Efficacité des politiques budgétaires en CEMAC
Efficacité des politiques budgétaires en CEMAC
L'UNIVERSITE DE RENNES 1
COMUE UNIVERSITE BRETAGNE LOIRE
Par
Vivien Narcisse WABO NOKAM
Composition du Jury :
i
SOMMAIRE
AVERTISSEMENT _________________________________________________________ i
SOMMAIRE _______________________________________________________________ ii
DEDICACE ______________________________________________________________ iv
REMERCIEMENTS ________________________________________________________ v
ABTRACT_______________________________________________________________ xiv
ii
.2 Consolidations budgétaires et activité économique : Quelques travaux empiriques
__________________________________________________________________ 127
iii
DEDICACE
À ma famille
iv
REMERCIEMENTS
Je rends tout d’abord grâce à DIEU tout puissant, le maître du temps et des
circonstances, celui sans qui ce travail n’aurait vu le jour. Aussi, je tiens énormément à
remercier toutes les personnes qui de près ou de loin ont contribué d’une manière ou d’une autre
à notre formation et la réalisation de ce travail de recherche. J’adresse tout particulièrement ma
reconnaissance :
v
Au Docteur Syrie Galex SOH, enseignant à la Faculté des Sciences Economiques et de
Gestion et l’Université de Yaoundé II, qui n’a jamais cessé de me tenir la main. Qu’il trouve
ici l’expression de ma profonde gratitude.
Je ne saurais boucler cette rubrique sans remercier mes frères et sœurs, amis et
compagnons de route d’ici et d’ailleurs, qui ont d’une manière ou d’une autre contribué à la
finalisation de cette thèse. Ma pensée va particulièrement à l’endroit de Madeleine Nadine
NGAH NTOMO et Carole DEUYAP CHEKAM pour leurs multiples relectures de cette thèse.
Elle va également à l’endroit de Romain GATE, d’Ibrahima NASSAY, de Dief Reagen NOCHI
FAHA, d’Ewen GALLIC, de Jimmy MERLET, de Thao NGUYEN, d’Alejandra GIRALDO,
d’Enora BELZ et de Maëva ROBART-JOUBIN qui m’ont réservé un accueil plus qu’agréable
au sein de l’association PROJECT. Ma pensée va également à l’endroit d’Ewen GALLIC, de
Marius AMBA, de Louise MOTUE, de Stève KAMGA, de Sorel FOTSO, de Boris NENPE,
de Franklin TEDONGMO, de Janvier METANGMO, de Giscard Stéphane TAMNO, d’Odilon
SIPOUWA, de Bernadette MOGUE, d’Aimé TATCHUM, et de tous les amis et connaissances
qui n’ont pas été nommément cités ici.
vi
SIGLES ET ABREVIATIONS
vii
SVAR : Structural Vector Autoregressive
STVAR : Smooth Transition Vector Autoregressive
TVAR : Threshold Vector Autoregressive Model
UDEAC : Union Douanière et Economique des Etats de l’Afrique Centrale
UE : Union Européenne
UEMOA : Union Économique et Monétaire Ouest Africaine
UMAC : Union Monétaire de l’Afrique Centrale
USA: United States of America
VAN: Valeur Actualisée Nette
VAR: Vector Autoregressive
WDI: World Development Indicators
ZMO: Zone Monétaire Optimale
viii
LISTE DES TABLEAUX
Tableau 1-1- Structure de la production et des exportations des pays de la CEMAC ............... 6
Tableau 1-2 : Intensité de corrélation des cycles économiques dans la CEMAC sur la période
1987-2016 ........................................................................................................... 11
Tableau 1-3- Intensité de corrélation des taux d’inflation dans la CEMAC ............................ 14
Tableau 1-4- Les critères de convergence dans la zone CEMAC ............................................ 27
Tableau 1-5- Position des Etats de la CEMAC par rapport au respect du critère relatif au solde
budgétaire de base (en% du PIB) ....................................................................... 28
Tableau 2-1- Taille des multiplicateurs budgétaires dans quelques études empiriques ........... 59
Tableau 2-2-Taille des multiplicateurs budgétaires suivant la nature du cycle économique dans
quelques études empiriques ................................................................................ 64
Tableau 2-3- Déterminants de la taille des multiplicateurs budgétaire .................................... 66
Tableau 2-4- Les multiplicateurs des dépenses publiques globales (g) et des recettes fiscales (rf)
dans la CEMAC .................................................................................................. 78
Tableau 2- 5- Les multiplicateurs des dépenses publiques courantes (depcou) et des dépenses
publiques d’investissement (depinv) dans la CEMAC ....................................... 82
Tableau 2-6- Les multiplicateurs d’impact des différentes catégories de dépenses publiques la
CEMAC .............................................................................................................. 85
Tableau 2-7- Réponse cumulative de la consommation privée aux chocs structurels de dépenses
publiques globales (g) et des recettes fiscales (rf) .............................................. 87
Tableau 2-8 : Réponse cumulative de l’investissement privé aux chocs structurels de dépenses
publiques globales (g) et des recettes fiscales (rf) .............................................. 91
Tableau 3-1- Définitions des épisodes d’ajustements budgétaires selon quelques études
sélectionnées dans la littérature......................................................................... 136
Tableau 3-2- Récapitulatif des épisodes de consolidations budgétaire dans la CEMAC ...... 137
Tableau 3-3- Déterminants des consolidations budgétaires dans la CEMAC (effets marginaux)
........................................................................................................................... 142
Tableau 3-4- Les effets des consolidations budgétaires sur l’activité économique dans la
CEMAC ............................................................................................................ 145
Tableau 3-5- Réponses des variables macroéconomiques à un choc de 1% sur les consolidations
budgétaires en pourcentage du PIB dans la CEMAC ....................................... 146
Tableau 3-6 - Les effets de composition des consolidations budgétaires sur l’activité
économique dans la CEMAC ............................................................................ 148
ix
Tableau 3-7- Réponses des variables macroéconomiques à un choc de 1% sur les différentes
composantes des consolidations budgétaires dans la CEMAC ........................ 148
Tableau 3-8 - Les effets des consolidations budgétaires sur l’activité économique dans le
modèle augmenté .............................................................................................. 151
Tableau 3-9- Tableau comparatif des réponses des variables macroéconomiques à un choc de
1% sur la variable consolidation budgétaire dans le modèle de base et le modèle
augment ............................................................................................................. 152
Tableau 3-10- Les effets des consolidations budgétaires sur la croissance économique sous le
contrôle la dette publique extérieure et l’inflation ............................................ 154
Tableau 4-1-Cyclicité de la politique budgétaires dans la zone CEMAC (modèle simple) 185
Tableau 4-2- Cyclicité de la politique budgétaire dans la zone CEMAC (modèle augmenté)
........................................................................................................................... 186
Tableau 4-3-Cyclicité de la politique budgétaire dans la CEMAC en période d’expansion
(EXPAN) et en période de récession (RECE) .................................................. 187
Tableau 4-5-Les déterminants de la cyclicité de la politique budgétaire dans la CEMAC . 189
Tableau 4-5 -Les déterminants de la cyclicité de la politique budgétaire dans la CEMAC en
période d’expansion (EXPAN) et en période de récession (RECE) ................. 192
x
LISTE DES GRAPHIQUES
xi
Graphique 2.2 : Réponse de la production à un choc structurel de recettes fiscales (shock4) dans
la CEMAC ...................................................................................................... 78
Graphique 2.3 : Réponse de la production à un choc structurel de dépenses publiques courantes
(shock2) et de dépenses publiques d’investissement (shock3) ..................... 81
Graphique 2.4 : Ampleur des multiplicateurs budgétaires dans les différents pays de la CEMAC
........................................................................................................................ 83
Graphique 2.5 : Réponse de la consommation privée à un choc structurel de dépenses publiques
globales (Shock1) et de recettes fiscales (shock4) ......................................... 86
Graphique 2.6: Réponse de la consommation privée à un choc structurel de dépenses publiques
de consommation (Shock2) et de dépenses publiques d’investissement
(shock2) .......................................................................................................... 89
Graphique 2.7 : Réponse l’investissement privé à un choc structurel de dépenses publiques
globales (Shock1) et de recettes fiscales (shock4) ......................................... 99
Graphique 2.8 Réponse de l’investissement privé à un choc structurel sur les dépenses
publiques de consommation (Shock2) et les dépenses publiques
d’investissement (shock3) .............................................................................. 93
Graphique 2.9: Réponse du niveau des prix l à un choc structurel sur les dépenses publiques
globales (Shock1) et les recettes fiscales (shock4) ........................................ 94
Graphique 2.10: Réponse du niveau des prix à un choc structurel sur les dépenses publiques de
consommation (Shock2) et les dépenses publiques d’investissement (shock3)
........................................................................................................................ 95
Graphique 3.1: Evolution de la variation du solde primaire corrigé des variations cycliques en
% du PIB dans la CEMAC ........................................................................... 135
Graphique 3.2: Distribution des épisodes de consolidation budgétaires dans la CEMAC suivant
leur durée ...................................................................................................... 138
Graphique 3.3: Distribution du nombre de consolidations budgétaires (en années) par sous-
périodes dans la CEMAC ............................................................................. 139
xii
RESUME
xiii
ABTRACT
The inability of monetary policy to effectively stabilize the economy during the 2008 economic
and financial crises has led to a global economic sphere of budgetary activism in recent years,
which can be traced back to the "glorious thirty". This has been revived in the literature through
the effectiveness of discretionary fiscal policies. The objective of this thesis is to analyze the
effectiveness of fiscal policies on macroeconomic stabilization in monetary union more
precisely in the Central African Economic and Monetary Community (CEMAC). For, despite
an abundant empirical literature review, there is still considerable uncertainies about the extent
and direction of the effects of discretionary fiscal policy, particularly in developing countries,
which has somehow been marginalized. In pursuit of this objective, apart from the introductory
chapter, this thesis is organized around three main empirical chapters (essays) : a first empirical
chapter that analyzes the effects of fiscal policy shocks on economic activity ; a second
empirical chapter that analyzes the macroeconomic effects of fiscal consolidations ; and a third
empirical chapter that examines the cyclicality of fiscal policy in the CEMAC zone. Empirical
results from the first empirical chapter shows that, the size of fiscal multipliers is less than unity
in all CEMAC countries, and that the effects of fiscal policy shocks on different macroeconomic
variables (Economic growth, private consumption, private investment, inflation) vary
considerably from one country to another, but still remain positive for public spending and
negative for tax revenues most of the time. After having identifing the different episodes of
fiscal consolidation, the empirical analysis of the second trial reveals that fiscal consolidations
in the CEMAC zone depends essentially on its economic situation and its previous state of
public finances, and that they have an overall Keynesian effect on economic activities. The
results of the third empirical chapter indicates that fiscal policy is, on average, procyclical in
the CEMAC zone, and secondly that this procyclicality is mainly explained by its economic
and socio-political factors.
Key words : Discretionary fiscal policy, fiscal consolidations, fiscal multipliers, fiscal
cyclicality, macroeconomic stabilization, monetary union, CEMAC.
xiv
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Ainsi, nous nous fixons pour objectifs dans le cadre de ce chapitre introductif de donner
les caractéristiques de la zone CEMAC en tant qu’union monétaire, et de présenter l’évolution
des finances publiques tout en mettant un accent particulier sur les contraintes auxquelles elles
sont soumises. A terme, ceci nous permettra de dégager la problématique de cette thèse. Pour y
parvenir, ce chapitre est organisé autour de trois grandes sections : La première section situe la
zone CEMAC par rapport à la théorie des zones monétaires optimales. La deuxième section fait
un panorama sur l’évolution des finances publiques dans la CEMAC ainsi que les différentes
1
1 Euro=655,957 FCFA.
1
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
contraintes auxquelles elles font face. La troisième section présente la contribution de cette
thèse en faisant ressortir aussi bien la problématique que les objectifs de recherche.
De nos jours, le monde regorge en son sein un certain nombre de zones monétaires dont
les plus connues sont la zone Euro, la zone Dollar et la zone Franc. Cette dernière comporte en
son sein outre les îles Comores, la zone UEMOA et la zone CEMAC. Tout comme dans toute
union monétaire, la politique monétaire dans la zone CEMAC est commune et confiée à une
Banque Centrale supranationale à savoir la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC),
qui est chargée de sa mise en œuvre dans les différents pays constituant l’union. Par conséquent,
le coût à payer par les pouvoirs publics de ces pays est celui lié à la perte de l'instrument
monétaire comme outil de stabilisation. En cas de choc asymétrique, cette perte se traduit
essentiellement par le manque de flexibilité d'un pays dans l'élaboration de ses politiques
économiques pour relancer l’activité économique réelle, notamment la consommation privée,
l'investissement privé, ou encore les exportations.
De façon simple, une zone monétaire optimale peut être définie comme une région
géographique dans laquelle il est bénéfique d'établir une monnaie unique. La littérature
théorique et empirique sur les zones monétaires optimales (ZMO) se décline en deux principales
approches : L’approche dite « traditionnelle » qui découle des travaux pionniers de Mundell
(1961) et l’approche dite « moderne » qui remonte à la fin des années 90 suite aux travaux de
Frankel et Rose (1998). La première approche suppose que l'optimalité d'une zone monétaire
repose sur des conditions ex ante, c'est à dire les conditions qui prévalaient avant la formation
de l'union monétaire. La seconde quant à elle, encore qualifiée « d’approche endogène »
suppose qu'une union monétaire produit de façon endogène les conditions de son optimalité, et
2
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
suggère donc que l’analyse de l’optimalité des zones monétaires devrait être faite ex post et non
ex ante.
Pour mieux illustrer ses propos par rapport aux deux premiers critères sus énumérés, il
suppose que les pays A et B sont liés par un processus d’intégration et que l’objectif de chacun
d’entre eux est de satisfaire à la fois l’équilibre interne (faible inflation et plein emploi) et
l’équilibre externe (équilibre de la balance de paiements). Il montre qu’un choc de productivité
dans le pays A occasionnera une hausse du chômage et de l'inflation dans le pays B,
accompagnée d’une amélioration de la balance commerciale en cas de rigidité des salaires et
d'absence de mobilité de la main d'œuvre. En revanche, si la main d’œuvre est susceptible de
se déplacer aisément du pays A au pays B et les salaires flexibles, cela pourra aider à diminuer
le sous-emploi et l'inflation dans le pays B tout en améliorant la balance des paiements sans
aucun recours au taux de change. Ainsi, des Etats gagneraient à former une union monétaire,
lorsque la parfaite mobilité de leurs facteurs de production est avérée.
3
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
marché international. En d’autres termes, plus un pays est « ouvert » à l’international, plus il a
selon McKinnon intérêt à appartenir à un régime de change fixe et plus il est « clos », plus il a
intérêt à appartenir à un régime de change flexible, car les variations du taux de change auraient
un important impact sur les prix relatifs des biens échangeables exprimés en unités de devises
locales pour les pays relativement ouverts.
L’approche « moderne » de la théorie des ZMO voit le jour vers la fin des années 90.
Cette approche remet en cause la théorie traditionnelle des ZMO. Elle soutient que même si
4
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
les critères d’optimalité ne sont pas vérifiés ex ante, ils peuvent l’être ex post, c’est-à-dire
après la formation de l’union monétaire, car les effets bénéfiques de cette dernière peuvent
rendre optimale une zone monétaire qui ne l'était pas auparavant. Ainsi, les critères des ZMO
telles que définies par l’approche traditionnelle seraient en réalité endogènes de sorte qu’«
un examen naïf des données du passé donnerait une idée erronée de l’aptitude d’un pays à
intégrer une union monétaire » (Frankel et Rose, 1997).
À partir d’une étude portant sur un échantillon de 21 pays industrialisés, Frankel et Rose
(1997) montrent que les pays qui ont un fort degré de commercialisation entre eux ont
tendance à avoir des cycles économiques corrélés. Leurs résultats sont corroborés entre autres
par ceux d’Artis et Zhang (1995), Fidrmuc (2001), Calderon et al (2003), Imbs (2004), Darvas
et al (2005), Baxter et Kouparitsas (2005), Tapsoba (2007) et Inklaar et al (2008). Cette
relation positive entre l’intégration commerciale et la synchronisation des cycles a dans la
littérature renforcé la thèse de l’endogénéité des critères d’optimalité des zones monétaires.
Cette dernière met ainsi en exergue l’un des avantages que peut tirer un pays de son
appartenance à une union monétaire, à savoir la suppression des coûts de transaction liés aux
opérations de change qui permet d’accroître les échanges commerciaux et les investissements
entre les différents pays de l'union.
5
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Cameroun Pétrole brut Cacao Café Coton Bois brut Aluminium Bananes Caoutchouc
1987-2000 51,1% 10% 9,1% 5,7% 11,1% 7% 3,2% 2,5%
2001-2016 63% 14,3% 2,7% 5 % 3,9% 5,4% 3% 2,4%
Bien que la structure des exportations dégage une très forte hétérogénéité entre les
différentes économies de la CEMAC, le poids relativement élevé des matières premières dans
ces exportations fait d’elles des économies très ouvertes et essentiellement dépendantes de
l’extérieur (cf. graphique 1-1) : D’une part les prix des matières premières dont ils sont
exportateurs sont fixés sur des marchés mondiaux, et d’autre part la plupart des produits
manufacturés dans les pays de la CEMAC sont importés du fait de la faiblesse de leur tissu
industriel.
2
Les chiffres qui figurent dans le tableau représentent la part de la production exportée en pourcentage des
exportations totales.
6
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
300
250
Taux d'ouverture de l'économie en %
200
150
100
50
0
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
Cameroun Congo Gabon Guinée E. RCA Tchad
C’est ainsi que dès 1992, suite à la diminution de l’exportation en volumes du café et
du cacao combinée à la baisse de leurs prix (y compris celui du pétrole et du caoutchouc ), la
situation économique des pays de la CEMAC s’est vue fortement dégradée, de telle sorte que
certains d’entre eux qui autrefois réalisaient des taux de croissance de l’ordre de deux chiffres
se sont retrouvés avec des taux de croissance négatifs, tirant ainsi la croissance moyenne de la
zone à -0,9%3 contre 10,5% deux ans plutôt (cf. graphique 1-2).
3
Le Cameroun y contribue à hauteur de -0,6%, le Congo à hauteur de 0,5%, le Gabon à hauteur -1,2%, la Guinée
Equatoriale à hauteur de 0,1%, la République Centrafricaine à hauteur de 0,3% et le Tchad à hauteur de 0,1%,
avec au niveau individuel des taux de croissance respectifs de -2,2%, 2,7%, -3,2%, 12,9%, -6,4% et 4,7%. Aussi,
les différentes statistiques fournies tout au long de ce chapitre sont issues soient directement des données de la
BEAC, soit à partir de nos propres calculs à partir desdits données. 7
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Graphique 1-2 : Evolution du taux de croissance du PIB réel dans la zone CEMAC
12,0 250,0
6,0
100,0
4,0
50,0
2,0
0,0
0,0
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
-2,0 -50,0
-4,0 -100,0
taux de croissance du PIB réel dont secteur pétrolier dont secteur non pétrolier
120 60
Production pétrolière en lmillions dde
Prix du baril de pétrole brut en dollar US
100 50
80 40
60 30
tonnes
40 20
20 10
0 0
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
Du fait de cette forte dépendance des économies de la CEMAC des matières premières
et plus principalement du pétrole, la croissance économique de la zone va par la suite, face aux
8
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
fluctuations du cours du pétrole, évoluer à rythme plus ou moins instable jusqu’en 2014 avant
de chuter pour se situer autour de -0,2 % en 2016, après avoir été de 1,6% en 2015, contre 4%
en moyenne sur la période 2005-2014, et ce malgré la crise économique et financière survenue
pendant cette dernière période.
Par ailleurs, comme l’indiquent les différents graphiques présentés en annexes (cf.
annexes 1-1), l’intensité du secteur pétrolier dans les économies de la CEMAC varie
considérablement d’un pays pétrolier à un autre. Grâce à la diversité de sa structure productive,
le Cameroun apparaît comme le pays ayant la plus faible intensité du secteur pétrolier dans son
économie. Sur la période 1987-2016, le poids du PIB pétrolier dans le PIB total est resté plus
ou moins stable et se situe à 7,5% en moyenne sur ladite période. A la suite du Cameroun, vient
le Tchad qui n’est pays producteur de pétrole que depuis 2003. Pendant les deux premières
années d’exploitation, le PIB pétrolier représentait 6,8% du PIB total en moyenne, intensité qui
va nettement évoluer pour se situer à environ 20% en moyenne sur la période 2005-2016,
développant ainsi une dépendance de plus en plus accrue des finances publiques vis-à-vis du
secteur pétrolier.
4
Le prix du baril est passé d’environ 105 dollars US en moyenne en 2013 à environ 40,5 dollars US en moyenne
en 2016.
9
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Face à cette hétérogénéité des différentes économies de la CEMAC tant au niveau des
structures productives qu’au niveau des poids relatifs du secteur pétrolier dans l’économie, la
réaction de la croissance économique face aux fluctuations des cours mondiaux de matières
premières n’est pas de même intensité, car le degré d’intégration commerciale au sein de la
zone CEMAC demeure très faible.
Graphique 1-4 : Intensité du commerce intra zone en Afrique Centrale par rapport à
d'autres Communautés Economiques et Régionales (CER) en 2017
16
Pourcentage du commerce intra-zone par
14
12
rapport au commerce total
10
0
Afrique centrale Afrique Afrique australe Afrique occidentale Afrique orientale
septentrionale
Expotations Importations
Par ailleurs, ce faible degré d’intégration commerciale entre les pays de la CEMAC
associé à une faible diversification de la structure productive et exportatrice de leurs différentes
économies telle que mis en exergue dès l’entame de cette sous-section, laisse entrevoir une
10
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
absence de convergence cyclique entre eux conformément à la théorie des zones monétaires
optimales (Mundell, 1961 ; Kenen, 1969 ; Frankel et Rose 1997).
Tableau 1-2- Intensité de corrélation des cycles économiques5 dans la CEMAC sur la
période 1987-2016
Comme l’indique le tableau 1-2 ci-dessus, il est difficile de se prononcer sur la symétrie
des cycles économiques dans la CEMAC, car les différents coefficients de corrélation calculés
varient de valeurs significativement positives aux valeurs significativement négatives. On
observe que sur les quinze coefficients de corrélation entre les cycles économiques calculés,
sept sont positifs alors que huit sont négatifs, reflétant ainsi la faible diversification des
économies de la CEMAC (CEMAC, 2009). Par ailleurs, seulement six de ces coefficients sont
significatifs si l’on prend pour référence le seuil de 10%. Ainsi, la conjoncture économique au
Cameroun est négativement corrélée avec celle du Congo (coefficient de corrélation=-0,258) et
indépendante de la conjoncture des autres pays. Cela sous-entend que lorsque l’économie du
Cameroun est en expansion, celle du Congo est pour la plupart du temps en récession. Il en est
de même de la relation qui lie la conjoncture économique du Gabon à celles de la Guinée
Equatoriale et de la République Centrafricaine. En revanche, nous constatons que la conjoncture
économique au Tchad est positivement corrélée avec celle du Congo (coefficient de
corrélation=0,429) et celle de la Guinée Equatoriale (0,452). Cela veut dire en d’autres termes
que lorsque l’économie du Tchad est en phase d’expansion, celles du Congo et de la Guinée
Equatoriale le sont également et vice-versa.
5
Les cycles économiques sont ici mesurés par l’écart de production, elle -même calculée en utilisant le filtre
d’Hoddrick et Prescott avec comme paramètre de lissage 100 (recommandé par Hoddrick et Prescott pour les
données annuelles) appliqué au PIB réel sur la période 1987-2016.
11
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Ces résultats montrent ainsi que les cycles économiques ne sont pas synchronisés pour
l’ensemble des pays de la CEMAC comme le voudrait la théorie traditionnelle des ZMO,
théorie qui place la synchronisation des cycles au cœur de la création d’une union monétaire.
Ces résultats montrent aussi que le processus endogène des critères de ZMO qui dans les normes
devrait s’enclencher du fait de leur appartenance à une union monétaire demeure encore très
limité. Le graphique 1-5 ci-dessous confirme ces résultats sur l’absence de convergence
cyclique dans la CEMAC.
1,200
800
400
-400
-800
-1,200
88 90 92 94 96 98 00 02 04 06 08 10 12 14 16
Source : Calculs de l’auteur à partir des données de la Banque Mondiale (WDI, 2017)
12
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Graphique 1-6 : Evolution des taux d'inflation (variation de l'indice des prix à la
consommation en %) dans la CEMAC
50
40
Variation de l'indice des prix à la consommation
30
20
(base 2005) en %
10
0
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
-10
-20
Comme l’indique le graphique 1-6 ci-dessus, l’évolution des taux d’inflation dans la
zone CEMAC semble relativement stable pour chaque pays tout au long de la période à part en
1994 où elle a atteint son niveau maximum suite à la dévaluation du Franc CFA. Mais
également, on observe une très forte variabilité des niveaux d’inflation d’un pays à un autre
avant et après 1994. Toutefois, bien que non similaires comme le voudrait la théorie des ZMO,
les taux d’inflation dans la CEMAC restent fortement corrélés entre eux comme l’indique la
matrice de corrélation suivante :
13
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
De cette section, il ressort que, de par leur structure productive et exportatrice, les
économies de la CEMAC dépendent essentiellement de l’extérieur, étant donné que le prix des
produits de base (en majorité constitués du pétrole) qui représentent l’essentiel de leurs
exportations sont fixés sur des marchés mondiaux. Par ailleurs, la très forte hétérogénéité au
niveau de leur structure productive et exportatrice combinée à la faible intégration commerciale
au niveau de la zone laisse transparaître une absence de convergence cyclique entre ces
économies. Cette absence de convergence cyclique entre les différentes économies de la
CEMAC telle qu’également observée par Carmignani (2010) et Mbou Likibi (2015) a pour
principale conséquence que face aux chocs spécifiques6, la stabilisation macroéconomique
repose essentiellement sur les politiques budgétaires nationales, car la CEMAC est une zone
monétaire non optimale si l’on s’en tient aux critères traditionnels comme l’indiquait déjà Ondo
Ossa (2000).
Tout comme la situation économique, les finances publiques dans la CEMAC ont connu
une évolution très mouvementée au cours de ces trois dernières décennies. Afin de mieux
appréhender cette évolution, il est nécessaire de s’appesantir sur l’évolution des différentes
6
Les chocs spécifiques dans la CEMAC dépendent pour la plupart du temps de l’évolution du cours des matières
premières et notamment celui du pétrole.
14
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
composantes de la politique budgétaire, c’est- à- dire tour à tour sur l’évolution des recettes
budgétaires, des dépenses publiques et des soldes budgétaires.
Graphique 1-7 : Evolution des recettes budgétaires (en % du PIB) dans la CEMAC
35 120
100
25
80
20
60
15
40
10
5 20
0 0
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
7
Cet élargissement s’est opéré notamment à travers la suppression de nombreuses exonérations et de certaines
sources d’évasion fiscalo-douanière (Rapport annuel de la Banque de France sur la zone Franc, 1998).
15
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
et d’autre part au prix relativement bas du baril de pétrole. Avec la découverte et la mise en
exploitation de nouveaux gisements de pétrole (notamment au Tchad dès 2003) et l’accélération
de l’extraction pétrolière dans les pays déjà producteurs ainsi qu’une évolution tendancielle
croissante du prix du baril de pétrole, les recettes pétrolières vont progressivement augmenter
dans la CEMAC, représentant 13,86% du PIB en moyenne sur la période 2000-2014 et 62,1%
de recettes totales.
Parallèlement, la part des recettes totales dans le PIB va augmenter pendant la même
période et se situer à un niveau moyen de 24,5%. Cependant, la chute drastique du prix du baril
de pétrole sur le marché international dès 2015 (49 $ le baril contre 105 $ deux ans plutôt), va
entraîner avec elle les recettes pétrolières et par ricochet les recettes publiques totales (les
premières passent de 13,4% du PIB en 2014 à 5,46% du PIB en 2016 tandis que les secondes
passent de 24,65% du PIB à 20,5% respectivement pour ces mêmes années). En ce qui concerne
les recettes non pétrolières, bien qu’elles aient évolué selon une tendance croissante, leur part
dans le PIB est restée relativement stable au cours du temps et s’est située à 9,6% du PIB en
moyenne au cours la période 2000-2016.
Dans les autres pays pétroliers en revanche, on observe que c’est plutôt les recettes
pétrolières qui constituent la part la plus importante des recettes budgétaires. Au Gabon, elles
représentent 52,8% des recettes totales sur la période 1987-2016. Ce pourcentage est encore
plus élevé pour le Congo et la Guinée Equatoriale où depuis quelques années, les recettes
pétrolières constituent la quasi-totalité des recettes publiques de l’Etat. Sur la période 2000-
2014 par exemple, les recettes pétrolières ont représenté 78% des recettes totales du Congo et
90,4% des recettes totales de la Guinée Equatoriale, situant ainsi leur part dans les PIB
respectivement à 29,15% et 29,40% en moyenne sur ladite période.
Au Tchad, la même tendance est observée dès le début de l’exploitation pétrolière. Sur
la période 2005-2014, la part des recettes pétrolières dans les recettes totales a été de 66,2%,
16
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
avec notamment un niveau record de 76,4% atteint en 2012, niveau associé à une part des
recettes budgétaires totales dans le PIB de 17,58%. La République Centrafricaine quant à elle
en tant que pays non producteur de pétrole a vu la part de ses recettes budgétaires dans le PIB
passer d’une moyenne de 6,23% sur la période 1987-2001 à 8,7% en moyennes sur la période
2002-2016 avec notamment une très grande chute pendant la guerre civile et religieuse qu’elle
a connue entre 2013 et 2014.
25 3000
Recettes budgétaires totales en % du PIB
2500
2000
5
500
0 0
1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015
60 2500
Recettes budgétaires totales en % du PIB
50
2000
milliards de Francs CFA
40
1500
30
1000
20
500
10
0 0
1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015
17
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
35 1800
Recettes budgétaires totales en %
1600
15 800
CFA
600
10
400
5 200
0 0
198719891991199319951997199920012003200520072009201120132015
60 3500
50
CFA
du PIB
20
1000
10 500
0 0
198719891991199319951997199920012003200520072009201120132015
12 140
pétrolières en milliards de Francs
Recettes budgétaires totales en %
120
Recettes pétrolières et non
10
100
8
80
6
CFA
du PIB
60
4
40
2 20
0 0
198719891991199319951997199920012003200520072009201120132015
18
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
25 1200
800
5
200
0 0
1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015
De façon globale, il ressort de cette sous-section que l’évolution des recettes publiques
dans la CEMAC est fortement tributaire de l’évolution du prix du pétrole sur le marché
international qui par ailleurs est très volatil. Cela suppose que l’orientation des politiques
budgétaires dans la CEMAC va en majorité dépendre de l’évolution des cours du pétrole. Ainsi,
suivant que le prix du pétrole est à la hausse ou la baisse, les autorités budgétaires auraient
tendance à procéder à quelques réajustements, laissant ainsi place tantôt aux relances
budgétaires discrétionnaires, tantôt aux consolidations budgétaires, au grand risque de rendre
la politique budgétaire procyclique. Il est dès lors nécessaire d’analyser en profondeur les
conséquences macroéconomiques de telles mesures.
Les dépenses publiques sont l’ensemble des dépenses réalisées par les administrations
publiques. Leur évolution est fortement tributaire de celle des recettes budgétaires, car ces
dernières servent à les financer. Le graphique 1-14 ci-suivant présente l’évolution des dépenses
publiques et de ses principales composantes dans la CEMAC.
19
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Graphique 1-14 : Evolution des dépenses publiques (en % du PIB) dans la zone CEMAC
30
25
20
15
10
0
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
Dépenses totales Dépenses en capital Dépenses courantes
Une deuxième phase va de 1994 année où survient la dévaluation du franc CFA à 2006.
Pendant cette période, la part moyenne des dépenses publiques dans le PIB va diminuer pour
se situer autour de 19%. Cela s’expliquerait entre autres par les règles budgétaires imposées
aux différents pays membres de la CEMAC dans le cadre de la surveillance multilatérale,
surtout celle relative au solde budgétaire primaire (base engagements hors dons) qui devrait être
positif ou nul. Toutefois, pendant la troisième phase qui va de 2007 à 2016, cette part va
nettement évoluer pour se situer à en moyenne 25% malgré la crise économique et financière
de 2007-2008. Pendant cette période, de nombreux programmes de développement sont mis en
œuvre dans différents pays de la CEMAC, à l’instar de celui du Cameroun consigné dans le
20
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE) qui vise à faire de lui un pays
émergent à l’horizon 2035.
Par ailleurs, on constate que les dépenses publiques courantes bien que qualifiées par
certains théoriciens de la croissance endogène de « dépenses non productives », ont été
prédominantes sur les dépenses en capital, exception faite de la période de la dernière crise
économique et financière mondiale où de nombreux efforts ont été consentis par les différents
gouvernements de la CEMAC en matière d’investissements publics. Au cours de la période
1987-2016, leur part respective dans le PIB a été de14,6% et 7,5% en moyenne.
Toutefois, l’évolution des dépenses publiques aussi bien dans sa globalité que ses
différentes composantes8 est loin d’être similaire dans l’ensemble des pays de la zone CEMAC,
car reposant d’une part sur la structure de chaque économie, et d’autre part sur un pouvoir
discrétionnaire en matière de politique budgétaire propre à chaque Etat. En effet, à partir des
graphiques 1-15 à 1-20 ci-contre, quelques constats peuvent être dégagés :
Par ailleurs, lorsqu’on s’intéresse à la composition des dépenses publiques sur la même
période, on se rend compte là aussi d’une forte domination des dépenses publiques courantes.
