Cours à distance du 07/04
L’infinitif (Brittanicus de Racine)
Mode verbal dont la particularité est que sa forme ne marque ni le temps, ni la personne
(impersonnel), ni le nombre. Il existe sous deux formes ; simple et composée, on parle
aussi d’infinitif présent et passé, qui s’opposent sur le plan aspectuel.
Par exemple « manger » et « avoir mangé », l’opposition tient dans l’accompli et le non-
accompli. Il existe aussi sous une forme passive, « manger » s’opposera alors à « être
mangé », ce sont des caractéristiques formelles. L’infinitif ne présente que l’idée du
procès, autrement dit il ne le présente que sous sa forme virtuelle, son indétermination (de
temps et de personne) doit être levée par le contexte.
L’infinitif peut faire l’objet de deux emplois : nominal et verbal, ce qui constitue le plan
auquel on articulera notre développement. Lorsqu’on peut assigner une fonction
grammaticale à un verbe à l’infinitif, c’est une forme nominale, et lorsqu’il est au cœur de
la proposition c’est une forme verbale.
Par exemple en indépendant, lorsqu’il n’est pas en concurrence avec un autre verbe il est
une forme verbale, c’est le cas des infinitifs de narration : « et le héros de rentrer chez
lui ». D’autres sont le pivot de subordonnées relatives : « je cherche un endroit où aller »,
de subordonnées interrogatives indirectes « je ne sais pas où aller », de propositions
infinitives « il entend siffler le train » il existe aussi des infinitifs exclamatifs : « moi ? Me
Soumettre ! ».
Les infinitifs constituent sont aussi des formes verbales lorsqu’ils composent une
périphrase verbale (lorsqu’on juxtapose deux verbes, un à l’indicatif et le second à un
mode impersonnel, forme en « ant » ou infinitif généralement, on parle d’un phénomène
de subduction car le premier verbe voit son sens altéré) : « il va être midi », le verbe
« aller » perd son sens de déplacement. Les périphrases verbales temporelles se
construisent avec aller + verbes à l’infinitif ou venir + infinitif, pour un passé proche ou un
futur imminent.
Trois caractéristiques de la proposition infinitive (où l’infinitif est également une forme
verbale) : « j’entends le train siffler », il n’y a pas de mot subordonné, le « sujet » (agent)
de l’infinitif est distinct du sujet du verbe principal, et il est généralement introduit par un
verbe de perception, « laisser » ou « faire »
Lorsqu’il occupe une fonction au coeur de la phrase (habituellement dévolue au nom)
l’infinitif est alors nominal, il peut être sujet, attribut, COD COI etc …
9 occurrences dans Brittanicus ; « arracher » mais pas parce qu’il est seul dans une
relative puisqu’il y a « venir » au présent de l’indicatif dans la même proposition, mais
parce qu’il est au coeur d’une périphrase verbale.
I°) Valeurs verbales
A) Propositions infinitives
« Je l’ai vue arriver » : verbe de perception, deux sujets distincts, l’ensemble du groupe
« l’arriver » forme le COD de « voir »
« Je l’ai laissé passer » : même analyse, cependant ici il n’y a pas de marque flexionnelle
du genre, marque grammaticale du 17ème siècle, c’est un choix d’accorder le participe
passé ou non
Si on élargit la liste des verbes de perception on peut classer « j’ai laissé couler » ici (deux
sujets différents), mais elle peut aussi être classé comme une périphrase verbale factitive,
c’est à dire qui introduit un actant supplémentaire (par ex : « je fais cuire une tarte », la
tarte cuit seule, mais dire qu’on la « fait cuire » revient à introduire son action comme
nécessaire à la cuisson de la tarte, c’est ajouter un acteur supplémentaire)
B) Périphrases verbales
« qu’on vient d’arracher » : périphrase temporelle exprimant un passé récent, elle obéit au
principe de coalescence, on ne peut distinguer le semi-auxiliaire (vient) de l’infinitif, il subit
une subduction
II°) Valeurs nominales
« J’ai voulu lui parler » : « lui parler » est COD de vouloir, l’infinitif peut lui-même avoir un
complément, ici un COI sous la forme du pronom personnel « lui »
« Je croyais lui parler » : même analyse
« J’ai voulu me distraire » : COD de vouloir également
« J’aime, que dis-je, aimer ? » : COD, mais la difficulté ici est que Néron interroge ici le
sens de « aimer »’, c’est la fonction du langage métalinguistique
« Sans se fermer » : Complément circonstanciel de manière (déplacable, supprima le), et
même de manière niée puisqu’il est négatif, corrélation entre le sujet de l’infinitif et du
verbe
On peut évoquer « peut-être » avant l’introduction comme cas litigieux, en rappelant que
par dérivation impropres plusieurs termes sont construits à partir de l’infinitif. A défaut de
l’intégrer dans l’étude (puisque ce n’est pas un verbe) il a néanmoins une origine verbale.
En conclusion on peut se pencher sur le nombre élevé d’occurrences, plutôt des infinitifs à
valeur verbale, on peut dire que les infinitifs expriment l’action sous sa forme virtuelle et
parfois ils signalent une violence contenue (dans d’autres extraits de Brittanicus, pas
forcément le cas ici)