de se différencier en acquérant des produits


ayant une image de marque valorisante. Les fondements du commerce international ne
reposent plus sur la compétitivité prix mais sur la compétitivité hors-prix.

En conséquence, les pays développés exportent et importent pratiquement les mêmes


biens - et parfois en provenance et à destination des mêmes partenaires commerciaux
(échanges croisés de produits similaires).

13
Les avantages et les inconvénients de l’ouverture du marché
mondial

I - Les avantages de l’ouverture

Pour les économistes libéraux, la division internationale du travail, l’ouverture au


commerce international et le libre-échange favorisent la croissance et le
développement des pays. Ils profitent à la fois aux producteurs et aux consommateurs et
ont des effets cumulatifs puissants.

 Pour les producteurs, le développement du commerce international favorise les


gains de productivité et l’innovation pour plusieurs raisons :

D’une part, la spécialisation permet une économie de travail et une hausse de la


productivité globale puisque la firme abandonne ses secteurs les moins productifs pour
affecter sa main-d’œuvre dans les secteurs les plus productifs. Les coûts unitaires vont
diminuer ainsi que les prix. La compétitivité-prix de l’entreprise va augmenter ce qui va lui
permettre de vendre plus sur les marchés intérieurs et extérieur.

D’autre part, en s’ouvrant à l’extérieur, la taille du marché augmente ce qui va permettre


à l’entreprise de produire plus, de dégager des effets d’apprentissage (hausse de la
productivité due à la grande série) et des économies d’échelle (l’entreprise réduit ses coûts
unitaires en produisant davantage) qui vont augmenter sa compétitivité-prix.

Enfin, l’ouverture internationale permet à de nouvelles entreprises d’entrer sur les


marchés nationaux, ce qui accentue la concurrence et fait pression à la baisse sur les
prix. Les entreprises sont donc obligés d’innover pour améliorer les procédés de fabrication,
augmenter leur productivité et réduire leurs coûts unitaires ou pour offrir de nouveaux
produits qui leur permettra de se distinguer des concurrents et d’améliorer leur compétitivité
hors-prix ou structurelle.

 Pour les consommateurs, le développement des échanges de marchandises, le libre-


échange et la spécialisation ont plusieurs avantages :

D’une part, l’importation de produits moins chers et le renforcement de la concurrence


poussent les prix à la baisse ce qui augmente le pouvoir d’achat des consommateurs qui
vont augmenter leur demande de services internes. Ainsi, les pays occidentaux ont importé
des biens de consommation produit dans les pays émergents (vêtements, ordinateurs,
jouets…) ce qui a augmenté le pouvoirs d'achat de leurs consommateurs qui ont pu, peu à
peu, déplacer leurs consommations sur des services produits sur place.

D’autre part, l’échange international accroit le choix des consommateurs et leur


permet d’accéder à des produits qui ne sont pas réalisés localement. En effet sans
échanges internationaux les consommateurs n’auraient pas accès à un certain nombre

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de produits. On peut par exemple couramment consommer du café et des bananes en
France sans que ces produits y soient produits. Mais, le commerce international accroît
aussi la diversité des produits pour un même usage. Les consommateurs français ont ainsi
le choix entre des automobiles françaises et des automobiles provenant des quatre coins du
monde.

 Enfin, les échanges internationaux ont des effets cumulatifs qui profitent à tous

D’une part, les gains de productivité et l’extension des marchés interagissent et se


renforcent mutuellement.

La réduction des coûts unitaires de production dans les entreprises grâce aux économies
d'échelle permet la baisse des prix de vente des biens et services. La demande accrue
impose alors d'augmenter l'offre, ce qui renforce encore les économies d'échelle et la baisse
possible des prix de production.

D’autre part, le développement des échanges enrichit les pays concurrents ce qui va
se traduire, à terme, par une hausse deS exportations à condition que L’appareil
productif soit compétitif. La Chine importe, ainsi, de plus en plus de produits de luxe français
ou de biens d'équipement allemands.

