Grille d'observation des gestes professionnels
Grille d'observation des gestes professionnels
net/publication/320987822
CITATIONS READS
2 703
3 authors:
Marc Demeuse
University of Mons
421 PUBLICATIONS 1,869 CITATIONS
SEE PROFILE
All content following this page was uploaded by Marie Bocquillon on 10 November 2017.
Marie Bocquillon
Antoine Derobertmasure
Marc Demeuse
1
2
3
4
5
2e édition
Dépôt légal D/2017/9708/5
Imprimé en Belgique
Working Papers de l’INAS – WP 05/2017
Version du 15 septembre 2017.
6
Table des matières
1. Introduction ............................................................................................................. 8
2. Présentation générale de la grille MGP......................................................... 9
2.1 Fondements théoriques de la grille MGP ................................................. 9
2.2 La démarche de développement des gestes professionnels visé
avec la grille « Miroir des Gestes Professionnels » ................................... 12
2.3 Quelques définitions nécessaires à la compréhension du
fonctionnement de la grille MGP ..................................................................... 16
2.4 Vue synthétique de la grille MGP ............................................................. 17
3. Définition opérationnelle des catégories et modalités de la grille
MGP ................................................................................................................................. 23
3.1 Les fonctions des interventions verbales de l’enseignant ............. 23
3.1.1 La gestion .................................................................................................... 23
3.1.2. L’instruction ............................................................................................. 28
3.2 Les types d’interventions des élèves ...................................................... 48
3.2.1 Les catégories et les modalités principales liées aux
interventions verbales des élèves................................................................ 48
3.2.2 Les modalités ajoutées aux types d’interventions des élèves 59
3.3 L’activité des élèves ....................................................................................... 61
3.4 Les fonctions des gestes professionnels non verbaux ..................... 69
3.4.1 Les gestes professionnels (non verbaux) de gestion ................ 69
3.4.2 Les gestes professionnels (non verbaux) d’instruction ........... 71
3.4.3 Enseignant « non engagé dans la tâche » (off task) ................... 73
3.5 Les supports...................................................................................................... 74
3.6 Les routines....................................................................................................... 75
4. Quelques éléments de méthodologie de l’observation ....................... 77
5. Conclusion ............................................................................................................... 83
6. Références bibliographiques............................................................................ 83
7
1. Introduction
Ce guide fournit des pistes au futur enseignant pour « interpréter
adéquatement les situations vécues en classe et autour de la classe en
mobilisant des connaissances en sciences humaines » et « gérer et évaluer
des situations d’apprentissage » (décret de 2000 définissant la formation
initiale des instituteurs et des régents ; décret de 2001 définissant la
formation initiale des agrégés de l’enseignement secondaire supérieur)
à travers la présentation d’une grille d’observation intitulée « Miroir
des Gestes Professionnels » (MGP).
Il constitue le 4e guide1 d’un ensemble de guides destinés aux futurs
enseignants et aux formateurs. Le premier guide est destiné
uniquement aux étudiants suivant les unités d’enseignement « Micro-
enseignement et analyse des pratiques pédagogiques » et/ou « Stage
préparatoire à l’enseignement » et/ou « Stage d’enseignement » et/ou
« Séminaire de méthodologie spéciale de la psychologie et des sciences
de l'éducation pour l'enseignement secondaire supérieur » sous la
supervision du service de Méthodologie et Formation (Professeur :
Marc Demeuse, Chargé de cours : Antoine Derobertmasure, Assistante :
Marie Bocquillon). Les quatre autres guides sont également destinés à
ces étudiants, mais aussi à tout futur enseignant / formateur :
- Guide 1 : « Objectifs, organisation et attentes de la formation
pratique dispensée aux futurs agrégés de l’enseignement
secondaire supérieur de la Faculté de Psychologie et des Sciences
de l’Education et de la Faculté Warocqué d’Economie et de Gestion
de l’Université de Mons »
- Guide 2 : « Les recherches sur l’enseignement efficace en bref » ;
- Guide 3: « Guide pour « planifier des situations
d’apprentissage » » ;
- Guide 4 : « Guide pour « interpréter adéquatement les
situations vécues en classe et autour de la classe en
mobilisant des connaissances en sciences humaines » et
« gérer et évaluer des situations d’apprentissage » »
(+ annexes) ;
2
Plusieurs de ces pistes sont issues des ouvrages de référence de ces unités d’enseignement. Le
but n’étant pas de résumer ces ouvrages, mais plutôt de mettre en évidence les liens existant entre
la grille MGP et ceux-ci, ce guide renvoie fréquemment le lecteur aux ouvrages de base.
9
Le modèle de la pratique d’enseignement-apprentissage (Bocquillon,
Derobertmasure, Artus & Demeuse, 2015) (figure 1) permet de
visualiser plusieurs éléments susceptibles de provoquer des effets sur
l’apprentissage des élèves : les caractéristiques personnelles de
l’enseignant, les actions de celui-ci, les caractéristiques de l’élève et le
contexte (de la classe, de l’école, du système éducatif).
3 Hattie (2009 ; 2012) utilise un indice appelé « ampleur de l’effet » (effect size) pour
synthétiser les résultats de plus de 60.000 études portant sur plus de 240 millions
d’élèves. Un effet d’ampleur (d) de plus de .40 est considéré comme ayant un impact
important sur la réussite des élèves.
10
L’acte d’enseigner comporte deux fonctions majeures : (1) la gestion de
classe ou éducation et (2) la gestion des apprentissages ou instruction
(Bissonnette, Gauthier & Castonguay, 2017 ; Gauthier, Bissonnette &
Richard, 2013). L’enseignant met donc en œuvre deux grands types
d’actions verbales et non verbales :
- les actions de gestion sont toutes les actions par lesquelles
l’enseignant gère la classe, y instaure un certain climat, établit des
règles de vie... Ces actions constituent un préalable pour que les
apprentissages puissent se réaliser (Bissonnette, Gauthier &
Castonguay, 2017) ;
- les actions d’instruction sont toutes les actions par lesquelles
l’enseignant enseigne les notions prévues au programme
(Gauthier, Bissonnette & Richard, 2013).
Ces actions ont pour effet de mettre les élèves en activité (ex. : réponses
orales, réponses écrites, temps d’engagement dans la tâche…).
Le futur enseignant réfléchit à ses actions de gestion et d’instruction
avant la leçon (phase préactive également appelée phase de
planification), pendant la leçon (phase d’interaction avec les élèves) et
après la leçon (phase postactive de réflexion sur sa pratique) (figure
2). Durant la phase d’interaction, le futur enseignant ayant beaucoup de
choses à gérer en même temps et d’imprévus, il est important de
planifier un maximum d’actions durant la phase de planification. Durant
la phase d’interaction, le futur enseignant doit se référer à sa
planification de manière souple et non rigide en restant ouvert aux
imprévus (réactions des élèves, réponses non attendues…). Une
planification minutieuse mais non rigide est un gage de l’efficacité de
l’enseignement (Gauthier, Bissonnette & Richard, 2013 ; Stronge,
2007).
11
AVANT la leçon PENDANT la leçon APRES la leçon
Figure 2 : réflexion sur les deux types d’actions durant les trois phases de
l’enseignement
Analyse et
Observation de interprétation des
Développement
la prestation à résultats lors de la
des gestes
l’aide de la grille rétroaction avec
professionnels
MGP le superviseur
et/ou en
autonomie
13
La grille MGP peut être utilisée de manière autonome par tout (futur)
enseignant
Les catégories de la grille MGP peuvent être utilisées par tout (futur)
enseignant pour effectuer une observation « à l’œil nu » en portant son
attention sur des gestes professionnels importants à observer et à
développer en formation. Par exemple, le futur enseignant peut
analyser les différents types de feedbacks formulés (par lui-même ou
par un autre enseignant) en se référant aux catégories de la grille.
La grille MGP peut être utilisée de manière plus fine
La grille MGP peut aussi être utilisée par un observateur (chercheur-
formateur ou futur enseignant) pour effectuer des analyses très fines en
recourant à un logiciel informatique (e.g. The Observer® XT de Noldus,
Studiocode de Vosaic…) installé sur un ordinateur portable ou une
tablette. La situation est représentée par la figure 4.
14
Figure 5 : situation de rétroaction vidéo après la leçon
15
Liens entre la grille MGP et la grille de supervision « classique »
La grille MGP est utilisée en complément de la grille de supervision
« classique » utilisée conjointement par les superviseurs et par les
maîtres de stage pour évaluer les prestations des futurs enseignants
(annexe 1). En fait, la grille MGP opérationnalise certains items de la
grille de supervision afin d’observer plus finement certains gestes
professionnels. Dans la suite du texte, chaque geste professionnel
observé sera d’ailleurs relié aux items de la grille de supervision qui lui
correspondent.
2.3 Quelques définitions nécessaires à la compréhension du
fonctionnement de la grille MGP
Avant de détailler chacun des gestes professionnels (actions) observé,
voici quelques préalables pour comprendre le fonctionnement de la
grille MGP : (1) la notion de fonction ; (2) les notions de catégories et de
modalités ; (3) les termes « coder » et « observateur ».
Les gestes professionnels pouvant se manifester de manière verbale
et/ou non verbale, la grille est structurée selon les fonctions des gestes
professionnels. La notion de fonction (issue de De Landsheere & Bayer,
1974) renvoie à l’objectif supposément suivi par l’enseignant lorsqu’il
met en place une intervention verbale / non verbale. Il est à remarquer
qu’une même fonction (ex. : le feedback) peut se manifester de manière
verbale et/ou non verbale.
Les deux exemples suivants permettent de comprendre simplement la
notion de fonction telle qu’elle est utilisée avec la grille MGP :
- un feedback peut être donné de manière verbale (ex. : « ton texte
est très bon, car il respecte la structure que nous avons vue
ensemble ») ou de manière non verbale (ex. : un hochement de tête
pour signifier qu’une réponse est correcte) ;
- la remise au travail d’un élève perturbateur peut se faire de
manière verbale (ex. : « Adrien, remets-toi au travail
immédiatement ») ou de manière non verbale (ex. : mettre une
main sur l’épaule de l’élève pour lui signifier discrètement de se
remettre au travail).
16
Dans la suite du texte, le terme « catégorie » renvoie aux entrées
principales de la grille d’observation (les fonctions des interventions
verbales de l’enseignant, les types d’interventions de l’élève…). Le
terme « modalité » désigne une précision que l’on apporte à une
catégorie. Par exemple, la modalité « Feedback spécifique » peut être
assignée à la catégorie « Feedback » ; la modalité « intervention
métacognitive » peut être assignée à la catégorie « prise de parole
spontanée de l’élève ».
Le terme « coder », quant à lui, désigne l’opération par laquelle
l’observateur assigne une catégorie (et éventuellement une modalité) à
un comportement.
Le terme « observateur » est utilisé dans la suite du texte de manière
générique pour désigner celui qui observe (le futur enseignant ou le
superviseur).
