Diversité microbienne et Jatropha curcas
Diversité microbienne et Jatropha curcas
THESE DE DOCTORAT
Année: 2016 N° N° d’ordre: 219
Je rends hommage à tous ceux qui, de près ou de loin, ont eu à éclairer ma voie dans cette
longue quête du savoir….
ii
UNIVERSITE CHEIKH ANTA DIOP DE DAKAR
ECOLE DOCTORALE : SCIENCES DE LA VIE, DE LA SANTE ET DE L’ENVIRONNEMENT
FACULTE : SCIENCES ET TECHNIQUES
THESE DE DOCTORAT UNIQUE
Spécialité : Génétique des Populations
Titre de la thèse : Diversité génétique, structure et activité des communautés microbiennes des sols sous
l’influence de Jatropha curcas L., évaluation de son potentiel de stockage du carbone dans les sols
Jatropha curcas L. (JCL) est une plante pouvant être utilisée à la fois comme productrice de biocarburant, un outil
permettant la séquestration du carbone et un moyen pour réhabiliter les sols. Jatropha curcas est la seule plante
productrice de biocarburant qui permet une réduction rapide des gaz à effet de serre. Cependant, les effets à long
terme de cette culture sur les autres caractéristiques environnementales et surtout sur les composantes biologiques
du sol ne sont pas clairement établis. C’est ainsi que nous nous sommes intéressés à l’impact de la culture de
Jatropha sur l’activité et la diversité microbienne des sols ainsi que sur la disponibilité des nutriments. De plus,
notre étude cherche à modéliser la dynamique du carbone dans des sols cultivés avec Jatropha pour mieux
comprendre l’impact de Jatropha dans le stockage du carbone. Pour atteindre nos objectifs, des expérimentations
ont été menées; d’abord dans des conditions de laboratoire, nous avons examiné l’impact de feuilles (fraîches et
sénescentes) de différentes provenances de Jatropha sur les cycles du carbone et de l’azote ainsi que sur la
dynamique des communautés bactériennes des sols. Dans cette expérimentation, les feuilles sénescentes jaunes et
fraîches de quatre provenances de Jatropha dont deux originaires du Sénégal : Banfadjiré (Ban) et Madiop Boye
(MB) ; une provenant de Mozambique (MOZ) et une de Tanzanie (TZ) ont été apportées à du sol et incubées
pendant 120 jours (avec six sorties d’incubation : 0, 3, 28, 56, 90 et 120 jours). Cette expérimentation nous a
montré que l’apport de feuilles de Jatropha au sol entraîne une augmentation de la diversité alpha et que la
composition chimique des feuilles de Jatropha varie en fonction de la diversité phénotypique des provenances; ce
qui impacte la diversité et la richesse spécifique de la communauté bactérienne totale. Les pourcentages de carbone
récalcitrant des feuilles de Jatropha varient entre 70,01% et 73,33% du carbone total pour les feuilles fraîches et
entre 72% et 77,33% pour les feuilles sénescentes. Ainsi, Jatropha joue un rôle important dans le stockage du
carbone dans les sols. Afin d’étudier les paramètres biologiques et chimiques des sols en réponse directe avec la
culture de Jatropha, d’autres expérimentations ont été réalisées sur des sols rhizosphériques de six provenances de
Jatropha dont trois locales (Kamonghone, Fois 1 et Lompoul) et trois exotiques (Inde, Tanzanie et Mozambique),
mais aussi des systèmes de culture de Jatropha en association avec la culture du mil. Ces plantations de Jatropha
ont été installées dans le village de Ngoui (13°59'44.07"N ; 15°35'52.15"O) de la région de Kaffrine (Sénégal).
Cette étude a montré que la culture de Jatropha améliore la qualité biologique et chimique des sols. La communauté
bactérienne rhizosphérique est façonnée par la diversité phénotypique de Jatropha. Les sols cultivés avec les
provenances exotiques de Jatropha ont eu des diversités de Shannon relativement supérieures aux sols cultivés
avec les provenances locales. Cependant, la culture de la provenance Lompoul qui est une provenance locale donc
mieux adaptée aux conditions locales, entraîne une meilleure amélioration des teneurs en azote total et en nitrates
et de la diversité de Shannon des communautés bactériennes nitrifiantes et dénitrifiantes. Les activités
enzymatiques de la Béta-glu et de la phosphatase acide ainsi que la biomasse microbienne sont également plus
élevées avec la culture de la provenance Lompoul. Jatropha curcas L., une plante pérenne productrice de
biocarburant, ne présente pas d’influence négative sur les cultures annuelles associées telles que le mil.
Mots-clés : Jatropha curcas L. ; diversité alpha ; activité microbienne ; rhizosphère ; litière ; DGGE ;
pyroséquençage ; métagénomique ; stockage du carbone.
iii
Title: Genetic diversity, structure and activity of microbial communities in soil
cultivated with Jatropha curcas L., evaluation of its soil carbon storage potential
Abstract:
The non eddible biofuels production plant, Jatropha curcas L. (JCL) or pourghere, is an excellent tool
for carbon sequestering and marginal land rehabilitation. It is the only biofuel producer that allows an
immediate greenhouse gas reduction. However, low informations are available on the effect of this plant
on soil biological component. Therefore our study is focusing on microbial activity, biodiversity and
nutrients availability in soils cultivated with J. curcas. We are also studying the potential of this plant
to sequester carbon in soil by modeling soil JCL litter carbon dynamic. Firstly, laboratory experimental
was conducted to determine the impact of fresh and senescent leaves coming from on different J. curcas
origin on carbon and nitrogen cycles and on soil bacteria community dynamic. Two of origin used in
this study are local plants coming from to Senegal (Ban: Banfadjiré and MB: Madiop Boye) and the two
others origin are exotic plants, one coming from to Mozambique (MOZ) and one from Tanzania (TZ).
All leaf litter types of all origin were mulching on soil and incubated fours month with six sampling
dates (0, 3, 28, 56, 90 and 120 days). This experimentation shows that Jatropha leaf litter increase soil
bacterial alpha diversity which varied among phenotypic Jatropha diversity of origin. JCL green leaves
recalcitrant carbon content was estimated between 70.01% and 73.33% of total C content and senescent
leaf litter between 72% and 77.33%. This finding suggests that Jatropha litter can contribute to a large
part to soil carbon storage. The second experiment was conducted on field (Ngoui village of Kaffrine
located at 13°59'44.07"N; 15°35'52.15"O in Senegal) for studying biological and chemical characteristic
of soil rhizospheric of local (Kamonghone, Fois 1 and Lompoul) and exotic (Inde, Tanzanie and
Mozambique) J. curcas plants but also of association of Jatropha with millet. Results of this study show
that Jatropha cultivation increase biological and chemical soil quality. Like litter, Jatropha phenotypic
diversity impact bacterial soil rhizospheric diversity which is relatively superior in soil cultivated with
exotic than local plant. However soil parameter such as nitrogen, nitrates, microbial biomass,
betaglucosidase and phosphatase activity but also nitrifying and denitrifying bacterial diversity are
increased by Lompoul origin which is better adapted to local conditions. Jatropha curcas, perennial
plant biocarburant producer may be associated with edible annual plants.
Keywords: Jatropha curcas L.; alpha diversity; microbial activity; rhizosphere; litter; DGGE;
pyrosequencing; metagenomics; carbon storage.
iv
Table des matières
INTRODUCTION GENERALE ............................................................................................................. 1
Chapitre I : SYNTHESE BIBLIOGRAPHIQUE .................................................................................... 5
I-La culture de Jatropha curcas L (JCL) ............................................................................................ 5
I-1-Caractéristiques de JCL : botanique, écologie, productivité et biocarburant ............................ 5
I-2-La promotion de la culture de JCL au Sénégal........................................................................ 10
II-Le sol : propriétés et fonctions ...................................................................................................... 10
II-1-Propriétés physico-chimiques du sol ...................................................................................... 10
II-2-Fonctionnement du sol ........................................................................................................... 11
II-2-1-Fonction de transit du sol ................................................................................................ 11
II-2-2- Fonction de séquestration du carbone ............................................................................ 11
III-Processus de décomposition des litières ...................................................................................... 12
III-1-Le flux entrant de litière........................................................................................................ 12
III-2-La composition chimique initiale des litières ....................................................................... 13
III-3-Modification chimique de la litière et de la composition microbienne lors de la
minéralisation ................................................................................................................................ 14
III-4-Les conditions environnementales ........................................................................................ 15
IV- Dynamique, diversité et caractérisation moléculaire des communautés microbiennes des sols . 16
IV-1-Caractérisation moléculaire des communautés microbiennes des sols ................................. 16
IV-2-Diversité microbienne des sols ............................................................................................. 18
IV-3-Dynamique des communautés microbiennes dans les sols ................................................... 19
Chapitre II : Influence des litières foliaires de Jatropha curcas L. sur la minéralisation du carbone et de
l’azote et sur la dynamique des communautés bactériennes des sols en conditions contrôlées ............ 21
I-Introduction..................................................................................................................................... 21
II-Matériel et Méthodes ..................................................................................................................... 22
II -1-Echantillonnage ..................................................................................................................... 22
II -1-1-Le sol ............................................................................................................................. 22
II -1-2-Les feuilles de Jatropha.................................................................................................. 22
II -2-Analyse physico-chimique .................................................................................................... 22
II -2-1-Caractéristiques physico-chimiques du sol .................................................................... 22
II -2-2- Caractérisation biochimique des feuilles ...................................................................... 23
II-3- Incubation.............................................................................................................................. 24
II -4-Détermination de la minéralisation du carbone..................................................................... 25
II -5-La minéralisation de l’azote .................................................................................................. 26
v
II -6-Extraction de l’ADN génomique et purification ................................................................... 27
II -7-La réaction de polymérisation en chaine ou PCR ................................................................. 27
II-8-Etude de la structure génétique des communautés bactériennes par PCR-DGGE ................. 28
II -9- Analyses statistiques ............................................................................................................ 29
III-Résultats ....................................................................................................................................... 30
III-1- Composition biochimique des feuilles ................................................................................. 30
III-2-Flux de CO2 et perte de carbone des litières pendant la décomposition ............................... 32
III-3-La minéralisation de l’azote .................................................................................................. 39
III-3-1-La Minéralisation nette de l’azote ................................................................................. 39
III-3-2-La nitrification ............................................................................................................... 40
III-3-3-L’ammonification .......................................................................................................... 41
III-4-Structure des communautés bactériennes ............................................................................. 43
III-5-Analyse en Composante Principale (ACP) ........................................................................... 45
IV-DISCUSSION .............................................................................................................................. 45
IV-1- Composition chimique des litières de Jatropha ................................................................... 45
IV -2-Minéralisation du carbone et de l’azote ............................................................................... 46
IV-3-Activité et structure des communautés microbiennes au cours des processus de
minéralisation ................................................................................................................................ 47
V-Conclusion..................................................................................................................................... 48
Chapitre III : Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha
curcas L. au champ ............................................................................................................................... 50
I-Introduction..................................................................................................................................... 50
II-Matériel et méthodes ..................................................................................................................... 51
II-1-Site d’étude et échantillonnage .............................................................................................. 51
II-2-Analyse physico-chimique des sols ....................................................................................... 54
II-3-Détermination de la biomasse microbienne ........................................................................... 54
II-4-La Respiration basale ............................................................................................................. 54
II-5-Mesure des activités enzymatiques des microorganismes des sols ........................................ 55
II-5-1- Dosage de l’activité de la béta-glucosidase ................................................................... 55
II-5-2-Dosage de l’activité de la phosphatase acide .................................................................. 55
II-5-3-Dosage de l’activité de l’Uréase ..................................................................................... 55
II-6-Etude de la structure des communautés microbiennes de la rhizosphère de Jatropha ........... 56
II-6-1- Extraction d’ADN .......................................................................................................... 56
II-6-2-Amplification d’ADN ou réaction de polymérisation en chaine (PCR) ......................... 56
vi
II-6-2-1 Etude de la structure de la communauté bactérienne totale ..................................... 56
II-6-2-2-Etude de la structure de la communauté fongique ................................................... 57
II-6-2-3 Etude de la structure des communautés nitrifiantes avec le gène CTO ................... 57
II-6-2-4-Etude de la structure des communautés dénitrifiantes avec le gène NirK ............... 58
II-6-2-5-Etude de la structure des communautés diazotrophiques ou fixatrices d’azote. ...... 58
II-6-3-La migration sur gel à gradient dénaturant (DGGE) ...................................................... 60
II-7-Analyses statistiques .............................................................................................................. 60
III-Résultats ....................................................................................................................................... 61
III-1-Caractérisation des sols cultivés avec différentes provenances de Jatropha ......................... 61
III-1-1- Caractéristiques chimiques et biomasse microbienne des sols ..................................... 61
III-1-2-Les activités microbiennes ............................................................................................ 63
III-1-2-1-Respiration basale .................................................................................................. 63
III-1-2-2-Activité enzymatique ............................................................................................. 63
III-1-3-Structure des communautés microbiennes .................................................................... 64
III-1-3-1-Structure de la communauté bactérienne totale ...................................................... 64
III-1-3-2-Structure de la communauté fongique .................................................................... 66
III-1-3-3-Structure des communautés bactériennes associées au cycle de l’azote : CTO, NirK
et NifH ................................................................................................................................... 68
III-2-Influence de l’association de la culture de Jatropha avec celle du mil sur les caractéristiques
des sols .......................................................................................................................................... 73
III-2-1-Caractéristiques chimiques des sols .............................................................................. 73
III-2-2-Activité microbienne ..................................................................................................... 73
III-2-2-1-Respiration basale .................................................................................................. 73
III-2-2-2-Activité enzymatique ............................................................................................. 74
III-2-3-Structure des communautés bactériennes impliquées dans le cycle de l’azote ............. 75
III-2-3-1-Structure des communautés nitrifiantes ................................................................. 75
III-2-3-2-Structure des communautés dénitrifiantes.............................................................. 77
III-2-3-3-Structure des communautés fixatrices d’azote (diazotrophiques) .......................... 78
III-2-3-4-Structure de la communauté fongique .................................................................... 80
IV-Discussion .................................................................................................................................... 81
IV-1-Influence des différentes provenances de Jatropha sur les sols ............................................ 81
IV-1-1-Composition chimique des sols ..................................................................................... 81
IV-1-2-Biomasse et activité microbienne ................................................................................. 82
IV-1-3-Diversité et structure des communautés microbiennes ................................................. 83
vii
IV-2-Influence de l’association Jatropha-mil sur les caractéristiques chimiques et biologiques des
sols ................................................................................................................................................. 84
V-Conclusion..................................................................................................................................... 85
Chapitre IV : Analyse de la diversité, de la structure et de la dynamique des communautés bactériennes
des sols sous l’influence de Jatropha curcas L. par une approche métagénomique ............................. 86
I-Introduction..................................................................................................................................... 86
II-Matériel et Méthodes ..................................................................................................................... 87
II-1-Description des échantillons .................................................................................................. 87
II-2-Utilisation des Nouvelles Technologies de Séquençage ou NTS........................................... 88
II-3-Analyse de la diversité et de la richesse spécifique................................................................ 89
II-4-Analyse de la structure taxonomique ..................................................................................... 89
III-Résultats ....................................................................................................................................... 90
III-1-Diversité taxonomique et dynamique bactérienne au cours de la décomposition de la litière
foliaire de Jatropha ........................................................................................................................ 90
III-1-1-Diversité taxonomique................................................................................................... 90
III-1-2- Dynamique taxonomique : une évolution r/K stratégistes entre Protéo et Actinobactéria
vs Firmicutes et Acidobactéria .................................................................................................. 92
III-1-3-Les méthodes d’ordination ............................................................................................ 94
III-1-3-1-Méthode d’ordination DCA ................................................................................... 94
III-1-3-2-Méthode d’ordination MDS ................................................................................... 95
III-2-Influence de la diversité phénotypique de Jatropha sur la diversité taxonomique des
bactéries rhizosphériques............................................................................................................... 99
III-2-1-Diversité alpha ............................................................................................................... 99
III-2-3-Structure des phyla en fonction des sols rhizosphériques des différentes provenances
................................................................................................................................................. 101
