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Génocides et justice : Rwanda et Yougoslavie

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1.

Le génocide des Tutsi au Rwanda (1994)

A. Distinction ethnique et origines du conflit :

 Dès la colonisation, les Rwandais sont divisés en deux catégories : Hutu


(agriculteurs majoritaires) et Tutsi (pasteurs minoritaires).
 Les Belges renforcent cette division en instaurant une hiérarchie fondée sur
l’ethnie et en incluant cette information dans les cartes d’identité.
 En 1959, début des violences anti-Tutsi. Avec l’indépendance (1962), les Tutsi
perdent leur influence au profit des Hutu.

B. Premières violences :

 Les massacres contre les Tutsi commencent dans les années 1960 et
s’intensifient.
 Exode massif des Tutsi vers les pays voisins.

C. Génocide et guerre (1994) :

 Déclenché le 6 avril 1994 avec l’assassinat du président Habyarimana (Hutu).


 Environ 800 000 victimes en 100 jours.
 Massacres organisés par l’armée, les milices Interahamwe et une partie de la
population.

D. Justice et responsabilités :

 Mise en place du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) en 1994 à


Arusha (Tanzanie).
 Justice nationale : participation des tribunaux locaux (gacaca).
 Difficultés à juger les responsables locaux et internationaux.

2. Les gacaca : juger pour pacifier

A. Fonctionnement des gacaca :

 Créés en 2005 et généralisés en 2006 pour juger des crimes liés au génocide.
 Justice participative : confrontation directe entre victimes et accusés.
 Buts : pacifier la société, reconstruire des relations sociales et alléger la charge
des tribunaux classiques.

B. Critiques des gacaca :

 Non-respect des standards juridiques : absence d’avocats, procédures simplifiées.


 Risques d’injustice et de règlements de comptes.
 Cependant, ces tribunaux ont permis de traiter près de 2 millions de dossiers.

C. Sanctions et résultats :

 Peines adaptées aux catégories de crimes :


o Organisation et violences sexuelles : 60 552 cas.
o Meurtres, violences physiques : 577 528 cas.
o Pillages : 1 320 634 cas.
 Réhabilitation partielle : travaux d’intérêt général (TIG) pour certaines peines.
3. Les procès gacaca : révélations sur le génocide

A. Témoignages :

 Témoignages essentiels pour reconstituer l’histoire des crimes.


 Pressions exercées sur les accusés pour révéler leurs actes.
 Importance des témoignages pour comprendre les relations entre les tueurs,
l’armée et la population.

B. Exemple d’interaction :

 Un témoignage souligne la participation active des forces armées dans


l’organisation des massacres.

C. Statistiques sur les meurtres :

 Armes utilisées : machettes (16,3 %), fusils (1,9 %), noyades (7,8 %), etc.

D. Proximité du génocide :

 Terme « génocide de proximité » : les crimes sont commis par des voisins ou
connaissances des victimes, souvent encouragés par des appels publics au
meurtre.


De l’unité de la Yougoslavie à la guerre civile

1. L’éclatement de la Yougoslavie dans la guerre

Contexte général

 La Yougoslavie était une fédération multiethnique créée en 1945 sous régime


communiste dirigé par Tito.
 À la mort de Tito en 1980, la montée des tensions ethniques et nationalistes
fragilise le pays.
 Chaque république commence à revendiquer plus d’autonomie, notamment la
Slovénie et la Croatie.
 La chute de l’URSS accélère le processus d’indépendance des républiques
yougoslaves.

Chronologie des événements majeurs

 1991 :
o Indépendance de la Slovénie et de la Croatie.
o Guerre éclate entre la Croatie et les forces serbes.
 1992 :
o La Bosnie-Herzégovine proclame son indépendance.
o Début de la guerre de Bosnie impliquant Serbes, Croates et Bosniaques.
 1993 :
o Création du Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie (TPIY).
 Juillet 1995 :
o Massacre de Srebrenica : environ 8 000 Bosniaques musulmans tués par
les forces serbes de Bosnie.
 1995 :
o Accords de Dayton : fin officielle de la guerre en Bosnie.