2.4 Vue synthétique de la grille MGP
17
Tableau 1 : vue synthétique des 5 groupes de catégories de la grille
MGP
Groupes de catégories Sous-groupes de Catégories
catégories
Fonctions des Gestion Gestion de l’espace / temps
interventions Gestion de la participation
verbales de Gestion de la discipline
l’enseignant Interventions sociales
Autre gestion
Instruction Présentation d’un élément
lié au contenu
Objectivation
Feedback
Etayage
Autres catégories Silence
Autre fonction
Inaudible
Non observé
Les types Réponses des élèves Réponse individuelle
d’interventions des Réponse par groupe
élèves Réponse collective
Autres interventions Prise de parole spontanée
des élèves liées au Lecture à voix haute
contenu Question des élèves
L’activité des élèves / Temps engagé dans la tâche
(time on task)
Temps non engagé dans la
tâche (time off task)
Fonctions des gestes Gestion non verbale Gestion de l’espace / temps
professionnels non non verbale
verbaux Gestion de la participation
(déplacements, non verbale
gestes…) de Gestion de la discipline non
l’enseignant verbale
Interventions sociales non
verbales
Autre gestion non verbale
Instruction non Présentation non verbale
verbale Objectivation / Feedback /
Etayage non verbaux
Autres Enseignant non engagé dans
la tâche (off task)
Supports / Support
18
À ces catégories peuvent être ajoutées des modalités, c’est-à-dire des
précisions que l’observateur apporte au comportement codé. Le tableau
2 présente une vue synthétique des modalités utilisées pour ajouter des
précisions aux catégories du groupe « fonctions des interventions
verbales de l’enseignant ». Par exemple, lorsqu’il code un « Feedback »,
l’observateur peut préciser le type de feedback (ex. : feedback
stéréotypé). Les modalités permettent donc d’apporter des précisions
à des comportements plus généraux.
Tableau 2 : vue synthétique des modalités utilisées pour ajouter des
précisions aux catégories du groupe « fonctions des interventions
verbales de l’enseignant »
Groupes de Catégories Groupe de Modalités
catégories (fonctions) modalités
Fonctions des Gestion de l’espace / / /
interventions temps
verbales de Gestion de la / /
l’enseignant participation
Gestion de la / /
discipline
Interventions sociales / /
Autre gestion / /
Présentation d’un Type d’élément Objectif / plan /
élément lié au contenu présenté (sous- activité
fonction) Consignes
Instruction
générale
Aspects
importants
Exemples
Type de Nouveau
contenu contenu
Connaissances
préalables
Lien avec le Lien avec le futur
futur métier / métier / avec la
avec la vie vie quotidienne
quotidienne Pas de lien avec
le futur métier /
avec la vie
quotidienne
19
Objectivation Type Objectivation
d’objectivation stéréotypée de la
(sous-fonction) compréhension
Devinette
Autres
objectivations
Objectivation
spécifique de la
compréhension
Objectivation de
l’opinion / de
l’expérience
personnelle /
professionnelle
Objectivation de
la métacognition
Type de Nouveau
contenu contenu
Connaissances
préalables
Feedback Type de Feedback
feedback stéréotypé
(sous-fonction) Feedback
spécifique
Feedback
sollicitant une
correction / une
amélioration / un
développement
Feedback de
contrôle
Feedback
sollicitant une
évaluation
mutuelle entre
élèves
Feedback sur le
soi
Autre feedback
Etayage / /
Silence / /
Autre fonction / /
Inaudible / /
Non observé / /
20
Le tableau 3 présente une vue synthétique des modalités utilisées pour
ajouter des précisions aux catégories du groupe « types d’interventions
des élèves ».
Tableau 3 : vue synthétique des modalités utilisées pour ajouter des
précisions aux catégories du groupe de catégories « interventions des
élèves »
Groupes de Catégories Groupe de Modalités
catégories modalités
Les types Réponse Type de réponse Réponse
d’interventions individuelle individuelle individuelle
des élèves fournie par un
élève non
désigné
Réponse
individuelle
fournie par un
élève désigné
parmi les
volontaires
Réponse
individuelle
fournie par un
élève désigné
parmi les non-
volontaires
Réponse
individuelle
fournie par un
élève désigné
non déterminé
Réponse
individuelle
fournie par un
élève désigné de
manière
aléatoire
Réponse
individuelle
fournie par le
même élève que
celui qui vient de
répondre
21
(poursuite de
l’échange)
Réponse
individuelle
fournie par un
élève qui a fait
l’objet d’un autre
type de
désignation
Réponse
individuelle
fournie par un
élève dont il est
impossible de
déterminer s’il
s’agit de l’élève
venant de
répondre ou d’un
autre élève
interrompant
son camarade
Destinataire Autre élève
Enseignant
Contenu de Intervention
l’intervention métacognitive
Autre contenu
Réponse par Destinataire Autre élève
groupes Enseignant
Contenu de Intervention
l’intervention métacognitive
Autre contenu
Réponse Destinataire Autre élève
collective Enseignant
Contenu de Intervention
l’intervention métacognitive
Autre contenu
22
Question Destinataire Autre élève
Enseignant
Contenu de Intervention
l’intervention métacognitive
Autre contenu
23
La grille MGP comporte cinq catégories liées à la gestion
de la classe :
- la gestion de l’espace et du temps ;
- la gestion de la participation ;
- la gestion de la discipline ;
- les interventions sociales ;
- toutes les autres interventions de gestion.
24
haute, répondre à une sollicitation de l’enseignant…). Par ailleurs, ce
sont surtout les types d’interventions des élèves (deuxième groupe de
catégories de la grille MGP) qui donnent des informations détaillées sur
la façon dont la participation des élèves est gérée par l’enseignant.
L’importance du geste professionnel de gestion de la participation est
abordée en détail dans la section 3.2.
Exemples d’interventions visant à gérer de la participation :
« Adrien, peux-tu aller au tableau pour noter les idées de tes
camarades ? »
« Lucas, peux-tu lire ce paragraphe ? »
Le (futur) enseignant dit « Fanny » pour désigner l’élève qui doit
répondre à sa sollicitation (par exemple une question).
La catégorie « Gestion de la discipline » est codée lorsque l’intervention
verbale de l’enseignant vise à gérer la discipline. Cette catégorie est
observée car il est important d’intervenir sur les élèves perturbateurs
afin que les apprentissages puissent se réaliser. A ce sujet, pour éviter
les problèmes de comportement, il vaut mieux mettre en place des
actions préventives (notamment des routines).
Voici quelques éléments d’une gestion de classe proactive (Bissonnette
& Richard, 2013a ; Bissonnette, Gauthier & Castonguay, 2017) :
- une relation positive entre l’enseignant et les élèves (sourires de
l’enseignant, enthousiasme, sens de l’humour, s’approcher des
élèves, les regarder, les écouter, faire preuve d’empathie) ;
- des attentes claires en termes de comportements attendus (règles
enseignées explicitement, renforcer socialement les
comportements attendus, établir des routines pour gérer le début
et la fin des cours et les transitions entre deux activités) ;
- un encadrement des élèves (occuper l’espace, balayer la classe du
regard, se déplacer près des élèves perturbateurs) ;
- l’organisation de la classe (mobilier disposé afin que l’enseignant
et les élèves puissent se déplacer dans la classe, matériel
didactique préparé à l’avance, distribution et ramassage des
feuilles de façon ordonnée).
Ces éléments renvoient en grande partie aux autres catégories de la
grille MGP liées à la gestion, ainsi qu’aux gestes professionnels non
25
verbaux (section 3.4), ce qui montre que ce sont surtout toutes les
interventions préventives qui permettent d’éviter les problèmes de
comportements. Une gestion efficace de la classe comporte 80%
d’interventions préventives et 20% d’interventions curatives
(Bissonnette & Richard, 2013a ; Bissonnette, Gauthier & Castonguay,
2017).
Exemples d’interventions codées dans « Discipline » :
« On reste attentifs »
« Anne, remets-toi au travail »
Les interventions sociales recouvrent plusieurs types d’interventions
de l’enseignant :
- les interventions par lesquelles l’enseignant s’intéresse aux élèves
et discute avec eux de ce qui les intéresse (loisirs, etc.) ;
- les manifestations d’affectivité positive (ex. : sens de l’humour,
noms affectueux donnés aux élèves…), les manifestations
d’affectivité négative (ex. : menaces, attitude cynique…)4 et les
marques de politesse ;
- les interventions par lesquelles l’enseignant suscite la motivation
et l’implication5.
Les interventions sociales concourent à établir une bonne relation avec
les élèves, considérée par Bissonnette & Gauthier (2017) comme un
« ingrédient de base » sans lequel on ne peut gérer correctement une
classe.
4 Les notions d’« affectivité positive » et d’« affectivité négative » sont issues de De
Landsheere & Bayer (1974).
5 Il est à noter que d’autres gestes professionnels suscitent également la motivation : la
présentation claire des objectifs (section [Link]), le fait de souligner les aspects
importants à retenir en lien avec la pratique professionnelle (section [Link]) et les
objectivations de l’opinion / de l’expérience personnelle / professionnelle (section
[Link]). Les interventions codées dans la catégorie « interventions sociales » sont donc
toutes les autres interventions visant à motiver les élèves (principalement des
interventions non liées au contenu).
26
Exemples d’interventions sociales :
« Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien »
« Merci »
« Vous allez voir, ça va être chouette ! »
La catégorie « autre gestion » concerne toutes les autres interventions
de gestion qui ne peuvent pas être codées dans les quatre autres
catégories liées à la gestion.
Exemples d’interventions codées dans « autre gestion » :
« On va faire le journal de classe »
« Je vais vous distribuer les feuilles »
27
3.1.2. L’instruction
Les gestes professionnels permettant de mettre en place les conditions
nécessaires pour que l’apprentissage puisse se réaliser ayant été
définis, il convient à présent d’aborder les gestes professionnels
d’instruction visant à enseigner le contenu (terme générique utilisé
pour les savoirs, savoir-faire et savoir-être). Comme le soulignent
Bissonnette, Gauthier & Castonguay (2017), « L’objectif d’un enseignant
ne doit pas être seulement d’avoir une classe bien organisée et calme : les
élèves doivent aussi et surtout pouvoir y apprendre ! C’est à ce moment
que la gestion de classe et la gestion des apprentissages se rencontrent »
(p. 91).
Cinq types d’éléments liés au contenu sont observés avec la grille MGP :
- la présentation des objectifs / plan / activités ;
- les consignes ;
- l’instruction générale ;
- les aspects importants ;
- les exemples.
28
Une attention est portée à la façon dont l’enseignant présente ces
éléments (en début de leçon) et y revient en cours de leçon pour
marquer les transitions entre les différentes étapes / activités, car la
littérature sur l’enseignement explicite met en évidence l’importance de
commencer la leçon en captant l’attention des élèves et en présentant
clairement l’objectif (en termes de savoirs, savoir-faire et savoir-être).
Il est également important de justifier la pertinence de l’objectif c’est-à-
dire d’expliquer pourquoi il est important (en faisant notamment le lien
avec la vie personnelle et / ou la future pratique professionnelle des
élèves), de présenter le plan de la leçon et de résumer ce qui sera abordé
(Gauthier, Bissonnette & Richard, 2013). Ensuite, en cours de leçon, il
est nécessaire de capter l’attention des élèves en marquant les
transitions entre les différentes étapes / activités afin qu’ils
perçoivent bien le fil directeur de la leçon.
Exemples d’interventions codées dans « Objectifs / plan / activité »
« Aujourd’hui on va justement voir ensemble comment intégrer un enfant
dans le groupe. Voilà l’objectif du cours d’aujourd’hui. […]. »
« Maintenant que nous avons vu la théorie, nous allons passer à une petite
mise en situation »
« Pour illustrer un peu ce qu’est « animateur », je vais vous passer une
petite vidéo »
La modalité « Consignes » est codée lorsque l’enseignant donne des
consignes orales liées au contenu / à la tâche. Les consignes doivent être
claires et concises pour que les élèves sachent exactement ce qu’ils
doivent faire.
