CDL-INF(2023)001
Or. Fr.
COMMISSION EUROPÉENNE POUR LA DÉMOCRATIE PAR LE DROIT
(COMMISSION DE VENISE)
en coopération avec
LE MINISTÈRE DE LA TRANSITION NUMÉRIQUE ET DE LA RÉFORME
DE L’ADMINISTRATION DU ROYAUME DU MAROC
Séminaire régional pour les hauts cadres de l’administration
17ème UniDem Med
« TRANSFORMATION NUMÉRIQUE ET INTELLIGENCE
ARTIFICIELLE : REGLEMENTATIONS ET APPLICATIONS »
Hotel Sofitel, Rabat, Maroc (format hybride)
21-22 novembre 2023
9h00-17h00 (GMT+1 - Heure locale France et Maroc)
RAPPORT FINAL
par
Mme Nadia BERNOUSSI
(Professeure de droit constitutionnel, Université Mohammed V de Rabat, rapporteure
générale, Membre de la Commission de Venise au titre du Royaume du Maroc)
Le projet UniDem Med est mis en œuvre dans le cadre du programme conjoint Union européenne/Conseil de l’Europe
« Protéger les droits de l'homme, l'État de droit et la démocratie par des normes partagées dans le sud de la Méditerranée »
(Programme Sud V)
Venice Commission - Council of Europe Commission de Venise - Conseil de l'Europe
F-67075 Strasbourg Cedex Tel +33 (0) 3 88 41 38 23 Fax +33 (0) 3 88 41 37 38
E-mail: venice@[Link] Web site: [Link]
« L’intelligence sans la sagesse, c’est de l’intelligence artificielle. »*
Organisé conjointement par le Ministère de la transition numérique et de la réforme de
l’administration du Royaume du Maroc et la Commission de Venise, le 17ème séminaire
régional Unidem-Med a porté cette année sur la thématique suivante : « La transformation
numérique et l’intelligence artificielle : règlementations et applications ». Ce séminaire
s’inscrit dans le cadre du programme conjoint Union européenne-Conseil de l’Europe «
Protéger les droits de l'homme, l'État de droit et la démocratie par des normes partagées
dans le sud de la Méditerranée » (Programme Sud V).
Cette rencontre annuelle a été inaugurée par des prises de parole des personnalités
suivantes : madame la Secrétaire générale du ministère de la Transformation numérique et
de la réforme de l'administration, monsieur le Ministre Conseiller, Chef de la coopération,
Délégation Européenne au Maroc et Mme la cheffe d’unité à la Commission de Venise.
Les mots de bienvenue ont été suivies par un rapport introductif prononcé par la
représentante de la Commission de Venise au titre du Maroc et la modération a été
effectuée par Madame la cheffe d’unité.
Cette manifestation scientifique s’est déroulée en format hybride et a connu l’implication
active de plusieurs pays et organisations régionales. Il faut saluer à cet égard, la
participation effective des représentants de l’Allemagne, de l’Espagne, de la France, de la
Jordanie, du Liban, de la Palestine* et du Royaume uni. Il convient également de se
réjouir de la présence de représentants des départements ministériels de plusieurs pays
ici présents, du Conseil de l’Europe, du Conseil national des droits de l’homme du
Royaume du Maroc et de prestigieuses universités (Birmingham RU, UM6P Maroc,
Nanterre France). Il est important de rappeler que depuis le lancement du projet UniDem-
Med en 2015, près de 1200 hauts fonctionnaires du Sud de la Méditerranée ont ainsi
participé aux 16 séminaires Unidem-Med et forment aujourd’hui un réseau de praticiens
dans le domaine de la réforme de l’administration publique, un réseau riche de ses
membres qui échangent leurs expériences, leurs bonnes pratiques et œuvrent pour une
administration publique de proximité, accessible, intelligente et performante.
D’emblée, trois points ont pu attirer l’attention de manière significative : l’intérêt du sujet, la
clarification des concepts et l’état de l’IA au Maroc.
I- L’intérêt du sujet
Il important de noter que la thématique choisie est à la fois résistante et légitime.
Résistante, on en veut pour preuve sa proximité avec le sujet de l’année dernière tant la
matière reste encore vivace, inépuisable et sans cesse réinterrogée par rapport à ses défis
relatifs au cadre juridique applicable, à la protection des droits de l’homme, au droit à la vie
privée et la protection des données à caractère personnel et à ses imbrications avec la
gouvernance éthique et responsable.
