Chapitre 4 : l’invention du développement
Se fait dans un contexte de post-guerre, où « Les préoccupations politiques des grandes puissances
étaient donc accaparées par des événements qui modifiaient considérablement les relations
politiques européennes, faisant passer à l’arrière-plan les transformations qui avaient lieu au Sud.
Ces transformations étaient toutefois loin d’être…. C’est pourtant dans ce contexte, apparemment
peu favorable aux préoccupations extra-occidentales, que fut inventée la notion de « développement
».
Le « Point IV » du président Truman : émergence du sous-développement
- un fonctionnaire suggéra d’ajouter une extension aux nations défavorisées de l’aide
technique qui avait été jusqu’ici accordée à certains pays d’Amérique latine./ « même si
personne – pas même le président ni le secrétaire d’État – ne pouvait en dire plus que ce que
chacun avait lu
- le Point IV inaugure l’« ère du développement » et il est significatif que l’idée ait été
proclamée d’abord par un président américain
- « Il nous faut lancer un nouveau programme qui soit audacieux et qui mette les
avantages de notre avance scientifique et de notre progrès industriel au service de
l'amélioration et de la croissance des régions sous-développées. Plus de la moitié des
gens dans le monde vit dans des conditions voisines de la misère. Ils n'ont pas assez à
manger. Ils sont victimes de maladies. Leur pauvreté constitue un handicap et une
menace, tant pour eux que pour les régions les plus prospères. »
§6 : « de bonnes intentions qui semble se borner à souhaiter ce que l’on pourrait faire et qui, en tout
cas, ne prend aucun engagement. »
§7 : texte important car « où il synthétise un certain nombre d’idées qui, manifestement, étaient
conformes à l’esprit du temps ; il innove sur le plan conceptuel et propose une nouvelle manière de
concevoir les relations internationales. »
Une nouvelle vision du monde : le sous-développement
- Première fois qu’on utilise l’adj sous-développé -> à partir de là, on construira le substantif «
sous-développement ».
- « C’est cette innovation terminologique qui modifie le sens du mot « développement » en
introduisant un rapport inédit entre « développement » et « sous-développement cf §10
». => évolution sémantique
- Évolution dans les RI : sortir du rapport colonisé/colonisateur
- §12 : idée de rattraper l’écart car « L’état de « sous-développement » n’est donc pas
l’inverse du « développement », mais seulement sa forme encore inachevée »
- « chaque nation est considérée pour elle-même et son « développement » constitue très
largement un phénomène interne, autogénéré et autodynamique, même s’il peut être « aidé
» par des interventions extérieures »
- Regard déterministe : « x . Ce qui s’est passé en Europe entre le xviii e et le xix e siècle doit
donc se reproduire ailleurs. Non seulement on évacue les effets de la conquête, de la
colonisation, de la traite, du démantèlement de l’artisanat en Inde, de la déstructuration des
sociétés, etc., mais encore on fait comme si l’existence de pays industriels ne transformait
pas radicalement le contexte dans lequel évoluent les candidats à l’industrialisation ->
montre rapport inégalitaire » => on retrouve l’idéologie de l’égalité des chances et du self-
made-man
L’hégémonie états-unienne
Une nouvelle vision du monde qui servait les intérêts des EU :
- Permet de critiquer le système colonial pour que les EU aient accès à de nouveaux marchés +
« le « programme de développement » leur permettra de mettre en place un nouvel
impérialisme anticolonial. »
- Une solution qui prétend être la meilleure et seule possible car le développement =
développement du PIB ( = domination des EU) => la clé de la prospérité et du bonheur, c’est
la croissance de la production
Une structure paradigmatique nouvelle
L’idée que si les pays en situation de sous-dév « mobiliser les énergies, de produire plus, d’investir,
de se mettre au travail, d’intensifier les échanges » => peuvent sortir de la pauvreté /
« développement » comme unique solution aux problèmes de l’humanité »
Une vision // correspondait, sur le mode profane, à la vérité proclamée par l’Église. Mais cette
audience dépassait largement les États-Unis puisqu’elle reposait sur une croyance partagée non
seulement par le monde chrétien mais, d’une certaine manière, par tous les adhérents d’une religion
de salut ➔ permettant au discours du développement d’assurer une crédibilité
L’ère du développement
« Bien qu’elle serve d’abord les intérêts particuliers de la nation la plus puissante du monde, elle
feint de ne se préoccuper que du bien commun et présente le « développement » comme un
ensemble de mesures techniques (utilisation du savoir scientifique, croissance de la productivité,
intensification des échanges internationaux) et donc situées hors du débat politique ; ce qui
permettra d’en donner – selon les lieux et les moments – des interprétations conservatrices ou
révolutionnaires »
définissant le « sous-développement » comme un état de manque, plutôt que comme le résultat de
circonstances historiques -> la croissance et l’aide = apparaissent comme les seules solutions
mis en demeure de rechercher ainsi leur occidentalisation en profondeur au mépris de leurs propres
valeurs ; ils ne seront plus Africains, Latino-Américains ou Asiatiques (pour ne pas dire Bambaras,
Shona, Berbères, Quechuas, Aymaras, Balinais ou Mongols) mais simplement « sous-développés ».