Exemples d’interventions codées dans « Consignes »
« Sur cette affiche, je vous demande de me résumer sous forme de mots-
clés et de liens entre ces mots-clés, les étapes du développement
intellectuel de l’enfant »
« A la page suivante, je vous demande de compléter le texte lacunaire au
crayon »
29
La modalité « Instruction générale » est codée lorsque l’intervention
verbale de l’enseignant consiste à présenter le contenu.
Exemple d’intervention codée dans « Instruction générale » :
« Donc, le développement intellectuel de l’enfant est composé de plusieurs
stades »
La modalité « Exemples » est codée lorsque l’enseignant fournit des
exemples et/ou des contre-exemples. Les exemples et les contre-
exemples (Gauthier, Bissonnette & Richard, 2013) sont importants pour
permettre aux élèves de mieux assimiler le contenu et de le relier à leur
future pratique professionnelle.
Exemples d’interventions codées dans « Exemples et contre-
exemples » :
« Par exemple, on imagine, on est à nouveau dans une institution, qu’il y a
une jeune fille […] qui commence à crier, à gesticuler dans tous les sens et
qui hurle même. On est impliqué, on est là. Et si par exemple dans le
rapport on note « X est folle, elle a l’air méchante, elle allait me frapper
quand elle a crié », là je juge la personne. Je dis qu’elle est folle. Par contre,
si je dis « Je me suis sentie agressée quand X a commencé à crier, j’ai même
pensé qu’elle allait me frapper ». Là je parle en mon nom »
La modalité « Aspects importants » est codée lorsque l’enseignant
souligne les aspects importants (Gauthier, Bissonnette & Richard, 2013)
du contenu. Cela permet aux élèves de focaliser leur attention sur ce qui
est important à retenir (surtout ce qui leur sera utile dans le cadre de
leur vie personnelle / pratique professionnelle). C’est le rôle de
l’enseignant de sélectionner, parmi l’ensemble du contenu, ce qui est
essentiel à retenir. Il établit une première sélection lors de la phase de
planification lorsqu’il cerne les idées maîtresses et conçoit les activités
d’apprentissage permettant d’atteindre l’objectif qu’il s’est fixé en
fonction des référentiels. Lors de la phase d’interaction, il doit encore
aider les élèves à faire le tri entre les informations accessoires et ce
qu’ils doivent absolument retenir.
30
Exemples d’interventions codées dans « Aspects importants »
« Ce qui est surtout essentiel à retenir, c’est que vous devez adapter vos
activités en fonction du développement intellectuel de l’enfant »
« C’est très important de bien définir l’objectif de votre activité et
d’adapter celle-ci à l’âge des enfants »
[Link] L’objectivation
Cette catégorie concerne les interventions par lesquelles l’enseignant
cherche à rendre observable la façon dont les élèves construisent l’objet
d’apprentissage ou encore la compréhension / le vécu / le cheminement
de pensée des élèves (Bocquillon, Derobertmasure & Dehon, 2017). Ces
interventions prennent généralement la forme de questions (au sens
grammatical du terme), mais pas toujours. Par exemple, l’intervention
« Dis-moi ce que tu as compris » est codée dans la catégorie
« Objectivation ».
31
6 types d’objectivations sont observés avec la grille MGP :
- les objectivations stéréotypées de la compréhension ;
- les « devinettes » ;
- les « autres objectivations » ;
- les objectivations spécifiques de la compréhension ;
- les objectivations de la métacognition ;
- les objectivation de l’opinion / de l’expérience
personnelle et / ou professionnelle.
33
Exemples d’objectivations spécifiques de la compréhension :
« De manière synthétique, qu’avons-nous dit aujourd’hui ? Quels sont les
éléments importants à prendre en compte quand on arrive dans un lieu de
stage ? »
« Peux-tu me reformuler avec tes mots ce que nous venons de voir ? »
« Dis-moi ce que tu as compris » ou « Peux-tu me dire ce que tu
comprends ? »6
Entre ces deux extrémités du continuum, on retrouve les
« devinettes » et les « autres objectivations ».
Les « devinettes » ne sont pas de réelles objectivations de la façon dont
l’élève construit son apprentissage. Il s’agit de tentatives d’objectivation
(prenant généralement la forme de questions) sans support fourni aux
élèves pour leur permettre de répondre (une vidéo, un texte, des
explications orales…). Par conséquent, seuls les élèves qui connaissent
déjà les réponses (grâce à leur milieu familial par exemple) peuvent
répondre. Certains enseignants ont tendance à poser ces « devinettes »
pour « avancer dans la matière » et donner un semblant d’interaction à
un exposé ex cathedra, mais ces interventions sont peu efficaces. Pour
éviter ces « devinettes », il est important que l’enseignant se pose la
question « Qu’ai-je mis en place pour permettre aux élèves de
répondre ? » (ex. : un document, une vidéo, des explications orales). Si
rien n’est mis en place pour permettre aux élèves de répondre, les
élèves doivent deviner la réponse ou se baser sur leurs seuls préacquis,
ce qui peut engendrer des inégalités scolaires.
Exemple de « devinettes » :
« Savez-vous ce que veut dire céphalo-caudal ? »
« Savez-vous quelle est l’importance dans la communication, en taux de
pourcentage, de verbal et de non verbal ? »
6Les interventions de ce type comportent deux avantages : (1) elles permettent à l’élève
de présenter ce qu’il a compris au lieu de mettre l’accent sur ce qu’il ne comprend pas ;
(2) contrairement à l’intervention « As-tu compris ? », elles ne permettent pas à l’élève de
répondre par l’affirmative ou par un hochement de tête même s’il n’a pas compris
(Gauthier, Bissonnette & Richard, 2013 ; Hollingsworth & Ybarra, 2013).
34
Les autres objectivations sont toutes les autres interventions visant à
objectiver la manière dont l’élève se construit l’objet d’apprentissage.
Elles prennent essentiellement la forme de questions sur le contenu. Ces
interventions sont plus élaborées que les objectivations stéréotypées de
la compréhension et les « devinettes », mais pas aussi élaborées que les
objectivations spécifiques de la compréhension.
À ces quatre premiers types d’objectivations s’ajoutent deux autres
types d’objectivations observés : les objectivations de la
métacognition et les objectivations de l’opinion / de l’expérience
personnelle et / ou professionnelle.
Les objectivations de la métacognition sont les interventions qui
encouragent la métacognition, qui peut être définie comme « la prise de
conscience de son propre fonctionnement intellectuel » (Raynal &
Rieunier, 2012, p. 324) ou encore « l’habileté à réfléchir sur sa propre
pensée » (Gauthier, Bissonnette & Richard, 2013, p. 301). La
métacognition permet à l’élève de prendre conscience de ses processus
mentaux afin de mieux les contrôler et les superviser pour être plus
efficace lors de la réalisation d’une tâche (Gauthier, Bissonnette &
Richard, 2013). Le modèle de l’enseignement explicite accorde une
grande importance au développement de la métacognition des élèves.
Dans une synthèse portant sur 179 compte rendus et chapitres de
manuels, 91 synthèses de recherches et une enquête auprès de 61
chercheurs en éducation, Wang, Haertel et Walberg (1993), ont mis en
évidence que les processus métacognitifs constituent le deuxième
facteur qui aide le plus les élèves à apprendre (le premier étant la
gestion de classe). L’importance de la métacognition pour la réussite
des élèves a aussi été mise en évidence par Hattie (2009) et par
Rosenshine (2012).
Exemples d’objectivations de la métacognition :
« Comment as-tu fait pour arriver à cette réponse ? Par quelles étapes es-
tu passé ? »
« Est-ce que vous avez rencontré des difficultés dans les différentes étapes
? Qu’est-ce qui a été un peu plus compliqué pour vous ? »
Les objectivations de l’opinion / de l’expérience personnelle et / ou
professionnelle sont les interventions par lesquelles l’enseignant
35
demande l’avis des futurs enseignants / fait appel à leur expérience
personnelle et / ou professionnelle.
Exemples d’objectivations de l’opinion / de l’expérience personnelle et
/ ou professionnelle :
« Et vous en tant que futurs animateurs, est-ce que vous envisagez la chose
comme ça ? Est-ce que pour vous ce serait une vocation ? »
« Qu’est-ce que vous avez pensé de la vidéo ? »
« Avez-vous déjà rencontré ce problème en crèche ? »
S’il est bénéfique pour la motivation de faire appel à l’opinion et à
l’expérience personnelle / professionnelle des élèves, il faut veiller à ce
que ce type d’interventions ne se transforme pas en « devinettes » dans
le sens où l’enseignant essaye de faire deviner l’ensemble du contenu
aux élèves à partir de leur expérience personnelle / professionnelle. Par
exemple, lors d’une leçon sur le développement intellectuel de l’enfant,
s’il est important de partir de l’expérience professionnelle de futures
puéricultrices en sollicitant les observations qu’elles ont réalisées en
crèche, il est peu productif d’essayer de leur faire deviner les
appellations précises des différents stades mis en évidence par Piaget.
36
Liens avec la grille de supervision « classique »
37
[Link] Le feedback
La catégorie « Feedback » est codée lorsque l’intervention verbale de
l’enseignant remplit une fonction de feedback. Un feedback peut être
défini comme une information fournie par un agent (ex. : un enseignant,
un pair, un livre, un parent, soi-même, une expérience…) à propos d’une
performance ou d’une compréhension. Un feedback est donc consécutif
à une performance et doit fournir suffisamment d’informations à l’élève
pour lui permettre de combler l’écart entre sa performance et la
performance attendue (Hattie & Timperley, 2007).
Le feedback est l’un des éléments qui a le plus d’impact sur
l’apprentissage des élèves (Bissonnette, Richard & Gauthier, 2006 ;
Brophy & Good, 1986 ; Good & Brophy, 2008 ; Hattie & Timperley,
2007 ; Hattie, 2009 ; Rosenshine, 2012 ; Rosenshine & Stevens, 1986 ;
Slavin, 2009 ; Stronge, 2007). L’impact est néanmoins variable d’un type
de feedback à l’autre et peut même être négatif dans certains cas. Il
existe donc des types de feedbacks plus efficaces que d’autres (Hattie &
Timperley, 2007). La littérature sur les types de feedbacks est
abondante, mais de manière générale, on peut dire que pour être
efficace, un feedback doit contenir des informations liées à la tâche
effectuée par l’élève, s’appuyer sur ce qui est correct et fournir des
pistes à l’élève sur la façon de s’améliorer (Hattie & Timperley, 2007).
Comme c’est le cas pour le geste professionnel d’objectivation de la
compréhension, un feedback n’est efficace que s’il est construit sur
quelque chose d’existant, c’est-à-dire lorsque les élèves ont pu
s’approprier le contenu (Hattie & Timperley, 2007) et que l’enseignant
a cherché à objectiver leur compréhension.
Selon Hattie et Timperley (2007), le but du feedback est de réduire
l’écart entre la performance actuelle et l’objectif visé. La diminution de
cet écart dépend de deux acteurs : l’élève et l’enseignant. Face à une
différence constatée entre sa performance et l’objectif, l’élève peut
décider d’accentuer ses efforts et d’employer des stratégies plus
efficaces ou utiliser des stratégies d’évitement (abandonner la tâche, se
fixer des objectifs moins élevés). Le choix de persévérer dans la tâche
ou d’abandonner dépend fortement de ce que met en place l’enseignant
pour lui permettre de combler l’écart : fournir des objectifs appropriés
et stimulants d’une part et assister l’élève pour qu’il les atteigne en lui
38
fournissant des stratégies d’apprentissage et des feedbacks efficaces
d’autre part.
