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Géographie de l'alcool dans les Suds

Cet article explore la géographie de l'alcool dans les pays du Sud, en mettant l'accent sur ses dimensions spatiales et les rapports de pouvoir qui l'entourent. Il examine comment la production, la circulation et la consommation de l'alcool sont influencées par des facteurs socio-économiques, culturels et politiques, tout en soulignant les normes et régulations qui encadrent ces pratiques. L'étude révèle l'importance des contextes locaux et des expériences individuelles dans la compréhension des usages de l'alcool et de ses implications sociales.

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Géographie de l'alcool dans les Suds

Cet article explore la géographie de l'alcool dans les pays du Sud, en mettant l'accent sur ses dimensions spatiales et les rapports de pouvoir qui l'entourent. Il examine comment la production, la circulation et la consommation de l'alcool sont influencées par des facteurs socio-économiques, culturels et politiques, tout en soulignant les normes et régulations qui encadrent ces pratiques. L'étude révèle l'importance des contextes locaux et des expériences individuelles dans la compréhension des usages de l'alcool et de ses implications sociales.

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INTRODUCTION

Les boissons alcoolisées : dimensions spatiales et rapports de pouvoir

Marie Bonte, Michaël Bruckert

Presses universitaires de Bordeaux | « Les Cahiers d'Outre-Mer »

2021/1 n° 283 | pages 5 à 26


ISSN 0373-5834
ISBN 9791030007312
DOI 10.4000/com.12730
Article disponible en ligne à l'adresse :
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Les Cahiers d’Outre-Mer
Revue de géographie de Bordeaux
283 | Janvier-Juin
Géographies de l'alcool dans les Suds. Circulations,
régulations, usages

Introduction
Les boissons alcoolisées : dimensions spatiales et rapports de pouvoir

Marie Bonte et Michaël Bruckert

Édition électronique
URL : [Link]
DOI : 10.4000/com.12730
ISSN : 1961-8603

Éditeur
Presses universitaires de Bordeaux

Édition imprimée
Date de publication : 1 janvier 2021
Pagination : 5-26
ISBN : 979-10-300-0731-2
ISSN : 0373-5834

Référence électronique
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Marie Bonte et Michaël Bruckert, « Introduction », Les Cahiers d’Outre-Mer [En ligne], 283 | Janvier-Juin,
mis en ligne le 29 novembre 2021, consulté le 02 décembre 2021. URL : http://
[Link]/com/12730 ; DOI : [Link]

© Tous droits réservés


Les Cahiers d’Outre-Mer, 2021, n° 283

INTRODUCTION

Les boissons alcoolisées : dimensions


spatiales et rapports de pouvoir

Marie Bonte1 et Michaël Bruckert2

La géographie de l’alcool s’est longtemps intéressée aux pays dits du


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Nord. Ce numéro thématique propose de décentrer le regard en étudiant

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l’alcool dans le contexte des Suds où sa place, sa visibilité et sa circulation
dans l’espace ne vont pas toujours de soi. Il interroge la matérialité de l’alcool,
de sa production à sa consommation, les représentations qui lui sont associées,
ses circulations dans l’espace et les conditions de sa présence ou de son
absence dans certains lieux à de multiples échelles (le territoire national, la
ville, le quartier, l’espace privé et l’espace public, etc.). C’est une géographie
politique, à la fois matérielle et sociale, d’une boisson fortement ambivalente
qui est proposée ici.

I - Appréhender le monde social par l’alcool

Dans son acception la plus courante, l’alcool désigne toute boisson


alcoolisée, c’est-à-dire contenant de l’éthanol et obtenue par fermentation,
distillation ou ajout d’alcool. Il s’agit d’un bien matériel liquide dont l’aspect,
le goût mais aussi la teneur en alcool pur diffèrent en fonction des procédés
de fabrication et donc des produits utilisés, du savoir-faire des individus et des
moyens techniques disponibles. Les rapports que les individus entretiennent
avec l’alcool, boisson aux effets psychoactifs, dépendent également d’un
ensemble de paramètres historiques, socio-économiques, culturels et politiques

1. Géographe, Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis. Courriel : marie.bonte02@[Link]


2. Géographe, CIRAD, UMR Innovation. Courriel : [Link]@[Link]

5
Les Cahiers d’Outre-Mer

qui interviennent dès sa fabrication et se prolongent jusqu’aux formes de sa


consommation et de ses conséquences potentielles comme l’ivresse (Nahoum-
Grappe 2010).
L’alcool est donc un objet fondamentalement hybride : sa matérialité ne
peut être séparée de ses dimensions sociales (Lawhon 2013), ce qui en fait
un objet de recherche complexe et à fort potentiel heuristique. Une multitude
de valeurs est associée à cette boisson et à sa consommation (Obadia 2004).
Lorsqu’elles sont positives, elles renvoient au partage, à la sociabilité, à la
célébration, au prestige, à l’énonciation de soi. Les perceptions négatives
convoquent des impératifs de respectabilité, de moralité ou de prudence,
et associent l’alcool à la débauche, à la violence ou à l’addiction. Ces
valeurs peuvent être guidées par des principes d’ordre religieux, sanitaires,
économiques, culturels. Quand elles sont partagées collectivement, elles
peuvent se transcrire sous forme de normes qui encadrent la fabrication, la
vente et les pratiques de consommation. Les valeurs, normes et pratiques liées
à l’alcool peuvent se renforcer mutuellement ou entrer en concurrence. Ainsi,
pour un même individu ou un même groupe social, la consommation d’alcool
peut, en fonction des contextes, relever à la fois de la transgression, de la
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distraction et de la distinction.
L’alcool est par ailleurs un produit à la fois marqueur et acteur de la
mondialisation économique et culturelle. Cette mondialisation se traduit par la
diffusion historique de certaines boissons à l’échelle globale – comme la bière,
le vin, le whisky –, par la domination du marché mondial par un petit nombre
de compagnies multinationales (Diageo, Pernod-Ricard, Bacardi-Martini,
Heineken ou encore AB inBev), et par une tendance à l’harmonisation des
modes de consommation et des pratiques festives contribuant à standardiser
l’offre. L’alcool est en même temps sujet à de nombreux contrôles et interdits,
qui mettent à jour des processus de différenciation entre les espaces et entre les
individus (en fonction du genre, de l’âge, de la classe sociale, de l’appartenance
politique, ethnique ou confessionnelle). Ces formes d’encadrement sont
variables – les périodes de crise pouvant correspondre à un relâchement ou
à un renforcement du contrôle institutionnel et social. Depuis le début de
l’épidémie de Covid-19, la nécessité de limiter la propagation du virus a
motivé la fermeture des débits de boissons que sont les cafés, les bars, les
restaurants et les boîtes de nuit sur une grande partie de la planète. Certains
pays ont aussi adopté des mesures temporaires interdisant la vente d’alcool ou
sa consommation dans les espaces publics (Afrique du Sud, Inde, Thaïlande
ou Kenya par exemple). Si l’objectif premier était de prévenir les formes
de violence domestique et de réduire le nombre d’accidents de la route ou
de blessés arrivant dans les hôpitaux, ces restrictions montrent aussi que la