2. Conséquences du conflit en Bosnie

Purification ethnique et changements démographiques

 Le conflit entraîne un processus de purification ethnique :


o Expulsions massives, massacres, destruction de villages selon des critères
ethniques.
o Objectif : homogénéiser les territoires en fonction des groupes ethniques
dominants.
 Comparaison de la carte ethnique entre 1991 et 1996 :
o Avant la guerre, les Serbes, Croates et Bosniaques étaient dispersés sur
tout le territoire.
o Après la guerre, chaque ethnie se retrouve regroupée dans des zones
distinctes.
o En Bosnie-Herzégovine, des entités autonomes sont créées :
 République serbe de Bosnie (Serbes).
 Fédération de Bosnie-Herzégovine (Croates et Bosniaques).

3. Justice et responsabilité : la mise en place du TPIY

Objectifs et fonctionnement du Tribunal Pénal International pour l’ex-


Yougoslavie (TPIY)

 Créé en 1993 par l’ONU pour juger les responsables des crimes de guerre, crimes
contre l’humanité et génocide.
 Siège à La Haye (Pays-Bas).
 Premier tribunal international depuis Nuremberg (jugement des nazis après la
Seconde Guerre mondiale).

Bilan du TPIY

 161 personnes accusées, dont :


o Radovan Karadžić (président des Serbes de Bosnie).
o Ratko Mladić (général des forces serbes, responsable du massacre de
Srebrenica).
 90 condamnations, 17 acquittements.
 Jugement des principaux responsables mais contestation dans les pays d’origine
des accusés.

Faire justice après une guerre civile : les défis du TPIY

1. Difficultés de juger les criminels de guerre


 Soutien populaire aux accusés dans leurs pays d’origine, où ils sont parfois
considérés comme des héros.
 Ratko Mladić et Radovan Karadžić ont bénéficié de complicités et de
protections en Serbie et en République serbe de Bosnie.
 Arrestations tardives :
o Radovan Karadžić arrêté en 2008 après 11 ans de cavale.
o Ratko Mladić arrêté en 2011 après 16 ans de fuite.

2. Réactions de la population et tensions autour du TPIY

 Manifestations en faveur des accusés à Belgrade et en République serbe de


Bosnie.
 Le tribunal est perçu par une partie de la population comme une justice partiale
visant principalement les Serbes.

3. L’impact du TPIY sur le droit international

 Contribution majeure au développement du droit international pénal.


 A permis de créer un précédent pour juger les crimes de guerre et les crimes
contre l’humanité.
 Effet pédagogique : les procès ont mis en lumière les atrocités commises et ont
contribué au travail de mémoire.

Un difficile processus judiciaire : le procès de Radovan Karadžić

1. Radovan Karadžić : portrait et rôle dans le conflit

 Né en 1945, psychiatre de formation.


 Devenu président des Serbes de Bosnie en 1992.
 A dirigé les forces serbes de Bosnie pendant la guerre.
 Responsable du siège de Sarajevo (1992-1995) et du massacre de Srebrenica
(1995).
 En fuite de 1997 à 2008, arrêté à Belgrade.

2. Acte d’accusation et jugement

 Jugé pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre.


 Condamné à 40 ans de prison en 2016, peine alourdie à perpétuité en 2019.

3. Obstacles à son arrestation et implications politiques

 Karadžić protégé par des réseaux nationalistes et militaires en Serbie et en


République serbe de Bosnie.
 Influence du contexte politique serbe :
o Années 1990 : soutien total à Karadžić.
o Années 2000 : pressions internationales pour coopérer avec le TPIY en
échange d’une intégration européenne.

4. Témoignages et mémoire du massacre de Srebrenica

 Procès marqué par des témoignages poignants de survivants.


 Récit du massacre :
o 11-13 juillet 1995 : exécution de plus de 8 000 Bosniaques musulmans.
o Déportation des femmes et enfants.
o Corps enterrés dans des fosses communes, puis déplacés pour masquer les
crimes.

Comment histoire, mémoires et justice contribuent-elles à la reconstruction des


sociétés au lendemain des conflits ?

Amorce : …

Définition des termes du sujets : la mémoire est une représentation sélective de


certains événements fondées sur les souvenirs d’individus et / ou de groupes ; la
mémoire est sélective, subjective et émotionnellement chargée. L’Histoire, est discipline
savante qui se consacre à l’étude des événements du passé de façon la plus objective
possible, avec un regard critique permis par la confrontation des sources. La Justice, est
une capacité à rendre le droit.

Dans quelle mesure, la confrontation entre l’histoire, les mémoires plurielles et la justice, est-
essentielle à la reconstruction des sociétés déchirées par les conflit entre quête de vérité,
réconciliation et nécessité de rendre compte des responsabilités ?

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