Analyse Des Mécanismes de Recristallisation Statique Du Tantale Déformé À Froid Pour Une Modélisation en Champ Moyen
Analyse Des Mécanismes de Recristallisation Statique Du Tantale Déformé À Froid Pour Une Modélisation en Champ Moyen
Doctorat ParisTech
THÈSE
pour obtenir le grade de docteur délivré par
Christophe KERISIT
le 18 décembre 2012
Jury
M. Frank MONTHEILLET, Directeur de recherche, SMS, Mines de Saint-Etienne Rapporteur
M. Thierry GROSDIDIER, Professeur, LEM3, Université de Lorraine, Metz Rapporteur T
M. André PINEAU, Professeur, Centre des Matériaux, Mines Paristech Examinateur
M. Hubert SCHAFF, Directeur R&D, Aubert & Duval Examinateur H
M. Tony MONTESIN, Professeur, ICB, Université de Bourgogne Examinateur
Mme Nathalie BOZZOLO, Maître assistant, CEMEF, Mines Paristech Examinateur
Mme Valérie LLORCA, Docteur, chef de laboratoire, CEA/DAM Valduc Examinateur E
M. Roland LOGE, Chargé de recherche, CEMEF, Mines Paristech Examinateur
S
MINES ParisTech
Centre de mise en forme des matériaux E
Rue Claude Daunesse, CS 10207, 06904 Sophia Antipolis cedex
Remerciements
Je souhaiterais tout d’abord remercier le CEA DAM Valduc, la région Bourgogne ainsi
que MINES ParisTech pour m’avoir permis de réaliser ce travail. Ce projet de recherche a éga-
lement été soutenu par l’Agence Nationale pour la Recheche (ANR) en faisant partie intégrante
du projet THERMIDE.
J’aimerais ensuite remercier mes encadrants, tant au CEMEF avec Roland Logé et Na-
thalie Bozzolo, qu’au CEA Valduc avec Valérie Llorca et Wilfried Geslin. Sans leurs compé-
tences, leur passion pour la recherche permettant de répondre à des besoins industriels ac-
tuels et leur implication dans ce projet, mon travail n’aurait sans doute pas été le même. J’ai
beaucoup appris à leurs côtés, autant d’un point de vue scientifique que personnel. Je leur en
suis réellement reconnaissant.
Je remercie également les membres du jury d’avoir accepté de juger mon travail. Merci
à Dr. Frank Montheillet et Prof. Thierry Grosdidier d’avoir été rapporteur. Merci à Prof. André
Pineau d’avoir présidé ce jury et à Hubert Schaff d’avoir apporté son regard « industriel » sur
les résultats que j’ai obtenus au cours de ce travail. Je remercie Prof. Tony Montesin qui m’a
suivi durant ces trois ans, notamment lors des réunions du projet THERMIDE.
Merci à Suzanne Jacomet, Bernard Triger, Cyrille Colin, Gilbert Fiorrucci et à l’équipe
MEA du CEMEF pour m’avoir formé aux différentes techniques de caractérisation des maté-
riaux, et aidé dans la réalisation de toutes mes expériences. Merci à Eric Suzon, François Buy,
José Farré, Rémy Besnard, Patrick Lointier ainsi que tout le Laboratoire de Déformation Plas-
tique du CEA Valduc pour avoir suivi mon travail avec tant d’intérêt et pour avoir réalisé une
partie des traitements thermiques nécessaires au bon déroulement de ce travail.
Merci également à toutes les personnes du groupe MSR du CEMEF pour leur sympa-
thie et pour leur contribution, de près ou de loin, à ce travail. Merci à Oscar, Ke et Pierre pour
la partie modélisation en champ moyen de la recristallisation. Je tenais également à remercier
Andréa et Ana Laura.
Merci à Aurélien, François, Yann, Cyrielle, Théo, Seb, BenJ, Alice et Noémie pour ces
trois années bien agréable sur la Côte d’Azur.
J’ai également une pensée pour ceux qui depuis 7 ans et le début de l’école
d’ingénieur sont toujours à mes côtés même si nous avons pris des chemins différents. Merci à
Dinouz, Poupou, Nico et Guillaume pour leur soutien et pour m’avoir permis de m’évader du
monde de la thèse assez régulièrement. Vous avez aussi contribué à votre manière à ce travail.
Merci à ma famille de m’avoir soutenu sans forcément comprendre ce que je faisais.
Merci de m’avoir donné la possibilité d’arriver jusque là.
Enfin, un énorme merci à Edwige d’avoir été là à mes côtés pour me soutenir, pour
partager avec moi tous les moments de doute mais aussi de satisfaction. Merci de m’avoir mis
dans les meilleures conditions pour la rédaction de ce document, d’avoir écouté mes réflexions
sur les microstructures au petit-déjeuner… Merci pour tout.
4
TABLES DES MATIERES 5
INTRODUCTION GENERALE. 9
Contexte 10
IV. Démarche 16
PREMIERE PARTIE. 17
Introduction 18
Synthèse 40
DEUXIEME PARTIE. 41
Introduction 42
Synthèse 72
TROISIEME PARTIE. 75
Introduction 76
Synthèse 116
Introduction 120
Synthèse 142
CONCLUSION. 145
Synthèse 146
Perspectives 149
ANNEXES. 153
A1. Géométrie des éprouvettes utilisées lors des essais mécaniques 154
A2. Fichier matériau FORGE® du tantale pur pour la loi de comportement basée sur la densité de
dislocations 156
A3. Protocole de préparation des échantillons de tantale pur pour une observation en EBSD 157
A4. Complément de l’étude expérimentale de mise en œuvre de l’indentation Vickers sur tantale pur
recristallisé 158
A6. Analyse quantitative des désorientations intragranulaires à partir des données EBSD 171
A9. Optimisation de la géométrie de l’essai double cône par simulation numérique 176
REFERENCES. 181
INTRODUCTION GENERALE.
10 INTRODUCTION GENERALE
CONTEXTE
Le tantale est un matériau rare de structure cristalline cubique centrée avec un para-
mètre de maille égal à 3,3 x 10-10 m. Il possède un haut point de fusion (2996 °C) et une forte
densité (16650 kg.m-3).
