Introduction
Le monde qui est le nôtre est habité par des questions qui soulèvent des polémiques dans
les contextes religieux, philosophiques et civils tels que l’euthanasie, la contraception,
l’avortement, l’homosexualité, l’intelligence artificielle et tant d’autres. A ces polémiques, les
institutions religieuses ont apporté leurs contributions en s’appuyant sur la loi divine ou la loi
naturelle. Cette loi naturelle n’est pas question d’une loi biologique quelconque qui s’imposerait
à la conscience, mais bien plutôt de la capacité humaine d’accomplir le bien et d’éviter le mal.
Selon les protagonistes de la loi naturelle notamment Thomas d’Aquin, Dieu a inscrit dans le
cœur de chacun les préceptes de la loi naturelle et l’homme a les moyens de découvrir ce qui est
juste et vrai et de l’accomplir. Nous pouvons toutefois certifier que cette conception n’est pas
l’héritage de l’Eglise uniquement car nous décelons l’interdiction de ce qui nuit à autrui comme
le meurtre dans presque toutes les cultures et sociétés. La tradition philosophique surtout dans le
siècle des lumières va se rompre avec la loi naturelle qui se pose comme principe morale.
Emmanuel Kant par exemple affirmera que la morale ne peut pas se fonder sur la métaphysique,
mais sur elle-même. Sur ce, nous nous demandons s’il existe une morale universelle quelconque
et sur quelle base est-elle fondé ? Pour proposer une réponse à cette question, dans un premier
temps, nous examinerons la position de Kant par rapport à ce sujet, puis la position des autres
philosophes, puis…
I. Clarification conceptuelle
Morale
Le terme moral, étymologiquement vient du latin moralis traduit par Cicéron du grec ta
éthica ou encore de mores, et signifie en français les mœurs ou les coutumes, le caractère. « La
morale est une réflexion produite en amont pour fonder des valeurs et des normes dans une
notion générale du bien »1.
1
Michel BLAY, le Grand Dictionnaire de le Philosophie, Paris, Edition Larousse, 2012, P.688.
1
Universel
Le mot universel vient du latin universalis qui qualifie ce qui est général, ce qui concerne
l’univers ou tout ce qui existe, ce qui concerne la totalité des entités d’une chose ou d’une classe.
Par exemple : la raison est universelle car tout homme a la raison.
Ethique
Du point de vue étymologique, le mot éthique vient du grec ethicos ou de éthos qui
signifie habitude ou caractère. L’éthique est une discipline philosophique qui étudie des
principes, règles, normes morales : « Elle est la partie de la philosophie traitant du bien et du
mal, des normes morales, jugements de valeur moral et opérant une réflexion sur cet
ensemble ».2 Spinoza la définie comme une science étudiant les modes d’existence selon le bon
et le mauvais.
II. La morale universelle
Etymologiquement, nous avons vu que la morale du latin « Mores » et l’éthique du grec
« éthos », renvoient tous deux au même aspect du comportement, des mœurs, mais dans des
contextes différents : le contexte social romain, militarisé avec des structures sociales bien
rigide et le contexte social de la Grèce plus libre et individuel. Selon le contexte d’élaboration de
chaque terme, la morale renvoie au respect des normes qui régissent la société et l’éthique se
rapporte au comportement à adopter dans la cité. Toutefois, bien que les contextes de
développement de chacun de ces termes soient différents, la morale et l’éthique se rejoignent du
fait que ces deux termes désignent la même réalité ; celle d’agir selon des catégories orientées
par les universaux du bien et du mal, du bon et du mauvais. Ainsi dans cette perspective,
précision faite, la morale est dite universelle dans le sens où elle porte sur la juste manière de
régler l’agir humain. Il s’agit ici d’une morale qui s’applique à tous les territoires, toutes les
nations.
