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Efficacité des politiques budgétaires en CEMAC

La thèse de Vivien Narcisse Wabo Nokam examine l'efficacité des politiques budgétaires au sein de la Communauté Économique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC). Elle analyse les multiplicateurs budgétaires, les consolidations budgétaires et la cyclicité de la politique budgétaire, en mettant en lumière les défis spécifiques rencontrés par cette zone monétaire. Les résultats de cette recherche contribuent à la compréhension des dynamiques économiques dans un contexte de non-optimalité monétaire.

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Efficacité des politiques budgétaires en CEMAC

La thèse de Vivien Narcisse Wabo Nokam examine l'efficacité des politiques budgétaires au sein de la Communauté Économique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC). Elle analyse les multiplicateurs budgétaires, les consolidations budgétaires et la cyclicité de la politique budgétaire, en mettant en lumière les défis spécifiques rencontrés par cette zone monétaire. Les résultats de cette recherche contribuent à la compréhension des dynamiques économiques dans un contexte de non-optimalité monétaire.

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THESE DE DOCTORAT DE

L'UNIVERSITE DE RENNES 1
COMUE UNIVERSITE BRETAGNE LOIRE

En Cotutelle Internationale avec


L'UNIVERSITE DE YAOUNDE II-SOA, Cameroun
ECOLE DOCTORALE N° 597
Sciences Economiques et sciences De Gestion
Spécialité : Sciences Economiques

Par
Vivien Narcisse WABO NOKAM

Essais sur l’efficacité des politiques budgétaires en union monétaire

Thèse présentée et soutenue à Yaoundé le 21 juin 2019


Unité de recherche : CREM (6211 UMR CNRS) Centre de Recherche en Économie et Management
Thèse N° :

Rapporteurs avant soutenance :


Catherine BRUNEAU Professeur, Université de Paris1 Panthéon-Sorbonne
Henri NGOA TABI Professeur, Université de Yaoundé 2

Composition du Jury :

Président : Claude NJOMGANG Professeur, Université de Yaoundé 2


Examinateurs : Henri NGOA TABI Professeur, Université de Yaoundé 2
Guillaume L’ŒILLET Maître de Conférences, Université de Rennes 1
Dir. de thèse : Jean-Jacques DURAND Professeur, Université de Rennes 1
Co-dir. de thèse : Jean-Marie GANKOU Professeur, Université de Yaoundé 2
AVERTISSEMENT

L’Université de Rennes 1 et l’Université de Yaoundé 2 n’entendent donner aucune approbation


ou improbation aux opinions contenues dans cette thèse. Celles-ci doivent être considérées
comme propres à l’auteur.

i
SOMMAIRE

AVERTISSEMENT _________________________________________________________ i

SOMMAIRE _______________________________________________________________ ii

DEDICACE ______________________________________________________________ iv

REMERCIEMENTS ________________________________________________________ v

SIGLES ET ABREVIATIONS _______________________________________________ vii

LISTE DES TABLEAUX ____________________________________________________ ix

LISTE DES GRAPHIQUES _________________________________________________ xi

RESUME _______________________________________________________________ xiii

ABTRACT_______________________________________________________________ xiv

Chapitre 1. Introduction générale et vue d’ensemble _____________________________ 1

.1 La CEMAC : Une zone monétaire non optimale ___________________________ 2

.2 Les finances publiques dans la CEMAC : Quelques faits stylisés _____________ 14

.3 Contribution de la thèse _______________________________________________ 31

ANNEXES DU CHAPITRE 1 ________________________________________________ 42

Chapitre 2. Chocs de politique budgétaire et dynamique de l’activité économique dans la


CEMAC : Les multiplicateurs budgétaires ______________________________________ 48

.1 Revue de la littérature théorique _______________________________________ 50

.2 Revue de la littérature empirique _______________________________________ 56

.3 Méthodologie et données ______________________________________________ 67

.4 Résultats et interprétations ____________________________________________ 75

Conclusion du chapitre ___________________________________________________ 95

ANNEXES DU CHAPITRE 2 ________________________________________________ 98

Chapitre 3. Consolidations budgétaires et activité économique dans la CEMAC _____ 120

.1 Consolidations budgétaires et activité économique : Une revue de littérature


théorique ______________________________________________________________ 123

ii
.2 Consolidations budgétaires et activité économique : Quelques travaux empiriques
__________________________________________________________________ 127

.3 Données et identification des épisodes de consolidations budgétaires dans la


CEMAC ______________________________________________________________ 133

.4 Analyse des déterminants du déclanchement des consolidations budgétaires dans


la CEMAC ____________________________________________________________ 140

.5 Analyse empirique des effets des consolidations budgétaires sur l’activité


économique dans la zone CEMAC _________________________________________ 143

.6 Tests de robustesse __________________________________________________ 150

Annexes du chapitre 3 _____________________________________________________ 157

Chapitre 4. Cyclicité de la politique budgétaire dans la CEMAC : Contraintes de


financement et facteurs sociopolitiques________________________________________ 159

.1 Cyclicité de la politique budgétaire : Une revue de littérature théorique et


empirique _____________________________________________________________ 161

.2 Méthodologie et données _____________________________________________ 174

.3 Résultats empiriques et interprétations _________________________________ 183

ANNEXES DU CHAPITRE 4 _______________________________________________ 197

Conclusion générale _______________________________________________________ 199

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES ______________________________________ 202

TABLE DES MATIERES __________________________________________________ 221

iii
DEDICACE

À ma famille

Pour ses nombreux sacrifices et sa persévérance

iv
REMERCIEMENTS

Je rends tout d’abord grâce à DIEU tout puissant, le maître du temps et des
circonstances, celui sans qui ce travail n’aurait vu le jour. Aussi, je tiens énormément à
remercier toutes les personnes qui de près ou de loin ont contribué d’une manière ou d’une autre
à notre formation et la réalisation de ce travail de recherche. J’adresse tout particulièrement ma
reconnaissance :

Aux Professeurs Jean-Marie GANKOU et Jean-Jacques DURAND, qui malgré leurs


multiples occupations ont accepté sacrifier de leur temps si précieux pour diriger cette thèse.
Leur disponibilité, leur rigueur au travail, leur esprit critique, leurs nombreuses suggestions et
observations constructives m’ont été d’une utilité inestimable pour le parachèvement de ce
travail. Qu’ils trouvent ici mon éternelle reconnaissance.

A Monsieur Guillaume L’ŒILLET, Maître de Conférences à l’Université de Rennes 1


qui, à travers ses précieuses remarques, observations et suggestions ne s’est jamais lassé de me
recadrer tout au long de la rédaction de cette thèse. Qu’il trouve ici l’expression de ma profonde
gratitude.

Aux professeurs Catherine BRUNEAU, Claude NJOMGANG et Henri NGOA TABI


pour m’avoir fait l’honneur bien vouloir participer au jury de cette thèse.

Au Doyen de la Faculté des Sciences Économiques et de Gestion de l’Université de


Yaoundé 2-Soa le Professeur Claude BEKOLO, et à tout le corps enseignant de cette Faculté
pour leur inlassable dévouement à la formation qu’ils m’ont donnée. Ma pensée va
particulièrement à l’endroit des Professeurs Samuel FAMBON, Armand MANGA AKOA et
MONDJELI MWA DJOKOU pour leurs multiples conseils et orientations durant mon parcours
académique.

Au Directeur de l’école Doctorale EDGE le Professeur Thierry PENARD et à toute


l’équipe des chercheurs du Centre de Recherche en Economie et Management (CREM) de
l’Université de Rennes 1 sous la conduite des Professeurs Franck MORAUX et David
MASCLET qui m’ont réservé un cadre de recherche agréable lors de mon séjour de recherche
doctorale dans ce laboratoire. Je pense particulièrement aux Professeurs Christophe TAVERA
et Isabelle CADORET, membres de mon comité de suivi individuel (CSI), pour leurs nombreux
conseils et orientations lors de nos différentes discussions.

v
Au Docteur Syrie Galex SOH, enseignant à la Faculté des Sciences Economiques et de
Gestion et l’Université de Yaoundé II, qui n’a jamais cessé de me tenir la main. Qu’il trouve
ici l’expression de ma profonde gratitude.

À toute l’équipe des chercheurs du Laboratoire d’Analyses et de Recherche en


Economie Mathématique (LAREM) pour leurs critiques et observations constructives lors des
différents Workshops. Ma pensée va particulièrement à l’endroit du Professeur Boniface EPO
NGAH et des docteurs Augustin NGOMSI, William MOUGNOL A EKOULA, Hans Tino
AYAMENA MPENYA, Ronie Bertrand NGUENKWE, Éric Patrick PAMEN, Mark
TANGWA, Jean Faustin KAFFO, Landry BIKAI et Aristide BILOA.

A messieurs Patrick Joel FETUE, Robert SIMO KENGNE, Donatien DAWA,


Hyppolite TASSA, et madame Eliane MOGUEM pour leur soutien multiforme durant la
rédaction de cette thèse. Qu’ils retrouvent ici toute ma gratitude.

Ma gratitude va également à l’endroit de Rennes Métropole sous l’égide de son


président Emmanuel COUET, qui m’a accordé une bourse de mobilité entrante dans le cadre
de mon séjour de recherche doctorale au CREM. C’est aussi l’occasion pour moi de remercier
tout le personnel administratif du CREM et de l’école doctorale EDGE qui a œuvré pour que je
ne manque de rien dans le cadre de mes recherches pendant ce séjour. Je pense particulièrement
à Madame Anne L’AZOU et à Madame Hélène JEAN, respectivement responsable
administrative du CREM et gestionnaire de l’école doctorale EDGE.

Je ne saurais boucler cette rubrique sans remercier mes frères et sœurs, amis et
compagnons de route d’ici et d’ailleurs, qui ont d’une manière ou d’une autre contribué à la
finalisation de cette thèse. Ma pensée va particulièrement à l’endroit de Madeleine Nadine
NGAH NTOMO et Carole DEUYAP CHEKAM pour leurs multiples relectures de cette thèse.
Elle va également à l’endroit de Romain GATE, d’Ibrahima NASSAY, de Dief Reagen NOCHI
FAHA, d’Ewen GALLIC, de Jimmy MERLET, de Thao NGUYEN, d’Alejandra GIRALDO,
d’Enora BELZ et de Maëva ROBART-JOUBIN qui m’ont réservé un accueil plus qu’agréable
au sein de l’association PROJECT. Ma pensée va également à l’endroit d’Ewen GALLIC, de
Marius AMBA, de Louise MOTUE, de Stève KAMGA, de Sorel FOTSO, de Boris NENPE,
de Franklin TEDONGMO, de Janvier METANGMO, de Giscard Stéphane TAMNO, d’Odilon
SIPOUWA, de Bernadette MOGUE, d’Aimé TATCHUM, et de tous les amis et connaissances
qui n’ont pas été nommément cités ici.

vi
SIGLES ET ABREVIATIONS

ADF : Augmented Dickey-Fuller


ASS : Afrique Subsaharienne
BAD : Banque Africaine de Développement
BEAC : Banque des Etats de l’Afrique Centrale
BIP : Budget d’Investissement Public
CDMT : Cadre de Dépenses à Moyen Terme
CEEAC : Communauté Economique des Etats d’Afrique Centrale
CEMAC : Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale
CER : Communauté Economique Régionale
DSCE : Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi
DSGE : Dynamic Stochastic General Equilibrum
CNUCED : Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement
FCFA : Franc de la Coopération Financière en Afrique
FMI: Fonds Monétaire International
GMM : Generalised Moment Method
IADM : Initiative d’Annulation de la Dette Multilatérale
IPPTE : Initiative Pays Pauvres Très Endettés
KPSS : Kwiatkowski, Phillips, Schmidt et Shin
MCO : Moindres Carrés Ordinaires
MS-VAR : Markov-Switching Vector Autoregressive
OCDE : Organisation de Coopération et de Développement Economique
OMD : Objectifs du Millénaire pour le Développement
PAS : Programmes d’Ajustements Structurels
PER : Programme Economique Régional
PIB : Produit intérieur brut
PNB : Produit National Brut
PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement
PP : Phillips Perron
PPTE : Pays Pauvres Très Endettés
RCA : République Centrafricaine
SPCVC : Solde Primaire Corrigé des Variations Cycliques

vii
SVAR : Structural Vector Autoregressive
STVAR : Smooth Transition Vector Autoregressive
TVAR : Threshold Vector Autoregressive Model
UDEAC : Union Douanière et Economique des Etats de l’Afrique Centrale
UE : Union Européenne
UEMOA : Union Économique et Monétaire Ouest Africaine
UMAC : Union Monétaire de l’Afrique Centrale
USA: United States of America
VAN: Valeur Actualisée Nette
VAR: Vector Autoregressive
WDI: World Development Indicators
ZMO: Zone Monétaire Optimale

viii
LISTE DES TABLEAUX

Tableau 1-1- Structure de la production et des exportations des pays de la CEMAC ............... 6
Tableau 1-2 : Intensité de corrélation des cycles économiques dans la CEMAC sur la période
1987-2016 ........................................................................................................... 11
Tableau 1-3- Intensité de corrélation des taux d’inflation dans la CEMAC ............................ 14
Tableau 1-4- Les critères de convergence dans la zone CEMAC ............................................ 27
Tableau 1-5- Position des Etats de la CEMAC par rapport au respect du critère relatif au solde
budgétaire de base (en% du PIB) ....................................................................... 28
Tableau 2-1- Taille des multiplicateurs budgétaires dans quelques études empiriques ........... 59
Tableau 2-2-Taille des multiplicateurs budgétaires suivant la nature du cycle économique dans
quelques études empiriques ................................................................................ 64
Tableau 2-3- Déterminants de la taille des multiplicateurs budgétaire .................................... 66
Tableau 2-4- Les multiplicateurs des dépenses publiques globales (g) et des recettes fiscales (rf)
dans la CEMAC .................................................................................................. 78
Tableau 2- 5- Les multiplicateurs des dépenses publiques courantes (depcou) et des dépenses
publiques d’investissement (depinv) dans la CEMAC ....................................... 82
Tableau 2-6- Les multiplicateurs d’impact des différentes catégories de dépenses publiques la
CEMAC .............................................................................................................. 85
Tableau 2-7- Réponse cumulative de la consommation privée aux chocs structurels de dépenses
publiques globales (g) et des recettes fiscales (rf) .............................................. 87
Tableau 2-8 : Réponse cumulative de l’investissement privé aux chocs structurels de dépenses
publiques globales (g) et des recettes fiscales (rf) .............................................. 91
Tableau 3-1- Définitions des épisodes d’ajustements budgétaires selon quelques études
sélectionnées dans la littérature......................................................................... 136
Tableau 3-2- Récapitulatif des épisodes de consolidations budgétaire dans la CEMAC ...... 137
Tableau 3-3- Déterminants des consolidations budgétaires dans la CEMAC (effets marginaux)
........................................................................................................................... 142
Tableau 3-4- Les effets des consolidations budgétaires sur l’activité économique dans la
CEMAC ............................................................................................................ 145
Tableau 3-5- Réponses des variables macroéconomiques à un choc de 1% sur les consolidations
budgétaires en pourcentage du PIB dans la CEMAC ....................................... 146
Tableau 3-6 - Les effets de composition des consolidations budgétaires sur l’activité
économique dans la CEMAC ............................................................................ 148

ix
Tableau 3-7- Réponses des variables macroéconomiques à un choc de 1% sur les différentes
composantes des consolidations budgétaires dans la CEMAC ........................ 148
Tableau 3-8 - Les effets des consolidations budgétaires sur l’activité économique dans le
modèle augmenté .............................................................................................. 151
Tableau 3-9- Tableau comparatif des réponses des variables macroéconomiques à un choc de
1% sur la variable consolidation budgétaire dans le modèle de base et le modèle
augment ............................................................................................................. 152
Tableau 3-10- Les effets des consolidations budgétaires sur la croissance économique sous le
contrôle la dette publique extérieure et l’inflation ............................................ 154
Tableau 4-1-Cyclicité de la politique budgétaires dans la zone CEMAC (modèle simple) 185
Tableau 4-2- Cyclicité de la politique budgétaire dans la zone CEMAC (modèle augmenté)
........................................................................................................................... 186
Tableau 4-3-Cyclicité de la politique budgétaire dans la CEMAC en période d’expansion
(EXPAN) et en période de récession (RECE) .................................................. 187
Tableau 4-5-Les déterminants de la cyclicité de la politique budgétaire dans la CEMAC . 189
Tableau 4-5 -Les déterminants de la cyclicité de la politique budgétaire dans la CEMAC en
période d’expansion (EXPAN) et en période de récession (RECE) ................. 192

x
LISTE DES GRAPHIQUES

Graphique 1.1 : Evolution du taux d’ouverture des économies de la CEMAC ......................... 7


Graphique 1.2 : Evolution du taux de croissance du PIB réél dans la zone CEMAC ................ 8
Graphique 1.3 : Evolution de la production pétrolière dans la CEMAC et du prix annuel moyen
du pétrole brut .................................................................................................. 8
Graphique 1.4: Intensité du commerce intra zone en Afrique Centrale par rapport à d'autres
Communautés Economiques et Régionales (CER) en 2017 .......................... 10
Graphique 1.5 : Evolution de l’écart de production des différents pays de la CEMAC (en
milliards de FCFA)......................................................................................... 12
Graphique 1.6 : Evolution des taux d'inflation (variation de l'indice des prix à la consommation
en %) dans la CEMAC ................................................................................... 13
Graphique 1.7: Evolution des recettes budgétaires (en % du PIB) dans la CEMAC ........... 15
Graphique 1.8: Evolution des recettes budgétaires au Cameroun ............................................ 17
Graphique 1.9: Evolution des recettes budgétaires au Congo .................................................. 17
Graphique 1.10: Evolution des recettes budgétaires au Gabon ................................................ 18
Graphique 1.11: Evolution des recettes budgétaires en Guinée Equatoriale ........................... 18
Graphique 1.12 : Evolution des recettes budgétaires en RCA ................................................. 18
Graphique 1.13 : Evolution des recettes budgétaires au Tchad ............................................... 19
Graphique 1.14: Evolution des dépenses publiques (en % du PIB) dans la zone CEMAC ..... 20
Graphique 1.15: Evolution des dépenses publiques au Cameroun .......................................... 23
Graphique 1.16: Evolution des dépenses publiques au Congo ................................................ 23
Graphique 1.17 : Evolution des dépenses publiques au Gabon ............................................... 23
Graphique 1.18 : Evolution des dépenses publiques en Guinée Equatoriale ........................... 24
Graphique 1.19 Evolution des dépenses publiques en RCA .................................................... 24
Graphique 1.20: Evolution des dépenses publiques auTchad .................................................. 24
Graphique 1.21: Evolution des soldes budgétaires (en % du PIB) et du taux d’endettement
public extérieur dans la zone CEMAC ........................................................... 25
Graphique 1.22:Annulation et/ou réduction de la dette publique (en millions de dollars US)
dans quelques pays de la CEMAC sur la période allant de 1989à 2016 (montant
cumulé) ........................................................................................................... 29
Graphique 2.1 : Réponse de la production à un choc structurel de dépenses publiques globales
(shock1) dans la CEMAC .............................................................................. 77

xi
Graphique 2.2 : Réponse de la production à un choc structurel de recettes fiscales (shock4) dans
la CEMAC ...................................................................................................... 78
Graphique 2.3 : Réponse de la production à un choc structurel de dépenses publiques courantes
(shock2) et de dépenses publiques d’investissement (shock3) ..................... 81
Graphique 2.4 : Ampleur des multiplicateurs budgétaires dans les différents pays de la CEMAC
........................................................................................................................ 83
Graphique 2.5 : Réponse de la consommation privée à un choc structurel de dépenses publiques
globales (Shock1) et de recettes fiscales (shock4) ......................................... 86
Graphique 2.6: Réponse de la consommation privée à un choc structurel de dépenses publiques
de consommation (Shock2) et de dépenses publiques d’investissement
(shock2) .......................................................................................................... 89
Graphique 2.7 : Réponse l’investissement privé à un choc structurel de dépenses publiques
globales (Shock1) et de recettes fiscales (shock4) ......................................... 99
Graphique 2.8 Réponse de l’investissement privé à un choc structurel sur les dépenses
publiques de consommation (Shock2) et les dépenses publiques
d’investissement (shock3) .............................................................................. 93
Graphique 2.9: Réponse du niveau des prix l à un choc structurel sur les dépenses publiques
globales (Shock1) et les recettes fiscales (shock4) ........................................ 94
Graphique 2.10: Réponse du niveau des prix à un choc structurel sur les dépenses publiques de
consommation (Shock2) et les dépenses publiques d’investissement (shock3)
........................................................................................................................ 95
Graphique 3.1: Evolution de la variation du solde primaire corrigé des variations cycliques en
% du PIB dans la CEMAC ........................................................................... 135
Graphique 3.2: Distribution des épisodes de consolidation budgétaires dans la CEMAC suivant
leur durée ...................................................................................................... 138
Graphique 3.3: Distribution du nombre de consolidations budgétaires (en années) par sous-
périodes dans la CEMAC ............................................................................. 139

xii
RESUME

L’incapacité de la politique monétaire à stabiliser efficacement l’économie pendant la crise


économique et financière de 2008 a donné suite sur la sphère économique mondiale au cours
de ces dernières années à un activisme budgétaire dont on peut situer le dernier d’une telle
ampleur pendant les « trente glorieuses ». Cela a dans la littérature relancé le débat sur
l’efficacité des politiques budgétaires discrétionnaires. L’objectif de cette thèse est d’analyser
l’efficacité des politiques budgétaires en matière de stabilisation macroéconomique en union
monétaire, en l’occurrence dans la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique
Centrale (CEMAC). Car, malgré une littérature empirique abondante, il subsiste une grande
incertitude quant à l'ampleur et même à l'orientation des effets de la politique budgétaire
discrétionnaire, et ce encore plus dans les pays en développement qui ont été parfois quelque
peu marginalisés. Dans la poursuite de cet objectif, en plus d’un chapitre introductif, cette thèse
est organisée autour de trois chapitres empiriques (essais) : un premier chapitre empirique qui
analyse les effets des chocs de politique budgétaire sur l’activité économique ; un deuxième
chapitre empirique qui analyse les effets macroéconomiques des consolidations budgétaires ; et
un troisième chapitre empirique qui étudie la cyclicité de la politique budgétaire dans la zone
CEMAC. Les résultats empiriques issus du premier essai montrent d’une part que la taille des
multiplicateurs budgétaires est inférieure à l’unité dans la totalité des pays de la CEMAC, et
d’autre part que les effets des chocs de politique budgétaire sur les différentes variables
macroéconomiques (croissance économique, consommation privée, investissement privé,
inflation) varient considérablement d’un pays à un autre, mais demeurent tout de même positifs
pour les dépenses publiques et négatifs pour les recettes fiscales la plupart du temps. Après
avoir identifié les différents épisodes de consolidations budgétaires, l’analyse empirique du
deuxième essai révèle que les consolidations budgétaires dans la zone CEMAC dépendent
essentiellement de la conjoncture économique et de la situation antérieure des finances
publiques, et qu’elles ont globalement des effets keynésiens sur l’activité économique. Les
résultats du troisième essai quant à eux indiquent d’une part que la politique budgétaire est en
moyenne procyclique dans la zone CEMAC, et d’autre part que cette procyclicité est expliquée
essentiellement par des facteurs économiques et sociopolitiques.

Mots clés : Politique budgétaire discrétionnaire, consolidations budgétaires, multiplicateurs


budgétaires, cyclicité budgétaire, stabilisation macroéconomique, union monétaire, CEMAC.

xiii
ABTRACT

The inability of monetary policy to effectively stabilize the economy during the 2008 economic
and financial crises has led to a global economic sphere of budgetary activism in recent years,
which can be traced back to the "glorious thirty". This has been revived in the literature through
the effectiveness of discretionary fiscal policies. The objective of this thesis is to analyze the
effectiveness of fiscal policies on macroeconomic stabilization in monetary union more
precisely in the Central African Economic and Monetary Community (CEMAC). For, despite
an abundant empirical literature review, there is still considerable uncertainies about the extent
and direction of the effects of discretionary fiscal policy, particularly in developing countries,
which has somehow been marginalized. In pursuit of this objective, apart from the introductory
chapter, this thesis is organized around three main empirical chapters (essays) : a first empirical
chapter that analyzes the effects of fiscal policy shocks on economic activity ; a second
empirical chapter that analyzes the macroeconomic effects of fiscal consolidations ; and a third
empirical chapter that examines the cyclicality of fiscal policy in the CEMAC zone. Empirical
results from the first empirical chapter shows that, the size of fiscal multipliers is less than unity
in all CEMAC countries, and that the effects of fiscal policy shocks on different macroeconomic
variables (Economic growth, private consumption, private investment, inflation) vary
considerably from one country to another, but still remain positive for public spending and
negative for tax revenues most of the time. After having identifing the different episodes of
fiscal consolidation, the empirical analysis of the second trial reveals that fiscal consolidations
in the CEMAC zone depends essentially on its economic situation and its previous state of
public finances, and that they have an overall Keynesian effect on economic activities. The
results of the third empirical chapter indicates that fiscal policy is, on average, procyclical in
the CEMAC zone, and secondly that this procyclicality is mainly explained by its economic
and socio-political factors.

Key words : Discretionary fiscal policy, fiscal consolidations, fiscal multipliers, fiscal
cyclicality, macroeconomic stabilization, monetary union, CEMAC.

xiv
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Chapitre 1. Introduction générale et vue d’ensemble


Crée le 16 mars 1994 à N’Djaména au Tchad en remplacement de l’Union Douanière
de l’Afrique Centrale (UDEAC) jusque-là considérée comme la doyenne des organisations
sous-régionales d’intégration en Afrique, la Communauté Economique et Monétaire de
l’Afrique Centrale (CEMAC) naît d’une volonté manifeste des différents Etats de la sous-région
Afrique Centrale de renforcer leur intégration à travers une coopération économique plus
intense. Elle rassemble en son sein le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée Equatoriale, la
République Centrafricaine et le Tchad, pays ayant en commun l’utilisation du Franc de la
Coopération Financière en Afrique (FCFA), monnaie héritée de la colonisation française et dont
la parité est définie de manière fixe par rapport à l’Euro1. Dès le 5 juillet 1996, ces différents
pays vont signer à Libreville au Gabon la convention régissant l’Union Monétaire de l’Afrique
Centrale (UMAC), même si toutefois elle n’entrera officiellement en vigueur que le 23 juin
1999.

De fait, la CEMAC tout comme sa consœur l’Union Economique et Monétaire Ouest


Africaine (UEMOA) a cette particularité que face à un quelconque choc exogène, la
stabilisation macroéconomique repose essentiellement sur la politique budgétaire. Cela tient du
fait que le canal du taux de change qui est l’un des principaux canaux de transmission de la
politique monétaire ne peut être fonctionnel dans ce contexte d’union monétaire à régimes de
changes fixes. Il ne peut donc pas y avoir d’ajustement par le change, pourtant, les différentes
économies de la CEMAC sont reconnues pour leur forte dépendance vis-à-vis de l’extérieur,
notamment à travers l’exportation des matières premières.

Ainsi, nous nous fixons pour objectifs dans le cadre de ce chapitre introductif de donner
les caractéristiques de la zone CEMAC en tant qu’union monétaire, et de présenter l’évolution
des finances publiques tout en mettant un accent particulier sur les contraintes auxquelles elles
sont soumises. A terme, ceci nous permettra de dégager la problématique de cette thèse. Pour y
parvenir, ce chapitre est organisé autour de trois grandes sections : La première section situe la
zone CEMAC par rapport à la théorie des zones monétaires optimales. La deuxième section fait
un panorama sur l’évolution des finances publiques dans la CEMAC ainsi que les différentes

1
1 Euro=655,957 FCFA.

1
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

contraintes auxquelles elles font face. La troisième section présente la contribution de cette
thèse en faisant ressortir aussi bien la problématique que les objectifs de recherche.

.1 La CEMAC : Une zone monétaire non optimale

De nos jours, le monde regorge en son sein un certain nombre de zones monétaires dont
les plus connues sont la zone Euro, la zone Dollar et la zone Franc. Cette dernière comporte en
son sein outre les îles Comores, la zone UEMOA et la zone CEMAC. Tout comme dans toute
union monétaire, la politique monétaire dans la zone CEMAC est commune et confiée à une
Banque Centrale supranationale à savoir la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC),
qui est chargée de sa mise en œuvre dans les différents pays constituant l’union. Par conséquent,
le coût à payer par les pouvoirs publics de ces pays est celui lié à la perte de l'instrument
monétaire comme outil de stabilisation. En cas de choc asymétrique, cette perte se traduit
essentiellement par le manque de flexibilité d'un pays dans l'élaboration de ses politiques
économiques pour relancer l’activité économique réelle, notamment la consommation privée,
l'investissement privé, ou encore les exportations.

Afin de mieux appréhender la non optimalité de la zone CEMAC en tant qu’union


monétaire, nous partons d’un bref aperçu de la littérature sur la théorie des zones monétaires
optimale pour présenter la situation de la zone CEMAC par rapport à un certain nombre de
critères répertoriés dans la littérature.

.1.1 Un bref aperçu de la littérature sur la théorie des zones monétaires


optimales

De façon simple, une zone monétaire optimale peut être définie comme une région
géographique dans laquelle il est bénéfique d'établir une monnaie unique. La littérature
théorique et empirique sur les zones monétaires optimales (ZMO) se décline en deux principales
approches : L’approche dite « traditionnelle » qui découle des travaux pionniers de Mundell
(1961) et l’approche dite « moderne » qui remonte à la fin des années 90 suite aux travaux de
Frankel et Rose (1998). La première approche suppose que l'optimalité d'une zone monétaire
repose sur des conditions ex ante, c'est à dire les conditions qui prévalaient avant la formation
de l'union monétaire. La seconde quant à elle, encore qualifiée « d’approche endogène »
suppose qu'une union monétaire produit de façon endogène les conditions de son optimalité, et

2
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

suggère donc que l’analyse de l’optimalité des zones monétaires devrait être faite ex post et non
ex ante.

.1.1.1 L’approche « traditionnelle » de la théorie des zones monétaires optimales

Dans la littérature contemporaine, Mundell (1961), McKinnon (1963) et Kenen (1969)


sont considérés comme ceux qui ont jeté les jalons de la théorie des zones monétaires optimales.
L’apport de Mundell (1961) repose essentiellement sur la mobilité des facteurs de production.
Il fut le premier auteur à fournir des critères permettant de juger de l’optimalité d’une zone
monétaire. A cet effet, il propose trois critères à savoir : La mobilité de la main d'œuvre, la
flexibilité des prix et des salaires, et la synchronisation des cycles économiques entre les
différents pays de la zone. Selon lui, ce dernier critère permet de réduire les asymétries dans la
zone suite à un choc exogène. En prenant l’exemple de deux pays A et B, il montre qu’ils ont
intérêt à former une zone monétaire unique à changes fixes, dès lors que la mobilité des facteurs
de production à l'intérieur de la zone par eux formée est plus forte que celle observée vis-à-vis
de l’extérieur. Par ailleurs, il souligne que si la mobilité des facteurs de production est plus
faible à l'intérieur de la zone monétaire formée par les pays A et B, alors le régime de change
le plus avantageux est celui du change flexible.

Pour mieux illustrer ses propos par rapport aux deux premiers critères sus énumérés, il
suppose que les pays A et B sont liés par un processus d’intégration et que l’objectif de chacun
d’entre eux est de satisfaire à la fois l’équilibre interne (faible inflation et plein emploi) et
l’équilibre externe (équilibre de la balance de paiements). Il montre qu’un choc de productivité
dans le pays A occasionnera une hausse du chômage et de l'inflation dans le pays B,
accompagnée d’une amélioration de la balance commerciale en cas de rigidité des salaires et
d'absence de mobilité de la main d'œuvre. En revanche, si la main d’œuvre est susceptible de
se déplacer aisément du pays A au pays B et les salaires flexibles, cela pourra aider à diminuer
le sous-emploi et l'inflation dans le pays B tout en améliorant la balance des paiements sans
aucun recours au taux de change. Ainsi, des Etats gagneraient à former une union monétaire,
lorsque la parfaite mobilité de leurs facteurs de production est avérée.

Dans le même ordre d’idées, McKinnon (1963) va proposer le degré d'ouverture de


l’économie à l’international comme critère fondamental à l'établissement d'une zone monétaire.
Il définit ce degré d’ouverture comme étant le ratio entre les biens échangeables et le produit
national brut (PNB). Selon lui, plus le degré d'ouverture d'un pays est élevé, plus il gagne à
intégrer une zone monétaire, car il devient plus vulnérable aux fluctuations des prix sur le

3
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

marché international. En d’autres termes, plus un pays est « ouvert » à l’international, plus il a
selon McKinnon intérêt à appartenir à un régime de change fixe et plus il est « clos », plus il a
intérêt à appartenir à un régime de change flexible, car les variations du taux de change auraient
un important impact sur les prix relatifs des biens échangeables exprimés en unités de devises
locales pour les pays relativement ouverts.

A la suite de Mundell (1961) et McKinnon (1963), Kenen (1969) va compléter la théorie


traditionnelle des zones monétaires optimales en proposant comme critère d'optimalité la
diversification de la production et la consommation, et en élargissant l’analyse de Mundell aux
mouvements internationaux de capitaux. Selon lui, les économies diversifiées sont plus aptes à
appartenir à une union monétaire que celles qui ne le sont pas (ou le sont moins). En effet, une
forte diversification de l’économie atténue l’impact des chocs spécifiques dans un secteur donné
de l’économie, l’empêchant ainsi d’avoir une envergure nationale.

Dans le prolongement de ces travaux, certains chercheurs vont proposer dans la


littérature d'autres critères d’évaluation de l’optimalité des zones monétaires à partir de la fin
des années 60. Il s'agit entre autres du degré d'intégration des marchés financiers (Ingram,
1969 ; Mundell, 1973), de la similarité des taux d’inflation (Fleming,1971), et de la flexibilité
des prix (Corden, 1972 ; Ishiyama, 1975). Corden (1972) en se basant sur la relation inflation-
chômage telle que théorisée par la courbe de Phillips, montre par exemple qu’un ensemble de
pays présentant des différences en termes de degré de tolérance au chômage et à l’inflation ne
sont pas compatibles pour former une union monétaire.

Mundell (1973), tout en mettant en exergue le rôle fondamental de la mobilité des


facteurs de production dans la formation d’une union monétaire, souligne qu’une forte
intégration des marchés financiers des différents pays de l’union réduit l'asymétrie des chocs
exogènes. Ishiyama (1975) tout comme Fleming (1971) met un accent particulier sur la
nécessité d’une convergence des taux d'inflation pour les pays qui ambitionnent former une
union monétaire. La synchronisation des cycles économiques comme condition de création
d’une zone monétaire optimale est également réitérée par Blanchard et Quah (1989) et Bayoumi
et Eichengreen (1992).

.1.1.2 L’approche « moderne » de la théorie des zones monétaires optimales

L’approche « moderne » de la théorie des ZMO voit le jour vers la fin des années 90.
Cette approche remet en cause la théorie traditionnelle des ZMO. Elle soutient que même si

4
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

les critères d’optimalité ne sont pas vérifiés ex ante, ils peuvent l’être ex post, c’est-à-dire
après la formation de l’union monétaire, car les effets bénéfiques de cette dernière peuvent
rendre optimale une zone monétaire qui ne l'était pas auparavant. Ainsi, les critères des ZMO
telles que définies par l’approche traditionnelle seraient en réalité endogènes de sorte qu’«
un examen naïf des données du passé donnerait une idée erronée de l’aptitude d’un pays à
intégrer une union monétaire » (Frankel et Rose, 1997).

À partir d’une étude portant sur un échantillon de 21 pays industrialisés, Frankel et Rose
(1997) montrent que les pays qui ont un fort degré de commercialisation entre eux ont
tendance à avoir des cycles économiques corrélés. Leurs résultats sont corroborés entre autres
par ceux d’Artis et Zhang (1995), Fidrmuc (2001), Calderon et al (2003), Imbs (2004), Darvas
et al (2005), Baxter et Kouparitsas (2005), Tapsoba (2007) et Inklaar et al (2008). Cette
relation positive entre l’intégration commerciale et la synchronisation des cycles a dans la
littérature renforcé la thèse de l’endogénéité des critères d’optimalité des zones monétaires.
Cette dernière met ainsi en exergue l’un des avantages que peut tirer un pays de son
appartenance à une union monétaire, à savoir la suppression des coûts de transaction liés aux
opérations de change qui permet d’accroître les échanges commerciaux et les investissements
entre les différents pays de l'union.

A l'issue de ce survol de la littérature, on est en droit de se demander quelle est la


situation de la CEMAC en tant qu’union monétaire par rapport aux critères traditionnels des
zones monétaires optimales.

.1.2 La situation de la zone CEMAC par rapport à quelques critères de la théorie


des ZMO

Au cours de leur processus de développement, les différentes économies de la CEMAC


tout comme bon nombre d’économies en développement ont connu une évolution économique
très mouvementée, marquée de périodes de prospérité et de marasme économique. En effet,
après une période de croissance soutenue après les indépendances, le milieu des années 80
marque une phase de retournement de la conjoncture dans la sous-région CEMAC, en grande
partie attribuée à la baisse des cours internationaux de matières premières, principaux produits
exportés par ces pays.

5
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Tableau 1-1- Structure de la production et des exportations 2 des pays de la CEMAC

Cameroun Pétrole brut Cacao Café Coton Bois brut Aluminium Bananes Caoutchouc
1987-2000 51,1% 10% 9,1% 5,7% 11,1% 7% 3,2% 2,5%
2001-2016 63% 14,3% 2,7% 5 % 3,9% 5,4% 3% 2,4%

Congo Pétrole Gaz -propane Produits Bois tropicaux Rondins Sucre


brut et butane pétroliers d'eucalyptus
1987-2000 81,91% 0% 1,5% 7,6% 1,65% 0,76%
2001-2016 88,74% 1,4% 1,9% 5% 0,13% 0,30%

Gabon Pétrole brut Manganèse Uranium Bois


1987-2000 76,1% 7% 2,1% 12%
2001-2016 81,4% 8,1% 0% 8%

Guinée E. Pétrole brut Méthanol et Autres Gaz Bois Cacao Café


1987-2000 41,2% 0% 28,7% 10% 0,4%
2001-2016 74% 21% 0,80% 0,02% 0,002%

RCA Coton Diamants Café Tabac Bois Or


1987-2000 10,5% 46,4% 9,2% 1,1% 20,4% 0,11%
2001-2016 2,7% 28,6% 1,9% 0,12% 44,4% 0,37%

Tchad Coton-fibre Bétail Pétrole brut Gomme arabique


1987-2000 44,1% 30,9% 0% 1,8%
2000-2016 9,5% 16,6% 69,5% 2,6%
Source : Calculs de l’auteur à partir des données de la BEAC

Bien que la structure des exportations dégage une très forte hétérogénéité entre les
différentes économies de la CEMAC, le poids relativement élevé des matières premières dans
ces exportations fait d’elles des économies très ouvertes et essentiellement dépendantes de
l’extérieur (cf. graphique 1-1) : D’une part les prix des matières premières dont ils sont
exportateurs sont fixés sur des marchés mondiaux, et d’autre part la plupart des produits
manufacturés dans les pays de la CEMAC sont importés du fait de la faiblesse de leur tissu
industriel.

2
Les chiffres qui figurent dans le tableau représentent la part de la production exportée en pourcentage des
exportations totales.

6
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Graphique 1-1 : Evolution du taux d'ouverture des économies de la CEMAC

300

250
Taux d'ouverture de l'économie en %

200

150

100

50

0
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
Cameroun Congo Gabon Guinée E. RCA Tchad

Source : Calculs de l’auteur à partir des données de la base WDI (2017)

C’est ainsi que dès 1992, suite à la diminution de l’exportation en volumes du café et
du cacao combinée à la baisse de leurs prix (y compris celui du pétrole et du caoutchouc ), la
situation économique des pays de la CEMAC s’est vue fortement dégradée, de telle sorte que
certains d’entre eux qui autrefois réalisaient des taux de croissance de l’ordre de deux chiffres
se sont retrouvés avec des taux de croissance négatifs, tirant ainsi la croissance moyenne de la
zone à -0,9%3 contre 10,5% deux ans plutôt (cf. graphique 1-2).

Ce n’est qu’après la dévaluation survenue en 1994, unique ajustement monétaire depuis


la naissance de la zone Franc en 1948, que grâce à une hausse spectaculaire des cours de
matières premières sur le marché international, on va assister à une reprise de l’activité
économique dans la sous-région. Toutefois, en raison des situations socioéconomiques et
politiques bouleversantes survenues dans certains pays (notamment la refonte des finances
publiques au Gabon et les conflits armés au Congo), l’économie de la zone CEMAC entrera
une fois de plus en récession dès 1999 en laissant transparaître un taux de croissance de -2,8%,
avant de reprendre dès l’année suivante pour finalement franchir le cap de 10% en 2004.

3
Le Cameroun y contribue à hauteur de -0,6%, le Congo à hauteur de 0,5%, le Gabon à hauteur -1,2%, la Guinée
Equatoriale à hauteur de 0,1%, la République Centrafricaine à hauteur de 0,3% et le Tchad à hauteur de 0,1%,
avec au niveau individuel des taux de croissance respectifs de -2,2%, 2,7%, -3,2%, 12,9%, -6,4% et 4,7%. Aussi,
les différentes statistiques fournies tout au long de ce chapitre sont issues soient directement des données de la
BEAC, soit à partir de nos propres calculs à partir desdits données. 7
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Graphique 1-2 : Evolution du taux de croissance du PIB réel dans la zone CEMAC

12,0 250,0

secteurs pétrolier et non pétolier en %


Taux de croissance du PIB réel des
10,0 200,0
8,0
150,0
Taux de croissance du PIB réel en %

6,0
100,0
4,0
50,0
2,0
0,0
0,0
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
-2,0 -50,0

-4,0 -100,0

taux de croissance du PIB réel dont secteur pétrolier dont secteur non pétrolier

Source : Construction de l’auteur à partir des données de la BEAC

Cette dernière performance est souvent attribuée à l’augmentation combinée de la


production pétrolière dans la zone (notamment en Guinée Equatoriale et au Tchad) et du prix
du baril du pétrole durant cette période comme l’illustre le graphique 1-3 ci-dessous.

Graphique1-3 : Evolution de la production pétrolière dans la CEMAC et du prix annuel


moyen du baril de pétrole brut

120 60
Production pétrolière en lmillions dde
Prix du baril de pétrole brut en dollar US

100 50

80 40

60 30
tonnes

40 20

20 10

0 0
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016

Production pétrolière prix du baril du pétrole brut

Source : Construction de l’auteur à partir des données de la BEAC

Du fait de cette forte dépendance des économies de la CEMAC des matières premières
et plus principalement du pétrole, la croissance économique de la zone va par la suite, face aux

8
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

fluctuations du cours du pétrole, évoluer à rythme plus ou moins instable jusqu’en 2014 avant
de chuter pour se situer autour de -0,2 % en 2016, après avoir été de 1,6% en 2015, contre 4%
en moyenne sur la période 2005-2014, et ce malgré la crise économique et financière survenue
pendant cette dernière période.

Bien que les performances macroéconomiques médiocres observées ces dernières


années aient été le fruit des baisses drastiques et répétitives du prix du baril de pétrole4, certains
retournements de la conjoncture souvent observés sur le plan global ont souvent émané des
performances macroéconomiques individuelles d’un nombre restreint de pays, étant donné que
la conjoncture économique au sein de chaque pays pris individuellement diffère d’un pays à un
autre. C’est le cas par exemple de celui de 1990 grâce à la très forte croissance économique du
Congo (81% de taux de croissance) ou alors ceux de 1999 et de 2000 grâce respectivement aux
performances économiques médiocres du Gabon (-11,3% de taux de croissance) et
extraordinaires de la Guinée Equatoriale (180,5% de taux de croissance).

Par ailleurs, comme l’indiquent les différents graphiques présentés en annexes (cf.
annexes 1-1), l’intensité du secteur pétrolier dans les économies de la CEMAC varie
considérablement d’un pays pétrolier à un autre. Grâce à la diversité de sa structure productive,
le Cameroun apparaît comme le pays ayant la plus faible intensité du secteur pétrolier dans son
économie. Sur la période 1987-2016, le poids du PIB pétrolier dans le PIB total est resté plus
ou moins stable et se situe à 7,5% en moyenne sur ladite période. A la suite du Cameroun, vient
le Tchad qui n’est pays producteur de pétrole que depuis 2003. Pendant les deux premières
années d’exploitation, le PIB pétrolier représentait 6,8% du PIB total en moyenne, intensité qui
va nettement évoluer pour se situer à environ 20% en moyenne sur la période 2005-2016,
développant ainsi une dépendance de plus en plus accrue des finances publiques vis-à-vis du
secteur pétrolier.

Contrairement au Cameroun et au Tchad, le poids du secteur pétrolier dans les autres


pays pétroliers de la zone semble plus important. Dans le cas du Gabon, on remarque que sur
la période 1987-1999, le PIB pétrolier représentait 29,5% du PIB total en moyenne, intensité
qui va évoluer pour se situer à 41,2% en moyenne sur la période 2000-2016. Au Congo, ce
poids se situe à 32,1% et 59,3% en moyenne respectivement sur ces sous-périodes. La Guinée
Equatoriale se distingue comme l’économie la plus pétrolière de la sous-région. Après la mise

4
Le prix du baril est passé d’environ 105 dollars US en moyenne en 2013 à environ 40,5 dollars US en moyenne
en 2016.

9
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

en exploitation du pétrole en 1992, le poids du secteur pétrolier dans l’économie va passer de


9,3% cette année-là à 68% cinq ans plus tard pour une moyenne de 30,5% sur cette période. De
1999 à 2016, le PIB pétrolier va représenter en moyenne 85% du PIB total de la Guinée
Equatoriale, avec notamment un niveau record de 92,8% observé en 2005.

Face à cette hétérogénéité des différentes économies de la CEMAC tant au niveau des
structures productives qu’au niveau des poids relatifs du secteur pétrolier dans l’économie, la
réaction de la croissance économique face aux fluctuations des cours mondiaux de matières
premières n’est pas de même intensité, car le degré d’intégration commerciale au sein de la
zone CEMAC demeure très faible.

Graphique 1-4 : Intensité du commerce intra zone en Afrique Centrale par rapport à
d'autres Communautés Economiques et Régionales (CER) en 2017

16
Pourcentage du commerce intra-zone par

14

12
rapport au commerce total

10

0
Afrique centrale Afrique Afrique australe Afrique occidentale Afrique orientale
septentrionale

Expotations Importations

Source : Construction de l’auteur à partir des données de la CNUCED

Comme l’indique le graphique 1-4 ci-dessus, l’Afrique Centrale demeure la


Communauté Economique et Régionale (CER) la moins intégrée commercialement par rapport
à tous les autres CER d’Afrique. En 2017, le commerce intra zone représentait en moyenne
3,8% du commerce total en Afrique Centrale, contre 14,2% en Afrique Australe et 10,8% en
Afrique Orientale, montrant ainsi que la CEMAC est loin d’être une union monétaire optimale.

Par ailleurs, ce faible degré d’intégration commerciale entre les pays de la CEMAC
associé à une faible diversification de la structure productive et exportatrice de leurs différentes
économies telle que mis en exergue dès l’entame de cette sous-section, laisse entrevoir une

10
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

absence de convergence cyclique entre eux conformément à la théorie des zones monétaires
optimales (Mundell, 1961 ; Kenen, 1969 ; Frankel et Rose 1997).

Tableau 1-2- Intensité de corrélation des cycles économiques5 dans la CEMAC sur la
période 1987-2016

Cameroun Congo Gabon Guinée E. RCA Tchad


Cameroun 1
Congo -0,258* 1
(0,068)
Gabon 0,011 0,110 1
(0,952) (0,560)
Guinée E. -0,148 0,0687 -0,352** 1
(0,432) (0,718) (0,045)
RCA -0,134 -0,0687 -0,248* 0,255* 1
(0,477) (0,7181) (0,084) (0,072)
Tchad -0,0815 0,429** 0,193 0,452** -0,172 1
(0,668) (0,017) (0,304) (0,012) (0,363)
Notes : Les valeurs entre parenthèses représentent les probabilités critiques. * et** traduisent la significativité des coefficients
des corrélations de Pearson respectivement au seuil de 10% et 5%.
Source : Calculs de l’auteur à partir des données de la base WDI (2017)

Comme l’indique le tableau 1-2 ci-dessus, il est difficile de se prononcer sur la symétrie
des cycles économiques dans la CEMAC, car les différents coefficients de corrélation calculés
varient de valeurs significativement positives aux valeurs significativement négatives. On
observe que sur les quinze coefficients de corrélation entre les cycles économiques calculés,
sept sont positifs alors que huit sont négatifs, reflétant ainsi la faible diversification des
économies de la CEMAC (CEMAC, 2009). Par ailleurs, seulement six de ces coefficients sont
significatifs si l’on prend pour référence le seuil de 10%. Ainsi, la conjoncture économique au
Cameroun est négativement corrélée avec celle du Congo (coefficient de corrélation=-0,258) et
indépendante de la conjoncture des autres pays. Cela sous-entend que lorsque l’économie du
Cameroun est en expansion, celle du Congo est pour la plupart du temps en récession. Il en est
de même de la relation qui lie la conjoncture économique du Gabon à celles de la Guinée
Equatoriale et de la République Centrafricaine. En revanche, nous constatons que la conjoncture
économique au Tchad est positivement corrélée avec celle du Congo (coefficient de
corrélation=0,429) et celle de la Guinée Equatoriale (0,452). Cela veut dire en d’autres termes
que lorsque l’économie du Tchad est en phase d’expansion, celles du Congo et de la Guinée
Equatoriale le sont également et vice-versa.

5
Les cycles économiques sont ici mesurés par l’écart de production, elle -même calculée en utilisant le filtre
d’Hoddrick et Prescott avec comme paramètre de lissage 100 (recommandé par Hoddrick et Prescott pour les
données annuelles) appliqué au PIB réel sur la période 1987-2016.
11
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Ces résultats montrent ainsi que les cycles économiques ne sont pas synchronisés pour
l’ensemble des pays de la CEMAC comme le voudrait la théorie traditionnelle des ZMO,
théorie qui place la synchronisation des cycles au cœur de la création d’une union monétaire.
Ces résultats montrent aussi que le processus endogène des critères de ZMO qui dans les normes
devrait s’enclencher du fait de leur appartenance à une union monétaire demeure encore très
limité. Le graphique 1-5 ci-dessous confirme ces résultats sur l’absence de convergence
cyclique dans la CEMAC.

Graphique 1-5 : Evolution de l’écart de production des différents pays de la CEMAC


(en milliards de FCFA)

1,200

800

400

-400

-800

-1,200
88 90 92 94 96 98 00 02 04 06 08 10 12 14 16

CAMEROUN CONGO GABON


GUINEE RCA TCHAD

Source : Calculs de l’auteur à partir des données de la Banque Mondiale (WDI, 2017)

Globalement, on remarque que l’évolution du cycle économique dans la CEMAC


diffère d’un pays à un autre, ce qui constitue un obstacle majeur pour le regroupement des
différents pays sur la base de la synchronisation de leurs cycles. Parmi tous les pays de la
CEMAC, le Cameroun semble avoir la situation la plus stable car de 1987 à 2016, il n’a
enregistré que trois véritables points de retournement dont un pic en 2005 et deux creux en 1993
et 2011. Cette stabilité peut être attribuée à la diversification de l’économie de ce pays. Les
autres pays en revanche ont connu de nombreuses fluctuations, laissant ainsi figurer des cycles
économiques de très courte durée.

12
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

En plus de la non synchronisation des cycles économiques, on observe aussi que le


critère de similarité des taux d’inflation comme préalable à la formation des ZMO
(Fleming,1971 ; Ishiyama, 1975) semble également ne pas être respecté dans la zone CEMAC.

Graphique 1-6 : Evolution des taux d'inflation (variation de l'indice des prix à la
consommation en %) dans la CEMAC

50

40
Variation de l'indice des prix à la consommation

30

20
(base 2005) en %

10

0
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
-10

-20

Cameroun Congo Gabon Guinée E. RCA Tchad

Source : Construction de l’auteur à partir des données de la BEAC

Comme l’indique le graphique 1-6 ci-dessus, l’évolution des taux d’inflation dans la
zone CEMAC semble relativement stable pour chaque pays tout au long de la période à part en
1994 où elle a atteint son niveau maximum suite à la dévaluation du Franc CFA. Mais
également, on observe une très forte variabilité des niveaux d’inflation d’un pays à un autre
avant et après 1994. Toutefois, bien que non similaires comme le voudrait la théorie des ZMO,
les taux d’inflation dans la CEMAC restent fortement corrélés entre eux comme l’indique la
matrice de corrélation suivante :

13
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Tableau 1-3 - Intensité de corrélation des taux d’inflation dans la CEMAC

Cameroun Congo Gabon Guinée E. RCA Tchad


Cameroun 1
Congo 0,840*** 1
(0,0000)
Gabon 0,773*** 0,807*** 1
(0,0000) (0,0000)
Guinée E. 0,594*** 0,691*** 0,793*** 1
(0,0005) (0,0000) (0,0000)
RCA 0,550*** 0,561*** 0,679*** 0,705*** 1
(0,0016) (0,0012) (0,0000) (0,0000)
Tchad 0,739*** 0,739*** 0,580*** 0,677*** 0,580*** 1
(0,0000) (0,0000) (0,0008) (0,0000) (0,0008)
Notes : Les valeurs entre parenthèses représentent les probabilités critiques. **** traduit la significativité des
coefficients de corrélation de Pearson au seuil de 1%
Source : Calculs de l’auteur à partir des données de la BEAC

De cette section, il ressort que, de par leur structure productive et exportatrice, les
économies de la CEMAC dépendent essentiellement de l’extérieur, étant donné que le prix des
produits de base (en majorité constitués du pétrole) qui représentent l’essentiel de leurs
exportations sont fixés sur des marchés mondiaux. Par ailleurs, la très forte hétérogénéité au
niveau de leur structure productive et exportatrice combinée à la faible intégration commerciale
au niveau de la zone laisse transparaître une absence de convergence cyclique entre ces
économies. Cette absence de convergence cyclique entre les différentes économies de la
CEMAC telle qu’également observée par Carmignani (2010) et Mbou Likibi (2015) a pour
principale conséquence que face aux chocs spécifiques6, la stabilisation macroéconomique
repose essentiellement sur les politiques budgétaires nationales, car la CEMAC est une zone
monétaire non optimale si l’on s’en tient aux critères traditionnels comme l’indiquait déjà Ondo
Ossa (2000).

.2 Les finances publiques dans la CEMAC : Quelques faits stylisés

Tout comme la situation économique, les finances publiques dans la CEMAC ont connu
une évolution très mouvementée au cours de ces trois dernières décennies. Afin de mieux
appréhender cette évolution, il est nécessaire de s’appesantir sur l’évolution des différentes

6
Les chocs spécifiques dans la CEMAC dépendent pour la plupart du temps de l’évolution du cours des matières
premières et notamment celui du pétrole.

14
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

composantes de la politique budgétaire, c’est- à- dire tour à tour sur l’évolution des recettes
budgétaires, des dépenses publiques et des soldes budgétaires.

.2.1 Evolution des recettes budgétaires dans la CEMAC

En tant qu’union monétaire formée de pays majoritairement exportateurs de pétrole,


l’évolution des recettes budgétaires totales dans la CEMAC est fortement tributaire de celle des
recettes pétrolières qui elle-même dépend de la production et du prix du baril sur le marché
international. C’est ainsi qu’on a tantôt observé une supériorité des recettes non pétrolières par
rapport aux recettes pétrolières et tantôt l’inverse.

Graphique 1-7 : Evolution des recettes budgétaires (en % du PIB) dans la CEMAC

35 120

Prix du baril de pétrole en Dollards US


30
Recettes budgétaires en % du PIB

100

25
80
20
60
15
40
10

5 20

0 0
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016

Prix du baril de pétrole brut Recettes totales


Recettes pétrolières Recettes non pétrolières

Source : Construction de l’auteur à partir des données de la BEAC

Comme l’illustre le graphique 1-7 ci-dessus, au cours de la période 1987-1999, les


recettes budgétaires totales représentaient en moyenne 16,25% du PIB de la zone, avec
notamment une prédominance des recettes non pétrolières (10% du PIB en moyenne) par
rapport aux recettes pétrolières (6,25% du PIB en moyenne). Cette prédominance des recettes
non pétrolières qui par ailleurs représentaient 60,7% des recettes totales pendant cette période
est imputable d’une part à l’élargissement de l’assiette fiscale7 dans la zone durant ladite période

7
Cet élargissement s’est opéré notamment à travers la suppression de nombreuses exonérations et de certaines
sources d’évasion fiscalo-douanière (Rapport annuel de la Banque de France sur la zone Franc, 1998).

15
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

et d’autre part au prix relativement bas du baril de pétrole. Avec la découverte et la mise en
exploitation de nouveaux gisements de pétrole (notamment au Tchad dès 2003) et l’accélération
de l’extraction pétrolière dans les pays déjà producteurs ainsi qu’une évolution tendancielle
croissante du prix du baril de pétrole, les recettes pétrolières vont progressivement augmenter
dans la CEMAC, représentant 13,86% du PIB en moyenne sur la période 2000-2014 et 62,1%
de recettes totales.

Parallèlement, la part des recettes totales dans le PIB va augmenter pendant la même
période et se situer à un niveau moyen de 24,5%. Cependant, la chute drastique du prix du baril
de pétrole sur le marché international dès 2015 (49 $ le baril contre 105 $ deux ans plutôt), va
entraîner avec elle les recettes pétrolières et par ricochet les recettes publiques totales (les
premières passent de 13,4% du PIB en 2014 à 5,46% du PIB en 2016 tandis que les secondes
passent de 24,65% du PIB à 20,5% respectivement pour ces mêmes années). En ce qui concerne
les recettes non pétrolières, bien qu’elles aient évolué selon une tendance croissante, leur part
dans le PIB est restée relativement stable au cours du temps et s’est située à 9,6% du PIB en
moyenne au cours la période 2000-2016.

Au niveau individuel cela varie considérablement d’un pays à un autre comme


l’indiquent les graphiques 1-8, 1-9, 1-10, 1-11, 1-12 et 1-13 ci-dessous. Au Cameroun, les
recettes non pétrolières constituent la part la plus importante des recettes publiques totales
(74,2% sur la période 1987-2016) et ont toujours été supérieures aux recettes pétrolières sur la
période considérée. Cela s’expliquerait d’une part par la forte diversité de l’économie
camerounaise et d’autre part par une assiette fiscale plus élargie.

Dans les autres pays pétroliers en revanche, on observe que c’est plutôt les recettes
pétrolières qui constituent la part la plus importante des recettes budgétaires. Au Gabon, elles
représentent 52,8% des recettes totales sur la période 1987-2016. Ce pourcentage est encore
plus élevé pour le Congo et la Guinée Equatoriale où depuis quelques années, les recettes
pétrolières constituent la quasi-totalité des recettes publiques de l’Etat. Sur la période 2000-
2014 par exemple, les recettes pétrolières ont représenté 78% des recettes totales du Congo et
90,4% des recettes totales de la Guinée Equatoriale, situant ainsi leur part dans les PIB
respectivement à 29,15% et 29,40% en moyenne sur ladite période.

Au Tchad, la même tendance est observée dès le début de l’exploitation pétrolière. Sur
la période 2005-2014, la part des recettes pétrolières dans les recettes totales a été de 66,2%,

16
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

avec notamment un niveau record de 76,4% atteint en 2012, niveau associé à une part des
recettes budgétaires totales dans le PIB de 17,58%. La République Centrafricaine quant à elle
en tant que pays non producteur de pétrole a vu la part de ses recettes budgétaires dans le PIB
passer d’une moyenne de 6,23% sur la période 1987-2001 à 8,7% en moyennes sur la période
2002-2016 avec notamment une très grande chute pendant la guerre civile et religieuse qu’elle
a connue entre 2013 et 2014.