IV-Discussion .................................................................................................................................. 104
IV-1- Structure, dynamique et diversité génétique des communautés bactériennes impliquées
dans la minéralisation des litières foliaires de Jatropha .............................................................. 104
IV-1-1-Diversité alpha............................................................................................................. 104
IV-1-2-Dynamique des communautés bactériennes au cours du processus de minéralisation des
résidus de Jatropha. ................................................................................................................. 106
IV-1-3-Structuration des communautés bactériennes.............................................................. 106
IV-2-Diversité phénotypique de Jatropha et diversité bactérienne rhizosphérique ..................... 107
V-Conclusion................................................................................................................................... 108
CONCLUSION GENERALE ET PERSPECTIVES .......................................................................... 110
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES ............................................................................................ 113
viii
Liste des abréviations
ix
Liste des Figures
Figure 1: Possibilités d‘exploitation de la plante Jatropha curcas L. et de ses produits d'après Domergue
et Pirot (2008).......................................................................................................................................... 9
Figure 3 : Flux de CO2 en mg.g (sol) -[Link]-1 des sols amendés avec les feuilles de Jatropha des
provenances Tanzanie (TZ1 : vert ; TZ2 : jaune), Mozambique (MOZ1 : vert ; MOZ2 : jaune), Banfadjiré
(Ban1 : vert ; Ban2 : jaune) et Madiop Boye (MB1 : vert ; MB2 : jaune) et des sols non amendés (TEM :
Témoin). ................................................................................................................................................ 33
Figure 4: Perte de carbone (%) des feuilles vertes et jaunes de la provenance Banfadjiré ; les points
représentent les valeurs observées (les barres sont les écart-types) et les lignes représentent les valeurs
attendues par le modèle. ........................................................................................................................ 35
Figure 5: Perte de carbone (%) des feuilles vertes et jaunes de la provenance Madiop Boye ; les points
représentent les valeurs observées (les barres sont les écart-types) et les lignes représentent les valeurs
attendues par le modèle. ........................................................................................................................ 36
Figure 6: Perte de carbone (%) des feuilles vertes et jaunes de la provenance Mozambique ; les points
représentent les valeurs observées (les barres sont les écart-types) et les lignes représentent les valeurs
attendues par le modèle. ........................................................................................................................ 37
Figure 7: Perte de carbone (%) des feuilles vertes et jaunes de la provenance Tanzanie ; les points
représentent les valeurs observées (les barres sont les écart-types) et les lignes représentent les valeurs
attendues par le modèle. ........................................................................................................................ 38
Figure 8 : Minéralisation nette de l'azote des sols amendés avec les feuilles de Jatropha des différentes
provenances (TZ=Tanzanie ; MOZ=Mozambique ; Ban=Banfadjiré ; MB=Madiop Boye ; 1=feuilles
vertes ; 2=feuilles jaunes ; pour chaque sortie d’incubation, les lettres différentes indiquent des valeurs
significativement différentes : p < 0,05)................................................................................................ 40
Figure 9 : Nitrification des sols amendés avec les feuilles de Jatropha des différentes provenances
(TZ=Tanzanie ; MOZ=Mozambique; Ban=Banfadjiré; MB=Madiop Boye ; 1=feuilles vertes ;
2=feuilles jaunes ; pour chaque sortie d’incubation, les lettres différentes indiquent des valeurs
significativement différentes : p < 0,05)................................................................................................ 41
Figure 10 : Ammonification des sols amendés avec les feuilles de Jatropha des différentes provenances
(TZ=Tanzanie ; MOZ=Mozambique ; Ban=Banfadjiré ; MB=Madiop Boye ; 1=feuilles vertes ;
2
=feuilles jaunes ; pour chaque sortie d’incubation, les lettres différentes indiquent des valeurs
significativement différentes : p < 0,05)................................................................................................ 42
Figure 11 : Dendrogramme UPGMA des communautés bactériennes à 0, 3, 28, 56, 90 et 120 jours
(Ban=Banfadjiré ; MB= Madiop Boye ; MOZ=Mozambique ; Ctrl=témoin ; TZ=Tanzanie ; 1=résidu
vert et 2=résidu jaune). .......................................................................................................................... 44
x
Figure 12: Analyse en composante principale des variables azote minéral, ratio C/N, le cumul des
dégagements de CO2 et la diversité de Shannon des différents traitements au cours du temps. .......... 45
Figure 13: Localisation du site d'étude (Village de Ngoui de la région de Kaffrine) ............................ 53
Figure 14 : Gel DGGE (haut) et dendrogramme de similarité (bas) des communautés bactériennes de la
rhizosphère de Jatropha des différentes provenances (IN : Inde, TZ : Tanzanie, MOZ : Mozambique, FO
: Fois 1, KAM : Kamonghone, LOMP : Lompoul, TEM : Témoin). .................................................... 65
Figure 15 : Gel DGGE (haut) et dendrogramme de similarité (bas) des communautés fongiques de la
rhizosphère de Jatropha des différentes provenances (IN : Inde, TZ : Tanzanie, MOZ : Mozambique, FO
: Fois 1, KAM: Kamonghone, LOMP : Lompoul, TEM : Témoin). ..................................................... 67
Figure 16 : Gel DGGE (haut) et dendrogramme de similarité (bas) des communautés bactériennes
nitrifiantes de la rhizosphère de Jatropha des différentes provenances (IN: Inde, TZ: Tanzanie, MOZ:
Mozambique, FO : Fois 1, KAM : Kamonghone, LOMP : Lompoul, TEM : Témoin). ....................... 70
Figure 17 : Gel DGGE (haut) et dendrogramme de similarité (bas) des communautés bactériennes
dénitrifiantes de la rhizosphère de Jatropha des différents provenances (IN: Inde, TZ: Tanzanie, MOZ:
Mozambique, FO : Fois 1, KAM: Kamonghone, LOMP : Lompoul, TEM : Témoin). ........................ 71
Figure 18 : Gel DGGE (haut) et dendrogramme de similarité (bas) des communautés bactériennes
fixatrices d’azote de la rhizosphère de Jatropha des différentes provenances (IN: Inde, TZ : Tanzanie,
MOZ : Mozambique, FO : Fois 1, KAM : Kamonghone, LOMP : Lompoul, TEM : Témoin). ........... 72
Figure 20 : Gel DGGE (droite) et dendrogramme de similarité (gauche) des communautés nitrifiantes
de la rhizosphère de Jatropha des différents systèmes de culture (JAP=culture pure de Jatropha,
JAM=Jatropha en association avec le mil), celle du mil (MIL) et du témoin non cultivé (TEM). ....... 76
Figure 23 : Gel DGGE (droite) et dendrogramme de similarité (gauche) des communautés dénitrifiantes
de la rhizosphère de Jatropha des différents systèmes de culture (JAP=culture pure de Jatropha,
JAM=Jatropha en association avec le mil), celle du mil (MIL) et du témoin non cultivé (TEM). ....... 78
xi
Figure 25 : Gel DGGE (droite) et dendrogramme de similarité (gauche) des communautés fixatrice
d’azote de la rhizosphère de Jatropha des différents systèmes de culture (JAP=culture pure de Jatropha,
JAM=Jatropha en association avec le mil), celle du mil (MIL) et du témoin non cultivé (TEM). ....... 79
Figure 27 : Gel DGGE (droite) et dendrogramme de similarité (gauche) des communautés fongiques de
la rhizosphère de Jatropha des différents systèmes de culture (JAP=culture pure de Jatropha,
JAM=Jatropha en association avec le mil), celle du mil (MIL) et du témoin non cultivé (TEM). ....... 81
Figure 28: Richesse spécifique et diversité de Shannon des sols en fonction des provenances (A:
TRUE=provenances locales, FALSE=provenances exotiques), du type de litière foliaire apportée (B :
TRUE=apport de feuilles, FALSE=sans apport) et du temps d'incubation (C : TRUE= début
d’incubation, FALSE=fin d’incubation). .............................................................................................. 91
Figure 29 : Corrélation entre les abondances relatives des Protéobactéria et les abondances relatives des
Acidobactéria, des Actinobactéria et des Firmicutes............................................................................. 93
Figure 30: DCA des sols en fonction de la durée de l’incubation, du type de litière et de la provenance.
............................................................................................................................................................... 94
Figure 31: MDS pour le Phylum des Firmicutes en fonction des provenances de Jatropha, du degré de
maturité des feuilles (type de litière) et du temps d’incubation (Sample Type). ................................... 96
Figure 32: MDS pour le phylum des Acidobacteria en fonction des provenances de Jatropha, du degré
de maturité des feuilles (type de litière) et du temps d’incubation (Sample Type). .............................. 97
Figure 33: MDS pour le phylum Protéobactéria en fonction des provenances de Jatropha, du degré de
maturité des feuilles (type de litière) et du temps d’incubation (Sample Type). ................................... 98
Figure 34 : MDS pour le phylum des Actinobactéria en fonction des provenances de Jatropha, du degré
de maturité des feuilles (type de litière) et du temps d’incubation (Sample Type). .............................. 99
Figure 37 : MDS pour les Firmicutes de la rhizosphère de Jatropha des provenances Fois 1,
Kamonghone, Lompoul, Inde, Mozambique et Tanzanie. .................................................................. 102
Figure 38 : MDS pour les Protéobactéria de la rhizosphère de Jatropha des provenances Fois 1,
Kamonghone, Lompoul, Inde, Mozambique et Tanzanie. .................................................................. 102
Figure 39 : MDS pour les Acidobactéria de la rhizosphère de Jatropha des provenances Fois 1,
Kamonghone, Lompoul, Inde, Mozambique et Tanzanie. .................................................................. 102
xii
Figure 40 : MDS pour les Actinobactéria de la rhizosphère de Jatropha des provenances Fois 1,
Kamonghone, Lompoul, Inde, Mozambique et Tanzanie. .................................................................. 102
Figure 41 : NMDS des rhizosphères des différentes provenances de Jatropha et des 5 phyla les plus
abondants (Acidobactéria, Actinobactéria, Chloroflexi, Firmicutes et Protéobactéria). ..................... 103
Figure 42 : Analyse en correspondance pour les 5 phyla les plus abondants des 200 OTU les plus
abondantes de la rhizosphère des différentes provenances de Jatropha. ............................................. 104
xiii
Liste des Photos
Photo 1 : Culture de Jatropha curcas (Crédit photo : T. Dièye, Kaffrine 2013)..................................... 7
Photo 5 : Cuve électrophorèse « Ingeny phorU » à gauche et coulage du gel DGGE à droite (Crédit
photo : [Link]èye 2013) ........................................................................................................................... 29
xiv
Liste des Tableaux
Tableau 1 : Caractéristiques biochimiques des feuilles de Jatropha...................................................... 31
Tableau 2: ANOVA à deux facteurs (origine et degré de maturité des feuilles) sur les teneurs en C et N
et le ratio C/N ........................................................................................................................................ 32
Tableau 3 : Paramètres du modèle de décomposition des feuilles avec k1, le taux de décomposition du
carbone labile et k2, le taux de décomposition du carbone récalcitrant des résidus verts et jaunes (les
écart-types sont mis entre parenthèse). .................................................................................................. 34
Tableau 5: Paramètres morphologiques des différentes provenances de Jatropha à 27 mois après levée
(24 mois après transplantation à Ngoui)................................................................................................ 53
Tableau 6 : Description des amorces utilisées dans les réactions de polymérisation en chaine. ........... 59
Tableau 10 : Caractéristiques chimiques et biologiques des différents systèmes de culture (JAP culture
pure de Jatropha, JAM : culture de Jatropha associé avec du mil, MIL : culture de mil). .................... 74
Tableau 11 : Tableau récapitulatif des échantillons utilisés pour l’identification et l’étude de la diversité
et de la dynamique des communautés bactériennes associées à la décomposition de feuilles de Jatropha.
............................................................................................................................................................... 88
xv
INTRODUCTION GENERALE
Introduction générale
INTRODUCTION GENERALE
Une agriculture basée sur les plantes productrices de biocarburant offre un double
avantage. Premier avantage, une production de carburant permettant la réduction de l’utilisation
des énergies fossiles. Secondairement, elle permet de stocker du carbone dans la biomasse de
la plante et dans le sol (Woomer et al., 2004). Le stockage du carbone dans les sols est un
processus qui permet une amélioration de la qualité de l’eau, une restauration des sols et des
écosystèmes dégradés et une augmentation de la productivité (Lal, 2004).
Dans les pays en voie de développement, la production de bioénergie est une filière
prometteuse du fait des nombreuses opportunités auxquelles elle est associée. Par exemple les
filières des bioénergies pourraient participer aussi bien à l’amélioration du secteur agricole et
énergétique de ces pays (Archer, 2015), mais aussi à la réduction des gaz à effet de serre (Sims,
2003 ; Tomaschek et al., 2012 ; Maltsoglou et al., 2013 ; Yang et al., 2014) à travers la
séquestration du carbone. Ces gaz à effet de serre participent au piégeage des rayonnements
infrarouges émis par la terre, impliquant ainsi un réchauffement de l’atmosphère (Noble and
Scholes, 2001). Dans le contexte du lancement officiel du programme « 4 pour 1000 » lors de
la Conférence de Paris sur le climat (COP21 : du 30 novembre 2015 au 12 décembre 2015),
Jatropha curcas L. pourrait constituer une solution pour l’atténuation du réchauffement
climatique. Le programme « 4 pour 1000 » a pour objectif d’augmenter les stocks de carbone
de 4 kg de carbone par hectare par an dans un sol ayant déjà stocké une tonne de carbone à
l’hectare (RFI, 2015).
L’intérêt particulier porté sur les biocarburants fait ressortir ainsi l’importance
environnementale associée à leur utilisation (Lin et al., 2011). La production de biocarburant
comme source d’énergie renouvelable (Wani et al., 2012), dans beaucoup de pays africains, est
principalement due à la nécessité de lutter contre l’augmentation des prix du carburant et de
booster l’économie rurale (Behera et al., 2010 ; Amigun et al., 2011 ; Jumbe et Mkondiwa,
2013). Ces dernières années, on a assisté, dans ce continent à une promotion de la culture du
pourghère (Jatropha curcas L.) pour la production de biocarburant (Ndong et al., 2009). Cette
plante constitue la principale ressource non comestible pour la production de biodiesel en
Afrique (Yang et al., 2014). Jatropha participe au stockage du carbone lorsqu’il est cultivé sur
des terrains incultes et dans des conditions de dégradation avancée (Romijn, 2011). La culture
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Introduction générale
de ces plantes productrices de biocarburants sur les terres marginales peut également participer
à leur restauration et réduire d’éventuelles compétitions avec les cultures vivrières dans les
milieux fertiles (Yang et al., 2014). Ainsi, plusieurs pays ont adopté la politique de promotion
de Jatropha pour atténuer la compétition entre la culture des biocarburants et des cultures
vivrières (Maltsoglou et al., 2013). De plus, Les plantations de Jatropha apportent une quantité
importante de litière ce qui constituent une source de matière organique donc de carbone et de
différents nutriments pour des sols soudano-sahéliens qui sont généralement de fertilité réduite
(Bationo et al., 2007).
Des études antérieures ont montré une modification de la composition des communautés
microbiennes avec la culture de Jatropha (Chaudhary et al., 2012). Cependant, dans les études
de Dieng et al. (2014), la structure de la communauté bactérienne totale n’a pas été affectée par
la culture de Jatropha. De plus, l’impact de la culture de Jatropha sur les communautés
bactériennes spécifiques impliquées dans le cycle de l’azote ainsi que l’impact de sa litière sur
2
Introduction générale
L’étude des communautés microbiennes des sols est capitale car ces communautés sont
des organismes très sensibles face aux perturbations et ont une grande capacité à donner des
informations immédiates sur la santé des sols (Rincon-Florez et al., 2013). L’utilisation des
techniques moléculaires dans les études de la diversité des communautés microbiennes des sols
permet d’améliorer nos compréhensions sur la distribution et la diversité des organismes dans
les sols (Hill et al., 2000).
Ces deux objectifs spécifiques devaient nous permettre d’évaluer l’influence de Jatropha
sur les paramètres biologiques et chimiques des sols indirectement via sa litière foliaire. Ainsi,
nous nous sommes fixés comme troisième et quatrième objectifs spécifiques de déterminer
l’influence directe (sol rhizosphérique) de la diversité de Jatropha et de l’introduction de plantes
exotiques sur le fonctionnement des sols (OS3) et d’étudier l’influence que pourrait avoir cette
plante sur la fertilité des sols des cultures vivrières associées (OS4).
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Introduction générale
Cette thèse est terminée par une conclusion générale constituée d’une synthèse de nos
résultats, d’une formulation de quelques recommandations et de quelques perspectives d’étude.
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Chapitre I : SYNTHESE BIBLIOGRAPHIQUE
Chapitre 1: Synthèse bibliographique
Les études de Augustus et al. (2002) ont montré que les graines de Jatropha contiennent
19 % d’huile, 4,7 % de polyphénol et 3,9 % d’hydrocarbone. Cette huile est composée
principalement d'acides gras insaturés (acide oléique et acide linoléique ; autour de 80 %)
(Martínez-Herrera et al., 2006 ; Domergue et Pirot, 2008) et d’acides gras saturés (acide
palmitique et stéarique). Cette forte proportion d'acides gras insaturés rend l’huile instable et
facilite son oxydation et son acidification (Domergue et Pirot, 2008). L’huile non comestible
issue des graines de Jatropha (Ong et al., 2011) est considérée comme une alternative au diesel
(Openshaw, 2000 ; Behera et al., 2010 ; Ong et al., 2011) conforme aux standards
internationaux (Daudet et al., 2011). Les biodiesels sont de longues chaines d’esters d’acide
gras mono-alkyl produits à partir des ressources biologiques renouvelables telles que les huiles
végétales et les graisses animales (Yang et al., 2014). Les biodiesels sont biodégradables, non
toxiques et n’ont pas d’effet néfaste sur l’environnement comparés aux pétro-diesels et peuvent
être utilisés sur des moteurs diesels (Silitonga et al., 2011). La trans-ésterification permet de
réduire la viscosité des huiles végétales permettant ainsi l’amélioration de sa qualité avec des
proportions similaires (Lin et al., 2011) ou meilleures (Silitonga et al., 2011) que le diesel.
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Chapitre 1: Synthèse bibliographique
La popularité de cette plante vient du fait qu’en plus de la production d’huile, les
tourteaux peuvent être utilisés pour la production de biogaz (Eijck et al., 2012) et plusieurs
parties de la plante sont utilisées en médecine traditionnelle et pour la fabrication de savon
(Hammer et Heller, 1998 ; Varadharajan et al., 2008 ; Behera et al., 2010).
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Chapitre 1: Synthèse bibliographique
Les études de Reddy et al. (2015) menées dans un climat semi-aride dans le sud de
l’Inde montrent que les plantations de Jatropha apportent une grande quantité de litière au sol
avec des valeurs annuelles de 2,74 tonnes ha-1, 2,48 tonnes ha-1, 2,41 tonnes ha-1, 1,81 tonnes
ha-1, 1,79 tonnes ha-1 respectivement avec des écartements de 2mx2m, 3mx2m, 3mx3m,
4mx2m, 4mx3m. La majeur partie de ces litières est d’origine foliaire et assure le retour des
composants biologiques au sol dont la décomposition est essentielle pour le flux des nutriments
(Patrício et al., 2012). Les résidus de Jatropha curcas L. (JCL) ont une faible valeur nutritive
donc non utilisés comme aliment de bétail (Openshaw, 2000). Les plantations de Jatropha
apportent ainsi une grande quantité de litière donc de matière organique aux sols (Reddy et al.,
2015) qui constituent une excellente source de carbone organique pour ces sols (Zhang et al.,
2013).
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Chapitre 1: Synthèse bibliographique
JATROPHA CURCAS L.
Fruits Feuilles
Usage médicinal
Graines Pulpes
Insecticides Combustibles
Alimentation Production de biogaz
(variétés non toxiques) Fertilisant
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Chapitre 1: Synthèse bibliographique
Comme la plupart des pays africains, le secteur énergétique sénégalais se caractérise par
une forte dépendance vis-à-vis des importations de pétrole pour faire face aux besoins du pays
en énergie et particulièrement pour la production d’énergie électrique (Dia et al., 2010). Par
exemple, la production d’électricité de ce pays est essentiellement dépendante de l’importation
du pétrole (Thiam et al., 2012). Cette dépendance vis-à-vis de l’importation de pétrole fait que
le secteur énergétique de ce pays éprouve d’énormes difficultés. L’insertion des biocarburants
dans les espaces agricoles sénégalais pourrait permettre de lutter contre la dépendance
énergétique du Sénégal (Dia et al., 2010).
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Chapitre 1: Synthèse bibliographique
L’une des composantes essentielles du sol est la matière organique (MO) ; cette dernière
assure la cohésion des autres constituants du sol contribuant à sa structure et sa stabilité
(Balesdent, 1996). Elle provient principalement des résidus de plantes (litière, exsudats
racinaires) dont l’apport et la transformation varient en fonction des végétations, du sol et du
type de climat (Metay et al., 2009). La MO a de nombreuses propriétés qui lui confèrent des
fonctions essentielles dans les agroécosystèmes et en font un élément important dans la fertilité
des sols (Balesdent, 1996).