6
Introduction. Les boissons alcoolisées : dimensions spatiales et rapports de pouvoir

consommation d’alcool incite au regroupement et à la baisse de la vigilance


concernant le respect des mesures sanitaires dans ce cas précis. En dépit de
l’atmosphère anxiogène véhiculée par l’épidémie et par les mesures sanitaires
qui lui sont associées, ce qui laisse supposer une hausse de la consommation
domestique, l’étude globale des marchés souligne une diminution des ventes et
de la consommation sur l’année 20203. En parallèle, les travaux des chercheurs
rappellent l’importance du café, du bar ou du restaurant comme des lieux
privilégiés du lien social, en dehors duquel la boisson peut perdre de son sens
(Thurnell-Read 2021). De tels constats montrent que les propriétés sanitaires,
sociales et morales conférées à l’alcool peuvent entrer en contradiction, mais
révèlent surtout l’importance de la dimension spatiale et collective de l’alcool,
ici dans les formes de sa consommation.

II - Les territoires de l’alcool : distribution


spatiale et systèmes normatifs

En proposant une géographie de l’alcool dans les Suds, les éditeurs·trices


ont souhaité réunir des articles étudiant les boissons alcoolisées, les pratiques
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et les perceptions qui leur sont associées, en insistant plus spécifiquement sur
leur dimension spatiale. Quelles sont les expressions spatiales de la production,
de la transformation, de la circulation et de la consommation de l’alcool
dans les Suds ? L’approche adoptée dans ce numéro thématique des Cahiers
d’Outre-Mer vise à s’affranchir de la disjonction fréquemment constatée dans
les travaux de recherche, entre les lieux de production de l’alcool, les lieux de
vente et les espaces de consommation. Loin d’être des éléments juxtaposés,
la production, la circulation, la consommation et les représentations de
l’alcool font système et gagnent à être analysées ensemble, dans leur relation
avec l’espace. Une telle perspective permet en retour une compréhension
renouvelée des espaces et des sociétés. Observer le monde à travers l’alcool
implique en effet de montrer comment les dimensions culturelles, sociales,
politiques, économiques, mais aussi les héritages historiques et post-coloniaux
interagissent et reconfigurent en permanence la disponibilité et les formes
d’encadrement de l’alcool, ainsi que les usages qui y sont associés. Cette
géographie de l’alcool appréhende l’espace dans sa dimension matérielle, en
s’intéressant à la distribution spatiale des lieux où la boisson est produite,
acheminée, achetée. Les régimes de circulation différenciés, visibles ou
invisibles, formels ou informels, créent des territoires où l’alcool peut être
accessible, absent ou interdit. Cette géographie varie souvent en fonction

3. D’après une étude menée par Global Drinks Intel : [Link]


consumption-decreases-through-the-pandemic/.

7
Les Cahiers d’Outre-Mer

du contexte économique, culturel et politique, des moments de la journée


ou de la nuit, et des normes en vigueur. La compréhension des spatialités et
des territoires de l’alcool implique également de prendre en compte le vécu
des individus et des groupes : expériences individuelles ou collectives de la
boisson et de l’ivresse, transgressions, appropriations physique ou symbolique
de l’espace. Dans l’étude de ces rapports entre individus, espaces et alcool,
c’est une démarche dialectique qui s’impose : l’alcool circule et s’inscrit dans
des espaces qui en structurent la forme et les usages, et en retour il contribue
à construire ou à redéfinir des espaces.
Si l’alcool n’est pas visible ni disponible de manière homogène dans
les territoires, c’est qu’il ne fait pas systématiquement partie des sociabilités
ordinaires des habitant·e·s (Babor, Caetano & Casswell 2010). Ce numéro
interroge donc les normativités multiples de l’alcool et leur caractère spatial.
Qu’elles soient juridiques, sociales, sanitaires ou culturelles, ces normativités
contribuent à étiqueter les bons et les mauvais alcools ou usages de l’alcool.
Il s’agit plus précisément de rendre compte des formes de régulation de la
production et de la circulation des boissons : ingrédients autorisés, normes de
qualité, labels et appellations, taxes et barrières douanières, licences, ainsi que
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les acteurs prenant part à ces encadrements, afin de montrer que la manière
dont l’alcool et le fait de boire sont qualifiés et contrôlés constituent des modes
d’exercice du pouvoir. Dès lors, la prise en compte des positionnements et des
discours, allant de la proscription à la prescription en passant par la modération,
permet de voir à quelles conditions la présence et la consommation de l’alcool
sont acceptées ou érigées en problème. Si des instances religieuses ou des partis
politiques prônent l’abstinence, l’alcool est sujet à de multiples injonctions,
dans la mesure où la boisson structure les interactions et peut véhiculer des
valeurs positives. L’ensemble de ces assignations orientent les pratiques des
consommateurs et les spatialités de l’alcool, tandis que les pratiques, situées
dans l’espace, sont elles-mêmes créatrices de normes et de valeurs.
Ainsi, faire une géographie de l’alcool consiste en une double analyse :
d’abord celle de la fabrication et des trajectoires d’un produit, puis celle de
la répartition dans l’espace de ses usages, des normes et des valeurs qui lui
sont assignées, non pas séparément mais dans leur articulation à différentes
échelles. Dans le sillage d’une géographie du « plus-qu’humain » (Whatmore
2006), au croisement d’une géographie sociale, culturelle et politique d’une
part, d’une géographie de la circulation des objets et des matières d’autre
part (Weber 2014, Garcier, Martinais et Rocher 2017), les éditeurs·trices et
contributeurs·trices du numéro ont voulu étudier le monde du point de vue de
l’alcool.

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Introduction. Les boissons alcoolisées : dimensions spatiales et rapports de pouvoir

