Composantes et Changement de Base en Mathématiques
Composantes et Changement de Base en Mathématiques
Licence 1 Mathématiques
Mathématiques : ALGEBRE LINEAIRE
Elisabeth REMM
Chapitre 5
Dans tout ce chapitre, tous les espaces vectoriels considérés sont de dimension finie.
1
2 L1-Mathématiques. Chapitre 5
1.1. Composantes d’un vecteur dans une base donnée. Soit E un espace vectoriel de
dimension p et soit B = {→−e1 , →
−
e2 , · · · , →
−
ep } une base de E. Rappelons qu’une base est une famille
libre et génératrice. La donnée de cette base va permettre de ramener tous les calculs linéaires
sur les vecteurs de E en des calculs analogues à ceux que nous avons fait dans Rn
Soit →
−
v un vecteur quelconque de E. La famille {→ −v ,→
−
e1 , →
−
e2 , · · · , →
−
ep } est nécessairement liée
car une base est une famille libre maximale. Il existe donc une relation linéaire à coefficients
non tous nuls
α→
−v + α1 → −
e1 + α2 →
−
e2 + · · · + αp →−
ep = 0.
→
− →
−
Nécessairement α 6= 0, sinon comme les vecteurs e , · · · , e sont indépendants, tous les autres
1 p
coefficients αi seraient nuls. Divisons donc par α et posons
αi
xi = − .
α
On obtient
→
−v = x1 →
−
e1 + x2 →
−
e2 + · · · + xp →
−
ep
→
−
et v s’écrit bien comme une combinaison linéaire des vecteurs de la base B. Montrons à présent
que cette écriture est unique. Supposons que l’on ait aussi
→
−v = y1 →
−
e1 + y2 →
−
e2 + · · · + yp →
−
ep .
On en déduit
x1 →
−
e 1 + x2 →
−
e2 + · · · + xp →
−
ep = y1 →
−
e1 + y2 →
−
e2 + · · · + yp →
−
ep
soit
(x1 − y1 )→ −
e1 + (x2 − y2 )→
−
e2 + · · · + (xp − yp )→
−
ep = 0.
→
− →
− →
−
Comme les vecteurs e1 , e2 , · · · , ep sont linéairement indépendants, les coefficients de cette
combinaison linéaire nulle sont tous nuls, ce qui donne
x1 = y1 , x2 = y2 , · · · , xp = yp .
On a donc l’unicité de l’écriture de →
−
v dans la base B.
Théorème 1. Soit E un espace vectoriel de dimension p et soit B = {→
−
e1 , →
−
e2 , · · · , →
−
ep } une base
→
−
de E. Tout vecteur v de E s’écrit de manière unique
→
−
v =x → −e +x →−e + ··· + x →
−
e
1 1 2 2 p p
avec x1 , · · · , xp ∈ K
Ces vecteurs sont linéairement indépendants. En effet la matrice de ces trois vecteurs est
1 −1 0
M = 1 0 1
0 1 −1
et on a det M = −2. Donc ces vecteurs sont linéairement indépendants. Comme dim R3 = 3,
trois vecteurs linéairement indépendants forment une famille libre maximale, c’est donc une
base. Le vecteur →−v = (x, y, z) admet une décomposition dans cette base
→
−
v = X→ −
e +Y→ −
e + Z→ −
e .
1 2 3
d’où
→
−
v = (X − Y, X + Z, Y − Z) = (x, y, z).
On obtient le système
X −Y =x
X +Z =y
Y − Z = z.
On en déduit Y = X − x, Z = y − X, X − x − (y − X) = z soit
x+y+z −x + y + z −x + y − z
X= ,Y = ,Z = .
