Liquéfaction des sols à Béjaia, Algérie
Liquéfaction des sols à Béjaia, Algérie
RÉSUMÉ – Le nord de l'Algérie est une zone fortement sismique avec une activité
importante au cours des dernières décennies. Par conséquent, la liquéfaction du sol est
une préoccupation majeure pour de nombreuses structures constituées ou reposant sur
des sables ou sols sableux. Cette communication présente une analyse pour évaluer le
potentiel de liquéfaction de la plaine alluviale de la zone portuaire de Béjaia, en utilisant
une méthode empirique basée sur les mesures au pénétromètre statique (CPT) et une
analyse numérique mettant en œuvre le code de calcul FLAC2D.
ABSTRACT – Northern Algeria is a highly seismic zone with a high activity in recent decades.
Soil liquefaction is a major concern for many structures built with and lying on sands or sandy
soils. This paper presents an analysis to evaluate the liquefaction potential of the alluvial plain of
the port area of Bejaia, using an empirical method based on the cone penetration test (CPT) and a
numerical analysis using FLAC2D software.
1. Introduction
L’un des aspects spectaculaire de l’événement sismique est l’effondrement des ouvrages,
suite à la dégradation de la résistance au cisaillement des sols pulvérulents et limoneux
de faible compacité. Ce processus de perte de résistance de tels sols correspond au
phénomène de la liquéfaction. Il existe maintenant un consensus sur l’identité du
phénomène qui peut être résumé par la définition proposée par Sladen et al. (1985), qui
rejoint celles données par Seed (1979) et par Castro et Poulos (1977) : « La liquéfaction
est un phénomène dans lequel une masse de sol perd un pourcentage important de sa
résistance au cisaillement, sous l’action d’un chargement monotone ou cyclique, quasi
statique ou dynamique, et s’écoule de manière semblable à un liquide jusqu’à ce que les
contraintes de cisaillement auxquelles est soumis le matériau puissent être équilibrées par
sa résistance au cisaillement réduite », (in Canou et al 2002).
La littérature géotechnique est riche d'exemples de dégâts majeurs clairement
imputables à la liquéfaction d'origine sismique des massifs sableux. Citons, par exemple :
le tremblement de terre à Niigata au Japon en 1964 (Seed et Idriss, 1967) ou celui
d'Alaska (Seed, 1968) et le séisme Nihonkai-Chubu (1983) et Kobe (1996) au Japon,
Loma Prieta en Californie (1989) et Luzon aux Philippines (1990) ou Izmit en Turquie
(1999).
Au cours des 30 dernières années, plusieurs études ont été réalisées afin de
comprendre le comportement des sols lors du chargement cyclique (Atkinson et al., 1991,
Tatsuoka et al., 1980), et des méthodes empiriques basées sur le SPT (Seed et Idriss,
1971), le CPT (Robertson et Wride, 1998) et la vitesse des ondes de cisaillement (Andrus
et Stokoe, 2000) ont été proposées pour analyser le potentiel de liquéfaction des sols.
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Journées Nationales de Géotechnique et de Géologie de l’Ingénieur – Champs-sur-Marne 2018
Sur le plan géotechnique, la plaine alluviale est composée de matériaux fins (limon,
argile) plus ou moins vaseux et de sables déposés sur un substratum marno-calcaire
d'âge Crétacé localisé à environ 30 à 40 m de profondeur. De nombreuses études
géotechniques ont été réalisées dans la zone portuaire pour évaluer la résistance au
cisaillement des sols et leur degré de constructibilité. Il apparaît que les couches
superficielles de nature alluviale, majoritairement sableuses et parfois hétérogènes, n'ont
pas encore atteint un degré de consolidation suffisant. Leur portance est donc faible et
leur compressibilité élevée (Sadaoui et Bahar, 2017). L’implantation des sondages
carottés et d’essais CPT in-situ, le profil de sol typique et les propriétés géotechniques
des différentes couches de sol sont illustrés sur les figures 3 et 4 et par le tableau 1.
2
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Figure 3. Implantation des tests géotechniques et géophysiques dans la nouvelle zone portuaire
de Bejaia sur Google Earth.
P11
Profondeur (m)
Figure 4. Résultats des essais de pénétration statique de la zone portuaire de Bejaia (CPT).
3
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Q
q
vo ref
c
n
(3)
ref 'vo
fs
R f (%) 100x
q c vo (4)
4
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m , ing
ta e
c e CR e a s
n
en ag
3 Argiles à argiles silteuses
tio
Résistance de pointe normalisée Q
No
O cr
In
rm
100 4 Silts argileux à argiles silteuses
all
y
6
2.