II-2-Fonctionnement du sol
Le sol, un lieu de transit, constitue une plaque tournante (Figure 2) dans les cycles
biogéochimiques notamment dans les cycles de l’azote, du carbone, du soufre et du phosphore
(Calvet, 2003). Ainsi, dans le sol, la matière organique est source d’éléments nutritifs. La
matière organique est une importante source d’énergie pour les microorganismes hétérotrophes
(Staelens et al., 2011 ; Wani et al., 2012). La décomposition de cette MO produit du CO2 et
d’autres nutriments (Mostajir et al., 2012) tels que l’azote, un élément important pour la
croissance des plantes et souvent limitant pour la productivité agricole (Barrios, 2007). La MO
augmente d’une certaine manière la qualité des sols ; c'est-à-dire leur capacité à fonctionner
(Karlen et al., 1997).
La séquestration du carbone dans le sol doit être considérée comme le résultat du bilan
net, de tous les flux directs et indirects de gaz à effet de serre à l’interface sol-plante-atmosphère
(Bernoux et al., 2004). Ainsi, le stockage de carbone dans le sol est fonction du temps de transit
du carbone dans le sol (Couteaux et al., 1995 ; Balesdent, 1996). Ce stockage du carbone dépend
en partie de la décomposition de la litière, mais aussi du type et de la profondeur du sol. Une
baisse de la teneur en carbone est observée avec la profondeur du sol (Jobbágy et Jackson, 2000
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Chapitre 1: Synthèse bibliographique
; Arrouays et al., 2003) du fait que le carbone organique provenant principalement de la litière
et des mécanismes permettant l’enfouissement ont lieu dans la couche supérieure du sol. Ainsi,
la biomasse et la respiration microbienne diminuent avec la profondeur du sol (Scheu et
Parkinson, 1995). Les exsudats racinaires contribuent également au stockage du carbone ; un
autre facteur expliquant la diminution de la teneur en carbone en fonction de la profondeur est
le type de végétation lié à la longueur des racines et de la quantité des exsudats. Le taux de
carbone varie considérablement avec la texture du sol ; Jobbágy et Jackson (2000) ont constaté
une corrélation négative entre le carbone organique du sol et la texture sableuse et une
corrélation positive entre carbone organique du sol et la texture argileuse.
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Chapitre 1: Synthèse bibliographique
prennent pas en compte le flux entrant (la chute des feuilles, exsudats racinaires) ; alors que la
chute de feuilles augmente non seulement la quantité de la litière, mais change aussi
constamment la composition chimique de la litière. Ce changement s'accompagne d'un
changement de la dynamique des communautés microbiennes et en même temps des vitesses
de décomposition. Ainsi, les modèles classiques de la succession de microorganismes, la
production d'enzymes ainsi que ceux de la décomposition de la matière organique pourraient
être insuffisants pour expliquer l'évolution des MO dans les sols et la décomposition de la litière
dans les agroécosystèmes à long terme.
La composition chimique initiale des litières joue un rôle important dans les vitesses de
minéralisation. Ces litières (résidus de végétaux) ont des compositions complexes allant de
composés solubles à des composés récalcitrant en passant par des composés labiles (Sall, 2004).
Le taux de minéralisation des composés récalcitrants joue un rôle fondamental dans la
séquestration de la MO. Un taux élevé en lignine réduit de façon significative le taux de
décomposition de la litière (Allison, 2012) ; ce qui a pour conséquence une augmentation de la
teneur en MO dans le sol.
Les compositions chimiques des résidus de végétaux varient en fonction des organes et
de l’âge; les résultats des travaux de Diack et al. (2000) sur la décomposition de la litière de
Piliostigma reticulatum (D.C.) Hochst montrent une décomposition plus rapide des feuilles par
rapport aux racines. La biomasse microbienne sous l’influence des litières est plus élevée avec
des résidus jeunes qu’avec des résidus matures (Baumann et al., 2011). Cette différence de
biomasse microbienne pourrait s'expliquer par une diminution des ressources disponibles dans
les résidus sénescents et deviennent ainsi un milieu hostile pour le développement des
microorganismes d’où la diminution de la biomasse microbienne.
Les travaux de Arriaga et Maya (2007) montrent que la litière de Jatropha cuneata
Wiggins & Rollins, ayant des teneurs en fibres et un rapport C/N relativement faible, se
décompose plus rapidement que celle de Cyrtocarpa edulis (Brandegee) Standl. qui possède
une teneur en fibres et un ratio C/N plus élevés. Ainsi, les litières ayant des taux élevés en
lignine, en carbone, en ratio lignine/ N et C/N se dégradent lentement par contre, des teneurs
élevées en azote et en phosphore augmentent les vitesses de décomposition (Barbhuiya et al.,
2008 ; Bray et al., 2012).
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Chapitre 1: Synthèse bibliographique
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Chapitre 1: Synthèse bibliographique
15
Chapitre 1: Synthèse bibliographique
Apport de litières
par la plante
Rhizosphère
Exsudats
racinaires
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Chapitre 1: Synthèse bibliographique
individu. Ceci suppose que ce n’est qu’une partie des microorganismes qui est visée par ces
méthodes. De plus, la proportion de bactéries cultivables dans les milieux naturels est très
faible. Les raisons de cette « non cultivabilité » sont multiples. Il peut s’agir d’un état
physiologique viable non cultivable ou de l’inadéquation des milieux de culture conventionnels
à la physiologie de la bactérie. Ainsi, lorsque les bactéries sont à l'état de viabilité, mais non
cultivable, elles échappent à la détection lorsque l’on applique des tests microbiologiques
conventionnels (Lleò et al., 2001). Les approches moléculaires peuvent potentiellement
permettre de détecter une plus grande proportion des communautés bactériennes que la
microbiologie classique. Les approches moléculaires basées sur l'ADNr 16S comme ARDRA
(Amplified Ribosomal DNA Restriction Analysis), DGGE (électrophorèse sur gel à gradient
dénaturant), ou TGGE (électrophorèse sur gel à gradient de température), peuvent être utilisées
pour augmenter la vitesse de collecte des données, en permettant l'analyse de l’ensemble des
produits de l’amplification de l'ADNr, ou la simplification du criblage de clones (McCaig et
al., 2001). L’ensemble de ces approches débutent par une amplification de l’ADN par PCR
ciblant des marqueurs génomiques. La PCR (Mullis et al., 1986) consiste en une amplification
enzymatique in vitro d’un segment d’ADN à l’aide d’amorces oligonucléotidiques qui sont
complémentaires des séquences en 5’ et 3’ du segment à amplifier. Les méthodes qui utilisent
la PCR peuvent conduire à l'identification d'un isolat dans les heures et peuvent être utilisées
sur de petites quantités de cellules, y compris celles qui ne sont pas viables ou qui sont non
cultivables (Tarr et al., 2007).
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Chapitre 1: Synthèse bibliographique
La DGGE permet ainsi d’obtenir et de comparer les profils des communautés microbiennes
présentes dans un environnement.
structure des communautés microbiennes des sols dépendent en grande partie de la disponibilité
des nutriments tels que le carbone, l’azote et le phosphore (Lauber et al., 2008 ; Li et al., 2014),
du pH et du rapport C/N (Högberg et al., 2007 ; Lauber et al., 2008), donc de la composition
chimique intrinsèque des sols (Girvan et al., 2003). La composition des communautés
microbiennes des sols dépend aussi de la structure et de la texture du sol (Girvan et al., 2003 ;
Lauber et al., 2008). Les teneurs élevées en lignine (DeAngelis et al., 2011), de même que la
fertilisation phosphatée (Tan et al., 2012) entraînent une amélioration de la diversité des
communautés microbiennes du sol.
Les communautés bactériennes jouent un rôle important dans la santé des plantes et la
fertilité des sols (Chaudhary et al., 2012). C’est le cas par exemple des bactéries PGPR (Plants
Growth Promoting Rhizobactéria), qui stimulent directement la croissance des plantes en
augmentant le prélèvement des éléments nutritifs du sol, en induisant et produisant des
régulateurs de croissance végétale et en activant les mécanismes de résistance induits chez les
végétaux. Les champignons possèdent une grande capacité de production d’une large gamme
d’enzymes extracellulaires qui décomposent la matière organique (Mostajir et al., 2012).
L’évolution des communautés microbiennes dans les sols est sous l’influence des
conditions abiotiques, mais aussi de la composition de ces communautés microbiennes elles-
mêmes. L’activité et la structure de ces populations microbiennes sont influencées par les
changements physico-chimiques des sols (Spedding et al., 2004). Des changements pouvant
être dus à une dynamique de la qualité des résidus provenant des plantes cultivées sur ces sols.
La modification de la composition chimique de ces résidus au cours du processus de
décomposition entraîne une modification de la structure des communautés bactériennes au
cours du temps (Bray et al., 2012). Les microorganismes s’adaptent ainsi en fonction de la
qualité des sols ; certains s’adaptent et se développent rapidement dans les environnements
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Chapitre 1: Synthèse bibliographique
20
Chapitre II : Influence des litières foliaires de Jatropha curcas
sur la minéralisation du carbone et de l’azote et sur la
dynamique des communautés bactériennes des sols en
conditions contrôlées
Les résultats de ce chapitre ont été publiés dans la revue Journal of Soil Science and Environmental
Management (JSSEM) :
Titre : The effect of Jatropha curcas L. leaf litter decomposition on soil carbon and nitrogen status
and bacterial community structure (Senegal)
Auteurs : DIEYE Tidiane, ASSIGBETSE Komi, DIEDHIOU Ibrahima, SEMBENE Mbacké, DIENG
Amadou Lamine, GUEYE Mariama et MASSE Dominique
I-Introduction
La lutte contre la désertification, l’amélioration de la productivité agricole et
l’atténuation du réchauffement climatique par la séquestration du carbone sont les principaux
objectifs des plans d’action et politiques nationales, environnementales et agricoles sénégalais
(Tieszen et al., 2004). De plus, le Sénégal, pays non encore producteur de pétrole, avait adopté
la politique des énergies renouvelables. C’est ainsi que depuis 2007, Jatropha curcas L. a été
massivement introduit dans ce pays plus particulièrement dans les zones rurales. Dans cette
région soudano-sahélienne, les sols ont une fertilité réduite (Bationo et Buerkert, 2001). La
culture de cette plante participerait à l’amélioration de la qualité des sols par une augmentation
de la matière organique ; pouvant contribuer ainsi à une amélioration globale de la fertilité des
sols et à un stockage du carbone. Cependant, les processus de décomposition des litières de
Jatropha et leur rôle dans les sols ne sont pas clairement établis. Des différences intraspécifiques
en compositions chimiques de résidus de plantes ont été observées par Lecerf et Chauvet (2008)
; à notre connaissance, peu d’études ont été effectuées sur la variation intraspécifique de la
composition biochimique des résidus de Jatropha. Un facteur important de la qualité des résidus
est la résorption des nutriments avant l’abscission des feuilles qui pourrait différer selon les
provenances de Jatropha. Ainsi, les mécanismes de minéralisation de feuilles fraîches et
sénescentes de plantes de Jatropha ayant des provenances différentes et leur capacité à restituer
les nutriments aux sols et ainsi participer aux fonctions des agroécosystèmes et leurs impacts
sur les communautés microbiennes de ces sols doivent être élucidés d’autant plus que la
diversité et la structure des communautés microbiennes constituent des indicateurs de la qualité
des sols (Sharma et al., 2011).
L’objectif de cette étude est, dans des conditions de laboratoire, d’examiner l’impact de
feuilles fraîches (vertes) et sénescentes (jaunes) de différentes provenances de Jatropha sur les
cycles du carbone, de l’azote ainsi que sur la dynamique des communautés bactériennes des
sols.
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Chapitre 2: Influence des litières foliaires de Jatropha curcas L. sur la minéralisation du carbone et de l’azote et sur la
dynamique des communautés bactériennes des sols en conditions contrôlées
II-Matériel et Méthodes
II -1-Echantillonnage
II -1-1-Le sol
Le sol utilisé dans cette expérimentation a été collecté à Goudiry en février 2010 ; cette
localité est située au Sud-Est du Sénégal (14°11'15.27"N ; 12°42'44.79"O). Le sol provenant de
l’horizon 0-20 cm a été séché au laboratoire à l’air libre puis tamisé à 2 mm avant toute
expérimentation et analyse. Il s’agit d’un sol de type ferrugineux tropial lessivé (Khouma, 2002)
contenant 6 à 9 % d’argile, 9 mg/g de carbone total, 0,8 mg/g d’azote total et 7,9 mg/g de
phosphore. Le pH du sol a été estimé à 6,17.
II -2-Analyse physico-chimique
Les dosages du carbone et de l’azote total ont été effectués par combustion sèche à
l’aide d’un analyseur élémentaire CHN EA1112 Thermo finnigan Series à une température de
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Chapitre 2: Influence des litières foliaires de Jatropha curcas L. sur la minéralisation du carbone et de l’azote et sur la
dynamique des communautés bactériennes des sols en conditions contrôlées
1800°C. Les composés obtenus après combustion passent successivement dans le catalyseur
d’oxydation (900°C) et dans la colonne de réduction (750°C). Le carbone est alors transformé
en gaz carbonique et l’azote en monoxyde d’azote. Ils sont ensuite séparés dans une colonne de
chromatographie en phase gazeuse utilisant l’hélium et équipé de deux détecteurs. Les quantités
de carbone et d’azote sont obtenues grâce au logiciel EAGER 300 for EA 1112.
Le pHeau du sol a été mesuré selon le ratio 1:2,5 (sol : solution) à l’aide du pH-mètre
(Mettler Toledo, 320).
Les teneurs des composés solubles, d’hémicellulose, de cellulose et de lignine ont été
déterminées par la méthode de Van Soest et al. (1991). Les produits utilisés sont détaillés dans
l’ANNEXE 2 ; brièvement, tous les échantillons de feuille ont été préalablement broyés et
tamisés à 2 mm. Pour chaque échantillon, trois pesées de 1 g ont été effectuées dans des
creusets. Les creusets ont été par la suite placés sur l’extracteur (photo 3) et les échantillons
traités à chaud avec de l’eau, puis avec une solution au détergent neutre NDF (Neutral Detergent
Fiber) pour l’obtention de la teneur en composé soluble et des composés organiques insolubles
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Chapitre 2: Influence des litières foliaires de Jatropha curcas L. sur la minéralisation du carbone et de l’azote et sur la
dynamique des communautés bactériennes des sols en conditions contrôlées
(hemicellulose, cellulose et lignine). Les résidus insolubles ont été filtrés et lavés. Un des trois
résidus a été mis de côté pour des opérations ultérieures de séchage et de calcination. Les deux
autres résidus ont été hydrolysés à chaud par une solution de détergent acide (ADF : Acid
Detergent Fiber), filtrés et lavés pour l’obtention des composés organiques insolubles dans le
détergent (Cellulose et Lignine) après solubilisation de l’hemicellulose. Après cette étape, l’un
des deux résidus a également été mis de côté pour des opérations ultérieures de séchage et de
calcination. Le résidu restant a été traité à froid par une solution d’acide sulfurique à 72 %, filtré
et lavé pour la solubilisation de la cellulose et l’obtention de la lignine (ADL : Acid Detergent
Lignine). Tous les résidus (NDF, ADF, ADL) ont été séchés, pesés, calcinés, puis pesés à
nouveau.
Les teneurs en carbone total et en azote total ont été déterminées par combustion
sèche à l’aide d’un analyseur élémentaire LECO FP 428 CHN (LECO corporation, St. Joseph,
Mich.) et la teneur en phosphore total a été déterminée par colorimétrie (Murphy et Riley,
1962).
II-3- Incubation
Les feuilles sénescentes et jeunes de chaque provenance de Jatropha ont été utilisées
pour l’incubation au laboratoire. Dans cette expérimentation nous avions utilisé deux types de
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Chapitre 2: Influence des litières foliaires de Jatropha curcas L. sur la minéralisation du carbone et de l’azote et sur la
dynamique des communautés bactériennes des sols en conditions contrôlées
pots de diamètre connu (calcul de la surface de sol). Dans le premier jeu de pots servant à l’étude
de la minéralisation du carbone, 20 g de sol ont été introduits dans chaque pot. Dans le second
jeu de pots, nous avions introduit 40 g de sol pour l’étude de la minéralisation de l’azote et des
communautés microbiennes. Les sols ont été pré-incubés à 28°C pendant une semaine pour
réactiver les microorganismes. L’humidité du sol a été ajustée à 60 % de la capacité de rétention
au champ (CRC) puis à 80 % pour l’incubation. Avant l’incubation des sols, nous avions
effectué un mulching des feuilles à la surface des sols contenus dans les pots. Les mêmes
traitements ont été appliqués dans les deux types de pots avec trois répétitions. La quantité de
litière foliaire apportée est de 508 kg ha-1 (Abugre et al., 2011). Cette quantité de litières
apportée au sol correspond à la quantité maximale de litière de Jatropha récoltée en saison sèche
dans une plantation de 1m x 1m de distance de plantation dans une région où la pluviométrie et
la température moyenne sont respectivement de 1300 mm et 26°C. Les pots ayant servi à l’étude
de la minéralisation du carbone et un sol témoin sans apport de feuille (trois répétitions) ont été
introduits dans des flacons à plasma scellés. Les échantillons du deuxième jeu de pots (avec des
témoins sans apport de feuille) ont été introduits dans des bocaux fermés hermétiquement
contenant des flacons de NaOH (15 ml à 1M) pour capturer le CO2.
L’ensemble des échantillons ont été incubés à 28°C pendant 120 jours. Pour l’étude de
la minéralisation du carbone, les mesures ont été effectuées régulièrement alors que pour la
minéralisation de l’azote et l’étude des communautés microbiennes nous avions choisi six
sorties d’incubation : 0, 3, 28, 56, 90, 120 jours (162 échantillons). Pour chaque sortie
d’incubation un triplet d’échantillon témoin (sans apport de feuille) a été utilisé. A chaque sortie
d’incubation, les échantillons ont été bien mélangés puis les teneurs en ions ammoniums
(NH4+) et nitrates (NO3-) ont été dosées par colorimétrie (Technicon, AutoAnalyseur III) au
LAMA après extraction dans une solution de KCl 1M (Bremner, 1965). Les teneurs en carbone
et en azote total de chaque échantillon de chaque sortie d’incubation ont été également dosées
au LAMA. Pour chaque échantillon, une aliquote de sol a été gardée à -20°C en attendant
l’extraction d’ADN.
