Histoires,contes, contines
Répertoire
La légende de la demoiselle (à partir de 4 ans)
Comptine (à partir de 6 ans)
La flûte de roseau (à partir de 7-8 ans)
Le petit têtard têtu (à partir de 2 ans)
La grenouille à grande bouche (à partir de 2 ans)
La grenouille primordiale (à partir de 4 ans)
Conte du marais (à partir de 6 ans)
Nomades du soleil , conte africain (à partir de 6 ans)
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La légende de la demoiselle
Par un bel après-midi d'été, une jeune fée veut se désaltérer : elle se penche au dessus de la
mare et tombe dans l'eau.
La jeune fée ne sait pas nager et sa baguette magique est restée dans l'herbe.
Heureusement, le génie de la mare fait un miracle, il tape dans ses mains et aussitôt une
gerbe d'eau soulève la petite fée qui prend son envol dans l'azur du ciel d'été. En
retombant, les gouttelettes d'eau se sont transformées en libellules.
Voilà pourquoi on a donné à ces libellules, ce joli surnom de demoiselles et que, dans leurs
ailes transparentes s'accrochent encore des gouttes d'eau.
Comptine
Sur le calme ruisseau,
La frêle libellule
Dans sa robe de tulle
Effleure le roseau ;
Joyeuse et insouciante,
Elle plane dans l'herbe folle
Et se repose frémissante,
Sur les branches d'un saule,
Puis, au dessus de l'onde,
Reprend son vol charmant
Et danse dans la ronde
Des grands nénuphars blancs.
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La flûte de roseau
Un petit roseau m'a suffi
pour faire frémir l'herbe haute
et tout le pré
et les doux saules
et le ruisseau qui chante aussi ;
Un petit roseau m'a suffi
à faire chanter la forêt.
Ceux qui passent l'ont entendu
au fond du soir en leurs pensées,
dans le silence et dans le vent,
Clair ou perdu,
proche ou lointain....
Ceux qui passent en leurs pensées
En écoutant au fond d'eux-mêmes
l'entendent encore et l'entendent
toujours qui chante...
Un petit roseau m'a suffi
pour faire pleurer ceux qui passent,
et trembler l'herbe et frémir l'eau ;
Et j'ai, du souffle d'un roseau,
Fait chanter toute la forêt
Henri de Régnier
Le trou dans l'eau
Il était une fois un jeune homme beau et riche qui avait décidé de se marier.
Mais il était très difficile.
Aucune fille ne semblait lui convenir : celle-ci était trop jeune, celle-là trop orgueilleuse....
Un jour, en passant près d'une mare, il vit une jeune fille qui puisait de l'eau. Il
s'approcha, parla avec elle, et, comme elle lui plaisait beaucoup, il revint le lendemain.
Finalement, il lui demanda de l'épouser mais elle lui répondit :
- Celui qui veut m'épouser devra faire un trou dans l'eau.
- Mais, c'est impossible ! s'écria le jeune homme. Tu ne te trouveras jamais de mari.
Si, j'en trouverai un, répliqua la fille en s'en allant. Celui qui aime vraiment surmonte tous
les obstacles. Le jeune homme se dit qu'elle était un peu folle et essaya de ne plus penser à
elle. Au bout de quelques temps, il retourna pourtant à la mare, mais la belle ne vint pas.
Il faisait froid, l'eau était gelée. Le jeune homme attendit longtemps et soudain, il eut une
idée. D'un coup de bâton, il cassa un morceau de glace, puis courut chercher sa belle et lui
montra le trou qu'il avait fait dans l'eau gelée.
Ils se marièrent au printemps et furent très heureux.
Adaptation d'un conte populaire
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Le petit têtard têtu
Il était une fois un petit têtard têtu qui vivait bien tranquille dans une jolie mare bordée
de joncs et couverte de larges feuilles de nénuphars. Je dois vous dire que notre têtard était
un enfant terrible qui ne pensait qu'à l'aventure.