Cette aide a été accepté par les états indépendants car une manière de profiter de l’aide « qui devait
conduire au « développement » ; pour ceux qui étaient colonisés, c’était une façon d’affirmer
l’égalité juridique qui leur était refusée » /-> conséquence de cela : « ils perdaient leur identité et
leur autonomie économique, parce que contraints de cheminer sur la « voie du développement »
tracée par d’autres qu’eux »
Le monde n’est plus un espace politique où il faut dév l’empire colonial mais le monde est devenu un
espace économique où il faut dév -> le développement passe par un impératif : la croissance du PIB
(// déf de 1964 de Perroux)
Chapitre 5 / La mise en place de la doctrine et des institutions internationales : élaboration de ces
nouveaux principes de coopération au « développement », tant par les pays du Tiers Monde que par
les organisations internationales, que sera consacré ce chapitre.
Guerre froide -> conséquences : constituer le Tiers-monde (en champ de bataille idéologique des
grandes puissances, permettant aux nouveaux États ou aux mouvements d’indépendance nationale
de bénéficier – parfois alternativement – du soutien de protecteurs influents) comme ONU bloqué
avec droit de veto, l’institution s’occupa de sujets plus consensuels comme le développement
Conférence de Bandoeng (1955)
Obj conférence : mettre en place une politique commune favorable au « développement » des pays
afro-asiatiques -> le début d’une revendication collective des pays du Tiers Monde dans le domaine
politique (décolonisation) et dans celui du « développement », et que la plupart des exigences qui y
furent formulées furent constamment reprises par les résolutions onusiennes et progressivement
acceptées.
Le développement », il est envisagé sous l’angle de la coopération économique -> , sur le fond, on
s’accorde à penser que le « développement » est une affaire essentiellement économique, qui passe
par la production et l’accumulation, fondées sur les investissements privés et sur l’aide extérieure cf
ex §11
Conséquence : la création d’un certain nombre d’institutions ou de lignes politiques nouvelles
Deux éléments : le nouvel ordre économique international
- Tentative d’une affirmation d’une autonomie face aux aides extérieures (prémices rapport
sud-sud)/l’affirmation d’une volonté commune des pays du Sud de se démarquer des
grandes puissances qui cherchaient à imposer leur loi
- Élaboration commune pour le pétrole (or noir)
Nuance de la revendication révolutionnaire : influencée par le discours américain cf §14
RELIRE §16
Les nouvelles institutions internationales de « développement »
mettre en place une série d’institutions tout entières consacrées à la promotion du « développement
» + après Truman dév assistance technique aux pays du sud
Chapitre 6 :
Influence de Rostow
Une philosophie de l’histoire
Le modèle de dév de Rostow s’appuie sur les observations faites dans les pays industrialisés
- Il s’agit là d’un effet de démonstration qui s’exerce à partir des sociétés les plus avancées et
qui amorce ou accélère la désintégration des sociétés traditionnelles, lesquelles cèdent « la
place à des sociétés modernes rattachées par des liens de filiation directe à l’ancienne
civilisation »
- Discours proche de la justification de Leroy par la colonisation : le développement mené par
les pays du nord se justifient par une envie de booster les pays du nord
- « l’ère de la consommation de masse », caractérisée par le fordisme américain » -> on voit
que le modèle tend à tendre vers la figure d’une image américaine
Critiques du modèle de Rostow :
- « À partir d’une situation contemporaine définie comme « modernité », la tentation est
grande d’identifier des valeurs ou des comportements que l’on considère comme les
conditions préalables de la modernisation et de confondre ainsi la cause et la conséquence.
Par exemple, l’individualisme est-il antérieur à la recherche du profit maximal ou est-ce la
nécessité d’accumuler qui détermine des conduites égoïstes ? L’esprit d’entreprise précède-
t-il l’industrialisation ou est-ce plutôt la possibilité de gains industriels qui suscite les
entrepreneurs ? Puisque, dans la pratique, les deux moments sont inextricablement liés, il
paraît bien hasardeux de distinguer entre ce qui va devant et ce qui suit, comme le fait
Rostow .