Graphique 1-8 : Evolution des recettes budgétaires au Cameroun

25 3000
Recettes budgétaires totales en % du PIB

2500

Recettes pétrolières et non pétrolières en


20

2000

milliards de Francs CFA


15
1500
10
1000

5
500

0 0
1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015

Recettes pétolières Recettes non pétrolières Recettes totales

Source : Construction de l’auteur à partir des données de la BEAC

Graphique 1-9 : Evolution des recettes budgétaires au Congo

60 2500
Recettes budgétaires totales en % du PIB

Recettes pétrolières et non pétrolières en

50
2000
milliards de Francs CFA

40
1500
30
1000
20

500
10

0 0
1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015

Recettes pétolières Recettes non pétrolières Recettes totales

Source : Construction de l’auteur à partir des données

17
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Graphique 1-10 : Evolution des recettes budgétaires au Gabon

35 1800
Recettes budgétaires totales en %

1600

pétrolières en milliards de Francs


30

Recettes pétrolières et non


1400
25
1200
20 1000
du PIB

15 800

CFA
600
10
400
5 200
0 0
198719891991199319951997199920012003200520072009201120132015

Recettes pétolières Recettes non pétrolières Recettes totales

Source : Construction de l’auteur à partir des données de la BEAC

Graphique 1-11 : Evolution des recettes budgétaires en Guinée Equatoriale

60 3500

pétrolières en milliards de Francs


3000
Recettes budgétaires totales en %

50

Recettes pétrolières et non


2500
40
2000
30
1500

CFA
du PIB

20
1000
10 500

0 0
198719891991199319951997199920012003200520072009201120132015

Recettes pétolières Recettes non pétrolières Recettes totales

Source : Construction de l’auteur à partir des données de la BEAC

Graphique 1-12 : Evolution des recettes budgétaires en RCA

12 140
pétrolières en milliards de Francs
Recettes budgétaires totales en %

120
Recettes pétrolières et non

10
100
8
80
6
CFA
du PIB

60
4
40
2 20

0 0
198719891991199319951997199920012003200520072009201120132015

Recettes pétolières Recettes non pétrolières Recettes totales

Source : Construction de l’auteur à partir des données de la BEAC

18
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Graphique 1-13 : Evolution des recettes budgétaires au Tchad

25 1200

Recettes pétrolières et non pétrolières en


1000
20
Recettes budgétaires totales en % du PIB

800

milliards de Francs CFA


15
600
10
400

5
200

0 0
1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015

Recettes pétolières Recettes non pétrolières Recettes totales

Source : Construction de l’auteur à partir des données de la BEAC

De façon globale, il ressort de cette sous-section que l’évolution des recettes publiques
dans la CEMAC est fortement tributaire de l’évolution du prix du pétrole sur le marché
international qui par ailleurs est très volatil. Cela suppose que l’orientation des politiques
budgétaires dans la CEMAC va en majorité dépendre de l’évolution des cours du pétrole. Ainsi,
suivant que le prix du pétrole est à la hausse ou la baisse, les autorités budgétaires auraient
tendance à procéder à quelques réajustements, laissant ainsi place tantôt aux relances
budgétaires discrétionnaires, tantôt aux consolidations budgétaires, au grand risque de rendre
la politique budgétaire procyclique. Il est dès lors nécessaire d’analyser en profondeur les
conséquences macroéconomiques de telles mesures.

.2.2 Evolution des dépenses publiques dans la CEMAC

Les dépenses publiques sont l’ensemble des dépenses réalisées par les administrations
publiques. Leur évolution est fortement tributaire de celle des recettes budgétaires, car ces
dernières servent à les financer. Le graphique 1-14 ci-suivant présente l’évolution des dépenses
publiques et de ses principales composantes dans la CEMAC.

19
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Graphique 1-14 : Evolution des dépenses publiques (en % du PIB) dans la zone CEMAC

30

25

20

15

10

0
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
Dépenses totales Dépenses en capital Dépenses courantes

Source : Construction de l’auteur à partir des données de la BEAC

Comme l’indique ce graphique, l’évolution des dépenses publiques dans la zone


CEMAC s’est faite en trois principales phases : Une première phase va de 1987 à 1993. Durant
cette phase, la part moyenne des dépenses publiques dans le PIB est d’environ 23,5%. Cette
phase est caractérisée principalement par une crise économique et la mise sur pied des
Programmes d’Ajustement Structurels (PAS), programmes instaurés par les bailleurs de fonds
internationaux (Banque Mondiale et FMI) et qui étaient essentiellement axés sur la réduction
du train de vie de l’Etat à travers entre autres la réduction de la masse salariale et des
subventions aux entreprises publiques. Ainsi donc, cette phase est essentiellement caractérisée
par les politiques de consolidations budgétaires.

Une deuxième phase va de 1994 année où survient la dévaluation du franc CFA à 2006.
Pendant cette période, la part moyenne des dépenses publiques dans le PIB va diminuer pour
se situer autour de 19%. Cela s’expliquerait entre autres par les règles budgétaires imposées
aux différents pays membres de la CEMAC dans le cadre de la surveillance multilatérale,
surtout celle relative au solde budgétaire primaire (base engagements hors dons) qui devrait être
positif ou nul. Toutefois, pendant la troisième phase qui va de 2007 à 2016, cette part va
nettement évoluer pour se situer à en moyenne 25% malgré la crise économique et financière
de 2007-2008. Pendant cette période, de nombreux programmes de développement sont mis en
œuvre dans différents pays de la CEMAC, à l’instar de celui du Cameroun consigné dans le

20
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE) qui vise à faire de lui un pays
émergent à l’horizon 2035.

Par ailleurs, on constate que les dépenses publiques courantes bien que qualifiées par
certains théoriciens de la croissance endogène de « dépenses non productives », ont été
prédominantes sur les dépenses en capital, exception faite de la période de la dernière crise
économique et financière mondiale où de nombreux efforts ont été consentis par les différents
gouvernements de la CEMAC en matière d’investissements publics. Au cours de la période
1987-2016, leur part respective dans le PIB a été de14,6% et 7,5% en moyenne.

Toutefois, l’évolution des dépenses publiques aussi bien dans sa globalité que ses
différentes composantes8 est loin d’être similaire dans l’ensemble des pays de la zone CEMAC,
car reposant d’une part sur la structure de chaque économie, et d’autre part sur un pouvoir
discrétionnaire en matière de politique budgétaire propre à chaque Etat. En effet, à partir des
graphiques 1-15 à 1-20 ci-contre, quelques constats peuvent être dégagés :

Sur la période 1987-1993, on constate que la Guinée Equatoriale et le Congo se


distinguent comme les pays ayant le plus dépensé proportionnellement à leur PIB avec des parts
respectives de 51,25% et de 35,5%. Toutefois, contrairement au Congo où les dépenses
publiques courantes ont été prédominantes (88,7% des dépenses totales), la Guinée Equatoriale
a consacré l’essentiel de ses dépenses aux investissements publics (60,8% des dépenses totales).
Quant aux autres pays, le poids des dépenses publiques dans leur PIB est resté relativement
faible par rapport aux deux précédents pour se situer à 25,2% en moyenne pour le Gabon, 23,3%
en moyenne pour le Cameroun, 15% en moyenne pour la République Centrafricaine et 14% en
moyenne pour le Tchad pendant cette période.

Par ailleurs, lorsqu’on s’intéresse à la composition des dépenses publiques sur la même
période, on se rend compte là aussi d’une forte domination des dépenses publiques courantes.
Durant cette période, elles ont représenté 57,5%, 70,8% et 79,6% des dépenses publiques totales
respectivement pour la République Centrafricaine, le Cameroun et le Gabon, situant ainsi leur

8
Suivant leur classification économique, les dépenses publiques sont composées des dépenses publiques courantes
encore qualifiées de dépenses publiques de consommation et des dépenses publiques en capital encore qualifiées
de dépenses publiques d’investissement. La première catégorie est ici constituée des traitements et salaires, des
dépenses de biens et services, des subventions et transferts, et des intérêts dur la dette la dette publique intérieure
et extérieure. Les trois premiers groupes constituent les dépenses publiques courantes primaires. Quant à la
deuxième catégorie, elles sont ici constituées des dépenses en capital sur les ressources locales et des dépenses en 21
capital sur les ressources extérieures.
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

part dans le PIB respectivement à 8,6%, 16,6% et 20% en moyenne sur la période considérée.
Tout comme la Guinée Equatoriale, le Tchad se distingue en faisant état d’une prédominance
des dépenses publiques d’investissement qui représentent 51,3% des dépenses publiques totales
pour une part dans le PIB de 7,2% en moyenne.

Sur la période 1994-2006, on constate que les dépenses publiques totales ont évolué à
un rythme relativement stable dans les différents pays de la CEMAC. Leur poids en proportion
du PIB au cours de cette période se situe à 31,2%, 24,6%, 19%, 15,3%, 13% et 12,8% en
moyenne respectivement pour le Congo, le Gabon, la Guinée Equatoriale, le Cameroun, le
Tchad et la République Centrafricaine. Tout comme pendant la sous-période précédente, les
dépenses publiques de consommation sont largement prédominantes dans la quasi-totalité des
pays. Sur cette période, leur part dans les dépenses publiques totales se situe à 77,5%, 79%,
32,2%, 85,5%, 48,24% et 59,4% respectivement pour ces mêmes pays.

A partir de la crise économique et financière de 2007-2008, on observe une instabilité


de la part des dépenses publiques dans le PIB dans la quasi-totalité pays de la CEMAC, car
durant cette période, elles évoluent en dents de scie suivant un trend plus ou moins positif.
Toutefois, les dépenses publiques d’investissement bien que restées inférieures aux dépenses
courantes tendent à s’améliorer car leur part dans le PIB a nettement progressé pour se situer à
29,6% en moyenne pour la Guinée Equatoriale, 17,5% en moyenne pour le Congo, 8,3% en
moyenne pour le Tchad, 8% en moyenne pour le Gabon, 5,8% en moyenne pour le Cameroun
et 4,4% en moyenne pour la République Centrafricaine sur la période 2007-2016. Cela se
justifierait notamment par les investissements massifs entrepris par ces pays notamment dans
les domaines de l’éducation, de la santé et des infrastructures au lendemain de la crise.

22
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Graphique 1-15 : Evolution des dépenses publiques au Cameroun

30 2500
Dépenses publiques totales en %

Dépenses publiques courantes et


en capital en milliards de francs
25 2000
20
1500
15
du PIB

CFA
1000
10

5 500

0 0
1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015

Dépenses courantes Dépénses en capital Dépenses totales

Source : Construction de l’auteur à partir des données de la BEAC

Graphique 1-16 : Evolution des dépenses publiques au Congo


60 1800
Dépenses publiques totales en %

Dépenses publiques courantes et


en capital en milliards de francs
1600
50
1400
40 1200
1000
30
du PIB

800

CFA
20 600
400
10
200
0 0
19871989 19911993199519971999200120032005200720092011 20132015

Dépenses courantes Dépénses en capital Dépenses totales

Source : Construction de l’auteur à partir des données de la BEAC

Graphique 1-17 : Evolution des dépenses publiques au Gabon

50 1800
Dépenses publiques totales en %

45 1600
Dépenses publiques courantes et
en capital en milliards de francs

40 1400
35 1200
30
1000
du PIB

25
800
20
CFA

15 600
10 400
5 200
0 0
198719891991199319951997199920012003200520072009201120132015

Dépenses courantes Dépénses en capital Dépenses totales

Source : Construction de l’auteur des données de la BEAC

23
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Graphique 1-18 : Evolution des dépenses publiques en Guinée Equatoriale

70 3500
60 3000

Dépenses publiques courantes et


en capital en milliards de francs
50 2500
Dépenses publiques totales en %

40 2000
30 1500

CFA
20 1000
du PIB

10 500
0 0
198719891991199319951997199920012003200520072009201120132015

Dépenses courantes Dépénses en capital Dépenses totales

Source : Construction de l’auteur des données de la BEAC

Graphique 1-19 : Evolution des dépenses publiques en RCA

25 140

120
20

Dépenses publiques courantes et


100

en capital en milliards de francs


Dépenses publiques totales en %

15 80

10 60
du PIB

40

CFA
5
20

0 0
198719891991199319951997199920012003200520072009201120132015

Dépenses courantes Dépénses en capital Dépenses totales

Source : Construction de l’auteur à partir des données de la BEAC

Graphique 1-20 : Evolution des dépenses publiques au Tchad

30 1000
Dépenses publiques courantes et
en capital en milliards de francs

900
Dépenses publiques totales en %

25 800
20 700
600
15 500
CFA
du PIB

400
10 300
5 200
100
0 0
198719891991199319951997199920012003200520072009201120132015

Dépenses courantes Dépénses en capital Dépenses totales

Source : Construction de l’auteur à partir des données de la BEAC

24
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

En somme, il ressort de cette sous-section que l’évolution des dépenses publiques dans
la CEMAC est tout aussi mouvementée que celle des recettes budgétaires. Elle est marquée à
la fois par des périodes de progression et de diminution, matérialisant ainsi respectivement les
relances budgétaires et les ajustements budgétaires, qui toutes deux caractérisent les politiques
budgétaires discrétionnaires. Par ailleurs, il ressort de façon générale que les dépenses publiques
dans les pays de la CEMAC sont dominées par les dépenses publiques courantes, ce qui pourrait
s’expliquer par le fait que l’Etat demeure le meilleur employeur dans ces pays où le secteur
public a un point très important dans l’économie (en moyenne70% des emplois). Afin de mieux
appréhender l’évolution des finances publiques dans la CEMAC, il est nécessaire de se pencher
sur l’évolution des soldes budgétaires, qui résulte à la fois de celle des recettes et des dépenses
publiques.

.2.3 Evolution des soldes budgétaires dans la CEMAC

Le solde budgétaire est la différence entre les recettes budgétaires et les dépenses
publiques constatées dans le budget de l’Etat. Suivant qu’on y ait exclu le paiement des intérêts
sur de la dette publique ou pas, on distingue le solde budgétaire primaire du solde budgétaire
global. Dans la CEMAC, l’évolution de ces différents soldes n’a pas toujours été stable au fil
du temps, car dépendant de nombreux facteurs à l’instar des règles budgétaires sous-régionales
et de certains programmes instaurés par les bailleurs de fonds internationaux dont sont
bénéficiaires les pays de la sous-région.

Graphique 1-21 : Evolution des soldes budgétaires (en % du PIB) et du taux


d'endettement public extérieur dans la zone CEMAC

160 15
Taux d'endettement public extérieur
(dette publique extérieure /PIB ) en

Soldes budgétaires (global et

140
10
primaire) en % du PIB

120
5
100
80 0
%

60
-5
40
-10
20
0 -15
1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015

Taux d'endettement public extérieur Solde budgétaire primaire Solde budgétaire global

Source : Construction de l’auteur à partir des données de la BEAC

25
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

A partir de ce graphique, on constate que la période 1987-1999 est marquée par


d’énormes déficits budgétaires dans la CEMAC. Pendant cette période, le solde budgétaire
global (base engagements hors dons) de la zone se situe à hauteur de -5,9% du PIB en moyenne
avec notamment un niveau record de -10% observé en 1987. Ces énormes déficits budgétaires
peuvent être imputables d’une part à l’incapacité des différents pays de la zone à mobiliser les
recettes budgétaires suffisantes pour le financement de leurs dépenses publiques et d’autre part
à une absence de coordination des politiques budgétaires entre les pays membres de la CEMAC.

En vue de remédier à cette situation, les différents pays de la CEMAC vont dans un
premier temps se livrer à un endettement public massif auprès les institutions de Bretton Woods
(Banque Mondiale et FMI), cumulant ainsi sur le passage de lourds fardeaux de dette publique
extérieure. Entre 1993 et 1999 par exemple, le taux d’endettement public extérieur de la zone
CEMAC est d’en moyenne 114,46%, avec des taux record de 575% pour le Congo en 1993,
325% et 113,6% respectivement pour la Guinée Equatoriale et le Cameroun la même année,
97,25% pour le Gabon en 1994, 93% pour la République Centrafricaine en 1997 et 32,7% pour
le Tchad en 1993, ce dernier ayant toujours été le pays le moins endetté de zone.

Face à cette montée en puissance de la dette publique et des déficits budgétaires, les
pays de la CEMAC vont dans un second temps mettre sur pied un comité de convergence dès
1999 pour s’assurer du respect des critères de convergence définis dans le cadre de la
surveillance multilatérale instituée depuis 1994, à l’image du traité de Maastricht qui fixe un
certain nombre de règles à respecter par les pays membres de l’Union Européenne. Bien que le
plus souvent considérés comme de simples copies de ceux de l’Union Européenne, ces critères
devraient ainsi permettre une coordination des politiques budgétaires dans la zone CEMAC
(Avom, 2007). Ces critères rassemblés en critères de premier rang et de second rang sont
résumés dans le tableau suivant :

26
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Tableau 1-4 - Les critères de convergence dans la zone CEMAC

Critères de convergence Seuil à respecter


Critères de premier rang
Solde budgétaire de base rapporté au PIB ≥0
Taux d’inflation annuel moyen < 3%

Taux d’endettement public (intérieur et extérieur) ≤ 70%


Accumulation des arriérés intérieurs et extérieurs =0
Critères de second rang
Masse salariale / recettes fiscales ≤ 35%
Investissements financés sur ressources intérieures / recettes fiscales ≥ 20%
Solde extérieur courant de base (en % PIB) ≥ 5%
Taux de couverture extérieure de la monnaie par les avoirs de change ≥ 20%
Taux de pression fiscale (en %) ≥ 17%
Source : Construction de l’auteur

A partir de là, on va assister à une amélioration de la situation budgétaire dans la sous-


région qui va se matérialiser par des excédents budgétaires qui, au cours de la période 2000-
2010, vont représenter en moyenne 4,24% du PIB. A partir de 2011, on va assister de nouveau
à une accumulation des déficits budgétaires dans la zone, ce qui s’explique par la baisse des
recettes budgétaires suite à la chute du prix du pétrole sur le marché international. Cette
réapparition des déficits budgétaires va par ailleurs amener les différents Etats de la CEMAC à
tabler sur une réflexion visant à définir un nouveau cadre de surveillance multilatérale adaptable
à la conjoncture économique. C’est ainsi que depuis le 1er janvier 2017, est entré en vigueur
dans la CEMAC un nouveau cadre pour la surveillance multilatérale. Ce nouveau cadre impose
à chaque Etat d’avoir :

 Un solde budgétaire de référence (différence entre le solde budgétaire global et


l’épargne financière de l’année) supérieur ou égal à -1,5% du PIB ;
 Un stock de dette publique intérieure et extérieure apporté au PIB inférieur ou égal à
70% (tout comme dans l’ancien dispositif) ;
 Un taux d’inflation annuel moyen inférieur ou égal à 3% ;

27
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

 Une absence d’arriérés de paiements, se traduisant d’une part par la non accumulation
d’arriérés de paiements sur la gestion courante, et d’autre part par un apurement du stock
d’arriérés de paiements existant suivant un plan d’apurement prédéfini.

Toutefois, depuis la mise en œuvre effective de la surveillance multilatérale, à part le


Gabon, tous les autres pays de la CEMAC échappent de temps à autre aux différents critères,
notamment celui qui prescrit à chaque pays d’avoir un solde budgétaire de base rapporté au PIB
positif ou nul et qui par ailleurs favoriserait la procyclicité de la politique budgétaire (FMI,
2015). Tel fut le cas du Cameroun en 2011, en 2013 et 2016 ; Celui du Congo en 2001, 2002,
et 2015 et 2016 ; celui de la Guinée Equatoriale en 2009, 2010 et de 2012 à 2016 ; Celui la
République Centrafricaine depuis la mise en œuvre de la surveillance multilatérale et celui du
Tchad de 2000 à 2003, de 2009 à 2013 avec une interruption en 2011, et en 2015 et 2016.

Tableau 1-5 - Position des Etats de la CEMAC par rapport au respect du critère relatif
au solde budgétaire de base (en% du PIB)

2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016
Cameroun 4,1 2,4 3,6 3,9 2,7 4,9 5,5 5,3 4,6 3,4 0,07 -0,4 0,5 -0,4 0,1 1,8 -1,6
Congo 1,4 -0,7 -7,1 1,03 4,5 16,8 16,8 10,3 27,7 4,6 23,05 18,4 10,4 13,4 6,5 -9,2 -7,7
Gabon 11,2 3,9 2,3 6,7 7,1 8,7 9,4 8,8 11,6 7,9 3,1 4,2 4,01 4,5 5,1 1,1 2,3
Guinée E. 7,6 13,4 11,2 12,06 10,5 19,8 24,5 19,8 17,1 -4 -5,3 0,9 -8,2 -7,3 -6,3 -4,9 -16,4
RCA -0,6 -0,7 -0,4 -3,3 -3,8 -4,6 -1,1 -0,7 -1,7 -0,3 -0,9 -1,9 0,2 -7,6 -5,7 -3,5 -3,8
Tchad -1,9 -1,5 -2,1 -1,2 1,6 0,9 3,4 3,2 4,03 -7,2 -1,7 3,1 -0,1 -2,1 0,4 -0,7 -1,2
CEMAC 4,8 2,7 1,96 4 4,5 8,7 10,6 8,8 11,5 1,4 3,03 4,2 0,7 0,9 0,8 -1,0 -3,0

Notes : La couleur verte indique que le critère est respecté alors que la couleur rouge indique qu’il ne l’est pas.

Source : Construction de l’auteur à partir des données de la BEAC

Par ailleurs, en ce qui concerne la dette publique extérieure, outre la contrainte de


soutenabilité imposée par la surveillance multilatérale, son évolution repose également sur
certains programmes mis sur pied par les bailleurs de fonds internationaux dont bénéficient
certains pays de la CEMAC tout comme bon nombre d’économies en développement. Il s’agit
notamment de l’initiative Pays Pauvres Très Endettés (PPTE) lancée par la communauté
internationale lors du sommet du G7 de juin 1996 à Lyon en France. Elle visait à ramener à un
niveau soutenable la dette extérieure des pays pauvres. Elle sera complétée quelques années
plus tard par l’Initiative d’Annulation de la Dette Multilatérale (IADM) des pays les plus
pauvres décidée lors du sommet du G8 de juillet 2005 à Glen Eagles en Ecosse, qui visait à
annuler intégralement la dette des pays éligibles à l’égard de trois institutions : La Banque
Mondiale, le FMI et de la Banque Africaine de Développement (BAD).

28
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

En ce qui concerne principalement l’initiative PPTE, elle était structurée autour de deux
grands points : l’atteinte du point de décision qui est une étape durant laquelle chaque pays doit
satisfaire le critère de soutenabilité de sa dette publique (dette publique/exportations supérieur
à 150% ou dette publique/ recettes budgétaires hors dons supérieure à 250%)9, exécuter de
manière satisfaisante les programmes conclus avec le FMI, et mettre en œuvre un cadre
stratégique de lutte contre la pauvreté afin de se voir accorder un allègement intérimaire de sa
dette publique ; Et l’atteinte du point d’achèvement qui est la période durant laquelle
l’allègement de la dette est effective. Durant son implémentation, quatre des six pays de la
CEMAC ont ainsi bénéficié de l’initiative PPTE, à savoir le Cameroun, le Congo, la République
Centrafricaine et le Tchad. L’avancement des différents pays de la CEMAC à pas dispersés
dans ce processus, combiné au fait que certains d’entre eux n’y étaient pas éligibles (Gabon et
Guinée Equatoriale) laisse ainsi transparaître une certaine disparité dans l’évolution des taux
d’endettement publics extérieurs dans les différents pays de la CEMAC comme l’indiquent les
différents graphiques consignés en annexes 1-3.

Le Cameroun par exemple atteint le point de décision en octobre 2000 et le point


d’achèvement en mai 2006, voyant ainsi sa dette publique allégée de 1,267 milliards de Dollars
US en Valeur Actualisée Nette (VAN), soit une réduction de sa dette publique de près de 27%.
Le Congo de son côté atteindra le point de décision en Avril 2006 et le point d’achèvement en
janvier 2010, et verra sa dette s’alléger de1,9 milliards de Dollars US en VAN, correspondant
à une réduction de sa dette de près de 31%. La République centrafricaine quant à elle atteindra
le point d’achèvement en juin 2009 avec un allègement de sa dette de 578,2 millions de Dollars
US en VAN (soit 67,5% de sa dette extérieure) avant d’être par la suite éligible à l’IADM, et
ce après avoir atteint son point de décision moins de deux ans plutôt (en septembre 2007). Quant
au Tchad, il atteint le point de décision en mai 2001 et le point d’achèvement en Avril 2015,
avec une réduction de sa dette extérieure de 1,1 milliards de Dollars US en VAN soit environ
32,6% de l’encours de sa dette publique extérieure.

9
Par ailleurs, pour franchir le point de décision, chaque pays se devait d’avoir un ratio exportations/PIB supérieur
à 30% et un ratio recettes fiscales/PIB supérieur à 15%.

29
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Graphique 1-22 : Annulation et/ou réduction de la dette publique (en millions de dollars
US) dans quelques pays de la CEMAC sur la période allant de 1989 à 2016 (montant
cumulé)

8000 7418,956

7000 6336,944

6000

5000

4000

3000

2000 1007,029
793,687
564,308
1000

0
Cameroun Congo Gabon RCA Tchad

Source : Calculs de l’auteur à partir de données de la base WDI (2017)

A partir du graphique 1-22 ci-dessus, on peut constater que depuis le premier allègement
et/ou annulation de dette survenu dans la zone CEMAC en 1989, le Cameroun est le pays de la
zone ayant le plus bénéficié de cette initiative, suivi de tout près par le Congo. Le montant
cumulé de cet allègement et/ou annulation sur la période 1989-2016 se chiffre à près de 7,4
milliards de dollars US pour le Cameroun et 6,3 milliards de dollars US pour le Congo, ce qui
représente de façon cumulée environ 1,43% et 3,68% du PIB pour ces deux pays
respectivement. Les autres pays de la CEMAC sont tout en bas du tableau avec des montants
cumulés qui se chiffent à environ 1 milliard, 793 millions et 564 millions de dollars US
respectivement pour le Tchad, la République Centrafricaine et le Gabon.

Cette section nous a permis d’appréhender l’évolution des finances publiques dans la
zone CEMAC. Il en ressort globalement aussi bien pour les recettes que pour les dépenses
publiques qu’elles dépendent essentiellement du prix du pétrole dont le prix est par ailleurs fixé
sur le marché international. Aussi, en plus d’être des économies essentiellement pétrolières, les
économies de la CEMAC bénéficient des plans des bailleurs de fonds internationaux (Banque
Mondiale, FMI, BAD) dont les contraintes par eux imposées peuvent peser sur les finances
publiques. Elles sont également soumises à un certain nombre de contraintes en matière de
conduite des politiques budgétaires instaurées par la surveillance multilatérale. Toutefois, étant
donné que ces économies forment une zone monétaire non optimale, il revient donc à la

30
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

politique budgétaire de gérer les différents chocs spécifiques susceptibles de survenir dans ces
économies, d’où la nécessité d’évaluer l’efficacité de cette dernière en termes de stabilisation
macroéconomique.

.3 Contribution de la thèse

La politique budgétaire consiste à utiliser certains instruments budgétaires notamment


les dépenses publiques et les prélèvements fiscaux par les gouvernements pour influer la
conjoncture économique. Elle est définie par Samuelson (1953) comme étant « le processus
consistant à manipuler les impôts et les dépenses publiques aux fins de contribuer à amortir les
oscillations du cycle économique et de favoriser le maintien d’une économie progressive,
assurant un degré d’emploi élevé, affranchie de toutes poussées excessives d’inflation ou de
déflation ». Traditionnellement, elle s’inscrit dans le cadre de l’intervention de l’Etat dans
l’économie, action qui trouve quelques justifications entre autres dans la théorie du « public
choice » développée par Buchanan et Tullock (1962).

.3.1 Evolution théorique de la conception de la politique budgétaire

A la suite des classiques et partant des travaux de Keynes (1936), la politique budgétaire
a connu ses années de gloire pendant les « trente glorieuses ». A cette période, les interventions
étatiques avaient permis de résorber le chômage et de relancer l’activité économique dans de
nombreux pays alors qu’ils étaient en crise. En effet, avant la crise économique de 1929, les
finances publiques n’avaient pour seul but que d’assurer les activités régaliennes de l’État. Il a
fallu, dans une mouvance de fond de crise caractérisée par un chômage de masse, la publication
de la « Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie » de Keynes en 1936, pour
observer une intervention accrue de l’Etat dans la vie économique. Avant cette date, on
considérait que toute intervention des pouvoirs publics au sein de l’économie était nuisible. En
effet, jusque-là, la vie économique était régie par l’idéologie classique, idéologie qui prône
entre autres une économie de marché ou de « laisser faire », où l’équilibre est toujours atteint
et stabilisé par une « main invisible », raison pour laquelle toute intervention de l’Etat se
caractériserait par la réduction du bien-être collectif.

Contrairement aux classiques, Keynes (1936) démontre qu’un équilibre de sous-emploi


durable est possible. Cela fut effectivement le cas pendant les « trente glorieuses » dans des
pays ayant procédé à des politiques de relance keynésiennes. Par la suite, Musgrave (1959) va

31
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

élaborer une typologie de l’intervention de l’Etat dans une économie de marché, en lui
attribuant trois principales fonctions : les fonctions d’allocation des ressources, de régulation
de l'activité économique, et de redistribution des revenus, matérialisant l’indispensabilité de
l’Etat dans la vie économique.

Cependant, après que la politique budgétaire ait été considérée comme l’instrument
indispensable de relance de l’activité économique et de lutte contre le chômage pendant plus de
trois décennies, un paradigme naît au milieu des années 70, remettant ainsi en cause les
politiques de relance keynésienne jusque-là menées : la montée simultanée de l’inflation et du
chômage, qualifiée de « stagflation » dans la littérature économique. C’est ainsi que la politique
budgétaire s’est vue reléguée au second rang au profit de l’analyse néoclassique.

En effet, pour les néoclassiques la politique budgétaire est totalement inefficace à long
terme, bien que cette inefficacité ne soit pas appréhendée de la même manière par les différents
partisans de cette école. Pendant que certains d’entre eux dénoncent les effets pervers de la
politique budgétaire sur l’activité économique, d’autres en revanche penchent plutôt pour sa
neutralité. Parmi les premiers, figurent les économistes comme Friedman (1968), qui démontre
que la politique budgétaire réduit le chômage uniquement à court terme et est inefficace à long
terme, en raison non seulement de l’inflation élevée qu’elle engendre, mais aussi du retour du
chômage à son niveau initial, qu’il qualifie de « chômage naturel ». Selon lui, cela émane des
anticipations adaptatives que font les agents économiques.

Dans la même lancée, l’école monétariste dont il est le chef de file souligne l’incidence
négative d’une augmentation du déficit budgétaire sur la croissance économique du fait de
l’effet d’éviction qu’elle exerce sur les investissements privés. Dans le même sillage, Barro
(1974) inspirée par les travaux de Ricardo (1821) développe la thèse dite de « l’équivalence
ricardienne », thèse à travers laquelle il démontre que la politique budgétaire non seulement est
incapable de stabiliser l’activité économique, mais qu’elle contribue plutôt à une augmentation
des déficits budgétaires à long terme, étant donné que les gouvernements font face à une
contrainte budgétaire intertemporelle (Barro, 1974 et 1996).

Parmi les seconds, on compte les partisans de la théorie des anticipations rationnelles à
l’instar de Lucas (1972), Sargent (1972) et Sargent et Wallace (1975) pour qui l’inefficacité de
la politique budgétaire serait due aux anticipations que font les agents économiques sur les
décisions de politiques économiques et les variables « pertinentes » de l’économie et dont ils

32
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

ont une parfaite maîtrise. De ce fait, aucune action de politique économique qu’elle soit
budgétaire ou qu’elle soit monétaire n’est efficace à moins qu’elle contienne un élément de
surprise.

Suite à ces différentes critiques, l’usage de la politique monétaire à des fins de


stabilisation a été de plus en plus privilégié au détriment de la politique budgétaire au fil du
temps. Mais, avec la récente crise économique et financière mondiale, un véritable doute s’est
installé quant à la capacité de la politique monétaire à stabiliser l’économie, bien qu’en plus de
son objectif traditionnel de stabilité des prix, un objectif de stabilité financière lui ait été assigné.
Depuis lors, l’usage des politiques budgétaires discrétionnaires à des fins de stabilisation n’a
cessé de s’accentuer à travers le monde entier, les politiques monétaires, même sous leur forme
non conventionnelle10 n’ayant pas pu apporter des solutions efficaces en termes de stabilisation
dans certains pays de l’OCDE.

.3.2 Problématique

Les avis relatifs à l’efficacité de la politique budgétaire divergent entre économistes.


Elle a fait l’objet de nombreux travaux tant sur le plan théorique qu’empirique, qui
malheureusement restent encore loin de clore le débat. En tant que principal outil d’intervention
étatique, quelle qu’en soit l’approche utilisée (de court terme ou alors de long terme), la finalité
de la politique budgétaire est d’apporter des solutions face aux problèmes liés à la faiblesse de
la croissance économique, au chômage, au déficit de la balance courante et à l’inflation. En
bref, sa finalité est d’assurer les objectifs définis par le carré magique de Kaldor et d’amortir
les chocs exogènes. Cela est encore plus avéré aujourd’hui, où un véritable doute s’est installé
quant à la capacité de l’autre composante de la politique économique conjoncturelle qu’est la
politique monétaire à faire face aux chocs exogènes et à stabiliser l’économie.

En ce qui concerne spécifiquement les pays de la CEMAC, l’objectif de stabilisation


macroéconomique a toujours été au cœur des politiques budgétaires menées par ces pays, et ce
depuis la veille de leur accession aux indépendances. Dans la poursuite de cet objectif, ils ont
connu une évolution économique très mouvementée telle que revisitée dans les sections

10
Les politiques monétaires non conventionnelles consistent en un recours à trois grandes catégories de mesure :
Quantitative easing ou assouplissement quantitatif qui consiste en une création de monnaie, très souvent par l'achat
de titres publics ; Credit easing ou assouplissement des conditions de crédit qui traduit le cas où la Banque centrale
se porte acheteuse de titres représentant des crédits à l'économie ( billets de trésorerie, obligations privées, bons
hypothécaires) ; et une action sur les anticipations d'inflation et la courbe des taux (dans ce cas par exemple, la
banque centrale annonce ce qu'elle compte faire). 33
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

précédentes. A travers différents programmes de développent11, ils se sont tous quasiment fixés
pour objectifs d’être des pays émergents à des horizons proches (2020 pour la Guinée
Equatoriale ; 2025 pour le Gabon, le Congo et le Tchad ; 2035 pour le Cameroun). Pour y
parvenir, ils se sont tout de même fixés des objectifs de taux de croissance moyens selon des
calendriers bien établis, mais le constat aujourd’hui est qu’ils n’y sont pas parvenus. En effet,
les taux de croissance moyens réalisés ces dernières années restent insuffisants par rapport à
ceux définis par le Programme Economique et Régional en abrégé PER (8,5% en moyenne par
an entre 2009 et 2015), et qui ferait de la CEMAC en 2025 « un espace économique intégré
émergent, où règnent la sécurité, la solidarité et la bonne gouvernance, au service du
développement humain ».

Face à tous ces défis, la politique budgétaire reste le principal outil de stabilisation dans
les différents pays de la CEMAC, car ces derniers constituent une union monétaire hétérogène
à change fixe, ce qui a pour conséquence directe que l’efficacité de la politique monétaire est
très limitée du fait de l’inopérationnalité de son principal canal de transmission qu’est le canal
du taux de change. Par ailleurs, la zone CEMAC est une zone monétaire non optimale si l’on
s’en réfère aux critères traditionnels, ce qui suppose qu’il revient encore une fois de plus à la
politique budgétaire de gérer les différents chocs spécifiques susceptibles de survenir dans les
économies de la CEMAC. Ainsi, sommes-nous amenés à nous poser la question principale :
Est-ce que les politiques budgétaires menées dans la CEMAC sont efficaces en matière de
stabilisation économique ?

Cette question de l’efficacité des politiques budgétaires en matière de stabilisation


macroéconomique a pendant et au lendemain de la crise économique et financière de 2007-
2008, fait l’objet d’une littérature très abondante, notamment dans les pays de l’OCDE. Cela a
tout d’abord lancé le débat sur la taille des multiplicateurs budgétaires. Ces derniers mesurent
les effets que les chocs budgétaires discrétionnaires ont sur l’activité économique. Romer
(2012) les définit comme la variation du PIB provoquée par une variation d’une unité dans une
variable budgétaire (dépenses publiques ou recettes fiscales).

Sur le plan empirique, de nombreuses incertitudes existent sur leur taille. Les
estimations existantes varient de valeurs significativement négatives aux valeurs
significativement positives. Aussi, des résultats mitigés ont été obtenus suivant que le choc ait

11
Le Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE) pour le Cameroun, Le Programme Gabon
Emergent pour le Gabon, etc.

34
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

été un choc sur les recettes fiscales ou alors un choc sur les dépenses publiques. Certaines études
montrent qu’un choc positif sur les dépenses publiques a des effets plus importants sur l’activité
économique qu’un choc fiscal (Blanchard et Perotti, 2002 ; Perotti, 2002 ; Biau et Girard, 2005 ;
Mountford et Uhlig, 2005 ; Badinger, 2006) et d’autres plutôt le contraire (Afonso et Sousa,
2009 ; Alesina et Ardagna, 2010). Leur taille est même susceptible de varier en fonction du
cycle économique (Auerbach et Gorodnichenko, 2012a, 2012b et 2014 ; Baum et al, 2012, ;
Blanchard et Leigh, 2013).

Le second point qui émerge de cette littérature est celui relatif aux effets
macroéconomiques des consolidations budgétaires. Ces consolidations budgétaires peuvent être
définies comme l’ensemble des mesures employées par l’Etat pour redresser les finances
publiques notamment en réduisant les déficits budgétaires primaires. Elles résultent soit d'une
réduction des dépenses publiques soit d’une augmentation des recettes fiscales, ou de ces deux
mesures simultanément. Empiriquement, elles peuvent être jugées de deux manières :
Premièrement si elles ont réussi à réduire de manière significative les déficits et le ratio
dette/PIB, et deuxièmement si elles ont été associées à une réduction de la croissance
économique ou non, bien que les deux derniers critères soient plus ou moins corrélés (Alesina
et Ardagna, 2010).

Sur le plan empirique, l’analyse de leurs effets macroéconomiques a fait l’objet de


nombreux travaux, notamment dans les pays de l’OCDE. Ces travaux sont en partie motivés
par ceux de Giavazzi et Pagano (1990), où il a résulté que le Danemark et l'Irlande ont connu
une croissance durable suite à d’importantes mesures d'austérité budgétaire dans les années
1980, défiant ainsi la théorie keynésienne conventionnelle qui prédit des effets économiques
négatifs à court terme de la politique budgétaire restrictive. Mais, les différents résultats obtenus
dans ces travaux empiriques restent très mitigés. Pendant que certains travaux font valoir que
les consolidations budgétaires ont des effets expansionnistes (effets non keynésiens) sur
l’activité économique (Giavazzi et Pagano,1990 ; Alesina et Perotti, 1996 ; Alesina et Ardagna
,1998 et 2010 ; Afonso, 2010), d’autres trouvent plutôt qu’elles ont un effet keynésien
(Guajardo et al, 2014 ; Alesina et al 2015 ; Yang et al 2015).

Suite à l’existence de grands déficits publics et de niveaux élevés de dettes publiques


dans de nombreux pays de l’OCDE, de récentes approches (Alesina et Ardagna, 2010 ; Alesina
et al, 2013) consistent à comparer les effets macroéconomiques de leurs différentes
composantes (réduction des dépenses publiques / augmentation des impôts). Là aussi, les
différents résultats obtenus restent mitigés. Alesina et Ardagna (2010) par exemple parviennent

35
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

aux conclusions selon lesquelles les consolidations budgétaires par réduction des dépenses
publiques sont moins coûteuses en termes de perte de production que celles par augmentation
d’impôts, résultats qui sont corroborés entre autres par ceux de Yang et al. (2015), un point de
vue qui n’est pourtant pas partagé par le FMI (2010).

Toutefois, bien que le plus souvent contradictoires, les différentes études ayant évalué
l’efficacité des politiques budgétaires suivant ces différentes approches ce sont le plus souvent
limitées aux pays de l’OCDE, d’où la nécessité de mener de pareilles études dans les pays en
développement et notamment ceux d’Afrique subsaharienne où jusqu’ici la plupart d’études
s’étant intéressées à la politique budgétaire se sont inscrites pour l’essentiel dans la lignée des
travaux d'Aschauer (1989), de Holmes et Hutton (1990) ou de Barro (1990), qui étudient la
politique budgétaire dans une optique de long terme et non court terme comme le voudrait la
tradition keynésienne. Cette nécessité est encore plus accrue lorsqu’il s’agit d’un groupe de
pays formant une union monétaire hétérogène comme ceux de la CEMAC. C’est ainsi que notre
question de recherche principale soulève tout d’abord deux autres questions auxquelles cette
thèse tente d’offrir une réponse empirique :

 Quelle est la taille des multiplicateurs budgétaires dans les économies de la


CEMAC ?
 Quelle est l’incidence des consolidations budgétaires (identifiées) sur
l’activité économique dans ces économies ?

Par ailleurs, au regard de l’évolution des finances publiques, il apparaît clairement que
ces dernières sont fortement tributaires de l’évolution du prix du pétrole sur le marché
international qui par ailleurs est très instable, ce qui laisse transparaître un risque élevé de
procyclicité des politiques budgétaires dans la CEMAC. Aussi, les règles établies dans le cadre
de la surveillance multilatérale accentueraient la procyclicité de la politique budgétaire dans la
CEMAC (Bikai, 2015), ce qui va à l’encontre de la théorie keynésienne qui prône l’utilisation
des déficits budgétaires à des fins de régulation de la conjoncture. Toutefois, ces règles visent
à assurer la convergence des politiques économiques dans la zone CEMAC (Fouda, 2009), ce
qui passe nécessairement par celle des multiplicateurs budgétaires.

De là, émerge un troisième point, celui relatif à la cyclicité de la politique budgétaire


dans la zone CEMAC. Un examen de la littérature à ce sujet montre d’une part que la politique
budgétaire est en général contracyclique (ou à la limite acyclique ) dans les pays développés
(Gali, 1994 ; Fiorito, 1997 ; Braun, 2001 ; Gali et Perotti, 2003 ; Cimadomo, 2007 ; Auerbach,

36
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

2009 ; Baddi, 2015) et procyclique dans les pays en développement (Gavin et Perotti, 1997 ;
Talvi et Végh, 2000 et 2005 ; Braun, 2001 ; Kaminsky et al, 2004 ; Alesina et al 2008 ), et
d’autre part que les règles budgétaires à elles seules ne suffisent pas à expliquer le
comportement cyclique de la politique budgétaire dans un pays donné. Outre les règles
budgétaires, de nombreux autres facteurs entrent en jeu. Ces facteurs peuvent être regroupés au
sein de deux grands groupes : Les facteurs d’ordres économiques telles que les contraintes de
financement internes et externes (Gavin et Perotti, 1997 ; Riocos et Végh, 2003) et les facteurs
d’ordres politiques et institutionnels tels que la qualité des institutions et la nature du régime
politique (Alesina et Tabellini, 2005 ; Calderon et Schmidt, 2008 ; Bleaney, 2009 ; Frankel et
al, 2011 ; Havard et Michael, 2011).

Au regard de ce qui précède, la présente thèse tente également d’apporter une réponse à
la question suivante : Quel est le degré de procyclicité de la politique budgétaire dans la
zone CEMAC et quels en sont les principaux déterminants ?

.3.3 Objectifs de recherche

L’objectif principal de cette thèse est d’évaluer l’efficacité des politiques budgétaires en
termes de stabilisation macroéconomique dans la CEMAC. De manière spécifique, il s’agit :

 D’analyser les effets des chocs discrétionnaires de politique budgétaire sur l’activité
économique des différents pays de la CEMAC et par là même déterminer la taille des
multiplicateurs budgétaires.
 D’évaluer les effets des consolidations budgétaires sur l’activité économique dans la
zone CEMAC.

 D’étudier la cyclicité de la politique budgétaire dans la zone CEMAC.

.3.4 Bref aperçu de la méthodologie

Depuis les travaux pionniers de Timbergen (1939) et de Klein (1950)12 sur la


modélisation macroéconomique, diverses approches méthodologiques ont été utilisées dans la
littérature pour étudier l’efficacité des politiques économiques et par ricochet celle de la

12
Klein est considéré comme le créateur du premier modèle macroéconométrique des temps modernes (Goldberger
et Alii, 1955).

37
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

politique budgétaire. Dans la poursuite de nos différents objectifs, nous adopterons plusieurs
démarches méthodologiques et ce conformément à la littérature empirique.

En ce qui concerne le premier objectif, l’analyse des effets des chocs de politique
budgétaire sur l’activité économique peut être faite soit à partir des modèles d’Equilibre Général
Dynamiques Stochastiques (DSGE) (Gali et al, 2007 ; Woodford, 2011 ; Leeper et al., 2012)
soit à partir des modèles Vectoriels Autorégressifs Structurels (VAR) et de leurs extensions
(Fatas et Mihov, 2001 ; Blanchard et Perotti, 2002 ; Perotti, 2002 ; Mountford et Uhlig, 2002 ;
Badinger, 2006 ; Afonso et Sousa, 2009 ; Romer et Romer, 2010 ; Diop et Diaw, 2015). Dans
la poursuite de cet objectif, nous optons pour cette deuxième approche car, comme le soulignent
Deskar et Simovic (2015), il est difficile d’isoler les effets des chocs exogènes des variables
budgétaires sur le PIB dans les modèles DSGE, ce qui rend l’estimation des multiplicateurs
budgétaires très complexe.

Pour ce qui est du deuxième objectif, notre démarche méthodologique s’articule autour
de trois étapes : La première étape consiste à identifier les différents épisodes de consolidation
budgétaire dans la CEMAC. En matière d’identification des épisodes de consolidation
budgétaire, deux principales approches sont utilisées dans la littérature. L’approche narrative
(Romer et Romer, 2007 et 2010 ; Devries et al, 2011 ; Alesina et al, 2014 ; Guajardo et al, 2014)
et l’approche quantitative (Alesina et Ardagna, 2010 ; Alesina et al, 2012 ; Yang et al 2015).
En raison de la non disponibilité des archives historiques sur une longue période pour
l’ensemble des pays de la CEMAC, nous optons pour la seconde approche. Elle consiste à
utiliser le solde budgétaire primaire corrigé des variations conjoncturelles (SPCVC) pour
identifier les différents épisodes de consolidations budgétaires suivant des critères prédéfinis.

La deuxième étape consiste à analyser les déterminants des consolidations budgétaires.


Cette analyse est faite sur la base d’un modèle Logit en panel (Afonso et al 2006) où la variable
dépendante prendra la valeur 1 l’année où a lieu une consolidation budgétaire et la valeur 0
dans le cas contraire. Quant aux variables explicatives, elles sont de trois ordres :
macroéconomiques (taux de croissance du PIB réel, taux d’inflation, solde extérieur, taux
d’intérêt, etc.), budgétaires (solde budgétaire primaire, le ratio dette publique/PIB) et politiques
(périodes électorales).

La troisième étape consiste à évaluer les effets macroéconomiques des consolidations


budgétaires proprement dits. Dans la littérature, elle s’est souvent faite soit sur la base d’une
analyse descriptive des différentes composantes budgétaires et de certains variables

38
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

macroéconomiques avant, pendant et après la période d'ajustement budgétaire (Alesina et


Ardagna, 1998, 2010, 2012, Alesina et Perotti, 1995, 1997 ; Giudice et al., 2007 ; McDermott
et Wescott, 1996), soit suivant une approche purement économétrique. Dans le cadre de cette
thèse, nous optons pour une approche économétrique. Cette approche consiste à estimer un
modèle de panel à effets fixes individuels et temporels mettant en relation l’activité économique
et la variation du solde primaire corrigé des variations cycliques en périodes de consolidations
budgétaires. La méthode d’estimation couramment utilisée à cet effet est celle des Moindres
Carrés Ordinaires (MCO) (FMI, 2010 ; Alesina et Ardagna, 2012 ; Guajardo et al 2014 ; Yang
et al, 2015).

Enfin, en ce qui concerne le troisième objectif, deux principales démarches


méthodologiques sont adoptées, l’une visant à vérifier empiriquement le comportement
cyclique de la politique budgétaire dans la CEMAC, et l’autre visant à analyser ses principaux
déterminants. En ce qui concerne la détermination du comportement cyclique de la politique
budgétaire, une multitude de techniques ont le plus souvent été utilisées dans la littérature.
Parmi elles, deux sont prépondérantes : La mise en relation du solde budgétaire structurel et le
cycle économique (Alesina et al, 2008 ; Gavin et Perotti, 1997 ; Huart, 2011), et la mise en
relation des différentes catégories de dépenses publiques et le cycle économique (Kaminsky et
al, 2004 ; Talvi et Végh, 2005, Ilzettzki et Végh, 2008). Dans le cadre de cette thèse, nous
optons pour la seconde approche car, il est le plus souvent reproché aux recettes fiscales qui par
ailleurs font partie intégrante des soldes budgétaires d’être endogènes au cycle économique.

En ce qui concerne l’analyse des déterminants de la cyclicité de la politique budgétaire,


elle s’est souvent faite suivant deux principales approches dans la littérature: Une procédure
d’estimation en deux étapes consistant dans un premier temps à estimer le coefficient de
cyclicité et dans un second temps à régresser ce coefficient sur un ensemble de facteurs
susceptibles de l’expliquer (Mpatswe et al, 2011); Et une procédure d’estimation en une seule
étape consistant à estimer à la fois le coefficient de cyclicité de la politique budgétaire et ses
potentiels déterminants (Canova et Pappa, 2005 ; Yehenew, 2013 ; Baddi, 2016 ; Bobbo, 2016 ;
Mondjeli, 2017). Dans le cadre de cette étude, nous optons pour l’approche en une seule étape
car l’approche en deux étapes est susceptible de surévaluer les effets de certains déterminants
de la cyclicité budgétaire (Baddi, 2016).

Quant aux données utilisées dans cette thèse, elles sont secondaires et proviennent de
diverses sources et ce en fonction de leur disponibilité. Il s’agit entre autres de la Banque des
Etats de l’Afrique Centrale (BEAC), des organismes internationaux en l’occurrence la Banque

39
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

mondiale à travers sa base de données World Development Indicators (WDI), et la base Polity
IV pour les données politiques institutionnelles, sans toutefois oublier le site web « African
Elections Database » pour les données portant sur élections. L’ensemble de ces données couvre
la période 1987-2016.

.3.5 Intérêt de la thèse

Jusqu’ici, diverses études se sont intéressées à l’analyse de l’efficacité de la politique


budgétaire sous divers angles et dans divers horizons. Cette étude, principalement motivée par
une absence de consensus théorique, l’indécidabilité de la plupart des études empiriques et la
divergence des résultats obtenus, la résurgence de la popularité de la politique budgétaire à la
suite de la récente crise économique et financière mondiale, la rareté des travaux portant sur les
pays en développement (les études disponibles étant effectuées majoritairement pour les pays
de l'OCDE), et les spécificités de la CEMAC en tant zone monétaire non optimale a un double
intérêt, à la fois scientifique et pratique.

Sur le plan scientifique, en s’alignant aux travaux existants, elle contribuera à enrichir
la littérature économique sur l’efficacité des politiques budgétaires dans les pays en
développement en général, et en union monétaire hétérogène en particulier, car comme le
soulignent Alesina et Ardagna (2010), « nous savons relativement peu de choses sur les effets
de la politique budgétaire sur l’activité économique ».

Sur le plan pratique, cette étude pourra être utile non seulement pour la conduite et la
mise en œuvre des politiques budgétaires discrétionnaires dans la CEMAC, mais aussi pour la
conduite de la politique monétaire dans la zone dans le cadre du « policy mix ». Elle pourra
également être utile pour une allocation plus rationnelle des ressources publiques dans les
différents pays de la CEMAC ainsi qu’une meilleure orientation des décideurs dans la prise de
décisions en matière de gestion des finances publiques.

.3.6 Plan de la thèse

En plus de ce chapitre introductif, cette thèse est organisée autour de trois grands essais,
chaque essai correspondant à un chapitre. Le premier est intitulé : « Chocs de politique et
dynamique de l’activité économique dans la CEMAC : les multiplicateurs budgétaires ». Le
deuxième est intitulé « Consolidations budgétaires et activité économique dans la CEMAC,

40
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

tandis que le troisième est intitulé « Cyclicité de la politique budgétaire dans la CEMAC :
contraintes de financement et facteurs sociopolitiques ».

41
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

ANNEXES DU CHAPITRE 1

Annexes 1-1 : Evolution des taux de croissance économique dans les pays de la CEMAC

Evolution de la croissance économique au Cameroun


8 20000

PIB pétrolier et non pétrolier en milliards de


18000
Taux de croissance du PIB réel en %

6
16000
4 14000

francs CFA
12000
2
10000
0
8000
1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015
-2 6000
4000
-4
2000
-6 0

PIB pétrolier PIB non pétrolier taux de croissance du PIB réel

Source : Construction de l’auteur à partir des données de la BEAC

Evolution de la croissance économique au Congo

PIB pétrolier et non pétrolier en milliards de


100 6000
Taux de croissance du PIB réel en %

80 5000

60 4000
francs CFA

40 3000

20 2000

0 1000
1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015
-20 0

PIB pétrolier PIB non pétrolier taux de croissance du PIB réel

Source : Construction de l’auteur à partir des données de la BEAC

42
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Evolution de la croissance économique au Gabon

PIB pétrolier et non pétrolier en


10 7000
Taux de croissance du PIB réel en %

milliards de francs CFA


6000
5
5000
0 4000
198719891991199319951997199920012003200520072009201120132015
-5 3000

2000
-10
1000

-15 0

PIB pétrolier PIB non pétrolier taux de croissance du PIB réel

Source : Construction de l’auteur à partir des données de la BEAC

Evolution de la croissance économique en Guinée Equatoriale


200 10000

PIB pétrolier et non pétrolier en


Taux de croissance du PIB réel en %

9000

milliards de francs CFA


150 8000
7000
100 6000
5000
50 4000
3000
0 2000
198719891991199319951997199920012003200520072009201120132015 1000
-50 0

PIB pétrolier PIB non pétrolier taux de croissance du PIB réel

Source : Construction de l’auteur à partir des données de la BEAC

Evolution de la croissance économique en République


Centrafricaine
PIB pétrolier et non pétrolier en

10 1400
Taux de croissance du PIBen %

milliards de francs CFA

1200
0
198719891991199319951997199920012003200520072009201120132015 1000
-10 800

-20 600

400
-30
200

-40 0

PIB pétrolier PIB non pétrolier taux de croissance du PIB réel

Source : Construction de l’auteur à partir des données de la BEAC

43
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Evolution de la croissance économique au Tchad

PIB pétrolier et non pétrolier en milliards de


40 7000
Taux de croissance du PIB réel en %

35
6000
30
25 5000

francs CFA
20
4000
15
3000
10
5 2000
0
1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 1000
-5
-10 0

PIB pétrolier PIB non pétrolier taux de croissance du PIB réel

Source : Construction de l’auteur à partir des données de la BEAC

Annexes 1-2 : Décomposition du PIB en ses différentes composantes (cyclique et


tendancielle) dans les pays la CEMAC

Hodrick-Prescott Filter (lambda=100)


1.6E+13 Hodrick-Prescott Filter (lambda=100) Hodrick-Prescott Filter (lambda=100)
1.8E+12 6E+12
1.4E+13
1.6E+12
1.2E+13
5E+12
1.4E+12
1.0E+13
1.2E+12
4E+12
8E+11 8.0E+12
1.0E+12 4E+11
6E+10
6.0E+12
8.0E+11 3E+12
4E+11 4E+10 2E+11
4.0E+12
2E+10 6.0E+11
2E+12
0E+00 0E+00
0E+00

-2E+10
-4E+11 -2E+11
-4E+10
-8E+11 -6E+10 -4E+11
88 90 92 94 96 98 00 02 04 06 08 10 12 14 16 88 90 92 94 96 98 00 02 04 06 08 10 12 14 16 88 90 92 94 96 98 00 02 04 06 08 10 12 14 16

pibreeCameroun Trend Cycle Pibréelcongo Trend Cycle PibréelGabon Trend Cycle

Hodrick-Prescott Filter (lambda=100) Hodrick-Prescott Filter (lambda=100) Hodrick-Prescott Filter (lambda=100)


8E+12 9E+11 6E+12

6E+12 8E+11 5E+12

4E+12
4E+12 7E+11
1.2E+12
3E+12
6E+11 6E+11
8.0E+11 2E+12 2E+11
4E+11 2E+12
4.0E+11 0E+00 5E+11
1E+11 2E+11 1E+12
0.0E+00
-2E+12 0E+00
0E+00
-4.0E+11
-2E+11
-1E+11
-8.0E+11 -4E+11

-1.2E+12 -2E+11 -6E+11


88 90 92 94 96 98 00 02 04 06 08 10 12 14 16 88 90 92 94 96 98 00 02 04 06 08 10 12 14 16 88 90 92 94 96 98 00 02 04 06 08 10 12 14 16

PibreelGuinée Trend Cycle PibrreélRCA Trend Cycle pibreelTchad Trend Cycle

Source : Calculs de l’auteur à partir des données de la Banque mondiale (WDI, 2017)

44
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Annexes 1-3 : Evolution de l’écart de production en pourcentage du PIB potentiel dans


les pays la CEMAC

CAMEROUN CONGO
10 6

4
5
2

0 0

-2
-5
-4

-10 -6
1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015

GABON GUINEE
10 400

0
5

-400
0
-800

-5
-1,200

-10 -1,600
1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015

RCA TCHAD
30 20

20
10
10

0 0

-10
-10
-20

-30 -20
1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015

Calculs de l’auteur à partir des données de la Banque mondiale (WDI, 2017)

Annexes 1-4 : Evolution des soldes budgétaires et du taux d’endettement public


extérieur dans les pays de la CEMAC

Evolution des soldes budgétaires (en % du PIB) et du taux


d'endettement public extérieur au Cameroun
Soldes budgétaires (global et primaire)
(dette publique extérieure /PIB ) en %
Taux d'endettement public extérieur

120 10
100 5
80
en % du PIB

0
60
-5
40
20 -10

0 -15
1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015

Taux d'endettement public extérieur Solde budgétaire primaire Solde budgétaire global

Source : Construction de l’auteur à partir des données de la BEAC

45
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Evolution des soldes budgétaires (en % du PIB) et du taux


d'endettement public extérieur au Congo

Soldes budgétaires (global et primaire)


(dette publique extérieure /PIB ) en %

700 40
Taux d'endettement public extérieur

600 30
500 20

en % du PIB
400 10
300 0
200 -10
100 -20
0 -30
1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015

Taux d'endettement public extérieur Solde budgétaire primaire Solde budgétaire global

Source : Construction de l’auteur à partir des données de la BEAC

Evolution des soldes budgétaires (en % du PIB) et du taux


d'endettement public extérieur au Gabon

Soldes budgétaires (global et primaire)


(dette publique extérieure /PIB ) en %
Taux d'endettement public extérieur

120 20
100 15
10
80

en % du PIB
5
60
0
40
-5
20 -10
0 -15
1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015

Taux d'endettement public extérieur Solde budgétaire primaire Solde budgétaire global

Source : Construction de l’auteur à partir des données de la BEAC

Evolution des soldes budgétaires (en % du PIB) et du taux


d'endettement public extérieur en Guinée Equatoriale
Soldes budgétaires (global et primaire)
(dette publique extérieure /PIB ) en %
Taux d'endettement public extérieur

350 30
300 20
250 10
en % du PIB

200 0
150 -10
100 -20
50 -30
0 -40
1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015

Taux d'endettement public extérieur Solde budgétaire primaire Solde budgétaire global

Source : Construction de l’auteur à partir des données de la BEAC

46
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Evolution des soldes budgétaires (en % du PIB) et du taux


d'endettement public extérieur en Republique Centrafricaine
120 4

Soldes budgétaires (global et primaire) en %


Taux d'endettement public extérieur (dette

2
100
publique extérieure /PIB ) en %

0
80 -2
-4
60

du PIB
-6
40 -8
-10
20
-12
0 -14
1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015

Taux d'endettement public extérieur Solde budgétaire primaire Solde budgétaire global

Source : Construction de l’auteur à partir des données de la BEAC

Evolution des soldes budgétaires (en % du PIB) et du taux


d'endettement public extérieur au Tchad
35 6

Soldes budgétaires (global et primaire) en %


Taux d'endettement public extérieur (dette

4
30
publique extérieure /PIB ) en %

2
25
0
20 -2
du PIB
15 -4
-6
10
-8
5
-10
0 -12
1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015

Taux d'endettement public extérieur Solde budgétaire primaire Solde budgétaire global

Source : Construction de l’auteur à partir des données de la BEAC

47
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Chapitre 2. Chocs de politique budgétaire et


dynamique de l’activité économique dans la CEMAC :
Les multiplicateurs budgétaires

Introduction

La récente crise économique et financière et le recours aux instruments budgétaires


durant ladite crise dans les pays de l’Union Européenne et ailleurs ont donné un regain d’intérêt
à l’étude de l’efficacité des politiques budgétaires. Elle s’est résumée pour l’essentiel à l’étude
des multiplicateurs budgétaires, définis comme la variation du Produit Intérieur Brut (PIB)
provoquée par une variation d’une unité dans une variable budgétaire (Romer, 2012).
Appréhendés à partir de l’analyse des effets de chocs de politique budgétaire sur l’activité
économique, les multiplicateurs budgétaires servent à évaluer l’efficacité des politiques
budgétaires discrétionnaires à court terme. Ces dernières, contrairement aux stabilisateurs
automatiques, émanent d’une volonté manifeste des pouvoirs publics dans des contextes précis
à stabiliser l’activité économique, bref à apporter des solutions face aux problèmes liés au
ralentissement du rythme de la croissance économique, à un niveau d’inflation élevé, à
l’augmentation du taux de chômage et/ou à une détérioration de la balance de paiement.13

Toutefois, dans la littérature théorique et empirique, il n’existe pas de consensus sur


l’efficacité des politiques budgétaires discrétionnaires, et donc sur la taille des multiplicateurs
budgétaires (multiplicateurs des recettes fiscales et de dépenses publiques). A travers
différentes études et suivant différentes approches, il a été démontré non seulement que les
multiplicateurs budgétaires varient de valeurs significativement positives aux valeurs
significativement négatives, mais aussi que leur taille dépend de nombreux facteurs à l’instar
de la nature du cycle économique (Auerbach et Gorodnichenko, 2012a), l’appartenance à une
union monétaire et le niveau de développement économique (Corsetti et al. 2012 ; Nakamura

13
Cette mise en relation de la politique budgétaire avec différents indicateurs macroéconomiques remonte aux
travaux de l’économiste Nicolas Kaldor qui en 1952 dans un propos liminaire présenta ce qui a été qualifié
quelques années plus tard de « carré magique de Kaldor ». A travers ce dernier, il définit les buts ultimes de toute
politique économique, buts qui une fois atteints permettent à toute économie d’atteindre à la fois l’équilibre
interne et externe, indispensables pour la bonne marche de toute économie.
48
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

et Steinsson, 2011 ; Ilzetzki et al. 2013). C’est ainsi que dans une mouvance de fond de crise,
les études empiriques évaluant l’ampleur des multiplicateurs budgétaires se sont multipliées ces
dernières années. Toutefois, ces études ont pour la plupart porté sur les pays développés,
négligeant ainsi sur leur passage les pays en développement et notamment ceux d’Afrique
subsaharienne qui pourtant, n’ont pas été épargnés des effets néfastes de la crise. Depuis lors,
ces pays ne cessent de lutter pour le rétablissement de leurs finances publiques en vue de
promouvoir une croissance économique durable et équitable, comme c’est actuellement le cas
dans les pays de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC),
rassemblement de six pays14 formant une union monétaire, à savoir l’Union Monétaire de
l’Afrique Centrale (UMAC).