Durant cette période, elles ont représenté 57,5%, 70,8% et 79,6% des dépenses publiques totales
respectivement pour la République Centrafricaine, le Cameroun et le Gabon, situant ainsi leur
8
Suivant leur classification économique, les dépenses publiques sont composées des dépenses publiques courantes
encore qualifiées de dépenses publiques de consommation et des dépenses publiques en capital encore qualifiées
de dépenses publiques d’investissement. La première catégorie est ici constituée des traitements et salaires, des
dépenses de biens et services, des subventions et transferts, et des intérêts dur la dette la dette publique intérieure
et extérieure. Les trois premiers groupes constituent les dépenses publiques courantes primaires. Quant à la
deuxième catégorie, elles sont ici constituées des dépenses en capital sur les ressources locales et des dépenses en 21
capital sur les ressources extérieures.
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
part dans le PIB respectivement à 8,6%, 16,6% et 20% en moyenne sur la période considérée.
Tout comme la Guinée Equatoriale, le Tchad se distingue en faisant état d’une prédominance
des dépenses publiques d’investissement qui représentent 51,3% des dépenses publiques totales
pour une part dans le PIB de 7,2% en moyenne.
Sur la période 1994-2006, on constate que les dépenses publiques totales ont évolué à
un rythme relativement stable dans les différents pays de la CEMAC. Leur poids en proportion
du PIB au cours de cette période se situe à 31,2%, 24,6%, 19%, 15,3%, 13% et 12,8% en
moyenne respectivement pour le Congo, le Gabon, la Guinée Equatoriale, le Cameroun, le
Tchad et la République Centrafricaine. Tout comme pendant la sous-période précédente, les
dépenses publiques de consommation sont largement prédominantes dans la quasi-totalité des
pays. Sur cette période, leur part dans les dépenses publiques totales se situe à 77,5%, 79%,
32,2%, 85,5%, 48,24% et 59,4% respectivement pour ces mêmes pays.
22
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
30 2500
Dépenses publiques totales en %
CFA
1000
10
5 500
0 0
1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015
800
CFA
20 600
400
10
200
0 0
19871989 19911993199519971999200120032005200720092011 20132015
50 1800
Dépenses publiques totales en %
45 1600
Dépenses publiques courantes et
en capital en milliards de francs
40 1400
35 1200
30
1000
du PIB
25
800
20
CFA
15 600
10 400
5 200
0 0
198719891991199319951997199920012003200520072009201120132015
23
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
70 3500
60 3000
40 2000
30 1500
CFA
20 1000
du PIB
10 500
0 0
198719891991199319951997199920012003200520072009201120132015
25 140
120
20
15 80
10 60
du PIB
40
CFA
5
20
0 0
198719891991199319951997199920012003200520072009201120132015
30 1000
Dépenses publiques courantes et
en capital en milliards de francs
900
Dépenses publiques totales en %
25 800
20 700
600
15 500
CFA
du PIB
400
10 300
5 200
100
0 0
198719891991199319951997199920012003200520072009201120132015
24
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
En somme, il ressort de cette sous-section que l’évolution des dépenses publiques dans
la CEMAC est tout aussi mouvementée que celle des recettes budgétaires. Elle est marquée à
la fois par des périodes de progression et de diminution, matérialisant ainsi respectivement les
relances budgétaires et les ajustements budgétaires, qui toutes deux caractérisent les politiques
budgétaires discrétionnaires. Par ailleurs, il ressort de façon générale que les dépenses publiques
dans les pays de la CEMAC sont dominées par les dépenses publiques courantes, ce qui pourrait
s’expliquer par le fait que l’Etat demeure le meilleur employeur dans ces pays où le secteur
public a un point très important dans l’économie (en moyenne70% des emplois). Afin de mieux
appréhender l’évolution des finances publiques dans la CEMAC, il est nécessaire de se pencher
sur l’évolution des soldes budgétaires, qui résulte à la fois de celle des recettes et des dépenses
publiques.
Le solde budgétaire est la différence entre les recettes budgétaires et les dépenses
publiques constatées dans le budget de l’Etat. Suivant qu’on y ait exclu le paiement des intérêts
sur de la dette publique ou pas, on distingue le solde budgétaire primaire du solde budgétaire
global. Dans la CEMAC, l’évolution de ces différents soldes n’a pas toujours été stable au fil
du temps, car dépendant de nombreux facteurs à l’instar des règles budgétaires sous-régionales
et de certains programmes instaurés par les bailleurs de fonds internationaux dont sont
bénéficiaires les pays de la sous-région.
160 15
Taux d'endettement public extérieur
(dette publique extérieure /PIB ) en
140
10
primaire) en % du PIB
120
5
100
80 0
%
60
-5
40
-10
20
0 -15
1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015
Taux d'endettement public extérieur Solde budgétaire primaire Solde budgétaire global
25
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
En vue de remédier à cette situation, les différents pays de la CEMAC vont dans un
premier temps se livrer à un endettement public massif auprès les institutions de Bretton Woods
(Banque Mondiale et FMI), cumulant ainsi sur le passage de lourds fardeaux de dette publique
extérieure. Entre 1993 et 1999 par exemple, le taux d’endettement public extérieur de la zone
CEMAC est d’en moyenne 114,46%, avec des taux record de 575% pour le Congo en 1993,
325% et 113,6% respectivement pour la Guinée Equatoriale et le Cameroun la même année,
97,25% pour le Gabon en 1994, 93% pour la République Centrafricaine en 1997 et 32,7% pour
le Tchad en 1993, ce dernier ayant toujours été le pays le moins endetté de zone.
Face à cette montée en puissance de la dette publique et des déficits budgétaires, les
pays de la CEMAC vont dans un second temps mettre sur pied un comité de convergence dès
1999 pour s’assurer du respect des critères de convergence définis dans le cadre de la
surveillance multilatérale instituée depuis 1994, à l’image du traité de Maastricht qui fixe un
certain nombre de règles à respecter par les pays membres de l’Union Européenne. Bien que le
plus souvent considérés comme de simples copies de ceux de l’Union Européenne, ces critères
devraient ainsi permettre une coordination des politiques budgétaires dans la zone CEMAC
(Avom, 2007). Ces critères rassemblés en critères de premier rang et de second rang sont
résumés dans le tableau suivant :
26
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
27
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Une absence d’arriérés de paiements, se traduisant d’une part par la non accumulation
d’arriérés de paiements sur la gestion courante, et d’autre part par un apurement du stock
d’arriérés de paiements existant suivant un plan d’apurement prédéfini.
Tableau 1-5 - Position des Etats de la CEMAC par rapport au respect du critère relatif
au solde budgétaire de base (en% du PIB)
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016
Cameroun 4,1 2,4 3,6 3,9 2,7 4,9 5,5 5,3 4,6 3,4 0,07 -0,4 0,5 -0,4 0,1 1,8 -1,6
Congo 1,4 -0,7 -7,1 1,03 4,5 16,8 16,8 10,3 27,7 4,6 23,05 18,4 10,4 13,4 6,5 -9,2 -7,7
Gabon 11,2 3,9 2,3 6,7 7,1 8,7 9,4 8,8 11,6 7,9 3,1 4,2 4,01 4,5 5,1 1,1 2,3
Guinée E. 7,6 13,4 11,2 12,06 10,5 19,8 24,5 19,8 17,1 -4 -5,3 0,9 -8,2 -7,3 -6,3 -4,9 -16,4
RCA -0,6 -0,7 -0,4 -3,3 -3,8 -4,6 -1,1 -0,7 -1,7 -0,3 -0,9 -1,9 0,2 -7,6 -5,7 -3,5 -3,8
Tchad -1,9 -1,5 -2,1 -1,2 1,6 0,9 3,4 3,2 4,03 -7,2 -1,7 3,1 -0,1 -2,1 0,4 -0,7 -1,2
CEMAC 4,8 2,7 1,96 4 4,5 8,7 10,6 8,8 11,5 1,4 3,03 4,2 0,7 0,9 0,8 -1,0 -3,0
Notes : La couleur verte indique que le critère est respecté alors que la couleur rouge indique qu’il ne l’est pas.
28
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
En ce qui concerne principalement l’initiative PPTE, elle était structurée autour de deux
grands points : l’atteinte du point de décision qui est une étape durant laquelle chaque pays doit
satisfaire le critère de soutenabilité de sa dette publique (dette publique/exportations supérieur
à 150% ou dette publique/ recettes budgétaires hors dons supérieure à 250%)9, exécuter de
manière satisfaisante les programmes conclus avec le FMI, et mettre en œuvre un cadre
stratégique de lutte contre la pauvreté afin de se voir accorder un allègement intérimaire de sa
dette publique ; Et l’atteinte du point d’achèvement qui est la période durant laquelle
l’allègement de la dette est effective. Durant son implémentation, quatre des six pays de la
CEMAC ont ainsi bénéficié de l’initiative PPTE, à savoir le Cameroun, le Congo, la République
Centrafricaine et le Tchad. L’avancement des différents pays de la CEMAC à pas dispersés
dans ce processus, combiné au fait que certains d’entre eux n’y étaient pas éligibles (Gabon et
Guinée Equatoriale) laisse ainsi transparaître une certaine disparité dans l’évolution des taux
d’endettement publics extérieurs dans les différents pays de la CEMAC comme l’indiquent les
différents graphiques consignés en annexes 1-3.
9
Par ailleurs, pour franchir le point de décision, chaque pays se devait d’avoir un ratio exportations/PIB supérieur
à 30% et un ratio recettes fiscales/PIB supérieur à 15%.
29
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Graphique 1-22 : Annulation et/ou réduction de la dette publique (en millions de dollars
US) dans quelques pays de la CEMAC sur la période allant de 1989 à 2016 (montant
cumulé)
8000 7418,956
7000 6336,944
6000
5000
4000
3000
2000 1007,029
793,687
564,308
1000
0
Cameroun Congo Gabon RCA Tchad
A partir du graphique 1-22 ci-dessus, on peut constater que depuis le premier allègement
et/ou annulation de dette survenu dans la zone CEMAC en 1989, le Cameroun est le pays de la
zone ayant le plus bénéficié de cette initiative, suivi de tout près par le Congo. Le montant
cumulé de cet allègement et/ou annulation sur la période 1989-2016 se chiffre à près de 7,4
milliards de dollars US pour le Cameroun et 6,3 milliards de dollars US pour le Congo, ce qui
représente de façon cumulée environ 1,43% et 3,68% du PIB pour ces deux pays
respectivement. Les autres pays de la CEMAC sont tout en bas du tableau avec des montants
cumulés qui se chiffent à environ 1 milliard, 793 millions et 564 millions de dollars US
respectivement pour le Tchad, la République Centrafricaine et le Gabon.
Cette section nous a permis d’appréhender l’évolution des finances publiques dans la
zone CEMAC. Il en ressort globalement aussi bien pour les recettes que pour les dépenses
publiques qu’elles dépendent essentiellement du prix du pétrole dont le prix est par ailleurs fixé
sur le marché international. Aussi, en plus d’être des économies essentiellement pétrolières, les
économies de la CEMAC bénéficient des plans des bailleurs de fonds internationaux (Banque
Mondiale, FMI, BAD) dont les contraintes par eux imposées peuvent peser sur les finances
publiques. Elles sont également soumises à un certain nombre de contraintes en matière de
conduite des politiques budgétaires instaurées par la surveillance multilatérale. Toutefois, étant
donné que ces économies forment une zone monétaire non optimale, il revient donc à la
30
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
politique budgétaire de gérer les différents chocs spécifiques susceptibles de survenir dans ces
économies, d’où la nécessité d’évaluer l’efficacité de cette dernière en termes de stabilisation
macroéconomique.
.3 Contribution de la thèse
A la suite des classiques et partant des travaux de Keynes (1936), la politique budgétaire
a connu ses années de gloire pendant les « trente glorieuses ». A cette période, les interventions
étatiques avaient permis de résorber le chômage et de relancer l’activité économique dans de
nombreux pays alors qu’ils étaient en crise. En effet, avant la crise économique de 1929, les
finances publiques n’avaient pour seul but que d’assurer les activités régaliennes de l’État. Il a
fallu, dans une mouvance de fond de crise caractérisée par un chômage de masse, la publication
de la « Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie » de Keynes en 1936, pour
observer une intervention accrue de l’Etat dans la vie économique. Avant cette date, on
considérait que toute intervention des pouvoirs publics au sein de l’économie était nuisible. En
effet, jusque-là, la vie économique était régie par l’idéologie classique, idéologie qui prône
entre autres une économie de marché ou de « laisser faire », où l’équilibre est toujours atteint
et stabilisé par une « main invisible », raison pour laquelle toute intervention de l’Etat se
caractériserait par la réduction du bien-être collectif.
31
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
élaborer une typologie de l’intervention de l’Etat dans une économie de marché, en lui
attribuant trois principales fonctions : les fonctions d’allocation des ressources, de régulation
de l'activité économique, et de redistribution des revenus, matérialisant l’indispensabilité de
l’Etat dans la vie économique.
Cependant, après que la politique budgétaire ait été considérée comme l’instrument
indispensable de relance de l’activité économique et de lutte contre le chômage pendant plus de
trois décennies, un paradigme naît au milieu des années 70, remettant ainsi en cause les
politiques de relance keynésienne jusque-là menées : la montée simultanée de l’inflation et du
chômage, qualifiée de « stagflation » dans la littérature économique. C’est ainsi que la politique
budgétaire s’est vue reléguée au second rang au profit de l’analyse néoclassique.
En effet, pour les néoclassiques la politique budgétaire est totalement inefficace à long
terme, bien que cette inefficacité ne soit pas appréhendée de la même manière par les différents
partisans de cette école. Pendant que certains d’entre eux dénoncent les effets pervers de la
politique budgétaire sur l’activité économique, d’autres en revanche penchent plutôt pour sa
neutralité. Parmi les premiers, figurent les économistes comme Friedman (1968), qui démontre
que la politique budgétaire réduit le chômage uniquement à court terme et est inefficace à long
terme, en raison non seulement de l’inflation élevée qu’elle engendre, mais aussi du retour du
chômage à son niveau initial, qu’il qualifie de « chômage naturel ». Selon lui, cela émane des
anticipations adaptatives que font les agents économiques.
Dans la même lancée, l’école monétariste dont il est le chef de file souligne l’incidence
négative d’une augmentation du déficit budgétaire sur la croissance économique du fait de
l’effet d’éviction qu’elle exerce sur les investissements privés. Dans le même sillage, Barro
(1974) inspirée par les travaux de Ricardo (1821) développe la thèse dite de « l’équivalence
ricardienne », thèse à travers laquelle il démontre que la politique budgétaire non seulement est
incapable de stabiliser l’activité économique, mais qu’elle contribue plutôt à une augmentation
des déficits budgétaires à long terme, étant donné que les gouvernements font face à une
contrainte budgétaire intertemporelle (Barro, 1974 et 1996).
Parmi les seconds, on compte les partisans de la théorie des anticipations rationnelles à
l’instar de Lucas (1972), Sargent (1972) et Sargent et Wallace (1975) pour qui l’inefficacité de
la politique budgétaire serait due aux anticipations que font les agents économiques sur les
décisions de politiques économiques et les variables « pertinentes » de l’économie et dont ils
32
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
ont une parfaite maîtrise. De ce fait, aucune action de politique économique qu’elle soit
budgétaire ou qu’elle soit monétaire n’est efficace à moins qu’elle contienne un élément de
surprise.
.3.2 Problématique
10
Les politiques monétaires non conventionnelles consistent en un recours à trois grandes catégories de mesure :
Quantitative easing ou assouplissement quantitatif qui consiste en une création de monnaie, très souvent par l'achat
de titres publics ; Credit easing ou assouplissement des conditions de crédit qui traduit le cas où la Banque centrale
se porte acheteuse de titres représentant des crédits à l'économie ( billets de trésorerie, obligations privées, bons
hypothécaires) ; et une action sur les anticipations d'inflation et la courbe des taux (dans ce cas par exemple, la
banque centrale annonce ce qu'elle compte faire). 33
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
précédentes. A travers différents programmes de développent11, ils se sont tous quasiment fixés
pour objectifs d’être des pays émergents à des horizons proches (2020 pour la Guinée
Equatoriale ; 2025 pour le Gabon, le Congo et le Tchad ; 2035 pour le Cameroun). Pour y
parvenir, ils se sont tout de même fixés des objectifs de taux de croissance moyens selon des
calendriers bien établis, mais le constat aujourd’hui est qu’ils n’y sont pas parvenus. En effet,
les taux de croissance moyens réalisés ces dernières années restent insuffisants par rapport à
ceux définis par le Programme Economique et Régional en abrégé PER (8,5% en moyenne par
an entre 2009 et 2015), et qui ferait de la CEMAC en 2025 « un espace économique intégré
émergent, où règnent la sécurité, la solidarité et la bonne gouvernance, au service du
développement humain ».
Face à tous ces défis, la politique budgétaire reste le principal outil de stabilisation dans
les différents pays de la CEMAC, car ces derniers constituent une union monétaire hétérogène
à change fixe, ce qui a pour conséquence directe que l’efficacité de la politique monétaire est
très limitée du fait de l’inopérationnalité de son principal canal de transmission qu’est le canal
du taux de change. Par ailleurs, la zone CEMAC est une zone monétaire non optimale si l’on
s’en réfère aux critères traditionnels, ce qui suppose qu’il revient encore une fois de plus à la
politique budgétaire de gérer les différents chocs spécifiques susceptibles de survenir dans les
économies de la CEMAC. Ainsi, sommes-nous amenés à nous poser la question principale :
Est-ce que les politiques budgétaires menées dans la CEMAC sont efficaces en matière de
stabilisation économique ?
Sur le plan empirique, de nombreuses incertitudes existent sur leur taille. Les
estimations existantes varient de valeurs significativement négatives aux valeurs
significativement positives. Aussi, des résultats mitigés ont été obtenus suivant que le choc ait
11
Le Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE) pour le Cameroun, Le Programme Gabon
Emergent pour le Gabon, etc.
34
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
été un choc sur les recettes fiscales ou alors un choc sur les dépenses publiques. Certaines études
montrent qu’un choc positif sur les dépenses publiques a des effets plus importants sur l’activité
économique qu’un choc fiscal (Blanchard et Perotti, 2002 ; Perotti, 2002 ; Biau et Girard, 2005 ;
Mountford et Uhlig, 2005 ; Badinger, 2006) et d’autres plutôt le contraire (Afonso et Sousa,
2009 ; Alesina et Ardagna, 2010). Leur taille est même susceptible de varier en fonction du
cycle économique (Auerbach et Gorodnichenko, 2012a, 2012b et 2014 ; Baum et al, 2012, ;
Blanchard et Leigh, 2013).
Le second point qui émerge de cette littérature est celui relatif aux effets
macroéconomiques des consolidations budgétaires. Ces consolidations budgétaires peuvent être
définies comme l’ensemble des mesures employées par l’Etat pour redresser les finances
publiques notamment en réduisant les déficits budgétaires primaires. Elles résultent soit d'une
réduction des dépenses publiques soit d’une augmentation des recettes fiscales, ou de ces deux
mesures simultanément. Empiriquement, elles peuvent être jugées de deux manières :
Premièrement si elles ont réussi à réduire de manière significative les déficits et le ratio
dette/PIB, et deuxièmement si elles ont été associées à une réduction de la croissance
économique ou non, bien que les deux derniers critères soient plus ou moins corrélés (Alesina
et Ardagna, 2010).
35
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
aux conclusions selon lesquelles les consolidations budgétaires par réduction des dépenses
publiques sont moins coûteuses en termes de perte de production que celles par augmentation
d’impôts, résultats qui sont corroborés entre autres par ceux de Yang et al. (2015), un point de
vue qui n’est pourtant pas partagé par le FMI (2010).
Toutefois, bien que le plus souvent contradictoires, les différentes études ayant évalué
l’efficacité des politiques budgétaires suivant ces différentes approches ce sont le plus souvent
limitées aux pays de l’OCDE, d’où la nécessité de mener de pareilles études dans les pays en
développement et notamment ceux d’Afrique subsaharienne où jusqu’ici la plupart d’études
s’étant intéressées à la politique budgétaire se sont inscrites pour l’essentiel dans la lignée des
travaux d'Aschauer (1989), de Holmes et Hutton (1990) ou de Barro (1990), qui étudient la
politique budgétaire dans une optique de long terme et non court terme comme le voudrait la
tradition keynésienne. Cette nécessité est encore plus accrue lorsqu’il s’agit d’un groupe de
pays formant une union monétaire hétérogène comme ceux de la CEMAC. C’est ainsi que notre
question de recherche principale soulève tout d’abord deux autres questions auxquelles cette
thèse tente d’offrir une réponse empirique :
Par ailleurs, au regard de l’évolution des finances publiques, il apparaît clairement que
ces dernières sont fortement tributaires de l’évolution du prix du pétrole sur le marché
international qui par ailleurs est très instable, ce qui laisse transparaître un risque élevé de
procyclicité des politiques budgétaires dans la CEMAC. Aussi, les règles établies dans le cadre
de la surveillance multilatérale accentueraient la procyclicité de la politique budgétaire dans la
CEMAC (Bikai, 2015), ce qui va à l’encontre de la théorie keynésienne qui prône l’utilisation
des déficits budgétaires à des fins de régulation de la conjoncture. Toutefois, ces règles visent
à assurer la convergence des politiques économiques dans la zone CEMAC (Fouda, 2009), ce
qui passe nécessairement par celle des multiplicateurs budgétaires.
36
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
2009 ; Baddi, 2015) et procyclique dans les pays en développement (Gavin et Perotti, 1997 ;
Talvi et Végh, 2000 et 2005 ; Braun, 2001 ; Kaminsky et al, 2004 ; Alesina et al 2008 ), et
d’autre part que les règles budgétaires à elles seules ne suffisent pas à expliquer le
comportement cyclique de la politique budgétaire dans un pays donné. Outre les règles
budgétaires, de nombreux autres facteurs entrent en jeu. Ces facteurs peuvent être regroupés au
sein de deux grands groupes : Les facteurs d’ordres économiques telles que les contraintes de
financement internes et externes (Gavin et Perotti, 1997 ; Riocos et Végh, 2003) et les facteurs
d’ordres politiques et institutionnels tels que la qualité des institutions et la nature du régime
politique (Alesina et Tabellini, 2005 ; Calderon et Schmidt, 2008 ; Bleaney, 2009 ; Frankel et
al, 2011 ; Havard et Michael, 2011).
Au regard de ce qui précède, la présente thèse tente également d’apporter une réponse à
la question suivante : Quel est le degré de procyclicité de la politique budgétaire dans la
zone CEMAC et quels en sont les principaux déterminants ?
L’objectif principal de cette thèse est d’évaluer l’efficacité des politiques budgétaires en
termes de stabilisation macroéconomique dans la CEMAC. De manière spécifique, il s’agit :
D’analyser les effets des chocs discrétionnaires de politique budgétaire sur l’activité
économique des différents pays de la CEMAC et par là même déterminer la taille des
multiplicateurs budgétaires.
D’évaluer les effets des consolidations budgétaires sur l’activité économique dans la
zone CEMAC.
12
Klein est considéré comme le créateur du premier modèle macroéconométrique des temps modernes (Goldberger
et Alii, 1955).
37
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
politique budgétaire. Dans la poursuite de nos différents objectifs, nous adopterons plusieurs
démarches méthodologiques et ce conformément à la littérature empirique.
En ce qui concerne le premier objectif, l’analyse des effets des chocs de politique
budgétaire sur l’activité économique peut être faite soit à partir des modèles d’Equilibre Général
Dynamiques Stochastiques (DSGE) (Gali et al, 2007 ; Woodford, 2011 ; Leeper et al., 2012)
soit à partir des modèles Vectoriels Autorégressifs Structurels (VAR) et de leurs extensions
(Fatas et Mihov, 2001 ; Blanchard et Perotti, 2002 ; Perotti, 2002 ; Mountford et Uhlig, 2002 ;
Badinger, 2006 ; Afonso et Sousa, 2009 ; Romer et Romer, 2010 ; Diop et Diaw, 2015). Dans
la poursuite de cet objectif, nous optons pour cette deuxième approche car, comme le soulignent
Deskar et Simovic (2015), il est difficile d’isoler les effets des chocs exogènes des variables
budgétaires sur le PIB dans les modèles DSGE, ce qui rend l’estimation des multiplicateurs
budgétaires très complexe.
Pour ce qui est du deuxième objectif, notre démarche méthodologique s’articule autour
de trois étapes : La première étape consiste à identifier les différents épisodes de consolidation
budgétaire dans la CEMAC. En matière d’identification des épisodes de consolidation
budgétaire, deux principales approches sont utilisées dans la littérature. L’approche narrative
(Romer et Romer, 2007 et 2010 ; Devries et al, 2011 ; Alesina et al, 2014 ; Guajardo et al, 2014)
et l’approche quantitative (Alesina et Ardagna, 2010 ; Alesina et al, 2012 ; Yang et al 2015).
En raison de la non disponibilité des archives historiques sur une longue période pour
l’ensemble des pays de la CEMAC, nous optons pour la seconde approche. Elle consiste à
utiliser le solde budgétaire primaire corrigé des variations conjoncturelles (SPCVC) pour
identifier les différents épisodes de consolidations budgétaires suivant des critères prédéfinis.
38
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Quant aux données utilisées dans cette thèse, elles sont secondaires et proviennent de
diverses sources et ce en fonction de leur disponibilité. Il s’agit entre autres de la Banque des
Etats de l’Afrique Centrale (BEAC), des organismes internationaux en l’occurrence la Banque
39
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
mondiale à travers sa base de données World Development Indicators (WDI), et la base Polity
IV pour les données politiques institutionnelles, sans toutefois oublier le site web « African
Elections Database » pour les données portant sur élections. L’ensemble de ces données couvre
la période 1987-2016.
Sur le plan scientifique, en s’alignant aux travaux existants, elle contribuera à enrichir
la littérature économique sur l’efficacité des politiques budgétaires dans les pays en
développement en général, et en union monétaire hétérogène en particulier, car comme le
soulignent Alesina et Ardagna (2010), « nous savons relativement peu de choses sur les effets
de la politique budgétaire sur l’activité économique ».
Sur le plan pratique, cette étude pourra être utile non seulement pour la conduite et la
mise en œuvre des politiques budgétaires discrétionnaires dans la CEMAC, mais aussi pour la
conduite de la politique monétaire dans la zone dans le cadre du « policy mix ». Elle pourra
également être utile pour une allocation plus rationnelle des ressources publiques dans les
différents pays de la CEMAC ainsi qu’une meilleure orientation des décideurs dans la prise de
décisions en matière de gestion des finances publiques.
En plus de ce chapitre introductif, cette thèse est organisée autour de trois grands essais,
chaque essai correspondant à un chapitre. Le premier est intitulé : « Chocs de politique et
dynamique de l’activité économique dans la CEMAC : les multiplicateurs budgétaires ». Le
deuxième est intitulé « Consolidations budgétaires et activité économique dans la CEMAC,
40
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
tandis que le troisième est intitulé « Cyclicité de la politique budgétaire dans la CEMAC :
contraintes de financement et facteurs sociopolitiques ».
41
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
ANNEXES DU CHAPITRE 1
Annexes 1-1 : Evolution des taux de croissance économique dans les pays de la CEMAC
6
16000
4 14000
francs CFA
12000
2
10000
0
8000
1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015
-2 6000
4000
-4
2000
-6 0
80 5000
60 4000
francs CFA
40 3000
20 2000
0 1000
1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015
-20 0
42
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
2000
-10
1000
-15 0
9000
10 1400
Taux de croissance du PIBen %
1200
0
198719891991199319951997199920012003200520072009201120132015 1000
-10 800
-20 600
400
-30
200
-40 0
43
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
35
6000
30
25 5000
francs CFA
20
4000
15
3000
10
5 2000
0
1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 1000
-5
-10 0
-2E+10
-4E+11 -2E+11
-4E+10
-8E+11 -6E+10 -4E+11
88 90 92 94 96 98 00 02 04 06 08 10 12 14 16 88 90 92 94 96 98 00 02 04 06 08 10 12 14 16 88 90 92 94 96 98 00 02 04 06 08 10 12 14 16
4E+12
4E+12 7E+11
1.2E+12
3E+12
6E+11 6E+11
8.0E+11 2E+12 2E+11
4E+11 2E+12
4.0E+11 0E+00 5E+11
1E+11 2E+11 1E+12
0.0E+00
-2E+12 0E+00
0E+00
-4.0E+11
-2E+11
-1E+11
-8.0E+11 -4E+11
Source : Calculs de l’auteur à partir des données de la Banque mondiale (WDI, 2017)
44
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
CAMEROUN CONGO
10 6
4
5
2
0 0
-2
-5
-4
-10 -6
1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015
GABON GUINEE
10 400
0
5
-400
0
-800
-5
-1,200
-10 -1,600
1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015
RCA TCHAD
30 20
20
10
10
0 0
-10
-10
-20
-30 -20
1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015
120 10
100 5
80
en % du PIB
0
60
-5
40
20 -10
0 -15
1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015
Taux d'endettement public extérieur Solde budgétaire primaire Solde budgétaire global
45
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
700 40
Taux d'endettement public extérieur
600 30
500 20
en % du PIB
400 10
300 0
200 -10
100 -20
0 -30
1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015
Taux d'endettement public extérieur Solde budgétaire primaire Solde budgétaire global
120 20
100 15
10
80
en % du PIB
5
60
0
40
-5
20 -10
0 -15
1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015
Taux d'endettement public extérieur Solde budgétaire primaire Solde budgétaire global
350 30
300 20
250 10
en % du PIB
200 0
150 -10
100 -20
50 -30
0 -40
1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015
Taux d'endettement public extérieur Solde budgétaire primaire Solde budgétaire global
46
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
2
100
publique extérieure /PIB ) en %
0
80 -2
-4
60
du PIB
-6
40 -8
-10
20
-12
0 -14
1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015
Taux d'endettement public extérieur Solde budgétaire primaire Solde budgétaire global
4
30
publique extérieure /PIB ) en %
2
25
0
20 -2
du PIB
15 -4
-6
10
-8
5
-10
0 -12
1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015
Taux d'endettement public extérieur Solde budgétaire primaire Solde budgétaire global
47
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Introduction
13
Cette mise en relation de la politique budgétaire avec différents indicateurs macroéconomiques remonte aux
travaux de l’économiste Nicolas Kaldor qui en 1952 dans un propos liminaire présenta ce qui a été qualifié
quelques années plus tard de « carré magique de Kaldor ». A travers ce dernier, il définit les buts ultimes de toute
politique économique, buts qui une fois atteints permettent à toute économie d’atteindre à la fois l’équilibre
interne et externe, indispensables pour la bonne marche de toute économie.
48
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
et Steinsson, 2011 ; Ilzetzki et al. 2013). C’est ainsi que dans une mouvance de fond de crise,
les études empiriques évaluant l’ampleur des multiplicateurs budgétaires se sont multipliées ces
dernières années. Toutefois, ces études ont pour la plupart porté sur les pays développés,
négligeant ainsi sur leur passage les pays en développement et notamment ceux d’Afrique
subsaharienne qui pourtant, n’ont pas été épargnés des effets néfastes de la crise. Depuis lors,
ces pays ne cessent de lutter pour le rétablissement de leurs finances publiques en vue de
promouvoir une croissance économique durable et équitable, comme c’est actuellement le cas
dans les pays de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC),
rassemblement de six pays14 formant une union monétaire, à savoir l’Union Monétaire de
l’Afrique Centrale (UMAC).
En effet, à la suite des baisses répétitives du cours des produits de base sur le marché
international, la situation budgétaire des pays de la CEMAC dont les recettes budgétaires sont
fortement tributaires de la vente des matières premières s’est vue fortement dégradée, entraînant
sur le passage un ralentissement de l’activité économique. Face à une telle situation, les
différents pays sont appelés à réagir à travers les politiques de stabilisation que sont la politique
monétaire et la politique budgétaire. Mais, du fait de leur appartenance à une union monétaire,
le seul instrument dont disposent ces pays pour stabiliser l’activité économique n’est rien
d’autre que la politique budgétaire discrétionnaire, étant donné que l’autre levier de la politique
économique conjoncturelle qu’est la politique monétaire est mise en œuvre par une Banque
Centrale supranationale (la Banque Centrale des Etats de l’Afrique Centrale, en abrégé BEAC).
Dès lors, il semble légitime de s’interroger sur l’efficacité des politiques budgétaires
discrétionnaires menées dans le petit groupe de pays en développement formant une union
monétaire qu’est la CEMAC : Ces politiques budgétaires discrétionnaires stimulent-elles
l’activité économique ou au contraire sont-elles nuisibles à cette activité économique ? En
d’autres termes, est-il préférable pour les différents gouvernements de la CEMAC de laisser
tout simplement les stabilisateurs automatiques jouer leur rôle ou alors d’intervenir ? En cas
d’intervention non anticipée, quelle est la variation en pourcentage de la croissance économique
à la suite d’une variation des dépenses publiques ou des recettes fiscales ? Sur la base de ces
différentes interrogations, l’objectif de ce chapitre est double : il vise d’une part à évaluer les
effets des chocs de dépenses publiques et de recettes fiscales sur la dynamique de la croissance
14
Le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée Equatoriale, la République Centrafricaine et le Tchad.
49
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
économique dans les différents pays de la CEMAC, et d’autre part à analyser les différents
canaux de transmission de ces chocs budgétaires.
En effet, Keynes (1936) contrairement aux économistes classiques, démontre que les
mécanismes d'autorégulation assumés dans l'économie ne peuvent conduire l'économie à
l'équilibre en raison notamment des rigidités sur le marché du travail et du sous-emploi des
capacités de production dans l’économie. Suivant une approche axée sur la demande et
raisonnant à court terme, il préconise l’utilisation de la politique budgétaire à des fins de
50
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
régulation conjoncturelle en raison des effets multiplicateurs qu’elle engendre sur la demande
globale et par là même sur la croissance économique.
