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Géodésiques et transformations linéaires

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SOLUTIONNAIRE DU TP 11 - GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE

[Chapitre 3, p.97, no 2] Supposons qu’il y ait une géodésique perpendiculaire à


deux géodésiques dans H. Que pouvons-nous déduire à propos de ces deux dernières
géodésiques ?

RÉPONSE :

Comme dans le cadre de la géométrie euclidienne, nous pouvons en déduire que les
deux géodésiques sont parallèles. Cependant, l’argument menant à cette conclusion
est un brin différent.

Pour simplifier les explications, appelons les trois géodésiques respectivement A,


B et C.
Procédons par l’absurde et supposons que les deux géodésiques B et C ne sont pas
parallèles. Ainsi, elles s’intersectent en un (unique) point, P .
• Si P appartient aussi à A, alors P est le point d’intersection de A avec B
et avec C. Or, B et C sont perpendiculaires à A, donc par unicité, il faut
que B = C. Cela contredit l’hypothèse (implicite) selon laquelle B et C sont
différentes.
• Ainsi, supposons que P 6∈ A. Si Q et R désignent respectivement les points
d’intersection de A avec B et C, alors P QR est un triangle géodésique dans
H.
Notons que la preuve de Shifrin du théorème de Gauss-Bonnet est in-
trinsèque, c’est-à-dire que toutes les courbures et les superficies en jeu sont
calculées uniquement à partir de la première forme fondamentale et de ses
dérivées. Ainsi, bien que nous ne sachions pas voir H comme surface dans
R3 , cette preuve nous permet d’utiliser ici aussi le théorème de Gauss-Bonnet.
Sachant que K ≡ −1 dans H, le corollaire 1.7 (p.83) implique :

1.7
0 ≤ Aire(P QR) = π − sommes des angles internes de P QR
hypo. π π
= π − ιP − ιQ − ιR = π − ιP − − = −ιP ≤ 0.
2 2

Date: 2 décembre 2014.


1
2 SOLUTIONNAIRE DU TP 11 - GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE

Ça implique ιP = 0, soit (par unicité des géodésiques) B = C. Contradiction.

Votre collègue Emmanuel Bourret a remarqué lors du TP que deux géodésiques


parallèles A et B ne possèdent pas forcément une géodésique perpendiculaire
commune C. Il a donné l’exemple de deux géodésiques verticales ; si C ex-
istait, alors elle devrait être horizontale au moins en deux points, mais c’est
impossible pour une géodésique de H. Cependant, je dirais qu’il s’agit du
seul contre-exemple.
SOLUTIONNAIRE DU TP 11 - GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE 3

[Chapitre 3, p.98, no 8] Pour chaque quadruplet a, b, c, d des nombres réels


vérifiant ad − bc = 1, définissons une transformation linéaire fractionnaire 1

az + b
Ta,b,c,d : C\{−d/c} → C\{a/c} : z 7→ Ta,b,c,d (z) := .
cz + d

a : Soit a0 , b0 , c0 , d0 ∈ R un autre quadruplet satisfaisant a0 d0 −b0 c0 = 1. Montrer


d’une part que

Ta0 ,b0 ,c0 ,d0 ◦ Ta,b,c,d = Ta0 a+b0 c , a0 b+b0 d , c0 a+d0 c , c0 b+d0 d
avec (a0 a + b0 c)(c0 b + d0 d) − (a0 b + b0 d)(c0 a + d0 c) = 1 ,

et d’autre part que

Td,−b,−c,a = (Ta,b,c,d )−1 avec da − (−b)(−c) = 1 .

b : Posons T = Ta,b,c,d . Montrer que pour tout nombre complexe z = u + iv


avec v > 0, alors T (z) = x + iy avec y > 0. En déduire que T se restreint à
une application bijective T : H → H.
c : Montrer qu’il existe un isomorphisme de groupes entre l’ensemble des trans-
formations linéaires fractionnaires et le groupe SL(2, R)/{−I, I}.

RÉPONSE :

Il est pertinent de vérifier que le domaine et l’ensemble d’arrivée de Ta,b,c,d sont


ceux mentionnés. Il est assez clair que dom(Ta,b,c,d ) = C\{−d/c}. Si a/c était dans
l’image de Ta,b,c,d , alors l’équation suivante aurait une solution pour z :

0 = c(az + b) − a(cz + d) = cb − ad .

Or, cb − ad = −1 par hypothèse, donc l’équation ci-dessus n’a pas de solution. Ainsi,
l’application Ta,b,c,d est bien définie.
En fait, cet argument s’adapte pour montrer que C\{a/c} est non seulement un
ensemble d’arrivée de Ta,b,c,d , mais qu’il s’agit de son image. En effet, considérons
w ∈ C\{a/c} quelconque. Alors, il y a trois cas de figure :

1Ici, nous utilisons les conventions d/0 = ∞ pour tout d ∈ C∗ et C\{∞} = C .


4 SOLUTIONNAIRE DU TP 11 - GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE

(1) soit a = 0, dans quel cas w 6= 0 et la condition ad − bc = 1 implique b, c 6= 0.


Ainsi, w = T0,b,c,d (z) = b/(cz + d) est équivalente à b/w = cz + d, équation
linéaire ayant assurément une solution en z puisque c 6= 0.
(2) soit a 6= 0 et c = 0, dans quel cas l’équation linéaire w = Ta,b,0,d (z) =
(a/d)z + (b/d) a assurément une solution en z puisque a/d 6= 0.
(3) soit a 6= 0 et c 6= 0, dans quel cas il existe un unique λ ∈ C\{1} tel que
w = λa/c. Ainsi, w ∈ im(Ta,b,c,d ) si et seulement s’il existe une solution en z
à l’équation linéaire:

0 = c(az + b) − λa(cz + d) = (1 − λ)a(cz + d) + cb − ad


= (1 − λ)a(cz + d) − 1 = [(1 − λ)ac]z + [(1 − λ)ad − 1] =: Az + B .