39
Le feedback spécifique désigne les interventions par lesquelles :
- le futur enseignant approuve / désapprouve la réponse en
expliquant pourquoi elle est bonne / mauvaise ;
- suite à une réponse d’élève, le futur enseignant donne la bonne
réponse en l’expliquant / en expliquant le processus par lequel
arriver à la bonne réponse.
Le feedback spécifique porte sur le processus (Rosenshine, 1986). Le
feedback spécifique permet à l’élève de relier le feedback à la cause de
sa bonne / mauvaise performance. Des effets très négatifs sur le
sentiment d’efficacité personnelle et sur la performance peuvent
apparaître lorsqu’un élève n’est pas capable de relier le feedback à la
cause de sa mauvaise performance (Hattie & Timperley, 2007). On voit
donc toute l’importance de fournir aux élèves des feedbacks
spécifiques. Les feedbacks doivent attribuer la performance à l’effort et
aux stratégies (ex. : « Tu as réussi car tu as travaillé et que tu as mis en
place les stratégies de relecture que nous avons apprises ensemble ») et
non à des caractéristiques innées des élèves (ex. : « Tu as réussi parce
que tu es intelligent et talentueux ») (Archer & Hughes, 2011 ; Gauthier,
Bissonnette & Richard, 2013).
Exemples de feedbacks spécifiques :
« Impeccable. Là tu as vraiment les trois parties. Le message passe et il est
clair. Très très bien. »
« Ton affiche est soignée, mais elle n’est pas adaptée à l’âge des enfants
que tu auras en face de toi »
« La préparation de ton activité pour les enfants ayant un TDA/H est
correcte car tu as bien suivi la démarche consistant à définir ton objectif
et à adapter les étapes et le matériel en fonction de cet objectif »
Les feedbacks spécifiques sont plus efficaces que les feedbacks
stéréotypés, mais il convient d’apporter deux précisions à cette
affirmation.
Premièrement, les feedbacks doivent être concis afin de ne pas
surcharger les élèves avec trop d’informations (Hattie & Timperley,
2007).
40
Deuxièmement, il est important de formuler les feedbacks en fonction
de la réponse des élèves (Brophy & Good, 1986 ; Crahay, 2007 ;
Hollinsgworth & Ybarra, 2013 ; Rosenshine, 1986) :
- lorsque la réponse est correcte et énoncée avec assurance,
l’enseignant approuve brièvement ou répète la réponse sans
briser le rythme de l’exercice ;
- lorsque la réponse est correcte mais hésitante, l’enseignant donne
un feedback spécifique à l’élève pour lui expliquer pourquoi sa
réponse est correcte ;
- lorsque la réponse est partiellement correcte, l’enseignant donne
un feedback spécifique en précisant ou complétant la réponse ;
- lorsque la réponse est incorrecte, il ne suffit pas de donner la
bonne réponse et de poursuivre : l’enseignant fournit un indice à
l’élève ou lui demande de justifier sa réponse (feedback sollicitant
une correction / une amélioration / un développement). S’il ne
parvient toujours pas à répondre et que d’autres élèves n’y
arrivent pas non plus, il est préférable d’enseigner à nouveau le
contenu.
Le feedback sollicitant une correction / une amélioration / un
développement de la réponse désigne les interventions par lesquelles
le futur enseignant sollicite une correction ou une amélioration ou un
développement de la réponse par l’élève (Crahay, 2007). Ces feedbacks
ne rompent donc pas l’épisode d’interaction entre l’élève et
l’enseignant. L’enseignant doit néanmoins veiller à ce que ce type de
feedback ne se transforme pas en une série de questions-réponses
tellement dirigées que l’enseignant finit par donner la réponse lui-
même à la place de l’élève.
Exemples de feedbacks sollicitant une correction / une amélioration /
un développement de la réponse :
« Deux éléments sur trois sont corrects dans ta réponse. Corrige le
troisième »
« Tu parles d’objet transitionnel. Peux-tu m’en dire plus ? Quelles sont les
propriétés de l’objet transitionnel ? Ce nounours pourrait-il servir d’objet
transitionnel ? »
41
Le feedback de contrôle consiste à solliciter une autoévaluation ou une
vérification de la réponse par l’élève lui-même, ce qui permet de
développer l’autorégulation.
Exemples de feedbacks de contrôle :
« A ton avis, ta réponse est-elle correcte ou incorrecte ? Va vérifier dans
le référentiel »
« Que penses-tu de ton travail ? »
« Tu connais la liste des critères utilisés pour vérifier que l’activité que
vous avez préparée pour les enfants est correcte. Vérifie toi-même que tu
as respecté tous les critères »
Le feedback sollicitant une évaluation mutuelle entre élèves consiste
à demander à un ou des élève(s) d’évaluer la réponse fournie par un
élève.
Exemples de feedbacks sollicitant une évaluation mutuelle entre
élèves :
« La réponse de Chloé est-elle correcte ou incorrecte ? Qu’en pensez-
vous ? »
« Chloé a-t-elle respecté les critères d’évaluation en réalisant son
activité ? »
Les feedbacks de contrôle et les feedbacks sollicitant une évaluation
mutuelle entre élèves permettent de développer la capacité à
s’autoévaluer et la confiance en leurs capacités des élèves. Les élèves
plus efficaces utilisent des stratégies d’autorégulation et notamment un
« feedback interne » lorsqu’ils effectuent une tâche. Les élèves moins
efficaces n’utilisent pas de feedback interne et dépendent de
l’enseignant pour obtenir un feedback et ne parviennent donc pas à
s’autoréguler (Hattie & Timperley, 2007). Il est donc important de
développer des stratégies d’autorégulation chez tous les élèves.
Le feedback sur le soi consiste à donner un jugement sur l’élève en tant
que personne et non sur le produit ou le processus qu’il a mis en œuvre
pour réaliser une tâche. Les feedbacks portant sur le « soi » sont
rarement efficaces, car ils détournent l’attention de la tâche et peuvent
engendrer la peur de se tromper et de recevoir un feedback négatif
portant sur sa personne.
42
Exemples de feedbacks sur le soi :
« Tu es un super élève »
« Tu es nul »
La modalité « autre feedback » est utilisée pour coder tous les autres
feedbacks qui ne correspondent pas aux autres modalités et pour coder
les feedbacks confus.
Exemples de feedbacks confus :
« C’est plus ou moins la bonne réponse »
« C’est à la fois bon et pas bon »
Face à une littérature abondante sur les types de feedbacks, on peut
retenir que :
(1) pour que le feedback soit efficace, l’enseignant doit d’abord
avoir enseigné correctement (geste professionnel de
« présentation d’un élément lié au contenu ») (Hattie &
Timperley, 2007) et avoir suscité la manifestation de traces de
la compréhension des élèves ;
(2) les feedbacks spécifiques, les feedbacks de contrôle et
les feedbacks sollicitant une évaluation mutuelle entre
élèves sont plus efficaces que les feedbacks stéréotypés et les
feedbacks sur le soi ;
(3) l’enseignant doit juger quel type de feedback utiliser en
fonction du contexte et des objectifs (Hattie & Timperley,
2007) et en fonction des types de réponses des élèves
(Brophy & Good, 1986 ; Crahay, 2007 ; Hollinsgworth & Ybarra,
2013 ; Rosenshine, 1986) ;
(4) le climat de classe joue un rôle important sur la façon dont
les feedbacks sont reçus et acceptés par les élèves. Il est
important de mettre en place un climat qui autorise les élèves
à apprendre de leurs erreurs et où l’auto-évaluation et
l’évaluation par les pairs sont valorisées ;
(5) la mise en place de routines pour automatiser certaines
tâches rend l’enseignant plus à même d’écouter attentivement
les réponses des élèves et d’identifier les sources de leurs
erreurs afin de leur donner des feedbacks efficaces.
43
Liens avec la grille de supervision « classique »
[Link] L’étayage
La catégorie « Etayage » est codée lorsque l’intervention verbale de
l’enseignant consiste à apporter une aide (étai) à l’élève pendant
l’apprentissage.
Au sens commun du terme, un étai est une « pièce de charpente servant
à soutenir ou à épauler provisoirement toute partie d'un ouvrage »
(dictionnaire Larousse7). Dans le domaine de l’enseignement, le
principe est le même : (1) fournir de l’aide à l’élève afin qu’il réalise une
tâche qu’il ne pourrait pas réaliser seul (étayage) et (2) enlever
graduellement cette aide jusqu’à ce que l’élève soit autonome
7
[Link]
44
(désétayage). L’étayage est le fondement de l’enseignement explicite
(Gauthier, Bissonnette & Richard, 2013).
Les étais peuvent être physiques (ex. souligner par un geste la source
de difficulté d’un calcul), verbaux (ex. : indices) ou visuels (ex. : pense-
bête représentant les étapes d’une démarche) (Archer & Hughes, 2011 ;
Gauthier, Bissonnette & Richard, 2013).
Cette section concerne les étais verbaux (ex. donner des indices, penser
à voix haute, faire penser les élèves à voix haute, apprendre aux élèves
à se poser des questions, rappeler les étapes nécessaires pour réaliser
une tâche, demander aux élèves de rappeler aux autres les étapes pour
réaliser une tâche, demander aux élèves de se rappeler dans leur tête
les étapes pour réaliser une tâche…).
Les étais physiques et visuels sont codés dans le groupe de
comportements « Fonctions des gestes professionnels non verbaux »
(section 3.4) et dans le groupe « Supports » (section 3.5).
45
[Link] Les modalités pouvant être ajoutées à certains gestes
d’instruction
Le groupe de modalités « type de contenu » peut être codé pour les
catégories suivantes : « Présentation » et « Objectivation ». Ce groupe
de modalités comporte deux modalités : « nouveau contenu » et
« connaissances préalables » (tableau 4).
Tableau 4 : groupe de modalités « type de contenu »
Groupe de modalités Modalités
46
La modalité « nouveau contenu » est codée lorsque l’intervention de
l’enseignant porte sur un nouveau contenu.
Exemple de « présentation » portant sur un nouveau contenu :
« Le conditionnement est un concept issu du comportementalisme »
Exemple « d’objectivation » portant sur un nouveau contenu :
« Peux-tu me reformuler avec tes mots ce que je viens d’expliquer sur le
comportementalisme ? »
« Quel est le concept central mis en évidence dans le texte que vous venez
de lire ? »
Le groupe de modalités « Lien avec le futur métier / la vie quotidienne »
peut être codé pour la catégorie « Présentation ». Ce groupe de
modalités comporte deux modalités : « Lien avec le futur métier / la vie
quotidienne » et « Pas de lien avec le futur métier / la vie quotidienne »
(tableau 5).
Tableau 5 : groupe de modalités « Lien avec le futur métier / la vie
quotidienne »
Groupe de modalités Modalités
Lien avec le futur métier / la vie Lien avec le futur métier / la vie
quotidienne quotidienne
Pas de lien avec le futur métier /
la vie quotidienne
47
Exemple de « présentations » portant sur le futur métier / la vie
quotidienne :
« Lorsque vous arriverez sur votre lieu de stage, il y aura plusieurs étapes
à respecter… »
« Voici un exemple de situation dans laquelle vous pourriez vous
retrouver en crèche… »
« Lorsque vous serez amené à travailler avec des enfants, vous devrez
adapter vos activités à leur stade de développement. C’est très important »
La modalité « Pas de lien avec le futur métier / la vie quotidienne »
est codée lorsque l’intervention de l’enseignant ne porte pas sur le futur
métier des élèves / la vie quotidienne.