Deux auteurs nous aiderons à comprendre la morale dans son sens universelle :
Emmanuel Kant et Nicolas Malebranche. Ces deux auteurs nous permettrons de découvrir le
2
Jacqueline RUSS, Dictionnaire de Philosophie, Paris, Borda, 2004, P. 97.
2
"comment" et le "pourquoi" de la morale universelle. C’est-à-dire, savoir en quelle mesure la
morale est considérée comme universelle et qu’est-ce qui justifie le fait qu’il y ait une morale
universelle ?
Dans un premier temps, Emmanuel Kant dans son œuvre Fondement de la métaphysique
des mœurs (1785) pose le principe d’une morale universelle que chaque homme peut percevoir à
l’intérieur de lui-même. Pour Kant, le sens moral est le même pour tous et est accessible à tous.
Ainsi pour l’horloge de Königsberg, tout le monde sait ce qu’il faut faire pour être une bonne
personne ou une personne vertueuse.
Le philosophe Kant nous dit que pour qu’une action soit moralement universelle il faut
qu’elle puisse être valable universellement, capable de répondre à la question : « si tout le monde
agissait ainsi, la société pourrait-elle continuer à exister ? ». Exemple, "si tout le monde tue
l’autre, comment le monde subsistera-t-il ?". Kant propose l’universalité comme principe de base
de notre agir afin de savoir si l’acte visé est mauvais ou bon. Il est impossible, ou non
souhaitable, que je puisse vouloir une société composée de voleurs car si cela arrivait, je serai
affecté moi-même. Pour Kant, le fait de suivre cette loi morale qui est en moi me rend libre. La
liberté dans ce sens ne consiste pas à faire ce que nous voulons si non on devient esclave de notre
ego mais elle consiste plutôt à suivre la raison. Pour Kant la raison en tant que raison allant
contre à la déraison nous met sur une voie morale universelle. C’est dans le sens kantien que
nous pouvons donc dire que tout homme doté de raison ou du bon sens d’après Descartes est un
agent moral et doit déployer cela en toute son existence ; conformément à la morale universelle
inscrite en chaque être humain.
Dans un second temps, à la suite de Kant, pour Malebranche il existe en l’humain selon la
loi naturelle, une évidence morale, et donc une morale universelle qui lui fait dire qu’il faut
"préférer son ami à son chien". Ainsi, la question de la morale universelle trouve réponse en
l’humain lui-même. En effet, la morale résulte de la raison. Selon Malebranche, le problème de
la morale se présente lorsque l’homme refuse d’agir selon les évidences morales et laisse la
raison pour se tourner vers ses passions et ses sentiments. Cette évidence morale peut être référer
belle et bien aux impératifs catégoriques d’Emmanuel Kant qui expriment des devoirs qui sont,
et ce, sans justification. Agir donc contrairement à la morale c’est trahir la raison, cette
conscience morale qui est en nous en tant qu’espèce et qui nous sort de l’instinct animal en nous
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rendant humain. La raison théorique qui nous permet d’agir moralement est indépendante de nos
capacités intellectuelles mais elle devient pratique quand nous agissons conformément à la
morale pas lorsque nous énumérons les principes moraux ou ce que c’est que la morale.
Par ailleurs, dans cette perspective, la morale ne doit pas être confondu aux conventions
sociales car ces dernières ne sont pas toujours morales. Autrement dit ce n’est pas parce qu’un
code de conduite est approuvé par une culture donnée qu’il est moralement correct. Par exemple,
ce n’est pas parce que dans une culture, il est coutume de faire passer les premiers nés par le feu
que le fait de bruler un nouveau-né à mort est moralement correct. Toutefois, nous allons
découvrir l’aspect de la morale qui la définit comme ensemble de normes régissant la vie de
chaque société.