2 2 2
Ainsi
→
− x + y + z→− −x + y + z →
− −x + y − z →
−
v = e1 + e2 + e3
2 2 2
est la décomposition de →
−
v relative à la base {→
−
e ,→
−
e ,→
−e }. 1 2 3
1.2. Matrice d’un système de vecteurs dans une base donnée. Soit E un K-espace
vectoriel de dimension finie p et soit B = {→
−
e1 , →
−
e2 , · · · , →
−
ep } une base de E. Donnons nous une
famille (libre ou pas, génératrice ou pas) F = {v1 , · · · , vk } de vecteurs de E. Chacun de ces
vecteurs se décomposent de manière unique dans la base B :
v1 = a1,1 →−
e1 + a1,2 →
−e2 + · · · + a1,p →−
ep
= a e + a e + ··· + a −
→
− →
− →
v
e
2 2,1 1 2,2 2 2,p p
···
= ak,1 →
−
e1 + ak,2 →
−
e2 + · · · + ak,p →
−
vk ep
Notons que pour écrire toutes les composantes de ces vecteurs, nous utilisons deux indices ai,j ,
le premier étant lié à l’indice du vecteur vi , le deuxième correspondant à la composante de ce
vecteur sur le vecteur de base ej .
4 L1-Mathématiques. Chapitre 5
Notons que dans cette écriture matricielle, le premier indice des coefficients est celui de la
ligne, le deuxième est celui de la colonne dans lequel il est situé. On ne dérogera en aucune
manière à cette convention, sous peine d’une confusion totale dans les calculs qui
en dépendraient.
Notons également que cette matrice dépend fortement de la base B donnée. Ceci signifie que
si la famille F = {v1 , · · · , vk } de vecteurs de E est donnée et si l’on considère une autre base
B 0 = {→−
e1 0 , →
−
e2 0 , · · · , →
−
ep 0 } alors la matrice de F relative à B 0 sera en général totalement différente
de la matrice de F relative à B. Une grande partie de la suite de ce cours consistera à établir
une relation entre ces deux matrices.
1.3. Comment reconnaître qu’une famille de vecteurs est une base. Donnons nous
une famille F = {v1 , · · · , vk } de vecteurs de E. Supposons dim E = p. Comme toutes les bases
de E contiennent p éléments, une condition nécessaire pour que F soit une base de E est
k = p.
Si k 6= p, inutile de continuer, F n’est pas une base de E.
Supposons donc k = p et F = {v1 , · · · , vp }. Considérons une base B = {→
−
e1 , →
−
e2 , · · · , →
−
ep } de
E. (Notons que si on ne connaît pas à priori de base de E, pour vérifier que F est une base,
nous procèderons directement comme dans le chapitre précédent en vérifiant que cette famille
est libre. Toutefois, comme on suppose la dimension de E connue, cela laisse présager qu’une
base est déjà connue.) Considérons la matrice de F relative à la base B :
a1,1 a1,2 · · ·
a1,p
2,1 a2,2 · · ·
a a2,p
···
ap,1 ak,2 · · · ap,p
Cette matrice est un tableau carré (p-lignes et p-colonnes). Nous parlerons dans ce cas de
matrice carrée. A toute matrice carrée M on peut faire correspondre un scalaire, appelé le
déterminant de la matrice M et noté det M dont nous avons rappelé le calcul dans le deuxième
chapitre dans le cas où p = 2 ou 3. Avant de donner la formule générale permettant le calcul
de ce déterminant, énonçons le résultat central :
Théorème 2. La famille F = {v1 , · · · , vp } de p vecteurs dans un espace vectoriel de dimension
p est une base si et seulement si le déterminant de la matrice de F relative à une base B donnée
a un déterminant non nul :
a1,1 a1,2 · · · a1,p
a a · · · a2,p
det 2,1 2,2 6= 0
···
ap,1 ak,2 · · · ap,p
Elisabeth Remm 5
Nous allons écrire la formule générale du calcul de ce déterminant dans le paragraphe qui
suit.