Pour l’étude de la minéralisation du carbone nous avions mesuré le flux de CO2 de l’air
ambiant des flacons à plasma (incubation de sol+feuilles) par injection directe dans un
chromatographe à phase gazeuse de type SRA Analytical Instruments (MTI P200 Microsensor
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Chapitre 2: Influence des litières foliaires de Jatropha curcas L. sur la minéralisation du carbone et de l’azote et sur la
dynamique des communautés bactériennes des sols en conditions contrôlées
Technology Inc., Fremont, CA, USA) équipé d’un détecteur à thermo-conductibilité (TCD) et
d’une colonne Poraplot (photo 4). L’hélium est utilisé comme gaz vecteur. Le chromatographe
est couplé à un ordinateur pourvu du logiciel Windows-based EZChrom 200, MTI.
Le dégagement de CO2 net provenant des feuilles a été obtenu relativement par rapport
au sol témoin et les données en CO2 ont été transformées en carbone net. Les pertes de carbone
des feuilles au cours du temps ont ensuite été calculées par rapport aux teneurs initiales en
carbone de ces mêmes feuilles. Les données d’évolution du carbone en fonction du temps ont
été bien ajustées au modèle de décomposition double exponentiel (équation 1) de Wider et Lang
(1982) utilisé par plusieurs auteurs (Beyaert et Paul Voroney, 2011 ; Staelens et al., 2011 ;
Patrício et al., 2012).
Les teneurs en azote minéral total net, en ions ammoniums et nitrates au cours du temps
ont été déterminées relativement par rapport au sol témoin et à l’azote minéral contenu
initialement dans les échantillons (Equations 2, 3 et 4).
26
Chapitre 2: Influence des litières foliaires de Jatropha curcas L. sur la minéralisation du carbone et de l’azote et sur la
dynamique des communautés bactériennes des sols en conditions contrôlées
L’ADN contenu dans chaque échantillon de sol a été extrait. Cette extraction a été
réalisée à partir de 0,25 g de sol avec le kit « Fast spin SpinTM kit for soil » (MP biomedicals,
Santa Ana, CA, États-Unis). Brièvement, les échantillons de sol ont été introduits dans des tubes
(Lysing Matrix E tube) puis les tampons Sodium Phosphate Buffer et MT Buffer ont été ajoutés
dans les tubes. Les échantillons de sol ont été ensuite broyés avec le broyeur MP FastPrep®-24
(deux fois pendant 30 s à une vitesse de 6 m.s-1). Pour récupérer le surnageant, les tubes ont été
centrifugés pendant 5 min à 14.000 g à une température de 4°C. Le surnageant a ensuite été
placé dans des tubes eppendorfs de 1,5 ml et ajouté d’une solution de PPS (Protein Precipitation
Solution) permettant une précipitation des protéines. Le surnageant a été récupéré après une
nouvelle centrifugation. Puis, l’ADN a été fixé à une résine (DNA Binding matrix) puis purifié
par ajout de 500 μL de guanidine thiocyanate 5,5 M. Ensuite L’ADN a été lavé (ré-suspension
dans du SEWS + éthanol 100%) et élué dans 100 μL d’eau ultra pure. L’ADN a été récupéré
après une dernière centrifugation. Le rendement de l’extraction (qualité et quantité) a été
déterminé par la suite au Nanodrop (ND- 1000 UV-Vis Spectrophotomètre, Labtech).
Pour l’étude des communautés bactériennes nous avions choisi la région V3 du gène
codant l’ARN ribosomal 16S. Ce gène a la particularité d’être présent chez toutes les bactéries,
conservé et hyper-variant. L’amplification par PCR de la région V3 (16S) a été effectuée en
utilisant le couple d’amorces : 338f (5’-CCTACGGGAGGCAGCAG-3’) muni d'un GC
« clamp » (5’-CGCCCGCCGCGCGCGGCGGGCGGGGCGGGGGCACGGGGGG-3’) et 518r (5’-
ATTACCGCGGCTGCTGG-3’) décrites par Muyzer et al. (1993). Ces amorces produisent des
amplicons de 220 paires de bases. Le mélange réactionnel de 25 µl était composé de 5 ng
27
Chapitre 2: Influence des litières foliaires de Jatropha curcas L. sur la minéralisation du carbone et de l’azote et sur la
dynamique des communautés bactériennes des sols en conditions contrôlées
d’ADN, 1 µM de chaque amorce et de la Taq polymérase Ready- to-go (PuRe taqTM Ready-
to-goTM). La Taq se présente sous forme de bille lyophilisée composée de Taq DNA
polymérase 2,5U ; dNTP 200 μM ; Tris-HCl 10 mM à pH 9 ; KCl 50 mM ; MgCl2 1,5 mM et
de BSA. Les amplifications ont été effectuées à l’aide du thermocycleur Gene AmpR PCR
system 9700 (Applied, biosystem, Courtboeuf, France) avec les cycles thermiques suivants :
dénaturation 94° C pendant 2 min suivie de 20 Cycles : 94°C pendant 30 s, 65°C pendant 30 s
avec une diminution de la température d’hybridation de 0,5°C à chaque cycle (PCR
‘Touchdown’) suivie d’une élongation à 72°C pendant 1 min et de 10 cycles : 94°C pendant
30 s, 55°C pendant 30 s, 72°C pendant 1 min et d’une élongation finale à 72°C pendant 15 min.
Les produits issus de l’amplification par PCR ont été séparés en utilisant une
électrophorèse en gradient de dénaturation (DGGE). Ces produits PCR ont été déposés sur un
gel à 8% d’acrylamide-Bis acrylamide (ratio 37,5:1) constitué d’un gradient dénaturant compris
entre 45% et 70% et des solutions d’APS (Persulfate d’ammonium) à 10% (w:v) et de TEMED
(Tetramethyl ethylène Diamine) qui catalysent la réaction de polymérisation du gel acrylamide.
Une solution contenant 100% de substances dénaturantes est composée d’une solution d’urée
7M et de formamide déionisée à 40% (v:v).
28
Chapitre 2: Influence des litières foliaires de Jatropha curcas L. sur la minéralisation du carbone et de l’azote et sur la
dynamique des communautés bactériennes des sols en conditions contrôlées
Photo 5 : Cuve électrophorèse « Ingeny phorU » à gauche et coulage du gel DGGE à droite
(Crédit photo : [Link]èye 2013)
Une ANOVA à deux facteurs (origine et degré de maturité des feuilles) a été réalisée
pour comparer les teneurs en azote, en carbone et des ratios C/N des feuilles de Jatropha. Le
29
Chapitre 2: Influence des litières foliaires de Jatropha curcas L. sur la minéralisation du carbone et de l’azote et sur la
dynamique des communautés bactériennes des sols en conditions contrôlées
test de Fisher à 95 % a ensuite été réalisé pour classer les moyennes. Toutes les corrélations
effectuées dans cette étude ont été réalisées par le test de corrélation de Pearson. Les analyses
statistiques ont été effectuées grâce au logiciel XLStat-Pro (2011.2.04 AddinSoft).
Une Analyse en Composante Principale (ACP) a également été réalisée avec le logiciel
XLStat-Pro (2011.2.04 AddinSoft). Les variables analysées sont : teneur en azote minéral, le
ratio C/N, le cumul de CO2 et la diversité de Shannon des différents traitements au cours du
temps.
III-Résultats
de la provenance Mozambique. La même tendance a été observée sur les teneurs en cellulose
qui ont été plus élevées dans les feuilles jaunes (sénescentes), cependant, la provenance Madiop
Boye a montré des teneurs en cellulose similaires avec les deux types de résidus. Parmi les
résidus verts de Jatropha, la provenance Mozambique semblait contenir des teneurs en lignine
plus élevées et des teneurs faibles en cellulose et en hémicellulose comparées aux autres
provenances. Nos résultats ont montré aussi des teneurs élevées en lignine et en cellulose et des
teneurs faibles en composés solubles et en hémicellulose dans les feuilles sénescentes de
Jatropha de la provenance Mozambique par rapport aux provenances Tanzanie et locales
(Banfadjiré et Madiop Boye).
31
Chapitre 2: Influence des litières foliaires de Jatropha curcas L. sur la minéralisation du carbone et de l’azote et sur la
dynamique des communautés bactériennes des sols en conditions contrôlées
Tableau 2: ANOVA à deux facteurs (origine et degré de maturité des feuilles) sur les teneurs
en C et N et le ratio C/N
Le flux de CO2, exprimé en mg.g-1(sol).jour-1, est représenté par la figure 3. Juste après
l’incorporation des feuilles (étapes précoces de décomposition), nous avions noté un flux de
CO2 élevé dans tous les traitements par rapport au témoin (p<0,0001). Les résidus verts ont
entraîné des flux de CO2 plus élevés que les résidus jaunes de toutes les provenances à trois
jours après leur incorporation au sol. Au-delà de trois jours d’incubation ; il n’y avait plus de
différence entre les flux de CO2 dans les traitements avec incorporation de feuilles. Le flux de
CO2 à trois jours d’incubation a été corrélé positivement avec les teneurs initiales en azote des
litières (p<0,0001 ; R2=0,946) et corrélé négativement avec le rapport C/N (p=0,0003 ;
R2=0,90). A la fin de l’incubation (120 jours), les flux de CO2 n’étaient plus significativement
différents entre les sols amendés avec des feuilles et les sols témoins (p<0,0001).
32
Chapitre 2: Influence des litières foliaires de Jatropha curcas L. sur la minéralisation du carbone et de l’azote et sur la
dynamique des communautés bactériennes des sols en conditions contrôlées
0,30
0,25
C-CO2 flux (mg.g-1(sol).jour-1)
0,20 TZ1
TZ2
MB1
0,15 MB2
Ban1
Ban2
0,10 MOZ1
MOZ2
TEM
0,05
0,00
0 20 40 60 80 100 120
Jours
Figure 3 : Flux de CO2 en mg.g (sol) -[Link]-1 des sols amendés avec les feuilles de Jatropha des
provenances Tanzanie (TZ1 : vert ; TZ2 : jaune), Mozambique (MOZ1 : vert ; MOZ2 : jaune),
Banfadjiré (Ban1 : vert ; Ban2 : jaune) et Madiop Boye (MB1 : vert ; MB2 : jaune) et des sols
non amendés (TEM : Témoin).
Les données de perte de carbone des feuilles de Jatropha sur les sols ont été bien ajustées
au modèle de décomposition double exponentiel (Figures 4, 5, 6 et 7) avec des coefficients de
détermination variant entre 99% et 99,9% (Tableau 3). Le carbone labile de même que les
coefficients de décomposition k1 des feuilles n’ont pas été significativement différents entre
origines, mais significativement plus élevés avec les résidus verts qu’avec les résidus jaunes
(p <0,05).
33
Chapitre 2: Influence des litières foliaires de Jatropha curcas L. sur la minéralisation du carbone et de l’azote et sur la
dynamique des communautés bactériennes des sols en conditions contrôlées
34
Chapitre 2: Influence des litières foliaires de Jatropha curcas L. sur la minéralisation du carbone et de l’azote et sur la dynamique des communautés bactériennes des sols en conditions contrôlées
Banfadjiré
100
Perte de carbone (%)
75
50
25
0 Jours
0 20 40 60 80 100 120
Figure 4: Perte de carbone (%) des feuilles vertes et jaunes de la provenance Banfadjiré ; les points représentent les valeurs observées (les barres
sont les écart-types) et les lignes représentent les valeurs attendues par le modèle.
35
Chapitre 2: Influence des litières foliaires de Jatropha curcas L. sur la minéralisation du carbone et de l’azote et sur la dynamique des communautés bactériennes des sols en conditions contrôlées
Madiop Boye
100
Perte de carbone (%)
75
50
25
0 Jours
0 20 40 60 80 100 120
Figure 5: Perte de carbone (%) des feuilles vertes et jaunes de la provenance Madiop Boye ; les points représentent les valeurs observées (les
barres sont les écart-types) et les lignes représentent les valeurs attendues par le modèle.
36
Chapitre 2: Influence des litières foliaires de Jatropha curcas L. sur la minéralisation du carbone et de l’azote et sur la dynamique des communautés bactériennes des sols en conditions contrôlées
Mozambique
Perte de carbone (%) 100
75
50
25
0 Jours
0 20 40 60 80 100 120
Figure 6: Perte de carbone (%) des feuilles vertes et jaunes de la provenance Mozambique ; les points représentent les valeurs observées (les
barres sont les écart-types) et les lignes représentent les valeurs attendues par le modèle.
37
Chapitre 2: Influence des litières foliaires de Jatropha curcas L. sur la minéralisation du carbone et de l’azote et sur la dynamique des communautés bactériennes des sols en conditions contrôlées
Tanzanie
100
Perte de carbone (%)
75
50
25
0 Jours
0 20 40 60 80 100 120
Figure 7: Perte de carbone (%) des feuilles vertes et jaunes de la provenance Tanzanie ; les points représentent les valeurs observées (les barres
sont les écart-types) et les lignes représentent les valeurs attendues par le modèle.
38
Chapitre 2: Influence des litières foliaires de Jatropha curcas L. sur la minéralisation du carbone et de l’azote et sur la
dynamique des communautés bactériennes des sols en conditions contrôlées
Le Traitement Ban1 a montré les taux de minéralisation les plus élevés à 56 jours
(p<0.0001). Cependant, à 90 jours, une baisse de la minéralisation avec ce traitement a été
observé dont les teneurs en azote minéral sont passées de 37,6 µg (NO3-+NH4+) g-1 sol à 18,6
µg (NO3-+NH4+) g-1 sol. La minéralisation nette de l’azote à 90 jours a été corrélée négativement
avec la teneur initiale en lignine des feuilles (R2=0,54 ; p<0,05).
La minéralisation de l’azote induite par le traitement Ban1 a augmenté à 120 jours (40,4
µg (NO3-+NH4+) g-1 sol qui a été significativement différente de la minéralisation induite par
les autres traitements (p<0,0001). A 120 jours également nous avions observé des taux de
minéralisation de l’azote élevés avec TZ1 (28,3 µg (NO3-+NH4+) g-1 sol), mais une
immobilisation avec TZ2 (-22,5 µg (NO3-+NH4+) g-1 sol) et MB2 (-2,6 µg (NO3-+NH4+) g-1 sol)
a également été notée.
39
Chapitre 2: Influence des litières foliaires de Jatropha curcas L. sur la minéralisation du carbone et de l’azote et sur la
dynamique des communautés bactériennes des sols en conditions contrôlées
50 e
Azote minéral net ((µg.g (Sol)-1) f e f
f
40
g d
30 e
e
d f cc
20 cd c e TZ1
d c c
cd de bc TZ2
10 c cd
b c cd d
MB1
0
MB2
c bc b
-10 b b
Ban1
b b a Ban2
-20
a a a M0Z1
-30
a MOZ2
-40
3 28 56 90 120
Jour de sortie d'incubation
Figure 8 : Minéralisation nette de l'azote des sols amendés avec les feuilles de Jatropha des
différentes provenances (TZ=Tanzanie ; MOZ=Mozambique ; Ban=Banfadjiré ; MB=Madiop
Boye ; 1=feuilles vertes ; 2=feuilles jaunes ; pour chaque sortie d’incubation, les lettres
différentes indiquent des valeurs significativement différentes : p < 0,05).
III-3-2-La nitrification
Tout comme l’azote minéral net, l’immobilisation des nitrates à 28 jours d’incubation
a augmenté avec le traitement TZ2 avec des valeurs qui sont passées de -5,6 µg N-NO3- g-1 sol
(3 jours) à -21,8 µg N-NO3- g-1 sol et le traitement Ban1 a entraîné les taux de nitrification les
plus élevés (29,7 µg N-NO3- g-1 sol ; p<0,0001) suivi des traitements Moz1 (17,9 µg N-NO3- g-
1
sol) et MOZ2 (13,3 µg N-NO3- g-1 sol).
40
Chapitre 2: Influence des litières foliaires de Jatropha curcas L. sur la minéralisation du carbone et de l’azote et sur la
dynamique des communautés bactériennes des sols en conditions contrôlées
obtenues avec les feuilles de Banfadjiré (Ban1 : 34,8 µg N-NO3- g-1 sol et Ban2 : 28,7 µg N-
NO3- g-1 sol).
f
f
N-NO3- net mineralisé (µg.g-1 (Sol))
35,0 ef
e e
e de
d d d d d cd TZ1
d cd f ef
bc de TZ2
d bc
15,0 b cd MB1
b bc
c b bc b MB2
c
Ban1
bc Ban2
-5,0 a
bb M0Z1
a a a
a MOZ2
a
-25,0 a
3 28 56 90 120
Jour de sortie d'incubation
Figure 9 : Nitrification des sols amendés avec les feuilles de Jatropha des différentes
provenances (TZ=Tanzanie ; MOZ=Mozambique; Ban=Banfadjiré; MB=Madiop Boye ;
1=feuilles vertes ; 2=feuilles jaunes ; pour chaque sortie d’incubation, les lettres différentes
indiquent des valeurs significativement différentes : p < 0,05).
III-3-3-L’ammonification
41
Chapitre 2: Influence des litières foliaires de Jatropha curcas L. sur la minéralisation du carbone et de l’azote et sur la
dynamique des communautés bactériennes des sols en conditions contrôlées
A partir de 28 jours, les traitements Ban2 (-6,1 µg N-NH4+ g-1 sol) et MOZ1 (-13,9 µg
N-NH4+ g-1 sol) ont commencé à entraîner une immobilisation de l’ammonium et un faible taux
d’ammonification a été observé avec MOZ2 (0,1 µg N-NH4+ g-1 sol). Les taux
d’ammonification les plus élevés ont été induits par les traitements TZ1 (9,7 µg N-NH4+ g-1
sol), Ban1 (6,9 µg N-NH4+ g-1 sol) et MB1 (3,1 µg N-NH4+ g-1 sol).
De 56 à 120 jours, seuls les traitements TZ1 et MB1 ont entraîné une ammonification
et pendant cette période, le traitement MOZ1 a induit les taux d’immobilisation les plus élevés
significativement (-20 µg N-NH4+ g-1 sol à 56 jours et -20,8 µg N-NH4+ g-1 sol à 90 et 120
jours ; p<0,0001).
