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Souveraineté africaine et néocolonialisme

Dans son discours à la Douma, Nathalie Yamb appelle à la lutte contre le néocolonialisme et la falsification de l'histoire de l'Afrique, dénonçant les injustices historiques et contemporaines infligées par les puissances occidentales. Elle exhorte les dirigeants africains à agir pour la souveraineté de leurs nations en mettant fin aux accords inéquitables et en rétablissant la vérité sur leur histoire. Yamb souligne l'importance de la transparence et de l'unité pour contrer les influences néocoloniales et appelle à une action collective immédiate.

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Souveraineté africaine et néocolonialisme

Dans son discours à la Douma, Nathalie Yamb appelle à la lutte contre le néocolonialisme et la falsification de l'histoire de l'Afrique, dénonçant les injustices historiques et contemporaines infligées par les puissances occidentales. Elle exhorte les dirigeants africains à agir pour la souveraineté de leurs nations en mettant fin aux accords inéquitables et en rétablissant la vérité sur leur histoire. Yamb souligne l'importance de la transparence et de l'unité pour contrer les influences néocoloniales et appelle à une action collective immédiate.

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Discours : Pour la souveraineté de l’Afrique et la lutte contre le néocolonialisme

Mesdames et Messieurs,

Honorables Présidents, Membres des Parlements, chers participants,

Permettez-moi tout d’abord de remercier les organisateurs de cette conférence et plus


particulièrement la Douma d’État pour cette opportunité de m’exprimer. Mon propos se veut le
reflet des voix des populations africaines, celles qui s’identifient dans la lutte que nous menons
ici contre le néocolonialisme occidental et les cycles infinis d’exploitation que nous cherchons
à briser.

Aujourd’hui, je vais vous parler d’une nécessité absolue : combattre la falsification de


l’histoire, notamment dans le Précarré français, un récit erroné que j’ai déjà dénoncé lors du
premier sommet Russie-Afrique en 2019 à Sotchi. Cela m’a coûté cher, comme certains d’entre
vous le savent.

Notre histoire commune avec l’Occident commence au moment où ils ont posé le pied
sur notre terre, au XIXe siècle, voire au XVIIIe pour certains. À l’époque, leur « or noir » n’était
pas le pétrole, mais nos populations réduites en esclavage pour enrichir les colons. Cette histoire
s’est poursuivie avec les accords de protectorat, souvent violés après la Conférence de Berlin
en 1884, pour imposer une colonisation brutale, bien loin du récit « pacifique et positif » qu’ils
aiment promouvoir.

Ils évoquent les infrastructures qu’ils ont construites – routes, chemins de fer – comme
des cadeaux, alors qu’ils ont été réalisés avec notre argent, notre sueur, notre sang et nos vies.
Leur discours masque la vérité : cette période a été marquée par l’exploitation, les luttes pour
l’indépendance et les conflits contre le travail forcé. Mais le colonialisme a évolué, se muant
en néocolonialisme, une forme déguisée de domination où le colonisateur n’est jamais
réellement parti.

Cette domination s’est accompagnée de coups d’État orchestrés, de régimes manipulés et


d’éliminations ciblées de nos leaders les plus insoumis. Les archives témoignent de
l’implication des mercenaires, des légions étrangères et des soldats africains formés pour
maintenir ce système. Pourquoi cette falsification ? Parce que, comme on dit chez nous, quand
on ment, c’est qu’on a quelque chose à cacher.
Les dirigeants occidentaux doivent cacher la vérité à leur propre population, ignorante ou
séduite par une fausse grandeur. Ils trompent aussi la communauté internationale, prétendant
être les défenseurs des droits humains tout en bafouant ces mêmes principes. Quant à nous,
Africains, ils nous intoxiquent pour nous maintenir sous leur contrôle, en éliminant les
éveilleurs de conscience et en écrasant toute tentative de rébellion.

Le néocolonialisme s’appuie sur plusieurs aspects : politique, économique, militaire,


culturel et social, chacun accompagné d’un discours trompeur. Politiquement, ils présentent la
domination comme un choix africain, exprimé par des dirigeants complices, souvent formés par
les anciens colonisateurs. Économiquement, ils prétendent que nos pays sont trop pauvres et
incapables de gérer leurs finances, justifiant ainsi la gestion de notre monnaie, le franc CFA, et
des accords léonins qui les avantagent.

Militairement, ils affirment que nos États ne peuvent assurer leur propre sécurité,
installant des bases militaires permanentes sous prétexte d’aide. Culturellement, ils utilisent des
institutions comme la Francophonie et le Commonwealth pour transformer la culture en un outil
de domination. Nos programmes scolaires, nos médias, nos arts, et même nos sports sont
infiltrés par ces influences néocoloniales.

Heureusement, l’ère numérique nous offre une chance de rétablir la vérité. Les
plateformes comme Internet nous permettent de dénoncer ces mensonges, d’éveiller les
consciences et de rétablir nos récits.

Alors, que faire pour mettre fin à cette falsification qui alimente le néocolonialisme ?

Tout d’abord, à nos amis russes dans cette salle : ouvrez vos archives. Vous étiez présents
à Berlin en 1884, à Yalta et en 1960, des moments-clés où l’Afrique était exclue. Partagez ces
informations pour nous aider à déconstruire scientifiquement les récits falsifiés. Vous
comprenez mieux que jamais nos besoins, car vous faites vous-mêmes face à des réécritures de
votre propre histoire.

Ensuite, à mes frères et sœurs parlementaires africains : le combat ne s’arrête pas ici. Vous
avez le pouvoir d’agir en faveur de la souveraineté et de la dignité de nos nations. Prenez
exemple sur des figures comme le professeur Mamadou Koulibaly, qui a révélé les accords
léonins maintenus par la France en Côte d’Ivoire, publiant un ouvrage intitulé Les servitudes
du pacte colonial.
Pratiquez la transparence. Ne votez pas de lois qui perpétuent ce pacte colonial sous des
formes nouvelles, comme les restrictions climatiques qui nous empêchent d’exploiter nos
ressources pour notre développement. Le bassin du Congo, par exemple, appartient à ses
habitants. Ce n’est pas le « poumon de la planète », mais celui de ses propres peuples.

Bloquez les contrats qui exportent nos matières premières sans transformation. Proposez
des lois qui mettent fin à la tutelle monétaire, aux bases militaires étrangères et aux programmes
scolaires mensongers. Le temps presse. Nous avons déjà perdu 60 ans.

Agissons. Ensemble.

Discours de Nathalie Yamb à la Douma (Moscou-Russie)

31 mars 2023

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