Co
= 5 Sables silteux à silts sableux
Ic
ns
In
oli
e as
da
in
g
& ng
e
8 Sables cimentés ou dilatants
R si
ag
10
C a
O cre
In
9 Sols fins intermédiaires très raides
g
s in
rea ty
Inc sitivi
n
Se
Légende:
Sols existant en place
nouveau quai de Béjaia
1
0.1 1.0 10.0
Rapport de frottement normalisé ()
Figure 5. Classification des sols en place selon le diagramme de Robertson (1990).
0.5
Base Curve
Liquefaction
0.4
No Liquefaction
0.3
0.2
Légende:
0.1 Sols existant en place
nouveau quai de Béjaia
NCEER(1996)
Workshop
0.0
0 50 100 150 200 250 300
Résistance en pointe corrigée CPT , qc1 (MPa)
Figure 6. Résultats du rapport de résistance cyclique selon qc1 (, contrainte de cisaillement limite).
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La figure 6 construite pour un séisme de magnitude de 7.5 peut être utilisée pour
déterminer le rapport de résistance cyclique du sol in-situ. Pour une magnitude différente
de 7,5, on multiplie ce coefficient par un coefficient Kσ pour tenir compte de la contrainte
verticale effective du poids de la terre supérieure à 100 kPa et par un coefficient Km donné
par la formule suivante, dans laquelle M désigne la magnitude du séisme :
102.24
K m = 2.56 (6)
M
La dernière étape consiste à déterminer le facteur de sécurité. Notez que la figure 6
a été développée pour un séisme prévu d'une magnitude de 7,5. Les facteurs d'échelle de
magnitude peuvent être utilisés si la magnitude du tremblement de terre anticipée est
différente de 7,5. La figure 6 a également une courbe qui doit être utilisée en fonction du
pourcentage de fines dans le sol (FC pourcentage de fines dans le sol). Pour une valeur
de qc1 donnée, les sols avec plus de fines ont un rapport de résistance cyclique plus
élevé. Les figures 7 et 8 montrent les résultats du calcul du coefficient de sécurité par
rapport à la liquéfaction à partir des données des essais de pénétration au cône (CPT).
Cyclic Stress Cyclic Resistance Facteur de sécurité Fs=CRR/CSR Facteur de sécurité Fs=CRR/CSR Facteur de sécurité Fs=CRR/CSR
Ratio (CSR) Ratio (CRR) (amax=0.15 g - M=7.5 ) (amax=0.15 g - M= 6.8) (amax=0.15 g- M=5.6)
0.0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.0 1.0 2.0 3.0 4.0 0.0 1.0 2.0 3.0 4.0 0.0 1.0 2.0 3.0 4.0
0
2 Légende :
M=7.5
4
6
8
10
12
14
16
Profondeur (m)
18
20
22
Pas de liquéfaction
24
Pas de liquéfaction
26
Liquéfaction certaine
Liquéfaction certaine
28
Liquéfaction certaine
Pas de liquéfaction
30
Peu probable
32
Peu probable
Peu probable
Probable
34
Probable
Probable
36
Legend Légende : Légende :
38 amax=0.15 g M=6.8 M=5.6
40
Figure 7. Facteurs de sécurité vis-à-vis de la liquéfaction (Robertson et Wride, 1998) calculés pour
trois magnitudes sismiques (M = 7,5, 6,8 et 5,6) et l'accélération amax = 0,15 g.
Cyclic Stress Cyclic Resistance Facteur de sécurité Fs=CRR/CSR Facteur de sécurité Fs=CRR/CSR Facteur de sécurité Fs=CRR/CSR
Ratio (CSR) Ratio (CRR) (amax=0.25 g - M=7.5 ) (amax=0.25 g - M= 6.8) (amax=0.25 g- M=5.6)
0.0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.0 1.0 2.0 3.0 4.0 0.0 1.0 2.0 3.0 4.0 0.0 1.0 2.0 3.0 4.0
0
Légende :
2 M=7.5
4
6
8
10
12
14
16
Profondeur (m)
18
20
22
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Pas de liquéfaction
Pas de liquéfaction
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Liquéfaction certaine
Liquéfaction certaine
Liquéfaction certaine
Pas de liquéfaction
28
30
Peu probable
Peu probable
Peu probable
32
Probable
Probable
34
Probable
36
Legend Légende : Légende :
38 amax=0.25 g M=6.8 M=5.6
40
Figure 8. Facteurs de sécurité vis-à-vis de la liquéfaction (Robertson et Wride, 1998) calculés pour
trois magnitudes sismiques (M = 7,5, 6,8 et 5,6) et l'accélération amax = 0,25 g.