Exemple de « présentations » ne portant pas sur le futur métier / la vie
quotidienne :
« Donc la notion de plaisir est centrale dans la théorie de Freud »
« Dans la théorie de Piaget, la notion de stade est importante »
48
Les réponses individuelles sont codées lorsqu’un élève fournit une
réponse individuelle suite à une sollicitation de l’enseignant (une
question ou une autre forme d’intervention visant à objectiver la
compréhension / le cheminement de pensée…).
49
Les réponses par groupes sont codées lorsque les élèves fournissent
une réponse par groupes ou par paires. Pour ce faire, ils doivent d’abord
partager leurs réponses puis fournir une réponse commune (Archer &
Hughes, 2011 ; Rosenshine, 1986).
Les réponses collectives sont codées lorsque les élèves fournissent
une réponse « en chœur » (dire la réponse tous en même temps au
signal de l’enseignant) (Rosenshine, 1986).
Les prises de parole spontanées sont codées lorsqu’il y a une prise de
parole spontanée d’un élève par rapport au contenu (ex. : « Moi je pense
que cette étape du développement de l’enfant est super importante »).
Cette catégorie est utilisée pour coder les interventions non précédées
d’une sollicitation de l’enseignant. Si l’intervention d’un élève est
précédée d’une sollicitation de l’enseignant, elle est codée dans l’un des
types de réponses.
Les lectures à voix haute sont codées lorsqu’un élève lit à voix haute
(en général à la demande de l’enseignant)8.
Les questions des élèves sont codées lorsqu’un élève pose une
question liée au contenu / à la tâche (ex. : « Il faut résumer le texte en
combien de lignes ? » ; « C’est quoi un schème ? »).
8 Les « lectures à voix haute » sont observées pour permettre aux futurs enseignants de
se rendre compte qu’en général, ils pensent à gérer la participation des élèves quand ils
leur demandent de lire à voix haute, mais pas quand ils mettent en œuvre des
interventions « d’objectivation », alors que c’est important.
50
élèves dans un souci d’équité. Si l’enseignant désigne peu les élèves qui
doivent répondre, il est possible que ce soit toujours les mêmes élèves
qui prennent la parole (les « bons élèves » qui connaissent les
réponses). Il est donc important de veiller à interroger les non-
volontaires. En effet, plusieurs auteurs (Gauthier, Bissonnette &
Richard, 2013 ; Hollingsworth & Ybarra, 2013 ; Rosenshine, 1986)
précisent que les élèves qui lèvent la main sont en général ceux qui ont
bien compris. Si l’enseignant choisit un de ces élèves, il obtiendra
probablement une réponse correcte et aura l’impression que toute la
classe a compris, ce qui ne sera probablement pas le cas. Le problème
est le même si l’enseignant laisse tous les élèves répondre en même
temps sans gérer la participation. Son indicateur du niveau de
compréhension de la classe sera faussé par les quelques élèves sûrs
d’eux.
Plusieurs stratégies peuvent être utilisées pour interroger tous les
élèves. Deux pistes faciles à mettre en œuvre et qui peuvent être
utilisées conjointement sont développées : (1) interroger les élèves au
hasard, (2) utiliser des tableaux blancs individuels (Gauthier,
Bissonnette & Richard, 2013 ; Hollingsworth & Ybarra, 2013).
Interroger les élèves au hasard
Plusieurs auteurs (Gauthier, Bissonnette & Richard, 2013 ;
Hollingsworth & Ybarra, 2013) ont mis en évidence qu’interroger les
élèves au hasard est la façon la plus équitable de les interroger.
La technique la plus populaire pour interroger les élèves au hasard est
la suivante : écrire les noms des élèves sur des bâtonnets et choisir un
bâtonnet au hasard à chaque fois qu’on objective la compréhension (et
remettre ensuite le bâtonnet dans une tasse ou dans un sac pour que les
élèves restent attentifs même lorsque leur premier tour de parole est
passé). Lorsque l’enseignant ne connaît pas les prénoms des élèves, il
peut donner un numéro à chaque élève et utiliser des bâtonnets
numérotés (Hollingsworth & Ybarra, 2013).
Mais dès lors, quand interroger les élèves qui lèvent la main ? Après
avoir interrogé les élèves au hasard, l’enseignant peut demander si
d’autres élèves ont d’autres réponses, méthodes, stratégies… à
proposer. Les apports des élèves qui lèvent la main enrichissent la
discussion, mais ne sont pas utilisés pour objectiver la compréhension
(Hollingsworth & Ybarra, 2013).
51
Par ailleurs, l’enseignant peut aussi « organiser le hasard » pour
pouvoir de temps en temps choisir de manière stratégique qui va
répondre (par exemple, s’il veut valoriser un élève en difficulté en
l’interrogeant parce qu’il sait que celui-ci connait la bonne réponse).
Pour ce faire, il peut ajouter quelques bâtonnets « choix du professeur »
(Hollingsworth & Ybarra, 2013).
Utiliser des tableaux blancs individuels
L’enseignant peut demander aux élèves d’écrire leurs réponses sur un
tableau blanc individuel et de montrer celui-ci tous en même temps.
Cette stratégie permet d’objectiver la compréhension de tous les élèves
en même temps. Tous les élèves apprécient, quel que soit l’âge. En outre,
l’activité a un aspect kinesthésique (écrire, montrer sa réponse en
tenant son tableau au-dessus de sa tête) (Hollingsworth & Ybarra,
2013).
Hollingsworth et Ybarra (2013) précisent que l’enseignant peut
fabriquer facilement ce genre de tableaux :
« Ceux-ci sont constitués d’une feuille de plastique transparent recouvrant
un carton ou une feuille de papier épais. Ces tableaux sont légers, faciles à
transporter et peu coûteux. Nous utilisons des marqueurs non permanents
à pointe fine qui permettent d’écrire plus lisiblement. Grâce à la feuille de
plastique qui recouvre nos tableaux, il est possible d’insérer une carte, du
papier ligné ou quadrillé ou un organisateur graphique, selon leurs
applications » (p. 33).
Selon Gauthier et ses collègues (2013) et Hollingsworth et Ybarra
(2013), cette stratégie est plus efficace que d’envoyer un seul élève au
tableau :
- elle permet d’obtenir des informations sur la compréhension de
tous et pas d’un seul élève ;
- elle permet de maintenir tous les élèves actifs ;
- les élèves pouvant se montrer dissipés lorsqu’un seul élève est
envoyé au tableau, cette stratégie permet d’anticiper les
problèmes de comportement (gestion de classe proactive).
Cette stratégie comporte néanmoins certaines limites. Par exemple, il
est difficile pour l’enseignant de corriger l’ensemble des réponses
rapidement.
52
Que faire lorsque les réponses attendues sont longues ? L’enseignant
peut dire aux élèves de se préparer à justifier leurs réponses oralement
car des élèves vont être choisis au hasard pour le faire. Si des élèves ont
écrit une mauvaise réponse, l’enseignant peut leur demander de la
justifier.
53
- lever le doigt s’il est d’accord avec la réponse de quelqu’un
d’autre ;
- montrer différentes cartes colorées si la réponse est a, b ou c ;
- solliciter des réponses « en chœur » lorsque les réponses
attendues sont courtes (les réponses « en chœur » sont données
au signal de l’enseignant pour éviter que seuls quelques élèves
répondent).
Rosenshine (1986) précise que ces techniques ont un caractère ludique,
augmentent la participation des élèves et permettent à l’enseignant
d’avoir un bon indicateur du niveau de compréhension de tous les
élèves et pas seulement de quelques-uns. Il ajoute : « Si on trouve ces
procédés ostentatoires trop enfantins, on peut toujours inviter les élèves à
écrire leurs réponses et à se corriger immédiatement les uns les autres. De
la sorte, une pratique active est assurée et le maître sait s’il doit fournir
des renseignements ou des exercices supplémentaires » (p. 90).
Plusieurs outils technologiques remplissent la même fonction que les
différentes stratégies décrites ci-dessus, à savoir objectiver la
compréhension de tous les élèves en même temps :
- les boîtiers de vote électronique ;
- les applications en ligne permettant de soumettre un
questionnaire aux élèves via Internet et de visualiser leurs
réponses en temps réel durant le cours ;
- les applications en ligne permettant de scanner avec un
smartphone les réponses des élèves, qui tiennent des feuilles sur
lesquelles des QR codes représentant les réponses (exemple :
réponse a, réponse b, réponse c…) ont été imprimés ;
- …
Enfin, afin de permettre à tous les élèves de réfléchir, il est important
que l’enseignant fasse une pause de 3 à 5 secondes entre le moment
où il met en œuvre une intervention d’objectivation (qui prend
généralement la forme d’une question) et le moment où il désigne un
élève. De nombreuses recherches ont mis en évidence qu’un temps
d’attente d’au moins trois secondes entre l’intervention d’objectivation
et la réponse de l’élève améliore la réussite des élèves (Gauthier,
Desbiens & Martineau, 2009 ; Hollingsworth & Ybarra, 2013).
54
Le temps d’attente engendre les bénéfices suivants :
- tous les élèves ont le temps de réfléchir :
- ils sont tous attentifs, car ils ne savent pas encore qui va être
désigné pour répondre ;
- le nombre d’élèves capables de répondre augmente, car le temps
de réflexion augmente ;
- les réponses formulées sont plus longues ;
- les échanges sont plus détendus.
Avant que les groupes de comportements suivants ne soient définis, la
figure 7 propose une adaptation du modèle EQPCER (Enseigner
d’abord – Questionner – Pause – Choisir un élève au hasard – Ecouter la
réponse – Rétroaction appropriée) que Hollingsworth et Ybarra (2013)
préconisent pour objectiver la compréhension des élèves. Cette
adaptation permet d’établir des liens entre le modèle de ces auteurs et
la grille MGP et de visualiser les liens qui existent entre plusieurs
gestes professionnels : la présentation d’éléments liés au contenu,
l’objectivation (qui prend généralement la forme de questions), la
gestion de la participation et le feedback.
55
Réponse correcte Répéter ou reformuler
Demander de justifier
56
Figure 7 : adaptation libre du modèle EQPCER de Hollingsworth & Ybarra (2013)
Selon le modèle EQPCER, l’enseignant doit Enseigner (geste
professionnel de présentation) avant d’objectiver la compréhension
(sauf s’il souhaite évaluer les connaissances antérieures des élèves). S’il
met en œuvre des interventions « d’objectivation » avant d’avoir
enseigné et à propos d’un contenu que les élèves ne connaissent pas, il
met en œuvre des interventions appelées « devinettes » dans la grille
MGP.
Après avoir enseigné, l’enseignant Questionne de façon précise les
élèves pour objectiver leur compréhension et évite les interventions
intitulées « objectivations stéréotypées de la compréhension » dans la
grille MGP.
Ensuite, l’enseignant fait une Pause d’au moins 3 à 5 secondes afin que
tous les élèves réfléchissent. Si la question est complexe, il laisse 8 à 10
secondes. La pause ne doit pas forcément être silencieuse : l’enseignant
peut répéter la question, se déplacer en répétant la question, remuer les
bâtonnets utilisés pour désigner les élèves de manière aléatoire… Il
peut aussi permettre aux élèves d’échanger entre eux pour préparer la
réponse. Cette stratégie comporte plusieurs avantages : l’enseignant
peut laisser 2 à 3 minutes de réflexion pour les questions plus
complexes, tout le monde participe et pas seulement ceux qui seront
choisis au hasard pour répondre…
Après la pause, l’enseignant Choisit au hasard l’élève qui doit répondre
(geste professionnel de « gestion de la participation » dans la grille
MGP). Pour avoir un bon indicateur du degré de compréhension de la
classe, Hollingsworth & Ybarra (2013) préconisent de choisir au moins
trois élèves au hasard à chaque fois qu’on objective la compréhension.