Comme pour tous les métaux, la déformation plastique à froid du tantale est due prin-
cipalement au mouvement des dislocations sur des plans de glissement spécifiques à la struc-
ture cristalline. Pour la structure cubique centrée, il y a 3 familles de systèmes de glissement1
, et pour un total de 48 systèmes. Le vecteur de Burgers
est égal à et a pour norme 2,86 x 10-10 m. Le tantale est très ductile à température am-
biante. Lorsque la température augmente, les éléments comme l’hydrogène (à partir de
200°C), l’oxygène (à partir de 300°C), l’azote (à partir de 1100°C) ou le carbone (à partir de
1200°C) diffusent dans le tantale. La présence de ces atomes dans la maille cristalline fait chu-
ter de manière notable sa ductilité tout en augmentant sa résistance. C’est pourquoi il est né-
cessaire d’effectuer les traitements thermiques dans un four sous vide secondaire.
Dans cette étude, le matériau initial se présente sous la forme d’une tôle épaisse en
tantale de haute pureté (> 99,95%). Une série de mesures de microdureté Vickers a été réali-
sée dans un plan contenant la direction normale à la tôle et donne une valeur de 91 ±2 HV0,3
(dans les conditions de la norme ISO 6507-1 avec un temps de maintien de 15 secondes).
1
Un système de glissement est défini par un plan de glissement et une direction de glissement.
INTRODUCTION GENERALE 11
Une analyse EBSD de la microstructure (figure i-1) a été effectuée sur le même plan
que les mesures de microdureté. La tôle initiale présente une structure de grains assez gros-
sière avec un diamètre moyen en nombre de 183 µm et en aire de 390 µm. Il est important de
noter que malgré une zone d’analyse assez grande, le nombre de grains dans cette cartogra-
phie est faible (≈ 150 grains). On pressent alors que pour obtenir des données statistiquement
représentatives il serait nécessaire d’analyser de très grandes zones, le problème étant d’avoir
accès à de grandes zones déformées de manière homogène.
La présence de joints de grains particuliers est un élément remarquable de cette mi-
crostructure. Il existe une proportion non négligeable de joints ayant une désorientation de
60° autour de l’axe <111>, joints que l’on peut apparenter à la configuration classique des
macles dans un matériau de structure cubique face centrée. La forme et la configuration de
ces joints de grains particuliers laisse penser à des macles de recuit qui se forment pendant la
croissance de grains. Ce type de macles de recuit à déjà pu être observé dans d’autres maté-
riaux de structure cubique centrée comme le fer (Simonsen 1960; Viltange 1975) ou le niobium
(Wasilewski 1966). Dans la suite de cette étude, le caractère particulier de ces macles de recuit
ne sera pas pris en compte.
Figure i-2. Distribution réelle de taille des grains (diamètre) de la tôle initiale et comparaison avec une
distribution log-normale
Remarque
Dans cette étude, les résultats de travaux précédents (Houillon 2009) seront également utilisés et réexploités.
Ces résultats ont été obtenus à partir d’un matériau initial légèrement différent. Ce matériau initial présentait
une dureté Vickers de 82 ±2 HV0,3 et une taille de grains initiale moyenne en nombre de 48 µm (distribution de
type log-normale).
Pour obtenir la pièce souhaitée, la tôle initiale va subir plusieurs étapes de déforma-
tion au cours desquelles le matériau va stocker de l’énergie sous forme de dislocations. Il sera
donc de plus en plus difficile de déformer la tôle sans risque de rupture. Des étapes de traite-
ment thermique intermédiaire permettent de réduire l’énergie stockée dans le matériau par
des modifications microstructurales, et ainsi de rétablir les propriétés mécaniques initiales ou
d’ajuster ses propriétés pour arriver à celles souhaitées. Un traitement thermique est défini
par cinq paramètres :
La vitesse de chauffage,
La température du palier de traitement,
La durée du palier de traitement,
La vitesse de refroidissement,
L’atmosphère dans laquelle est réalisé le traitement (vide secondaire pour
le tantale).
Ces paramètres ainsi que les conditions de déformation vont déterminer les évolutions
microstructurales durant le traitement thermique.
INTRODUCTION GENERALE 13
Au cours d’un traitement thermique, on peut observer trois phénomènes que sont la
restauration, la recristallisation et la croissance de grains. Par opposition aux phénomènes
ayant lieu au cours de la déformation et qualifiés de « dynamiques », les mécanismes décrits
ici sont dits « statiques ».
1. Restauration statique
3. Croissance de grains
Le travail réalisé durant cette thèse se concentre sur la phase de traitement thermique
pouvant intervenir dans la gamme de fabrication d’une pièce en tantale pur. L’objectif est
double :
1/ Approfondir les connaissances sur les mécanismes d’évolution microstructurale
dans le tantale au cours d’un traitement thermique. Cela implique principalement la
recristallisation statique discontinue, et, dans une moindre mesure, la restauration et
la croissance de grains.
2/ Prédire, pour une microstructure initiale donnée, la microstructure obtenue à l’issue
d’un traitement thermique.
16 INTRODUCTION GENERALE
IV. DEMARCHE
Afin de prédire les microstructures en fin de traitements thermiques, nous avons choisi
d’utiliser un modèle de recristallisation en champ moyen développé au CEMEF (Mines Paris-
Tech).
1. Le modèle en champ moyen sera décrit dans son principe général dans la première
partie de ce manuscrit. Les différents travaux réalisés au cours de cette thèse se
sont articulés autour du modèle et se sont concentrés sur les moyens d’obtenir les
données nécessaires à la simulation d’un traitement thermique.
2. La deuxième partie sera consacrée à la description de l’état déformé à travers une
densité de dislocations équivalente qui sera évaluée par un essai de microdureté
Vickers. Nous verrons également quel type de microstructure développe le tantale
au cours de la déformation.
3. Après la description de l’état déformé, nous nous intéresserons à la caractérisation
des évolutions microstructurales dans le tantale au cours d’un traitement ther-
mique. L’attention sera portée particulièrement sur le déclenchement et la pro-
gression de la recristallisation en fonction des conditions de déformation et de
traitement thermique.
4. La dernière partie sera focalisée sur l’adaptation et l’identification des paramètres
du modèle de recristallisation en champ moyen dans le cas du tantale et à la con-
frontation des données obtenues en simulation avec les données expérimentales.
5. Enfin, nous conclurons sur les différents aspects abordés au cours de cette thèse
pour dégager de ce travail les principales avancées ainsi que les perspectives
d’amélioration concernant la prédiction des microstructures au cours d’un traite-
ment thermique et plus largement d’une gamme de mise en forme.
