INTÉGRALES CURVILIGNES
1. Courbes
Soient I = [a, b] un intervalle dans R et
F : I → Rk t 7−→ (x1 (t), ..., xk (t))
une fonction vectorielle (k = 2 ou 3). L’ensemble
Γ = {M (x1 (t), ..., xk (t)); t ∈ I}
est appelé courbe ( ou arc de courbe) dans Rk . La fonction F est
dite représentation paramétrique de Γ et t le paramètre. Le vecteur
position est F (t) = OM¯ (t). Posons A = F (a) et B = F (b). On note
Γ = AB.
d On dit que Γ est un arc d’origine A et d’extrimité B et que
Γ est orientée suivant les t croissants. Si A = B, on dit que Γ est un
arc fermé. Un point M de Γ est double s’il existe t1 , t2 ∈ I tels que
F (t1 ) = F (t2 ) = OM. On dit que Γ est une courbe simple si elle n’a
pas de point double.
Exemple 1. F : [0, 2π] → R2 , t 7−→ (cos(t), sin(t)) est une
représentation du cercle unité. C’est une courbe fermée de classe C ∞ .
Définition 2. La longueur d’une courbe est
Z b
l= kF 0 (t)k2 dt.
a
Exemples 3. (1) La longueur du cercle unité est
Z 2π √
l= sin2 t + cos2 tdt = 2π
0
(2) Soit F : [0, 2π] → R3 , t 7−→ (cos(t), sin(t), t) une représentation
de l’hélice circulaire . C’est une courbe fermée de classe C ∞ . La
longueur de cette hélice est
Z 2π √ √
l= sin2 t + cos2 t + 1dt = 2π 2;
0
(3) Soit f : [a, b] → R une fonction de classe C 1 et Γ son graphe
orienté selon les x croissants, alors Γ est un arc de courbe de
classe C 1 définie par la représentation paramétrique
F : [a, b] →→ R2 t 7−→ F (t) = (t, f (t)).
1
2 INTÉGRALES CURVILIGNES
La longueur de la courbe Γ est
Z bp
l= 1 + f 0 (t)2 dt.
a
2. Formes différentielles
Soient U un ouvert de Rk ( k = 2 ou 3) et f U → R. Si f est de
classe C 1 alors f est différentiables et la différentielle de f est
∂f ∂f ∂f
df (x, y) = dx + dy + dz.
∂x ∂y ∂z
Cas général
k
X ∂f
df (x1 , ..., xk ) = dxi .
i=0
∂x i
Définition 4. Soient P (x, y) et Q(x, y) deux fonctions numériques
définies sur un ouvert U de R2 . Une application ω U → R qui associe
à (x, y) l’élément ω(x, y) = P (x, y)dx + Q(x, y))dy s’appelle une forme
différentielle de degré un sur U.
De même on parle de forme différentielle dans R3 (ou plus généralement
Rn .
ω(x, y, z) = P (x, y, z)dx + Q(x, y, z))dy + R(x, y, z)dz.
k
X
ω(x1 , ..., xk ) = fi (x1 , ..., xk )dxi .
i=0
Exemple 5. La différentielle d’une fonction numérique
∂f ∂f
df (x, y) = dx + dy
∂x ∂y
est une forme différentielle de degré un.
Définition 6. Une forme ω est dite exacte sur U s’il existe une fonction
f sur U telle que ω = df.
Dans ce cas
∂f ∂f
ω(x, y) = P (x, y)dx + Q(x, y)dy = df (x, y) = dx + dy.
∂x ∂y
Ce qui donne
∂f ∂f
P (x, y) = et Q(x, y) = .
∂x ∂y
INTÉGRALES CURVILIGNES 3
Si de plus ω est de classe C 1 sur U, alors
∂P (x, y) ∂ 2f ∂Q(x, y) ∂ 2f
= et = .
∂y ∂y∂x ∂x ∂x∂y
Par le théorème de Schwarz
∂P ∂Q
= .
∂y ∂x
Théorème 7. Si ω = P dx + Qdy est une forme différentielle de classe
C 1 sur un ouvert U simplement connexe alors ω est exacte sur U si est
seulement si
∂P ∂Q
= .
∂y ∂x
3. Intégrales curvilignes
Soit Γ = AB
d un arc de courbe orienté de classe C1.
Définition 8. On appelle intégrale curviligne de la forme différentielle
ω le long de l’arc Γ = ABd le nombre réel
Z b
W = [P (x(t), y(t))x0 (t) + Q(x(t), y(t))y 0 (t)]dt.
a
R R
On écrit W = AB
d ω= AB
d P dx + Qdy.