Puisque 1 − λ 6= 0 et ac 6= 0, A est non nul et cette équation a une solution.

Un potentiel quatrième cas a = c = 0 est exclus pas la condition ad − bc = 1. En


résumé, si im(Ta,b,c,d ) = C\{a/c}. Il découle aussi de cette preuve que Ta,b,c,d est
injective, donc (Ta,b,c,d )−1 : C\{a/c} → C\{−d/c} existe. Il est pertinent de noter
que

lim Ta,b,c,d (z) = ∞ et lim Ta,b,c,d (z) = a/c ,


z→−d/c z→∞

dénotant d’une sorte d’inversion dans l’action de Ta,b,c,d .

a : La composition Ta0 ,b0 ,c0 ,d0 ◦ Ta,b,c,d est définie sur C\{−d/c , (Ta,b,c,d )−1 (−d0 /c0 )}.
Partout sur ce domaine, nous calculons que

a0 az+b
cz+d
+ b0 a0 (az + b) + b0 (cz + d)
(Ta0 ,b0 ,c0 ,d0 ◦ Ta,b,c,d ) (z) = =
c0 az+b
cz+d
+ d0 c0 (az + b) + d0 (cz + d)
(a0 a + b0 c)z + (a0 b + b0 d)
= .
(c0 a + d0 c)z + (c0 b + d0 d)

De plus, nous calculons que


SOLUTIONNAIRE DU TP 11 - GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE 5

(a0 a + b0 c)(c0 b + d0 d) − (a0 b + b0 d)(c0 a + d0 c)


= |a0{z
ac0}b + a 0
| ad
0 0 0
cc }b + b|0 cd
{z d} + b| {z
0
{z d} − a
0 0
bc a} − a
| {z
0 0
bd }c − b|0 dc
| {z
0 0
{z a} − b| dd
0
{z }c
1 2 3 4 1 3 2 4
0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
= ab(a c − a c ) + ad(a d − b c ) + bc(b c − a d ) + cd(b d − b d )
| {z } | {z } | {z } | {z }
1 2 3 4
hypo.
= (ad − bc)(a0 d0 − b0 c0 ) = 1 · 1 = 1 .

Ainsi, Ta0 a+b0 c , a0 b+b0 d , c0 a+d0 c , c0 b+d0 d est bien une transformation linéaire frac-
tionnaire, définie évidemment sur C\{−(c0 b + d0 d)/(c0 a + d0 c)}, à savoir sur2
C\{(Ta,b,c,d )−1 (−d0 /c0 )}.
Ainsi, nous avons l’égalité des transformations linéaires fractionnaires

Ta0 ,b0 ,c0 ,d0 ◦ Ta,b,c,d = Ta0 a+b0 c , a0 b+b0 d , c0 a+d0 c , c0 b+d0 d

sur leur domaine commun.

De la relation de composition, nous voyons aisément que (partout où les


fonctions ci-dessous sont définies simultanément)

Ta,b,c,d ◦ Td,−b,−c,a = Tda−bc , db−bd , −ca−ac , −cb+ad = T1,0,0,1


Td,−b,−c,a ◦ Ta,b,c,d = Tad−bc , −ab+ba , cd−dc , −cb+da = T1,0,0,1

Puisque T1,0,0,1 (z) = z est la fonction identité, nous voyons que Td,−b,−c,a =
(Ta,b,c,d )−1 partout où ces deux fonctions sont définies. Or, nous avons montré
que chacune avait pour domaine C\{a/c}, donc elles sont bien égales comme
fonctions.

b : Nous calculons que

az + b (az + b)(cz̄ + d) ac|z|2 + adz + bcz̄ + bd


Ta,b,c,d (z) = = = 2 2 .
cz + d (cz + d)(cz̄ + d) c |z| + 2cd=(z) + d2

2Il peut être utile de réfléchir, sans effectuer de calcul, sur la raison de l’égalité
Ta,b,c,d (−(c0 b + d0 d)/(c0 a + d0 c)) = −d0 /c0 . Indice : cette raison se trouve dans la composition
considérée.
6 SOLUTIONNAIRE DU TP 11 - GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE

Puisque ac|z|2 + bd et c2 |z|2 + 2cd=(z) + d2 sont réels, il en résulte que


 
adz + bcz̄ (ad − bc)=(z) =(z)
= (Ta,b,c,d (z)) = = = = 2 2 .
c |z| + 2cd=(z) + d2
2 2 c2 |z|2
+ 2cd=(z) + d2 c |z| + 2cd=(z) + d2

Le dénominateur étant strictement positif, nous en déduisons que

= (Ta,b,c,d (z)) > 0 ⇐⇒ =(z) > 0 .

Ceci démontre que Ta,b,c,d : H → H. (Notons que −d/c et a/c n’appartiennent


par à H). Or, l’inverse de Ta,b,c,d est aussi une transformation linéaire frac-
tionnaire agissant de H vers lui-même. Nous ne concluons que toute trans-
formation linéaire fractionnaire T : H → H est bijective.

c : Nous avons démontré en a et en b que l’ensemble


 
az + b
Ta,b,c,d : H → H : z 7→ a, b, c, d ∈ R , ad − bc = 1
cz + d

forme un groupe sous la composition de fonctions. Ce groupe est ce que les


mathématiciens appellent 3 le groupe modulaire. Notons-le G.
Remarquons que Ta,b,c,d = T−a,−b,−c,−d et qu’il s’agit de la seule ambiguité
à spécifier une transformation linéaire fractionnaire à l’aide d’un quadruplet
(a, b, c, d) ∈ R4 solution de ad − bc = 1.
 
