Sommes et Télescopages
Vuiiii
21 Décembre
1 Comprendre les sommes
Ok alors on est tous d’accord sur ce point, le symbole somme c’est le symbole par ex-
cellence (bon avec celui d’intégration) pour impressionner les petits. Quand on le voit
arriver, on sent que ça va être du lourd et qu’on entre dans le vif du sujet. Comme dirait
mon prof de français en 3eme, on dirait un requin : il a de grandes dents.
L’objectif ça va être de le rendre mignon et surtout de le démystifier. L’idée centrale
c’est que ce symbole, il sert juste à écrire de manière concise ce que l’on fait, mais c’est
pas avec lui qu’on travaille dans notre tête.
Ainsi manier des sommes, c’est comme faire une expression écrite d’espagnol : on
construit ce que l’on veut dire dans notre tête, dans une langue que l’on maitrise et avec
laquelle on est familiers (style le français ou les images mentales) et ensuite seulement
on s’attelle à la traduction.
Ok donc déjà avant de travailler avec une somme, il faut la comprendre intuitivement
: avoir une idée ce que l’on somme. Pour cela on va souvent en écrire les premiers termes
sur notre feuille. Par exemple dire que :
n
1 1 1 1
∑ = 1 + + + ⋅ ⋅ ⋅ + n,
i 2 3
i=1
ou encore :
n
2 1 2 2 2
∑i = 1 + 2 + 3 + ⋅⋅⋅ + n .
i=1
Ca permet de s’en faire une intuition.
En particulier lorsque l’on sait ce que l’on somme, toutes les histoires obscures de
changement d’indice deviennent claires : il s’agit juste d’écrire plus simplement nos
sommes.
1
Par exemple regardons
n
2
∑(n − i) .
i=1
2
A priori c’est moche, on aimerait développer le (n−i) puis bourriner pour tout calculer.
Pour autant en écrivant quelques termes sur notre feuille on obtient qu’elle représente :
2 2 2 2
(n − 1) + (n − 2) + ⋅ ⋅ ⋅ + 1 + 0 .
Donc finalement, de manière plus simple on peut l’écrire comme :
n−1
2
∑j ,
j=0
ce que l’on formalise avec la notion de ”changement d’indice” (ici poser j = n − i). Mais
quand on écrit nos sommes avec des petits points c’est complètement intuitif et évident.
En particulier c’est un exemple frappant de la mentalité ”avant de manipuler une
somme, il faut comprendre ce que l’on somme”.
Ok du coup naturellement les sommes c’est tout ce qu’il y a de plus gentil au monde,
ça se split, on peut factoriser, etc... Par exemple :
n n
2 2
∑ ((k + 1) − k ) = ∑ (2k + 1)
k=1 k=1
n n
= ∑ 2k + ∑ 1
k=1 k=1
n
= 2 ∑ k + n.
k=1
L’idée c’est que pour calculer une somme, on va toujours essayer de simplifier au max-
imum et de se ramener à des sommes qu’on connait mieux. Mais en fait ce qu’on peut
remarquer c’est que ça on aurait pu l’écrire en français :
- La première ligne revient à dire que je simplifie ce que je somme en développant.
- La deuxième ligne c’est dire que je sépare les 1 du reste comme je connais leur somme.
- La troisième ligne c’est dire que la somme des 2k c’est juste 2 fois la somme des k :
c’est plus simple de l’écrire ainsi.
D’ailleurs là on est peut-être allé un peu vite : écrivons les premiers termes de notre
somme pour savoir ce que l’on somme.
2 2 2 2 2 2 2 2
2 − 1 + 3 − 2 + 4 − 3 + ⋅ ⋅ ⋅ + (n + 1) − n .
2
Bon en fait on se rend compte que ça se simplifie vachement :
2 2 2 2 2 2 2 2
2 − 1 + 3 − 2 + 4 − 3 + ⋅ ⋅ ⋅ + (n + 1) − n .