20 d
d
15
N-NH4+ net mineralisé (µg.g -1(Sol))
e
10 e d
c d d
c de d
5 bc d cd
bc cd
0
TZ1
TZ2
-5 c bc bc
b bcd MB1
c bc bc
-10 b bc b MB2
bc bc b b
b b b
-15 a bc Ban1
Ban2
-20
M0Z1
-25 a MOZ2
-30 a a a
3 28 56 90 120
Jour de sortie d'incubation
Figure 10 : Ammonification des sols amendés avec les feuilles de Jatropha des différentes
provenances (TZ=Tanzanie ; MOZ=Mozambique ; Ban=Banfadjiré ; MB=Madiop Boye ;
1
=feuilles vertes ; 2=feuilles jaunes ; pour chaque sortie d’incubation, les lettres différentes
indiquent des valeurs significativement différentes : p < 0,05).
42
Chapitre 2: Influence des litières foliaires de Jatropha curcas L. sur la minéralisation du carbone et de l’azote et sur la
dynamique des communautés bactériennes des sols en conditions contrôlées
43
Chapitre 2: Influence des litières foliaires de Jatropha curcas L. sur la minéralisation du carbone et de l’azote et sur la
dynamique des communautés bactériennes des sols en conditions contrôlées
120 jours
Cluster II
90 jour
56 jours
Sous-cluster B
28 jours
Cluster I
3 jours
Sous-cluster A
0 jour
44
Chapitre 2: Influence des litières foliaires de Jatropha curcas L. sur la minéralisation du carbone et de l’azote et sur la
dynamique des communautés bactériennes des sols en conditions contrôlées
Pour l’analyse en composante principale, le plan factoriel composé des axes F1/F2 a été
retenu car expliquant 85,89 % de la variance (Figure 12). Cette ACP nous a montré que les
étapes avancées de la décomposition ont été caractérisées par une diversité de Shannon et un
cumul de CO2 élevés à l’exception du sol témoin. Ainsi, l’apport de feuilles de Jatropha au sol
a eu un impact positif sur la diversité bactérienne totale. La diversité de Shannon de même que
le cumul de CO2 ont été négativement corrélés avec le ratio C/N sur l’axe F1 (52,84%) de
l’analyse en composante principale. L’analyse en composante principale nous a également
montré que les teneurs en azote minéral des sols pendant la décomposition ont été négativement
corrélées avec le ratio C/N des sols sur l’axe F2 (33,05%).
0,25 MOZ2-t3
MOZ2-t0
Ban2-t3 MOZ1-t28
Ban2-t0 MOZ1-t56 MOZ1-t90
0 1
TZ2-t0 MOZ2-t28 MOZ2-t90
TZ2-t3 Ban1-t3Ban2-t56
MB1-t0 MOZ2-t56
Diversité de ctrl-t3
-0,25 ctrl-t0
MB2-t0
Shannon 0 Ban1-t0 MB1-t3Ban2-t28
Ban1-t28
MB2-t56
MB1-t56
Ban1-t56
MB2-t3 Ban1-t90
-0,5 C/N Cumul de TZ1-t0 TZ2-t56 Ban2-t90
MB1-t90
TZ1-t3 TZ1-t90
CO2 ctrl-t56TZ1-t28
TZ1-t56
MB1-t28 Ban1-t120
TZ1-t120
-1 TZ2-t28 TZ2-t120 TZ2-t90
MB1-t120
-0,75 ctrl-t90 MB2-t90
MB2-t28
ctrl-t28 MB2-t120
-2
-1
-4 -3 -2 -1 0 1 2 3 4
-1 -0,75 -0,5 -0,25 0 0,25 0,5 0,75 1
F1 (52.84 %)
F1 (52.84 %)
Figure 12: Analyse en composante principale des variables azote minéral, ratio C/N, le cumul
des dégagements de CO2 et la diversité de Shannon des différents traitements au cours du
temps.
IV-DISCUSSION
Les teneurs en carbone, en azote et le ratio C/N varient en fonction de l’origine des
plantes de Jatropha, Lecerf et Chauvet (2008) ont montré une diversité intraspécifique des
caractéristiques des litières en fonction de leur origine géographique. Les teneurs en lignine, en
carbone et en azote des feuilles de Jatropha trouvées dans notre étude sont similaires à celles
trouvées chez différentes plantes dans les études de Hättenschwiler et al. (2008). Les teneurs
45
Chapitre 2: Influence des litières foliaires de Jatropha curcas L. sur la minéralisation du carbone et de l’azote et sur la
dynamique des communautés bactériennes des sols en conditions contrôlées
en lignine des feuilles vertes sont similaires aux teneurs en lignine de Jatropha des travaux de
Abugre et al. (2011) à l’exception des feuilles vertes de la provenance Mozambique. Cependant,
les études de Chaudhary et al. (2014) révèlent des teneurs en lignine de 5,48 %, des teneurs
faibles par rapport à notre étude. La diversité phénotypique des plants de Jatropha pourrait
expliquer les différences de composition chimique des litières de Jatropha. Les feuilles vertes
de Jatropha ont des compositions en azote plus élevées que les feuilles jaunes ; ceci résulte de
la résorption des nutriments contenus dans les feuilles avant l’abscission. La résorption, un
processus pendant laquelle les nutriments sont réabsorbés par la plante avant la chute des
feuilles (Wright et Westoby, 2003), semble dépendre de l’origine des plants de Jatropha. En
effet, chez cette plante qui perd toutes ses feuilles pendant la saison sèche ou quand la
pluviométrie est réduite, la résorption est plus accentuée avec la provenance exotique
Mozambique comparée aux provenances locales. Ce qui suggère une adaptation locale des
plantes aux divers climats (Ramírez-Valiente et al., 2010).
Nos données de minéralisation du carbone des feuilles de Jatropha dans les sols ont été
bien ajustées au modèle de décomposition double exponentiel. Ce modèle assume en moyenne
un taux de 28% de carbone labile et 72 % de carbone récalcitrant. Les vitesses de décomposition
du compartiment labile sont plus élevées que les vitesses de décomposition du compartiment
récalcitrant ; ce qui est en adéquation avec les cinétiques de décomposition des litières des
études de Patrício et al. (2012). La décomposition des composés récalcitrants joue un rôle
important dans le stockage de la matière organique. Les feuilles de Jatropha peuvent être
considérées comme étant des feuilles à décomposition lente avec 72 % de carbone récalcitrant.
Ainsi, la décomposition lente des litières des plantes natives peut augmenter le stockage du
carbone et améliorer la fertilité des sols (Vauramo et Setälä, 2011).
Dans cette présente étude, le taux de carbone labile des feuilles de même que leurs
coefficients de décomposition k1 ont été significativement plus élevés avec les résidus frais
qu’avec les résidus sénescents (p <0,05). De plus, les teneurs initiales en cellulose ont été
corrélées négativement avec les taux de décomposition k1 (p <0,05 ; R2=0,707). Ainsi, la
composition chimique des litières est le principal facteur expliquant les variations de
minéralisation du carbone de ces résidus de plantes (Cleveland et al., 2013). Dans plusieurs
études, cette décomposition des matières organiques a été négativement corrélée à la
46
Chapitre 2: Influence des litières foliaires de Jatropha curcas L. sur la minéralisation du carbone et de l’azote et sur la
dynamique des communautés bactériennes des sols en conditions contrôlées
composition en cellulose, hémicellulose, lignine et au ratio C/N (Madritch and Hunter, 2003 ;
Arriaga et Maya, 2007 ; Lecerf et Chauvet, 2008 ; Pascault et al., 2010 ; Beyaert et Paul
Voroney, 2011 ; Li et al., 2011 ; Allison, 2012 ; Bray et al., 2012). L’évolution de la
composition chimique des litières au cours des processus de transformation biochimique tout
comme leur composition chimique initiale influence la cinétique de décomposition du fait que
la décomposition des résidus organiques est proportionnelle à la quantité de résidu disponible
pour les microorganismes (Diack et al., 2000).
Dans notre étude, la minéralisation nette de l’azote montre la même tendance que la
nitrification ; ce qui est en adéquation avec les études de Azeez and Van Averbeke (2010). Cette
similarité entre la minéralisation de l’azote organique et la nitrification implique que
l’ammonium est rapidement transformé en nitrates (Azeez et Van Averbeke, 2010). Les teneurs
en ammonium des sols sont négativement corrélées (p<0,05) avec les teneurs en lignine des
feuilles à 28, 56 et 90 jours alors qu’en début d’incubation (3 jours) l’ammonification est
positivement corrélée à la teneur initiale en azote total des litières. Ceci suppose que
l’ammonification est sous le contrôle de la teneur en azote des feuilles de Jatropha dans les
étapes précoces de la décomposition alors que dans les étapes avancées de la décomposition,
l’ammonification est contrôlée par la teneur initiale des feuilles en lignine.
Notre étude montre une élévation du flux de CO2 durant les premières semaines
d’incubation de sols amendés avec les résidus de Jatropha ; cette augmentation du flux de CO2
des sols en réponse à l’apport de résidus organiques a été observée dans des études antérieures
(Sall et al., 2003 ; Dossa et al., 2009 ; Cleveland et al., 2013). L’augmentation du flux de CO2
suggère une augmentation de l’activité microbienne correspondant à l’utilisation des composés
facilement minéralisables contenus dans les litières (Esperschütz et al., 2013).
47
Chapitre 2: Influence des litières foliaires de Jatropha curcas L. sur la minéralisation du carbone et de l’azote et sur la
dynamique des communautés bactériennes des sols en conditions contrôlées
Dans les dernières étapes du processus de décomposition des litières, nous avions noté
une diminution de l’activité des communautés microbiennes due au fait que durant ces étapes,
ce sont les composés récalcitrants dont la décomposition est lente (Esperschütz et al., 2013) qui
sont présents dans les milieux.
Les litières de Jatropha sont des litières à décomposition lente avec des teneurs en
lignine et des ratios C/N élevés. D’après Pfeiffer et al. (2013), les litières avec de faibles taux
de lignine et des ratios C/N bas, donc à décomposition rapide, impacteraient moins la
communauté bactérienne du sol que les litières à décomposition lente comme les litières de
Jatropha. D'où l’importance de ces résidus de Jatropha sur la composition des communautés
bactériennes des sols.
V-Conclusion
L’origine des plants de Jatropha et le type de résidu (frais ou sénescent) ont un effet
significatif sur la teneur en azote et sur le ratio C/N des feuilles. Quelle que soit l’origine des
plantes, les résidus verts (frais) présentent des teneurs en azote élevées et des rapports C/N
faibles par rapport aux résidus sénescents. L’incorporation de ces feuilles de Jatropha au sol
entraîne une augmentation de l’activité microbienne ; une activité plus élevée avec les feuilles
fraîches jusqu’à trois jours d’incubation au laboratoire. Jatropha curcas L. est une plante qui
modifie la structure des communautés bactériennes du sol à travers sa litière foliaire avec une
dynamique de la structure génétique bactérienne au cours de la décomposition de cette litière
de Jatropha. Cet apport de feuilles de Jatropha au sol a un impact positif sur la diversité
bactérienne totale. Le modèle de décomposition double exponentiel est bien ajusté à nos
données de minéralisation du carbone des feuilles de Jatropha en conditions contrôlées. Ce
modèle indique que les pourcentages de carbone récalcitrant des litières de Jatropha varient
entre 70,01% et 73,33% du carbone total pour les feuilles fraîches et entre 72% et 77,33% pour
les feuilles sénescentes. Ainsi, à long terme, une accumulation du carbone dans les sols est
48
Chapitre 2: Influence des litières foliaires de Jatropha curcas L. sur la minéralisation du carbone et de l’azote et sur la
dynamique des communautés bactériennes des sols en conditions contrôlées
observée montrant ainsi l’importance des résidus foliaires de Jatropha dans le stockage du
carbone dans les sols.
49
Chapitre III : Structure et activité des communautés
microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha
curcas L. au champ
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
I-Introduction
Les agrocarburants continuent de susciter l’intérêt de certains acteurs en Afrique pour
l’amélioration des secteurs énergétique et agricole. La plante productrice de biocarburant,
Jatropha curcas L. (JCL), en tant que culture génératrice de revenus, pourrait constituer un
atout supplémentaire pour l’amélioration de la sécurité économique des ménages (Bruggeman
et al., 2010). Jatropha curcas est une plante qui peut être utilisée comme biocarburant tout en
offrant des bénéfices liés à une afforestation de zones dont le couvert végétal est fortement
dégradé voire offrir des possibilités de séquestration du carbone (Srivastava et al., 2014). Dans
la zone soudano-sahélienne Ouest africaine, JCL est traditionnellement présent dans les
villages, implanté sous forme de haies vives protégeant ainsi les champs et utilisé
principalement pour des vertus médicinales (Diédhiou et al., 2012). De plus, Jatropha curcas
est souvent cultivé en association avec les cultures du mil, du maïs, du sorgho, de l’arachide et
du niébé (Diédhiou et al., 2012).
50
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
microbienne, constitue un bon indicateur biologique de la qualité des sols (Moscatelli et al.,
2012). Les activités enzymatiques de la béta-glucosidase, de la phosphatase acide et de l’uréase
(cycle de l’azote) font partie d’une large gamme d’activités enzymatiques donnant des
indications rapides sur les changements de fertilité du sol (Caravaca et al., 2005).
Plusieurs études ont été menées sur l’impact de Jatropha sur les communautés
microbiennes et les caractéristiques des sols (Ogunwole et al., 2008 ; Chaudhary et al., 2011,
2012, 2015 ; Wani et al., 2012 ; Dieng et al., 2014, 2015 ; Srivastava et al., 2014), sur sa
diversité génétique (Ndir et al., 2013 ; Ouattara et al., 2014) et phénotypique (Diédhiou et al.,
2012) de provenances locales et exotiques au Sénégal ; mais à notre connaissance peu d’études
se sont intéressées à l’influence de la diversité des plants de Jatropha sur la diversité des
microorganismes et sur les propriétés chimiques du sol.
Les communautés microbiennes des sols jouent un rôle d’une importance capitale dans
le maintien des fonctions du sol et contribuent à la formation de sa structure, à la décomposition
des résidus organiques et à la disponibilité des éléments minéraux pour les plantes (Paterson,
2003 ; Chaudhary et al., 2015). Ces communautés microbiennes jouent ainsi un rôle important
dans la dynamique du carbone (Srivastava et al., 2012) et de l’azote (Yang et al., 2013), mais
aussi dans la qualité des sols ainsi que dans la productivité des plantes (Hill et al., 2000).
Dès lors qu’il existe une grande variabilité phénotypique entre les populations de J.
curcas au Sénégal (Diédhiou et al., 2012), il serait donc nécessaire de déterminer l’influence
de la diversité des plants de Jatropha et de l’introduction de plantes exotiques sur le
fonctionnement des sols.
Ainsi, nous avons comme objectif d’étudier la biomasse, l’activité et la structure des
communautés microbiennes des sols ainsi que les paramètres chimiques de ces mêmes sols sous
la culture de six provenances de Jatropha dont trois locales et trois exotiques, mais aussi des
systèmes de culture de Jatropha en association avec la culture du mil dans des plantations
expérimentales implantées dans la région de Kaffrine sur le site pilote du projet Jatropha-UA.
II-Matériel et méthodes
51
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
15°35'52.15"O ; Figure 13) dans la région de Kaffrine. Le sol est de type ferrugineux tropical
léssivé (Lixisol) selon la classification de la FAO (Khouma, 2002). Sur ce site de plantation
expérimentale de Jatropha, deux principales parcelles ont été choisies ; la granulométrie des
sols est représentée dans le tableau 4. La première parcelle est une plantation expérimentale,
dite parcelle « association », avec différents facteurs étudiés dont les modalités sont réparties
aléatoirement dans des blocs de culture avec des écartements de 4mx4m. On distingue ainsi un
traitement de Jatropha pure (JAP), un traitement avec une association Jatropha-mil (JAM) et
enfin un traitement de culture pure de mil. Pour chaque traitement, le sol rhizosphérique de
trois pieds de plants a été prélevé aléatoirement à l’horizon 0-20 cm. La deuxième parcelle est
une plantation expérimentale, dite parcelle « provenance » constituée de la culture de Jatropha
provenant de différentes origines géographiques avec des écartements de 3mx3m. Nous avions
trois provenances locales : Kamonghone, Fois 1 et Lompoul et trois provenances exotiques
(Inde, Mozambique et Tanzanie). Pour chaque provenance, le sol rhizosphérique (horizon 0-20
cm) de trois plants a été prélevé. Dans chaque parcelle, un sol nu non cultivé a été prélevé
comme sol témoin. Les sols ont ensuite été séchés au laboratoire à l’air libre puis tamisés à 2
mm avant toute expérimentation et analyse. Une aliquote de tous les échantillons de sol a été
gardée à -20°C en attendant les analyses moléculaires.
La teneur en huile et les autres caractéristiques des graines des provenances de Jatropha ont
été décrites dans les travaux de Ndir et al. (2013) et de Diédhiou et al. (2016) et les autres
paramètres morphologiques sont reportés dans le tableau 5.
Limons % sables %
Parcelles argiles % Total (%)
limons limons sables
sables fins
fins grossiers grossiers
Parcelle
7,47 2,37 11,10 45,50 32,13 98,57
Association
Parcelle
4,77 1,17 7 39,67 47,17 99,77
Provenance
La granulométrie des sols a été déterminée au LAMA (Laboratoire des Moyens Analytiques ; US 122
de l’IRD Dakar, certifié ISO 9001) par la méthode de Robinson (Aubert et al., 1954).
52
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
Nombre de
Diamètre du Diamètre du
Provenances collet (mm) houppier (cm)
Hauteur (cm) branches par
pied
53
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
Pour l’étude de l’activité respiratoire microbienne, les échantillons de sol ont été
introduits dans des flacons à plasma et humidifiés à 80% de leur capacité de rétention au champ.
Les flacons contenant les échantillons de sol ont été par la suite scellés et incubés à 28°C
pendant 15 jours. Le CO2 libéré par l’activité respiratoire microbienne a été mesuré pour chaque
échantillon régulièrement par prélèvement de l’air ambiant des flacons à plasma puis injection
directe dans un chromatographe en phase gazeuse de type SRA Analytical Instruments (MTI
P200 Microsensor Technology Inc., Fremont, CA, USA) équipé d’un détecteur à thermo-
conductibilité (TCD) et d’une colonne Poraplot. Les résultats ont été exprimés en μg CO2 jour
−1 g sol−1.
