Tutorat « Etats, territoires et développement en Afrique »
18/12/2024
Compte-rendu écrit de Assemian Steven Marc-Olivier Acka
Texte de Jean François Bayart : << l’Etat en Afrique, la politique du ventre >>
Dans ce texte, notre travail à consister à faire ressortir l’impact de l’accaparement
des ressources par les élites africaines dans les dynamiques de développement
dans le pays et les fonctionnements de l’État. C’est dans cette optique que nous
avons souligné les points suivants : l’état africain comme acteur actif,
extraversion comme stratégie du pouvoir et mode de gouvernance, grammaire de
l’extraversion et de la dépendance, Les institutions sociales de la globalisation et
de l’extraversion à l’hégémonie, thèses importantes de Jean François Bayart.
Premièrement il débute avec l’idée de la dépendance comme mode d’action. Ici
dans cette perspective, l’Afrique n’est pas une victime passive des forces
extérieures, mais un acteur qui agit dans la construction de ses rapports
internationaux. Bayart critique les théories de la dépendance qui décrivent
l’Afrique comme perpétuellement exploitée par des acteurs externes
(colonialisme, néocolonialisme, capitalisme mondial). C'est l’exemple de la traite
atlantique des esclaves, souvent perçue comme un lieu de victimisation, est
recontextualisée par Bayart comme un espace où des acteurs africains
participaient activement à ses pratiques dans des dynamique de pouvoir.
Deuxièmement dans la suite de son texte on retrouve les stratégies de
l’extraversion. L’extraversion peut se définir ici comme une stratégie par laquelle
les élites africaines mobilisent les ressources extérieures pour renforcer leur
pouvoir. Ces ressources peuvent inclure l’aide internationale, le commerce, les
investissements étrangers, et même l’intervention militaire. En effet, dans cette
vision les élites africaines utilisent donc les ressources extérieures pour
consolider leur pouvoir interne. Tout cela nous amène à voir da ns
l’extraversion un moyen pour les élites africaines de renforcer l’autorité politique
tout en intégrant des pratiques économiques et sociales de dépendance.
Troisièmement, pour expliciter de ces affirmations J.F Bayart développe une
grammaire de l’extraversion. Elle nous a permis dans notre travail de mettre en
évidence des plusieurs caractéristiques de l’extraversion tel que le dédoublement
:
- Visibles : transactions officielles et mesurables (Accords commerciaux,
exportations de matières premières, investissements externes)
- Invisible : relations informelles et souvent cachées (Corruption,
clientélisme, réseaux de patronage, mécanismes informels de redistribution
et d’accumulation.)
En outre autour de cette extraversion on rencontre les personnages de cette
extraversion que sont :
- Les élites politiques : Les principaux bénéficiaires de l’extraversion,
utilisant les ressources externes/manipulent les relations extérieures pour
renforcer leur pouvoir interne
- Les intermédiaires locaux : Chefs traditionnels, administrateurs locaux, ou
responsables religieux qui servent de relais entre l’État central et les
communautés locales, souvent en servant de médiateurs dans les
transactions externes.
- Les acteurs extérieurs : Les puissances coloniales, les multinationales, les
institutions financières internationales, et les pays partenaires (comme la
Chine aujourd’hui), qui fournissent les ressources et les investissements
- Les acteurs subordonnés : Ces groupes cherchent à obtenir leur part des
ressources de l’extraversion, notamment à travers des luttes sociales ou des
mouvements de résistance, comme les mouvements de décolonisation ou
les revendications
Le concept de << politique du ventre >> n’est autre que la manifestation d’une
gouvernance africaine fondée sur le patronage, la redistribution, et l’accumulation
personnelle. Il s’observe sur 2 phases :
La centralité du patronage : description des structures politiques africaines
comme étant fortement basées sur des réseaux de clientélisme et de redistribution.
Le "ventre" symbolise ici la quête d’accumulation personnelle des élites, souvent
au détriment des biens publics.
Un système stable : Bien que le clientélisme puisse sembler chaotique ou
corrompu, il a permis une certaine forme de stabilité en distribuant les ressources
de manière à maintenir la loyauté des groupes subordonnés.
Cette argumentation nous montre que l’Afrique loin d’être cet acteur passif a su
se réinventer dans cette relation de domination pour en tirer profit.
Quatrièmement nous avons les institutions sociales de la globalisation, Bayart
identifie des institutions clés comme les plantations, mines, missions, écoles – qui
ont médiatisé les relations entre l’Afrique et le reste du monde. En effet Ces
institutions en plus d’être des lieux d’exploitation étaient aussi des espaces
création des classes sociales à l’époque coloniale, où les Africains ont souvent
réinterprété les modèles importés. Dès la colonisation est perçue comme
"laboratoire de modernité" : Bayart décrit la période coloniale comme un espace
d’expérimentation qui a influencé les sociétés africaines mais aussi les puissances
coloniales elles-mêmes.
Cinquièmement de l’hégémonie à l’extraversion, Jean-François Bayart montre ici
une autre facette de l’extraversion qui est l’émigration. En effet l’émigration
reflète le désir d'appropriation des valeurs et opportunités occidentales, malgré
les obstacles et les risques.
Dans ce travail, nous notons que l’hégémonie apparait comme l’objectif de
l’extraversion cependant pas encore atteint. L'émigration perçu comme une
extension de l’extraversion est loin d’apporter toutes les solutions comme le
démontre Bayart dans son texte à travers l’exemple de la tragique histoire de deux
jeunes Guinéens.
Ce texte nous amène à nous interroger sur les rapports d’inégalités entre les
pays du Nord et les pays du Sud dans période coloniale et post-coloniale. Ces
rapports restent marqués historiquement par la colonisation sans pour autant
empêcher l’émancipation de l’Afrique, émancipation qui s’observe à travers
l’extraversion. Cette extraversion s’avère limité tant qu’elle ne fait que réduire
les dépendances externes, s’attaquer aux institutions étatiques africaines pour
une meilleure gestion des ressources et une gouvernance transparente voilà une
solution plus durable.
Bibliographie
Jean-François Bayard << L'ÉTAT EN AFRIQUE >> “La politique du ventre”,
édition FAYARD.2006