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Groupama lance un cat bond climatique

Groupama a lancé une obligation catastrophe de 100 millions d'euros pour protéger ses expositions climatiques en France, une première transaction de ce type en Europe en 2023. Cette couverture indemnitaire vise à faire face à une déviation annuelle de la sinistralité liée aux tempêtes et autres événements climatiques. Le cat bond suscite un regain d'intérêt parmi les investisseurs, offrant une diversification dans un marché de réassurance traditionnel en difficulté.

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Groupama lance un cat bond climatique

Groupama a lancé une obligation catastrophe de 100 millions d'euros pour protéger ses expositions climatiques en France, une première transaction de ce type en Europe en 2023. Cette couverture indemnitaire vise à faire face à une déviation annuelle de la sinistralité liée aux tempêtes et autres événements climatiques. Le cat bond suscite un regain d'intérêt parmi les investisseurs, offrant une diversification dans un marché de réassurance traditionnel en difficulté.

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L’ARGUS DE L’ASSURANCE

Groupama lance une obligation catastrophe


pour protéger ses expositions climatiques en
France
Réalisée en juin, l’opération fournit à l’assureur mutualiste une couverture indemnitaire qui doit
lui permettre de faire face à une déviation annuelle de sa sinistralité française.

Géraldine Dauvergne

18 juillet 2023 \ 16h01

Depuis le 15 juin dernier, Groupama bénéficie d’une protection de réassurance aggregate de


100 millions d’euros pour protéger ses expositions climatiques en France. Une structure mise
en place par Aon Securities, la plateforme Randolph Re a structuré et placé l’obligation
catastrophe pour le compte de Groupama et pré-organisé les véhicules nécessaires à l’opération.
Double particularité de ce « cat bond » : il fournit une couverture indemnitaire à l’assureur
mutualiste, et non paramétrique comme il est d’usage, pour faire face à une déviation annuelle
de la sinistralité climatique en France, c’est-à-dire en cas de survenance de plusieurs
événements la même année.

Toute la sinistralité rattachée à la tempête

« Le montant de 100 millions d’euros que nous avons réalisé est relativement important pour
ce type de transaction, d’autant plus pour une couverture qui est à la fois indemnitaire et sous
forme aggregate, souligne Pierre Lacoste, directeur réassurance de Groupama. D’ordinaire, les
couvertures cat bond couvrent un événement, le tremblement de terre en Californie, par
exemple, sur la base de transactions indicielles paramétriques. Notre challenge, dans cette
émission, était de couvrir non pas un événement, mais toute l'année, et d'obtenir une couverture
indemnitaire, ce qui complexifiait la transaction. Il s’agit de la première transaction de cette
nature réalisée en 2023 par un assureur en Europe».

Dans cette opération, l’assureur a choisi de se concentrer sur le péril qui constitue le risque
majeur, monétairement, pour lui comme pour tout le marché français : la tempête. « Il y a eu
Martin et Lothar en 99, Klaus en 2009, quatre tempêtes au premier trimestre de 1990, énumère
Pierre Lacoste. Nous avons voulu nous couvrir d'abord contre ce péril, mais en prenant soin de
ramasser toute la sinistralité rattachée: vent, inondation, grêle. »

Quant aux investisseurs, grands fonds de pension à travers le monde, et grands établissements
bancaires, ils toucheront une rémunération en contrepartie de leur investissement dans ces
obligations catastrophes, que potentiellement l’émetteur pourrait ne pas rembourser, ou
partiellement, s'il se produit une série d'événements dans l’année. « Les investisseurs trouvent
dans ce produit de la diversification pour leur portefeuille, explique Pierre Lacoste. Si les
marchés financiers baissent, les obligations catastrophes ne seront pas corrélées. Nous avons
pris le temps d’aller les rencontrer en direct, pour qu’ils comprennent le risque de base, pour
expliquer notre métier, et la manière dont sont indemnisés les sinistres en France. Ce qui les
intéresse, c’est de « sourcer » du risque Europe et France, car aujourd'hui le marché des cat
bonds est très majoritairement américain, ou asiatique, et quasiment plus européen : ce dernier
représente moins de 2% des expositions en cours. »

Sécuriser l’hiver

En 2022, les négociations en vue du renouvellement des traités de réassurance en France et en


Europe ont été particulièrement difficiles. A l’échelle du marché, en 2023, les assureurs se
trouvent moins bien réassurés, et pour beaucoup plus cher. « Certains produits ne se trouvent
plus sur étagère, notamment les couvertures qui protégeaient la sinistralité annuelle des
assureurs, dites aggregate ou stop loss, raconte Pierre Lacoste. Dans le cas de Groupama, ces
couvertures protégeaient le climatique au sens large : les tempêtes, la grêle, la sécheresse sur
bâtiment, le climatique sur récolte. »
Dans ce contexte de durcissement des conditions de réassurance et d’aggravation du
dérèglement climatique, l’objectif de l’émission de cat bond est, pour l’assureur, de diversifier
ses modes de réassurance. La couverture procurée par le cat bond indemnise donc Groupama
jusqu'à 100 millions d’euros sur un an, en cas de survenance de plusieurs événements la même
année. Mais la transaction présente un autre intérêt temporel. « En réassurance traditionnelle,
les assureurs renouvellent leurs traités au 1er janvier, et obtiennent des couvertures sur un an,
rappelle Pierre Lacoste. Or, certaines tempêtes mémorables se produisent en décembre, comme
celle de 1999. En réassurance traditionnelle, il faudrait alors renégocier les prix et les
conditions. En nous positionnant au 15 juin, nous bénéficions d’une couverture et sécurisons
tout l'hiver 2023-24. Si nécessaire, nous pourrons rouvrir le dossier plus sereinement, au
printemps suivant.»

Regain d’intérêt pour le cat bond

Le principe du cat bond n'est pas nouveau. Groupama a déjà procédé à quatre émissions, dont
la dernière remonte à 2013, avec Green Fields, obligation catastrophe structurée par Swiss Re.
Mais ce produit a manifestement connu un regain d’intérêt cette année à l’approche de l’été, en
vue de compenser la baisse d'appétit de la réassurance traditionnelle. «A côté du marché de la
réassurance traditionnelle, les autres formes de réassurance structurées et financières
représentent, en termes de fonds propres alloués, près de 15% de l’activité mondiale de
réassurance, observe Pierre Lacoste. C'était moins de 10% il y a dix ans : c'est donc une activité
en croissance. »

L’assureur français Axa a ainsi lui aussi finalisé fin juin une émission d'obligations
catastrophes, pour un montant de 150 millions d'euros, structurée par Eiffel Re, afin de se
procurer une protection de réassurance contre les tempêtes de vent européennes, sur une durée
d'environ trois ans et demi. De manière plus habituelle, le réassureur français Scor a placé un
cat bond au mois de mai dernier, sous le nom d’Atlas, pour 75 millions d’euros, afin de renforcer
ses propres besoins de rétrocession et de se procurer une couverture pluriannuelle de 75 millions
de dollars contre les risques de tempêtes aux États-Unis, de tremblements de terre aux États-
Unis et au Canada. Et aussi les tempêtes européennes.

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