En effet, à la suite des baisses répétitives du cours des produits de base sur le marché
international, la situation budgétaire des pays de la CEMAC dont les recettes budgétaires sont
fortement tributaires de la vente des matières premières s’est vue fortement dégradée, entraînant
sur le passage un ralentissement de l’activité économique. Face à une telle situation, les
différents pays sont appelés à réagir à travers les politiques de stabilisation que sont la politique
monétaire et la politique budgétaire. Mais, du fait de leur appartenance à une union monétaire,
le seul instrument dont disposent ces pays pour stabiliser l’activité économique n’est rien
d’autre que la politique budgétaire discrétionnaire, étant donné que l’autre levier de la politique
économique conjoncturelle qu’est la politique monétaire est mise en œuvre par une Banque
Centrale supranationale (la Banque Centrale des Etats de l’Afrique Centrale, en abrégé BEAC).

Dès lors, il semble légitime de s’interroger sur l’efficacité des politiques budgétaires
discrétionnaires menées dans le petit groupe de pays en développement formant une union
monétaire qu’est la CEMAC : Ces politiques budgétaires discrétionnaires stimulent-elles
l’activité économique ou au contraire sont-elles nuisibles à cette activité économique ? En
d’autres termes, est-il préférable pour les différents gouvernements de la CEMAC de laisser
tout simplement les stabilisateurs automatiques jouer leur rôle ou alors d’intervenir ? En cas
d’intervention non anticipée, quelle est la variation en pourcentage de la croissance économique
à la suite d’une variation des dépenses publiques ou des recettes fiscales ? Sur la base de ces
différentes interrogations, l’objectif de ce chapitre est double : il vise d’une part à évaluer les
effets des chocs de dépenses publiques et de recettes fiscales sur la dynamique de la croissance

14
Le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée Equatoriale, la République Centrafricaine et le Tchad.

49
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

économique dans les différents pays de la CEMAC, et d’autre part à analyser les différents
canaux de transmission de ces chocs budgétaires.

Dans la poursuite de ce double objectif, ce chapitre est organisé autour de quatre


sections : La première section est consacrée à la présentation des débats théoriques relatifs à
l’efficacité des politiques budgétaires discrétionnaires ; La deuxième section passe en revue
quelques résultats empiriques ; La troisième section se penche sur la démarche méthodologique
adoptée ainsi que sur les données utilisées ; La quatrième section est affectée à la présentation
et à l’interprétation des résultats.

.1 Revue de la littérature théorique

Les études théoriques autour de l’efficacité des politiques budgétaires reposent en


grande partie sur deux approches diamétralement opposées. La première d’inspiration
keynésienne met en exergue l’efficacité de la politique budgétaire en matière de stabilisation
macroéconomique, tandis que la seconde d’inspiration néoclassique penche plutôt pour son
inefficacité en dénonçant les effets pervers qu’elle peut avoir sur l’activité économique. A ces
deux approches, on peut ajouter une troisième approche qui est l’approche institutionnelle et
qui, tout comme l’approche néoclassique, met en exergue les limites de la politique budgétaire
comme instrument de stabilisation. Dans cette section, il sera question pour nous de présenter
les différentes controverses théoriques à propos de l’efficacité des politiques budgétaires.

.1.1 L’approche keynésienne de la politique budgétaire

Pendant très longtemps, les économistes classiques se sont opposés à l’intervention de


l’État dans l’économie, car ils estimaient que les forces du marché pouvaient à elles seules
ramener l’économie à un équilibre de long terme grâce à la flexibilité des prix sur le marché
des biens et services, et des salaires sur le marché du travail. Il a fallu attendre les années 30
pour assister à une totale remise en cause de cette approche jusque-là considérée comme le
modèle économique et social par excellence.

En effet, Keynes (1936) contrairement aux économistes classiques, démontre que les
mécanismes d'autorégulation assumés dans l'économie ne peuvent conduire l'économie à
l'équilibre en raison notamment des rigidités sur le marché du travail et du sous-emploi des
capacités de production dans l’économie. Suivant une approche axée sur la demande et
raisonnant à court terme, il préconise l’utilisation de la politique budgétaire à des fins de

50
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

régulation conjoncturelle en raison des effets multiplicateurs qu’elle engendre sur la demande
globale et par là même sur la croissance économique.

Dans la logique keynésienne, l’efficacité de la politique budgétaire repose


essentiellement sur l’effet multiplicateur qu’elle produit sur la croissance économique via un
certain nombre de canaux. Parmi ces canaux, l’investissement privé et la consommation privée
peuvent être considérés comme primordiaux. Dans sa version élémentaire, le multiplicateur
budgétaire n’est rien d’autre que l’inverse de la propension marginale à épargner, l’épargne
étant considérée dans le modèle keynésien de base comme le résidu de la consommation.
Autrement dit, le multiplicateur budgétaire repose essentiellement sur la propension marginale
à consommer et est de ce fait d’autant plus grand que cette dernière est élevée. Le mécanisme
du multiplicateur suppose qu’une politique budgétaire expansionniste (augmentation des
dépenses publiques et/ou baisse des impôts) va se traduire à terme par une augmentation plus
que proportionnelle du revenu et de la production. Ainsi donc, selon le modèle keynésien, en
situation de sous-emploi, toute politique budgétaire expansionniste se traduirait au final par une
augmentation du revenu national qu’elle qu’en soit l’approche utilisée pour sa mise en œuvre
(augmentation des dépenses publiques et/ou diminution des impôts).

Dans le prolongement de la pensée keynésienne, le modèle keynésien de base va


connaitre quelques extensions dans la littérature, extensions qui permettront entre autres de
mettre en lumière quelques facteurs susceptibles d’amoindrir l’ampleur des multiplicateurs
budgétaires, à l’instar des effets d’éviction (par les taux d’intérêt et par les taux de change), bien
que ne remettant pas totalement en cause l’efficacité de la politique budgétaire : Il s’agit en
économie fermée du modèle IS-LM proposé par Hicks (1937) et en économie ouverte du
modèle IS-LM-BP proposé par Mundell (1963) et Fleming (1962).

Dans le modèle IS-LM, une politique budgétaire expansionniste se traduit par une
augmentation de la demande globale et du revenu via l’effet multiplicateur qu’elle engendre.
Toutefois, l’augmentation du revenu qui en résulte va occasionner sur le marché de la monnaie
une demande supplémentaire de monnaie à des fins de transaction qui pourrait conduire à une
hausse des taux d’intérêt, qui à son tour ferait baisser les investissements privés (effet
d’éviction) et par conséquent la demande globale et le revenu national. Cet effet d’éviction
s’explique principalement par le fait que l’investissement privé est négativement lié au taux
d’intérêt et dépend essentiellement du degré de sensibilité de l’investissement privé au taux
d’intérêt (l’effet d’éviction étant d’autant plus grand que l’investissement est sensible au taux

51
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

d’intérêt) et du degré de sensibilité des taux d’intérêt face à la demande de monnaie par les
agents économiques (plus les taux d’intérêt sont sensibles à la demande de la monnaie plus
l’effet d’éviction est élevé). Ainsi donc, le degré d’amoindrissement des multiplicateurs
budgétaires va être fonction de l’ampleur de l’éviction. Autrement dit, la politique budgétaire
sera d’autant plus efficace en économie fermée suivant que la valeur du multiplicateur est élevée
et que l’investissement est peu sensible au taux d’intérêt. Néanmoins, l’une des solutions les
plus souvent préconisées pour éviter cet effet d’éviction par les taux d’intérêt est la mise sur
pied d’une politique monétaire accommodante, d’où la nécessité souvent prônée de
coordination entre la politique budgétaire et la politique monétaire dans le cadre du Policy mix.

Dès lors que l’on est en économie ouverte, (modèle IS-LM-BP), l’efficacité de la
politique budgétaire va dépendre à la fois du degré d’ouverture de l’économie et du régime de
change. Ainsi donc, en régime de change fixe, la politique budgétaire est efficace et cette
efficacité est d’autant plus renforcée que les capitaux sont mobiles. En effet, comme décrit
précédemment, une politique budgétaire expansionniste entraîne une augmentation de la
demande globale et du revenu (effet multiplicateur). Il en résulte une augmentation de la
demande de monnaie qui à son tour va occasionner une augmentation des taux d’intérêt.
Seulement, ici la hausse des taux d’intérêt va engendrer un afflux de capitaux étrangers sur le
marché de changes et par là même une demande excédentaire de monnaie nationale. La Banque
Centrale va donc émettre de la monnaie nationale qu’elle doit échanger contre des devises. Cette
offre excédentaire de monnaie nationale va à son tour faire baisser progressivement les taux
d’intérêt jusqu’à leur niveau initial, annulant ainsi l’effet d’éviction qui devrait résulter de
l’expansion budgétaire. En somme, à l’efficacité de la politique budgétaire en change fixe,
s’ajoute une augmentation des réserves de changes pour la Banque Centrale.

En régime de changes flexibles, l’offre excédentaire de monnaie nationale faisant suite


à l’afflux des capitaux va se traduire par une appréciation du taux de change de la monnaie
nationale. Cette appréciation de la monnaie nationale va rendre les produits nationaux moins
compétitifs sur le marché international et entraîner ainsi une détérioration de la balance des
paiements via la diminution des exportations (éviction des exportations par le taux de change).
Cette diminution des exportations va s’accompagner d’une baisse de la demande globale et du
revenu où il va en résulter une baisse de la demande de monnaie qui naturellement
s’accompagnerait d’une baisse des taux d’intérêt qui, progressivement vont atteindre leur
niveau initial. Ainsi donc, en régime de change flexible non seulement la politique budgétaire
reste inefficace, mais aussi elle s’accompagne d’une appréciation de la monnaie nationale. Cette

52
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

inefficacité attribuée à l’éviction par le change montre ainsi que l’un des déterminants majeurs
de l’ampleur des multiplicateurs budgétaires au sein d’une économie donnée peut être le régime
de change.

Cette conception keynésienne de la politique budgétaire a longtemps prévalu jusqu’à ce


qu’elle soit totalement remise en cause dès les années 70, à la suite d’une montée simultanée
du chômage et de l’inflation enregistrée dans plusieurs pays, ce après ce qui a été qualifié dans
la littérature comme « l’âge d’or du keynésianisme ». Cette remise en cause des politiques
keynésiennes est notamment le fruit des économistes néoclassiques qui dénoncent entre autres
l’absence des fondements microéconomiques dans les modèles keynésiens et de ce fait mettent
en exergue les effets non keynésiens de la politique budgétaire.

.1.2 L’approche néoclassique de la politique budgétaire

Dans le modèle keynésien de base, l’efficacité de la politique budgétaire repose


essentiellement sur les multiplicateurs budgétaires et donc sur le comportement des ménages
en matière d’épargne et de consommation. En s’attaquant à ce comportement, les économistes
d’inspiration libérale dénoncent l’inefficacité de la politique budgétaire à travers les effets non
keynésiens qu’elle peut produire sur l’activité économique. Ces effets non keynésiens de la
politique budgétaire sont la résultante d’un certain nombre de facteurs qui sont pour la plupart
mis en exergue par les économistes néoclassiques.

.1.2.1 Effet d’éviction et hypothèse du revenu permanent

L’une des premières critiques émises à l’encontre des politiques de relance keynésienne
est le fruit des économistes néoclassiques qui dénoncent l’incidence négative d’une
augmentation du déficit budgétaire sur la croissance économique du fait de l’effet d’éviction
qu’elle exerce sur les investissements privés. Toutefois, cet effet d’éviction, décrit comme le
découragement des investissements privés à la suite de l’augmentation des taux d’intérêt
résultant d’une offre excédentaire de titres publics, avait déjà été mis en évidence par les
économistes keynésiens eux-mêmes à travers le modèle IS-LM et dont ils proposent comme
solution des politiques monétaires accommodantes dans le cadre du « policy mix ».

Quant à l’hypothèse du revenu permanent, en remettant en cause la fonction de


consommation keynésienne, elle remet également en cause l’efficacité des politiques
budgétaires. Elle est l’œuvre de Friedman (1968) qui démontre que le comportement de

53
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

consommation des ménages ne se fonde pas sur le revenu courant comme c’est le cas dans la
fonction de consommation keynésienne, mais plutôt sur le revenu permanent, qui prend en
compte non seulement le revenu courant, mais aussi les revenus passés et les revenus futurs
anticipés. Ainsi donc, l’augmentation du revenu issu d’une politique budgétaire expansionniste
serait considérée comme transitoire par les ménages et aura tendance à être épargnée, limitant
ainsi l’ampleur des multiplicateurs budgétaires.

.1.2.2 Anticipations rationnelles et équivalence ricardienne

Une autre limite émise à l’encontre des politiques budgétaires émane également du
comportement des ménages. En effet, contrairement aux modèles keynésiens qui reposent sur
le court terme et supposent que les anticipations des agents économiques sont adaptatives, les
modèles développés par certains économistes d’inspiration libérale s’inscrivent dans une
logique de long terme et supposent que ces anticipations sont rationnelles. Les partisans de la
théorie des anticipations rationnelles à l’instar de Lucas (1972), Sargent (1972) et Sargent et
Wallace (1975), montrent que la politique budgétaire est inefficace, à moins qu’elle contienne
un élément de surprise. Ils expliquent cela par le fait que les ménages prennent en compte le
futur dans la prise de leurs décisions et ont une maitrise parfaite des décisions de politique
économique. Ainsi, face aux anticipations rationnelles des agents économiques, la politique
budgétaire ne sera plus à même d’avoir les effets keynésiens escomptés.

Dans le même ordre d’idées, à travers la théorie de l’équivalence ricardienne, Barro


(1974) s’inspirant des travaux de Ricardo (1821), démontre que la politique budgétaire non
seulement est incapable de stimuler l’activité économique, mais qu’elle contribue plutôt à une
augmentation des déficits budgétaires à long terme. Dans son raisonnement, il suppose que le
comportement des agents économiques est lié au mode de financement des dépenses publiques.
Ainsi, le surplus de revenu issu d’une politique budgétaire expansionniste financée par emprunt
se verrait épargner par les agents économiques plutôt que consommer. Cela serait dû au fait que
les ménages anticipent une augmentation d’impôts dans le futur en vue de financer cet emprunt,
laissant ainsi la taille des multiplicateurs budgétaires inchangée. Cela suppose que les agents
économiques sont conscients de la contrainte budgétaire inter temporelle à laquelle font face
les gouvernements. Toutefois, quelques critiques peuvent être formulées à l’encontre de cette
approche, à l’instar de l’hypothèse d’altruisme intergénérationnel sur laquelle elle repose.

54
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

.1.2.3 Rigidité de l’offre et flexibilité des prix

Fondée principalement sur l’hypothèse du sous-emploi des facteurs de production et de


rigidité des prix et des salaires (notamment à la baisse), l’approche keynésienne de la politique
budgétaire accorde une place importante à la demande globale. Elle suppose que celle-ci en
provoquant une augmentation de l’offre à court terme stimule l’activité économique.
Contrairement aux keynésiens, les néoclassiques soulignent que c’est plutôt l’offre qui induit
la demande et par là, les fluctuations de l’activité économique seraient dues à des chocs d’offre
et non de demande, ce notamment en raison de la flexibilité prix et des salaires.

En dénonçant les effets néfastes des politiques budgétaires keynésiennes sur la


croissance à long terme, les néoclassiques confortent leur position en avançant un certain
nombre d’arguments. Ils soulignent par exemple que les contraintes sur les capacités de
production peuvent être modérées par la stimulation de l’offre globale, qui à son tour peut avoir
un impact sur la demande globale à court terme, en raison des anticipations que font les agents
économiques sur une augmentation de la croissance économique à long terme. Ainsi donc,
seules les politiques budgétaires surprises pourraient être efficaces, bien évidemment en
transitant par le mécanisme de l’offre (Sargent et Wallace, 1975 ; Lucas, 1975). Parlant d’effets
néfastes des politiques de relance keynésienne sur la croissance économique, ils avancent que
ces dernières produisent de l’inflation et alourdissent le fardeau de la dette publique à long
terme, détériorant ainsi les comptes publics, chose qui dans l’optique classique ne peut être
tolérée et ce pour au moins deux raisons. D’une part, l’inflation fausse les anticipations des
agents économiques supposées être rationnelles créant ainsi un dysfonctionnement dans les
rouages de l’économie, et d’autre part l’alourdissement du fardeau de la dette publique
maintient les taux d’intérêt élevés décourageant ainsi les investissements privés et pouvant
poser à terme le problème de la soutenabilité de la dette publique (Montel-Dumond, 2011)15.

.1.3 L’approche institutionnelle de la politique budgétaire

Après les critiques dites « classiques » émises à l’encontre des politiques budgétaires,
quelques extensions seront connues sur le plan théorique, notamment sur le plan institutionnel.
C’est le cas par exemple de l’école du public choice qui met en relation la politique budgétaire
et le cycle électoral. Elle souligne qu’avant toutes choses, ce qui préoccupe tout Homme

15
Olivia Montel-Dumond (2011), la politique budgétaire, Notice 8.

55
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

politique c’est sa réélection. Ainsi donc, les gouvernements auraient tendance à mener des
politiques budgétaires expansionnistes à la veille des élections en vue d’avoir des gains
immédiats en termes de croissance et d’emploi même si la conjoncture économique n’y est pas
favorable, laissant ainsi derrière eux d’énormes déficits qui s’accumuleront au fil du temps16.

Certains théoriciens mettent également en avance des difficultés d’ordre pratique dans
la mise en œuvre des politiques budgétaires. Parmi elles, on note les délais17 d’action de la
politique budgétaire face aux variations de l’activité économique. Ces délais sont définis
comme le laps de temps qui passe entre le moment où les autorités constatent le retournement
de la conjoncture et celui où l’action budgétaire est effectivement entreprise. Friedman (1948)
en distingue deux types : Les délais internes qui vont du moment où le retournement de la
conjoncture est constaté à celui où les gouvernements décident d’agir, et les délais externes qui
vont du moment où l’action budgétaire est entreprise à celui où il commence à produire ses
effets sur la demande. L’existence de ces délais remet ainsi en cause la contracyclicité de la
politique budgétaire prônée par les keynésiens et peuvent même faire en sorte qu’elle devienne
procyclique.

Toutes proportions gardées, il en ressort sur le plan théorique que le débat autour de
l’efficacité de la politique budgétaire est encore loin d’être clos. Cette efficacité est d’une part
conditionnée par l’environnement économique et d’autre part par la confiance et la crédibilité
que les agents économiques lui accordent. Toutefois, comme le soulignent Bouthevillain et al
(2013), l’étude de l’efficacité de la politique budgétaire doit se faire en se nourrissant non
seulement de la théorie économique traditionnelle, mais aussi des avancées les plus récentes de
la recherche appliquée. Ainsi donc, la section suivante passera en revue quelques travaux ayant
étudié l’efficacité des politiques budgétaires discrétionnaires sur le plan empirique.

.2 Revue de la littérature empirique

Dans la littérature empirique, l’étude de l’efficacité des politiques budgétaires


discrétionnaires a pris une ampleur considérable à la veille et au lendemain de la crise

16
On peut retrouver une autre explication de ce mécanisme dans les travaux de Nordhaus (1975, 1989) qui, à
travers des courbes de Phillips, montre que les gouvernements auraient tendance à préférer l’inflation au chômage
à la veille de chaque élection et qu’une fois les élections passées, tout leur travail consistera à réduire l’inflation
jusqu'à la veille de la prochaine élection, engendrant ainsi un cycle qu’il a qualifié de cycle politico économique.
17
A titre illustratif, Mankiw dans son livre « Macroéconomie, 6e Edition » approxime la conduite de la politique
budgétaire au pilotage d’un grand navire où il lui faut un certain temps (délai) pour changer de cap une fois que le 56
gouvernail ait été ajusté.
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

économique et financière de 2008, suite d’un activisme budgétaire de plus en plus croissant
observé dans de nombreux pays à travers le monde. Elle s’est résumée pour l’essentiel à
l’analyse des effets des chocs de politique budgétaire sur l’activité économique, débouchant le
plus souvent sur le calcul des multiplicateurs budgétaires.

Suivant l’horizon temporel considéré, ces multiplicateurs budgétaires prennent quatre


principales dénominations dans la littérature à savoir : le multiplicateur d’impact, le
multiplicateur à un horizon futur, le multiplicateur cumulatif et le multiplicateur du pic :

• Le multiplicateur d’impact est définit comme la réponse immédiate de la


production (Y) à un choc exogène sur un instrument budgétaire (IB) au moment du choc (à la
 Yt0
date t0), soit : ;
 IBt0

• Le multiplicateur à un horizon futur h est défini comme la réponse du revenu à


 Yt 0  h
l’instant t0+h à un choc exogène sur un instrument budgétaire à l’instant t0, soit :
 IB t 0

• Le multiplicateur cumulatif est défini comme la réponse des variations cumulées


du revenu aux variations cumulées d’un instrument budgétaire sur une période donnée, soit :
h

 Y
i 1
t0 i

h
;
 IB
i 1
t0  i

• Le multiplicateur du pic quant à lui est définit comme la réponse la plus


importante du revenu à un choc sur un instrument budgétaire au cours d’une période donnée,
Yt0  h
soit : Maxh .
IBt0

Par ailleurs, l’étude de ces multiplicateurs budgétaires repose sur différentes approches
en termes d’identification des chocs budgétaires. Un examen de la littérature permet d’en
repérer trois principales : L’approche narrative, l’approche économétrique et l’approche macro
économétrique.

L’approche narrative remonte aux travaux de Ramey et Shapiro (1998), puis ceux
d’Edelberg et al. (1999). Elle consiste à partir de documents historiques (lois de finances,
réformes fiscales, Rapport des banques Centrales, etc.), à identifier les chocs de politiques
budgétaires en retraçant les différents changements survenus dans leur mise en œuvre au fil du

57
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

temps. En adoptant cette approche, Romer et Romer (2007 et 2010) étudient les effets des
variations fiscales sur l’activité économique aux Etats Unis. Leurs analyses soulignent que ces
changements peuvent être endogènes (ceux motivés par la volonté du gouvernement de réduire
les déficits ou de financer un nouveau programme de dépenses) ou exogènes (ceux motivés par
la volonté de mener une politique budgétaire contracyclique).

L’approche économétrique repose essentiellement sur l’utilisation des modèles VAR


structurels (SVAR) vulgarisés à partir des travaux de Blanchard et Perotti (2002) (Blanchard et
Perotti ; 2002 ; Perotti, 2004 ; Biau et Girard, 2005 ; Afonso et Sousa, 2009 ; Baum et Koester,
2011). Elle consiste à identifier les chocs de la politique budgétaire18 en tenant compte des
retards dans leur mise en œuvre et des informations institutionnelles sur la fiscalité et les
élasticités des dépenses publiques.

L’approche macroéconométrique quant à elle consiste à identifier les chocs de politique


budgétaire à partir des modèles néokeynésiens notamment les modèles d’Equilibre Général
Dynamiques et Stochastiques (DSGE) (Gali et al., 2007 ; Hall, 2009 ; Cogan et al., 2010 ;
Woodford, 2011 ; Crell et al., 2011 ; Christiano et al., 2011 ; Leeper et al., 2012), qui sont des
extensions des modèles de cycle réels et développés par certains auteurs dès le début des années
2000 (Woodford, 2003 ; Smets et Wouters, 2003, 2005).

Suivant ces différentes approches et ce en dépit de volumineux travaux, les résultats


empiriques à propos de la taille des multiplicateurs budgétaires restent divergents. Dans le cadre
de cette section, nous nous limiterons essentiellement aux travaux ayant opté pour l’approche
économétrique, étant donné que c’est cette dernière approche qui est utilisée pour les analyses
empiriques de cette étude. Sur cette base, un examen de la littérature permet de regrouper les
études en deux grands groupes : Ceux ayant opté pour des modèles linéaires et ceux ayant opté
pour des modèles non linéaires.

.2.1 Quelques études empiriques réalisées à partir de l’approche VAR


structurelle

L’utilisation des modèles SVAR dans l’étude des politiques budgétaires s’est vulgarisée
à partir des travaux de Blanchard et Perotti (2002), même si toutefois l’une des études

18
Les chocs de politique budgétaire sont ici identifiés comme les résidus du modèle VAR initial pouvant être
interprétés économiquement.

58
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

pionnières en ce sens fut celle de Bruneau et De Bandt (1999). A partir des modèles SVAR, le
multiplicateur budgétaire cumulatif pour un trimestre donné T est obtenu en rapportant la
réponse cumulative du PIB à un choc sur une variable budgétaire (dépenses publiques ou
recettes fiscales) à la date T à la réponse cumulative de variable budgétaire considérée à un choc
sur elle-même au sein du même trimestre19 (Blanchard et Perotti, 2002 ; Perotti, 2004). Le
tableau 2-1 ci -dessous résume quelques résultats empiriques obtenus à partir des modèles
SVAR aussi bien dans les pays développés que dans quelques pays en développement.

Tableau 2-1 - Taille des multiplicateurs budgétaires dans quelques études empiriques

Etudes Pays et période Multiplicateurs des dépenses Multiplicateurs des recettes


d’étude publiques fiscales

Court Moyen Effet Maximal Court Moyen Effet Maximal


terme terme (Trimestre où il terme terme (Trimestre où il
est observé) est observé)
Pays développés

Blanchard et Etats Unis


Perotti (2002) - 1960T1-1997T2 0,84 0,54 1,29 (15) -0,69 -0,72 -0,78 (5)
- 1960T1-1997T2 0,90 0,65 0,90 (1) -0,70 -1,32 -1,33 (7)
Etats Unis
- 1960-2000 0,43 0,97 1,05 (15) - 0,26 -0,69 - 0,26 (1)
- 1960-1979 0,73 1,30 1,57 (10) -0,39 -1,1 -1,12 (13)
- 1980-2000 0,07 -0,53 0,49 (3) -0,17 0,79 -0,17 (1)
Royaume Uni
- 1960-2000 0,30 0,21 0,30 (1) 0,06 0,21 0,24 (20)
- 1960-1979 0,46 0,30 0,91 (17) 0,05 0,1 0,15 (12)
- 1980-2000 -0,18 -1,30 -0,01 (3) 0,18 0,15 0,34 (4)
Perotti (2004) Australie
- 1960-2000 0,31 0,27 0,31 (1) 0,60 0,13 0,60 (20)
- 1960-1979 0,01 0,30 0,51 (5) 0,54 -0,01 0,54 (3)
- 1980-2000 0,59 0,75 0,79 (14) 0,41 0,20 0,56 (20)
Allemagne
- 1960-2000 1,30 -0,02 1,30 (1) 0,27 -0,51 0,27 (1)
- 1960-1979 1,65 0,21 1,65 (1) 0,29 -0,46 0,29 (1)
- 1980-2000 0, 80 -0,86 0,80 (1) 0,24 -0,21 0,24 (1)
Canada
- 1960-2000 0,42 0,24 0,46 (2) -0 ,14 -0,47 -0,06 (2)
- 1960-1979 0,62 0,81 0,94 (17) -0 ,18 0,26 0,28 (17)
- 1980-2000 0,07 -2,23 0,17 -0,12 -0,44 -0,09 (20)

19
Le multiplicateur budgétaire ainsi calculé peut être exprimé en unités monétaires en multipliant le ratio obtenu
par le poids moyen des dépenses publiques (ou des recettes fiscales) dans le PIB. Tel est par exemple le cas dans
l’étude de Grdovic Gnip (2014) Toutefois, il est souvent reproché à cette méthode d’amplifier la taille des
multiplicateurs car dans ce cas, ces derniers dépendent essentiellement de l’évolution des variables
macroéconomiques qui sont elles-mêmes affectées par plusieurs facteurs. 59
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Mountford et Etats Unis


Uhlig (2002) - 1955-2000 0,2 / 0,5 (3) 0,2 / 0,4 (9)
Biau et Girard France
(2005) - 1978T1-2003T4 1,4 / / -0,1 / /

Baum et Allemagne
Koester (2011) - 1976T1-2009T4 0,7 0,69 / -0,66 -0,68 /

De Castro et De Espagne
Cos (2008) - 1980T1-2004T4 1,3 1 / + - /
Burriel et al Zone EURO
(2010) - 1981T1-2007T4 0,75 0,85 / -0,79 -0,49 /
Pays en développement

Grdovic Gnip Croatie


(2014) - 1996T1-2011T4 0,33 1,84 / -0,03 0,34 /
Mancellari Albanie
(2011) - 1998T1-2009T4 0,36 / / 1,4 / /
Croatie
- 2001T1-2014T1 0,3 / 0,6 (2) -0,2 / -0,2 (1)
Deskar et Slovénie
Simovic (2015) - 2001T1-2014T1 -0,1 / 0,0 (7) -0,3 / -0,8 (3)
Serbie
- 2003T1-2014T1 -0,1 / 0,4 (2) -1,5 / -1,5 (1)
Bénin
- 1994T1-2010T4 -0,32 -1,23 / -1,52 -2,25 /
Burkina Faso
- 1994T1-2010T4 0,80 0,92 / -0,75 -0,84 /
Diop et Diaw Côte d’Ivoire
(2015) - 1994T1-2010T4 -0,37 -0,22 / -2,93 / /
Mali
- 1994T1-2010T4 -1,86 -1,39 / -1,25 / /
Sénégal
- 1994T1-2010T4 0,58 0,33 / -1,85 -1,22 /

Notes : Les chiffres entre parenthèses renvoient au trimestre où le pic (ou effet maximal) est observé.
Source : Construction de l’auteur à partir de la littérature

Du Tableau 2-1 ci-dessus, il en ressort clairement qu’il n’existe pas d’unanimité sur la
taille des multiplicateurs budgétaires. Elle varie de valeurs significativement positives (en
majorité pour les pays développés) aux valeurs significativement négatives aussi bien pour les
dépenses publiques que pour les recettes fiscales, matérialisant ainsi l’efficacité des politiques
budgétaires discrétionnaires dans certains cas (Blanchard et Perotti, 2002 ; Biau et Girard,
2005 ; De Castro et De Cos, 2008 ; Baum et Koester, 2011 ; etc.) et leur inefficacité dans
d’autres (Deskar et Simovic, 2015 ; Diop et Diaw, 2015).

60
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Blanchard et Perotti (2002) utilisent les informations institutionnelles sur l'élasticité des
variables budgétaires pour identifier la réponse de l’activité économique aux chocs de politique
budgétaire dans quelques pays de l’OCDE. De leur étude, il ressort d’une part que les chocs
budgétaires expansionnistes ont un effet positif sur la production, et d’autre part qu’ils ont un
effet positif sur la consommation privée et un effet négatif sur l'investissement privé, faisant
ainsi valoir de manière générale que la politique budgétaire a un effet expansionniste sur
l’activité économique dans l’échantillon de pays considéré. Toutefois, à leur suite, les différents
multiplicateurs budgétaires obtenus dans la littérature n’ont pas toujours conforté les différentes
attentes des chercheurs. Tel est par exemple le cas dans les études de Perotti (2004), Deskar et
Simovic (2015) et Diop et Diaw (2015) où il ressort que le multiplicateur des dépenses
publiques est négatif pour certains pays étudiés. L’explication la plus souvent donnée par ces
chercheurs est qu’un choc positif de dépenses publiques provoque une réduction de
l’investissement et de la consommation privés dans certains pays, et conduit à une augmentation
permanente de l’inflation, ce qui se traduit par une baisse de la production à moyen et à long
termes.

En plus de ces études, de nombreux autres chercheurs se sont intéressés à l’étude des
effets de la politique budgétaire sur l’activité économique à court terme. C’est par exemple le
cas d’Afonso et Sousa (2012) qui, à partir d’un modèle VAR structurel de type bayésien (B-
SVAR), analysent les effets macroéconomiques de la politique budgétaire dans quatre pays de
l’OCDE notamment les Etats Unis, le Royaume Uni, l’Allemane et l’Italie. En se servant des
données trimestrielles pour ces différents pays sur des périodes plus ou moins différenciées
(1970T3 – 2007T4 pour les Etats Unis ; 1964T2 - 2006 T4 pour le Royaume Uni ; 1980T2 –
2006T4 pour l’Allemagne et 1986T2 – 2004T4 pour l’Italie), ils trouvent que les chocs de
dépenses publiques ont des effets positifs relativement faibles sur le PIB et des effets variés sur
la consommation et l’investissement privés. En outre, leurs résultats montrent que les chocs de
recettes publiques ont un effet positif et plus important que celui des dépenses publiques sur le
PIB et l’investissement privé, et un effet varié sur la consommation privée. Toutefois, ils n’ont
eu aucun effet sur le niveau des prix bien qu’ayant eu un effet mixte sur les taux d’intérêt, effets
qui deviennent de plus en plus persistants lorsque la dynamique de la dette publique est prise
en compte.

Dans la même lancée, Mirdala (2011) examine les effets de chocs de politique
budgétaire sur l’activité économique dans les économies européennes en transition (République
Tchèque, Slovaquie, Hongrie, Bulgarie, Roumanie et Pologne). De leur étude, il ressort que les

61
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

chocs de politique budgétaires orientés du côté des dépenses publiques ont un effet positif sur
l’activité économique dans tous les pays de l’échantillon sur la période considérée (2000T1-
2008T4). En revanche, en ce qui concerne les recettes fiscales, leurs effets sur l’activité
économique et notamment sur le PIB ont été variables, allant d’effets positifs pour certains pays
(Slovaquie, Bulgarie et Roumanie), aux effets non significatifs pour d’autres (République
Tchèque et Pologne) en passant par un effet négatif pour l’un d’entre eux (Hongrie).

Les principaux résultats empiriques présentées ci-dessus reposent essentiellement sur


l’estimation des modèles SVAR et donc sur des modèles linéaires, qui ne permettent cependant
pas de capter les effets d’asymétrie de la politique budgétaire. Dès lors, il est nécessaire de se
pencher sur quelques études empiriques ayant étudié les multiplicateurs budgétaires suivant la
nature du cycle économique (expansion/récession).

.2.2 Les multiplicateurs budgétaires suivant le cycle économique

Dans le prolongement des travaux évaluant la taille des multiplicateurs budgétaires


suivant des modèles linéaires, une nouvelle catégorie d’études a vu le jour sur le plan empirique
ces dernières années, se résumant à l’utilisation des modèles non linéaires. Elle est en partie
due à l’une des raisons les plus souvent avancées dans la littérature pour expliquer les
divergences autour de la taille des multiplicateurs budgétaires. En effet, selon certains
chercheurs, les multiplicateurs budgétaires dépendraient de la nature du cycle économique et
seraient de ce fait plus élevés en période de récession qu’en période d’expansion (Christiano et
al, 2011 ; Woodford, 2010 ; Auerbach et Gorodnichenko, 2012a, 2012b et 2014), ce qui
conforte l’analyse keynésienne qui préconise les politiques budgétaires expansionnistes
(augmentation des dépenses publiques) pendant les périodes de ralentissement économique
pour relancer la demande globale.

C’est ainsi que cette nouvelle catégorie d’études estime les multiplicateurs budgétaires
en prenant en compte la nature du cycle économique, en d’autres termes, en faisant un distinguo
entre les périodes d’expansion des périodes de récession. Dans la littérature, cela s’est souvent
faite sur la base de modèles économétriques non linéaires tels que les modèles que les modèles
VAR à changement de régime Markovien (MS-VAR : Markov-Switching Vector
Autoregressive), les modèles VAR à seuil à transition brutale (TVAR : Threshold Vector Auto
Regressive Model) ou encore des modèles VAR à seuil à transition lisse (STVAR : Smooth

62
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Transition Vector Autoregressive). Le tableau 2-2 ci-suivant résume quelques résultats


empiriques obtenus à partir de cette catégorie de modèles.

63
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Tableau 2-2 - Taille des multiplicateurs budgétaires suivant la nature du cycle


économique dans quelques études empiriques

Etudes Pays et période Multiplicateurs des Multiplicateurs des


d’étude dépenses publiques recettes fiscales

Récession Expansion Récession Expansion

Baum et koester (2011) Allemagne


- 1976T1-2009T4 1,04 0,36 -0,5 -0,58

Grdovic Gnip (2014) Croatie


- 1996T1-2011T4 2,12 0,40 -0,02 -0,02
Auerbach et Etats Unis
Gorodnichenko (2012 a) - 1947T1-2008T2 1,4 0,0 / /

Auerbach et Pays de l’OCDE


Gorodnichenko (2012b) - 1985S1-2010S2 0,46 -0,20 / /

Etats Unis
- 1975T1-2010T2 2,2 0,3 0 ,2 0,2
Japon
- 1981T1-2009T4 2 1,4 -0,2 -0,3
Batini et al (2012) Allemagne
- 1981T1-2007T4 1,6 0,4 0,2 0,1
France
- 1970T1-2010T4 2,1 1,6 1,8 1,9
Zone EURO
- 1985T1-2009T4 2,6 0,4 0,4 -0,2

Etats Unis
- 1947T1-2012T2 2,07 0,44 / /
France
Herbert (2013) - 1960T1-2012T2 1,38 0,53 / /
Allemagne
- 1970T1-2012T2 1,31 0,72 / /

Etats Unis
- 1965T2-2011T2 1,7 1,3 -0,1 0,1
France
- 1970T4-2010T4 0,2 -0,1 0,7 0,5
Allemagne
- 1975T3-2009T4 1 0,2 -0,4 -0,6
Baum et al (2012) Japon
- 1970T1-2011T2 2 1,4 -0,7 0,4
Canada
- 1966T1-2011T2 -1,1 -0,9 -0,1 0,3
Royaume Uni
- 1970T1-2011T2 0,2 0,0 0,1 -0,4

Source : Construction de l’auteur à partir de la littérature

64
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Tout comme les études menées à partir des modèles linéaires, celles menées à partir de
modèles non linéaires font état d’une divergence autour du signe et de la taille des
multiplicateurs budgétaires. Même si théoriquement ces multiplicateurs sont censés être plus
élevés en période de ralentissement économique qu’en période d’expansion, tel n’a pas toujours
été le cas comme le montrent les études résumées dans le tableau 2-2 ci–dessus. En effet, cette
hypothèse semble être globalement vérifiée pour le multiplicateur des dépenses publiques
(hormis pour le Canada dans l’étude de Baum et al., 2012), mais pas en ce qui concerne le
multiplicateur des recettes fiscales comme l’illustrent parfaitement les travaux de Batini et al
(2012) dans le cas de la France, et Baum et al (2012) dans le cas des Etats Unis, du Japon et du
Canada.

Face à toutes ces divergences autour de la taille des multiplicateurs budgétaires, certains
chercheurs se sont penchés sur l’analyse de leurs déterminants. Théoriquement, il est admis que
la propension marginale à consommer, la propension marginale à importer et le fardeau fiscal
en sont les principaux (Deskar et Simovic, 2015). Cependant, ces facteurs à eux seuls ne
suffisent pas à expliquer la taille des multiplicateurs budgétaires. C’est ainsi qu’en vue de
fournir une nouvelle technique de mesure de la taille des multiplicateurs budgétaires qualifiée
de « bucket approach »20, Batini et al. (2014) recensent dans la littérature huit principaux
facteurs susceptibles d’expliquer la taille des multiplicateurs budgétaires qu’ils regroupent au
sein de deux grands groupes : Les facteurs conjoncturels qui sont ceux qui tendent à dévier les
multiplicateurs budgétaires de leur « niveau normal », et les facteurs structurels qui sont ceux
qui influencent la réaction de l'économie aux chocs budgétaires en « temps normal ».

Comme facteurs conjoncturels, ils identifient la situation du cycle économique


(Auerbach et Gorodnichenko, 2012a ; Corsetti et al., 2012 ; Kraay ,2013 ; GrdovićGnip, 2014)
et le degré d'adaptation de la politique monétaire aux chocs budgétaires (Woodford, 2011).
Quant aux facteurs structurels, il s’agit notamment du degré d’ouverture commercial (llzetzki
et al., 2013 ; Deskar et Simovic, 2015), des rigidités du marché du travail (Gorodnichenko et
al., 2012), de la taille des stabilisateurs automatiques (Dolls et al., 2012), du régime de change
(Kraay ,2013 ; Born et Mueller, 2013 ; Ilzetzki et al., 2013), du niveau de la dette publique
(Kirchner et al., 2010 ; Ilzetzki et al., 2013 ; Deskar et Simovic, 2015), et de l’efficacité du
secteur public (administration des recettes et gestion des dépenses publiques). Ces différents

20
La « bucket approach » ou encore « l’approche par compartiments » consiste à regrouper les pays ayant des
multiplicateurs similaires en fonction de leurs caractéristiques structurelles par groupes appelés « compartiments »
afin d’avoir de meilleures estimations de la taille des multiplicateurs budgétaires (Batini et al., 2014).
65
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

facteurs et leurs effets attendus sur la taille des multiplicateurs budgétaires sont résumés dans
le tableau 2-3 suivant :

Tableau 2-3- Détermiants de la taille des multiplicateurs budgétaires

Facteurs explicatifs Effets sur la taille des multiplicateurs


Facteurs conjoncturels
Nature du cycle économique Les multiplicateurs budgétaires sont en général plus importants en
période de récession qu’en période d’expansion (cf. tableau 2-2).
Degré d'adaptation de la Les multiplicateurs budgétaires peuvent être plus importants
politique monétaire aux chocs lorsque l'utilisation et/ou la transmission de la politique monétaire
budgétaires est entravée, comme c'est le cas lorsque les taux d’intérêt se situent
à la borne inférieure proche de zéro.
Facteurs Structurels
Degré d’ouverture Un degré d’ouverture commercial faible accroît la taille des
commercial multiplicateurs budgétaires, car la fuite par les importations est
moins importante.
Rigidités du marché du travail Les pays avec des marchés de travail plus rigides ont tendance à
avoir des multiplicateurs budgétaires plus importants dans la
mesure où la rigidité des salaires amplifie la réponse de la
production aux chocs de demande.
Taille des stabilisateurs Des stabilisateurs automatiques plus importants ont tendance à
automatiques réduire la taille des multiplicateurs budgétaires, car la réponse
automatique des dépenses publiques et des recettes fiscales liée au
cycle économique compense en partie les effets des mesures de
relance budgétaire, réduisant ainsi leurs effets sur le PIB.
Régime de Change Les pays dotés d'un régime de change flexible ont tendance à avoir
des multiplicateurs plus faibles, car les variations du taux de
change peuvent compenser l'incidence de la politique budgétaire
discrétionnaire sur l'économie.
Niveau de la dette publique Les pays avec de niveaux de dette publique élevés ont tendance à
avoir des multiplicateurs budgétaires faibles, car une relance
budgétaire peut conduire à une augmentation de la prime de risque
qui réduit la confiance du secteur privé, entraînant ainsi la
diminution de la consommation et de l’investissement privés.
Efficacité du secteur public Les difficultés de perception des impôts et l’inefficacité dans la
gestion des dépenses publiques limitent l'impact de la politique
budgétaire sur la production.
Source : Construction de l’auteur à partir des travaux de Batini et al (2014)

Les différents travaux passés en revue dans cette section montrent bien que le débat est
encore loin d’être clos en ce qui concerne les effets des politiques budgétaires discrétionnaires

66
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

sur l’activité économique. Bien que de nombreuses études aient été menées dans les pays
industrialisés, très peu en revanche se sont intéressées aux pays en développement. Les pays de
la CEMAC, en tant que pays formant une Union Monétaire et plus que jamais soucieux de leur
développement économique semblent être un cadre idéal pour évaluer empiriquement
l’efficacité des politiques budgétaires discrétionnaires. Pour y parvenir, cela nécessite
l’adoption une démarche méthodologie adéquate.

.3 Méthodologie et données

Comme mentionné dans la section précédente, trois principales approches (l’approche


narrative, l’approche économétrique et l’approche macroéconomique) sont utilisées dans la
littérature pour analyser les effets des chocs de politique budgétaire sur l’activité économique
et par ricochet estimer la taille des multiplicateurs budgétaires. Parmi elles, deux sont
prépondérantes : Celle qui consiste à utiliser des modèles macroéconométriques de type DSGE
et celle qui consiste à utiliser des modèles économétriques de type SVAR. Toutefois, en plus
de la complexité à manipuler les modèles DSGE, il leur a été souvent reproché de fournir des
multiplicateurs budgétaires qui dépendent essentiellement des hypothèses de modélisation
faites sur des éléments jugés « défavorables » à la politique budgétaire tels que l’effet d’éviction
et l’équivalence ricardienne (Crell et al, 2011).

En revanche, l’approche VAR structurelle bien que n’étant pas exempte de toute critique
est considérée par de nombreux chercheurs comme la méthodologie la plus fiable dans l’étude
de l’efficacité des politiques budgétaires discrétionnaires. Comparativement aux modèles
DSGE, elle présente de nombreux avantages. Parmi ces avantages, Biau et Girard (2005)
mettent en avant leur « simplicité » (le fait d’estimer un système de faible de dimension), le
nombre de contraintes relativement faible dont ils nécessitent, et leur forte capacité à simuler
des chocs structurels. Au regard de ce qui précède, nous optons dans le cadre de cette étude
pour une approche VAR structurelle.

.3.1 Spécification et identification du modèle SVAR

D’un point de vue pratique, la modélisation VAR structurelle consiste à convertir les
résidus issus de l’estimation d’un modèle VAR standard en des chocs structurels pouvant être
interprétés sur le plan économique. Dans le cadre de l’étude des politiques budgétaires, elle a
pour point focal l’identification des différents chocs budgétaires structurels.

67
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

.3.1.1 Le modèle

La modélisation VAR a pour particularité que toutes les variables du modèle sont à la fois
exogènes et endogènes, et que les variables explicatives sont principalement des variables
retardées. Sous sa forme générale, un modèle VAR structurel se présente comme suit :

AXt  B1Xt1  B2 Xt 2 ............  Bp Xt  p Ut (1)

Où Xt représente un vecteur de variables endogènes, A une matrice carrée de relations de

simultanéité entre les variables incluses dans le vecteur Xt , Bi (i=1, 2, …p) des matrices carrées
de coefficients d’ordre n et Ut un vecteur de chocs structurels normalement distribués et
orthogonaux. Toutefois, le modèle (1) tel que spécifié ci-dessus ne peut être directement estimé.
Afin de pouvoir le faire, il est nécessaire de le mettre sous sa forme réduite. Cette forme réduite
est obtenue en pré multipliant l’équation (1) par l’inverse de la matrice A notée A  1 , soit :

X t  A1B1 X t 1  A1B2 Xt 2  ............  A1Bp X t  p  A1Ut (2)

En effectuant les changements de variables A Bi i et A Ut  t , la forme générale


1 1

du modèle SVAR pouvant aisément se prêter aux estimations s’écrit :

Xt  1Xt 1 2 Xt 2 ............ p Xt  p  t (3)

Où t est un vecteur de chocs structurels non corrélés et normalement distribués sous

la forme réduite. Dans le cadre de cette étude, le vecteur Xt est constitué dans notre modèle de

base du logarithme des dépenses publiques réelles ( gt ), du logarithme des recettes fiscales

réelles ( rft ) du logarithme du produit intérieur brut réel ( yt ), et du logarithme de l’indice des

prix à la consommation ( t ). Les trois premières variables permettent d’évaluer directement


les effets des chocs de politique budgétaire sur l’activité économique tandis que la dernière
permet d’isoler les effets de la politique monétaire. Par la suite, notre modèle de base va
connaitre plusieurs variantes pour tenir compte aussi bien des dépenses publiques désagrégées
(dépenses publiques de consommation et dépenses publiques d’investissement) que de certaines
composantes de la demande globale en l’occurrence la consommation privée et l’investissement
privé.

68
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

.3.1.2 Identification des chocs budgétaires

L’utilisation des modèles SVAR nécessite que l’on retienne une approche bien précise
en matière d’identification des chocs budgétaires. Un examen de la littérature permet d’en
identifier trois principales : L’approche récursive (Sims, 1980 ; Fatas et Mihov, 2001, et
Caldara et Kamps, 2008 ; Perotti, 2007), l’approche par restriction de signes (Mountford et
Uhlig, 2002 et 2009), et l’approche dite des « élasticités calibrées » (Blanchard et Perotti, 2002 ;
Perotti, 2004). Toutes ces approches consistent à partir de la théorie économique à imposer un
certain nombre de restrictions à la matrice A , la première au travers d’une décomposition de
Cholesky, la deuxième via des restrictions de signes sur les fonctions de réponses
impulsionnelles, et la troisième au travers des informations institutionnelles sur les élasticités
des dépenses publiques et des recettes fiscales.

Dans le cadre de cette étude, nous optons pour l’approche récursive étant donné que
nous ne disposons pas d’informations institutionnelles sur les élasticités des dépenses publiques
et des recettes fiscales dans la CEMAC. Toutefois, Caldera et Kamps (2008) trouvent de
« manière surprenante » disent -ils, que les différences entre l’approche récursive et l’approche
de Blanchard et Perotti (2002) ont peu d’effet sur les résultats obtenus. Ainsi donc, au travers
d’une décomposition de Cholesky, nous appliquons un certain nombre de restrictions à notre
matrice A de chocs structurels. Sur le plan pratique, ces restrictions sont appliquées en partant
du principe que certains chocs structurels n'ont pas d’effets instantanés sur certaines variables
endogènes.

Suivant la décomposition de Cholesky, la matrice A est identifiée en tant que matrice


triangulaire inférieure et la matrice B en tant que matrice diagonale à n dimensions. Toutefois,
l’approche récursive nécessite beaucoup de précautions surtout en ce qui concerne le
classement21 des variables dans le vecteur X car, ce classement définit une relation causale entre
les différentes variables. Sur la base de la théorie économique et de la littérature existante sur
l’étude des effets de chocs de politique budgétaire sur l’activité économique (Caldera et Kamps,
2008 ; Perotti, 2007 ; Boiciuc, 2015) les variables sont classées dans notre modèle de base

comme suit : Les dépenses publiques globales ( gt ) viennent en première position ; la

production ( yt ) en deuxième position, l’inflation ( t ) en troisième position et les recettes

21
On dispose de k ! façons différentes de classer k variables dans le vecteur X..

69
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

fiscales réelles ( rft ) en quatrième position, soit : Xt  ( gt , yt ,t , rft ) . Sur cette base, la relation

entre le vecteur des résidus ut et celui des chocs structurels des variables budgétaires  t est
donnée par :

A U t  B t (4)

La forme matricielle de l’équation (4) ci -dessus est donnée par l’expression suivante :

 1 0 0 0   utg   g 0 0 0    tg 
 a 1 0 0   uty   0 y 0 0    ty 
 y,g  (5)
  a , g  a , y 1 0   ut   0 0  0    t 
     
  arf , g  arf , y  arf , 1  utrf   0 0 0  rf   trf 

Cet ordre particulier des variables implique que :

 Les dépenses publiques ne réagissent pas instantanément aux chocs subis par le PIB,
l’inflation et les recettes fiscales ;
 La réponse du PIB n’est pas instantanée face aux chocs liés à l’inflation et aux recettes
fiscales mais l’est face aux chocs de dépenses publiques ;
 L’inflation ne réagit pas instantanément aux chocs des recettes fiscales, mais a une
réponse instantanée face aux chocs des dépenses publiques22 et du PIB ;
 La réponse des recettes fiscales aux chocs sur les autres variables endogènes est
immédiate.

Quelques justifications aux hypothèses formulées ci-dessus se retrouvent dans les


travaux de Caldera et Kamps (2008). Ces auteurs soulignent que contrairement au mouvement
des impôts, le mouvement des dépenses publiques est largement sans rapport avec le cycle
économique, et de ce fait, il semble plausible de supposer que les dépenses publiques ne sont
pas affectées instantanément par des chocs provenant des autres variables. Le classement du
PIB et de l’inflation avant les recettes fiscales se justifie principalement par le fait que
théoriquement, un choc sur les deux premières variables devrait avoir un impact immédiat sur
l’assiette fiscale. Par ailleurs, ils soulignent que cet ordre particulier des variables permet ainsi
de capter les effets des stabilisateurs automatiques sur les recettes fiscales, tout en excluant les

22
En raison de la théorie budgétaire du niveau des prix (Leeper,1991 ; Sims, 1994 ; Woodford, 1994 ; Buiter,
1998 ; Creel et Sterdyniak, 2001).

70
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

effets contemporains des modifications fiscales discrétionnaires sur la production et l’inflation.


Toutefois, il est à noter qu’après la période du choc, chaque variable du système est censée
répondre sans contrainte aucune à un choc discrétionnaire subi par les autres variables.

.3.2 Procédure d’estimation et données

L’utilisation de l’outil économétrique dans les analyses économiques en séries


temporelles nécessite que l’on soit en présence d’un certain nombre de données statistiques
reflétant le passé, et d’un certain nombre de variables retenues de préférence en fonction des
caractéristiques de l’espace économique sur lequel on s’intéresse. Dans cette sous-section, nous
présentons d’une part la procédure d’estimation de nos différents modèles et d’autre part la
nature et la source des données utilisées.

.3.2.1 Procédure d’estimation

Dans la poursuite des différents objectifs formulés à l’entame de ce chapitre, nous


adoptons une démarche économétrique rigoureuse. Pour cela, notre procédure d’estimation est
basée sur une approche en trois étapes : La première étape consiste à vérifier les propriétés
statistiques des différentes séries utilisées à l’aide des tests de racine unitaire et de
cointégration ; La deuxième étape consiste à déterminer le nombre de retard optimal à estimer
le modèle ; Enfin, dans la troisième étape, nous réalisons quelques tests de diagnostic.

.[Link] Tests de stationnarité et de cointégration

Avant de passer aux estimations empiriques, nous avons préalablement procédé à


l’analyse des propriétés statistiques des différentes séries de données utilisées. Pour cela, nous
avons dans un premier temps analysé graphiquement l’évolution des différentes séries utilisées
et procédé à l’étude de leur stationnarité. Dans un second temps, une analyse de la relation de
long terme entre les différentes variables a été effectuée, au travers des tests de cointégration.
L’étude de la stationnarité s’est faite à l’aide des tests de racine unitaire de Dickey-Fuller
Augmenté (ADF), de Phillips-Perron (PP) et de Kwiatkowski, Phillips, Schmidt et Shin (KPSS)
et l’analyse de la cointégration via le test de Johansen (1988). Le choix de plusieurs tests de
stationnarité résulte du fait que chacun de ces tests comporte des biais, ce qui fait penser que la
détermination de l’ordre d’intégration des variables ne saurait être rigoureuse à partir d’un seul
test (Keho, 2008).

71
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Le test de racine unitaire de Dickey-Fuller Augmenté (ADF) est le test de racine unitaire
le plus utilisé dans la littérature. C’est un test qui prend en compte la présence d’autocorrélation
dans les séries étudiées. L’hypothèse nulle du test est la présence d’une racine unitaire (série
non stationnaire). Sa réalisation sur une série Y est basée sur l’estimation de l’équation suivante
prise sous sa forme la plus générale :
p 1
Yt    t   *Yt 1   i*Yt i  t (6)
i 1

On teste l’hypothèse nulle H0 :  * -1=0, contre l’hypothèse alternative H1 : * 0. Si


l’hypothèse nulle n’est pas rejetée, alors on peut conclure que la série comporte une racine
unitaire et dans ce cas il faudra la différenciée pour la rendre stationnaire. Pour tester cette
hypothèse, on calcule la statistique de Dickey-Fuller à savoir : ˆ* / ˆ * . Dans le cas contraire, la

conclusion est que la série est stationnaire à niveau.