Dans le modèle IS-LM, une politique budgétaire expansionniste se traduit par une
augmentation de la demande globale et du revenu via l’effet multiplicateur qu’elle engendre.
Toutefois, l’augmentation du revenu qui en résulte va occasionner sur le marché de la monnaie
une demande supplémentaire de monnaie à des fins de transaction qui pourrait conduire à une
hausse des taux d’intérêt, qui à son tour ferait baisser les investissements privés (effet
d’éviction) et par conséquent la demande globale et le revenu national. Cet effet d’éviction
s’explique principalement par le fait que l’investissement privé est négativement lié au taux
d’intérêt et dépend essentiellement du degré de sensibilité de l’investissement privé au taux
d’intérêt (l’effet d’éviction étant d’autant plus grand que l’investissement est sensible au taux
51
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
d’intérêt) et du degré de sensibilité des taux d’intérêt face à la demande de monnaie par les
agents économiques (plus les taux d’intérêt sont sensibles à la demande de la monnaie plus
l’effet d’éviction est élevé). Ainsi donc, le degré d’amoindrissement des multiplicateurs
budgétaires va être fonction de l’ampleur de l’éviction. Autrement dit, la politique budgétaire
sera d’autant plus efficace en économie fermée suivant que la valeur du multiplicateur est élevée
et que l’investissement est peu sensible au taux d’intérêt. Néanmoins, l’une des solutions les
plus souvent préconisées pour éviter cet effet d’éviction par les taux d’intérêt est la mise sur
pied d’une politique monétaire accommodante, d’où la nécessité souvent prônée de
coordination entre la politique budgétaire et la politique monétaire dans le cadre du Policy mix.
Dès lors que l’on est en économie ouverte, (modèle IS-LM-BP), l’efficacité de la
politique budgétaire va dépendre à la fois du degré d’ouverture de l’économie et du régime de
change. Ainsi donc, en régime de change fixe, la politique budgétaire est efficace et cette
efficacité est d’autant plus renforcée que les capitaux sont mobiles. En effet, comme décrit
précédemment, une politique budgétaire expansionniste entraîne une augmentation de la
demande globale et du revenu (effet multiplicateur). Il en résulte une augmentation de la
demande de monnaie qui à son tour va occasionner une augmentation des taux d’intérêt.
Seulement, ici la hausse des taux d’intérêt va engendrer un afflux de capitaux étrangers sur le
marché de changes et par là même une demande excédentaire de monnaie nationale. La Banque
Centrale va donc émettre de la monnaie nationale qu’elle doit échanger contre des devises. Cette
offre excédentaire de monnaie nationale va à son tour faire baisser progressivement les taux
d’intérêt jusqu’à leur niveau initial, annulant ainsi l’effet d’éviction qui devrait résulter de
l’expansion budgétaire. En somme, à l’efficacité de la politique budgétaire en change fixe,
s’ajoute une augmentation des réserves de changes pour la Banque Centrale.
52
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
inefficacité attribuée à l’éviction par le change montre ainsi que l’un des déterminants majeurs
de l’ampleur des multiplicateurs budgétaires au sein d’une économie donnée peut être le régime
de change.
L’une des premières critiques émises à l’encontre des politiques de relance keynésienne
est le fruit des économistes néoclassiques qui dénoncent l’incidence négative d’une
augmentation du déficit budgétaire sur la croissance économique du fait de l’effet d’éviction
qu’elle exerce sur les investissements privés. Toutefois, cet effet d’éviction, décrit comme le
découragement des investissements privés à la suite de l’augmentation des taux d’intérêt
résultant d’une offre excédentaire de titres publics, avait déjà été mis en évidence par les
économistes keynésiens eux-mêmes à travers le modèle IS-LM et dont ils proposent comme
solution des politiques monétaires accommodantes dans le cadre du « policy mix ».
53
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
consommation des ménages ne se fonde pas sur le revenu courant comme c’est le cas dans la
fonction de consommation keynésienne, mais plutôt sur le revenu permanent, qui prend en
compte non seulement le revenu courant, mais aussi les revenus passés et les revenus futurs
anticipés. Ainsi donc, l’augmentation du revenu issu d’une politique budgétaire expansionniste
serait considérée comme transitoire par les ménages et aura tendance à être épargnée, limitant
ainsi l’ampleur des multiplicateurs budgétaires.
Une autre limite émise à l’encontre des politiques budgétaires émane également du
comportement des ménages. En effet, contrairement aux modèles keynésiens qui reposent sur
le court terme et supposent que les anticipations des agents économiques sont adaptatives, les
modèles développés par certains économistes d’inspiration libérale s’inscrivent dans une
logique de long terme et supposent que ces anticipations sont rationnelles. Les partisans de la
théorie des anticipations rationnelles à l’instar de Lucas (1972), Sargent (1972) et Sargent et
Wallace (1975), montrent que la politique budgétaire est inefficace, à moins qu’elle contienne
un élément de surprise. Ils expliquent cela par le fait que les ménages prennent en compte le
futur dans la prise de leurs décisions et ont une maitrise parfaite des décisions de politique
économique. Ainsi, face aux anticipations rationnelles des agents économiques, la politique
budgétaire ne sera plus à même d’avoir les effets keynésiens escomptés.
54
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Après les critiques dites « classiques » émises à l’encontre des politiques budgétaires,
quelques extensions seront connues sur le plan théorique, notamment sur le plan institutionnel.
C’est le cas par exemple de l’école du public choice qui met en relation la politique budgétaire
et le cycle électoral. Elle souligne qu’avant toutes choses, ce qui préoccupe tout Homme
15
Olivia Montel-Dumond (2011), la politique budgétaire, Notice 8.
55
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
politique c’est sa réélection. Ainsi donc, les gouvernements auraient tendance à mener des
politiques budgétaires expansionnistes à la veille des élections en vue d’avoir des gains
immédiats en termes de croissance et d’emploi même si la conjoncture économique n’y est pas
favorable, laissant ainsi derrière eux d’énormes déficits qui s’accumuleront au fil du temps16.
Certains théoriciens mettent également en avance des difficultés d’ordre pratique dans
la mise en œuvre des politiques budgétaires. Parmi elles, on note les délais17 d’action de la
politique budgétaire face aux variations de l’activité économique. Ces délais sont définis
comme le laps de temps qui passe entre le moment où les autorités constatent le retournement
de la conjoncture et celui où l’action budgétaire est effectivement entreprise. Friedman (1948)
en distingue deux types : Les délais internes qui vont du moment où le retournement de la
conjoncture est constaté à celui où les gouvernements décident d’agir, et les délais externes qui
vont du moment où l’action budgétaire est entreprise à celui où il commence à produire ses
effets sur la demande. L’existence de ces délais remet ainsi en cause la contracyclicité de la
politique budgétaire prônée par les keynésiens et peuvent même faire en sorte qu’elle devienne
procyclique.
Toutes proportions gardées, il en ressort sur le plan théorique que le débat autour de
l’efficacité de la politique budgétaire est encore loin d’être clos. Cette efficacité est d’une part
conditionnée par l’environnement économique et d’autre part par la confiance et la crédibilité
que les agents économiques lui accordent. Toutefois, comme le soulignent Bouthevillain et al
(2013), l’étude de l’efficacité de la politique budgétaire doit se faire en se nourrissant non
seulement de la théorie économique traditionnelle, mais aussi des avancées les plus récentes de
la recherche appliquée. Ainsi donc, la section suivante passera en revue quelques travaux ayant
étudié l’efficacité des politiques budgétaires discrétionnaires sur le plan empirique.
16
On peut retrouver une autre explication de ce mécanisme dans les travaux de Nordhaus (1975, 1989) qui, à
travers des courbes de Phillips, montre que les gouvernements auraient tendance à préférer l’inflation au chômage
à la veille de chaque élection et qu’une fois les élections passées, tout leur travail consistera à réduire l’inflation
jusqu'à la veille de la prochaine élection, engendrant ainsi un cycle qu’il a qualifié de cycle politico économique.
17
A titre illustratif, Mankiw dans son livre « Macroéconomie, 6e Edition » approxime la conduite de la politique
budgétaire au pilotage d’un grand navire où il lui faut un certain temps (délai) pour changer de cap une fois que le 56
gouvernail ait été ajusté.
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
économique et financière de 2008, suite d’un activisme budgétaire de plus en plus croissant
observé dans de nombreux pays à travers le monde. Elle s’est résumée pour l’essentiel à
l’analyse des effets des chocs de politique budgétaire sur l’activité économique, débouchant le
plus souvent sur le calcul des multiplicateurs budgétaires.
Y
i 1
t0 i
h
;
IB
i 1
t0 i
Par ailleurs, l’étude de ces multiplicateurs budgétaires repose sur différentes approches
en termes d’identification des chocs budgétaires. Un examen de la littérature permet d’en
repérer trois principales : L’approche narrative, l’approche économétrique et l’approche macro
économétrique.
L’approche narrative remonte aux travaux de Ramey et Shapiro (1998), puis ceux
d’Edelberg et al. (1999). Elle consiste à partir de documents historiques (lois de finances,
réformes fiscales, Rapport des banques Centrales, etc.), à identifier les chocs de politiques
budgétaires en retraçant les différents changements survenus dans leur mise en œuvre au fil du
57
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
temps. En adoptant cette approche, Romer et Romer (2007 et 2010) étudient les effets des
variations fiscales sur l’activité économique aux Etats Unis. Leurs analyses soulignent que ces
changements peuvent être endogènes (ceux motivés par la volonté du gouvernement de réduire
les déficits ou de financer un nouveau programme de dépenses) ou exogènes (ceux motivés par
la volonté de mener une politique budgétaire contracyclique).
L’utilisation des modèles SVAR dans l’étude des politiques budgétaires s’est vulgarisée
à partir des travaux de Blanchard et Perotti (2002), même si toutefois l’une des études
18
Les chocs de politique budgétaire sont ici identifiés comme les résidus du modèle VAR initial pouvant être
interprétés économiquement.
58
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
pionnières en ce sens fut celle de Bruneau et De Bandt (1999). A partir des modèles SVAR, le
multiplicateur budgétaire cumulatif pour un trimestre donné T est obtenu en rapportant la
réponse cumulative du PIB à un choc sur une variable budgétaire (dépenses publiques ou
recettes fiscales) à la date T à la réponse cumulative de variable budgétaire considérée à un choc
sur elle-même au sein du même trimestre19 (Blanchard et Perotti, 2002 ; Perotti, 2004). Le
tableau 2-1 ci -dessous résume quelques résultats empiriques obtenus à partir des modèles
SVAR aussi bien dans les pays développés que dans quelques pays en développement.
Tableau 2-1 - Taille des multiplicateurs budgétaires dans quelques études empiriques
19
Le multiplicateur budgétaire ainsi calculé peut être exprimé en unités monétaires en multipliant le ratio obtenu
par le poids moyen des dépenses publiques (ou des recettes fiscales) dans le PIB. Tel est par exemple le cas dans
l’étude de Grdovic Gnip (2014) Toutefois, il est souvent reproché à cette méthode d’amplifier la taille des
multiplicateurs car dans ce cas, ces derniers dépendent essentiellement de l’évolution des variables
macroéconomiques qui sont elles-mêmes affectées par plusieurs facteurs. 59
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Baum et Allemagne
Koester (2011) - 1976T1-2009T4 0,7 0,69 / -0,66 -0,68 /
De Castro et De Espagne
Cos (2008) - 1980T1-2004T4 1,3 1 / + - /
Burriel et al Zone EURO
(2010) - 1981T1-2007T4 0,75 0,85 / -0,79 -0,49 /
Pays en développement
Notes : Les chiffres entre parenthèses renvoient au trimestre où le pic (ou effet maximal) est observé.
Source : Construction de l’auteur à partir de la littérature
Du Tableau 2-1 ci-dessus, il en ressort clairement qu’il n’existe pas d’unanimité sur la
taille des multiplicateurs budgétaires. Elle varie de valeurs significativement positives (en
majorité pour les pays développés) aux valeurs significativement négatives aussi bien pour les
dépenses publiques que pour les recettes fiscales, matérialisant ainsi l’efficacité des politiques
budgétaires discrétionnaires dans certains cas (Blanchard et Perotti, 2002 ; Biau et Girard,
2005 ; De Castro et De Cos, 2008 ; Baum et Koester, 2011 ; etc.) et leur inefficacité dans
d’autres (Deskar et Simovic, 2015 ; Diop et Diaw, 2015).
60
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Blanchard et Perotti (2002) utilisent les informations institutionnelles sur l'élasticité des
variables budgétaires pour identifier la réponse de l’activité économique aux chocs de politique
budgétaire dans quelques pays de l’OCDE. De leur étude, il ressort d’une part que les chocs
budgétaires expansionnistes ont un effet positif sur la production, et d’autre part qu’ils ont un
effet positif sur la consommation privée et un effet négatif sur l'investissement privé, faisant
ainsi valoir de manière générale que la politique budgétaire a un effet expansionniste sur
l’activité économique dans l’échantillon de pays considéré. Toutefois, à leur suite, les différents
multiplicateurs budgétaires obtenus dans la littérature n’ont pas toujours conforté les différentes
attentes des chercheurs. Tel est par exemple le cas dans les études de Perotti (2004), Deskar et
Simovic (2015) et Diop et Diaw (2015) où il ressort que le multiplicateur des dépenses
publiques est négatif pour certains pays étudiés. L’explication la plus souvent donnée par ces
chercheurs est qu’un choc positif de dépenses publiques provoque une réduction de
l’investissement et de la consommation privés dans certains pays, et conduit à une augmentation
permanente de l’inflation, ce qui se traduit par une baisse de la production à moyen et à long
termes.
En plus de ces études, de nombreux autres chercheurs se sont intéressés à l’étude des
effets de la politique budgétaire sur l’activité économique à court terme. C’est par exemple le
cas d’Afonso et Sousa (2012) qui, à partir d’un modèle VAR structurel de type bayésien (B-
SVAR), analysent les effets macroéconomiques de la politique budgétaire dans quatre pays de
l’OCDE notamment les Etats Unis, le Royaume Uni, l’Allemane et l’Italie. En se servant des
données trimestrielles pour ces différents pays sur des périodes plus ou moins différenciées
(1970T3 – 2007T4 pour les Etats Unis ; 1964T2 - 2006 T4 pour le Royaume Uni ; 1980T2 –
2006T4 pour l’Allemagne et 1986T2 – 2004T4 pour l’Italie), ils trouvent que les chocs de
dépenses publiques ont des effets positifs relativement faibles sur le PIB et des effets variés sur
la consommation et l’investissement privés. En outre, leurs résultats montrent que les chocs de
recettes publiques ont un effet positif et plus important que celui des dépenses publiques sur le
PIB et l’investissement privé, et un effet varié sur la consommation privée. Toutefois, ils n’ont
eu aucun effet sur le niveau des prix bien qu’ayant eu un effet mixte sur les taux d’intérêt, effets
qui deviennent de plus en plus persistants lorsque la dynamique de la dette publique est prise
en compte.
Dans la même lancée, Mirdala (2011) examine les effets de chocs de politique
budgétaire sur l’activité économique dans les économies européennes en transition (République
Tchèque, Slovaquie, Hongrie, Bulgarie, Roumanie et Pologne). De leur étude, il ressort que les
61
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
chocs de politique budgétaires orientés du côté des dépenses publiques ont un effet positif sur
l’activité économique dans tous les pays de l’échantillon sur la période considérée (2000T1-
2008T4). En revanche, en ce qui concerne les recettes fiscales, leurs effets sur l’activité
économique et notamment sur le PIB ont été variables, allant d’effets positifs pour certains pays
(Slovaquie, Bulgarie et Roumanie), aux effets non significatifs pour d’autres (République
Tchèque et Pologne) en passant par un effet négatif pour l’un d’entre eux (Hongrie).
C’est ainsi que cette nouvelle catégorie d’études estime les multiplicateurs budgétaires
en prenant en compte la nature du cycle économique, en d’autres termes, en faisant un distinguo
entre les périodes d’expansion des périodes de récession. Dans la littérature, cela s’est souvent
faite sur la base de modèles économétriques non linéaires tels que les modèles que les modèles
VAR à changement de régime Markovien (MS-VAR : Markov-Switching Vector
Autoregressive), les modèles VAR à seuil à transition brutale (TVAR : Threshold Vector Auto
Regressive Model) ou encore des modèles VAR à seuil à transition lisse (STVAR : Smooth
62
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
63
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Etats Unis
- 1975T1-2010T2 2,2 0,3 0 ,2 0,2
Japon
- 1981T1-2009T4 2 1,4 -0,2 -0,3
Batini et al (2012) Allemagne
- 1981T1-2007T4 1,6 0,4 0,2 0,1
France
- 1970T1-2010T4 2,1 1,6 1,8 1,9
Zone EURO
- 1985T1-2009T4 2,6 0,4 0,4 -0,2
Etats Unis
- 1947T1-2012T2 2,07 0,44 / /
France
Herbert (2013) - 1960T1-2012T2 1,38 0,53 / /
Allemagne
- 1970T1-2012T2 1,31 0,72 / /
Etats Unis
- 1965T2-2011T2 1,7 1,3 -0,1 0,1
France
- 1970T4-2010T4 0,2 -0,1 0,7 0,5
Allemagne
- 1975T3-2009T4 1 0,2 -0,4 -0,6
Baum et al (2012) Japon
- 1970T1-2011T2 2 1,4 -0,7 0,4
Canada
- 1966T1-2011T2 -1,1 -0,9 -0,1 0,3
Royaume Uni
- 1970T1-2011T2 0,2 0,0 0,1 -0,4
64
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Tout comme les études menées à partir des modèles linéaires, celles menées à partir de
modèles non linéaires font état d’une divergence autour du signe et de la taille des
multiplicateurs budgétaires. Même si théoriquement ces multiplicateurs sont censés être plus
élevés en période de ralentissement économique qu’en période d’expansion, tel n’a pas toujours
été le cas comme le montrent les études résumées dans le tableau 2-2 ci–dessus. En effet, cette
hypothèse semble être globalement vérifiée pour le multiplicateur des dépenses publiques
(hormis pour le Canada dans l’étude de Baum et al., 2012), mais pas en ce qui concerne le
multiplicateur des recettes fiscales comme l’illustrent parfaitement les travaux de Batini et al
(2012) dans le cas de la France, et Baum et al (2012) dans le cas des Etats Unis, du Japon et du
Canada.
Face à toutes ces divergences autour de la taille des multiplicateurs budgétaires, certains
chercheurs se sont penchés sur l’analyse de leurs déterminants. Théoriquement, il est admis que
la propension marginale à consommer, la propension marginale à importer et le fardeau fiscal
en sont les principaux (Deskar et Simovic, 2015). Cependant, ces facteurs à eux seuls ne
suffisent pas à expliquer la taille des multiplicateurs budgétaires. C’est ainsi qu’en vue de
fournir une nouvelle technique de mesure de la taille des multiplicateurs budgétaires qualifiée
de « bucket approach »20, Batini et al. (2014) recensent dans la littérature huit principaux
facteurs susceptibles d’expliquer la taille des multiplicateurs budgétaires qu’ils regroupent au
sein de deux grands groupes : Les facteurs conjoncturels qui sont ceux qui tendent à dévier les
multiplicateurs budgétaires de leur « niveau normal », et les facteurs structurels qui sont ceux
qui influencent la réaction de l'économie aux chocs budgétaires en « temps normal ».
20
La « bucket approach » ou encore « l’approche par compartiments » consiste à regrouper les pays ayant des
multiplicateurs similaires en fonction de leurs caractéristiques structurelles par groupes appelés « compartiments »
afin d’avoir de meilleures estimations de la taille des multiplicateurs budgétaires (Batini et al., 2014).
65
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
facteurs et leurs effets attendus sur la taille des multiplicateurs budgétaires sont résumés dans
le tableau 2-3 suivant :
Les différents travaux passés en revue dans cette section montrent bien que le débat est
encore loin d’être clos en ce qui concerne les effets des politiques budgétaires discrétionnaires
66
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
sur l’activité économique. Bien que de nombreuses études aient été menées dans les pays
industrialisés, très peu en revanche se sont intéressées aux pays en développement. Les pays de
la CEMAC, en tant que pays formant une Union Monétaire et plus que jamais soucieux de leur
développement économique semblent être un cadre idéal pour évaluer empiriquement
l’efficacité des politiques budgétaires discrétionnaires. Pour y parvenir, cela nécessite
l’adoption une démarche méthodologie adéquate.
.3 Méthodologie et données
En revanche, l’approche VAR structurelle bien que n’étant pas exempte de toute critique
est considérée par de nombreux chercheurs comme la méthodologie la plus fiable dans l’étude
de l’efficacité des politiques budgétaires discrétionnaires. Comparativement aux modèles
DSGE, elle présente de nombreux avantages. Parmi ces avantages, Biau et Girard (2005)
mettent en avant leur « simplicité » (le fait d’estimer un système de faible de dimension), le
nombre de contraintes relativement faible dont ils nécessitent, et leur forte capacité à simuler
des chocs structurels. Au regard de ce qui précède, nous optons dans le cadre de cette étude
pour une approche VAR structurelle.
D’un point de vue pratique, la modélisation VAR structurelle consiste à convertir les
résidus issus de l’estimation d’un modèle VAR standard en des chocs structurels pouvant être
interprétés sur le plan économique. Dans le cadre de l’étude des politiques budgétaires, elle a
pour point focal l’identification des différents chocs budgétaires structurels.
67
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
.3.1.1 Le modèle
La modélisation VAR a pour particularité que toutes les variables du modèle sont à la fois
exogènes et endogènes, et que les variables explicatives sont principalement des variables
retardées. Sous sa forme générale, un modèle VAR structurel se présente comme suit :
simultanéité entre les variables incluses dans le vecteur Xt , Bi (i=1, 2, …p) des matrices carrées
de coefficients d’ordre n et Ut un vecteur de chocs structurels normalement distribués et
orthogonaux. Toutefois, le modèle (1) tel que spécifié ci-dessus ne peut être directement estimé.
Afin de pouvoir le faire, il est nécessaire de le mettre sous sa forme réduite. Cette forme réduite
est obtenue en pré multipliant l’équation (1) par l’inverse de la matrice A notée A 1 , soit :
la forme réduite. Dans le cadre de cette étude, le vecteur Xt est constitué dans notre modèle de
base du logarithme des dépenses publiques réelles ( gt ), du logarithme des recettes fiscales
réelles ( rft ) du logarithme du produit intérieur brut réel ( yt ), et du logarithme de l’indice des
68
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
L’utilisation des modèles SVAR nécessite que l’on retienne une approche bien précise
en matière d’identification des chocs budgétaires. Un examen de la littérature permet d’en
identifier trois principales : L’approche récursive (Sims, 1980 ; Fatas et Mihov, 2001, et
Caldara et Kamps, 2008 ; Perotti, 2007), l’approche par restriction de signes (Mountford et
Uhlig, 2002 et 2009), et l’approche dite des « élasticités calibrées » (Blanchard et Perotti, 2002 ;
Perotti, 2004). Toutes ces approches consistent à partir de la théorie économique à imposer un
certain nombre de restrictions à la matrice A , la première au travers d’une décomposition de
Cholesky, la deuxième via des restrictions de signes sur les fonctions de réponses
impulsionnelles, et la troisième au travers des informations institutionnelles sur les élasticités
des dépenses publiques et des recettes fiscales.
Dans le cadre de cette étude, nous optons pour l’approche récursive étant donné que
nous ne disposons pas d’informations institutionnelles sur les élasticités des dépenses publiques
et des recettes fiscales dans la CEMAC. Toutefois, Caldera et Kamps (2008) trouvent de
« manière surprenante » disent -ils, que les différences entre l’approche récursive et l’approche
de Blanchard et Perotti (2002) ont peu d’effet sur les résultats obtenus. Ainsi donc, au travers
d’une décomposition de Cholesky, nous appliquons un certain nombre de restrictions à notre
matrice A de chocs structurels. Sur le plan pratique, ces restrictions sont appliquées en partant
du principe que certains chocs structurels n'ont pas d’effets instantanés sur certaines variables
endogènes.
21
On dispose de k ! façons différentes de classer k variables dans le vecteur X..
69
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
fiscales réelles ( rft ) en quatrième position, soit : Xt ( gt , yt ,t , rft ) . Sur cette base, la relation
entre le vecteur des résidus ut et celui des chocs structurels des variables budgétaires t est
donnée par :
A U t B t (4)
La forme matricielle de l’équation (4) ci -dessus est donnée par l’expression suivante :
1 0 0 0 utg g 0 0 0 tg
a 1 0 0 uty 0 y 0 0 ty
y,g (5)
a , g a , y 1 0 ut 0 0 0 t
arf , g arf , y arf , 1 utrf 0 0 0 rf trf
Les dépenses publiques ne réagissent pas instantanément aux chocs subis par le PIB,
l’inflation et les recettes fiscales ;
La réponse du PIB n’est pas instantanée face aux chocs liés à l’inflation et aux recettes
fiscales mais l’est face aux chocs de dépenses publiques ;
L’inflation ne réagit pas instantanément aux chocs des recettes fiscales, mais a une
réponse instantanée face aux chocs des dépenses publiques22 et du PIB ;
La réponse des recettes fiscales aux chocs sur les autres variables endogènes est
immédiate.
22
En raison de la théorie budgétaire du niveau des prix (Leeper,1991 ; Sims, 1994 ; Woodford, 1994 ; Buiter,
1998 ; Creel et Sterdyniak, 2001).
70
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
71
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Le test de racine unitaire de Dickey-Fuller Augmenté (ADF) est le test de racine unitaire
le plus utilisé dans la littérature. C’est un test qui prend en compte la présence d’autocorrélation
dans les séries étudiées. L’hypothèse nulle du test est la présence d’une racine unitaire (série
non stationnaire). Sa réalisation sur une série Y est basée sur l’estimation de l’équation suivante
prise sous sa forme la plus générale :
p 1
Yt t *Yt 1 i*Yt i t (6)
i 1
En ce qui concerne le test de Phillips-Perron (PP), il est construit sur une correction non
paramétrique des statistiques de Dickey-Fuller. En plus de la prise en compte des problèmes
d’autocorrélation, il tient également compte de l’hétéroscédasticité, ce qui n’est pas le cas du
test ADF. Tout comme chez Dickey Fuller, l’hypothèse nulle repose sur la présence d’une série
racine unitaire dans la série étudiée (H0 : ρ = 0). Le modèle de base servant à la réalisation de
ce test est le suivant :
Le test KPSS quant à lui repose sur la décomposition de la série étudiée en une partie
déterministe, une marche aléatoire et un bruit blanc. Formellement, cela peut se présenter
comme suit :
Yt t rt t
(8)
72
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Yt i AYt 1 i 1 i Yt i i
p
(9)
matriciel et A une matrice dont la dimension correspond à celle de Yt et dont le rang détermine
le nombre de relations de cointégration. représente l’opérateur de différence première.
La sélection du nombre de retards est une étape très importante lors de l’estimation des
modèles VAR structurels, étant donné qu’il affecte aussi bien les coefficients estimés que les
fonctions de réponse impulsionnelles. Afin d’obtenir le nombre de retards optimal dans le cadre
de cette étude, nous utilisons les critères d’information d’Akaike (AIC) et de Schwarz (SIC)
auxquels nous associons d’autres critères proposés par le logiciel en même temps qu’eux (FPE :
: Final Prediction Error ; et HQ : Hannan-Quinn information criterion). L’utilisation d’un
nombre de retards optimal dans le modèle permet ainsi d’éliminer les potentiels problèmes
d’autocorrélation. Ces critères reposent sur les statistiques suivantes :
variances-covariances des résidus ; et P le nombre total de paramètres estimés dans toutes les
équations du VAR. Sur cette base, le retard optimal pour un critère donné est celui qui le
minimise.
Afin de vérifier l’adéquation du modèle estimé, il est nécessaire de faire des tests post-
estimation. Dans le cadre des modèles SVAR, trois principaux tests sont couramment effectués
dans la littérature pour cela. Il s’agit du test du multiplicateur Lagrange (LM) pour
l’autocorrélation, du test de stabilité du modèle et du test de normalité des résidus.
73
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Dans le cadre de cette étude, le test LM qui est effectué est celui de Johansen (1995).
Sous son hypothèse nulle, ce test suppose qu’il y’a absence d’autocorrélation entre les
différentes séries. La statistique du test suit asymptotiquement une loi de Chi-Deux à k degrés
de liberté, où k représente le nombre d'équations présentes dans le VAR en Système.
23
Dans la littérature, on distingue plusieurs méthodes de trimestrialisation des données annuelles allant des
méthodes de lissage purement mathématiques (Denton, 1971) aux méthodes plus avancées prenant en compte
l’information conjoncturelle dans la variable à trimestrialiser (Chow et Lin,1971 ; Ginsburgh, 1973 ; Fernández,
1981 ; Litterman, 1983). Toutefois, la plupart de travaux comparant ces différentes méthodes parviennent à la
conclusion que celle de Chow et Lin (1971) est la plus robuste. Parmi eux, figurent entre autres ceux d’Abeysinghe
et Rajaguru (2004) et Cayemite (2009). 74
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Ces données portent aussi bien sur les variables utilisées dans notre modèle de base
(dépenses publiques totales, recettes fiscales, PIB réel, indice des prix à la consommation) que
celles utilisées dans nos modèles alternatifs (dépenses publiques d’investissement, dépenses
publiques de consommation, investissement privé et consommation privée). Toutes ces
variables ont été d’abord transformées en termes réels à l’aide de l’indice des prix à la
consommation avec comme année de référence l’année 2010, et par la suite en logarithme. Au
regard des résultats des différents tests de stationnarité (cf. annexes) énumérés plus haut (séries
intégrées d’ordre un), toutes les séries utilisées ont été différenciées pour les rendre stationnaires
afin d’éviter le risque de régressions fallacieuses. En d’autres termes, nous estimons
initialement un modèle VAR en différence avant de procéder aux différentes restrictions.
.4 Résultats et interprétations
Nous nous proposons dans cette section d’analyser empiriquement les effets des chocs
structurels de politique budgétaire sur l’activité économique dans les différents pays de la
CEMAC. Cette analyse débouchera d’une part sur le calcul des multiplicateurs budgétaires et
d’autre part l’évaluation des différents canaux de transmission de la politique budgétaire dans
cette union monétaire.
.4.1 Les effets d’un choc structurel de dépenses publiques et de recettes fiscales
sur la production dans la CEMAC
Dans cette sous-section, nous présentons les effets des chocs structurels des dépenses
publiques et des recettes fiscales sur la dynamique de la production réelle dans la CEMAC.
Pour cela, nous nous appesantissons dans un premier temps sur les effets des chocs structurels
des dépenses publiques globales et des recettes fiscales, et dans un second temps sur les effets
des chocs structurels des dépenses publiques désagrégées (dépenses publiques de
consommation et d’investissement).
.4.1.1 Effets d’un choc structurel de dépenses publiques globales et de recettes fiscales
sur la production
75
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
choc structurel sur les dépenses publiques globales, la réponse cumulée de la production est
positive dans tous les pays de la zone, traduisant ainsi de manière globale un effet keynésien
des chocs de politique budgétaire sur la croissance économique dans la CEMAC.
.025 .02
.08
.020 .01
.06
.015
.00
.04
.010
.02
-.01
.005
.00 -.02
.000
Accumulated Response of PIB to Shock1 Accumulated Response of PIBR to Shock1 Accumulated Response of PIB to Shock1
using Structural VAR Factors (Guinée E) using Structural VAR Factors (RCA) using Structural VAR Factors (Tchad)
.20 .10 .14
.16 .12
.08
.12 .10
.08 .08
.06
.04 .06
.04
.00 .04
-.04 .02
.02
-.08 .00
24
Les différents chocs structurels présentés tout au long de ce chapitre sont de l’ordre d’un écart type de la variable
impulsée tel que configuré dans le logiciel Eviews 10.
76
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
En ce qui concerne les recettes fiscales, on constate que les effets d’un choc structurel
de ces dernières sur la production dans la CEMAC ne sont pas unanimes pour tous les pays.
Pendant que des effets positifs (non keynésiens) sont observés pour le Cameroun et le Congo,
on observe plutôt un effet négatif (keynésien) pour les autres pays. Ce constat soulève une fois
de plus le problème de l’hétérogénéité des différentes économies de la zone CEMAC.
Toutefois, les effets non keynésiens ainsi obtenus pour le Cameroun et le Congo transiteraient
par les dépenses publiques.
En effet, lorsque nous analysons les fonctions de réponses impulsionnelles des dépenses
publiques aux recettes fiscales dans ces deux pays (cf. annexes 2-7), nous constatons que les
dépenses publiques réagissent positivement et significativement aux chocs structurels de
recettes fiscales. Ainsi donc, la hausse des recettes fiscales dans ces pays entraîne une hausse
des dépenses publiques, qui à son tour par le mécanisme du multiplicateur stimule le niveau
d’activité économique, l’effet expansionniste des dépenses publiques l’emportant sur l’effet
négatif de la hausse des recettes fiscales.
.016
.04 .01
.012
.02 .00
.008
.00 -.01
.004
-.02 -.02
.000
-.03 -.04
-.08
-.04
-.06
-.12 -.05
-.08
-.06
-.16
-.10
-.07
77
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Dans le tableau 2-4 ci-dessous, nous présentons les multiplicateurs des dépenses
publiques globales et des recettes fiscales dans la CEMAC, en d’autres termes la variation en
pourcentage de la production suite respectivement à une augmentation non anticipée des
dépenses publiques globales et des recettes fiscales de 1%.