2. Matrices carrées
2.1. L’espace vectoriel des matrices carrées. On appelle matrice carrée réelle, si K = R
ou complexe, si K = C, d’ordre p tout tableau carré p lignes et p colonnes dont les éléments
sont des scalaires de K. On écrira une telle matrice sous la forme
a1,1 a1,2 a1,3 · · · a1,p
Muni de ces deux opérations, M(p, K) est un espace vectoriel de dimension p2 , une base étant
donnée par les p2 matrices distinctes dont tous les coefficients sont nuls exceptés un seul qui
vaut 1. Plus précisément, si on note par mi,j la matrice carrée dont tous les coefficients sont
nuls exceptés celui d’indice (i, j) qui vaut 1, alors la famille {mi,j , 1 ≤ i ≤ p, 1 ≤ j ≤ p} est
une base de M(p, K).
2.2. Le déterminant d’une matrice carrée. Nous avons déjà défini cette notion pour les
matrices d’ordre 2 et 3 :
(1) Si !
a c
A=
b d
alors
det A = ad − bc.
(2) Si
a1 a2 a3
A = b1 b2 b3
c1 c2 c3
alors
det A = a1 b2 c3 + a2 b3 c1 + a3 b1 c2 − a3 b2 c3 − a2 b1 c3 − a1 b3 c2
calculé avec la règle de Sarrus, ou bien
! ! !
b b b b b b
det A = a1 (det 2 3 ) − a2 (det 1 3 ) + a3 (det 1 2 )
c2 c3 c1 c3 c1 c2
calculé avec la règle de Cramer.
C’est cette dernière formule qui va nous permettre d’écrire la définition dans le cas quel-
conque.
Soit A = (ai,j ) ∈ M(p, K).
Définition 2. Pour chacun des coefficients ai,j de la matrice A, le mineur Ai,j de ai,j est le
déterminant de la matrice carrée d’ordre p − 1 obtenue en enlevant à A la ligne et la colonne
contenant le coefficient ai,j , c’est-à-dire la ligne i et la colonne j.
Exemple : p = 3. Si
a1,1 a1,2 a1,3
A = a2,1 a2,2 a2,3
a3,1 a3,2 a3,3
alors,
! !
a a a a
A1,1 = det 2,2 2,3 = a2,2 a3,3 − a2,3 a3,2 , A1,2 = det 2,1 2,3 = a2,1 a3,3 − a2,3 a3,1
a3,2 a3,3 a3,1 a3,3
!
a a
A1,3 = det 2,1 2,2 = a2,1 a3,2 − a2,2 a3,1 ,
a3,1 a3,2
De la même façon on calcule tous les autres mineurs Ai,j . La formule de Cramer donnant le
déterminant se résume alors à
det A = a1,1 A1,1 − a1,2 A1,2 + a1,3 A1,3 .
Elisabeth Remm 7
D’où en développant
det A = a1,1 (a2,2 a3,3 − a2,3 a3,2 ) − a1,2 (a2,1 a3,3 − a2,3 a3,1 ) + a1,3 (a2,1 a3,2 − a2,2 a3,1 ).
Définition 3. Soit
a1,1 a1,2 a1,3 ··· a1,p
a
2,1 a2,2 a2,3 ··· a2,p
A = a3,1
a3,2 a3,3 ··· a3,p
· · · ··· ··· ··· ···
Bien entendu, on trouve le même résultat dans les deux cas, on peut donc calculer le dé-
terminant après un choix judicieux d’une ligne ou d’une colonne. Comme nous l’avons signalé
plus haut on a le cas particulier
Proposition 1. Soit A une matrice carrée d’ordre p. Si une ligne ou une colonne ne contient
que des 0, alors son déterminant est nul.
−4 2 8 1
Développons par rapport à la première ligne (elle contient un 0) :
−3 6 5 −3 −3 5 −3 −3 6
det A = 1 det 1 −10 −4 − 0 + (−2) det 5
1 −4 − 2 det 5
1 −10
2 8 1 −4 2 1 −4 2 8
8 L1-Mathématiques. Chapitre 5
3. Changement de base
Dans l’exemple précédent, nous avons présenté un premier exemple de changement de base.