PREMIERE PARTIE.
INTRODUCTION
La première approche utilisée pour décrire et quantifier les phénomènes basés sur le
processus de germination/croissance a été développée à la fin des années 1930 (W. A. Johnson
& Mehl 1939; Avrami 1939; Kolmogorov 1937). Ce modèle analytique et plutôt phénoménolo-
gique est connu sous le nom de modèle de Johnson-Mehl-Avrami-Kolmogorov (JMAK). Il est
largement développé dans la littérature et notamment dans (Humphreys & Hatherly 2004).
Le modèle JMAK est établi dans des conditions isothermes et suppose un état déformé
homogène. Au moment où la recristallisation se déclenche, les germes supposés sphériques ou
non (facteur de forme ) apparaissent à une vitesse de germination et croissent dans le ma-
tériau à une vitesse . Ainsi on peut suivre l’évolution de la fraction volumique recristallisée
:
Equation 1.1
Cette approche très simple considère que les vitesses de germination et de croissance
sont constantes au cours de la recristallisation. Des améliorations ont été apportées au modèle
en tentant de considérer une germination variable dans le temps, par exemple en « sites satu-
rés » (Avrami 1939), c'est-à-dire avec une germination homogène mais immédiate (tous les
germes commencent à croître dès l’instant initial). Cette modification du modèle initial montre
que la loi de germination affecte l’exposant d’Avrami (tableau 1-1). On montre aussi que la
dimensionnalité de la croissance joue sur la valeur de cet exposant.
Tableau 1-1. Valeurs typiques de l'exposant d'Avrami n en fonction des conditions de germination et de la
dimension de croissance considérée (Humphreys & Hatherly 2004)
Germination en sites saturés Germination continue constante
3D 3 4
2D 2 3
1D 1 2
La modélisation analytique de type JMAK est simple et permet de rendre compte rapi-
dement d’une cinétique de recristallisation en conditions isothermes pour une microstructure
simple et homogène. Cette approche ne considère pas la taille de grains ou encore la texture.
La germination est aléatoirement distribuée en volume et ne rend pas compte de sites préfé-
rentiels potentiels pour l’apparition des nouveaux grains.
20 MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE
Cette méthode a été appliquée dans un grand nombre d’études pour modéliser la re-
cristallisation et la croissance de grains depuis leur développement dans les années 1980
(Srolovitz et al. 1983; Srolovitz et al. 1986; Srolovitz et al. 1988) jusqu’à plus récemment
(Ivasishin et al. 2006; Chun et al. 2006; Montano-Zuniga et al. 2010).
Chaque cellule de la grille régulière discrétisant la microstructure va évoluer à chaque
pas de la simulation (Monte Carlo Step, MCS) suivant des règles probabilistes basées sur une
minimisation de l’énergie de la cellule par rapport à son environnement (A D Rollett 1997). Les
évolutions topologiques sont ainsi bien captées par le fait que les interfaces sont représentées
par les faces des cellules. La représentation en grille régulière ainsi que l’application de règles
simples à chaque pas de simulation, rend les méthodes de type Monte Carlo efficaces en
termes de temps de calcul. Cependant, dans un souci de représentativité statistique, un
nombre important de simulations doit être réalisé afin de compenser la nature probabiliste de
la méthode Monte Carlo.
Dans ce type de méthode, la germination en « sites saturés » peut simplement être
réalisée en introduisant dans la microstructure initiale un certain nombre de germes aléatoi-
rement distribués (A D Rollett 1997). La germination continue est simulée en introduisant des
germes à intervalles de temps réguliers. La germination peut également être localisée au ni-
veau des joints de grains et ainsi prendre en compte les hétérogénéités d’énergie stockée dans
la microstructure déformée (Ivasishin et al. 2006). Dans des développements plus récents
(Montano-Zuniga et al. 2010; Holm et al. 2003), la germination est modélisée par une crois-
sance anormale de sous-grains.
La méthode Monte Carlo présente deux principaux inconvénients. Le premier est lié au
fait que l’évolution microstructurale se fait en fonction d’un pas de simulation (MCS). Il n’y a
donc pas d’échelle de temps, ce qui rend difficile la comparaison avec les données expérimen-
tales (A D Rollett 1997). Deuxièmement, les approches standard de type Monte Carlo ne per-
mettent pas de rendre compte du caractère linéaire de la relation entre la vitesse de migration
des joints de grains et la force motrice dans le cas de la recristallisation. Cette relation linéaire
est uniquement vérifiée lors des simulations de croissance de grains (Ivasishin et al. 2006).
MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 21
La méthode de l’automate cellulaire est également une méthode probabiliste mais elle
s’appuie cette fois sur des règles représentant physiquement le phénomène considéré pour
faire évoluer l’état des cellules représentant la microstructure (Raabe 1999). Le front de re-
cristallisation est considéré comme irréversible et induit donc qu’une cellule non recristallisée
va changer d’état si elle possède au moins une des cellules voisines dans l’état recristallisé.
L’automate cellulaire est donc très efficace pour décrire l’évolution de la fraction recristallisée.
Cependant, par cette méthode standard il n’est pas possible de prendre en compte la force
motrice de migration des joints de grains due à leur courbure et à leur énergie (Anthony D
Rollett & Raabe 2001). Des méthodes améliorées essaient cependant de prendre en compte
cet effet de la courbure (Kugler & Turk 2006; Raghavan & Sahay 2009) et peuvent ainsi simuler
en plus de la recristallisation, la croissance de grains.
Dans les méthodes de l’automate cellulaire standard, la germination est déclenchée au
début de la simulation (sites saturés). Un certain nombre de cellules, distribuées aléatoire-
ment, sont déclarées comme recristallisées (A D Rollett 1997). Des évolutions de la méthode
permettent de simuler la germination continue et de la localiser au niveau des joints de grains
(Kugler & Turk 2006; Goetz & Seetharaman 1998). De même que pour la méthode Monte Car-
lo, une seule simulation en automate cellulaire ne suffit pas à obtenir un résultat statistique-
ment représentatif.
Des améliorations notables ont été réalisées sur les méthodes Monte Carlo et de
l’automate cellulaire afin de représenter tous les phénomènes ayant lieu pendant un traite-
ment thermique. Une des voies d’amélioration étant même de combiner les deux méthodes
pour en atténuer leurs inconvénients (Anthony D Rollett & Raabe 2001).