Tableau 2-4- Les multiplicateurs des dépenses publiques globales (g) et des recettes
fiscales (rf) dans la CEMAC
g rf g rf g rf g rf
Comme l’indique ce tableau, les relances budgétaires discrétionnaires par les dépenses
publiques semblent globalement conformes à la théorie keynésienne dans la CEMAC25, et
25
Dans son étude intitulée « Economic Reactions to Public Finance Consolidation : A Survey of the Literature »,
Briotti (2005) définit quatre grandes classes de multiplicateurs budgétaires suivant leur taille : les « multiplicateurs
keynésiens traditionnels », lorsque leur taille est supérieure à l’unité ; « les multiplicateurs non keynésiens », 78
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
laissent transparaître une forte hétérogénéité. Une augmentation non anticipée des dépenses
publiques de 1% se traduit au bout de 12 trimestres par une augmentation de la production de
0,243% au Cameroun, 0,47% au Congo, 0,067% au Gabon, 0,310% en Guinée Equatoriale,
0,423% en République Centrafricaine, et 0,445% au Tchad. En ce qui concerne les recettes
fiscales, on constate tout d’abord que le multiplicateur d’impact est nul pour tous les pays, ce
qui relève de l’une des hypothèses formulées sur les restrictions faites à notre modèle de base
spécifié plus haut qui suppose que la production ne réagit pas instantanément un choc sur les
recettes fiscales. Si l’on se réfère également au 12e trimestre, on constate qu’une augmentation
non anticipée des impôts de 1% se traduit par une augmentation du PIB de 0,269% au
Cameroun, de 0,158% au Gabon et de 0,611% en RCA. En revanche, cela se traduit par une
diminution du PIB de 0,163% au Gabon, 0,640% au Tchad et de 1,35% en Guinée Equatoriale.
lorsque leur taille est inférieure à zéro ; les « multiplicateurs faiblement keynésiens » lorsque leur taille est
comprise entre 0 et 1 ; et les « multiplicateurs ricardiens », lorsque leur taille est égale à zéro.
26
Ces chiffres proviennent du rapport intérimaire de surveillance multilatérale 2017 et perspectives pour 2018
de la CEMAC publié en mars 2018.
79
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Xt (depcour, depinv, y,) . Tout comme précédemment, une fois le modèle estimé, nous
analysons dans un premier temps les fonctions des réponses impulsionnelles et en déduisons
les multiplicateurs budgétaires dans un second temps.
80
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
.08 .08
.03 .03
.06 .06
.02 .02
.04 .04
.01 .01
.02 .02
.00 .00
.00 .00
-.01 -.01
-.02 -.02
2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20
Accumulated Response of PIB to Shock3 Accumulated Response of PIB to Shock2 Accumulated Response of PIB to Shock3
Accumulated Response of PIB to Shock2 using Structural VAR Factors (Gabon) using Structural VAR Factors (Guinée E) using Structural VAR Factors (Guinée E)
using Structural VAR Factors (Gabon)
.04 .16 .16
.04
.03
.03 .12 .12
.02
.02
.08 .08
.01
.01
.04 .04
.00
.00
-.02 -.02
-.04 -.04
-.03 -.03
-.08 -.08
2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20
.06 .06
.06 .06
.04 .04
.04 .04
.02 .02
.02 .02
.00 .00
2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20
81
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
À partir de ce tableau, on peut clairement observer que pendant les quatre premiers
trimestres, les multiplicateurs de dépenses publiques de consommation sont supérieurs aux
multiplicateurs des dépenses publiques d’investissement au Cameroun, au Congo au Gabon, et
en République Centrafricaine, contrairement à la Guinée Equatoriale et au Tchad. Ces résultats
pour les premiers pays et qui par ailleurs sont contraires aux prédictions keynésiennes,
traduisent ainsi une gestion non efficiente des dépenses publiques d’investissement dans ces
pays, telle que relevée par Batini et al (2014) pour les pays en développement. Dans le cas des
pays de la CEMAC, cela se traduit entre autres par la sous consommation des budgets
d’investissement public, et une mauvaise orientation et un mauvais suivi de ces investissements
tels que révélés à de nombreuses reprises par les bailleurs de fonds internationaux.
82
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
A court et à moyen termes, la même tendance est maintenue pour tous les pays à part au
Congo et Gabon, où non seulement les multiplicateurs des dépenses publiques de
consommation deviennent inférieurs aux multiplicateurs des dépenses publiques
d’investissement, mais aussi négatifs. Ce résultat traduit ainsi l’inefficacité des dépenses
publiques de consommation encore qualifiées de « dépenses non productives » par les
théoriciens de la croissance endogène à moyen terme dans ces deux pays, et matérialise une
fois de plus l’hétérogénéité des différentes économies de la CEMAC qui pourtant forment une
même union monétaire.
En prenant par exemple comme période de référence le 12e trimestre, les différents
multiplicateurs budgétaires ainsi calculés peuvent être résumés dans le graphique 2-4 ci-
dessous :
Graphique 2-4 : Ampleur des multiplicateurs budgétaires dans les différents pays de la
CEMAC
0,8
0,6
0,4
0,2
0
-0,2 Cameroun Congo Gabon Guinée E RCA Tchad
-0,4
-0,6
-0,8
-1
-1,2
-1,4
g depcou depinv rf
L’analyse comparative des multiplicateurs budgétaires ainsi résumés révèle une très
forte divergence autour de leur taille au sein de la zone CEMAC. L’analyse empirique montre
en ce qui concerne les dépenses publiques globales que le Congo présente le plus grand
multiplicateur (0,477) suivi respectivement du Tchad (0,445), de la République Centrafricaine
(0,423), de la Guinée Equatoriale (0,31), du Cameroun (0,243) et du Gabon (0,067). Lorsque
les dépenses publiques sont désagrégées, elle révèle que les effets positifs des chocs de dépenses
publiques globales observés au Cameroun, en Guinée Equatoriale, en République
83
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Pour ce qui est des recettes fiscales, on constate que les multiplicateurs à elles associés
sont positifs pour une moitié des pays de la zone et négatifs pour l’autre moitié. Parmi les pays
appartenant à la première moitié, la République Centrafricaine arrive en tête comme étant celui
ayant le multiplicateur le plus élevé (0,611). Elle est suivie respectivement du Cameroun
(0,269) et du Congo (0,158). Pour ceux appartenant à l’autre moitié, la Guinée Equatoriale fait
figure du pays ayant le multiplicateur le plus élevé en valeur absolue (-1,351). Il est suivi par le
Gabon et le Tchad, dont les multiplicateurs se situent respectivement à -0,163 et -0,64. Ce
résultat peut s’expliquer par la structure du tissu productif de ces différents pays dont les recettes
pour la plupart proviennent en majorité de l’exportation des matières premières et notamment
du pétrole.
Par ailleurs, lorsqu’on s’intéresse uniquement aux multiplicateurs d’impact (cf. tableau
2-6 ci-contre), on se rend compte de façon globale que dans la CEMAC, l’impact de la politique
budgétaire sur la croissance économique est plus important au Congo (avec un multiplicateur
de 0,734), suivi respectivement de la Guinée Equatoriale (avec un multiplicateur de 0,313), du
Cameroun (avec un multiplicateur de 0,239), de la RCA (avec un multiplicateur de 0,196), du
Tchad (avec un multiplicateur de 0,145) et du Gabon (avec un multiplicateur de 0,104). Ces
multiplicateurs sont proches de ceux trouvés par Grdovic Gnip (2014) pour la Crotie (0,33), par
Mancellari (2011) pour l’Albanie (0,36), et par Diop et Diaw (2015) pour le Sénégal (0,58) et
84
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
pour le Burkina Faso (0,80). En ce qui concerne les dépenses publiques désagrégées, tout
comme pour les dépenses publiques globales, le Congo a le multiplicateur de dépenses
publiques de consommation le plus élevé (0,403) suivi cette fois ci de la RCA (0,221) du Gabon
(0,171) du Cameroun (0,110) de la Guinée Equatoriale (0,096) et du Tchad (0,034). Toutefois,
cette tendance est quelque peu renversée lorsqu’il s’agit des dépenses publiques
d’investissement. En effet, les investissements publics paraissent avoir l’impact le plus
important sur la croissance économique en Guinée Equatoriale, suivi respectivement du Congo,
de la RCA, du Tchad, du Cameroun et du Gabon.
.4.2 Les effets des chocs de politique budgétaires sur les composantes de la
demande globale dans la CEMAC
Dans cette sous-section, nous nous intéressons d’une part aux effets des chocs
structurels de politique budgétaire sur la consommation privée et d’autre part à leurs effets sur
l’investissement privé.
.4.2.1 Les effets de chocs structurels de dépenses publiques et de recettes fiscales sur
la consommation privée dans la CEMAC
En vue de mieux appréhender les effets des chocs dynamiques de politique budgétaire
sur la consommation privée dans les différents pays de la CEMAC, nous analysons dans un
premier temps la réponse de cette dernière à un choc structurel sur les dépenses publiques
85
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
globales et les recettes fiscales, et dans un second temps l’incidence des dépenses publiques
désagrégées (dépenses de consommation et d’investissement) sur l’effet observé des dépenses
publiques globales.
.[Link] Réponse de la consommation privée à un choc structurel sur les dépenses publiques
globales et les recettes fiscales
notre vecteur X par la consommation privée (conspriv), soit Xt (g, conspriv, rf ,) . Le
graphique 2-5 ci-dessous illustre les fonctions de réponses impulsionnelles cumulées de la
consommation privée à la suite d’un choc structurel sur les dépenses publiques globales
(shock1) et les recettes fiscales (shock2) dans les différents pays de la CEMAC.
.020 .008
.08 .04
.016
.004
.012 .04 .00
.000
.008
-.004 .00 -.04
.004
-.008
.000
-.04 -.08
-.004 -.012
Accumulated Response of CONSPRIV to Shock4 Accumulated Response of CONSPRIV to Shock1 Accumulated Response of CONSPRIV to Shock4
Accumulated Response of CONSPRIV to Shock1 using Structural VAR Factors (Gabon) using Structural VAR Factors (Guinée E) using Structural VAR Factors (Guinée E)
using Structural VAR Factors (Gabon) .02 .3 .2
.04
.01 .2
.03 .1
.02 .00 .1
.0
.01
-.01 .0
.00 -.1
-.02 -.1
-.01
-.2
-.03 -.2
-.02
.08 .04
.03
.02 .03
.06 .02
.02
.00
.01 .01
.04
.00 .00
-.02
.02
-.01
-.01
-.04 -.02
.00
-.02
-.03
86
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Comme l’indiquent ces fonctions de réponse impulsionnelles, un choc positif sur les
dépenses publiques globales a des effets variés sur la consommation privée dans la CEMAC.
Ces effets sont positifs à court et à moyen termes pour certains pays (Cameroun, Congo et
République Centrafricaine) et négatifs à court terme (mais positifs à moyen terme) pour d’autres
pays (Gabon, Guinée Equatoriale et Tchad). Ainsi donc, les dépenses publiques auraient des
effets keynésiens sur la consommation privée au Cameroun, au Congo et en République
Centrafricaine, des effets non keynésiens à court terme au Gabon, en Guinée Equatoriale et au
Tchad. Théoriquement, ces deniers effets sont expliqués par le comportement ricardien de
certains agents économiques, qui au lieu de consommer, optent plutôt pour l’épargne en vue de
rembourser le fardeau de la dette future.
En ce qui concerne les recettes fiscales, on observe qu’un choc positif sur ces dernières
se traduit à court terme dans cinq des six pays de la CEMAC (excepté au Tchad) par une
diminution de la consommation privée conformément aux prédictions keynésiennes, et à moyen
terme par une augmentation de la consommation privée dans certains pays (Cameroun et
Tchad). Cette augmentation de la consommation privée à moyen terme résulterait d’un
réajustement des anticipations des agents économiques par rapport aux impôts futurs à payer
telle que le relève la théorie des anticipations rationnelles.
Les valeurs des multiplicateurs qui découlent de ces différentes fonctions de réponses
impulsionnelles sont résumées dans le tableau 2-7 ci-dessous :
g rf g rf g rf g rf
87
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
.[Link] Réponse de la consommation privée à un choc structurel sur les dépenses publiques
courantes et les dépenses publiques d’investissement
Pour le Gabon, les effets négatifs observés à court terme semblent être la résultante à la
fois des dépenses publiques de consommation et des dépenses publiques d’investissement, et
les effets positifs observés à moyen terme la résultante des dépenses publiques d’investissement
uniquement. En Guinée Equatoriale en revanche, cela semble être plutôt l’inverse car, la plupart
du temps, les chocs sur les dépenses publiques de consommation ont eu des effets positifs sur
la consommation privée bien que ceux sur les dépenses publiques d’investissement aient parfois
eu des effets négatifs, avec un pic observé au quatrième trimestre. En ce qui concerne le Tchad,
on constate les dépenses publiques de consommation et les dépenses publiques
88
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
d’investissement ont des effets opposés sur la consommation privée, les effets positifs des
premiers et les effets négatifs des seconds tendant à se neutraliser à court et à moyen termes.
.010 .010
.050
.00
.005 .005
.025
-.04
.000 .000 .000
-.08
-.005 -.005 -.025
Accumulated Response of CONSPRIV to Shock2 Accumulated Response of CONSPRIV to Shock3 Accumulated Response of CONSPRIV to Shock3
using Structural VAR Factors (Gabon) using Structural VAR Factors (Gabon) Accumulated Response of D(CONSPRIV) to Shock2 using Structural VAR Factors (Guinée E.)
.02 .04 using Structural VAR Factors (Guinée) .3
.25
.03
.01 .20 .2
.02 .15
.00
.10
.1
.01
-.01
.05
.00
.0
-.02 .00
-.01
-.05
-.1
-.03
-.02
-.10
Accumulated Response of CONSPRIV to Shock2 Accumulated Response of CONSPRIV to Shock3 Accumulated Response of CONSPRIV to Shock2
using Structural VAR Factors (RCA) using Structural VAR Factors (RCA) using Structural VAR Factors(Tchad) Accumulated Response of CONSPRIV to Shock3
.10 .05 .07 using Structural VAR Factors (Tchad)
.03
.04 .06
.08
.02
.05
.03
.06 .01
.04
.02 .00
.04 .03
.01 -.01
.02 .02
-.02
.00
.01
.00 -.03
-.01
.00 -.04
-.02 -.02 -.01 -.05
.4.2.2 Les effets des chocs structurels de dépenses publiques et de recettes fiscales sur
l’investissement privé dans la CEMAC
.[Link] Réponse de l’investissement privé à un choc structurel sur les dépenses publiques
globales et les recettes fiscales
Tout comme précédemment, afin d’analyser les effets des chocs structurels de dépenses
publiques globales et de recettes fiscales sur l’investissement privé, nous apportons une
89
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
modification au vecteur X tel que présenté dans notre modèle de base. Cette fois-ci, nous
.00 -.05
.03
-.1
-.01
-.10
.02
-.02
-.2
.01 -.15
-.03
Accumulated Response of INVPRIV to Shock1 Accumulated Response of INVPRIV to Shock4 Accumulated Response of INVPRIV to Shock1 Accumulated Response of INVPRIV to Shock4
using Structural VAR Factors (RCA) using Structural VAR Factors (RCA) using Structural VAR Factors (Tchad) using Structural VAR Factors (Tchad)
.35 .28 .20 .10
.24 .15
.30 .05
.20
.10
.25 .00
.16
.05
.20 .12 -.05
.00
.15 .08 -.10
-.05
.04
.10 -.15
-.10
.00
.05 -.15 -.20
-.04
90
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
financer leurs dépenses publiques au détriment de l’endettement intérieur, ce qui a peu d’effet
sur les taux d’intérêt domestiques, considérés théoriquement comme l’un des principaux
déterminants de l’investissement privé.
Quant aux chocs positifs sur les recettes fiscales, ils se traduisent conformément à la
théorie keynésienne par une diminution de l’investissement privé au Congo en Guinée
Equatoriale et au Tchad. En revanche, dans les autres pays (Cameroun, Gabon et République
Centrafricaine), ils se traduisent plutôt par une augmentation de l’investissement privé, ce qui
suggère que les investissements publics encouragent plutôt les investissements privés dans ces
derniers. Les différents multiplicateurs budgétaires déduits de ces fonctions de réponse
impulsionnelles sont résumés dans le tableau 2-8 ci-dessous :
g rf g rf g rf g rf
91
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
.[Link] Réponse de l’investissement privé à un choc structurel sur les dépenses publiques de
consommation et les dépenses publiques d’investissement
Afin d’analyser les effets des chocs structurels des dépenses publiques de consommation
et d’investissement sur l’investissement privé dans les différents pays de la CEMAC, nous
remplaçons dans notre modèle de base les dépenses publiques globales par ses différentes
composantes, et la production par l’investissement privé. Dans ce cas, le vecteur des variables
L’analyse des fonctions de réponse impulsionnelles indique qu’à court terme, les effets
positifs des chocs des dépenses publiques globales sur l’investissement privé au Cameroun
émanent à la fois des dépenses publiques de consommation et des dépenses publiques
d’investissement, avec un effet plus important pour ces dernières. En revanche, à moyen terme
les chocs de dépenses publiques d’investissement continuent à avoir des effets positifs et
significatifs sur l’investissement privé tandis que ceux des dépenses publiques de
consommation tendent à avoir des effets négatifs. Au Gabon et en République Centrafricaine,
les effets positifs des chocs de dépenses publiques globales précédemment observés à court et
à moyen termes seraient à la fois le fruit des dépenses publiques de consommation et des
dépenses publiques d’investissement, avec une légère domination de cette dernière catégorie.
Au Congo, l’allure des fonctions de réponse impulsionnelles laisse présager que les
effets positifs des chocs initiaux de dépenses publiques globales observées sur l’investissement
privé à partir du cinquième trimestre serait notamment le fruit des dépenses publiques de
consommation, car les chocs sur les dépenses publiques d’investissement ont des effets négatifs
dans ce pays aussi bien à court terme qu’à moyen terme. En Guinée Equatoriale, les effets
négatifs de chocs de dépenses publiques globales initialement observés résulteraient à la fois
des dépenses publiques de consommation et des dépenses publiques d’investissement tandis
qu’au Tchad, ces effets négatifs sont principalement le fruit des dépenses publiques
92
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
d’investissement, étant donné que les chocs de dépenses publiques de consommation dans ce
pays ont un effet positif sur l’investissement privé bien que de faible ampleur.
Graphique 2-8 : Réponse de l’investissement privé à un choc structurel sur les dépenses
publiques de consommation (Shock2) et les dépenses publiques d’investissement
(shock3)
Accumulated Response of DEPINV to Shock2 Accumulated Response of DEPINV to Shock3 Accumulated Response of INVPRIV to Shock2 Accumulated Response of INVPRIV to Shock3
using Structural VAR Factors (Cameroun) using Structural VAR Factors (Cameroun) using Structural VAR Factors (Congo) using Structural VAR Factors (Congo)
.20 .28 .16 .08
.15 .12
.24 .04
.10
.20 .08 .00
.05
.16 .04 -.04
.00
Accumulated Response of INVPRIV to Shock2 Accumulated Response of INVPRIV to Shock3 Accumulated Response of INVPRIV to Shock2 Accumulated Response of INVPRIV to Shock3
using Structural VAR Factors (Gabon) using Structural VAR Factors (Gabon) using Structural VAR Factors (Guinée E) using Structural VAR Factors (Guinée E)
.06 .06 .15 .10
.04 .04
.05 .00
.03 .03
.00 -.05
.02 .02
-.05 -.10
.01 .01
-.10 -.15
.00 .00
Accumulated Response of INVPRIV) to Shock2 Accumulated Response of INVPRIV to Shock3 Accumulated Response of INVPRIV to Shock2
using Structural VAR Factors (RCA) using Structural VAR Factors (RCA) using Structural VAR Factors (Tchad) Accumulated Response of INVPRIV to Shock3
using Structural VAR Factors (Tchad)
.28 .24 .20
.10
.24 .16
.20
.20 .12 .05
.16 .08
.16
.00
.12 .04
.12
.08 .00 -.05
.04 -.04
.08 -.10
.00 -.08
.4.3 Les effets de chocs de politique budgétaires sur l’inflation dans la CEMAC
Dans cette sous-section, nous examinons les effets des chocs structurels de dépenses
publiques sur le niveau général des prix dans la zone CEMAC. Ces effets sont directement
captés à partir des différents modèles précédents. Le graphique 2-9 ci-suivant présente les
différentes fonctions de réponses impulsionnelles issues de l’analyse de ces effets.
93
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Graphique 2-9 : Réponse du niveau des prix à un choc structurel sur les dépenses
publiques globales (Shock1) et les recettes fiscales (shock4)
Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E. Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E.
Accumulated Response of INFLATION to Shock1 Accumulated Response of INFLATION to Shock4 Accumulated Response of INFLATION to Shock1 Accumulated Response of INFLATION to Shock4
(Cameroun) (Cameroun) Congo Congo
2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20
2 4 6 8 10 12 14 16 18 20
Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E. Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E.
Accumulated Response of INFLATION to Shock1 Accumulated Response of INFLATION to Shock4 Accumulated Response of INFLATION to Shock1 Accumulated Response of INFLATION to Shock4
Gabon Gabon Guinée E Guinée E
-.02 -.02
-.01 -.01
-.03 -.03
-.02 -.02
2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20
Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E. Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E.
Accumulated Response of INFLATION to Shock1 Accumulated Response of INFLATION to Shock4 Accumulated Response of INFLATION to Shock1 Accumulated Response of INFLATION to Shock4
RCA RCA Tchad Tchad
.01 .01
.00 .00
.00 .00
-.02 -.02
-.01 -.01
-.03 -.03
-.06 -.06
2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20
En ce qui concerne les recettes fiscales, leurs effets sur le niveau général des prix sont
mitigés. Pour certains pays (le Cameroun, la République Centrafricaine et le Tchad) un choc
94
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
positif sur les recettes fiscales se traduit par une baisse du niveau général des prix (déflation),
tandis que pour d’autres (Congo, Gabon et Guinée Equatoriale) il a plutôt des effets
inflationnistes.
Graphique 2-10 : Réponse du niveau des prix à un choc structurel sur les dépenses
publiques de consommation (Shock2) et les dépenses publiques d’investissement
(shock3)
Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E. Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E.
Accumulated Response of INFLATION to Shock2 Accumulated Response of INFLATION to Shock3 Accumulated Response of INFLATION to Shock2 Accumulated Response of INFLATION to Shock3
Cameroun Cameroun Congo Congo
.04 .04
.00 .00
.02 .02
-.01 -.01
.00 .00
-.02 -.02
-.02 -.02
-.03 -.03
-.04 -.04
-.04 -.04
2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20
Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E. Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E.
Accumulated Response of INFLATION to Shock2 Accumulated Response of INFLATION to Shock3 Accumulated Response of INFLATION to Shock2 Accumulated Response of INFLATION to Shock3
Gabon Gabon Guinée E Guinée E
.00 .00
.00 .00
-.01 -.01
-.01 -.01
-.02 -.02
-.02 -.02
-.03 -.03
2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20
.00 .00
.00 .00
-.02 -.02
-.02 -.02
-.04 -.04
-.04 -.04
-.06 -.06
2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20
Conclusion du chapitre
95
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
participer à ce débat en analysant les effets des chocs de politique budgétaire sur l’activité
économique dans un petit groupe de pays en développement formant une union monétaire, et
par la même occasion estimer la taille des multiplicateurs budgétaires.
Dans un second temps, nous avons désagrégé ces dépenses publiques en dépenses
publiques de consommation (courantes) et en dépenses publiques d’investissement afin de
mieux cerner leurs effets. L’analyse empirique a révélé que chacune de ces deux catégories de
dépenses a au cours des vingt trimestres suivant le choc, eu des effets positifs sur la production,
bien que quelques effets négatifs aient été observés momentanément au Gabon pour toutes les
deux, et au Congo uniquement pour les dépenses publiques de consommation. Les chocs des
recettes fiscales ont quant à eux eu des effets mitigés sur la production, allant des effets positifs
pour certains pays (Cameroun et Congo) aux effets négatifs pour d’autres (Gabon, Guinée
Equatoriale, République Centrafricaine, et Tchad), confortant ainsi la forte hétérogénéité qui
existe entre les différentes économies de la CEMAC.
Un autre aspect du travail effectué dans le cadre de ce chapitre a consisté à analyser les
effets des chocs de politique budgétaire sur les principales composantes de la demande globale
à savoir la consommation et l’investissement privés, et sur l’inflation. De cette analyse, il en est
découlé fort de l’hétérogénéité des différents pays qu’un choc positif sur les dépenses publiques
a des effets keynésiens sur la consommation privée dans certains pays (Cameroun, Congo et
République Centrafricaine) et des effets négatifs dans d’autres (Gabon, Guinée Equatoriale et
Tchad), reflétant ainsi un comportement ricardien des agents économiques dans ce dernier
groupe de pays. Dans la même lancée l’analyse des effets des chocs de dépenses publiques sur
l’investissement privé a fait état de l’existence d’un effet d’éviction dans quelques pays en
96
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
l’occurrence le Congo, la Guinée Equatoriale et le Tchad, contrairement aux autres pays. Par
ailleurs, un choc positif sur les dépenses publiques globales s’est traduit par une baisse du
niveau général des prix dans tous les pays sans exception.
En ce qui concerne les recettes fiscales, l’analyse empirique a révélé qu’un choc positif
sur ces dernières se traduit à court terme par une diminution de la consommation privée dans la
quasi-totalité des pays de la CEMAC (excepté au Tchad). Par ailleurs, il se traduit par une
diminution de l’investissement privé dans une moitié de pays (Congo, Guinée Equatoriale et
Tchad) et son augmentation dans l’autre moitié (Cameroun, Gabon et République
Centrafricaine), ses effets sur l’inflation étant mitigés pour les différents les pays, de la zone,
allant d’effets négatifs pour certains (Cameroun, République Centrafricaine et Tchad) aux effets
positifs pour d’autres (Congo, Gabon et Guinée Equatoriale).
27
Op. Cit. Bikai et al (2017).
97
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
ANNEXES DU CHAPITRE 2
Cas du Cameroun
CONSPRIV DEPCOUR DEPGLO
29 5.00 29.0
28 4.75 28.5
27 4.50 28.0
26 4.25 27.5
25 4.00 27.0
24 3.75 26.5
23 3.50 26.0
1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015
PIBR RECETT
29.6 27.6
27.2
29.2
26.8
28.8
26.4
28.4
26.0
28.0 25.6
1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015
Cas du Congo
CONSPRIV DEPCOUR DEPGLO
29 5.00 29.0
28 4.75 28.5
27 4.50 28.0
26 4.25 27.5
25 4.00 27.0
24 3.75 26.5
23 3.50 26.0
1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015
PIBR RECETT
29.6 27.6
27.2
29.2
26.8
28.8
26.4
28.4
26.0
28.0 25.6
1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015
98
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Cas du Gabon
CONSPRIV DEPCOUR DEPGLO
28.0 28.4
28.8
27.6 28.0
28.4
27.2 27.6
28.0
26.8 27.2
27.5 27.6
4.6
27.0 27.4
4.4
26.5 27.2
4.2
26.0 27.0
4.0
25.5 26.8
PIBR RECETT
30.0 28.0
29.6 27.6
29.2 27.2
28.8 26.8
28.4 26.4
28.0 26.0
1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015
29 28 29
27 28
28
26 27
27
25 26
26
24 25
25 23 24
1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015
29 5.2 29
28 28
4.8
27 27
26 4.4 26
25 4.0 25
24 24
3.6
23 23
22 3.2 22
1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015
PIBR RECETT
31 27
30
26
29
28 25
27
24
26
25 23
1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015
99
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Cas de la RCA
CONSPRIV DEPCOUR DEPGLO
27.8 26.0
25.4
27.6 25.8
25.2
27.4 25.6
25.0
27.2 25.4
24.8
27.0 25.2
25.0
25.0 5.2
24.5
24.5 4.8
24.0
24.0 4.4
23.5
23.5 4.0
23.0
PIBR RECETT
27.8 25.6
27.6
25.2
27.4
24.8
27.2
24.4
27.0
26.8 24.0
1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015
Cas du Tchad
27.0 28.0
29.0
26.5 27.5
28.5
26.0 27.0
28.0
25.5 26.5
27.5
25.0 26.0
27.5 4.8 29
27.0 4.6
28
26.5 4.4
27
26.0 4.2
26
25.5 4.0
25
25.0 3.8
24.5 3.6 24
1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015
PIBR RECETT
29.5 27.5
27.0
29.0
26.5
28.5
26.0
28.0
25.5
27.5
25.0
27.0 24.5
1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015
100
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
101
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV 1,200169 0,463000 0,443279 0,463000 I (1)
Cas du Congo
En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV -1,633439 -2,887665 -2,897359 -2,887665 I (1)
102
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
103
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Cas du Gabon
En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV 1,083095 -2,888669 -2,408472 -2,889753 I ()
En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV 0,131402 -2,886509 -3,827934 -2,886732 I (1)
104
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV 1,173982 0,463000 0,114295 0,463000 I (1)
En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV -2,558150 -2,886509 -10,72383 -2,886732 I (1)
105
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV -2,445786 -2,886509 -12,27295 -2,886732 I (1)
En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV 0,991922 0,463000 0,203044 0,463000 I (1)
106
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Cas de la RCA
En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV -2,301033 -2,886732 -3,530594 -2,887665 I (1)
En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV -2,032105 -3,449020 -4,184091 -3,449365 I (1)
107
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV 0,698263 0,463000 0,143111 0,463000 I (1)
Cas du Tchad
En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV 0,121273 -2,888669 -3,575581 -2,888669 I (1)
108
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV -0,337350 -2,886509 -3,935674 -2,886732 I (1)
En niveau En différence
Conclusion
Variables Valeur Valeur Sur l’ordre
d’intégration
Empirique Théorique au Empirique Théorique au
seuil de 5% seuil de 5%
CONSPRIV 1,234962 0,463000 0,072425 0,463000 I (1)
109
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Cas du Cameroun
110
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Cas du Congo
111
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Cas du Gabon
112
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
113
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Cas de la RCA
114
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Cas du Tchad
115
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Cas du Congo
Cas du Gabon
116
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Cas de la RCA
Cas du Tchad
117
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Annexes 2-5 : Test de stabilité du modèle de base estimé pour les différents
pays
Inverse Roots of AR Characteristic Polynomial (Cameroun) Inverse Roots of AR Characteristic Polynomial (Congo) Inverse Roots of AR Characteristic Polynomial (Gabon)
1.5 1.5 1.5
Inverse Roots of AR Characteristic Polynomial (Guinée E.) Inverse Roots of AR Characteristic Polynomial (RCA) Inverse Roots of AR Characteristic Polynomial (Tchad)
1.5 1.5 1.5
.02
.06 .04
.01
.04 .02
.00
-.02
.00 -.02
-.03
-.02 -.04
-.08
-.04
-.08
-.12
-.06
-.16 -.12
-.08
118
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E. Accumulated Response to Structural VAR Innovations ± 2 S.E.
Accumulated Response of DEPGLO to Shock5 (Gabon) Accumulated Response of RECETT to Shock5 (Gabon) Accumulated Response of DEPGLO to Shock5 (GUinée E.) Accumulated Response of RECETT to Shock5 (Guinée E.)
.02
.06
.20 .12
.01
.04
.15
.08
.00
.02
.10
Accumulated Response of DEPGLO to Shock5 (RCA) Accumulated Response of RECETT to Shock5 (RCA) .16
.08
.04
.12
.08 .04
.02
.08
.04 .00
.00
.04
.00
-.02 -.04
.00
-.04
2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20
119
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Introduction
A la veille de la crise économique et financière de 2007-2008, la situation des finances
publiques dans de nombreux pays à travers le monde s’est vue fortement dégradée. Cette
dégradation s’est matérialisée dans certains pays par d’énormes déficits publics et de niveaux
élevés de dette publique, entrainant la mise sur pied de nombreux plans de consolidations
budgétaires. Cela a dans la littérature empirique relancé le débat sur les effets
macroéconomiques de ces dernières car jusque-là, même si une grande majorité d’économistes
semblait s’accorder sur les bienfaits à long terme des réductions du déficit primaire, de
nombreuses divergences existent quant-à leurs effets macroéconomiques à court terme aussi
bien sur le plan théorique que sur le plan empirique.
Cependant, bien que très peu abondantes, les études empiriques ayant jusqu’ici analysé
les effets macroéconomiques des consolidations budgétaires se sont limitées pour l’essentiel
aux pays développés et notamment ceux de l’Organisation pour la Coopération et le
Développement Economique (OCDE), négligeant ainsi sur le passage les pays en
développement, qui pourtant n’ont pas été épargnés des effets néfastes de la crise. Cela s’est
matérialisé au lendemain de la crise par la mise sur pied de nombreuses mesures de
consolidations budgétaires aussi bien dans les pays développés que ceux en développement.
En ce qui concerne spécifiquement les pays de CEMAC, ils connaissent depuis quelques
années de nombreux problèmes relevant de la dégradation de l’état de leurs finances publiques.
En effet, à la suite des baisses répétitives du cours des matières premières et notamment du
pétrole28 sur le marché international ces dernières années, la situation budgétaire de ces pays
tout comme celle de nombreux pays exportateurs de pétrole s’est vue fortement dégradée. Selon
le Rapport annuel de la Banque de France sur les pays de la Zone Franc pour l’année 2015, les
pays de la CEMAC ont enregistré un déficit budgétaire base engagements, hors dons de 3,5%
du PIB en 2015, contre 1,8 % en 2014, violant ainsi l’un des critères de convergence mis sur
pied dans le cadre la convergence multilatérale. En ce qui concerne les autres indicateurs, selon
28
La CEMAC compte cinq pays producteurs de pétrole (Cameroun, Gabon, Congo, Tchad et Guinée Equatoriale)
sur ses six États membres (avec la Centrafrique).