Un beau matin, pendant qu'on ne le voyait pas, il s'échappa.
A grands coups de queue, il se mit à nager, il passa de la mare au ruisseau et se laissa
entraîner par le courant. Ici , plus de roseaux, plus de nénuphars mais une belle eau claire
qui l'entraînait.
Quand le soleil se mit à descendre vers l'horizon, notre têtard commença à regretter sa mare
natale et ses parents. Il fit demi-tour et essaya de remonter la rivière mais le courant était
trop fort pour lui. Notre pauvre ami se sentait de plus en plus fatigué et voilà que trois
grosses truites, sortirent brusquement de sous les racines et l'entourèrent, menaçantes, en
faisant claquer leur large gueule. "- Cette fois, je suis perdu!" pense le têtard. Mais comme il
ne veut pas se laisser dévorer sans résister, il se met alors à nager de toutes ses forces vers
la rive, il prend son élan et hop! Il saute sur la rive. Les truites qui ne peuvent en faire
autant s'arrêtent net complètement ahuries. Le têtard semble sauvé. Sauvé.Sauvé, c'est
vite dit!
Car dans l'herbe où il se tortille, il commence à étouffer. Il pense alors que la belle aventure
est finie et qu'il va mourir tout seul. Et c'est là que l'histoire devient prodigieuse : au
moment où il commence à perdre connaissance, il se met à respirer d'abord petit à petit puis
de plus en plus librement. Sa large queue disparaît et il s'aperçoit qu'il possède 4 pattes.
Alors, fou de joie, il s'éloigne en faisant de grands sauts. Il remonte le lit de la rivière en
suivant la rive et regagne sa mare natale à la tombée de la nuit où ses parents fous
d'inquiétude le cherchaient partout .
"- Ne cherchez plus, c'est moi, votre petit têtard. J'ai bien changé, n'est-ce pas?"
Et notre nouvelle petite grenouille a repris sa vie tranquille loin des truites à l'abri des
joncs et des nénuphars.
Conte livré par Bernard Françon
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La grenouille à grande bouche
Il était une fois une grenouille verte qui avait une grande bouche. Elle ne s'en servait pas
seulement pour avaler les mouches et les moucherons qui passaient. Elle parlait tout le
temps, à tout le monde et cela pouvait durer des heures. Le problème, c'est qu'elle vivait
seule car son dernier colocataire n'avait pas pu supporter le flot de paroles qui sortait de sa
très très grande bouche.
Elle sortit à la recherche d'un interlocuteur et rencontra un lapin qui mangeait une carotte.
La grenouille à grande bouche lui demanda immédiatement :
-" Bonjour, toûââ, qui es-tu touûââ ? "
-" Je suis le lapin" répondit celui-ci, surpris qu'on lui pose ce genre de question.
- " Et tu manges quoi touûââ" enchaîne la grenouille à grande bouche.
-" Ça ne se voit pas, non ? C'est orange avec des fanes vertes. Ce n'est donc pas une
tomate".
Voyant que le lapin ne lui demandait pas qui elle était, la grenouille dit fièrement en
agrandissant démesurément sa bouche :
-" Moi je suis la grenouille à grande bouche."
-" Ça me fait bien plaisir de l'apprendre ! Allez, bonne journée, j'ai une carotte à manger ".
Et le lapin partit sans plus de cérémonie.
- " Pas très poli ce lapin! " pensa la grenouille à grande bouche. Je vais chercher quelqu'un
de plus sympathique. Elle continua son chemin et dans un pré rencontra une vache :
-" Bonjour, toûââ, qui t'es touâa ?" cria la grenouille à grande bouche pour se faire
entendre. La vache ne répondit pas.
-" Qu'est ce que tu manges, touââ?" s'égosilla la grenouille à grande bouche. La vache resta
silencieuse, continuant à ruminer :
- " Moi je suis une grenouille à grande bouche" Toujours pas de réponse. La grenouille s'en
alla,vexée. En lisière de forêt, elle rencontra un animal roux à longue queue :
-" Bonjour, toûââ, qui t'es touâa?" demanda-t-elle en gonflant sa bouche pour la rendre
encore plus grande.