En ce qui concerne le test de Phillips-Perron (PP), il est construit sur une correction non
paramétrique des statistiques de Dickey-Fuller. En plus de la prise en compte des problèmes
d’autocorrélation, il tient également compte de l’hétéroscédasticité, ce qui n’est pas le cas du
test ADF. Tout comme chez Dickey Fuller, l’hypothèse nulle repose sur la présence d’une série
racine unitaire dans la série étudiée (H0 : ρ = 0). Le modèle de base servant à la réalisation de
ce test est le suivant :

Yt  Yt1   t t (7)

Le test KPSS quant à lui repose sur la décomposition de la série étudiée en une partie
déterministe, une marche aléatoire et un bruit blanc. Formellement, cela peut se présenter
comme suit :

Yt  t  rt t
(8)

Avec, t stationnaire et rt  rt1  ut , ut  N(0,u2 )


Contrairement aux deux premiers tests, l’hypothèse nulle de ce test est celle de la

stationnarité de la série étudiée soit : H0 :  u2 =0.

En ce qui concerne le test de cointégration de Johansen (1988), il constitue avec le test


d’Engle et Granger (1987) les tests permettant de détecter une éventuelle relation de long terme
entre les variables. Il n’est approprié que si les tests de racine unitaire font état d’une non

72
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

stationnarité des variables. L’analyse de la cointégration au sens de Johansen consiste ainsi à


étudier l’indépendance entre deux variables sans faire d’hypothèse à priori sur les valeurs des
coefficients qui les relient. Dans un modèle à correction d’erreurs, cette relation est la suivante :

Yt i  AYt 1   i 1  i  Yt  i   i
p
(9)

Avec : Yt le vecteur des variables dont on veut connaître la dynamique, i un nombre

matriciel et A une matrice dont la dimension correspond à celle de Yt et dont le rang détermine
le nombre de relations de cointégration.  représente l’opérateur de différence première.

.[Link] Sélection du nombre de retards optimal

La sélection du nombre de retards est une étape très importante lors de l’estimation des
modèles VAR structurels, étant donné qu’il affecte aussi bien les coefficients estimés que les
fonctions de réponse impulsionnelles. Afin d’obtenir le nombre de retards optimal dans le cadre
de cette étude, nous utilisons les critères d’information d’Akaike (AIC) et de Schwarz (SIC)
auxquels nous associons d’autres critères proposés par le logiciel en même temps qu’eux (FPE :
: Final Prediction Error ; et HQ : Hannan-Quinn information criterion). L’utilisation d’un
nombre de retards optimal dans le modèle permet ainsi d’éliminer les potentiels problèmes
d’autocorrélation. Ces critères reposent sur les statistiques suivantes :

AIC  N log   2P (10)

SIC  N log   P log( N ) (11)

Où N représente le nombre total d’observations ;  le déterminant de la matrice des

variances-covariances des résidus ; et P le nombre total de paramètres estimés dans toutes les
équations du VAR. Sur cette base, le retard optimal pour un critère donné est celui qui le
minimise.

.[Link] Tests de diagnostic

Afin de vérifier l’adéquation du modèle estimé, il est nécessaire de faire des tests post-
estimation. Dans le cadre des modèles SVAR, trois principaux tests sont couramment effectués
dans la littérature pour cela. Il s’agit du test du multiplicateur Lagrange (LM) pour
l’autocorrélation, du test de stabilité du modèle et du test de normalité des résidus.

73
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Dans le cadre de cette étude, le test LM qui est effectué est celui de Johansen (1995).
Sous son hypothèse nulle, ce test suppose qu’il y’a absence d’autocorrélation entre les
différentes séries. La statistique du test suit asymptotiquement une loi de Chi-Deux à k degrés
de liberté, où k représente le nombre d'équations présentes dans le VAR en Système.

Quant au test de stabilité du modèle, il consiste à vérifier si les fonctions de réponse


impulsionnelles convergent après un choc. Le test appliqué retenu ici consiste à analyser
l’inverse des racines du polynôme caractéristique des retards. Sur cette base, le modèle VAR
estimé est considéré comme stable si toutes les racines du polynôme caractéristique des retards
sont en module inversement inférieures à l’unité (Luthkepol, 2005 ; Hamilton, 1994), en
d’autres termes si elles sont toutes situées à l'intérieur du cercle unitaire.

En ce qui concerne le test de normalité des résidus, Luthkepol (2005) suggère


l’extension multivariée du test de Jarque-Berra sur la valeur résiduelle estimée, ce qui permet
de tester les propriétés d'asymétrie et du kurtosis des erreurs par rapport à celles d'une
distribution normale multivariée de dimension appropriée sous l’hypothèse nulle de distribution
normale.

.3.2.2 Nature et source de données

Dans le cadre de ce chapitre, nous utilisons des données trimestrielles couvrant la


période 1987-2016 pour les différents pays de la CEMAC. Ces données trimestrielles sont
obtenues après transformation des données annuelles provenant toutes de la Banque des Etats
de l’Afrique Centrale (BEAC). Cette transformation est effectuée suivant la méthode de Chow
et Lin (1971)23 qui est l’une technique de trimestrialisation couramment utilisée par de
nombreux chercheurs et institutions internationales. L’utilisation des données trimestrielles
réside dans les mécanismes de mise en œuvre des politiques budgétaires discrétionnaires. En
effet, les mesures budgétaires discrétionnaires se résument aux interventions ponctuelles du
gouvernement, ce qui implique que le gouvernement peut infléchir la loi des finances pendant
l’exercice budgétaire, d’où la nécessité d’utiliser des données intra-annuelles.

23
Dans la littérature, on distingue plusieurs méthodes de trimestrialisation des données annuelles allant des
méthodes de lissage purement mathématiques (Denton, 1971) aux méthodes plus avancées prenant en compte
l’information conjoncturelle dans la variable à trimestrialiser (Chow et Lin,1971 ; Ginsburgh, 1973 ; Fernández,
1981 ; Litterman, 1983). Toutefois, la plupart de travaux comparant ces différentes méthodes parviennent à la
conclusion que celle de Chow et Lin (1971) est la plus robuste. Parmi eux, figurent entre autres ceux d’Abeysinghe
et Rajaguru (2004) et Cayemite (2009). 74
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Ces données portent aussi bien sur les variables utilisées dans notre modèle de base
(dépenses publiques totales, recettes fiscales, PIB réel, indice des prix à la consommation) que
celles utilisées dans nos modèles alternatifs (dépenses publiques d’investissement, dépenses
publiques de consommation, investissement privé et consommation privée). Toutes ces
variables ont été d’abord transformées en termes réels à l’aide de l’indice des prix à la
consommation avec comme année de référence l’année 2010, et par la suite en logarithme. Au
regard des résultats des différents tests de stationnarité (cf. annexes) énumérés plus haut (séries
intégrées d’ordre un), toutes les séries utilisées ont été différenciées pour les rendre stationnaires
afin d’éviter le risque de régressions fallacieuses. En d’autres termes, nous estimons
initialement un modèle VAR en différence avant de procéder aux différentes restrictions.

.4 Résultats et interprétations

Nous nous proposons dans cette section d’analyser empiriquement les effets des chocs
structurels de politique budgétaire sur l’activité économique dans les différents pays de la
CEMAC. Cette analyse débouchera d’une part sur le calcul des multiplicateurs budgétaires et
d’autre part l’évaluation des différents canaux de transmission de la politique budgétaire dans
cette union monétaire.

.4.1 Les effets d’un choc structurel de dépenses publiques et de recettes fiscales
sur la production dans la CEMAC

Dans cette sous-section, nous présentons les effets des chocs structurels des dépenses
publiques et des recettes fiscales sur la dynamique de la production réelle dans la CEMAC.
Pour cela, nous nous appesantissons dans un premier temps sur les effets des chocs structurels
des dépenses publiques globales et des recettes fiscales, et dans un second temps sur les effets
des chocs structurels des dépenses publiques désagrégées (dépenses publiques de
consommation et d’investissement).

.4.1.1 Effets d’un choc structurel de dépenses publiques globales et de recettes fiscales
sur la production

Le graphique 2-1 ci-dessous présente les fonctions de réponse impulsionnelles de la


production à un choc structurel de dépenses publiques globales et de recettes fiscales issus de
l’estimation de notre modèle de base. Comme on peut le voir sur ce graphique, à la suite d’un

75
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

choc structurel sur les dépenses publiques globales, la réponse cumulée de la production est
positive dans tous les pays de la zone, traduisant ainsi de manière globale un effet keynésien
des chocs de politique budgétaire sur la croissance économique dans la CEMAC.

Au Cameroun, au Congo, en Guinée Equatoriale, en République Centrafricaine et au


Tchad, un choc structurel sur les dépenses publiques globales se traduit par une augmentation
progressive du PIB quasiment du premier au vingtième trimestre bien que de faible ampleur.
Au Gabon en revanche, la réponse cumulée du PIB à un choc structurel de dépenses publiques
globales semble plus ou moins instable, car la variation du PIB à la suite du choc va connaitre
un pic dès le quatrième trimestre (effet positif à très court terme) avant de se dissiper
progressivement pour atteindre une valeur négative dès le huitième trimestre (effet négatif à
court terme). Toutefois, l’effet négatif observé est très courte durée (deux trimestres) car à partir
du dixième trimestre, une réponse positive de la production sera de nouveau observée (effet
positif à moyen terme). Sur le plan théorique, cela s’explique par les anticipations que font les
agents économiques une fois la relance budgétaire discrétionnaire constatée par ces derniers.

Graphique 2-1 : Réponse de la production à un choc structurel24 de dépenses publiques


globales (shock1) dans la CEMAC

Accumulated Response of PIB to Shock1


Accumulated Response of PIB to Shock1 Accumulated Response of PIB to Shock1 using Structural VAR Factors (Gabon)
using Structural VAR Factors (Cameroun) using Structural VAR Factors (Congo)
.04
.035 .12
.03
.030 .10

.025 .02
.08
.020 .01
.06
.015
.00
.04
.010
.02
-.01
.005

.00 -.02
.000

-.005 -.02 -.03


2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Accumulated Response of PIB to Shock1 Accumulated Response of PIBR to Shock1 Accumulated Response of PIB to Shock1
using Structural VAR Factors (Guinée E) using Structural VAR Factors (RCA) using Structural VAR Factors (Tchad)
.20 .10 .14

.16 .12
.08
.12 .10

.08 .08
.06

.04 .06

.04
.00 .04

-.04 .02
.02
-.08 .00

-.12 .00 -.02


2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel Eviews 10

24
Les différents chocs structurels présentés tout au long de ce chapitre sont de l’ordre d’un écart type de la variable
impulsée tel que configuré dans le logiciel Eviews 10.

76
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

En ce qui concerne les recettes fiscales, on constate que les effets d’un choc structurel
de ces dernières sur la production dans la CEMAC ne sont pas unanimes pour tous les pays.
Pendant que des effets positifs (non keynésiens) sont observés pour le Cameroun et le Congo,
on observe plutôt un effet négatif (keynésien) pour les autres pays. Ce constat soulève une fois
de plus le problème de l’hétérogénéité des différentes économies de la zone CEMAC.
Toutefois, les effets non keynésiens ainsi obtenus pour le Cameroun et le Congo transiteraient
par les dépenses publiques.

En effet, lorsque nous analysons les fonctions de réponses impulsionnelles des dépenses
publiques aux recettes fiscales dans ces deux pays (cf. annexes 2-7), nous constatons que les
dépenses publiques réagissent positivement et significativement aux chocs structurels de
recettes fiscales. Ainsi donc, la hausse des recettes fiscales dans ces pays entraîne une hausse
des dépenses publiques, qui à son tour par le mécanisme du multiplicateur stimule le niveau
d’activité économique, l’effet expansionniste des dépenses publiques l’emportant sur l’effet
négatif de la hausse des recettes fiscales.

Graphique 2-2 : Réponse de la production à un choc structurel de recettes fiscales


(shock4) dans la CEMAC
Accumulated Response of PIB to Shock4 Accumulated Response of PIB to Shock4 Accumulated Response of PIB to Shock4
using Structural VAR Factors (Cameroun) using Structural VAR Factors (Congo) using Structural VAR Factors (Gabon)
.024 .08 .03

.020 .06 .02

.016
.04 .01
.012
.02 .00
.008
.00 -.01
.004
-.02 -.02
.000

-.004 -.04 -.03

-.008 -.06 -.04


2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Accumulated Response of PIB to Shock4


Accumulated Response of PIB to Shock4 using Structural VAR Factors (Tchad)
using Structural VAR Factors (Guinée E) Accumulated Response of PIB to Shock4
using Structural VAR Factors (RCA) .04
.04
.01
.02
.00 .00
.00
-.01
-.04 -.02
-.02

-.03 -.04
-.08
-.04
-.06
-.12 -.05
-.08
-.06
-.16
-.10
-.07

-.20 -.08 -.12


2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel Eviews 10

77
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Toutefois, les fonctions de réponse impulsionnelles telles que présentées ci-dessus ne


permettent pas de comparer aisément l’efficacité des politiques budgétaires entre les différents
pays. Pour pouvoir le faire, il est nécessaire de calculer les multiplicateurs budgétaires. Ces
derniers sont obtenus à partir d’une normalisation des fonctions de réponse impulsionnelles en
considérant un choc d'un point de pourcentage des instruments budgétaires (dépenses publiques
et recettes fiscales). Plus précisément, le multiplicateur cumulatif pour une variable budgétaire
au trimestre T est obtenu en divisant la réponse cumulée du PIB à un choc budgétaire pendant
ce trimestre par la réponse cumulée de la variable budgétaire à son propre choc pour le même
trimestre T (Perotti, 2002 ; Afonso et Sousa, 2009).

Dans le tableau 2-4 ci-dessous, nous présentons les multiplicateurs des dépenses
publiques globales et des recettes fiscales dans la CEMAC, en d’autres termes la variation en
pourcentage de la production suite respectivement à une augmentation non anticipée des
dépenses publiques globales et des recettes fiscales de 1%.

Tableau 2-4- Les multiplicateurs des dépenses publiques globales (g) et des recettes
fiscales (rf) dans la CEMAC

Multiplicateur Multiplicateur cumulatif au trimestre T


Pays d’impact
4e T 12e T 20e T

g rf g rf g rf g rf

Cameroun 0,239 0 0,179 0,025 0,243 0,269 0,263 0,292

Congo 0,734 0 0,625 0,104 0,477 0,158 0,442 0,135

Gabon 0,104 0 0,137 0,007 0,067 -0,163 0,0631 -0,113

Guinée E. 0,313 0 0,248 -0,264 0,310 -1,351 0,342 -2,644

RCA 0,196 0 0,243 -1,128 0,423 0,611 0,448 0,584

Tchad 0,145 0 0,208 -0,104 0,445 -0,640 0,530 -1,147

Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel Eviews 10

Comme l’indique ce tableau, les relances budgétaires discrétionnaires par les dépenses
publiques semblent globalement conformes à la théorie keynésienne dans la CEMAC25, et

25
Dans son étude intitulée « Economic Reactions to Public Finance Consolidation : A Survey of the Literature »,
Briotti (2005) définit quatre grandes classes de multiplicateurs budgétaires suivant leur taille : les « multiplicateurs
keynésiens traditionnels », lorsque leur taille est supérieure à l’unité ; « les multiplicateurs non keynésiens », 78
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

laissent transparaître une forte hétérogénéité. Une augmentation non anticipée des dépenses
publiques de 1% se traduit au bout de 12 trimestres par une augmentation de la production de
0,243% au Cameroun, 0,47% au Congo, 0,067% au Gabon, 0,310% en Guinée Equatoriale,
0,423% en République Centrafricaine, et 0,445% au Tchad. En ce qui concerne les recettes
fiscales, on constate tout d’abord que le multiplicateur d’impact est nul pour tous les pays, ce
qui relève de l’une des hypothèses formulées sur les restrictions faites à notre modèle de base
spécifié plus haut qui suppose que la production ne réagit pas instantanément un choc sur les
recettes fiscales. Si l’on se réfère également au 12e trimestre, on constate qu’une augmentation
non anticipée des impôts de 1% se traduit par une augmentation du PIB de 0,269% au
Cameroun, de 0,158% au Gabon et de 0,611% en RCA. En revanche, cela se traduit par une
diminution du PIB de 0,163% au Gabon, 0,640% au Tchad et de 1,35% en Guinée Equatoriale.

Cette forte hétérogénéité autour de la taille des multiplicateurs budgétaires dans la


CEMAC peut s’expliquer entre autres par les divergences autour la structure productive et
exportatrice de chaque économie (cf. tableau 1-1) et par une forte hétérogénéité au niveau de
certains déterminants majeurs de la taille des multiplicateurs budgétaires à savoir le degré
d’ouverture commercial (Cf graphique1-1), le niveau d’endettement public (Cf. annexes 1-4),
et l’efficacité du secteur public (Batini et al, 2014). En ce qui concerne le niveau d’entendement
public par exemple, en 2016, le Congo apparaît comme le pays de la CEMAC ayant le niveau
de dette publique le plus élevé proportionnellement à son PIB (119,9%), suivi respectivement
de la RCA (56,4%), du Gabon (50,6%), de la Guinée Equatoriale (36,8%), du Tchad (36,5%),
et du Cameroun (30%)26 . Or, un niveau d’endettement public élevé tend à réduire la taille des
multiplicateurs budgétaires (Kirchner et al., 2010 ; Ilzetzki et al., 2013 ; Deskar et Simovic,
2015).

.4.1.2 Réponse de la production à un choc structurel sur les dépenses publiques de


consommation et les dépenses publiques d’investissement

Comme mentionné dès l’entame de ce chapitre, à la veille de de la crise économique et


financière de 2007-2008, de nombreux pays à travers le monde ont eu recours à l’instrument
budgétaire et principalement les dépenses publiques. En vue d’appréhender laquelle des

lorsque leur taille est inférieure à zéro ; les « multiplicateurs faiblement keynésiens » lorsque leur taille est
comprise entre 0 et 1 ; et les « multiplicateurs ricardiens », lorsque leur taille est égale à zéro.
26
Ces chiffres proviennent du rapport intérimaire de surveillance multilatérale 2017 et perspectives pour 2018
de la CEMAC publié en mars 2018.
79
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

différentes catégories de ces dépenses publiques serait la plus efficace en matière de


stabilisation macroéconomique dans les différents pays de la CEMAC, nous nous penchons
cette fois-ci sur l’analyse des effets des chocs structurels des deux principales catégories de
dépenses publiques que sont les dépenses publiques de consommation (depcou) et les dépenses
publiques d’investissement (depinv). Pour cela notre modèle de base est modifié pour tenir
compte de ces spécificités. Notre vecteur de variables endogènes devient

Xt  (depcour, depinv, y,) . Tout comme précédemment, une fois le modèle estimé, nous
analysons dans un premier temps les fonctions des réponses impulsionnelles et en déduisons
les multiplicateurs budgétaires dans un second temps.

A partir de l’analyse des fonctions de réponse impulsionnelles illustrées par le graphique


2-3 ci-contre, on constate que les chocs de dépenses publiques d’investissement ont des effets
positifs sur la production dans la quasi-totalité des pays de la CEMAC (excepté au Gabon où
des effets négatifs sont observés du 4e au 12e trimestre) bien que de très faible ampleur. En
revanche, en ce qui concerne les chocs de dépenses publiques de consommation, on constate
que leurs effets sur la production restent mitigés. Ils ont été soit positifs sur toute la période
pour certains pays (Cameroun, Guinée Equatoriale, RCA et Tchad) soit positifs à très court
terme et négatifs à court et à moyen termes pour d’autres (au Congo et au Gabon).

80
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Graphique 2-3 : Réponse de la production à un choc structurel de dépenses


publiques courantes (shock2) et de dépenses publiques d’investissement
(Shock3)
Accumulated Response of PIB to Shock2 Accumulated Response of PIB to Shock3 Accumulated Response of PIB to Shock2 Accumulated Response of PIB to Shock3
using Structural VAR Factors (Cameroun) using Structural VAR Factors (Cameroun) using Structural VAR Factors (Congo) using Structural VAR Factors (Congo)

.08 .08
.03 .03
.06 .06
.02 .02
.04 .04
.01 .01
.02 .02

.00 .00
.00 .00

-.01 -.01
-.02 -.02

-.02 -.02 -.04 -.04

-.03 -.03 -.06 -.06

2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Accumulated Response of PIB to Shock3 Accumulated Response of PIB to Shock2 Accumulated Response of PIB to Shock3
Accumulated Response of PIB to Shock2 using Structural VAR Factors (Gabon) using Structural VAR Factors (Guinée E) using Structural VAR Factors (Guinée E)
using Structural VAR Factors (Gabon)
.04 .16 .16
.04
.03
.03 .12 .12

.02
.02
.08 .08
.01
.01
.04 .04
.00
.00

-.01 .00 .00


-.01

-.02 -.02
-.04 -.04

-.03 -.03
-.08 -.08
2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Accumulated Response of PIB to Shock2 Accumulated Response of PIB to Shock3


Accumulated Response of PIB to Shock3 using Structural VAR Factors (Tchad) using Structural VAR Factors (Tchad)
Accumulated Response of PIB to Shock2 using Structural VAR Factors (RCA)
using Structural VAR Factors (RCA)
.08 .08 .08 .08

.06 .06
.06 .06

.04 .04
.04 .04
.02 .02

.02 .02
.00 .00

.00 .00 -.02 -.02

2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel Eviews 10

Les multiplicateurs des dépenses publiques de consommation et des dépenses publiques


d’investissement qui en découlent sont résumés dans le tableau 2-5 suivant :

81
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Tableau 2- 5- Les multiplicateurs des dépenses publiques courantes (depcou) et des


dépenses publiques d’investissement (depinv) dans la CEMAC

Multiplicateur Multiplicateur cumulatif au trimestre T


Pays d’impact
4e T 12e T 20e T

depcou depinv depcou depinv depcou depinv depcou depinv

Cameroun 0,110 0,035 0,062 0,039 0,283 0,071 0,354 0,091

Congo 0,403 0,151 0,345 0,165 -0,0418 0,133 -0,078 0,143

Gabon 0,171 0,022 0,106 0,021 -0,104 -0,013 -0,145 0,035

Guinée E. 0,096 0,211 0,126 0,178 0,350 0,162 0,565 0,153

RCA 0,221 0,063 0,299 0,064 0,411 0,0612 0,441 0,059

Tchad 0,034 0,059 0,073 0,125 0,133 0,234 0,150 0,264

Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel Eviews 10

À partir de ce tableau, on peut clairement observer que pendant les quatre premiers
trimestres, les multiplicateurs de dépenses publiques de consommation sont supérieurs aux
multiplicateurs des dépenses publiques d’investissement au Cameroun, au Congo au Gabon, et
en République Centrafricaine, contrairement à la Guinée Equatoriale et au Tchad. Ces résultats
pour les premiers pays et qui par ailleurs sont contraires aux prédictions keynésiennes,
traduisent ainsi une gestion non efficiente des dépenses publiques d’investissement dans ces
pays, telle que relevée par Batini et al (2014) pour les pays en développement. Dans le cas des
pays de la CEMAC, cela se traduit entre autres par la sous consommation des budgets
d’investissement public, et une mauvaise orientation et un mauvais suivi de ces investissements
tels que révélés à de nombreuses reprises par les bailleurs de fonds internationaux.

Aussi, la supériorité des multiplicateurs de dépenses publiques de consommation par


rapport aux dépenses publiques d’investissement peut s’expliquer par la structure du tissu
productif hors-pétrole des pays de la CEMAC qui est largement dominé par le secteur tertiaire
comparativement aux autres secteurs (Bikai et al, 2017). Ainsi, une augmentation des dépenses
publiques de consommation aurait tendance à stimuler davantage l’économie qu’une
augmentation des dépenses publiques d’investissement dont les principaux bénéficiaires sont
des entreprises étrangères important pour la plupart du temps leur technologie.

82
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

A court et à moyen termes, la même tendance est maintenue pour tous les pays à part au
Congo et Gabon, où non seulement les multiplicateurs des dépenses publiques de
consommation deviennent inférieurs aux multiplicateurs des dépenses publiques
d’investissement, mais aussi négatifs. Ce résultat traduit ainsi l’inefficacité des dépenses
publiques de consommation encore qualifiées de « dépenses non productives » par les
théoriciens de la croissance endogène à moyen terme dans ces deux pays, et matérialise une
fois de plus l’hétérogénéité des différentes économies de la CEMAC qui pourtant forment une
même union monétaire.

En prenant par exemple comme période de référence le 12e trimestre, les différents
multiplicateurs budgétaires ainsi calculés peuvent être résumés dans le graphique 2-4 ci-
dessous :

Graphique 2-4 : Ampleur des multiplicateurs budgétaires dans les différents pays de la
CEMAC

0,8
0,6
0,4
0,2
0
-0,2 Cameroun Congo Gabon Guinée E RCA Tchad
-0,4
-0,6
-0,8
-1
-1,2
-1,4

g depcou depinv rf

Source : Calculs de l’auteur

L’analyse comparative des multiplicateurs budgétaires ainsi résumés révèle une très
forte divergence autour de leur taille au sein de la zone CEMAC. L’analyse empirique montre
en ce qui concerne les dépenses publiques globales que le Congo présente le plus grand
multiplicateur (0,477) suivi respectivement du Tchad (0,445), de la République Centrafricaine
(0,423), de la Guinée Equatoriale (0,31), du Cameroun (0,243) et du Gabon (0,067). Lorsque
les dépenses publiques sont désagrégées, elle révèle que les effets positifs des chocs de dépenses
publiques globales observés au Cameroun, en Guinée Equatoriale, en République

83
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Centrafricaine et au Tchad relèvent à la fois des dépenses publiques de consommation et des


dépenses publiques d’investissement, la première catégorie de dépenses ayant des effets plus
importants que la seconde dans les trois premiers pays, et un effet moins important dans le
dernier pays.

En ce qui concerne le Congo et le Gabon, pendant que le premier présente un


multiplicateur de dépenses publiques de consommation négatif et un multiplicateur des
dépenses publiques d’investissement positif, le second fait état d’un multiplicateur négatif pour
ces deux catégories de dépenses publiques. Sur cette base, on peut conclure qu’au Congo, les
dépenses publiques de consommation tendent à amoindrir l’efficacité des dépenses publiques
globales mais que toutefois, l’effet positif des chocs de dépenses publiques d’investissement
l’emporte sur l’effet négatif qu’elles engendrent. Au Gabon en revanche, la valeur négative du
multiplicateur des dépenses publiques globales résulterait à la fois des dépenses publiques de
consommation et des dépenses publiques d’investissement car, les multiplicateurs à elles
associés sont tous deux négatifs.

Pour ce qui est des recettes fiscales, on constate que les multiplicateurs à elles associés
sont positifs pour une moitié des pays de la zone et négatifs pour l’autre moitié. Parmi les pays
appartenant à la première moitié, la République Centrafricaine arrive en tête comme étant celui
ayant le multiplicateur le plus élevé (0,611). Elle est suivie respectivement du Cameroun
(0,269) et du Congo (0,158). Pour ceux appartenant à l’autre moitié, la Guinée Equatoriale fait
figure du pays ayant le multiplicateur le plus élevé en valeur absolue (-1,351). Il est suivi par le
Gabon et le Tchad, dont les multiplicateurs se situent respectivement à -0,163 et -0,64. Ce
résultat peut s’expliquer par la structure du tissu productif de ces différents pays dont les recettes
pour la plupart proviennent en majorité de l’exportation des matières premières et notamment
du pétrole.

Par ailleurs, lorsqu’on s’intéresse uniquement aux multiplicateurs d’impact (cf. tableau
2-6 ci-contre), on se rend compte de façon globale que dans la CEMAC, l’impact de la politique
budgétaire sur la croissance économique est plus important au Congo (avec un multiplicateur
de 0,734), suivi respectivement de la Guinée Equatoriale (avec un multiplicateur de 0,313), du
Cameroun (avec un multiplicateur de 0,239), de la RCA (avec un multiplicateur de 0,196), du
Tchad (avec un multiplicateur de 0,145) et du Gabon (avec un multiplicateur de 0,104). Ces
multiplicateurs sont proches de ceux trouvés par Grdovic Gnip (2014) pour la Crotie (0,33), par
Mancellari (2011) pour l’Albanie (0,36), et par Diop et Diaw (2015) pour le Sénégal (0,58) et

84
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

pour le Burkina Faso (0,80). En ce qui concerne les dépenses publiques désagrégées, tout
comme pour les dépenses publiques globales, le Congo a le multiplicateur de dépenses
publiques de consommation le plus élevé (0,403) suivi cette fois ci de la RCA (0,221) du Gabon
(0,171) du Cameroun (0,110) de la Guinée Equatoriale (0,096) et du Tchad (0,034). Toutefois,
cette tendance est quelque peu renversée lorsqu’il s’agit des dépenses publiques
d’investissement. En effet, les investissements publics paraissent avoir l’impact le plus
important sur la croissance économique en Guinée Equatoriale, suivi respectivement du Congo,
de la RCA, du Tchad, du Cameroun et du Gabon.

Tableau 2- 6- Les multiplicateurs d’impact des différentes catégories de dépenses


publiques la CEMAC

Pays Dépenses publiques Dépenses publiques de Dépenses publiques


globales consommation d’investissement

Cameroun 0,239 0,110 0,035

Congo 0,734 0,403 0,151

Gabon 0,104 0,171 0,022

Guinée E. 0,313 0,096 0,211

RCA 0,196 0,221 0,063

Tchad 0,145 0,034 0,059

Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel Eviews 10

.4.2 Les effets des chocs de politique budgétaires sur les composantes de la
demande globale dans la CEMAC

Dans cette sous-section, nous nous intéressons d’une part aux effets des chocs
structurels de politique budgétaire sur la consommation privée et d’autre part à leurs effets sur
l’investissement privé.

.4.2.1 Les effets de chocs structurels de dépenses publiques et de recettes fiscales sur
la consommation privée dans la CEMAC

En vue de mieux appréhender les effets des chocs dynamiques de politique budgétaire
sur la consommation privée dans les différents pays de la CEMAC, nous analysons dans un
premier temps la réponse de cette dernière à un choc structurel sur les dépenses publiques

85
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

globales et les recettes fiscales, et dans un second temps l’incidence des dépenses publiques
désagrégées (dépenses de consommation et d’investissement) sur l’effet observé des dépenses
publiques globales.

.[Link] Réponse de la consommation privée à un choc structurel sur les dépenses publiques
globales et les recettes fiscales

Afin d’analyser la réponse de la consommation privée à un choc structurel sur les


dépenses publiques globales, dans notre modèle de base, nous remplaçons la production y dans

notre vecteur X par la consommation privée (conspriv), soit Xt  (g, conspriv, rf ,) . Le
graphique 2-5 ci-dessous illustre les fonctions de réponses impulsionnelles cumulées de la
consommation privée à la suite d’un choc structurel sur les dépenses publiques globales
(shock1) et les recettes fiscales (shock2) dans les différents pays de la CEMAC.

Graphique 2-5 : Réponse de la consommation privée à un choc structurel de dépenses


publiques globales (Shock1) et de recettes fiscales (shock4)
Accumulated Response of CONSPRIV to Shock1 Accumulated Response of CONSPRIV to Shock4
Accumulated Response of CONSPRIV to Shock1 Accumulated Response of CONSPRIV to Shock4 using Structural VAR Factors (Congo) using Structural VAR Factors (Congo)
using Structural VAR Factors (Cameroun) using Structural VAR Factors (Cameroun)
.16 .12
.028 .016

.024 .012 .12 .08

.020 .008
.08 .04
.016
.004
.012 .04 .00
.000
.008
-.004 .00 -.04
.004
-.008
.000
-.04 -.08
-.004 -.012

-.008 -.016 -.08 -.12


2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Accumulated Response of CONSPRIV to Shock4 Accumulated Response of CONSPRIV to Shock1 Accumulated Response of CONSPRIV to Shock4
Accumulated Response of CONSPRIV to Shock1 using Structural VAR Factors (Gabon) using Structural VAR Factors (Guinée E) using Structural VAR Factors (Guinée E)
using Structural VAR Factors (Gabon) .02 .3 .2
.04

.01 .2
.03 .1

.02 .00 .1
.0
.01
-.01 .0

.00 -.1
-.02 -.1
-.01
-.2
-.03 -.2
-.02

-.03 -.04 -.3 -.3


2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Accumulated Response of CONSPRIV to Shock1


using Structural VAR Factors (RCA) Accumulated Response of CONSPRIV to Shock4 Accumulated Response of CONSPRIV to Shock1 Accumulated Response of CONSPRIV to Shock4
using Structural VAR Factors (RCA) using Structural VAR Factors (Tchad) using Structural VAR Factors (Tchad)
.10
.04 .05 .04

.08 .04
.03
.02 .03
.06 .02
.02
.00
.01 .01
.04
.00 .00
-.02
.02
-.01
-.01
-.04 -.02
.00
-.02
-.03

-.02 -.06 -.04 -.03


2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel Eviews 10

86
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Comme l’indiquent ces fonctions de réponse impulsionnelles, un choc positif sur les
dépenses publiques globales a des effets variés sur la consommation privée dans la CEMAC.
Ces effets sont positifs à court et à moyen termes pour certains pays (Cameroun, Congo et
République Centrafricaine) et négatifs à court terme (mais positifs à moyen terme) pour d’autres
pays (Gabon, Guinée Equatoriale et Tchad). Ainsi donc, les dépenses publiques auraient des
effets keynésiens sur la consommation privée au Cameroun, au Congo et en République
Centrafricaine, des effets non keynésiens à court terme au Gabon, en Guinée Equatoriale et au
Tchad. Théoriquement, ces deniers effets sont expliqués par le comportement ricardien de
certains agents économiques, qui au lieu de consommer, optent plutôt pour l’épargne en vue de
rembourser le fardeau de la dette future.

En ce qui concerne les recettes fiscales, on observe qu’un choc positif sur ces dernières
se traduit à court terme dans cinq des six pays de la CEMAC (excepté au Tchad) par une
diminution de la consommation privée conformément aux prédictions keynésiennes, et à moyen
terme par une augmentation de la consommation privée dans certains pays (Cameroun et
Tchad). Cette augmentation de la consommation privée à moyen terme résulterait d’un
réajustement des anticipations des agents économiques par rapport aux impôts futurs à payer
telle que le relève la théorie des anticipations rationnelles.

Les valeurs des multiplicateurs qui découlent de ces différentes fonctions de réponses
impulsionnelles sont résumées dans le tableau 2-7 ci-dessous :

Tableau 2-7 - Réponse cumulative de la consommation privée aux chocs structurels de


dépenses publiques globales (g) et des recettes fiscales (rf)

Multiplicateur Multiplicateur cumulatif au trimestre T


Pays d’impact
4e T 12e T 20e T

g rf g rf g rf g rf

Cameroun 0,161 0 0,201 -0,005 0,174 0,087 0,368 0,565

Congo 0,608 0 0,601 -0,039 0,345 -0,221 0,436 -0,248


Gabon -0,148 0 -0,147 -0,164 0,032 -0,325 0,0179 -0,349

Guinée E. -0,872 0 -0,830 -1,537 -0,087 -1,175 0,132 -0,695

RCA 0,220 0 0,238 -0,133 0,269 -0,219 0,279 -0,192


Tchad -0,069 0 -0,042 0,031 0,011 0,077 0,027 0,071

Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel Eviews 10

87
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

A partir de ce tableau, on peut remarquer par exemple qu’une augmentation non


anticipée des dépenses publiques de 1% se traduit dès le quatrième trimestre par une
augmentation de la consommation privée de 0,201% au Cameroun, de 0 ,601% au Congo, de
0,238% en République Centrafricaine, et une diminution de cette dernière de 0 ,147% au
Gabon, de 0,830% en Guinée Equatoriale, et de 0,042% au Tchad. Sur la même période, un
choc positif de 1% sur les recettes fiscales se traduit par une baisse de la consommation privée
de 0,005%, 0,039%, 0,164%, 1,537%, 0,133% respectivement pour le Cameroun, le Congo, le
Gabon, la Guinée Equatoriale et la République Centrafricaine, et une augmentation de cette
dernière de 0,031% pour le Tchad.

.[Link] Réponse de la consommation privée à un choc structurel sur les dépenses publiques
courantes et les dépenses publiques d’investissement

Lorsque les dépenses publiques sont désagrégées en dépenses publiques courantes et en


dépenses publiques d’investissement tout comme précédemment, le vecteur X initialement
utilisé dans le modèle de base subit une petite modification. Cette fois-ci,

Xt  (depcour, depinv, consopriv,) . A partir des différents résultats obtenus, quelques


remarques peuvent être faites : Pour le Cameroun, on constate que l’effet positif des chocs de
dépenses publiques globales sur la consommation privée précédemment observé émane à la
fois des dépenses publiques de consommation et des dépenses publiques d’investissement. Il
en est de même pour la République Centrafricaine. Pour le Congo, cet effet positif semble
émaner à très court terme des deux catégories des dépenses publiques, et à court et moyen
termes des dépenses publiques d’investissement uniquement, étant donné qu’à partir du
cinquième trimestre, les chocs structurels des dépenses publiques de consommation ont des
effets négatifs sur la consommation privée dans ce pays.

Pour le Gabon, les effets négatifs observés à court terme semblent être la résultante à la
fois des dépenses publiques de consommation et des dépenses publiques d’investissement, et
les effets positifs observés à moyen terme la résultante des dépenses publiques d’investissement
uniquement. En Guinée Equatoriale en revanche, cela semble être plutôt l’inverse car, la plupart
du temps, les chocs sur les dépenses publiques de consommation ont eu des effets positifs sur
la consommation privée bien que ceux sur les dépenses publiques d’investissement aient parfois
eu des effets négatifs, avec un pic observé au quatrième trimestre. En ce qui concerne le Tchad,
on constate les dépenses publiques de consommation et les dépenses publiques

88
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

d’investissement ont des effets opposés sur la consommation privée, les effets positifs des
premiers et les effets négatifs des seconds tendant à se neutraliser à court et à moyen termes.

Graphique 2-6 : Réponse de la consommation privée à un choc structurel de dépenses


publiques de consommation (Shock2) et de dépenses publiques d’investissement (shock3)

Accumulated Response of CONSPRIV to Shock3


Accumulated Response of CONSPRIV to Shock2 Accumulated Response of CONSPRIV to Shock3 Accumulated Response of CONSPRIV to Shock2 using Structural VAR Factors (Congo)
using Structural VAR Factors (Cameroun) using Structural VAR Factors (Cameroun) using Structural VAR Factors (Congo)
.150
.025 .025 .12
.125
.020 .020
.08
.100
.015 .015
.04 .075

.010 .010
.050
.00
.005 .005
.025
-.04
.000 .000 .000

-.08
-.005 -.005 -.025

-.010 -.010 -.12 -.050


2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Accumulated Response of CONSPRIV to Shock2 Accumulated Response of CONSPRIV to Shock3 Accumulated Response of CONSPRIV to Shock3
using Structural VAR Factors (Gabon) using Structural VAR Factors (Gabon) Accumulated Response of D(CONSPRIV) to Shock2 using Structural VAR Factors (Guinée E.)
.02 .04 using Structural VAR Factors (Guinée) .3
.25
.03
.01 .20 .2
.02 .15
.00
.10
.1
.01
-.01
.05
.00
.0
-.02 .00
-.01
-.05
-.1
-.03
-.02
-.10

-.04 -.03 -.15 -.2


2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Accumulated Response of CONSPRIV to Shock2 Accumulated Response of CONSPRIV to Shock3 Accumulated Response of CONSPRIV to Shock2
using Structural VAR Factors (RCA) using Structural VAR Factors (RCA) using Structural VAR Factors(Tchad) Accumulated Response of CONSPRIV to Shock3
.10 .05 .07 using Structural VAR Factors (Tchad)
.03
.04 .06
.08
.02
.05
.03
.06 .01
.04
.02 .00
.04 .03
.01 -.01
.02 .02
-.02
.00
.01
.00 -.03
-.01
.00 -.04
-.02 -.02 -.01 -.05

-.04 -.03 -.02 -.06


2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel Eviews 10

.4.2.2 Les effets des chocs structurels de dépenses publiques et de recettes fiscales sur
l’investissement privé dans la CEMAC

Ici, nous analysons dans un premier temps, la réponse de l’investissement privé à un


choc structurel sur les dépenses publiques globales et les recettes fiscales, et dans un second
temps sa réponse à un choc structurel de dépenses publiques désagrégées.

.[Link] Réponse de l’investissement privé à un choc structurel sur les dépenses publiques
globales et les recettes fiscales

Tout comme précédemment, afin d’analyser les effets des chocs structurels de dépenses
publiques globales et de recettes fiscales sur l’investissement privé, nous apportons une

89
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

modification au vecteur X tel que présenté dans notre modèle de base. Cette fois-ci, nous

remplaçons la production Y par l’investissement privé invpriv, soit Xt  (g,invpriv, rf ,) . Le


graphique 2-7 ci-dessous présente les fonctions de réponses impulsionnelles cumulées de
l’investissement privé à la suite d’un choc structurel sur les dépenses publiques globales
(shock1) et les recettes fiscales (shock2) dans les différents pays de la CEMAC.

Graphique 2-7 : Réponse l’investissement privé à un choc structurel de dépenses


publiques globales (Shock1) et de recettes fiscales (shock4)

Accumulated Response of INVPRIV to Shock4


Accumulated Response of INVPRIV to Shock4 Accumulated Response of INVPRIV to Shock1 using Structural VAR Factors (Congo)
Accumulated Response of INVPRIV to Shock1 using Structural VAR Factors (Cameroun) using Structural VAR Factors (Congo)
.050
using Structural VAR Factors (Cameroun) .07 .16
.07 .025
.06
.06 .12
.05 .000
.05
.08
.04 .04 -.025

.03 .03 .04


-.050
.02
.02
.00
.01 -.075
.01
.00
-.04 -.100
.00
-.01

-.02 -.01 -.08 -.125


2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Accumulated Response of INVPRIV to Shock1


using Structural VAR Factors (Gabon) Accumulated Response of INVPRIV to Shock4 Accumulated Response of INVPRIV to Shock1 Accumulated Response of INVPRIV to Shock4
using Structural VAR Factors (Gabon) using Structural VAR Factors (Guinée E) using Structural VAR Factors (Guinée E)
.07
.04 .2 .10
.06
.03
.05
.1
.05 .02
.00
.04 .01
.0

.00 -.05
.03
-.1
-.01
-.10
.02
-.02
-.2
.01 -.15
-.03

.00 -.04 -.3 -.20


2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Accumulated Response of INVPRIV to Shock1 Accumulated Response of INVPRIV to Shock4 Accumulated Response of INVPRIV to Shock1 Accumulated Response of INVPRIV to Shock4
using Structural VAR Factors (RCA) using Structural VAR Factors (RCA) using Structural VAR Factors (Tchad) using Structural VAR Factors (Tchad)
.35 .28 .20 .10

.24 .15
.30 .05
.20
.10
.25 .00
.16
.05
.20 .12 -.05
.00
.15 .08 -.10
-.05
.04
.10 -.15
-.10
.00
.05 -.15 -.20
-.04

.00 -.08 -.20 -.25


2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel Eviews 10

L’analyse de ces fonctions de réponse impulsionnelles indique qu’à part en Guinée


Equatoriale, au Congo pendant les cinq premiers trimestres et au Tchad, les chocs de dépenses
publiques globales semblent de manière générale avoir des effets positifs sur l’investissement
privé dans la CEMAC, ce qui laisse présager que les investissements privés ne sont pas évincés
par les dépenses publiques dans ces pays. Cela peut s’expliquer par le fait que les pays de la
CEMAC pour la plupart du temps recourent essentiellement à l’endettement extérieur pour

90
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

financer leurs dépenses publiques au détriment de l’endettement intérieur, ce qui a peu d’effet
sur les taux d’intérêt domestiques, considérés théoriquement comme l’un des principaux
déterminants de l’investissement privé.

Quant aux chocs positifs sur les recettes fiscales, ils se traduisent conformément à la
théorie keynésienne par une diminution de l’investissement privé au Congo en Guinée
Equatoriale et au Tchad. En revanche, dans les autres pays (Cameroun, Gabon et République
Centrafricaine), ils se traduisent plutôt par une augmentation de l’investissement privé, ce qui
suggère que les investissements publics encouragent plutôt les investissements privés dans ces
derniers. Les différents multiplicateurs budgétaires déduits de ces fonctions de réponse
impulsionnelles sont résumés dans le tableau 2-8 ci-dessous :

Tableau 2-8 - Réponse cumulative de l’investissement privé aux chocs structurels de


dépenses publiques globales (g) et des recettes fiscales (rf)

Multiplicateur Multiplicateur cumulatif au trimestre T


Pays d’impact
4e T 12e T 20e T

g rf g rf g rf g rf

Cameroun 0,422 0 0,441 0,129 0,435 0,809 0,455 0,843

Congo -0,330 0 -0,367 -0,085 0,672 -0,449 0,518 -0,787

Gabon 0,468 0 0,461 0,003 0,561 0,058 0,544 0,056

Guinée E. -0,439 0 -0,459 -0,316 -0,482 -0,865 -0,417 -1,296

RCA 1,346 0 1,329 0,838 1,822 1,118 1,998 1,294

Tchad -0,331 0 -0,271 -0,352 -0,176 -1,32 -0,055 -1,63


Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel Eviews 10

Comme l’indique ce tableau, une augmentation des dépenses publiques globales de 1%


se traduit au 12e trimestre par une augmentation cumulée de l’investissement privé de 0,435%
au Cameroun 0,672% au Congo 0,561% au Gabon et 1,822% en République Centrafricaine.
Sur la même période, elle se traduit par une diminution de l’investissement privé de 0, 482% et
de 0,176% respectivement en Guinée Equatoriale et au Tchad. Pendant ce temps, un choc positif
sur les recettes fiscales de 1% engendre d’une part une augmentation de l’investissement privé

91
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

de 0,808%, 0,058%, 1,118% respectivement pour le Cameroun, le Gabon et la République


Centrafricaine, et d’autre part une diminution de cette même variable macroéconomique de
0,449%, 0,865% et 1,32% respectivement pour le Congo, la Guinée Equatoriale et le Tchad.

.[Link] Réponse de l’investissement privé à un choc structurel sur les dépenses publiques de
consommation et les dépenses publiques d’investissement

Afin d’analyser les effets des chocs structurels des dépenses publiques de consommation
et d’investissement sur l’investissement privé dans les différents pays de la CEMAC, nous
remplaçons dans notre modèle de base les dépenses publiques globales par ses différentes
composantes, et la production par l’investissement privé. Dans ce cas, le vecteur des variables

endogènes s’écrit : Xt  (depcour, depinv,invpriv, ) . Le graphique 2-8 ci-contre présente les


fonctions de réponses impulsionnelles cumulées de l’investissement privé à la suite d’un choc
structurel sur les dépenses publiques de consommation (shock2) et les dépenses publiques
d’investissement (shock3) dans les différents pays de la CEMAC.

L’analyse des fonctions de réponse impulsionnelles indique qu’à court terme, les effets
positifs des chocs des dépenses publiques globales sur l’investissement privé au Cameroun
émanent à la fois des dépenses publiques de consommation et des dépenses publiques
d’investissement, avec un effet plus important pour ces dernières. En revanche, à moyen terme
les chocs de dépenses publiques d’investissement continuent à avoir des effets positifs et
significatifs sur l’investissement privé tandis que ceux des dépenses publiques de
consommation tendent à avoir des effets négatifs. Au Gabon et en République Centrafricaine,
les effets positifs des chocs de dépenses publiques globales précédemment observés à court et
à moyen termes seraient à la fois le fruit des dépenses publiques de consommation et des
dépenses publiques d’investissement, avec une légère domination de cette dernière catégorie.

Au Congo, l’allure des fonctions de réponse impulsionnelles laisse présager que les
effets positifs des chocs initiaux de dépenses publiques globales observées sur l’investissement
privé à partir du cinquième trimestre serait notamment le fruit des dépenses publiques de
consommation, car les chocs sur les dépenses publiques d’investissement ont des effets négatifs
dans ce pays aussi bien à court terme qu’à moyen terme. En Guinée Equatoriale, les effets
négatifs de chocs de dépenses publiques globales initialement observés résulteraient à la fois
des dépenses publiques de consommation et des dépenses publiques d’investissement tandis
qu’au Tchad, ces effets négatifs sont principalement le fruit des dépenses publiques

92
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

d’investissement, étant donné que les chocs de dépenses publiques de consommation dans ce
pays ont un effet positif sur l’investissement privé bien que de faible ampleur.

Graphique 2-8 : Réponse de l’investissement privé à un choc structurel sur les dépenses
publiques de consommation (Shock2) et les dépenses publiques d’investissement
(shock3)
Accumulated Response of DEPINV to Shock2 Accumulated Response of DEPINV to Shock3 Accumulated Response of INVPRIV to Shock2 Accumulated Response of INVPRIV to Shock3
using Structural VAR Factors (Cameroun) using Structural VAR Factors (Cameroun) using Structural VAR Factors (Congo) using Structural VAR Factors (Congo)
.20 .28 .16 .08

.15 .12
.24 .04

.10
.20 .08 .00

.05
.16 .04 -.04
.00

.12 .00 -.08


-.05

.08 -.04 -.12


-.10

-.15 .04 -.08 -.16


2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Accumulated Response of INVPRIV to Shock2 Accumulated Response of INVPRIV to Shock3 Accumulated Response of INVPRIV to Shock2 Accumulated Response of INVPRIV to Shock3
using Structural VAR Factors (Gabon) using Structural VAR Factors (Gabon) using Structural VAR Factors (Guinée E) using Structural VAR Factors (Guinée E)
.06 .06 .15 .10

.05 .05 .10 .05

.04 .04
.05 .00
.03 .03
.00 -.05
.02 .02
-.05 -.10
.01 .01
-.10 -.15
.00 .00

-.01 -.01 -.15 -.20

-.02 -.02 -.20 -.25


2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Accumulated Response of INVPRIV) to Shock2 Accumulated Response of INVPRIV to Shock3 Accumulated Response of INVPRIV to Shock2
using Structural VAR Factors (RCA) using Structural VAR Factors (RCA) using Structural VAR Factors (Tchad) Accumulated Response of INVPRIV to Shock3
using Structural VAR Factors (Tchad)
.28 .24 .20
.10
.24 .16
.20
.20 .12 .05

.16 .08
.16
.00
.12 .04

.12
.08 .00 -.05

.04 -.04
.08 -.10
.00 -.08

-.04 .04 -.12 -.15


2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel Eviews 10

.4.3 Les effets de chocs de politique budgétaires sur l’inflation dans la CEMAC

Dans cette sous-section, nous examinons les effets des chocs structurels de dépenses
publiques sur le niveau général des prix dans la zone CEMAC. Ces effets sont directement
captés à partir des différents modèles précédents. Le graphique 2-9 ci-suivant présente les
différentes fonctions de réponses impulsionnelles issues de l’analyse de ces effets.

93
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Graphique 2-9 : Réponse du niveau des prix à un choc structurel sur les dépenses
publiques globales (Shock1) et les recettes fiscales (shock4)
Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E. Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E.
Accumulated Response of INFLATION to Shock1 Accumulated Response of INFLATION to Shock4 Accumulated Response of INFLATION to Shock1 Accumulated Response of INFLATION to Shock4
(Cameroun) (Cameroun) Congo Congo

.01 .01 .02 .02


.01 .01
.00 .00
.00 .00
-.01 -.01 -.01 -.01
-.02 -.02
-.02 -.02
-.03 -.03
-.03 -.03 -.04 -.04

2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20
2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E. Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E.
Accumulated Response of INFLATION to Shock1 Accumulated Response of INFLATION to Shock4 Accumulated Response of INFLATION to Shock1 Accumulated Response of INFLATION to Shock4
Gabon Gabon Guinée E Guinée E

.02 .02 .01 .01

.01 .01 .00 .00

.00 .00 -.01 -.01

-.02 -.02
-.01 -.01

-.03 -.03
-.02 -.02

2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E. Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E.

Accumulated Response of INFLATION to Shock1 Accumulated Response of INFLATION to Shock4 Accumulated Response of INFLATION to Shock1 Accumulated Response of INFLATION to Shock4
RCA RCA Tchad Tchad

.02 .02 .02


.02

.01 .01
.00 .00
.00 .00

-.02 -.02
-.01 -.01

-.04 -.04 -.02 -.02

-.03 -.03
-.06 -.06

2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel Eviews 10

L’analyse de ces fonctions de réponse impulsionnelles cumulées indique qu’un choc


positif sur les dépenses publiques globales se traduit par une baisse du niveau général des prix
(déflation) dans tous les pays de la zone. Lorsque ces dépenses sont désagrégées en dépenses
publiques de consommation et en dépenses publiques d’investissement (cf. graphique 2-10), on
constate qu’à part au Cameroun et au Tchad où la tendance initiale est maintenue, ces deux
catégories de dépenses publiques ont des effets opposés sur le niveau général des prix dans tous
les autres pays. En effet, au Congo, au Gabon et en République Centrafricaine, les chocs
structurels de dépenses publiques de consommation ont des effets déflationnistes tandis que
ceux des dépenses publiques d’investissement ont des effets inflationnistes. Ainsi donc, les
premiers effets l’emporteraient sur les seconds dans ces pays. En Guinée Equatoriale en
revanche, c’est plutôt l’effet inverse qui est observé.

En ce qui concerne les recettes fiscales, leurs effets sur le niveau général des prix sont
mitigés. Pour certains pays (le Cameroun, la République Centrafricaine et le Tchad) un choc

94
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

positif sur les recettes fiscales se traduit par une baisse du niveau général des prix (déflation),
tandis que pour d’autres (Congo, Gabon et Guinée Equatoriale) il a plutôt des effets
inflationnistes.

Graphique 2-10 : Réponse du niveau des prix à un choc structurel sur les dépenses
publiques de consommation (Shock2) et les dépenses publiques d’investissement
(shock3)
Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E. Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E.
Accumulated Response of INFLATION to Shock2 Accumulated Response of INFLATION to Shock3 Accumulated Response of INFLATION to Shock2 Accumulated Response of INFLATION to Shock3
Cameroun Cameroun Congo Congo

.04 .04

.00 .00
.02 .02

-.01 -.01
.00 .00

-.02 -.02

-.02 -.02
-.03 -.03

-.04 -.04
-.04 -.04

2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E. Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E.
Accumulated Response of INFLATION to Shock2 Accumulated Response of INFLATION to Shock3 Accumulated Response of INFLATION to Shock2 Accumulated Response of INFLATION to Shock3
Gabon Gabon Guinée E Guinée E

.02 .02 .02 .02

.01 .01 .01


.01

.00 .00
.00 .00
-.01 -.01
-.01 -.01
-.02 -.02
-.02 -.02
-.03 -.03

2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E.


Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E.
Accumulated Response of INFLATION to Shock2 Accumulated Response of INFLATION to Shock3
Accumulated Response of INFLATION to Shock2 Accumulated Response of INFLATION to Shock3 Tchad
Tchad
RCA RCA

.02 .02 .02 .02

.00 .00
.00 .00

-.02 -.02
-.02 -.02
-.04 -.04

-.04 -.04
-.06 -.06

2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel Eviews 10

Conclusion du chapitre

La politique budgétaire est le principal instrument dont disposent les gouvernements


pour influer sur l’activité économique. Son importance pour un pays est d’autant plus
importante lorsque celui-ci se trouve en union monétaire, car dans pareil cas de figure, l’autre
levier de la politique économique conjoncturelle qu’est la politique monétaire est confiée à une
banque centrale supranationale supposée indépendante. Dans la littérature théorique et
empirique, le débat est encore loin d’être clos en ce qui concerne son efficacité, notamment en
matière de stabilisation macroéconomique. Le présent chapitre s’est fixé pour objectif de

95
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

participer à ce débat en analysant les effets des chocs de politique budgétaire sur l’activité
économique dans un petit groupe de pays en développement formant une union monétaire, et
par la même occasion estimer la taille des multiplicateurs budgétaires.

En utilisant l’approche VAR structurelle vulgarisée dans l’étude des politiques


budgétaires à partir des travaux de Blanchard et Perotti (2002), et en nous servant de l’approche
récursive (Caldara et Kamps, 2008) pour l’identification de nos différents chocs budgétaires,
nos résultats montrent dans un premier temps qu’un choc positif sur les dépenses publiques
globales a un effet positif sur la croissance économique dans les tous les pays de la CEMAC
aussi bien à court terme qu’à moyen terme, confortant ainsi de manière générale le point de vue
keynésien, qui préconise l’utilisation des dépenses publiques à des fins de stabilisation
macroéconomique. Les multiplicateurs budgétaires qui en ont découlé ont été tous positifs, leur
taille bien qu’inférieure à l’unité se situant autour de celles observées dans de nombreuses
études empiriques ayant utilisé la même approche.

Dans un second temps, nous avons désagrégé ces dépenses publiques en dépenses
publiques de consommation (courantes) et en dépenses publiques d’investissement afin de
mieux cerner leurs effets. L’analyse empirique a révélé que chacune de ces deux catégories de
dépenses a au cours des vingt trimestres suivant le choc, eu des effets positifs sur la production,
bien que quelques effets négatifs aient été observés momentanément au Gabon pour toutes les
deux, et au Congo uniquement pour les dépenses publiques de consommation. Les chocs des
recettes fiscales ont quant à eux eu des effets mitigés sur la production, allant des effets positifs
pour certains pays (Cameroun et Congo) aux effets négatifs pour d’autres (Gabon, Guinée
Equatoriale, République Centrafricaine, et Tchad), confortant ainsi la forte hétérogénéité qui
existe entre les différentes économies de la CEMAC.

Un autre aspect du travail effectué dans le cadre de ce chapitre a consisté à analyser les
effets des chocs de politique budgétaire sur les principales composantes de la demande globale
à savoir la consommation et l’investissement privés, et sur l’inflation. De cette analyse, il en est
découlé fort de l’hétérogénéité des différents pays qu’un choc positif sur les dépenses publiques
a des effets keynésiens sur la consommation privée dans certains pays (Cameroun, Congo et
République Centrafricaine) et des effets négatifs dans d’autres (Gabon, Guinée Equatoriale et
Tchad), reflétant ainsi un comportement ricardien des agents économiques dans ce dernier
groupe de pays. Dans la même lancée l’analyse des effets des chocs de dépenses publiques sur
l’investissement privé a fait état de l’existence d’un effet d’éviction dans quelques pays en

96
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

l’occurrence le Congo, la Guinée Equatoriale et le Tchad, contrairement aux autres pays. Par
ailleurs, un choc positif sur les dépenses publiques globales s’est traduit par une baisse du
niveau général des prix dans tous les pays sans exception.

En ce qui concerne les recettes fiscales, l’analyse empirique a révélé qu’un choc positif
sur ces dernières se traduit à court terme par une diminution de la consommation privée dans la
quasi-totalité des pays de la CEMAC (excepté au Tchad). Par ailleurs, il se traduit par une
diminution de l’investissement privé dans une moitié de pays (Congo, Guinée Equatoriale et
Tchad) et son augmentation dans l’autre moitié (Cameroun, Gabon et République
Centrafricaine), ses effets sur l’inflation étant mitigés pour les différents les pays, de la zone,
allant d’effets négatifs pour certains (Cameroun, République Centrafricaine et Tchad) aux effets
positifs pour d’autres (Congo, Gabon et Guinée Equatoriale).

Au regard de ces différents résultats, il apparaît que les politiques budgétaires


discrétionnaires dans la CEMAC ne sont pas suffisamment efficaces en matière de stabilisation
macroéconomique car d’une part, bien que positifs, les multiplicateurs de dépenses publiques
globales sont tous inférieurs à l’unité, et d’autre part, des effets d’éviction et des comportements
ricardiens sont encore observés dans certains pays lorsqu’on analyse les effets des chocs
budgétaires sur les composantes de la demande globale. Néanmoins, ces résultats confortent les
points de vue keynésiens de la politique budgétaire si l’on s’en tient à la classification de Briotti
(2005)27 concernant la taille des multiplicateurs budgétaires, laissant ainsi présager la nécessité
pour les gouvernements de la CEMAC de mettre sur pied des relances budgétaires
discrétionnaires à des fins de stabilisation macroéconomique malgré les difficultés
économiques auxquelles elles font face. Toutefois, dans la mise sur pied de leurs relances
budgétaires, ces gouvernements devraient au regard des principaux déterminants de l’efficacité
des politiques budgétaires passés en revue dès l’entame de ce chapitre s’assurer d’une meilleure
efficacité du secteur public, en d’autres termes, assurer une meilleure gestion des dépenses
publiques et une meilleure administration des recettes fiscales.