III. La morale comme règle de vie de chaque société
La culture joue un rôle très capital dans le façonnement de chaque individu. Il n’y a pas
d’être humain qu’un être culturel. Chaque culture est caractérisée par l’esthétique, la religion,
l’éthique et le langage. Chaque être humain est conscient de ce qui est bon ou mauvais de faire
vis-à-vis à sa culture et vis-à-vis ses réalités existentielles
Dès l’avènement de l’humain dans le monde, la régulation des multiples peuples qui le
constitue fut possible grâce à un corps de principes sur lequel se fonde la conduite pratique des
membres de chaque groupe culturel, de chaque société de vie : la morale. Dans une telle
perspective, Aristote désigne l’homme comme un animal social. C’est à dire un être qui pour se
réaliser a nécessairement besoin d’entrer en relation avec ses semblables en société. Et pour que
ces relations interpersonnelles débouchent sur une finalité favorable à tous, il urge l’instauration
d’un nombre de règles auxquelles doivent se conformer leur agir. C’est alors dans ce sens qu’une
morale dite traditionnelle ou coutumière trouve tout son sens. En effet, la morale dans son
élaboration par la société vise la cohésion sociale. Loin du caractère vorace des animaux dont la
chaine alimentaire semble conditionnée, par cette proie perpétuelle qu’ils sont, les uns à l’égard
des autres, l’homme est l’unique de la terre qui par sa faculté de raison peut élaborer de multiples
règles de sorte que son action en société conduise à une finalité favorable à tous les membres de
sa communauté. C’est ce qu’explique Émile Durkheim dans sa définition du mot société dans le
Vocabulaire technique et critique de la philosophie de Lalande : La grande différence entre les
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sociétés animales et les sociétés humaines est que, dans les premières, l’individu est gouverné
exclusivement du dedans, par les instincts […] ; tandis que les sociétés humaines présentent un
phénomène nouveau, d’une nature spéciale, qui consiste en ce que certaines manières d’agir sont
imposées ou du moins proposées du dehors à l’individu et se surajoutent à sa nature propre ; tel
est le caractère des « institutions » (au sens large du mot), que rend possible l’existence du
langage, et dont le langage est lui-même un exemple.3
Il y a évidemment une pluralité de systèmes de normes, qui concernent le comportement
humain et revendiquent une validité absolue. Ainsi nous pouvons parler de morale au pluriel
(morales). Nous distinguons ainsi une diversité de morales qui s’étend à plusieurs domaines
sociaux. Par exemple dans les différents textes religieux (les œuvres hindouistes, les écrits
boudhistes, les 10 commandements, la prédication sur la montagne, l’islam, etc.) ou alors dans
les formations culturelles divergentes (la morale stoïcienne antique, la morale de courtoisie au
Moyen-âge, la morale humaniste de la Renaissance, etc.). Des morales diverses sont également
actives dans les différents courants politiques (libéralisme, marxisme, la doctrine des droits de
l’homme…) ou alors sont formulées pour des groupes de personnes bien déterminées (médecins,
scientifiques, enseignants, journalistes, parents…). Même des personnes individuelles ébauchent
des morales particulières : prophètes, artistes, écrivains, non conformistes et révolutionnaires
l’ont toujours fait, et il est possible que tout homme moderne dans la société plurielle soit appelé
à choisir et développer sa propre morale.
Cette pluralité des morales n’implique pas forcément de conflit : parfois certaines
convictions fondamentales similaires sont seulement différemment accentuées, sans qu’il y ait de
différences sérieuses de contenu. Parfois, différentes morales couvrent seulement des domaines
d’action distincts, de manière que leurs directives ne se touchent pas directement (les différences
entre morales pour médecins, journalistes ou enseignants ne doivent pas être problématiques tant
que personne n’appartient à plusieurs de ces groupes à la fois). Cependant il y a parfois des
conflits : de temps en temps, des morales formulent des conceptions contradictoires de ce qu’est
un comportement juste/bon. Ce faisant, leurs aspirations contradictoires d’absolutisme
concernent le même secteur d’action, sans être réparties sur différents groupes de personnes (il y
3
Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, Paris, 1996, p. 1002
5
a en ce sens des estimations contradictoires sur ce que serait le comportement approprié des
médecins, des journalistes ou des enseignants).