L’enseignant doit alors Ecouter attentivement pour évaluer la
compréhension et être en mesure de prendre une décision après chaque
réponse. L’enseignant aimerait que les élèves donnent toujours les
réponses attendues… mais ce n’est pas toujours le cas. Il faut donc
analyser la réponse de l’élève et décider si elle est correcte,
partiellement correcte ou incorrecte.
Une fois la réponse analysée, il faut donner une Rétroaction appropriée
(feedback).
Si la réponse est correcte, il suffit en général de la répéter ou de la
reformuler pour signaler à l’élève qu’il a bien la bonne réponse et
permettre à tous les élèves d’entendre. Si nécessaire, l’enseignant
57
donne un feedback spécifique afin d’expliquer pourquoi la réponse est
bonne. Après avoir répété ou reformulé, l’enseignant peut soit poser la
question à un autre élève, soit poser une autre question, soit continuer
la présentation du contenu.
Si la réponse est partiellement correcte ou incomplète, il faut préciser
ou compléter la réponse pour formuler de manière claire la bonne
réponse devant tout le monde. Si nécessaire, l’enseignant donne un
feedback spécifique. Après avoir précisé ou complété, l’enseignant peut
soit poser la question à un autre élève, soit poser une autre question,
soit continuer la présentation du contenu.
Si la réponse est incorrecte, l’enseignant poursuit l’échange avec l’élève
en lui donnant des indices ou en lui demandant d’expliquer comment il
est arrivé à cette réponse (feedback sollicitant une correction / une
amélioration / un développement dans la grille MGP). Il est intéressant
de demander à l’élève de justifier sa mauvaise réponse, car l’enseignant
est encore plus efficace quand il connaît la cause des incompréhensions
avant de réexpliquer ou de continuer à objectiver la compréhension.
Plusieurs cas de figure peuvent alors se produire :
- l’élève fournit une réponse correcte et l’enseignant répète ou
reformule ;
- l’élève fournit une réponse partiellement correcte et l’enseignant
précise ou complète ;
- l’élève fournit une réponse incorrecte ou ne parvient à répondre.
Si l’élève ne parvient toujours pas à répondre, l’enseignant lui demande
de bien écouter ce qui va suivre, car il va l’interroger à nouveau par la
suite. Il choisit un autre élève au hasard. Si le deuxième élève donne la
bonne réponse, l’enseignant la répète ou la complète. Il repose ensuite
la même question au premier élève. Si les deux élèves ne savent pas
répondre, l’enseignant s’arrête et reprend ses explications (geste
professionnel de présentation). Il repose ensuite la question aux deux
élèves et à d’autres élèves.
De manière générale, la stratégie visant à objectiver la compréhension
des élèves favorise la mémorisation : « La répétition et la reformulation
utilisées au cours du processus de vérification de la compréhension, à la
fois par les élèves et par l’enseignant, sont des stratégies cognitives très
efficaces qui contribuent à graver l’information dans la mémoire à long
58
terme des élèves. Si vous interrogez trois élèves et que vous reformulez
deux fois leur réponse pour la confirmer, les élèves l’auront entendue six
fois. Elle s’inscrira dans leur mémoire permanente » (Hollingsworth &
Ybarra, 2013, p. 32).
3.2.2 Les modalités secondaires ajoutées aux types
d’interventions des élèves
[Link] Le destinataire de l’intervention de l’élève
Le groupe de modalités permettant de préciser le type de destinataire a
été ajouté afin de mettre en évidence à qui l’élève s’adresse. Ce groupe
de modalités comporte deux modalités : « enseignant » et « élève »
(tableau 6).
Tableau 6 : groupe de modalités concernant le destinataire de
l’intervention de l’élève
Groupe de modalités Modalités
Destinataire de l’intervention de Enseignant
l’élève Élève
59
Figure 8 : différents types d’interactions qui peuvent survenir dans une
classe
60
Exemple de réponse codée dans « Intervention métacognitive » :
« Pour résoudre ce problème, je suis passé par telle, telle et telle étape »
Exemple de prise de parole spontanée codée dans « Intervention
métacognitive » :
« C’est surtout l’étape de vérification de mon texte qui m’a posé des
soucis »
Exemple de question codée dans « Intervention métacognitive » :
« Pouvez-vous me rappeler les étapes par lesquelles je dois passer pour
résoudre cette tâche ? »
La modalité « autre contenu » est codée pour toutes les interventions
de l’élève qui ne sont pas de nature métacognitive.
Exemple de réponse codée dans « autre contenu » :
« Piaget a mis en évidence les étapes du développement intellectuel de
l’enfant »
Exemple de prise de parole spontanée codée dans « autre contenu » :
« Je pense que la communication non verbale est plus importante que la
communication verbale »
Exemple de question codée dans « autre contenu » :
« Quelle est la différence entre l’assimilation et l’accommodation ? »
9 Ce concept, issu des travaux de Vygotsky, peut être défini comme « une « zone
d’apprentissage imminent » - où s’enclenche le processus de développement » (Bee & Boyd,
2008, p. 27). Les tâches situées au-delà de la zone proximale de développement (activités
qui demandent des capacités dont l’individu ne dispose pas) ou en deçà (activités déjà
maîtrisées) ne permettront pas la progression de l’individu (Bee & Boyd, 2008).
62
Temps disponible (100 %)
Temps
d’apprentissage
(17 %)
63
- Les activités prévues sont-elles variées (ex. : travail de groupe,
analyse de vidéos, préparation d’un débat, jeu de rôles, invitation
d’une personne-ressource…) ?
- Les activités sont-elles différenciées si nécessaire ? (Hammond,
2015 ; 2016).
La variété des activités est importante pour susciter la motivation et
éviter la monotonie (McBer, 2000).
10Une taxonomie est une classification hiérarchisée des objectifs pédagogiques. Bloom a
créé la première taxonomie en classant les activités intellectuelles des élèves suscitées
par un objectif en 6 niveaux de complexité croissante : (1) la connaissance ; (2) la
compréhension ; (3) l’application ; (4) l’analyse ; (5) la synthèse ; (6) l’évaluation (Raynal
& Rieunier, 2012, p. 473).
64
La synthèse permet aux élèves, avec l’aide de l’enseignant, d’objectiver
les apprentissages réalisés au sens de Bissonnette & Richard (2001,
pp. 76-77) : l’objectivation des apprentissages réalisés repose sur des
interventions de l’enseignant qui encouragent les élèves à expliciter les
éléments essentiels à retenir de l’activité d’apprentissage réalisée. Elle
favorise l’intégration des apprentissages en mémoire. Si la phase
d’objectivation est négligée, les élèves peuvent ne pas se rendre compte
de ce qu’ils ont appris, voire dire qu’ils n’apprennent rien à l’école.
L’exemple suivant, proposé par Bissonnette et Richard (2001) permet
de mieux comprendre l’importance de l’objectivation des
apprentissages réalisés : une enseignante demande à des élèves de
première année de découper des figures géométriques (un carré, un
rectangle et un cercle) afin de définir avec eux ces concepts. Après
l’activité, elle ne leur demande pas d’objectiver ce qu’ils ont appris. Un
élève rentre chez lui et déclare qu’aujourd’hui en mathématiques, il a
découpé des cartons.
Cet exemple nous montre qu’il faut être attentif à la différence entre la
mise en activité des élèves et l’atteinte de l’objectif d’apprentissage visé,
car la première n’engendre pas automatiquement la seconde.
A ce sujet plusieurs notions sont parfois confondues :
- l’activité observable et l’activité cognitive ;
- le caractère ludique / agréable d’une activité et l’objectif à
atteindre.
La différence entre l’activité observable et l’activité cognitive est
illustrée par deux exemples de leçons dispensées par de futures
agrégées de l’enseignement secondaire supérieur d’années antérieures.
En observant la première leçon de manière peu fine, on pourrait
conclure abusivement que « les élèves sont passifs ». En effet, la leçon
est relativement « classique », tous les élèves sont assis à leur place et
répondent aux interventions « d’objectivation » de la future
enseignante. Néanmoins, une analyse fine de la leçon révèle qu’ils sont
constamment sollicités par les « objectivations spécifiques de la
compréhension » de la future enseignante. Ce n’est donc pas parce
« qu’ils ne bougent pas » qu’ils ne sont pas actifs d’un point de vue
cognitif. L’activité cognitive n’étant pas directement observable, il faut
recourir à d’autres indicateurs (réponses orales et réponses écrites). A
l’inverse, en observant la seconde leçon de manière peu fine, on pourrait
65
conclure abusivement que « les élèves sont actifs » car ils réalisent en
groupes une affiche de synthèse. Une observation fine de la leçon révèle
pourtant que les élèves sont fréquemment non engagés dans la tâche et
qu’ils discutent davantage de sujets personnels et de l’interrogation qui
a lieu à l’heure suivante que de leur affiche.
La différence entre le caractère ludique / agréable d’une activité et
l’atteinte de l’objectif est illustrée par l’exemple de l’utilisation du jeu
en classe. Si son utilisation est intéressante pour susciter la motivation,
elle ne doit pas éluder l’objectif d’apprentissage. Par exemple, si on
demande à un élève « Qu’as-tu fait à l’école aujourd’hui ? », il peut
arriver qu’il réponde « J’ai joué » et qu’il soit incapable d’expliquer le
contenu que l’enseignant a essayé de mettre en évidence par
l’intermédiaire du jeu.
Dans certains cas, cette confusion entre l’activité et son objectif
engendre des difficultés chez les élèves, car les élèves ne sont pas égaux
pour déceler les objectifs « cachés » derrière une tâche si l’enseignant
ne leur explicite pas. Deux exemples développés par Bautier (2006)
sont particulièrement intéressants à cet égard. Le premier exemple est
issu de l’observation d’une leçon en cinquième année primaire : les
élèves réalisent tous la même tâche, à savoir relever des verbes dans un
texte et compléter un tableau reprenant leur personne et leur infinitif.
Certains élèves ont compris que cet exercice est un préalable (une
« situation mobilisatrice ») à la leçon sur l’imparfait qui va permettre
d’observer des verbes conjugués à ce temps et d’ainsi abstraire des
règles de conjugaison. Ils ne complètent d’ailleurs pas le tableau en
entier. D’autres élèves pensent que le fait de remplir le tableau est une
fin en soi et le complètent jusqu’au bout sans en percevoir le réel
objectif, voire « pour faire plaisir à l’enseignant ». Ce type
d’interprétation (faire la tâche pour la tâche et/ou pour faire plaisir à
l’enseignant) correspond à la conception développée par certains
élèves de milieux défavorisés qui sont centrés sur les aspects formels de
la tâche et non sur l’apprentissage qui s’y cache. On voit donc qu’un
manque d’explicitation des objectifs peut accentuer les inégalités
scolaires. Le second exemple est issu de l’observation d’une leçon en
maternelle où les élèves doivent découper les mots d’une phrase, les
remettre dans l’ordre et les coller sur un modèle. Certains élèves ont
compris que l’objectif était d’assembler la phrase et de la lire. D’autres
élèves sont focalisés sur les opérations de découpage et de collage et
66
pensent que cela constitue l’objectif en soi de l’activité. Comme le
souligne Bautier (2006), « Ce qui apparaît susceptible de creuser les
écarts entre les élèves réside dans le fait que l’objet central de
l’apprentissage cognitif (mettre en ordre les mots d’une phrase selon un
modèle) est éludé pour ceux qui croient que la tâche est de découper et
coller. Ces élèves sont justement en difficulté et le fait qu’ils n’aient
généralement pas même identifié ce qu’il s’agissait de faire et d’apprendre
ne FAIT qu’accroître leurs difficultés » (p. 114).
