Accès aux livres du domaine public
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LART
DE LA
GUERRE ;
CONSISTANT ,
A LA Η ΑΙΕ ,
AVERTISSEMENT.
Les Noms Etrangers ſe trouvant d'ordinaire fort mal écrits dans les
Manufcrits copiés en France , on s'eſt contenté de les rectifier ici à
la Marge par de ſimples Renvois , n'aïant point voulu toucher à
l'Original. On en a ufé de même à l'égard de quelques Titres & de
quelques Dignitez mal-déſignées.
TABLE
TABLE
DES
PARTIES ET CHAPITRES
DE CE
VOLUME .
******* おおおおおお文明3:0
PREMIERE PARTIE.
PRECEPTES ESSENCIELS A L'ART DE LA GUERRE.
HAP. I. Comme l'on doit remédier aux Efforts de l'Ennemi
C qui envelope une Droite , ou une Gauche , de l'Armée. Page 1 .
CHAP. II. Ce qu'il faut faire , pour éviter un Ennemi Jupé-
rieur , &fes Surpriſes. 3.
CHAP. III . L'Avantage qu'il y a de prévenir l'Ennemi , pour
6.
l'attaquer.
CHAP. IV. La Confiance , que le Général doit marquer aux Offi-
ciers- Généraux dans une Action. 7.
CHAP. V. Comment l'on doit fuivre l'Ennemi qui s'est trop avancé
dans le Païs. 8.
CHAP. VI. Des Occafions où l'on doit emploïer les Ruſes de Guerre.
9.
CHAP. VII. Ilfautsecontenir dansſa Victoire, pour en profiter. 10.
CHAP . VIII. Les Moïens de furprendre un Convoi. 12.
CHAP . IX. Ce qu'il faut faire, pour tirer des Contributions. 13.
CHAP . X. Conduite de deux habiles Généraux dans une Action. 15 .
CHAP. XI . De l'Application , que doivent avoir les Officiers , qui
veulent parvenir aux Emplois confidérables de la Guerre ; & de la
Néceffité qu'ily a pour eux de connoitre les différens Services. 17 .
CHAP. XII. Ilfaut éxercer les Trouppes , & faire éxécuter fé-
vérement les Ordonnances. 22.
CHAP. XIII. Les Officiers doivent lire , & faire des Remarques.
24
CHAP. XIV. Le Service de la Cavallerie. 25 .
CHAP
T A B L E
CHAP. XV. L'Utilité des Dragons , dans une Armée , & dans les
Places. 26.
CHAP. XVI. Ce que peut faire l'Infanterie dans toutes les Occa-
fions. 27.
CHAP. XVII. Du Service de l'Artillerie, & de fon Utilité. 29.
CHAP. XVIII . L'Utilité & le Service des Ingénieurs. 30.
CHAP. XIX. De la Subſiſtance des Trouppes , & des Munitions de
de Guerre.
32.
SECONDE PARTIE .
EXEMPLES NOTABLES , TIREZ DU RECIT ABREGE'DES
PRINCIPALES BATAILLES DU REGNE DE
LOUIS XIV.
TROISIEME PARTIE.
TRAITÉ DE L'ATTAQUE DES PLACES , &c.
I. Traité de l'Attaque des Places. 61--82
II. Mémoires & Calculs des Munitions néceſſaires pour un Siége.
1. Mémoire.
83 .
11. Mémoire. 89.
111. Mémoire. 95.
L'ART
1
L'ART
DE LA
GUERRE ;
PREMIERE PARTIE ,
CONTENANT
DIVERS PRECEPTES
ESSENCIELS A CET ART.
CHAPITRE PREMIER .
Comme l'on doit remédier aux Efforts de l'Ennemi qui enveloppe
une Droite ou une Gauche de l'Armée.
980080
CHA-
GUERRE , I Partie , Chapitre II. 3
CHAPITRE SECOND.
Ce qu'ilfaut faire , pour éviter un Ennemifupérieur , &
Ses Surprises .
LORSQU'UN Ennemi recherche àvous combattre par laSupé-
riorité des Forces qu'il a fur vous , il ne faut pas ,pour cela , s'en
trop éloigner , en l'évitant. On peut quelques - fois prendre des Si- :
l'Ennemi par ſa Fuite: parce que le Deffilé, qui lui apartagé ſesFor-
ces, feroit le même Obſtacle pour aller à lui;& qu'il pourroit profi-
ter, pourprendre ſaRevanche , du Momentoùilvous yverroit engagé.
La Supériorité des Troupes , qui font diſperſées dans une pareil-
le Situation , devient inutile pour le Combat. On ne peut fe fervir
que de celles qui font engagées au Deffilé. C'eſt dans ces Surpri-
ſes, faites à propos , que l'on connoit leMérite d'un Général, qui ſçait
étudier les Démarches de fon Ennemi , & qui l'embarraſſe de manie-
re , que , malgré ſa Supériorité , il ne sçauroit s'en tirer ſans un E-
chec conſidérable.
Le Prince de Condé nous en a donné un Exemple des plus har-
dis , dans la Journée de Seneff. Quoique j'en aïe encore parlé ailleurs
(* ) , je dirai , au ſujet de ce Chapitre , qu'étant de beaucoup plus
foible que le Prince d'Orange, il ſe poſta avantageuſement au Camp
du Piéton, pour être à portée d'étudier ſes Démarches. Là , il
ſçut profiter à tems du Moment que l'Ennemi engagea fon Ar-
mée dans les Deffilez de Seneff & du Fay , pour s'avancer du côté
de Mons. Le Prince de Condé marcha fur lui ; attaqua l'Armée
des Eſpagnols , qui en faifoient l'Arriere; la chargea avec une Dif-
poſition qui convenoit au Terrain & aux Forces qu'il y trouvoit ;
& la renverſa avec tant de Vivacité , que les prémieres Trouppes du
Prince d'Orange , qui avoient paffé les Deffilez , n'eurent pas le
Tems de revenir, pour avoir Part à cette Action.
La Maniere , dont notre Général ſçut prendre ſon Parti , fitbien
connoitre la Grandeur de fon Génie , & donna l'Occafion aux Géné-
raux & aux Trouppes de faire briller leur Conduite & leur Valeur :
& l'on peut dire du Prince de Condé , qu'il eut été plus victorieux ,
s'il eut pu ſe réfoudre à donner des Bornes à ſa Victoire.
Il y a eu des Généraux , qui , ne ſe rebuttant jamais des Périls , ſe
font laiſſé conduire par leur feule Valeur. La Gloire, qui étoit leur
Guide, ne leurfaiſoit enviſager, que lePlaifirdevaincre. Mais , l'on peut
dire, que leur Bonne-Fortune aeu ſouventplusdePart, queleurCon-
duite , à la Victoire qu'ils ont remportée.
CES Coups hardis , ce me ſemble, ne font permis qu'à ceux qui ſe
trouvent dans un Péril évident , qu'il faut franchir: auſſi les nom-
me-t- on des Coups de Deſeſpoir. Il y a plus de Prudence à les évi-
ter , qu'à les rechercher, puisque l'Evénement en eſt très incertain.
Un Général , qui ſe voit à portée de ſon Ennemi, doit s'attendre
à toutes les Surpriſes qu'il peut lui faire : & , par la même Raifon ,
il
(*) Voiez ci-deſſous , Partie II, ChapitreX.
GUERRE , I Partie , Chapitre II. 5
CHAPITRE TROISIEME.
L'Avantage qu'il y a à prévenir l'Ennemi , pour l'attaquer.
le prémier l'Ennemi. Cette
ILy a ungrandAvantage à attaqueraugmente
Audace inquiete fes Trouppes , & la Confiance & la
Valeur de vôtres. Souvent , l'on dérange la Diſpoſition , qu'il vou-
loit faire , pour vous combattre. Il ſe voit alors forcé de ſe confor-
mer à vos Démarches , quand même on lui feroit inférieur.
CETTE fiere Conduite , foutenue par des Actions de Valeur , le
déplace, & lui fait perdre du Terrain, dont on profite. Cela cauſe
de la Confufion dans l'Ordre qu'il avoit tenu : & , quelque Effort
qu'il puiſſe faire pour la réparer , celui , qui a commencé d'être le
Vainqueur , s'il ſçait ſe ſervir de ſes prémiersAvantages , rend toutes
les Entrepriſes de fon Ennemi inutiles.
Il eſt très efſſenciel , lorſqu'on veut prévenir un Ennemi , d'ob .
ſerver que la Situation du Terrain foit au moins égale; ne pas atten-
dre , s'il eſt poſſible, qu'il foit en Bataille, pour le combattre ; le
reſſerrer fur le Terrain qu'il n'a pas encore occupé;& avoir un Corps
de Réſerve en état de ſe porter aux Endroits néceſſaires .
La Diſpoſition des Trouppes doit être conforme au Lieu où l'on
doit combattre , & aux Forces que l'Ennemi y a placées. Il faut que
les Attaques foient bruſques & générales , afin qu'il ne puiſſe pas ,
dans le Tems de l'Action , affoiblir un Côté , pour en fortifier un au-
tre. On doit , autant qu'on le peut, bien étudier ſes Mouvemens ,
&lui en fufciter par des Actions vives & fréquentes , afin qu'il ne
foit occupé que de fa Deffence , & qu'il ne puiſſe pas avoir le Tems
de former aucun Projet contre vous. IL
1
GUERRE , I Partie , Chapitre III. 7
IL faut , fur toutes chofes , qu'un Général couvre bien ſes Flancs , &
faſſe tous ſes Efforts , pour entamer ceux des Ennemis. C'eſt par
la bonne Diſpoſition des Trouppes, conforme au Terrain que l'on
occupe, que l'on peut parvenir & réüffir à cette Attaque. Elle déci-
de bientôt de la Victoire , lorſqu'elle eſt conduite avec Fermeté , &
que l'on a des Trouppes à portée , qui ſoutiennent celles qui font
dans l'Action. Et, comme on le va bientôt voir , les Généraux doi-
vent être autoriſés du Général , pour manœuvrer lesTrouppes qui font
à leurs Ordres , afin de profiter des fauſſes Démarches de l'Ennemi ,
ou de réparer un Defordre arrivé.
IL faut avoir projetté un Lieu de Retraitte , & la Marche qu'il
faut tenir pour y arriver , en cas d'un Evénement facheux.
ENFIN , quelque Capacité qu'ait un Général , il n'eſt pointGarant
du Succès: il l'eſt ſeulement de fa Diſpoſition. C'eſt par elle , que
l'on tient l'Ennemi en Reſpect , qu'on furmonte les Difficultez les
plus conſidérables , & qu'on peut le vaincre à Forces inégales.
****************
/ CHAPITRE QUATRIEME .
La Confiance , que le Général doit marquer aux Officiers - Géné-
raux , dans une Altion.
CHAPITRE CINQUIEМЕ.
Comme l'on doit fuivre l'Ennemi qui s'est trop avancé dans le Païs.
LORSQUE L'Ennemis'est
du Général trop &avancé
de le fuivre, dansle Païs
d'occuperles
, il eſt de la
Poſtes qui le ref-
ferrent de près , pour lui couper les Vivres.
BIEN qu'on pût aller à lui pour l'attaquer , il y a plus de Prudence
àobſerver ſes Démarches , pour le harceller , &le combattre dans ſaRe-
traitte. Une Action , conduite de cette forte , aſſure bien des Victoires
en détail , avant qu'il ait furmonté toutes les Difficultez de faMarche.
Si l'on marche pour attaquer l'Ennemi dans ſonPoſte, c'eſt le pré-
venir à fon Avantage, que de lui offrir un Combat, qu'il peutgagner
par la bonne Situation qu'il aura priſe. Il eſt beaucoup plus
prudent de l'attendre aux Deffilez dans lesquels il eſt obligé de
s'engager,pour faire fa Retraitte. On l'aſſujettit à bien des Mar-
ches & Contre-Marches hazardées , dont les Momens font
très périlleux ; parce qu'il n'en faut trouver qu'un ſeul , pour enve-
lopper une Partie de ſes Trouppes. Elles n'ont plus , dans ce tems-
là,la même Attention à ſe ſecourir. Celles , qui font dans le Dan-
ger, ſe deffendent , mais foiblement, ſe voïant privées de tout Se-
cours. Celles , qui trouvent l'Occaſion d'avancer Chemin , tâchent
d'éviter le Péril. La Fuite entraine les uns , & la Terreur ſaiſit les au
tres,
GUERRE , I Partie , Chapitre V. 9
CHAPITRE SIXIEME.
Des Occafions où l'on doit emploïer les Rufes de Guerre.
DANSlesChofeslesplus difficiles,
des Reſſources , qui peuvent on trouve
réparer des Expédiens
les Deffauts &
d'une Situa-
tion deſavantageuſe , ou même garantir contre laSupériorité des Forces
de l'Ennemi. Alors , un Général , animé par l'Honneur & l'Intérêt de
l'Etat& de fonRoi, ſe fert de fon Expérience , pour trouver des Rufes
de Guerre , qui puiſſent détourner & rendre inutiles les Surpriſes de
ſon Ennemi.