2
Intuitivement, ça devrait donner (n + 1) − 1. Ainsi en adoptant deux points de vue
différent on a calculé notre somme de deux façons différentes : encore une histoire de
”double-comptage”. On déduit d’ailleurs de cet exemple que :
n
2
2 ∑ k + n = n + 2n,
k=1
n
n(n + 1)
soit encore ∑ k = , ce qui est toujours sympathique.
2
k=1
Bon alors ok, on l’a fait de manière intuitive et ça marche très bien, maintenant
disons qu’on veuille l’écrire proprement càd traduire nos images mentales. On veut donc
montrer que :
n
2 2 2 2
∑ (k + 1) − k = (n + 1) − 1 .
k=1
On pourrait dire ’télescopage’ et ça marcherait très bien mais essayons de voir comment
détailler ce télescopage.
2
En fait l’idée c’est que y a un ”décalage” : le (k + 1) va se faire simplifier par le
2
−(k + 1) qui va arriver à l’indice d’après. Donc en fait on va dire :
n n n
2 2 2 2
∑ ((k + 1) − k ) = ∑ (k + 1) − ∑ k
k=1 k=1 k=1
n−1 n
2 2 2 2
= (n + 1) + ∑ (k + 1) − ∑ k − 1
k=1 k=2
n
2 2 2 2 2 2
= (n + 1) − 1 + (2 + 3 + ⋅ ⋅ ⋅ + n ) − ∑ k
k=2
n−1 n−1
2 2 2
= (n + 1) − 1 + ∑ (k + 1) − ∑ (k + 1)
k=1 k=1
2
= (n + 1) − 1.
Et si je résume avec des mots :
- Première ligne on split les sommes pour pouvoir simplifier.
2 2
- Deuxième ligne on fait sortir (n + 1) et 1 . On veut maintenant montrer que le
reste se simplifie.
3
2
- Troisième ligne on regarde quelle tête a la somme des (k + 1) pour k entre 1 et n − 1.
2
- Quatrième ligne on la réécrit comme la somme des k pour k entre 2 et n (autrement
dit changement d’indice mais on s’en fout).
- Ca se simplifie.
Donc pour résumer ici on a manipulé nos sommes pour faire apparaitre ce que l’on
voulait. Quand on manipule des sommes, on le fait selon une idée précise en tête qu’on
a souvent eu au brouillon, en travaillant par exemple avec des points de suspensions.
2n
∗ 1
Example 1 On pose pour n ∈ N : un = ∑ . Simplifier un+1 − un et en déduire la
k
k=n
monotonie de (un )n≥1 .
Ok donc on va regarder ce qui se passe avec des petits points :
1 1
un = n + ⋅ ⋅ ⋅ + ,
2n
et :
1 1
un+1 = + ... .
n+1 2n + 2
1 1
Donc en fait là c’est assez clair que un+1 − un = 2n+1 + 2n+2 − n1 .
Bon pour l’écrire proprement on va dire la même chose :
2n+2 2n
1 1
un+1 − un = ∑ −∑
k k
k=n+1 k=n
2n 2n
1 1 1 1 1
= + + ∑ − ∑ −
2n + 1 2n + 2 k k n
k=n+1 k=n+1
1 1 1
= + − .
2n + 1 2n + 2 n
Reste à connaitre le signe de cette expression. Deux méthodes :
1 1 1 1 1 1 1
1) Version subtile. On remarque que 2n+1
< 2n
et 2n+2
< 2n
donc 2n+1
+ 2n+2
< n
et
ainsi un+1 < un .
1 1 1 −3n−2
2) Version pas subtile. On a 2n+1
+ 2n+2
− n
= n(2n+1)(2n+2)
< 0 donc un+1 < un .
Ainsi (un )n≥1 est décroissante !
Pour le moment nos sommes étaient relativement mignonnes. Voyons un exemple plus
méchant.