III - Décloisonner les approches

Ce numéro des Cahiers d’Outre-Mer répond à la nécessité de réconcilier


et de dépasser les approches de l’alcool au prisme de la santé d’un côté et
des problématiques culturelles de l’autre. Les études sur l’alcool, ou alcohol
studies, ont été durablement influencées par la double charge positive et
négative que revêt le produit et ses dimensions sociales. L’alcool cristallise
d’une part un « ethos » (Obadia 2004) qui révèle sa capacité à créer du lien,
ses effets pacificateurs, voire les vertus de l’ivresse. Il constitue également
un « pathos » qui, mettant en exergue ses aspects dangereux, asociaux ou
immoraux, fait de l’alcool un « problème ». On retrouve d’ailleurs cette
ambivalence dans la littérature, qu’il s’agisse de célébrer les rapports étroits
entre la création poétique et l’expérience de l’ivresse (on peut penser à
Bukowski ou aux poèmes de Nuwas), ou de dépeindre ses effets assommants
sur fond de misère sociale (avec Zola ou Rushdie). De même, les recherches
ont été longtemps dominées par des approches épidémiologiques, se focalisant
sur les addictions, les comportements risqués et les moyens de réduire ces
risques (harm-reduction approach), et dans le sillage desquelles les sciences
sociales ont appréhendé la consommation d’alcool à travers la déviance et le
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désordre (Jayne, Valentine et Holloway, 2006 et 2011).
Se détachant du champ de la pathologie, l’alcool est progressivement
appréhendé dans ses dimensions sociales. Dans son ouvrage pionnier, Mary
Douglas parle d’un « boire constructif » (constructive drinking) et invite à
considérer l’alcool et l’une de ses conséquences, l’ivresse, d’un point de
vue social et culturel : « L’ivresse est également une expression culturelle
dans la mesure où elle prend toujours la forme d’un comportement très
structuré et acquis qui varie d’une culture à une autre »4 (1986 : 4). Dans
le monde académique francophone, les numéros des revues Terrain (1989)
et Socio-anthropologie (2004) mêlent l’objet (l’alcool) et l’acte (boire). Ces
publications contribuent à orienter progressivement les questionnements autour
de la consommation, explorant l’histoire et l’anthropologie des pratiques
culturelles et de l’alimentation autour du « boire » (Douglas 1986, Huetz de
Lemps 2011, Obadia 2004, Nourrisson 2013), l’histoire des représentations
de l’alcool et de l’alcoolisme (Fillaut, Nahoum-Grappe et Tsikounas 1999).
Plus récemment, les histoires mondiales de l’alcool (Hames 2012, Anderson
et Pinilla 2018) examinent les modalités de diffusion de l’alcool et de ses
modes de production, notamment en contexte colonial, et montrent comment
la boisson et sa consommation (ou non-consommation) constituent à la fois un
outil de répression et une forme de résistance culturelle (Burnett 1999, Kneale
4. « Drunkenness also expresses culture in so far as it always takes the form of a highly patterned,
learned comportment which varies from one culture to another ».

9
Les Cahiers d’Outre-Mer

2001, Jayne, Valentine & Holloway 2008, Chrzan 2013, Lawhon, Herrick &
Daya 2014).
Dans une perspective interdisciplinaire à laquelle l’objet se prête bien,
les recherches montrent comment l’alcool contribue à former des identités
individuelles ou collectives (Chrzan 2013), parce que le partage d’une pratique
renforce le sentiment d’appartenance à un groupe (Hunt, Moloney & Evans
2010 ; Demant & Landolt 2014 ; Riches 2015). Elles font état d’un boire
jeune, ritualisé et festif (Jayne, Holloway & Valentine 2011, Wilkinson 2015)
dans lequel les dimensions de plaisir, d’amusement et de camaraderie sont
essentielles (MacAndrew et Edgerton 2003 ; Nayak 2003 ; Demant & Landolt
2014 ; Smith 2014). La formation des identités à travers l’alcool est fortement
genrée : la construction des masculinités a fait l’objet d’une abondante
littérature, notamment parce qu’elle s’élabore aussi dans les pubs et autres
débits de boissons, espaces communs longtemps fréquentés uniquement par
des hommes (Tomsen 1997 ; Campbell 2000 ; Thurnell-Read 2011, Joseph
2012). Les constructions d’un boire « typiquement féminin » ou « typiquement
masculin » se font aussi au travers des types de boissons choisies, des marques
et des publicités, du rapport à l’ivresse et des lieux (Chrzan 2013 ; Ho 2015 ;
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Nicholls 2015 ; Staddon 2015). Le rapport à l’alcool met donc en jeu des
normes et de valeurs qui viennent s’inscrire différemment sur et dans les corps
de celles et ceux qui boivent ou qui s’abstiennent, en fonction de leur place sur
l’échiquier social et de leur capacité relative à s’affranchir de ces assignations.
Cette mise en politique des corps par l’alcool justifie ainsi pleinement les
méthodologies ethnographiques telles qu’elles sont employées par plusieurs
contributeur·trices à ce numéro.
Les recherches plus spécifiquement géographiques de l’alcool consistent
d’abord en l’étude de boissons spécifiques (vin, bière, rhum) via une approche
par filières prenant en compte l’ensemble des acteurs et des pratiques qui
concourent, d’amont en aval, à la réalisation d’un produit (Patterson et Pullen
2014, Pitte 2014). Les thématiques classiques liées aux terroirs, aux paysages
et à la patrimonialisation (Bailly 2000, Delaplace et Gatelier 2014) connaissent
un certain renouveau, interrogées sous l’angle de l’agriculture biologique ou du
réchauffement climatique (Dougherty 2012, Célérier 2013). Elles s’articulent
aux problématiques que soulève la mondialisation de la production, qui implique
d’une part une diversification des réseaux commerciaux et des transferts de
connaissances (Schirmer et Velasco-Graciet, 2010, Legouy et Boulanger 2015,
Thurnell-Read 2019), et d’autre part un examen des héritages historiques
et coloniaux dans les processus de fabrication, de mise en vente (Huetz de
Lemps 1997 et 2001, Crenn, Demossier et Techoueyres 2004, Jolly 2004,
Lawhon, Herrick & Daya 2014) et de consommation. La deuxième approche,

10
Introduction. Les boissons alcoolisées : dimensions spatiales et rapports de pouvoir

plus quantitative, renvoie à diverses cartographies renseignant d’une part sur


les usages de l’alcool et d’autre part sur la disponibilité de l’alcool, prenant
en compte divers points de vente (débits de boissons, commerces) (Jayne,
Holloway & Valentine 2006 et 8, Shelton et Savell 2011, Nakkash et al. 2018).
Quelle que soit l’échelle privilégiée (mondiale, nationale, régionale, urbaine,
intra-urbaine), ces travaux cherchent à identifier les populations ou les espaces
considérés comme étant « à risque », à évaluer ou à prévoir un encadrement
des pratiques, à établir des corrélations (entre le niveau de criminalité et la
densité des débits de boissons, par exemple). La production cartographique
évalue également l’offre de loisirs, notamment nocturnes, sur un espace donné
(Beer 2011, Demant et Landolt 2013). Si ces approches permettent bien de
savoir où se trouve l’alcool, elles informent peu sur les conditions d’existence
des lieux de consommation et sur les systèmes normatifs propres aux espaces
de sociabilités liés à l’alcool.
De manière complémentaire, les géographies des établissements nocturnes
que sont les bars, les pubs ou les boîtes de nuit évaluent la place des débits de
boissons dans les villes, y compris touristiques (Thurnell-Read 2011), et dans
les espaces ruraux (Campbell 2000). Les études critiques sur la night-time
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economy, stratégie de renouvellement urbain focalisée sur une multiplication
de l’offre de loisirs festifs, montrent combien l’alcool est une composante de
la vie nocturne, même lorsque les noctambules sont abstinents (Chatterton &
Hollands 2003 ; Jayne, Holloway & Valentine 2011, Smith 2014). La mise en
parallèle de la night-time economy et des alcohol studies permet le constat et la
critique des logiques néo-libérales à l’œuvre dans la consommation de l’alcool
(Lawhon 2013), qu’il s’agisse de politiques tarifaires ou de l’énonciation de
pratiques et de produits socialement acceptés et valorisés (Chrzan 2013). La
consommation est en même temps sujette à un contrôle accru, allant de l’accès
aux débits de boisson à la répression de l’ivresse sur la voie publique, en
passant par une concentration spatiale des établissements nocturnes (Hadfield
2006). En dehors du périmètre du bar ou de la boîte de nuit, les géographes
se sont posé la question plus vaste de la place du boire (Jayne, Holloway &
Valentine 2008 a et b). En situant leur réflexion à l’échelle de la ville entière, ils
mettent en tension les espaces dédiés à l’alcool et ceux qui ne le sont pas : les
questions du « boire dehors », du boire dans l’espace public apparaissent alors
(Jayne, Holloway & Valentine 2006 ; Anglade 2007), croisant les questions de
transgression, d’illégalité et d’informalité (Demant & Landolt 2014 ; Wilkinson
2015 ; Charman 2015). Enfin, la démarche qui vise à faire de l’espace un
prisme analytique et critique, permettant de comprendre les relations de co-
construction entre le territoire et les pratiques liées à l’alcool, englobe les
enjeux économiques, sociaux et culturels qui orientent ces relations. Cette
démarche s’appuie sur le terme anglais de drinkscapes (Jayne, Valentine et