54
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
pH 7 et 100 μl d’urée (de concentration 1,2 M). Les tubes ont été agités pendant 2 h à 37°C. La
réaction a été arrêtée par alcalinisation, en ajoutant 3 ml de chlorure de potassium 2 M. Ensuite,
les tubes ont été à nouveau agités pendant 30 minutes à la température ambiante puis centrifugés
à 10 000 rpm pendant 5 min. La coloration due à la présence du produit de la réaction
enzymatique a été révélée en ajoutant à 1 ml du surnageant, 9 ml d’eau déminéralisée, 5 ml
d’un mélange de salycilate de sodium et de nitroprussiate de sodium (1,06 M) et 2 ml d’une
solution de dichloroisocyanurate de sodium (39,1 M). Ce mélange a été agité pendant 30 min
et enfin la densité optique a été mesurée à 660 nm à l’aide d’un spectromètre (Thermo Scientific,
GENESYS 20). Les résultats ont été exprimés en μg N-NH4+g(sol)-1h-1 après étalonnage du
spectromètre à partir d’une solution de concentration connue en NH4+.
L’ADN de chaque échantillon de sol a été extrait, une extraction réalisée à partir de 0,25
g de sol avec le kit « Fast spin SpinTM kit for soil » (MP biomedicals, Santa Ana, CA, États-
Unis). Les extraits ont été purifiés par ajout de 500 μl de guanidine thiocyanate 5,5 M.
Toutes les réactions de polymérisation en chaine (PCR) ont été effectuées à l’aide du
thermocycleur Gene AmpR PCR system 9700 (Applied, biosystem, Courtboeuf, France). Les
amorces (couple d’amorces) utilisées sont reportées dans le tableau 6.
Les produits issus des amplifications ont été contrôlés en faisant migrer 3 μl dans un gel
d’agarose à 2 % (p/v) à 100 V pendant 30 minutes. Le gel a ensuite été coloré dans du bromure
d’éthidium (BET ; 1 mg.L-1) pendant 30 min puis rincé dans de l’eau déminéralisée pendant 10
min avant d’être photographié grâce à la chambre à UV à l’aide du logiciel BIO-Capt™.
56
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
Pour l’étude de la structure de la communaté fongique, la région ITS a été amplifiée par
la méthode de la PCR emboitée (Nested PCR). La première PCR utilise les amorces ITS1F et
ITS4 décrites respectivement par Gardes et Bruns (1993) et White et al. (1990). Dans le
mélange réactionnel de 25 μl, 1 μM de chaque amorce, la Taq polymérase Ready- to-go (PuRe
taqTM Ready- to-goTM) et 5 ng d’ADN ont été utilisés. L’amplification a été réalisée avec les
cycles thermiques suivants: une dénaturation initiale à 95°C pendant 5 min, suivie de 30 cycles
caractérisés par une dénaturation à 95°C pendant 30s, une hybridation à 55°C pendant 30s et
d’une élongation à 72°C pendant 1 min. Le cycle thermique est terminé par une élongation
finale à 72°C pendant 10 min. Ces produits d’amplification ont servi de matrice (dilués au
500ème) pour la deuxième PCR. La deuxième amplification s’est effectuée avec les amorces
ITS1F-GC et ITS2 décrites respectivement par Gardes et Bruns (1993) et White et al. (1990).
Les conditions de la seconde PCR ont été identiques à celles de la première réaction
d’amplification.
57
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
Les produits de la première PCR ont servi de matrice (dilués au 200ème) pour la seconde
PCR avec le couple d’amorces spécifiques : CTO189f-GC et CTO654r décrit par Kowalchuk
et al. (1997) donnant des fragments d’environ 465 paires de bases avec les cycles thermiques
suivants : dénaturation à 94° C pendant 2 min suivie de 20 cycles à 94°C pendant 30 s, 57°C
pendant 30 s et 72°C pendant 1 min et d’une élongation finale à 72°C pendant 15 min.
La structure des communautés dénitrifiantes a été étudiée grâce au gène NirK, amplifié
par le couple d’amorce R3Cu-GC et F1aCu décrit par Throbäck et al. (2004). Le mélange
réactionnel de 25 µl était composé de 5 ng d’ADN, de 0,8 µM de chaque amorce et de la Taq
polymérase Ready- to-go (PuRe taqTM Ready- to-goTM). Les cycles thermiques suivants ont
été appliqués : dénaturation initiale à 94°C pendant 2 mn suivie de 10 cycles à 94°C pendant
30 s, 62°C pendant 30 s avec une diminution de la température d’hybridation de 0,5°C à chaque
cycle (PCR ‘Touchdown’) et 72°C pendant 45 s suivie de 25 cycles : 94°C pendant 30 s, 57°C
pendant 30 s, 72°C pendant 45 s et d’une élongation finale à 72°C pendant 15 min.
58
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
Tableau 6 : Description des amorces utilisées dans les réactions de polymérisation en chaine.
Taille de
Amorces Séquences Gènes Références
l’amplifiât
5’-Clamp- CCTACGGGAGGCAGCAG -
338f-GC
3’
Muyzer et al.
16S (V3) 220pb
(1993)
518r 5’-ATTACCGCGGCTGCTGG- 3’
Gardes et Bruns
ITS1 f 5’CTTGGTCATTTAGAGGAAGTAA-3’
(1993)
ITS1, 5,8S,
650pb
ITS2
White et al.
ITS4 5’-TCCTCCGCTTATTGATATGC-3’
(1990)
White et al.
ITS2 5’-GCTGCGTTCTTCATCGATGC-3’
(1990)
5’-AGAGTTTGATCCTGGCTCAG-3’
fd1
Weisburg et al.
16S 1600pb
5’- (1991)
rd1 AAGCTTAAGGAGGTGATCCAGCC-
3’
CTO189f- 5’-clamp-
GC GGAGRAAAGYAGGGGATCG-3’
Kowalchuk et al.
CTO 465pb
(1997)
CTO 654r CTAGCYTTGTAGTTTCAAACG-3’
5’Clamp-
R3Cu-GC
GCCTCGATCAGRTTGTGGTT-3’
Throbäck et al.
nirK 472 pb
(2004).
F1aCu 5'-ATCATGGTSCTGCCGCG- 3'
59
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
Taille de
Amorces Séquences Gène Référence
l’amplifiât
Les produits PCR ont été séparés en utilisant une électrophorèse en gradient de
dénaturation (DGGE) avec le même protocole utilisé dans le chapitre 2. Les gradients de
dénaturation utilisés sont : 45-70% pour les gènes 16S (V3), CTO, nirK et nifH et 22-58% de
dénaturant pour les champignons (ITS).
II-7-Analyses statistiques
Une ANOVA à un facteur a été réalisée pour comparer les variables chimiques et
biologiques des sols des systèmes de culture de Jatropha en association avec le mil et de la
culture de différentes provenances. Le test de Fisher à 95% a ensuite été réalisé pour classer les
moyennes. Toutes les corrélations effectuées dans cette étude ont été réalisées avec le test de
corrélation de Pearson à 95%. Toutes les analyses statistiques ont été effectuées grâce au
logiciel XLStat-Pro (2011.2.04 AddinSoft).
60
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
III-Résultats
La teneur en phosphore a été positivement corrélée avec les teneurs en ammoniums (p<
0,05 ; R2=0,74) et en nitrates (p<0,05 ; R2=0,76); cette teneur en nitrates a été corrélée
positivement avec la teneur en ammoniums (p<0,05 ; R2=0,69) et avec la biomasse microbienne
(p<0,05 ; R2=0,75).
61
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
Tableau 7 : Caractéristiques chimiques et biologiques des sols de la rhizosphère des différentes provenances de Jatropha.
LOMPOUL 0,47 c 5,27 b 11,244 a 159 cd 2,37 bc 7,85 d 10,39 b 39,279c 6,79 b
KAMOGHONE 0,35 bc 4,06 b 11,514 ab 117,5 bc 1,47 ab 1,87 ab 2,36 a 19,219b 6,87 b
TANZANIE 0,35 bc 4,09 b 11,592 ab 87,5 ab 2,2 abc 2,45 b 5,065 a 21,991b 6,55 b
MOZAMBIQUE 0,30 ab 3,75 ab 12,176 ab 196 d 3,17 c 4,70c 4,55 a 19,039b 6,80 b
TEMOIN 0,20 a 2,41 a 12,275 b 46,333 a 1,200 a 0,60 a 2,170 a 9,588a 5,76 a
Pr > F 0,024 0,076 0,344 0,001 0,017 <0,0001 0,005 0,000 0,007
Significatif Oui Non Non Oui Oui Oui Oui Oui Oui
62
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
III-1-2-1-Respiration basale
Les activités respiratoires des sols cultivés avec les provenances Fois 1, Kamonghone,
Lompoul, Inde, Mozambique et Tanzanie de Jatropha curcas L. et des sols non cultivés
(témoin) sont représentées dans le tableau 7. Les sols rhizosphériques des différentes
provenances de Jatropha ont eu des activités respiratoires significativement plus élevées que
celles des sols non rhizosphériques. Les sols rhizosphériques de la provenance Lompoul ont
présenté les activités les plus élevées (39,28 µg CO2 jour-1 g sol-1). Alors que les sols sous
culture des autres provenances n’ont pas eu d’activités respiratoires rhizosphériques différentes.
III-1-2-2-Activité enzymatique
Les mesures des activités enzymatiques ont montré que celles de la béta-glucosidase et
de la phosphatase acide (Tableau 8) ont été significativement plus élevées dans les sols
rhizosphériques que dans les sols non rhizosphériques (p<0,05). Cependant, les activités
enzymatiques de l’uréase des sols rhizosphériques des provenances Fois 1 et Mozambique ont
été plus faibles que celles des sols témoins (p<0,05). Ces sols témoins ont eu des activités
enzymatiques de l’uréase qui n’ont pas été significativement différentes de celles des sols
rhizosphériques des provenances Kamonghone, Inde et Tanzanie. Les sols rhizosphériques de
la provenance Lompoul de Jatropha ont eu les activités enzymatiques de la béta-glu, de la
phosphatase acide et de l’uréase les plus élevées (55,38 μg p-NP g(sol)-1h-1, 47,22 μg p-NP
g(sol)-1h-1 et 194,319 µg N-NH4+ g-1 h-1 respectivement).
63
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
Le dendrogramme de similarité issu de l’analyse du gel DGGE a montré que les sols
non rhizosphériques se séparaient nettement des sols rhizosphériques avec environ 33% de
différence (Figure 14). De plus, la diversité de Shannon de la communauté bactérienne totale
(Tableau 9) a été plus élevée dans les sols rhizosphériques à l’exception de celui de la
provenance Mozambique. Cependant, les communautés bactériennes des sols rhizosphériques
n’ont pas été structurées en fonction des provenances des plantes de Jatropha. Cette diversité
de Shannon de la communauté bactérienne totale était positivement corrélée avec le pH des sols
(p<0,05 ; R2 =0,65).
64
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
65
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
66
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
Figure 15 : Gel DGGE (haut) et dendrogramme de similarité (bas) des communautés fongiques
de la rhizosphère de Jatropha des différentes provenances (IN : Inde, TZ : Tanzanie, MOZ :
Mozambique, FO : Fois 1, KAM: Kamonghone, LOMP : Lompoul, TEM : Témoin).
67
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
68
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
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Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
70
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
71
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
72
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
Les caractéristiques chimiques des sols sont reportées dans le tableau 10. Les teneurs en carbone
ainsi que les teneurs en azote ont été significativement différentes entre les sols des systèmes
de culture pure de Jatropha et les sols témoins et non significativement différentes entre les sols
rhizosphériques de Jatropha en association avec le mil et ceux du mil (p< 0,05). Les systèmes
de culture n’ont pas eu d’effet significatif sur le rapport C/N des sols. La teneur en azote a été
positivement corrélée à la teneur en carbone (p<0,01 ; R2=0,98) et le pH du sol a été
positivement corrélé à la teneur en NO3- (p<0,05 ; R2=0,92).
III-2-2-Activité microbienne
III-2-2-1-Respiration basale
73
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
JATROPHA-
0,28 ab 3,17 a 11,557 a 2,996 b 6,770 c 2,733 b 1,200 b 19,953bc
MIL
III-2-2-2-Activité enzymatique
Les mesures de l’activité enzymatique (Figure 19) nous a montré que les sols cultivés
avec le mil ont eu des activités enzymatiques de l’uréase (267,66 µg N-NH4+ g(sol)-1 h-1), de la
phosphatase acide (41,59 µg p-NP g(sol)-1 h-1) et de la béta-glucosidase (35,06 µg p-NP g(sol)-
1
h-1) plus élevées que celles des sols cultivés avec Jatropha en culture pure ou en association
avec du mil ainsi que celles des sols non cultivés (p<0,05).
74
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
µg p-PN g -1 h -1
30 40
µg p-PN g -1 h -1
35 b
25 b
30 ab
20
25 a
15 20
10 15
a 10
5
5
0 0
JAPure JA-MIL MIL TEMOIN JAPure JA-MIL MIL TEMOIN
Uréase
300 c
250
µg N-NH4+ g -1 h -1
200
b
150
100 a
a
50
0
JAPure JA-MIL MIL TEMOIN
75
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
Bactéries Nitrifiantes
3,5
bc c
3,0 ab
Diversité de Shannon
2,5 a
2,0
1,5
1,0
0,5
0,0
JAPure JA-MIL MIL TEMOIN
76
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
Les sols rhizosphériques des plantes de Jatropha du système de culture JAM ont eu une
diversité de Shannon des communautés bactériennes dénitrifiantes (3,34) significativement la
plus élevée (p<0,05), suivie de celle de JAP (3,10). Notre étude n’a pas montré de différences
significatives entre les diversités de Shannon des communautés dénitrifiantes du sol témoin
(non rhizosphérique) et de la rhizosphère du mil qui ont eu les valeurs les plus faibles (Figure
22). Le dendrogramme de similarité (Figure 23) a montré une séparation, dans le cluster I, entre
les communautés dénitrifiantes du sol témoin et de celles de la rhizosphère du mil ; alors que
celles des cultures pures de Jatropha (sous cluster B) et association Jatropha-mil (sous cluster
A) ont été regroupées dans le cluster II. Les clusters I et II ont eu environ 60% de dissimilarité
et les sous-clusters A et B environ 30% de dissimilarité.
Bactéries dénitrifiantes
4,0
3,5 c
Diversité de Shannon
b
3,0
a
2,5 a
2,0
1,5
1,0
0,5
0,0
J APure J A -MIL MI L TEMOIN
77
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
Les tests de comparaisons n’ont montré aucune différence significative entre les
diversités de Shannon des communautés fixatrices d’azote des systèmes JAP, JAM, mil et des
sols témoins (Figure 24). Cependant, le dendrogramme de similarité présence-absence des
profils DGGE des communautés diazotrophiques (Figure 25) a montré deux clusters distincts
ayant environ 61% de dissimilarité. Le premier cluster a été composé des profils DGGE des
bactéries diazotrophiques de la rhizosphère du mil et du sol témoin qui ont eu 58% de
dissimilarité. Le deuxième cluster a été constitué des sols rhizosphériques de Jatropha en culture
pure et en association avec le mil.
78
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
2,5
2,0
1,5
1,0
0,5
0,0
J APure J A -MIL MI L TEMOIN
79
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
Champignons
4,0 a a
Diversité de Shannon
3,5 a a
3,0
2,5
2,0
1,5
1,0
0,5
0,0
J APure J A -MIL MI L TEMOIN
80
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
IV-Discussion
Les teneurs en azote des sols augmentent avec la culture des provenances Lompoul,
Kamonghone, Fois 1 et Tanzanie de Jatropha. La rhizosphère est ainsi caractérisée par une
grande disponibilité de l’azote comparée au sol non rhizosphérique (Koranda et al., 2011). Les
sols rhizosphériques de la provenance Lompoul montrent globalement les teneurs en azote les
plus élevées ; ceci serait dû au fait que cette provenance présentait globalement les
performances agronomiques les plus élevées comparée aux autres provenances (Tableau 5). La
provenance Mozambique se distingue également avec une meilleure amélioration des teneurs
en phosphore. Quelle que soit la provenance, la culture de Jatropha n’a pas d’impact négatif sur
les sols. L’âge des plantations pourrait expliquer l’absence d’impacts de certaines provenances,
en effet, ce sont des plantations jeunes (24 mois après transplantation au champ). Ainsi, ces
81
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
Toutes les provenances de Jatropha ont entraîné une augmentation du pH des sols.
Cependant, les études de Singh et al. (2013) sur la capacité de réhabilitation des sols salés de
Jatropha montrent une diminution du pH avec la culture de cette plante. L’exsudation racinaire
peut ainsi modifier considérablement le pH des sols rhizosphériques (Hartmann et al., 2008).
Notre étude semble identifier une provenance locale de Jatropha au Sénégal (Lompoul)
qui entraîne une augmentation de la biomasse microbienne des sols. Plusieurs travaux (Singh
et al., 2013 ; Srivastava et al., 2014) avaient montré une augmentation de la biomasse
microbienne du sol par la culture de Jatropha. Ceci pourrait être attribué à la sécrétion dans la
rhizosphère, par la plante de composés bénéfiques à la croissance des communautés
microbiennes (Srivastava et al., 2014). Herman et al. (2006) attribuent l’augmentation des
communautés microbiennes au stock d’azote labile dans la rhizosphère.
82
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
Les communautés bactériennes nitrifiantes et fixatrices d’azote n’ont pas été influencées
par la culture de Jatropha, par contre, les communautés dénitrifiantes montrent des
dissimilarités de 45% entre sols cultivés avec Jatropha et sols non cultivés. De plus, la diversité
de Shannon des communautés dénitrifiantes est plus élevée avec la culture de Jatropha et
pourrait être expliquée par les teneurs en azote et en carbone qui augmentent dans la rhizosphère
de Jatropha. En effet, la diversité de Shannon des communautés dénitrifiantes (NirK) est
positivement corrélée avec les teneurs en carbone et en azote. L’abondance des gènes nirK et
la dénitrification sont positivement liées à la disponibilité de l’azote et du carbone dans le sol
(Clark et al., 2012 ; Miller et al., 2012). En étudiant les communautés bactériennes
dénitrifiantes par DGGE, Ma et al. (2008) montrent une augmentation de la complexité de ces
communautés dans les sols cultivés. Nos résultats montrent également une corrélation positive
entre la diversité de Shannon des communautés dénitrifiantes (NirK) et celle de la communauté
bactérienne totale ; les études de Clark et al. (2012) avaient déjà montré une relation positive
de ces deux communautés en termes d’abondance.
83
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
entre la nitrification et la dénitrification trouvée dans des études antérieures (Abbasi et Adams,
2000 ; Frank et al., 2000 ; Brankatschk et al., 2011).