Un Général , qui eſt forcé , par exemple , de combattre fort ou
foible ; pour arréter l'Ennemi , ou pour ſe retirer d'un mauvais Pas ,
ne peut prendre d'autre Parti , que de faire une Difpofition qui con-
vienne à fes Forces , à celle de l'Ennemi , & à la Situation du Lieu
où il ſe trouve.
IL faut , dans le moment que l'Occaſion ſe préſente favorable , faire
de fauſſes Attaques , garnir certains Endroits de Feux, deTambours,
de Timballes , & de Trompettes , où le Bruit de Guerre ſe répete;
afin que l'Ennemi y porte ſes Forces , ou les y laiſſe, & ne puiſſe s'en
ſervir aſſez tôt, pour empécher le Projet d'une Marche ou d'uneAtta-
que que l'on veut éxécuter. Un Général habile , qui a projetté une
ſemblable Feinte , diſpoſe ſes Forces dans d'autres Lieux , pour for-
cer celles qu'il veut pénétrer, avant que l'Ennemi aïe connu fon
Deſſein .
LES Hiſtoires anciennes , & les modernes , font remplies d'Exem-
ples de cette Sorte , qui ont réüffi.
MR. DE TURENNE, à la Bataille d'Arras , fit faire des Feux , &
planter des Mêches allumées ,dans les Endroits où il vouloit contenir
I'Ennemi , ou bien où il vouloit qu'il portat des Trouppes (*).Dans
les Marches , qu'il a faites en Allemagne , pour ſedérober à fon Enne-
mi , combien de Rufes & de Contre-Marches n'a-t-il pas faites , qui
lui ont attiré l'Eftime des plus grands Généraux de fon Tems ?
On avu, àla Journée de Fleurus , Mr. de Luxembourg ſe dérober
à fon Ennemi par une Marche vive, qu'il fit faireà la Cavallerie de fa
Droite , pour l'attaquer par fon Flanc gauche , ce qui avança le Suc-
B себ
(*) Vosez ci- deſſus , II Partie , Chapitre VI.
10 L'ART DE LA
CHAPITRE SEPTIEME.
Il faut se contenir dans ſa Victoire , pour en profiter.
S'ILy abeaucoup de Prudence àprofiterdes Avantages que l'on
à fe foutenir dans fa Vic-
a fur l'Ennemi , il n'y en a pas moins
toire ; parce que , ſouvent il peut trouver des Reſſources , qui vous
ôtent tous ces prémiers Avantages.
ON a l'Exemple de pluſieurs Actions de cette Sorte, qui, aïant été
bienconduites juſqu'à un certain Point, n'ont été perdues , que par la
grande Vivacité des Généraux , qui vouloient porter leurs Entrepri-
ſes trop loin.
LES plus habiles Généraux ont ſçû faire un Pont d'Or à leur En-
nemi , dans le Fort de leur Victoire ; & n'ont cru pouvoir l'affûrer ,
qu'en favoriſant ſa Retraitte. Ils ont travaillé dans ce moment pour
leur Gloire , ne voulant pas riſquer de perdre une Victoire , qui ne
leur étoit aſſurée, que par la Retraitte de leur Ennemi.
IL faut que la Prudence du Général agiſſe ſuivant l'Occaſion qu'el-
le ſçait déméler , en retenant fes Trouppes à propos ; afin de ne
rien perdre de la Confiance , qu'il doit s'en attirer par fa bonne Con-
duite. C'eſt l'Ecueil des Hommes peu expérimentez , qui ne favent
pas ſe ſervir de leurs Forces , & de leurs Avantages. Ils connoiſſent
feule
GUERRE , I Partie, Chapitre VII. 11
1
12 L'ART DE LA
CHAPITRE HUITIEME .
Les Moïens de furprendre un Convoi.
POURfurprendre l'Ennemi dansun Convoi, ilfaut, avanttoutescho-
être bien informé de fa Marche , du Tems auquel il doit la
faire , du Lieu d'où il part , de celui où on le conduit, & duNombre
de Trouppes qu'il a pour l'eſcorter.
Le Général , alors , diſpoſe ſes Détachemens fur ceux qu'a faits
l'Ennemi , & tient ſecret ce qu'il peut faire ,juſques au momentqu'il le
fait partir. Il envoïe enſuite , ſur la Route du Convoi , pluſieurs Par-
tis , qui ne ſe découvrent pas , & d'autres du côté de l'Armée enne-
mie : afin d'être averti à tems des Trouppes qui pourroient en fortir
pour protéger ce Convoi , &de leur en oppofer par de nouveaux Dé-
tachemens; donnant Avis de tout à l'Officier qui conduiroit l'Entre-
priſe.
IL eſt très eſſenciel , pour une ſemblable Expédition, que leGéné-
ral choififle un Officier d'Expérience , & qui connoiſſe bien le Païs. Il
ordonne auffi, à tous les Détachemens qu'il envoïe à la Guerre, de fui-
vre ce Convoi à portée de fa Marche , de faire avertir de tous les
Mouvemens de l'Ennemi celui qui commande , & de ſe joindre à lui
fur ſes Ordres , ou même au prémier Feu qu'ils entendront , pour
en venir aux Mains.
L'OFFICIER , qui eſt chargé de l'Entrepriſe, doit ſe porter ſur la
Marche de ce Convoi, le ſuivre à même Hauteur , juſqu'a ce qu'il
trouve le Moment & l'Occaſion de l'attaquer avecAvantage. Čela
dépend du Tems favorable que l'on prend, lorſqu'il ſe trouve emba-
raflé & partagé dans quelque Deffilé, ou qu'il fait Halte pour faire
repofer fes Trouppes , & repaitre fes Chevaux & ceux de la Cavalle-
rie qui l'eſcorte; ou que les Trouppes , par la Confiance , qu'elles ont
des Approches de leur Camp , ou de la Place , où elles doivent re-
mettre ces Munitions , ſe négligent , & prennent les Devans , pour
arriver des prémiers. Un habile Commandant, qui ſçait étudier tous
ces Mouvemens, trouve toujours l'Occafion d'en profiter.
Pour réüflir dans cette Attaque , on fait donner pluſieurs Allertes
endifférens Endroits ,dans le tems qu'on tombe avecla plus forte Partie
de ſes Trouppes fur celui qu'on voit le plus dégarni & le plus avantageux
pour fon Expédition. On fuit ſans relache l'Ennemi , on l'attaque
vive-
GUERRE , 1 Partie , Chapitre VIII. 13
CHAPITRE NEUVIEME .
Ce qu'ilfaut faire , pour tirer les Contributions.
SI l'onleaPaïs
projetté d'établir des Contributions , pendant l'Hiver ,
ennemi , il faut auparavant ſe faire informer des Troup-
pes qui pourroient fortir des Places, faire fon Plan ſur laDifpofition
que l'on doit tenir pour aſſembler ſes Forces , marcher bruſquement
pour maſquer les Avenues des Villes , pendant que les Détachemens
de Cavallerie &de Dragons vont en avant dans le Païs ennemi , aux
Lieux qui leur font marqués , avec de bons Guidesbien gardez , pour
ſe ſaiſir desBourguemêtres , & autres Notables.
B 3 LE
14 L'ART DE LA
CHAPITRE DIXIEME.
Conduite de deux habiles Généraux dans une Action.
,
Superioriterineral
c'eſt l'Expérience, qu'il s'eſt acquiſe dans les Actions ,quiluifait
trouver les Moïens de réſiſter aux Efforts de fon Ennemi : & c'eſt elle ,
qui le rend inébranlable dans le plus grand Péril.
DEUX habiles Généraux , qui ſeſuiventdeprès, ſe fontunJeu con-
tinuel deMouvemens , Marches , Contre-Marches,Rufes , & Surpriſes
étudiées, pour prendre leursAvantages, avantqued'envenir à l'Action.
Quelquefois , la Situation duLieu ,& la Difpofition du Terrain , join-
tes à la Proximité de leurs Armées , & à l'Envie de combattre , les
détermine. C'eſt dans ce moment , qu'ils donnent tous leurs Soins à
faire une Difpofition conforme aux Avantages du Terrain , à cacher,
s'il eſt poſſible, leur Manœuvre , pour pénétrer une Droite , ou une
Gauche, ou le Centre. A force de Troupes en Colonnes , on les dif-
poſe pour parer ces Coups , par des Corps de Réſerve , & Détache-
mens deBrigades.
CHA-
16 L'ART DE LA
CHAPITRE ONZIEME.
De l'Application , que doivent avoir les Officiers , qui veulent par.
venir aux Emplois confidérables ; & de la Néceſſité qu'il
y a pour eux de connoitre les différens Services.
Leſt très difficile à l'Homme , qui ſe deſtine à la Guerre, d'arriver
I au But qu'il ſe propoſe, ſans en connoitre les Routes , & lesDif-
ficultez qu'il faut furmonter.
C L'E-
18 L'ART DE LA
L'ETAT d'un Officier eſt pénible , laborieux , & dur , avant que
de pouvoir arriver auxEmplois de Distinction. Mais comme ceux , qui
enſurmontent les Obſtacles , en font récompenfez, l'Idée, qu'on ſefait
de leur Rang & de leur Elévation , engage les autres à les fuivre.
CEUX , qui ſe donnent au Service , doivent s'appliquer à bien con-
noitre leur Emploi , remplir exactement leurs Fonctions , profiter
des Avis de leurs Supérieurs , ne point ſe rebutter ni ſe roidir contre
le Commandement , s'occupper à contenir le Soldat dans les Poftes
où ils ſont détachés avec eux , fans avoir aucune Tolérance pour
les Pareſſeux & les Libertins ; & donner , par leurs Exemples , &
leur Affiduïté , une Emulation qui attire les autres à leur Devoir.
ILS doivent éviter le Jeu & les Débauches , qu'on peut leur re-
procher , dont l'Habitude ternit leur Réputation ,& peut corrompre
laJeuneſſe qui chercheàles imiter ;s'appliquer à la Lecture des Livres
qui inſpirent la Vertu , & de ceux des Mathématiques , de l'Hiſtoire ,
desBatailles, Siéges , & Mouvemens , qui font remarquables , pour y
apprendre à parler de leur Métier; s'aſſocier avec des Perſonnes de
Sçavoir & de Mérite , pour profiter de leur Converſation & de leur
Exemple ; tâcher à s'élever dans les Emplois laborieux & de Détail,
pour s'informer & s'inſtruire de toutes Chofes ;neplaindre , ni la Pei-
ne , ni le Tems , lorſqu'il s'agit du Service ; être toujours égal , en
toutes Occaſions , pour être prêts à tous Evénemens , afin d'attendre
avec Fermeté ce qui peut arriver , pour mieux prendre ſon Parti.
Rien n'affermit plus un jeune Homme au Bien , que ces dignes & u-
tiles Occupations.
ILS doivent avoir une Subordination parfaite, pour leurs Offi-
ciers ſupérieurs. C'eſt par cette Soumiflion , qu'ils apprenent leur
Métier , & qu'on le leur enfeigne avec plaifir , quand on leur connoit
l'Efprit docile & foumis.
COMME la Vie de l'Officier & du Soldat eſt ſouvent agitée par des
Commandemens épineux , il faut qu'ils s'y préparent de bonne heu-
re , en évitant la Molleſſe; afin de s'aſſujettir aux Peines , pour les
mieux ſupporter dans les Momens difficiles.
Ils doivent encore s'occuper à bien faire l'Exercice , & à connoi-
tre parfaitement toutes les Evolutions , pour les apprendre aux Sol-
dats; afin , dans l'Occafion , d'en faire l'Ufage qui peut convenir.
C'eſt la Choſe , qui me paroit la plus effencielle , & la plus néceſſai-
re, pour rendre un Officier capable de commander, puiſqu'elle eſt vé-
ritablement le Guide des Actions brillantes , pour bien nanœuvrer les
Trouppes devant l'Ennemi , ſoit pour l'éviter , ou pour le combattre.
LES Officiers , qui ont paflé par tous ces Dégrés avec beaucoup
d'Application , & qui font Capitaines , font enEtatdebienfervir dans
toutes
GUERRE , I Partie , Chapitre XI. 19
!
GUERRE , I Partie , Chapitre XI. 21
1
22 L'ART DE LA
Coups imprévûs. Il faut néceſſairement, pour parvenir à cette
grande Perfection , aimer beaucoup fon Métier. Alors , on en
furmonte plus aisément les Difficultez & les Peines.
