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Compétence des Juridictions Administratives

Le document traite de la compétence de la juridiction administrative, soulignant la nécessité de prendre en compte à la fois les textes législatifs et la jurisprudence pour définir cette compétence. Il aborde la répartition des compétences entre juridictions administratives et judiciaires, ainsi que les types de litiges relevant de chacune d'elles, en précisant que certains litiges sont traditionnellement attribués au juge administratif. Enfin, il met en lumière les limites de la compétence du juge administratif, notamment en ce qui concerne les actes de gouvernement et les litiges liés aux fonctions législatives et judiciaires de l'État.

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Compétence des Juridictions Administratives

Le document traite de la compétence de la juridiction administrative, soulignant la nécessité de prendre en compte à la fois les textes législatifs et la jurisprudence pour définir cette compétence. Il aborde la répartition des compétences entre juridictions administratives et judiciaires, ainsi que les types de litiges relevant de chacune d'elles, en précisant que certains litiges sont traditionnellement attribués au juge administratif. Enfin, il met en lumière les limites de la compétence du juge administratif, notamment en ce qui concerne les actes de gouvernement et les litiges liés aux fonctions législatives et judiciaires de l'État.

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LA COMPÉTENCE DE LA JURICTION ADMINISTRATIVE

La détermination de la compétence de la juridiction administrative comme d’ailleurs


celle de la juridiction judiciaire est matière législative. Toutefois, elle parait
insuffisante d’où la nécessité de prendre en compte les règles jurisprudentielles.
Cette approche semble être la plus satisfaisante dans la mesure où elle permet de
préciser non seulement la répartition des compétences entre les juridictions
administratives et judiciaires mais aussi, celle des juridictions administratives
elles-mêmes.

I) la répartition des compétences entre juridictions administratives et


judiciaires

Le partage des compétences entre les juridictions administratives et judiciaires


est la conséquence de l’application de la loi du 16-24 août 1790 tire II, article
13 et du décret du 16 Fructidor An III. Concernant la loi précitée, elle énonce
l’interdiction de la façon suivante : « Les fonctions judiciaires sont distinctes
et demeureront toujours séparées des fonctions administratives. Les juges ne
pourront, à peine de forfaiture, troubler de quelque manière que ce soit les
opérations des corps administratifs, ni citer devant eux les administrateurs pour
raison de leurs fonctions ».Quant au décret du 16 Fructidor an III (article unique)
il précise que « Défenses itératives sont faites aux tribunaux de connaître des
actes d’administration, de quelqu’ espèce qu’ils soient, aux peines de droits ».

Malgré l’existence de ces textes, des conflits de compétence ont pu surgir. Il y a


conflit de compétence « lorsque chacune des deux autorités juridictionnelles se
prétendent compétentes pour connaître un litige donné (conflit positif) ou lorsque
chacune d’elle se déclare incompétente » (conflit négatif).Ces conflits de
compétence pourraient s’expliquer essentiellement par certaines insuffisances des
textes législatifs et réglementaires et les difficultés d’interprétation des
textes. C’est au regard de cette situation qu’il faut comprendre le problème de la
délimitation précise des compétences entre les juridictions administratives et
judiciaires. Sous réserve de ces précisions, certains litiges sont considérés comme
relevant traditionnellement de la compétence du juge administratif même si
d’autres le sont également comme relevant du juge judiciaire

A) les litiges susceptibles d’être portés devant le juge administratif

Certaines catégories de litiges sont traditionnellement considérées comme relevant


de la compétence du juge administratif. On peut retenir autre :

1) -Les litiges relatifs au fonctionnement de l’Administration

Pour mieux appréhender la compétence du juge administratif face aux litiges


relatifs au fonctionnement de l’Administration, il convient avant tout de cerner la
notion d’Administration. Ainsi selon le Professeur André DE LAUBADERE,
l’Administration peut être définie comme un « Ensemble de services (caractère
organique) destiné à satisfaire les besoins collectifs déterminés » (caractère
matériel)

De ce point de vue, on peut estimer qu’il existe plusieurs types d’administration