- " Je suis le renard" répondit l'animal en souriant de toutes ses dents.
- " Qu'est ce que tu manges, toi ?" Demanda la grenouille à grande bouche qui n'en revenait
pas de tant d'amabilité.
- " Moi, je mange des grenouilles à grandes bouches" répondit le renard.
Alors, la grenouille, rétrécissant le plus possible son énorme bouche, mordant ses grosses
joues, pour se faire une toute petite bouche, répondit :
" Ah, vraiment ? Et il y en a beaucoup par ici ?
Conte populaire
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La grenouille primordiale
En ce temps-là, c'était il y a plus de 300 millions d'années, les animaux ne savaient que
nager et le créateur se dit que les êtres vivants (les poissons) seraient heureux d'avoir une
queue, qui les aiderait à se diriger dans l'élément liquide. Il en a préparé de toutes sortes :
des rouges, des vertes, des jaunes, des petites, des grandes, des courtes, des pointues, des
larges, des palmées....
Vous avez pu voir sur certaines images que le créateur tenait le monde sur sa main droite ,
ce qui le gênait beaucoup, pour distribuer les queues. Il posa alors le monde sur un serpent
et lui a donné la plus longue queue, ce qui fait que le serpent n'est qu'une tête avec une
longue queue. Mais avec une si longue queue, le serpent zigzaguait dans l'eau et le monde
risquait de tomber. Alors le créateur posa le serpent qui zigzaguait qui portait le monde
qui menaçait de tomber sur une tortue et il lui donna, en remerciement, une toute petite
queue. Mais, avec sa petite queue, la tortue ballottait sur l'eau.
Le serpent zigzagant, ne tenait pas bien sur la tortue ballottante et le monde sur le
serpent menaçait de tomber.
Alors dans cette situation de grande urgence, le créateur avisa le premier animal venu et
posa la tortue ballottante qui portait le serpent zigzagant qui portait le monde qui
menaçait de tomber sur la grenouille. Et, pour la remercier, il lui mit une petite queue
rouge. Mais au lieu de la lui mettre au derrière, il la lui posa devant.
C'est ce que les humains appellent aujourd'hui, une langue. Et pour aider la grenouille à
porter ce fardeau qu'était le monde posé sur un serpent zigzagant lui-même sur une tortue
ballottante, le créateur lui donna encore des poumons pour qu'elle puisse prendre sa
respiration. Il lui donna quatre pattes et aux quatre pattes, quatre doigts pour qu'elle
puisse tenir le monde accroché sur son dos.
La grenouille ne zigzagua pas, elle ne ballotta pas, elle porta.
Le monde ne menaçait plus de tomber mais il était si lourd à porter que la grenouille
attrapa un creux dans le bas du dos.
C'est pourquoi toutes les grenouilles ont conservé aujourd'hui ce creux dans le dos en
souvenir de cet instant où leur ancêtre, la grenouille primordiale, portait la tortue
ballottante qui portait le serpent zigzagant qui portait le monde qui menaçait de tomber.
Et voilà pourquoi, enfin, les grenouilles ont ce que les autres n'ont pas : des poumons et
une langue pour pouvoir pousser le premier cri entendu sur Terre : " pourquoua moua ?"
Et voilà pourquoi encore, les humains ont des poumons et une langue, quatre membres,
cinq doigts à chaque membre et un creux dans le bas du dos.
Et tout ça, parce que les humains sont les arrières, arrières, arrières petits enfants de leur
premier ancêtre la grenouille primordiale.