Un de plus grands Généraux de notre Tems a dit , qu'il n'avoit
appris à furmonter les Difficultez de ſon Métier , que parce qu'il
l'avoit aimé ; & que , dans les Occafions , où il s'étoit trouvé , il
s'étoit autant appliqué à remarquer les Fautes qu'on y avoit faites ,
que ce,qui en avoit caufé le Succès : que, par ce Moïen , il avoit con-
nu l'Art de s'inſtruire ; & que la Gloire , qu'il y avoit de ſe procurer
des Talens pour s'élever aux Emplois de Diſtinction , faifoit ſup-
porter les Peines & les Travaux les plus pénibles.
J'AI entendudire à unOfficier-Général d'un rare Mérite, &quieſt
mort Maréchal de France , qu'il n'avoit eu nulleautreEtude,ni Scien-
ce, que celle d'aimer fon Métier: qu'il s'y étoit élevé par Dégrés ;
qu'il étoit très perfuadé , qu'un Officier, qui voudroit parfaitement
s'appliquer, en ſçauroit autant & plus que lui, s'il vouloit recher-
cher avec Exactitude tout_ce qui a rapport à la Guerre ; que le Dé-
faut de la plus part des Officiers étoit de ſe trop diſſiper par la Mol-
leffe & les Plaiſirs, de peu réfléchir ſur leur Etat & fur leur Emploi ,
&ſouvent d'en parler, &d'en décider, ſans le connoitre à fonds ; &
que l'Homme de Guerre ne reſtoit ignorant , que par fon peu d'Ap-
plication , parce qu'il évitoit trop volontiers la Peine & le Travail.
L'OFFICIER marche toujours d'un Pas ferme & égal dans le
Sentier de la Gloire. En quelque Dégré d'Elévation qu'il ſe trouve ,
il croit n'avoir encore rien fait ; & il veut toujours s'avancer. Les
Férils ne peuvent l'arréter: il les franchit tous , avec Audace. Il
les connoît , cependant, par le Malheur des autres. Mais , quoi-
qu'il ſe flatte de les furmonter, il trouve ſouvent , dans le Fort de
fa Courſe , le Moment fatal , où il eſt arrété. Voilà le Terme de
l'Ambition de l'Homme.
CHAPITRE DOUZIEME .
UNc'eſ d'enCho
E tdes tretfes
enir les Tro
eſſees
les plus upp ncieàlles pour ven
faire ſou le tBie
l'Ex du ceServ, ice,
n erci &à
leur apprendre les Evolutions néceſſaires , pour agir & ſe mouvoir à
propos
GUERRE , I Partie , Chapitre XII. 23
cette belle Difcipline , fi utile parmi les Trouppes. Elle lie & fou-
tient une étroite & merveilleuſe Subordination. Elle anime & fait
mouvoir ce grand Nombre d'Hommes au prémier Ordre. Non feu-
lement les Généraux y doivent mettre leur plus grande Attention ,
il eſt encore d'une Néceſſité abſolue , que chaque Officier particulier
:
*****************天明8:
CHAPITRE TREIZIEME . !
augmente fes Idées , on les dirige , & l'on en fortifie ſes Projets.
Les plus grands Hommes liſent toujours , pendantla Guerre , com-
me dans la plus profonde Paix. Les Commentaires de César, & les
autres
GUERRE , I Partie, Chapitre XIII. 25
CHAPITRE QUATORZIEME.
Le Service de la Cavallerie.
IACavallerie eſtd'un
impofe beaucoup Secours merveilleuxdans
à l'Ennemi. un Avantages
Elle a de grands Armée. Elle
en
Plaine , dans une Action , quand on fçait s'en ſervir à propos. El-
le y protege l'Infanterie , & combat le Sabre à la Main. Si elle eſt
forcée de ſe rompre, les Eſcadrons d'une autre Ligne ſe préſentent à
l'Ennemi , pour lui donner le Tems de ſe rallier. Ses Courſes & fes
Démarches vives font des Effets ſurprenans dans une Bataille , lorf-
qu'elle peut déborder la Ligne de l'Ennemi , leprendre par ſes Flancs ,
par ſes Derrieres , ou se mettre à quelque Poſte , pour l'arréter dans
fa Retraitte. D Elle
26 L'ART DE LA
ELLE cauſe ſouvent le Gain des grandes Actions , par l'Activité
avec laquelle elle ſe porte & éxécute bruſquement les Ordres du Gé-
néral , dont le Coup-d'Oeil découvre dans le moment ce qu'il faut
qu'elle faſſe. Lorſqu'elle peut pénétrer par des Efforts violens l'In-
:
fanterie ennemie, elle la deffait. Ily a un Nombre infini d'Actions
dans l'Hiſtoire , qui n'ont été gagnées , que par ſon Secours.
Il faut à ſa Tête des Officiers d'Expérience & de Fermeté. Com-
me elle eſt promte pour agir, fi on la conduiſoit foiblement , au
prémier Revers de Fortune , elle pourroit faire des Ecarts dangereux ,
dont l'Ennemi profiteroit. Il faut avoir beaucoup d'Attention, pour
la rallier , & la retenir. Lorſqu'elle combat avec Fermeté , & qu'elle
eſt dans la Mélée , l'Action est très fanglante , par les Coups de Sa-
bre qui ſe repettent vivement.
L'HABILETE' des Officiers , qui la commandent , conſiſte à s'effor-
cer de la faire entrer par les Flancs des Eſcadrons ennemis. Celle ,
qui doit la foutenir , remplit le Vuide de celle qui a pénétré. Dans les
Coups deſeſpérez , elle peut venir fondre fur les Victorieux , les met-
tre en Defordre , & donner le Tems aux Trouppes renverſées de ſe
former , & gagner la Victoire.
On s'en fert trèsutilement,pour les Eſcortes des Convois, pour pro-
⚫téger les Fourageurs , pour apprendre des Nouvelles des Ennemis ,
pour faire des Courſes fur eux , & les intriguer , pour prendre les
Devans d'une Marche, & pour s'emparer des Situations avantageu-
ſes d'un Camp qu'on veut occuper. Elle en affure le Front , les
Flancs , & les Derrieres , par de grandes Gardes , que l'on y place.
ELLE eſt très eſſencielle dans les grandes Places afſſiégées. Elle
contient les Habitans, & fait des Sorties fur les Travaux des Enne-
mis , lorſque le Terrain le permet. Dans les Sieges que l'on fait ,
elle porte la Facinne pour les Tranchées ; &, par fa Diligence, elle
procure l'Avancement des Ouvrages. Ellepeut même combattre Pied-
a-terre , quand l'Occafion le demande.
CHAPITRE QUINZIEME.
L'Utilité des Dragons , dans une Armée , & dans les Places.
ES Dragonsfont très néceſſairesdansune Armée. Onles place or-
LESDragons font tresnece à la Gauche des Lignes ;& quelquefois
on leurfait occuperdesPoſtes avancés. Ils font auflile Service de laCa-
vallerie ,
GUERRE , I Partie , Chapitre XV. 27
CHAPITRE SEIZIEME .
Ce que peut faire l'Infanterie dans toutes les Occafions.
ILferoit difficille de bien détailler les différens Services , que peut
rendre l'Infanterie. Elle eft propre à toutes les Expéditions : &
28 L'ART DE LA
Côtez. Monfieur de Luxembourg, qui voulut les entamer, leur fit
tirer de fort près pluſieurs Coups de Canon. Il en éxamina la Dif-
poſition ; & , voïant en eux une très bonne Contenance , il aima
mieux leur faire unPont d'Or, que de riſquer , après avoir gagné la
Bataille , de faire périr une Trouppe en fi bon Ordre, d'en prendre
peu , & d'en perdre beaucoup.
A LABataille de Rocroi, que n'a- t- on pas vû de la Valeur & de
la Fermeté de l'Infanterie Eſpagnole. Elle ſe ſoutint en Plaine , con-
tre une Armée victorieuſe. Quelque Effort quefit laCavallerie pour
l'entamer , elle n'en feroit pas venu à bout , ſans la Droite de l'Infan..
terie , qui l'enveloppa. Le Duc d'Anguien l'y conduifit ; & elle fa-
vorifa, par fon grand Feu,leMoment à notre Cavallerie de la péné-
trer & de la défaire(*).
QUAND on ſçait conduire l'Infanterie , & l'animer à propos , on
eſt en état de tout entreprendre. Rien n'étonne celui qui la com-
mande. Il peut arréter l'Effort le plus violent de l'Ennemi. Elle
ſçait prendre les Places les plus formidables. Elle deffend les plus
foibles , avec beaucoup de Fermeté. Rien ne lui échape de ce qui
:
peut lui procurer l'Occafion de ſe diftinguer ou de vaincre. Les
Poſtes les plus difficiles , pour affurer un Camp , & en conferver
les Avenues , lui font confiés , ainſi que les Enceintes des Fourages ,
pour en garder les Deffilez , & occuper les Villages. Elle eſt mer-
veilleuſe, pour deffendre les Paſſages des Rivieres , attaquer les Re-
tranchemens , & les deffendre. Elle est très néceſſaire , pour efcor-
ter les Convois , & afſeurer les Poſtes qui ſe trouvent fur leurs Mar-
ches.
Ily a des Occurences , où l'on peut mettre de l'Infanterie en
Crouppe derriere la Cavallerie , pour s'emparer bruſquement d'un
Poſte, pour faire Feu fur celle de l'Ennemi , pour la rompre, la dé-
placer, ou foutenir la nôtre. Par ce Moïen , on peut gagner du
Terrain & du Tems , & prendre de grands Avantages fur fon En-
nemi..
LES Officiers , qui s'appliquent à bien étudier tous ces Mouve-
mens, peuvent fe rendre recommandables , & parvenir aux prémie-
res Dignitez de la Guerre.
(*) Voiez ci-deſſous, II Partie , Chapitre I.
г ८
L 1
CHA-
1
GUERRE , I Partie , Chapitre XVII. 29
11 поня
Deffilez , pour qu'elle puiſſe arriver en même tems que les Trouppes
aux Expéditions les plus promtes.
UNE Artillerie bien placée , & bien ſervie, aide à rompre les Li-
gnes & Retranchemens des Ennemis , & par ſes Effets procure aux
Trouppes le Moment heureux d'y pénétrer. Elle foutient les Ponts ,
deffend les Paſſages & Deffilez , & facilite une Retraitte. Elle eſt
utile dans toutes les Occafions où l'Infanterie peut ſeporter. Elleaide à
foutenir le Paſſage des Rivieres aux Colonnes de l'Armée. Son Parc
eſt un Attelier ambulant, où l'on trouve du Secours pour le Bien du
Service.
ELLE eſt très eſſencielle pour aider à prendre les Places. Elle en
détruit les Remparts. Elleva porter le Feu ſous les Baſtions les plus
impénétrables , qu'elle renverſe par l'Effet de ſes Mines , de fes Bom-
bes, de ſes Boulets rouges , & de ſes Pots-à-Feu. Elle embraze les
Villes , & les réduit en Cendres. Tout frémit à ſon Feu , & rien
ne lui peut réſiſter.
ELLE eſt de la même Utilité , pour la Deffenſe des Places , quand
on ſçait s'en fervir comme il faut.
Il y a beaucoup de Sçavoir à bien diſpoſer lesBrigades de l'Artil-
lerie , pour former un Equipage de Campagne , y faire trouver tout
le Canon néceſſfaire , & porter toutes les Munitions de Guerre , fui-
vant la Force & le Nombre des Trouppes de l'Armée , ainſi que cel-
les qui doivent ſervir à l'Ufage de l'Artillerie.
ILnieur.
faut avoir beaucoup de Capacité , pour devenir parfait Inge-
L'Expérience eſt lavraieEcole où il trouve mieux à s'inſtrui-
re. C'eſt la Regle la plus certaine à la Guerre. La Deſcription d'un
Siége , quelque juſte qu'elle foit, eſt trop foible , pour celui , qui
n'en ajamais vû. Il ne peut y prendre des Vûes aſſez étendues , ni
débrouiller les Parties différentes de ce Cahos qu'il faut ſçavoir dé-
velopper. On ne sçauroit bien fortifier une Place, ni en faire conf-
truire tous lesOuvrages, fans en ſavoir proportionner les Deffenfes au
Terrein , & à ce que l'Ennemi peut faire pour l'attaquer. Ce n'eſt
point la Grandeur, i la belle Conftruction , des Places , qui en font
le Mérite , & la Force ; mais bien la Diſpoſition , & la Pofition.
SÇAVOIR
GUERRE , I Partie , Chapitre XVIII.
31
SÇAVOIR conduire tous ces Travaux en connoitre toute la Dé-
و
***************** ぁ文明8:
dres : & la Diverſité des Soins , dont il eſt chargé , n'empêche pas que
tout ne ſe trouve en fon Lieu pour être diftribué ſuivant le
Tems dont on eft convenu.