Soit E un espace vectoriel de dimension finie p. Etant donnée une base de E, chaque vecteur
de E s’écrit comme sous forme de p composantes. Mais ces composantes dépendent de la base
choisie. Le but de cette section est de voir comment relier les composantes d’un vecteur dans
une base donnée aux composantes de ce même vecteur dans une autre base.
3.1. La matrice de passage. Soit B = {→ −
e1 , →
−
e2 , · · · , →
−
ep } une base de E. Tout vecteur se dé-
→
− → − →
−
compose de façon unique dans cette base. Considérons une nouvelle base B 0 = { f1 , f2 , · · · , fp }.
→
−
Chacun de vecteurs fj de cette nouvelle base se décompose dans la première base donnée :
→−
f1 = α1,1 →
−
e1 + α2,1 →−
e2 + · · · + αp,1 → −
ep
→−
→
− →
− →
−
f = α e + α e + ··· + α e
2 1,2 1 2,2 2 p,2 p
···
→
−
fp = α1,p →
−
e1 + α2,p →
−
e2 + · · · + αp,p →
−
ep
→
−
Ainsi (α1,1 , α2,1 , · · · , αp,1 ) sont les composantes du vecteurs f1 relatives à la première base B,
→
−
(α1,2 , α2,2 , · · · , αp,2 ) sont les composantes du vecteurs f2 relative à la base B, ainsi de suite
pour chacun des vecteurs de la base B 0 . Comme nous l’avons déjà signalé, nous avons besoin
de deux indices pour numéroter chacune des composantes, le premier est relatif au numéro de
la composante, le deuxième est lié à l’indice du vecteur.
Elisabeth Remm 9
Construction de la matrice de passage. Nous allons écrire toutes ces composantes sous la
forme d’une matrice carrée en respectant l’ordre suivant
→
−
— la première colonne du tableau est formée des composantes du premier vecteur f1 de la
nouvelle base,
→
−
— la deuxième colonne du tableau est formée des composantes du deuxième vecteur f2 de
la nouvelle base,
— etc... →
−
— la dernière colonne (la p-ième) est formée des composantes du dernier vecteur fp de la
nouvelle base,
On obtient donc la matrice suivante :
α1,1 α1,2 α1,3 · · · α1,p
{→
−
v1 , →
−
v2 , →
−
v3 }. On en déduit donc que le déterminant de cette matrice est non nul. Nous allons
généraliser cette propriété pour une dimension quelconque. mais pour cela il faut définir le
déterminant d’une matrice carrée quelconque.
3.3. Déterminant de la matrice de passage d’une base à une autre. Soit E un espace
vectoriel de dimension finie et soit B = {→ −
e1 , →
−
e2 , · · · , →
−
ep } une base de E. Considérons une
0 →
− →
− →
−
nouvelle base B = { f1 , f2 , · · · , fp } et soit P la matrice de changement de base, de la base B
à la base B 0 . Rappelons que cette matrice est construite en mettant en colonne successivement
→
− →
−
les composantes du vecteurs f1 relatives à la base B, puis celles de f2 , etc pour finir par celles
→
−
de fp . Soit
α1,1 α1,2 α1,3 · · · α1,p
· ··
−
vP = a1,p →
→ −
e1 + a2,p → −e2 + · · · + ap,p →
−
ep
et écrivons ces composantes en colonnes. On obtient la matrice de ces p vecteurs relative à la
base B :
a1,1 a1,2 a1,3 · · · a1,p
a
2,1 a2,2 a2,3 · · · a2,p
M = a3,1 a3,2 a3,3 · · · a3,p
· · · ··· ··· ··· ···
On a donc une procédé assez simple pour vérifier si p vecteurs dans un espace vectoriel de
dimension p sont linéairement indépendants et constituent une base de cet espace.