11
Les Cahiers d’Outre-Mer

Holloway 2008 et 2011). Longtemps superposé aux nightscapes (Bell 2009),


c’est-à-dire à l’ensemble des espaces de la vie nocturne (bars, pubs, clubs)
(Chatterton et Hollands 2003), les drinkscapes désignent l’ensemble des
lieux concernés par l’alcool et les spatialités du boire, y compris les espaces
publics du dehors (rue, parcs) (Wilkinson 2015), les espaces domestiques, les
soirées privées. Cette définition permet de prendre en compte les pratiques
transgressives ou dissimulées.

IV - Matérialité et potentialité politique de l’alcool

1 - Raisonner depuis le Sud global : perspectives post-coloniales


Ce numéro propose d’enrichir ces approches existantes de plusieurs
façons. Tout d’abord, nous posons la question de l’alcool dans le contexte
des Suds. A l’instar de la ligne éditoriale des Cahiers d’Outre-Mer, nous ne
proposons pas ici de définition restreinte ou essentialisante de la notion de
« Suds ». Les Suds renvoient ici tout à la fois à une zone géographique du
globe, à des régions souvent dominées politiquement, économiquement voire
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culturellement par les Nords, et à des pays connaissant des transformations
profondes souvent associées à la croissance économique et démographique
ou à des transitions politiques. Par-delà une approche « réaliste » – prenant
en compte la position dans l’espace et les caractéristiques biogéographiques
qui lui sont associées – ces Suds sont donc définis dans une approche
« critique » – considérant cette catégorisation et les relations de pouvoir qui
en découlent comme étant historiquement, socialement et politiquement
construites. Les enjeux de ce numéro sont de saisir ce que l’étude de l’alcool
dans les Suds apporte aux recherches portant sur l’alcool de façon générale, et
donc de « provincialiser » (Chakrabarty 2009) le boire dans les Nords, mais
aussi d’étudier les Suds au prisme d’un objet souvent négligé dans ces contextes.
L’appel à contribution portant sur l’alcool dans les mondes musulmans5, publié
dans des temporalités proches de ce numéro, fait ainsi figure d’exception. Les
auteurs s’inscrivent dans une approche similaire en proposant, de manière
complémentaire, une perspective régionale et interdisciplinaire. La plupart
des études menées sur l’alcool portent sur des terrains des Nords (notamment
le Royaume-Uni) où l’ubiquité de l’alcool entraîne l’économie d’une véritable
interrogation sur les conditions de sa présence et de sa consommation. Or, dans
de nombreux contextes, la présence massive d’alcool est un héritage colonial.

5. Bourmaud P., Znaien N., Appel à contributions, « L’alcool dans les mondes musulmans : Histoire,
lieux, pratiques et politiques (xve-xxie siècles) », REMMM. URL : [Link]
remmm/13379.

12
Introduction. Les boissons alcoolisées : dimensions spatiales et rapports de pouvoir

Ce numéro se situe donc dans une perspective postcoloniale, laquelle


vise à renouveler les approches, à interroger les catégories, concepts et
méthodologies habituellement mobilisés, en insistant sur les dimensions à la
fois culturelles, sociales et politiques de l’alcool et les pratiques qui lui sont
associées. D’emblée peut se poser la question d’une éventuelle spécificité
que prendraient l’alcool, et les rapports que les sociétés entretiennent avec
cette boisson, dans les Suds. La carte mondiale de la consommation d’alcool
par individu de plus de 15 ans6 montre clairement de grandes disparités entre
les pays, avec des niveaux de consommation plus faibles dans le Nord de
l’Afrique, au Moyen-Orient ou en Asie du Sud. Si des facteurs religieux
(comme l’importance de l’islam et de l’hindouisme dans ces régions) ne
peuvent être niés, il importe aussi de souligner combien les géographies
mondiales de la consommation et de la production d’alcool ont été façonnées
par les puissances impériales, coloniales et capitalistes. Les vignobles sud-
africains, mais également indirectement les plantations de canne à sucre aux
Antilles, sont autant de « paysages agricoles de l’alcool » qui témoignent
directement de l’expansionnisme européen. Les modes de consommation ont
aussi été historiquement affectés par les réseaux politico-marchands contrôlés
par les pays du Nord, avec la diffusion mondiale de boissons comme la bière
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ou le brandy (eau-de-vie de vin), se substituant parfois aux alcools locaux
(alcools de riz, bière de millet, etc.).
La colonisation s’est accompagnée de discours et de pratiques de
régulation parfois ambivalents quant à l’alcool. Dans certains contextes, la
consommation d’alcool par les populations locales pouvait être vue comme
un mal social (voir par exemple Ponge dans ce numéro), ce qui justifiait
les mesures de prohibitions concernant la fabrication (distillation locale,
par exemple) ou la consommation (Znaien 2017). En fait, bien souvent, les
métropoles réorganisaient les marchés de l’alcool à leur profit (Bhattacharya
2017), et garantissaient un approvisionnement régulier afin de renforcer le
moral et les forces des colons (Pilcher 2016). Par ailleurs, une consommation
locale croissante apportait des revenus croissants aux puissances coloniales.
Ainsi le jeune Nguyen Ai Quoc, qui allait devenir Ho Chi Minh, dénonçait-il
en 1925 « l’empoisonnement des indigènes » consécutif à l’addiction à l’alcool
(et à l’opium) favorisée par les intérêts économiques français (Ho 1999).
La colonisation a par ailleurs institué une division internationale du travail
et de la production. Dans le cas de l’alcool, elle a instauré une dépendance des
pays colonisés à l’égard des métropoles, dans un premier temps en boissons
alcoolisées (bière anglaise vers les colonies par exemple) et dans un deuxième
temps, une fois des industries locales établies, en matières premières (orge

6. [Link] (consulté le 01/03/2021).