Propriétés Soient Γ = ABd un arc de courbe orienté de classe C1
et ω la forme différentielle continue sur un ouvert U contenant l’arc
orienté de classe C1, Γ = AB
d
R R
(1) ABd ω = − BA d ω;
R R R
(2) ABd αω1 + ω2 = α AB d ω1 + AB d ω2 ;
R R R
(3) ACd ω = AB d ω + BCd ω.
(4) Si ω est exacte sur U alors
Z
ω = f (B) − f (A),
AB
d
où f est une fonction différentiable surR U telle que ω = df. Si de
plus A = B c-à-d AB
d est fermé, alors d ω = 0.
AB
4 INTÉGRALES CURVILIGNES
4. Circulation d’un champ de vecteurs
Définition 9. Un champ de vecteurs sur D ⊂ Rp est une applica-
→
−
tion qui à tout point M de D associe un vecteur V (M ) de Rp . Soit
→
− → − → −
{O ; i , j , k } un repère orthonormé de R3 , alors un champ de vecteurs
→
−
V (x, y, z), (x, y, z) ∈ D ⊂ R3 est donné par trois fonctions P, Q et R
sur D à valeurs réelles :
→
− →
− →
− →
−
V (x, y, z) = P (x, y, z) i + Q(x, y, z) j + R(x, y, z) k
→
−
On dit que le champ de vecteurs V est de classe C k sur D si P, Q, R
sont de classe C k .
Les fonctions à valeurs réelles, on les appelle parfois des champs
scalaires, tandis que les champs vectoriels sont des fonctions à valeurs
vectorielles. Quand on dessine un champ de vecteurs, on a des vecteurs
associés à tout point du domaine de définition. Pour dessiner un champ
de vecteurs, on prend quelques points sur le plan R2 et en chaque point
choisi on calcule la valeur du champ ; on fait un dessin du vecteur ainsi
obtenu en commençant au point choisi. Voici quelques exemples de
champs faciles à dessiner :
Exemple 10.
→
−
Champ uniforme : champ constant, par exemple, λ i , λ ∈ R.
→
− →
−
Champ convergent : −x i − y j .
→
− →
−
Champ tournant : −y i + x j .
Soient F (x1 , ..., xk ) = (f1 (x1 , ..., xk ), ..., fk (x1 , ..., xk )) un champ de
vecteurs continu sur l’ouvert U contenant l’arc de courbe AB d de classe
C 1 . On appelle Circulation (ou travail) du champ de vecteurs F le long
de ABd l’integrale curviligne :
Z Z
F (x).dx = ω
AB
d AB
d
avec x = (x1 , ..., xk ), ω = f1 (x)dx1 + ...fk (x)dxk , F (x).dx le produit
scalaire de F (x1 , ..., xk ) = (f1 (x1 , ..., xk ), ..., fk (x1 , ..., xk )) avec dx =
(dx1 , ..., dxk ).
Le champ F est dit conservatif sur U si pour tout couple (A, B) de
points de U, le travail de F le long de AB d ne dépend pas du chemin
suivi.
Si F est un champ gradient continu sur U (F = grad(f )), alors F est
conservatif.
INTÉGRALES CURVILIGNES 5
5. Gradient. Opérateur Nabla
Le gradient est un exemple d’un champ de vecteurs. Le gradient
d’une fonction f : D → R de classe C 1 sur D ⊂ Rn associe à chaque
−−→
point X de D le vecteur gradf (X). Dans R3 en coordonnées {x, y, z}
on a :
−−→ ∂f ∂f ∂f
gradf (X) = (X), (X), (X) .
∂x ∂y ∂z
3 →
− ∂ ∂ ∂
Dans R on regarde un opérateur ∇ à coordonnées , , .
∂x ∂y ∂z
Cet opérateur vectoriel
→
− →
− ∂ →
− ∂ →
− ∂
(1) ∇= i + j + k .
∂x ∂y ∂z
−−→ →
−
agissant sur une fonction f est égal au gradient : gradf = ∇f. Cet
→
−
opérateur ∇ est aussi appelé l’opérateur de Hamilton (c’est le même
Hamilton (1805 - 1865) qui a introduit le mot ”vecteur”).
Linéarité du gradient : Soient f1 , f2 des fonctions définies sur
−−→
une partie de Rn et λ, µ des nombres réels. Alors grad(λf1 + µf2 ) =
−−→ −−→
λ gradf1 + µ gradf2
On peut se poser une question : et si tous les champs de vecteurs sont
des gradients de fonctions ? On voit rapidement que c’est une restriction
assez forte.