120
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
la même source, suite à la baisse des recettes d’origine pétrolières (-41,3%), les recettes
budgétaires ainsi que les dépenses publiques ont diminué respectivement de 21,5% et de 14,9%
par rapport à 2014, le déficit courant quant-à lui s’étant situé à 12,5% du PIB contre 4,1% un
an plus tôt.
Face à tous ces facteurs, le rythme de la croissance économique a nettement reculé dans
la zone CEMAC, avec un taux de croissance économique moyen qui est passé 6% en 2012 à
2,3% en 2015, alors qu’il était prévu de 4,2%, par la Banque des Etats de l’Afrique Centrale
(BEAC) pour la même année. Dans un tel contexte, les différents pays de la CEMAC se sont
vus contraints de procéder à des consolidations budgétaires. Ces consolidations budgétaires se
sont principalement orientées vers les dépenses publiques d’investissement, avec un recul de
29,7% de cette catégorie de dépenses dans les pays producteurs de pétrole de la Zone entre 2014
et 2015 (Banque de France, 2015).
A titre d’exemple, pour ce qui est de l’année 2015, le Tchad après l’atteinte du point
d’achèvement de l’initiative Pays Pauvres Très Endettés (PPTE) en avril 2015, à travers une
Loi de Finances rectificative a procédé à une réduction de son enveloppe budgétaire de l’ordre
de 194 milliards de FCFA. Le Gabon et le Congo ont eux aussi procédé à des consolidations
similaires. La Guinée Equatoriale a quant-à elle réduit de près de 1335 milliards de FCFA le
montant initialement arrêté de ses investissements publics, soit une baisse de 57 % par rapport
2014. Seule la République Centrafricaine a pendant cette période vu ses dépenses en capital
augmenter du fait de sa reconstruction du pays au lendemain de la guerre civile.
Depuis lors, les consolidations budgétaires n’ont cessé de s’accentuer dans la CEMAC.
De nos jours, elles s’inscrivent dans le cadre des Programmes d’Ajustements Structurels (PAS)
institués une fois de plus par les bailleurs de fonds internationaux (notamment la Banque
Mondiale et le FMI) comme ce fut le cas vers la fin des années 80. Dès lors, on peut être amené
à s’interroger sur les conséquences macroéconomiques de telles mesures. Dans la littérature
empirique, ces conséquences macroéconomiques sont évaluées de deux principales façons :
selon qu’elles aient réussi à réduire de manière significative les déficits et le ratio dette
publique/PIB ; et/ ou selon qu’elles aient été accompagnées par une réduction de la croissance
économique ou non (Alesina et Ardagna, 2010).
121
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
avoir des effets « expansionnistes » (effets non keynésiens29) sur l’activité économique
(Giavazzi et Pagano, 1990 ; Alesina et Ardagna ,1998 et 2010 ; Afonso, 2010), mais aussi
qu’elles peuvent entraîner une contraction de l’activité économique à travers des effets
« récessionnistes » encore qualifiés d’effets keynésiens (Guajardo et al, 2014 ; Alesina et al
2015 ; Yang et al 2015). Par ailleurs, la littérature révèle également que, outre certains facteurs
d’ordres économiques, politiques et institutionnels (Kumar et al, 2007), les effets des
consolidations budgétaires sur l’activité économique dépendraient entre autres de leur
composition30. A cet effet, de nombreux travaux tendent à démontrer que les consolidations
budgétaires axées sur la réduction des dépenses publiques sont moins susceptibles d’être
récessionnistes que celles axées sur l’augmentation des impôts (Alesina et Perotti, 1996 ;
Afonso, 2010 ; Alesina et Ardagna, 2012 ; Alesina et al 2012 ; Yang et al 2015).
Sur la base ce qui précède, ce chapitre se fixe pour objectif principal d’analyser les effets
des consolidations budgétaires sur l’activité économique dans la zone CEMAC en prenant
également en compte leur composition. De manière spécifique, il s’agira après avoir identifié
empiriquement les différents épisodes de consolidations budgétaires, d’une part d’analyser les
facteurs susceptibles de les expliquer, et d’autre part d’étudier leurs effets globaux et leurs effets
de composition sur la croissance économique, la consommation privée et l’investissement
privé.
29
Ils sont qualifiés ainsi parce qu’ils vont à l’encontre de la théorie keynésienne qui prédit des effets
macroéconomiques négatifs à court terme de toute politique budgétaire restrictive.
30
Dans la littérature, la composition des consolidations budgétaires renvoie à la désagrégation des consolidations
budgétaires en consolidations budgétaires axées sur la réduction des dépenses publiques et en consolidations
budgétaires axées sur l’augmentation des impôts. 122
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Dans une optique keynésienne, les consolidations budgétaires résultant aussi bien d’une
augmentation d’impôts que d’une réduction des dépenses publiques s’accompagnent d’une
contraction de la demande globale. Via le mécanisme du multiplicateur, il s’en suivra une baisse
de la production qui va à son tour entrainer une diminution des recettes fiscales. En conséquence
l’ajustement budgétaire en plus d’engendrer des effets récessionnistes sur l’activité économique
n’aura eu aucun effet sur la dynamique de la dette publique, d’où la recommandation d’utiliser
les déficits budgétaires pour relancer l’activité économique.
123
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
sur l’activité économique aussi bien à court terme qu’à long terme. Théoriquement, ces effets
expansionnistes sont appréhendés aussi bien du côté de la demande que du côté de l’offre
(Alesina et Perotti, 1997), et dépendent parfois de la composition des consolidations
budgétaires.
124
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
linéaire entre les dépenses publiques et la consommation privée, confortant ainsi la position de
Giavazzi et Pagano (1990). Ces chercheurs soutiennent que les effets macroéconomiques des
ajustements budgétaires dépendent de l’ampleur de ces derniers, car pouvant aller d’effets
expansionnistes pour des consolidations budgétaires de grande ampleur aux effets
récessionnistes pour les consolidations de petite ampleur, en raison de la prise en compte de
l’ampleur de l’ajustement dans la formation des anticipations par les consommateurs.
Alesina et Perotti (1997) soulignent que l’effet de richesse peut aussi résulter de la baisse
des taux d’intérêt que peut entrainer un ajustement budgétaire, car des taux d’intérêt plus bas
occasionnent une augmentation de la valeur marchande de la richesse privée via l’appréciation
du cours des titres (actions et obligations).
Un autre moyen par lequel les consolidations budgétaires peuvent avoir des effets
expansionnistes sur l’activité économique est l’effet de crédibilité qu’elles engendrent sur les
taux d’intérêt via la réduction des primes de risque (risque d’inflation et risque de défaut ou de
consolidation). En effet, la réduction des primes de risque par la baisse des taux d’intérêt
occasionne une augmentation de la consommation et de l’investissement privés, et donc une
augmentation du revenu national. Par ailleurs, compte tenu du fait que les économistes
néoclassiques mettent en exergue l’inefficacité des politiques de relance budgétaire à travers
125
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
les effets d’éviction qu’elles engendrent sur l’investissement privé, la baisse des taux d’intérêt
résultant d’une diminution des dépenses publiques entraine toutes choses étant égales par
ailleurs une augmentation de l’investissement privé, et donc de la production.
.1.2.2 Les effets non keynésiens des consolidations budgétaires appréhendés du côté
de l’offre
Du côté de l’offre, les effets expansionnistes des consolidations budgétaires passent par
l’intermédiaire du marché du travail via l’offre de travail et la structure du marché du travail
(Alesina et Perotti, 1996 ; Alesina et al, 2002 ; Alesina et Ardagna, 1998 et 2012).
Les effets expansionnistes des consolidations budgétaires via l’offre de travail reposent
sur les effets de richesse qu’engendrent la réduction des dépenses publiques et/ou
l’augmentation des impôts sur la consommation privée. Comme le soulignent Alesina et Perotti
(1996), les mêmes effets de richesse enregistrés du côté de la demande peuvent entrainer une
baisse considérable de la main d’œuvre car, un individu plus riche aura tendance à accroître sa
consommation et à réduire son temps de travail31. En outre, Alesina et Perotti (1996) soulignent
qu’en plus de l’effet de richesse, les effets macroéconomiques des consolidations budgétaires
reposent sur l’effet de substitution qu’elles ont sur l’offre de travail car, une augmentation
31
Ce raisonnement est effectué dans le cadre d’un modèle néoclassique où la consommation et les loisirs sont
considérés comme des biens normaux et où les travailleurs sont supposés partager leur temps entre le travail et les
loisirs.
126
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
d’impôts par exemple a des effets négatifs immédiats sur le profit des entreprises et donc sur
les investissements privés (Baxter et King, 1993). Par ailleurs, l’augmentation de
l’investissement privé résultant de la baisse des taux d’intérêt suite à la consolidation budgétaire
se traduit à long terme par une augmentation du stock de capital et une augmentation de la
production.
Un autre canal à partir duquel on peut appréhender les effets macroéconomiques des
consolidations budgétaires est la structure du marché du travail. Toutefois ces effets restent
ambigus et dépendent de la composition de l’ajustement budgétaire. En présence des syndicats
sur le marché, une augmentation de l’impôt sur le revenu par exemple pousse les syndicats à
négocier des augmentations des salaires afin de compenser la perte de revenu enregistrée suite
aux distorsions fiscales. Ce qui réduit le bénéfice et les investissements des entreprises privées.
Par ailleurs, lorsque le gouvernement procède à une baisse de ses dépenses publiques en
licenciant dans le secteur public par exemple, la demande globale de travail baisse entrainant
une réduction du coût unitaire du travail, ce qui améliore la rentabilité des entreprises et par là
même booste les investissements privés (Lane et Perotti, 1996). En revanche, ces effets peuvent
être différents pour une réduction des autres catégories de dépenses publiques de consommation
car, le secteur privé et le secteur public ont la même propension à dépenser en matière de
dépenses de consommation non salariales (Alesina et Perotti, 1996). En outre, Alesina et Perotti
(1995) montrent que les effets macroéconomiques des consolidations budgétaires sont faibles
dans les pays où le marché du travail a des syndicats décentralisés (Etats unis et Canada par
exemple), et relativement faibles dans ceux où les syndicats sont fortement centralisés.
127
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
consolidations budgétaires, et les autres poussant un peu plus loin les analyses en se penchant
sur les facteurs susceptibles de déterminer « l’échec » ou la « réussite » de ces consolidations
budgétaires.
Suivant que ces approches aient été utilisées de façon individuelle ou de façon combinée
(souvent à titre comparatif), les différents résultats obtenus dans la littérature quant-aux effets
macroéconomiques des consolidations budgétaires restent divergents. Alesina et Perotti (1996)
analysent les effets macroéconomiques des ajustements budgétaires dans les pays de l’OCDE.
De leur étude, il en ressort que les consolidations budgétaires axées sur la réduction de certaines
catégories de dépenses publiques (masse salariale et dépenses de transfert) sont susceptibles
d’avoir des effets expansionnistes alors que celles axées sur l’augmentation des impôts et la
réduction des dépenses publiques d’investissement entrainent une contraction de l’activité
économique.
Deux ans plus tard, Alesina et Ardagna (1998) s’intéressant toujours aux pays de
l’OCDE, trouvent que les consolidations budgétaires ont eu des effets non keynésiens sur
l’activité économique sur la période considérée (début des années 60 jusqu’en 1998). A partir
de là ils fournissent diverses interprétations par rapport à ce résultat, allant à la fois du côté de
l’offre et du côté de la demande. Du côté de la demande, ils montrent que les ajustements
budgétaires permanents augmentent la demande globale via les effets de richesse et les effets
de crédibilité. Du côté de l'offre, ils soulignent que les ajustements budgétaires fondés sur les
hausses d'impôts sont de courte durée et de ce fait devraient inclure des réductions de l'emploi
128
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
public, des transferts et de la masse salariale pour être durables. Selon eux, ces mesures rendent
le marché du travail plus efficace et augmente l’offre, mais à condition qu’elles soient soutenues
par les syndicats.
Dans le cas des Etats Unis, Burger et Zagler (2008) montrent que les taux de croissance
élevés enregistrés pendant les années 90 étaient également dus aux consolidations budgétaires
qui ont eu lieu pendant cette période. Plus précisément, ils démontrent qu’une augmentation
des recettes fiscales réduit le biais de distorsion des impôts futurs et entraine par conséquent
une augmentation de la consommation et de la confiance des consommateurs. Du côté de
l’offre, ils montrent qu’une réduction des dépenses en transferts réduit les pressions sur le
marché du travail et génère des liquidités sur les marchés financiers, ce qui incite davantage à
investir.
Alesina et Ardagna (2012) examinent les effets des consolidations budgétaires sur
l’activité économique et la dynamique de la dette publique dans les pays de l’OCDE sur la
période 1970- 2007. En prenant en compte leur composition, ils montrent que les réductions de
dépenses publiques sont plus susceptibles de réduire les déficits et le ratio dette publique/PIB
que les augmentations d’impôts. En outre, ils soulignent que les ajustements budgétaires fondés
sur les réductions des dépenses publiques sont moins susceptibles d’être récessionnistes que
ceux fondés des augmentations d’impôts, résultats qui corroborent en partie ceux d’Alesina et
Perotti (1996).
Dans le même sillage, dans leur étude visant à trouver la combinaison la plus efficace
entre les différentes composantes des consolidations budgétaires (réduction des dépenses
publiques et augmentation des impôts) pouvant réduire de manière permanente le ratio dette
publique/PIB dans 21 pays de l’OCDE, Alesina et al (2012) aboutissent à trois principaux
résultats : Tout d’abord, ils montrent que les consolidations budgétaires axées sur les dépenses
publiques sont moins susceptibles d’être inversées et conduisent à une réduction plus
permanente du ratio dette publique/PIB ; Ensuite, ils soutiennent que les consolidations
budgétaires axées sur l’augmentation des dépenses publiques entrainent des récessions moins
importantes que celles axées sur l’augmentation d’impôts ; Enfin, ils soulignent que les
consolidations budgétaires axées sur les dépenses publiques deviennent expansionnistes dès
lors qu’elles sont accompagnées des politiques axées sur la croissance comme la libéralisation
du marché du travail et du marché des biens et services. Dans une autre étude, Alesina et al
(2014) étudient les effets macroéconomiques des consolidations budgétaires dans les pays de
129
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
l’OCDE et parviennent aux résultats selon lesquels les consolidations budgétaires axées sur les
réductions des dépenses publiques sont moins coûteuses en termes de ralentissement de
l’activité économique que celles axées sur des hausses d’impôts.
Sous un tout autre angle, Yang et al (2015) se servent à la fois de l’approche quantitative
et de l’approche qualitative pour examiner les effets des consolidations budgétaires sur l’activité
économique à court terme dans 20 pays de l’OCDE sur la période 1970-2010 et par là même
comparent ces différentes approches. De leurs travaux, il ressort que les ajustements budgétaires
ont des effets récessionnistes sur l’activité économique à court terme et que ceux consistant à
réduire les dépenses publiques engendrent des pertes de production moins élevées que ceux
consistant à augmenter les impôts. Par ailleurs, ces résultats sont valables pour les deux
approches utilisées, allant ainsi à l’encontre de certaines études qui font prévaloir que
l’approche quantitative aurait tendance à rendre les ajustements budgétaires expansionnistes
contrairement à l’approche narrative.
Suivant cette dernière approche, de nombreux chercheurs ont analysé les effets
macroéconomiques des consolidations budgétaires. Romer et Romer (2007) s’en servent pour
étudier l’impact des modifications fiscales sur l’activité économique aux Etats Unis. De leur
étude, il ressort que les augmentations d’impôts ont des effets très récessionnistes sur l’activité
économique. Plus précisément, après avoir distingué les modifications fiscales discrétionnaires
de celles prévues par la loi, ils montrent qu’une augmentation d’impôts de 1% du PIB engendre
une baisse de la production nationale d’environ 3% dans les trois années à venir. En outre, ils
soulignent que ces effets sont plus faibles pour les changements fiscaux non discrétionnaires.
Dans la même lancée, Guajardo et al (2014) étudient les effets des consolidations
budgétaires sur l’activité économique dans les pays de l’OCDE. Suivant une approche
qualitative, ils trouvent que les consolidations budgétaires ont des effets keynésiens sur la
consommation privée, l’investissement privé et le PIB. Par ailleurs, en faisant une extension à
l’approche quantitative, ils trouvent que, contrairement à leurs résultats précédents, les
consolidations budgétaires ont eu des effets expansionnistes sur l’activité économique. Leurs
résultats corroborent ainsi ceux du FMI (2010), de Devries (2011) et d’Afonso et Jalles (2011)
qui, quelques années plutôt, en comparant les résultats obtenus suivant différentes approches
consolidations budgétaires expansionnistes contrairement à l’approche narrative.
130
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Toutefois, bien que les deux approches puissent fournir des épisodes de consolidations
budgétaires différents pour certains pays (Kleis et Moessinger, 2016), elles aboutissent à des
conclusions presque semblables en ce qui concerne leur ampleur dans un grand nombre de cas
(Guajardo et al. 2014). Aussi, comme le soulignent Yang et al (2015), l’approche quantitative
présente l’avantage qu’elle est assez facile à appliquer et qu’elle peut être améliorée de façon à
fournir des résultats aussi robustes que l’approche narrative.
Ces résultats contradictoires montrent bien que le débat est encore loin d’être clos en ce
qui concerne les effets macroéconomiques des consolidations budgétaires. Pendant que
certaines études font valoir qu’elles ont des effets expansionnistes sur l’activité économique,
d’autres prouvent plutôt le contraire et parfois même pour un même échantillon de pays. En vue
de mieux appréhender ces divergences, certaines études empiriques se penchent sur les facteurs
susceptibles de les expliquer.
Dans leur étude visant à analyser les déterminants de la réussite des consolidations
budgétaires dans un échantillon de pays de l’OCDE, McDermott et Wescott (1996) montrent
que la réussite32 d’une consolidation budgétaire dépend à la fois de sa taille, de sa composition
et de la nature du cycle économique. Plus précisément, ils montrent que les consolidations
budgétaires axées sur la réduction des dépenses publiques sont plus susceptibles de réussir que
celles axées sur l’augmentation d’impôts, et que les chances de réussite augmenteraient avec
l’ampleur de l’ajustement budgétaire. En outre, ils soulignent que les consolidations budgétaires
sont plus susceptibles d’échouer lorsque l’économie se trouve en phase de récession. Dans la
même lancée, Giudice et al. (2007) montrent que les consolidations budgétaires axées sur la
réduction des dépenses publiques sont plus susceptibles d’être expansionnistes que celles axées
sur les augmentations d’impôts. Par ailleurs, ils soulignent que pendant les périodes de
32
Cette réussite est jugée par la capacité de l’ajustement budgétaire à réduire de façon permanente la dette publique
au bout d’une certaine période de temps.
131
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
récession, la probabilité d’avoir des consolidations budgétaires expansionnistes est plus élevée
que pendant les périodes de recession.
Sous un tout autre angle, Ardagna (2004) analyse les déterminants et les canaux à travers
lesquels les consolidations budgétaires agissent sur la dynamique de la dette publique et la
croissance économique dans un échantillon de pays de pays de l’OCDE. Il montre que la
capacité des consolidations budgétaires à réduire de manière significative le ratio dette
publique/PIB dépend plus de leur taille que de leur composition. En outre, il montre que
contrairement aux politiques monétaires expansionnistes et à la dévaluation du taux de change,
le taux de croissance économique joue un rôle important sur la réussite des ajustements
budgétaires car, les ajustements budgétaires expansionnistes dépendraient en grande partie des
taux de croissance élevés. Par ailleurs, il souligne que les effets de composition des ajustements
budgétaires fonctionnent principalement par l’intermédiaire du marché du travail plutôt que par
les anticipations que font les agents économiques sur la conduite des politiques budgétaires
futures.
132
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
soulignent que plus l'ampleur de l'ajustement budgétaire est importante, plus il est probable qu'il
réussisse à réduire le ratio dette publique/PIB.
D’un autre côté, Afonso (2010) étudie les ajustements budgétaires expansionnistes dans
quinze pays d’Europe sur la période 1970-2005. De son étude, il en ressort que les ajustements
budgétaires ont tendance à avoir des effets expansionnistes à long terme et des effets non
significatifs à court terme et ce uniquement pour certaines catégories de dépenses publiques
(dépenses de consommation finales des administrations publiques et transferts sociaux). Dans
la même logique, Afonso et Jalles (2011) mesurent la réussite des ajustements budgétaires
suivant des définitions alternatives et parviennent à la conclusion qu’outre l’utilisation du
SPCVC, la durée des consolidations budgétaires contribue à leur réussite.
Dans le cadre de cette étude, nous utilisons les données annuelles sur la période 1987-
2016 pour les six pays membres de la CEMAC à savoir le Cameroun, le Congo, le Gabon, la
Guinée Equatoriale, le Tchad et la République Centrafricaine. Ces données proviennent de deux
principales sources, à savoir la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC) et de la base de
données World Development Indicators (WDI) de la Banque Mondiale.
133
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
2012 ; Afonso, 2010 ; Yang et al, 2015, pour ne citer que ceux-là), la correction cyclique lors
du calcul du SPCVC est faite suivant la méthodologie proposée par Blanchard (1993). Il s’agit
d’une méthode plus « simple » et plus « transparente » que celles « compliquées » proposées
par certaines institutions comme l’OCDE (Alesina et Ardagana, 2010). Elle consiste tout
d’abord à régresser les recettes (Rt) et les dépenses primaires (Gt) sur une tendance temporelle
(trend) et le taux de chômage33 (Ut) afin d’éliminer des effets relevant des fluctuations de
l’activité économique tels que l’inflation ou les variations des taux d’intérêt réels.
En ce qui concerne la correction cyclique des dépenses primaires par exemple, cela peut
se présenter formellement comme suit :
Ut 1 :
Gt (Ut 1) ˆ0 ˆ1Trend ˆ2Ut 1 (2)
Ainsi, la variation des dépenses primaires corrigées des variations cycliques est donnée
par Gt (Ut 1) Gt 1 .La même procédure est suivie pour calculer la variation des recettes fiscales
corrigées des variations cycliques Rt (Ut 1 ) Rt 1 afin d’en déduire la variation du solde
primaire corrigé des variations cycliques donnée par :
SPCVC Rt Rt 1 Gt* Gt 1 (3)
Suivant cette approche, nous avons calculé la variation du SPCVC pour les différents
pays de la CEMAC. Le graphique 3-1 ci-dessous présente leur évolution.
33
Dans le cadre de cette étude, la correction cyclique est faite en remplaçant le taux de chômage par l’output gap
comme c’est le cas dans de nombreuses études empiriques. Ce choix se justifie principalement par une absence de
séries longues sur le taux de chômage dans les pays de la CEMAC.
134
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
30
variation du solde primaire corrigé des variations
20
cycliques en % du PIB
10
0
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
-10
-20
-30
A partir de cette variation, nous pouvons dès lors définir les différents épisodes de
consolidations budgétaires dans la CEMAC.
135
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Tableau 3-1- Définitions des épisodes d’ajustements budgétaires selon quelques études
sélectionnées dans la littérature.
Giavazzi et al. (2000) La variation du SPCV est d'au moins un point et demi de
Kamps (2006) pourcentage du PIB par an sur deux années consécutives.
Afonso (2010) La variation du SPCVC est d'au moins une fois et demie l'écart-
type (dans le panel) en un an, ou lorsqu’elle est d’au moins un
écart type en moyenne au cours des deux dernières années
Alesina et Ardagna (2012) Les variations cumulatives du SPCVC sont d’aux moins deux
points de pourcentage du PIB en deux années consécutives et
d’aux moins trois points de pourcentage du PIB en trois ans ou
plus, avec une amélioration chaque année
Les critères résumés dans le tableau ci-dessus peuvent être considérés comme des
normes en matière de définition des épisodes de consolidations budgétaires suivant l’approche
quantitative. Toutefois, dans la littérature, le choix de l’un ou l’autre critère reste facultatif.
136
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Ainsi donc, dans le cadre de cette étude, nous considérons pour chaque pays qu’il y’a eu
consolidation budgétaire au cours d’une année donnée si la variation du solde primaire corrigé
des variations cycliques en pourcentage du PIB au cours de ladite année est d’au moins 1%.
Le choix de ce critère s’est basé aussi bien sur la littérature empirique (Alesina et Perotti,
1995 et Alesina et Ardagna, 2010) que sur quelques faits historiques avérés propres à chaque
pays de la CEMAC. En effet, après quelques simulations effectuées avec les différents seuils
recensés dans la littérature, le seuil de 1% s’est présenté comme le plus satisfaisant car au-delà
de ce seuil, certains épisodes de consolidations budgétaires avérés que l’on retrouve entre autres
dans des rapports d’organismes internationaux (FMI, Banque Mondiale, Banque de France)
étaient ignorés.
CEMAC 22 80
Source : Construction de l’auteur à partir de ses propres calculs
137
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
4
Nombre d'épisodes
0
1 2 3 4 5 6 7 8
138
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
5
Nombre de consolidations budgétaires
2
(en années)
0
1987-1991
1992-1996
1997-2001
2002-2006
2007-2011
2012-2016
Dès lors que l’on évalue les consolidations budgétaires non plus en épisodes mais plutôt
en années, on se rend compte que les consolidations budgétaires dans la CEMAC se sont
concentrées principalement sur trois sous-périodes à savoir 1987-1991, 1992-1996 et 2012-
2016.
139
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
En ce qui concerne le premier groupe de facteurs, bon nombre d’études (Molnar, 2012 ;
Yang et al, 2015) montrent que les consolidations budgétaires sont fortement affectées par la
situation macroéconomique passée du pays dans lequel elle est implémentée. Ces facteurs
comprennent entre autres le taux de croissance du PIB, l’écart de production, le taux de change,
la situation du commerce extérieur, et le niveau d’inflation.
S’agissant des facteurs politiques, certains chercheurs (Molnar, 2012 ; Yang et al., 2015)
montrent que l’orientation politique du gouvernement en place (gouvernement de gauche ou de
droite) et les périodes électorales sont des facteurs déterminants pour le déclanchement et/ou la
réussite d’une consolidation budgétaire.
140
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
étude, nous optons pour un modèle Logit en panel34 où la variable dépendante prend la valeur
1 pendant les épisodes de consolidations budgétaires, et la valeur 0 dans le cas contraire.
Contrairement à certains chercheurs qui codent différemment leur variable dichotomique en
mettant la valeur 1 uniquement pour les années de déhanchement des consolidations budgétaires
et la valeur 0 pour les autres années (Guichard et al., 2007 ; Yang et al, 2015), notre choix se
justifie principalement par le fait que d’un point de vue pratique, l’autorité budgétaire décide
non seulement la consolidation budgétaire, mais aussi de son maintien ou non au cours des
années suivantes.
Sous sa forme générale, le modèle Logit que nous estimons se présente comme suit :
e Xi 1
Pi Pr ob(Yi 1| X i ) F ( X i ) Xi
(4)
1 e 1 e Xi
Où Pr ob(Yi 1| Xi ) est la probabilité qu’une consolidation budgétaire Yi survienne
Ainsi , notre vecteur Xi est constitué du taux de croissance du PIB réel de l’année t et de
l’année t-1 (PIBt et PIBt-1), du taux d’inflation de l’année retardé d’une période ( t 1 ), du solde
extérieur en pourcentage du PIB retardé d’une période, du solde budgétaire primaire en
pourcentage du PIB retardé d’une période, du ratio dette publique/PIB de retardé d’une période,
de l’écart de production (output gap)35 en pourcentage du PIB de également retardé d’une
période et d’une variable élection prenant la valeur 1 pendant les périodes électorales
(municipales, législatives, référendum, présidentielles, sénatoriales) et la valeur 0 dans le cas
contraire. Faute de disponibilité des données pour l’ensemble des pays de la CEMAC et au
regard de leur spécificité, certaines variables le plus souvent utilisées dans la littérature telles
que le taux de change et l’orientation politique du gouvernement36 n’ont pas été pris en compte
34
Une autre alternative à ce modèle est le modèle Probit, mais les résultats qui y sont issus sont sensiblement
identiques à ceux du modèle Logit.
35
L’écart de production est calculé en appliquant le filtre d’Hodrick et Prescott au PIB réel. Pour cela, nous
retenons comme paramètre de lissage la valeur 100 recommandée dans la littérature pour les données annuelles.
36
Contrairement à certains pays développés comme la France ounles Etats Unis où l’orientation du gouvernement
en place est rationnellement connue, il est difficile de cerner l’orientation des gouvernements dans des pays de la 141
CEMAC dans la mesure où les politiques économiques ne sont pas clairement définies.
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
dans cette étude. Les différents résultats issus de l’estimation de notre modèle Logit sont
résumés dans le tableau 3-3 ci-dessous.
142
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
l’année suivante, étant donné que les épisodes de consolidations budgétaires identifiés dans le
cadre de cette étude coïncident pour la plupart avec les périodes de récession économique.
Quant à la situation politique, elle est captée dans notre modèle par la variable
« élections ». Etant donné que le coefficient associé à cette variable est non significatif aux
seuils fixés, nous pouvons conclure que l’approche des élections n’affecte pas la probabilité de
survenance des consolidations budgétaires dans la CEMAC. Autrement dit, la théorie du
« political budget cycle » qui suppose que les gouvernements ont tendance à procéder à des
politiques budgétaires expansionnistes à la veille des élections afin de faciliter leur réélection
n’est pas vérifiée dans notre contexte. Cela peut s’expliquer par le fait que la démocratie est
encore embryonnaire dans les pays de la CEMAC.
L’objectif de l’analyse empirique effectuée dans le cadre de cette section est d’analyser
les effets des consolidations budgétaires sur la croissance économique et les composantes de la
demande globale (consommation privée et investissement privé) dans la zone CEMAC. Pour
cela, nous suivons une démarche méthodologique minutieuse.
143
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
d'ajustements budgétaires (Alesina et Ardagna, 1998, 2010, 2012, Alesina et Perotti, 1995, 1997
; Giudice et al., 2007 ; McDermott et Wescott, 1996), soit via une analyse économétrique à
partir d’un modèle spécifié à l’avance. Dans le cadre de cette étude, nous optons pour une
analyse économétrique. Nous emboîtons ainsi les pas d’Alesina et Ardagna (2012), de Guajardo
et al (2014) et ceux de Yang et al (2015) entre autres. Leur démarche consiste initialement à
estimer le modèle de base suivant et à déduire les effets sur une période de trois ans :
2 2
Yi ,t j Yi ,t j j SPCVC CBi ,t j i t i ,t (5)
j 1 j 0
t. Dans le cadre de cette étude, cette variable est représentée tour à tour par le logarithme du
PIB réel, le logarithme de la consommation privé et le logarithme de l’investissement privé.
SPC VC C B représente la variation du solde primaire corrigé des variations cycliques en
pourcentage du PIB pendant les périodes de consolidations budgétaires. Elle prend la valeur 0
pour les autres périodes. i et t représentent respectivement les effets fixes par pays et par
année et i,t un bruit blanc.
Par ailleurs, la littérature empirique fait état de ce que les consolidations budgétaires
axées sur la réduction des dépenses publiques sont plus susceptibles d’être plus expansionnistes
que celles axées sur l’augmentation des impôts. Sur cette base, nous raffinons notre analyse en
prenant en compte la composition des consolidations budgétaires. Pour cela, nous scindons les
consolidations en deux types : Les consolidations « axées sur les dépenses » qui correspondent
aux consolidations budgétaires dans lesquelles la réduction des dépenses publiques est
supérieure à la hausse des recettes, et les consolidations « axées sur les recettes » qui
correspondent aux consolidations budgétaires dans lesquelles la hausse des recettes est
supérieure à la réduction des dépenses (Guajardo et al, 2014 ; Yang et al, 2015). Pour cela nous
estimons l’équation suivante :
2 2 2
Yi ,t j Yi ,t j j SPCVC CB, Dep i ,t j j SPCVC CB, Rf i ,t j i t i ,t (6)
j 1 j 0 j 0
144
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
méthode des moindres carrés ordinaires (MCO) et par la suite analysons les effets cumulés sur
une période de trois ans en utilisant la méthode delta37.
.5.2 Les effets des consolidations sur l’activité économique dans la CEMAC
Comme mentionné supra, l’analyse des effets des consolidations budgétaires sur
l’activité économique dans le cadre de cette étude se fait à deux niveaux : Tout d’abord
l’équation (5) est estimée par les moindres carrés ordinaires conformément aux études du FMI
(2010), d’Alesina et Ardagna (2010), de Guarjaro et al (2014) et de Yang et al (2015) ; et par
la suite, un calcul des réponses impulsionnelles des différentes variables macroéconomiques
aux consolidations budgétaires est effectué sur un horizon de trois années, à travers la méthode
delta. Le tableau 3-4 ci-dessous présente les coefficients estimés des effets des consolidations
budgétaires sur l’activité économique dans notre modèle base (équation 5).
Tableau 3-4- Les effets des consolidations budgétaires sur l’activité économique dans la
CEMAC
Variables dépendantes PIB réel Consommation privée Investissement privé
eq1 eq2 eq3
Variable dépendante (t-1) 0,334*** -0,706*** -0,038
(0,091) (0,089) (0,089)
Variable dépendante (t-2) 0,024 -0,267*** -0,123
(0,092) (0,091) (0,089)
Consolidation budgétaire(t) -0,001 -0,006 0,0175 **
(0,003) (0,012) (0,0071)
Consolidation budgétaire (t-1) -0,0033* -0,008 -0,025**
(0,0019) (0,012) (0,012)
Consolidation budgétaire(t-2) 0,001 -0,010* 0,015*
(0,003) (0,0062) (0,011)
Constante -0,0130 0,185*** 0,095**
(0,0449) (0,043) (0,040)
Observations 162 162 162
R2 0,45 0,47 0,30
Nombre de pays 6 6 6
Notes : Les valeurs entre parenthèses représentent les écarts types. *, ** et *** indiquent le niveau de significativité
des coefficients estimés respectivement au seuil de 10%, 5% et 1%
Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel STATA 14
37
En statistique, la méthode delta est une méthode permettant de dériver une distribution de probabilité
approximative pour une fonction d'un estimateur statistique asymptotique normal (voir Oehlert, 1992). Nous
implémentons la méthode delta via la fonction « Nonlinear combination of estimators » intégrée dans le logiciel
Stata.