a b
Effectuons l’association M : G → Mat(2×2)/{−I, I} : Ta,b,c,d 7→ ± .
c d
Le signe ± signifie ici que nous identifions une matrice et son inverse, en
conséquence de la remarque du paragraphe précédent ; nous ne les considérons
pas comme deux matrices distinctes. La condition ad − bc = 1 signifie seule-
ment que le déterminant de la matrice vaut 1, de sorte que nous pouvons
remplacer le groupe des matrices 2x2 à coefficients réels, Mat(2 × 2, R), par
le groupe spécial linéaire 2x2 à coefficients réels, SL(2, R).
Il est clair à présent qu’il s’agit d’une bijection. Il est aussi aisé de voir que
3Enraison des domaines différents des transformations considérées en a, ces transformations ne
forment pas tout à fait un groupe. Cependant, en compactifiant le plan complexe en une sphère,
ces transformations s’étendent à la sphère pour donner lieu à un groupe, à savoir le groupe de
Möbius.
SOLUTIONNAIRE DU TP 11 - GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE 7

a0 b 0 a0 a + b 0 c a 0 b + b 0 d
    
a b
=
c0 d 0 c d c0 a + d0 c c0 b + d0 d
de sorte que M (Ta0 ,b0 ,c0 ,d0 ◦ Ta,b,c,d ) = M (Ta0 ,b0 ,c0 ,d0 )M (Ta,b,c,d ). Il en résulte que
M est un homomorphisme (de groupes) et donc, par bijectivité, un isomor-
phisme (de groupes). Cela signifie G et SL(2, R) sont deux descriptions d’une
même chose (d’un même groupe abstrait) et que M permet de passer d’une
description à une autre.
Notons une subtilité : le “hasard” veut que les Ta,b,c,d agissent sur H ⊂ R2 ,
tandis que les matrices 2x2 agissent sur les vecteurs de R2 . La correspondance
M ne relie pas ces deux actions, qui sont très différentes. M dit seulement
que les éléments de G se comportent les uns avec les autres à la façon que
les matrices de SL(2, R)/{−I, I} se comportent les uns avec les autres. Dans
cette correspondance, d’où proviennent concrètement les groupes n’a qu’un
intérêt secondaire (voire aucun intérêt), de sorte que toute similitude est
fortuite.
8 SOLUTIONNAIRE DU TP 11 - GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE

[Chapitre 3, p.99, no 13] Dans cette question, toutes les notions de “droite”,
de “segment”, de “cercle”, de “distance”, etc. sont à comprendre au sens usuel,
c’est-à-dire au sens de la géométrie euclidienne.
a : Soit O un point quelconque n’appartenant pas au disque délimité par un
cercle C et soient P et Q deux points (distincts) du cercle C tels que O, P
et Q sont colinéaires. Soit T un des deux points de C tel que le segment OT
est tangent à C (en T ) ; lequel en particulier n’importe pas ici. Montrer que
m(OP ) · m(OQ) = (m(OT ))2 , où m(AB) dénote la longueur du segment AB.

b : Soit C(O; R) le cercle de rayon R centré en O. Définissions l’inversion


par rapport au cercle C(O; R) comme la fonction

ι : R2 \{O} → R2

envoyant un point arbitraire P ∈ R2 sur l’unique point P 0 = ι(P ) du segment


OP vérifiant m(OP ) · m(OP 0 ) = R2 .
Montrer que l’inversion par rapport à n’importe quel cercle centré à l’origine
envoie les cercles centrés sur l’axe des u et NE passant PAS par l’origine sur
des cercles centrés sur l’axe des u.
c : Montrer que l’inversion par rapport à C(O; R) envoie les droites verticales
ne passant pas par O sur des cercles centrés sur l’axe des u et passant par O
et vice versa.

RÉPONSE :

a : Descartes nous a montré comment utiliser la géométrie analytique, nous


ne nous en priverons pas ici !
La relation à démontrer est certainement invariante sous les isométries du
plan, c’est-à-dire sous les mouvements rigides et les réflexions. Ainsi, sans
perte de généralité, nous pouvons supposer que C est centré à l’origine Ω
du plan et que P et Q sont appartiennent à une droite horizontale [y =
y0 ]. Puisque P et Q sont à égales distances de l’origine, il en résulte que
P = (−x0 , y0 ) et Q = (x0 , y0 ). En fait, si R dénote le rayon de C, alors
x20 + y02 = R2 .
Par colinéarité des points O, P et Q, il en résulte que O = (x1 , y0 ). Sans
perte de généralité, quitte à échanger les “noms” P et Q et à effectuer une
réflexion d’axe y, nous pouvons supposer que 0 < x0 < x1 .
SOLUTIONNAIRE DU TP 11 - GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE 9

Puisque le segment OT est tangent au cercle en T , ce segment est perpendic-


ulaire au segment ΩT . Par le théorème de Pythagore, nous avons alors

P yt.
(m(OT ))2 = (m(ΩO))2 − (m(ΩT ))2 = x21 + y02 − R2 = x21 + y02 − x20 − y02
= x21 − x20 = (x1 + x0 )(x1 − x0 ) = (m(OP )) (m(OQ)) .

b : Puisque l’inversion est une construction géométrie, elle “commute” avec


les isométries du plan préservant le centre de l’inversion (c’est-à-dire le centre
du cercle par rapport auquel l’inversion est faite).
Considérons le cercle C = C(Ω, R) centré à l’origine ainsi que le cercle
0
C = C(O, S) tel que O = (x0 , 0) avec S 6= |x0 |. Quitte à faire une réflexion
d’axe y, nous pouvons supposer que x0 = |x0 | > 0. Soit ι l’inversion par
rapport à C. Il est assez clair
(1) que le point O0 := ι(O) est de la forme (x1 , 0) avec 0 < x1 < R
(2) et que l’ensemble E := ι(C) se trouve à l’intérieur du cercle C.
Ce qui n’est pas trivial, c’est que E est de la forme C(O0 , S 0 ).

Soit P = (ξ, ζ) un point différent de l’origine.


p Par définition, si P 0 = ι(P ) =
(ξ 0 , ζ 0 ), alors m(ΩP 0 ) = R2 /m(ΩP ) vaut (ξ 0 )2 + (ζ 0 )2 et donc

R2 R2 R2
P0 = P , soit encore (ξ 0 0
, ζ ) = (ξ, ζ) = (ξ, ζ) .
m(ΩP )2 m(ΩP )2 ξ2 + ζ 2

En particulier, si P = O = (x0 , 0), alors P 0 = O0 = (x1 , 0) = (R2 /x0 , 0).