→
− →
−
Définition 11. Soit V un champ de vecteurs V : D → R3 , D ⊂ R3 .
→
− −−→ →
−
S’il existe f : D → R tel que V = gradf on dit que le champ V dérive
→
−
du potentiel scalaire f sur D et V est un champ de gradient aussi
appelé un champ potentiel.
Remarque 12.
→
− −−→
1. La condition V = gradf dans certains livres de physique est
→
− −−→
donnée avec un signe : V = −gradf pour des raisons de convention
dans certaines équations.
2. Si la fonction f existe, elle est unique à une constante près.
6. Divergence et Rotationnel
→
−
A l’aide de l’opérateur ∇ on peut définir des opérations sur des
champs - la divergence et le rotationnel.
6 INTÉGRALES CURVILIGNES
→
−
Soit V : D ⊂ R3 → R3 un champ de vecteurs de classe C 1 . Le
→
− →
−
produit scalaire de l’opérateur ∇ avec le champ V donne une fonction,
→
−
qui s’appelle la divergence de V .
→
− →
−
Le produit vectoriel de l’opérateur ∇ avec un champ V donne un
→
−
nouveau champ, qui s’appelle le rotationnel de V .
La divergence agit sur des champs de vecteurs et donne des fonctions.
→
−
Définition 13. Soit V : D → R3 , D ⊂ R3 un champ de vecteurs,
→
− →
− →
− →
−
V = P i + Q j + R k , où P, Q, R sont des fonctions D → R. La
→
−
divergence de V est
→
− →
− → − ∂P ∂Q ∂R
(2) div V = ∇ · V = + + .
∂x ∂y ∂z
On remarque que la divergence est linéaire :
→
− −
→ →
− −
→
div(λ V + µW ) = λ div V + µ divW
Le rotationnel agit sur des champs de vecteurs et donne des champs
de vecteurs.
→
−
Définition 14. Soit V : D → R3 , D ⊂ R3 un champ de vecteurs,
→
− →
− →
− →
−
V = P i + Q j + R k , où P, Q, R sont des fonctions D → R. Le
→
−
rotationnel de V est
(3)
→
− →
− →
−
−→ →
− →
− →
− i j k
rot V = ∇ ∧ V = ∂/∂x ∂/∂y ∂/∂z
P Q R
∂R ∂Q → − ∂P ∂R → − ∂Q ∂P → −
= − i + − j + − k.
∂y ∂z ∂z ∂x ∂x ∂y
On remarque que le rotationnel est linéaire :
−→ → − −
→ −→→ − →−
− →
rot(λ V + µW ) = λ rot V + µ rotW
Exemple 15. Système d’équations de Maxwell pour le champ électromagnétique
dans le vide :
→
− ρ →
−
1. div E = 2. div B = 0
0
→
− →
− →
−
→→
− − ∂B −→→− j 1 ∂E
3. rot E = − 4. rot B = +
∂t 0 c2 c2 ∂t
Ici on note :
- ρ(x, t) - la densité volumique de charge électrique au point x =
(x1 , x2 , x3 ) à l’instant t,
INTÉGRALES CURVILIGNES 7
→
−
- j (x, t) - le vecteur densité de courant,
→
−
- E (x, t) - le vecteur champ électrique,
→
−
- B (x, t) - le vecteur induction magnétique,
- 0 - la permittivité diélectrique du vide,
- c - la vitesse de la lumière dans le vide (= 299792458 m/s).
→
−
Remarque 16. Propriétés de l’opérateur ∇ :
→
−
Soit V : D → R3 , D ⊂ R3 un champ de vecteurs de classe C 1 , et
f : D → R une fonction de classe C 1 . Alors, on a
−→→ − →
− → − → −
div(rot V ) = ∇ · ( ∇ ∧ V ) ≡ 0.
Formellement on peut le voir comme un produit mixte, qui est identi-
quement 0 si les vecteurs ne sont pas linéairement indépendants. Ici ce
ne sont pas des vecteurs mais des opérateurs vectoriels mais le produit
→
− → − →
−
mixte de ∇, ∇ et V est identiquement 0. On a aussi
−→ −−→ →
− →
−
(4) rot gradf = ∇ ∧ ( ∇f ) ≡ 0.
Définition 17. L’opérateur
−−→
∆f = div(gradf )
défini sur les fonctions f : D → R, D ⊂ R3 de classe C 2 à valeurs dans
les fonctions est appelé l’opérateur de Laplace.
