L’intégration
pas à pas
Carlos Lopes
E
Un nouvel XPÉDIER un conteneur du Kenya a-t-elle tant de mal à concrétiser cette vision d’un
au Burundi coûte plus cher que de la continent véritablement intégré?
indice permet Belgique ou du Royaume-Uni au Kenya.
aux pays Vingt pour cent des réseaux intraconti- La nécessité d’une perspective
nentaux d’infrastructure, comme le réseau rou- plus large
africains tier transafricain, sont impraticables. L’Afrique Une partie de la réponse tient au fait que les pro-
d’apprécier est le continent où le réseau aérien est le moins grammes d’intégration régionale de l’Afrique ont
leurs efforts interconnecté, avec seulement 328 hubs pour tendance à s’intéresser exclusivement à la dimen-
une superficie d’environ 30 millions de km2, sion commerciale. Or, si la variété des produits
en matière d’où des déplacements intra-africains longs et offerts sur les marchés locaux est importante,
d’intégration coûteux (Division de statistique de l’ONU, 2016). d’autres facteurs entrent en ligne de compte : la
Bien que le panafricanisme ait été un idéal facilité des déplacements des personnes d’un pays
régionale tout au long de l’histoire moderne du continent à l’autre, les destinations qu’ils peuvent choisir
depuis les luttes d’indépendance des années pour passer leurs vacances ou travailler, le coût
50 et 60, les dirigeants africains ne sont jamais des télécommunications, les pays qu’ils privi-
parvenus à transformer cet idéal en capital poli- légient pour faire des études ou rechercher un
tique. Les tentatives d’intégration véritable n’ont emploi, jusqu’à la manière dont ils transfèrent
jusqu’à présent rencontré qu’un succès mitigé. des fonds à leur famille ou constituent le capital
Chacune des initiatives qui se sont succédé de- de démarrage pour la création d’une entreprise.
puis 1980 — Plan d’action de Lagos, Traité d’Abuja, Or, peu de décideurs envisagent l’ensemble
Nouveau Partenariat pour le développement de de ces dimensions lorsqu’ils cherchent à conce-
l’Afrique et, plus récemment, Agenda 2063 — a voir des politiques pour favoriser l’intégration.
été vantée comme la solution économique pour Les communautés économiques régionales
doter l’Afrique des interconnexions dont elle a africaines sont l’un des signes tangibles de pro-
besoin pour bâtir son avenir. Pourquoi l’Afrique grès en ce sens. Elles sont les éléments constitutifs
18 Finances & Développement Juin 2016
AFRIQUE
de la Communauté économique africaine établie par le Traité intérêt à ce que les flux commerciaux soient plus rapides et plus
d’Abuja de 1991, qui définit le cadre général pour l’intégration économiques. Or les liaisons commerciales sont plus directes et
économique du continent africain. plus efficientes entre l’Afrique et le reste du monde qu’au sein du
Ces regroupements sont l’Union du Maghreb arabe et la continent africain. Cela s’explique par le retard d’infrastructure,
Communauté des États sahélo-sahariens au Nord, la Communauté les coûts d’investissement et les obstacles non tarifaires.
économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à l’Ouest, Infrastructure régionale. Le développement des infrastructures
la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) et l’Autorité intergou- transcontinentales est la face la plus visible de l’intégration régio-
vernementale pour le développement à l’Est, la Communauté nale. Des autoroutes traversent les frontières, des liaisons aériennes
de développement de l’Afrique australe (SADC) au Sud, le relient plusieurs capitales, et l’itinérance mobile est de plus en plus
Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA) utilisée, tant en ville que dans les campagnes. Les innombrables
au Sud-Est, et la Communauté économique des États de l’Afrique échanges réalisés par voie routière, aérienne et, de plus en plus, par
centrale au centre. les ondes ont un impact considérable sur les efforts d’intégration
Ces communautés régionales prennent des mesures concrètes de l’Afrique. Améliorer l’infrastructure régionale, c’est abaisser les
pour l’intégration. Par exemple, pour les télécommunications coûts de transaction et accélérer la circulation des biens et services :
mobiles, des initiatives innovantes visent à réduire les coûts d’iti- les hubs régionaux — ainsi que les petits pays et les États enclavés
nérance grâce à une coopération plus étroite. Dans la CAE, en — ont donc tout intérêt à ce que les infrastructures soient déve-
janvier 2015, le Kenya, l’Ouganda, le Rwanda et le Soudan du Sud loppées et soutiennent la croissance économique.