- on risque toujours de ne retenir que ce qui est valorisé aujourd’hui et d’oublier ce qui a été
perdu au cours du processus (oublié les savoirs faire anciens etc) + accroître le choix peut
être préjudiciable (ex voiture -> pollution)
Anticommunisme ou marxisme sans Marx ?
théorie de Rostow est politique : montre que la Russie est à la perte car se dévie de la thoérie du
modenrisme « Parvenue à la maturité, l’URSS devrait « logiquement » entrer dans l’ère de la
consommation, à laquelle aspire sa population, mais elle se fourvoie en cherchant à imposer le
communisme, ce qui l’entraîne à investir de manière ruineuse dans la course aux armements à
laquelle elle consacre 20 % de son PIB, à entretenir un État policier et à contraindre ses citoyens à
une austérité qui ressemble à la paupérisation que Marx prédisait aux travailleurs des pays
capitalistes. »
une théorie proche de marx :
- il agit comme Marx : transpose le succès dans les pays indus du Nord aux pays du Sud
- « Comme Marx , Rostow envisage une « fin de l’histoire » aussi idyllique que la société sans
classes, associée au dépérissement de l’État et à la répartition des richesses selon le principe
« à chacun selon ses besoins » car, écrit-il, « la fin de tout ceci ne sera pas l’intérêt composé
pour l’éternité ; il reste la grande aventure de trouver ce que l’homme pourra faire et fera,
une fois qu’il sera libéré de la pénurie »
- => vision évolutionniste qui repose sur le mythe occidental
Il nie l’histoire du passé :
- « Pour Rostow , chaque pays est semblable à un autre » et donc l’évolution des pays passent
nécessairement pas les étapes qu’il a énoncé => « dire que la modernisation n’est,
finalement, qu’une forme d’occidentalisation »/ les pays du Tiers-Monde reprochent qu’on
ne leur ai pas donné assez de moyens pour qu’ils s’occidentalisent
- « Mais ces transformations ne se font pas partout dans le même sens, ni au même rythme. Si
la modernisation gagne ici ou là du terrain dans certaines classes dirigeantes de certains
pays, le phénomène est loin d’être généralisable et l’on assiste plutôt à une « hybridation du
développement », accepté en tant que produit de consommation et ignoré lorsqu’il devrait
susciter un accroissement de la production. Alors que Rostow envisageait l’universelle
substitution de la modernité à la tradition, on constate aujourd’hui l’émergence d’un
syncrétisme qui produit des sociétés totalement différentes de celles qui les ont précédées,
et l’apparition de populations entières, certes modernisées, mais non point modernes. »
- Ce qui fait que la théorie de Rostow marche = car semble possible (car on le fait sur le mythe
occidental) -> « La foi en l’extension au monde tout entier de l’ère de la consommation de
masse. »
Les voix dissidentes des étapes de la croissance
Chapitre 7
Critique des EU et du modèle capitaliste => hégémonie du monde captiliste et des EU dans les RI
Pour se dév = sortir de ce modèle par une révolution des pays du sud
Les dependentistas latino-américains
Critique du libre-échange : « À cette époque, la doctrine dominante – qui d’ailleurs n’a guère varié –
faisait reposer le « développement » des pays non industriels sur trois piliers : les transferts massifs
de capitaux, notamment d’origine privée, l’exportation des matières premières et le libre jeu du
marché dans le cadre de la théorie des avantages comparatifs censés profiter à tous les échangistes »
-> critiquent car « es études de la CEPAL font apparaître des décalages entre ces principes et les
situations historiques concrètes. Ainsi, le libre-échange (et la théorie des avantages comparatifs) est
favorable aux pays industrialisés parce que les structures des économies développées sont
différentes de celles des économies dominées, ce qui conduit à un échange inégal ; par ailleurs, sur la
longue durée, les termes de l’échange se détériorent pour les pays du Sud ; cet ensemble de
caractéristiques permet de construire les relations sur le schéma centre-périphérie »
Encourager intervention de l’état : « Cette critique du commerce international était également…. Par
conséquent, il ne faut pas spécialiser la périphérie dans son rôle d’exportateur de matières
premières, mais y développer une certaine forme d’industrialisation par substitution des
importations, quitte à faire appel au capital étranger ; il faut viser à un regroupement économique
régional ; enfin, il faut que l’État joue un rôle pour prévenir les inégalités : il doit notamment engager
la réforme agraire et veiller à une meilleure répartition des investissements
Rq : relations centre-périphérique car une dépendance économique des pays périphériques à l’égard
du capitalisme central
§13 : réactions politiques face à ces propositions perçues comme négatives
§14 : école de la dépendance
Obj : montrer que les relations centre-périph a des implications sur la structure sociale
Montrer que la domination externe est relayée par une domination interne (celles des classes) :