Enfin, les échanges de biens et de services permettent des transferts de technologie


qui bénéficient aux pays moins avancés et leur permettent un rattrapage. La Chine, par
exemple, copie les technologies occidentales pour se les approprier puis pour les dépasser
(le TGV par exemple).

II – Les inconvénients de l’ouverture

L’ouverture au commerce international et la spécialisation n’ont pas que des effets


positifs pour les pays et leurs habitants. On peut noter un certain nombre d’inconvénient
à l’ouverture au commerce international :

Tout d’abord, la concurrence entre les pays ne se fait pas à armes égales.
Contrairement à ce que pensait la théorie traditionnelle, les avantages comparatifs ne sont
pas naturels ou acquis. Ils se construisent sous l’effet des stratégies des firmes, qui agissent
en concurrence imparfaite, et sous l’effet des politiques des Etats.

Ainsi, les firmes des pays développées, qui bénéficient d’une avance technologique et d’une
taille de marché, qui leur donne un avantage comparatif tel que les firmes des pays moins
développées ne pourront jamais être concurrentielles et entrer sur le marché. L’Etat de ces
pays doit donc protéger son industrie s’il veut amorcer son développement.

Les Etats peuvent dévaluer leur monnaie ce qui rend les produits nationaux
automatiquement moins cher sur le marché mondial et fausse la concurrence.

Les gains du libre-échange pour les pays peuvent être inégaux selon le type de
spécialisations. Les spécialisations qu’implique le libre-échange, ne s’avèrent pas avoir les
mêmes effets en termes de croissance et de développement. En effet, la spécialisation dans
des secteurs de pointe n’aura pas les mêmes effets sur le reste de l’économie qu’une
spécialisation dans la production de matières premières.

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L’industrie de pointe va produire des effets d’entrainement et dynamiser l’économie en
développant des compétences, des modes d’organisation qui serviront à d’autres secteurs
pour améliorer la productivité globale. Par ailleurs, la demande mondiale est beaucoup
plus dynamique pour les produits innovants que pour les produits primaires : la croissance
est donc davantage stimulée dans les pays où la spécialisation porte sur des produits plus
élaborés.

Certains pays du Sud se sont spécialisés dans la production de matières premières


agricoles (café, cacao, sucre….) et sont donc très dépendants de la volatilité des cours qui
reposent sur le climat, des spéculations ou des opérations stratégiques de la part de
lobbies. Ces derniers peuvent subir une détérioration des termes de l’échange (rapport du
prix des exportations sur le prix des importations).

Termes de l’échange = Indice des prix des produits exportés/indice des prix des
produits importés x 100

 Indice > 100 = Amélioration des termes de l’échange. Le pouvoir d’achat des
exportations en produits importés s’améliore (ATE) ;
 Indice = 100 = Equilibre des termes de l’échange. Le pouvoir d’achat des
exportations en produits importés se maintient ;
 Indice < 100 = Détérioration des termes de l’échange. Le pouvoir d’achat des
exportations en produits importés diminue (DTE).

Leur détérioration indique une difficulté à financer les importations par les
exportations, ce qui implique un recours à l’endettement et handicape le
développement. C'est ainsi que de nombreux pays pauvres ont emprunté auprès des
banques occidentales des sommes importantes dans le courant des années 1970, parce que
les prix des produits primaires exportés s'élevaient, et se sont révélés incapables de
rembourser ces emprunts dans les années 1980 parce que les cours avaient chuté. Ainsi,
les pays producteurs de matières premières sont dépendants de l’évolution de la demande
adressée principalement par les pays développés.