ont lancé une zone de réseau unique afin d’harmoniser les tarifs Intégration productive. L’augmentation de la production et
à l’échelle régionale et de faire baisser les coûts des communica- de la productivité est cruciale pour la réussite économique de
tions entre les États partenaires. D’après des estimations récentes, l’Afrique. L’Afrique pourrait faire plus pour développer les chaînes
dans les trois mois qui ont suivi, le trafic de téléphonie mobile de valeur régionales et s’intégrer aux chaînes mondiales; autre-
a bondi de 935 %, et le coût des appels a baissé de plus de 60 %. ment dit, pour promouvoir une économique plus diversifiée et
Mais des retards importants subsistent. Le commerce intra- plus résiliente. Plus le pouvoir d’achat des consommateurs s’élève,
continental formel de marchandises représente 14 % des échanges plus les biens intermédiaires utilisés dans la production des pro-
internationaux en Afrique, contre 17 % en Amérique du Sud et duits finis ou des services sont importants pour le marché inté-
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centrale, 42 % en Amérique du Nord, 62 % dans l’Union euro- rieur africain. L’émergence d’écosystèmes industriels va de pair
péenne et 64 % en Asie. Les échanges entre les plus grands pays avec l’accès à des couloirs d’échanges régionaux favorisant la cir-
africains continuent d’obéir à la clause de la nation plus favorisée. culation des marchandises et avec le développement de réseaux
Ce ne sont là que quelques exemples du chemin
qui reste à parcourir pour une Afrique véritable-
ment intégrée. Des cadres d’intégration ont été Graphique 1
conçus, mais la mise en œuvre a pâti de l’absence Évaluation du niveau d’intégration
de mécanismes de surveillance et d’évaluation. En L’indice d’intégration régionale africaine mesure seize indicateurs
d’autres termes, il n’existait jusqu’ici aucun moyen dans cinq grandes dimensions.
de déterminer avec précision et objectivité quels
Indice du développement des
pays parvenaient le mieux à approfondir l’intégra- infrastructures : transports, Niveau des droits de douane
tion régionale, dans quels domaines tel ou tel pays électricité, TIC, eau et assainissement
• •
sur les importations
•
•
Proportion des vols aériens Part des exportations
était à la traîne, et quelles politiques et institutions intrarégionaux intrarégionales de biens
réussissaient le mieux à promouvoir l’intégration.
•
Total du commerce Part des importations
•
régional d’électricité
intrarégionales de biens
•
(net) par habitant
Infrastructures Intégration Part du commerce total
Quantifier l’intégration
•
Coût moyen intrarégional de biens
d’itinérance régionales commerciale
Face à cette lacune, l’Union africaine, la Banque
africaine de développement et la Commission éco-
nomique pour l’Afrique ont créé l’Indice africain • Part des exportations
d’intégration régionale, qui offre une vision trans- Convertibilité
régionale de la
• Intégration Intégration
intrarégionales de
biens intermédiaires
nationale et pluridimensionnelle de l’intégration. financière et
•
monnaie nationale productive
macroéconomique
Il mesure cinq dimensions : échanges, infra- Part des importations
intrarégionales
structures régionales, intégration productive, libre
circulation des personnes, et intégration financière Différentiel du
taux d’inflation
• Libre circulation
•
de biens intermédiaires
Indice de complémentarité
et macroéconomique. Ces dimensions offrent une des personnes des marchandises
vision globale des principaux facteurs socioéco- • •
nomiques qui déterminent l’intégration. Seize
Proportion de pays
membres de la communauté •
Ratification du protocole
Proportion des pays membres
de la communauté dont les citoyens
indicateurs couvrant ces cinq dimensions sont dont les citoyens peuvent
régional sur la libre
n’ont pas besoin de visa d’entrée
obtenir le visa à l’arrivée
utilisés pour le calcul de l’indice (graphique 1). circulation des personnes
Intégration commerciale. La libre-circulation
des biens est cruciale pour la croissance des Sources : Commission économique pour l’Afrique, Commission de l’Union africaine et Banque africaine
de développement (2016).
échanges. Les ménages comme les entreprises ont
Finances & Développement Juin 2016 19
électriques régionaux nécessaires pour la production. Qu’il œuvre — mesurant les actions menées — et les «résultats» constatés
s’agisse d’agriculture ou d’industrie, les régions ont besoin de li- — mesurant la valeur des flux économiques transfrontaliers qui
bérer leur potentiel productif, d’injecter du capital, de réduire les en résultent. Les communautés économiques régionales les plus
goulets d’étranglement et de rendre les filières plus compétitives. performantes ont de bons scores pour les uns comme pour les
Libre circulation des personnes. Les déplacements transfrontaliers autres. Cette corrélation entre mesures des moyens et mesures des
constituent non seulement un atout pour la croissance économique résultats suggère que les politiques mesurées produisent effective-
et le développement des compétences, mais aussi un puissant mo- ment des résultats en termes d’intégration. En d’autres termes, si
teur de compétitivité. La liberté de circulation des personnes bé- la CAE, la CEDEAO et la SADC ont de meilleurs résultats que les
néficie à la fois aux pays qui ouvrent leurs frontières et à ceux dont autres ensembles régionaux, c’est peut-être parce qu’elles ont mis en
les ressortissants voyagent, comme en témoigne le gonflement des œuvre des politiques d’intégration qui sont mesurées dans l’indice.