(administration des finances, affaires étrangères, justice etc.). Au regard de
cette définition, peut-on encore affirmer que les litiges relatifs au
fonctionnement de toutes les administrations relèvent de la compétence du juge
administratif Il est possible de répondre par l’affirmative dans la mesure où le
doyen Georges VEDEL cherchant une définition du droit administratif a élaboré une
doctrine dite celle des bases constitutionnelles du droit administratif. A la
lumière des arguments de cette doctrine, l’administration se définit « Comme
l’ensemble des activités du gouvernement et des autorités décentralisées étrangères
à la conduite des relations internationales et aux rapports entre les pouvoirs
publics et s’exerçant sous un régime de puissance publique ». De cette définition,
il ressort que seuls les litiges relatifs aux activités du gouvernement et des
autorités décentralisées sont tranchés par le juge administratif à l’exclusion de
ceux relatifs à la conduite des relations internationales et aux rapports entre les
pouvoirs publics (C E ASS, 2 mars 1962 Rubin de servens et autres ; C E 19 Février
1875, Prince Napoléon Bonaparte) pour le Mali, voir CS/SA, 27 février 1992 Ibrahim
Diakité. Ces activités sont qualifiées d’actes de gouvernement. Les actes de
Gouvernement constituent une catégorie d’actes assez limitatifs auxquels le juge
administratif décline sa compétence pour connaître. Ainsi, il se déclare
incompétent à l’égard de l’ensemble de l’activité internationale ou diplomatique
du pouvoir exécutif actes relatifs à l’élaboration, à la signature ou à la
ratification des traités et accords internationaux CE, section, 1 juin 1951 société
des étains et WOLFRAM DU TONKIN. En plus des actes mettant en cause les rapports du
gouvernement avec un Etat étranger ou un organisme international, le juge
administratif se déclare également incompétent à l’égard des actes relatifs aux
rapports de l’Exécutif avec le Parlement.

Il en est ainsi des décisions prises par l’Exécutif dans le cadre de sa


participation à la fonction législative : refus de présenter au Parlement un projet
de loi, C.E, Section 18 juillet 1930, ROUCHE, 29 novembre 1968 TALLAGRAND, refus du
Premier ministre de prendre l’initiation d’une révision constitutionnelle, C E 26
février 1992, ALLAIN, pour le Mali décret de convocation des électeurs Arrêt n°97
-035 du 3 Avril 1997 de la Cour constitutionnelle. Il convient d’ajouter également
à ces exemples d’une part, les décisions du Président de la République qui
affectent les relations entre les pouvoirs constitutionnels et l’exercice de la
fonction législative (décision de recourir aux pouvoirs exceptionnels prévus par
l’article 16 de la Constitution française du 4 octobre 1958 ; article50 de la
Constitution malienne du 25 février 1992, C E ASS, 2 mars 1962, Rubin de servens
et autres), décret soumettant un projet de loi au référendum (C [Link] 19 octobre
1962 BROCAS), décret portant dissolution de l’Assemblée Nationale (C E, 20 février
1989 ; ALLAIN), pour le Mali décret n°97-103/P-RM du 03 Mars 1997 portant
dissolution de l’Assemblée nationale ; décret n°2020-0346/P-RM du 18 août 2020
portant dissolution de l’Assemblée nationale, nomination d’un membre du Conseil
Constitutionnel (C E .ASS. 9 Avril 1999, Mme BA).

D’autre part, les décisions gouvernementales qui ne sont que le préliminaire d’une
décision du Parlement, ce dernier pouvant dès lors exercer lui-même un contrôle sur
ces décisions (C E ASS. 27 juin 1958 GEORGER et TEIVASSIGAMANY : acte portant
convocation d’une assemblée chargée de se prononcer sur le sort d’un territoire et
qui est le préliminaire obligatoire du vote d’une loi autorisant la ratification
d’un traité.)

Toutefois, la théorie des actes de gouvernement connaît des limites. En effet, le


