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Débats sur le réalisme en RI

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Troisième partie

Débats sectoriels

Si en Relations internationales il faut davantage parler de


théories au pluriel que de théorie au singulier (cf. chap. 1),
ce n’est pas seulement parce que la discipline est caractérisée
par la coexistence de plusieurs théories générales (cf.
deuxième partie). C’est aussi parce que les controverses théo-
riques sont omniprésentes dans les approches sectorielles.
Depuis l’entre-deux-guerres, la discipline a en effet vu la
publication d’une œuvre majeure par décennie en moyenne,
de Carr à Wendt, en passant par Morgenthau, Aron, Bull,
Waltz, Wallerstein, Rosenau ; d’un point de vue quantitatif,
autrement dit, la majorité des travaux publiés en Relations
internationales est consacrée non pas à des tentatives
d’explication globale des relations internationales, mais à
l’étude de domaines particuliers, de processus et d’interac-
tions sectoriels. Or, que ces études portent sur des thèmes
classiques – la conduite de la politique étrangère, la pratique
de la diplomatie, les causes de la guerre et les conditions de
la paix, la notion de sécurité – ou qu’elles privilégient au
contraire des problématiques plus contemporaines – les phé-
nomènes d’intégration régionale, les processus de coopéra-
tion, l’économie politique internationale –, il s’agit d’autant
de terrains d’application privilégiés des débats inter-
paradigmatiques.
Plus précisément, les débats qui ont fait et qui font toujours
les riches heures de la discipline mettent aux prises, dans le
domaine d’un secteur de recherches particulier, le réalisme
d’une part, l’une ou l’autre des approches non réalistes
d’autre part. Alors que la présentation globale de la discipline
à laquelle nous avons procédé dans notre deuxième partie,
pour des raisons pédagogiques, peut donner l’impression
d’une parité approximative entre les différentes approches
380 Théories des relations internationales

générales, une analyse détaillée des domaines d’analyses par-


tielles permet de constater1 la prééminence au moins impli-
cite – tout au long de l’histoire de la discipline – du
paradigme réaliste, en ce qu’elle montre que les principaux
débats sont tous nés de critiques adressées aux insuffisances
du réalisme : dès la révolution behaviouraliste, les postulats
réalistes de l’État acteur unitaire et rationnel ont fait l’objet
de critiques de la part de l’analyse décisionnelle en politique
étrangère (chap. 11), tandis que, quelques années plus tard,
l’étude des pratiques diplomatiques s’en prend à la concep-
tion réaliste de la diplomatie comme vecteur de la puissance
(chap. 12), et qu’il a été reproché à cette dernière de ne
pas pouvoir rendre compte des processus d’intégration régio-
nale, et notamment européenne (chap. 13) ; durant les
années 1970 et 1980, l’influence des approches marxisantes
a permis de prendre conscience de l’importance du facteur
économique sur la scène internationale, largement négligé
par les réalistes, avec pour conséquence, lorsque sont entrés
en crise les systèmes de régulation mis en place dans l’après-
seconde guerre mondiale, les débats provoqués par les théo-
ries de la coopération (chap. 14) et de l’économie politique
internationale (chap. 15) ; enfin, depuis le tournant de la fin
de la guerre froide, le bastion par excellence du réalisme
qu’est le domaine de la guerre et de la paix fait à son tour
l’objet d’analyses divergentes, avec les mutations des études
de sécurité (chap. 16) et l’apparition de la théorie de la paix
démocratique (chap. 17).

1. Constater la prééminence du réalisme ne revient pas, contrairement à ce qu’avan-


cent les critiques du réalisme, à saluer ou à justifier cette supériorité ; ce constat
n’aboutit pas davantage, contrairement à ce qu’affirment les post-positivistes, à
reproduire cette prééminence en minorant l’importance des autres approches.

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