Tous ces Ordres différens ſe rapportent au même But. Ceux ,
qui en font chargés , les éxécutent à propos. Ils favent à qui ils
doivent répondre , & ſe rendent aux Endroits qui leur font mar-
qués. C'eſt un Cahos , qui ſe débrouille par la bonne Diſpoſition que
fait le Général.
Il y a quelque - fois des Contre - tems facheux , qui arrivent par
des Convois , qui font pris ou pillés , auxquels il faut remédier fur
le champ. C'eſt par les Soins de l'Intendant , & par fa Capacité ,
que tout ſe peut réparer.
DANS le preffant Beſoin d'Argent , il ſçait en tirerdesVilles de fon
Intendance , où il a bien établi ſon Crédit. La Confiance des Peu-
ples eſt une des Chofes qui lui fournit les Moïens de réüflir , quand
il ſçait en faire un bon Ufage.
LES Précautions , que doit prendre l'Intendant pour les Hopitaux
de l'Armée , doivent être continuelles , parl'Attentionqu'il a de les voir
ſouvent, de nommer des Commiſſaires des Guerres entendus , pour
veiller à la Subſiſtance des Malades & de Bleffés , à la Bonté des A-
limens , des Remedes , & des Médicamens. La Vigilance , que doi-
vent avoir les Médecins & Chirurgiens , & autres Perſonnes prépo-
fées pour les foulager ,dépend ſouvent de ſes Soins. Lorſque les Mar-
ches des Armées font fréquentes & vives , on fait tranſporter , au-
tant qu'il eſt poſſible , les Malades & les Bleſſés aux Hopitaux des
Places les plus voiſines.
Sur les Fins de Campagne , il y a encore des Diſtributions ,
que l'Intendant fait faire par les Commitfaires des Guerres aux
Trouppes dans leurs Quartiers. Ces Répartitions , bien projettées &
entendues ,font eſſencielles pour maintenir les Trouppes à portée du
Païs de l'Ennemi , pour y prendre les Poſtes qui conviennent , &
&pour y porter la Guerre, lorſque l'Occaſion le demande.
İLy a mille autres Détails & Occaſions , par leſquelles un Inten-
dant expérimenté peut beaucoup aider au Général, pour la Réüffite
de ſes Entrepriſes .
Pour ce qui regarde les Munitions de Guerre , celui , qui
commande l'Artillerie , fait partir pour l'Armée ce qu'il en faut dif
tribuer aux Trouppes , au Commencement de la Campagne , ou
ce qui est néceſſaire pour foutenir une Action. Mais , comme il
:
1
34 L'ART DE LA GUERRE , I Part. Chap. XIX.
tenir les Trouppes en haleine , il faut en ce cas-là en avoir dans
les Places de la Frontiere , que l'on puiſſe tirer ſans entamer le
Fonds qui leur eſt deſtiné. Ce font des Précautions d'une fi grande
Conféquence , qu'il ne faut pas les oublier. Toutes ces Difpofitions ,
bien ordonnées , favoriſent les Entrepriſes que le Général veut for-
mer.
L'ART
L'ART
DE LA
GUERRE ;
SECONDE PARTIE ,
CONTENANT
CHAPITRE PREMIER.
Bataille de Rocroi , donnée le 19 Mai 1643.
1
36 L'ART DE LA
(* ) de Fuentes.
GUERRE , II Partie , Chapitre I. 37
CHAPITRE SECOND . 4
:
39 L'ART DE LA
CHAPITRE TROISIEME .
Bataille de Nortlinghen , donnée le 3. d'Aout 1645 .
LEfuivi
Vicomte de Turenne , aïant peu de Forces en Allemagne , fut
de près par le Général Merci, qui lui étoit ſupérieur. Le
Duc d'Anguien, informé de ſes Forces , y marcha à grandes Jour-
nées. Après la Jonction des deux Généraux , ils allérent droit à
l'Ennemi. Comme il étoit très bien poſté, ils réſolurent d'affiéger
Nortlinghen , pour l'engager , par cette Entrepriſe , à venir ſecourir
cette Place , ou pour le déplacer; ce qui arriva, ainſi qu'ils l'avoient
projetté.
Le troiſieme d'Aout , le Duc d'Anguién , & le Vicomte de Tu-
renne , voïant l'Armée Ennemie à portée d'eux , mirent leurs Troup-
pes en Bataille , & firent attaquer le Village retranché , que l'Enne-
mi avoit au Centre de fa Ligne. On y fut repouffé très vivement.
On renouvella cette Action par des Trouppes fraiches , qui n'y réüs-
firent
40 L'ART DE LA
firent pas mieux que les prémieres ; parce que le Général Merci, qui
connoifloit la Conféquence de ce Pofte, conduifoit lui - même ſa Def-
fenfe , & la rendoit très opiniâtre. Le Duc d'Anguien , las de voir
que rien n'avançoit, s'y porta. Il eut un Cheval tué fous lui , &
fut bleffé ; & , peu de tems après , le Général Merci y fut tué. Le
Duc d'Anguien , malgré ſes Bleſſures , anima avec tant de Fer-
meté les Trouppes , qu'il ſe rendit le Maître de ce Village.
Le Maréchal de Grammont, qui commandoit l'Aile droite, fut
renverſé. Il fit des Actions d'une grande Valeur , pour rallier fes
Trouppes. Il ſe mit à la Tête de deux Régimens Irlandois , qui
combattirent comme des Lions. Mais , il fut contraint de céder à
la Force , & fut fait Priſonnier.
LE Vicomte de Turenne , bleffé en faiſant charger la Droite de
l'Ennemi , ne ceſſa pas pour cela de la faire attaquer vivement. La
Valeur , qui ſe trouvoit égale des deux Côtez , fit balancer la Victoi-
re; mais , le Duc d'Anguien , qui s'étoit rendu le Maître du Villa-
ge, alla joindre la Gauche , où étoit le Vicomte de Turenne , & fe
mit à la Tête des Trouppes Heſſiennes , qui formoient la ſeconde
Ligne. Il arréta ainſi l'Ennemi , & donna le Tems à la prémiere
Ligne , qui avoit été en defordre , de ſe rallier.
Ces deux Généraux , après pluſieurs Repriſes très opiniâtres , en-
foncérent enfin , & mirent en Déroute , la Droite de l'Ennemi و
dont on fit un grand Carnage. L'on prit leur Général Gléen , &
quinze Piéces de Canon.
Les Bavarois , qui avoient gagné le Terrein de notre Droite ,
voïant la leur défaite, ſe retirérent très vite , & abbandonnérent le
Canon qu'ils avoient pris.
La grande Valeur du Duc d'Anguien, & du Vicomte de Turen-
ne ; leur Attention continuelle, malgré leurs Bleſſures , à rallier eux-
mêmes les Trouppes , & à les conduire au Combat , fans ſe rebuter
des Evénemens facheux ; afſurérent cette grande Victoire , que la
Fermeté du Général Merci avoit fi long-tems balancée.
CHA-
GUERRE , Il Partie , Chapitre IV. 41
CHAPITRE QUATRIEME.
Bataille de Lens , donnée le 20 d'Aout 1648.
LEdres
Prince&deétoit
و
Condé
fort(*) commandoit
faché l'ArméeLéopold
, que l'Archiduc du Roi en
eutFlan-
pris
Lens: mais , ne trouvant pas Occaſion d'attaquer l'Armée Eſpagnol-
le, qui étoit très bien poſtée devant cette Place , & ne pouvant fai-
re ſubſiſter la fienne , ni même trouver de l'Eau dans le Camp qu'il
avoit occupé , il ſe retira du côté d'Arras. Cependant , étant bien
informé , que l'Archiduc étoit beaucoup plus fort que lui , & qu'il
pourroit en fe retirant en être attaqué , il diſpoſa ſes Trouppes de
maniere , qu'elles étoient , dans leurs Marches , toujours prêtes à com-
battre , aïant fait ferrer ſes Eſcadrons & fes Bataillons , pour remplir
le Terrain de fa Marche.
L'ARCHIDUC ne manqua pas auſſitôt de ſuivre l'Armée du Prin-
ce de Condé. Se perfuadant qu'elle fuïoit, il la chargea bruſque-
ment. Mais , il trouva des Trouppes , qui , bien loin de fuir , ren-
verférent celles qui les attaquoient. Les Ennemis revenant à la
Charge avec un plus grand Nombre , rompirent à leur tour les nô-
tres. Le Duc de Chatillon , qui commandoit la Gendarmerie , répa-
ra ce Coup avec tant d'Habileté & de Diligence , qu'il auroit entié-
rement deffait les Cravates & les Trouppes Lorraines , fi l'Archiduc
n'étoit arrivé auſſitôt à leur fécours , avec toute la Cavallerie de la
Droite ; ce qui obligea le Duc de Chatillon de ſe retirer , n'étant pas
foutenu , ni même à Forces égales.
Le Prince de Condé , quoiqu'inférieurde beaucoup à l'Ennemi ,bien
loin de fonger à la Retraitte , diſpoſa lui-même les Trouppes du Roi
pour le Combat. Il ſe mit à la Tête de la Droite, & le Maréchał
de Grammont à la Gauche. Le Prince de Condé eſſuia d'abord ,
fans tirer un ſeul Coup, tout le Feu de l'Aile gauche de l'Ennemi ,
que commandoit le Comte de Salles. Il fit marcher auffitôt bruf-
quement à l'Ennemi , l'Epée à la Main , & renverſa les Trouppes de
cette Ligne. L'Archiduc,voïant cette Confufion , fit avancer prom-
te-
tement ſa ſeconde Ligne ; & , ranimant ſes Trouppes , fit plier les
nôtres. Le Marquis de Villequier fut pris dans cette Occaſion.
Le Prince de Condé, attentifà tout ce qui ſe paſſoit , répara fur
le champ ce Defordre , & fit dans l'inſtant joindre le Corps de Ré-
ſerve , avec les Eſcadrons Allemands , que commandoit le Géné-
ral Herlack (*). Ces Trouppes donnérent avec tant de Valeur fur les
Cravates , que ceux- ci prirent la Fuite , & entrainerent avec eux le
Reſte de leurs Troupes.
Le Maréchal de Grammont , qui étoit à la Gauche , & le Comte de
Buquoi à la Droite des Ennemis , combattirent long-tems avec beau-
coup de Fermeté : mais , a la fin , le Maréchal fut le Vainqueur.
Le Duc de Chatillon , qui commandoit le Corps de Bataille , ainſi
que leGénéral de Beek (†) celuides Ennemis , firent de violentesAtta-
ques. Les nôtres pliérent ; mais , étant foutenus par les Gendar-
`mes , ils ſe ralliérent , & poufferent fi vivement les Ennemis , qu'ils
gagnérent le Champ de Bataille , où le Général Beek fut pris , &
mourut auffi-tôt de ſes Bleffures.
La bonne Diſpoſition , que fit le Prince de Condé , au Commen-
cement de cette Action, pour ſe retirer, arréta les prémiers Efforts
de l'Ennemi , le renverfa, & donna au Prince le Tems de ſe diſpo-
fer au Combat. Par fon Ardeur & fon Activité naturelle, il anima
les Généraux , & les engagea à ſe ſervir des Trouppes ſuivant le Be-
foin ; ce qui fit le Mérite de cette Journée , malgré la Supériorité de
l'Ennemi.
CHAPITRE CINQUIEME.
Bataille de Rethel , donnée le 13. de Décembre 1650.
[Link] de Turenne , mécontent du Cardinal Mazarin , fe joi-
Lgnit à l'Archiduc , avec lequel il marcha du côté de la Cham-
pagne. Le Maréchal du Pleſſis-Pralin , qui commandoit l'Armée
du Roi , alla droit à Rethel ,qu'il affiégea le neuvieme de Décembre.
Le Vicomte de Turenne , qui vouloit fecourir cette Place , engagea
l'Archiduc à cette Entrepriſe. Ils arrivérent avec leurs Trouppes de-
vant l'Armée du Roi le treizieme de Décembre, mais trop tard , la
Ville étant rendue.
ILS réfolurent auſſi-tôt de combattre. Les deux Armées s'y diſpo
férent.
(*) Erlach. (+) Beck.
GUERRE , II Partie , Chapitre V. 43
00000000000000000000****0888
CHAPITRE SIXIEME.
Bataille d'Arras , donnée le 25. d'Août 1654.
Reims , il fut , avec toute fa
APRE'Sque le Roi eut été facré à
Cour , devant Stenai. Le Maréchal d'Hoquincourt conduiſoit
le Siége de cette Place. Le Vicomte
F2
de Turenne (* ) , qui avoit
af-
(* ) Rentré au Service de France.
44 L'ART DE LA
1
GUERRE , II Partie , Chapitre VI. 45
loit forcer; ce qui affoiblit les autres Quartiers , & favorifa les Atta-
ques qu'on avoit projettées.