juge se reconnaît compétent pour exercer un contrôle sur les modalités
d’introduction du traité dans l’ordre juridique interne (C E .ASS. 16 Novembre
1956, VILLA) ainsi qu’à l’appréciation de la régularité de la publication ([Link]
13 juillet 1965, Société Navigator). Voir sur ce point, les dispositions du décret
n°59-252 du 03 Septembre 1959 fixant les conditions de publication des actes
législatifs, gouvernementaux et administratifs de la république Soudanaise. Le juge
s’estime également compétent pour interpréter un traité (C E .ASS, 29 juin 1990
G.I.S.T.I.) sans être astreint à un renvoi préjudiciel au ministre des affaires
étrangères comme l’exigeait sa jurisprudence antérieure ([Link] 3 juillet 1931,
KARL et TOTO SAME). Mais cette nouvelle solution n’est pas générale selon le juge
car elle ne s’applique pas au Traité de ROME, pour lequel la compétence
préjudicielle de la Cour de Justice des Communautés Européennes est consacrée par
celui-ci (C.E.22 Décembre 1978, Ministre de l’intérieur/C./ COHN BENDIT).
Par ailleurs, le juge administratif a accepté de connaître des mesures qu’il
considère comme détachables des relations diplomatiques ou des conventions
internationales c’est-à-dire des mesures qui peuvent être appréciées indépendamment
de leurs origines ou de leurs incidences internationales (C.E 5 Février 1926 DAME
CARACO). C’est ainsi, en particulier, que les décrets d’extradition sont
susceptibles d’être attaqués par la voie du recours pour excès de pouvoir (C.E ASS
30 Mai 1952, DAME KIRKWOOD). Le Conseil d’Etat a également décidé que les demandes
d’extradition adressées par le Gouvernement français à un gouvernement Etranger ne
constituent pas des actes de gouvernement (C.E. Sect., 21 juillet 1972, LEGROS). De
façon plus audacieuse encore, il a admis sa compétence pour connaître de la
légalité d’une décision du Gouvernement Français rejetant une demande d’extradition
formulée par un Etat étranger (C.E. ASS 15 Octobre 1993, Royaume-Uni de Grande
Bretagne et d’Irlande du Nord et gouverneur de la colonie Royale de Hong Kong). Au
regard de cette évolution, on peut estimer que l’immunité de juridiction que
bénéficient les actes de gouvernement semble ne pas être totale de nos jours. Au
départ, si elles ne concernaient que le contentieux de la légalité et celui de
l’indemnité, aujourd’hui, le juge accepte d’indemniser les dommages causés par une
convention internationale régulièrement introduite dans l’ordre juridique interne
(C.E. ASS, 30 Mars 1966 compagnie générale d’énergie Radioélectrique). La tendance
profonde du juge à contrôler les actes de gouvernement se renforce par
l’intervention du juge constitutionnel. En effet, le juge constitutionnel malien
comme son homologue français s’estiment compétent pour connaître quelques-uns de
ces actes :

-Décret portant convocation des électeurs pour l’élection législative (Arrêt 97-
035CC/EL du 03 avril 1997 ; conseil constitutionnel, 11 juin 1981 Delmas).
Demande de nouvelle délibération d’une loi par le Président de la République
(Conseil Constitutionnel 23 Août 1985). En revanche, le juge constitutionnel refuse
de connaître le décret de dissolution de l’Assemblée nationale (Conseil
constitutionnel, CE, 20 février 1989 ALLAIN) ou encore le décret soumettant un
projet de loi au référendum (Conseil constitutionnel 25 Octobre 1988, Diésmert et
Bannel). En dehors des actes de gouvernement, les litiges relatifs au
fonctionnement de l’administration, lorsque celle-ci se place sur le terrain du
privé ressortent de la compétence du juge judiciaire (Tribunal des conflits, 22
Janvier 1921, société commerciale de l’ouest africain).

2) Les litiges relatifs aux fonctions législatives et judiciaires de l’État

Le refus du juge administratif à connaître les litiges relatifs aux fonctions


législatives et judiciaires de l’Etat semble résulter d’une certaine
d’interprétation des dispositions de la Constitution. En effet, la plupart des
Constitutions rattachent l’Administration au Pouvoir exécutif. Il en est ainsi de
celle de la République du Mali du 25 Février 1992 dont l’article 53 énonce que : «
Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la nation et dispose de
l’Administration et de la force armée ». Le rattachement de l’Administration au
Pouvoir Exécutif conduit le juge administratif à connaître les actes de ce dernier.
Par contre, il ne peut connaître les actes du Pouvoir législatif et judiciaire qui
sont indépendants du Pouvoir exécutif conformément à l’article 81 :« Le pouvoir
judiciaire est indépendant du Pouvoir exécutif et Législatif… ». Dans cet ordre
d’idées, il demeure certain que le juge administratif va déclarer irrecevable tout
recours tendant à l’annulation d’une loi. Ils doivent être portés devant le juge
constitutionnel. Toutefois, il convient de donner certaines précisions à ce niveau
car les députés ne semblent pas être les seuls législateurs dans un Etat.