13
Les Cahiers d’Outre-Mer

brassicole, etc.). Si l’alcool a été un véritable outil de contrôle colonial et


impérial, sa production a parfois été « domestiquée » jusqu’à servir des récits
nationalistes, avec par exemple le développement d’une industrie nationale
de la bière en Chine ou au Japon (Pilcher 2016). C’est aussi en vendant de
la bière et en devenant directeur commercial de la société Bracongo, et donc
en profitant des infrastructures de production et de commerce établies, que
Patrice Lumumba s’est fait connaître dans ce qui était alors le Congo belge.
La décolonisation n’a pas modifié cette géographie inégale, de grandes
firmes européennes de l’alcool dominant actuellement le marché mondial
(principalement de la bière et des vins et spiritueux de luxe). Certains pays
ont cependant cherché à faire valoir des avantages comparatifs sur le marché
mondial, comme la Chine ou Éthiopie qui sont à présent parmi les premiers
producteurs mondiaux de houblon7.
Le colonialisme, l’impérialisme et le capitalisme ont fortement
réorganisé la géographie mondiale de la production, de la circulation et de la
consommation d’alcool dans les Suds. L’alcool est à l’évidence une boisson
politique, en ce sens qu’il est à la fois objet et témoin de rapports de force et de
domination entre des groupes. Cette potentialité politique de l’alcool renvoie à
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des formes de captation des circulations de l’alcool : pris dans des relations de
pouvoir, les flux d’alcool sont reconfigurés, détournés, accélérés, interrompus,
exposés ou dissimulés à des échelles multiples, collectives ou individuelles. Il
s’agit donc aussi de se demander dans quelles situations, et à partir de quels
discours, boire de l’alcool constitue un mode de subversion. Cela ne signifie
pas que la consommation d’alcool doit systématiquement être vue comme
l’expression d’une contestation, mais qu’elle peut s’apparenter à des actes
de résistances, d’oppositions à certaines autorités – familiales, politiques,
religieuses par exemple – ou aux formes de l’impérialisme. On observe en effet
une augmentation de la production et de la demande de boissons nationales et
éthiques, produites localement et s’affranchissant des logiques économiques
comme d’une forme de domination culturelle résultant de l’oligopole des
grands groupes internationaux. Les différentes façons de se positionner par
rapport à l’alcool permettent aussi d’exprimer ou de reconfigurer des identités
religieuses, culturelles ou de genre. Dès lors, l’alcool semble avoir un rôle à
jouer dans l’énonciation de rapports obliques aux situations de domination.
À quels moments la consommation d’alcool, et la création de lieux dédiés à
l’alcool, instituent-ils une transgression, bruyante ou discrète, des hégémonies
quotidiennes (Bayat 2013) ?

7. [Link] (consulté le 01/03/2021).

14
Introduction. Les boissons alcoolisées : dimensions spatiales et rapports de pouvoir

2 - Une écologie politique de l’alcool


La prise en compte des rapports de pouvoir dans l’étude des boissons
alcoolisées contribue à remettre en cause une approche qui donnerait trop
d’importance à la culture. Le cadre d’analyse de la political ecology permet
de dépasser l’opposition (voire l’ignorance mutuelle) entre des approches
épidémiologiques et des approches culturelles. À la suite de la géographe
Mary Lawhon, nous proposons d’étudier l’alcool en combinant dans
l’analyse ses caractéristiques matérielles et ses caractéristiques sociales. Plus
largement, cette approche s’inscrit dans une épistémologie à la fois réaliste
et constructiviste (Moragues-Faus et Marsden 2017 : 278). Nous n’avons ici
ni la place ni la compétence de contribuer aux débats en philosophie (voir
par exemple Bryant 2011) ou en épistémologie des sciences sociales (Carolan
2005) sur le statut et les propriétés des objets. Simplement, en nous appuyant
sur cette littérature et sur le paradigme de la political ecology, nous considérons
que deux écueils réductionnistes sont à éviter dans les études sur l’alcool : celui
d’un naturalisme naïf qui réduirait l’alcool à ses propriétés toxiques pour le
corps humain, et celui d’un culturalisme pur qui envisagerait les pratiques liées
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à l’alcool sous un angle uniquement symbolique, à savoir une manipulation de
signifiants sans rapport avec l’objet matériel auquel ces signes se rapportent.
L’approche réaliste (ou matérialiste) indique qu’il faut accorder une grande
importance à la matérialité de l’alcool, notamment au fait qu’il est composé
d’éthanol : il suppose donc une production et une transformation chimique de
sucres, tandis qu’une fois ingéré il agit comme un nutriment mais aussi comme
un perturbateur du système nerveux. Cependant, ces propriétés matérielles
ne peuvent pas être dissociées de propriétés sociales : les flux d’alcool, de
la production de sucres à l’ingestion et la métabolisation dans le corps, sont
façonnés de bout en bout par des rapports sociaux (approche constructiviste
ou critique). L’alcool, ou plus précisément les boissons alcoolisées, sont donc
des objets hybrides : leur réalité matérielle est fondamentale, mais elle est
toujours-déjà socialisée dans des pratiques. L’étude de la géographie de l’alcool
suppose donc de s’intéresser à ses « processus sociomatériels » (Lawhon
2013 : 682) et aux relations de pouvoir qui les sous-tendent. Autrement dit, les
formes que prennent les flux d’alcool, ainsi que les pratiques, les significations
et les connaissances qui lui sont associées, sont le produit de configurations
matérielles et sociales qui peuvent (re)produire des inégalités et des injustices.
Ces configurations sont elles-mêmes encastrées dans des rapports de pouvoir.
Il est à noter que ces rapports de pouvoir peuvent s’exercer à la fois de façon
purement discursive (par l’imposition de normes, de régulations, etc.) mais
aussi de façon plus matérielle par une certaine structuration de l’espace
physique et des temporalités, par des technologies, des infrastructures, etc.