La concurrence entre pays émergents et pas développés n’est pas favorable à court
terme pour l’emploi dans ces derniers. Ce commerce est destructeur d’emplois car les
produits importés par les pays développés en provenance des pays émergents incorporent
beaucoup de travail (le textile, les jouets, l’électronique grand public) alors que les
exportations des pays développés en direction du Sud incorporent beaucoup de capital et
peu de travail. Même si les échanges sont équilibrés entre les deux zones, le commerce
international va se traduire par une destruction d’emplois au Nord, principalement les
emplois peu qualifiés. Or, cette disparition des emplois industriels

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Avantages et limites du protectionnisme

I – Protectionnisme et mesures protectionnistes

Le protectionnisme consiste à établir des barrières tarifaires ou non-tarifaires à l’entrée des


produits étrangers sur le territoire national. Il s'agit de protéger la production nationale de la
concurrence étrangère. On distingue trois types de protection :

 Le protectionnisme tarifaire consiste à rendre plus cher les produits étrangers de telle
façon que le consommateur préfère un produit national. Le droit de douane est une taxe
imposée aux produits importés afin d'accroître leur prix. Ces droits ont été
progressivement réduits depuis les années 1950 par une série de négociations
internationales. Dans les pays développés, ils sont aujourd'hui assez faibles.

 Le protectionnisme non tarifaire vise à limiter la quantité de produits importés. Cela


peut être obtenu de différentes façons :

Le quota d'importation est une restriction directe sur la quantité d'un bien qui peut être
importée.

Les restrictions volontaires aux exportations (RVE) ou accords d'autolimitation est un


quota sur les importations administré par le pays exportateur au lieu de l'être par le pays
importateur. Ces restrictions sont généralement imposées sous la pression du pays
importateur (ce qui suppose qu'il dispose d'un poids économique suffisant pour pouvoir
négocier) et le pays exportateur y consent pour éviter d'autres formes de restrictions et
pouvant conduire à une guerre commerciale. Ainsi, les japonais ont , au cours des années
975-1995, accepté de ne pas prendre plus de 3% du marché européen des automobiles.
Des formes de protectionnismes passent notamment par une remise en cause du
multilatéralisme et par une multiplication du nombre d’accords bilatéraux et régionaux (le
marché unique de l’UE).

Les normes sanitaires ou techniques que tous les produits, locaux comme importés,
doivent respecter peuvent également être édictées. De telles mesures ne sont évidemment
pas toujours protectionnistes; elles peuvent viser la protection des consommateurs (jouets
chinois jugés dangereux, par exemple). Mais il s'agit souvent d'un prétexte utilisé pour
écarter les produits importés.

On peut restreindre les quantités importées en rendant les procédures d’importation très
longues (obligation de traduire le mode d’emploi dans la langue du pays d’accueil par
exemple) ou en imposant des normes techniques et sanitaires limitant les importations (l’UE
interdit les poulets américains parce qu’ils sont nettoyés au chlore…).

17
 Le protectionnisme déguisé est une autre forme d’actions qui fausse la libre
concurrence.

Le dumping : traditionnellement, le dumping est une vente à perte, c’est-à-dire une vente à
un prix inférieur au coût moyen de production. Dans le contexte du commerce international,
le dumping consiste pour une entreprise à proposer sur les marchés étrangers des prix plus
bas que sur son marché domestique. Le but recherché par l’entreprise est un accroissement
de ses ventes pour capter des parts de marché supplémentaires au détriment de ses
concurrents. Jugée déloyal, le dumping est généralement condamné par les accords
commerciaux internationaux permet d’éliminer les concurrents qui ne peuvent as suivre la
baisse des prix imposée. Les entreprises japonaises de photocopieurs ont pu ainsi éliminer
leurs concurrents américains dans les années 1980-1990 sur le marché européen.

Les subventions et les avantages fiscaux accordés aux firmes nationales permettent de
vendre moins cher le produit à l’étranger (la PAC de l’UE, en subventionnant les exportations
agricoles européennes, empêche les pays en développement d’exporter leurs produits qui
deviennent artificiellement plus chers que les produits européens). Elles sont assimilées à du
dumping par l’OMC et condamnées. Les subventions agricoles représentent ainsi une
centaine de milliards d'euros par an dans les pays développés. De même, l’absence de
cotisations sociales dans les pays émergents est considérée comme du « dumping social ».