À partir de maintenant, ne considérons plus que les points P ∈ C 0 . Ceux-ci


vérifient la relation

S 2 = (ξ − x0 )2 + ζ 2 = ξ 2 + ζ 2 + x20 − 2ξx0 = (m(ΩP ))2 + x20 − 2ξx0 .


10 SOLUTIONNAIRE DU TP 11 - GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE

Afin de montrer que E est un cercle, nous n’allons pas calculer ι(P ) pour
P ∈ C 0 , mais plutôt utiliser une astuce qui m’a été donnée par un ami 4.
L’idée est de remarquer que ι est une involution, c’est-à-dire qu’elle vaut
son inverse : ι−1 = ι. Ainsi, P 0 ∈ E si et seulement si ι(P 0 ) ∈ C 0 . Donc pour
P 0 = (ρ, τ ) ∈ E quelconque, nous avons

R2
ι(P 0 ) = (ρ, τ ) ∈ C 0
ρ2 + τ 2

et ceci satisfait la relation ci-dessus :

2  2
R2 ρ R2 τ R2 ρ

2 2
S = + + x 0 − 2 x0
ρ2 + τ 2 ρ2 + τ 2 ρ2 + τ 2
R4 2 R2 ρ
= 2 + x0 − 2 2 x0 ,
ρ + τ2 ρ + τ2

d’où

ρ2 S 2 + τ 2 S 2 = R4 + x20 ρ2 + x20 τ 2 − 2R2 ρx0


⇒ ρ2 (S 2 − x20 ) + 2R2 ρx0 + τ 2 (S 2 − x20 ) = R4
R 2 x0 R4
⇒ ρ2 + 2 ρ + τ 2
=
S 2 − x20 S 2 − x20
2 2
R 2 x0 R4 (S 2 − x20 ) + R4 x20 R2 S
 
2
⇒ ρ− 2 +τ = =
x0 − S 2 (S 2 − x20 )2 S 2 − x20

Ceci indique que P 0 = (ρ, τ ) appartient au cercle de rayon S 0 = R2 S/|S 2 − x20 |


centré en O0 = (R2 x0 /(x20 − S 2 ) , 0). Bref,
 2
R2 S

R x0
E =C , .
x20 − S 2 |x20 − S 2 |
Remarquons que O0 6= ι(O), ce qui est bien normal quand nous pensons à
la “distorsion” des distances que produit ι (de sorte que les rayons de C 0 ne
peuvent pas être envoyés par ι à des segments tous de même longueur).

4À
savoir Jean-François Arbour, étudiant à la maı̂trise à l’UQÀM et accessoirement
démonstrateur d’un cours de géométrie hyperbolique là-bas... Ça n’enlève rien à son ingéniosité !
SOLUTIONNAIRE DU TP 11 - GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE 11

c : Sans perte de généralité, supposons que O (notation d’en c) est l’origine


du plan. Notons alors que nous cherchons à obtenir le cas limite (dans nos
notations d’en b) où |x0 | = S, de sorte que les cercles (centrés sur l’axe des
u et passant par l’origine) sont envoyés sur des “cercles de rayon infini centré
à l’infini”. En fait, ce sont des droites.
De retour avec les notations d’en c. Soit D une droite verticale, disons
u = u0 avec u0 6= 0. Soit P = (u0 , v) ∈ D un point quelconque (de plus
différent de l’origine, si u0 = 0). Alors

R2 R2 u0 R2 v
 
ι(P ) = 2 (u0 , v) = ,
u0 + v 2 u20 + v 2 u20 + v 2

vérifie la relation
 2 2  2
2 R u0 R2 v 1
A = 2 2
−A + 2 2
avec A = .
u0 + v u0 + v 2u0
C’est l’équation d’un cercle passant par O (bien que O 6∈ ι(D)). En laissant
varier u0 , nous obtenons n’importe lequel de ces cercles. Ainsi, ι induit une
application surjective (elle est clairement injective)

{ droites [u = x] : x 6= 0} → { cercles C((y, 0), |y|) : y 6= 0} .

Par cette surjectivité et par ι−1 = ι, la partie “vice versa” découle.


12 SOLUTIONNAIRE DU TP 11 - GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE

[Chapitre 3, p.99, no 14]


a : Montrer que toute isométrie (qui préserve l’orientation) de H peut s’écrire
comme la composition de transformations linéaires fractionnaires élémentaires,
c’est-à-dire de la forme

1
T1 (z) = T1,b,0,1 (z) = z + b , T2 (z) = T0,−1,1,0 (z) = −
z
et T3 (z) = Ta2 ,0,0,1 (z) = a2 z avec a 6= 0 .

b : Montrer que T2 envoie les cercles centrés sur l’axe des u et les droites
verticales sur des cercles centrés sur l’axe des u et sur des droites verticales
(pas forcément de manière respective). Comparer avec l’exercice 13.
c : Utiliser les résultats des parties a et b afin de prouver que les isométries de
H envoient des géodésiques sur des géodésiques (comme il se doit de la part
d’isométries !).

RÉPONSE :

a : Shifrin montre (et vous l’avez vu en classe) que le groupe modulaire G


est inclus dans l’ensemble (et en fait, le groupe) des isométries de (H , IH ).
Cependant, il ne démontre nulle part qu’il s’agit de l’entièreté de cet en-
semble... autrement dit, nous ne savons pas encore que toute isométrie (qui
préserve l’orientation) de H est de la forme Ta,b,c,d .