15
Les Cahiers d’Outre-Mer

L’approche développée par Lawhon s’intéresse plus spécifiquement aux


« frictions » créées par les flux d’alcool, à savoir à ce qui facilite ou entrave
sa circulation dans l’espace et à la façon dont elle a tendance à déborder
les frontières. Dans la mesure où cette approche s’intéresse notamment
aux frictions rencontrées par l’alcool dans le corps, elle mériterait d’être
complétée par une approche dite « viscérale » développée notamment par
la géographie féministe anglophone. Ce champ de recherche nous incite à
nous intéresser aux « affects » (Hayes-Conroy et Hayes-Conroy 2015 : 660)
des corps, autrement dit aux multiples interactions sensorielles que ces corps
entretiennent avec leur environnement, aux perceptions et aux sensations qui
échappent à la cognition consciente et à la réflexivité (Pile 2010). Ce faisant,
cette approche combine une prise en compte des structures de pouvoir qui
façonnent les circuits matériels et une attention méticuleuse à la façon dont
« les corps réels, vivants et sensibles produisent activement une réalité qui
est bien plus incertaine que ce que ces structures seules laissent prédire »
(Hayes-Conroy et Hayes-Conroy 2015 : 662). Si ce cadre d’analyse a surtout
été appliqué à l’étude de l’alimentation, la prise en compte de l’expérience
viscérale que représente l’ingestion d’alcool nous semble pertinente tant celle-
ci reformule en permanence les savoirs corporels tacites et réflexifs qui sont
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impliqués dans la consommation. En amont des trajectoires de l’alcool, la
dimension écologique demande à être explorée plus avant. La sociomatérialité
de l’alcool se lit aussi dans les espaces agricoles dédiés à la production des
sucres (grains, tubercules, fruits, etc.) à partir desquels on obtient l’alcool
(soit comme produit principal de ces cultures, soit comme sous-produit), mais
également des produits avec lesquels on parfume l’alcool (comme le houblon
pour la bière ou les fruits séchés et épices pour l’alcool de riz). Une approche
politico-écologique de l’alcool suppose donc de s’intéresser également aux
rapports de pouvoir qui structurent et façonnent ces espaces et pratiques
agricoles ainsi que les industries de transformation (Tetreault, McCulligh et
Lucio, 2021).

3 - Une approche relationnelle : les drinkscapes


Une autre piste explorée par la géographie est celle déjà évoquée des
« drinkscapes ». L’usage du suffixe -scape, inspiré du terme landscape, a
été proposé par Arjun Appadurai pour désigner les cinq dimensions des flux
culturels globaux : ethnoscapes, mediascapes, technoscapes, financescapes
et ideoscapes (1996). Pour l’anthropologue, ce suffixe sert à désigner la
forme fluide et irrégulière de ces paysages particuliers. Dans son acception
basique, le terme de drinkscapes sert donc à désigner l’ensemble des lieux
où des boissons alcoolisées sont disponibles, vendues ou consommées dans
un territoire donné. Il prend notamment en compte l’accessibilité physique

16
Introduction. Les boissons alcoolisées : dimensions spatiales et rapports de pouvoir

(proximité) et économique (prix) de l’alcool. Cependant, un retour à son


étymologie permet de donner à ce terme une inflexion plus « relationnelle ».
L’intérêt n’est alors pas de décrire de façon objective le positionnement dans
l’espace de ces différents lieux, mais de s’intéresser aux relations que les
individus, buveurs ou non, entretiennent avec eux8.
On peut en effet déplorer l’usage souvent statique qui est fait de la notion
de drinkscapes, considérant l’alcool comme un « déjà-là » et n’interrogeant
pas les conditions de sa vente, de son achat et de sa consommation qui varient
dans l’espace et dans le temps. Cette limite tient en partie au caractère situé
des études sur l’alcool via les drinkscapes. La plupart ont été effectuées sur
des terrains occidentaux et les villes du Royaume-Uni sont surreprésentées.
Or, il s’agit presque systématiquement de contextes où l’alcool fait partie des
sociabilités ordinaires. Les quelques études effectuées sur des terrains dans les
Suds (Lawhon 2013, Gangloff 2015, Bonte 2016) montrent pourtant combien
la présence de l’alcool dans l’espace dépend d’héritages post-coloniaux et
de facteurs culturels, sociaux, politiques ou économiques qui interviennent à
l’échelle aussi bien individuelle qu’institutionnelle.
L’extension de l’usage des drinkscapes aux pays des Suds incite à intégrer
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dans ces paysages la vente informelle, mais également les contextes ruraux où
l’acquisition et la distribution d’alcool peuvent revêtir des formes différentes
des contextes urbains. Par ailleurs, en revenant à l’inspiration première du
terme de drinkscapes, on peut éviter une forme de « réductionnisme spatial »
en s’intéressant à la façon dont les individus circulent dans ces espaces et
dont ils perçoivent ces « paysages », ainsi qu’au sens qu’ils leur donnent. Les
drinkscapes sont fondamentalement dynamiques, façonnés aussi bien par les
individus qui acquièrent et consomment de l’alcool que par celles et ceux qui
mettent cet alcool en vente ou qui régulent cette vente. L’emploi de ce concept
peut mettre en lumière la façon dont le milieu se prolonge dans les pratiques
et, en retour, dont les pratiques elles-mêmes prolongent le milieu. Évoquer
des drinkscapes, c’est s’intéresser à une certaine perspective que les individus
ont sur ces lieux et ces espaces, et à la façon dont ces paysages se construisent
et se négocient en permanence. Il permet enfin de considérer l’ensemble des
arrangements individuels (s’abstenir, boire occasionnellement, boire loin de
chez soi, boire mais éviter l’ivresse…) et des agencements spatiaux possibles

8. Notons d’emblée que l’approche des drinkscapes gagnerait à se rapprocher de celle des
foodscapes – les « paysages alimentaires » – qui dépasse la simple étude de l’environnement physique pour
prendre en compte l’aspect relationnel, subjectif et dynamique des pratiques d’acquisition et de distribution
alimentaires (Vonthron et al. 2020). Par ailleurs, la prise en compte des paysages alimentaires dans l’étude
des paysages de l’alcool peut aussi éclairer certaines associations, complémentarités ou exclusions entre
pratiques alimentaires et pratiques alcoolisées (Bruckert 2018).

17
Les Cahiers d’Outre-Mer

entre les lieux où l’alcool est autorisé, interdit à la vente, ou distribué de


manière discrète.