Légitime et justifiée car elle se situe au cœur de la problématique de la modernisation de
l’administration et de la réforme administrative, en se présentant comme un outil
*Juliana Pavelka, Figaroscope citations
*Cette dénomination ne saurait être interprétée comme une reconnaissance d’un État de Palestine et est sans préjudice
de la position de chaque État membre du Conseil de l’Europe sur cette question.
2
d’amélioration de ses procédures, de son fonctionnement (décloisonnement, agilité) et de
ses relations avec les citoyens/usagers.
En fait, la transformation numérique et l'intelligence artificielle sont devenues ces dernières
années, des sujets d'une brûlante actualité dans l'administration publique. Les progrès
technologiques ont permis de développer des outils sophistiqués pour aider les
fonctionnaires dans leurs tâches quotidiennes et améliorer la qualité des services publics.
Cependant, l'utilisation de ces technologies soulève également des préoccupations quant
au respect des droits humains, au regard de l'impact sur les emplois ainsi qu’à la prise de
décision humaine.
Pour répondre à ces préoccupations, les gouvernements ont mis en place des
réglementations pour encadrer l'utilisation de l'intelligence artificielle dans l'administration
publique et explorer des applications qui peuvent améliorer l'efficacité et l'efficience du
secteur public tout en respectant les critères d’une gouvernance transparente et équitable.
C’est dans ce cadre et sensible à ces enjeux d’équilibre que le titre du séminaire comprend
l’apposition de deux idées, concepts et mécanismes ; d’une part, l’intérêt de la
transformation numérique et d’autre part, le souci de ses applications, implications et
règlementations. C’est dire que toute innovation, transformation et progrès ne peut se faire
sans un cadre juridique rigoureux, sans prévoir des garde-fous vigilants et sans protection
des droits fondamentaux. Les interventions, échanges et conclusions n’ont pas manqué de
revenir sur cette dialectique fondamentale.
Il faut également souligner que la prise en compte de cette problématique qui place le
citoyen et l’usager du service public au cœur des préoccupations de l’Etat et de la
modernisation de l’administration est une priorité au plus haut sommet de l’Etat marocain.
A cet égard, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a-t-elle dans de nombreux discours, promu
et vanté les qualités d’une administration publique moderne, efficace, intègre, performante
et responsable :
« Avec le Digital, la transformation humaine devient une conséquence intrinsèque aux
évolutions technologiques introduites. Il est, en effet, impensable de résister aujourd’hui aux
transformations structurelles qu’entraine la digitalisation de nos flux de communication, de
nos données et de notre organisation. Dans un monde toujours plus connecté, le digital
devient la norme, une composante indispensable et attendue de l’offre de service de
toute entreprise. Les dirigeants n’ont plus le choix : Se Digitaliser ou Disparaitre. »*
La loi fondamentale §, de son côté, a été généreuse quant à sa résolution de poursuivre la
consolidation et le renforcement des institutions d’un Etat moderne, et son souci de
consacrer une place significative à la bonne gouvernance, et aux principes et droits
auxquels le service public doit se conformer en matière d’égalité des chances et de reddition
des comptes. Quant au Nouveau modèle développement, ses recommandations ** l’ont érigé
en levier n°1 pour assurer la souveraineté numérique en rappelant son rôle de principal
dans la transformation de l’action publique et en tant que moyen efficace pour assurer la
transparence, l’équité et la confiance chez les citoyens, les entreprises et le service public.
* Discours de Sa Majesté le Roi MOHAMMED VI lors de la rentrée parlementaire, Vendredi 14 octobre
2016 § Constitution du Royaume, 2011
** [Link] › Rapport General
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II- La clarification des concepts
Mais de quoi parle-t-on ? Qu’est-ce que l’intelligence artificielle ?
Est-elle une nouvelle façon d’appréhender les choses ? Est-elle une discipline d’avenir, une
matière en construction, un nouvel instrument d’influence des Etats ? Est-ce une branche
neuve avec l’attrait de la nouveauté (curiosité, progrès, modernité, attractivité) et en même
temps l’inconvénient lié à l’ampleur de ses applications qui reste encore méconnue (quels
effets, quels défis, sécurité juridique) ? Faut-il la craindre ou au contraire louer ses
potentialités ? Est-ce un objet de fantasmes fictionnels et de débats sur sa propre nature
comme sur son utilisation ?