27
Op. Cit. Bikai et al (2017).

97
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

ANNEXES DU CHAPITRE 2

Annexes 2-1 : Evolution des différentes variables utilisées

 Cas du Cameroun
CONSPRIV DEPCOUR DEPGLO

28.8 27.8 28.8

28.4 27.6 28.4

28.0 27.4 28.0

27.6 27.2 27.6

27.2 27.0 27.2

26.8 26.8 26.8


1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015

DEPINV INFLATION INVPRIV

29 5.00 29.0

28 4.75 28.5

27 4.50 28.0

26 4.25 27.5

25 4.00 27.0

24 3.75 26.5

23 3.50 26.0
1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015

PIBR RECETT

29.6 27.6

27.2
29.2

26.8
28.8
26.4

28.4
26.0

28.0 25.6
1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015

 Cas du Congo
CONSPRIV DEPCOUR DEPGLO

28.8 27.8 28.8

28.4 27.6 28.4

28.0 27.4 28.0

27.6 27.2 27.6

27.2 27.0 27.2

26.8 26.8 26.8


1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015

DEPINV INFLATION INVPRIV

29 5.00 29.0

28 4.75 28.5

27 4.50 28.0

26 4.25 27.5

25 4.00 27.0

24 3.75 26.5

23 3.50 26.0
1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015

PIBR RECETT

29.6 27.6

27.2
29.2

26.8
28.8
26.4

28.4
26.0

28.0 25.6
1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015

98
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

 Cas du Gabon
CONSPRIV DEPCOUR DEPGLO

29.2 28.4 28.8

28.0 28.4
28.8

27.6 28.0
28.4
27.2 27.6

28.0
26.8 27.2

27.6 26.4 26.8


1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015

DEPINV INFLATION INVPRIV

28.0 4.8 27.8

27.5 27.6
4.6

27.0 27.4
4.4
26.5 27.2
4.2
26.0 27.0

4.0
25.5 26.8

25.0 3.8 26.6


1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015

PIBR RECETT

30.0 28.0

29.6 27.6

29.2 27.2

28.8 26.8

28.4 26.4

28.0 26.0
1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015

 Cas de la Guinée Equatoriale


CONSPRIV DEPCOUR DEPGLO

29 28 29

27 28
28

26 27
27
25 26

26
24 25

25 23 24
1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015

DEPINV INFLATION INVPRIV

29 5.2 29

28 28
4.8
27 27

26 4.4 26

25 4.0 25

24 24
3.6
23 23

22 3.2 22
1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015

PIBR RECETT

31 27

30
26
29

28 25

27
24
26

25 23
1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015

99
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

 Cas de la RCA
CONSPRIV DEPCOUR DEPGLO

28.0 25.6 26.2

27.8 26.0
25.4

27.6 25.8
25.2
27.4 25.6
25.0
27.2 25.4

24.8
27.0 25.2

26.8 24.6 25.0


1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015

DEPINV INFLATION INVPRIV

25.5 5.6 25.5

25.0
25.0 5.2

24.5
24.5 4.8
24.0
24.0 4.4
23.5

23.5 4.0
23.0

23.0 3.6 22.5


1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015

PIBR RECETT

27.8 25.6

27.6
25.2

27.4
24.8
27.2

24.4
27.0

26.8 24.0
1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015

 Cas du Tchad

CONSPRIV DEPCOUR DEPGLO

29.5 27.5 28.5

27.0 28.0
29.0

26.5 27.5
28.5
26.0 27.0
28.0
25.5 26.5

27.5
25.0 26.0

27.0 24.5 25.5


1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015

DEPINV INFLATION INVPRIV

27.5 4.8 29

27.0 4.6
28

26.5 4.4
27
26.0 4.2
26
25.5 4.0

25
25.0 3.8

24.5 3.6 24
1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015

PIBR RECETT

29.5 27.5

27.0
29.0

26.5
28.5
26.0
28.0
25.5

27.5
25.0

27.0 24.5
1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015

100
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Annexes 2-2 : Résultats des tests de stationnarité


 Cas du Cameroun

Test de Racine unitaire ADF


En niveau En différence Conclusion
Sur l’ordre
Variables Valeur Valeur d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au I (1)
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV 0,738606 -2,888669 -3,236112 -2,888669 I (1)

DEPCOUR -0,365320 -2,887665 -2,939811 -2,887665 I (1)

DEPGLO -0,317090 -2,888669 -2,027669 -2,888669 I ()

DEPINV -0,169153 -2,887425 -6,519027 -2,887425 I (1)

INFLATION -1,083793 -2,886732 -4,049164 -2,886732 I (1)

INPRIV 0,065136 -2,888669 -2,257316 -2,888669 I (1)

PIBR 0,508885 -2,887665 -3,651617 -2,887665 I (1)

RECETT 0,215228 -2,887665 -3,094017 -2,887665 I (1)

Test de Racine unitaire PP


En niveau En différence Conclusion
Sur l’ordre
Variables Valeur Valeur d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV 1,152872 -2,886509 -3,494999 -2,886732 I (1)
DEPCOUR 0,392608 -2,886509 -3,763642 -2,886732 I (1)
DEPGLO 0,307410 -2,886509 -3,794633 -2,886732 I (1)
DEPINV -1,118417 -2,886509 -4,340266 -2,886732 I (1)
INFLATION -0,902460 -2,886509 -3,705032 -2,886732 I (1)
INPRIV 0,302582 -2,886509 -4,039213 -2,886732 I (1)
PIBR 1,052402 -2,886509 -3,824239 -2,886732 I (1)
RECETT 1,158915 -2,886509 -3,595764 -2,886732 I (1)

101
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Test de Racine unitaire KPSS

En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV 1,200169 0,463000 0,443279 0,463000 I (1)

DEPCOUR 0,857107 0,463000 0,397473 0,463000 I (1)

DEPGLO 0,755396 0,463000 0,942808 0,463000 I ()

DEPINV 0,634802 0,463000 0,626372 0,463000 I (1)

INFLATION 1,195675 0,463000 0,114206 0,463000 I (1)

INVPRIV 1,131681 0,463000 0,189114 0,463000 I (1)

PIBR 1,216263 0,463000 0,972317 0,463000 I (1)

RECETT 1,202376 0,463000 0,467935 0,463000 I (1)

 Cas du Congo

Test de Racine unitaire ADF

En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV -1,633439 -2,887665 -2,897359 -2,887665 I (1)

DEPCOUR -2,756296 -2,886732 -4,231469 -2,886732 I (1)

DEPGLO -1,167897 -2,886732 -3,624941 -2,886732 I (1)

DEPINV -0,923330 -2,886732 -4,219268 -2,886732 I (1)

INFLATION -1,093131 -2,886732 -3,564083 -2,886732 I (1)

INPRIV -1,937806 -2,886732 -3,833356 -2,886732 I (1)

PIBR -1,587621 -2,886732 -4,065877 -2,886732 I (1)

RECETT 0,505307 -2,888669 -2,500652 -2,888669 I ()

102
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Test de Racine unitaire PP


En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV -1,633439 -2,887665 -2,897359 -2,887665 I (1)
DEPCOUR -2,756296 -2,886732 -4,231469 -2,886732 I (1)
DEPGLO -1,167897 -2,886732 -3,624941 -2,886732 I (1)
DEPINV -0,923330 -2,886732 -4,219268 -2,886732 I (1)
INFLATION -1,093131 -2,886732 -3,564083 -2,886732 I (1)
INPRIV -1,937806 -2,886732 -3,833356 -2,886732 I (1)
PIBR -1,587621 -2,886732 -4,065877 -2,886732 I (1)
RECETT 0,505307 -2,888669 -2,500652 -2,888669 I (1)

Test de Racine unitaire KPSS


En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV 0,577763 0,463000 0,170015 0,463000 I (1)
DEPCOUR 0,702952 0,463000 0,043707 0,463000 I (1)
DEPGLO 1,054978 0,463000 0,073547 0,463000 I (1)
DEPINV 1,140888 0,463000 0,113215 0,463000 I (1)
INFLATION 1,189626 0,463000 0,103963 0,463000 I (1)
INPRIV 1,010198 0,463000 0,060012 0,463000 I (1)
PIBR 1,096118 0,463000 0,157567 0,463000 I (1)
RECETT 0,966680 0,463000 0,509828 0,463000 I (1)

103
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

 Cas du Gabon

Test de Racine unitaire ADF

En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV 1,083095 -2,888669 -2,408472 -2,889753 I ()

DEPCOUR -1,366771 -2,888669 -3,258064 -2,888669 I (1)

DEPGLO -1,473903 -2,888669 -2,991571 -2,888669 I (1)

DEPINV -1,858178 -2,886732 -3,993109 -2,886732 I (1)

INFLATION -1,500576 -2,886732 -3,833056 -2,886732 I (1)

INPRIV -1,745585 -2,887665 -3,484416 -2,887665 I (1)

PIBR -1,458590 -2,888669 -3,160186 -2,888669 I (1)

RECETT -0,093536 -2,887665 -3,489213 -2,887665 I (1)

Test de Racine unitaire PP

En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV 0,131402 -2,886509 -3,827934 -2,886732 I (1)

DEPCOUR -1,472160 -2,886509 -4,274397 -2,886732 I (1)

DEPGLO -1,134302 -2,886509 -4,107286 -2,886732 I (1)

DEPINV -1,254481 -2,886509 -3,993109 -2,886732 I (1)

INFLATION -0,715966 -2,886509 -3,833056 -2,886732 I (1)

INPRIV -1,620793 -2,886509 -3,935336 -2,886732 I (1)

PIBR -2,436838 -2,886509 -3,701201 -2,886732 I (1)

RECETT 0,455695 -2,886509 -3,604060 -2,886732 I (1)

104
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Test de Racine unitaire KPSS

En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV 1,173982 0,463000 0,114295 0,463000 I (1)

DEPCOUR 1,160899 0,463000 0,058616 0,463000 I (1)

DEPGLO 1,104968 0,463000 0,042221 0,463000 I (1)

DEPINV 0,851677 0,463000 0,079718 0,463000 I (1)

INFLATION 1,155340 0,463000 0,049780 0,463000 I (1)

INPRIV 0,998518 0,463000 0,192423 0,463000 I (1)

PIBR 1,253755 0,463000 0,305238 0,463000 I (1)

RECETT 1,236226 0,463000 0,131802 0,463000 I (1)

 Cas de la Guinée Equatoriale

Test de Racine unitaire ADF

En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV -2,558150 -2,886509 -10,72383 -2,886732 I (1)

DEPCOUR -0,612978 -2,887665 -4,298555 -2,887665 I (1)

DEPGLO -1,143409 -2,887665 -2,462001 -2,887665 I ()

DEPINV -0,887925 -2,886732 -4,250854 -2,886732 I (1)

INFLATION -1,071877 -2,886732 -3,009665 -3,488063 I (1)

INPRIV -1,808223 -2,886732 -5,563771 -2,886732 I (1)

PIBR -1,284817 -2,886732 -3,570392 -2,886732 I (1)

RECETT -0,402462 -2,887425 -7,401377 -2,887425 I (1)

105
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Test de Racine unitaire PP

En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV -2,445786 -2,886509 -12,27295 -2,886732 I (1)

DEPCOUR -0,448334 -2,886509 -5,116080 -2,886732 I (1)

DEPGLO -0,493066 -2,886509 -4,555605 -2,886732 I (1)

DEPINV -0,590622 -2,886509 -4,298780 -2,886732 I (1)

INFLATION -0,747878 -2,886509 -3,333927 -2,886732 I (1)

INPRIV -1,767954 -2,886509 -5,576185 -2,886732 I (1)

PIBR -1,172086 -2,886509 -3,688183 -2,886732 I (1)

RECETT -0,336133 -2,886509 -4,295175 -2,886732 I (1)

Test de Racine unitaire KPSS

En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV 0,991922 0,463000 0,203044 0,463000 I (1)

DEPCOUR 1,256855 0,463000 0,082182 0,463000 I (1)

DEPGLO 1,193545 0,463000 0,298706 0,463000 I (1)

DEPINV 1,116893 0,463000 0,222369 0,463000 I (1)

INFLATION 1,245739 0,463000 0,096950 0,463000 I (1)

INPRIV 1,000224 0,463000 0,346057 0,463000 I (1)

PIBR 1,202731 0,463000 0,375882 0,463000 I (1)

RECETT 1,209102 0,463000 0,168958 0,463000 I (1)

106
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

 Cas de la RCA

Test de Racine unitaire ADF

En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV -2,301033 -2,886732 -3,530594 -2,887665 I (1)

DEPCOUR -2,435922 -2,886732 -3,642005 -2,886732 I (1)

DEPGLO -3,131911 -2,886732 -4,706903 -2,886732 I (1)

DEPINV -2,958372 -2,886732 I (0)

INFLATION -0,197405 -2,886732 -3,311870 -2,886732 I (1)

INPVRIV -1,333114 -2,886732 -5,962791 -2,886732 I (1)

PIBR -2,467616 -2,887665 -2,228433 -3,450807 I (1)

RECETT -2,878538 -3,449365 -5,173841 -3,449365 I (1)

Test de Racine unitaire PP

En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV -2,032105 -3,449020 -4,184091 -3,449365 I (1)

DEPCOUR -1,181120 -3,449020 -3,675713 -3,449365 I (1)

DEPGLO -2,825615 -3,449020 -4,717890 -3,449365 I (1)

DEPINV -3,035916 -3,449020 -6,313253 -3,449365 I (1)

INFLATION -1,135068 -3,449020 -3,480753 -3,449365 I (1)

INVPRIV -1,328613 -3,449020 -6,036590 -3,449365 I (1)

PIBR -0,652891 -3,449020 -3,644251 -3,449365 I (1)

RECETT -2,052054 -3,449020 -5,011524 -3,449365 I (1)

107
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Test de Racine unitaire KPSS

En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV 0,698263 0,463000 0,143111 0,463000 I (1)

DEPCOUR 0,122538 0,463000 I (0)

DEPGLO 0,671135 0,463000 0,035301 0,463000 I (1)

DEPINV 0,804909 0,463000 0,043753 0,463000 I (1)

INFLATION 1,185075 0,463000 0,296780 0,463000 I (1)

INVPRIV 0,258296 0,463000 I (0)

PIBR 0,162372 0,463000 I (0)

RECETT 0,180697 0,463000 I (0)

 Cas du Tchad

Test de Racine unitaire ADF

En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV 0,121273 -2,888669 -3,575581 -2,888669 I (1)

DEPCOUR -1,283791 -2,886732 -3,205833 -2,886732 I (1)

DEPGLO -0,900390 -2,887665 -2,466135 -2,887665 I ()

DEPINV -1,232320 -2,887665 -3,022019 -2,887665 I (1)

INFLATION -1,024647 -2,886732 -4,497071 -2,886732 I (1)

INVPRIV -1,325627 -2,886732 -4,635475 -2,886732 I (1)

PIBR -1,129208 -2,886732 -3,045390 -2,886732 I (1)

RECETT 0,604658 -2,887665 -3,929307 -2,887665 I (1)

108
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Test de Racine unitaire PP

En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV -0,337350 -2,886509 -3,935674 -2,886732 I (1)

DEPCOUR -0,749970 -2,886509 -3,358372 -2,886732 I (1)

DEPGLO -0,329663 -2,886509 -4,292153 -2,886732 I (1)

DEPINV -0,750580 -2,886509 -4,014622 -2,886732 I (1)

INFLATION -1,220840 -2,886509 -3,884479 -2,886732 I (1)

INVPRIV -1,023145 -2,886509 -4,663809 -2,886732 I (1)

PIBR -0,784176 -2,886509 -3,200241 -2,886732 I (1)

RECETT 0,735465 -2,886509 -3,555387 -2,886732 I (1)

Test de Racine unitaire KPSS

En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV 1,234962 0,463000 0,072425 0,463000 I (1)

DEPCOUR 1,139249 0,463000 0,133310 0,463000 I (1)

DEPGLO 1,145274 0,463000 0,245266 0,463000 I (1)

DEPINV 1,070222 0,463000 0,146717 0,463000 I (1)

INFLATION 1,199773 0,463000 0,091597 0,463000 I (1)

INVPRIV 1,154280 0,463000 0,111517 0,463000 I (1)

PIBR 1,185486 0,463000 0,165851 0,463000 I (1)

RECETT 1,235613 0,463000 0,168424 0,463000 I (1)

109
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Annexes 2-3 : Résultats des tests de cointégration pour quelques modèles

 Cas du Cameroun

Séries : DEPGLO PIBR INFLA RECETT


Hypothèse Valeur propre Statistique de Valeur critique Probabilité
la trace au seuil de 5%
Aucune* 0,392600 76,23514 47,85613 0,0000
Au plus 1 0,138264 20,39550 29,79707 0,3964
Au plus 2 0,031540 3,729207 15,49471 0,9242
Au plus 3 0,001248 0,139848 3,841466 0,7084
Hypothèse Valeur propre Maximum de Valeur critique Probabilité
vraisemblance au seuil de 5%
Aucune* 0,392600 55,83965 27,58434 0,0000
Au plus 1 0,138264 16,66629 21,13162 0,1883
Au plus 2 0,031540 3,589359 14,26460 0,8999
Au plus 3 0,001248 0,139848 3,841466 0,7084
*indique le rejet de l’hypothèse nulle d’absence de cointégration au seuil de 5%.

Séries : DEPCOUR DEPINV PIBR INFLA


Hypothèse Valeur propre Statistique de Valeur critique Probabilité
la trace au seuil de 5%
Aucune* 0,545727 117,6951 47,85613 0,0000
Au plus 1 0,191832 29,32082 29,79707 0,0567
Au plus 2 0,046385 5,466509 15,49471 0,7574
Au plus 3 0,001312 0,147007 3,841466 0,7014
Hypothèse Valeur propre Maximum de Valeur critique Probabilité
vraisemblance au seuil de 5%
Aucune* 0,545727 88,37428 27,58434 0,0000
Au plus 1* 0,191832 23,85431 21,13162 0,0202
Au plus 2 0,046385 5,319502 14,26460 0,7011
Au plus 3 0,001312 0,147007 3,841466 0,7014
*indique le rejet de l’hypothèse nulle d’absence de cointégration au seuil de 5%.

Séries : DEPGLO CONSO INFLA RECETT


Hypothèse Valeur propre Statistique de Valeur critique Probabilité
la trace au seuil de 5%
Aucune 0,214951 47,71389 47,85613 0,0516
Au plus 1 0,135643 20,60883 29,79707 0,3825
Au plus 2 0,037441 4,282605 15,49471 0,8794
Au plus 3 7,78E-05 0,008713 3,841466 0,9253
Hypothèse Valeur propre Maximum de Valeur critique Probabilité
vraisemblance au seuil de 5%
Aucune 0,214951 27,10505 27,58434 0,0575
Au plus 1 0,135643 16,32623 21,13162 0,2064
Au plus 2 0,037441 4,273892 14,26460 0,8294
Au plus 3 7,78E-05 0,008713 3,841466 0,9253
*indique le rejet de l’hypothèse nulle d’absence de cointégration au seuil de 5%.

110
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

 Cas du Congo

Séries : DEPGLO PIBR INFLATION RECETT


Hypothèse Valeur propre Statistique de Valeur critique Probabilité
la trace au seuil de 5%
Aucune* 0,323652 76,77341 47,85613 0,0000
Au plus 1* 0,169304 32,97613 29,79707 0,0208
Au plus 2 0,081031 12,20108 15,49471 0,1475
Au plus 3 0,024139 2,736755 3,841466 0,0981
Hypothèse Valeur propre Maximum de Valeur critique Probabilité
vraisemblance au seuil de 5%
Aucune* 0,323652 43,79728 27,58434 0,0002
Au plus 1 0,169304 20,77505 21,13162 0,0560
Au plus 2 0,081031 9,464328 14,26460 0,2495
Au plus 3 0,024139 2,736755 3,841466 0,0981
*indique le rejet de l’hypothèse nulle d’absence de cointégration au seuil de 5%.

Séries : DEPCOUR DEPINV PIBR INFLATION


Hypothèse Valeur propre Statistique de Valeur critique Probabilité
la trace au seuil de 5%
Aucune* 0,197599 55,95587 47,85613 0,0072
Au plus 1* 0,129013 31,29942 29,79707 0,0333
Au plus 2* 0,124616 15,82910 15,49471 0,0445
Au plus 3 0,008205 0,922722 3,841466 0,3368
Hypothèse Valeur propre Maximum de Valeur critique Probabilité
vraisemblance au seuil de 5%
Aucune 0,197599 24,65645 27,58434 0,1134
Au plus 1 0,129013 15,47032 21,13162 0,2573
Au plus 2* 0,124616 14,90638 14,26460 0,0395
Au plus 3 0,008205 0,922722 3,841466 0,3368
*indique le rejet de l’hypothèse nulle d’absence de cointégration au seuil de 5%.

Séries : DEPGLO CONSPRIV INFLATION RECETT


Hypothèse Valeur propre Statistique de Valeur critique Probabilité
la trace au seuil de 5%
Aucune* 0,323919 82,48671 47,85613 0,0000
Au plus 1* 0,204653 38,64519 29,79707 0,0037
Au plus 2 0,100438 12,99973 15,49471 0,1148
Au plus 3 0,010170 1,144835 3,841466 0,2846
Hypothèse Valeur propre Maximum de Valeur critique Probabilité
vraisemblance au seuil de 5%
Aucune* 0,323919 43,84152 27,58434 0,0002
Au plus 1* 0,204653 25,64547 21,13162 0,0108
Au plus 2 0,100438 11,85489 14,26460 0,1162
Au plus 3 0,010170 1,144835 3,841466 0,2846
*indique le rejet de l’hypothèse nulle d’absence de cointégration au seuil de 5%.

111
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

 Cas du Gabon

Séries : DEPGLO PIBR INFLATION RECETT


Hypothèse Valeur propre Statistique de Valeur critique Probabilité
la trace au seuil de 5%
Aucune 0,150375 37,52401 47,85613 0,3232
Au plus 1 0,098014 19,27243 29,79707 0,4735
Au plus 2 0,056498 7,718988 15,49471 0,4959
Au plus 3 0,010705 1,205416 3,841466 0,2722
Hypothèse Valeur propre Maximum de Valeur critique Probabilité
vraisemblance au seuil de 5%
Aucune 0,150375 18,25158 27,58434 0,4743
Au plus 1 0,098014 11,55345 21,13162 0,5921
Au plus 2 0,056498 6,513571 14,26460 0,5482
Au plus 3 0,010705 1,205416 3,841466 0,2722
*indique le rejet de l’hypothèse nulle d’absence de cointégration au seuil de 5%.

Séries : DEPCOUR DEPINV PIBR INFLATION


Hypothèse Valeur propre Statistique de Valeur critique Probabilité
la trace au seuil de 5%
Aucune* 0,227300 53,78728 47,85613 0,0125
Au plus 1 0,122000 24,39074 29,79707 0,1844
Au plus 2 0,059201 9,558391 15,49471 0,3162
Au plus 3 0,022562 2,601484 3,841466 0,1068
Hypothèse Valeur propre Maximum de Valeur critique Probabilité
vraisemblance au seuil de 5%
Aucune* 0,227300 29,39654 27,58434 0,0290
Au plus 1 0,122000 14,83235 21,13162 0,3008
Au plus 2 0,059201 6,956907 14,26460 0,4943
Au plus 3 0,022562 2,601484 3,841466 0,1068
*indique le rejet de l’hypothèse nulle d’absence de cointégration au seuil de 5%.

Séries : DEPGLO CONSPRIV INFLATION RECETT


Hypothèse Valeur propre Statistique de Valeur critique Probabilité
la trace au seuil de 5%
Aucune 0,198539 40,52066 47,85613 0,2044
Au plus 1 0,098734 15,73289 29,79707 0,7309
Au plus 2 0,029623 4,089887 15,49471 0,8961
Au plus 3 0,006425 0,721952 3,841466 0,3955
Hypothèse Valeur propre Maximum de Valeur critique Probabilité
vraisemblance au seuil de 5%
Aucune* 0,198539 24,78777 27,58434 0,1095
Au plus 1 0,098734 11,64300 21,13162 0,5831
Au plus 2 0,029623 3,367935 14,26460 0,9193
Au plus 3 0,006425 0,721952 3,841466 0,3955
*indique le rejet de l’hypothèse nulle d’absence de cointégration au seuil de 5%.

112
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

 Cas de la Guinée Equatoriale

Séries : DEPGLO PIBR INFLATION RECETT


Hypothèse Valeur propre Statistique de Valeur critique Probabilité
la trace au seuil de 5%
Aucune* 0,333991 61,28581 47,85613 0,0017
Au plus 1 0,086927 15,76313 29,79707 0,7288
Au plus 2 0,047039 5,577863 15,49471 0,7447
Au plus 3 0,001620 0,181544 3,841466 0,6700
Hypothèse Valeur propre Maximum de Valeur critique Probabilité
vraisemblance au seuil de 5%
Aucune* 0,333991 45,52268 27,58434 0,0001
Au plus 1 0,086927 10,18526 21,13162 0,7271
Au plus 2 0,047039 5,396319 14,26460 0,6912
Au plus 3 0,001620 0,181544 3,841466 0,6700
*indique le rejet de l’hypothèse nulle d’absence de cointégration au seuil de 5%.

Séries : DEPCOUR DEPINV PIBR INFLATION


Hypothèse Valeur propre Statistique de Valeur critique Probabilité
la trace au seuil de 5%
Aucune* 0,209428 46,11816 47,85613 0,0722
Au plus 1 0,103463 19,79828 29,79707 0,4366
Au plus 2 0,054959 7,566073 15,49471 0,5129
Au plus 3 0,010967 1,235072 3,841466 0,2664
Hypothèse Valeur propre Maximum de Valeur critique Probabilité
vraisemblance au seuil de 5%
Aucune* 0,209428 26,31989 27,58434 0,0719
Au plus 1 0,103463 12,23220 21,13162 0,5249
Au plus 2 0,054959 6,331001 14,26460 0,5711
Au plus 3 0,010967 1,235072 3,841466 0,2664
*indique le rejet de l’hypothèse nulle d’absence de cointégration au seuil de 5%.

Séries : DEPGLO CONSPRIV INFLATION RECETT


Hypothèse Valeur propre Statistique de Valeur critique Probabilité
la trace au seuil de 5%
Aucune* 0,232245 51,78661 47,85613 0,0204
Au plus 1 0,155451 22,18668 29,79707 0,2883
Au plus 2 0,028368 3,263951 15,49471 0,9536
Au plus 3 0,000364 0,040796 3,841466 0,8399
Hypothèse Valeur propre Maximum de Valeur critique Probabilité
vraisemblance au seuil de 5%
Aucune* 0,232245 29,59993 27,58434 0,0272
Au plus 1 0,155451 18,92273 21,13162 0,0991
Au plus 2 0,028368 3,223155 14,26460 0,9308
Au plus 3 0,000364 0,040796 3,841466 0,8399
*indique le rejet de l’hypothèse nulle d’absence de cointégration au seuil de 5%.

113
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

 Cas de la RCA

Séries : DEPGLO PIBR INFLATION RECETT


Hypothèse Valeur propre Statistique de Valeur critique Probabilité
la trace au seuil de 5%
Aucune* 0,364819 71,62773 47,85613 0,0001
Au plus 1 0,096102 20,79712 29,79707 0,3704
Au plus 2 0,070990 9,480733 15,49471 0,3228
Au plus 3 0,010953 1,233481 3,841466 0,2667
Hypothèse Valeur propre Maximum de Valeur critique Probabilité
vraisemblance au seuil de 5%
Aucune* 0,364819 50,83061 27,58434 0,0000
Au plus 1 0,096102 11,31639 21,13162 0,6157
Au plus 2 0,070990 8,247252 14,26460 0,3541
Au plus 3 0,010953 1,233481 3,841466 0,2667
*indique le rejet de l’hypothèse nulle d’absence de cointégration au seuil de 5%.

Séries : DEPCOUR DEPINV PIBR INFLATION


Hypothèse Valeur propre Statistique de Valeur critique Probabilité
la trace au seuil de 5%
Aucune 0,215614 41,93661 47,85613 0,1605
Au plus 1 0,083476 14,73699 29,79707 0,7968
Au plus 2 0,034745 4,974282 15,49471 0,8115
Au plus 3 0,009010 1,013671 3,841466 0,3140
Hypothèse Valeur propre Maximum de Valeur critique Probabilité
vraisemblance au seuil de 5%
Aucune 0,215614 27,19962 27,58434 0,0559
Au plus 1 0,083476 9,762704 21,13162 0,7666
Au plus 2 0,034745 3,960610 14,26460 0,8635
Au plus 3 0,009010 1,013671 3,841466 0,3140
*indique le rejet de l’hypothèse nulle d’absence de cointégration au seuil de 5%.

Séries : DEPGLO INVPRIV INFLATION RECETT


Hypothèse Valeur propre Statistique de Valeur critique Probabilité
la trace au seuil de 5%
Aucune 0,176748 35,55105 47,85613 0,4193
Au plus 1 0,059844 13,76778 29,79707 0,8534
Au plus 2 0,042266 6,856305 15,49471 0,5944
Au plus 3 0,017870 2,019554 3,841466 0,1553
Hypothèse Valeur propre Maximum de Valeur critique Probabilité
vraisemblance au seuil de 5%
Aucune 0,176748 21,78327 27,58434 0,2317
Au plus 1 0,059844 6,911474 21,13162 0,9573
Au plus 2 0,042266 4,836751 14,26460 0,7623
Au plus 3 0,017870 2,019554 3,841466 0,1553
*indique le rejet de l’hypothèse nulle d’absence de cointégration au seuil de 5%.

114
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

 Cas du Tchad

Séries : DEPGLO PIBR INFLATION RECETT


Hypothèse Valeur propre Statistique de Valeur critique Probabilité
la trace au seuil de 5%
Aucune 0,199278 46,06873 47,85613 0,0729
Au plus 1 0,131819 21,17772 29,79707 0,3467
Au plus 2 0,028993 5,345968 15,49471 0,7710
Au plus 3 0,018144 2,050760 3,841466 0,1521
Hypothèse Valeur propre Maximum de Valeur critique Probabilité
vraisemblance au seuil de 5%
Aucune 0,199278 24,89101 27,58434 0,1065
Au plus 1 0,131819 15,83175 21,13162 0,2348
Au plus 2 0,028993 3,295209 14,26460 0,9252
Au plus 3 0,018144 2,050760 3,841466 0,1521
*indique le rejet de l’hypothèse nulle d’absence de cointégration au seuil de 5%.

Séries : DEPCOUR DEPINV PIBR INFLATION


Hypothèse Valeur propre Statistique de Valeur critique Probabilité
la trace au seuil de 5%
Aucune 0,229809 42,32347 47,85613 0,1499
Au plus 1 0,067229 13,07834 29,79707 0,8880
Au plus 2 0,034680 5,283614 15,49471 0,7780
Au plus 3 0,011809 1,330505 3,841466 0,2487
Hypothèse Valeur propre Maximum de Valeur critique Probabilité
vraisemblance au seuil de 5%
Aucune* 0,229809 29,24513 27,58434 0,0303
Au plus 1 0,067229 7,794726 21,13162 0,9158
Au plus 2 0,034680 3,953109 14,26460 0,8642
Au plus 3 0,011809 1,330505 3,841466 0,2487
*indique le rejet de l’hypothèse nulle d’absence de cointégration au seuil de 5%.

Séries : DEPGLO CONSPRIV INFLATION RECETT


Hypothèse Valeur propre Statistique de Valeur critique Probabilité
la trace au seuil de 5%
Aucune* 0,381050 80,30642 47,85613 0,0000
Au plus 1 0,156421 26,57657 29,79707 0,1124
Au plus 2 0,044703 7,525125 15,49471 0,5175
Au plus 3 0,021227 2,403018 3,841466 0,1211
Hypothèse Valeur propre Maximum de Valeur critique Probabilité
vraisemblance au seuil de 5%
Aucune* 0,381050 53,72985 27,58434 0,0000
Au plus 1 0,156421 19,05145 21,13162 0,0953
Au plus 2 0,044703 5,122107 14,26460 0,7263
Au plus 3 0,021227 2,403018 3,841466 0,1211
*indique le rejet de l’hypothèse nulle d’absence de cointégration au seuil de 5%.

115
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Annexes 2-4 : Critères de sélection du nombre de retard optimal dans le


modèle de base
 Cas du Cameroun

Retard LogL LR FPE AIC SC HQ


0 1170,818 NA 4,85e-15 -21,60775 -21,50841 -21,56747
1 1363,196 366,9435 1,85e-16 -24,87401 -24,37732 -24,67262
2 1372,210 16,52476 2,11e-16 -24,74463 -23,85059 -24,38213
3 1390,070 31,42031 2,05e-16 -24,77907 -23,48768 -24,25546
4 1444,993 92,55553 1,00e-16 -25,49987 -23,81112 -24,81514
5 1530,858 138,338* 2,77e-17* -26,793* -24,707* -25,9478*
6 1534,297 5,286460 3,55e-17 -26,56106 -24,07761 -25,55411
7 1539,758 7,988688 4,40e-17 -26,36589 -23,48508 -25,19783
8 1549,542 13,58939 5,06e-17 -26,25079 -22,97263 -24,92161
* indique le nombre de retard optimal sélectionné par le critère.

 Cas du Congo

Retard LogL LR FPE AIC SC HQ


0 902,4606 NA 6,99e-13 -16,63816 -16,53882 -16,59788
1 1091,756 361,0643 2,82e-14* -19,8473* -19,3506* -19,6459*
2 1096,999 9,611075 3,45e-14 -19,64813 -18,75408 -19,28563
3 1106,001 15,83734 3,94e-14 -19,51854 -18,22714 -18,99493
4 1124,365 30,94565 3,79e-14 -19,56231 -17,87356 -18,87758
5 1155,076 49,4801* 2,92e-14 -19,83475 -17,74865 -18,98891
6 1159,003 6,035604 3,70e-14 -19,61117 -17,12771 -18,60422
7 1165,878 10,05760 4,47e-14 -19,44218 -16,56138 -18,27412
8 1180,128 19,79158 4,74e-14 -19,40978 -16,13162 -18,08060
* indique le nombre de retard optimal sélectionné par le critère.

 Cas du Gabon

Retard LogL LR FPE AIC SC HQ


0 973,3338 NA 1,88e-13 -17,95063 -17,85129 -17,91035
1 1144,336 326,1705 1,07e-14 -20,82103 -20,3243* -20,6196*
2 1150,565 11,41990 1,28e-14 -20,64009 -19,74605 -20,27759
3 1161,254 18,80570 1,42e-14 -20,54175 -19,25035 -20,01813
4 1184,034 38,38713 1,26e-14 -20,66729 -18,97854 -19,98256
5 1222,660 62,23215 8,34e-15* -21,0863* -19,00020 -20,24047
6 1228,347 8,740824 1,02e-14 -20,89532 -18,41186 -19,88837
7 1238,406 14,71618 1,17e-14 -20,78530 -17,90450 -19,61724
8 1261,487 32,0563* 1,05e-14 -20,91643 -17,63827 -19,58725
* indique le nombre de retard optimal sélectionné par le critère.

116
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

 Cas de la Guinée Equatoriale

Retard LogL LR FPE AIC SC HQ


0 716,5789 NA 2,18e-11 -13,19590 -13,09657 -13,15563
1 898,1527 346,3353 1,02e-12 -16,26209 -15,7654* -16,06070
2 903,7361 10,23617 1,24e-12 -16,06919 -15,17514 -15,70668
3 916,1717 21,87749 1,32e-12 -16,00318 -14,71178 -15,47957
4 953,5917 63,05968 8,96e-13 -16,39985 -14,71110 -15,71512
5 1004,610 82,1955* 4,73e-13* -17,0483* -14,96223 -16,2024*
6 1008,424 5,862080 6,01e-13 -16,82266 -14,33920 -15,81571
7 1014,696 9,176705 7,34e-13 -16,64252 -13,76172 -15,47446
8 1027,584 17,89968 7,99e-13 -16,58489 -13,30673 -15,25571
* indique le nombre de retard optimal sélectionné par le critère.

 Cas de la RCA

Lag LogL LR FPE AIC SC HQ


0 890,3879 NA 8,74e-13 -16,41459 -16,31525 -16,37431
1 1057,956 319,6211 5,28e-14 -19,22141 -18,7247* -19,0200*
2 1062,899 9,060864 6,49e-14 -19,01664 -18,12260 -18,65414
3 1072,995 17,76216 7,26e-14 -18,90731 -17,61592 -18,38370
4 1098,552 43,06921 6,12e-14 -19,08430 -17,39556 -18,39958
5 1137,430 62,63672 4,04e-14 -19,50797 -17,42187 -18,66213
6 1143,968 10,04889 4,88e-14 -19,33275 -16,84929 -18,32579
7 1154,889 15,97628 5,47e-14 -19,23868 -16,35787 -18,07062
8 1192,108 51,6931* 3,80e-14* -19,6316* -16,35347 -18,30245
* indique le nombre de retard optimal sélectionné par le critère

 Cas du Tchad

Lag LogL LR FPE AIC SC HQ


0 876,5972 NA 1,13e-12 -16,15921 -16,05987 -16,11893
1 1061,829 353,3126 4,91e-14 -19,29313 -18,7964* -19,0917*
2 1067,306 10,04188 5,98e-14 -19,09827 -18,20422 -18,73576
3 1076,662 16,45805 6,78e-14 -18,97521 -17,68382 -18,45160
4 1095,790 32,23562 6,44e-14 -19,03315 -17,34441 -18,34843
5 1140,902 72,6805* 3,79e-14* -19,5722* -17,48616 -18,72643
6 1145,775 7,488682 4,72e-14 -19,36620 -16,88274 -18,35924
7 1154,144 12,24421 5,55e-14 -19,22489 -16,34408 -18,05683
8 1170,947 23,33717 5,62e-14 -19,23976 -15,96159 -17,91058

* indique le nombre de retard optimal sélectionné par le critère

LR : sequential modified LR test statistic (each test at 5% level)


FPE : Final prediction error
AIC : Akaike information criterion
SC : Schwarz information criterion
HQ : Hannan-Quinn information criterion

117
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Annexes 2-5 : Test de stabilité du modèle de base estimé pour les différents
pays

Inverse Roots of AR Characteristic Polynomial (Cameroun) Inverse Roots of AR Characteristic Polynomial (Congo) Inverse Roots of AR Characteristic Polynomial (Gabon)
1.5 1.5 1.5

1.0 1.0 1.0

0.5 0.5 0.5

0.0 0.0 0.0

-0.5 -0.5 -0.5

-1.0 -1.0 -1.0

-1.5 -1.5 -1.5


-1.5 -1.0 -0.5 0.0 0.5 1.0 1.5 -1.5 -1.0 -0.5 0.0 0.5 1.0 1.5 -1.5 -1.0 -0.5 0.0 0.5 1.0 1.5

Inverse Roots of AR Characteristic Polynomial (Guinée E.) Inverse Roots of AR Characteristic Polynomial (RCA) Inverse Roots of AR Characteristic Polynomial (Tchad)
1.5 1.5 1.5

1.0 1.0 1.0

0.5 0.5 0.5

0.0 0.0 0.0

-0.5 -0.5 -0.5

-1.0 -1.0 -1.0

-1.5 -1.5 -1.5


-1.5 -1.0 -0.5 0.0 0.5 1.0 1.5 -1.5 -1.0 -0.5 0.0 0.5 1.0 1.5 -1.5 -1.0 -0.5 0.0 0.5 1.0 1.5

Annexes 2-6 : Réponse des dépenses publiques globales (DEPGLO) à un


choc structurel sur les recettes fiscales (Shock 2)
Accumulated Response of DEPGLO to Shock2 Accumulated Response of DEPGLO to Shock2
Accumulated Response of DEPGLO to Shock2 using Structural VAR Factors (Congo) using Structural VAR Factors (Gabon)
using Structural VAR Factors (Cameroun)
.10 .08
.04

.03 .08 .06

.02
.06 .04
.01
.04 .02
.00

-.01 .02 .00

-.02
.00 -.02
-.03

-.04 -.02 -.04


2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Accumulated Response of DEPGLO to Shock2 Accumulated Response of DEPGLO to Shock2


using Structural VAR Factors (Guinée E.) using Structural VAR Factors (RCA) Accumulated Response of DEPGLO to Shock2
using Structural VAR Factors (Tchad)
.04 .04
.04
.02
.00
.00
.00
-.04

-.02 -.04
-.08
-.04
-.08
-.12
-.06

-.16 -.12
-.08

-.20 -.10 -.16


2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

118
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Annexes 2-7 : Réponse des dépenses publiques globales (DEPGLO) et des


recettes fiscales (RECETT) à un choc structurel sur le PIB
Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E.
Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E.
Accumulated Response of DEPGLO to Shock5 (Congo) Accumulated Response of RECETT to Shock5 (Congo)
Accumulated Response of DEPGLO to Shock5 (Cameroun) Accumulated Response of RECETT to Shock5 (Cameroun)
.08
.06
.03
.03 .06
.02
.04
.02
.01 .04

.00 .01 .02


.02
-.01
.00 .00
-.02 .00
-.01
-.03 -.02
-.02
-.04 -.02
2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E. Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E.
Accumulated Response of DEPGLO to Shock5 (Gabon) Accumulated Response of RECETT to Shock5 (Gabon) Accumulated Response of DEPGLO to Shock5 (GUinée E.) Accumulated Response of RECETT to Shock5 (Guinée E.)

.02
.06
.20 .12
.01
.04
.15
.08
.00
.02
.10

.00 -.01 .04


.05
-.02 -.02
.00
.00
-.04 -.03
2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E.


Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E. Accumulated Response of DEPGLO to Shock5 (Tchad) Accumulated Response of RECETT to Shock5 (Tchad)

Accumulated Response of DEPGLO to Shock5 (RCA) Accumulated Response of RECETT to Shock5 (RCA) .16
.08

.04
.12
.08 .04
.02
.08
.04 .00
.00
.04
.00
-.02 -.04
.00
-.04
2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

119
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Chapitre 3. Consolidations budgétaires et activité


économique dans la CEMAC

Introduction
A la veille de la crise économique et financière de 2007-2008, la situation des finances
publiques dans de nombreux pays à travers le monde s’est vue fortement dégradée. Cette
dégradation s’est matérialisée dans certains pays par d’énormes déficits publics et de niveaux
élevés de dette publique, entrainant la mise sur pied de nombreux plans de consolidations
budgétaires. Cela a dans la littérature empirique relancé le débat sur les effets
macroéconomiques de ces dernières car jusque-là, même si une grande majorité d’économistes
semblait s’accorder sur les bienfaits à long terme des réductions du déficit primaire, de
nombreuses divergences existent quant-à leurs effets macroéconomiques à court terme aussi
bien sur le plan théorique que sur le plan empirique.

Cependant, bien que très peu abondantes, les études empiriques ayant jusqu’ici analysé
les effets macroéconomiques des consolidations budgétaires se sont limitées pour l’essentiel
aux pays développés et notamment ceux de l’Organisation pour la Coopération et le
Développement Economique (OCDE), négligeant ainsi sur le passage les pays en
développement, qui pourtant n’ont pas été épargnés des effets néfastes de la crise. Cela s’est
matérialisé au lendemain de la crise par la mise sur pied de nombreuses mesures de
consolidations budgétaires aussi bien dans les pays développés que ceux en développement.

En ce qui concerne spécifiquement les pays de CEMAC, ils connaissent depuis quelques
années de nombreux problèmes relevant de la dégradation de l’état de leurs finances publiques.
En effet, à la suite des baisses répétitives du cours des matières premières et notamment du
pétrole28 sur le marché international ces dernières années, la situation budgétaire de ces pays
tout comme celle de nombreux pays exportateurs de pétrole s’est vue fortement dégradée. Selon
le Rapport annuel de la Banque de France sur les pays de la Zone Franc pour l’année 2015, les
pays de la CEMAC ont enregistré un déficit budgétaire base engagements, hors dons de 3,5%
du PIB en 2015, contre 1,8 % en 2014, violant ainsi l’un des critères de convergence mis sur
pied dans le cadre la convergence multilatérale. En ce qui concerne les autres indicateurs, selon

28
La CEMAC compte cinq pays producteurs de pétrole (Cameroun, Gabon, Congo, Tchad et Guinée Equatoriale)
sur ses six États membres (avec la Centrafrique).

120
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

la même source, suite à la baisse des recettes d’origine pétrolières (-41,3%), les recettes
budgétaires ainsi que les dépenses publiques ont diminué respectivement de 21,5% et de 14,9%
par rapport à 2014, le déficit courant quant-à lui s’étant situé à 12,5% du PIB contre 4,1% un
an plus tôt.

Face à tous ces facteurs, le rythme de la croissance économique a nettement reculé dans
la zone CEMAC, avec un taux de croissance économique moyen qui est passé 6% en 2012 à
2,3% en 2015, alors qu’il était prévu de 4,2%, par la Banque des Etats de l’Afrique Centrale
(BEAC) pour la même année. Dans un tel contexte, les différents pays de la CEMAC se sont
vus contraints de procéder à des consolidations budgétaires. Ces consolidations budgétaires se
sont principalement orientées vers les dépenses publiques d’investissement, avec un recul de
29,7% de cette catégorie de dépenses dans les pays producteurs de pétrole de la Zone entre 2014
et 2015 (Banque de France, 2015).

A titre d’exemple, pour ce qui est de l’année 2015, le Tchad après l’atteinte du point
d’achèvement de l’initiative Pays Pauvres Très Endettés (PPTE) en avril 2015, à travers une
Loi de Finances rectificative a procédé à une réduction de son enveloppe budgétaire de l’ordre
de 194 milliards de FCFA. Le Gabon et le Congo ont eux aussi procédé à des consolidations
similaires. La Guinée Equatoriale a quant-à elle réduit de près de 1335 milliards de FCFA le
montant initialement arrêté de ses investissements publics, soit une baisse de 57 % par rapport
2014. Seule la République Centrafricaine a pendant cette période vu ses dépenses en capital
augmenter du fait de sa reconstruction du pays au lendemain de la guerre civile.

Depuis lors, les consolidations budgétaires n’ont cessé de s’accentuer dans la CEMAC.
De nos jours, elles s’inscrivent dans le cadre des Programmes d’Ajustements Structurels (PAS)
institués une fois de plus par les bailleurs de fonds internationaux (notamment la Banque
Mondiale et le FMI) comme ce fut le cas vers la fin des années 80. Dès lors, on peut être amené
à s’interroger sur les conséquences macroéconomiques de telles mesures. Dans la littérature
empirique, ces conséquences macroéconomiques sont évaluées de deux principales façons :
selon qu’elles aient réussi à réduire de manière significative les déficits et le ratio dette
publique/PIB ; et/ ou selon qu’elles aient été accompagnées par une réduction de la croissance
économique ou non (Alesina et Ardagna, 2010).

Cependant, un examen de la littérature théorique et empirique sur les effets


macroéconomiques des consolidations budgétaires révèle en même temps qu’elles peuvent

121
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

avoir des effets « expansionnistes » (effets non keynésiens29) sur l’activité économique
(Giavazzi et Pagano, 1990 ; Alesina et Ardagna ,1998 et 2010 ; Afonso, 2010), mais aussi
qu’elles peuvent entraîner une contraction de l’activité économique à travers des effets
« récessionnistes » encore qualifiés d’effets keynésiens (Guajardo et al, 2014 ; Alesina et al
2015 ; Yang et al 2015). Par ailleurs, la littérature révèle également que, outre certains facteurs
d’ordres économiques, politiques et institutionnels (Kumar et al, 2007), les effets des
consolidations budgétaires sur l’activité économique dépendraient entre autres de leur
composition30. A cet effet, de nombreux travaux tendent à démontrer que les consolidations
budgétaires axées sur la réduction des dépenses publiques sont moins susceptibles d’être
récessionnistes que celles axées sur l’augmentation des impôts (Alesina et Perotti, 1996 ;
Afonso, 2010 ; Alesina et Ardagna, 2012 ; Alesina et al 2012 ; Yang et al 2015).

Sur la base ce qui précède, ce chapitre se fixe pour objectif principal d’analyser les effets
des consolidations budgétaires sur l’activité économique dans la zone CEMAC en prenant
également en compte leur composition. De manière spécifique, il s’agira après avoir identifié
empiriquement les différents épisodes de consolidations budgétaires, d’une part d’analyser les
facteurs susceptibles de les expliquer, et d’autre part d’étudier leurs effets globaux et leurs effets
de composition sur la croissance économique, la consommation privée et l’investissement
privé.

Dans la poursuite de cet objectif, ce chapitre se décline en six sections : La première


section est consacrée à la présentation du cadre théorique ; La deuxième section passe en revue
quelques travaux empiriques ; La troisième section se penche sur les données et l’identification
des différents épisodes de consolidations budgétaires dans la CEMAC. La quatrième section
est dédiée à l’analyse des déterminants des consolidations budgétaires, la cinquième à l’analyse
empirique de leurs effets sur l’activité économique, et la dernière section à quelques tests de
robustesse.

29
Ils sont qualifiés ainsi parce qu’ils vont à l’encontre de la théorie keynésienne qui prédit des effets
macroéconomiques négatifs à court terme de toute politique budgétaire restrictive.
30
Dans la littérature, la composition des consolidations budgétaires renvoie à la désagrégation des consolidations
budgétaires en consolidations budgétaires axées sur la réduction des dépenses publiques et en consolidations
budgétaires axées sur l’augmentation des impôts. 122
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

.1 Consolidations budgétaires et activité économique : Une revue de


littérature théorique

Sur le plan pratique, l’analyse des effets macroéconomiques des consolidations


budgétaires est un aspect très important dans l’évaluation de l’efficacité des politiques
budgétaires discrétionnaires. Dans la littérature théorique, il existe de nombreuses controverses
quant-aux effets que peuvent avoir les consolidations budgétaires sur l’activité économique.
Même s’il est généralement admis qu’elles sont bénéfiques pour l’activité économique à long
terme, il existe un désaccord entre économistes quant-à leurs effets macroéconomiques à court
terme. A cet effet, deux grandes catégories d’analyses s’opposent : Une première d’inspiration
keynésienne qui met en avant les effets récessionnistes ou keynésiens des consolidations
budgétaires sur l’activité économique, et une seconde d’inspiration néoclassique qui étale leurs
effets expansionnistes ou non keynésiens.

.1.1 Les effets keynésiens des consolidations budgétaires

Dans une optique keynésienne, les consolidations budgétaires résultant aussi bien d’une
augmentation d’impôts que d’une réduction des dépenses publiques s’accompagnent d’une
contraction de la demande globale. Via le mécanisme du multiplicateur, il s’en suivra une baisse
de la production qui va à son tour entrainer une diminution des recettes fiscales. En conséquence
l’ajustement budgétaire en plus d’engendrer des effets récessionnistes sur l’activité économique
n’aura eu aucun effet sur la dynamique de la dette publique, d’où la recommandation d’utiliser
les déficits budgétaires pour relancer l’activité économique.

Cependant, cette conception keynésienne des consolidations budgétaires ne va pas


prévaloir pendant longtemps, car Feldstein (1982) va démontrer que les réductions des dépenses
publiques et les augmentations d’impôts peuvent avoir un effet positif sur la croissance
économique, ce qui a dans la littérature théorique accentué le débat sur les effets
macroéconomiques des consolidations budgétaires.

.1.2 Les effets non keynésiens des consolidations budgétaires

Contrairement à l’approche keynésienne qui permet de mettre en évidence les effets


récessionnistes des consolidations budgétaires sur l’activité économique, l’analyse
néoclassique prédit que les consolidations budgétaires peuvent avoir des effets expansionnistes

123
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

sur l’activité économique aussi bien à court terme qu’à long terme. Théoriquement, ces effets
expansionnistes sont appréhendés aussi bien du côté de la demande que du côté de l’offre
(Alesina et Perotti, 1997), et dépendent parfois de la composition des consolidations
budgétaires.

.1.2.1 Les effets expansionnistes des consolidations budgétaires appréhendés du côté


de la demande

Appréhendés du côté de la demande, les effets expansionnistes des consolidations


budgétaires transitent par deux principaux canaux : les effets de richesse et les effets de
crédibilité.

.[Link] Les effets de richesse

Suivant l’approche néoclassique de la politique budgétaire, toute réduction des dépenses


publiques lorsqu’elle est perçue comme « permanente » entraine une augmentation de la
consommation privée. Cette augmentation de la consommation privée est en partie due à l’effet
de richesse positif que crée la réduction des dépenses publiques, car cette dernière action
implique un allègement dans le futur du fardeau fiscal, et donc une augmentation de la richesse
du secteur privé. Ces effets expansionnistes peuvent être aussi enregistrés lors d’une
augmentation d’impôts comme le démontre Blanchard (1990). En effet, ce dernier propose un
modèle théorique dans lequel les consommateurs réagissent à deux sortes d’effets : L’effet de
redistribution de l’impôt intemporel par les consommateurs supposés non ricardiens et l’effet
de distorsion fiscale par lequel une augmentation d’impôts dans le présent élimine la possibilité
d’un ajustement budgétaire plus important dans le futur. En conséquence, une augmentation
des impôts dans le présent entraine une augmentation du revenu permanent des ménages et donc
une augmentation de la consommation privée (Alesina et Perotti, 1997 ; Alesina et Ardagna,
2012).

Dans le même ordre d’idées, à travers un modèle d’optimisation, Bertola et Drazen


(1993) mettent en avant ce qu’ils qualifient d’« expectation view of fiscal policy». Ils
démontrent que les effets de la politique budgétaire dans le présent dépendent des attentes
qu’elle génère pour l’orientation des politiques budgétaires futures. Ils soulignent qu’une
politique budgétaire qui aurait pu avoir des effets récessionnistes sur l’activité économique peut
être expansionniste dès lors qu’elle induit de fortes anticipations sur une politique budgétaire
orientée en sens inverse dans le futur. Toutefois, ce mécanisme repose sur une relation non

124
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

linéaire entre les dépenses publiques et la consommation privée, confortant ainsi la position de
Giavazzi et Pagano (1990). Ces chercheurs soutiennent que les effets macroéconomiques des
ajustements budgétaires dépendent de l’ampleur de ces derniers, car pouvant aller d’effets
expansionnistes pour des consolidations budgétaires de grande ampleur aux effets
récessionnistes pour les consolidations de petite ampleur, en raison de la prise en compte de
l’ampleur de l’ajustement dans la formation des anticipations par les consommateurs.

Dans la même lancée, Sutherland (1997) développe un modèle intégrant la dynamique


de la dette publique à travers lequel il met en relation la politique budgétaire dans le présent et
les impôts futurs attendus. Partant de l’hypothèse selon laquelle les consommateurs ont une
durée de vie finie, il démontre que la politique budgétaire peut avoir des effets keynésiens ou
non suivant que le niveau de la dette publique est faible ou élevé. A faible niveau de dette, un
ajustement budgétaire devrait avoir des effets keynésiens, car les consommateurs savent qu’ils
ne seront plus en vie dans un horizon lointain (quand la stabilisation est censée avoir lieu) et de
ce fait n’intègrent pas les changements futurs dans la fiscalité dans leur comportement en termes
de consommation. En revanche, lorsque le niveau de la dette publique est élevé, les
consommateurs s’attendent à une stabilisation budgétaire dans un horizon très proche (où ils
sont supposés être encore en vie) et de ce fait adoptent des comportements anti-keynésiens
(suite à l’effet de richesse positif qui résulte leurs anticipations) qui engendrent des effets
expansionnistes.

Alesina et Perotti (1997) soulignent que l’effet de richesse peut aussi résulter de la baisse
des taux d’intérêt que peut entrainer un ajustement budgétaire, car des taux d’intérêt plus bas
occasionnent une augmentation de la valeur marchande de la richesse privée via l’appréciation
du cours des titres (actions et obligations).

.[Link] Les effets de crédibilité

Un autre moyen par lequel les consolidations budgétaires peuvent avoir des effets
expansionnistes sur l’activité économique est l’effet de crédibilité qu’elles engendrent sur les
taux d’intérêt via la réduction des primes de risque (risque d’inflation et risque de défaut ou de
consolidation). En effet, la réduction des primes de risque par la baisse des taux d’intérêt
occasionne une augmentation de la consommation et de l’investissement privés, et donc une
augmentation du revenu national. Par ailleurs, compte tenu du fait que les économistes
néoclassiques mettent en exergue l’inefficacité des politiques de relance budgétaire à travers

125
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

les effets d’éviction qu’elles engendrent sur l’investissement privé, la baisse des taux d’intérêt
résultant d’une diminution des dépenses publiques entraine toutes choses étant égales par
ailleurs une augmentation de l’investissement privé, et donc de la production.

Toutefois, l’une des principales caractéristiques de l’effet de crédibilité est la multitude


d’équilibres qu’elle présente. Cette multitude d’équilibres s’explique par le fait que la prime de
risque est susceptible d’être une fonction non linéaire du niveau de la dette publique :
inexistante pour une dette publique faible ou modérée et présente pour un ratio dette
publique/PIB élevé. Ce mécanisme est décrit entre autres dans les travaux d’Alesina et al
(1990) et Miller et al (1990) qui sur la base de différents modèles, montrent que les porteurs
d’obligations peuvent être imposés par le gouvernement suivant les circonstances : Lorsque des
crises de confiance se concrétisent suite à un niveau de dette publique à courte échéance élevé
pour les premiers, et lorsque le niveau de la dette publique atteint un certain seuil pour les
seconds.

.1.2.2 Les effets non keynésiens des consolidations budgétaires appréhendés du côté
de l’offre

Du côté de l’offre, les effets expansionnistes des consolidations budgétaires passent par
l’intermédiaire du marché du travail via l’offre de travail et la structure du marché du travail
(Alesina et Perotti, 1996 ; Alesina et al, 2002 ; Alesina et Ardagna, 1998 et 2012).

.[Link] L’offre de travail

Les effets expansionnistes des consolidations budgétaires via l’offre de travail reposent
sur les effets de richesse qu’engendrent la réduction des dépenses publiques et/ou
l’augmentation des impôts sur la consommation privée. Comme le soulignent Alesina et Perotti
(1996), les mêmes effets de richesse enregistrés du côté de la demande peuvent entrainer une
baisse considérable de la main d’œuvre car, un individu plus riche aura tendance à accroître sa
consommation et à réduire son temps de travail31. En outre, Alesina et Perotti (1996) soulignent
qu’en plus de l’effet de richesse, les effets macroéconomiques des consolidations budgétaires
reposent sur l’effet de substitution qu’elles ont sur l’offre de travail car, une augmentation

31
Ce raisonnement est effectué dans le cadre d’un modèle néoclassique où la consommation et les loisirs sont
considérés comme des biens normaux et où les travailleurs sont supposés partager leur temps entre le travail et les
loisirs.

126
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

d’impôts par exemple a des effets négatifs immédiats sur le profit des entreprises et donc sur
les investissements privés (Baxter et King, 1993). Par ailleurs, l’augmentation de
l’investissement privé résultant de la baisse des taux d’intérêt suite à la consolidation budgétaire
se traduit à long terme par une augmentation du stock de capital et une augmentation de la
production.