V - Présentation des articles

Dans un article écrit en 2014 au cours duquel elle revient sur les
techniques d’enquête qualitatives mises en œuvre pour approcher les buveurs
des townships du Cap, Mary Lawhon qualifie l’alcool de « sujet sensible »
(Lawhon, 2014). Dans le contexte de l’Afrique du Sud post-apartheid, il s’agit
en effet d’étudier des pratiques socialement disqualifiantes, ayant lieu dans
des débits de boissons informels, et où les problématiques spatiales croisent
des processus de différenciation par la race, le genre et la classe sociale.
S’il n’existe pas a priori de sensibilité intrinsèque à un objet de recherche
(Lee, 1993), l’alcool, en raison du secret qui entoure sa pratique dans divers
contextes, des enjeux sécuritaires ou de santé publique, est souvent dérangeant
et toujours ambivalent pour les acteur·trices enquêté·e·s comme pour les
institutions de recherche.
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Au-delà du contexte sanitaire qui pose entre autres le problème de l’accès
aux terrains non-métropolitains, les contributeur·trices de ce numéro ont
eu recours à des techniques d’enquête diversifiées, visant souvent à gagner
la confiance des interlocuteur·trices, ou à légitimer progressivement leur
présence. Afin d’obtenir les éléments empiriques permettant d’éclairer les
modalités de la consommation de l’alcool et les rapports sociaux et politiques
qui se jouent dans ces pratiques, l’immersion de longue durée s’est avérée utile.
Les longs séjours, impliquant la cohabitation avec des personnes enquêtées,
ont permis de mieux saisir l’imbrication des différents univers familiaux,
sociaux et amicaux dans les expériences des personnes enquêtées (Gasparotto,
Cheickh, Goreau-Ponceaud, Bautès et Raj, ce numéro). Plus généralement,
le fait d’habiter le terrain a permis l’exploitation d’un corpus d’observations
et d’« échanges ordinaires », facilitant par là même la conduite d’entretiens
plus formels avec les acteurs. Des contributeur·trices ont également travaillé
dans un débit de boissons (Bisson/Turkovics et Gasparotto), étant ainsi au
cœur des pratiques de consommation et des sociabilités liées à l’alcool, tout en
expérimentant la cristallisation des rapports sociaux de genre autour du rôle de
la serveuse (Bonte, 2020, Gasparotto, ce numéro). Enfin, deux contributions
permettent d’historiciser la réflexion proposée dans ce numéro : fondées sur
un important travail d’archives (Znaien, Ponge, ce numéro) nationales et
diplomatiques, coloniales, missionnaires ou commerciales, elles montrent
que les entreprises visant à encadrer, interdire ou encourager la production,

18
Introduction. Les boissons alcoolisées : dimensions spatiales et rapports de pouvoir

le commerce ou la consommation de l’alcool durant la période coloniale ont


impliqué une grande variété d’acteurs et d’institutions.
Dans le riche entretien qu’il nous a accordé, Lionel Obadia, anthropologue
et professeur à l’Université de Lyon 2, confirme le statut ambivalent de l’alcool,
à la fois « opérateur de sociabilité » et « facteur de désordre ». Il nous rappelle
que dans certains contextes, les pratiques liées à l’alcool parcourent de bout-
en-bout l’ensemble des dimensions de la vie sociale et contribuent ainsi à
mettre en lumière des instances de production matérielle, des technologies
de transformation, des circuits de distribution, des systèmes de classification
et de valeurs, des codifications culturelles, etc. Il précise cependant qu’il
faut toujours considérer l’alcool dans sa singularité et se garder d’y voir un
révélateur systématique et unique des structures sociales : celles-ci ne peuvent
être comprises si l’étude fait l’économie d’autres facteurs comme la religion
ou les pratiques culturelles Ce faisant, la comparaison entre différents groupes
sociaux ou territoires, du point de vue de l’alcool, est possible mais limitée.
Le lien entre espace et culture, postulé par certaines approches géographiques,
doit donc être questionné afin d’éviter toute tendance à culturaliser ou à
naturaliser les pratiques liées à l’alcool. Lionel Obadia souligne également
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l’importance de la réflexivité et du maintien de la juste distance avec le terrain
pour l’ethnologue travaillant sur l’alcool : il ou elle navigue sans cesse entre
participation à l’ébriété – pour maintenir les liens avec la société d’accueil et
« faire l’expérience de l’intérieur de la sociabilité enivrée » – et nécessité de
contrôle – pour garder sa lucidité, mettre en lumière les logiques qui sous-
tendent les pratiques observées, et maintenir une certaine réputation.
Dans son article, Nessim Znaien retrace l’histoire de la tentative de
l’industrie viticole italienne, en situation de surproduction, de pénétrer
un nouveau marché au sud de la Méditerranée, à la fin du xixe siècle et au
début du xxe siècle. Les producteurs de vin italiens tentent de trouver de
nouveaux débouchés dans les pays du sud de la Méditerranée. Au moyen de
différentes sources diplomatiques et commerciales italiennes, l’auteur analyse
les explorations visant à mettre en place un nouveau circuit commercial à
destination des territoires du monde arabe et musulman. Il s’agit ainsi
de retracer les évolutions du marché de l’alcool en contexte colonial et à
l’échelle de la Méditerranée occidentale, et de questionner l’orientation des
flux entre métropoles et territoires colonisés. Contribuant à une réflexion
plus générale du numéro sur les géographies inégales de l’alcool entre les
anciennes métropoles et territoires colonisés, Nessim Znaien rappelle que les
colonies à majorité musulmane ont été des lieux d’importation d’alcool, et pas
uniquement des espaces de production viticole et d’exportation.

19
Les Cahiers d’Outre-Mer

L’article de Julie Ponge prend pour objet la construction des pratiques,


des normes et des tentatives d’encadrement par l’État de la consommation
d’alcool dans un petit pays enclavé d’Afrique australe, le Lesotho. L’autrice
montre comment la dépendance socio-économique du pays vis-à-vis de
l’alcool est une déclinaison de la dépendance géographique et économique
du Lesotho – notamment par rapport à son grand voisin, l’Afrique du
Sud – dont elle retrace l’instauration progressive. En se basant sur un
travail bibliographique et d’archives, et sur un petit corpus d’entretiens, le
raisonnement souligne l’« extranéité » de la condamnation et du contrôle de
l’alcool (par les missionnaires et les autorités coloniales notamment), ainsi
que sa dimension très genrée, le tout expliquant la faible appropriation des
règles par les citoyen·ne·s, et une segmentation des perceptions de l’objet
alcool, entre problème de santé publique et remède qui soulage.
Sur un terrain plus contemporain, le compte-rendu de lecture rédigé par
Léna Kuntz, Manon Loetz et Emma Saignol présente l’ouvrage de Mériam
Cheikh, Les filles qui sortent, focalisé sur les pratiques transgressives des
jeunes filles tangéroises, en englobant différentes pratiques : travail sexuel,
divertissement et alcool, relations amoureuses. Reposant sur une ethnographie
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longue et rigoureuse, les analyses de Mériam Cheikh intègrent l’héritage
colonial, et plus particulièrement celui de la règlementation concernant la
prostitution et la consommation d’alcool à travers le système d’octroi de
licences. Cela permet de comprendre la superposition des espaces festifs et de
prostitution à Tanger et les formes d’étiquetage attribuées à la consommation
d’alcool : réservée aux touristes dans les anciens quartiers coloniaux, ou
reléguée, comme la prostitution, au rang de pratique moralement douteuse et
socialement répréhensible.
L’article de Mariangela Gasparotto propose une ethnographie des modes
de consommation d’alcool au sein de la jeunesse palestinienne à Ramallah,
en mettant en avant la question de l’espace, des temporalités, de la visibilité
des pratiques et des assignations morales qui lui sont liées. À des pratiques
de consommation d’alcool visibles et revendiquées, font écho des pratiques
« dissimulées » ou « discrètes », « dans l’ombre », qui font écho aux sentiments
de « honte » de ceux qui s’y prêtent, en fonction des lieux où elles se passent.
Ces géographies variables sont celles de l’extérieur comme des intérieurs
domestiques. Les pratiques et les perceptions vis-à-vis de l’alcool varient
ainsi en fonction des lieux, selon la classe, le capital économique et culturel,
et la socialisation internationale des jeunes. L’alcool est enfin un marqueur
politique important mais à géométrie variable, chevillé aux déterminants
sociaux et spatiaux. Par un terrain long et approfondi, Mariangela Gasparotto
montre ainsi comment la question de l’alcool permet de mieux comprendre la