Conte adapté, d'après "Homme grenouille" de Bruno La Salle
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Conte du marais
Un jour, le héron, porté par les vents et la joie, passait au-dessus des marécages. Le lieu
pullulait de grenouilles. La faim ne le tenaillait point, pourtant des proies se trouvaient à
portée de bec. Il planait au-dessus du marécage d'un air distant et respectueux. Son oeil
perçant aperçut sur l'horizon, un autre oiseau, un qu'il n'avait pas l'habitude de croiser
mais qu'il reconnut. C'était une cigogne et elle se dirigeait vers lui.
De son côté, la blanche cigogne l'avait bien repéré et par nature souhaitait le saluer. Elle
venait de loin et les nouvelles de la région l'intéressaient. Elle savait que le héron était un
de ceux qui vivaient avec le goût d'être à l'écoute d'autrui. Ainsi il connaissait l'histoire de
la faune des environs. S'en approchant, elle perçut son humeur joyeuse, cela l'intrigua.
Les deux oiseaux,, sans dire un mot, se mirent à voler à proximité l'un de l'autre, en formant
de grands cercles pour discuter, car ils le devaient.
- Bonjour à vous, belle cigogne. Vous amenez avec vous les clartés des lointaine contrées.
- Bonjour à vous, le héron. En effet je mène jusqu'ici ce que j'ai trouvé là-bas, mais vous
semblez bien heureux en ce jour. Dites-moi vos nouvelles, elles m'intéressent. Ensuite je
vous parlerai d'ailleurs.
Alors le héron afficha un fort contentement et lui répondit :
- Le soleil s'est levé, avec lui est venu le vent frais du matin. Voyant cela, la lune et les
étoiles se sont effacées. Voici près de trois journées et nuits qu'il n'a pas plu. Le marécage
s'assèche les grenouilles s'inquiètent. Les voyez-vous s'agiter dans le marais ?
Désappointée par de tels propos, elle ne sut tout d'abord quoi dire, puis enfin vint une
réponse.
- Voici des heures que je vole en direction du Nord, vous êtes le premier que je rencontre qui
possède un langage si erroné. Les pies et autres canards m'ont conté leur vie, leur bonheur
et leurs malheurs. Vous me parlez du fond du ciel et de grenouilles. La faim ne vous
tenaille point, votre humeur n'accepte pas de me parler franc.
- Alors, chère cigogne, dites-moi ce que vous souhaitez entendre, et je vous le dirai.
La cigogne ne supporta pas la réponse et cessa de voler en cercles auprès du héron. En le
quittant, elle hurla :
- Prenez-moi pour ce que je ne suis pas et bien d'autres auront affaire à vous.
Furax et déçue, elle jura de ne plus revenir dans le coin pour ne plus revoir le héron qui lui
paraissait joyeux.
- Le héron reprit son vol et sa direction, sans penser à rien d'autre qu'à l'horizon. Il ne
pouvait penser de mal de la cigogne, si elle réagissait ainsi elle avait ses raisons. Il l'avait
désappointée, peu importait le pourquoi.
D'une journée radieuse rien ne devait la rendre ennuyeuse. Des dunes apparurent, le bord
de mer. Un nuage de mouettes passait. L'une d'elles engagea la conversation.
- Bonjour héron, que vous êtes joli, que vous me semblez bon. Avez-vous vu le nombre
que nous sommes ? Dites-moi combien de têtes ailées voyez-vous ?
Le héron, surpris par la mouette rieuse, répondit :
-Oh très chère, bien assez pour faire pleurer une cigogne. Si vous n'êtes pas une centaine,
alors deux cents peut-être.
- Fort bien l'ami, vous voyez juste, mais que vient faire la cigogne dans cette réponse.
Elle est juste là pour me gâcher la journée. Depuis que je l'ai rencontrée, je pense à elle.
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Et la mouette, en criant retourna virevolter au milieu de ses semblables.
Le héron voyait l'océan, le sable, les dunes herbeuses dessiner des motifs avec le vent. Le
héron planait. Ainsi il arriva à l'estuaire, le fleuve se mélangeait là, à l'océan.