La prémiere , qui fe fit au Quartier de Dom Ferdinand de Solis ,
trouva peu de Réſiſtance ; & l'on en ruina les Travaux , afin que la
Cavallerie y pût pénétrer. Le Marquis de Bellefons , qui commandoit
les Enfans perdus , aïant de ſon côté ouvert des Paſſages au Lignes,
facilita l'Entrée aux Trouppes du Vicomte de Turenne , qui pouffé-
rent les Ennemis juſqu'à la Pointe du Jour. Alors , notre Cavallerie
entra dans leur Camp.
Le Maréchal de la Ferté trouva beaucoup de Réſiſtance de fon Cô-
té. Le Vicomte de Turenne , qui voulut foutenir les Trouppes de
ce Maréchal , s'avança fur lebordd'uneRavine qui traverſoit laLigne de
Circonvallation , & que le Prince de Condé deffendoit. Ilyeut-làbeau- 1
CHAPITRE SEPTIEME.
Bataille des Dunes , & Prise de Dunkerque , le 14. & le 24. de
Juin 1658 .
QUOIQUE la Difficulté fût très grande pour former le Siége de
Dunkerque, Place environnée de pluſieurs Canaux deVilles د
CHAPITRE HUITIEME .
Le Paffage du Rhin , ou Bataille du Toluys (* ) , le 12 de
Juin 1672.
RIEN n'eſtdansplusla Hollande.
grand, queSaceMajeſté
que fitmarcha
le Roi,avec
pourporter la
des Forces
conſidérables , partagées en quatre Corps ; dont l'un étoit ſous les
Ordres de Philippes Duc d'Orléans , Frere du Roi;l'autre, fous Louis
de Bourbon , Prince de Condé , le troiſieme , ſous le Vicomte de
Turenne ; & le Roi conduiſoit le quatrieme , qui étoit ſupérieur en
Nombre.
CES Corps d'Armées marchérent par différens Endroits. Cha-
que Général eut Ordre de faire la Conquête des Places qui ſe trou-
voient dans leur Marche. Le Roi prit Orfoi & Rimbergue ( * ).
Le Prince de Condé , & le Vicomte de Turenne , prirent Wefel &
Burick. 1
LE
(* ) Tolhuys. ( † ) Rhinberg.
48 L'ART DE LA
:
GUERRE , II Partie , Chapitre VIII. 49
fon Neveu mort , & fut lui-même bleſſé au Bras. Picqué de toutes
Façons , il fit faire Main baſſe ſur les Ennemis , & deffit tout ce qui
ne put pas ſe retirer aſſez vîte. On alla enfuite contre le Fort de
Toluys (*) , ou Fort d'Eskin (†) , qui étoit par lui-même impre-
nable. La Peur, aïant faiſi ceux qui le gardoient , ils l'abbandonné-
rent. On s'en rendit Maître , & l'on pénétra dans le riche Païs de
Bettaw , que l'on mit à Contribution.
AUSSITÔT que le Maréchal Vurſt (4) s'apperçut de toutes ces
Chofes , & que le Roi avoit paſſé ce Fleuve fur un Pont d'Airain , il
ſe retira avec le Reſte de ſes Trouppes , pour joindre le Prince d'O-
range , qui abbandonna ce Païs , & jetta une Partie de ſes For-
ces dans les Places qu'il laiſſoit derriere lui, & fe retira au de-là
d'Utrecht.
CETTE grande Action paroitra ſurprenante à ceux qui la liront.
Mais , ils ne doivent pas s'étonner. La Préſence du Roi a toujours
fait furmonter les Obſtacles les plus difficiles , par les Ordres que Sa
Majefté à ſçu donner à propos. Chaque Général a tout mis en Ufa-
ge , pour les éxécuter ; & l'Emulation des Trouppes pour combattre
n'a rien épargné pour ſa Gloire.
おおおお
CHAPITRE NEUVIEME.
Bataille de Saintzim ()) en Allemagne , donnée le 6. de Juin 1674.
LEenVicomte de ,Turenne,
Allemagne
qui commandoit
étant informé
les Trouppes du Roi
des Mouvemens des Ennemis , &
des Trouppes qui devoient le joindre , réſolut de leur livrer Bataille
avant leur fonction.
Le Duc de Lorraine, & le Général Caprara , qui commandoient
l'Armée ennemie , marchérent à Helbron (**) , pour éviter le Com-
bat , & y attendre en fûreté leur Secours.
Le Vicomte de Turenne les fuivit avec tant de Diligence , qu'il
fit en fix Jours de Marche ce que les Ennemis ne firent qu'en douze.
CES deux grands Généraux laiſſérent des Trouppes dans plu-
fieurs
(*) Tolhuys.
(+ ) Fort de Schenck. Ce Fort eſt différent de Tolhuys , & à quelque Diſtance.
(+ ) Le Velt- Maréchal Wurts.
(§ ) Sintzheim.
(**) Hailbron.
G
50 L'ART DE LA
CHAPITRE DIXIEME .
Combat de Seneff, donné le 11. d'Aout 1674.
E Prince de Condé , aïant appris la Jonction des Forces de l'En-
L nemi en Flandres , commandées par le Prince d'Orange , fe re-
trancha avec ſon Armée au Piéton , Camp des plus avanta-
geux.
Le Prince d'Orange, qui ſe voïoit une Armée de foixante & dix
mille Hommes , s'avança à portée de celle du Roi, pour la dépla-
cer; mais , il n'en put venir à bout,par la bonne Conduite du Prin-
ce
(*) Sintzheim.
G2
52 L'ART DE LA
ce Condé, qui avoit un Deſſein, & qui penſoit autrement que lui ,
puiſqu'il vouloit lui-même le ſurprendre , & le combattre.
LE Prince d'Orange , réſolu de tenter quelque-choſe , ſe mit en Mou-
vement, &fit défilerfon Arméedu côté de Mons , par Seneff & le Fay.
Le Prince de Condé , qui le fuivoit de près , connut alors que l'En-
nemi partageoit ſes Trouppes par cette Démarche , à caufe des Def-
filez : & , quoi-que plus foible , il ſcut profiter de cette Occafion
pour l'attaquer.
L'ARME'E ennemie ſe trouvant dans la Situation que je viens de
marquer , le Prince de Condé la laiſſa entrer dans les Deffilez ; & ,
fachant que l'Avant-Garde les avoit paſſez avec le Corps de Bataille ,
il fit attaquer bruſquement l'Armée des Eſpagnols , qui faifſoit l'Ar-
riere Garde. Elle fut renverſée avec un Corps de quatre mille Che-
vaux.
La Maiſon du Roi y fit des Actions d'une grande Valeur. "
Le Duc de Villahermoza , qui commandoit cette Arriere - Garde ,
ſe jetta dans Seneff, avec ce qu'il put raſſembler de Trouppes. Il
futcontraint d'abbandonner tous les Bagages auPillage. LePrince de
Vaudemont, qui commandoit le Corps de Cavallerie, fit favoir au Prin-
ce d'Orange la Situation facheuſe où ilſe trouvoit avecle Ducde Villa-
hermofa. Le Prince d'Orange leur envoïa auffi-tôt trois Bataillons ,
qu'on jetta dans ce Village: mais, le Prince de Condé le fit attaquer
fi vivement , qu'il fut emporté.
IL pénétra enſuite au Corps de Réſerve , qui étoit fort de trente
Bataillons. La Préſence du Prince de Condé anima les Trouppes du
Roi de maniere , qu'elles enfoncérent celles de l'Ennemi , & prirent
le Reſte de leurs Bagages.
Le Prince d'Orange , informé de tous ces Malheurs , marcha avec
le Corps de Bataille & le Comte de Souches , pour arréter lesTroup-
pes du Roi. Le Prince de Condé , animé par tant de Succès , crut
en avoir fait trop peu. Il attaqua l'Armée ennemie , dans des Jar-
dins , Haies , Houblonnieres , & Deffilez impraticables , dont elle de-
fendoit les Pafſſages. Ce Prince fit tous fes Efforts pour y pénétrer
l'Ennemi. Mais , la Force du Lieu ,foutenue par un grand Feu , lui
faifoit perdre beaucoup de Tems & de Monde. La Gloire de vain-
cre lui fit encore furmonter tous ces Périls. Il força enfin le Prince
d'Orange à fe retirer au Fay,fur la Colline de ce Village, où étoient
les Trouppes Hollandoiſes ,& il y ramena aufli les Fuïards. Le Prin-
ce de Condé , aïant remarqué ce Mouvement , avança la Maiſon du
Roi , qui rompit cette Infanterie. Le Marquis d'Afſentar , qui avoit
au pied de cette Colline quatre Bataillons , avec quelques Débris d'In-
fanterie , y fut tué , & fes Trouppes miſes en Déroute.
LE
GUERRE , II Partie , Chapitre X. 53
CHAPITRE ONZIEME .
Bataille de Caffel , donnée le 11 d'Avril 1677 .
TERoi , qui vouloit prévenir l'Ennemi en Flandres , fit en Perſonne
le Siége de Valenciennes. Cette Place fut priſe le 17 de Mars. Sa Ma-
jeſté fit auſſi-tôt inveſtir Cambrai par leDuc de Luxembourg , & s'y
rendit pour en faire le Siége, tandis que le Duc d'Orléans alla à St. O-
mer. Le Maréchal Dhumieres (*) avoit pris les Devants, pour l'inveftir.
Le Prince d'Orange, étonné de tant d'Entrepriſes à la fois , af-
fem-
(*) d'Humieres .
G3
54 L'ART DE LA
CHAPITRE DOUZIEME . 1
IEenDuc de Luxembourg,
Flandres , fit continuer Blocus de les
qui lecommandoit Trouppes
Mons
du Roi
, juſques à ce
qu'il eut appris des Nouvelles certaines de la Paix qui ſe régloit à
Nimegue. Il fit toujours camper l'Armée à portée de cette Place
pour en éloigner l'Ennemi.
LE Prince d'Orange, qui étoit à la Tête d'une puiſſante Armée ,
très mécontent de ce que toutes les Choſes s'avancoient & ſe termi-
noient à Nimegue malgré lui , chercha l'Occaſionde rompre la Paix ,
ou de fatisfaire fon Reflentiment , par une Bataille. Pour cet effet , il
précipita ſa Marche la Nuit du quatorze au quinze d'Août , pour
furprendre les Trouppes du Roi , qui venoient d'arriver au Camp de
St.-Denis , où étoit la Droite. La Gauche s'étendoit du côté de
Cas-
(*) d'Humieres.
56 L'ART DE LA
Caſtiau (*) , dans une Plaine, aïant derriere elle un Bois & Mons .
& au Front du Camp le Ruiſſeau de Saint-Denis , qui defcend de
Caftiau.
LE quinzieme d'Août , ſur les neufHeures du Matin, le Duc de
Luxembourg reçut, par un Courrier de Nimegue , la Nouvelle, que
la Paix venoit d'être ſignée. Le même Courrier la portoit au Roi, &
l'avoit déjà donnée an Prince d'Orange.
L'ARRIVEE de ce Courrier apporta pour un moment de la
Tranquilité au Camp. Mais, notre Général fut bien furpris d'ap-
prendre vers les onze Heures duMatin,que le Prince d'Orange avoit
marché toute la Nuit ; & que , malgré la Certitude qu'il avoit de la
Paix , il venoit à lui pour l'attaquer.
AUSSI - TÔT , le Duc de Luxembourg monta à Cheval , & s'a-
vança fur la Hauteur de Saint-Denis , de l'autre côté du Ruiſſeau , où
étoit le Régiment de Feuquieres , qui couvroit le Quartier général.
On vit alors les Trouppes des Ennemis , qui ſe formérent très vite
de ce Côté-là.
Sur le champ , notre Général ſçut prévenir tout ce que le Prince
d'Orange pouvoit entreprendre , par une Diſpoſition aufli prompte
que bien ordonnée. Il commença par faire avancer les Dragons de
Firmarcon (†) dans les Haies près de l'Abbaïe de Saint-Denis , qui
foutinrent le prémier Choc des Ennemis , avec le Régiment de Feu-
quieres. Il fit avancer, le long du Ruiſſeau , les deux Lignes d'In-
fanterie , qui occupoient le Terrein depuis Saint - Denis juſques à
Caſtiau. La Cavallerie étoit du côté de ce Village fur plufieurs
Lignes , pour remplir le Terrein de cette Plaine. Il envoïa aufli-tôt
des Ordres à Mr. de Montal d'avoir Attention au Debouché du
Bois d'Avrai ; & à Mr. le Baron de Quinci de ſe porter à fon
Poſte vers la Trouille , & de le faire avertir de tout ce qui s'y pas-
feroit.