20
Introduction. Les boissons alcoolisées : dimensions spatiales et rapports de pouvoir

société ramallaouie et ses multiples lignes de division, mais aussi d’explorer


les « villes parallèles » (Mermier 2015) que les inégalités et l’occupation
israélienne, par la fragmentation des espaces, contribuent à produire.
Dans leur article, Brieuc Bisson et Pierre Turkovics proposent une
géographie sociale et culturelle de Marie-Galante (DROM situé au sud-est
de la Guadeloupe) en se concentrant sur la production et la consommation
de rhum. Les auteurs montrent l’importance de l’héritage de la culture de
la canne à sucre dans les structures économiques comme dans les paysages,
ainsi que la place fondamentale du rhum dans l’identité et la sociabilité locale.
En s’appuyant sur un long travail de terrain, ils établissent une typologie des
différents lieux de consommation et des manières de consommer le rhum et
interrogent le développement touristique de l’île en lien avec la culture de la
canne et la valorisation du rhum local. Par sa prise en compte de l’ensemble du
circuit du rhum, de la plantation à son potentiel identitaire, cet article interroge
la complexité des liens matériels mais aussi discursifs qui unissent à plusieurs
échelles le territoire, la culture de la canne et la boisson qui en est issue.
Anthony Goreau-Ponceaud, Nicolas Bautès et Antoni Raj s’intéressent à
la ville de Pondichéry en Inde, ancien comptoir colonial français. Du fait de
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cette spécificité historique, mais aussi de son attractivité comme destination
touristique pour la nouvelle classe aisée et de conditions fiscales avantageuses,
la ville occupe une place particulière dans la géographie nationale de l’alcool :
la consommation de boissons alcoolisées y est plus importante et plus libre
que dans le reste du pays. En dépit de cette liberté apparente, les flux d’alcool
dans la ville restent marqués par des facteurs politiques et sociaux. L’alcool est
une ressource budgétaire importante pour la ville et de nombreux politiciens
investissent dans la filière, en lien parfois avec des activités clandestines. Par
ailleurs, les lieux et les modes de consommation sont segmentés, avec un
cloisonnement net entre les pratiques de la classe aisée et celles des riverains
pauvres ou appartenant aux catégories intermédiaires. Les pratiques expriment
les rapports dominants de genre tout en contribuant marginalement à les
questionner. La circulation de l’alcool à Pondichéry reflète donc des inégalités
sociales et spatiales et une « géographie urbaine fragmentée ».

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Common questions

Alimenté par l’IA

L'approche réaliste (ou matérialiste) considère l'importance de la matérialité de l'alcool, soulignant sa composition chimique en éthanol qui agit comme un nutriment et un pertubateur du système nerveux. Contrairement aux visions réductionnistes, elle ne dissocie pas ces propriétés matérielles des influences sociales et critique le naturalisme naïf et le culturalisme pur qui réduisent l'alcool soit à ses propriétés toxiques soit à une simple manipulation symbolique .

Les espaces physiques influencent grandement la consommation et la perception de l'alcool. Les bars, restaurants et autres lieux de socialisation ne servent pas seulement de contextes de consommation mais participent à la création d'un lien social. Les restrictions visant ces lieux durant la pandémie ont montré que l'alcool perdait de son sens en dehors de ces espaces, ce qui souligne leur rôle central dans la manière dont l'alcool est socialement perçu et consommé .

Étudier la géographie de l'alcool permet de comprendre comment les structures sociales sont façonnées par la production, la circulation et la consommation de l'alcool. Cette analyse révèle l'interconnexion des pratiques et des représentations avec les configurations matérielles et sociales, mettant en évidence des inégalités et des injustices incorporées dans les rapports de pouvoir locaux .

Les « processus sociomatériels » de l'alcool révèlent comment les flux de production et de consommation sont façonnés par les rapports de pouvoir. Ces processus démontrent que les pratiques et significations de l'alcool sont conditionnées par des structures matérielles et sociales qui reproduisent des inégalités, ce qui met en lumière les dynamiques géopolitiques et les régulations normatives imposant un contrôle sur l'espace physique .

La mondialisation a entraîné la diffusion historique de certaines boissons alcoolisées comme la bière, le vin et le whisky à l'échelle mondiale. Peu de multinationales dominent le marché, ce qui contribue à l'harmonisation des modes de consommation et des pratiques festives. Cependant, l'alcool demeure soumis à des contrôles et interdits variés qui révèlent des différenciations culturelles et politiques .

Les rapports des individus avec l'alcool sont influencés par une combinaison de paramètres historiques, socio-économiques, culturels et politiques. Cela inclut les procédés de fabrication, les produits utilisés, le savoir-faire des individus et les moyens techniques disponibles. En outre, les perceptions sociales de l'alcool oscillent entre des valeurs positives comme le partage et la sociabilité, et des perceptions négatives liées à la débauche et à la violence .

Les restrictions autour de l'alcool durant la pandémie ont entraîné la fermeture de lieux sociaux essentiels comme les bars et restaurants, ce qui a réduit les ventes totales d'alcool. Ces lieux servaient de contextes sociaux importants, et leur fermeture a modifié le rôle de l'alcool dans le lien social, le déplaçant vers un contexte plus intime mais également privatif .

L'alcool sert de marqueur de la mondialisation en raison de la diffusion universelle de certaines boissons comme la bière et le whisky et de la domination par quelques compagnies multinationales qui standardisent les offres et pratiques culturelles liées à ces boissons. Paradoxalement, ces produits restent sous l'influence des régulations locales qui révèlent des distinctions culturelles et politiques .

Pendant la pandémie de Covid-19, des contradictions sont apparues dans les perceptions des propriétés sanitaires et sociales de l'alcool. Alors que des restrictions visaient à réduire la consommation d'alcool pour prévenir la violence domestique et les accidents, elles ont aussi souligné le rôle de l'alcool comme facilitateur de rassemblements sociaux et de baisse de vigilance sanitaire, conduisant à une consommation domestique accrue bien que la vente globale ait diminué .

Les mesures restrictives, en période de crise, peuvent exagérer les différences sociales en imposant des contrôles qui varient selon le genre, l'âge, la classe sociale, et d'autres catégories. Par exemple, l'interdiction temporaire de la vente d'alcool dans certains pays pendant la Covid-19 visait à limiter la violence domestique et les accidents, mais aussi à prévenir la désobéissance sanitaire. Ces restrictions montrent comment un encadrement différencié peut renforcer les distinctions sociales existantes .

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