145
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
En effet, suivant les résultats des colonnes 3 et 4 qui matérialisent respectivement les
effets des consolidations budgétaires sur la consommation privée et l’investissement privé, les
consolidations budgétaires ont également des effets récessionnistes sur ces variables, cela
d’autant plus qu’en ce qui concerne les investissements privés, l’ effet négatif observé pour la
variable consolidation retardée d’une période et significatif au seuil de 5% est plus important
que les effets positifs observés aux autres dates en t et t+2). Afin de mieux appréhender ces
effets, sur la base des résultats du tableau 3-4 ci-dessus, nous calculons la réponse cumulative
des différentes variables macroéconomiques considérées (croissance économique,
investissement privé et consommation privée) à un choc de consolidation budgétaire à hauteur
de 1% du PIB pendant les trois années suivant la consolidation budgétaire. Le tableau 3-5 ci-
contre présente les différents résultats obtenus à cet effet.
146
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
En résumé, ces résultats montrent que les consolidations budgétaires ont des effets
récessionnistes sur l’activité économique à court terme dans la CEMAC. Bien que quelques
limites aient été soulevées dans la littérature en ce qui concerne l’utilisation de l’approche
quantitative dans l’identification des épisodes de consolidations budgétaires, nos résultats
corroborent entre autres ceux de Guajardo et al (2011) et yang et al (2015) lorsqu’ils utilisent
l’approche quantitative, et ceux d’Alesina et Ardagna (2012) lorsqu’ils utilisent comme
définition de la consolidation budgétaire celle du FMI (2010). Toutefois, certains chercheurs
montrent que les effets des consolidations budgétaires sur l’activité économique dépendent de
leur composition, et soulignent au passage que les consolidations budgétaires axées sur la
réduction des dépenses publiques ont tendance à être expansionnistes tandis que celles axées
sur l’augmentation des impôts ont tendance à être récessionnistes. Qu’en est -il réellement dans
la CEMAC ?
147
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
permettra dans le cas de la zone CEMAC, non seulement de capter isolement les effets de la
réduction des dépenses publiques et de l’augmentation des impôts sur l’activité économique,
mais également de confirmer ou d’infirmer l’hypothèse selon laquelle les consolidations
budgétaires axées sur la réduction des dépenses publiques ont tendance à être expansionnistes
au détriment de celles axées sur l’augmentation des recettes. Les résultats issus de l’estimation
de l’équation (6) spécifiée plus haut sont résumés dans le tableau 3-6 ci -dessous :
Tableau 3-6- Les effets de composition des consolidations budgétaires sur l’activité
économique dans la CEMAC
Ces résultats indiquent à première vue que les consolidations budgétaires axées sur la
réduction des dépenses publiques tendent à être récessionnistes tandis que celles axées sur
l’augmentation des impôts semblent avoir des effets neutres sur l’activité économique au regard
de l’analyse de la significativité des différents coefficients. Afin de mieux appréhender cela,
148
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
nous calculons tout comme précédemment les réponses cumulées des différentes variables
macroéconomiques aux différentes composantes des consolidations budgétaires sur un horizon
de trois années. Les différents résultats obtenus à cet effet sont rapportés dans le tableau 3-7 ci-
dessous :
Notes : Les valeurs entre parenthèses représentent les écarts types. Ils sont calculés par la méthode delta. *, ** et
*** indiquent le niveau de significativité des coefficients estimés respectivement au seuil de 10%, 5% et 1%.
Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel STATA 14
Les résultats rapportés dans la tableau 3-7 ci-dessus confirment que les consolidations
budgétaires axées sur la réduction des dépenses publiques ont des effets récessionnistes sur
l’activité économique à court terme dans la CEMAC. Toutefois, ces effets récessionnistes sont
observés seulement sur la croissance économique et la consommation privée, et ce à partir de
la deuxième année, étant donné les coefficients renvoyant à la date t ne sont pas significatifs
aux différents seuils considérés. En revanche, elles semblent avoir plutôt des effets
expansionnistes sur l’investissement privé, notamment l’année de la consolidation et la
deuxième année après, et ce au seuil de 10%.
En ce qui concerne les consolidations budgétaires axées sur l’augmentation des impôts,
on observe qu’elles ont des effets neutres sur la croissance économique et la consommation
privée (les coefficients s’y rapportant n’étant pas significativement différents de zéro), et des
effets récessionnistes sur l’investissement privé tout comme dans la logique keynésienne. Ainsi
donc, les effets keynésiens des consolidations budgétaires sur la croissance économique et la
consommation privée et les effets non keynésiens sur l’investissement privé la première année
149
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
observée plus haut émanent principalement de la réduction des dépenses publiques. Les effets
neutres des consolidations budgétaires axées sur l’augmentation des impôts peuvent s’expliquer
entre autres par la prédominance du secteur informel dans les économies de la CEMAC et le
poids relativement faible des recettes fiscales dans les recettes totales, majoritairement
constituées des recettes liées aux exportations des matières premières et notamment du pétrole
et donc les cours sont très fluctuants.
En somme nous pouvons conclure que l’hypothèse selon laquelle les consolidations
budgétaires axées sur la réduction des dépenses publiques ont tendance à être plus
expansionnistes que celles axées sur l’augmentation des impôts n’est vérifiée qu’en partie dans
la zone CEMAC, car hormis sur les investissements privés, les consolidations budgétaires axées
sur la réduction des dépenses publiques ont été plus récessionnistes que celles axées sur
l’augmentation des impôts qui tendent plutôt à avoir des effets neutres. Une explication
plausible de ce résultat serait la structure des économies de la CEMAC où le secteur privé
formel est très peu développé contrairement aux pays développés.
.6 Tests de robustesse
Dans cette section, nous vérifions la robustesse de nos résultats d’une part en nous
focalisant sur notre mesure de consolidation budgétaire et d’autre part en incluant d’autres
variables de contrôle dans notre modèle de base.
Dans la section précédente, l’analyse des effets des consolidations budgétaires sur
l’activité économique à partir de notre modèle de base est faite sous l’hypothèse que les
variations du solde primaire corrigé des variations cycliques en période de consolidation
budgétaire sont exogènes et non corrélées aux variations du solde primaire corrigé des
variations cycliques en périodes de non consolidation budgétaire, encore qualifiée par Alesina
Ardagna (2012) de « périodes normales ». Or, en matière d’identification des consolidations
budgétaires, il est souvent reproché à l’approche quantitative d’être relativement endogène par
rapport à l’approche qualitative utilisée entre autres par Romer et Romer (2010) et Guajardo et
al (2014). Cette sous-section vise donc à tester cette hypothèse sur nos données.
150
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Ainsi, dans la même lancée qu’Alesina et Ardagna (2012) et yang et al (2015), nous
examinons si les coefficients estimés des consolidations budgétaires changent lorsque, en plus
de la variation du solde primaire corrigé des variations cycliques en périodes de consolidations
budgétaires SPC VC C B , la variation du solde primaire corrigé des variations cycliques en
« périodes normales » SP C V C N C B est incluse dans notre modèle de base, auquel cas
l’hypothèse d’exogénéité ne sera pas vérifiée. Pour cela, nous nous focalisons principalement
sur notre modèle de base représenté par l’équation (5), toutes choses étant égales par ailleurs.
De manière formelle, cela revient à estimer le modèle de base augmenté suivant :
2 2 2
Yi ,t j Yi ,t j j SPCVC CBi ,t j j SPCVC NCB i ,t j i t i ,t (7)
j 1 j 0 j 0
Les différents résultats issus de l’estimation du modèle (7) ci-dessus sont résumés dans
le tableau 3-8 ci-contre :
Tableau 3-8- Les effets des consolidations budgétaires sur l’activité économique dans le
modèle augmenté
151
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Sur la base des résultats résumés dans ce tableau, tout comme lors de nos précédentes
analyses, nous calculons les réponses cumulées des variables macroéconomiques à un choc de
1 % sur la variable consolidation budgétaire ( SPC VC C B ) sur un horizon de trois années
suivant la consolidation afin de les comparer aux résultats obtenus initialement à partir de
modèle de base. Les différents résultats y relatifs sont résumés dans le tableau 3-9 ci-dessous :
Notes : Les valeurs entre parenthèses représentent les écarts types. *, ** et *** indiquent le niveau de significativité
des coefficients estimés respectivement au seuil de 10%, 5% et 1%.
Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel STATA 14
Les résultats consignés dans le tableau 3-9 ci-dessus montrent que le message clé en ce
qui concerne les effets macroéconomiques des consolidations budgétaires ne change pas, mais
que l’ampleur des coefficients varie, ce qui suggère que notre étude n’est pas totalement
exempte de la critique selon laquelle suivant l’approche quantitative, les variations du solde
primaire corrigé des variations cycliques en période de consolidation budgétaire ont tendance à
être corrélées aux variations du solde primaire corrigé des variations cycliques en périodes
« normales ». Ces résultats qui par ailleurs corroborent ceux d’Alesina et Ardagana (2012) et
de Yang et al (2015), font partie des raisons pour lesquelles il est recommandé par certains
chercheurs (Romer et Romer, 2010 ; Guajardo et al, 2014) d’utiliser l’approche narrative plutôt
que l’approche quantitative pour l’identification des consolidations budgétaires, car selon eux,
les chocs narratifs semblent relativement plus exogènes que l’approche basée sur le calcul de
la variation du solde primaire corrigé des variations cycliques.
152
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Sur le plan pratique, de nombreux facteurs sont susceptibles d’influencer les effets des
consolidations budgétaires sur l’activité économique. Un examen de la littérature permet de
repérer un ensemble de facteurs liés l’environnement économique tels que le taux de change et
les taux d’intérêt nominaux à court terme (Alesina et Ardagna, 2012, Yang et al ,2015) auxquels
s’ajoutent le plus souvent d’autres variables telle la dette publique, le taux d’inflation, le degré
d’ouverture financière et les taux d’intérêt à long terme pour ne citer que ceux-là. Bien que la
littérature fasse état d’une panoplie de facteurs, nous retenons dans le cadre de notre étude la
dette publique extérieure et l’inflation, faute de disponibilité de données pour tous les pays de
notre échantillon pour les autres variables.
Comme l’indique le tableau 3-10 ci-contre, les variables additionnelles prises comme
variables de contrôle dans notre modèle de base n’influencent pas significativement les effets
des consolidations budgétaires sur l’activité économique dans la CEMAC, car l’ampleur et le
signe des coefficients restent presque inchangés notamment en ce qui concerne la variable
consolidation retardée d’une période qui par ailleurs est la seule à avoir un coefficient
significativement différent de zéro au seuil de 10%. Cela est aussi bien valable dans les modèles
où ces deux variables sont intégrées chacune de façon individuelle que dans ceux où elles le
sont de façon simultanée.
153
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Tableau 3-10- Les effets des consolidations budgétaires sur la croissance économique
sous le contrôle la dette publique extérieure et l’inflation
Variable dépendante PIB réel PIB réel PIB réel PIB réel
(croissance en %)
PIB(t-1) 0,334*** 0,331*** 0,584* 0,685**
(0,0914) (0,0906) (0,339) (0,337)
PIB(t-2) 0,0241 0,0520 -0,0091 0,0243
(0,0924) (0,0923) (0,343) (0,339)
Consolidation(t) -0,0011 0,0016 -0,0009 0,00208
(0,00317) (0,00339) (0,00321) (0,00343)
Consolidation(t-1)) -0,0033* -0,0037* -0,0034* -0,0038*
(0,00191) (0,00203) (0,00193) (0, 00214)
Consolidation(t-2) 0,0015 -0,00076 0,00133 -0,00118
(0,0031) (0,00342) (0,00319) (0,00346)
Dette(t-1) -0,00018 -0,0002
(0,000185) (0,000186)
Dette(t-2) 0,0004** 0,00043**
(0,000189) (0,000192)
Inflation (t-1) -0,0019 -0,0027
(0,00250) (0,00249)
Inflation (t-2) 0,0003 0,0003
(0,00249) (0,00246)
Constante -0,0130 -0,0153 -0,0138 -0,0164
(0,0449) (0,0445) (0,0452) (0,0447)
Observations 162 162 162 162
R2 0,45 0,47 0,45 0,47
Nombre de pays 6 6 6 6
Notes : Les valeurs entre parenthèses représentent les écarts types. *, ** et *** indiquent le niveau de significativité
des coefficients estimés respectivement au seuil de 10%, 5% et 1%.
Source : Calculs de l’auteur à partir du logiciel STATA 14
Conclusion du chapitre
Ce chapitre avait pour objectif principal d’analyser les effets des consolidations
budgétaires sur l’activité économique dans la zone CEMAC sur la période 1987-2016. Nous
sommes partis du constat qu’au lendemain de la crise économiques et financière de 2007-2008,
de nombreuses mesures de consolidations budgétaires ont été entreprises à travers le monde
pour rétablir l’équilibre des finances publiques, et que les pays de la CEMAC n’ont pas été
exempts de ces mesures, encore moins au cours dernières années où, face à la baisse drastique
et répétitive du cours des pétrole, principal produit d’exportation de la zone, ils ont été à
154
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
nouveau placés sous ajustement structurel par le FMI suite à une très forte dégradation de leurs
finances publiques.
Après avoir identifié les différents épisodes de consolidations budgétaires dans ladite
zone, nous avons analysé leurs déterminants. De cette analyse, il est ressorti que la mise sur
pied de consolidations budgétaires au cours d’une année donnée dépendait principalement de
la situation budgétaire, de la situation extérieure et de la conjoncture économique de l’année
précédente, la situation politique n’ayant joué aucun rôle majeur. Par la suite, nous nous
sommes attardés sur l’analyse des effets des consolidations budgétaires identifiées sur l’activité
économique matérialisés par la croissance économique, la consommation et l’investissement
privés. De cette analyse, il en est ressorti globalement que les consolidations budgétaires ont
des effets keynésiens sur l’activité économique dans la zone CEMAC. Lorsque la composition
de ces consolidations budgétaires a été prise en compte dans nos analyses, nos résultats ont
révélé que les effets keynésiens observés émanaient principalement des consolidations
budgétaires axées sur la réduction des dépenses publiques car celles axées sur l’augmentation
des impôts tendaient à avoir des effets neutres sur l’activité économique, contrairement à ce qui
est observé dans les pays développés.
De de façon générale, ces différents résultats tout comme ceux du chapitre précédent
mettent en exergue des effets « faiblement » keynésiens de la politique budgétaire sur l’activité
économique dans la zone CEMAC. En d’autres termes, les pays de la CEMAC ne peuvent pas
compter sur les effets expansionnistes des consolidations budgétaires comme ce fut le cas
autrefois pour l’Irlande et le Danemark. Ce résultat est problématique pour ces pays dans la
mesure où les recettes budgétaires émanent majoritairement de l’exportation des matières
premières, dont les cours sont très fluctuants. En effet, face à une baisse du cours des matières
premières comme ce fut le cas au cours de ces dernières années, le risque de procyclicité de la
politique budgétaire est très élevé dans la CEMAC. Une éventuelle procyclicité implique entre
autres la baisse des dépenses publiques pendant les phases de récessions, ce qui va au regard de
nos résultats accentuer les récessions. Afin de remédier à cela il serait par exemple intéressant
pour les pays de la CEMAC d’adopter un régime de changes flexibles car leurs économies sont
relativement ouvertes.
Par ailleurs, nous avons vérifié la robustesse de nos résultats en nous appesantissant
notamment sur la mesure de la consolidation budgétaire utilisée au regard des critiques
avancées dans la littérature. De cette analyse, il en est ressorti que conformément aux
155
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
prédictions empiriques, l’on ne peut ignorer l’hypothèse souvent avancée de corrélation entre
la variation su solde primaire corrigé des variations cycliques en période de consolidations
budgétaires et la variation de la même variable en périodes « normales », donnant ainsi en
quelque sorte raison aux partisans de l’approche narrative, approche que nous n’avons pas pu
utiliser dans le cadre de cette étude faute d’accès aux archives historiques. Des travaux
ultérieurs pourraient aller plus en profondeur en se basant sur l’approche narrative. Une autre
piste serait l’analyse en profondeur des déterminants des consolidations budgétaires en mettant
un accent sur leur durée et leur intensité.
156
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
ANNEXES DU CHAPITRE 3
Annexes 3-1 : Evolution de la variation des recettes corrigées des variations cycliques
dans les pays de la CEMAC
15
10
0
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
-5
-10
-15
-20
Annexes 3-2 : Evolution de la variation des dépenses primaires corrigées des variations
cycliques dans les pays de la CEMAC
30
20
10
0
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
-10
-20
-30
157
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
158
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Introduction
Cette dernière notion est d’une importance particulière lorsqu’il s’agit d’évaluer
l’efficacité des politiques budgétaires en matière de stabilisation macroéconomique, car
théoriquement, toute politique budgétaire devrait contribuer à amortir les oscillations du cycle
économique, en d’autres termes lisser le cycle conjoncturel. Ainsi, tout comme les stabilisateurs
automatiques qui réagissent mécaniquement de façon contracyclique aux fluctuations de
l’activité économique, la politique budgétaire discrétionnaire devrait dans son rôle stabilisateur
être contracyclique comme le prédit la théorie keynésienne, c’est à dire restrictive en période
de conjoncture favorable et expansionniste en période de conjoncture défavorable. Or, des
différentes études réalisées ces dernières années, il ressort généralement que la politique est
procyclique dans les pays en développement et contracyclique ou à la limite acyclique dans les
pays développés (Gavin et Perotti, 1997 ; Talvi et Végh, 2005 ; Perotti, 2007).
Par ailleurs, dans le but d’expliquer ces différences de cyclicité budgétaire entre les pays
développés et en développement, certaines études théoriques et empiriques se sont penchées
sur l’analyse des facteurs susceptibles d’expliquer la réaction de la politique budgétaire face à
159
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
la conjoncture économique. Ces études révèlent que les facteurs liés à la qualité des institutions,
à la démocratie, aux inégalités sociales, aux contraintes de financement sur les marchés
extérieurs et domestiques, à la soutenabilité de la dette publique, à la volatilité de la production
ou encore à l’adoption des règles budgétaires influencent la cyclicité de la politique budgétaire
aussi bien dans les pays développés que ceux en développement.
Quand bien même une étude est allée au-delà (Mpatswe et al, 2011), quelques aspects
récemment reconnus importants dans la littérature n’ont pas été pris en compte dans l’analyse.
Il s’agit notamment de la prise en compte du cycle économique dans l’analyse des déterminants
de la cyclicité budgétaire, et de l’inclusion des contraintes de financement internes parmi les
potentiels déterminants, cela d’autant plus que les différents gouvernements de la CEMAC se
38
Ces critères visent notamment pour chaque pays à assurer un solde budgétaire de base (hors dons) rapporté au
PIB positif ou nul ; un taux d’inflation annuel moyen inférieur à 3 % ; un taux d’endettement public (intérieur et
extérieur) inférieur ou égal à 70 % du Produit Intérieur Brut (PIB) et une non accumulation d’arriérés intérieurs et
extérieurs sur la gestion courante.
160
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
tournent de plus en plus vers le marché financier intérieur pour mobiliser des fonds nécessaires
pour le financement de certaines dépenses. Sur la base de ce qui précède, ce chapitre se fixe
pour principal objectif d’analyser en profondeur la cyclicité de la politique budgétaire dans la
CEMAC.
Etant donné que de récentes études soulignent que suite aux efforts consentis par
certains pays en développement en matière de gestion des finances publiques, les politiques
budgétaires autrefois procycliques dans ces pays tendent à devenir acycliques voir même
contracycliques au fil du temps, ce chapitre vise d’une part à vérifier si la politique budgétaire
est toujours procyclique dans la CEMAC et d’autre part, à analyser en profondeur les
déterminants de ce comportement cyclique en mettant un accent particulier sur les contraintes
de financement internes et sur la différenciation du cycle économique (expansion et récession).
161
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
une baisse des taux d’imposition) pendant les périodes de conjoncture défavorable (récession)
et des politiques budgétaires restrictives (via une diminution des dépenses publiques et/ou une
augmentation des taux d’imposition) pendant les périodes de conjoncture favorable
(expansion). Ces actions permettraient ainsi de réguler les fluctuations de l’activité
économique, car soutenant la demande globale pendant les périodes de récession, et permettant
de réduire les déficits voir même de dégager des excédents pendant les périodes d’expansion.
Sur le plan empirique, l’étude des propriétés cycliques de la politique budgétaire a fait
l’objet d’une littérature aussi vaste que divergente. Cette littérature est marquée principalement
par la publication des travaux de Gavin et Perotti (1997). En effet, contrairement aux études qui
162
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
existaient avant la leur (Gali, 1994 ; Fiorito et Kollintzas, 1994 ; Fiorito, 1997)39 et qui faisaient
valoir que les politiques budgétaires étaient contracycliques, Gavin et Perotti (1997) trouvent
dans le cas des pays d’Amérique latine que les politiques budgétaires jusque-là menées ont été
procycliques. A partir de ce constat, les études vont se multiplier dans la littérature, les unes
visant à étudier le comportement cyclique de la politique budgétaire et les autres visant à
analyser les facteurs susceptibles d’expliquer ce comportement afin de fournir des explications
par rapport aux différences le plus souvent observées entre les pays développés et les pays en
développement.
Dans la littérature, les études portant sur la cyclicité de la politique budgétaire ont été
menées aussi bien pour les pays développés que ceux en développement. Ainsi, dans une étude
portant sur les pays de l’OCDE, Plane (1999) trouve que le comportement cyclique de la
politique budgétaire varie considérablement entre les différents pays et les différentes
catégories de dépenses publiques utilisées comme proxy de la politique budgétaire. A partir de
là, il effectue un classement des différents pays en fonction du degré de cyclicité de leur
politique budgétaire. L’Allemagne, l’Irlande, la Norvège et le Portugal sont présentés comme
les pays ayant observé les politiques budgétaires les plus procycliques tandis que la France, le
Canada, l’Italie et le Royaume Uni sont classés comme les pays ayant adopté les politiques
budgétaires les plus contracycliques.
39
Ces études portaient notamment sur les pays développés.
163
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
l’écart de production, ils concluent que la politique budgétaire a été procyclique dans la zone
Euro alors qu’elle a été contracyclique aux États-Unis.
Dans la même lancée, Alesina et Tabellini (2005) trouvent dans une étude portant sur
un échantillon de 87 pays développés et en développement (23 pays de l’OCDE et 64 pays non-
OCDE), que les politiques budgétaires sont contracycliques dans la quasi-totalité des pays de
40
La composition de l’échantillon entre pays développés et pays en développement est souvent faite à titre de
comparaison.
164
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
l’OCDE et procycliques dans plus de la moitié des pays non-OCDE. Par ailleurs, ils soulignent
que cette procyclicité concerne essentiellement le pays d’Afrique subsaharienne et ceux
d’Amérique latine.
A leur suite, Lledo et al (2009) vont étudier la cyclicité des dépenses publiques dans 174
pays développés et en développement (y compris 44 pays d’Afrique subsaharienne parmi
lesquels les six pays de la CEMAC) sur la période 1970-2008. Après avoir estimé un modèle
de panel suivant diverses méthodes (méthodes des variables instrumentales, méthode des
moments généralisés et méthode des moindres carrés ordinaires), ils aboutissent à la conclusion
que les politiques budgétaires sont fortement procycliques dans les pays en développement,
alors qu’elles tendent à être contracycliques dans la plupart des pays développés. Par ailleurs,
ils soulignent que ces politiques budgétaires tendent à être de moins en moins procycliques au
fil du temps. Sous un tout autre angle, Végh et Vuletin (2012) montrent à partir d’une série
construite sur les taux d’imposition41 pour 62 pays développés et en développement sur la
période 1960-2012 que la politique budgétaire est procyclique dans les pays en développement
et acyclique dans les pays développés.
Une troisième catégorie d’études porte exclusivement sur les pays en développement, y
compris ceux d’Afrique subsaharienne et par ricochet ceux de la CEMAC. Dans une étude
visant à étudier le comportement à court et à long termes de la politique budgétaire dans 51
pays en développement (y compris deux pays de la CEMAC), Akitoby et al (2004) concluent à
partir d’un modèle à correction d’erreur et sur la base de données annuelles couvrant la période
1970-2002 que la politique budgétaire a été procyclique dans la majorité des pays de
l’échantillon. Dans la même lancée, Thorton (2008) examine la cyclicité de la politique
budgétaire dans 37 pays d’Afrique Subsaharienne (y compris quatre pays de la CEMAC). En
effectuant des régressions par pays sur la période 1960-2004, il constate que les dépenses
publiques de consommation sont en moyenne procycliques dans tous les pays de l’échantillon.
Dans le cas des pays de la CEMAC, il trouve un faible niveau de procyclicité pour le Gabon et
le Tchad et une forte procyclicité pour le Congo et la Guinée Equatoriale.
D’un autre côté, Carmignani (2010) analyse la cyclicité de la politique budgétaire dans
les pays africains. Sur la base d’une analyse de corrélation entre les dépenses publiques
corrigées des variations cycliques et l’écart de production, il trouve que la politique budgétaire
41
Compte tenu de l’endogénéité qui existerait entre les recettes fiscales et le cycle économique, ils construisent
une série de taux d’imposition à partir de la valeur ajoutée, du revenu des sociétés et du revenu du personnel.
165
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
est procyclique dans la quasi-totalité des pays africains. Des preuves de procyclicité de la
politique budgétaire dans les pays en développement ont été également trouvées par Baddi
(2015) dans le cas du Maroc, et Tran et Chu (2016) dans le cas du Vietnam.
Sous un tout autre angle, Bikai (2015) étudie le comportement cyclique de la politique
budgétaire dans la CEMAC en mettant un accent particulier sur le rôle joué par les règles de
surveillance multilatérale. En se servant d’un modèle de panel dynamique inspiré de celui de
Gali et Perotti (2003) et Cimadomo (2005), il ressort de son étude que les politiques budgétaires
ont été fortement procycliques dans la zone CEMAC. Par ailleurs, il souligne que cette
procyclicité est accentuée par l’application des règles de surveillance multilatérale.
166
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
42
La Banque Mondiale définit la profondeur du système financier comme étant « la taille des banques, des autres
institutions financières et des marchés financiers dans un pays, pris dans l’ensemble, rapportée à une mesure
d’output économique (facteur permettant de comparer les pays sur une même échelle) ».
167
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
les pays industrialisés et est même plus que proportionnel pour les pays émergents en cas de
crise.
Sur la base d’un échantillon de huit pays d’Amérique Latine, Alberola et al (2016)
trouvent que les difficultés d’accès aux marchés nationaux et internationaux de capitaux sont la
principale « clé » de la procyclicité de la politique budgétaire, même si toutefois leur influence
tend à diminuer avec le temps. Par ailleurs, ils soulignent que les politiques budgétaires dans
ces pays sont devenues contracycliques pendant la crise de 2009 avant de redevenir
procycliques ces dernières années. Aussi, ils montrent que les règles budgétaires ont contribué
à l’amélioration de la capacité stabilisatrice de la politique budgétaire dans les pays considérés.
D’autres études empiriques indiquent que les inégalités sociales et la taille du secteur
informel peuvent être les principaux déterminants de la procyclicité budgétaire dans les pays
en développement. A cet effet, Woo (2009) développe un modèle théorique à travers lequel il
met en évidence l’influence des inégalités sociales sur la cyclicité de la politique budgétaire.
En utilisant les données portant sur 96 pays sur la période 1960-2003, il arrive à la conclusion
que la polarisation sociale captée par l’inégalité d’accès à l’éducation et les inégalités de revenu
(mesurée par l’indice de Gini) est la principale source de procyclicité des politiques budgétaires
dans les pays en développement. Le mécanisme qu’il décrit est qu’un niveau élevé de
polarisation sociale a pour conséquence une augmentation excessive des dépenses publiques en
période d’expansion conduisant le plus souvent à des déficits budgétaires, ce qui fait sorte faute
d’avoir épargné pendant les périodes d’expansion, les autorités budgétaires se retrouvent en
train de diminuer leurs dépenses publiques pendant les périodes de récession, rendant ainsi la
politique budgétaire procyclique.
S’agissant de la taille du secteur informel, Cicek et Elgin (2011) montrent sur la base
d’un échantillon de 78 pays en développement que les pays où la taille du secteur informel est
importante ont tendance à adopter des politiques budgétaires procycliques, car un secteur
informel réduit l’assiette fiscale, entraînant ainsi un recouvrement moins important d’impôts
nécessaires pour le financement des dépenses publiques en période de récession.
Sous un tout autre angle, Bobbo (2016) met en relation le régime de changes et la
cyclicité budgétaire dans 34 pays africains sur la période 1980-2012. En estimant un panel
dynamique par la méthode des moments généralisés en différence (DIFF-GMM) sur ladite
période, il trouve que la procyclicité de la politique budgétaire est amplifiée en régimes de
change fixe et intermédiaire, alors qu’elle est affaiblie en régime de change flexible. L’une des
168
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
justifications qu’il apporte à ces résultats est que contrairement aux pays qui ont le change fixe,
ceux ayant le change flexible ont la possibilité d’utiliser conjointement la politique budgétaire
et la politique monétaire. Aussi, il souligne que ce résultat est compréhensible dans la mesure
où cela est justifié sur le plan théorique par les travaux de Tornell et Velasco (1998, 2000)43 qui
montrent que les régimes de changes fixes engendrent uene quantité importante de dépenses
publiques qui entraînent une « indiscipline budgétaire » contrairement au régime de changes
flexibles où une plus grande discipline budgétaire est observée.
43
Op. Cit. Bobbo (2106).
44
Ces auteurs mesurent la puissance des groupes d’intérêt par leur capacité à extraire les transferts fiscaux et les
stocks de capitaux dans le secteur formel de l’économie afin de les réinvestir dans des secteurs parallèles qui sont
au-delà de la portée des autorités étatiques.
169
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
d’intérêt font pression sur les gouvernements afin qu’ils puissent augmenter les dépenses
publiques ou diminuer les impôts. Leurs résultats seront corroborés quelques années plus tard
par ceux de Talvi et Végh (2005) qui en plus, soulignent que cette procyclicité est en grande
partie due à une forte volatilité de la production.
Dans le même sillage, dans une étude portant sur un échantillon de 87 pays développés
et en développement, Alesina et Talebani (2005, 2008) montrent que la procyclicité de la
politique budgétaire dans les pays en développement est en grande partie due à la mauvaise
qualité des institutions, notamment un niveau de corruption élevé. Ils développent un modèle
théorique dans lequel les conflits d’intérêt entre les gouvernements qui gèrent les recettes
publiques et les électeurs qui observent l’état de l’économie (sans toutefois avoir la possibilité
de vérifier les dépenses effectives du gouvernement), rendent la politique budgétaire
procyclique. Ils montrent que les électeurs, méfiants de leurs gouvernements corrompus et par
crainte que les revenus supplémentaires engrangés pendant les périodes d’expansion ne soient
gaspillés, les poussent à augmenter les dépenses publiques (ou à réduire les impôts) pendant les
périodes favorables, rendant ainsi la politique budgétaire procyclique. Par ailleurs, leurs
résultats empiriques confirment l'hypothèse selon laquelle la politique budgétaire est plus
procyclique dans les pays où la corruption est plus répandue.
Dans le même ordre d’idées, Calderon et Schmidt (2008) montrent que l’incapacité de
certains pays à mener des politiques budgétaires contracycliques est due à la mauvaise qualité
des institutions et à un accès limité aux marchés financiers nationaux et internationaux. Ils
indiquent également que les facteurs institutionnels ont un poids plus important que les
variables financières dans l’explication des différences cycliques de la politique budgétaire
entre les pays industriels et en développement. D’un autre côté, en utilisant les données
annuelles sur la période 1989-2002 pour 47 pays africains et suivant la méthode des moments
généralisés en panel (GMM en système), Diallo (2008) trouve une relation positive entre les
institutions démocratiques et la contracyclicité de la politique budgétaire.
170
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Dans le même ordre d’idées, Aygun et Gulzar (2016) examinent l’impact de la qualité
des institutions sur l’efficacité des dépenses publiques sur un échantillon de 45 pays développés
et en développement. En estimant un modèle de panel à effets fixes sur la période 1996-2013,
ils trouvent que la qualité des instituions est le principal de déterminant de l’efficacité des
dépenses publiques. Par ailleurs, ils soulignent que l’accès aux marchés financiers joue
également un rôle important sur le comportement cyclique de la politique budgétaire, surtout
dans les pays en développement où leur effet a été plus important.
171
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
part que l’absence de corruption accentue ce comportement procyclique. Par ailleurs, il souligne
que la démocratie réduit la procyclicité de la politique budgétaire dans ces pays.
Dans la même lancée, Turrini (2008) analyse la cyclicité de la politique budgétaire dans
les pays de la zone EURO au cours de la période 1980-2005. En mettant un accent particulier
sur les règles budgétaires et la nature du cycle économique, leurs résultats indiquent que la
politique budgétaire a un biais procyclique pendant les phases d’expansion alors qu’aucune
preuve de cyclicité n’est trouvée en période de récession. Par ailleurs, il souligne que l’adoption
des règles budgétaires (en matière de dépenses publiques) dans la zone tend à freiner la
procyclicité de la politique budgétaire pendant les phases d’expansion. Ces résultats vont en
droite ligne avec ceux de la Commission Européenne (2006) sur les pays de l’Union
Européenne qui, deux ans plutôt, montrait que la politique budgétaire est procyclique en période
d’’expansion en majorité dans les pays n’ayant pas adopté des règles budgétaires strictes.