Dans les méthodes dites « Vertex », les interfaces entre grains sont décrites par des
nœuds placés aux points triples en 2D ou aux points quadruples en 3D et sur les joints de
grains entre ces points (figure 1-1). L’idée de la méthode est de suivre les évolutions micros-
tructurales par le suivi des mouvements de ces interfaces (Miodownik 2002; Le et al. 1999).
Ces modèles permettent surtout de représenter la croissance de grains en 2D et 3D (Maurice
& Humphreys 1998; Le et al. 1999; Weygand et al. 2001). Les méthodes Vertex ont ensuite été
étendues à la modélisation de la recristallisation statique discontinue (Piękoś et al. 2008). Ces
méthodes posent énormément de soucis lorsqu’il s’agit de gérer des événements topologiques
tels que l’apparition ou la disparition d’un grain. La gestion des nœuds s’avère être un pro-
blème gérable en 2D mais très compliqué en 3D (Weygand et al. 2001; Syha & Weygand 2010).
22 MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE
Figure 1-1. Description d'un point triple et des joints de grains avoisinants par un modèle Vertex en 2D
(Miodownik 2002)
Les deux dernières méthodes présentées ici sont également utilisées pour modéliser la
recristallisation statique discontinue et la croissance de grains (Zhao et al. 1996; Fan & L. Q.
Chen 1997; Bernacki et al. 2009; Bernacki et al. 2011). Elles ont pour point commun de décrire
la microstructure de manière implicite et de définir les interfaces par des fonctions.
Dans la méthode à champ de phase, chaque grain est décrit par un champ de densité
d’énergie libre et chaque joint de grains est décrit par une interface diffuse entre ces champs
dans laquelle une fonction va varier entre 0 et 1 pour réaliser la transition entre chaque grain
(Fan & L. Q. Chen 1997). Le joint de grains à proprement parler est défini comme une isovaleur
de cette fonction de transition. La migration des joints de grains est pilotée simplement par la
différence de densité d’énergie libre de part et d’autre du joint de grains (Miodownik 2002) et
les évènements topologiques sont traités de manière naturelle par minimisation d’énergie
(Miodownik 2002; Bernacki et al. 2009). La résolution des équations se fait en discrétisant à la
fois l’espace (maillage) et le temps. Une des difficultés de cette méthode réside dans la bonne
description des densités d’énergie libre afin qu’elles soient représentatives de la réalité phy-
sique du problème posé. De plus, cette méthode est pour l’instant très coûteuse en temps de
calcul et a donc été peu développée en 3D (Moelans et al. 2009). Enfin, la modélisation de la
germination reste difficile à mettre en place malgré des tentatives récentes (Takaki & Tomita
2010).
De son côté, la méthode Level-Set se base sur un maillage éléments finis (figure 1-2)
(Bernacki et al. 2009). En chaque nœud du maillage sont stockées des variables d’état permet-
tant de décrire la microstructure en termes d’orientation cristallographique, d’énergie stockée,
etc. Les interfaces sont définies par une fonction distance par rapport au joint de grains (Zhao
et al. 1996). Un joint de grains correspond à une valeur nulle de cette fonction distance. Cette
méthode a été employée afin de modéliser la recristallisation primaire en 2D et en 3D
(Bernacki et al. 2009) avec différents types de germination en fonction du cas que l’on sou-
haite étudier. Le problème de la croissance de grains a été traité plus tard (Bernacki et al.
2011), permettant ainsi de modéliser entièrement les étapes successives de recristallisation et
croissance de grains ayant lieu pendant un traitement thermique. Un des points demandant
beaucoup d’attention dans ce type de méthodes est la réinitialisation des fonctions distance.
Elle permet aujourd’hui, couplée à la méthode éléments finis de modéliser la recristallisation
statique discontinue et la croissance de grains à l’échelle du grain. Elle permet aussi
MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 23
Figure 1-2. Exemple de microstructure 3D définie par la méthode Level-Set. Environ 200 grains sont modélisés et
l'échelle indique la valeur de la fonction distance (bleu pour 0) (Bernacki et al. 2009)
4. Résumé
Recristallisation
Croissance
Méthode statique disconti- Avantages Inconvénients
de grains
nue
Modèle simple et rapide Ne prend pas en compte la
microstructure à propre-
JMAK ++ --
ment parler et ses hétéro-
généités
Méthode utilisant des règles Pas d’échelle temporelle
simples comparaison difficile
Représentation explicite de la avec les données expéri-
microstructure (topologie) mentales
Monte Bonne gestion des évène- en recristallisa-
+ ++
Carlo ments topologiques tion
Prise en compte des hétéro- Temps de simulation
généités de la microstructure (représentativité statis-
Représentation satisfaisante tique)
de la germination
Méthode utilisant des règles Difficultés à prendre en
physiques simples compte la courbure des
Représentation explicite de la joints de grains dans la
microstructure (topologie) force motrice
Automate Bonne gestion des évène- Temps de simulation
++ +
cellulaire ments topologiques (représentativité statis-
Prise en compte des hétéro- tique)
généités de la microstructure
Représentation satisfaisante
de la germination
Description explicite des Gestion des évènements
interfaces par un maillage topologiques compliquée
Modélisation de la germi-
nation difficile
Vertex - +
Pas de gradient d’énergie
intragranulaire
Extension en 3D trop
complexe
Description de la microstruc- Réinitialisation des fonc-
ture et de ses hétérogénéités tions distances
par un maillage (topologie) Temps de calcul
Représentation implicite des
interfaces par une fonction
Level-Set ++ ++
distance
Gestion simple des évène-
ments topologiques
Bonne gestion de la germina-
tion
Description de la microstruc- Description des densités
ture et de ses hétérogénéités d’énergie
par un maillage (topologie) Temps de calcul
Champ de Représentation implicite des
+ ++
phase interfaces par une fonction de
transition
Gestion simple des évène-
ments topologiques
MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 25
Figure 1-3. Discrétisation de la microstructure en grains représentatifs dans l’espace (r,) (dans cet exemple, 49
grains représentatifs distincts)
Equation 1.3
Equation 1.4
De la même manière que pour la taille de grains, on calcule une distribution gaus-
sienne ou lognormale de la densité de dislocations à partir de la densité de dislocations
moyenne représentative de la microstructure initiale. Cette distribution permet de représenter
les hétérogénéités d’énergie stockée entre les différents grains représentatifs.