Proposition 1. Étant donné deux points distincts A, B ∈ H et deux autres


points distincts P, Q ∈ H, il existe tout au plus une isométrie F : H → H
telle que F (A) = P et F (B) = Q. Une telle isométrie existe si et seulement
si nous avons l’égalité de distances (évaluées via IH ) d(AB) = d(P Q).
Démonstration : Nous savons que dans H, les seules géodésiques (maxi-
males) sont les demi-cercles centrés sur l’axe des u et les demi-droites verti-
cales. Il est aisé d’en déduire que pour deux points M, N ∈ H distincts, il
existe une unique géodésique joignant ces points (ce qui est tout à fait simi-
laire au cas euclidien) et la longueur de cette géodésique est d(M N ). Il est
alors facile d’en déduire la seconde affirmation de la proposition concernant
l’existence d’une isométrie F .
Pour l’unicité, supposons qu’il existe une autre isométrie F 0 . Alors la
composition F 0 ◦ F −1 : H → H fixe non seulement les points A et B, mais fixe
SOLUTIONNAIRE DU TP 11 - GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE 13

toute la géodésique les joignant puisqu’il n’y en a qu’une. Les géodésiques


croisants ce “segment” géodésique doivent aussi être préservées (l’angle entre
une telle géodésique et le “segment” est préservé, ce qui implique l’affirmation
par unicité des géodésiques). Or, tout point de H est relié à ce “segment”
par une (unique) géodésique, donc tout le plan est fixé. Bref, F 0 ◦ F −1 = Id,
soit F 0 = F .


Proposition 2. Étant donné deux points distincts A, B ∈ H et deux autres


points distincts P, Q ∈ H tels que d(AB) = d(P Q), il existe une transfor-
mation (qui est une isométrie) F = Ta,b,c,d : H → H telle que F (A) = P et
F (B) = Q.

Démonstration : Il est suffisant de ne considérer que P = i et Q l’un


des deux points sur l’axe u = 0 tels que d(P Q) = d(AB), puisque nous pou-
vons toujours composer et inverser les transformations linéaires fractionnaires.
Considérons l’arc géodésique entre A et B. Nous savons que nous pouvons
trouver une transformation linéaire fractionnaire envoyant cet arc sur une
droite verticale. Quitte à appliquer une transformation de la forme T1,b,0,1 ,
nous pouvons supposer que la droite verticale est u = 0, obtenant ainsi des
points A0 et B 0 sur celle-ci. Puis, par une certaine application Ta,0,0,1/a ∈ G,
il est possible de ramener A0 à i et B 0 à B 00 . Si B 00 6= Q, alors en appliquant
T0,−1,1,0 (qui fixe A0 = P ), B 00 est envoyé à Q.


Corollaire 1. L’ensemble des isométries de H est le groupe modulaire.

Démonstration : Découle des deux propositions ci-dessus. 


Ainsi, nous pouvons tout bonnement montrer que chaque Ta,b,c,d est une
composition de transformations élémentaires. Inspirés par la correspondance
G → SL(2, R) de l’exercice 8c, nous pouvons effectuer les associations5

     
1 b 0 −1 a 0
T1 7→ , T2 7→ et T3 = Ta,0,0,1/a 7→ .
0 1 1 0 0 1/a

5Les transformations élémentaires ne font pas toutes partie de G, donc la correspondance ne tient
pas directement pour elles.
14 SOLUTIONNAIRE DU TP 11 - GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE
     
0 −1 1 b 0 −1 −1 0
Notons que = . Nous cal-
1 0 0 1 1 0 b −1
    
−1 0 −1 0 −1 −c
culons ensuite que = , dont le
b −1 c −1 b bc − 1
déterminant vaut 1. Ainsi, la matrice
    
a 0 −1 −c −a −ac
=
0 1/a b bc − 1 b/a (bc − 1)/a
est aussi de déterminant 1. Il en résulte que toute transformation linéaire
fractionnaire de G s’écrit comme la composition

Ta,b,c,d = T−a,0,0,−1/a ◦ T0,−1,1,0 ◦ T1,ab,0,1 ◦ T0,−1,1,0 ◦ T0,−1,1,0 ◦ T1,−c/a,0,1 ◦ T0,−1,1,0 .

b : Ceci découle de l’exercice 13b,c une fois noté que T2 est l’inversion par
rapport au cercle C(0, 1) post-composée par la réflexion d’axe vertical (cette
dernière étape préservant évidemment les droites et les cercles de tout genre).
En effet,

−1 −1 −(u − iv) −u v
T2 (z) = = = 2 = + i .
z u + iv u + v2 u2 + v 2 u2 + b2

La réflexion d’axe vertical changeant le signe de la partie réel, nous retrouvons


l’inversion ι par rapport à C(0, 1),
1
(r ◦ T2 )(u, v) = (u, v) = ι(u, v)
u2 + v2
c : Parmi les transformations élémentaires, seule T2 ne préserve pas de façon
évidente l’ensembe des cercles centrées sur l’axe des u et des droites verticales.
Or, la partie b nous assure que c’est le cas. Ainsi, la décomposition de
Ta,b,c,d en transformations élémentaires établie en a nous assure que cette
transformation préserve l’ensemble des cercles centrées sur l’axe des u et des
droites verticales, bref les géodésiques.
SOLUTIONNAIRE DU TP 11 - GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE 15

[Exercice supplémentaire, no 3] Soit f : H → C la fonction donnée par

z−i
f (z) =
iz − 1

où z = u + iv. Nous pouvons voir cette fonction comme étant

ψ : R × (0, ∞) → R2 : (u, v) 7→ (x, y) = (<[f (u + iv)] , =[f (u + iv)]) .

a : Montrer que im f := f (H) est D := {z ∈ C : |z| < 1}.


b : Montrer que f : H → D est inversible et calculer l’inverse f −1 : D → H.
c : Montrer que la matrice jacobienne

∂x ∂y
 
dfz := Dψ(u,v) = J = ∂u ∂u
∂x ∂y
∂v ∂v

est inversible partout.

Ces trois propriétés montrent que H et D sont difféomorphes, f : H → D (ou son


inverse) étant un difféomorphisme.