On voit donc toute l’importance des objectifs que l’enseignant se fixe
et de leur explicitation aux élèves. Néanmoins, il convient d’ajouter deux
précisions.
Premièrement, faut-il toujours annoncer les objectifs ? Dans tous les
cas, le futur enseignant doit toujours pouvoir répondre à la question
du « pourquoi ? » (Quel est le sens des activités ? A quoi cela sert-il ?).
Deux cas de figure peuvent se présenter : soit l’enseignant communique
les objectifs, soit l’introduction ou le déroulement de la leçon sont
suffisamment explicites. Dans certains cas, les objectifs peuvent être
explicités plus tard car « trop en révéler » nuit parfois à l’éveil de la
curiosité nécessaire au bon déroulement. Il n’est donc pas nécessaire de
« tout communiquer tout le temps », mais il faut éviter le genre de
dérives présentées dans les exemples ci-dessus.
Deuxièmement, il ne s’agit pas de caricaturer et de dire qu’il ne faut
proposer aucune activité ludique et amusante aux élèves, mais que
l’enseignant doit toujours connaître l’objectif sous-tendant l’activité
qu’il met en place. Par ailleurs, il doit questionner le caractère
chronophage de la mise en place de l’activité. En effet, certaines activités
ludiques requièrent beaucoup de temps de préparation et de mise en
œuvre en classe sans apporter une réelle plus-value à l’apprentissage.
Pour terminer cette section, voici quelques pistes proposées par Archer
et Hughes (2011) et Gauthier, Bissonnette et Richard (2013, pp. 141-
142) pour maximiser le temps d’apprentissage scolaire.
Augmenter le temps alloué à enseigner les éléments essentiels du contenu
en lien avec les besoins d’apprentissage des élèves
Comme évoqué précédemment, il est essentiel de sélectionner les
éléments critiques du contenu (liés à la vie quotidienne et à la future
pratique professionnelle des élèves) dès la phase de planification, mais
67
également lors de la mise en œuvre du geste professionnel de
« présentation ».
Respecter l’horaire prévu et préparer à l’avance le plus de choses possible
Il est important de commencer le cours à l’heure et de respecter
l’horaire prévu. La phase de planification ne doit pas être négligée : tout
ce qui est planifié (le matériel, les interventions « d’objectivation », les
exemples donnés aux élèves) ne doit plus être décidé « en direct », ce
qui permet un gain de temps et une plus grande efficacité de manière
générale.
Eviter les digressions et diminuer la durée des transitions
Les transitions peuvent être définies comme « le passage d’une activité
à une autre » (Gauthier, Bissonnette & Richard, 2013, p. 142). Celles-ci
sont mieux gérées lorsque l’enseignant met en place des routines, qui
sont davantage abordées dans la section 3.6.
68
3.4 Les fonctions des gestes professionnels non verbaux
Ce groupe de catégories concerne les fonctions des gestes
professionnels qui se manifestent de façon non verbale.
3.4.1 Les gestes professionnels (non verbaux) de gestion
Chacune des 5 catégories liées à la gestion (section 3.1.1) peut
également se manifester de manière non verbale, comme l’illustrent les
exemples proposés dans le tableau 8 présentant les définitions des 5
gestes professionnels non verbaux de gestion.
Tableau 8 : définitions des gestes professionnels non verbaux de
gestion et exemples
Catégorie Définition Exemples
Gestion de la Cette catégorie est Désigner du doigt
participation non codée lorsque l’élève qui doit
verbale l’observateur veut répondre
mettre en évidence
un geste
professionnel non
verbal (déplacement,
geste…) de
l’enseignant
remplissant une
fonction de gestion
de la participation.
Gestion de l’espace Cette catégorie est Pointer sa montre
/ temps non verbale codée lorsque pour indiquer que le
l’observateur veut temps prévu pour
mettre en évidence réaliser l’exercice est
un geste écoulé
professionnel non
verbal (déplacement, Disposer le mobilier
geste…) de afin que tous les
l’enseignant élèves puissent voir
remplissant une facilement
fonction de gestion l’enseignant
de l’espace / temps. (Evertson & al., 2005
69
in Bissonnette &
Gauthier, 2017)
70
tous les autres gestes
professionnels non
verbaux remplissant
une fonction de
gestion.
3.4.2 Les gestes professionnels (non verbaux) d’instruction
Les catégories liées à l’instruction (section 3.1.2) peuvent également se
manifester de manière non verbale, comme l’illustrent les exemples
proposés dans le tableau 9 présentant les définitions des deux gestes
professionnels non verbaux d’instruction.
Tableau 9 : définitions des gestes professionnels non verbaux
d’instruction et exemples
Catégorie Définition Exemples
Présentation Cette catégorie est codée Pointer un élément lié au
non verbale lorsque l’observateur contenu sur un
veut mettre en évidence document.
un geste professionnel
non verbal Réaliser une
(déplacement, geste…) démonstration.
de l’enseignant
remplissant une fonction Mimer un concept pour
de présentation d’un l’expliquer.
élément lié au contenu.
Objectivation Cette catégorie est codée Se déplacer près des
/ feedback / lorsque l’observateur élèves pour objectiver
étayage11 veut mettre en évidence leur compréhension /
un geste professionnel leur raisonnement… en
non verbal regardant leurs feuilles.
(déplacement, geste…)
de l’enseignant Un mouvement de la tête
remplissant une fonction pour
d’objectivation (de la approuver/désapprouver
compréhension / du une réponse.
raisonnement…) et/ou
11Ces trois catégories sont rassemblées en une seule catégorie, car les déplacements des
futurs enseignants observés dans le cadre de cette recherche remplissent en général les
trois fonctions en même temps : objectivation, feedback et étayage.
71
de feedback et/ou Pouce levé/baissé pour
d’étayage. approuver/désapprouver
une réponse.
72
3.4.3 Enseignant « non engagé dans la tâche » (off task)
Comme pour les élèves, cette catégorie est codée lorsque l’enseignant
n’est pas engagé dans la tâche.
Exemple :
L’enseignant est assis à son bureau pendant 30 minutes alors que les
élèves, en train de travailler individuellement, lui font signe qu’ils ont
besoin d’aide.
73
3.5 Les supports
La catégorie « Support » est codée lorsque l’observateur souhaite
mettre en évidence un élément lié aux types de supports employés
(ex. : tableau, feuilles d’exercices, textes, cartes conceptuelles, vidéo,
diaporama, matériel de manipulation…), quelle que soit la fonction
remplie par ces supports.
L’observateur est particulièrement attentif aux éléments suivants :
l’utilisation et la structuration du tableau, ainsi que les étais visuels
utilisés.
Le tableau est un support très utile qui n’est pas toujours pleinement
exploité. Il peut remplir plusieurs fonctions :
- le tableau permet de consigner une trace du fil directeur de la
leçon sous forme de mots-clés, d’un schéma… ;
- le tableau sert de support visuel pour les élèves en train de
construire leurs connaissances ;
- le tableau peut être utilisé pour inscrire les consignes et les
modalités de travail, ce qui évite à l’enseignant de les répéter
plusieurs fois ;
- …
Par ailleurs, le tableau n’est pas une propriété privée : l’enseignant peut
envoyer un élève réaliser un exercice au tableau, ce qui lui permet
d’évaluer la prestation de l’élève et de se rapprocher des autres élèves
pour occuper l’espace et ne pas toujours rester « accroché » à son
bureau et au tableau. L’enseignant veillera à alterner les méthodes pour
objectiver la compréhension des élèves, car Hollingsworth et Ybarra
(2013) ont montré qu’il est important d’alterner la méthode consistant
à envoyer quelques élèves au tableau et des méthodes qui permettent
d’objectiver la compréhension de tous en même temps (ex. : utilisation
de tableaux individuels). Enfin, comme beaucoup d’éléments,
l’utilisation du tableau peut être planifiée, ce qui permet d’assurer une
cohérence au niveau de la présentation.
Les étais visuels sont des supports qui fournissent une aide aux élèves
(ex. souligner les éléments importants dans un texte, affiches ou pense-
bêtes qui représentent les étapes d’une démarche, listes de contrôle
permettant à l’élève de s’autocorriger, exemples de problèmes
résolus…). Les représentations visuelles telles que les schémas, les
74
graphiques, les tableaux, les cartes conceptuelles permettent aux élèves
de structurer les informations. Elles peuvent être utilisées dès le début
de la leçon. Rosenshine (2012), ainsi que Gauthier et ses collègues
(2013) parlent d’outils structurants (advance organizers). Il s’agit des
« outils tels que cartes conceptuelles, tableaux de présentation, feuilles de
notes structurées, plans, diagrammes, schémas et autres représentations
visuelles qui facilitent l’apprentissage d’un contenu et que l’enseignant
met à la disposition des élèves en début d’apprentissage ; ils offrent à
l’apprenant une représentation claire de l’objet d’apprentissage qui lui
permet de le lier à ce qu’il connaît déjà » (Gauthier, Bissonnette &
Richard, 2013, p. 301).
76
Exemple d’objectivation de la compréhension routinière :
S’arrêter 2 min à chaque transition pour faire reformuler un élève.
Exemple de feedback routinier :
Demander aux élèves de s’autoévaluer lors de chaque leçon.
Exemple de gestion de l’espace-temps routinière :
Organiser toujours de la même manière les travaux de groupe.
Exemple d’« autre gestion » routinière :
Distribution des feuilles de manière ordonnée en suivant une routine
qui a été enseignée explicitement (Evertson & al., 2005, in Bissonnette
& Gauthier, 2017).
78
fonction de gestion de la participation. Ce groupe de catégories illustre
un troisième type de catégories qu’on peut utiliser en recherche
observationnelle : les catégories « start-stop »12 par lesquelles
l’observateur pointe des éléments en s’intéressant à leur durée. Il pointe
donc le début du comportement (« start ») et sa fin (« stop »). Les
catégories de type « start-stop » ne sont pas nécessairement
mutuellement exclusives. Par exemple un hochement de tête
(« feedback non verbal ») peut avoir lieu en même temps qu’un
déplacement visant à distribuer les feuilles (« autre gestion non
verbale »). Les catégories de type « start-stop » ne sont pas
nécessairement exhaustives. Par exemple, l’observateur n’est pas obligé
d’ajouter une catégorie « non-verbal non observé » pour signifier qu’il
n’observe pas le non-verbal à certains moments, comme l’illustre le
début de la 2e ligne du temps.
La troisième ligne du temps renseigne sur l’utilisation des supports par
l’enseignant, soit le cinquième groupe de catégories de la grille MGP. On
constate que dans un premier temps, l’observateur n’a renseigné aucun
support. Ensuite, il a signalé que l’enseignant utilisait un support (et il a
pris des notes pour spécifier qu’il s’agissait d’une carte conceptuelle).
Enfin, il n’a renseigné aucun support. Ce groupe de catégories est
également constitué d’une catégorie de type « start-stop ».