Une plage de définition de la distribution de densité de dislocations est également
fixée et les bornes de l’intervalle sont calculées comme suit à partir du facteur :
MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 27
Equation 1.5
Equation 1.6
Equation 1.7
Le nombre de grains de chaque catégorie est ensuite normalisé pour s’assurer d’avoir
un volume de la microstructure représentative égal à 1.
La microstructure représentative est ainsi définie en 3D, elle est composée de
catégories, toutes représentées par trois variables (ri,i,Ni) (figure 1-4).
tatifs des grains non recristallisés (NR) et des grains recristallisés (RX) (figure 1-5). Chaque MHE
est représenté par une densité de dislocations moyenne et une taille de grains moyenne.
Figure 1-5. Représentation d'une microstructure partiellement recristallisée (à gauche) par deux milieux
homogènes équivalents (à droite)
La migration des joints de grains est due à la fois à la différence d’énergie volumique
de part et d’autre du joint de grains et à l’énergie surfacique liée à la courbure locale du joint.
La force motrice responsable de cette migration s’écrit donc (Humphreys & Hatherly
2004) :
Equation 1.8
Equation 1.9
MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 29
Equation 1.10
Equation 1.11
Equation 1.12
Equation 1.13
Avec c0 la concentration des atomes en solution solide ségrégés aux joints de grains, m
la mobilité intrinsèque des joints de grains, α et α’ des constantes. On constate qu’aux fortes
vitesses de migration, le second terme de l’équation 1.13 peut être négligé et on retrouve la
relation classique entre vitesse de migration et force motrice. Dans le cas des faibles vitesses,
l’équation 1.12 revient à dire que la mobilité des joints de grains change et devient égale à :
Equation 1.14
La valeur de m’ est donc inférieure à celle de m dans le régime des faibles vitesses de
migration.
Une difficulté réside dans la détermination du régime de vitesse de migration, la vi-
tesse ne pouvant être calculée qu’en connaissant la mobilité. Nous avons donc choisi de diffé-
30 MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE
rencier les régimes, non pas par la vitesse de migration comme le veut la théorie de Cahn-
Lücke-Stüwe, mais par l’amplitude de la force motrice source de la migration des joints de
grains (G Gottstein & Shvindlerman 1999). Une force motrice élevée entraîne généralement
une migration rapide des joints de grains. Dans le modèle, nous introduisons donc un seuil en
force motrice entre un grain et son environnement pour différencier les deux régimes de
mobilité. Les vitesses élevées de migration des joints de grains étant généralement (mais pas
uniquement) observées en recristallisation (force motrice liée à la densité de dislocations),
nous noterons la mobilité aux fortes vitesses . De même, la mobilité aux faibles vitesses
de migration sera notée car ces vitesses sont plutôt caractéristiques d’un régime de crois-
sance de grains. En pratique, nous avons donc modifié le programme du modèle en champ
moyen pour qu’il prenne en compte cette double mobilité qui serait attribuée à la présence
d’atomes en solution solide au niveau des joints de grains.
La dépendance en température de la mobilité s’écrit usuellement sous la forme d’une
loi d’Arrhénius. Les deux mobilités et s’écrivent donc:
Equation 1.15
Equation 1.16
B. RESTAURATION
Equation 1.17
la température est introduite dans la relation (1.17) à travers une énergie d’activation pour le
mouvement et l’annihilation des dislocations (Houillon 2009) :
Equation 1.18
Equation 1.19
C. GERMINATION
Equation 1.20
Une fois cette densité de dislocations critique atteinte, le nombre de germes activés
Ngermes est proportionnel au nombre total de sites potentiels pour l’apparition de nouveaux
grains recristallisés. Si les nouveaux grains apparaissent de manière aléatoire et uniforme dans
le volume, le nombre de sites potentiels sera proportionnel au volume total des grains pour
lesquels . Si la germination se produit principalement aux joints de grains, la germina-
tion sera dite « en collier » et le volume total sera remplacé par la surface totale de joints de
grains.
Le nombre de germes activés par unité de temps pour une catégorie de grains Gi dé-
pend de la taille de grains ri, de l’excès d’énergie stockée sous forme de dislocations par rap-
port à et donc du type de germination considéré (à travers un exposant q égal à 3 dans le
cas d’une germination en volume et égal à 2 si la germination est en collier) :
Equation 1.21
32 MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE
Où bg est une constante proche de 3 (Montheillet et al. 2009), Vcr le volume total ou Scr
la surface totale des grains pour lesquels , Ni, ri et i le nombre de grains, la taille de
grains et la densité de dislocations de la catégorie i. Le facteur de proportionnalité Kg dépend
essentiellement de la température mais peut également dépendre du temps. En effet, un fac-
teur constant dans le temps va permettre de simuler une germination continue. Au contraire,
la germination en sites saturés pourra être modélisée avec Kg non nul uniquement au premier
pas de temps durant lequel la germination apparaît.
La taille des germes est calculée à partir d’une condition de stabilité d’un germe
dans une matrice déformée pour laquelle :
Equation 1.22
Equation 1.23
Les germes sont créés dans la microstructure représentative comme une nouvelle ca-
tégorie de grains avec une taille de grains initiale ru et une densité de dislocations égale à la
densité de dislocations du matériau recristallisé, 0.
Remarque
Dans l’hypothèse d’une germination en sites saturés, un seul grain représentatif recristallisé est créé dans la mi-
crostructure. Une fois la recristallisation terminée, la microstructure sera donc représentée par ce seul grain qui
interagira avec lui-même. La croissance de grains intervenant après la recristallisation ne pourra donc être simulée.
Chacun des grains représentatifs va interagir à chaque incrément avec les deux milieux
homogènes équivalents. Deux cas de figures se présentent, soit le grain considéré est recristal-
lisé soit il ne l’est pas. Dans ces deux cas, on définit une fraction surfacique d’interface mobile
entre le grain et le MHE pour lequel la force motrice est la plus importante (figure 1-6).
C’est la cas des interfaces RX-NR.