Considérée comme la plus récente vague du numérique, « l’intelligence artificielle
a récemment gagné en importance pour s’imposer comme une technologie de
rupture»**. Elle se définit comme : « un processus d'imitation de l'intelligence humaine
qui repose sur la création et l'application d'algorithmes exécutés dans un
environnement informatique dynamique. Son but est de permettre à des ordinateurs de
penser et d'agir comme des êtres humains. »**
« Au-delà des fantasmes sur le point de singularité et sur une IA qui remplacerait les
capacités intellectuelles et opérationnelles de l’Homme, elle recouvre simplement
l’opportunité de réunir conjointement la disponibilité de grands volumes de données, la
puissance d’algorithmes mathématiques éprouvés implémentés dans des logiciels, et la
capacité de calcul. L’objectif de l’IA est de donner un caractère prédictif à ces données et
de généraliser leur utilisation au quotidien et dans tous les secteurs de l’économie et de la
société : santé, travail, industrie, agriculture, politiques publiques, etc. §§»
Ou se situent donc les enjeux ? Ils sont repérables essentiellement aux abords de l’éthique,
de la régulation, de la souveraineté numérique, du mythe de la neutralité des technologies
numériques, de la nécessité d’objectiver les capacités des systèmes d’« IA » et de la
soutenabilité environnementale d’une société numérique. ***
Concernant l’administration publique, « l’adoption de l’IA dans l’administration publique est
porteuse de l’ambivalence suivante : d’une part, l’IA permet d’améliorer la productivité et
l’efficacité des services publics ; d’autre part, les défis relatifs à son adoption sont encore
méconnus pour les gestionnaires et décideurs publics ([Link]., la perte d’emploi, la présence
de biais dans les données ou l’algorithme). Cette ambivalence est d’autant plus forte que
seul un nombre limité de recherches scientifiques s’est focalisé sur l’étude des défis liés à
l’adoption de l’IA dans le secteur public. »***
III- Quid de la situation au Maroc, pays hôte ?
Il convient de faire l’état des lieux à plusieurs niveaux : le classement du pays, les normes
ainsi que les acquis au niveau macro et micro.
** Les défis de l’intelligence artificielle dans l’administration publique fil d’Ariane
Sun, T. Q., Medaglia, R., (2019), Mapping the challenges of Artificial Intelligence in the public sector: Evidence from public
healthcare, Government Information Quarterly, 36(2), pp. 368-383.
** Net App, Q u ' e s t - c e q u e l ' i n t e l l i g e n c e a r t i f i c i e l l e ?
§§ Industrie du futur, 9 novembre 2023
*** Ethique publique, Revue internationale d’éthique sociétale
*** Les défis de l’intelligence artificielle dans l’administration publique fil d’Ariane, opcit
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1-Le classement
Selon l'Oxford Insights Government AI Readiness Index 2022*** qui mesure les multiples
dimensions du progrès gouvernemental et technologique qui contribuent à la préparation à
l’IA, le Maroc se situe à la 89ème place sur 181 pays.
2-Les normes
Le Maroc dispose de législations essentielles qui couvrent les questions relatives
aux transactions électroniques, à la protection des consommateurs, à la protection des
données et à la cybercriminalité. Il est à noter que, en raison des engagements
économiques du Maroc, la loi 09-08 protectrice des données à caractère personnel§§§
est similaire à celles qui existent en Europe. L’Etat marocain dispose ainsi d’un corpus
législatif de quatre lois**** devançant des pays comme la Tunisie, le Nigeria, les Emirats
Arabes Unis et l’Inde.
En matière conventionnelle, le Maroc a adhéré en 2019 à la Convention 108 et 108+
du Conseil de l’Europe relative au traitement automatisé des données à
caractère personnel.****
3- Les acquis au niveau macro
A côté de l’ADD créée en 2017****, il faut saluer le dynamisme en la matière et louer
plusieurs initiatives dans le sens de l’institutionnalisation et de l’opérationnalisation de
l’IA : déclarations de Benguerir, de Rabat, création de filières, de centres, de maisons et
d’écoles ainsi que l’organisation de colloques et séminaires.