L'oiseau le remonta en volant un peu plus bas. Il fit une pause dans un lieu tranquille où
l'habitude le menait souvent, puis fit quelques pas parmi les pierres et les herbes, où il
attrapa de petits poissons assez lents et à son goût. Et cela lui ouvrit l'appétit. Les
grenouilles seraient sûrement au dessert. Cette idée le ramena aux marécages. En chemin il
croisa de nouveau la cigogne.
- Je m'en vais trouver des grenouilles, venez-vous cigogne ?
- Est-ce pour partager un repas ou pour vous ficher de moi et meubler votre solitude ?
- Tout cela à la fois sinon je ne vous le proposerais pas.
- Me prendriez-vous pour une sotte ?
- Qui vous pousse à le croire ?
- Votre manière de me répondre, cher ami.
Il laissa un temps puis répondit :
- N'est-ce pas votre manière de penser, de croire ce qui n'est pas et ce qui peut-être ? A deux
doigts de la stupidité, je vous l'accorde cette fois-ci. Maintenant vous aurez une bonne
raison de dire encore n'importe quoi en haussant le ton, si vous le désirez et si cela vous
fait du bien.
Entendant cela, la cigogne se tut, ne répondit rien. Puis ...
- Eh bien héron, je viens avec vous.
Vous ne me paressez pas si odieux que cela, la vérité appartient à chacun, et j'ai faim à
présent.
Les deux grands oiseaux alors cherchèrent un lieu où la victuaille grenouillère pullulait.
Ils firent un festin de choix. Et le ventre plein, tout sembla se passer le mieux du monde
entre eux deux.
Entre amis des heurts se posent,
est-ce juste une question de ventre, d'estomac ?
La méchanceté existe là aussi,
mais dire ce que l'on pense est fécond,
même si cela amène des démangeaisons.
Extrait du site personnel internet : [Link]
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Conte Bororo
La nuit, la savane s'anime imperceptiblement, il y a partout des bruits insolites, le monde
se peuple de présences mystérieuses. Il y a Dodo, l'ogre qui s'empare des enfants, quand ils
s'éloignent de la maison. Il y a aussi un chant étrange dans les buissons.
— Ecoutez, disent les mères, c'est Sicia qui mange les enfants désobéissants...
En fait, Sicia n'est qu'un gros bousier, mais les enfants ne l'ont jamais vu. Sicia ne chante
que la nuit, et on a bien trop peur pour aller voir...
Autour des feux, les grands-mères racontent des histoires et des légendes. Les enfants
savent que ces histoires ne sont pas vraies : c'est pour cela que ce sont les grands-mères qui
les racontent. Car les mères disent toujours des choses vraies ; elles ne peuvent mentir.
— Talè, talèma, dit grand-mère.
— Talotè, répondent les enfants.
Ce sont les mots magiques par quoi s'ouvrent tous les contes.
Il y avait une fois, dit grand-mère, un homme qui avait deux femmes. Un jour qu'elles
allaient à la mare faire provision d'eau, l'une d'elles, qui était enceinte, s'arrêta quelques
instants pour se reposer.
— Prends mon canari et remplis-le en même temps que le tien, dit-elle à sa compagne.
J'irai le chercher.
L'autre arrive à la mare. Elle remplit d'eau son canari, et de gros cailloux celui de sa
compagne, avec un peu d'eau par-dessus ; puis elle s'éloigne rapidement. Mais voici
qu'arrive la première femme. Elle tente de mettre son canari sur la tête, mais en vain : il est
trop lourd. Désespérée, elle s'adresse aux bêtes de la mare.
— Bêtes que je ne vois pas mais qui me voyez, chante-t-elle, sortez de la mare et aidez-moi
Un margouillat se présente.
— Je vais t'aider, dit-il.
— Margouillat, dit la femme, si tu peux me mettre ce canari sur la tête, alors mon petit
doigt aussi peut le faire !
Le margouillat s'en va.