45
Op. Cit. Guerguil et al (2017).
172
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Sous un tout autre angle, Guillaumont et Tapsoba (2009) analysent l’impact des règles
de surveillance multilatérale sur la cyclicité de la politique budgétaire dans les unions
monétaires africaines (la CEMAC et l’UEMOA). En s’inspirant du modèle théorique de Talvi
et Végh (2005), ils estiment un modèle de panel comprenant à titre de comparaison un
échantillon de 41 pays africains sur la période 1980-2004. Leurs résultats indiquent que
l’adoption des règles de surveillance multilatérale (notamment celle qui prescrit à chaque pays
d’avoir un solde budgétaire positif ou nul) renforce la procyclicité de la politique budgétaire
dans l’UEMOA et dans la CEMAC46, et ce essentiellement pendant les phases de récession.
Leurs résultats suggèrent que les politiques budgétaires dans ces deux groupes de pays
corroborent le modèle théorique susmentionné, justifiant ainsi la nécessité d’une modification
de la règle de surveillance multilatérale relative au solde budgétaire47. Par ailleurs, ils trouvent
que la politique budgétaire appréhendée par les dépenses publiques est procyclique dans
l’ensemble des pays africains, et que ce biais procyclique est plus accentué pendant les phases
de récession.
Par ailleurs, d’autres études empiriques parviennent à la conclusion que les règles
budgétaires n’ont aucun effet sur le comportement cyclique de la politique budgétaire. Baddi
(2016) en récense quelques-unes portant notamment sur la zone EURO. Il s’agit entre autres
des travaux de Gali et Perotti (2003), de l’OCDE (2003), de Wyplosz (2006), d’Afonso et
Claeys (2008) et de Leigh et Stehn (2009)48.
Les études empiriques ainsi présentées montrent bien que le débat est loin d’être clos en
ce qui concerne aussi bien le comportement cyclique de la politique budgétaire que les
différents facteurs susceptibles de l’expliquer. En ce qui concerne spécifiquement la CEMAC,
les études existantes sur la cyclicité de la politique budgétaire semblent s’accorder sur le fait
qu’elle est procyclique dans la zone. Toutefois, il existe encore un point d’ombre quant-aux
différents facteurs susceptibles d’expliquer ce comportement cyclique notamment dans les
différentes phases de l’économie, aucune étude n’ayant encore abordée ce dernier aspect à notre
connaissance. Dans la suite de ce chapitre, nous nous proposons non seulement de vérifier si la
politique budgétaire est toujours procyclique dans la CEMAC, mais aussi d’analyser en
46
Ces auteurs trouvent que le biais procyclique de la politique budgétaire résultant de la mise sur pied des règles
budgétaires est plus accentué dans l‘UEOMA que dans la CEMAC.
47
En guise de recommandation, ces auteurs suggèrent qu’il faut adjoindre à cette règle une clause d’excédent
durant les phases d’expansion devant permettre un désendettement de l’Etat de manière à préserver une marge de
manœuvre en cas de récession et de choc asymétrique.
48
Op. Cit. Baddi (2015). 173
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
profondeur les déterminants de cette cyclicité en mettant un accent particulier sur les contraintes
de financement internes (jusqu’ici ignorées dans les études existantes portant sur la CEMAC)
et la nature de la conjoncture.
.2 Méthodologie et données
Diverses approches méthodologiques sont utilisées dans les études empiriques pour
analyser aussi bien le comportement cyclique de la politique budgétaire que les déterminants
de ce dernier. Dans le cadre de cette section, nous présentons dans un premier temps la
méthodologie empirique utilisée pour l’étude du comportement cyclique de la politique
budgétaire, et dans un second temps celle utilisée pour analyser les déterminants de ce
comportement cyclique.
174
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
est déterminé sur la base de la taille et du signe du coefficient 1 . Une valeur significativement
positive de ce coefficient traduit un comportement procyclique, une valeur significativement
négative, un comportement contracyclique et une valeur significativement nulle un
comportement neutre ou acyclique.
Les deux catégories de modèles ainsi spécifiés sont estimées dans le cadre de cette étude.
Par la suite, des extensions sont faites pour analyser les effets d’asymétrie de la politique
budgétaire. Dans la littérature, ces extensions donnent lieu à la formulation d’une troisième
catégorie de modèles qui prennent en compte la nature du cycle économique. Les études
effectuées suivant ces modèles révèlent que le comportement cyclique de la politique budgétaire
est susceptible de varier suivant que l’économie est en expansion ou en récession. Le modèle
estimé à cet effet est le suivant :
175
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
façon que le coefficient 1 évoqué plus haut. A titre d’exemple, une valeur du coefficient 1
significativement positive traduit une procyclicité de la politique budgétaire en période
d’expansion alors qu’une valeur significativement négative traduit la contracyclicité de la
politique budgétaire pendant la même période
Pour cette raison, nous optons tout comme Reinhart et al (2004)49 pour une approche en
termes d’instruments et non en termes de résultats. A cet effet nous utilisons tour à tour les
dépenses publiques globales et les dépenses publiques désagrégées (consommation publique et
investissement public) comme variable budgétaire. Quant à la variable VPBt-1, elle permet de
tenir compte des effets d’inertie de la politique budgétaire qui peuvent être dus aux délais
d’action dans leur mise en œuvre.
49
Ces auteurs font partie les premiers chercheurs à suggérer que l’étude la cyclicité de la politique budgétaire soit
faite en termes d’instruments et non en termes de résultats après avoir relevé les insuffisances de cette dernière
approche.
176
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Dans la littérature, cette variable est captée soit par l’écart de production (EP) encore
appelé output gap, soit par le taux de croissance économique. La première variable qui par
ailleurs est retenue dans le cadre de cette étude représente la variable par excellence de mesure
du cycle économique. Elle résulte de la différence entre le PIB effectif et le PIB potentiel. Ce
dernier constitue la partie tendancielle du PIB, obtenue en corrigeant le PIB effectif des
variations conjoncturelles. Dans le cadre de cette étude, cette correction cyclique est faite en
utilisant le filtre d’Hoddrick et Prescott avec pour paramètre de lissage 100 (recommandé
pour les données annuelles). En outre, l’écart de production permet de distinguer les différentes
phases de l’économie, une valeur positive traduisant une période d’expansion et une valeur
négative à une période de récession.
177
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Sur le plan pratique, deux principales approches sont utilisées dans la littérature pour
analyser les déterminants du comportement cyclique de la politique budgétaire : Une première
approche consiste à procéder en deux étapes en estimant dans un premier temps le coefficient
de cyclicité de la politique budgétaire, et dans un second temps à régresser ce coefficient sur un
ensemble de facteurs susceptibles de l’expliquer (Mpatswe et al, 2011); Et une seconde
approche consiste à procéder en une seule étape en étudiant le comportement cyclique de la
politique budgétaire et ses potentiels déterminants à partir de la même équation (Canova et
Pappa, 2005 ; Yehenew, 2013 ; Baddi, 2016 ; Bobbo, 2016 ; Mondjeli, 2017). Toutefois,
comme le souligne Baddi (2016), la procédure en deux étapes est susceptible d’être biaisée car
pouvant surévaluer l’influence réelle de certains facteurs sur le comportement cyclique de la
politique budgétaire. Ainsi donc, nous optons dans le cadre de cette étude pour l’approche en
une seule étape.
L’approche en une seule étape consiste à introduire des termes d’interaction entre les
variables du cycle économique et les facteurs susceptibles d’expliquer le comportement
cyclique de la politique budgétaire. Sur cette base, l’analyse des déterminants de la cyclicité de
la politique budgétaire dans la CEMAC est faite en estimant l’équation suivante :
VPBit 0 1EPit 2VPBit1 3EPit FPIit 4EPit FEit 5EPit RBit VCONTit it (5)
est captée respectivement par les coefficients 3, 4et5 . Un signe positif pour l’un ou l’autre
de ces coefficients suppose que l’élément auquel il renvoie renforce le comportement cyclique
observé et un signe négatif qu’il tend à l’amoindrir. Cette dépendance du comportement
cyclique de la politique budgétaire à la fois des facteurs politiques et institutionnels, des facteurs
économiques et des règles budgétaires est clairement observée à partir de l’équation suivante :
VPBit
1 3 FPIit 4 FEit 5RBit (6)
EPit
178
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Par la suite, une extension est faite au modèle (5) ci-dessus pour analyser les
déterminants du comportement cyclique de la politique budgétaire pendant les périodes
d’expansion et de récession. Cela consiste à introduire des termes d’interaction au modèle (2)
spécifié plus haut, soit :
VPBit
1 4 FPIit 6 FEit 5 RBit (8)
EXPANit
VPBit
2 7 FPIit 8 FEit 9 RBit (9)
RECEit
A partir de ces équations, la politique budgétaire est considérée par exemple comme
procyclique en période d’expansion et contracyclique en période de récession si on a
VPBit VPBit
respectivement 0 et 0.
EXPANit RECEit
Dans la littérature, de nombreuses variables sont utilisées pour capter l’influence des
facteurs politiques et institutionnels sur la cyclicité de la politique budgétaire. Une première
catégorie de variables fait référence aux indicateurs exclusivement liés à la qualité des
institutions50 alors qu’une seconde catégorie fait référence aux facteurs politiques et
50
Il s’agit notamment de l’indicateur composite de gouvernance de la Banque Mondiale et de l’indicateur de
perception de la corruption (IPC) de l’ONG Transparency International.
179
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
51
Les données disponibles su l’indicateur composite de gouvernance de la Banque Mondiale, et l’indicateur de
perception de la corruption (IPC) de l’ONG Transparency International ne sont disponibles qu’à partir de 1996.
Quant à la base de l’International Country Risk Guide (ICRG), bien que les données soient disponibles sur une
longue période, on n’y retrouve pas tous les pays de la CEMAC (y figurent seulement le Cameroun, le Congo et
le Gabon).
52
Sa valeur résulte de la différence entre l’indice de démocratie et l’indice d’autocratie, chacun de ces deux indices 180
étant noté de 0 à 10.
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
2009 ; Baddi, 2016), étant donné que les pays en développement en général et ceux de la
CEMAC en particulier sont régulièrement en quête permanente de capitaux.
A cet effet, deux variables sont retenues, à savoir l’aide publique en pourcentage du PIB
(Aide) pour les contraintes de financement externes (Havard et Michael, 2011 ; Mpatswe et al,
2011), et la profondeur du système financier (PF) pour les contraintes de financement internes
(Calderon et Schmidt, 2008). Cette dernière variable est ici mesurée par le crédit intérieur fourni
au secteur privé en % du PIB. Les contraintes de financement externes sont censées avoir un
biais procyclique sur la politique budgétaire tandis que la profondeur du système financier est
censée avoir un effet positif. En effet, l’aide publique extérieure accordée aux pays en
développement en soit même est procyclique (Bulir et Hamann, 2008) alors qu’un marché
financier plus profond permet à l’Etat de se financer aisément aux conditions de marché pendant
les périodes de conjoncture défavorable afin de mener ainsi une politique budgétaire
contracyclique (Baddi, 2016). En plus de ces deux variables, nous incluons également le taux
d’endettement public extérieur dans notre modèle.
Une fois ces différentes variables décrites, les équations (5) et (7) formulées plus haut
peuvent encore s’écrire respectivement comme suit :
181
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
VPBit 0 1EXPANit 2RECEit 3VPBit 1 4 EXPANit Polity2it 5 EXPANit Electionsit
6 EXPANit Aideit 7EXPANit PFit 8EXPANit RBit 9RECEit Polity2it 10RECEit Electionsit (11)
11RECEit Aideit 12RECEit PFit 13RECEit RBit 14 RECEit DETTEit it
Afin de remédier à ces problèmes, la méthode la plus souvent utilisée est celle des
moments généralisés (GMM). L’utilisation de cette méthode nécessite que l’on soit en présence
d’un échantillon de grande taille (N grand) et d’un nombre réduit de périodes (T petit)
(Roodman, 2006), critère qui n’est pas vérifié dans notre cas. Toutefois, d’autres précautions
sont prises dans le cadre de cette étude pour surmonter ce problème. Tout d’abord, nous
normalisons nos différentes variables d’intérêt (dépenses publiques globales, dépenses
publiques de consommation, dépenses publiques d’investissement et écart de production) par
rapport à la partie tendancielle du PIB encore appelée PIB potentiel53 (Gali et Perotti ;2003 ;
Guillaumont et Tapsoba, 2009) afin de réduire le biais de simultanéité.
Ensuite, nous utilisons la méthode des variables instrumentales pour estimer nos
différentes équations. Comme instruments, nous retenons l’écart de production retardé d’une
53
Cette méthode est également utilisée par Guillaumont et Tapsoba (2009). Le PIB potentiel est obtenu en
appliquant le filtre d’Hodrick et Prescott sur le PIB réel en utilisant comme paramètre de lissage la valeur 100
recommandée pour les données annuelles.
182
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
période et l’écart de production de la Chine54 (tous deux normalisés par rapport à leur niveau
potentiel) En effet, Gali et Perotti (2003) recommande d’instrumentaliser l’output gap de
chaque pays avec celui d’un autre pays (ou un groupe de pays) avec lequel il est probable qu’il
soit corrélé pour une raison ou pour une autre exceptée celle d’une coordination de politiques
budgétaires. Or, il s’avère que la Chine est le principal partenaire commercial commun à
l’ensemble des pays de la CEMAC, ce qui justifie notre choix. Toutefois, comme le soulignent
Gali et Perotti (2003), un des potentiels problèmes pouvant survenir lorsque ces instruments
sont utilisés est leur possible corrélation en raison d’une potentielle corrélation entre les
politiques budgétaires des pays partenaires lorsque celles-ci sont modifiées simultanément face
à un choc commun. Afin de résoudre ce problème, nous incluons lors de nos estimations, tout
comme Gali et Perotti (2003), en plus des effets fixes individuels les effets fixes temporels.
Ainsi, les variables muettes représentant les années absorberaient les chocs communs
susceptibles de survenir.
Dans le cadre de ce chapitre, nous utilisons les données annuelles sur la période 1987-
2016. Ces données proviennent de sources diverses : Les données budgétaires (dépenses
publiques globales, dépenses publiques d’investissement et dépenses publiques de
consommation) proviennent de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC).
Les données portant sur le PIB, la dette publique extérieure, l’aide publique, et la profondeur
financière (crédit au secteur au privé en pourcentage du PIB) proviennent de la base WDI de la
Banque Mondiale. En ce qui concerne les données politiques et institutionnelles, elles
proviennent de la base Polity IV pour la variable polity2 et du le site web « African Elections
Database » pour les élections.
Dans cette section de notre travail, nous analysons de façon empirique la cyclicité de la
politique budgétaire dans la zone CEMAC. Comme signalée dès l’entame de ce chapitre, cette
analyse porte à la fois sur l’étude du comportement cyclique de la politique budgétaire et sur
l’analyse de ses potentiels déterminants.
54
Par ailleurs, l’exogénéité de ces instruments a été à chaque fois validée par le test de Sargan qui a pour hypothèse
nulle l’exogénéité des instruments utilisés.
183
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Par ailleurs, on observe que le coefficient associé à la variable budgétaire retardée d’une
période est positif et également significatif au seuil de 1% bien que de très faible ampleur, ce
qui sous-entend que la politique budgétaire est faiblement inerte dans la CEMAC. Sur le plan
théorique cette inertie de la politique budgétaire est attribuée aux délais d’actions dans leur mise
en œuvre.
184
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Tableau 4-1- Cyclicité de la politique budgétaires dans la zone CEMAC (modèle simple)
En ce qui concerne les dépenses publiques désagrégées, les résultats montrent également
qu’elles sont toutes aussi procycliques, avec une légère supériorité des dépenses publiques
d’investissement par rapport aux dépenses publiques de consommation, bien que les
coefficients à eux associés soient inférieurs à l’unité.
185
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Un effet négatif du taux d’endettement public extérieur retardé est également observé
sur les dépenses publiques d’investissement. En revanche, en ce qui concerne les dépenses
publiques de consommation, on constate qu’elles réagissent positivement à une augmentation
de la dette publique antérieure, ce qui sous-entend que face à une dette publique extérieure
élevée, l’assainissement budgétaire est plus axé sur les dépenses de consommation. Cela sous-
entend également que la dette publique extérieure contractée par les Etats de la CEMAC est
plus orientée vers les dépenses les dépenses publiques d’investissement.
186
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
que la cyclicité de la politique budgétaire est mitigée suivant l’instrument budgétaire utilisé. En
effet, on observe que les dépenses publiques globales et les dépenses publiques
d’investissement sont procycliques alors que les dépenses publiques de consommation sont
acycliques. Cela s’est traduit par un coefficient négatif et significatif au seuil de 10% pour les
premières (voir colonnes 1 et 3) et un coefficient positif mais non significatif pour les secondes
(voir colonne 2).
A travers ces résultats, il apparaît clairement que la réaction des autorités budgétaires
dans la CEMAC est plus marquée pendant les phases de conjoncture favorable que celles de
basse conjoncture. En effet, on observe qu’en valeur absolue, les coefficients associés au cycle
économique pendant les phases d’expansion sont supérieurs à ceux observés pendant les phases
de récession. En d’autres termes les autorités budgétaires de la CEMAC recourent à une
augmentation des dépenses publiques pendant les périodes d’expansion plus que
proportionnelle à leur diminution pendant les périodes de récession. Cela est plus marqué
187
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
notamment pour les dépenses publiques d’investissement. Ce résultat peut s’expliquer entre
autres par la forte dépendance des économies de la CEMAC à l’exportation des matières
premières et notamment du pétrole, qui auraient tendance à dépenser plus qu’il n’en faut lorsque
le cours des matières subit une hausse et à revoir leurs dépenses à la baisse (notamment les
dépenses publiques d’investissement) lorsque ce cours est à la baisse comme ce fut le cas au
cours de ces dernières années. Cette plus grande procyclicité des dépenses publiques
d’investissement par rapport aux dépenses publiques de consommation peut s’expliquer par le
fait que les pouvoirs publics disposent d’une plus grande marge de manœuvre à réajuster leurs
dépenses en investissement comparativement aux dépenses publiques de consommation qui
sont difficilement réajustables (surtout à la baisse) de par leur composition (traitements et
salaires, dépenses de biens et services, subventions et transferts, intérêts sur la dette publique).
De façon globale, il ressort de ce premier pan de notre analyse empirique que la politique
budgétaire est procyclique dans la CEMAC, résultat qui corrobore entre autres celui de
Guillaumont et Tapsoba (2011) et celui de Bikai (2015). En revanche, en ce qui concerne
l’analyse empirique de la cyclicité de la politique budgétaire selon les différentes phases de la
conjoncture, nos résultats ne corroborent qu’en partie ceux de ces auteurs. En effet,
contrairement à ces auteurs qui trouvent une procyclicité et une acyclicité de la politique
budgétaire respectivement pendant les phases d’expansion et les phases de récession, nos
résultats mettent en exergue une procyclicité de la politique budgétaire durant ces différentes
phases, même si toutefois cette procyclicité ne concerne essentiellement que les dépenses
publiques d’investissement. Cette procyclicité de la politique budgétaire dans la CEMAC nous
amène à nous interroger sur les principaux facteurs susceptibles de l’expliquer.
Tout comme précédemment, nous analysons dans un premier temps les déterminants de
la cyclicité de la politique budgétaire dans un cadre général et dans un second temps en
distinguant les différentes phases de la conjoncture.
Le tableau 4-4 suivant présente les résultats issus de l’analyse empirique des
déterminants de la cyclicité de la politique budgétaire dans la zone CEMAC.
188
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
189
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
revanche, les élections semblent n’avoir aucun effet sur le comportement cyclique de la
politique budgétaire, du fait de la non significativité du coefficient à elles associés.
En ce qui concerne les règles budgétaires, le coefficient d’interaction entre elles et les
dépenses publiques globales est positif et significatif au seuil de 10%, négatif et significatif au
seuil de 1% pour les dépenses publiques de consommation, positif et non significatif pour les
dépenses publiques d’investissement. Ce résultat laisse sous-entendre que de façon globale, les
règles budgétaires renforcent le biais procyclique de la politique budgétaire dans la CEMAC,
190
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
corroborant ainsi ceux de Guillaumont et Tapsoba (2011) et Bikai (2015). Toutefois, ce résultat
montre également que les règles budgétaires ont un biais contracyclique sur les dépenses
publiques de consommation. Ce qui suppose que les efforts consentis par les autorités
budgétaires de la zone CEMAC pour réduire les déficits budgétaires en période d’expansion
sont plus axés sur les dépenses publiques courantes, et peut s’expliquer par l’existence d’un
critère de convergence de second rang dans la zone qui prescrit que le ratio masse
salariale/recettes fiscales soit inférieure ou égale à 35% dans chaque pays.
191
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
192
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Quant aux élections, même si aucun effet significatif n’a été observé lors de nos
précédentes analyses, il s’avère qu’elles accentuent la procyclicité de la politique budgétaire en
période d’expansion dans la CEMAC contrairement à la période de récession où elles sont sans
effet. Cela suppose que lorsqu’une élection survient en période de conjoncture favorable dans
la CEMAC, les gouvernements ont tendance à dépenser davantage pour se faire réélire comme
le prédit la théorie de cycles politico-économiques.
193
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
positif et significatif pour l’essentiel de ces variables pendant les phases de récession. Ce
résultat traduit l’effet asymétrique de la dette publique sur la cyclicité de la politique budgétaire
dans la CEMAC. Ainsi, un taux d’endettement public extérieur élevé réduit le biais procyclique
de la politique budgétaire en période d’expansion, alors qu’il accentue ce biais en période de
récession. Ce résultat peut s’expliquer par exemple par le fait qu’en période de conjoncture
défavorable comme lors de la flambée des prix des matières premières sur le marché
international, les autorités budgétaires de la CEMAC au lieu d’accroître exagérément leurs
dépenses consacrent une partie des recettes perçues au paiement du service de la dette publique
extérieure.
En ce qui concerne les règles budgétaires, il apparaît qu’elles tendent à réduire le biais
procyclique de la politique budgétaire pendant les phases d’expansion et à l’accentuer pendant
les phases de récession. Dans nos analyses économétriques, cela se traduit un coefficient associé
à la variable d’interaction entre et le cycle et les règles budgétaires négatif et significatif au seuil
de 1% pour les différentes variables budgétaires pendant les phases d’expansion, et un
coefficient positif et également significatif pendant les périodes de récession, notamment pour
les dépenses publiques globales et les dépenses d’investissement.
Conclusion du chapitre
194
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
En nous focalisant sur l’analyse des déterminants de cette procyclicité, nos résultats
indiquent que certains facteurs tendent à réduire le bais procyclique da la politique budgétaire
dans la zone CEMAC alors que d’autres tendent à l’accentuer. Parmi les premiers, on retrouve
le renforcement du processus démocratique, la profondeur du système financier et
l’endettement public extérieur. Parmi les seconds, figurent notamment les contraintes de
financements externes matérialisées par l’aide publique extérieure et les règles budgétaires. En
étendant notre analyse aux différentes phases de la conjoncture, les différents résultats ont
révélé que l’incidence de ces facteurs sur la cyclicité de la politique budgétaire varie d’une
phase de la conjoncture à une autre. Il s’agit notamment de la nature du régime politique, des
contraintes de financements externes, des contraintes de financement internes et des règles
budgétaires.
De façon globale, ces résultats montrent que l’orientation budgétaire dans la CEMAC
n’est pas de nature à lisser efficacement le cycle conjoncturel, et par conséquent limite
l’efficacité de la politique budgétaire en matière de stabilisation macroéconomique. Ce qui
laisse transparaître la nécessité pour les pays de la zone CEMAC de mettre sur pied des
politiques budgétaires contracycliques qui non seulement devraient permettre de lisser les
fluctuations conjoncturelles, mais aussi de réduire la probabilité d’occurrence des chocs
asymétriques dans la zone. Au regard des différents facteurs explicatifs de la cyclicité
budgétaire, cela passe nécessairement par une amélioration de la qualité des institutions via le
renforcement du système démocratique, l’amélioration du système financier qui permettra de
mobiliser davantage d’épargne et une révision des règles budgétaires de telle sorte qu’elles
tiennent compte des spécifiés de chaque pays en matière de politique budgétaire.
195
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
196
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
ANNEXES DU CHAPITRE 4
45
Crédit accordé au secteur privé/PIB (en %)
40
35
30
25
20
15
10
0
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
Cameroun Congo Gabon Guinée E. RCA Tchad
Annexes 4-2 : Evolution de l’aide publiques extérieure dans les pays de la CEMAC
70
60
Aide publique extéieure (en % du PIB)
50
40
30
20
10
0
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
-10
197
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Annexes 4-4 : Années électorales dans les pays de la CEMAC de 1987 à 2016
198
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Conclusion générale
Cette thèse avait pour principal objectif d’étudier l’efficacité des budgétaires en termes
de stabilisation macroéconomique dans la CEMAC, rassemblement de six pays en
développement formant une union monétaire hétérogène. Dans la poursuite cet objectif, elle a
été organisée autour de quatre chapitres dont un chapitre introductif et trois chapitres
empiriques. Le deuxième chapitre (premier essai) étudie les effets des chocs de politique
budgétaire sur l’activité économique dans les différents pays de la CEMAC. Le troisième
chapitre (deuxième essai) analyse les effets macroéconomiques des consolidations budgétaires.
Le quatrième chapitre (troisième essai) étudie la cyclicité de la politique budgétaire. Les
principales conclusions qui en découlent peuvent être résumées comme suit :
Tout d’abord, pour ce qui est du deuxième chapitre, il en est ressorti de façon globale
que l’activité économique réagit positivement à court et à moyen termes aux chocs
discrétionnaires de dépenses publiques globales et de dépenses publiques désagrégées
(dépenses publiques de consommation et dépenses publiques d’investissement) dans les
différents pays de la CEMAC et négativement aux chocs discrétionnaires de recettes fiscales,
et où en ont découlé des multiplicateurs budgétaires tous inférieurs à l’unité. Par ailleurs,
l’analyse des canaux de transmission de la politique budgétaire dans la CEMAC au travers de
l’ examen des effets des chocs discrétionnaires de dépenses publiques et de recettes fiscales sur
les principales composantes de la demande globale (consommation et investissement privés) et
sur l’inflation a fait état de l’existence des effets ricardiens dans certains pays (Gabon, Guinée
Equatoriale) et des effets d’éviction (Congo, la Guinée Equatoriale el Tchad ) contrairement
aux autres pays où des effets keynésiens ont été observés. En outre, un choc discrétionnaire de
dépenses publiques globales s’est traduit par une baisse du niveau général des prix dans
l’ensemble des pays de la zone CEMAC.
Ensuite, pour ce qui est du troisième chapitre, l’analyse empirique nous a dans un
premier temps permis d’identifier 22 épisodes de consolidations budgétaires dans la zone
CEMAC dont la majorité au Tchad (6 épisodes). Préalablement, nous avons analysé les
principaux déterminants de ces consolidations budgétaires. De cette analyse, il en est ressorti
que les consolidations budgétaires dans la CEMAC dépendaient essentiellement de la
conjoncture économique, de la situation des finances publiques et de l’équilibre extérieur.
L’analyse des effets macroéconomiques des consolidations budgétaires proprement dite a
199
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
révélé que ces dernières avaient des effets keynésiens sur l’activité économique dans la zone
CEMAC, effets keynésiens qui émaneraient principalement des consolidations budgétaires
axées sur la réduction des dépenses publiques.
Enfin, en ce qui concerne le quatrième chapitre, les résultats empiriques ont dans un
premier temps confirmé la nature procyclique de la politique budgétaire dans la zone CEMAC,
procyclicité qui s’est confirmée aussi bien pendant les phases d’expansion que les phases de
récession. Dans un second temps, à travers une analyse plus poussée, il s’est avéré que le
comportement cyclique de la politique budgétaire dans la CEMAC ne dépend pas seulement de
l’état de l’économie dans le cycle, mais aussi de nombreux facteurs d’ordres économiques et
sociopolitiques. En effet, l’analyse des déterminants de la cyclicité de la politique budgétaire
dans la zone CEMAC a révélé entre autres qu’un système financier plus profond et le
renforcement du processus démocratique tendent à réduire le biais procyclique da la politique
budgétaire dans la zone, alors que les contraintes de financements externes et les règles
budgétaires imposées dans le cadre de la surveillance multilatérale tendent à l’accentuer. Par
ailleurs, l’analyse empirique a également révélé que l’incidence de de ces facteurs sur la
cyclicité de la politique budgétaire dépend de l’état de la conjoncture.
Au regard de ces différents résultats, il apparaît clairement que les politiques budgétaires
telles qu’elles sont actuellement menées par les différents pays de la CEMAC ne sont pas de
nature à répondre efficacement aux chocs spécifiques. Afin de remédier à cela, les
gouvernements de la CEMAC devraient :
200
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Malgré la robustesse des différents résultats empiriques obtenus tout au long de cette
thèse, il convient cependant de relever qu’ils comportent quelques limites qu’il convient de
surmonter. La première limite réside dans la non prise en compte la nature du cycle économique
dans l’analyse des effets de chocs de politique budgétaire sur l’activité économique telle
qu’effectuée au deuxième chapitre, car il est de plus en plus démontré que la taille des
multiplicateurs budgétaires est susceptible de varier en fonction de la nature du cycle
économique. La deuxième limite concerne l’approche d’identification des épisodes de
consolidations budgétaires utilisée au troisième chapitre. En effet, nous avons opté pour une
approche quantitative lors de l’identification les différents épisodes de consolidations
budgétaire or, cette approche est susceptible d’une part d’engendrer un biais d’endogénéité car
ne prenant pas en compte les motivations qui ont poussé à la consolidation budgétaire, et d’autre
part d’omettre certains épisodes consolidation budgétaire.
La troisième limite réside dans la non prise en compte de certaines variables, notamment
des variables reflétant la qualité des institutions suite à leur indisponibilité sur une longue
période pour certains pays de notre échantillon, et qui nous auraient permis de mieux expliquer
le comportement cyclique de la politique budgétaire dans la CEMAC. Ces différentes limites
ne remettent cependant pas en cause la fiabilité de ce travail, car les résultats obtenus dans cette
thèse restent cohérents dans leur globalité avec ceux des études théoriques et empiriques
antérieures.
Par ailleurs, la présente thèse offre quelques perspectives pour des recherches futures.
Afin d’enrichir davantage la littérature sur l’efficacité des politiques budgétaires en union
monétaire, il serait par exemple intéressant de mener des recherches futures sur cette question
en évaluant l’ampleur des multiplicateurs budgétaires par des modèles non linéaires du type
STVAR : (Smooth Transition Vector Autoregressive) tel que proposés par Auerbach et
Gorodnichenko (2012a). Il serait tout aussi intéressant d’identifier les différents chocs
budgétaires ainsi que les épisodes de consolidations budgétaires en suivant une approche
narrative. Une autre piste intéressante serait d’évaluer l’efficacité de la politique budgétaire
suivant la structure fonctionnelle des dépenses publiques et et non la structure économique
comme ce fut le cas dans cette étude.
201
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Abeysinghe T. et Rajaguru G. (2004), « Quarterly real GDP estimates for China and ASEAN4
with a forecast evaluation », Journal of Forecasting, vol. 23, n°6, pp. 431‑447.
Adedeji O. et Williams O. (2007), « Fiscal Reaction functions in the CFA Zone : An analytical
perspective », IMF Working Papers, n°232.
Afonso A. et Claeys P. (2008), « The dynamic behaviour of budget components and output »,
Economic Modelling, vol. 25, n°1, pp. 93‑117.
Afonso A. et Jalles J.T. (2012), « Measuring the success of fiscal consolidations », Applied
Financial Economics, vol. 22, n°13, pp. 1053‑1061.
Afonso A. et Sousa R.M. (2012), « The macroeconomic effects of fiscal policy », Applied
Economics, vol. 44, n°34, pp. 4439–4454.
Afonso A. et Sousa R.M. (2012b), « The macroeconomic effects of fiscal policy », Applied
Economics, vol. 44, n°34, pp. 4439–4454.
Aghion P., Hemous D. et Kharroubi E. (2009), « Credit constraints, cyclical fiscal policy and
industry growth », NBER Working Paper, n°15119.
Aghion P., Marinescu I., Caballero R.J. et Kashyap A.K. (2007), « Cyclical budgetary
policy and economic growth : What do we learn from OECD panel data ? [With comments and
discussion] », NBER Macroeconomics annual, vol. 22, pp. 251–297.
Aizenman J., Gavin M. et Hausmann R. (1996), « Optimal tax policy with endogenous
borrowing constraints », NBER Working Paper, n°5558.
Aizenman J., Gavin M. et Hausmann R. (2000), « Optimal tax and debt policy with
endogenously imperfect creditworthiness », Journal of International Trade & Economic
Development, vol. 9, n°4, pp. 367–395.
Akiboty, B., Clement, B., Gupta, S., et Inchauste, G. (2004), “The Cyclical and Long-Term
Behavior of Government Expenditure in Developing Countries”, IMF Working Paper, n°202.
Alberola E., Kataryniuk I., Melguizo Á. et Orozco R. (2016), « Fiscal policy and the cycle
in Latin America : the role of financing conditions and fiscal rules », BIS Working Papers,
n°543.
Alesina A. (2012), « Fiscal policy after the great recession », Atlantic Economic Journal,
vol. 40, n°4, pp. 429–435.
202
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Alesina A. et Ardagna S. (1998), « Tales of fiscal adjustment », Economic policy, vol. 13,
n°27, pp. 488–545.