TOUTES Chofes en cet Etat , le Prince d'Orange commença par
attaquer vivement le Poſte de l'Abbaïe de Saint-Denis. Les Dra-
gons, & le Régiment de Feuquieres, efluïérent tout le Feu de l'En-
nemi avec beaucoup de Fermeté , & donnérent le Tems de faire la
Diſpoſition néceſſaire, pour garnir le Ruiſſeau de ce Coté-là. Le
Prince d'Orange crut,qu'étantle Maître de l'Abbaïe, il le feroit du
Ruiſſeau: mais , quelque Effort qu'il put faire, il n'en put venir à
bout. Dans ce tems, il fit coulerdes Trouppes , pour pénétrer le
Bois
(*) Cateau ou Chaſteau , Village de Hainaut.
( + ) Fimarcon.
GUERRE , 11 Partie , Chapitre XII. 57
CHAPITRE TREIΖΙΕΜΕ .
Bataille de la Marfaille , donnée le 4 d'Octobre 1693 .
IEs'en
Ducrendre
de Savoie, qui, faifoit le Siége de Pignerol , ne pouvant
le Maitre ſe contenta d'attaquer & prendre le Fort
de Sainte-Brigide, pour bombarder cette Place. Craignant encore ,
que le Maréchal de Catinat , qui s'approchoit avec de nouvelles For
ces , ne le combattît avec Avantage, & ne lui fit lever le Siége, il
ſe retira à Marſaille , après avoir preſſé le Bombardement , & s'y
poſta avantageuſement.
Il y avoit à ſa Gauche une Montagne : fa Droite avoit une
Plaine devant elle; & tout le Front de l'Armée étoit couvert par
une petite Riviere. Le Maréchal de Catinat , qui faisoit Diligence,
alla reconnoitre la Situation de l'Ennemi : & , voïant qu'il n'avoit
pas occupé la Hauteur du Chaſteau de Pioſaſco , d'où l'on pouvoit
remarquer tous fes Mouvemens , il s'en rendit le Maître, par un
Détachement de Trouppes choifies. L'Ennemi , qui en faiſoit auffi
marcher , les contremanda , aufli-tôt qu'il fçent ce Poſte occupé.
Le Maréchal de Catinat ordonna la Difpofition de fon Armée
fur deux Lignes. Mais , aïant appris , que le Duc de Savoie chan-
geoit la fienne , & qu'il augmentoit de beaucoup fa Droite , pour
pénétrer notre Gauche , le Maréchal fit paſſer_de la Droite à la Gau-
che la Gendarmerie , qu'il remplaça par les Régimens de la Reine
& de Saint-Maurice Cavallerie.
COMME tout ce Païs étoit fort coupé de Vignes & de Brouffail-
les,
GUERRE , II Partie , Chapitre XIII. 59
AUSSI - TÔT qu'il fut donné , elle s'ébranla en même tems d'un
Pas égal , effuia le prémier Feu de l'Ennemi , & fans tirer tomba
fur lui la Baïonnette au bout du Fufil , avec tant de Fermeté & de
Valeur , que la prémiere Ligne des Ennemis fut renversée , & mife
dans un fi grand Defordre , que le Duc de Savoie fut obligé de faire
avancer la feconde Ligne , pour arréter l'Ardeur des Trouppes du
Roi , & donner le Tems à ſa prémiere Ligne de ſe rallier ; ce qui ſe
fit affez promtement , par la Diligence de ſes Généraux. Mais , la
Gauche de la feconde Ligne n'eut pas un meilleur Sort , quoiqu'elle
eut de la Cavallerie dans les Intervalles de l'Infanterie.
Le Maréchal de Catinat , attentif à tous les Mouvemens de l'En-
nemi , fans perdre de Tems , diſpoſa ſes Trouppes. Il fit charger
avec toute la Vigueur poſſible la ſeconde Ligne. Quelque Effort
qu'elle pût faire , elle fut pénétrée & battue. La Droite , où le Duc
de Savoie avoit augmenté ſes Forces , réſiſta d'avantage , & repouf-
ſa pluſieurs fois notre Gauche. Le Maréchal, qui vouloit laiſſer au
Duc de Vendôme la Gloire de tout ce qui ſe paſſoit de fon Côté, ne
s'y porta point. Il y envoïa diligemment des Trouppes , qui venoient
de lui arriver. Cette Augmentation lui donna Moïen d'étendre
auſſi-tôt ſa Ligne , de maniere quela Gendarmerie déborda beaucoup
la Droite de l'Ennemi. Une Partie en attaqua le Flanc , & l'autre
ſe replia fur les Derrieres , qu'elle enveloppa. Dans cette Situation ,
toutes les Trouppes ſe ranimérent avec une Ardeur incroïable , que
le Duc de Vendôme éxcita par fa Préfence & fon Activité. L'Enne-
mi , qui crut alors être enveloppé , abbandonna le Champ de Ba-
taille , où l'on prit tout fon Canon , ſes Munitions de Guerre , &
beaucoup de Prifonniers.
La fage Conduite, qu'a tenue le Maréchal de Catinat dans cette
Journée, a bien fait connoitre le rare Mérite de fon Génie pour la
Guerre. Sa Difpofition fut promte & merveilleuſe. Cette Manie-
re d'attaquer bruſquement l'Ennemi de tous Côtez , en Ordre , &
en même Tems , donna un grand Avantage aux Trouppes du
Roi. Les Efforts de l'Ennemi , contre notre Gauche fufpendirent
pour quelque Tems la Victoire. Ce Général ne voulut point s'y
H2 por-
60 L'ART DE LA GUERRE , II Partie , Chapitre XIII.
porter, pour ne rien ôter à la Gloire du Duc de Vendôme , dont
l'Habileté & le grand Courage ſcurent , dans le plus fort de l'Ac-
tion , accabler l'Ennemi par fon Flanc , le pénétrer , & l'obliger à
céder le Champ de Bataille à des Trouppes , qui ſont invincibles ,
L'ART
L'ART
DE LA
GUERRE ;
TROISIEME PARTIE ,
CONTENANT UN
TRAITE DE L'ATTAQUE
DES
PLACES ,
SUIVI DE III ME'MOIRES ET CALCULS DES MUNITIONS
NECESSAIRES POUR UN SIEGE.
Σ
ON
DES . PLACES. 65.
A
68 DE L'ATTAQUE
LORSQUE les prémiers Travaux & Tranchées font un peu affer-
mis, il faut y ménager les Terreins les plus avantageux , pour y
placer des Batteries de Canon, qui ruinent celles des Alliégés &
donnent plus de tranquilité aux Travailleurs.
IL faut auffi obſerver , lorſque laGarniſon eſt forte , & conduite
parun Commandant valeureux & expérimenté,de conſtruire &d'af-
furer des Places d'Armes , au Centre & aux Flancs de la Tranchée.
Cela fert înfiniment à ſe mettre en Etat d'arréter la Vivacité de l'Af-
fiégé dans une Sortie, en lui opposant un Nombre ſuffifant de
Trouppes , & à foutenir d'abord les Travailleurs.
On ne doit pas négliger de bien perfectionner tous ces Ouvrages ,
en leur donnant les Epaiſſeurs , Elévations , Largeurs , & Profon-
deurs néceſſaires; afin que les Trouppes y foient à couvert, & puif-
ſent ſe porter d'un Endroit à l'autre avec facilité , & qu'on puif-
ſe voiturer le Canon & les Mortiers dans les Tranchées , pour les
conduire aux Batteries. Toutes ces Précautions donnent de grands
Avantages aux Afliégeans pour avancer leurs Ouvrages & les
:
foutenir.
IL eſt encore très eſſenciel de diſtribuer les Batteries de Canon &
de Bombes , de maniere qu'elles frapent chacun l'Objet qui leur eſt
marqué,avec un Nombre de Piéces proportionné à la Grandeur de
l'Ouvrage qu'elles battent. Elles doivent battre ſans relâche, afin
de ralentir le Feu de l'Ennemi , & de faciliter l'Avancement des
Travaux.
• On établit auſſi des Batteries à Ricochet , à la Droite , & à la
Gauche , pour tirer de Jour fur les Revers des Chemins couverts &
Ouvrages. Si elles n'en chaſlent pas les Affiégés ,elles les empêchent
au moins de ſe montrer , pour faire Feu fur les Travailleurs. Le
Maréchal de Vauban nous a mis dans cet Uſage, qui lui a réüffi
dans les Siéges qu'il a faits.
A-MESURE que l'on avance , on diſpoſe de nouvelles Batteries ,
& l'on fait enforte que tous ces différens Feux ſe croifent , & con-
courent à la Deſtruction des Ouvrages de la Place, & à la Protection
de la Tranchée.
Pour la Difpofition , que l'on doit tenir auxBatteries , il eſt né-
ceſſaire que les Officiers d'Artillerie, qui en font chargés , reconnoif-
fent le Terrein qu'on leur a marqué , & fur toutes chofes l'Ouvrage
& les Faces qu'ils doivent battre. Ils reglent l'Etendue de leurs
Batteries ſur le Nombre des Piéces qu'ils y doivent placer , en mefu-
rant leur Terrein : &, donnant fix à ſept Pas deDiſtancepour chaque
j
Piéce ,
7
DES PLACEST 69
Piéce, on plante des Piquets , pour figurer le Contour de la Batte-
rie , & la Difpofition qu'elle doit avoir, pour faire Face aux Ouvra-
ges qu'il faut battre.
ON prend les Terres au dehors de la Batterie : on y approfondit
un Foflé; & l'on en jette les Terres dans l'Alignement des Piquets.
On éleve cette Batterie à la Hauteur deſept à huit Pieds , & plus , s'il
eſt beſoin. On laiſſe dix-huit à vint Pieds d'Epaiſſeur juſques àfon Fof-
ſe , en laiſſant au bord une Berme de deux Pieds , pour recevoir les
Décombles que peut caufer le Canon de la Place...
LES Officiers , qui ont conduit ce Travail, font retirer les Tra-
vailleurs auſſitôt que le Jour paroit. On doit avoir, dans ce tems ,
d'autres Travailleurs , pour facinner le Dedans de la Batterie , & la pi-
[Link] luidonne unpeudeTalus endehors ,pour que leFacinnage
& les Terres ne ſe rejettent pas en dedans. On ouvre l'Embrazure , à
laHauteur de la Genouillere à deux Pieds &demi ou trois Pieds. On
donne pour l'Ouverture des Embrazures en dedans deux Pieds ; & ,
en dehors, ſept,huit , à neufPieds. La Hauteur des Merlons eſt de
cinq, fix , à ſeptPieds,audeſſusde laGenouillere : & le tout ſe propor-
tionne ſuivant que laSituation du Lieu le demande , & que le Feu des
Affiégés vous y obligent. On n'ouvre point les Embrazures par le
dehors , que toutes les Piéces de la Batterie ne ſoient enétat de tirer.
LESPlates-Formes ont quinze à dix-huit Pieds de Longueur, & 4
à 6 Pouces de Pente ſur le devant , afin que les Piéces ſe remettent
d'elles-mêmes en Batterie. Il y a encore , fur le Derriere des Plates-
Formes , quinze Pieds de Terrein , pour y agir avec aiſance , même
dans le tems que les Piéces reculées portent leurs Affuts au de-là de
laPlate-Forme.
IL faut ménager,fur le Derriere ou dans les Côtez des Batteries ,
de petits Magazins à Poudre , creusés dans la Terre , couverts de
Madriers , de Facinnes , & de Terre , qui ſoient éloignés de quin-
ze à vint Pieds les uns des autres. Il eſt très eſſenciel, que les Bat-
teries ne ſervent point de paſſage aux Trouppes , pour ſe rendre à la
Tranchée , à cauſe des Accidens qui peuvent en arriver. Les Ma-
driers pour les Plates-Formes ont deux Pouces d'Epaiſſeur , & un
Pied de Largeur. Ceux de devant ont huit à neuf Pieds de Lon-
gueur, & ceux de derriere en ont douze à quinze. Le Heurtoir ,
qui eſt au pied de la Genouillere , eſt de même Longueur que les
Madriers de devant , & a cinq ou fix Pouces d'Epaiſſeur. Chaque
Piéce doit avoir à la Batterie deux, Lanternes , un Refouloir , un
Ecouvillon ,un Boute-Feu, deux Dégorgeoirs , & un Sac de Cuir
pour la Poudre. Il faut fix Canoniers , pour le Service de chaque
Piéce. 13 LES
70 DE L'ATTAQUE
Les Batteries , que l'on fait dans les Tranchées & Boyaux , fe
difpofent & fe font autrement que celles dont je viens de parler.
On ſe fert du Parapet de la Tranchée ; & , fans en rien rompre , on
cherche des Terres au loin pour la former fuivant lesOuvragesqu'el-
le doit battre. On lui donne les Epaiſſeurs , Elevations , & Profon-
deurs , lorſque le Terrein le permet.
Pour les Batteries , que l'on eſt obligé de faire dans les Prairies ,
on ſe fert de Gabions de cinq Pieds de Diametre , fur fix à ſept de
Hauteur. On en place quatre par le Dedans de la Batterie , trois
dans le Milieu , & deux au Dehors. On remplit tous ces Gabions ,
& les Vuides qui font entre eux , de Terre & deGazons ; & l'on figu-
re de même Façon le Contour de cette Batterie, ſuivant l'Objet que
l'on veut battre.