Elisabeth Remm 11
L’objectif de ce paragraphe est de relier les composantes d’un même vecteur mais relatives à
deux bases différentes. Pour synthétiser tous ces résultats nous allons utilser le calcul matriciel
que nous allons survoler dans ce qui suit.
4.1. Un peu de calcul matriciel. On appelle matrice p-lignes et q-colonnes tout tableau
rectangulaire du type
a1,1 a1,2 a1,3 · · · a1,q
4.1.2. Multiplication d’une matrice de M(p, q, K) par une matrice de M(q, r, K). Notons dès
à présent qu’en général le produit d’une matrice quelconque rectangulaire par un autre est
impossible. Pour pouvoir effectuer le produit d’une matrice A par une matrice B, noté A · B,
il faut que
le nombre de colonnes de A= nombres de lignes de B
Dans ce cas si A est une matrice de type p × q et B de type q × r alors A · B est une matrice
de type p × r (p=nombres de lignes de A et r nombre de colonnes de B.
On peut remarquer que si cette condition est remplie, alors A·B existe, mais pas nécessairement
B · A.
La technique de la multiplication est ainsi définie : Posons C = A · B. Le coefficient ci,j de
la matrice C est en quelque sorte le produit scalaire de la ligne i de A par la colonne j de B
(ce qui explique l’hypothèse A ∈ M(p, q, K) et B ∈ M(q, r, K)) :
ci,j = ai,1 b1,j + ai,2 b2,j + · · · + ai,q−1 bq−1,j + ai,q bq,j .
M(3, 2, R) et
c1,1 = 2 × 1 + 1 × (−1) + 0 × 3 = 2 − 1 = 1
c1,2 =2×2+1×1+0×1=4−1=5
c2,1 = 0 × 1 + (−1) × (−1) + 3 × 3 = 1 + 9 = 10
c2,2 = 0 × 2 + (−1) × 1 + 3 × 1 = −1 + 3 = 2
c3,1 = 1 × 1 + 2 × (−1) + (−2) × 3 = 1 − 2 − 6 = −7
c3,1 = 1 × 2 + 2 × 1 + (−2) × 1 = 2 + 2 − 2 = 2
Ainsi
1 5
A·B =
10 2
−7 2
4.1.3. Matrice des composantes d’un vecteur. Soient E un espace vectoriel de dimension finie
et B = {→
−
e1 , →
−
e2 , · · · , →
−
ep } une base de E. Soit →
−
v un vecteur de E et soit
→
−v =x →−e +x → −
e + ··· + x →
−
e
1 1 2 2 p p
sa décomposition relative à la base B. Cette base B étant sous-entendue, nous avons convenu
d’écrire le vecteur →
−
v sous la forme
→
−
v = (x1 , x2 , · · · , xp )
ce qui montre, une fois la base B fixée, le lien étroit entre E et l’espace vectoriel Kn .
Définition 7. On appelle matrice des composantes de → −v relatives à la base B la matrice
n-lignes et 1-colonne
x1
x
2
V = ···
xn−1
xn
xp yp
Comme
n
→
− →
− →
− →
− X →
−
v = y1 f1 + y2 f2 + · · · + yp fp = y j fj
j=1
on en déduit
n n n n
n X n
n X
→
− →
−
αi,j →
− yj αi,j →
− yj αi,j →
−
X X X X X
v = y j fj = yj ei = ei = ei .