transferts de fonds observé depuis quelques années. Pour de nom- Chacune des communautés économiques régionales a un
breux pays africains, les migrations permettent de pallier les déficits score supérieur à la moyenne dans une ou plusieurs dimen-
de compétences et d’échanger les idées, ce qui conduit à une expan- sions, mais, dans tous les cas, les meilleurs scores portent sur
sion de l’entrepreneuriat et de l’innovation par-delà les frontières. l’intégration commerciale, et les plus faibles sur l’intégration fi-
Intégration financière et macroéconomique. Lorsque les ca- nancière et macroéconomique. Différents moyens peuvent être
pitaux circulent plus librement, l’investissement augmente, les mis en œuvre pour améliorer l’intégration financière et macro-
financements vont aux projets les plus productifs et les gains économique : promouvoir l’activité bancaire transfrontalière en
des investisseurs sont plus élevés. De même, lorsque les coûts dehors des grands centres financiers; normaliser les paiements
de transaction sont plus faibles et que les institutions financières régionaux; mettre en place des lignes directrices budgétaires mul-
fonctionnent mieux, toutes les entreprises s’en trouvent mieux tilatérales; promouvoir la convergence des cibles d’inflation et
quelle que soit leur taille — microentreprises, PME et startups. des finances publiques, ainsi que la stabilité des taux de change.
L’intégration financière favorise les transferts de connaissances C’est dans l’infrastructure régionale et l’intégration produc-
et de technologies ainsi que l’innovation. tive que les scores des différentes communautés économiques
régionales sont les plus proches et dans la libre circulation des
Un outil pratique axé sur les résultats personnes et l’intégration financière et macroéconomique qu’ils
Cet indice, qui se veut tout à la fois état des lieux et catalyseur de divergent le plus (voir tableau).
changement, est un outil accessible, complet, pratique et axé sur Les résultats mettent en évidence les 28 pays considérés comme
les résultats; il s’intéresse aux politiques et aux réalités du terrain. Il les plus intégrés des huit communautés économiques régio-
fournit des données fiables aboutissant à des classements des pays nales retenues dans l’indice. Dix-neuf autres pays sont consi-
et institutions en catégories selon différentes dimensions, mettant dérés comme globalement intégrés. L’analyse montre aussi que
en évidence les points forts et les faiblesses, et s’adresse aux déci- le poids économique des pays ne correspond pas nécessairement
deurs politiques nationaux, régionaux et internationaux, aux en- à leur score d’intégration
Lopes, régionale, à l’exception de l’Afrique du
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treprises et aux autres acteurs. Son objectif est d’éclairer l’action. Sud et du Kenya. Ainsi exemple, le Nigéria représente 37 % du
L’indice — pour sa première édition — est une analyse compa- PIB de la région, mais sa performance d’intégration régionale
rative entre les communautés régionales économiques et au sein n’est pas parmi les meilleures. Il en va de même de l’Égypte. A
de chaque communauté, et embrasse toute la diversité des efforts
d’intégration de l’Afrique. Il renseigne chaque communauté sur Graphique 2
ses forces et ses faiblesses dans chacune des cinq dimensions.
Vision comparative
Plusieurs constatations importantes ressortent de l’analyse initiale.
Les organisations bien établies comme la Communauté d’Afrique
Globalement, selon toutes les dimensions, l’intégration régionale de l’Est, caractérisées par des liens économiques politiques et
de l’Afrique se situe en dessous du niveau médian d’une échelle al- sociaux étroits, ont un score général d’intégration plus élevé.
lant de zéro intégration à une intégration complète (graphique 2). (score moyen d’intégration régionale par communauté économique régionale)
Il existe donc une importante marge globale de progression dans CEN-SAD 0,395
l’intégration de la région. La CAE est la communauté régionale COMESA 0,415
globalement la mieux intégrée, suivie par la SADC et la CEDEAO. CEEAC 0,454
La bonne performance de la CAE peut s’expliquer en partie IGAD 0,457
UMA 0,459
par l’histoire préalable aux indépendances, lorsque le noyau de la CER 0,470
CAE était administré dans le cadre de la Fédération d’Afrique de CEDEAO 0,509
l’Est par les Britanniques, avec une gouvernance, des traditions SADC 0,531
et des institutions communes. Depuis quelques années, après un CAE 0,540
0,0 0,2 0,4 0,6 0,8 1,0
hiatus dans les années 60, 70 et 80, le mouvement d’intégration de
l’Afrique de l’Est reprend sur la base de cette histoire partagée, sous Sources : Commission économique pour l’Afrique, Commission de l’Union africaine et Banque
africaine de développement (2016).