-La Déclaration de Benguérir de décembre 2018 pour la promotion de l’IA comme levier de
développement centré sur la dimension humaine et ancré dans les principes et normes
relatifs aux droits humains ;
-Le lancement de la première filière ingénieure spécialisée en IA en septembre 2019 par
l’Ecole Nationale Supérieure d’Informatique et d’Analyse des Systèmes relevant de
l’Université Mohammed V de Rabat ;
-Le lancement de l’Ecole d’ingénierie digitale et d’intelligence artificielle (EIDIA)» en
Septembre 2019 par l’Université Euromed de Fès (UEMF) en partenariat avec l'Ecole
Polytechnique de France ;
-L’organisation de la semaine de l’IA organisée par l’Université Mohamed Premier d’Oujda
en 2021 qui a réuni de nombreux experts et différentes personnalités nationales et
internationales issues de différentes sphères scientifiques, académiques et professionnelles
pendant sept jours et qui a été couronnée par l’inauguration de la Maison de l’Intelligence
Artificielle ;
-L’organisation d’un colloque international par le CNDH en 2021, qui a été couronné par la
Déclaration de Rabat sur l’IA et la citoyenneté numérique ;
*** British firm Oxford Insights recently published the "Government AI Readiness Index 2022," which ranks 181 countries
based on 39 indicators in three pillars, namely "government" "technology sector" and "data and infrastructure". According
to the report, Mauritius is the African government most-ready for AI.17 jan. 2023
§§§ BO, N° 5714 - 7 rabii I 1430 (5-3-2009)
**** Loi 09-08 relative à la protection des personnes physiques à l'égard des traitements des données à caractère personnel.
L'élaboration de cette loi était devenue une nécessité pour protéger la vie privée des internautes.
**** « A titre de rappel, la publication des lois 132.13 et 46.13 dans les bulletins officiels n°6292 du 18 Septembre 2014 et
n°6284 du 21 aout 2014 constituait un préalable à la ratification par le Maroc de la convention 108 et de son protocole
additionnel »EcoActu 13 juin 2019
L'Agence de Développement du Digital (ADD), créée en vertu de la loi N°61.16 publiée au bulletin officiel n°6604 du
****
14 septembre 2017
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-La mise en place du Centre International d’Intelligence Artificielle du Maroc «AI Movement
» Et Data Center / Superordinateur, certifié Tier III et Tier IV par l'Uptime Institute, intégrant
également le Super Calculateur le plus puissant d’Afrique (lancé en mars 2021) ;
-La création de l'Ecole Nationale d'Intelligence Artificielle et du Digital à Berkane et une autre
à Taroudant et de l'École d'Ingénierie Digitale et d'Intelligence Artificielle.
Un bémol reste à mentionner. En effet, en matière de recherche et développement (R&D),
en général, les dépenses du Maroc représentent 0,8% du PIB en 2017. L’Etat consacre
actuellement moins de 1% du PIB aux dépenses R&D et son objectif est d'atteindre 3% du
PIB en dépense annuelle de R&D publique d'ici 2030.
4- Les acquis au niveau micro
Le Ministère de la Transition numérique et de la réforme de l’administration, comme son
nom l’indique, a été précurseur dans le domaine de la digitalisation de l’action publique et
ses stratégies, plans d’action et programmes corroborent cette posture. Il reste le champion
de cette réforme même si plusieurs autres départements en termes de « Smart
Gouvernement », avaient déjà donné le ton, comme la Caisse nationale de sécurité sociale
(CNSS), l’Administration des douanes et impôts indirects (ADII), l’Office des changes, les
régimes de retraite, le ministère de la justice, le Ministère de l’intérieur, le Ministère de la
défense, le Ministère des finances, les impôts et la Trésorerie générale du Royaume, etc.)
Le 23 mars 2023, le Royaume du Maroc a annoncé sa déclaration officielle pour la mise en
œuvre de la Recommandation de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la
science et la culture (UNESCO) sur l'éthique de l'intelligence artificielle §§§§, recommandation
qui vise à tirer profit de la technologie et à réduire les risques qui lui sont associés.
Le sujet qui a réuni les participants a été décliné en quatre sessions :
La première session a été dédiée à la transformation numérique, l’intelligence artificielle et
la prise de décision automatisée dans l’administration publique : Quel cadre juridique et
politique ?
La deuxième session a été consacrée aux défis de l’égalité de traitement et de la non-
discrimination : les réponses en droit ?
La troisième session s’est intéressée aux questions de proportionnalité et de transparence
des mesures prises par l’administration publique dans le contexte de la transformation
numérique et le droit de recours des citoyens : quels impacts et quelle jurisprudence ?
La quatrième session a été réservée au respect de la vie privée et la protection des données
: le cadre juridique européen et dans la région du sud de la méditerranée.