j=1 j=1 i=1 j=1 i=1 i=1 j=1
Or
→
−
v = x1 →
−
e1 + x2 →
−
e2 + · · · + xp →
−
ep
et cette décomposition sur la base B est unique. En comparant les deux décompositions sur B
on en déduit
n
X
xi = yj αi,j
j=1
Remarque. Cette relation matricielle qui relie les deux matrices des composantes du vecteur
→
−v relatives a deux bases ne donne pas directement l’expression des nouvelles composantes
par rapport aux anciennes. C’est pourtant ce que l’on souhaiterait dans des problèmes de
mécanique physique lors de changement de repère. Pour établir la relation matricielle donnant
les nouvelles composantes en fonction des anciennes, nous devons donc utiliser la matrice de
passage de la base B 0 à la base B. Il est donc nécessaire d’exprimer les vecteurs →
−
ei en fonction
→
−
des vecteurs fj :
n
→
− X →
−
ei = βj,i fj .
j=1
→
−
Elle se calcule en établissant les relations →−
ei = nj=1 βj,i fj . Le calcul, dès que p ≥ 4 peut
P
s’avérer long et délicat. Il existe toutefois une formule directe permettant ce calcul de P −1 ,
mais qui n’abroge pas les difficultés et les sources d’erreurs que nous présentons ci-dessous. Il
permet également de programmer par exemple sur Python un tel calcul.
4.3. Calcul de P −1 . Soit P la matrice de changement de base. On sait que son déterminant
est non nul. Posons
α1,1 α1,2 α1,3 · · · α1,p
Afin de présenter la formule générale donnant P −1 , nous avons encore besoin d’une définition :
Définition 9. Soit M = (ai,j ) une matrice d’ordre p × q. Alors la matrice transposée de M ,
notée t M est la matrice d’ordre q × p obtenue en condérant que la première ligne de t M est la
première colonne de M , la deuxième ligne de t M est la deuxième colonne de M etc. Autrement
dit, si t M = (bi,j ), alors
bi,j = aj,i .
→
− →− → −
Exercice corrigé. Soit E un R-espace vectoriel de dimension 3 de base B = { i , j , k }. Soit
→
− →
− → − →
− − →
− − →
→ − − →
− → − → −
e1 = i − j + 2 k , →e2 = 2 i + 3 j + k , → e3 = i + j + k .
(1) Montrer que B 0 = {→
−
e1 , →
−
e2 , →
−
e3 } est une base de E et donner la matrice de passage de B à
B0 .
− →
→ −
(2) Donner les coordonnées de → −
u = i + k dans la nouvelle base B 0 .
Solution.
→
− → − → −
(1) La matrice des vecteurs →
−
e1 , →
−
e2 , →
−
e3 décomposés dans la base B = { i , j , k } est
1 2 1
P = −1 3 1
2 1 1
qui s’écrit en mettant en colonne les composantes de →
−
e1 dans la base B, puis celles de →
−
e2
→
−
et enfin celles de e3 . On a
det P = 3 + 4 − 1 − 6 + 2 − 1 = 1 6= 0
ce qui implique que les trois vecteurs →
−
e1 , →
−
e2 , →
−
e3 sont linéairement indépendants. Comme
dim E = 3, ces trois vecteurs indépendants forment une base de E. La matrice de passage
de B à cette nouvelle base B 0 est donc la matrice P .
(2) Le vecteur →−
u a pour composantes dans la base B → −u = (1, 0, 1). Soient y1 , y2 , y3 les
composantes de ce même vecteur dans la nouvelle base B 0 :
→
−u =y → −
e +y → −
e +y → −
e .
1 1 2 2 3 3
Les relations entre ces nouvelles composantes et les anciennes sont décrites par la formule
matricielle
1 1 2 1 y1
0 = −1 3 1 · y2 .