RÉPONSE :

Notons que la fonction z 7→ (z − i)(iz − 1) n’est pas définie uniquement sur H,


mais sur tout C\{−i}. Sur ce plus grand domaine, l’ensemble d’arrivée de la fonction
peut être pris comme C\{−i}. En effet, s’il existait z tel que f (z) = −i, alors nous
aurions

z−i z−i
1 = i(−i) = i = ⇒ z + i = z − i ⇒ i = −i ,
iz − 1 z+i

ce qui est absurde. Ainsi, f : C\{−i} → C\{−i}. Il s’agit d’une involution, c’est-à-
dire que f (f (z)) = z quel que soit z :

z−i
f (z) − i −i z−i+z+i
f (f (z)) = = iz−1
z−i = = z.
if (z) − 1 i iz−1 − 1 iz + 1 − iz + 1

Ceci implique en particulier que f : C\{−i} → C\{−i} est bijective.


16 SOLUTIONNAIRE DU TP 11 - GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE

a : Par définition, z ∈ H ⇐⇒ =(z) = v > 0. Nous calculons


p
z−i |z − i| |u + i(v − 1)| u2 + (v − 1)2
|f (z)| = = = =p
i(z + i) |z + i| |u + i(v + 1)| u2 + (v + 1)2

u2 + v 2 + 1 − 2v
=√
u2 + v 2 + 1 + 2v

Puisque v > 0 (et par croissance de la racine carrée), le numérateur est


toujours inférieur au dénominateur.
Notons au passage que

u + i(v − 1) u + i(v − 1) u − i(v + 1) u2 + v 2 − 1 + i2u


f (z) = −i = −i = −i
u + i(v + 1) u + i(v + 1) u − i(v + 1) u2 + (v + 1)2
−2u 1 − (u2 + v 2 )
= 2 + i =: x + iy .
u + (v + 1)2 u2 + (v + 1)2

b : Nous savons que la fonction f : H → im(f ) est inversible, car injective. Il


reste à voir que im(f ) = D. Or, nous savons que f est bien définie sur D,
donc il est suffisant de montrer que f (D) ⊂ H. En effet, avec cette condition
en main et sachant de a que f (H) ⊂ D, nous en déduirions que (propriété
d’involution à l’appui)

invo. a hypo.
H = f (f (H)) ⊂ f (D) ⊂ H ,

ce qui force toutes ces inclusions à être des égalités. Donc nous aurions
f (D) = H et donc D = f (f (D)) = f (H).
Si z = u + iv ∈ D, c’est-à-dire si |z|2 = u2 + v 2 < 1 alors |v| < 1, donc
−1 < v, c’est-à-dire v + 1 > 0. Nous avons vu en a que

1 − (u2 + v 2 ) 1 − |z|2
=(f (z)) = y = = .
u2 + (v + 1)2 u2 + (v + 1)2

Or, pour z = u + iv ∈ D, nous avons |z|2 = u2 + v 2 < 1, ce qui implique


aussi |v| < 1, donc en particulier −1 < v, c’est-à-dire v + 1 > 0. Dans ce cas,
le numérateur et le dénominateur de la fraction ci-dessus sont strictement
positifs. Ceci prouve que f (D) ⊂ H.
SOLUTIONNAIRE DU TP 11 - GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE 17

c : Considérant la propriété d’involution, nous avons que

dff (z) ◦ dfz = d(f ◦ f )z = dzz = Id ,

donc il est assuré que la matrice jacobienne est inversible. Effectuons quand
même le calcul. Nous avons trouvé en a que

−2u 1 − (u2 + v 2 )
x= et y = .
u2 + (v + 1)2 u2 + (v + 1)2
Ainsi, la matrice jacobienne est

2u(u2 +v 2 −1)
!
−2 4u2 −2u
u2 +(v+1)2
+ (u2 +(v+1)2 )2 u2 +(v+1)2
+ (u2 +(v+1)2 )2
J= 4u(v+1) −2v 2(v+1)(u2 +v 2 −1)
(u2 +(v+1)2 )2 u2 +(v+1)2
+ (u2 +(v+1)2 )2

soit encore
 
1 −2(u2 + (v + 1)2 ) + 4u2 −2u(u2 + (v + 1)2 ) + 2u(u2 + v 2 − 1)
(u + (v + 1)2 )2
2 4u(v + 1) −2v(u2 + (v + 1)2 ) + 2(v + 1)(u2 + v 2 − 1)
 2 
2 u − (v + 1)2 −2u(v + 1)
= 2 .
(u + (v + 1)2 )2 2u(v + 1) u2 − (v + 1)2
Le déterminant de la dernière matrice (sans considération du facteur devant)
est

(u2 − (v + 1)2 )2 + (2u(v + 1))2 ≥ 0

ce qui est nul si et seulement si u2 = (v + 1)2 et u(v + 1) = 0, c’est-à-dire


si et seulement si u = v + 1 = 0, bref si z = −i ce qui est exclu. Donc ce
déterminant est strictement positif, donc la matrice est inversible
Une autre approche consiste à calculer df comme dérivée d’une fonction à
variable complexe. Le calcul complexe nous apprend ici que

df 1 i(z − i) iz − 1 − iz − 1 −2 2
= − 2
= 2
= 2
= ,
dz iz − 1 (iz − 1) (iz − 1) (iz − 1) (z + i)2

de sorte que la fonction complexe z 7→ df /dz est assurément inversible.


Puisque dfz = (df /dz)dz, la matrice jacobienne est inversible.
18 SOLUTIONNAIRE DU TP 11 - GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE

[Exercice supplémentaire, no 4] Trouver une première forme fondamentale ID sur


D (c’est-à-dire, une métrique riemannienne) faisant de f soit une isométrie locale.
La paire (D, ID ) est le disque de Poincaré.