.[Link] La structure du marché du travail

Un autre canal à partir duquel on peut appréhender les effets macroéconomiques des
consolidations budgétaires est la structure du marché du travail. Toutefois ces effets restent
ambigus et dépendent de la composition de l’ajustement budgétaire. En présence des syndicats
sur le marché, une augmentation de l’impôt sur le revenu par exemple pousse les syndicats à
négocier des augmentations des salaires afin de compenser la perte de revenu enregistrée suite
aux distorsions fiscales. Ce qui réduit le bénéfice et les investissements des entreprises privées.
Par ailleurs, lorsque le gouvernement procède à une baisse de ses dépenses publiques en
licenciant dans le secteur public par exemple, la demande globale de travail baisse entrainant
une réduction du coût unitaire du travail, ce qui améliore la rentabilité des entreprises et par là
même booste les investissements privés (Lane et Perotti, 1996). En revanche, ces effets peuvent
être différents pour une réduction des autres catégories de dépenses publiques de consommation
car, le secteur privé et le secteur public ont la même propension à dépenser en matière de
dépenses de consommation non salariales (Alesina et Perotti, 1996). En outre, Alesina et Perotti
(1995) montrent que les effets macroéconomiques des consolidations budgétaires sont faibles
dans les pays où le marché du travail a des syndicats décentralisés (Etats unis et Canada par
exemple), et relativement faibles dans ceux où les syndicats sont fortement centralisés.

.2 Consolidations budgétaires et activité économique : Quelques


travaux empiriques

Dans la littérature empirique, l’analyse des effets macroéconomiques des consolidations


budgétaires remonte aux travaux de Giavazzi et Pagano (1990) qui, en se focalisant sur le cas
du Danemark et de l’Irlande, avaient trouvé que les importantes consolidations budgétaires
survenues dans ces pays dans les années 80 ont eu des effets expansionnistes sur l’activité
économique via un accroissement de la consommation privée. A leur suite, il s’en est suivi une
multitude de travaux visant à étudier la relation entre les consolidations budgétaires et les
performances macroéconomiques, les uns visant à analyser les effets macroéconomiques des

127
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

consolidations budgétaires, et les autres poussant un peu plus loin les analyses en se penchant
sur les facteurs susceptibles de déterminer « l’échec » ou la « réussite » de ces consolidations
budgétaires.

.2.1 De l’analyse des effets macroéconomiques des consolidations budgétaires

Sur le plan pratique, l’analyse des effets macroéconomiques des consolidations


budgétaires passe au préalable par leur identification. Dans la littérature, cela s’est souvent faite
suivant deux approches : une première approche qualifiée de « quantitative » qui consiste à
utiliser le solde budgétaire primaire corrigé des variations cycliques (SPCVC) (Alesina et
Ardagna, 2010 ; Alesina et al, 2012 ; Yang et al 2015), et une seconde approche qualifiée de
« qualitative » ou « narrative » qui consiste à utiliser des documents historiques (lois de
finances, rapports des banques centrales, etc.) (Romer et Romer, 2007 et 2010 ; Devries et al,
2011 ; Alesina et al, 2014 ; Guajardo et al, 2014). Contrairement à la première, cette seconde
approche a ceci de particulier qu’elle prend en compte entre autres les motivations qui ont
poussé les autorités budgétaires à procéder à l’ajustement budgétaire.

Suivant que ces approches aient été utilisées de façon individuelle ou de façon combinée
(souvent à titre comparatif), les différents résultats obtenus dans la littérature quant-aux effets
macroéconomiques des consolidations budgétaires restent divergents. Alesina et Perotti (1996)
analysent les effets macroéconomiques des ajustements budgétaires dans les pays de l’OCDE.
De leur étude, il en ressort que les consolidations budgétaires axées sur la réduction de certaines
catégories de dépenses publiques (masse salariale et dépenses de transfert) sont susceptibles
d’avoir des effets expansionnistes alors que celles axées sur l’augmentation des impôts et la
réduction des dépenses publiques d’investissement entrainent une contraction de l’activité
économique.

Deux ans plus tard, Alesina et Ardagna (1998) s’intéressant toujours aux pays de
l’OCDE, trouvent que les consolidations budgétaires ont eu des effets non keynésiens sur
l’activité économique sur la période considérée (début des années 60 jusqu’en 1998). A partir
de là ils fournissent diverses interprétations par rapport à ce résultat, allant à la fois du côté de
l’offre et du côté de la demande. Du côté de la demande, ils montrent que les ajustements
budgétaires permanents augmentent la demande globale via les effets de richesse et les effets
de crédibilité. Du côté de l'offre, ils soulignent que les ajustements budgétaires fondés sur les
hausses d'impôts sont de courte durée et de ce fait devraient inclure des réductions de l'emploi

128
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

public, des transferts et de la masse salariale pour être durables. Selon eux, ces mesures rendent
le marché du travail plus efficace et augmente l’offre, mais à condition qu’elles soient soutenues
par les syndicats.

Dans le cas des Etats Unis, Burger et Zagler (2008) montrent que les taux de croissance
élevés enregistrés pendant les années 90 étaient également dus aux consolidations budgétaires
qui ont eu lieu pendant cette période. Plus précisément, ils démontrent qu’une augmentation
des recettes fiscales réduit le biais de distorsion des impôts futurs et entraine par conséquent
une augmentation de la consommation et de la confiance des consommateurs. Du côté de
l’offre, ils montrent qu’une réduction des dépenses en transferts réduit les pressions sur le
marché du travail et génère des liquidités sur les marchés financiers, ce qui incite davantage à
investir.

Alesina et Ardagna (2012) examinent les effets des consolidations budgétaires sur
l’activité économique et la dynamique de la dette publique dans les pays de l’OCDE sur la
période 1970- 2007. En prenant en compte leur composition, ils montrent que les réductions de
dépenses publiques sont plus susceptibles de réduire les déficits et le ratio dette publique/PIB
que les augmentations d’impôts. En outre, ils soulignent que les ajustements budgétaires fondés
sur les réductions des dépenses publiques sont moins susceptibles d’être récessionnistes que
ceux fondés des augmentations d’impôts, résultats qui corroborent en partie ceux d’Alesina et
Perotti (1996).

Dans le même sillage, dans leur étude visant à trouver la combinaison la plus efficace
entre les différentes composantes des consolidations budgétaires (réduction des dépenses
publiques et augmentation des impôts) pouvant réduire de manière permanente le ratio dette
publique/PIB dans 21 pays de l’OCDE, Alesina et al (2012) aboutissent à trois principaux
résultats : Tout d’abord, ils montrent que les consolidations budgétaires axées sur les dépenses
publiques sont moins susceptibles d’être inversées et conduisent à une réduction plus
permanente du ratio dette publique/PIB ; Ensuite, ils soutiennent que les consolidations
budgétaires axées sur l’augmentation des dépenses publiques entrainent des récessions moins
importantes que celles axées sur l’augmentation d’impôts ; Enfin, ils soulignent que les
consolidations budgétaires axées sur les dépenses publiques deviennent expansionnistes dès
lors qu’elles sont accompagnées des politiques axées sur la croissance comme la libéralisation
du marché du travail et du marché des biens et services. Dans une autre étude, Alesina et al
(2014) étudient les effets macroéconomiques des consolidations budgétaires dans les pays de

129
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

l’OCDE et parviennent aux résultats selon lesquels les consolidations budgétaires axées sur les
réductions des dépenses publiques sont moins coûteuses en termes de ralentissement de
l’activité économique que celles axées sur des hausses d’impôts.

Sous un tout autre angle, Yang et al (2015) se servent à la fois de l’approche quantitative
et de l’approche qualitative pour examiner les effets des consolidations budgétaires sur l’activité
économique à court terme dans 20 pays de l’OCDE sur la période 1970-2010 et par là même
comparent ces différentes approches. De leurs travaux, il ressort que les ajustements budgétaires
ont des effets récessionnistes sur l’activité économique à court terme et que ceux consistant à
réduire les dépenses publiques engendrent des pertes de production moins élevées que ceux
consistant à augmenter les impôts. Par ailleurs, ces résultats sont valables pour les deux
approches utilisées, allant ainsi à l’encontre de certaines études qui font prévaloir que
l’approche quantitative aurait tendance à rendre les ajustements budgétaires expansionnistes
contrairement à l’approche narrative.

Suivant cette dernière approche, de nombreux chercheurs ont analysé les effets
macroéconomiques des consolidations budgétaires. Romer et Romer (2007) s’en servent pour
étudier l’impact des modifications fiscales sur l’activité économique aux Etats Unis. De leur
étude, il ressort que les augmentations d’impôts ont des effets très récessionnistes sur l’activité
économique. Plus précisément, après avoir distingué les modifications fiscales discrétionnaires
de celles prévues par la loi, ils montrent qu’une augmentation d’impôts de 1% du PIB engendre
une baisse de la production nationale d’environ 3% dans les trois années à venir. En outre, ils
soulignent que ces effets sont plus faibles pour les changements fiscaux non discrétionnaires.

Dans la même lancée, Guajardo et al (2014) étudient les effets des consolidations
budgétaires sur l’activité économique dans les pays de l’OCDE. Suivant une approche
qualitative, ils trouvent que les consolidations budgétaires ont des effets keynésiens sur la
consommation privée, l’investissement privé et le PIB. Par ailleurs, en faisant une extension à
l’approche quantitative, ils trouvent que, contrairement à leurs résultats précédents, les
consolidations budgétaires ont eu des effets expansionnistes sur l’activité économique. Leurs
résultats corroborent ainsi ceux du FMI (2010), de Devries (2011) et d’Afonso et Jalles (2011)
qui, quelques années plutôt, en comparant les résultats obtenus suivant différentes approches
consolidations budgétaires expansionnistes contrairement à l’approche narrative.

130
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Toutefois, bien que les deux approches puissent fournir des épisodes de consolidations
budgétaires différents pour certains pays (Kleis et Moessinger, 2016), elles aboutissent à des
conclusions presque semblables en ce qui concerne leur ampleur dans un grand nombre de cas
(Guajardo et al. 2014). Aussi, comme le soulignent Yang et al (2015), l’approche quantitative
présente l’avantage qu’elle est assez facile à appliquer et qu’elle peut être améliorée de façon à
fournir des résultats aussi robustes que l’approche narrative.

Ces résultats contradictoires montrent bien que le débat est encore loin d’être clos en ce
qui concerne les effets macroéconomiques des consolidations budgétaires. Pendant que
certaines études font valoir qu’elles ont des effets expansionnistes sur l’activité économique,
d’autres prouvent plutôt le contraire et parfois même pour un même échantillon de pays. En vue
de mieux appréhender ces divergences, certaines études empiriques se penchent sur les facteurs
susceptibles de les expliquer.

.2.2 De l’analyse des déterminants des consolidations budgétaires

Sur le plan pratique, de nombreux facteurs peuvent être à l’origine de la « réussite » ou


de « l’échec » des consolidations budgétaires. Ces facteurs sont d’ordres économiques,
politiques et institutionnels (Kumar et al, 2007).

Dans leur étude visant à analyser les déterminants de la réussite des consolidations
budgétaires dans un échantillon de pays de l’OCDE, McDermott et Wescott (1996) montrent
que la réussite32 d’une consolidation budgétaire dépend à la fois de sa taille, de sa composition
et de la nature du cycle économique. Plus précisément, ils montrent que les consolidations
budgétaires axées sur la réduction des dépenses publiques sont plus susceptibles de réussir que
celles axées sur l’augmentation d’impôts, et que les chances de réussite augmenteraient avec
l’ampleur de l’ajustement budgétaire. En outre, ils soulignent que les consolidations budgétaires
sont plus susceptibles d’échouer lorsque l’économie se trouve en phase de récession. Dans la
même lancée, Giudice et al. (2007) montrent que les consolidations budgétaires axées sur la
réduction des dépenses publiques sont plus susceptibles d’être expansionnistes que celles axées
sur les augmentations d’impôts. Par ailleurs, ils soulignent que pendant les périodes de

32
Cette réussite est jugée par la capacité de l’ajustement budgétaire à réduire de façon permanente la dette publique
au bout d’une certaine période de temps.

131
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

récession, la probabilité d’avoir des consolidations budgétaires expansionnistes est plus élevée
que pendant les périodes de recession.

Sous un tout autre angle, Ardagna (2004) analyse les déterminants et les canaux à travers
lesquels les consolidations budgétaires agissent sur la dynamique de la dette publique et la
croissance économique dans un échantillon de pays de pays de l’OCDE. Il montre que la
capacité des consolidations budgétaires à réduire de manière significative le ratio dette
publique/PIB dépend plus de leur taille que de leur composition. En outre, il montre que
contrairement aux politiques monétaires expansionnistes et à la dévaluation du taux de change,
le taux de croissance économique joue un rôle important sur la réussite des ajustements
budgétaires car, les ajustements budgétaires expansionnistes dépendraient en grande partie des
taux de croissance élevés. Par ailleurs, il souligne que les effets de composition des ajustements
budgétaires fonctionnent principalement par l’intermédiaire du marché du travail plutôt que par
les anticipations que font les agents économiques sur la conduite des politiques budgétaires
futures.

A leur suite, Lambertini et Tavares (2005) examinent l’influence des politiques


monétaires et de change sur la réussite des ajustements budgétaires dans les pays de l’OCDE.
A l’issu de leurs différentes analyses, ils constatent que les ajustements budgétaires réussis sont
précédés d’une dépréciation du taux de change. Plus précisément, ils montrent qu’une
dépréciation du taux de change nominal d’un écart type de l’échantillon dans les deux années
précédant un ajustement budgétaire augmente sa probabilité de réussite de deux points de
pourcentage. En outre, ils soulignent que la taille et la composition des ajustements budgétaires
sont des déterminants importants de leur réussite, et qu’il serait difficile d’obtenir des
ajustements budgétaires expansionnistes au sein d’une union économique et monétaire car
l'adoption d'une monnaie unique exclut l'utilisation de la politique de change entre les pays
membres.

Dans le même ordre d’idées, McDermott et Wescott (1996) examinent l’interaction


entre les ajustements budgétaires et les performances macroéconomiques dans les pays
industrialisés sur la période 1970-1995 tout en se penchant sur leurs principaux déterminants.
Après avoir constaté que les ajustements ne sont pas récessionnistes à moyen terme, ils trouvent
également que les consolidations budgétaires fondées sur la réduction des dépenses publiques
de consommation (masse salariale et dépenses de transfert) sont plus susceptibles de réduire le
ratio dette publique/PIB que celles fondées sur des augmentations d’impôts. Par ailleurs, ils

132
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

soulignent que plus l'ampleur de l'ajustement budgétaire est importante, plus il est probable qu'il
réussisse à réduire le ratio dette publique/PIB.

D’un autre côté, Afonso (2010) étudie les ajustements budgétaires expansionnistes dans
quinze pays d’Europe sur la période 1970-2005. De son étude, il en ressort que les ajustements
budgétaires ont tendance à avoir des effets expansionnistes à long terme et des effets non
significatifs à court terme et ce uniquement pour certaines catégories de dépenses publiques
(dépenses de consommation finales des administrations publiques et transferts sociaux). Dans
la même logique, Afonso et Jalles (2011) mesurent la réussite des ajustements budgétaires
suivant des définitions alternatives et parviennent à la conclusion qu’outre l’utilisation du
SPCVC, la durée des consolidations budgétaires contribue à leur réussite.

.3 Données et identification des épisodes de consolidations


budgétaires dans la CEMAC

Des deux principales approches d’identification des consolidations budgétaires


présentées dans la section précédente, nous optons dans le cadre de cette étude pour une
approche quantitative. Ce choix se justifie d’une part par la simplicité avec laquelle elle
s’applique (Yang et al, 2015) et d’autre part par les difficultés d’accès aux archives historiques
dans les pays de la CEMAC qui nous auraient permis d’opter pour l’approche narrative. Par
ailleurs, cette dernière approche fait aussi souvent l’objet de quelques critiques. En effet, elle
est sujette à des chocs importants (comme cela peut être dans le cas dans les économies
pétrolières comme celles de la CEMAC) que l’approche quantitative va réduire sans toutefois
éliminer complètement.

.3.1 Nature et sources de données

Dans le cadre de cette étude, nous utilisons les données annuelles sur la période 1987-
2016 pour les six pays membres de la CEMAC à savoir le Cameroun, le Congo, le Gabon, la
Guinée Equatoriale, le Tchad et la République Centrafricaine. Ces données proviennent de deux
principales sources, à savoir la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC) et de la base de
données World Development Indicators (WDI) de la Banque Mondiale.

Tout comme dans la plupart d’études empiriques utilisant l’approche quantitative,


(Alesina et Perotti, 1995 et 1997 ; Giavazzi et Pagano, 1996 ; Alesina et Ardagna, 1998, 2010,

133
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

2012 ; Afonso, 2010 ; Yang et al, 2015, pour ne citer que ceux-là), la correction cyclique lors
du calcul du SPCVC est faite suivant la méthodologie proposée par Blanchard (1993). Il s’agit
d’une méthode plus « simple » et plus « transparente » que celles « compliquées » proposées
par certaines institutions comme l’OCDE (Alesina et Ardagana, 2010). Elle consiste tout
d’abord à régresser les recettes (Rt) et les dépenses primaires (Gt) sur une tendance temporelle
(trend) et le taux de chômage33 (Ut) afin d’éliminer des effets relevant des fluctuations de
l’activité économique tels que l’inflation ou les variations des taux d’intérêt réels.

En ce qui concerne la correction cyclique des dépenses primaires par exemple, cela peut
se présenter formellement comme suit :

Gt  0 1Trend 2Ut t (1)

A partir des coefficients 0 et 1 estimés, la prochaine étape consiste à calculer la valeur


des dépenses primaires corrigés en fonction des variations du chômage (ou de l’écart de
production) sur la base du taux de chômage (ou de l’écart de production) décalé d’une période

Ut 1 :
Gt (Ut 1)  ˆ0 ˆ1Trend ˆ2Ut 1 (2)
Ainsi, la variation des dépenses primaires corrigées des variations cycliques est donnée

par Gt (Ut 1)  Gt 1 .La même procédure est suivie pour calculer la variation des recettes fiscales

corrigées des variations cycliques Rt (Ut 1 )  Rt 1 afin d’en déduire la variation du solde
primaire corrigé des variations cycliques donnée par :
SPCVC   Rt  Rt 1   Gt*  Gt 1  (3)

Suivant cette approche, nous avons calculé la variation du SPCVC pour les différents
pays de la CEMAC. Le graphique 3-1 ci-dessous présente leur évolution.

33
Dans le cadre de cette étude, la correction cyclique est faite en remplaçant le taux de chômage par l’output gap
comme c’est le cas dans de nombreuses études empiriques. Ce choix se justifie principalement par une absence de
séries longues sur le taux de chômage dans les pays de la CEMAC.
134
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Graphique 3-1- Evolution de la variation du solde primaire corrigé des variations


cycliques en % du PIB dans la CEMAC

30
variation du solde primaire corrigé des variations

20
cycliques en % du PIB

10

0
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
-10

-20

-30

vspcvccameroun vspcvccongo vspcvcgabon vspcvcguinee vspcvcrca vspcvctchad

Source : Calculs de l’auteur à partir données de la BEAC

A partir de cette variation, nous pouvons dès lors définir les différents épisodes de
consolidations budgétaires dans la CEMAC.

.3.2 Définition des épisodes de consolidation budgétaire

Dans la littérature, la définition des épisodes de consolidations budgétaires repose sur


les variations observées du SPCVC. En d’autres termes, une période donnée sera considérée
comme un épisode de consolidation budgétaire si on assiste à une variation du SPCVC jugée
importante et durable, l’ampleur et la durabilité étant fonctions respectivement d’un certain
seuil exprimé en pourcentage du PIB et du temps d’observation. Dans la littérature, ces critères
sont définis de façon arbitraire. Le tableau 2-1 ci-dessous donne un aperçu des différentes
définitions données aux épisodes d’ajustements budgétaires selon quelques études empiriques.

135
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Tableau 3-1- Définitions des épisodes d’ajustements budgétaires selon quelques études
sélectionnées dans la littérature.

Etudes Critères de définition des épisodes d’ajustements


budgétaires en fonction des variations du SPCVC
Alesina et Perotti (1995) La variation du SPCVC est d’au moins un point de pourcentage
Alesina et Ardagna (2010) du PIB en un an.
Les changements cumulatifs du SPCVC sont d’au moins cinq,
Giavazzi et Pagano (1996) quatre, trois points de pourcentage du PIB respectivement
pendant quatre, trois ou deux années, soit trois points de
pourcentage en un an.
La variation du SPCV est d’aux moins deux points de
Alesina et Ardagna (1998) pourcentage du PIB en un an ou au moins un point et demi de
pourcentage en moyenne au cours des deux dernières années.

Giavazzi et al. (2000) La variation du SPCV est d'au moins un point et demi de
Kamps (2006) pourcentage du PIB par an sur deux années consécutives.

Afonso (2010) La variation du SPCVC est d'au moins une fois et demie l'écart-
type (dans le panel) en un an, ou lorsqu’elle est d’au moins un
écart type en moyenne au cours des deux dernières années

Alesina et Ardagna (2012) Les variations cumulatives du SPCVC sont d’aux moins deux
points de pourcentage du PIB en deux années consécutives et
d’aux moins trois points de pourcentage du PIB en trois ans ou
plus, avec une amélioration chaque année

Une amélioration du SPCVC d’au moins l’écart type  i  + la


Yang et al (2015)
moyenne i  de l’année considérée pour un ajustement
budgétaire uni annuel, et une amélioration du SPCVC d’au
moins i 1/3i dans la première année accompagnée d’un
changement cumulatif d’au moins i 4/3i sur deux ans ou
i  2i sur trois ans ou plus pour les ajustements budgétaires
pluriannuels.
Source : Construction de l’auteur à partir de la littérature

Les critères résumés dans le tableau ci-dessus peuvent être considérés comme des
normes en matière de définition des épisodes de consolidations budgétaires suivant l’approche
quantitative. Toutefois, dans la littérature, le choix de l’un ou l’autre critère reste facultatif.

136
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Ainsi donc, dans le cadre de cette étude, nous considérons pour chaque pays qu’il y’a eu
consolidation budgétaire au cours d’une année donnée si la variation du solde primaire corrigé
des variations cycliques en pourcentage du PIB au cours de ladite année est d’au moins 1%.

Le choix de ce critère s’est basé aussi bien sur la littérature empirique (Alesina et Perotti,
1995 et Alesina et Ardagna, 2010) que sur quelques faits historiques avérés propres à chaque
pays de la CEMAC. En effet, après quelques simulations effectuées avec les différents seuils
recensés dans la littérature, le seuil de 1% s’est présenté comme le plus satisfaisant car au-delà
de ce seuil, certains épisodes de consolidations budgétaires avérés que l’on retrouve entre autres
dans des rapports d’organismes internationaux (FMI, Banque Mondiale, Banque de France)
étaient ignorés.

.3.3 Identification des épisodes de consolidation budgétaire

Sur la base de la définition ci-dessus, nous avons identifié 22 épisodes de consolidation


budgétaires dans l’ensemble des pays de le CEMAC pour un équivalent en années de 80. Le
tableau 3-2 ci-dessous récapitule les différents épisodes de consolidation budgétaire dans la
CEMAC recensés suivant le critère susmentionné.

Tableau 3-2 : Récapitulatif des épisodes de consolidations budgétaire dans la CEMAC

Pays Episodes de consolidation budgétaire Nombre total Nombre d’années


d’épisodes

Cameroun 1987-1994, 2011-2016 2 14


Congo 1987-1990, 1992-1995, 2003, 2013-2016 4 13
Gabon 1987-1990, 1993-1994,1999, 2011-2016 4 13
Guinée E. 1987-1994, 2010-2016 2 15
RCA 1992-1996, 1999-2000, 2006, 2014-2016 4 10
Tchad 1987-1988, 1990-1991, 1995, 2001- 6 15
2005, 2010-2011, 2013-2015

CEMAC 22 80
Source : Construction de l’auteur à partir de ses propres calculs

137
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

De ce tableau, il ressort d’une part que le nombre d’années de consolidations budgétaire


varie d’un pays à un autre (excepté entre le Congo et la Guinée Equatoriale), et d’autre part que
la durée des épisodes de consolidation budgétaire n’a pas toujours été la même aussi bien au
sein d’un pays qu’entre les différents pays, bien qu’appartenant à la même union monétaire.

Graphique 3-2 : Distribution des épisodes de consolidation budgétaire dans la CEMAC


suivant leur durée

4
Nombre d'épisodes

0
1 2 3 4 5 6 7 8

Durée de la consolidation(en années)

Source : Construction de l’auteur à partir de ses propres calculs

A partir du graphique 3-2 ci-dessus, on remarque que des 22 épisodes de consolidations


budgétaires identifiées dans la zone CEMAC, la majorité (soit exactement 13 épisodes) est
d’une durée supérieure ou égale à 3 ans, avec un maximum de 8 ans notamment observé entre
1987 et 1994 au Cameroun et en Guinée Equatoriale, période durant laquelle la quasi-totalité
des pays de la CEMAC étaient sous Programmes Ajustements Structurels (PAS). Quant-aux
épisodes dont la durée varie entre un et deux ans, ils sont observés pour la plupart en République
Centrafricaine qui en capitalise 4 sur les 9 épisodes enregistrés, suivi du Tchad (2 épisodes), du
Gabon (2 épisodes) et du Congo (1 épisode).

138
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Graphique 3-3 : Distribution du nombre de consolidations budgétaires (en années) par


sous-périodes dans la CEMAC

5
Nombre de consolidations budgétaires

2
(en années)

0
1987-1991
1992-1996
1997-2001
2002-2006
2007-2011
2012-2016

Cameroun Congo Gabon Guinée E RCA Tchad

Source : Construction de l’auteur à partir de ses propres calculs

Dès lors que l’on évalue les consolidations budgétaires non plus en épisodes mais plutôt
en années, on se rend compte que les consolidations budgétaires dans la CEMAC se sont
concentrées principalement sur trois sous-périodes à savoir 1987-1991, 1992-1996 et 2012-
2016.

Les consolidations budgétaires observées pendant la période 1987-1991 peuvent être


imputables d’une part à la crise économique survenue dans la zone dès le milieu des années 80
et d’autre part aux Programmes d’Ajustement Structurels (PAS) prescris par les bailleurs de
fonds (Banque Mondiale et FMI) et dont l’une des mesures phares était de réduire le train de
vie de l’Etat. Celles observées durant la période 1992-1996 sont la continuité des précédentes
à la seule différence que dès 1994, les PAS cèdent place à la dévaluation du Franc CFA.

En ce qui concerne les consolidations budgétaires observées au cours de la période


2012-2013, elles sont principalement le fruit des baisses répétitives des cours de matières
premières et notamment du pétrole sur le marché international. Toutefois, il n’en demeure pas
moins vrai qu’outre les périodes susmentionnées, qu’on ait enregistré d’autres années de
consolidations budgétaires dans certains pays de la CEMAC. Tel fut par exemple le cas au
Gabon 1999, année durant laquelle ce pays procédait à l’assainissement de ses finances
publiques ou encore au Tchad entre 2001 et 2005.

139
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Après avoir identifié les différents épisodes de consolidations budgétaires dans la


CEMAC, la prochaine étape de cette étude consiste à analyser les facteurs susceptibles de les
déterminer

.4 Analyse des déterminants du déclanchement des consolidations


budgétaires dans la CEMAC

Dans la littérature, de nombreux facteurs font figurent de déterminants du début des


consolidations budgétaires. Suivant différentes études (Alesina et Ardagna, 2010 et 2013 ;
Molnar, 2012 ; Yang et al, 2015), ces facteurs sont de trois principaux types : Les facteurs
macroéconomiques, les facteurs budgétaires, et les facteurs politiques.

En ce qui concerne le premier groupe de facteurs, bon nombre d’études (Molnar, 2012 ;
Yang et al, 2015) montrent que les consolidations budgétaires sont fortement affectées par la
situation macroéconomique passée du pays dans lequel elle est implémentée. Ces facteurs
comprennent entre autres le taux de croissance du PIB, l’écart de production, le taux de change,
la situation du commerce extérieur, et le niveau d’inflation.

Quant aux facteurs budgétaires, outre la composition des consolidations budgétaires et


leur taille, ils renvoient entre autres à la situation des soldes budgétaires, au taux d’endettement
public, à la part des recettes dans le PIB ou encore à la typologie des dépenses publiques. Ainsi
une situation budgétaire critique ainsi qu’un niveau élevé de dette publique peut entrainer les
gouvernements à mettre sur pied des consolidations budgétaires. A cet effet, Molnar (2012)
montre par exemple qu’une augmentation du taux d’endettement public ainsi qu’une
détérioration du solde budgétaire primaire contribue au déclanchement des consolidations
budgétaires.

S’agissant des facteurs politiques, certains chercheurs (Molnar, 2012 ; Yang et al., 2015)
montrent que l’orientation politique du gouvernement en place (gouvernement de gauche ou de
droite) et les périodes électorales sont des facteurs déterminants pour le déclanchement et/ou la
réussite d’une consolidation budgétaire.

Sur le plan méthodologique, l’analyse des déterminants du déclanchement des


consolidations budgétaires dans la littérature est essentiellement centrée autour de l’utilisation
des modèles à variable dépendante binaire (modèles Logit et Probit). Dans le cadre de cette

140
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

étude, nous optons pour un modèle Logit en panel34 où la variable dépendante prend la valeur
1 pendant les épisodes de consolidations budgétaires, et la valeur 0 dans le cas contraire.
Contrairement à certains chercheurs qui codent différemment leur variable dichotomique en
mettant la valeur 1 uniquement pour les années de déhanchement des consolidations budgétaires
et la valeur 0 pour les autres années (Guichard et al., 2007 ; Yang et al, 2015), notre choix se
justifie principalement par le fait que d’un point de vue pratique, l’autorité budgétaire décide
non seulement la consolidation budgétaire, mais aussi de son maintien ou non au cours des
années suivantes.

Sous sa forme générale, le modèle Logit que nous estimons se présente comme suit :

e Xi  1
Pi  Pr ob(Yi  1| X i )  F ( X i  )  Xi 
 (4)
1 e 1  e Xi 
Où Pr ob(Yi 1| Xi ) est la probabilité qu’une consolidation budgétaire Yi survienne

conditionnellement à nos différentes variables explicatives Xi ,  est le vecteur des paramètres


du modèle. Dans le cadre de cette étude, les variables explicatives utilisées sont choisies
conformément à la littérature et sont à la fois d’ordres macroéconomiques, budgétaires, et
politiques.

Ainsi , notre vecteur Xi est constitué du taux de croissance du PIB réel de l’année t et de
l’année t-1 (PIBt et PIBt-1), du taux d’inflation de l’année retardé d’une période (  t  1 ), du solde
extérieur en pourcentage du PIB retardé d’une période, du solde budgétaire primaire en
pourcentage du PIB retardé d’une période, du ratio dette publique/PIB de retardé d’une période,
de l’écart de production (output gap)35 en pourcentage du PIB de également retardé d’une
période et d’une variable élection prenant la valeur 1 pendant les périodes électorales
(municipales, législatives, référendum, présidentielles, sénatoriales) et la valeur 0 dans le cas
contraire. Faute de disponibilité des données pour l’ensemble des pays de la CEMAC et au
regard de leur spécificité, certaines variables le plus souvent utilisées dans la littérature telles
que le taux de change et l’orientation politique du gouvernement36 n’ont pas été pris en compte

34
Une autre alternative à ce modèle est le modèle Probit, mais les résultats qui y sont issus sont sensiblement
identiques à ceux du modèle Logit.
35
L’écart de production est calculé en appliquant le filtre d’Hodrick et Prescott au PIB réel. Pour cela, nous
retenons comme paramètre de lissage la valeur 100 recommandée dans la littérature pour les données annuelles.
36
Contrairement à certains pays développés comme la France ounles Etats Unis où l’orientation du gouvernement
en place est rationnellement connue, il est difficile de cerner l’orientation des gouvernements dans des pays de la 141
CEMAC dans la mesure où les politiques économiques ne sont pas clairement définies.
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

dans cette étude. Les différents résultats issus de l’estimation de notre modèle Logit sont
résumés dans le tableau 3-3 ci-dessous.

Tableau 3-3 - Déterminants des consolidations budgétaires dans la CEMAC (effets


marginaux)

VARIABLES Consolidation budgétaire Intervalle de confiance à 95%


(dummy)
Taux de croissance 0,0077 ** 0,0011595 0,0142526
du PIB (t) (0 ,0033)
Taux de croissance -0,0003 0,0069961 0,0062815
du PIB (t-1) (0 ,0033)
Inflation (t-1) 0,0017 -0,0069572 0,0104125
(0,0044)
Solde extérieur (t-1) 0,003** -0,0001686 0,0061863
(0 ,0015)
Solde budgétaire -0,0273*** -0,0452102 -0,0094062
primaire (t-1) (0,0091)
Dette publique (t-1) -0,0008 -0,0018461 0,0002417
(0,0005)
Output gap (t-1) 0,0035*** 0,0010149 0,0060528
(0,0012)
Elections (dummy) 0,037 -0,0455692 0,1198968
(0,042)
Observations 168 168
Nombre de pays 6 6
Notes : Les chiffres entre parenthèses représentent les écarts types. *, ** et *** indiquent le niveau de
significativité des coefficients estimés respectivement au seuil de 10%, 5% et 1%
Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel STATA 14

Ces résultats montrent que les performances macroéconomiques passées, ici


matérialisées par la croissance économique et l’inflation retardés d’une période n’influencent
pas la probabilité de survenance des consolidations budgétaires dans la CEMAC, car les
coefficients à eux associés sont non significatifs aux différents seuils considérés dans le cadre
de cette étude. En revanche, le taux de croissance économique de l’année courante a un
coefficient positif et significatif au seuil de 5%. Ce qui suggère que la décision de procéder à
une consolidation budgétaire au cours d’une année donnée reste affectée par la croissance
économique observée au cours de ladite année. En ce qui concerne l’écart de production, on
observe que le coefficient à lui associé est positif et significatif au seuil de 5%, ce qui nous
laisse sous-entendre qu’une conjoncture économique défavorable observée au cours d’une
année affecte positivement la probabilité de déclenchement d’une consolidation budgétaire

142
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

l’année suivante, étant donné que les épisodes de consolidations budgétaires identifiés dans le
cadre de cette étude coïncident pour la plupart avec les périodes de récession économique.

En ce qui concerne les facteurs budgétaires, le solde budgétaire primaire de l’année


précédente joue un rôle important dans la mise sur pied des consolidations budgétaires. Une
augmentation du solde budgétaire primaire initial de 1% du PIB diminue la probabilité de
décider d'une politique d'ajustement budgétaire de 2,73%. En revanche, le ratio dette publique
extérieure/PIB de l’année précédente présente un coefficient proche de zéro et non significatif.
Ce qui sous-tend que la décision des consolidations budgétaires dans la CEMAC n’est pas
dictée par la dynamique de la dette publique extérieure, d’où la nécessité de juger de l’efficacité
des consolidations budgétaires dans la CEMAC non pas selon leurs effets sur la dynamique de
la dette publique, mais plutôt sur l’activité économique.

Quant à la situation politique, elle est captée dans notre modèle par la variable
« élections ». Etant donné que le coefficient associé à cette variable est non significatif aux
seuils fixés, nous pouvons conclure que l’approche des élections n’affecte pas la probabilité de
survenance des consolidations budgétaires dans la CEMAC. Autrement dit, la théorie du
« political budget cycle » qui suppose que les gouvernements ont tendance à procéder à des
politiques budgétaires expansionnistes à la veille des élections afin de faciliter leur réélection
n’est pas vérifiée dans notre contexte. Cela peut s’expliquer par le fait que la démocratie est
encore embryonnaire dans les pays de la CEMAC.

.5 Analyse empirique des effets des consolidations budgétaires sur


l’activité économique dans la zone CEMAC

L’objectif de l’analyse empirique effectuée dans le cadre de cette section est d’analyser
les effets des consolidations budgétaires sur la croissance économique et les composantes de la
demande globale (consommation privée et investissement privé) dans la zone CEMAC. Pour
cela, nous suivons une démarche méthodologique minutieuse.

.5.1 Spécification du modèle

Dans la littérature, l’analyse des effets macroéconomiques des consolidations


budgétaires s’est souvent faite soit via une analyse descriptive des différentes composantes
budgétaires et de certaines variables macroéconomiques avant, pendant et après les épisodes

143
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

d'ajustements budgétaires (Alesina et Ardagna, 1998, 2010, 2012, Alesina et Perotti, 1995, 1997
; Giudice et al., 2007 ; McDermott et Wescott, 1996), soit via une analyse économétrique à
partir d’un modèle spécifié à l’avance. Dans le cadre de cette étude, nous optons pour une
analyse économétrique. Nous emboîtons ainsi les pas d’Alesina et Ardagna (2012), de Guajardo
et al (2014) et ceux de Yang et al (2015) entre autres. Leur démarche consiste initialement à
estimer le modèle de base suivant et à déduire les effets sur une période de trois ans :
2 2
Yi ,t   j Yi ,t  j    j SPCVC CBi ,t  j i  t  i ,t (5)
j 1 j 0

Où Yi,t représente le logarithme de l’activité économique réelle pour le pays i à l’année

t. Dans le cadre de cette étude, cette variable est représentée tour à tour par le logarithme du
PIB réel, le logarithme de la consommation privé et le logarithme de l’investissement privé.
 SPC VC C B représente la variation du solde primaire corrigé des variations cycliques en
pourcentage du PIB pendant les périodes de consolidations budgétaires. Elle prend la valeur 0

pour les autres périodes. i et t représentent respectivement les effets fixes par pays et par
année et i,t un bruit blanc.

Par ailleurs, la littérature empirique fait état de ce que les consolidations budgétaires
axées sur la réduction des dépenses publiques sont plus susceptibles d’être plus expansionnistes
que celles axées sur l’augmentation des impôts. Sur cette base, nous raffinons notre analyse en
prenant en compte la composition des consolidations budgétaires. Pour cela, nous scindons les
consolidations en deux types : Les consolidations « axées sur les dépenses » qui correspondent
aux consolidations budgétaires dans lesquelles la réduction des dépenses publiques est
supérieure à la hausse des recettes, et les consolidations « axées sur les recettes » qui
correspondent aux consolidations budgétaires dans lesquelles la hausse des recettes est
supérieure à la réduction des dépenses (Guajardo et al, 2014 ; Yang et al, 2015). Pour cela nous
estimons l’équation suivante :
2 2 2
Yi ,t    j Yi ,t  j    j SPCVC CB, Dep i ,t  j    j SPCVC CB, Rf i ,t  j  i  t  i ,t (6)
j 1 j 0 j 0

Où  SPC VC C B , Dep et  SPCVC CB , Rf représentent la variation en pourcentage du PIB du


solde primaire corrigé des variations cycliques lorsque la consolidation budgétaire est axée
respectivement sur les dépenses publiques et les recettes fiscales. En ce qui concerne la méthode
d’estimation, tout comme les auteurs sus cités, nous estimons les équations (5) et (6) par la

144
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

méthode des moindres carrés ordinaires (MCO) et par la suite analysons les effets cumulés sur
une période de trois ans en utilisant la méthode delta37.

.5.2 Les effets des consolidations sur l’activité économique dans la CEMAC

Comme mentionné supra, l’analyse des effets des consolidations budgétaires sur
l’activité économique dans le cadre de cette étude se fait à deux niveaux : Tout d’abord
l’équation (5) est estimée par les moindres carrés ordinaires conformément aux études du FMI
(2010), d’Alesina et Ardagna (2010), de Guarjaro et al (2014) et de Yang et al (2015) ; et par
la suite, un calcul des réponses impulsionnelles des différentes variables macroéconomiques
aux consolidations budgétaires est effectué sur un horizon de trois années, à travers la méthode
delta. Le tableau 3-4 ci-dessous présente les coefficients estimés des effets des consolidations
budgétaires sur l’activité économique dans notre modèle base (équation 5).

Tableau 3-4- Les effets des consolidations budgétaires sur l’activité économique dans la
CEMAC
Variables dépendantes PIB réel Consommation privée Investissement privé
eq1 eq2 eq3
Variable dépendante (t-1) 0,334*** -0,706*** -0,038
(0,091) (0,089) (0,089)
Variable dépendante (t-2) 0,024 -0,267*** -0,123
(0,092) (0,091) (0,089)
Consolidation budgétaire(t) -0,001 -0,006 0,0175 **
(0,003) (0,012) (0,0071)
Consolidation budgétaire (t-1) -0,0033* -0,008 -0,025**
(0,0019) (0,012) (0,012)
Consolidation budgétaire(t-2) 0,001 -0,010* 0,015*
(0,003) (0,0062) (0,011)
Constante -0,0130 0,185*** 0,095**
(0,0449) (0,043) (0,040)
Observations 162 162 162
R2 0,45 0,47 0,30
Nombre de pays 6 6 6
Notes : Les valeurs entre parenthèses représentent les écarts types. *, ** et *** indiquent le niveau de significativité
des coefficients estimés respectivement au seuil de 10%, 5% et 1%
Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel STATA 14

37
En statistique, la méthode delta est une méthode permettant de dériver une distribution de probabilité
approximative pour une fonction d'un estimateur statistique asymptotique normal (voir Oehlert, 1992). Nous
implémentons la méthode delta via la fonction « Nonlinear combination of estimators » intégrée dans le logiciel
Stata.
145
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

La première colonne de ce tableau laisse pressentir que la croissance économique réagit


négativement aux consolidations budgétaires, cela d’autant plus que le coefficient associé à la
variable consolidation retardée de deux périodes, bien que positif n’est pas significativement
différent de zéro aux seuils conventionnels. Ce résultat laisse présager que les consolidations
budgétaires auraient des effets keynésiens sur la croissance économique à court terme dans la
CEMAC et non des effets expansionnistes comme dans certains travaux empiriques. Ce résultat,
qui par ailleurs corrobore en partie celui de Yang et al (2015) lorsqu’ils utilisent l’approche
quantitative ainsi que la plupart d’études s’inscrivant dans la même approche, se précise de plus
en plus lorsque nous nous intéressons à certaines composantes de la demande globale (cf.
Colonnes 2 et 3).

En effet, suivant les résultats des colonnes 3 et 4 qui matérialisent respectivement les
effets des consolidations budgétaires sur la consommation privée et l’investissement privé, les
consolidations budgétaires ont également des effets récessionnistes sur ces variables, cela
d’autant plus qu’en ce qui concerne les investissements privés, l’ effet négatif observé pour la
variable consolidation retardée d’une période et significatif au seuil de 5% est plus important
que les effets positifs observés aux autres dates en t et t+2). Afin de mieux appréhender ces
effets, sur la base des résultats du tableau 3-4 ci-dessus, nous calculons la réponse cumulative
des différentes variables macroéconomiques considérées (croissance économique,
investissement privé et consommation privée) à un choc de consolidation budgétaire à hauteur
de 1% du PIB pendant les trois années suivant la consolidation budgétaire. Le tableau 3-5 ci-
contre présente les différents résultats obtenus à cet effet.

Tableau 3-5- Réponses des variables macroéconomiques à un choc de 1% sur les


consolidations budgétaires en pourcentage du PIB dans la CEMAC

Variable dépendantes PIB réel Consommation Investissement


privée privé
T -0,0011 -0,006 0,0175 **
(0,0031) (0,012) (0,0071)
T+1 -0,0048** -0,0098* -0,0090
(0,0023) (0,0058) (0,0129)
T+2 -0,0046* -0,0155** 0,0056
(0,0025) (0,0071) (0,0117)
Notes : Les valeurs entre parenthèses représentent les écarts types. Ils sont calculés via la méthode delta. *, ** et
*** indiquent le niveau de significativité des paramètres respectivement au seuil de 10%, 5% et 1%.
Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel STATA 14

146
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Les résultats résumés dans ce tableau confirment la présomption keynésienne selon


laquelle les consolidations budgétaires ont des effets récessionnistes sur l’activité économique
à court terme, notamment sur la croissance économique et la consommation privée. Toutefois,
ces effets demeurent très faibles. On observe un effet de contraction maximal la deuxième année
sur la croissance économique et la troisième année sur la consommation privée. Ainsi donc, une
amélioration du solde primaire corrigé des variations cycliques de 1% du PIB en période de
consolidation budgétaire se traduirait par une baisse de la croissance économique et de la
consommation privée respectivement de 0,0046% et de 0,015% au bout de trois années.

En ce qui concerne la réponse de l’investissement privé aux consolidations budgétaires,


on observe un effet instantané positif et significatif au seuil de 5% des consolidations sur
l’investissement privé, ce qui suggère que les consolidations budgétaires ont des effets
expansionnistes (non keynésiens) sur l’investissement privé dans la CEMAC. Ainsi donc, une
amélioration du solde primaire corrigé des variations cycliques de 1% du PIB pendant une
période de consolidation budgétaire se traduirait par un accroissement de l’investissement privé
de 0,0175% durant la même période. Toutefois, ces effets expansionnistes se dissipent dès
l’année suivante.

En résumé, ces résultats montrent que les consolidations budgétaires ont des effets
récessionnistes sur l’activité économique à court terme dans la CEMAC. Bien que quelques
limites aient été soulevées dans la littérature en ce qui concerne l’utilisation de l’approche
quantitative dans l’identification des épisodes de consolidations budgétaires, nos résultats
corroborent entre autres ceux de Guajardo et al (2011) et yang et al (2015) lorsqu’ils utilisent
l’approche quantitative, et ceux d’Alesina et Ardagna (2012) lorsqu’ils utilisent comme
définition de la consolidation budgétaire celle du FMI (2010). Toutefois, certains chercheurs
montrent que les effets des consolidations budgétaires sur l’activité économique dépendent de
leur composition, et soulignent au passage que les consolidations budgétaires axées sur la
réduction des dépenses publiques ont tendance à être expansionnistes tandis que celles axées
sur l’augmentation des impôts ont tendance à être récessionnistes. Qu’en est -il réellement dans
la CEMAC ?

.5.3 Les effets de composition des consolidations sur l’activité économique


dans la CEMAC
Cette sous-section se penche sur l’analyse empirique des effets de composition des
consolidations budgétaires sur l’activité économique dans la CEMAC. Cette analyse nous

147
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

permettra dans le cas de la zone CEMAC, non seulement de capter isolement les effets de la
réduction des dépenses publiques et de l’augmentation des impôts sur l’activité économique,
mais également de confirmer ou d’infirmer l’hypothèse selon laquelle les consolidations
budgétaires axées sur la réduction des dépenses publiques ont tendance à être expansionnistes
au détriment de celles axées sur l’augmentation des recettes. Les résultats issus de l’estimation
de l’équation (6) spécifiée plus haut sont résumés dans le tableau 3-6 ci -dessous :

Tableau 3-6- Les effets de composition des consolidations budgétaires sur l’activité
économique dans la CEMAC

Variables dépendantes (en PIB réel Consommation Investissement


taux de croissance) privée privé
Eq4 Eq5 Eq6
Variable dépendante (T-1) 0,322*** -0,703*** -0,058
(0,0927) (0,090) (0,090)
Variable dépendante (T-2) 0,016 -0,255*** -0,106
(0,093) (0,092) (0,089)
Consolidation axée sur les -0,0025 -0,0018 0,0128*
dépenses publiques (T) (0,003) (0,013) (0,0072)
Consolidation axée sur les -0,0038* -0,009 -0,020**
dépenses (T-1) (0,0021) (0,013) (0,0088)
Consolidation axée sur les 0,0025 -0,014* 0,021**
dépenses publiques(T-2) (0,003) (0,0082) (0,0091)
Consolidation axée sur les 0,0012 -0,0079 0,010
recettes (T) (0,0054) (0,020) (0,020)
Consolidation axée sur les 0,0010 -0,0022 -0,058***
recettes (T-1) (0,007) (0,026) (0,0185)
Consolidation axée sur les -0,0046) 0,0077 -0,007
recettes (T-2) (0,006) (0,025) (0,025)
Constante 0,038*** 0,177*** 0,114***
(0,013) (0,044) (0,0418)
Observations 162 162 162
R2 0,46 0,47 0,32
Nombre de pays 6 6 6
Notes : Les valeurs entre parenthèses représentent les écarts types. *, ** et *** indiquent le niveau de significativité
des coefficients estimés respectivement au seuil de 10%, 5% et 1%.
Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel STATA 14

Ces résultats indiquent à première vue que les consolidations budgétaires axées sur la
réduction des dépenses publiques tendent à être récessionnistes tandis que celles axées sur
l’augmentation des impôts semblent avoir des effets neutres sur l’activité économique au regard
de l’analyse de la significativité des différents coefficients. Afin de mieux appréhender cela,

148
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

nous calculons tout comme précédemment les réponses cumulées des différentes variables
macroéconomiques aux différentes composantes des consolidations budgétaires sur un horizon
de trois années. Les différents résultats obtenus à cet effet sont rapportés dans le tableau 3-7 ci-
dessous :

Tableau 3-7- Réponses des variables macroéconomiques à un choc de 1% sur les


différentes composantes des consolidations budgétaires dans la CEMAC

Variables PIB réel Consommation privée Investissement privé


dépendantes
Axée sur G Axée sur T Axée sur G Axée sur T Axée sur G Axée sur T
(croissance en
%)
T -0,0025 0,0012 -0,0018 -0,008 0,0128* 0,010
(0,0034) (0,0054) (0,0132) (0,020) (0,0072) (0,020)

T+1 -0,0072** 0,0027 -0,0096* -0,0045 -0,0085 -0,048**


(0,0036) (0,0085) (0,0052) (0,0255) (0,0135) (0,021)

T+2 -0,0062* -0,0014 -0,0179** 0,0028 0,0123* -0,053**


(0,0036) (0,0115) (0,0087) (0,0278) (0,0072) (0,0249)

Notes : Les valeurs entre parenthèses représentent les écarts types. Ils sont calculés par la méthode delta. *, ** et
*** indiquent le niveau de significativité des coefficients estimés respectivement au seuil de 10%, 5% et 1%.
Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel STATA 14

Les résultats rapportés dans la tableau 3-7 ci-dessus confirment que les consolidations
budgétaires axées sur la réduction des dépenses publiques ont des effets récessionnistes sur
l’activité économique à court terme dans la CEMAC. Toutefois, ces effets récessionnistes sont
observés seulement sur la croissance économique et la consommation privée, et ce à partir de
la deuxième année, étant donné les coefficients renvoyant à la date t ne sont pas significatifs
aux différents seuils considérés. En revanche, elles semblent avoir plutôt des effets
expansionnistes sur l’investissement privé, notamment l’année de la consolidation et la
deuxième année après, et ce au seuil de 10%.

En ce qui concerne les consolidations budgétaires axées sur l’augmentation des impôts,
on observe qu’elles ont des effets neutres sur la croissance économique et la consommation
privée (les coefficients s’y rapportant n’étant pas significativement différents de zéro), et des
effets récessionnistes sur l’investissement privé tout comme dans la logique keynésienne. Ainsi
donc, les effets keynésiens des consolidations budgétaires sur la croissance économique et la
consommation privée et les effets non keynésiens sur l’investissement privé la première année

149
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

observée plus haut émanent principalement de la réduction des dépenses publiques. Les effets
neutres des consolidations budgétaires axées sur l’augmentation des impôts peuvent s’expliquer
entre autres par la prédominance du secteur informel dans les économies de la CEMAC et le
poids relativement faible des recettes fiscales dans les recettes totales, majoritairement
constituées des recettes liées aux exportations des matières premières et notamment du pétrole
et donc les cours sont très fluctuants.

En somme nous pouvons conclure que l’hypothèse selon laquelle les consolidations
budgétaires axées sur la réduction des dépenses publiques ont tendance à être plus
expansionnistes que celles axées sur l’augmentation des impôts n’est vérifiée qu’en partie dans
la zone CEMAC, car hormis sur les investissements privés, les consolidations budgétaires axées
sur la réduction des dépenses publiques ont été plus récessionnistes que celles axées sur
l’augmentation des impôts qui tendent plutôt à avoir des effets neutres. Une explication
plausible de ce résultat serait la structure des économies de la CEMAC où le secteur privé
formel est très peu développé contrairement aux pays développés.

.6 Tests de robustesse

Dans cette section, nous vérifions la robustesse de nos résultats d’une part en nous
focalisant sur notre mesure de consolidation budgétaire et d’autre part en incluant d’autres
variables de contrôle dans notre modèle de base.

.6.1 Analyse de l’exogénéité des épisodes de consolidations budgétaires


identifiées

Dans la section précédente, l’analyse des effets des consolidations budgétaires sur
l’activité économique à partir de notre modèle de base est faite sous l’hypothèse que les
variations du solde primaire corrigé des variations cycliques en période de consolidation
budgétaire sont exogènes et non corrélées aux variations du solde primaire corrigé des
variations cycliques en périodes de non consolidation budgétaire, encore qualifiée par Alesina
Ardagna (2012) de « périodes normales ». Or, en matière d’identification des consolidations
budgétaires, il est souvent reproché à l’approche quantitative d’être relativement endogène par
rapport à l’approche qualitative utilisée entre autres par Romer et Romer (2010) et Guajardo et
al (2014). Cette sous-section vise donc à tester cette hypothèse sur nos données.

150
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Ainsi, dans la même lancée qu’Alesina et Ardagna (2012) et yang et al (2015), nous
examinons si les coefficients estimés des consolidations budgétaires changent lorsque, en plus
de la variation du solde primaire corrigé des variations cycliques en périodes de consolidations
budgétaires  SPC VC C B , la variation du solde primaire corrigé des variations cycliques en
« périodes normales »  SP C V C N C B est incluse dans notre modèle de base, auquel cas
l’hypothèse d’exogénéité ne sera pas vérifiée. Pour cela, nous nous focalisons principalement
sur notre modèle de base représenté par l’équation (5), toutes choses étant égales par ailleurs.
De manière formelle, cela revient à estimer le modèle de base augmenté suivant :

2 2 2
Yi ,t    j Yi ,t  j    j SPCVC CBi ,t  j    j SPCVC NCB i ,t  j i  t  i ,t (7)
j 1 j 0 j 0

Les différents résultats issus de l’estimation du modèle (7) ci-dessus sont résumés dans
le tableau 3-8 ci-contre :

Tableau 3-8- Les effets des consolidations budgétaires sur l’activité économique dans le
modèle augmenté

Variables dépendantes PIB réel Consommation privée Investissement privé

Variable dépendante (t-1) 0,332*** (0,092) -0,750*** (0,088) -0,043 (0,09)


Variable dépendante (t-2) 0,0218 (0,093) -0,303*** (0,089) -0,122 (0,090)
 SPC VC C B (T) -0,0014 (0,003) 0,0002 (0,012) 0,015* (0,0088)

 SPC VC C B (T-1) -0,0038 (0,0021) -0,008 (0,013) -0,028** (0,0133)

 SPC VC C B (T-2) 0,0008 (0,0034) -0,021** (0,0098) 0,013* (0,012)

 S P C V C N C B (T) 0,0003 (0,003) -0,025** (0,012) 0,004 ( 0,012)

 S P C V C N C B (T-1) 0,0004 (0,003) -0,001 (0,012) 0,004 (0,013)

 S P C V C N C B (T-2) 0,001 (0,003) 0,034*** (0,012) 0,001 (0,012)


Constante 0,046** (0,022) 0,224*** (0,074) 0,139* (0,076)
Observations 162 162 162
R2 0,45 0,51 0,30
Nombre de pays 6 6 6
Notes : Les valeurs entre parenthèses représentent les écarts types. *, ** et *** indiquent le niveau de significativité
des coefficients estimés respectivement au seuil de 10%, 5% et 1%.
Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel STATA 14

151
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Sur la base des résultats résumés dans ce tableau, tout comme lors de nos précédentes
analyses, nous calculons les réponses cumulées des variables macroéconomiques à un choc de
1 % sur la variable consolidation budgétaire (  SPC VC C B ) sur un horizon de trois années
suivant la consolidation afin de les comparer aux résultats obtenus initialement à partir de
modèle de base. Les différents résultats y relatifs sont résumés dans le tableau 3-9 ci-dessous :

Tableau 3-9- Tableau comparatif des réponses des variables macroéconomiques à un


choc de 1% sur la variable consolidation budgétaire dans le modèle de base et le modèle
augmenté

Variables PIB réel Consommation privée Investissement privé


dépendantes
Modèle de Modèle Modèle de Modèle Modèle de Modèle
(Croissance en
base augmenté base augmenté base augmenté
%)
T -0,0011 -0,0016 -0,006 0,0006 0,0175 ** 0,015*
(0,0031) (0,0034) (0,012) (0,012) (0,0071) (0,0088)

T+1 -0,0048** -0,006 * -0,0098* -0,0084 -0,0090 -0,012


(0,0023) (0,0035) (0,0058) (0,012) (0,0129) (0,015)

T+2 -0,0046* -0,007* -0,0155** -0,024** 0,0056 0,0026


(0,0025) (0,004) (0,0071) (0,012) (0,0117) (0,015)

Notes : Les valeurs entre parenthèses représentent les écarts types. *, ** et *** indiquent le niveau de significativité
des coefficients estimés respectivement au seuil de 10%, 5% et 1%.
Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel STATA 14

Les résultats consignés dans le tableau 3-9 ci-dessus montrent que le message clé en ce
qui concerne les effets macroéconomiques des consolidations budgétaires ne change pas, mais
que l’ampleur des coefficients varie, ce qui suggère que notre étude n’est pas totalement
exempte de la critique selon laquelle suivant l’approche quantitative, les variations du solde
primaire corrigé des variations cycliques en période de consolidation budgétaire ont tendance à
être corrélées aux variations du solde primaire corrigé des variations cycliques en périodes
« normales ». Ces résultats qui par ailleurs corroborent ceux d’Alesina et Ardagana (2012) et
de Yang et al (2015), font partie des raisons pour lesquelles il est recommandé par certains
chercheurs (Romer et Romer, 2010 ; Guajardo et al, 2014) d’utiliser l’approche narrative plutôt
que l’approche quantitative pour l’identification des consolidations budgétaires, car selon eux,
les chocs narratifs semblent relativement plus exogènes que l’approche basée sur le calcul de
la variation du solde primaire corrigé des variations cycliques.

152
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

.6.2 Les effets des consolidations budgétaires sur la croissance économique


sous le contrôle de la dette publique extérieure et de l’inflation

Sur le plan pratique, de nombreux facteurs sont susceptibles d’influencer les effets des
consolidations budgétaires sur l’activité économique. Un examen de la littérature permet de
repérer un ensemble de facteurs liés l’environnement économique tels que le taux de change et
les taux d’intérêt nominaux à court terme (Alesina et Ardagna, 2012, Yang et al ,2015) auxquels
s’ajoutent le plus souvent d’autres variables telle la dette publique, le taux d’inflation, le degré
d’ouverture financière et les taux d’intérêt à long terme pour ne citer que ceux-là. Bien que la
littérature fasse état d’une panoplie de facteurs, nous retenons dans le cadre de notre étude la
dette publique extérieure et l’inflation, faute de disponibilité de données pour tous les pays de
notre échantillon pour les autres variables.

Comme l’indique le tableau 3-10 ci-contre, les variables additionnelles prises comme
variables de contrôle dans notre modèle de base n’influencent pas significativement les effets
des consolidations budgétaires sur l’activité économique dans la CEMAC, car l’ampleur et le
signe des coefficients restent presque inchangés notamment en ce qui concerne la variable
consolidation retardée d’une période qui par ailleurs est la seule à avoir un coefficient
significativement différent de zéro au seuil de 10%. Cela est aussi bien valable dans les modèles
où ces deux variables sont intégrées chacune de façon individuelle que dans ceux où elles le
sont de façon simultanée.