IV. Ramifications d’une morale universelle
Malgré la multiplicité apparente des morales, l’universalité de la morale se laisse
entrevoir dans l’existence humaine, commune à chaque individu.
Pendant longtemps, les principes moraux se sont fondés sur la religion. Etant donné que
toutes les religions ne s’accordent pas sur les mêmes principes ou valeurs, la religion ne pourrait
plus continuer à être la base d’un comportement moral universel. Il va donc falloir chercher un
appui autre que la religion. En 1948, nous avons eu La Déclaration universelle des Droits de
l’homme qui s’agit des droits humains, naturels et inaliénables quel que soit le sexe, la religion,
l’origine et le niveau intellectuel. Ces droits sont fondés simplement sur notre appartenance à
l’espèce homo sapiens et sont inaliénables parce que personne ne peut les perdre. C’est après la
deuxième guerre mondiale que 56 pays de l’ONU se sont mis ensemble pour produire ce
document qui sera adopté le 10 décembre 1948 à Paris par l’ONU. Ce document prône les
valeurs comme le respect de la vie, la sincérité dans la chose politique qui ont été répertoriés et
certifiés à travers une enquête dans un bon nombre de cultures et ethnies du monde. Parmi les
articles de ce document, nous pouvons citer l’article 13.2 qui stipule « Toute personne a le droit
de quitter tout pays, y compris le sien et de revenir dans son pays » et 16.1 qui dit « A partir de
l’âge nubile, l’homme et la femme, sans aucune restriction quant à la race, la nationalité ou la
religion, ont le droit de se marier et de fonder une famille. Il suit donc que dans ce document, la
liberté de se mouvoir et la vie familiale sont posées comme des valeurs qui peuvent guider une
morale digne de l’universalité. En somme, les principes moraux universelle sont : le respect de la
dignité de la personne humaine, l’égalité en droit, la justice, l’honnêteté, la responsabilité, la
bienveillance, le respect de la vie privée, la tolérance.
En outre, les travaux de l’anthropologue Oliver Scott Curry et de ses collègues présentent
des valeurs morales existantes au sein de soixante (60) cultures à travers le monde justifiant leur
universalité. Il dira donc que : « Partout dans le monde, les gens font face à un ensemble de
problèmes sociaux similaires et utilisent un ensemble de règles morales similaires pour les
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résoudre ». Il s’agit de l’altruisme envers la famille, de la loyauté de groupe, de la réciprocité
c’est-à-dire répondre positivement aux bonnes actions des autres, la ténacité entendue dans le
sens du courage et de la bravoure, l’obéissance aux parents, aux anciens et le respect des
autorités, le partage équitable des ressources (comme l’héritage familial), le respect de la
propriété d’autrui et la coordination collective. De fait, ces recherches traduisent une racine
commune et universelle des valeurs morales qui existent dans les cultures.
Conclusion
En définitive, retenons que nous avons découvert à travers Kant que la morale peut être
universalisable grâce à la raison, par son principe de base que chacun doit tenir en compte avant
d’agir. Aussi, avec Malebranche, nous comprenons que du fait de la loi naturelle, il existe une
évidence morale donc universelle en chaque homme. Bien que ces théories (je complèterais la
conclusion plutard mais si vous avez des propositions faites)
Nous pouvons donc retenir que les valeurs sur lesquelles se fonde la morale sont au moins les
mêmes dans toutes les cultures. C’est la manière dont elles sont vécues qui diffère. C’est donc
dans ce sens que nous pouvons soutenir que grâce au sens du bien et du mal qui est dirigé par la
raison, il y a une morale universelle ou universalisable mais qui se vit selon les cultures et les
sociétés.