En effet, une décision prise par le peuple par voie de référendum est une loi
(article 11 Constitution du 04 Octobre1958 ; article 41 Constitution du 25 février
1992), ou encore les décisions à caractère législatif prises par le Président de la
République en vertu de l’article 16 de la Constitution du 04 Octobre1958, article
50 Constitution du Mali C.E.2mars 1962 RUBIN DE SERVENS et autres. Au contraire les
mesures relevant normalement du domaine de la loi et prises par ordonnance en
application de l’article 38 de la Constitution du 04 Octobre1958, et article 74 de
la Constitution du Mali sont considérées comme des actes administratifs. Elles
doivent être ratifiées par le Parlement pour échapper au contrôle du juge
administratif (C.E. 11juin 1990 congrès du territoire de la nouvelle Calédonie et
autre), CS, 27 février 1992 Ibrahim Diakité pour le Mali. Il convient de préciser
également que lors que le Gouvernement en vertu d’une délégation de pouvoir faite
par le peuple par voie de référendum prend des mesures, celles-ci, quel que soit
leur caractère, sont considérées comme des actes administratifs susceptibles
d’être contrôlés par le juge administratif. (C.E 19 Octobre 1962 canal). En dehors
des actes précités, d’autres bénéficient aussi de l’immunité juridictionnelle
(actes des assemblées parlementaires, des commissions, etc..). Néanmoins, le juge
est compétent pour connaitre les litiges d’ordre individuel concernant les agents
des services des assemblées parlementaires. L’attitude dubitative du juge
administratif à connaitre les actes relatifs aux fonctions législatives de l’Etat
se poursuit à l’égard de ceux portant sur les fonctions judiciaires. En principe,
il ne peut pas connaître les litiges liés à l’activité judiciaire de l’Etat.
Toutefois, cette affirmation doit être nuancée dans la mesure où la justice est un
service public administratif, à ce titre, elle est soumise à des obligations
découlant de ce statut. C’est pourquoi, une distinction entre les litiges se
rapportant à l’organisation des services judiciaires et ceux relatifs à leur
fonctionnement paraît nécessaire.

Concernant la première hypothèse, la compétence du juge administratif a été admise.


Ainsi, les litiges se rapportant à l’organisation des tribunaux judiciaires,
création, suppression, ou organisation interne des juridictions) ressortent de la
compétence du juge administratif (tribunal des conflits 27 Novembre1952 préfet de
la Guyane).Les recours dirigés contre les mesures intéressant la carrière des
magistrats (avancement, sanction etc.) relèvent de la compétence du juge
administratif (C.E 22 Janvier 1954 Ratzel ; C.E, 15 Février 1989 RIBAULT ; CE 16
Janvier 1976 DUJARDIN). Il en est de même des décisions du Conseil Supérieur de la
Magistrature lorsqu’elles se rapportent à l’organisation du service public de la
justice (Nomination, carrière, discipline) (CE.17 Avril 1953, Falco et Vidaillac).
Au-delà, le juge administratif est également compétent pour connaître les litiges
se rapportant aux élections par lesquelles, il est pourvu à la désignation de
certains membres du Conseil Supérieur de la Magistrature. Quant à la deuxième
hypothèse à savoir les litiges relatifs au fonctionnement des services judiciaires,
ils ne relèvent pas en principe de la compétence du juge administratif C.E 13
Juillet 1961 Jobard. Il est incompétent pour connaître les actes de procédure, ou
d’instruction, les actes relatifs à la saisine des juridictions, les actes de
police judiciaire contrairement à ceux de police administrative.

Cependant, il demeure compétent à l’égard des mesures d’exécution des jugements :


actes administratifs détachables de la procédure judiciaire refusant le concours
de la force publique pour l’exécution d’une décision judiciaire CE, 30 novembre
1923 Couitéas. E plus, il est également compétent pour connaître de la décision
d’un directeur de prison plaçant un détenu en quartier de haute sécurité C.E. 27
Janvier 1984 CAILLOL ou encore de la décision du garde des Sceaux accordant une
libération conditionnelle CE, 29 avril 1987, Garde des Sceaux. Malgré
l’élargissement des compétences du juge administratif, son homologue du judiciaire
garde toujours une compétence de principe sur certaines catégories de litiges.

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