A L'EGARD des Batteries , qu'on est obligé d'élever pour plonger
dans des Ouvrages , il faut , ſi le Lieu n'eſt pas favorable , les élever
avec de la Terre & des Facinnes , juſqu'à ce qu'on reconnoiſſe qu'el-
les peuvent faire l'Effet que l'on en ſouhaitte. On obſerve toujours
les mêmes Hauteurs , Epaiſſeurs , Meſures , & Diſtances , pour cha-
que Piéce; à caufe des Accidens qui peuvent en arriver , fi on les
diminuoit. Les Batteries à Ricochet ſe font à la droite & à la gau-
che des Attaques. On éleve ſeulement un Epaulement de cinq a fix
Pieds , pour les tirer à toute Volée. Elles font bien- tôt faites : ne
demandant pas tant de Régularité que les autres , & étant peu ex-
poſées au Feu des Afliégés; parce qu'elles font placées ſur lesExtré-
mitez des Tranchées.
Pour les Batteries à Boulets rouges , on peut y tirer de Nuit , fans
Epaulement, lorſque le Feu de la Place n'eſt pas violent. Mais ,
que ces Coups frappent de Nuit les mêmes Endroits qu'ils frap-
poient de Jour. Ainſi, joignant la Direction du Mortier au Dégré
d'Elévation que l'on a connu , pour que les Bombes tombent fur la
Brêche , il eſt très difficile que lesEnnemis puiſſent ſe préſenter à re-
parer des Brêches dans des Endroits ſi dangereux , éclairez de Pots
a Feu & Carcaffes , où le Feu échapé de la Tranchée ſe porte aufli
vivement que celui qu'on y adirrigé. Il eſt très important de tou-
jours continuer les autres Attaques , afin d'occuper également ,& en
pluſieurs Endroits , les Affiégés , & les obliger à diminuer le Feu &
K2 la
76 DE L'ATTAQUE
éventer les leurs. Comme il peut arriver , que les Affiégés veuillent
foutenir l'Aſſaut à leurs Brêches , & qu'ils ſe ſoient retranchés ſur le
Terrein des deux Baftions & de leur Courtine : cette Fermeté de
leur part vous engage à une Attaque, qui ſoit vive , violente , &
bien foutenue. Pour cet Effet, on tire le Canon & les Bombes fans
relâche , Nuit & Jour , fur les Brêches , ainſi que les Boulets à Ri-
cochet deJour, afin d'ôter toute Facilité à l'Ennemi de les réparer.
Le Moment déterminé pour cette Action, on s'y diſpoſe par des
Précautions étudiées ; en forte qu'on puiſſe ſe foutenir malgré les
Evénemens .
C'EST dans une ſemblable Entrepriſe , que le Général doit animer
les Trouppes par fa Préſence , aiant auprès de lui l'Ingénieur en
Chef, le Commandant de l'Artillerie , & le Major-Général ; afin que
des Ordres foient éxécutez promtement , & que les Changemens ,
qu'on pouroit faire fur le champ au Projet de l'Attaque , ne caufent
aucunRetardement à l'Exécution. Toutes les Trouppes étant arri-
vées à leurs Poſtes, on les fait marcher d'un pas vif, fans ſuſpendre
l'Action. Quelque Perte qui arrive en marchant , il ne faut pas ſe
ralentir , mais remplir les Vuides , afin que l'Ennemi y trouve tou-
jours une Oppofition égale & opiniâtre , & que par la Force on fur-
monte les Obſtacles les plus périlleux & les plus grands. Comme le
Nombre des Affiégés eſt très inégal à celui des Affiégeans , la Con-
tinuation des Acttions toujours répétées l'emporte fur le petit Nom-
bre par le Tems , & par la Valeur, lorſqu'elles font conduites par un
Général habile , qui connoit le Danger d'une Retraitte, dans la quel-
le la Perte feroit peut-être plus grande, que dans les Efforts qu'il
faudroit faire pour foutenir l'Attaque.
APRE'S pluſieurs Aſſauts réïtérez , l'Ennemi ne pouvantplus réfif-
ter fans ſe perdre , fait battre la Chamade. Le Général des Affié-
:
geans,fatisfait de tant d'Actions valeureuſes ,doit écouter les Propofi-
tions des Affiégés, &, par Grandeur d'Ame, faire fervir la Victoire
même à récompenfer la Valeur & le Mérite des Vaincus. Il me
ſemble, que cette Maniere noble doit être d'Ufage à laGuerre, quoi
que le Contraire ſe ſoit pratiqué de notre Tems. Les Capitulations
rigoureuſes , contre des Trouppes qui ontbien fervi, peuvent deve-
nir contraires à ceux qui les impoſent. On affoiblit par-là l'Honneur
qu'il y a à ſe bien deffendre, quand la Fermeté & la Réſiſtancefont
fuivies du Traitement que doivent attendre ceux qui manquent de
K3 Va-
78 DE L'ATTAQUE
Valeur&de Courage. Il y a bien des Choſes qui ſurviennent dans
l'Attaque d'une Place , aux quelles il faut remédier fur le champ, &
qu'on ne peut détailler dans un Ecrit. Souvent, toutes les Difficul-
tez, que l'on croiroit rencontrer, ſe ſurmontent fans beaucoup de
Peine: & d'autres, qu'on n'avoit point prévues, ne peuvent ſe le-
ver que par de grands Efforts. Les Ouvrages ſe prennent autantde
fois , que l'Ennemi les regagne. C'eſt-là , où la Valeur doit ſe réï-
térer fans relâche: &, quelque Oppoſition qu'on puifle trouver, il
faut abfolument la furmonter par la Force , afin d'ôter à l'Ennemi
le Tems de réparer fon Defordre , & celui d'augmenter des Forces
qui pouroient rebuter vos Trouppes.
Je ne me fuis pas étendu ſur l'Attaque particuliere des différens
Ouvrages , qui peuvent fervir à la Fortification des Places , comme
les Tenailles , Ouvrages à Corne , & Ouvrages couronnez. Ces
grandes Piéces font ordinairement placées, pour couvrir les Parties
défectueuſes de la Place , & ont ſouvent des Branches foibles & très
attaquables. Ainsi , lorſqu'on ſçait attaquer les autres de dehors ,
comme j'ai marqué, onſçait cequi convient pour l'Attaque de ceux-
ci; puiſque l'Eſſentiel conſiſte à ſe rendre Maître du Chemin couvert
par les mêmes Regles qui ont été expliquées , lesquelles ſe prati-
quent plus facilement à l'égard de ces fortesd'Ouvrages , qu'àl'égard
de ceux qui font plus reflerez , & foutenus d'un Feu plus prochain.
L'ORDRE, que l'on doit tenir pour les Travailleurs de laTran-
chée, ſe regle fuivant laDemande que les Ingénieurs & les Officiers
d'Artillerie en font à l'Ordre. Ils ſe rendent à la Queue de laDroite
& de la Gauche , aux Heures marquées , & ſont conduits par les
Officiers-Majors des Trouppes aux Travaux. Il y a des Occaſions ,
où l'on doit leur faire porter leurs Armes , lorſqu'il s'agit de ſurpren-
dre ou de forcer quelque Ouvrage, ou de travailler très près de l'En-
nemi. Ainfi , ils font en Etat de fe foutenir , & d'aider à faire réuf-
fir l'Entrepriſe qu'on a formée. Les Ingénieurs les placent en-
fuite pour le Logement , & les en retirent pour les faire rele-
ver , lorſqu'ils ont rempli le Tems qu'on leur avoit marqué. S'il
y avoit dans une Action beaucoup de ces Travailleurs tuez ou
bleffés, je croi que, pour ne rien retarder au Travail, le Général
de la Tranchée doit , autant que l'Affaire eſt preſſante, & qu'il le
peut fans Danger , détacher des Trouppes de ſa Tranchée le Nom-
bre qu'on lui demande , pour remplacer les Travailleurs fur le champ.
ON
DES PLACES 79
diriger fon Feu fur les Flancs , Faces , & Parties, qui incommodent
l'Ennemi.
LE Nombre de Trouppes pour les Attaques ſe doit régler par l'E-
tendue du Front de l'Ouvrage que l'on veut attaquer , & par la For-
ce des Ennemis qui le deffendent. Pour la Diſpoſition, elle ſe fait
fuivant le Terrein que l'on peut occuper pour s'y préfenter : &, lorf-
que l'Action peut devenir opiniâtre , on double les Forces qui fui-
vent de près , & même en Colonnes , s'il eſt befoin. Elles remplif-
ſent toujours le Vuide du Terrein, à mesure qu'on le gagne. Tou-
tes ces Actions à découvert ne doivent point fouffrir de Retarde-
ment. Elles doivent ſe bruſquer , mais toujours avec Ordre.
Je dirai encore,qu'il eſt abſolument néceſſaire d'avoir des Mineurs
entendus , pour diriger les Mines, les Fourneaux , & les Fougaffes.
C'eſt un Métier , qui demande beaucoup d'Expérience & d'Applica-
tion, pour ſçavoir proportionner la Quantité de Poudre à l'Objet
que l'on veut renverſer ; conduire ſous Terre des Galleries , & y
faire des Rameaux dans l'Eloignement néceſſaire pour arriver au But
qu'on s'eſt propoſé; connoitre ce que peut faire l'Ennemi , pour ve-
nir à vous; parer ſes Coups , l'arréter , ou le furprendre. Il y a, dans
ce Travail , mille Choſes à obſerver pour bien placer les Fourneaux ,
les charger , & les étançonner, de maniere que l'Ouvrage tombe du
côté que l'on a déterminé ; mettre dans le Fourneau la Quantité de
Poudre qui convient à la Maſſe de Terre ou de Pierre , que l'on veut
enlever. Toutes ces Choſes dépendent autant de la Capacité , que de
l'Ufage. Pour les régler à propos, il faut connoitre la Peſanteur des
différentes Terres & Maçonneries ; & , par leur Poids , on déter-
mine avec plus de Préciſion la Quantité de Poudre , dont on ne con-
noit la Force relative , que par pluſieurs Expériences. On l'aug-
mente , ou on la diminue , fuivant que fa Qualité , & fes Dégrés de
Séchereffe & d'Humidité , la rendent plus ou moins vive. Le peu
que je ſçai de ce Travail m'apprend , que onze à douze Livres de
Poudre peuvent enlever une Toiſe cube de Terre de Sable ; qu'il en
faut quinze à ſeize Livres, pour une Toiſe cube de Terre argilleufe ,
plus condenſée ; neuf à dix Livres , pour une Toiſe de Terre remuée ;
vint Livres , pour une Toife cube de Maçonnerie ordinaire ; & au
moins quarante Livres , ſi l'on travaille ſous une Fondation.
MAIS , perſonne ne peut mieux donner le Détail de ces Chofes ,
que Mr. de Valliere , quand il voudra bien communiquer ſes Lumieres.
La parfaite Connoiſſance , qu'il a de la Géométrie la plus relevée ,
& de la vraie Phiſique, le met en état de decouvrir dans ces Matie-
L res
82 DE L'ATTAQUE DES PLACES.
res tout ce qu'on peut en connoitre,par le Raiſonnement , & par
l'Expérience.
Pour les Munitions de Guerre néceſſaires , j'ai donné, dans le Li-
vre de Saint-Remi, trois Mémoires de différens Siéges , où l'on voit
tout ce qui y a été apporté pour les faire , ce qui à été conſommé ,
& ce qui eſt reſté. Ainſi , ſur des Obſervations auſſi ſolides , on
peut prendre des Meſures aflez juſtes pour tel Siége que ce ſoit : &,
pour plus de Facilité à ſuivre ce Détail , j'ai joint ici ces trois Mé-
moires , en faveur de ceux qui n'ont point le Livre de Saint-Remi.
PRE
PREMIER MEMOIRE
DE
MUNITIONS
POUR UN SIEGE:
Munitions menées. Munitions consommées. Munitions restées.
PIECES
De 33 • IO . . . ΙΟ
de 24 •
36 36
de 16 •
4 • •
4
de 12 • 8 . : 8
de 8 • •
36 36
de 4 •
36 36
130 130
AFFUTS
De 33 15 •
15
de 24
24 .
50 •
50
de 26 • 8 I 7
de 12 12 I • II
de 8 46 3 43
de 4 46 5 •
41
177 10 167
Avant-Trains .
173 • 12 161
Chariots à Canon •
39 • I 38
BOULLETS
De 33 12000 4840 7160
22100
de 24.50000 •
27900 •
de 16 •
6000 .
3182 .