L’accès aux marchés publics : lorsque l’Etat donne systématiquement la priorité aux
produits nationaux lors des commandes publiques quel que soit le prix du produit, il interdit
l’importation de produits étrangers équivalents moins chers (l’Armée américaine vient
d’annuler une commande à Airbus pour donner la préférence à Boeing alors qu’Airbus était
moins cher). Les règlements interrégionaux et internationaux (de l’ Union européenne, de
l’OMC) tentent aujourd'hui de libéraliser ce secteur en favorisant la diffusion des appels
d'offre, en imposant la règle de non-discrimination et de traitement identique des firmes
locales et étrangère.

Enfin, la manipulation du taux de change qui permet à un pays dont la monnaie est
faible, de favoriser ses exportations (Cas de la Chine dont la monnaie est dite sous-évaluée
par rapport aux richesses qu’elle crée)

II - Comment peut-on expliquer la persistance du protectionnisme alors que


le GATT et l’OMC avaient pour objectif de le faire disparaître progressivement ?

Les partisans du protectionnisme ont plusieurs arguments pour le justifier

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1° argument : le protectionnisme éducateur de F. List (1789-1846) : en partant de
l’exemple de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne au XIXe siècle, List observe que tous
les pays ne partent pas égaux dans la course au développement. Les pays, qui démarrent
plus tard, ont l’obligation de protéger de la concurrence leurs « industries dans l’enfance »
le temps qu’elles soient suffisamment fortes pour affronter la concurrence internationale.

List n’est donc pas contre le libre-échange mais il doit se faire « à armes égales ». Si
un pays se contente de spécialiser dans des produits agricoles (le Portugal pour Ricardo), il
ne pourra jamais s’industrialiser et se développer. Ainsi, les Etats-Unis, l’Allemagne et le
Japon, au XIXe siècle, ont été confrontés à la concurrence de l’économie britannique dont
l’industrialisation était plus ancienne et qui exerçait une domination sur le monde. Pour ériger
leur industrie, ils ont adopté des mesures protectionnistes, conformément à la thèse de F.
List. L’Etat doit donc protéger son industrie pour amorcer son développement.

Ainsi, l’Europe, à partir des années 1970, a subventionné Airbus pour qu’il puisse faire
concurrence à Boeing qui lui-même était soutenu par les commandes publiques de l’Etat
américain. S’il ne l’avait pas fait, il n’y aurait pas eu d’industrie aéronautique en Europe.
Cependant, pour List, ce protectionnisme éducateur doit respecter certaines règles :

- Il doit être provisoire car il faudra ensuite intégrer l’industrie protégée au marché
mondial lorsqu’elle sera capable d’affronter la concurrence.
- Il doit être sélectif, c’est-à-dire ne concerner qu’une industrie particulière, ou qu’une
branche.
- Il doit être limité afin de ne pas éliminer la concurrence car une bonne concurrence est
stimulante alors que trop de concurrence est destructrice.

2 ème argument : le protectionnisme défensif peut être justifié dans un certain


nombre de cas :

Un déficit extérieur excessif : lorsqu’un pays a un déficit de sa balance courante trop


élevé, il a tendance à prendre des mesures protectionnistes pour limiter les importations
et rééquilibrer sa balance.

La crise de 2008-2009 s’est ainsi traduite par une bouffée de protectionnisme. Selon l'OMC,
le nombre de mesures protectionnistes initiées en 2011 s'élève à 340, contre 220 en 2010

La protection de l’emploi et du savoir-faire : le commerce Nord/Sud est destructeur


d’emplois. Or, cette disparition des emplois industriels s’accompagne d’une perte de savoir-
faire qui freine l’innovation et interdit toute ré-industrialisation.

Les pays du Nord doivent donc taxer les produits industriels des pays émergents à la
frontière s’ils veulent conserver une industrie. L’idée d’une TVA sociale allait dans le sens
d’une protection des emplois industriels.