RÉPONSE :

Soient un point z ∈ D et deux vecteurs ξ = ξ1 û + ξ2 v̂ et ζ = ζ1 û + ζ2 v̂ tangents à


D en z, bref ξ, ζ ∈ Tz D. Nous cherchons à définir un produit scalaire de ξ et ζ tel
que la fonction f : D → H de la question précédente soit une isométrie (locale, et
donc ici globale puisque f est une bijection). Ceci signifie précisément que

IH D
f (z) (Jz ξ , Jz ζ) = Iz (ξ , ζ)

pour tout choix de z, ξ et ζ. Ici, Jz est la matrice jacobienne calculée plus tôt évaluée
en z = u + iv. En termes matriciels, ceci est équivalent à demander que

JzT IH D
f (z) Jz = Iz ,

pour tout z ∈ D, ce qui peut évidemment servir de définition pour le produit scalaire
sur D. Rappelons de la page 91 des notes de Shifrin que
 
H 1 1 0
Iu+iv = 2 , donc nous calculons
v 0 1
1 1
IDz = JzT Id Jz = J T Jz
(=f (z)) 2 (=f (z))2 z
(u2 + (v + 1)2 )2 4
= ×
(1 − (u2 + v 2 ))2 (u2 + (v + 1)2 )4
 2 T  2 
u − (v + 1)2 −2u(v + 1) u − (v + 1)2 −2u(v + 1)
×
2u(v + 1) u2 − (v + 1)2 2u(v + 1) u2 − (v + 1)2
4
× (u2 − (v + 1)2 )2 + (2u(v + 1))2 Id

= 2 2 2 2 2 2
(1 − (u + v )) (u + (v + 1) )
4 (u4 − 2u2 (v + 1)2 + (v + 1)4 + 4u2 (v + 1)2 ) 4
= Id = Id
(1 − (u2 + v 2 ))2 (u2 + (v + 1)2 )2 (1 − (u2 + v 2 ))2
4 4
=⇒ IDz = Id = Id .
(1 − (u2 + v 2 ))2 (1 − |z|2 )2

Quelle beauté ! Vive Poincaré !


SOLUTIONNAIRE DU TP 11 - GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE 19

[Exercice supplémentaire, no 5] Décrire toutes les géodésiques du disque de


Poincaré.

RÉPONSE :

Il s’avère que les géodésiques du disque de Poincaré forment un ensemble bien


simple : il s’agit de toutes les portions d’arcs de cercles (dans le sens euclidien)
intersectant la cercle |z| = 1 perpendiculairement. Les diamètres sont inclus dans
cet ensemble, comme cas limites d’arcs de cercles.
Afin de démontrer ceci, nous pouvons imiter la méthode donnée par Shifrin (et
exposée plus en détails en classe) pour les géodésiques de H. Nous procédons ici peut
être un peu différemment cependant.
Cependant, il est bon avant tout de “réduire” le problème en se mettant en “po-
sition standard”. Cela demande d’effectuer certains constats.
(1) Notons que les réflexions par rapport à tout axe radial et les rotations autour
de l’origine préservent ID puisque cette matrice ne dépend que de la distance
euclidienne entre un point et l’origine. Ainsi, ces transformations sont aussi
des isométries de ID et envoient donc des géodésiques sur des géodésiques.
(2) Chaque rayon est le lieu géométrique d’une géodésique6. Par rotation, il
suffit de montrer que c’est le cas du rayon vertical. Pour le voir, il suffit
d’utiliser le théorème d’existence et d’unicité des géodésiques : il existe une
géodésique passant par O et qui y est intantanément vertical, donc la réflexion
par rapport à la vertical est aussi une géodésique, donc par unicité ce doit
être la même, donc ce doit être l’axe de réflexion, bref le rayon vertical 7.
Notons que

f (diamètre vertical) = f ({iv : v ∈ (−1, 1)}) = {f (iv) : v ∈ (−1, 1)}


   
iv − i 1−v
= : v ∈ (−1, 1) = i : v ∈ (−1, 1)
−v − 1 1+v
= {iw : w ∈ (0, ∞)} = demie-droite verticale ⊂ H ,

6Rappelons qu’une géodésique a “un paramètre de parcours” qui lui est naturellement attaché,
de sorte que la norme (selon la première forme fondamentale présente) du vecteur “vitesse” est
constante.
7J’ADORE cette ligne d’arguments, qui est mon dada en géométrie riemannienne dès que j’ai
une intuition de ce que sont les géodésiques.
20 SOLUTIONNAIRE DU TP 11 - GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE

de sorte (par isométries) que tous les diamètres de D sont envoyés sur les
droites verticales de H.
(3) Étant donné une géodésique de (D, ID ), considérons le point P de celle-ci
le plus près (dans la distance – géodésique – induite par ID sur le disque)
de l’origine O. Cette distance est celle du segment OP (que nous savons
être une géodésique)8. Le vecteur tangent ξ à la géodésique en P doit être
perpendiculaire (tant au sens hyperbolique qu’euclidien, vu que ce sont deux
métriques conformes) à OP , sinon P ne serait pas le point le plus près.
Notons au passage qu’en effectuant la réflexion par rapport à l’axe OP ,
nous obtenons une géodésique passant par P avec vitesse −ξ. Or, parcourir
la géodésique initiale en sens inverse (en “inversant” le cours du temps) est
de ce genre. Donc nous en déduisons que la géodésique est symétrique sous
cette réflexion.

Nous sommes désormais aptes à nous placer en “position standard”. En prenant


n’importe quelle géodésique, quitte à effectuer une rotation, nous pouvons supposer
que le point le plus près de l’origine sur cette géodésique se trouve sur l’axe des u.
Quitte à effectuer une réflexion d’axe vertical, nous pouvons supposer ce point sur
l’axe des u strictement positif (le cas u = 0 étant le rayon vertical). Nous avons établi
que dans ce cas, le vecteur tangent à la géodésique en ce point était perpendiculaire
à l’axe radial, donc ici ce vecteur est vertical. Nous n’allons chercher qu’à identifier
ces géodésiques, toutes les autres en découlant par rotation.
Nous pensons que les lieux géométriques de ces géodésiques doivent être des arcs
de cercles intersectant le cercle |z| = 1 de façon perpendiculaire.