"Bêtes de la mare que je ne vois pas... " chante encore la femme. C'est un crapaud qui se
présente, cette fois. Mais est-ce qu'un crapaud peut aider une femme à porter son canari ?
— Crapaud, dit la femme, si tu viens à bout de cela, mon petit doigt aussi le fera !
Et elle se remet à chanter. " Bêtes de la mare, bêtes qui me voyez et que le ne vois pas... "Et
une tortue arrive. Mais que peut faire une tortue ?
— Tortue, dit la femme...
Comme la tortue s'éloigne, voici que l'eau se met à parler. L'eau dit :
— Femme, n'aie pas peur si tu me vois changer de couleur ; je suis le serpent, et je vais
sortir pour t'aider.
Et voici que l'eau change de couleur ; elle devient blanche, elle devient noire, elle devient
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grise, elle devient... C'est le serpent qui sort.
Et tout en sortant, il élève le canari et le dépose sur la tête de la femme.
— Maintenant, dit le serpent, il faut me payer. Cet enfant que tu portes, je le mangerai
quand il sera né. Si c'est un garçon, je le mangerai, et si c'est une fille, je la mangerai. C'est
ainsi que tu me payeras !
La femme rentre à la maison. Deux mois plus tard, son enfant naît. C'est une fille, une très
belle petite fille, la plus belle que femme peule ait jamais eue. On lui donne le nom de
Djillè. Mais il ne faut pas que le serpent la mange ! Et la mère cache son enfant, elle la
remplace par deux margouillats. Elle dit à son mari:
— Si le serpent vient me demander, il n'y a qu'à lui dire que je ne suis pas là, que j'ai
changé de mare.
Mais le mari rapporte ces paroles à sa seconde femme !
Le temps passe, et Djillè est déjà grande lorsqu'un jour, voilà le serpent qui vient réclamer
son dû. Il ne trouve que le mari, qui lui dit :
— Ma femme, au lieu d'avoir un enfant, a eu deux margouillats !
— Deux margouillats seulement ? demande le serpent.
— Oui, répond le mari. Elle a eu deux margouillats.
Et le serpent avale les deux margouillats. Comme il s'en va, la deuxième femme court après
lui.
— On t'a menti, lui crie-t-elle ; ils ont eu une très belle fille. Elle s'appelle Djillè ! Le
serpent rebrousse chemin et se met à la recherche des jeunes filles. Elles font leurs nattes,
un peu à l'écart du campement. Il s'adresse à la première qu'il rencontre.
— C'est Djillè que je cherche, lui dit-il. Mais la fille lui répond en chantant :
"Djillè a des dents blanches comme du lait frais, des yeux qui brillent, un corps mince et
souple comme celui d'un serpent! "
— Celle-ci ne peut être Djillè, se dit le serpent.
Et il continue sa route. A chaque jeune fille qu'il rencontre, il demande en chantant : " Où
est Djillè, aux dents blanches comme du lait frais, aux yeux brillants, au corps mince et
souple comme celui d'un serpent ? " Toutes se récusent. Enfin, il trouve Djillè. Il va la
manger, c'est son dû, lorsqu'un oiseau accourt.
— Si je te sauve, dit-il à Djillè, que vas-tu me donner ?
— Oiseau, répond Djillè, je n'ai rien à te donner, sinon mon collier ; mais c'est le plus beau
qu'ait jamais porté fille peule. Si tu me défends, je t'en ferai cadeau !
Le serpent a ouvert toute grande sa gueule, il va manger Djillè... mais l'oiseau s'élance
dans son cou. Ses plumes piquent et chatouillent le serpent, qui ne peut s'empêher de le
vomir. Et Djillè s'en est allée...
Elle a donné son collier à l'oiseau, et c'est depuis ce temps que les pigeons sauvages portent
tous autour du cou un collier noir, le beau collier noir de Djillè.
Extrait de "Nomades du soleil" de H. Brandt
Editions Clairefontaine. Lausanne. 1956. 149 pages