Les forces motrices pour un grain recristallisé s’écrivent, avec le milieu non recristallisé
de taille de grains moyenne rav,NR et de densité de dislocations moyenne ρNR :
Equation 1.24
Equation 1.25
Equation 1.26
Equation 1.27
Equation 1.28
Equation 1.29
Figure 1-6. Définition (2D) des fractions surfaciques mobiles dans le cas d'un grain recristallisé (à gauche) et d’un
grain non recristallisé (à droite)
A partir de l’équation (1.11), les variations totales des volumes recristallisé aux dé-
pends du MHE-NR ( ) et non recristallisé aux dépends du MHE-RX ( ) sur un
incrément de temps sont données par :
Equation 1.30
Equation 1.31
de la notion de volume recristallisé étendu définie par Avrami (Avrami 1939), qui ignore
les interactions entre grains, on peut exprimer la variation réelle de volume recristallisé par :
Equation 1.32
Equation 1.33
Dans le cas d’une germination en collier, les grains recristallisés vont interagir plus vite
que dans le cas d’une germination aléatoire en volume. La relation (1.33) a donc été modifiée
(Bernard et al. 2011) pour prendre en compte le fait que décroît plus vite que :
Equation 1.34
Equation 1.35
Equation 1.36
Equation 1.37
MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 35
0,9
0,7
γNR
recristallisée
0,6
γRX
0,5
X
0,4
0,3
0,2
0,1
0
Temps
Pour l’instant seules les interfaces RX-NR ont été considérées puisqu’étant les plus
mobiles. Cependant, les interfaces entre grains et milieux de même type doivent également
être prises en compte lors de l’évolution de la microstructure. En conditions statiques, la mi-
gration des interfaces entre grains recristallisés et le milieu RX sera uniquement entraînée par
les effets capillaires. La variation de volume par grain représentatif lors d’un incrément de
temps s’écrit (voir relations 1.30 et 1.31) :
Equation 1.38
Equation 1.39
Dans un premier temps, seuls les grains pour lesquels ces interfaces peu mobiles vont
entraîner une croissance seront considérés et un volume total « gagné » sera calculé pour les
interfaces RX-RX ( ) et NR-NR ( ).
Equation 1.40
Equation 1.41
Ce volume « gagné » est ensuite utilisé pour calculer le volume « perdu » par chaque
grain représentatif pour lequel la force motrice tend à le faire décroître (équations 1.42 et
1.43). Ainsi, le volume est conservé. On note que les équations prennent en compte le fait que
la décroissance sera d’autant plus importante que le terme sera grand en valeur absolue.
Equation 1.42
36 MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE
Equation 1.43
Pour chaque grain représentatif, la variation de volume due à la migration des joints de
grains s’écrit :
Si , Equation 1.44
Si , Equation 1.45
La principale évolution par rapport au modèle dynamique décrit dans (Bernard et al.
2011) réside dans le caractère anisotherme des simulations de traitements thermiques. En
effet, si l’on souhaite modéliser complètement les évolutions microstructurales, il est néces-
saire de prendre en compte le chauffage et le refroidissement.
Equation 1.46
B. ALGORITHME
Initialisation de la microstructure
NON
Calcul du pas de temps « thermique » t th
Temps total
OUI
de la phase
atteint?
NON
T = T + ti *Ṫ Volumes NON
t = t – ti négatifs?
OUI
Adaptation du pas de temps ti
T = T + ti *Ṫ
NON t = t – ti
> cr ?
OUI
Germination
ti = tth ?
OUI NON
nécessaire d’établir pour faire fonctionner le modèle. Différentes méthodes sont également
proposées pour la détermination de ces inconnues.
Tableau 1-3. Récapitulatif des paramètres et hypothèses liés au matériau pour simuler la recristallisation par le
modèle en champ moyen (* renvoie à une description plus approfondie de la méthode de détermination, voir
suite de la section 5)
Méthodes de détermina-
Paramètre ou hypothèse Symbole
tion
Densité de dislocations initiale *
(moyenne + distribution)
Microstructure initiale Microscopie optique et/ou
Taille de grains 3D (moyenne
EBSD (distribution) + con-
et distribution en nombre)
version 2D/3D
Energie linéique moyenne des Littérature
τ
dislocations
Energie surfacique moyenne Littérature
γb
des joints de grains
Littérature et/ou détermi-
Densité de dislocations de
Migration des joints de 0 nation à partir du compor-
l’état recristallisé
grains tement mécanique
mReX ou GG : *
Mobilité m0,ReX et Qm,ReX
m0,GG et Qm,GG
Seuil de transition entre les Optimisation du modèle sur
régimes de mobilité données expérimentales
Restauration Type de loi - Littérature
Densité de dislocations critique cr *
Observation de la micros-
Type de germination q
tructure (optique et EBSD)
Littérature
Germination Exposant de la loi de germina-
bg (≈ 3 (Montheillet et al.
tion
2009))
Optimisation du modèle sur
Constante de germination Kg
données expérimentales
Alors que la taille de grains et sa distribution sont assez simples à obtenir par micros-
copie, la densité de dislocations de l’état initial est une grandeur plus complexe à mesurer
expérimentalement. Nous proposons donc de l’évaluer à partir de mesures de microdureté
Vickers en établissant une relation directe entre cette dureté et la densité de dislocations to-
tale :
Equation 1.47
distinguer deux mobilités suivant la vitesse de migration des joints de grains qui est directe-
ment reliée à la force motrice source de la migration.
Dans le cas d’un matériau sans changement de phase, sans précipitation et dissolution
de particules de seconde phase, la mobilité liée à la courbure locale des joints de grains pour
une température donnée pourra être identifiée grâce à une expérience de croissances de
grains.
A cette même température, la mobilité aux vitesses de migration les plus élevées sera
identifiée lors de la phase de recristallisation par comparaison entre les cinétiques expérimen-
tales et celles obtenues par la simulation du traitement thermique.
La dépendance en température de ces deux mobilités pourra être évaluée en réalisant
ces mêmes expériences à des températures différentes.
SYNTHESE
Dans cette partie, nous avons pu justifier de l’intérêt d’utiliser un modèle semi-
analytique pour modéliser la recristallisation et la croissance de grains. Du panorama des mo-
dèles généralement utilisés, la modélisation en champ moyen apparaît comme un bon com-
promis permettant d’avoir des temps de simulation très courts tout en décrivant les hétérogé-
néités de la microstructure et leurs effets sur les évolutions microstructurales. Il sera ainsi pos-
sible de coupler cette modélisation à l’échelle dite mésoscopique à un code éléments finis (par
exemple FORGE®) pour permettre de simuler la recristallisation statique discontinue et la
croissance de grains à l’échelle d’une pièce industrielle.