Les présentations et les débats ont permis aux hauts fonctionnaires participants de débattre
sur les pratiques, les principes et les réglementations qui ont cours en Europe et dans la
région sud Méditerranée en vue de rendre l’administration publique plus efficace et
respectueuse des droits des citoyens dans ce nouvel environnement, de consolider des
liens entre les administrations publiques des deux rives de la Méditerranée et concourir au
processus de transformation de l’action et la fonction publique.
Enfin, rappelons que cette rencontre est appelée à inscrire dans la durée la coopération
entre le Royaume du Maroc et la Commission de Venise à travers des projets de
§§§§ 23 novembre 2021, [Link]
6
coopération bilatéraux et régionaux à l’image de UniDem-Med ; à ce titre, le soutien de
l’Union européenne est primordial pour assurer la pérennité du projet UniDem-Med et la
coopération tripartite entre le Maroc, le Conseil de l’Europe et l’Union européenne. De plus,
le Maroc en tant que pays hôte, a saisi cette occasion pour présenter les acquis qu’il a
accumulés en matière institutionnelle et normative notamment dans le domaine de l’IA, de
la confiance, de la protection des données, du respect de la vie privée et de la digitalisation
des services publics.
Quelles sont les principales conclusions/recommandations dégagées à l’issue de cette
rencontre ?
1-L’IA fait partie de la transformation de l’action publique.
Il s’agit d’une nouvelle langue technique universelle et d’une nouvelle logique managériale
qui est passée de la gestion des procédures à la gestion des algorithmes ; il s’agit d’un
service public numérique à améliorer.
2-On constate un déferlement de l’IA dans tous les domaines.
Aucune administration ou espace public n’y échappe. On constate une multiplication des
portails, stratégies, programmes et plans d’action même dans les régions du monde les plus
compliquées politiquement et institutionnellement (Liban, Palestine).
3-Il y a une demande très forte en matière de règlementation
On constate une abondance de textes de soft law - Lois, règlements, chartes, déclarations,
recommandations. Normes régionales : Règlement général sur la protection des données
(RGPD), lois de l’Union européenne, projet de Convention-cadre du Conseil de l’Europe,
UNESCO, Convention 108+ du Conseil de l’Europe. La question de la responsabilité du fait
de l’IA s’est posée.
4-Droits, principes et valeurs
La question est posée sur la conformité, les garanties pour le développement de l’IA et les
droits procéduraux. Les droits fondamentaux se trouvent au cœur de l’administration
publique avec une approche droits de l’homme, genre, personnes à besoins spécifiques.
Parmi les autres questions pertinentes soulevées on pourrait citer le droit à une bonne
administration, le droit à une administration de qualité, le droit à l’égalité, le droit au recours,
le droit à la proportionnalité, le droit à la dignité humaine et le droit à la protection des
données à caractère personnel.
5-Les atouts de l’IA
Simplification, efficacité, gain de temps, équité, transparence, confiance, innovation.
6-Les défis de l’IA
Le risque de déshumanisation et la gestion des algorithmes sont des défis majeurs.
L’algorithme doit se situer dans l’aide à la décision, et non pas dans la prise de décision en
tant que telle, qui, elle, doit rester du ressort de l’être humain. Le principe exclut la vocation
normative de l’algorithme employé et le conçoit simplement comme une aide à la décision.
7
Qualité des données, prudence dans les données, balance opportunités et risques, fracture
numérique (régions et populations vulnérables), transparence, confiance, les biais (âge,
sexe, ethnie), souveraineté numérique, risque de creuser les inégalités et de légitimer le
profilage à des fins de contrôle (atteinte aux droits de l’homme, secret des fichiers, etc.).
7-La réinterrogation des valeurs du service public
Il s’agit de transcender les valeurs classiques du service public (égalité, neutralité, continuité
et adaptabilité) par les valeurs nouvelles telles que l’accessibilité, la « digitalité », la
discrimination positive, la qualité, la fiabilité et le droit au recours.
« La force des lois dans l’un, le bras du prince toujours levé dans l’autre, règlent et
contiennent tout ; mais dans un Etat populaire, il faut un ressort de plus, qui est la vertu. » *****
L’IA contrôlée et bien gérée, pourrait-elle s’en approcher ?
***** Du principe de la démocratie Montesquieu, 1748, BnF - Expositions virtuelles, [Link] › du-principe-de-
la-démocratie