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Figure 9. Maillage du modèle sous FLAC2D. Figure 10. Accélération Boumerdes (21/05/2003).
interstitielle
interstitielle
Pression
Pression
Contrainte
Contrainte
effective
effective
Figure 11a et b. Pression interstitielle et contrainte effective pour la couche de vase (3-12 m) et
sable fin vaseux (12-25 m).
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3. Conclusions
Cette communication traite de l'évaluation du potentiel de la liquéfaction de la zone
portuaire de Béjaïa pour trois grandeurs de magnitude de tremblement de terre différentes
à savoir M = 5,6, 6,8 et 7,5. Pour les trois séismes, l'accélération de zone en surface est
choisie comme 0,15 et 0,25g. Le potentiel de liquéfaction a été évalué en utilisant la
méthode empirique et l’analyse numérique. L’évaluation de liquéfaction du site au moyen
d’essai au CPT, révèle en général un coefficient de sécurité inférieure à 5/4, et ce jusqu’à
25 m de profondeur, les figures 7 et 8 montrent clairement que pour les trois magnitudes,
le risque de liquéfaction est réellement présent du sous sol de la zone portuaire,
autrement dit Fs<1,25 fixé par le RPA version 2003, dans le cas d’un séisme fort de
magnitude M>5, surtout pour un coefficient d’accélération de zone de 0,25g. Ce risque a
été confirmé par l’analyse numérique en utilisant le modèle de Finn et les résultants sont
en concordance avec la méthode empirique.
La plupart des terrains situés dans la plaine alluviale de Béjaia, présentent des
contraintes géotechniques en matière de faible portance, de compressibilité élevée, de
susceptibilité à la liquéfaction et d’inondation pour les terrains gagnés au bord de la mer,
ce qui fait le recours à la technique d'amélioration de sols par colonnes ballastées afin de
limiter ce risque majeur de liquéfaction pour plusieurs projets industriels implantés au
niveau de la plaine alluviale à savoir : les silos de stockage des céréales de l’ECI (2004),
fondation du terminal à conteneurs de l’EPB port de Béjaia (2005) et le nouveau silo de
sucre blanc de la société CEVITAL d’une capacité de stockage de 80 000 tonnes (2008).
4. Références
Andrus, R. D., & Stokoe II, K. H. (2000). Liquefaction resistance of soils from shear-wave
velocity. Journal of Geotechnical and Geoenvironmental Engineering, ASCE 126(11),
1015-1025.
Castro, G., & Poulos, S. J. (1977). Factors affecting liquefaction and cyclic
mobility. Journal of Geotechnical and Geoenvironmental Engineering, 103(6) : 501-506.
Itasca FLAC (2005). Manuel Fast Lagrangian Analysis of Continua. Minneapolis : Itasca
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Martin, G. R., Finn, W. L., & Seed, H. B. (1975). Fundementals of liquefaction under cyclic
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Pecker, A (1984). Dynamique des sols. Presses de l’Ecole Nationale des Ponts et
Chaussées, Paris, 259 p.
Robertson, P. K., & Campanella, R. G. (1985). Liquefaction potential of sands using the
CPT. Journal of Geotechnical Engineering, 111(3), 384-403.
Robertson, P. K., & Wride, C. E. (1998). Evaluating cyclic liquefaction potential using the
cone penetration test. Canadian Geotechnical Journal, 35(3), 442-459.
RPA, Règlement Parasismique Algérienne (2003). Centre National des Recherches
Appliquées en Génie Parasismique, CGS.
Seed, H. B., & Idriss, I. M. (1971). Simplified procedure for evaluating soil liquefaction
potential. Journal of the Soil Mechanics and Foundation Division, ASCE, 97(9) : 1249-
1273.
Seed, B. (1979). Soil liquefaction and cyclic mobility evalution for level ground during
earthquakes. Journal of geotechnical and geoenvironmental engineering, 105(ASCE
14380).
Sadaoui, O., & Bahar, R. (2017). Field measurements and back calculations of
settlements of structures founded on improved soft soils by stone columns. European
Journal of Environmental and Civil Engineering, 1-27.
Tatsuoka, F et al (1980). Standard penetration test and soil liquefaction potential
evaluation. Journal Soils & Foundations, Vol.20, N°.4,pp : 95-111.