Le modèle en champ moyen utilisé et développé au CEMEF présente la nouveauté de
modéliser l’environnement d’un grain représentatif par deux milieux homogènes équivalents
représentant les grains non recristallisés et recristallisés. Il décrit les évolutions microstructu-
rales par des mécanismes élémentaires que sont la migration des joints de grains, la germina-
tion et la restauration. Dans le cas des métaux purs et de la recristallisation statique, nous
avons vu qu’il était nécessaire de pouvoir distinguer deux mobilités suivant la vitesse de migra-
tion des joints de grains qui est directement reliée à l’amplitude de la force motrice source de
la migration. Le modèle initial a ainsi été modifié pour prendre en compte cet effet.
L’implémentation numérique de ce modèle permet également une bonne gestion des pas de
temps afin d’éviter des évolutions trop brusques de la microstructure.
Pour bien modéliser la recristallisation et la croissance de grains, il est nécessaire
d’identifier un certain nombre de paramètres et de faire des hypothèses sur les types de lois à
utiliser en fonction du matériau considéré. La plupart de ces inconnues peuvent être détermi-
nées par des méthodes classiques. Nous proposerons également dans la suite de ce document
des méthodes expérimentales peu courantes pour identifier certains paramètres. Nous nous
attarderons plus spécialement sur la densité de dislocations initiale, la mobilité des joints de
grains, l’énergie seuil ou encore sur la densité de dislocations critique.
Les parties suivantes sont dédiées à la recristallisation et la croissance de grains du
tantale pur et à l’adaptation du modèle en champ moyen pour ce matériau. La deuxième par-
tie sera consacrée à la caractérisation de l’état déformé en termes de densité de dislocations.
Dans une troisième partie, nous nous attacherons à caractériser de manière expérimentale les
mécanismes de recristallisation et de croissance de grains afin d’identifier les paramètres né-
cessaires au modèle et d’obtenir des données expérimentales avec lesquelles comparer les
résultats de la modélisation. Enfin, la dernière partie sera consacrée à la modélisation du com-
portement en recristallisation du tantale et à l’évaluation de la pertinence du modèle.
DEUXIEME PARTIE.
INTRODUCTION
Le tantale pur est un matériau très ductile, dont le comportement dépend énormé-
ment des conditions thermomécaniques appliquées lors de la déformation. Pour identifier
précisément une loi de comportement, il est important de pouvoir évaluer ces effets, notam-
ment sur la contrainte à la transition élasto-plastique et sur l’écrouissage. Dans ce but, nous
allons commencer par collecter et analyser les données de la littérature.
Nous allons tout d’abord nous intéresser à la contrainte élastique du tantale. Cette
contrainte est définie comme la contrainte nécessaire pour passer d’un régime de déformation
réversible (comportement élastique) à un régime irréversible (comportement plastique). En
règle générale pour les métaux, la partie élastique du comportement d’un matériau est consi-
dérée comme linéaire.
L’influence de la vitesse de déformation sur le comportement du tantale a été large-
ment étudiée dans la littérature (Buy 1996; Fresnois 2001; Regazzoni 1983; Isbell et al. 1972; S.
R. Chen & Gray III 1996; Hoge & Mukherjee 1977) et ceci pour différents modes de sollicitation
simples : traction , compression et torsion. La figure 2-1 présente une compilation des con-
traintes d’écoulement de ces différentes études en fonction de la vitesse de déformation équi-
valente pour des essais réalisés à température ambiante. La contrainte d’écoulement aug-
LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME 43
mente avec la vitesse de déformation de 100 MPa à environ 550 MPa sur 8 décades (10 -5 s-1 –
103 s-1), soit une augmentation moyenne d’environ 55 MPa par décade. Le tantale est donc
très visqueux à température ambiante. On constate également que ces données sont assez
dispersées. Le tantale utilisé dans ces études, pouvant avoir des taux d’impureté légèrement
différents, et le mode de sollicitation appliqué contribuent à cette dispersion. La méthode de
détermination de la contrainte élastique est rarement indiquée, ce qui est également une
source de dispersion dans les valeurs des différentes études. A partir de ces données, on peut
calibrer une loi simple de type Norton-Hoff :
Equation 2.1
700
Compression 298 K (Buy, 1996)
Compression 298 K (Chen & Gray, 1996)
Compression 298 K (Hoge & Mukherjee, 1977)
Compression 298 K (Isbell, 1972)
Compression 298 K (Kapoor & Nemat Nasser, 2000) 600
Torsion 298 K (Buy, 1996)
Traction 298 K (Buy, 1996)
Contrainte élastique σy (MPa)
300
200
100
0
1E-05 1E-04 1E-03 1E-02 1E-01 1E+00 1E+01 1E+02 1E+03 1E+04
Vitesse de déformation équivalente (s-1)
Tableau 2-1. Paramètres de la loi de Norton-Hoff (2.1) identifiés pour le tantale pur à partir des données de la
littérature
Paramètre de la loi de Norton-Hoff KNH mNH
Valeurs identifiées à température ambiante 316 MPa 0,081
Valeurs identifiées à 900 K 70 MPa 0,145
Nemat-Nasser 2000; Lassila et al. 2002) (figure 2-2). Les niveaux de contrainte diminuent évi-
demment avec l’augmentation de la température. La vitesse de déformation a toujours pour
effet d’augmenter la contrainte d’écoulement. La sensibilité à la vitesse de déformation est
augmentée avec la température, le coefficient mNH passant de 0,081 à 298 K à 0,145 à 900 K
(sur la plage de vitesse de déformation équivalente 102 - 104 s-1). On retrouve ici l’équivalence
temps / température, une augmentation de la vitesse de déformation ayant le même effet
qu’une diminution de la température.
A 900 K, la contrainte d’écoulement ne dépend plus de la vitesse de déformation lors-
que celle-ci est comprise entre 10-4 et 10-1 s-1. La contrainte est alors égale à 100 MPa, niveau
de contrainte qui est atteint à 10-5 s-1 à température ambiante. On retrouve cette notion de
contrainte seuil lorsque l’on trace l’évolution de la contrainte d’écoulement en fonction de la
température à vitesse de déformation constante (figure 2-2). On remarque également que la
température à laquelle est atteinte cette contrainte seuil augmente avec la vitesse de défor-
mation. Il existe donc, pour une vitesse de déformation donnée, une température au dessus
de laquelle la contrainte d’écoulement à la transition élasto-plastique ne dépend plus de la
température. On retrouve ici la notion de plateau athermique déjà évoquée pour le tantale
(Buy et al. 1997). Le tableau 2-2 donne une estimation des températures auxquelles est at-
teinte cette contrainte athermique pour différentes vitesses de déformation. Conformément à
l’équivalence des effets de température et de vitesse de déformation, le plateau athermique
observé à haute température peut également être observé aux faibles vitesses de déformation
(figure 2-1).