l’impulsion d’une volonté politique affirmée au plus haut niveau. Note : CAE : Communauté d’Afrique de l’Est; CEDEAO : Communauté économique des États de
Comment s’expliquent les écarts de performances entre les l’Afrique de l’Ouest; CEEAC : Communauté économique des États de l’Afrique centrale;
CEN-SAD : Communauté des États sahélo-sahariens; CER : moyenne des communautés
communautés régionales d’Afrique? économiques régionales; COMESA : Marché commun de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique
australe; IGAD : Autorité intergouvernementale pour le développement; SADC : Communauté
Il faut noter que les indicateurs décrits au graphique 1 com- de développement de l’Afrique australe; UMA : Union du Maghreb arabe. Les scores sont
prennent à la fois des éléments concernant les «moyens» mis en calculés sur une échelle de 0 (faible) à 1 (élevé).
20 Finances & Développement Juin 2016
L’indice ne permet pas de répondre directement à cette question,
Un éclairage plus précis
mais d’autres travaux (Commission économique pour l’Afrique,
En affectant un score sur chaque dimension,
Commission de l’Union africaine et Banque africaine de dévelop-
l’indice permet à chaque région de voir exactement
pement, 2012) montrent clairement que les communautés éco-
les domaines où elle accuse du retard.
(score dans chaque dimension par communauté économique régionale)
nomiques régionales ont donné l’impulsion à un grand nombre
Intégration Infrastructure Intégration Libre circulation Intégration
de mesures d’intégration qui ont bien fonctionné, en particulier
commerciale régionale productive des personnes financière en matière d’intégration commerciale et de libre circulation des
CEN-SAD 0,353 0,251 0,247 0,479 0,524 personnes. Ces initiatives représentent, certes, un progrès, mais
COMESA 0,572 0,439 0,452 0,268 0,343 la multiplicité de normes, de règles d’origine et de régimes qui
CAE 0,780 0,496 0,553 0,715 0,156
coexistent sur le continent entraîne une charge supplémentaire
CEEAC 0,526 0,451 0,293 0,400 0,599
CEDEAO 0,442 0,426 0,265 0,800 0,611 pour les entreprises africaines qui y sont soumises. L’Afrique a
besoin d’harmoniser les politiques d’intégration de ses différents
■
IGAD 0,505 0,630 0,434 0,454 0,211
SADC 0,508 0,502 0,350 0,530 0,397 blocs régionaux.
UMA 0,631 0,491 0,481 0,493 0,199
Moyenne 0,540 0,461 0,384 0,517 0,381 Carlos Lopes est Sous-secrétaire général des Nations Unies et
Sources : Commission économique pour l’Afrique, Commission de l’Union africaine et
Banque africaine de développement (2016). Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique.
Note : CAE : Communauté d’Afrique de l’Est; CEDEAO : Communauté économique des
États de l’Afrique de l’Ouest; CEEAC : Communauté économique des États de l’Afrique
centrale; CEN-SAD : Communauté des États sahélo-sahariens; COMESA : Marché commun Cet article a été rédigé à partir du Rapport 2016 sur l’Indice de l’intégration
de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe; IGAD : Autorité intergouvernementale pour le régionale en Afrique de la Commission économique pour l’Afrique, la
développement; SADC : Communauté de développement de l’Afrique australe; UMA : Union
du Maghreb arabe. Les scores sont calculés sur une échelle de 0 (faible) à 1 (élevé). Commission de l’Union africaine et la Banque africaine de développement.
Bibliographie :
Commission économique pour l’Afrique, Commission de l’Union
contrario, on retrouve en haut du classement des pays comme africaine et Banque africaine de développement, 2016, base de données de
la Côte d’Ivoire, qui ne représente que 3 % du PIB de la région. l’Indice de l’intégration régionale en Afrique (Addis-Abeba).
Quelles conclusions en tirer en ce qui concerne l’intégration ———, 2012, Assessing Regional Integration in Africa V: Towards an
de l’Afrique? La multiplicité des regroupements régionaux est- African Continental Free Trade Area (Addis Ababa).
elle un atout ou un handicap? Division de statistique des Nations Unies (DSNU), 2016, UNdata.
iMFdirect
The International Monetary Fund’
s
views on economics and finance
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and IMF officials about pressing issues
in the global economy
[Link]
Finances & Développement Juin 2016 21