1 2 1 1 y3
Développons cette relation matricielle en effectuant le produit des deux matrices comme
décrit ci-dessus :
1 = y1 + 2y2 + y3
0 = −y1 + 3y2 + y3
1 = 2y + y + y
1 2 3
Pour résoudre un tel système, nous savons que nous pouvons remplacer une ligne par cette
ligne plus une combinaison linéaire des autres lignes. Cette remarque permet de trouver
les solutions en se basant sur le pivot de Gauss qui consiste à éliminer la première variable
dans les équations 2 et 3 puis la deuxième dans la troisième équation, on en déduira la
valeur de la dernière variable les autres s’en déduisent :
— On garde la première équation L1 et on remplace la deuxième L2 par L2 + L1 et la
troisième par L3 − 2L1 :
L1 1 = y1 +2y2 +y3
L2 + L1 1 = 0 +5y2 +2y3
L − 2L −1 = 0 −3y −y
3 1 2 3
16 L1-Mathématiques. Chapitre 5
On en déduit
y3 = −2
puis L2 s’écrit 1 = 5y2 − 4 soit
y2 = 1
et enfin L1 donne 1 = y1 + 2 − 2 soit
y1 = 1.
Ainsi les composantes de →
−
u relatives à la base {→
−
e1 , →
−
e2 , →
−
e2 } sont (1, 1, −2).
(3) Remarquons que l’équation matricielle ne permet pas d’écrire directement les nouvelles
composantes. Si P −1 est la matrice de passage de la base B 0 à la base B, on aura alors
y1 1
−1
y = P 0
2
y3 1
Nous devons calculer la matrice P −1 dont les colonnes sont les composantes des vecteurs
→
− →− → −
i , j , k relatives à la base B 0 = {→−
e1 , →
−
e2 , →
−
e3 }. On a
→
− →
− →
− →
−
e1 = i − j + 2 k
→
− →
− − →
→ −
e2 = 2 i + 3 j + k
→
− →
− → − → −
e3 = i + j + k
On en déduit →
−
→
− →
− → −
e1 = i − j + 2 k
→
− →
−
→
−
e2 − 2→
−
e1 = 5 j − 3 k
→
− − →
→ −
e −→ −
e =2j − k
3 1
ensuite →
−
→
− →
− → −
e1 = i − j + 2 k
→
− →
−
→
−
e2 − 2→
−
e1 = 5 j − 3 k
→
−
5(→
−
e −→ −
e ) − 2(→
−
e − 2→−
e )= k
3 1 2 1
Ainsi
→
−
k = −→−
e1 − 2→
−
e 2 + 5→
−
e3
et la deuxième équation donne
→
− →
−
e − 2→
2
−
e = 5 j − 3(−→
1
−e − 2→−e + 5→
−
e ) 1 2 3
soit
→
−
5 j = −5→
−
e1 − 5→
−
e2 + 15→
−
e3
c’est-à-dire
→
−
j = −→
−
e1 − →
−
e2 + 3→
−
e3 .
Enfin la première équation donne
→
− →
−
e = i − (−→
1
−
e −→−
e + 3→
1
−
e ) + 2(−→
2
−e − 2→
3
−
e + 5→
−
e ) 1 2 3
Elisabeth Remm 17
soit
→
−
i = 2→−
e1 + 3→−
e2 − 7→
−
e3
Ecrivons les composantes de ces trois vecteurs en colonne, on trouve
2 1 −1
P −1 = 3 −1 −2
−7 3 5
et donc
y1 1
−1
2 = P 0
y
y3 1
soit
y1 2 1 −1 1
y2 = 3 −1 −2 · 0
y3 −7 3 5 1
et donc
y1 1
y2 = 1
y3 −2
On retrouve le résultat.
Remarque Calculons P −1 en utilisant la comatrice de P . Tout d’abord
det P = 1.
Les mineurs des coefficients deP sont
2 −3 −7
1 −1 −3
−1 2 5
On en déduit
2 3 −7
−1 −1 3
Cof (P ) =
−1 −2 5
et donc
2 −1 −1
−1
P = 3 −1 −2
−7 3 5
−1
La relation Y = P X où X (respectivement Y ) est la matrice des composantes xi (resp.
yi ) de →
−
u , donne
y1 = 2x1 − x2 − x3 = 1
y2 = 3x1 − x2 − 2x3 = 1
y = −7x + 3x + 5x = −2
3 1 2 3