6.1. Théorème de Poincaré. .
→
− →
− →
− →
− →
−
Proposition 18. Soit V : D → R3 , D ⊂ R3 , V = P i + Q j + R k ,
un champ de vecteurs, P, Q, R des fonctions de D vers R. Une condition
→
−
nécessaire pour que le champ V dérive d’un potentiel scalaire sur D
−→→−
est qu’en tout point M de D, rot V = 0.
Démonstration. La relation 4 implique que pour qu’il existe f : D → R,
→
− −−→ →→
− −
tel que V = gradf on a rot V = 0. Cela se traduit en trois conditions
sur les fonctions P, Q et R :
∂R ∂Q
=
∂y ∂z
∂P ∂R
=
∂z ∂x
∂Q ∂P
=
∂x ∂y
La condition suffisante pour un champ d’être un champ de gradient
est une condition sur le domaine de définition du champ.
8 INTÉGRALES CURVILIGNES
Théorème 19 (Poincaré).
→
− −→→−
Soit V : R3 → R3 un champ de vecteurs de classe C 1 tel que rot V =
→
− −−→
0. Alors il existe une fonction f : R3 → R telle que V = grad f.
Remarquez ici que le champ V est défini en tout point de R3 . On ne
donne pas ici de démonstration de ce théorème mais on remarque que
le champ de vecteurs en question doit impérativement être de classe
C 1 sur R3 . C’est R3 , le domaine de définition du champ, qui joue un
rôle important ici.
Voici une définition pertinente :
Définition 20. Un domaine D ⊂ Rn est simplement connexe si D est
connexe par arc et toute courbe fermée de D peut être ramenée à un
point par une déformation continue tout en restant dans D.
Exemple 21. Un exemple d’un domaine non-simplement connexe :
un domaine de R2 - un anneau qu’on peut définir pour r2 < R2 par
D = {(x, y)| r2 ≤ x2 + y 2 ≤ R2 }. On peut voir ce domaine comme un
disque de rayon R troué : le petit disque autour du centre est enlevé du
grand disque. Il n’est pas simplement connexe. En effet, si on considère
une courbe fermée de D (un lacet) qui contourne (0, 0) il n’y a pas de
façon de l’amener à un point, sans la faire ”sauter” par dessus ce disque
absent.
Le théorème de Poincaré se formule d’une façon plus générale :
Théorème 22 (Poincaré généralisé).
Soit D un domaine de R3 . Soit V : D → R3 un champ de vecteurs
−→→ −
de classe C 1 et rot V = 0. Alors si D est simplement connexe, il existe
→
− −−→
une fonction f : D → R telle que V = gradf.
→
−
6.2. Calcul du potentiel. Si V est un champ potentiel, alors on peut
trouver le potentiel à une constante près. On va faire un exemple de
calcul ici.
→
−
Soit V : R3 → R3 un champ de vecteurs de composantes P, Q, R :
P (x, y, z) = 6x(y + z 2 ), Q(x, y, z) = 3x2 , R(x, y, z) = 6x2 z
Il est de classe C ∞ sur R3 car les fonctions P, Q, R sont des polynômes.
−
→
De plus rotV = 0 :
∂R/∂y − ∂Q/∂z = 0 − 0 =0
∂P/∂z − ∂R/∂x = 12xz − 12xz = 0
∂Q/∂x − ∂P/∂y = 6x − 6x =0
→
−
Par le théorème de Poincaré (Théorème 19), V dérive d’un potentiel
scalaire. Déterminons tous les potentiels scalaires f : R3 → R du champ
INTÉGRALES CURVILIGNES 9
→
− −−→ →
−
V . on a gradf = V .
∂f /∂x = 6x(y + z 2 ) (1)
∂f /∂y = 3x2 (2)
∂f /∂z = 6x2 z (3)
De (2) on a f (x, y, z) = 3x2 y + φ(x, z), où φ : R2 → R est une fonction
différentiable. De (1) on a ∂f /∂x = 6x(y+z 2 ) = ∂(3x2 y+φ(x, z))/∂x =
6xy + ∂φ(x, z)/∂x. Donc
∂φ(x, z)/∂x = 6xz 2 ⇒ φ(x, z) = 3x2 z 2 +ψ(z), où ψ : R → R dérivable.
Il suit
f (x, y, z) = 3x2 y + 3x2 z 2 + ψ(z)
et avec l’équation (3) on a
∂f /∂z = 6x2 z = ∂(3x2 y + 3x2 z 2 + ψ(z))∂z = 6x2 z + ψ 0 (z)
ce qui donne ψ(z) = k, k - une constante. Finalement
f (x, y, z) = 3x2 y + 3x2 z 2 + k
→
−
est un potentiel scalaire de V .