De même les accords Multifibres ont permis de protéger les industries en déclin du textile
dans les pays du Nord par des limitations quantitatives, afin de les aider à se restructurer, à

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se moderniser et à assurer la reconversion des travailleurs. Il s’agissait d’éviter des
licenciements massifs dans ces industries vieillissantes.

Une concurrence déloyale : pour que les avantages du libre-échange puissent se


concrétiser, la concurrence internationale doit être loyale. Ainsi, les entreprises issues d'un
pays réglementant sévèrement les émissions polluantes sont désavantagées par rapport à
celles qui sont installées dans un pays offrant des conditions plus laxistes.

En l'absence d'accords mondiaux, il peut alors être justifié de taxer les importations des pays
polluants (idée de la taxe carbone défendue par l’UE) afin de rétablir l'équilibre.

Le même raisonnement est parfois employé à propos de la législation sociale et fiscale. La


protection sociale étant très faible dans les pays du Sud, ceux-ci se livrent à un « dumping
social ou fiscal » qui amène les firmes multinationales à délocaliser leur production dans ces
pays au détriment de l’emploi au Nord.

L’Irlande attire les FTN en leur proposant un taux d’imposition sur les bénéfices très bas ce
qui pénalise les autres pays de l’UE. En 2013, les pays de l’UE ont décidé de taxer les
panneaux solaires chinois qui bénéficient de fortes subventions de l’Etat et qui fragilisent les
entreprises de ce secteur en Europe.

La souveraineté nationale : l’intérêt de la Nation implique la protection de certains secteurs


d’activité indispensables à l’indépendance nationale (l’agriculture pour nourrir la population,
l’armement pour la défendre, la production culturelle…).

Ainsi, l’UE, à l’instigation de la France, impose des quotas de films et de musiques


européennes à la télévision et sur les ondes pour préserver la culture des pays européens
face à l’invasion des produits culturels américains.

De même, la France achète des avions Dassault, des chars ou des missiles français
(Thales, Lagardère…) afin de conserver une industrie nationale de l’armement. Enfin, la
plupart des pays édictent des lois soumettant les investissements étrangers à autorisation
lorsque l'intérêt national est en jeu.

Dès les années 1960, le GATT a tenu compte de ce protectionnisme des pays et des
arguments en faveur du protectionnisme. Il a accepté un certain nombre d’exceptions aux
règles du libre-échange :

- La clause de sauvegarde : un pays, qui aurait un déficit de sa balance courante


trop important, peut augmenter ses droits de douane de façon temporaire (6 mois)
pour rééquilibrer sa balance.
- La protection des industries dans l’enfance : les pays en développement ont le
droit de protéger leurs industries par des droits de douane jusqu’à ce qu’elles
puissent affronter la concurrence internationale.
- Les accords régionaux : les pays, qui souhaitent organiser une zone de libre-
échange, c’est-à-dire abolir les droits de douane entre eux, sont autorisés à l’édifier

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sans accorder les mêmes droits aux autres pays (le Marché Unique européen,
l’Alena, le Mercosur…).
- Le système des préférences généralisées : il permet d’accorder des avantages
tarifaires à certains pays en développement sans que cela bénéficie à d’autres pays
(la Convention de Lomé entre l’UE et les pays africains et caraïbes 1975-2000).

III – Les limites du protectionnisme

Le protectionnisme n’est pas sans danger pour un pays qui déciderait de telles mesures
aujourd’hui. On peut recenser plusieurs effets pervers :

1° limite : Tout d’abord, en préservant les entreprises nationales de la concurrence


extérieure, il freine les efforts de modernisation, de rationalisation des procédés de
production et de diffusion du progrès technique.