4
Example 2 a). Montrer que (kp)(p+q
p
) = (p+q
k
)(p+q−k
p−k
).
p
p+q p+q−k p p+q
b). En utilisant la question précédente, montrer que ∑ ( )( ) = 2 ( p ).
k p−k
k=0
Ok donc là je vous laisse faire la partie a :p. Maintenant analysons la somme qui appa-
rait dans b.
On somme des trucs de la forme (p+qk
)(p+q−k
p−k
). C’est très moche et on sait pas comment
les gérer. Bonne nouvelle, la question a nous fournit que :
p p+q p+q p+q−k
( )( p ) = ( )( ).
k k p−k
Sauf que là c’est beaucoup plus sympa à sommer les (kp)(p+q
p
) parce que (p+q
p
) est constant
p
p
donc il va sortir de la somme et on va se retrouver avec ∑ ( ). Ecrivons le proprement
k
k=0
maintenant :
p p
p+q p+q−k p p+q
∑( )( ) = ∑ ( )( p )
k p−k k
k=0 k=0
p
p+q p
=( p )∑( )
k
k=0
p+q p p p
= ( p ) ((0) + (1) + ⋅ ⋅ ⋅ + (p))
p+q p
= ( p )2 .
Donc là on voit bien qu’avant de manipuler notre somme, on analyse ce qui va se passer
et comment on va le faire. Puis on traduit.
Y aura d’autres exemples de manipulations de sommes dans la partie récurrence qui
arrivera un jour :p. Mais une fois encore l’idée centrale c’est qu’on veut simplifier au
maximum à chaque étape !
n
Exercice 1 Calculer ∑k=1 (2k − 1).
Exercice 2 Ecrire à l’aide du symbole sommes les sommes suivantes :
3 4 12
• 2 + 2 + ⋅⋅⋅ + 2 .
• 1
2
+ 2
4
+ 3
8
+ ⋅⋅⋅ + 10
1024
.
5
• 2 − 4 + 6 − 8 + ⋅ ⋅ ⋅ + 50.
• 1− 1
2
+ 1
3
− 1
4
+ ⋅⋅⋅ + 1
2n−1
1
− 2n .
u1 u2 u3
• un
+ un−1
+ un−2
+ ⋅ ⋅ ⋅ + uun .
1
Exercice 3 Ecrire à l’aide du symbole sommes les sommes suivantes :
2 p−1
• (p1) + (p2)x + (p3)x + ⋅ ⋅ ⋅ + (pp)x .
2 n
• 1 + x + x + ⋅⋅⋅ + x .
• (n + 1) + (n + 2) + ⋅ ⋅ ⋅ + 2n.
u1 u2 u3 un
• un
+ un−1
+ un−2
+ ⋅⋅⋅ + u1
.
Exercice 4 Calculer les sommes suivantes :
n
• Ak = ∑k=1 3.
n
• Bk = ∑k=1 Ak .
n
• Sn = ∑k=0 (2k + 1).
n 2
Exercice 5 Calculer ∑k=1 (n − k + 1) .
2
1 2 n
Exercice 6 Soit n ≥ 1. On pose un = n2
+ n2
+ ⋅⋅⋅ + n2
. Calculer explicitement un et
en déduire la limite de la suite (un ).
n 2
Exercice 7 Calculer ∑k=1 (2k + 1) .
Exercice 8 a. Montrer que (nk)(kl) = (nl)(n−l
k−l
).
b. On suppose n > l ≥ 0. Montrer en utilisant la question précédente que :
n
n−k n k
∑(−1) (k )( l ) = 0.
k=l
n
n−k
Exercice 9 On pose un = ∑ ( k ). Montrer que un+2 = un+1 + un .
k=0
k
1
Exercice 10 On note Hk = ∑ . Montrer que :
i
i=1
n−1
∑ Hk = nHn − n.
k=1
Exercice 11 On trace la table de multiplication des entiers entre 1 et n. On obtient
2
donc un carré comportant n entiers. Quelle est la moyenne de ces entiers ?