153
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Tableau 3-10- Les effets des consolidations budgétaires sur la croissance économique
sous le contrôle la dette publique extérieure et l’inflation

Variable dépendante PIB réel PIB réel PIB réel PIB réel
(croissance en %)
PIB(t-1) 0,334*** 0,331*** 0,584* 0,685**
(0,0914) (0,0906) (0,339) (0,337)
PIB(t-2) 0,0241 0,0520 -0,0091 0,0243
(0,0924) (0,0923) (0,343) (0,339)
Consolidation(t) -0,0011 0,0016 -0,0009 0,00208
(0,00317) (0,00339) (0,00321) (0,00343)
Consolidation(t-1)) -0,0033* -0,0037* -0,0034* -0,0038*
(0,00191) (0,00203) (0,00193) (0, 00214)
Consolidation(t-2) 0,0015 -0,00076 0,00133 -0,00118
(0,0031) (0,00342) (0,00319) (0,00346)
Dette(t-1) -0,00018 -0,0002
(0,000185) (0,000186)
Dette(t-2) 0,0004** 0,00043**
(0,000189) (0,000192)
Inflation (t-1) -0,0019 -0,0027
(0,00250) (0,00249)
Inflation (t-2) 0,0003 0,0003
(0,00249) (0,00246)
Constante -0,0130 -0,0153 -0,0138 -0,0164
(0,0449) (0,0445) (0,0452) (0,0447)
Observations 162 162 162 162
R2 0,45 0,47 0,45 0,47
Nombre de pays 6 6 6 6
Notes : Les valeurs entre parenthèses représentent les écarts types. *, ** et *** indiquent le niveau de significativité
des coefficients estimés respectivement au seuil de 10%, 5% et 1%.
Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel STATA 14

Conclusion du chapitre

Ce chapitre avait pour objectif principal d’analyser les effets des consolidations
budgétaires sur l’activité économique dans la zone CEMAC sur la période 1987-2016. Nous
sommes partis du constat qu’au lendemain de la crise économiques et financière de 2007-2008,
de nombreuses mesures de consolidations budgétaires ont été entreprises à travers le monde
pour rétablir l’équilibre des finances publiques, et que les pays de la CEMAC n’ont pas été
exempts de ces mesures, encore moins au cours dernières années où, face à la baisse drastique
et répétitive du cours des pétrole, principal produit d’exportation de la zone, ils ont été à

154
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

nouveau placés sous ajustement structurel par le FMI suite à une très forte dégradation de leurs
finances publiques.

Après avoir identifié les différents épisodes de consolidations budgétaires dans ladite
zone, nous avons analysé leurs déterminants. De cette analyse, il est ressorti que la mise sur
pied de consolidations budgétaires au cours d’une année donnée dépendait principalement de
la situation budgétaire, de la situation extérieure et de la conjoncture économique de l’année
précédente, la situation politique n’ayant joué aucun rôle majeur. Par la suite, nous nous
sommes attardés sur l’analyse des effets des consolidations budgétaires identifiées sur l’activité
économique matérialisés par la croissance économique, la consommation et l’investissement
privés. De cette analyse, il en est ressorti globalement que les consolidations budgétaires ont
des effets keynésiens sur l’activité économique dans la zone CEMAC. Lorsque la composition
de ces consolidations budgétaires a été prise en compte dans nos analyses, nos résultats ont
révélé que les effets keynésiens observés émanaient principalement des consolidations
budgétaires axées sur la réduction des dépenses publiques car celles axées sur l’augmentation
des impôts tendaient à avoir des effets neutres sur l’activité économique, contrairement à ce qui
est observé dans les pays développés.

De de façon générale, ces différents résultats tout comme ceux du chapitre précédent
mettent en exergue des effets « faiblement » keynésiens de la politique budgétaire sur l’activité
économique dans la zone CEMAC. En d’autres termes, les pays de la CEMAC ne peuvent pas
compter sur les effets expansionnistes des consolidations budgétaires comme ce fut le cas
autrefois pour l’Irlande et le Danemark. Ce résultat est problématique pour ces pays dans la
mesure où les recettes budgétaires émanent majoritairement de l’exportation des matières
premières, dont les cours sont très fluctuants. En effet, face à une baisse du cours des matières
premières comme ce fut le cas au cours de ces dernières années, le risque de procyclicité de la
politique budgétaire est très élevé dans la CEMAC. Une éventuelle procyclicité implique entre
autres la baisse des dépenses publiques pendant les phases de récessions, ce qui va au regard de
nos résultats accentuer les récessions. Afin de remédier à cela il serait par exemple intéressant
pour les pays de la CEMAC d’adopter un régime de changes flexibles car leurs économies sont
relativement ouvertes.

Par ailleurs, nous avons vérifié la robustesse de nos résultats en nous appesantissant
notamment sur la mesure de la consolidation budgétaire utilisée au regard des critiques
avancées dans la littérature. De cette analyse, il en est ressorti que conformément aux

155
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

prédictions empiriques, l’on ne peut ignorer l’hypothèse souvent avancée de corrélation entre
la variation su solde primaire corrigé des variations cycliques en période de consolidations
budgétaires et la variation de la même variable en périodes « normales », donnant ainsi en
quelque sorte raison aux partisans de l’approche narrative, approche que nous n’avons pas pu
utiliser dans le cadre de cette étude faute d’accès aux archives historiques. Des travaux
ultérieurs pourraient aller plus en profondeur en se basant sur l’approche narrative. Une autre
piste serait l’analyse en profondeur des déterminants des consolidations budgétaires en mettant
un accent sur leur durée et leur intensité.

156
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

ANNEXES DU CHAPITRE 3

Annexes 3-1 : Evolution de la variation des recettes corrigées des variations cycliques
dans les pays de la CEMAC

15

10

0
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
-5

-10

-15

-20

Cameroun Congo Gabon Guinée E. RCA Tchad

Annexes 3-2 : Evolution de la variation des dépenses primaires corrigées des variations
cycliques dans les pays de la CEMAC

30

20

10

0
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016

-10

-20

-30

Cameroun Congo Gabon Guinée E. RCA Tchad

157
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Annexes 3-3 : Variation du solde primaire corrigé des variations cycliques en


pourcentage du PIB dans les pays de la CEMAC

vspcvccameroun vspcvccongo vspcvcgabon vspcvcguinee vspcvcrca vspcvctchad


1987 #N/A #N/A #N/A #N/A #N/A #N/A
1988 6,544598989 6,127961952 9,6801831 14,21088474 0,980362745 2,422320777
1989 2,37057566 8,117124111 6,19913819 9,171178233 0,294823356 -0,950011954
1990 3,523414042 2,114861174 5,0511788 15,33434872 -0,450238584 1,883825721
1991 7,23419359 -2,148919664 -0,00987115 13,8265096 0,289472519 1,400113059
1992 5,797633972 4,80678482 -1,89469341 24,35153946 3,449913231 -2,767059667
1993 2,170269349 9,77696326 1,39276475 5,197252749 2,495964891 0,241184311
1994 2,693533719 12,94544983 3,43195986 13,35942069 1,038510348 -1,969950826
1995 -0,098907387 4,411327801 0,11217957 -6,402052454 2,315846465 1,423105529
1996 -3,670542992 -2,433402471 -5,79905789 -6,101267957 1,415138107 0,880813312
1997 -4,633159016 -3,232933744 -4,1590157 -4,425074865 -3,697186866 0,658718721
1998 -4,591810655 -2,033560344 -2,36608844 -8,026795953 -0,915198967 0,235399984
1999 -3,420224391 -0,354254564 10,6795597 -5,143041838 1,467279371 -1,228097032
2000 -3,744538129 -5,762547525 -1,06236523 -7,178258062 1,810428837 -0,496554563
2001 -5,230748007 -1,129317099 -10,9313364 -11,67242569 -0,715170562 1,762502366
2002 -3,254187979 -2,694013376 -7,14997426 -16,33125278 -1,749194647 1,14264151
2003 -5,142620886 2,670145668 -0,53215562 -13,25496111 -2,783269016 2,909933082
2004 -4,807156388 -4,75672875 -4,72384109 -12,81715044 -3,335787308 3,604608113
2005 -2,699799599 -8,376219767 -4,75000619 -10,62602037 -2,485041455 2,172495688
2006 -4,538412923 -16,60298126 -5,45650353 -19,53834342 1,057073097 -0,363282434
2007 -4,915185398 -13,50877775 -4,91309433 -23,29258197 -2,657209084 -3,449815014
2008 -2,623782038 -9,97649571 -4,15682262 -17,83183084 -3,991016578 -5,280076314
2009 -2,566769494 -23,5479563 -6,5804048 -15,34516885 -1,943908424 -6,172934354
2010 0,03928532 -2,92782165 -1,38805813 8,500026326 -2,742574929 4,56773404
2011 3,155628078 -9,977413563 4,88153217 9,730522349 0,478870486 1,066001466
2012 3,432792449 0,771659365 3,83910243 3,071172871 0,454479306 -2,517953178
2013 2,986053258 9,167451342 3,39424597 12,09433329 -0,299413184 2,762713364
2014 5,780121131 8,014797602 3,17463476 13,04768477 1,773047614 3,307126704
2015 5,292413044 11,12315326 2,94889849 12,89031684 1,221666603 1,305959956
2016 3,639361661 15,76833884 5,83498611 14,4505676 2,251047459 -0,109614328

Annexes 3-3 : Statistiques descriptives de quelques variables utilisées


VSPCVC PIB INVPRIV CONSPRIV INFLATION TXPIB DETTE
Mean 2.479517 28.34241 26.34365 27.74376 3.988986 5.571245 66.22977
Median 0.000000 28.43497 26.81348 27.73936 2.858972 3.801287 35.81159
Maximum 24.35154 30.34338 28.98725 30.16312 42.43968 149.9730 575.1711
Minimum 0.000000 25.18957 21.74211 24.05334 -11.68611 -36.69995 0.000000
Std. Dev. 4.186352 1.154614 1.662912 1.263295 7.851777 15.05696 89.18747
Skewness 2.200204 -0.496674 -0.731882 -0.746030 2.462210 5.807198 2.891312
Kurtosis 8.202745 2.842190 2.533718 4.109335 11.69179 52.77585 12.71173
Jarque-Bera 336.6331 7.334418 17.11017 25.06228 723.5294 18940.84 926.2340
Probability 0.000000 0.025548 0.000193 0.000004 0.000000 0.000000 0.000000
Sum 431.4359 4931.579 4583.794 4827.413 694.0836 969.3966 11523.98
Sum Sq. Dev. 3031.919 230.6319 478.3926 276.0931 10665.52 39221.20 1376112.
Observations 174 174 174 174 174 174 174

158
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Chapitre 4. Cyclicité de la politique budgétaire dans


la CEMAC : Contraintes de financement et facteurs
sociopolitiques

Introduction

Au cours de ces dernières années, de nombreuses perturbations sont intervenues au


niveau de l’économie mondiale par l’entremise de la crise économique et financière
internationale. Ces perturbations n’ont pas été sans effets sur la gestion des finances publiques
car face à elles, la politique budgétaire a été au cœur du processus de stabilisation. En effet,
face à la récession déclenchée par la crise, des nombreuses mesures contracycliques telles que
l’augmentation des dépenses publiques et la réduction des taux d’imposition ont été mises sur
pieds par différents gouvernements à travers le monde pour atténuer les conséquences néfastes
de la crise et relancer l’activité économique. Mais au lendemain de la crise, le constat a été que
les relances budgétaires faites par certains pays développés et en développement ont eu des
effets mitigés sur l’activité économique, ce qui a dans la littérature réouvert les débats sur la
cyclicité budgétaire.

Cette dernière notion est d’une importance particulière lorsqu’il s’agit d’évaluer
l’efficacité des politiques budgétaires en matière de stabilisation macroéconomique, car
théoriquement, toute politique budgétaire devrait contribuer à amortir les oscillations du cycle
économique, en d’autres termes lisser le cycle conjoncturel. Ainsi, tout comme les stabilisateurs
automatiques qui réagissent mécaniquement de façon contracyclique aux fluctuations de
l’activité économique, la politique budgétaire discrétionnaire devrait dans son rôle stabilisateur
être contracyclique comme le prédit la théorie keynésienne, c’est à dire restrictive en période
de conjoncture favorable et expansionniste en période de conjoncture défavorable. Or, des
différentes études réalisées ces dernières années, il ressort généralement que la politique est
procyclique dans les pays en développement et contracyclique ou à la limite acyclique dans les
pays développés (Gavin et Perotti, 1997 ; Talvi et Végh, 2005 ; Perotti, 2007).

Par ailleurs, dans le but d’expliquer ces différences de cyclicité budgétaire entre les pays
développés et en développement, certaines études théoriques et empiriques se sont penchées
sur l’analyse des facteurs susceptibles d’expliquer la réaction de la politique budgétaire face à

159
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

la conjoncture économique. Ces études révèlent que les facteurs liés à la qualité des institutions,
à la démocratie, aux inégalités sociales, aux contraintes de financement sur les marchés
extérieurs et domestiques, à la soutenabilité de la dette publique, à la volatilité de la production
ou encore à l’adoption des règles budgétaires influencent la cyclicité de la politique budgétaire
aussi bien dans les pays développés que ceux en développement.

Dans cette dernière catégorie de pays, figurent ceux de la Communauté Economique et


Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC). En ce qui les concerne spécifiquement, leur
stabilisation macroéconomique repose essentiellement sur la politique budgétaire
discrétionnaire, dans le mesure où les recettes budgétaires dans ces pays ne dépendent pas
uniquement de la conjoncture, mais aussi de la variation du prix des matières premières qui est
une donnée exogène de nature à modifier le rôle des stabilisateurs automatiques. Par ailleurs,
leur appartenance à une union monétaire les contraint de respecter lors de la mise en œuvre des
politiques budgétaires discrétionnaires nationales, les critères de convergence définis dans le
cadre de la surveillance multilatérale mise en place depuis 199438.

Dans ce contexte, quelques chercheurs se sont penchés sur l’étude la cyclicité de la


politique budgétaire dans la zone CEMAC au cours de ces dernières années. Pendant que
certains d’entre eux concluent à une absence de cyclicité de la politique budgétaire dans la zone
(Weigand, 2004) d’autres en revanche concluent plutôt à sa procyclicité (Guillauont et Tapsoba,
2009 ; Mpatswe et al 2011, Bikai, 2015). Toutefois, lorsqu’il s’agit d’analyser les facteurs
susceptibles d’expliquer cette procyclicité, la quasi-totalité de ces études ont, compte tenu des
règles de surveillance multilatérale, mis plus d’accent sur les règles budgétaires et ce au
détriment des autres facteurs tout aussi susceptibles d’expliquer le comportement cyclique de
la politique budgétaire.

Quand bien même une étude est allée au-delà (Mpatswe et al, 2011), quelques aspects
récemment reconnus importants dans la littérature n’ont pas été pris en compte dans l’analyse.
Il s’agit notamment de la prise en compte du cycle économique dans l’analyse des déterminants
de la cyclicité budgétaire, et de l’inclusion des contraintes de financement internes parmi les
potentiels déterminants, cela d’autant plus que les différents gouvernements de la CEMAC se

38
Ces critères visent notamment pour chaque pays à assurer un solde budgétaire de base (hors dons) rapporté au
PIB positif ou nul ; un taux d’inflation annuel moyen inférieur à 3 % ; un taux d’endettement public (intérieur et
extérieur) inférieur ou égal à 70 % du Produit Intérieur Brut (PIB) et une non accumulation d’arriérés intérieurs et
extérieurs sur la gestion courante.
160
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

tournent de plus en plus vers le marché financier intérieur pour mobiliser des fonds nécessaires
pour le financement de certaines dépenses. Sur la base de ce qui précède, ce chapitre se fixe
pour principal objectif d’analyser en profondeur la cyclicité de la politique budgétaire dans la
CEMAC.

Etant donné que de récentes études soulignent que suite aux efforts consentis par
certains pays en développement en matière de gestion des finances publiques, les politiques
budgétaires autrefois procycliques dans ces pays tendent à devenir acycliques voir même
contracycliques au fil du temps, ce chapitre vise d’une part à vérifier si la politique budgétaire
est toujours procyclique dans la CEMAC et d’autre part, à analyser en profondeur les
déterminants de ce comportement cyclique en mettant un accent particulier sur les contraintes
de financement internes et sur la différenciation du cycle économique (expansion et récession).

Dans la poursuite de ce double objectif, ce chapitre est subdivisé en trois grandes


sections. La première section passe en revue la littérature théorique et empirique sur la cyclicité
de la politique budgétaire et ses potentiels déterminants. La deuxième section est consacrée à
la présentation des différentes démarches méthodologiques adoptées. La troisième section est
dédiée à la présentation des résultats issus de nos différentes analyses empiriques.

.1 Cyclicité de la politique budgétaire : Une revue de littérature


théorique et empirique

Dans la littérature économique, l’étude de la cyclicité de la politique budgétaire a fait


l’objet de nombreux travaux. Ces travaux peuvent être appréhendés à la fois sur le plan
théorique et sur le plan empirique. Dans cette section, nous présenterons dans un premier temps
les différents débats théoriques autour de la cyclicité de la politique budgétaire et dans un
second temps quelques résultats empiriques.

.1.1 Revue de la littérature théorique

La littérature théorique sur la cyclicité de la politique budgétaire n’est pas très


abondante. Elle remonte aux travaux de Keynes (1936) qui prône l’utilisation des politiques
budgétaires contracycliques à des fins de régulation conjoncturelle de l’activité économique.
Dans la logique keynésienne, cette contracyclicité de la politique budgétaire consiste à adopter
des politiques budgétaires expansionnistes (via une augmentation des dépenses publiques et/ou

161
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

une baisse des taux d’imposition) pendant les périodes de conjoncture défavorable (récession)
et des politiques budgétaires restrictives (via une diminution des dépenses publiques et/ou une
augmentation des taux d’imposition) pendant les périodes de conjoncture favorable
(expansion). Ces actions permettraient ainsi de réguler les fluctuations de l’activité
économique, car soutenant la demande globale pendant les périodes de récession, et permettant
de réduire les déficits voir même de dégager des excédents pendant les périodes d’expansion.

Cependant, les économistes d’inspiration libérale s’opposent à ces actions dans la


mesure où elles peuvent constituer une source de distorsions pouvant compromettre la
croissance économique. En effet, l’école monétariste met en avant l’incidence négative d’une
augmentation des déficits budgétaires sur la croissance économique en soulignant qu’elle
exerce un effet d’éviction sur les investissements privés.

Dans le prolongement de la pensée de l’école monétariste, la nouvelle macroéconomie


classique met en exergue les effets négatifs d’une utilisation excessive des déficits budgétaires
à travers la thèse dite de « l’équivalence ricardienne ». Inspiré par les travaux de Ricardo
(1821), Barro (1974, 1979) démontre que les politiques budgétaires expansionnistes non
seulement sont incapables de stimuler l’activité économique, mais qu’elles contribuent plutôt à
une augmentation des déficits budgétaires à long terme, étant donné que les gouvernements font
face à une contrainte budgétaire inter temporelle. De ce fait, il préconise l’utilisation des
politiques budgétaires neutres ou acycliques encore qualifiées de « politiques de lissage
budgétaire ». Ces politiques consistent à déléguer la stabilisation de l’économie aux
stabilisateurs automatiques en laissant les dépenses publiques et les taux de prélèvements
fiscaux inchangés pendant les différentes phases de l’économie.

Les fondements théoriques ainsi présentés montrent une divergence idéologique à


propos de la cyclicité de la politique budgétaire. Pour les uns, elle devrait être contracyclique
tandis que pour les autres elle devrait être acyclique. A partir de là, de nombreuses études
empiriques ont été menées dans le but d’éclaircir davantage les divergences rencontrées sur le
plan théorique.

.1.2 Revue de la littérature empirique

Sur le plan empirique, l’étude des propriétés cycliques de la politique budgétaire a fait
l’objet d’une littérature aussi vaste que divergente. Cette littérature est marquée principalement
par la publication des travaux de Gavin et Perotti (1997). En effet, contrairement aux études qui

162
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

existaient avant la leur (Gali, 1994 ; Fiorito et Kollintzas, 1994 ; Fiorito, 1997)39 et qui faisaient
valoir que les politiques budgétaires étaient contracycliques, Gavin et Perotti (1997) trouvent
dans le cas des pays d’Amérique latine que les politiques budgétaires jusque-là menées ont été
procycliques. A partir de ce constat, les études vont se multiplier dans la littérature, les unes
visant à étudier le comportement cyclique de la politique budgétaire et les autres visant à
analyser les facteurs susceptibles d’expliquer ce comportement afin de fournir des explications
par rapport aux différences le plus souvent observées entre les pays développés et les pays en
développement.

.1.2.1 De l’étude du comportement cyclique de la politique budgétaire

Dans la littérature, les études portant sur la cyclicité de la politique budgétaire ont été
menées aussi bien pour les pays développés que ceux en développement. Ainsi, dans une étude
portant sur les pays de l’OCDE, Plane (1999) trouve que le comportement cyclique de la
politique budgétaire varie considérablement entre les différents pays et les différentes
catégories de dépenses publiques utilisées comme proxy de la politique budgétaire. A partir de
là, il effectue un classement des différents pays en fonction du degré de cyclicité de leur
politique budgétaire. L’Allemagne, l’Irlande, la Norvège et le Portugal sont présentés comme
les pays ayant observé les politiques budgétaires les plus procycliques tandis que la France, le
Canada, l’Italie et le Royaume Uni sont classés comme les pays ayant adopté les politiques
budgétaires les plus contracycliques.

Par ailleurs, en s’intéressant aux différentes catégories de dépenses publiques, il trouve


que les dépenses publiques d’investissement ont tendance à être plus procycliques que les
dépenses publiques de consommation. En ce qui concerne spécifiquement cette dernière
catégorie de dépenses, en allant plus en profondeur, il trouve que l’effet procyclique est plus
élevé pour la composante salariale que pour la composante non salariale, ce qui lui permet de
conclure que le comportement contracyclique des dépenses publiques dans certains pays de
l’OCDE émane des stabilisateurs automatiques.

Dans la même lancée, Bénassy-Quéré et Carton (2007) étudient le comportement


cyclique de la politique budgétaire dans la zone EURO et aux Etats Unis sur la période 1999-
2006. Après avoir examiné graphiquement la corrélation entre le solde budgétaire structurel et

39
Ces études portaient notamment sur les pays développés.

163
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

l’écart de production, ils concluent que la politique budgétaire a été procyclique dans la zone
Euro alors qu’elle a été contracyclique aux États-Unis.

Quant à Huart (2011), elle étudie le comportement cyclique de la politique budgétaire


dans la zone Euro (pour l’ensemble des pays pris globalement et pour 12 pays pris
individuellement) en y joignant à titre de comparaison, trois pays de l’Union Européenne hors
zone EURO (Danemark, Royaume-Uni, Suède) et trois pays de l’OCDE hors Union
Européenne (Canada, États-Unis, Japon). En utilisant les données de l’OCDE sur la période
1970-2008 et sur deux sous-périodes (avant et après 1999), elle examine la relation entre la
variation du solde budgétaire structurel primaire et la variation de l’écart de production et
aboutit à la conclusion selon laquelle les politiques budgétaires n’ont pas toujours été
contracycliques dans la zone EURO comme ce fut le cas pendant la crise financière de 2008-
2009. De manière spécifique, elle montre qu’entre 1970 et 2008, seuls les Pays-Bas et la
Finlande ont eu une politique budgétaire significativement contracyclique parmi tous les pays
de la zone EURO. Un comportement contracyclique est également observé par cet auteur pour
les Etats Unis. Sur la période d’après 1999, elle trouve une forte contracyclicité de l’orientation
budgétaire en Espagne, en Irlande et aux Pays-Bas en ce qui concerne la zone EURO, et au
Canada, au Danemark, au Royaume Uni et au Canada en ce qui concerne les pays hors zone
EURO.

Une deuxième catégorie d’études porte essentiellement sur un échantillon composé de


pays développés et en développement40. Dans une étude portant sur un échantillon de 36 pays
en développement, 14 pays industrialisés et 6 pays du G7, Talvi et Végh (2000) trouvent que
les politiques budgétaires ont été procycliques dans la majorité des pays en développement,
contrairement aux pays industrialisés et ceux du G7. Dans une autre étude, Talvi et Végh (2005)
développent un modèle théorique à partir duquel ils concluent sur la base d’un échantillon de
56 pays développés et en développement que la politique budgétaire est en moyenne
procyclique dans les pays en développement et contracyclique ou à la limite acyclique dans les
pays développés, corroborant ainsi leurs précédents résultats.

Dans la même lancée, Alesina et Tabellini (2005) trouvent dans une étude portant sur
un échantillon de 87 pays développés et en développement (23 pays de l’OCDE et 64 pays non-
OCDE), que les politiques budgétaires sont contracycliques dans la quasi-totalité des pays de

40
La composition de l’échantillon entre pays développés et pays en développement est souvent faite à titre de
comparaison.

164
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

l’OCDE et procycliques dans plus de la moitié des pays non-OCDE. Par ailleurs, ils soulignent
que cette procyclicité concerne essentiellement le pays d’Afrique subsaharienne et ceux
d’Amérique latine.

A leur suite, Lledo et al (2009) vont étudier la cyclicité des dépenses publiques dans 174
pays développés et en développement (y compris 44 pays d’Afrique subsaharienne parmi
lesquels les six pays de la CEMAC) sur la période 1970-2008. Après avoir estimé un modèle
de panel suivant diverses méthodes (méthodes des variables instrumentales, méthode des
moments généralisés et méthode des moindres carrés ordinaires), ils aboutissent à la conclusion
que les politiques budgétaires sont fortement procycliques dans les pays en développement,
alors qu’elles tendent à être contracycliques dans la plupart des pays développés. Par ailleurs,
ils soulignent que ces politiques budgétaires tendent à être de moins en moins procycliques au
fil du temps. Sous un tout autre angle, Végh et Vuletin (2012) montrent à partir d’une série
construite sur les taux d’imposition41 pour 62 pays développés et en développement sur la
période 1960-2012 que la politique budgétaire est procyclique dans les pays en développement
et acyclique dans les pays développés.

Une troisième catégorie d’études porte exclusivement sur les pays en développement, y
compris ceux d’Afrique subsaharienne et par ricochet ceux de la CEMAC. Dans une étude
visant à étudier le comportement à court et à long termes de la politique budgétaire dans 51
pays en développement (y compris deux pays de la CEMAC), Akitoby et al (2004) concluent à
partir d’un modèle à correction d’erreur et sur la base de données annuelles couvrant la période
1970-2002 que la politique budgétaire a été procyclique dans la majorité des pays de
l’échantillon. Dans la même lancée, Thorton (2008) examine la cyclicité de la politique
budgétaire dans 37 pays d’Afrique Subsaharienne (y compris quatre pays de la CEMAC). En
effectuant des régressions par pays sur la période 1960-2004, il constate que les dépenses
publiques de consommation sont en moyenne procycliques dans tous les pays de l’échantillon.
Dans le cas des pays de la CEMAC, il trouve un faible niveau de procyclicité pour le Gabon et
le Tchad et une forte procyclicité pour le Congo et la Guinée Equatoriale.

D’un autre côté, Carmignani (2010) analyse la cyclicité de la politique budgétaire dans
les pays africains. Sur la base d’une analyse de corrélation entre les dépenses publiques
corrigées des variations cycliques et l’écart de production, il trouve que la politique budgétaire

41
Compte tenu de l’endogénéité qui existerait entre les recettes fiscales et le cycle économique, ils construisent
une série de taux d’imposition à partir de la valeur ajoutée, du revenu des sociétés et du revenu du personnel.

165
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

est procyclique dans la quasi-totalité des pays africains. Des preuves de procyclicité de la
politique budgétaire dans les pays en développement ont été également trouvées par Baddi
(2015) dans le cas du Maroc, et Tran et Chu (2016) dans le cas du Vietnam.

En ce qui concerne spécifiquement les pays de la CEMAC, à la suite de Weigand (2004)


et d’Adedeji et Williams (2007) qui quelques années plutôt concluaient respectivement à une
acyclicité et à une procyclicité de la politique budgétaire dans la zone CEMAC, Mpatswe et al
(2011) examinent la cyclicité de la politique budgétaire dans ladite zone. En utilisant un modèle
de panel à effets fixes sur la période 1980-2008, ils trouvent que les dépenses publiques ont été
fortement procycliques dans la CEMAC et que ce biais procyclique est plus renforcé pour les
dépenses publiques d’investissement que pour les dépenses publiques de consommation. Par
ailleurs, ils soulignent que la mauvaise gouvernance expliquerait en partie cette procyclicité
budgétaire et qu’en revanche, les programmes mis sur pied par le FMI tendent à l’atténuer.

Sous un tout autre angle, Bikai (2015) étudie le comportement cyclique de la politique
budgétaire dans la CEMAC en mettant un accent particulier sur le rôle joué par les règles de
surveillance multilatérale. En se servant d’un modèle de panel dynamique inspiré de celui de
Gali et Perotti (2003) et Cimadomo (2005), il ressort de son étude que les politiques budgétaires
ont été fortement procycliques dans la zone CEMAC. Par ailleurs, il souligne que cette
procyclicité est accentuée par l’application des règles de surveillance multilatérale.

Des différentes études présentées ci-dessus, il en ressort de façon globale que la


politique budgétaire est en général contracyclique dans les pays développés et procyclique dans
les pays en développement. Un examen de la littérature montre que cette différence de
comportement cyclique entre pays développés et pays en développement est due à de nombreux
facteurs.

.1.2.2 De l’analyse des déterminants de la cyclicité de la politique budgétaire

Dans la littérature, outre l’étude des propriétés cycliques de la politique budgétaire, de


nombreuses études empiriques mettent en lumière les facteurs susceptibles d’expliquer ces
propriétés aussi bien dans les pays développés que ceux en développement. Ces facteurs sont
d’ordres économiques, politiques et institutionnels, auxquels s’ajoutent les règles budgétaires.

166
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

.[Link] Les facteurs économiques

De nombreuses études théoriques et empiriques font valoir que la procyclicité des


politiques budgétaires dans les pays en développement est due aux facteurs économiques. Ces
facteurs renvoient entre autres aux contraintes de financement sur les marchés nationaux et
internationaux de capitaux, à la dynamique de la dette publique, à la taille du secteur informel,
aux inégalités sociales et au régime de change.

En ce qui concerne les contraintes de financement, l’une des études pionnières en la


matière est celle d’Aizenman et al (1996). Ces auteurs soulignent que l’incapacité des pays en
développement à adopter des politiques budgétaires contracycliques en période de récession est
due au fait qu’ils n’ont pas suffisamment accès aux marchés internationaux de capitaux. Ces
résultats sont corroborés par la suite par ceux de Gavin et Perotti (1997) qui trouvent pour les
pays d’Amérique Latine que la procyclicité de la politique budgétaire résulte de leur accès
limité aux marchés internationaux de capitaux en période de récession. En effet, lorsqu’un pays
a du mal à emprunter durant les phases de récession, il est contraint de diminuer ses dépenses
publiques et/ou d’augmenter ses taux d’imposition, ce qui rend à coup sûr la politique
budgétaire procyclique pendant cette phase. Une autre explication à ce phénomène donnée par
Kamensky et al (2004) et Alesina et Tabellini (2005) est que les entrées de capitaux dans les
pays en développement sont elles-mêmes procycliques.

Toujours en rapport avec les contraintes de financement, certains chercheurs considèrent


la profondeur du système financier42 comme étant l’un des principaux déterminants de la nature
cyclique de la politique budgétaire. A cet effet, Riascos et Végh (2003) trouvent que la politique
budgétaire a tendance à être procyclique dans les pays ayant une faible profondeur financière
alors qu’elle est contracyclique ou à la limite acyclique dans les pays ayant un système financier
plus développé. Dans la même lancée, Caballero et Krishnamurthy (2004) montrent que
contrairement aux pays développés, les pays émergents sont incapables de mettre sur pied des
politiques budgétaires contracycliques en période de récession parce qu'ils ont une faible
profondeur financière. Par ailleurs, ils trouvent que l’effet d’éviction d’une politique budgétaire
expansionniste sur l’investissement privé est plus important dans les pays émergents que dans

42
La Banque Mondiale définit la profondeur du système financier comme étant « la taille des banques, des autres
institutions financières et des marchés financiers dans un pays, pris dans l’ensemble, rapportée à une mesure
d’output économique (facteur permettant de comparer les pays sur une même échelle) ».
167
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

les pays industrialisés et est même plus que proportionnel pour les pays émergents en cas de
crise.

Sur la base d’un échantillon de huit pays d’Amérique Latine, Alberola et al (2016)
trouvent que les difficultés d’accès aux marchés nationaux et internationaux de capitaux sont la
principale « clé » de la procyclicité de la politique budgétaire, même si toutefois leur influence
tend à diminuer avec le temps. Par ailleurs, ils soulignent que les politiques budgétaires dans
ces pays sont devenues contracycliques pendant la crise de 2009 avant de redevenir
procycliques ces dernières années. Aussi, ils montrent que les règles budgétaires ont contribué
à l’amélioration de la capacité stabilisatrice de la politique budgétaire dans les pays considérés.

D’autres études empiriques indiquent que les inégalités sociales et la taille du secteur
informel peuvent être les principaux déterminants de la procyclicité budgétaire dans les pays
en développement. A cet effet, Woo (2009) développe un modèle théorique à travers lequel il
met en évidence l’influence des inégalités sociales sur la cyclicité de la politique budgétaire.
En utilisant les données portant sur 96 pays sur la période 1960-2003, il arrive à la conclusion
que la polarisation sociale captée par l’inégalité d’accès à l’éducation et les inégalités de revenu
(mesurée par l’indice de Gini) est la principale source de procyclicité des politiques budgétaires
dans les pays en développement. Le mécanisme qu’il décrit est qu’un niveau élevé de
polarisation sociale a pour conséquence une augmentation excessive des dépenses publiques en
période d’expansion conduisant le plus souvent à des déficits budgétaires, ce qui fait sorte faute
d’avoir épargné pendant les périodes d’expansion, les autorités budgétaires se retrouvent en
train de diminuer leurs dépenses publiques pendant les périodes de récession, rendant ainsi la
politique budgétaire procyclique.

S’agissant de la taille du secteur informel, Cicek et Elgin (2011) montrent sur la base
d’un échantillon de 78 pays en développement que les pays où la taille du secteur informel est
importante ont tendance à adopter des politiques budgétaires procycliques, car un secteur
informel réduit l’assiette fiscale, entraînant ainsi un recouvrement moins important d’impôts
nécessaires pour le financement des dépenses publiques en période de récession.

Sous un tout autre angle, Bobbo (2016) met en relation le régime de changes et la
cyclicité budgétaire dans 34 pays africains sur la période 1980-2012. En estimant un panel
dynamique par la méthode des moments généralisés en différence (DIFF-GMM) sur ladite
période, il trouve que la procyclicité de la politique budgétaire est amplifiée en régimes de
change fixe et intermédiaire, alors qu’elle est affaiblie en régime de change flexible. L’une des

168
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

justifications qu’il apporte à ces résultats est que contrairement aux pays qui ont le change fixe,
ceux ayant le change flexible ont la possibilité d’utiliser conjointement la politique budgétaire
et la politique monétaire. Aussi, il souligne que ce résultat est compréhensible dans la mesure
où cela est justifié sur le plan théorique par les travaux de Tornell et Velasco (1998, 2000)43 qui
montrent que les régimes de changes fixes engendrent uene quantité importante de dépenses
publiques qui entraînent une « indiscipline budgétaire » contrairement au régime de changes
flexibles où une plus grande discipline budgétaire est observée.

Par ailleurs certaines études aboutissent à la conclusion que le niveau de la dette


publique dans un pays influence significativement le comportement cyclique de sa politique
budgétaire. Cela s’explique généralement par le fait que lorsque la dynamique de la dette
publique est insoutenable ou perçue comme telle, un ajustement budgétaire peut survenir
indépendamment de la conjoncture (OCDE, 2003), ce qui a tendance à rendre la politique
budgétaire procyclique, notamment dans la phases de récession. C’est par exemple le cas de
l’étude menée par le FMI (2009) sur les pays de l’Afrique subsaharienne qui révèle que la
politique budgétaire tend à être plus procyclique dans les pays les plus endettés. Ces résultats
corroborent ceux de Mackiewicz (2008) qui un an plutôt, trouvait dans le cas des pays de
l’OCDE que les pays ayant accumulé un ratio dette publique/PIB élevé ont tendance à avoir les
politiques budgétaires les plus procycliques.

.[Link] Les facteurs politiques et institutionnels

Face aux insuffisances des facteurs économiques à expliquer à elles seules le


comportement cyclique de la politique budgétaire, une autre catégorie d’études relevant de
l’économie politique a émergé dans la littérature. Elle attribue le comportement cyclique de la
politique budgétaire à la qualité des institutions et de la situation politique du pays dans lequel
elle est menée, en d’autres termes à un ensemble de facteurs politiques et institutionnels. L’une
des premières études dans ce sens fut celle de Tornell et Lane (1999). Ces auteurs à travers leur
modèle théorique montrent que le comportement cyclique de la politique budgétaire est fonction
de la puissance des groupes d’intérêt44 et de la qualité des institutions. Ainsi, dans les pays à
faible qualité d’institutions et possédant des groupes de pression puissants, la politique
budgétaire aurait tendance à être procyclique car, pendant les périodes d’expansion, ces groupes

43
Op. Cit. Bobbo (2106).
44
Ces auteurs mesurent la puissance des groupes d’intérêt par leur capacité à extraire les transferts fiscaux et les
stocks de capitaux dans le secteur formel de l’économie afin de les réinvestir dans des secteurs parallèles qui sont
au-delà de la portée des autorités étatiques.
169
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

d’intérêt font pression sur les gouvernements afin qu’ils puissent augmenter les dépenses
publiques ou diminuer les impôts. Leurs résultats seront corroborés quelques années plus tard
par ceux de Talvi et Végh (2005) qui en plus, soulignent que cette procyclicité est en grande
partie due à une forte volatilité de la production.

Dans le même sillage, dans une étude portant sur un échantillon de 87 pays développés
et en développement, Alesina et Talebani (2005, 2008) montrent que la procyclicité de la
politique budgétaire dans les pays en développement est en grande partie due à la mauvaise
qualité des institutions, notamment un niveau de corruption élevé. Ils développent un modèle
théorique dans lequel les conflits d’intérêt entre les gouvernements qui gèrent les recettes
publiques et les électeurs qui observent l’état de l’économie (sans toutefois avoir la possibilité
de vérifier les dépenses effectives du gouvernement), rendent la politique budgétaire
procyclique. Ils montrent que les électeurs, méfiants de leurs gouvernements corrompus et par
crainte que les revenus supplémentaires engrangés pendant les périodes d’expansion ne soient
gaspillés, les poussent à augmenter les dépenses publiques (ou à réduire les impôts) pendant les
périodes favorables, rendant ainsi la politique budgétaire procyclique. Par ailleurs, leurs
résultats empiriques confirment l'hypothèse selon laquelle la politique budgétaire est plus
procyclique dans les pays où la corruption est plus répandue.

Dans le même ordre d’idées, Calderon et Schmidt (2008) montrent que l’incapacité de
certains pays à mener des politiques budgétaires contracycliques est due à la mauvaise qualité
des institutions et à un accès limité aux marchés financiers nationaux et internationaux. Ils
indiquent également que les facteurs institutionnels ont un poids plus important que les
variables financières dans l’explication des différences cycliques de la politique budgétaire
entre les pays industriels et en développement. D’un autre côté, en utilisant les données
annuelles sur la période 1989-2002 pour 47 pays africains et suivant la méthode des moments
généralisés en panel (GMM en système), Diallo (2008) trouve une relation positive entre les
institutions démocratiques et la contracyclicité de la politique budgétaire.

A leur suite, Halland et Bleaney (2009) analysent les déterminants de la procyclicité de


la politique budgétaire dans les pays en développement. De leur étude, il ressort que les
déterminants les plus importants sont la corruption et la faible démocratie. En outre, ils
soulignent que les inégalités sociales (mesurées par l’indice de Gini) et la dette extérieure ont
un faible effet sur la cyclicité de la politique budgétaire. D’un autre côté, Havard et Michael
(2011) évaluent le rôle joué par la qualité des institutions et la situation politique sur le

170
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

comportement cyclique de la politique budgétaire dans un échantillon de 85 pays développés et


en développement. A l’issu de leurs analyses, ils trouvent qu’une mauvaise qualité des
institutions et une faible démocratie renforcent la procyclicité de la politique budgétaire dans
les pays en développement.

Dans le même ordre d’idées, Aygun et Gulzar (2016) examinent l’impact de la qualité
des institutions sur l’efficacité des dépenses publiques sur un échantillon de 45 pays développés
et en développement. En estimant un modèle de panel à effets fixes sur la période 1996-2013,
ils trouvent que la qualité des instituions est le principal de déterminant de l’efficacité des
dépenses publiques. Par ailleurs, ils soulignent que l’accès aux marchés financiers joue
également un rôle important sur le comportement cyclique de la politique budgétaire, surtout
dans les pays en développement où leur effet a été plus important.

Aussi, Baddi (2016) analyse les déterminants de la cyclicité de la politique budgétaire


au Maroc. En utilisant une approche basée sur la méthode des moments généralisés (GMM) et
la méthode Rolling Window sur la période 1984-2012, il trouve que la procyclicité de la
politique budgétaire au Maroc est expliquée essentiellement par des facteurs d’ordres
institutionnels. Par ailleurs, il souligne que l’affermissement de la qualité des institutions,
l’amélioration du processus démocratique, le renforcement du système financier interne et une
meilleure gestion de la dette extérieure ont permis au Maroc d’atténuer le biais procyclique de
la politique budgétaire au cours de ces deux dernières décennies.

Contrairement aux études présentées ci-dessus, Thornton (2008) trouve sur un


échantillon de 37 pays africains que la politique budgétaire (captée par la consommation
publique) est plus procyclique dans les pays les moins procycliques, en d’autres termes que
moins de corruption entraîne une plus grande procyclicité de la politique budgétaire.
L’explication intuitive qu’il apporte à ce résultat est que la corruption entraîne un manque à
gagner lors du recouvrement des impôts, ce qui génère un niveau de dépenses publiques
inférieur à ce qu’il aurait dû être si des pertes dues à la corruption n’avaient pas été enregistrées.
Ces résultats ont été récemment corroborés par ceux de Mondjeli (2017) qui étudie l’influence
de la qualité des instituions sur le comportement cyclique de la politique budgétaire dans 42
pays d’Afrique subsaharienne sur la période 1990-2014. En utilisant la méthode des moments
généralisés pour remédier aux éventuels problèmes d’endogénéité, ce dernier trouve d’une part
que la politique budgétaire est procyclique dans les pays d’Afrique Subsaharienne et d’autre

171
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

part que l’absence de corruption accentue ce comportement procyclique. Par ailleurs, il souligne
que la démocratie réduit la procyclicité de la politique budgétaire dans ces pays.

.[Link] Les règles budgétaires

En plus de facteurs économiques et des facteurs politiques et institutionnels, certaines


études empiriques considèrent les règles budgétaires adoptées par certains pays comme étant
les principaux déterminants de la cyclicité de leur politique budgétaire. Traditionnellement les
règles budgétaires sont adoptées pour contrer le biais lié au déficit et favoriser la discipline
budgétaire (Guerguil et al., 2017). Dans la littérature, les effets sur la cyclicité budgétaire sont
mitigés. Pendant que certaines études parviennent à la conclusion que les règles budgétaires
accentuent la procyclicité de la politique budgétaire, d’autres trouvent plutôt le contraire.

Dans une étude portant sur un échantillon de 49 pays développés et en développement


sur la période 1970-2004, Manasse (2006) trouve à partir des méthodes paramétriques et non
paramétriques que contrairement à ce qu’on aurait dû s’attendre, les règles budgétaires tendent
à améliorer la contracyclicité de la politique budgétaire. Par ailleurs, il souligne que le
comportement cyclique de la politique budgétaire diffère en fonction du cycle économique (elle
est acyclique en période de récession et fortement procyclique en période d’expansion) dans les
pays développés, contrairement aux pays en développement où elles demeurent procycliques
pendant toutes les phases de l’économie. Combes et al (2014)45 concluent également que les
règles budgétaires pourraient engendrer la contracyclicité de la politique budgétaire à condition
que leur conception permette une certaine flexibilité.

Dans la même lancée, Turrini (2008) analyse la cyclicité de la politique budgétaire dans
les pays de la zone EURO au cours de la période 1980-2005. En mettant un accent particulier
sur les règles budgétaires et la nature du cycle économique, leurs résultats indiquent que la
politique budgétaire a un biais procyclique pendant les phases d’expansion alors qu’aucune
preuve de cyclicité n’est trouvée en période de récession. Par ailleurs, il souligne que l’adoption
des règles budgétaires (en matière de dépenses publiques) dans la zone tend à freiner la
procyclicité de la politique budgétaire pendant les phases d’expansion. Ces résultats vont en
droite ligne avec ceux de la Commission Européenne (2006) sur les pays de l’Union
Européenne qui, deux ans plutôt, montrait que la politique budgétaire est procyclique en période
d’’expansion en majorité dans les pays n’ayant pas adopté des règles budgétaires strictes.

45
Op. Cit. Guerguil et al (2017).

172
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Sous un tout autre angle, Guillaumont et Tapsoba (2009) analysent l’impact des règles
de surveillance multilatérale sur la cyclicité de la politique budgétaire dans les unions
monétaires africaines (la CEMAC et l’UEMOA). En s’inspirant du modèle théorique de Talvi
et Végh (2005), ils estiment un modèle de panel comprenant à titre de comparaison un
échantillon de 41 pays africains sur la période 1980-2004. Leurs résultats indiquent que
l’adoption des règles de surveillance multilatérale (notamment celle qui prescrit à chaque pays
d’avoir un solde budgétaire positif ou nul) renforce la procyclicité de la politique budgétaire
dans l’UEMOA et dans la CEMAC46, et ce essentiellement pendant les phases de récession.
Leurs résultats suggèrent que les politiques budgétaires dans ces deux groupes de pays
corroborent le modèle théorique susmentionné, justifiant ainsi la nécessité d’une modification
de la règle de surveillance multilatérale relative au solde budgétaire47. Par ailleurs, ils trouvent
que la politique budgétaire appréhendée par les dépenses publiques est procyclique dans
l’ensemble des pays africains, et que ce biais procyclique est plus accentué pendant les phases
de récession.

Par ailleurs, d’autres études empiriques parviennent à la conclusion que les règles
budgétaires n’ont aucun effet sur le comportement cyclique de la politique budgétaire. Baddi
(2016) en récense quelques-unes portant notamment sur la zone EURO. Il s’agit entre autres
des travaux de Gali et Perotti (2003), de l’OCDE (2003), de Wyplosz (2006), d’Afonso et
Claeys (2008) et de Leigh et Stehn (2009)48.

Les études empiriques ainsi présentées montrent bien que le débat est loin d’être clos en
ce qui concerne aussi bien le comportement cyclique de la politique budgétaire que les
différents facteurs susceptibles de l’expliquer. En ce qui concerne spécifiquement la CEMAC,
les études existantes sur la cyclicité de la politique budgétaire semblent s’accorder sur le fait
qu’elle est procyclique dans la zone. Toutefois, il existe encore un point d’ombre quant-aux
différents facteurs susceptibles d’expliquer ce comportement cyclique notamment dans les
différentes phases de l’économie, aucune étude n’ayant encore abordée ce dernier aspect à notre
connaissance. Dans la suite de ce chapitre, nous nous proposons non seulement de vérifier si la
politique budgétaire est toujours procyclique dans la CEMAC, mais aussi d’analyser en

46
Ces auteurs trouvent que le biais procyclique de la politique budgétaire résultant de la mise sur pied des règles
budgétaires est plus accentué dans l‘UEOMA que dans la CEMAC.
47
En guise de recommandation, ces auteurs suggèrent qu’il faut adjoindre à cette règle une clause d’excédent
durant les phases d’expansion devant permettre un désendettement de l’Etat de manière à préserver une marge de
manœuvre en cas de récession et de choc asymétrique.
48
Op. Cit. Baddi (2015). 173
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

profondeur les déterminants de cette cyclicité en mettant un accent particulier sur les contraintes
de financement internes (jusqu’ici ignorées dans les études existantes portant sur la CEMAC)
et la nature de la conjoncture.

.2 Méthodologie et données

Diverses approches méthodologiques sont utilisées dans les études empiriques pour
analyser aussi bien le comportement cyclique de la politique budgétaire que les déterminants
de ce dernier. Dans le cadre de cette section, nous présentons dans un premier temps la
méthodologie empirique utilisée pour l’étude du comportement cyclique de la politique
budgétaire, et dans un second temps celle utilisée pour analyser les déterminants de ce
comportement cyclique.

.2.1 De l’étude du comportement cyclique de la politique budgétaire

Deux principales approches méthodologiques sont utilisées dans la littérature pour


étudier le comportement cyclique de la politique budgétaire : Une première approche qui
consiste à analyser la corrélation entre une ou plusieurs variables budgétaires (dépenses
publiques, recettes fiscales ou taux d’imposition, solde budgétaire), et une variable représentant
le cycle économique (taux de croissance économique ou écart de production) et une deuxième
approche qui consiste à étudier le comportement cyclique de la politique budgétaire suivant la
nature du cycle économique (expansion/récession). Dans le cadre de cette étude, ces deux
approches sont utilisées, la seconde étant complémentaire à la première. Dans la suite de cette
sous-section, nous présentons dans un premier temps notre modèle empirique pour les pays de
la CEMAC, et dans un second temps les différentes variables utilisées.

.2.1.1 Spécification du modèle

Dans la littérature, l’étude de la cyclicité de la politique budgétaire a donné lieu à diverses


sortes de formulations de l'équation à estimer. Parmi elles, deux sont prépondérantes :

Un premier groupe de chercheurs procède à la formulation d’une équation incluant


uniquement les variables d’intérêt (la variable proxy de la politique budgétaire et celle
représentant le cycle économique) (Lane, 2002 ; Fatas et Mihov, 2003 ; Thorton, 2008 ; Woo,
2009), soit :

174
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

VPBit  0  1VCEit  2VPBit 1  it (1)

Un deuxième groupe de chercheurs procède à la formulation d’un modèle prenant en


compte non seulement les variables d’intérêt, mais aussi d’autres variables explicatives choisies
comme variables de contrôle (Wyplosz, 2002 ; Gali et Perotti, 2003 ; Cimadomo 2005 ; Adedeji
et Williams ; 2007 ; Huart, 2011 ; Guillaumont et Tapsoba, 2011), soit :

VPBit  0 1VCEit 2VPBit1 3VCONTit  it (2)

Où VPBit, VPBit-1, VCEit et VCONTit représentent respectivement la variable de politique


budgétaire, la variable de politique budgétaire retardée d’une période, la variable représentant
le cycle économique et un ensemble de variables de contrôle susceptibles d’influencer le
comportement cyclique de la politique budgétaire.

A partir du modèle (1) ci-dessus, le comportement cyclique de la politique budgétaire

est déterminé sur la base de la taille et du signe du coefficient 1 . Une valeur significativement
positive de ce coefficient traduit un comportement procyclique, une valeur significativement
négative, un comportement contracyclique et une valeur significativement nulle un
comportement neutre ou acyclique.

Les deux catégories de modèles ainsi spécifiés sont estimées dans le cadre de cette étude.
Par la suite, des extensions sont faites pour analyser les effets d’asymétrie de la politique
budgétaire. Dans la littérature, ces extensions donnent lieu à la formulation d’une troisième
catégorie de modèles qui prennent en compte la nature du cycle économique. Les études
effectuées suivant ces modèles révèlent que le comportement cyclique de la politique budgétaire
est susceptible de varier suivant que l’économie est en expansion ou en récession. Le modèle
estimé à cet effet est le suivant :

VPBit  0  1EXPANit  2RECEit  3VPBit1  it (3)

Où EXPAN et RECE sont des variables représentant respectivement les phases


d’expansion et de récession. La variable EXPAN est obtenue en multipliant la variable
représentant le cycle économique (VCE) par une variable muette prenant la valeur 1 pendant
les périodes d’expansion et la valeur 0 pendant les périodes de récession. En ce qui concerne la
variable RECE, elle s’obtient en multipliant la variable VCE par une variable muette prenant la
valeur 1 pendant les périodes de récession et la variable 0 pendant les périodes d’expansion.

175
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Les coefficients 1 et 2 représentent respectivement le coefficient de cyclicité de la politique


budgétaire en période d’expansion et en période de récession. Ils sont interprétés de la même

façon que le coefficient  1 évoqué plus haut. A titre d’exemple, une valeur du coefficient 1
significativement positive traduit une procyclicité de la politique budgétaire en période
d’expansion alors qu’une valeur significativement négative traduit la contracyclicité de la
politique budgétaire pendant la même période

.2.1.2 Explication des variables

a) La variable de politique budgétaire (VPB)

Comme mentionné supra, la variable VPB représente la politique budgétaire. Dans la


littérature, cette dernière est évaluée soit en termes de résultats soit en termes d’instruments. En
termes de résultats, elle est représentée soit par le solde budgétaire soit par le solde budgétaire
corrigé des variations cycliques (Gavin et Perotti, 1997 ; Alesina et al, 2008 ; Huart, 2011). En
termes d’instruments en revanche, elle est représentée soit par les dépenses publiques soit par
les recettes fiscales ou alors les taux d’imposition (Kaminsky et al, 2004 ; Talvi et Végh, 2005,
Ilzettzki et Végh, 2008).Toutefois, il est le plus souvent reproché aux recettes fiscales qui par
ailleurs font partie intégrante du solde budgétaire d’être endogènes au cycle économique
(Reinhart et al ,2004 ; Frankel et al, 2013), ce qui fait d’elles un indicateur moins fiable en
termes de mesure de cyclicité budgétaire.

Pour cette raison, nous optons tout comme Reinhart et al (2004)49 pour une approche en
termes d’instruments et non en termes de résultats. A cet effet nous utilisons tour à tour les
dépenses publiques globales et les dépenses publiques désagrégées (consommation publique et
investissement public) comme variable budgétaire. Quant à la variable VPBt-1, elle permet de
tenir compte des effets d’inertie de la politique budgétaire qui peuvent être dus aux délais
d’action dans leur mise en œuvre.

49
Ces auteurs font partie les premiers chercheurs à suggérer que l’étude la cyclicité de la politique budgétaire soit
faite en termes d’instruments et non en termes de résultats après avoir relevé les insuffisances de cette dernière
approche.
176
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

b) La variable du cycle économique (EP)

Dans la littérature, cette variable est captée soit par l’écart de production (EP) encore
appelé output gap, soit par le taux de croissance économique. La première variable qui par
ailleurs est retenue dans le cadre de cette étude représente la variable par excellence de mesure
du cycle économique. Elle résulte de la différence entre le PIB effectif et le PIB potentiel. Ce
dernier constitue la partie tendancielle du PIB, obtenue en corrigeant le PIB effectif des
variations conjoncturelles. Dans le cadre de cette étude, cette correction cyclique est faite en
utilisant le filtre d’Hoddrick et Prescott avec pour paramètre de lissage   100 (recommandé
pour les données annuelles). En outre, l’écart de production permet de distinguer les différentes
phases de l’économie, une valeur positive traduisant une période d’expansion et une valeur
négative à une période de récession.

c) Les variables de contrôles (VCONT)

Dans la littérature, de nombreuses variables sont utilisées comme variables de contrôle


dans l’étude de la cyclicité de la politique budgétaire. Il s’agit entre autres du niveau de
l’endettement public (Wyplosz, 2002 ; Gali et Perotti, 2003 ; Cimadomo, 2005 ; Adedeji et
Williams, 2007 ; Huart, 2011 ; Baddi, 2015) ; des termes de l’échange (Gavin et Perotti, 1997 ;
Alesina et al, 2008 ; Calderon et Smith, 2008) ou encore de l’aide publique en pourcentage du
PIB (Guillaumont et Tapsoba, 2011). Tout comme Cimadomo (2005) et Huart (2011) pour ne
citer que ceux-là, nous retenons comme variable de contrôle le taux d’endettement extérieur de
l’année précédente. Cette variable représente la contrainte de soutenabilité de la dette publique
à laquelle la politique budgétaire est soumise.

Sur la base de ce qui précède, les modèles 2 et 3 peuvent encore se réécrire :

VPBit 0 1EPit 2VPBit1 3DETTEit1 it (3)

VPBit  0  1EXPANit  2RECEit  3VPBit1  it (4)

Où EPt et DETTEt1 représentent respectivement l’écart de production par rapport à


PIBt  PIBtpotentiel
son niveau potentiel ( EPt  ) et le taux d’endettement public extérieur retardé
PIBtpotentiel
d’une période. Tout comme Guillaumont et Tapsoba (2011), nous rapportons les variables
budgétaires au PIB potentiel afin de réduire le biais de simultanéité lors des estimations.

177
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

.2.2 De l’analyse des déterminants de la cyclicité de la politique budgétaire

Sur le plan pratique, deux principales approches sont utilisées dans la littérature pour
analyser les déterminants du comportement cyclique de la politique budgétaire : Une première
approche consiste à procéder en deux étapes en estimant dans un premier temps le coefficient
de cyclicité de la politique budgétaire, et dans un second temps à régresser ce coefficient sur un
ensemble de facteurs susceptibles de l’expliquer (Mpatswe et al, 2011); Et une seconde
approche consiste à procéder en une seule étape en étudiant le comportement cyclique de la
politique budgétaire et ses potentiels déterminants à partir de la même équation (Canova et
Pappa, 2005 ; Yehenew, 2013 ; Baddi, 2016 ; Bobbo, 2016 ; Mondjeli, 2017). Toutefois,
comme le souligne Baddi (2016), la procédure en deux étapes est susceptible d’être biaisée car
pouvant surévaluer l’influence réelle de certains facteurs sur le comportement cyclique de la
politique budgétaire. Ainsi donc, nous optons dans le cadre de cette étude pour l’approche en
une seule étape.

.2.2.1 Spécification du modèle

L’approche en une seule étape consiste à introduire des termes d’interaction entre les
variables du cycle économique et les facteurs susceptibles d’expliquer le comportement
cyclique de la politique budgétaire. Sur cette base, l’analyse des déterminants de la cyclicité de
la politique budgétaire dans la CEMAC est faite en estimant l’équation suivante :

VPBit 0 1EPit 2VPBit1 3EPit FPIit 4EPit FEit 5EPit RBit VCONTit it (5)

Où FPI représente un ensemble de facteurs politiques et institutionnels, FE un ensemble


de facteurs économiques, RB les règles budgétaires et VCONT un ensemble de variables de
contrôle. L’influence de ces éléments sur le comportement cyclique de la politique budgétaire

est captée respectivement par les coefficients 3, 4et5 . Un signe positif pour l’un ou l’autre
de ces coefficients suppose que l’élément auquel il renvoie renforce le comportement cyclique
observé et un signe négatif qu’il tend à l’amoindrir. Cette dépendance du comportement
cyclique de la politique budgétaire à la fois des facteurs politiques et institutionnels, des facteurs
économiques et des règles budgétaires est clairement observée à partir de l’équation suivante :

VPBit
 1  3 FPIit  4 FEit  5RBit (6)
EPit

178
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Par la suite, une extension est faite au modèle (5) ci-dessus pour analyser les
déterminants du comportement cyclique de la politique budgétaire pendant les périodes
d’expansion et de récession. Cela consiste à introduire des termes d’interaction au modèle (2)
spécifié plus haut, soit :

VPBit 0 1EXPANit 2RECEit 3VPBit1 4EXPANit FPIit 5EXPANit FEit 


(7)
6EXPANit RBit 7RECEit FPIit 8RECEit FEit 9RECEit RBit VCONTit it

Les coefficients 4,5 et 6 permettent de capter respectivement l’influence des


facteurs politiques et institutionnels, des facteurs économiques et des règles budgétaires sur la
cyclicité de la politique budgétaire pendant les périodes d’expansion, tandis que les coefficients

7,8 et 9 permettent de capter respectivement l’influence de ces mêmes facteurs sur la


cyclicité de la politique budgétaire pendant les périodes de récession comme l’illustrent les
équations suivantes :

VPBit
 1  4 FPIit  6 FEit  5 RBit (8)
EXPANit

VPBit
 2  7 FPIit  8 FEit  9 RBit (9)
RECEit

A partir de ces équations, la politique budgétaire est considérée par exemple comme
procyclique en période d’expansion et contracyclique en période de récession si on a
VPBit VPBit
respectivement  0 et  0.
EXPANit RECEit

.2.2.2 Explication des variables

.[Link] Les variables politiques et institutionnelles (FPI)

Dans la littérature, de nombreuses variables sont utilisées pour capter l’influence des
facteurs politiques et institutionnels sur la cyclicité de la politique budgétaire. Une première
catégorie de variables fait référence aux indicateurs exclusivement liés à la qualité des
institutions50 alors qu’une seconde catégorie fait référence aux facteurs politiques et

50
Il s’agit notamment de l’indicateur composite de gouvernance de la Banque Mondiale et de l’indicateur de
perception de la corruption (IPC) de l’ONG Transparency International.