Les teneurs en carbone total et en azote total sont significativement différentes entre les
sols rhizosphériques de la culture pure de Jatropha et les sols témoins et non significativement
différentes entre les sols rhizosphériques du mil, les sols rhizosphériques de Jatropha en
association avec le mil et les sols témoins. Ceci semble indiquer que la culture de Jatropha
améliore mieux les teneurs en carbone et en azote que la culture du mil dans cette présente étude
et cela pourrait être expliqué soit par la période d’échantillonnage soit par la nature des cultures.
En effet, De Raissac et al. (1998) avaient trouvé un changement de la quantité des substances
libérées dans les sols en fonction des saisons ; de plus, le mil est une culture annuelle et Jatropha
une culture pérenne. Les études de DuPont et al. (2014) ont montré que les sols cultivés avec
les cultures annuelles ont des teneurs en carbone plus faibles que les sols cultivés avec des
plantes pérennes du fait de la biomasse racinaire qui est plus élevée chez les plantes pérennes.
Les quantités de substances excrétées par les racines sont déterminées par l'état de
fonctionnement et par l'état de croissance (De Raissac et al., 1998).
84
Chapitre 3: Structure et activité des communautés microbiennes dans les sols cultivés avec Jatropha curcas L. au champ
communautés microbiennes que ceux libérés par les racines du mil. Ainsi, l’activité des
communautés microbiennes va être plus importante dans la rhizosphère du mil que dans la
rhizosphère de Jatropha du fait de la dégradation rapide des composés relativement labiles de
la rhizosphère du mil. Le caractère relativement moins dégradable des exsudats racinaires de
Jatropha par rapport à ceux du mil fait que les communautés microbiennes seront relativement
plus diversifiées avec la culture de Jatropha. Paterson (2003) note que la plante peut contrôler
l’effet bénéfique que peut avoir les communautés microbiennes sur la plante elle-même en
affectant directement l’expression des gènes de ces communautés microbiennes à travers la
qualité des substances exsudées.
V-Conclusion
Notre étude a identifié une provenance locale de Jatropha nommé Lompoul, donc, bien adaptée
aux conditions locales qui entraîne une meilleure amélioration des teneurs en azote total et en
nitrates et de la diversité de Shannon des communautés bactériennes nitrifiantes et
dénitrifiantes. Les activités enzymatiques de la Béta-glu et de la phosphatase acide ainsi que la
biomasse microbienne sont également plus élevées avec la culture de cette provenance
Lompoul. Toutefois, une amélioration des teneurs en phosphore et en ammonium par la culture
de la provenance Mozambique et une diversité de Shannon de la communauté bactérienne totale
qui semble être plus sensible à la culture de la provenance locale Fois 1 ont été observées.
Jatropha est une plante pérenne pouvant être cultivé en association avec la culture du mil. Dans
cette étude, les communautés bactériennes nitrifiantes et dénitrifiantes sont plus sensibles à la
culture de Jatropha qu’à la culture du mil. Cependant, les activités enzymatiques impliquées
dans les cycles du carbone, de l’azote et du phosphore sont plus élevées avec la culture du mil
qu’avec la culture de Jatropha.
85
Chapitre IV : Analyse de la diversité, de la structure et
de la dynamique des communautés bactériennes des
sols sous l’influence de Jatropha curcas L. par une
approche métagénomique
Chapitre 4: Analyse de la diversité, de la structure et de la dynamique des communautés bactériennes des sols sous l’influence de Jatropha
curcas L. par une approche métagénomique
I-Introduction
Dans les chapitres précédents, la diversité et la dynamique structurale des communautés
bactériennes totales et spécifiques impliquées dans les cycles de l’azote sous l’influence de la
culture de Jatropha ont été étudiées avec des techniques d’empreintes génétiques telles que la
DGGE. Cependant, à l’issue de ces expérimentations, la diversité phénotypique de Jatropha ne
semble pas influencer la diversité des communautés bactériennes au niveau rhizosphérique et
avec l’incorporation de litière de cette plante dans les sols. Il est donc nécessaire d’identifier les
différentes unités taxonomiques concernées pour mieux comprendre leur structuration, leur
interaction ainsi que leur dynamique sous l’influence de la rhizosphère et de la litière de
Jatropha. L’identification des unités taxonomiques au niveau de l’espèce permet d’évaluer les
diversités alpha par les indices de richesse spécifique et de diversité de Shannon. La diversité
alpha représente la diversité des organismes dans un échantillon ou dans un environnement
donné (Navas-Molina et al., 2013). Les avancées technologiques en matière de séquençage
d’ADN et la disponibilité d’outils bio-informatiques rendent plus faciles la caractérisation des
communautés microbiennes de différents environnements (Navas-Molina et al., 2013)
permettant ainsi de déterminer rapidement la diversité et l’abondance de plusieurs espèces et
leur organisation taxonomique simultanément (Rincon-Florez et al., 2013). La diversité
génétique au niveau taxonomique des microorganismes est communément étudiée par la
détermination des gènes codant l’ARN ribosomal. A notre connaissance, peu d’études
métagénomiques ont été effectuées sur les sols cultivés avec Jatropha et aucune étude n’a encore
été menée sur l’influence de la variabilité phénotypique de cette plante sur la diversité
taxonomique bactérienne. De plus, les dynamiques taxonomiques bactériennes au cours des
processus de minéralisation de la litière de Jatropha n’ont pas encore été élucidées. Comparées
aux champignons, peu d’informations sont disponibles sur les communautés bactériennes
intervenant dans les processus de décomposition des litières (Kim et al., 2014). Les nouvelles
techniques de séquençages fournissent des informations quantitatives et taxonomiques plus
86
Chapitre 4: Analyse de la diversité, de la structure et de la dynamique des communautés bactériennes des sols sous l’influence de Jatropha
curcas L. par une approche métagénomique
détaillées que l’approche basée sur la DGGE (Schreiter et al., 2014). Ainsi, les techniques
d’empreintes génétiques (DGGE) ont une résolution inférieure à celles des nouvelles techniques
de séquençage à haut débit (Gobet et al., 2014).
II-Matériel et Méthodes
87
Chapitre 4: Analyse de la diversité, de la structure et de la dynamique des communautés bactériennes des sols sous l’influence de Jatropha
curcas L. par une approche métagénomique
Fraîches
Ban1(LB1) Ban10 Ban13 Ban128 Ban128 Ban128 Ban128
Banfadjiré (Vertes)
(Senegal) Sénescentes
Ban2 (LB2) Ban20 Ban23 Ban228 Ban256 Ban290 Ban2120
(Jaunes)
Fraîches
MB1 MB10 MB13 MB128 MB156 MB190 MB1120
Madiop Boye (Vertes)
(Senegal) Sénescentes
MB2 MB20 MB23 MB228 MB256 MB290 MB2120
(Jaunes)
Fraîches
MOZ1 MOZ10 MOZ13 MOZ128 MOZ156 MOZ190 MOZ1120
(Vertes)
Mozambique
Sénescentes
MOZ2 MOZ20 MOZ23 MOZ228 MOZ256 MOZ290 MOZ2120
(Jaunes)
Fraîches
TZ1 TZ10 TZ13 TZ128 TZ156 TZ190 TZ1120
(Vertes)
Tanzanie
Sénescentes
TZ2 TZ20 TZ23 TZ228 TZ256 TZ290 TZ2120
(Jaunes)
Témoin T T0 T3 T28 T56 T90 T120
Les données de séquençage ont été traitées avec le pipeline d’analyse de MR DNA (MR
DNA, Shallowater, TX, USA). Après filtration des séquences, les unités taxonomiques
opérationnelles (OTU) ont été définies par regroupement à 97% de similarité et l’OTU finale
est classée en utilisant une base de données organisée dérivant de GreenGenes, RDPII et de
NCBI ([Link], DeSantis et al. (2006), [Link] La
88
Chapitre 4: Analyse de la diversité, de la structure et de la dynamique des communautés bactériennes des sols sous l’influence de Jatropha
curcas L. par une approche métagénomique
Les méthodes d’ordination peuvent être utilisées pour l’exploration des données
phylogénétiques complexes de séquençage à haut débit (McMurdie and Holmes, 2012). Une
analyse MDS (Multidimensional scaling) a été réalisée pour visualiser la structuration
spécifique des phyla en fonction des provenances des plantes de Jatropha, du type de résidu et
du temps d’incubation. L’ordination avec la méthode MDS est utilisée pour réduire la
complexité des données permettant ainsi une visualisation de la relation structurale entre ces
données par une estimation de similarités entre groupes d’éléments (Hout et al., 2013).
Une NMDS basée sur les distances de similarité de Bray-Curtis (Galimanas et al., 2014)
a été réalisée avec phyloseq (R package) pour visualiser la structuration des communautés
bactériennes totales et la distribution des phyla à travers les échantillons. L’analyse
multidimensionnelle NMDS est une méthode d’ordination utilisant un algorithme itératif
89
Chapitre 4: Analyse de la diversité, de la structure et de la dynamique des communautés bactériennes des sols sous l’influence de Jatropha
curcas L. par une approche métagénomique
prenant les données multidimensionnelles d’une matrice de similarité et les présente sur un
espace à dimension réduite généralement au nombre de deux (D’Anteo et al., 2015).
Une analyse DCA (Detrended correspondence analysis), une méthode similaire à l’ACP
(Leland et al., 1986) a également été réalisée ; il s’agit d’une méthode très sensible aux
différences entre échantillons et fournit une ordination des espèces (ou des OTU en général)
très significative.
III-Résultats
Dans ce chapitre, combinant l’étude de l’effet des feuilles et de la rhizosphère de
différents phénotypes de Jatropha curcas L. sur la composition des communautés bactériennes
du sol, 38.029 séquences bactériennes ont été identifiées et réparties en 1.979 espèces, 755
genres, 238 familles, 108 ordres, 51 classes et 22 phyla.
III-1-1-Diversité taxonomique
Les analyses de diversité alpha avec phyloseq ont également révélé une diminution de
la diversité de Shannon et de la richesse spécifique au cours du temps à l’exception du 28ème
jour d’incubation dont les sols ont eu la diversité de Shannon la plus faible (Figure 28).
90
Chapitre 4: Analyse de la diversité, de la structure et de la dynamique des communautés bactériennes des sols sous l’influence de Jatropha
curcas L. par une approche métagénomique
A B
Figure 28: Richesse spécifique et diversité de Shannon des sols en fonction des provenances
(A: TRUE=provenances locales, FALSE=provenances exotiques), du type de litière foliaire
apportée (B : TRUE=apport de feuilles, FALSE=sans apport) et du temps d'incubation (C :
TRUE= début d’incubation, FALSE=fin d’incubation).
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Chapitre 4: Analyse de la diversité, de la structure et de la dynamique des communautés bactériennes des sols sous l’influence de Jatropha
curcas L. par une approche métagénomique
Parmi les 22 phyla, les plus abondants ont été les Firmicutes, les Protéobactéria, les
Actinobactéria et les Acidobacteria. Les Firmicutes ont eu des abondances relatives qui
variaient entre 34,46 % avec les feuilles de MB2 à 3 jours et 64,39 % dans les sols incorporés
des feuilles MOZ1 à 90 jours. Les Protéobactéria venaient en seconde position avec des
abondances variant entre 11,34 % avec le traitement MOZ1 à 120 jours et 40,5 % avec MB2 à
3 jours d’incubation (ANNEXE 3).
Les abondances relatives des Protéobactéria ont été positivement corrélées avec celles
des Actinobactéria (p<0,0001) et négativement avec celles des Firmicutes (p<0,0001) et des
Acidobactéria (p<0,001 ; Figure 29). En effet, les Firmicutes et les Acidobactéria ont eu des
abondances relatives qui ont diminué dans les premières semaines (jusqu’à 28 jours) puis une
augmentation de ces abondances a été observée jusqu’à 120 jours. Les abondances relatives des
Protéobactéria et des Actinobactéria ont eu des tendances inverses.
92
Chapitre 4: Analyse de la diversité, de la structure et de la dynamique des communautés bactériennes des sols sous l’influence de Jatropha
curcas L. par une approche métagénomique
12
y = -0.1961x + 8.6667
10
R² = 0.215
Acidobactéria
8
0
0 10 20 30 40
Protéobactéria
25 y = 0.3091x + 6.9301
R² = 0.320
20
Actinobactéria
15
10
0
0 10 20 30 40
Protéobactéria
70 y = -1.2996x + 79.406
65 R² = 0.858
60
55
Firmicutes
50
45
40
35
30
25
20
0 10 20 30 40 50
Protéobactéria
Figure 29 : Corrélation entre les abondances relatives des Protéobactéria et les abondances
relatives des Acidobactéria, des Actinobactéria et des Firmicutes.
93
Chapitre 4: Analyse de la diversité, de la structure et de la dynamique des communautés bactériennes des sols sous l’influence de Jatropha
curcas L. par une approche métagénomique
Figure 30: DCA des sols en fonction de la durée de l’incubation, du type de litière et de la
provenance.
94
Chapitre 4: Analyse de la diversité, de la structure et de la dynamique des communautés bactériennes des sols sous l’influence de Jatropha
curcas L. par une approche métagénomique
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Chapitre 4: Analyse de la diversité, de la structure et de la dynamique des communautés bactériennes des sols sous l’influence de Jatropha
curcas L. par une approche métagénomique
Figure 31: MDS pour le Phylum des Firmicutes en fonction des provenances de Jatropha, du
degré de maturité des feuilles (type de litière) et du temps d’incubation (Sample Type).
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Chapitre 4: Analyse de la diversité, de la structure et de la dynamique des communautés bactériennes des sols sous l’influence de Jatropha
curcas L. par une approche métagénomique
Figure 32: MDS pour le phylum des Acidobacteria en fonction des provenances de Jatropha,
du degré de maturité des feuilles (type de litière) et du temps d’incubation (Sample Type).
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Chapitre 4: Analyse de la diversité, de la structure et de la dynamique des communautés bactériennes des sols sous l’influence de Jatropha
curcas L. par une approche métagénomique
Figure 33: MDS pour le phylum Protéobactéria en fonction des provenances de Jatropha, du
degré de maturité des feuilles (type de litière) et du temps d’incubation (Sample Type).
98
Chapitre 4: Analyse de la diversité, de la structure et de la dynamique des communautés bactériennes des sols sous l’influence de Jatropha
curcas L. par une approche métagénomique
Figure 34 : MDS pour le phylum des Actinobactéria en fonction des provenances de Jatropha,
du degré de maturité des feuilles (type de litière) et du temps d’incubation (Sample Type).
III-2-1-Diversité alpha
99
Chapitre 4: Analyse de la diversité, de la structure et de la dynamique des communautés bactériennes des sols sous l’influence de Jatropha
curcas L. par une approche métagénomique
diversité la plus faible suivie de Fois 1 et de Kamonghone qui ont eu des diversités pas très
éloignées avec celle de la provenance Inde. La provenance Mozambique a également induit la
richesse spécifique la plus élevée des sols, cependant, les provenances Kamonghone et
Tanzanie ont présenté les indices de Chao1 les plus faibles et que le sol rhizosphérique de la
provenance Lompoul a présenté une richesse spécifique similaire à celle de Fois 1.
100
Chapitre 4: Analyse de la diversité, de la structure et de la dynamique des communautés bactériennes des sols sous l’influence de Jatropha
curcas L. par une approche métagénomique
Le phylum des Firmicutes a montré une forte similarité entre les sols rhizosphériques
des provenances Fois 1, Kamonghone, Inde et Mozambique et une dissimilarité entre les sols
rhizosphériques de ces provenances, celui de Tanzanie et de Lompoul (Figure 37). Les
Actinobactéries ont également montré la même tendance, mais avec une similarité moins
marquée entre les sols rhizosphériques des provenances Fois 1, Kamonghone, Inde et
Mozambique (Figure 40). La structure du phylum des Protéobactéria (Figure 38) et celle du
phylum des Acidobactéria (Figure 39) ont montré des dissimilarités entre les sols
rhizosphériques des différentes provenances de Jatropha.
101
Chapitre 4: Analyse de la diversité, de la structure et de la dynamique des communautés bactériennes des sols sous l’influence de Jatropha
curcas L. par une approche métagénomique
Figure 37 : MDS pour les Firmicutes de la Figure 39 : MDS pour les Acidobactéria de
rhizosphère de Jatropha des provenances la rhizosphère de Jatropha des provenances
Fois 1, Kamonghone, Lompoul, Inde, Fois 1, Kamonghone, Lompoul, Inde,
Mozambique et Tanzanie. Mozambique et Tanzanie.
Figure 38 : MDS pour les Protéobactéria de Figure 40 : MDS pour les Actinobactéria de
la rhizosphère de Jatropha des provenances la rhizosphère de Jatropha des provenances
Fois 1, Kamonghone, Lompoul, Inde, Fois 1, Kamonghone, Lompoul, Inde,
Mozambique et Tanzanie. Mozambique et Tanzanie.
102
Chapitre 4: Analyse de la diversité, de la structure et de la dynamique des communautés bactériennes des sols sous l’influence de Jatropha
curcas L. par une approche métagénomique
Les méthodes d’ordinations NMDS (Figure 41) et CA (Figure 42) nous ont montré que
la structure des communautés bactériennes rhizosphériques a été façonnée par la diversité
phénotypique de Jatropha. Cependant, la similarité entre les communautés bactériennes de la
rhizosphère des provenances Inde, Kamonghone et Fois 1 a été forte alors que la similarité entre
les communautés bactériennes des sols rhizosphériques de ces provenances, ceux de Lompoul,
de Mozambique et de Tanzanie a été faible.
Figure 41 : NMDS des rhizosphères des différentes provenances de Jatropha et des 5 phyla les
plus abondants (Acidobactéria, Actinobactéria, Chloroflexi, Firmicutes et Protéobactéria).
103
Chapitre 4: Analyse de la diversité, de la structure et de la dynamique des communautés bactériennes des sols sous l’influence de Jatropha
curcas L. par une approche métagénomique
Figure 42 : Analyse en correspondance pour les 5 phyla les plus abondants des 200 OTU les
plus abondantes de la rhizosphère des différentes provenances de Jatropha.
IV-Discussion
IV-1-1-Diversité alpha
Les litières foliaires des provenances locales (Banfadjiré et Madiop Boye) et exotiques
(Mozambique et Tanzanie) entraînent une augmentation de la diversité alpha des sols qui est
plus élevée avec l’apport des feuilles sénescentes. Dans le chapitre 2, nous avions observé que
les feuilles sénescentes (jaunes) ont eu des teneurs en lignine supérieures à celles des feuilles
fraîches (vertes) et pourraient donner une explication à la différence des diversités alpha
provoquée par ces deux types de résidu. Dans les travaux de DeAngelis et al. (2011),
l’augmentation de la lignine a entraîné une augmentation de la diversité de Shannon des
communautés microbiennes, mais cette augmentation de la lignine n’a eu aucun effet sur la
richesse spécifique.