Méthode des lieux géométriques: Puisque f : D → H est un difféomorphisme


isométrique, afin de montrer que les cercles ci-dessus que nous affirmons être
des lieux géométriques de géodésiques de D en sont bel et bien, il suffit de
montrer que leur image par f sont des lieux géométriques de géodésiques de
H. Pour ce faire, il suffit de montrer que ces images sont des (portions de)
demi-cercles centrés sur l’axe des u.
En s’inspirant de l’exercice 14, mais en permettant des coefficients com-
plexes, notons que f s’écrit comme la composition de six transformations
“élémentaires”

8A priori, il pourrait exister d’autres géodésiques entre O et P (cette possibilité ne tiendra plus
à la fin de l’exercice), mais elles ne peuvent pas être plus courtes qu’une géodésique radial. Ça tient
beaucoup au fait qu’il n’y a pas moyen de “sauver de la distance” en changeant d’angle, puisque ID
ne dépend pas de l’angle.
SOLUTIONNAIRE DU TP 11 - GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE 21

   
1 1 1 1 1 1 1
z 7→ iz →
7 iz−1 7→ − 7 −
→ − 7→ 2 − − 7→ 2i − − .
iz − 1 iz − 1 2 iz − 1 2 iz − 1 2

La première et la dernière sont la rotation anti-horaire de π/2 rad du plan


complexe autour de l’origine. La deuxième et la quatrième sont des trans-
lations le long de l’axe des u. L’avant-dernière est une dilatation de facteur
2 (centrée à l’origine). Toutes ces applications préservent les cercles. La
troisième application, à savoir w 7→ T2 (w), est une inversion par rapport au
cercle C(0, 1) et préserve donc aussi les cercles ne passant pas par l’origine.
Ainsi, f envoie les arcs de cercles qui nous intéressent sur des arcs de cercles
dans H. Il reste à voir qu’il s’agit des cercles centrés sur l’axe des u. Notons
que f ({|z| = 1}) = axe des u ; par l’aspect isométrique de f , l’orthogonalité
des cercles d’intérêt dans D avec {|z| = 1} implique l’orthogonalité des cercles
images dans H avec l’axe des u.
Ceci termine la preuve de notre affirmation. Il est alors assuré que nous
pouvons paramétrer un tel cercle pour en faire une géodésique.
Paramétrage géodésique : Nous pourrions plutôt tenter de trouver les géodésiques
plus directement, par exemple en solutionnant les équations (♣♣). Ça de-
mande un certain effort ou une certaine ingéniosité. À l’instant, l’un comme
l’autre me manque... notez qu’un paramétrage “non géodésique” du cercle
de ce type passant par P = (u0 , 0) (avec 0 < u0 < 1) est

(u20 − 1) cos θ + u20 + 1 1 − u20


 
(u(θ), v(θ)) = , sin θ ,
2u0 2u0
 
1 1
avec θ ∈ − arcsin , arcsin .
u0 u0

Pour qu’un tel cercle soit le lieu géométrique d’une géodésique (nous savons
que c’est le cas), il faut et il suffit que le reparamétrage par longueur d’arc
(au sens de la première forme fondamentale ID ) du paramétrage ci-dessus
satisfasse (♣♣). Cette approche demande bien du calcul, mais est peut-être
plus systématique et aisé que d’intégrer (♣♣) sans autre “indice”9...

9En fait, nous avons toujours un “indice” lorsque nous cherchons à résoudre (♣♣) : le vecteur
tangent à une géodésique est de norme constante. Dans la terminologie de la mécanique classique,
on dirait alors que la norme de ce vecteur est une intégrale première de (♣♣) et elle peut être très
utilise à simplifier (♣♣) et plus facilement la résoudre.
22 SOLUTIONNAIRE DU TP 11 - GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE

Note finale :

La géométrie hyperbolique est l’objet de livres entiers. Dans un sens, c’est dû au
fait que cette géométrie est, dans un sens, la plus commune de toutes les géométries
(riemanniennes) possibles, mais qu’elle possède des propriétés passablement différentes
de celles des géométries sphériques et planaires. Les “géométries hyperboliques” se
trouvent de nos jours partout en mathématiques. Quelques exemples notables :
(1) Les groupes fuchsiens qui permettent de paver l’espace hyperbolique, généralisant
du coup les pavages du plan et de la sphère (ces dernières étant les solides de
Platon !) et de créer les g-tores pour g ≥ 2. Ceci a conduit à d’importantes
notions en théorie des nombres. Les pavages sont aussi reliés aux groupes de
Coxeter, un autre important sujet d’étude.
(2) En relativité générale, des généralisations de l’espace hyperbolique sont présentes
de toutes sortes de façons. Par exemple, les métriques de Friedmann-Lemaı̂tre-
Robertson-Walker décrivent des modèles cosmologiques homogènes et isotropes.
Parmi ces métriques, certaines sont hyperboliques (c’est-à-dire de courbure
gaussienne constante négative) ; ce sont des univers “ayant tendance” à être
en expansion à un rythme “presque” constant. Un exemple particulier est
donné par l’espace anti-de Sitter, espace habité seulement par une constante
cosmologique négative (qui combat victorieusement l’expansion). Ce dernier
espace est particulièrement étudié depuis plusieurs années dans le cadre de la
correspondance AdS/CFT de Maldacena, soit la réalisation la plus aboutie
du principe holographique proposé en gravité quantique.
(3) En géométrie complexe, les applications naturelles sont les fonctions holo-
morphes. Celles-ci sont liées à la géométrie hyperbolique de toutes sortes
de manières... transformations conformes, surfaces minimales/fonctions har-
moniques, théorie de Teichmüller ...
Bref, vous risquez de revoir ces géométries encore et encore... deux références que
j’aime bien (mais un peu plus avancées que le cours) et qui abordent partiellement
le sujet sont
Hummel, Christoph. Gromov’s Compactness Theorem for Pseudo-holomorphic
Curves. Birkhäuser Verlag & Springer Basel AG, Progress in Mathematics, 1997.
Lee, John M. Riemannian Manifolds : An Introduction to Curvature. New-York,
Springer-Verlag, Graduate Texts in Mathematics, première édition, 1997.

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