Interventions non
verbales de Discipline non verbale Gest. part. non verbale
l’enseignant
Types
d’interventions des
élèves
Question Réponse individuelle Prise de parole
Activité des élèves Temps non engagé Temps engagé Temps non engagé
Figure 10 : ligne du temps représentant une leçon fictive codée selon les cinq grands
groupes de catégories de la grille MGP
80
La figure 11 présente de manière schématique les différents types de
modalités sous la forme de lignes du temps représentant le codage
d’une leçon fictive. A la lecture de la partie supérieure de la figure 11,
on constate que l’intervention d’objectivation est une objectivation
spécifique de la compréhension portant sur les connaissances
préalables, que le feedback formulé est un feedback spécifique et que la
« présentation » est une présentation d’un exemple, porte sur un
nouveau contenu et est liée au futur métier des élèves. A la lecture de
la partie inférieure de la figure 11, on constate que la question de l’élève
porte sur un autre contenu (que la métacognition) et s’adresse à
l’enseignant. La réponse individuelle est fournie par un élève désigné
parmi les non-volontaires, porte sur un autre contenu (que la
métacognition) et s’adresse à l’enseignant. La prise de parole spontanée
est une intervention de nature métacognitive et s’adresse à un autre
élève.
81
Interventions
verbales de Gestion part. Silence Gestion Objectivation Silence Feedback Présentation Silence
l’enseignant discip.
(Objectivation. (Feedback (Présentation d’un
spécifique de la compr. ; spécifique) exemple ; portant sur un
portant sur les nouveau contenu ; en
connaissances lien avec le futur métier)
préalables)
Types
d’interventions des
élèves
Réponse individuelle
Question (autre contenu ; (élève désigné parmi Prise de parole
enseignant) non- volontaires ; autre (métacognitive ; élève)
contenu ; enseignant)
Figure 11 : ligne du temps représentant une leçon fictive codée selon les deux premiers
groupes de catégories et modalités de la grille MGP
82
5. Conclusion
Ce guide a fourni des pistes au futur enseignant pour « interpréter
adéquatement les situations vécues en classe et autour de la classe en
mobilisant des connaissances en sciences humaines » et « gérer et évaluer
des situations d’apprentissage » à travers la présentation d’une grille
d’observation créée dans le cadre de la formation dispensée aux futurs
agrégés de l’enseignement secondaire supérieur et intitulée « Miroir
des Gestes Professionnels » (MGP). Cette grille permet de centrer
l’attention du futur enseignant sur des gestes professionnels importants
à observer et à développer en formation. Les pistes proposées dans ce
guide ne se veulent pas exhaustives, mais permettent de mettre en
évidence l’importance de planifier et de gérer des situations
d’apprentissage en se référant à des modèles. Dans le cadre de ce guide,
c’est le modèle de l’enseignement explicite qui a été utilisé, notamment
en raison de son caractère efficace, équitable et pragmatique. D’autres
modèles peuvent également être utilisés selon les objectifs poursuivis.
Le guide 5 fournit des pistes pour « Porter un regard réflexif sur sa (une)
pratique » (décret de 2000 définissant la formation initiale des
instituteurs et des régents ; décret de 2001 définissant la formation
initiale des agrégés de l’enseignement secondaire supérieur).
6. Références bibliographiques
Archer, A.L., & Hughes, C.A. (2011). Explicit Instruction. Effective and
Efficient Teaching. New York: Guilford Press.
Bautier, E. (2006). Le rôle des pratiques des maîtres dans les difficultés
scolaires des élèves Une analyse de pratiques intégrant la dimension
des difficultés socialement differenciées. Recherche et Formation, 51,
105-118.
Bee, H. & Boyd, D. (2008). Les âges de la vie. Psychologie du
développement humain. Québec : Editions du Renouveau Pédagogique.
Bissonnette, S., & Gauthier, C. (2017). Pour une gestion efficace des
comportements auprès des élèves en difficulté. [En ligne]. Page
consultée le 25 juin 2017.
[Link]
comportements/
83
Bissonnette, S., & Richard, M. (2001). Comment construire des
compétences en classe. Des outils pour la réforme. Montréal : Chenelière
McGraw-Hill.
Bissonnette, S., & Richard, M. (2013a). L'enseignement efficace : une
démarche professionnalisante pour gérer les comportements et les
apprentissages des élèves. Bienne (Suisse) : Colloque international : La
professionnalisation des formations à l'enseignement en débat. [En
ligne]. Page consultée le 1er mai 2016. [Link]
[Link]/recherche/evenements/professionnalisation-formations-
2013/evenement/scp-2
Bissonnette, S., Gauthier, C., & Castonguay, M. (2017). L’enseignement
explicite des comportements. Pour une gestion efficace des élèves en classe
et dans l’école. Montréal : Chenelière Education.
Bissonnette, S., Richard, M., Gauthier, C. (2006). Comment enseigne-t-on
dans les écoles efficaces ? Efficacité des écoles et des réformes. Québec :
Les Presses de l’’Université de Laval.
Bocquillon, M., & Dehon, A. (2015). La vérification de la compréhension,
une stratégie importante ? Extrait d’un entretien avec Clermont Gauthier.
[Vidéo en ligne]. Page consultée le 10 septembre 2016.
[Link]
Bocquillon, M., Derobertmasure, A., Artus, F., & Demeuse, M. (2015).
Students’ comments about university teaching: which links with
effectiveness models? @tic. revista d'innovació educativa, 15, 1-11.
Bocquillon, M., Derobertmasure, A., & Dehon, A. (2017). De quoi parlent
de futurs enseignants lorsqu’ils visionnent l’enregistrement vidéo de
leur pratique ? In M. Saint-Jean, N. Lafranchise, C. Lepage & L. Lafortune
(Eds.), Regards croisés sur la rétroaction et le débriefing : accompagner,
former et professionnaliser (pp. 187-203). Québec : Presses de
l’Université du Québec.
Brophy, J. & Good, T. L. (1986). Teacher Behavior and Student
Achievement. In M. C. Wittrock (Ed.), Third Handbook of Research on
Teaching (pp. 328-375). New-York: Macmillan.
Brudermann, C. & Pélissier, Ch. (2008). Les gestes professionnels de
l’enseignant : une analyse pédagogique et une représentation
informatisée pour la formation – l’exemple des langues étrangères.
84
Revue internationale des technologies en pédagogies universitaire, 5 (2),
21-33.
Chamberland, G., Lavoie, L. & Marquis, D. (2009). 20 formules
pédagogiques. Québec : Presses universitaires du Québec.
Communauté française de Belgique (2000). Décret définissant la
formation initiale des instituteurs et des régents. Bruxelles : Ministère
de la Communauté française. [En ligne]. Page consultée le 4 septembre
2016.
[Link]
et_des_regents.pdf
Communauté française de Belgique (2001). Décret définissant la
formation initiale des agrégés de l’enseignement secondaire supérieur.
Bruxelles : Ministère de la Communauté française. [En ligne]. Page
consultée le 4 septembre 2016.
[Link]
Crahay, M. (2007). Feedback de l’enseignant et apprentissage des
élèves : revue critique de la littérature de recherche. In L. Allal & L.
Mottier Lopez (Ed.), Régulation des apprentissages en situation scolaire
et en formation (pp. 45-70). Bruxelles : De Boeck.
De Landsheere, G. & Bayer, E. (1974). Comment les maîtres enseignent :
analyse des interactions verbales en classe. Bruxelles : Ministère de
l’éducation nationale et de la culture française, Direction générale de
l’organisation des études (3ème édition).
Gauthier, C., Bissonnette, S., & Richard, M. (2013). Enseignement
explicite et réussite des élèves. La gestion des apprentissages. Bruxelles :
De Boeck.
Gauthier, C., Desbiens, J-F, Martineau, S. (2009). Mots de passe pour
mieux enseigner. Québec : Presses de l'Université Laval, Collection :
Formation et profession.
Good, T.L. & Brophy, J.E. (2008). Looking in classrooms. Boston: Pearson
Education.
Grieco, F., Loijens, L., Krips, O., Zimmerman, P., & Spink, A. (2016). The
Observer® XT: reference manual version 13. Wageningen (The
Netherlands): Noldus Information Technology.
85
Hammond, L. (2015). Early childhood educators’ perceived and actual
metalinguistic knowledge, beliefs and enacted practice about teaching
early reading. Australian Journal of Learning Difficulties, May, 1-16. DOI:
10.1080/19404158.2015.1023208
Hammond, L. (2016). Teacher Observation Rubric. Document de travail
non publié envoyé par l’auteur.
Hattie, J.A. (2009). Visible Learning: A Synthesis of Over 800 Meta-
Analyses Relating to Achievement. New York : Routledge.
Hattie, J.A. (2012). Visible Learning For Teachers. Maximizing Impact on
Learning. New York : Routledge.
Hattie, J.A. & Timperley, H. (2007). The Power of Feedback. Review of
Educational Research, 77 (1), 81-112.
Hollingsworth, J., & Ybarra, S. (2009). Explicit Direct Instruction. The
Power of the Well-Crafted, Well-Taught Lesson. Thousand Oaks: Corwin
Press.
Hollingsworth, J., & Ybarra, S. (2013). L’enseignement explicite. Une
pratique efficace. Montréal: Chenelière Education. Adapté de l’anglais
par Demers, D.D.
Martineau, S., & Gauthier, C. (1999). La gestion de classe au cœur de
l’effet enseignant, Revue des Sciences de l’Education, 25 (3), 467-496.
McBer, H. (2000). Research into Teacher Effectiveness. A Model of
Teacher Effectiveness (Research Report n° 216). Department for
Education: UK Government.
Raynal, F. & Rieunier, A. (2012). Pédagogie, dictionnaire des concepts
clés. Paris : ESF Editeur (9e éd.).
Rosenshine, B. (1986). Vers un enseignement efficace des matières
structurées. In M. Crahay & D. Lafontaine (Ed.), L’art et la science de
l’enseignement (pp. 81-96). Bruxelles : Labor.
Rosenshine, B. (2012). Principles of instruction. Research-based
strategies that all teachers should know. American Educator, 36 (1), 12-
19, 39.
Rosenshine, B. & Stevens, R. (1986). Teaching Functions. In M. C.
Wittrock (Ed.), Third Handbook of Research on Teaching (pp. 328-375).
New-York: Macmillan.
86
Slavin, R.E. (2009). Educational Psychology : Theory and practice.
Boston: Pearson Education (9th ed.).
Stronge, J.H. (2007). Qualities of effective teachers. Alexandria:
Association for Supervision and Curriculum Development.
Wang, M.C., Haertel, G.D, & Walberg, H.J. (1993). Towards a Knowledge
Base for School Learning. Review of Educational Research, 63 (3), 249-
295.
Sources des images (libres de droit), pages consultées le 10
septembre 2016 :
[Link]
[Link]
images-gratuites-2
[Link]
3d-images-gratuites
[Link]
gratuites
[Link]
1271843/
[Link]
gratuites-48
[Link]
1072366/
htt://[Link]/?page_id=471&did=48204&file=0
[Link]
87
Ce guide fournit des pistes au futur enseignant pour
« interpréter adéquatement les situations vécues en classe
et autour de la classe en mobilisant des connaissances
en sciences humaines » et « gérer et évaluer des
situations d’apprentissage » à travers la présentation
d’une grille d’observation intitulée « Miroir des
Gestes Professionnels ». Celle-ci permet de centrer
l’attention du futur enseignant sur des gestes
professionnels importants à observer et à développer en
formation.
Contact :
Marie Bocquillon
[Link]@[Link]
+32(0)65 373188
Institut d'Administration Scolaire
Faculté de Psychologie et des Sciences de l'Education
Université de Mons (UMONS)
88
Place du Parc 18, B-7000 Mons