Les gains de productivité des entreprises artificiellement protégées en sont ralentis, et leur
compétitivité amoindrie. Cela nuit aux consommateurs nationaux, car, sans l’aiguillon de la
concurrence internationale, la qualité des produits se détériore et le prix augmente sur le
long terme. Les industriels nationaux comprennent qu’ils ont une clientèle captive obligée
d’acheter leurs produits. Ils ne font donc plus d’efforts pour améliorer leur production par des
investissements.

Ainsi, les pays européens communistes ont été protectionnistes à l’égard de la production
occidentale entre 1945 et 1989. A la chute du mur de Berlin, la RDA, qui possédait la
meilleure industrie de ces pays, proposait comme voiture la Traban, qui correspondait à une
voiture occidentale des années 50. Il y avait donc un retard technologique de 40 ans.
L’entreprise n’a pas survécu à l’ouverture des frontières.

2ème limite : Des mesures protectionnistes unilatérales provoquent, en général, un


protectionnisme de rétorsion et privent les entreprises nationales de leurs débouchés
extérieurs, freinant leur activité.

Ces mesures de rétorsion (dont la hausse des droits de douane) sont par ailleurs autorisées
par l’OMC qui peut condamner un pays à l’origine de mesures protectionnistes unilatérales.
Le risque de contraction des échanges internationaux. C’est ce cercle vicieux du
protectionnisme généralisé qui a freiné la sortie de crise dans les années 1930.

3ème limite : de même, le protectionnisme augmente le coût des importations soit


parce qu’il augmente les taxes appliquées aux prix des produits importés soit parce qu’il
limite la concurrence entre producteurs nationaux (qui vont bénéficier d’une rente de
monopole) et concurrents étrangers. Or, le libre-échange a permis des importations de
produits à faible prix qui avantagent les consommateurs et représentent pour eux un gain de
pouvoir d’achat. C’est le cas par exemple des textiles chinois vendus en Europe ou aux
Etats-Unis, massivement achetés par les catégories les plus modestes de la population. Or
le gain de pouvoir d’achat réalisé sur certaines consommations est reporté sur d’autres biens
ou services, produits par des entreprises implantées sur le territoire national.

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4ème limite : Le principal problème soulevé par le protectionnisme est que les mesures
arrêtées ne le sont pas toujours en fonction de l'intérêt général, mais en fonction des intérêts
de groupes de pression particuliers.

5ème limite : Les pays se sont de plus en plus engagés dans le respect du libre-
échange. Les pays se sont engagés à ne pas fausser la concurrence internationale de
plusieurs façons :

- Tout d’abord, les Etats ont signé des accords dans le cadre de l'OMC ou dans le
cadre de l'UE qui interdisent toutes les pratiques qui faussent la concurrence et
favorisent les monopoles ou les positions dominantes. Ainsi, les Etats ne peuvent pas
augmenter leurs droits de douane sauf circonstance exceptionnelle. Ils ne peuvent
pas subventionner leur industrie ou autoriser les pratiques de dumping La France a
ainsi été condamnée pour avoir aidé son secteur nucléaire, les Etats-Unis pour ses
subventions au coton américain. Le protectionnisme n’est donc plus possible pour les
pays du Nord sauf exceptions. Il est réservé aux pays les moins avancés (PMA).

- Ensuite, on assiste à un développement d’accords commerciaux régionaux


(UE, Mercosur, Alena…) qui favorisent les règles de libre-échange à l’intérieur d’une
zone commerciale. Ces accords sont autorisés par l’OMC à condition qu’ils soient
notifiés. Les défenseurs des ACR considèrent qu’ils pourraient constituer les bases
de futures règles commerciales multilatérales.

- Enfin, les pays ont confié à l'OMC le soin de définir les règles du commerce
international et de régler les différends entre les nations. A la différence du
GATT, cette organisation a un pouvoir d’arbitrage et de sanctions pour les pays qui
ne jouent pas le jeu et ses compétences sont étendues aux services à la propriété
intellectuelle. L’objet du litige est confié à l’Organe des Règlements des Différends
(ORD) qui propose des recommandations et des sanctions.

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