2818
de 12 •
4000 •
. 2500 1500
de 8 27433 16233 • 11200
de 4.15800 •
3018 •
12782
20
De 33 • •
3 •
17
de 24 • 66 5 • 61
de 16 •
• 8 •
8
de 12 •
14 3 • II
de 8 •
49 21 28
de 4 •
49 17 32
206 49 157
MORTIERS
De 18 Pouces I I
de 12 •
24 • •
24
de 8 • 12 12
37 37
**
Pierriers . 8 8
AFFUTS
De 18 Pouces.. 2 0 2
de 12 de Fer. 28 28
de 8 de Bois. 14 • •
14
Affuts de Bois.
à Pierriers $16 0 16
60 60
BOMBES
7500 •
• 4580 2920
de 8 2000 • •
1064 •
1936
Balles à Feu 1950 • :
35.0 • 1600
Grenades 40200 3900 36300
Mu-
POUR UN SIEGE. 85
Munitions apportées. Munitions consommées. Munitions restées.
FUSÉES A BOMBES
De 18 • .
300 • 112 188
de 12 •
7253 . •
4685 •
2568
de 8 2500 • 1112 •
1388
Fuſées à Grenades 46100 •
30500 •
15600 :
Petards de Fonte 2 2
Poudre .. •
990000 • •
597800 •
392200
Plomb • 166000 51600 114400
Mêche • .. •
161700 •
43300 118400
50 8 Pots. 4 Cuir.
Spontons : 38 38
:
OUTILS.
:
Outils à Ouvriers 32 •
32 00
Coffred'Outils àMinuifier I Ο I
150 200
[Link],CoinsdeMire1 20 20 100
-Couffinets 41 . •
21 20
PourArmes de Piéces
502 48
Hampes 550
L3 Mu-
86 PREMIER MEMOIRE
5 45
Salpetre 1001. 52 48
Vieiloing •
600 • •
300 ...
300
Cire blanche 5 •
5 .
00
Flambeaux del
Cire jaune J 150 : : 51 99
3060423
Peaux de Moutons •
147 •
116 •
Pour Sauciffons 1
Autres Toilles } 25 •
25 •
Lanternes claires 25 •
9 16
Tamis .
4 . Ο
Meſures à Poudre 23
De Fer pour Ar- 2
1
tificiers } Chaudieres •
2
Entonnoirs 3 3
Baguettes pourcharger lesFufées1 20 •
33 87
Gamelles de Bois 14 • 8 : 6
Egrugeoirs •
4 •
3 I
200
Aiguilles à coudre •
158 42
Fil 41. • •
3 2 2
Ficelle 101 . .
4 6
Vrilles •
24 •
24 00
Bottes de Cercles •
6 6 00
Grils à rougirBoulets • •
4 14 ¥ 2200
Tenailles de Fer . 2
Cuillieres de Fer. • 2
Seaux deBois •
4 • •
4
Tirefonds 12 12 •
Crochets à Bombes •
36 .
36 0
Mu-
POUR UN SIEGE . 87
Munitions apportées. Munitions consommées. Munitions reſtées.
Demoifelles : 14 14 0
Enfonçoirs 12 •
12 0
Etoupes 201. •
20
CORDAGES .
Cinquenelles 10 0 : 10
0
Alonges. 32
•
. 32
Tables de Chevre . 2 0 2
•
395
.
330
Menus Cordages 1081. .
145 35
Cordages de •
I 0 I
40. Braſſes
40.
Autres de fix Braſſes 20 7 •
13
Batteaux de Cuivre •
45 •
•
0
45
Haquets, avec leurs
Pouterelles } 50 0
50
Ancres 20 0 20
Capeſtans 8 0 8
.
Rames 10 2 8
Crocs 10 •
I 9
.
Maſſes de Bois 24 •
24 0
Piquets 48 48 .
Cuivre jaune : 40
•
40 00
Forges complettes 8 0 8
.
..
Fer en barre .
24001. •
1325 1075
Acier 50 50 .
0
.
0
Limes , Paquets 4 4
Cloux de Fer 1025 1025 0
I 0
Rappe , Paquets I
Caden ts 6 6 0
Mu
88
PREMIER MEMOIRE POUR UN SIEGE.
Munitions apportées. Munitions consommées. Munitions reſtées.
6 ... :
Razieres de Charbon 6
Charettes 168 •
9 •
159
6 0 6
Chariots couverts •
6 • I
Pinces de Fer 5 •
0
Fers de Villebrequins 24 24
0
Curettes 36 36 •
SE
SECOND MEMOIRE
DE
MUNITIONS
POUR UN SIEGE.
Munitions apportées. Munitions consommées. Munitions restées.
PIECES
De 33 • 6 0 6
de 24 66 0 66
de 16 .
8 0 8
.
de 12 16 .
0 16
de 8 38 38
de 4 48 48
0
de 3 14 14
196 196
AFFUTS
De 33 : 9 2
7
de 24 74 15 59
de 16 13 3 10
de 12 21 4 17
de 8 43 42
de 4 56 0 56
0
de 3 14 14
230 25 205
Avant-Trains •
213 22
191
Chariots à Canon 4 52 48
BOULLE
LETS
De 33 5960 1893 •
4067
de 24 • 55352 . 33540 21812
de 16 10460 .
4500 5960
de 12 12930 6420 6510
de 8 •
16337 2335
.
14002
•
25 53
de 3 14 00 14
:
MORTIERS
De 18 Pouces •
3
•
3
de 12 32 32
de 8 •
24 .
24
•
8
24
8
Pierriers . • .
BOMBES
600 266
De 18 Pouces • • •
334 • •
de 12 8466 •
7440 1026
de 8 •
4000 1380 2620
FUSÉES A BOMBES
De 18 Pouces •
1213 . •
345 868
de 12 10465 •
8407 • •
2058
de 8 5501 • •
1410 • •
4091
Fufées àGrenades 50300 • . .
37350 •
12950
AFFUTS
de Fonte de 18 pouces 3 : 3
de Ferde 12 ..
3
38 ::: •
38
de Bois de 8 26 26
Affuts àPierriers de Bois 10 2 8
Mu-
POUR UN SIEGE . 91
1058400 • •
725000 333400
Plomb 182200 •
102472 79728
Mêche •
Armes à l'Epreuve •
Armes avec 44
avec leurs Pots S •
50 Pots 8 42
Cartouches •
1712 404 . 1308
OUTILS .
Pics-Hoïaux •
24070 • •
9515 : 14555
Ноïaux 10400 .
2158 . •
8240
Pics à Roc 1200 369 .
831
Pics à Feuille de 1 3070 95 1 •
2119
Sauge
Pics à Tranche 800 800 • 000
11514 5973 . •
5541
Outils à Mineurs 200 • •
87 •
113
Outils à Ouvriers 221 • • 221
6 2 •
4
Chevres complettes • •
2 0 2
Triqueballes •
Cricks 8 8
Tirebours .
23 23
M 2 Mu-
92 SECOND MEMOIRE
Munitions apportées. Munitions consommées. Munitions reſtées.
Sacs à Terre -113553 ..
86253 • •
27300
Pierres à Fufils 10000 0000 •
10000
Soufre 7081. 558 •
150
Salpetre 12361. 1036 200
Flanbeaux de 1
cire jaune } 126 12 •
114
95 75
1 Aunes
Pour SauciffonsJde Toille 73 73
00
Lanternes claires 29 4 •
25
Lanternes fourdes 23 7 16
Tamis 4 I
3
Meſure à Poudre 38 Ο
38
Chaudiere de Fer 2 I Γ
Entonnoirs 2 2 0
Maillets de Bois 10 0 •
10
Baguettes à Grenades 41 26 15
Autres Baguettes de 1 >
58 12
Fer à Bombes 46
Gamelles de Bois 4 I .
3
8 6
Egrugeoirs 2
Fil 11. • ..
11. 00
Vrilles 12 • .
9 3
Paffe-Boullets de Cuivre 3 Ο 3
20
Degorgeoirs 0 20
Mouffles de Bois ?> 26 2
avec Poulies J 24
5
Caiſſes à Boulets 24 4 20
Cuillieres de Fer 29 5 :: 24
Mu-
POUR UN SIEGE. 93
II 10
Cinquenelles . I •
: 50 39 If
Alognes
les
. vre
Cab de Che 3 • •
3
Prolonges & Travers 635 402 233
Commandes 700 • •
700 . 000
164
Paquets de menus 13 13 • 00
Cordages
A Plattes - Formes Pouterelles 129 129 00
Batteaux de
Avec795Poutrelles Cuivre 110 000 110
24
Capeſtans II 00 11
Tamis 21
17 •
4
Crocs 60 57 3
Outils à Chaudronniers 23 15 8
Fourches de Fer 40 40 • 0
Maſſes de Bois` 20 20 00
Piquets 57 57 .
00
15
Cuivre 731- 551. 18
Cloux de Cuivre 101 10 00
8 0 8
Forges complettes
Fer en Barre 20001 . 1490
•
510
.
M3 Mu-
94 SECOND MEMOIRE.
4
Charettes 258 22 236
. .
00 12
Chariots couverts 12
•
Effieux de Fer 12 7 5
Paires de Roues ? 3 4
7 2
de Charettes
12 00 12
Echelles de Bois
Planches de Sapin 1174 137 • 1037
TROI
TROISIEME MEMOIRE
DE .
MUNITIONS
POUR UN SIEGE.
Munitions menées. Munitions consommées. Munitions reftées.
PIECES
De 33 4
。
7
de 24 •
53 53
de 12 . • 22 : 22
de 8 34 34
de 4 36 36
149 149
AFFUTS
6 : 2
De 33 •
4
de 24 59 7 52
de 12 27 27
de 8 41 I 40
de 4 42 42
175 10 165
Avant-Trains •
203 I 202
Chariots àCanon •
35 • Ο
35
BOULLETS
De 33 •
5692 •
3885 •
1807
de 2457469 •
45189 11280
de 12 . 14260 • .
8440 ..
5820
de 8 •
14500 8300 6200
de 4 •
6000 , 1000 5000
De 33 9 I . : 8
7334455
de 24 .
74 3 71
de 12 •
35 . 2
de 8 51 II 40
de 4 62 II .
51
231 28 203
MORTIERS
* De 18 Pouces 3 . : 3
de 12 30 30
de 8 24 。 24
57 57
Pierriers . 4 4
AFFUTS
De 18 Pouces 3 •
3
de 12 37 37
de 8 26 26
66 66
BOMBES
De 18. : 797 589 208
de 12 •
9000 8000 • 1000
de 8 .
7122 2800 4322
514 . •
1146
de 12 • •
13282 11000 2282
de 8 7122 •
2800 •
4322
Fuſées à ? 6000
19800 13800
Grenades J
Poudre
POUR UN SIEGE. 97
Hallebardes 100 9 91
10 :: 0 10
Armes à l'Epreuve
OUTILS.
100
Pics à Roc 100 0
Leviers 550 • .
90 460
262 00 262
Coins de Mire •
20 . . 00 20
Hampes 00
.
10
10
Chevres complettes •
4 • . 00 4
Triqueballes 00
Cricks 5 5
Sacs à Terre 84000 •
49700 34300
Pierres à Fufil 50000 • 000 50000
Salpetre .
4561 . • •
373 83
Soufre 8901. • .
243 •
647
10
Terebentine 241. •
14
5101. 480 30
Vieiloing 101. 10 00
Cire blanche
000
Chandelle 2701. 270
N Mu-
98 TROISIEME MEMOIRE
Munitions apportées. Munitions consommées. Munitions restées.
Flambeaux de 1
Cire jaunede ?
106 26 . 80
Peaux de Mouton 78 72 6
Pour Sau- 1 Aunes 1
20 20 00
ciffons deToille
Lanternes claires 32 26 6
Tamis 5 5 00
Mefures à Poudre 40 00
.
40
Chaudieres de Fer 2 0 2
Entonnoirs . 6 2 4
Baguettes pr. Fu- 1 . 61 00 61
fées à Bombes
Gamelles de Bois 9 00 9
100 100 000
Aiguilles à coudre
Fil 11. 11. 0
Ficelle 61. 6 0
Paffe-Boullets de า
3 0 3
Cuivre }
CORDAGES .
11 6
Cinquenelles . .
5
Alognes 47 36 II
Cables de Chevre 6 I
. •
5
Prolonges & Travers 345 293 52
Commandes 529 .
529 000
330
Batteaux de Cuivre 66 00 66
22 00 22
Haquets
20 00 20
Ancres ..
8 0 8
Capeſtans a
Crocs 38 36 2
Fourches de Fer 42 33 9
Cuivre jaune • 401.
. •
23 17
Cloux de Cuivre 151. •
5 10
6 6
Forges complettes 0
Mu-
POUR UN SIEGE . 99
Paquets de Limes 5 0 •
5
Cloux de Fer 899 669 230
Quaiſſons 6 0 6
Charettes • 173 000 173.
Chariots couverts 6 0 6
الله
N
24
:
1