Alesina A. et Ardagna S. (2010), « Large changes in fiscal policy : taxes versus spending »,
Tax policy and the economy, vol. 24, n°1, pp. 35–68.
Alesina, A., et Ardagna, S. (2012), « The design of fiscal adjustments », NBER Working
Paper, n°18423.
Alesina A., Ardagna S., Perotti R. et Schiantarelli F. (2002), « Fiscal policy, profits, and
investment », American economic review, vol. 92, n°3, pp. 571–589.
Alesina A., Campante F.R. et Tabellini G. (2008), « Why is fiscal policy often procyclical
? », Journal of the european economic association, vol. 6, n°5, pp. 1006–1036.
Alesina A., Favero C. et Giavazzi F. (2012), « The output effects of fiscal adjustments »,
NBER Working Paper, n°18336.
Alesina A. et Giavazzi F. (2012), Fiscal policy after the financial crisis, University of Chicago
Press.
Alesina, A., et Perotti, R. (1995), « Fiscal expansion and adjustments in OECD countries »,
Economic Policy, Vol.21, n°5, p.248.
Alesina, A., et Perotti, R. (1996), « Fiscal adjustments in OECD countries : Composition and
macroeconomic effects », NBER Working Paper, n°5730.
Alesina A., Perotti R., Tavares J., Obstfeld M. et Eichengreen B. (1998), « The political
economy of fiscal adjustments », Brookings Papers on Economic Activity, vol. 1998, n°1,
pp. 197–266.
Alesina, A., Prati, A. et Tabellini, G. (1990), « Public Confidence and Debt Management : A
Model and A Case Study of Italy », NBER Working Paper, n°3135.
Alesina, A., et Tabellini, G. (2005), « Why is Fiscal Policy Often Procyclical ? », NBER
Working Paper, n°11600.
Ardagna S. (2004), « Fiscal stabilizations : When do they work and why », European
Economic Review, vol. 48, n°5, pp. 1047–1074.
Ardagna S., Caselli F. et Lane T. (2007), « Fiscal discipline and the cost of public debt service
: some estimates for OECD countries », The BE Journal of Macroeconomics, vol. 7, n°1, pp.
28.
203
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Artis, M., et Zhang, W. (2001), « Core and Periphery in EMU : A Cluster Analysis »,
Economie Issues, vol.6, n°2, pp.39-59.
Avom D. (2007), « La coordination des politiques budgétaires dans une union monétaire :
l’expérience récente des pays de la Cemac », Revue Tiers Monde, n°4, pp. 871–893.
Aygun, G., et Gulzar, T. (2016), « Government spending effectiveness and the quality of fiscal
institutions », MPRA Paper, n°72177.
Baddi H. (2016), « politique budgétaire et cycle économique au Maroc : qualité des institutions
et contraintes de financement », Finance & Finance Internationale, n°4.
Badinger H. (2012), « Cyclical expenditure policy, output volatility and economic growth »,
Applied Economics, vol. 44, n°7, pp. 835–851.
Barrios S. et Fargnoli R. (2010), « Discretionary measures and tax revenues in the run-up to
the financial crisis », Directorate General Economic and Financial Affairs (DG ECFIN), EEEP
204
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Barro R.J. (1974a), « Are government bonds net wealth ? », Journal of political economy,
vol. 82, n°6, pp. 1095–1117.
Barro R.J. (1974b), « Ricardian Equivalence », Journal of political economy, vol. 82,
pp. 1095–117.
Barro R.J. (1989), « The Ricardian approach to budget deficits », Journal of Economic
perspectives, vol. 3, n°2, pp. 37–54.
Barro R.J. et Redlick C.J. (2011), « Macroeconomic effects from government purchases and
taxes », The Quarterly Journal of Economics, vol. 126, n°1, pp. 51–102.
Batini N., Callegari G. et Melina G. (2012), « Successful austerity in the United States,
Europe and Japan », IMF Working Paper, n°12/190.
Batini N., Eyraud L. et Weber A. (2014), « A simple method to compute fiscal multipliers »,
IMF Working Paper, n°14/93.
Baum A. et Koester G.B. (2011), « The impact of fiscal policy on economic activity over the
business cycle-evidence from a threshold VAR analysis », Deutsche Bundesbank Discussion
Paper Series 1 : Economic Studies n°03/2011.
Baum M.A., Poplawski-Ribeiro M.M. et Weber A. (2012), « Fiscal Multipliers and the State
of the Economy », IMF Working Paper, n°12/286.
Baxter M. et King R.G. (1993), « Fiscal policy in general equilibrium », The American
Economic Review, vol. 83, n°3, pp. 315–334.
Bayoumi T. (1994), « A formal model of optimum currency areas », Staff Papers, vol. 41, n°4,
pp. 537–554.
Bayoumi T.A., Eichengreen B.J. et Eichengreen B.J. (1994), One money or many ?
Analyzing the prospects for monetary unification in various parts of the world, International
Finance Section, Department of Economics, Princeton University.
205
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
for economic stabilization », Staff Papers, vol. 42, n°1, pp. 32–48.
Bertola G. et Drazen A. (1993), « Trigger points and budget cuts : explaining the effects of
fiscal austerity », American Economic Review, vol. 83, n°1, pp. 11-26.
Bikai J. L., Yogo T., et Essiane P.N. (2017), « Quantification du multiplicateur budgétaire
dans les pays de la CEMAC », BEAC Working Paper, n°7/17.
Blanchard, O. (1990), « Suggestions for a New Set of Fiscal indicators », OECD Department
of Economics and Statistics Working Papers, n° 79.
Blanchard, O. (1993), « Suggestions for a New Set of Fiscal Indicators », in The New Political
Economy of Government Debt, Elsevier Science Publishers.
Blanchard O.J. et Leigh D. (2013a), « Growth forecast errors and fiscal multipliers »,
American Economic Review, vol. 103, n°3, pp. 117–20.
Blanchard O.J. et Quah D. (1988), The dynamic effects of aggregate demand and supply
disturbances, National Bureau of Economic Research Cambridge, Mass., USA.
Bobbo A. (2016), « Régime de change et cyclicité budgétaire dans les pays africains »,
L’Actualité économique, vol. 92, n°3, pp. 515–544.
Boiciuc I. (2015), « The effects of fiscal policy shocks in Romania. A SVAR Approach »,
Procedia Economics and Finance, vol. 32, pp. 1131–1139.
206
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Bouthevillain C. et Dufrénot G. (2011), « Are the effects of fiscal changes different in times
of crisis and non crisis ? The French case », Revue d’économie politique, vol. 121, n°3, pp. 371–
407.
Bouthevillain C., Dufrénot G., Frouté P. et Paul L. (2013), Les politiques budgétaires dans
la crise : comprendre les enjeux actuels et les défis futurs, De Boeck Superieur.
Braun M. (2001), « Why is fiscal policy procyclical in developing countries », in Three Essays
on Economic Policy in Developing Countries, PhD Dissertation, Harvard University
Economics Department.
Buchanan J.M. et Tullock G. (1962), The calculus of consent, University of Michigan Press
Ann Arbor.
Buiter W.H. (1999), « The fallacy of the fiscal theory of the price level », NBER Working
Paper, n°7302, August.
Buiter W.H. (2000), Optimal currency areas : why does the exchange rate regime matter ?
(With an application to UK membership in EMU), Centre for Economic Performance, London
School of Economics and Political.
Buiter W.H. (2002), « The fiscal theory of the price level : A critique », The Economic Journal,
vol. 112, n°481, pp. 459–480.
Burger A. et Zagler M. (2008), « US growth and budget consolidation in the 1990s : was there
a non-Keynesian effect ? », International Economics and Economic Policy, vol. 5, n°1‑2,
pp. 225–235.
Burnside C., Eichenbaum M. et Fisher J.D. (2004), « Fiscal shocks and their consequences »,
Journal of Economic theory, vol. 115, n°1, pp. 89–117.
Burriel P., De Castro F., Garrote D., Gordo E., Paredes J. et Pérez J.J. (2010), « Fiscal
policy shocks in the euro area and the US : an empirical assessment », Fiscal Studies, vol. 31,
n°2, pp. 251–285.
Caballero R.J. et Krishnamurthy A. (2004), « Fiscal policy and financial depth », NBER
Working Paper, n° 10532, May.
Caldara D. et Kamps C. (2006), « What do we know about the effects of fiscal policy shocks
? A Comparative Analysis », Stockholm University, mimeo.
207
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Caldara D. et Kamps C. (2008), « What are the effects of fiscal policy shocks ? A VAR-based
comparative analysis », ECB Working Paper, n° 877.
Calderon C., Chong A. et Stein E. (2007), « Trade intensity and business cycle
synchronization : Are developing countries any different ? », Journal of international
Economics, vol. 71, n°1, pp. 2–21.
Calderón C. et Schmidt-Hebbel K. (2008), « Business cycles and fiscal policies : The role of
institutions and financial markets », Central Bank of Chile Working Paper, n°481.
Cayemitte J.M. (2010), « La Trimestrialisation du PIB réel d’Haïti pour les Méthodes de
Chow-Lin, Fernandez et Litterman », ERMES Working Papers, n°1003, University Paris 2.
Çebi C. (2010), « The effects of fiscal policy shocks on output in Turkey : SVAR analysis »,
The Journal of Economics, Business and Finance, vol. 25, n°290, pp. 9–34.
Chow G.C. et Lin A. (1971), « Best linear unbiased interpolation, distribution, and
extrapolation of time series by related series », The Review of Economics and Statistics, vol.53,
n°4, pp. 372–375.
Çiçek D. et Elgin C. (2011), « Cyclicality of fiscal policy and the shadow economy »,
Empirical Economics, vol. 41, n°3, pp. 725–737.
Coenen G., Erceg C.J., Freedman C., Furceri D., Kumhof M., Lalonde R., Laxton D.,
Lindé J., Mourougane A. et Muir D. (2012), « Effects of fiscal stimulus in structural
models », American Economic Journal : Macroeconomics, vol. 4, n°1, pp. 22–68.
208
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Cogan J.F., Cwik T., Taylor J.B. et Wieland V. (2010), « New Keynesian versus old
Keynesian government spending multipliers », Journal of Economic dynamics and control,
vol. 34, n°3, pp. 281–295.
Combes J.-L., Minea A. et Sow M. (2017), « Is fiscal policy always counter-(pro-) cyclical ?
The role of public debt and fiscal rules », Economic Modelling, vol. 65, pp. 138–146.
Combes J.-L. et Mustea L. (2014), « Une analyse des multiplicateurs budgétaires : quelles
leçons pour les pays en développement et émergents ? », Mondes en développement, n°3,
pp. 17–33.
Corsetti G., Meier A. et Müller G.J. (2012), « What determines government spending
multipliers ? », Economic Policy, vol. 27, n°72, pp. 521–565.
Creel J., Heyer E. et Plane M. (2011), « Petit précis de politique budgétaire par tous les
temps », Revue de l’OFCE, n°1, pp. 61–88.
Darvas Z., Rose A.K. et Szapáry G. (2005), « Fiscal divergence and business cycle
synchronization : irresponsibility is idiosyncratic », », NBER Working Papers, n°11580.
De Castro F. et Cos P.H. de (2008), « The economic effects of fiscal policy : the case of
Spain », Journal of Macroeconomics, vol. 30, n°3, pp. 1005–1028.
Denton F.T. (1971), « Adjustment of monthly or quarterly series to annual totals : an approach
based on quadratic minimization », Journal of the American Statistical Association, vol. 66,
n°333, pp. 99–102.
Deskar Škrbić M. et Šimović H. (2015), « The size and determinants of fiscal multipliers in
Western Balkans : comparing Croatia, Slovenia and Serbia », EFZG working paper series,
n°10, pp. 1–21.
Devarajan S., Swaroop V. et Zou H.-F. (1996), « The composition of public expenditure and
economic growth », Journal of Monetary Economics, vol. 37, n°2‑3, pp. 313‑344.
Devries, P., Guajardo, J., Leigh, D., et Pescatori, A. (2011), « A new action-based dataset of
fiscal consolidation », IMF Working Paper, n° 11/128.
Diallo O. (2009), « Tortuous road toward countercyclical fiscal policy : Lessons from
209
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
democratized sub-Saharan Africa », Journal of Policy Modeling, vol. 31, n°1, pp. 36–50.
Dickey D.A. et Fuller W.A. (1979), « Distribution of the estimators for autoregressive time
series with a unit root », Journal of the American statistical association, vol. 74, n°366a,
pp. 427–431.
Dickey D.A. et Fuller W.A. (1981), « Likelihood ratio statistics for autoregressive time series
with a unit root », Econometrica : Journal of the Econometric Society, pp. 1057–1072.
Easterly W. et Rebelo S. (1993), « Fiscal policy and economic growth », Journal of monetary
economics, vol. 32, n°3, pp. 417–458.
Edelberg W., Eichenbaum M. et Fisher J.D. (1999), « Understanding the effects of a shock
to government purchases », Review of Economic Dynamics, vol. 2, n°1, pp. 166–206.
Endegnanew Y. (2012), « The cyclicality of fiscal policy in good and bad times », Job market
paper. Universitat Autonoma de Barcelona.
Fatás A. et Mihov I. (2001), « The effects of fiscal policy on consumption and employment :
theory and evidence », CEPR Discussion Papers, n°2760.
Fatás A. et Mihov I. (2003), « The case for restricting fiscal policy discretion », The Quarterly
Journal of Economics, vol. 118, n°4, pp. 1419–1447.
Fatás A. et Summers L.H. (2018), « The permanent effects of fiscal consolidations », Journal
of International Economics, vol. 112, pp. 238–250.
Favero C. et Giavazzi F. (2012), « Measuring tax multipliers : The narrative method in fiscal
VARs », American Economic Journal : Economic Policy, vol. 4, n°2, pp. 69–94.
Feldstein, M. (2009), « Rethinking the role of fiscal policy», NBER Working Paper, n°14684,
Cambridge, MA.
Fidrmuc J. (2005), « The endogeneity of the optimum currency area criteria and intra-industry
trade : Implications for EMU enlargement », De Grauwe, P. et Mélitz, J.(Eds.), pp. 55–76.
Fiorito M.R. (1997), « Stylized facts of government finance in the G-7 », IMF Working Paper,
210
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
n°97/142.
Fiorito R. et Kollintzas T. (1994), « Stylized facts of business cycles in the G7 from a real
business cycles perspective », European Economic Review, vol. 38, n°2, pp. 235–269.
Fleming J.M. (1961), « Internal Financial Policies Under Fixed and Floating Exchange
Rates », Departmental Memorandum, vol. 61, n°28, pp. 430.
Fleming J.M. (1971), « On exchange rate unification », the economic Journal, vol. 81, n°323,
pp. 467–488.
Fleming J.M. et Mundell R.A. (1963), « Official intervention on the forward exchange market
: a simplified analysis », Staff Papers, vol. 11, n°1, pp. 1–19.
FMI. (2010), “Will it hurt ? Macroeconomic effects of fiscal consolidation”, IMF World
Economic Outlook, Ch.3, October.
Fouda Owoundi J. (2009), « La convergence des politiques économiques dans la zone franc :
où en est-on 15 ans après ? », L’Actualité économique, vol. 85, n°3, pp. 319–354.
Frankel J.A. et Rose A.K. (1997), « Is EMU more justifiable ex post than ex ante ? »,
European Economic Review, vol. 41, n°3‑5, pp. 753–760.
Frankel J.A. et Rose A.K. (1998), « The endogenity of the optimum currency area criteria »,
The Economic Journal, vol. 108, n°449, pp. 1009–1025.
Frankel J.A., Vegh C.A. et Vuletin G. (2013), « On graduation from fiscal procyclicality »,
Journal of Development Economics, vol. 100, n°1, pp. 32–47.
Frankel J. et Rose A. (1996), « Economic Structure and the Decision to Adopt a Common
Currency », Working Paper, Stockholm - International Economic Studies.
Galí J. et Perotti R. (2003), « Fiscal policy and monetary integration in Europe », economic
policy, vol. 18, n°37, pp. 533–572.
Gankou J. M., Bamou E., et Ekpo A. H. (2003), « Elaboration et Exécution des Budgets de
Lutte Contre la Pauvreté ». Revue Africaine des Sciences Economiques et de Gestion, vol. 5,
pp.93-120.
211
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Grdović Gnip A. (2014), « The power of fiscal multipliers in Croatia », Financial theory and
practice, vol. 38, n°2, pp. 173–219.
Grossman H.I. et Lucas R.F. (1974), « The Macro-Economic Effects of Productive Public
Expenditures », The Manchester School, vol. 42, n°2, pp. 162–170.
Guajardo J., Leigh D., et Pescatori, A. (2011), « Expansionary Austerity : New international
evidence », IMF Working Paper, n°11/158.
Guerguil M., Mandon P. et Tapsoba R. (2017), « Flexible fiscal rules and countercyclical
fiscal policy », Journal of Macroeconomics, vol. 52, pp. 189–220.
Guichard S., Kennedy M., Wurzel E. et André C. (2007), « What Promotes Fiscal
Consolidation : OECD country experiences » ; OECD Working Paper, n°13.
Hall R.E. (2009), « By how much does GDP rise if the government buys more output ? »,
Brookings Papers on Economic Activity, vol.2, pp.183-231.
Hamilton J.D. (1994), « Time Series Econometrics », Princeton University Press, Princeton.
212
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Hicks J.R. (1937), « Mr. Keynes and the" classics"; a suggested interpretation »,
Econometrica: journal of the Econometric Society, pp. 147–159.
Holmes J.M. et Hutton P.A. (1990), « On the casual relationship between government
expenditures and national income », The Review of Economics and Statistics, pp. 87–95.
Ilzetzki E., Mendoza E.G. et Végh C.A. (2010), « How big (small ?) are fiscal multipliers ? »,
NBER Working Papers, n°14191.
Ilzetzki E., Mendoza E.G. et Végh C.A. (2013), « How big (small ?) are fiscal multipliers ? »,
Journal of monetary economics, vol. 60, n°2, pp. 239–254.
Ilzetzki E. et Végh C.A. (2008), « Procyclical fiscal policy in developing countries : Truth or
fiction ? », in NBER Working Papers, n°14191.
Inchauste M.G., Akitoby M.B., Clements M.B.J. et Gupta M.S. (2004a), The cyclical and
long-term behavior of government expenditures in developing countries, International
Monetary Fund.
Inchauste M.G., Akitoby M.B., Clements M.B.J. et Gupta M.S. (2004b), The cyclical and
long-term behavior of government expenditures in developing countries, International
Monetary Fund.
Inklaar R., Timmer M.P. et Van Ark B. (2008), « Market services productivity across Europe
and the US », Economic Policy, vol. 23, n°53, pp. 140–194.
Ishiyama Y. (1975), « The theory of optimum currency areas : a survey », Staff papers, vol. 22,
n°2, pp. 344–383.
213
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Kaminsky G.L., Reinhart C.M. et Végh C.A. (2004), « When it rains, it pours : Procyclical
capital flows and macroeconomic policies », NBER Working Paper, n°10780.
Kamps C. (2006), « Are the effects of fiscal policy really nonlinear ? A note », Empirica,
vol. 33, n°2‑3, pp. 113–125.
Kenen P. (1969a), « The theory of optimum currency areas : an eclectic view », Monetary
problems of the international economy, pp. 41–60.
Kenen P. (1969b), The theory of optimum currency areas : an eclectic view. In (Mundell R.
and A. Swoboda eds.) “Monetary Problems in the International Economy”, Chicago :
University of Chicago Press.
Keynes J.M. (1936), General Theory of Employment, Interest and Money, London :
Macmillan.
Kraay A. (2012), « How large is the government spending multiplier ? Evidence from World
Bank lending », The Quarterly Journal of Economics, vol. 127, n°2, pp. 829–887.
Kumar M.S., Leigh D., et Plekhanov A. (2007), « Fiscal adjustments : Determinants and
macroeconomic consequences », IMF Working Paper, n°07/178, pp. 1-38.
Kwiatkowski D., Phillips P.C., Schmidt P. et Shin Y. (1992), « Testing the null hypothesis
of stationarity against the alternative of a unit root : How sure are we that economic time series
have a unit root ? », Journal of econometrics, vol. 54, n°1‑3, pp. 159–178.
Kydland F.E. et Prescott E.C. (1977), « Rules rather than discretion : The inconsistency of
optimal plans », Journal of political economy, vol. 85, n°3, pp. 473–491.
Lambertini L., et Tavares J.A. (2005), « Exchange Rates and Fiscal Adjustments : Evidence
from the OECD and Implications for the EMU » Contributions to Macroeconomics, vol.5, n°1,
art. 11.
Lane P.R. (2003), « The cyclical behaviour of fiscal policy : evidence from the OECD »,
Journal of Public economics, vol. 87, n°12, pp. 2661–2675.
214
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Lane, P. et Perotti R., (1995), « Profitability, Fiscal Policy, and Exchange Rate Regimes »
mimeo, Hanard University.
Leeper E.M. (1997), « Narrative and VAR approaches to monetary policy : Common
identification problems », Journal of Monetary Economics, vol. 40, n°3, pp. 641–657.
Leigh, D. et Stehn, S.J. (2009), « Fiscal and Monetary Policy during Downturns : Evidence
from the G7 », IMF Working Paper, n°. 50.
Levin A., Lin C.-F. et Chu C.-S.J. (2002), « Unit root tests in panel data : asymptotic and
finite-sample properties », Journal of econometrics, vol. 108, n°1, pp. 1–24.
Litterman R.B. (1983), « A random walk, Markov model for the distribution of time series »,
Journal of Business and Economic Statistics, vol. 1, n°2, pp. 169–173.
Manasse P. (2006), « Procyclical fiscal policy : shocks, rules, and institutions : a view from
mars », IMF Working Paper, n°06/27.
McDermott C.J. et Wescott R.F. (1996), « An empirical analysis of fiscal adjustments », Staff
Papers, vol. 43, n°4, pp. 725–753.
McKinnon R.I. (1963), « Optimum currency areas », The American economic review, vol. 53,
n°4, pp. 717–725.
Mélitz J. (1995), « A suggested reformulation of the theory of optimal currency areas », Open
215
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Mirdala R. (2009), « Effects of fiscal policy shocks in the European transition economies »,
Journal of Applied Research in Finance (JARF), n°2 (2), pp. 141–155.
Mirdala R. (2011), « Financial deepening and economic growth in the European transition
economies », Journal of Applied Economic Sciences (JAES), vol. 6, n°16, pp. 177–194.
Molnar M. (2012), « Fiscal consolidation : What factors determine the success of consolidation
efforts ?», OECD Journal : Economic Studies, vol. 2012, n°1, pp. 123–149.
Mountford A. et Uhlig H. (2002), « What are the effects of fiscal policy shocks ? Centre for
Economic Policy Research », discussion paper, 3338.
Mountford A. et Uhlig H. (2009), « What are the effects of fiscal policy shocks ? », Journal
of applied econometrics, vol. 24, n°6, pp. 960–992.
Mundell R. (2000), « Currency areas, volatility and intervention », Journal of Policy Modeling,
vol. 22, n°3, pp. 281–299.
Mundell R.A. (1961), « A theory of optimum currency areas », The American economic
review, vol. 51, n°4, pp. 657–665.
Musgrave R.A. (1959), The Theory of Public Finance, New York : McGraw Hill
Nakamura, E., et Steinsson, J. (2011), « Fiscal stimulus in a monetary union : Evidence from
U.S. regions », Columbia University working paper, March.
Nordhaus W.D. (1975), « The political business cycle », The review of economic studies,
vol. 42, n°2, pp. 169–190.
Nordhaus W.D., Alesina A. et Schultze C.L. (1989), « Alternative approaches to the political
business cycle », Brookings papers on economic activity, vol. 1989, n°2, pp. 1–68.
216
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
OCDE. (2003), « Cyclicité de la politique budgétaire : le rôle de la dette, des institutions et des
contraintes budgétaires », Perspectives économiques de l’OCDE, n°74, décembre, chapitre IV.
Oehlert G.W. (1992), « A note on the delta method », The American Statistician, vol. 46, n°1,
pp. 27–29.
Ondo Ossa A. (2000), « Zone monétaire et crise de change : le cas de la zone franc africaine »,
Cahiers du SISERA/Secrétariat d’appui institutionnel pour la recherche économique en Afrique
; 2000/1.
Perotti R. (2002), « Estimating the effects of fiscal policy in OECD countries », ECB Working
Paper, n°168.
Perotti R. (2004), « Estimating the effects of fiscal policy in OECD countries », Moeo.
Perotti R. (2007), « Fiscal Policy in Developing Countries : A Framework and Some Questions
», World Bank Policy Research Working Paper Series, n°4365, World Bank Group.
Perotti R. et Lane P.R. (1996), « Profitability, fiscal policy and exchange rate regimes »,
SSRN Scholarly Paper. ID 3737. Rochester, New-York : Social Science Research Network.
Phillips P.C. et Perron P. (1988), « Testing for a unit root in time series regression »,
Biometrika, vol. 75, n°2, pp. 335–346.
Ramey V.A. (2011a), « Can government purchases stimulate the economy ? », Journal of
Economic Literature, vol. 49, n°3, pp. 673–85.
Ramey V.A. (2011b), « Identifying government spending shocks : It’s all in the timing », The
Quarterly Journal of Economics, vol. 126, n°1, pp. 1–50.
Ramey V.A. et Shapiro M.D. (1998), « Costly capital reallocation and the effects of
government spending », Carnegie-Rochester Conference Series on Public Policy, vol. 48,
pp. 145–194.
Ramey V. A., et Shapiro M. D. (2009), « identifying governement spending shocks : It’s all
in the timing », Oxford University Press, vol.126, n°1, pp.1-50.
Ramey V.A. et Zubairy S. (2018), « Government spending multipliers in good times and in
bad : evidence from US historical data », Journal of Political Economy, vol. 126, n°2, pp. 850–
901.
Romer C., et Romer D. (2007), «The Macroeconomic Effects of Tax Changes: Estimates
Based on a New Measure of Fiscal Shocks», NBER Working Paper, n°13264.
217
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Romer C. (2012), « Fiscal policy in the crisis : lessons and policy implications », IMF Fiscal
Forum (Washington : International Monetary Fund), n°18.
Romer C.D. et Romer D.H. (2010), « The macroeconomic effects of tax changes : estimates
based on a new measure of fiscal shocks », American Economic Review, vol. 100, n°3, pp. 763–
801.
Rose A.K. (2000), « One money, one market : the effect of common currencies on trade »,
Economic policy, vol. 15, n°30, pp. 08–45.
Samuelson P.A. (1953), « Prices of factors and good in general equilibrium », The Review of
Economic Studies, vol. 21, n°1, pp. 1–20.
Samuelson P.A. (1954), « The pure theory of public expenditure », The review of economics
and statistics, pp. 387–389.
Samuelson P.A. (1969), « Pure theory of public expenditure and taxation », in: Public
Economics, London, Macmillan, 1969, P 98-123.
Sargent T.J. (1972), « Rational expectations and the term structure of interest rates », Journal
of Money, Credit and Banking, vol. 4, n°1, pp. 74–97.
Schumpeter J.A. (1939b), Business cycles : a theoretical, historical, and statistical analysis
of the capitalist process, McGraw-Hill New York.
Sims C.A. (1980), « Macroeconomics and reality », Econometrica : journal of the Econometric
Society, pp. 1–48.
218
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Smets F., et Wouters, R. (2003), «An estimated stochastic dynamic general equilibrium model
for the euro area», Journal of the European Economic Association, pp. 1123-1175.
Smith, A. (1776), Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Paris,
Gallimard, collection idées, 1976.
Sutherland A. (1997), « Fiscal crises and aggregate demand : can high public debt reverse the
effects of fiscal policy ? », Journal of public economics, vol. 65, n°2, pp. 147–162.
Talvi E. et Végh C.A. (2000), « Tax base variability and procyclical fiscal policy », NBER
Working Papers, n°7499.
Talvi E. et Vegh C.A. (2005), « Tax base variability and procyclical fiscal policy in developing
countries », Journal of Development economics, vol. 78, n°1, pp. 156–190.
Tapsoba, S. J-A. (2007), « Bilateral Trade and Business Cycles Synchronization : African
Monetary Integration Perspective », Economics Bulletin, vol.6, n°25, pp. 1-15.
Tapsoba S.J-A., Mpatswe G. K., et York, R. (2011), « The Cyclicality of Fiscal Policies in
the CEMAC Region », IMF Working Paper, n° 11/205, pp. 1-21.
Tornell, A., et Lane, P. (1999), “The Voracity Effect”, The American Economic Review, vol.89
n°89, pp. 22-46.
Tinbergen J.J. (1939a), « Statistical Testing of Business Cycle Theories : Part I : A Method
and Its Application to Investment Activity », Geneva : League of Nations.
Tornell A. et Lane P.R. (1999), « The voracity effect », American economic review, vol. 89,
n°1, pp. 22–46.
Turrini A. (2008), « Fiscal policy and the cycle in the Euro Area : The role of government
revenue and expenditure », European Commission, Economic Papers, n°323.
Végh C. A., et Vulletin G. (2012), « How is Taxe Conducted over the Business Cycle », NBER
Working Paper series, n° 17753.
219
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
Vegh C.A. et Vuletin G. (2015), « How is tax policy conducted over the business cycle ? »,
American Economic Journal : Economic Policy, vol. 7, n°3, pp. 327–70.
Von Hagen J. et Strauch R.R. (2001), « Fiscal consolidations : Quality, economic conditions,
and success », Public Choice, vol. 109, n°3‑4, pp. 327–346.
Vulentin G., Vegh C.A. et Frankel J.A. (2012), « On Graduation from Fiscal Procyclicality ».
Wagner A. (1958), « Three extracts on public finance », in Classics in the theory of public
finance, Springer, pp. 1–15.
Wiegand M.J. (2004), « Fiscal surveillance in a petro zone : the case of the CEMAC », IMF
Working Paper, n°04/8, International Monetary Fund.
Woo J. (2009), « Why do more polarized countries run more procyclical fiscal policy ? », The
Review of Economics and Statistics, vol. 91, n°4, pp. 850–870.
Woodford M. (1996), « Control of the public debt : a requirement for price stability ? », NBER
Working Paper, n° 5684.
Wyplosz C. (1991), « Monetary Union and Fiscal Policy Discipline », European Economy,
Special Edition, vol.1, pp.165-185.
Wyplosz C. (2002), « Fiscal Policy : Institutions versus Rules », CEPR Discussion Paper, n°.
3238.
Wyplosz C. (2006), « European Monetary Union : the dark sides of a major success »,
Economic policy, vol. 21, n°46, pp. 208–261.
Yehenew E. (2012), « The Cyclicality of Fiscal Policy in Good and Bad Times », Job Market
Paper, Universitat Autònoma de Barcelona.
220
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
AVERTISSEMENT _________________________________________________________ i
SOMMAIRE _______________________________________________________________ ii
DEDICACE ______________________________________________________________ iv
REMERCIEMENTS ________________________________________________________ v
ABTRACT_______________________________________________________________ xiv
221
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
222
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
223
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
224
ESSAIS SUR L’EFFICACITE DES POLITIQUES BUDGETAIRES EN UNION MONETAITRE
225
Titre : Essais sur l’efficacité des politiques budgétaires en union monétaire
Résumé : L’objectif de cette thèse est Ces effets demeurent tout de même positifs
d’analyser l’efficacité des politiques budgétaires pour les dépenses publiques et négatifs pour
en matière de stabilisation macroéconomique les recettes fiscales la plupart du temps. Après
en union monétaire, en l’occurrence dans la avoir identifié les différents épisodes de
Communauté Economique et Monétaire de consolidations budgétaires, l’analyse
l’Afrique Centrale (CEMAC). Dans la poursuite empirique du deuxième essai révèle que les
de cet objectif, en plus d’un chapitre introductif, consolidations budgétaires dans la zone
elle est organisée autour de trois chapitres CEMAC dépendent essentiellement de la
empiriques (essais). Les résultats empiriques conjoncture économique et de la situation
issus du premier essai montrent d’une part que antérieure des finances publiques, et qu’elles
la taille des multiplicateurs budgétaires est ont globalement des effets keynésiens sur
inférieure à l’unité dans la totalité des pays de la l’activité économique. Les résultats du
CEMAC, et d’autre part que les effets des chocs troisième essai quant à eux indiquent d’une
de politique budgétaire sur les différentes part que la politique budgétaire est en
variables macroéconomiques (croissance moyenne procyclique dans la zone CEMAC, et
économique, inflation, consommation privée, d’autre part que cette procyclicité est expliquée
investissement privé) varient considérablement essentiellement par des facteurs économiques
d’un pays à un autre. et sociopolitiques.
Keywords : Discretionary fiscal policy ; fiscal consolidations ; fiscal multipliers ; fiscal cyclicality ;
macroeconomic stabilization ; monetary union ; CEMAC.
Abstract : The objective of this thesis is to These effects are still remain positive for public
analyze the effectiveness of fiscal policies on spending and negative for tax revenues most
macroeconomic stabilization in monetary union of the time. After having identifing the different
more precisely in the Central African Economic episodes of fiscal consolidation, the empirical
and Monetary Community (CEMAC). In pursuit analysis of the second trial reveals that fiscal
of this objective, apart from the introductory consolidations in the CEMAC zone depends
chapter, this thesis is organized around three essentially on its economic situation and its
main empirical chapters (essays). Empirical previous state of public finances, and that they
results from the first empirical chapter shows have an overall Keynesian effect on economic
that, the size of fiscal multipliers is less than activities. The results of the third empirical
unity in all CEMAC countries, and that the chapter indicates that fiscal policy is, on
effects of fiscal policy shocks on different average, procyclical in the CEMAC zone, and
macroeconomic variables (Economic growth, secondly that this procyclicality is mainly
inflation, private consumption, private explained by its economic and socio-political
investment,) vary considerably from one country factors.
to another.