104
Chapitre 4: Analyse de la diversité, de la structure et de la dynamique des communautés bactériennes des sols sous l’influence de Jatropha
curcas L. par une approche métagénomique
L’analyse des données métagénomiques des sols amendés avec les feuilles de Jatropha
avec le package phyloseq de R montre une diminution de la diversité de Shannon et de la
richesse spécifique (Chao1) au cours du temps. La diminution de la diversité alpha au cours de
la minéralisation des feuilles, pourrait s’expliquer par l’augmentation de la dominance des
Firmicutes au cours du temps. En effet, la dominance d’un groupe dans une communauté a pour
effet une diminution de la diversité de cette communauté (Grall et Coïc, 2006), car la diversité
prend en compte le nombre d’espèces et la répartition des individus dans chaque espèce.
Les diversités de Shannon sont plus élevées dans les sols amendés avec les feuilles de
Jatropha de la provenance Tanzanie suivies de celles de Banfadjiré (locale), de Madiop Boye
(locale) et enfin de Mozambique. Cependant, la richesse spécifique des sols amendés avec les
résidus de Madiop Boye est similaire à celle de Tanzanie. Les différences de la composition
chimique des feuilles des différentes provenances de Jatropha ont ainsi un impact sur la
diversité bactérienne des sols amendés avec ces résidus de Jatropha. En effet, les feuilles de
Jatropha des provenances Banfadjiré et Tanzanie ont des teneurs en carbone plus élevées que
celles des provenances Madiop Boye et Mozambique. De plus, les résidus sénescents des
provenances Banfadjiré et Tanzanie ont des teneurs similaires en azote (Tableau 1).
105
Chapitre 4: Analyse de la diversité, de la structure et de la dynamique des communautés bactériennes des sols sous l’influence de Jatropha
curcas L. par une approche métagénomique
Les abondances relatives des Protéobactéria et des Actinobactéria augmentent dans les
premières semaines de la minéralisation des résidus de Jatropha et une augmentation de celles
des Firmicutes et des Acidobactéria pendant les étapes avancées de la décomposition a été
observée. Dans notre étude, l’abondance relative des protéobactéria augmente au début des
processus de minéralisation due à la disponibilité des composés facilement dégradables des
résidus. A l’inverse, les Firmicutes ont des abondances relatives élevées à long terme avec une
faible disponibilité des composés facilement dégradables (DeAngelis et al., 2013). Ainsi,
l’augmentation des vitesses de décomposition des litières entraîne une augmentation de
l’abondance des membres des Protéobactéria et une diminution de celle des membres des
Acidobactéria (Fierer et al., 2007).
Les membres des groupes des Protéobactéria ainsi que ceux des Actinobactéria dont les
abondances augmentent dans les premières semaines de la décomposition des litières foliaires
de Jatropha font partie des communautés bactériennes dénitrifiantes possédant les gènes NosZ
et NarG respectivement (Enwall et al., 2005). Les abondances relatives des Protéobactéries sont
positivement corrélées avec la disponibilité de la matière organique (Fierer et al., 2007) et
l’apport de résidus de Jatropha (matière organique) a entraîné une augmentation de l’activité
respiratoire microbienne des sols. Ainsi, les abondances relatives des Protéobactéria sont
positivement corrélées avec la respiration microbienne (Cleveland et al., 2006). Les
Acidobactéria (oligotrophes) sont négativement associées à la disponibilité de la matière
organique (Fierer et al., 2007), donc à la respiration microbienne (Cleveland et al., 2006).
Les Firmicutes, dans notre étude sont négativement corrélées à l’activité respiratoire
microbienne, cependant, les études de Cleveland et al. (2006) classent les Firmicutes parmi les
copiotrophes (corrélés positivement avec la respiration). Ainsi, une identification au niveau
taxonomique du genre pourrait nous édifier sur les membres du phylum des Firmicutes qui sont
associés à la minéralisation des composés labiles ou récalcitrants des feuilles de Jatropha.
106
Chapitre 4: Analyse de la diversité, de la structure et de la dynamique des communautés bactériennes des sols sous l’influence de Jatropha
curcas L. par une approche métagénomique
effet, dans cette étude, le phylum des Actinobactéria, celui des Acidobactéria et celui des
Protéobactéria sont structurés en fonction des étapes du processus de décomposition.
Cependant, le phylum des Firmicutes est structuré en fonction de la qualité biochimique des
feuilles de Jatropha. La diversité phénotypique de Jatropha curcas L. impacterait à travers les
litières foliaires, la diversité bactérienne, ce qui ne se reflète pas sur la structuration bactérienne
au niveau taxonomique du phylum car les phyla les plus abondants sont influencés soit par le
temps d’incubation (Protéobactéria, Actinobactéria et Acidobactéria) soit par la qualité
biochimique des litières (Firmicutes).
Parmi les phyla identifiés dans notre étude sur les sols rhizosphériques de différentes
provenances de Jatropha, les Protéobactéria constituent le phylum le plus abondant. A notre
connaissance, la seule étude métagénomique des sols cultivés avec Jatropha (Agarwal et al.,
2015) montre une augmentation significative de ces Protéobactéria avec la culture de Jatropha.
D’autres études ont également montré la dominance des Protéobactéries dans différents types
des sols (Dorr de Quadros et al., 2012 ; Kim et al., 2014). Les Protéobactéria constituent avec
les Bacteroidetes les phyla les mieux améliorés par la culture du maïs (Li et al., 2014). Cette
augmentation des Protéobctéria avec la culture de Jatropha pourrait être expliqué par le pH du
sol, en effet, la culture de Jatropha a entraîné une augmentation significative du pH du sol (pH
compris entre 5 et 7). Rousk et al. (2010) montrent une augmentation de l’abondance de certains
membres des Protéobactéria avec l’augmentation du pH des sols.
107
Chapitre 4: Analyse de la diversité, de la structure et de la dynamique des communautés bactériennes des sols sous l’influence de Jatropha
curcas L. par une approche métagénomique
proches de celles des provenances du Sénégal (provenances locales) trouvées dans les travaux
de Ndir et al. (2013).
Les diversités de Shannon et les richesses spécifiques élevées, observées dans les sols
rhizosphériques de la provenance Mozambique pourraient être expliquées par les teneurs en
phosphore. En effet, les sols rhizosphériques de cette provenance ont les teneurs en phosphore
les plus élevées confirmant les travaux de Tan et al. (2012) qui montrent une augmentation de
l’abondance et de la diversité des communautés bactériennes avec la fertilisation phosphatée.
V-Conclusion
Les litières foliaires de Jatropha entraînent une augmentation de la diversité alpha des
communautés bactériennes (diversité de Shannon et richesse spécifique) des sols. A travers la
litière foliaire, la variabilité phénotypique de Jatropha impacte cette diversité de la communauté
bactérienne totale ; cependant, elle n’influence pas la structuration taxonomique des phyla les
plus abondants. La différence de la qualité biochimique initiale des feuilles fraîches et
sénescentes influence la structure du phylum des Firmicutes. Au-delà de 28 jours d’incubation
de sols amendés avec les feuilles de Jatropha, les communautés bactériennes présentent une
faible variabilité. Le phylum des Protéobactéria est la principale communauté présente dans les
sols rhizosphériques de Jatropha. Contrairement à la litière, la structure au niveau taxonomique
du phylum de la communauté bactérienne rhizosphérique est façonnée par la diversité
phénotypique de Jatropha. Les sols cultivés avec les provenances exotiques de Jatropha ont des
diversités de Shannon relativement supérieures aux sols cultivés avec les provenances locales.
108
Chapitre 4: Analyse de la diversité, de la structure et de la dynamique des communautés bactériennes des sols sous l’influence de Jatropha
curcas L. par une approche métagénomique
Cependant, la provenance locale nommée Lompoul entraîne une bonne amélioration des
paramètres chimiques tels que la teneur en azote et les activités enzymatiques de la Béta-glu et
de la Phosphatase acide ainsi que de la biomasse microbienne.
109
CONCLUSION GENERALE ET PERSPECTIVES
Conclusion générale et perspectives
110
Conclusion générale et perspectives
Jatropha curcas L. est une plante qui n’exerce pas d’influence négative sur les
propriétés biologiques des sols, mais au contraire améliore ces caractéristiques. En revanche, il
ne faut pas s’attendre à d’importants effets d’amélioration comme on pourrait l’avoir avec
d’autres plantes.
*PERSPECTIVES
Une étude sur l’impact des tourteaux et de leur association avec les litières de Jatropha
sur les paramètres agronomiques de Jatropha lui-même ainsi que sur les caractéristiques
chimiques des sols et sur la dynamique microbienne est également envisagée. Les résultats dans
ces expérimentations pourraient contribuer à une meilleure valorisation des tourteaux de
111
Conclusion générale et perspectives
Jatropha pour leur utilisation à long terme sur des plantations à grande échelle de Jatropha lui-
même pour une production de biocarburant.
*RECOMMANDATIONS
Dans notre étude, les sols cultivés avec la provenance locale de Jatropha nommée
Lompoul présentent les meilleures qualités ; nous recommandons ainsi une utilisation de cette
provenance et des provenances locales mieux adaptées aux conditions pédoclimatiques locales
dans les champs de plantation de Jatropha. Cependant, la productivité des plantes est également
à prendre en compte dans le cadre de plantations à grande échelle pour d’éventuelles
productions de biocarburant.
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124
ANNEXES
Annexes
ANNEXES
ANNEXE 1 : Systématique de Jatropha curcas L.
Règne Plantae
Sous-règne Tracheobionta
Division Magnoliophyta
Classe Magnoliopsida
Sous-classe Rosidae
Ordre Euphorbiales
Famille Euphorbiaceae
Genre Jatropha
a
Annexes
b
Annexes
Ban1
70
Abondance relative en pourcentage
60
50
40 firmicutes
30 proteobacteria
acidobacteria
20
actinobacteria
10
0 Jours
0 20 40 60 80 100 120
Ban2
70
Abondance relative en pourcentage
60
50
40 firmicutes
30 proteobacteria
acidobacteria
20
actinobacteria
10
0 Jours
0 20 40 60 80 100 120
c
Annexes
MB1
Abondance relative en pourcentage 70
60
50
40 firmicutes
30 proteobacteria
acidobacteria
20
actinobacteria
10
0 Jours
0 20 40 60 80 100 120
MB2
70
60
Abondance relative en pourcentage
50
40 firmicutes
30 actinobacteria
proteobacteria
20
acidobacteria
10
0 Jours
0 20 40 60 80 100 120
d
Annexes
Moz1
70
Abondance relative en pourcentage
60
50
40 firmicutes
30 proteobacteria
acidobacteria
20
actinobacteria
10
0 Jours
0 20 40 60 80 100 120
Moz2
70
Abondance relative en pourcentage
60
50
40 firmicutes
30 proteobacteria
acidobacteria
20
actinobacteria
10
0 Jours
0 20 40 60 80 100 120
e
Annexes
TZ1
Abondance relative en pourcentage 70
60
50
40 firmicutes
30 actinobacteria
proteobacteria
20
acidobacteria
10
0 Jours
0 20 40 60 80 100 120
TZ2
70
Abondance relative en pourcentage
60
50
40 firmicutes
30 proteobacteria
acidobacteria
20
actinobacteria
10
0 Jours
0 20 40 60 80 100 120
f
Annexes
g
Annexes
h
Annexes
i
Annexes
Article accepté pour publication dans la revue Journal of Soil Science and
Environmental Management (JSSEM) :
Titre : The effect of Jatropha curcas L. leaf litter decomposition on soil carbon and nitrogen status and
bacterial community structure (Senegal)
Auteurs : DIEYE Tidiane, ASSIGBETSE Komi, DIEDHIOU Ibrahima, SEMBENE Mbacké, DIENG
Amadou Lamine, GUEYE Mariama et MASSE Dominique
Communications
j
Annexes
Article :
k
Annexes
Communication 1:
l
Annexes
Communication 2 :
m
Titre : Diversité génétique, structure et activité des communautés microbiennes des sols sous l’influence de Jatropha curcas
L., évaluation de son potentiel de stockage du carbone dans les sols
Résumé :
Jatropha curcas L. (JCL) est une plante pouvant être utilisée à la fois comme productrice de biocarburant, un outil permettant
la séquestration du carbone et un moyen pour réhabiliter les sols. Jatropha curcas est la seule plante productrice de biocarburant
qui permet une réduction rapide des gaz à effet de serre. Cependant, les effets à long terme de cette culture sur les autres
caractéristiques environnementales et surtout sur les composantes biologiques du sol ne sont pas clairement établis. C’est ainsi
que nous nous sommes intéressés à l’impact de la culture de Jatropha sur l’activité et la diversité microbienne des sols ainsi
que sur la disponibilité des nutriments. De plus, notre étude cherche à modéliser la dynamique du carbone dans des sols cultivés
avec Jatropha pour mieux comprendre l’impact de Jatropha dans le stockage du carbone. Pour atteindre nos objectifs, des
expérimentations ont été menées; d’abord dans des conditions de laboratoire, nous avons examiné l’impact de feuilles (fraîches
et sénescentes) de différentes provenances de Jatropha sur les cycles du carbone et de l’azote ainsi que sur la dynamique des
communautés bactériennes des sols. Dans cette expérimentation, les feuilles sénescentes jaunes et fraîches de quatre
provenances de Jatropha dont deux originaires du Sénégal : Banfadjiré (Ban) et Madiop Boye (MB) ; une provenant de
Mozambique (MOZ) et une de Tanzanie (TZ) ont été apportées à du sol et incubées pendant 120 jours (avec six sorties
d’incubation : 0, 3, 28, 56, 90 et 120 jours). Cette expérimentation nous a montré que l’apport de feuilles de Jatropha au sol
entraîne une augmentation de la diversité alpha et que la composition chimique des feuilles de Jatropha varie en fonction de la
diversité phénotypique des provenances; ce qui impacte la diversité et la richesse spécifique de la communauté bactérienne
totale. Les pourcentages de carbone récalcitrant des feuilles de Jatropha varient entre 70,01% et 73,33% du carbone total pour
les feuilles fraîches et entre 72% et 77,33% pour les feuilles sénescentes. Ainsi, Jatropha joue un rôle important dans le stockage
du carbone dans les sols. Afin d’étudier les paramètres biologiques et chimiques des sols en réponse directe avec la culture de
Jatropha, d’autres expérimentations ont été réalisées sur des sols rhizosphériques de six provenances de Jatropha dont trois
locales (Kamonghone, Fois 1 et Lompoul) et trois exotiques (Inde, Tanzanie et Mozambique), mais aussi des systèmes de
culture de Jatropha en association avec la culture du mil. Ces plantations de Jatropha ont été installées dans le village de Ngoui
(13°59'44.07"N ; 15°35'52.15"O) de la région de Kaffrine (Sénégal). Cette étude a montré que la culture de Jatropha améliore
la qualité biologique et chimique des sols. La communauté bactérienne rhizosphérique est façonnée par la diversité
phénotypique de Jatropha. Les sols cultivés avec les provenances exotiques de Jatropha ont eu des diversités de Shannon
relativement supérieures aux sols cultivés avec les provenances locales. Cependant, la culture de la provenance Lompoul qui
est une provenance locale donc mieux adaptée aux conditions locales, entraîne une meilleure amélioration des teneurs en azote
total et en nitrates et de la diversité de Shannon des communautés bactériennes nitrifiantes et dénitrifiantes. Les activités
enzymatiques de la Béta-glu et de la phosphatase acide ainsi que la biomasse microbienne sont également plus élevées avec la
culture de la provenance Lompoul. Jatropha curcas L., une plante pérenne productrice de biocarburant, ne présente pas
d’influence négative sur les cultures annuelles associées telles que le mil.
Mots-clés : Jatropha curcas L. ; diversité alpha ; activité microbienne ; rhizosphère ; litière ; DGGE ; pyroséquençage ;
métagénomique ; stockage du carbone.
Title: Genetic diversity, structure and activity of microbial communities in soil cultivated with Jatropha curcas L.,
evaluation of its soil carbon storage potential
Abstract:
The non eddible biofuels production plant, Jatropha curcas L. (JCL) or pourghere, is an excellent tool for carbon sequestering
and marginal land rehabilitation. It is the only biofuel producer that allows an immediate greenhouse gas reduction. However,
low informations are available on the effect of this plant on soil biological component. Therefore our study is focusing on
microbial activity, biodiversity and nutrients availability in soils cultivated with J. curcas. We are also studying the potential
of this plant to sequester carbon in soil by modeling soil JCL litter carbon dynamic. Firstly, laboratory experimental was
conducted to determine the impact of fresh and senescent leaves coming from on different J. curcas origin on carbon and
nitrogen cycles and on soil bacteria community dynamic. Two of origin used in this study are local plants coming from to
Senegal (Ban: Banfadjiré and MB: Madiop Boye) and the two others origin are exotic plants, one coming from to Mozambique
(MOZ) and one from Tanzania (TZ). All leaf litter types of all origin were mulching on soil and incubated fours month with
six sampling dates (0, 3, 28, 56, 90 and 120 days). This experimentation shows that Jatropha leaf litter increase soil bacterial
alpha diversity which varied among phenotypic Jatropha diversity of origin. JCL green leaves recalcitrant carbon content was
estimated between 70.01% and 73.33% of total C content and senescent leaf litter between 72% and 77.33%. This finding
suggests that Jatropha litter can contribute to a large part to soil carbon storage. The second experiment was conducted on field
(Ngoui village of Kaffrine located at 13°59'44.07"N; 15°35'52.15"O in Senegal) for studying biological and chemical
characteristic of soil rhizospheric of local (Kamonghone, Fois 1 and Lompoul) and exotic (Inde, Tanzanie and Mozambique)
J. curcas plants but also of association of Jatropha with millet. Results of this study show that Jatropha cultivation increase
biological and chemical soil quality. Like litter, Jatropha phenotypic diversity impact bacterial soil rhizospheric diversity which
is relatively superior in soil cultivated with exotic than local plant. However soil parameter such as nitrogen, nitrates, microbial
biomass, betaglucosidase and phosphatase activity but also nitrifying and denitrifying bacterial diversity are increased by
Lompoul origin which is better adapted to local conditions. Jatropha curcas, perennial plant biocarburant producer may be
associated with edible annual plants.
Keywords: Jatropha curcas L.; alpha diversity; microbial activity; rhizosphere; litter; DGGE; pyrosequencing; metagenomics;
carbon storage.