179
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

démocratiques. Parmi cette dernière catégorie de variables, figurent l’indicateur de risque


politique (IRP) de l’International Country Risk Guide (ICRG), l’indicateur des droits politiques
et des libertés civiques de Freedom House, et de l’indice d’autocratie et de démocratie de la
base Polity IV. Faute de disponibilité de données purement institutionnelles sur une longue
période pour l’ensemble des pays de la CEMAC51, nous nous limitons dans le cadre de cette
étude à la seconde catégorie d’indicateurs.

Pour cela, nous considérons comme variable politique et institutionnelle la nature du


régime politique (Alesina et Tabellini, 2008 ; Calderon et Schmidt,2008 ; Woo,2009 ; Harvard
et Michael, 2011 ; Baddi, 2016) et la captons par l’indice d’autocratie et de démocratie de la
base Polity IV (Polity 2). Il s’agit d’un indice qui prend des valeurs comprises entre -10 (régime
fortement autocratique) et +1052 (régime fortement démocratique). Il combine à la fois le degré
d’ouverture politique, le mode électoral, la participation aux élections et les contraintes
institutionnelles auxquelles font face le gouvernement. A priori, nous postulons qu’une
meilleure qualité de la démocratie aura tendance à avoir un biais contracyclique sur la politique
budgétaire. En plus de cette variable, nous utilisons également une variable muette pour tenir
compte des élections. Cette variable prend la valeur 1 pendant les années électorales et la valeur
0 les autres années. Nous nous attendons à ce que cette variable ait une influence positive sur
la cyclicité de la politique budgétaire en raison de la théorie des cycles politico-économiques.

.[Link] Les variables économiques (FE)

En plus des facteurs politiques et institutionnels, de nombreux facteurs d’ordres


économiques sont susceptibles d’influencer la cyclicité de la politique budgétaire. Il s’agit entre
autres des contraintes de financements internes et externes, de la volatilité de la production, du
régime de change et de la polarisation sociale telles que relevées par la littérature empirique.
Dans le cadre de cette étude, nous nous appesantissons essentiellement sur les contraintes de
financements internes et externes (Gavin et Perotti,1997 ; Alesina et Tabellini, 2005 ; FMI,

51
Les données disponibles su l’indicateur composite de gouvernance de la Banque Mondiale, et l’indicateur de
perception de la corruption (IPC) de l’ONG Transparency International ne sont disponibles qu’à partir de 1996.
Quant à la base de l’International Country Risk Guide (ICRG), bien que les données soient disponibles sur une
longue période, on n’y retrouve pas tous les pays de la CEMAC (y figurent seulement le Cameroun, le Congo et
le Gabon).
52
Sa valeur résulte de la différence entre l’indice de démocratie et l’indice d’autocratie, chacun de ces deux indices 180
étant noté de 0 à 10.
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

2009 ; Baddi, 2016), étant donné que les pays en développement en général et ceux de la
CEMAC en particulier sont régulièrement en quête permanente de capitaux.

A cet effet, deux variables sont retenues, à savoir l’aide publique en pourcentage du PIB
(Aide) pour les contraintes de financement externes (Havard et Michael, 2011 ; Mpatswe et al,
2011), et la profondeur du système financier (PF) pour les contraintes de financement internes
(Calderon et Schmidt, 2008). Cette dernière variable est ici mesurée par le crédit intérieur fourni
au secteur privé en % du PIB. Les contraintes de financement externes sont censées avoir un
biais procyclique sur la politique budgétaire tandis que la profondeur du système financier est
censée avoir un effet positif. En effet, l’aide publique extérieure accordée aux pays en
développement en soit même est procyclique (Bulir et Hamann, 2008) alors qu’un marché
financier plus profond permet à l’Etat de se financer aisément aux conditions de marché pendant
les périodes de conjoncture défavorable afin de mener ainsi une politique budgétaire
contracyclique (Baddi, 2016). En plus de ces deux variables, nous incluons également le taux
d’endettement public extérieur dans notre modèle.

.[Link] Les règles budgétaires (RB)

De nombreuses études empiriques démontrent que l’adoption des règles budgétaires


joue également un rôle important sur le comportement cyclique de la politique budgétaire.
Cependant, leurs effets observés dans la littérature restent ambigus. En ce qui concerne les pays
de la CEMAC, ces règles budgétaires ont été définies dans le cadre de la surveillance
multilatérale mise sur pied depuis 1994. Dans le cadre de cette étude, elle est représentée par
une variable muette prenant la valeur 0 avant 1995 (date de leur entrée en vigueur) et la valeur
1 à partir de 1995. Nous nous attendons à ce qu’elles aient un effet positif car théoriquement,
la règle qui prescrit à chaque Etat membre de la CEMAC d’avoir un solde budgétaire de base
positif ou nul devrait conduire les gouvernements de chaque pays à accentuer les politiques de
rigueur durant les phases de récession (Guillaumont et Tasopba, 2011).

Une fois ces différentes variables décrites, les équations (5) et (7) formulées plus haut
peuvent encore s’écrire respectivement comme suit :

VPBit  0  1EPit  2VPBit 1  3 EPit  Polity2it  4 EPit  Electionsit  5 EPit  Aideit 


(10)
6 EPit  PFit  7 EPit  RBit  8 EPit  DETTEit  it

181
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

VPBit  0 1EXPANit 2RECEit 3VPBit 1 4 EXPANit  Polity2it 5 EXPANit  Electionsit 
6 EXPANit  Aideit 7EXPANit  PFit 8EXPANit  RBit 9RECEit  Polity2it 10RECEit  Electionsit (11)
11RECEit  Aideit 12RECEit  PFit 13RECEit  RBit 14 RECEit  DETTEit it

.2.3 Procédure d’estimation et données

Dans cette sous-section nous présentons dans un premier temps la procédure


d’estimation des différents modèles spécifiés plus haut et dans un second temps la nature et la
source des données utilisées.

.2.3.1 Procédure d’estimation

La littérature empirique sur la cyclicité de la politique budgétaire met en avant le


problème d’endogénéité susceptible de survenir lors de l’estimation par la méthode des
moindres carrés ordinaires (MCO). Cette littérature relève que trois principaux facteurs peuvent
être à l’origine de ce problème d’endogénéité à savoir l’omission inévitable de certaines
variables susceptibles d’expliquer la cyclicité budgétaire, la présence d’un biais de simultanéité
entre la variable budgétaire et le cycle économique, et les erreurs de mesure liées à la présence
de variables qualitatives dans le modèle.

Afin de remédier à ces problèmes, la méthode la plus souvent utilisée est celle des
moments généralisés (GMM). L’utilisation de cette méthode nécessite que l’on soit en présence
d’un échantillon de grande taille (N grand) et d’un nombre réduit de périodes (T petit)
(Roodman, 2006), critère qui n’est pas vérifié dans notre cas. Toutefois, d’autres précautions
sont prises dans le cadre de cette étude pour surmonter ce problème. Tout d’abord, nous
normalisons nos différentes variables d’intérêt (dépenses publiques globales, dépenses
publiques de consommation, dépenses publiques d’investissement et écart de production) par
rapport à la partie tendancielle du PIB encore appelée PIB potentiel53 (Gali et Perotti ;2003 ;
Guillaumont et Tapsoba, 2009) afin de réduire le biais de simultanéité.

Ensuite, nous utilisons la méthode des variables instrumentales pour estimer nos
différentes équations. Comme instruments, nous retenons l’écart de production retardé d’une

53
Cette méthode est également utilisée par Guillaumont et Tapsoba (2009). Le PIB potentiel est obtenu en
appliquant le filtre d’Hodrick et Prescott sur le PIB réel en utilisant comme paramètre de lissage la valeur 100
recommandée pour les données annuelles.
182
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

période et l’écart de production de la Chine54 (tous deux normalisés par rapport à leur niveau
potentiel) En effet, Gali et Perotti (2003) recommande d’instrumentaliser l’output gap de
chaque pays avec celui d’un autre pays (ou un groupe de pays) avec lequel il est probable qu’il
soit corrélé pour une raison ou pour une autre exceptée celle d’une coordination de politiques
budgétaires. Or, il s’avère que la Chine est le principal partenaire commercial commun à
l’ensemble des pays de la CEMAC, ce qui justifie notre choix. Toutefois, comme le soulignent
Gali et Perotti (2003), un des potentiels problèmes pouvant survenir lorsque ces instruments
sont utilisés est leur possible corrélation en raison d’une potentielle corrélation entre les
politiques budgétaires des pays partenaires lorsque celles-ci sont modifiées simultanément face
à un choc commun. Afin de résoudre ce problème, nous incluons lors de nos estimations, tout
comme Gali et Perotti (2003), en plus des effets fixes individuels les effets fixes temporels.
Ainsi, les variables muettes représentant les années absorberaient les chocs communs
susceptibles de survenir.

.2.3.2 Nature et source de données

Dans le cadre de ce chapitre, nous utilisons les données annuelles sur la période 1987-
2016. Ces données proviennent de sources diverses : Les données budgétaires (dépenses
publiques globales, dépenses publiques d’investissement et dépenses publiques de
consommation) proviennent de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC).
Les données portant sur le PIB, la dette publique extérieure, l’aide publique, et la profondeur
financière (crédit au secteur au privé en pourcentage du PIB) proviennent de la base WDI de la
Banque Mondiale. En ce qui concerne les données politiques et institutionnelles, elles
proviennent de la base Polity IV pour la variable polity2 et du le site web « African Elections
Database » pour les élections.

.3 Résultats empiriques et interprétations

Dans cette section de notre travail, nous analysons de façon empirique la cyclicité de la
politique budgétaire dans la zone CEMAC. Comme signalée dès l’entame de ce chapitre, cette
analyse porte à la fois sur l’étude du comportement cyclique de la politique budgétaire et sur
l’analyse de ses potentiels déterminants.

54
Par ailleurs, l’exogénéité de ces instruments a été à chaque fois validée par le test de Sargan qui a pour hypothèse
nulle l’exogénéité des instruments utilisés.

183
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

.3.1 Le comportement cyclique de la politique budgétaire dans la CEMAC

L’analyse du comportement cyclique de la politique budgétaire dans le cadre de cette


étude est effectuée à deux niveaux : Tout d’abord, nous examinons la cyclicité de la politique
budgétaire de manière générale, et ensuite nous analysons les effets d’asymétrie de cette
cyclicité en prenant en compte de la nature du cycle économique

.3.1.1 La cyclicité de la politique budgétaire dans un cadre général

Le tableau 4-1 ci-dessous présente les différents résultats issus de l’estimation de


l’équation (3) par la méthode des variables instrumentales. Comme l’indique ce tableau, il
apparaît que les dépenses publiques globales sont procycliques dans la zone CEMAC. En effet,
on observe que le coefficient associé à notre variable cycle économique ici représentée par
l’écart de production est positif et significatif au seuil de 1%. Cela veut dire en d’autres termes
qu’en période de prospérité, les pouvoirs publics dans la CEMAC optent pour une augmentation
des dépenses publiques alors qu’en période de marasme, ils optent pour une réduction.

Par ailleurs, on observe que le coefficient associé à la variable budgétaire retardée d’une
période est positif et également significatif au seuil de 1% bien que de très faible ampleur, ce
qui sous-entend que la politique budgétaire est faiblement inerte dans la CEMAC. Sur le plan
théorique cette inertie de la politique budgétaire est attribuée aux délais d’actions dans leur mise
en œuvre.

184
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Tableau 4-1- Cyclicité de la politique budgétaires dans la zone CEMAC (modèle simple)

Variables Variables dépendantes


explicatives
Dépenses Dépenses publiques de Dépenses publiques
publiques globales consommation (DPC) d’investissement (DPI)
(DPG)
DPG (-1) 0,0585***
(0,0120)
Cycle (EP) 0,661*** 0,216*** 0,329***
(0,00804) (0,00514) (0,00660)
DPC (-1) 0,0611***
(0,0229)
DPI (-1) 0,0871***
(0,0194)
Constante 25,69*** 18,35*** 4,505
(5,170) (3,327) (4,239)
Observations 171 171 171
R2 0,898 0,679 0,929
Nombre de pays 6 6 6
Notes : Les valeurs entre parenthèses représentent les écarts types. *, ** et *** indiquent le niveau de significativité
des coefficients estimés respectivement au seuil de 10%, 5% et 1%.
Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel STATA 14

En ce qui concerne les dépenses publiques désagrégées, les résultats montrent également
qu’elles sont toutes aussi procycliques, avec une légère supériorité des dépenses publiques
d’investissement par rapport aux dépenses publiques de consommation, bien que les
coefficients à eux associés soient inférieurs à l’unité.

Par ailleurs, les résultats de l’estimation du modèle prenant en compte le taux


d’endettement public extérieur comme variable de contrôle indiquent que les dépenses
publiques globales ainsi que ses différentes composantes réagissent d’une manière procyclique
face aux variations de l’activité économique (voir tableau 4-2). En d’autres termes, ces résultats
corroborent ceux obtenus en estimant l’équation où sont intégrées uniquement les variables
d’intérêt (variables budgétaires et variables représentant le cycle économique). De ces résultats,
on observe également que le coefficient associé au taux d’endettement public extérieur retardé
est significativement négatif pour les dépenses publiques globales. Ce qui signifie que face une
forte accumulation de la dette publique extérieure, les autorités budgétaires de la CEMAC ont
tendance à réduire leurs dépenses publiques afin d’assainir la situation leurs finances publiques.

185
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Un effet négatif du taux d’endettement public extérieur retardé est également observé
sur les dépenses publiques d’investissement. En revanche, en ce qui concerne les dépenses
publiques de consommation, on constate qu’elles réagissent positivement à une augmentation
de la dette publique antérieure, ce qui sous-entend que face à une dette publique extérieure
élevée, l’assainissement budgétaire est plus axé sur les dépenses de consommation. Cela sous-
entend également que la dette publique extérieure contractée par les Etats de la CEMAC est
plus orientée vers les dépenses les dépenses publiques d’investissement.

Tableau 4-2- Cyclicité de la politique budgétaires dans la zone CEMAC (modèle


augmenté)

Variables Variables dépendantes


explicatives
Dépenses Dépenses publiques de Dépenses publiques
publiques globales consommation (DPC) d’investissement (DPI)
(DPG)
DPG (-1) 0, 0523 ***
(0, 0121)
Cycle (EP) 0,660*** 0, 218 *** 0, 322 ***
(0,00805) (0, 00503) (0, 00605)
DETTE (-1) -0,0779*** 0,0678*** -0,131***
(0,0282) (0,0173) (0,0216)
DPC (-1) 0, 0682 ***
(0, 0222)
DPI (-1) 0, 0510 ***
(0, 0184)
Constante 31,06*** 15,77*** 14,12***
(5,843) (3,672) (4,399)
Observations 171 171 171
R2 0,879 0,725 0,898
Nombre de code 6 6 6
Notes : Les valeurs entre parenthèses représentent les écarts types. *, ** et *** indiquent le niveau de significativité
des coefficients estimés respectivement au seuil de 10%, 5% et 1%.
Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel STATA 14

.3.1.2 La cyclicité de la politique budgétaire suivant les phases de la conjoncture

En ce qui concerne le comportement cyclique de la politique budgétaire pendant les


différentes phases de la conjoncture, il apparaît que les dépenses publiques globales ainsi que
ses différentes composantes sont procycliques en période d’expansion (voir tableau 4-3). Cela
s’est traduit par un coefficient positif significatif au seuil de 1% de la variable représentant le
cycle économique pendant cette phase. En revanche, pendant les phases de récession, il apparaît

186
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

que la cyclicité de la politique budgétaire est mitigée suivant l’instrument budgétaire utilisé. En
effet, on observe que les dépenses publiques globales et les dépenses publiques
d’investissement sont procycliques alors que les dépenses publiques de consommation sont
acycliques. Cela s’est traduit par un coefficient négatif et significatif au seuil de 10% pour les
premières (voir colonnes 1 et 3) et un coefficient positif mais non significatif pour les secondes
(voir colonne 2).

Tableau 4-3- Cyclicité de la politique budgétaire dans la CEMAC en période


d’expansion (EXPAN) et en période de récession (RECE)

Variables Variables dépendantes


explicatives
Dépenses Dépenses publiques de Dépenses publiques
publiques globales consommation (DPC) d’investissement (DPI)
(DPG)
DPG (-1) 0,0509***
(0,00902)
Cycle (EXPAN) 0,666*** 0,217*** 0,332***
(0,00603) (0,00506) (0,00591)
Cycle (RECE) -0,125* 0,0522 -0,115*
(0,0749) (0,0628) (0,0636)
DPC (-1) 0,0576**
(0,0225)
DPI (-1) 0,0769***
(0,0174)
Constante 25,89*** 18,42*** 4,550
(3,860) (3,259) (3,781)
Observations 171 171 171
R2 0,923 0,698 0,950
Nombre de pays 6 6 6
Notes : Les valeurs entre parenthèses représentent les écarts types. *, ** et *** indiquent le niveau de significativité
des coefficients estimés respectivement au seuil de 10%, 5% et 1%.
Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel STATA 14

A travers ces résultats, il apparaît clairement que la réaction des autorités budgétaires
dans la CEMAC est plus marquée pendant les phases de conjoncture favorable que celles de
basse conjoncture. En effet, on observe qu’en valeur absolue, les coefficients associés au cycle
économique pendant les phases d’expansion sont supérieurs à ceux observés pendant les phases
de récession. En d’autres termes les autorités budgétaires de la CEMAC recourent à une
augmentation des dépenses publiques pendant les périodes d’expansion plus que
proportionnelle à leur diminution pendant les périodes de récession. Cela est plus marqué

187
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

notamment pour les dépenses publiques d’investissement. Ce résultat peut s’expliquer entre
autres par la forte dépendance des économies de la CEMAC à l’exportation des matières
premières et notamment du pétrole, qui auraient tendance à dépenser plus qu’il n’en faut lorsque
le cours des matières subit une hausse et à revoir leurs dépenses à la baisse (notamment les
dépenses publiques d’investissement) lorsque ce cours est à la baisse comme ce fut le cas au
cours de ces dernières années. Cette plus grande procyclicité des dépenses publiques
d’investissement par rapport aux dépenses publiques de consommation peut s’expliquer par le
fait que les pouvoirs publics disposent d’une plus grande marge de manœuvre à réajuster leurs
dépenses en investissement comparativement aux dépenses publiques de consommation qui
sont difficilement réajustables (surtout à la baisse) de par leur composition (traitements et
salaires, dépenses de biens et services, subventions et transferts, intérêts sur la dette publique).

De façon globale, il ressort de ce premier pan de notre analyse empirique que la politique
budgétaire est procyclique dans la CEMAC, résultat qui corrobore entre autres celui de
Guillaumont et Tapsoba (2011) et celui de Bikai (2015). En revanche, en ce qui concerne
l’analyse empirique de la cyclicité de la politique budgétaire selon les différentes phases de la
conjoncture, nos résultats ne corroborent qu’en partie ceux de ces auteurs. En effet,
contrairement à ces auteurs qui trouvent une procyclicité et une acyclicité de la politique
budgétaire respectivement pendant les phases d’expansion et les phases de récession, nos
résultats mettent en exergue une procyclicité de la politique budgétaire durant ces différentes
phases, même si toutefois cette procyclicité ne concerne essentiellement que les dépenses
publiques d’investissement. Cette procyclicité de la politique budgétaire dans la CEMAC nous
amène à nous interroger sur les principaux facteurs susceptibles de l’expliquer.

.3.2 Analyse des déterminants de la cyclicité de la politique budgétaire dans la


CEMAC

Tout comme précédemment, nous analysons dans un premier temps les déterminants de
la cyclicité de la politique budgétaire dans un cadre général et dans un second temps en
distinguant les différentes phases de la conjoncture.

.3.2.1 Les déterminants de la cyclicité de la politique budgétaire dans un cadre général

Le tableau 4-4 suivant présente les résultats issus de l’analyse empirique des
déterminants de la cyclicité de la politique budgétaire dans la zone CEMAC.

188
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Tableau 4-4- Les déterminants de la cyclicité de la politique budgétaire dans la CEMAC

Variables Variables dépendantes


explicatives
Dépenses publiques Dépenses publiques de Dépenses publiques
globales (DPG) consommation (DPC) d’investissement (DPI)
DPG (-1) 0,0252* (0,0147
Cycle (EP) 0,716*** 0,661*** 0,519***
(0,150) (0,0915) (0,112)
EP*polity2 -0,0478*** -0,0158** -0,0447***
(0,0101) (0,00632) (0,00752)
EP*Elections 0,0779 -0,0608 0,0441
(0,0569) (0,0404) (0,0609)
EP*Aide Publique 0,0166*** -0,00611 0,0127**
(0,00553) (0,00381) (0,00601)
EP*Dette publique -0,000257 -6,62e-05 -0,00200***
Extérieure (0,00067) (0,000489) (0,000704)
EP*Profondeur -0,00533 0,00451 -0,0111**
Financière (0,00484) (0,00344) (0,00520)
Ep*règles 0,420* -0,501*** 0,181
budgétaires (0,248) (0,165) (0,268)
DPC (-1) 0,0823***
(0,0299
DPI (-1) 0,128***
(0,0298)
Constante 32,21*** 17,71*** 5,742
(4,602) (3,362) (4,843)
Observations 172 172 172
R2 0,895 0,703 0,938
Nombre de pays 6 6 6
Notes : Les valeurs entre parenthèses représentent les écarts types. *, ** et *** indiquent le niveau de significativité
des coefficients estimés respectivement au seuil de 10%, 5% et 1%.
Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel STATA 14

Ces résultats confirment tout d’abord la nature procyclique de la politique budgétaire


dans la CEMAC, car le coefficient associé à l’écart de production est positif et significatif aux
seuils appropriés aussi bien lorsque la politique budgétaire est captée par les dépenses publiques
globales que lorsqu’elle est captée par leurs différentes composantes. Ensuite, ils montrent que
le renforcement du système démocratique dans la CEMAC tend à réduire la procyclicité de la
politique budgétaire car le coefficient associé à la variable d’interaction entre le cycle
économique et la nature régime politique est négatif et significatif aux seuils appropriés. En

189
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

revanche, les élections semblent n’avoir aucun effet sur le comportement cyclique de la
politique budgétaire, du fait de la non significativité du coefficient à elles associés.

En ce qui concerne les contraintes de financements externes, on constate que le


coefficient associé à la variable d’interaction entre le cycle économique et l’aide publique
extérieure est positif et significatif lorsque la politique budgétaire est captée par les dépenses
publiques globales et les dépenses publiques d’investissement, mais négatif et non significatif
lorsque la politique budgétaire est captée par les dépenses publiques de consommation. Cela
suppose globalement que l’aide publique extérieure accentue la procyclicité de la politique
budgétaire dans la CEMAC, renforçant ainsi entre autres la thèse de Kamensky et al (2004) et
Alesina et Tabellini (2005, 2008) selon laquelle l’entrée des capitaux dans les pays en
développement en soit même est procyclique.

Quant-au coefficient d’interaction entre le cycle économique et le taux d’endettement


public extérieur, il est négatif conformément à nos attentes, mais significatif seulement pour les
dépenses publiques d’investissement. Ce qui sous-entend qu’une augmentation de la dette
publique extérieure tend à réduire la procyclicité de la politique budgétaire dans la CEMAC.
Cela peut s’expliquer par le fait que le financement des bailleurs de fonds internationaux dans
les pays en développement est en majorité orienté vers des programmes d’investissements
publics ciblés.

En ce qui concerne les contraintes de financements internes, le coefficient associé à la


variable d’interaction entre le cycle économique et la profondeur financière mesurée par le
crédit intérieur fourni au secteur privé en % du PIB a le signe attendu (négatif) mais significatif
au seuil de 5% uniquement lorsque la politique budgétaire est captée par les dépenses publiques
d’investissement. Ce qui montre qu’un système financier plus profond dans la CEMAC tend à
atténuer le degré de procyclicité de la politique budgétaire à travers les dépenses publiques
d’investissement. Ce résultat est compréhensible dans la mesure où le renforcement du système
financier permet aux gouvernements de se financer aisément aux conditions de marché pendant
les périodes de conjoncture défavorable.

En ce qui concerne les règles budgétaires, le coefficient d’interaction entre elles et les
dépenses publiques globales est positif et significatif au seuil de 10%, négatif et significatif au
seuil de 1% pour les dépenses publiques de consommation, positif et non significatif pour les
dépenses publiques d’investissement. Ce résultat laisse sous-entendre que de façon globale, les
règles budgétaires renforcent le biais procyclique de la politique budgétaire dans la CEMAC,

190
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

corroborant ainsi ceux de Guillaumont et Tapsoba (2011) et Bikai (2015). Toutefois, ce résultat
montre également que les règles budgétaires ont un biais contracyclique sur les dépenses
publiques de consommation. Ce qui suppose que les efforts consentis par les autorités
budgétaires de la zone CEMAC pour réduire les déficits budgétaires en période d’expansion
sont plus axés sur les dépenses publiques courantes, et peut s’expliquer par l’existence d’un
critère de convergence de second rang dans la zone qui prescrit que le ratio masse
salariale/recettes fiscales soit inférieure ou égale à 35% dans chaque pays.

.3.2.2 Les déterminants de la cyclicité de la politique budgétaire dans les différentes


phases de la conjoncture

Afin de mieux appréhender les différents déterminants de la cyclicité de la politique


budgétaire dans la CEMAC, nous approfondissons notre analyse en évaluant l’incidence de ces
différents facteurs dans les différentes phases de la conjoncture. Le tableau 4-5 suivant présente
la synthèse des différents résultats.

191
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Tableau 4-5- Les déterminants de la cyclicité de la politique budgétaire dans la CEMAC


en période d’expansion (EXPAN) et en période de récession (RECE)

Variables Variables dépendantes


explicatives Dépenses publiques Dépenses publiques de Dépenses publiques
globales (DPG) consommation (DPC) d’investissement (DPI)
Cycle (EXPAN) 1,817*** (0,419) 0,813*** (0,291) 1,902***(0,357)
Cycle (RECE) -1,100*** (0,351) -0,0283 (0,243) -0,947*** (0,317)
DPG (-1) 0,0716*** (0,0150)
Périodes d’expansion
EXPAN*Polity 2 0,0134 (0,0167) 0,0288** (0,0114) -0,00209 (0,0150)
EXPAN*Elections 0,261*** (0,0749) 0,0722 (0,0525) 0,181*** (0,0668)
EXPAN*Aide -0,00678 (0,00793) 0,00162 (0,00552) -0,0142** (0,00700)
publique
EXPAN*Dette -0,00367*** 0,000972) -0,00182*** (0,000695) -0,00383*** (0,00084)

EXPAN*Profondeur -0,00799 (0,00639) -0,00638 (0,00445) -0,00849 (0,00573)


financière
EXPAN*Règles -1,278*** (0,382) -0,878*** (0,259) -1,134*** (0,333)
budgétaires
Périodes de Récession
RECE*Polity 2 -0,0238 (0,0207) -0,0377*** (0,0144) 0,0123 (0,0186)
RECE*Elections -0,0161 (0,120) -0,0521 (0,0837) 0,0219 (0,108)
RECE*Aide 0,0327*** (0,0118) 0,00503 (0,00822) 0,0217** (0,0107)
publique
RECE*Dette 0,00307*** (0,00112) 0,000205 (0,000781) 0,00248** (0,00101)
RECE*Profondeur -0,00466 (0,00709) 0,00780 (0,00496) -0,0114* (0,00635)
financière
RECE*Règles 0,857*** (0,315) 0,0609 (0,218) 0,701** (0,284)
budgétaires
DPC (-1) 0,102*** (0,0312)
DPI (-1) 0,161*** (0,0249)
Constante 19,19*** (4,487) 17,11*** (3,322) -5,348*** (3,869)
Observations 172 172 172
R2 0,911 0,639 0,975
Nombre de code 6 6 6
Notes : Les valeurs entre parenthèses représentent les écarts types. *, ** et *** indiquent le niveau de significativité
des coefficients estimés respectivement au seuil de 10%, 5% et 1%.
Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel STATA 14

Ces résultats confirment la nature procyclique de la politique budgétaire aussi bien en


période d’expansion qu’en période de récession dans la CEMAC.

192
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En ce qui concerne la nature du régime politique, on constate aussi bien en phase


d’expansion qu’en phase de récession que le coefficient associé la variable d’interaction entre
le cycle économique et la variable polity2 n’est significativement différent de 0 que lorsque les
dépenses publiques de consommation sont prises comme proxy de la politique budgétaire. Par
ailleurs, il est positif en phase d’expansion et négatif en phase de récession. Ce qui sous-entend
que le renforcement du processus démocratique dans la zone CEMAC accentue le biais
procyclique de la politique budgétaire en période de conjoncture favorable et l’atténue en
période de conjoncture défavorable. Ce résultat est raisonnable dans la mesure où dans les Etats
démocratiques, les élus du peuple ont le plus souvent tendance à exercer une pression sur le
gouvernement en période d’expansion afin que ce dernier puisse augmenter ses dépenses que
ce soit en matière d’investissement ou de consommation.

Quant aux élections, même si aucun effet significatif n’a été observé lors de nos
précédentes analyses, il s’avère qu’elles accentuent la procyclicité de la politique budgétaire en
période d’expansion dans la CEMAC contrairement à la période de récession où elles sont sans
effet. Cela suppose que lorsqu’une élection survient en période de conjoncture favorable dans
la CEMAC, les gouvernements ont tendance à dépenser davantage pour se faire réélire comme
le prédit la théorie de cycles politico-économiques.

En ce qui concerne les contraintes de financements externes, on constate qu’elles ont


des effets opposés sur la cyclicité de la politique budgétaire pendant les deux phases de
l’économie. En effet, en période d’expansion, le coefficient associé à la variable d’interaction
entre le cycle économique et l’aide publique extérieure est négatif et significatif au seuil de 5%
pour les dépenses publiques d’investissement, négatif et non significatif pour les dépenses
publiques globales et positif et non significatif pour les dépenses publiques de consommation.
Cela signifie si l’on s’en tient aux dépenses publiques d’investissement, que l’aide publique
extérieure en période d’expansion tend à réduire le biais procyclique de la politique budgétaire.
En revanche, en période de récession, le coefficient associé à la variable d’interaction entre le
cycle économique et l’aide publique extérieure devient positif et significatif pour les autres
variables budgétaires, ce qui traduit un biais procyclique de l’aide publique extérieure sur la
politique budgétaire en période de récession.

Quant-à la dette publique extérieure, on constate que le coefficient d’interaction entre le


cycle économique et le taux d’endettement public extérieur est négatif et significatif pour
l’ensemble des variables budgétaires pendant les périodes d’expansion alors qu’il est plutôt

193
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

positif et significatif pour l’essentiel de ces variables pendant les phases de récession. Ce
résultat traduit l’effet asymétrique de la dette publique sur la cyclicité de la politique budgétaire
dans la CEMAC. Ainsi, un taux d’endettement public extérieur élevé réduit le biais procyclique
de la politique budgétaire en période d’expansion, alors qu’il accentue ce biais en période de
récession. Ce résultat peut s’expliquer par exemple par le fait qu’en période de conjoncture
défavorable comme lors de la flambée des prix des matières premières sur le marché
international, les autorités budgétaires de la CEMAC au lieu d’accroître exagérément leurs
dépenses consacrent une partie des recettes perçues au paiement du service de la dette publique
extérieure.

En ce qui concerne les contraintes de financements internes, on constate qu’en phase


d’expansion, la profondeur financière n’a pas d’effet significatif sur la procyclicité de la
politique budgétaire car le coefficient associé à la variable d’interaction entre le cycle et la
profondeur financière n’est significatif aux seuils conventionnels pour aucune des variables
budgétaires. En phase de récession en revanche, ce coefficient devient significatif pour les
dépenses publiques d’investissement, ce qui montre qu’un système financier profond tend à
rendre la politique budgétaire moins procyclique en période de marasme, car pouvant fournir
un cadre idéal pour le financement des investissements publics.

En ce qui concerne les règles budgétaires, il apparaît qu’elles tendent à réduire le biais
procyclique de la politique budgétaire pendant les phases d’expansion et à l’accentuer pendant
les phases de récession. Dans nos analyses économétriques, cela se traduit un coefficient associé
à la variable d’interaction entre et le cycle et les règles budgétaires négatif et significatif au seuil
de 1% pour les différentes variables budgétaires pendant les phases d’expansion, et un
coefficient positif et également significatif pendant les périodes de récession, notamment pour
les dépenses publiques globales et les dépenses d’investissement.

Conclusion du chapitre

Ce chapitre s’est fixé comme objectif d’analyser la cyclicité de la politique budgétaire


dans la zone CEMAC. Pour cela, il s’est penché d’une part sur l’analyse du comportement
cyclique de la politique budgétaire et d’autre part sur l’analyse de ses potentiels déterminants.
L’analyse empirique du comportement cyclique de la politique budgétaire a révélé que cette
dernière de par les dépenses publiques globales et les dépenses publiques désagrégées a été en
moyenne procyclique dans la CEMAC, corroborant ainsi la plupart des résultats existant sur les

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pays en développement. En distinguant les différentes phases de l’économie, notre analyse a


révélé que la procyclicité de la politique budgétaire dans la CEMAC est plus forte en phase
d’expansion qu’en phase de récession, d’où la nécessité pour les pays de la CEMAC de
constituer une épargne considérable pendant les phases d’expansion (généralement observés
lors de la hausse du cours des premières) pour pouvoir l’utiliser pendant les phases de récession.

En nous focalisant sur l’analyse des déterminants de cette procyclicité, nos résultats
indiquent que certains facteurs tendent à réduire le bais procyclique da la politique budgétaire
dans la zone CEMAC alors que d’autres tendent à l’accentuer. Parmi les premiers, on retrouve
le renforcement du processus démocratique, la profondeur du système financier et
l’endettement public extérieur. Parmi les seconds, figurent notamment les contraintes de
financements externes matérialisées par l’aide publique extérieure et les règles budgétaires. En
étendant notre analyse aux différentes phases de la conjoncture, les différents résultats ont
révélé que l’incidence de ces facteurs sur la cyclicité de la politique budgétaire varie d’une
phase de la conjoncture à une autre. Il s’agit notamment de la nature du régime politique, des
contraintes de financements externes, des contraintes de financement internes et des règles
budgétaires.

De façon globale, ces résultats montrent que l’orientation budgétaire dans la CEMAC
n’est pas de nature à lisser efficacement le cycle conjoncturel, et par conséquent limite
l’efficacité de la politique budgétaire en matière de stabilisation macroéconomique. Ce qui
laisse transparaître la nécessité pour les pays de la zone CEMAC de mettre sur pied des
politiques budgétaires contracycliques qui non seulement devraient permettre de lisser les
fluctuations conjoncturelles, mais aussi de réduire la probabilité d’occurrence des chocs
asymétriques dans la zone. Au regard des différents facteurs explicatifs de la cyclicité
budgétaire, cela passe nécessairement par une amélioration de la qualité des institutions via le
renforcement du système démocratique, l’amélioration du système financier qui permettra de
mobiliser davantage d’épargne et une révision des règles budgétaires de telle sorte qu’elles
tiennent compte des spécifiés de chaque pays en matière de politique budgétaire.

En dépit de la pertinence de nos différents résultats, il convient de noter que ce travail


peut être amélioré car le coefficient de cyclicité de la politique budgétaire dépend de la variable
budgétaire retenue, des modèles et de la méthode d’estimation utilisés. Ainsi, ce travail pourra
être amélioré en utilisant comme instrument budgétaire le taux d’imposition qui contrairement
aux recettes fiscales est supposé ne pas être corrélé avec le cycle économique.

195
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Aussi, les résultats issus de l’utilisation de la méthode des variables instrumentales


dépendent des instruments utilisés. Même si les instruments utilisés dans le cadre de cette étude
sont considérés par Gali et Perotti (2003) comme étant les « meilleurs » dans pareil cas de
figure, il n’en demeure pas moins que d’autres instruments plus efficaces peuvent être explorés.
Il est aussi bien de noter que les conclusions de ce chapitre en ce qui concerne les contraintes
de financement internes et externes et les facteurs politiques et démocratiques dépendent des
variables utilisées. Il serait tout aussi intéressant d’utiliser à titre de comparaison d’autres
variables alternatives ou alors de s’en éloigner un tout petit peu en utilisant d’autres facteurs
susceptibles d’expliquer la cyclicité de la politique budgétaire qui ne sont pas encore exploités
dans la littérature.

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ANNEXES DU CHAPITRE 4

Annexes 4-1 : Evolution de la profondeur financière dans les pays de la CEMAC

45
Crédit accordé au secteur privé/PIB (en %)

40

35

30

25

20

15

10

0
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
Cameroun Congo Gabon Guinée E. RCA Tchad

Annexes 4-2 : Evolution de l’aide publiques extérieure dans les pays de la CEMAC

70

60
Aide publique extéieure (en % du PIB)

50

40

30

20

10

0
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016

-10

Cameroun Congo Gabon Guinée E. RCA Tchad

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Annexes 4-3 : Indice de démocratie et d’autocratie dans les pays de la CEMAC

Cameroun Congo Gabon Guinée E. RCA Tchad


1987 -8 -8 -9 -7 -7 -7
1988 -8 -8 -9 -7 -7 -7
1989 -8 -8 -9 -7 -7 -7
1990 -8 -8 -6 -7 -7 -7
1991 -8 -1 -4 -7 -6 -5
1992 -4 5 -4 -7 -6 -4
1993 -4 5 -4 -5 5 -4
1994 -4 5 -4 -5 5 -4
1995 -4 5 -4 -5 5 -4
1996 -4 5 -4 -6 5 -2
1997 -4 -6 -4 -6 5 -2
1998 -4 -6 -4 -6 5 -2
1999 -4 -6 -4 -6 5 -2
2000 -4 -6 -4 -6 5 -2
2001 -4 -5 -4 -6 5 -2
2002 -4 -4 -4 -6 5 -2
2003 -4 -4 -4 -6 -1 -2
2004 -4 -4 -4 -6 -1 -2
2005 -4 -4 -4 -6 -1 -2
2006 -4 -4 -4 -6 -1 -2
2007 -4 -4 -4 -6 -1 -2
2008 -4 -4 -4 -6 -1 -2
2009 -4 -4 3 -6 -1 -2
2010 -4 -4 3 -6 -1 -2
2011 -4 -4 3 -6 -1 -2
2012 -4 -4 3 -6 -1 -2
2013 -4 -4 3 -6 0 -2
2014 -4 -4 3 -6 0 -2
2015 -4 -4 3 -6 0 -2
2016 -4 -4 3 -6 6 -2

Annexes 4-4 : Années électorales dans les pays de la CEMAC de 1987 à 2016

Pays Années électorales


Cameroun 1988, 1992, 1997, 2002, 2004, 2007, 2001, 2013
Congo 1992, 1993, 2002, 2006, 2009, 2012, 2016
Gabon 1993, 1995, 1996, 1997, 1998, 2001, 2003, 2005, 2006, 2009, 2011, 2016
Guinée E. 1988, 1989, 1991, 1993, 1996, 1999, 2002, 2004, 2008, 2009, 2011, 2016
RCA 1987, 1992, 1993, 1994, 1998, 2004, 2005, 2011, 2016
Tchad 1989, 1990, 1996, 2001, 2005, 2006, 2011, 2016

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ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Conclusion générale

Cette thèse avait pour principal objectif d’étudier l’efficacité des budgétaires en termes
de stabilisation macroéconomique dans la CEMAC, rassemblement de six pays en
développement formant une union monétaire hétérogène. Dans la poursuite cet objectif, elle a
été organisée autour de quatre chapitres dont un chapitre introductif et trois chapitres
empiriques. Le deuxième chapitre (premier essai) étudie les effets des chocs de politique
budgétaire sur l’activité économique dans les différents pays de la CEMAC. Le troisième
chapitre (deuxième essai) analyse les effets macroéconomiques des consolidations budgétaires.
Le quatrième chapitre (troisième essai) étudie la cyclicité de la politique budgétaire. Les
principales conclusions qui en découlent peuvent être résumées comme suit :

Tout d’abord, pour ce qui est du deuxième chapitre, il en est ressorti de façon globale
que l’activité économique réagit positivement à court et à moyen termes aux chocs
discrétionnaires de dépenses publiques globales et de dépenses publiques désagrégées
(dépenses publiques de consommation et dépenses publiques d’investissement) dans les
différents pays de la CEMAC et négativement aux chocs discrétionnaires de recettes fiscales,
et où en ont découlé des multiplicateurs budgétaires tous inférieurs à l’unité. Par ailleurs,
l’analyse des canaux de transmission de la politique budgétaire dans la CEMAC au travers de
l’ examen des effets des chocs discrétionnaires de dépenses publiques et de recettes fiscales sur
les principales composantes de la demande globale (consommation et investissement privés) et
sur l’inflation a fait état de l’existence des effets ricardiens dans certains pays (Gabon, Guinée
Equatoriale) et des effets d’éviction (Congo, la Guinée Equatoriale el Tchad ) contrairement
aux autres pays où des effets keynésiens ont été observés. En outre, un choc discrétionnaire de
dépenses publiques globales s’est traduit par une baisse du niveau général des prix dans
l’ensemble des pays de la zone CEMAC.

Ensuite, pour ce qui est du troisième chapitre, l’analyse empirique nous a dans un
premier temps permis d’identifier 22 épisodes de consolidations budgétaires dans la zone
CEMAC dont la majorité au Tchad (6 épisodes). Préalablement, nous avons analysé les
principaux déterminants de ces consolidations budgétaires. De cette analyse, il en est ressorti
que les consolidations budgétaires dans la CEMAC dépendaient essentiellement de la
conjoncture économique, de la situation des finances publiques et de l’équilibre extérieur.
L’analyse des effets macroéconomiques des consolidations budgétaires proprement dite a

199
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

révélé que ces dernières avaient des effets keynésiens sur l’activité économique dans la zone
CEMAC, effets keynésiens qui émaneraient principalement des consolidations budgétaires
axées sur la réduction des dépenses publiques.

Enfin, en ce qui concerne le quatrième chapitre, les résultats empiriques ont dans un
premier temps confirmé la nature procyclique de la politique budgétaire dans la zone CEMAC,
procyclicité qui s’est confirmée aussi bien pendant les phases d’expansion que les phases de
récession. Dans un second temps, à travers une analyse plus poussée, il s’est avéré que le
comportement cyclique de la politique budgétaire dans la CEMAC ne dépend pas seulement de
l’état de l’économie dans le cycle, mais aussi de nombreux facteurs d’ordres économiques et
sociopolitiques. En effet, l’analyse des déterminants de la cyclicité de la politique budgétaire
dans la zone CEMAC a révélé entre autres qu’un système financier plus profond et le
renforcement du processus démocratique tendent à réduire le biais procyclique da la politique
budgétaire dans la zone, alors que les contraintes de financements externes et les règles
budgétaires imposées dans le cadre de la surveillance multilatérale tendent à l’accentuer. Par
ailleurs, l’analyse empirique a également révélé que l’incidence de de ces facteurs sur la
cyclicité de la politique budgétaire dépend de l’état de la conjoncture.

Au regard de ces différents résultats, il apparaît clairement que les politiques budgétaires
telles qu’elles sont actuellement menées par les différents pays de la CEMAC ne sont pas de
nature à répondre efficacement aux chocs spécifiques. Afin de remédier à cela, les
gouvernements de la CEMAC devraient :

 Améliorer de la gestion des ressources publiques : les gouvernements de la CEMAC se


doivent de procéder à une allocation plus efficiente de leurs dépenses publiques pour la
promotion de leur croissance économique à court et à moyen terme. Pour ce faire, il leur
importe d’assurer une meilleure planification des ressources et d’améliorer la
performance des finances publiques ;
 Créer un fonds de stabilisation commun pour l’exploitation des recettes issus de
l’exportation des matières premières (notamment du pétrole) afin de se protéger contre
les baisses potentielles du cours de ces dernières sur le marché international ;
 Assurer la coordination de leurs politiques budgétaires afin de créer les conditions
adéquates pour une convergence économique, nécessaire pour faire de la zone CEMAC
une zone monétaire optimale ;

200
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

 Renforcer le processus démocratique et améliorer la qualité de la gouvernance afin


d’éviter des pertes de recettes liés à la corruption et aux détournements des fonds
publics.

Malgré la robustesse des différents résultats empiriques obtenus tout au long de cette
thèse, il convient cependant de relever qu’ils comportent quelques limites qu’il convient de
surmonter. La première limite réside dans la non prise en compte la nature du cycle économique
dans l’analyse des effets de chocs de politique budgétaire sur l’activité économique telle
qu’effectuée au deuxième chapitre, car il est de plus en plus démontré que la taille des
multiplicateurs budgétaires est susceptible de varier en fonction de la nature du cycle
économique. La deuxième limite concerne l’approche d’identification des épisodes de
consolidations budgétaires utilisée au troisième chapitre. En effet, nous avons opté pour une
approche quantitative lors de l’identification les différents épisodes de consolidations
budgétaire or, cette approche est susceptible d’une part d’engendrer un biais d’endogénéité car
ne prenant pas en compte les motivations qui ont poussé à la consolidation budgétaire, et d’autre
part d’omettre certains épisodes consolidation budgétaire.

La troisième limite réside dans la non prise en compte de certaines variables, notamment
des variables reflétant la qualité des institutions suite à leur indisponibilité sur une longue
période pour certains pays de notre échantillon, et qui nous auraient permis de mieux expliquer
le comportement cyclique de la politique budgétaire dans la CEMAC. Ces différentes limites
ne remettent cependant pas en cause la fiabilité de ce travail, car les résultats obtenus dans cette
thèse restent cohérents dans leur globalité avec ceux des études théoriques et empiriques
antérieures.

Par ailleurs, la présente thèse offre quelques perspectives pour des recherches futures.
Afin d’enrichir davantage la littérature sur l’efficacité des politiques budgétaires en union
monétaire, il serait par exemple intéressant de mener des recherches futures sur cette question
en évaluant l’ampleur des multiplicateurs budgétaires par des modèles non linéaires du type
STVAR : (Smooth Transition Vector Autoregressive) tel que proposés par Auerbach et
Gorodnichenko (2012a). Il serait tout aussi intéressant d’identifier les différents chocs
budgétaires ainsi que les épisodes de consolidations budgétaires en suivant une approche
narrative. Une autre piste intéressante serait d’évaluer l’efficacité de la politique budgétaire
suivant la structure fonctionnelle des dépenses publiques et et non la structure économique
comme ce fut le cas dans cette étude.

201
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

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220
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

TABLE DES MATIERES

AVERTISSEMENT _________________________________________________________ i
SOMMAIRE _______________________________________________________________ ii

DEDICACE ______________________________________________________________ iv

REMERCIEMENTS ________________________________________________________ v

SIGLES ET ABREVIATIONS _______________________________________________ vii

LISTE DES TABLEAUX ____________________________________________________ ix

LISTE DES GRAPHIQUES _________________________________________________ xi

RESUME _______________________________________________________________ xiii

ABTRACT_______________________________________________________________ xiv

Chapitre 1. Introduction générale et vue d’ensemble _____________________________ 1

.1 La CEMAC : Une zone monétaire non optimale ___________________________ 2


.1.1 Un bref aperçu de la littérature sur la théorie des zones monétaires optimales ___ 2
.1.1.1 L’approche « traditionnelle » de la théorie des zones monétaires optimales _ 3
.1.1.2 L’approche « moderne » de la théorie des zones monétaires optimales _____ 4
.1.2 La situation de la zone CEMAC par rapport à quelques critères de la théorie des
ZMO ________________________________________________________________ 5

.2 Les finances publiques dans la CEMAC : Quelques faits stylisés _____________ 14


.2.1 Evolution des recettes budgétaires dans la CEMAC ______________________ 15
.2.2 Evolution des dépenses publiques dans la CEMAC _______________________ 19
.2.3 Evolution des soldes budgétaires dans la CEMAC ________________________ 25

.3 Contribution de la thèse _______________________________________________ 31


.3.1 Evolution théorique de la conception de la politique budgétaire _____________ 31
.3.2 Problématique ____________________________________________________ 33
.3.3 Objectifs de recherche______________________________________________ 37
.3.4 Bref aperçu de la méthodologie ______________________________________ 37
.3.5 Intérêt de la thèse _________________________________________________ 40
.3.6 Plan de la thèse ___________________________________________________ 40

ANNEXES DU CHAPITRE 1 ________________________________________________ 42

221
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

Chapitre 2. Chocs de politique budgétaire et dynamique de l’activité économique dans la


CEMAC : Les multiplicateurs budgétaires ______________________________________ 48

.1 Revue de la littérature théorique _______________________________________ 50


.1.1 L’approche keynésienne de la politique budgétaire _______________________ 50
.1.2 L’approche néoclassique de la politique budgétaire _______________________ 53
.1.2.1 Effet d’éviction et hypothèse du revenu permanent ___________________ 53
.1.2.2 Anticipations rationnelles et équivalence ricardienne __________________ 54
.1.2.3 Rigidité de l’offre et flexibilité des prix ____________________________ 55
.1.3 L’approche institutionnelle de la politique budgétaire _____________________ 55

.2 Revue de la littérature empirique _______________________________________ 56


.2.1 Quelques études empiriques réalisées à partir de l’approche VAR structurelle __ 58
.2.2 Les multiplicateurs budgétaires suivant le cycle économique _______________ 62

.3 Méthodologie et données ______________________________________________ 67


.3.1 Spécification et identification du modèle SVAR _________________________ 67
.3.1.1 Le modèle ___________________________________________________ 68
.3.1.2 Identification des chocs budgétaires _______________________________ 69
.3.2 Procédure d’estimation et données ____________________________________ 71
.3.2.1 Procédure d’estimation _________________________________________ 71
.[Link] Tests de stationnarité et de cointégration __________________________ 71
.[Link] Sélection du nombre de retards optimal ___________________________ 73
.[Link] Tests de diagnostic ___________________________________________ 73
.3.2.2 Nature et source de données _____________________________________ 74

.4 Résultats et interprétations ____________________________________________ 75


.4.1 Les effets d’un choc structurel de dépenses publiques et de recettes fiscales sur la
production dans la CEMAC _______________________________________________ 75
.4.1.1 Effets d’un choc structurel de dépenses publiques globales et de recettes
fiscales sur la production _______________________________________________ 75
.4.1.2 Réponse de la production à un choc structurel sur les dépenses publiques de
consommation et les dépenses publiques d’investissement _____________________ 79
.4.2 : Les effets des chocs de politique budgétaires sur les composantes de la demande
globale dans la CEMAC _________________________________________________ 85
.4.2.1 Les effets de chocs structurels de dépenses publiques et de recettes fiscales
sur la consommation privée dans la CEMAC _______________________________ 85

222
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

.[Link] Réponse de la consommation privée à un choc structurel sur les dépenses


publiques globales et les recettes fiscales _________________________________ 86
.[Link] Réponse de la consommation privée à un choc structurel sur les dépenses
publiques courantes et les dépenses publiques d’investissement _______________ 88
.4.2.2 Les effets des chocs structurels de dépenses publiques et de recettes fiscales
sur l’investissement privé dans la CEMAC _________________________________ 89
.[Link] Réponse de l’investissement privé à un choc structurel sur les dépenses
publiques globales et les recettes fiscales _________________________________ 89
.[Link] Réponse de l’investissement privé à un choc structurel sur les dépenses
publiques de consommation et les dépenses publiques d’investissement ________ 92
.4.3 Les effets de chocs de politique budgétaires sur l’inflation dans la CEMAC ___ 93

Conclusion du chapitre ___________________________________________________ 95

ANNEXES DU CHAPITRE 2 ________________________________________________ 98

Chapitre 3. Consolidations budgétaires et activité économique dans la CEMAC _____ 120

.1 Consolidations budgétaires et activité économique : Une revue de littérature


théorique ______________________________________________________________ 123
.1.1 Les effets keynésiens des consolidations budgétaires_____________________ 123
.1.2 Les effets non keynésiens des consolidations budgétaires _________________ 123
.1.2.1 Les effets expansionnistes des consolidations budgétaires appréhendés du côté
de la demande _______________________________________________________ 124
.[Link] Les effets de richesse ________________________________________ 124
.[Link] Les effets de crédibilité ______________________________________ 125
.1.2.2 Les effets non keynésiens des consolidations budgétaires appréhendés du côté
de l’offre ___________________________________________________________ 126
.[Link] L’offre de travail ___________________________________________ 126
.[Link] La structure du marché du travail ______________________________ 127

.2 Consolidations budgétaires et activité économique : Quelques travaux empiriques


127
.2.1 De l’analyse des effets macroéconomiques des consolidations budgétaires ___ 128
.2.2 De l’analyse des déterminants des consolidations budgétaires ______________ 131

.3 Données et identification des épisodes de consolidations budgétaires dans la


CEMAC ______________________________________________________________ 133

223
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

.3.1 Nature et sources de données _______________________________________ 133


.3.2 Définition des épisodes de consolidation budgétaire _____________________ 135
.3.3 Identification des épisodes de consolidation budgétaire ___________________ 137

.4 Analyse des déterminants du déclanchement des consolidations budgétaires dans


la CEMAC ____________________________________________________________ 140

.5 Analyse empirique des effets des consolidations budgétaires sur l’activité


économique dans la zone CEMAC _________________________________________ 143
.5.1 Spécification du modèle ___________________________________________ 143
.5.2 Les effets des consolidations sur l’activité économique dans la CEMAC _____ 145
.5.3 Les effets de composition des consolidations sur l’activité économique dans la
CEMAC _____________________________________________________________ 147

.6 Tests de robustesse __________________________________________________ 150


.6.1 Analyse de l’exogénéité des épisodes de consolidations budgétaires identifiées 150
.6.2 Les effets des consolidations budgétaires sur la croissance économique sous le
contrôle de la dette publique extérieure et de l’inflation ________________________ 153

ANNEXES DU CHAPITRE 3 _______________________________________________ 157

Chapitre 4. Cyclicité de la politique budgétaire dans la CEMAC : Contraintes de


financement et facteurs sociopolitiques________________________________________ 159

.1 Cyclicité de la politique budgétaire : Une revue de littérature théorique et


empirique _____________________________________________________________ 161
.1.1 Revue de la littérature théorique _____________________________________ 161
.1.2 Revue de la littérature empirique ____________________________________ 162
.1.2.1 De l’étude du comportement cyclique de la politique budgétaire ________ 163
.1.2.2 De l’analyse des déterminants de la cyclicité de la politique budgétaire __ 166
.[Link] Les facteurs économiques ____________________________________ 167
.[Link] Les facteurs politiques et institutionnels _________________________ 169
.[Link] Les règles budgétaires _______________________________________ 172

.2 Méthodologie et données _____________________________________________ 174


.2.1 De l’étude du comportement cyclique de la politique budgétaire ___________ 174
.2.1.1 Spécification du modèle _______________________________________ 174
.2.1.2 Explication des variables _______________________________________ 176
.2.2 De l’analyse des déterminants de la cyclicité de la politique budgétaire ______ 178

224
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE

.2.2.1 Spécification du modèle _______________________________________ 178


.2.2.2 Explication des variables _______________________________________ 179
.[Link] Les variables politiques et institutionnelles (FPI) __________________ 179
.[Link] Les variables économiques (FE) _______________________________ 180
.[Link] Les règles budgétaires (RB) ___________________________________ 181
.2.3 Procédure d’estimation et données ___________________________________ 182
.2.3.1 Procédure d’estimation ________________________________________ 182
.2.3.2 Nature et source de données ____________________________________ 183

.3 Résultats empiriques et interprétations _________________________________ 183


.3.1 Le comportement cyclique de la politique budgétaire dans la CEMAC_______ 184
.3.1.1 La cyclicité de la politique budgétaire dans un cadre général ___________ 184
.3.1.2 La cyclicité de la politique budgétaire suivant les phases de la conjoncture 186
.3.2 Analyse des déterminants de la cyclicité de la politique budgétaire dans la
CEMAC _____________________________________________________________ 188
.3.2.1 Les déterminants de la cyclicité de la politique budgétaire dans un cadre
général ___________________________________________________________ 188
.3.2.2 Les déterminants de la cyclicité de la politique budgétaire dans les différentes
phases de la conjoncture _______________________________________________ 191

ANNEXES DU CHAPITRE 4 _______________________________________________ 197

Conclusion générale _______________________________________________________ 199

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES ______________________________________ 202

TABLE DES MATIERES __________________________________________________ 221

225
Titre : Essais sur l’efficacité des politiques budgétaires en union monétaire

Mots clés : Politique budgétaire discrétionnaire ; consolidations budgétaires ; multiplicateurs budgétaires ;


cyclicité budgétaire ; stabilisation macroéconomique ; union monétaire ; CEMAC.

Résumé : L’objectif de cette thèse est Ces effets demeurent tout de même positifs
d’analyser l’efficacité des politiques budgétaires pour les dépenses publiques et négatifs pour
en matière de stabilisation macroéconomique les recettes fiscales la plupart du temps. Après
en union monétaire, en l’occurrence dans la avoir identifié les différents épisodes de
Communauté Economique et Monétaire de consolidations budgétaires, l’analyse
l’Afrique Centrale (CEMAC). Dans la poursuite empirique du deuxième essai révèle que les
de cet objectif, en plus d’un chapitre introductif, consolidations budgétaires dans la zone
elle est organisée autour de trois chapitres CEMAC dépendent essentiellement de la
empiriques (essais). Les résultats empiriques conjoncture économique et de la situation
issus du premier essai montrent d’une part que antérieure des finances publiques, et qu’elles
la taille des multiplicateurs budgétaires est ont globalement des effets keynésiens sur
inférieure à l’unité dans la totalité des pays de la l’activité économique. Les résultats du
CEMAC, et d’autre part que les effets des chocs troisième essai quant à eux indiquent d’une
de politique budgétaire sur les différentes part que la politique budgétaire est en
variables macroéconomiques (croissance moyenne procyclique dans la zone CEMAC, et
économique, inflation, consommation privée, d’autre part que cette procyclicité est expliquée
investissement privé) varient considérablement essentiellement par des facteurs économiques
d’un pays à un autre. et sociopolitiques.

Title : Essays on the effectiveness of fiscal policies in monetary union

Keywords : Discretionary fiscal policy ; fiscal consolidations ; fiscal multipliers ; fiscal cyclicality ;
macroeconomic stabilization ; monetary union ; CEMAC.

Abstract : The objective of this thesis is to These effects are still remain positive for public
analyze the effectiveness of fiscal policies on spending and negative for tax revenues most
macroeconomic stabilization in monetary union of the time. After having identifing the different
more precisely in the Central African Economic episodes of fiscal consolidation, the empirical
and Monetary Community (CEMAC). In pursuit analysis of the second trial reveals that fiscal
of this objective, apart from the introductory consolidations in the CEMAC zone depends
chapter, this thesis is organized around three essentially on its economic situation and its
main empirical chapters (essays). Empirical previous state of public finances, and that they
results from the first empirical chapter shows have an overall Keynesian effect on economic
that, the size of fiscal multipliers is less than activities. The results of the third empirical
unity in all CEMAC countries, and that the chapter indicates that fiscal policy is, on
effects of fiscal policy shocks on different average, procyclical in the CEMAC zone, and
macroeconomic variables (Economic growth, secondly that this procyclicality is mainly
inflation, private consumption, private explained by its economic and socio-political
investment,) vary considerably from one country factors.
to another.

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