1200
800
600
400
200
0
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000
Température (K)
Figure 2-2. Evolution de la contrainte d'écoulement en fonction de la température pour trois vitesses de
déformation (compilation de données de la littérature)
Tableau 2-2. Température seuil du plateau athermique pour trois vitesses de déformation
-1 -4 -1 3
Vitesse de déformation (s ) 10 10 3 x10
Température du plateau athermique (K) 423 650 ≈ 2000
Contrainte d’écoulement sur le plateau athermique 100 MPa
LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME 45
B. ECROUISSAGE DU TANTALE
(a) (b)
250 180
0.0001 s-1
160
298 K
0.001 s-1
200 1000K
140
0.01 s-1
σ-σy (MPa)
σ-σy (MPa)
100
80
100
60
40
50
20
298 K 0,01 s-1
0 0
0 0,05 0,1 0,15 0,2 0,25 0,3 0 0,05 0,1 0,15 0,2 0,25 0,3
Déformation vraie Déformation vraie
Figure 2-3. Ecrouissage (différence entre la contrainte et la contrainte d’écoulement) du tantale pur (données
extraites de (Kapoor & Nemat-Nasser 2000)) en fonction
(a) de la vitesse de déformation à température ambiante
-1
(b) de la température à une vitesse de déformation de 0,01 s
250
200
Dureté Vickers
150
100
ECAP HV0.3
50
0 1 2 3 4 5 6 7
Déformation équivalente
Figure 2-4. Saturation de la dureté après de fortes déformations pour deux types de sollicitation différents
A. DESCRIPTION DU MODELE
Equation 2.2
d’anisotropie qui ont une influence sur le comportement mécanique et qui ne sont pas inclus
dans le modèle. Il convient donc d’appeler cette variable interne « densité de dislocations
équivalente », celle-ci pouvant différer significativement des densités réelles qui seraient me-
surées, par exemple, par microscopie électronique en transmission. La grandeur relative est
définie par :
Equation 2.3
Equation 2.4
Equation 2.5
Où , et sont des constantes qui ont été identifiées (Tableau 2-3) dans les
travaux de thèse de M. Houillon (Houillon 2009).
Tableau 2-3. Valeurs des paramètres de la loi d’évolution de la densité de dislocations (Houillon 2009)
-1 -1
(K ) (s )
6
21 30 -0,00023 1,5 x 10
Usuellement, la contrainte mécanique due aux dislocations mobiles est exprimée par
la relation :
Equation 2.6
Equation 2.8
Une fois cette constante athermique identifiée, on pourra estimer une valeur de la
densité de dislocations équivalente du matériau recristallisé.
La contrainte équivalente effective s’exprime par (Buy 1996) :
Equation 2.9
Tableau 2-4. Valeur des paramètres de la loi représentant la contrainte dans le tantale (Buy 1996; Houillon 2009)
-1
(MPa) (MPa) (J) (s ) p q
-19 6
120 870 1 x10 1,5 x10 1 2
Equation 2.10
40
35
Partie non affectée par
Pic
l'adoucissement
30
25
Force (kN)
Point d'inflexion
20
15
10
0
0 1 2 3 4 5 6 7
Déplacement (mm)
Figure 2-5. Méthode de traitement des courbes force-déplacement et de détermination de la limite élastique des
essais de compression réalisés dans (Houillon 2009)
50 LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME
600
300
200
100
0
1E-05 1E-04 1E-03 1E-02 1E-01 1E+00 1E+01 1E+02 1E+03 1E+04
Vitesse de déformation équivalente (s-1)
Figure 2-6. Comparaison des contraintes d'écoulement obtenues après analyse des essais de compression et de
torsion réalisés lors des travaux de M. Houillon avec les données de la littérature
(a) (b)
1200 600
0.0001 s-1 298K 298K modèle
Modèle 0.0001 s-1 (M. Houillon) 900K 900 K modèle
0.1 s-1
1000 Modèle 0.1 s-1 (M. Houillon) 500
Contrainte d'écoulement (MPa)
800 400
600 300
400 200
200 100
0 0
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000 1E-05 1E-04 1E-03 1E-02 1E-01 1E+00 1E+01 1E+02 1E+03 1E+04
Température (K) Vitesse de déformation équivalente (s-1)
Figure 2-7. Modélisation de la contrainte d'écoulement à partir des paramètres identifiés dans (Houillon 2009)
(a) fonction de la température (b) fonction de la vitesse de déformation
Equation 2.11
En utilisant cette valeur dans la relation 2.8, on obtient une estimation de la densité de
dislocations équivalente du tantale recristallisé (pour α =0,28 en compression (Farré & Buy
1999), b = 2,86 x10-10 m, μ = 69 GPa et M ≈ 3) :
Equation 2.12
D’où,
Equation 2.13
Avec la température (en K) à laquelle est atteint le plateau athermique pour une
vitesse de déformation . A partir des données estimées du tableau 2-2, on obtient :
3000
Température de fusion
2500
1500
1000
500
Température ambiante
0
1E-06 1E-05 1E-04 1E-03 1E-02 1E-01 1E+00 1E+01 1E+02 1E+03 1E+04
Vitesse de déformation équivalente (s-1)
Une étude récente (Park et al. 2011) utilise la même modélisation de la contrainte ef-
fective. Les paramètres sont en revanche identifiés à partir des données en température et
non en vitesse de déformation. La différence principale avec le jeu de paramètres établi par M.
Houillon réside dans les valeurs de p et q. Les résultats obtenus montrent une bonne restitu-
tion de la contrainte effective en fonction de la température avec des valeurs de p = 0,3 et q =
1. Plusieurs valeurs de ces deux paramètres existant dans la littérature, nous les inclurons dans
les paramètres du modèle qui restent à identifier.
Pour ce qui nous concerne q, p et sont donc les trois paramètres variables dans
l’identification du modèle de comportement pour représenter la contrainte élastique. Nous
avons choisi d’optimiser la valeur de ces paramètres afin de minimiser, au sens des moindres
carrés, l’écart entre l’ensemble des limites élastiques expérimentales regroupées sur la figure
2-1 et le modèle. Après optimisation, on obtient :
Avec ce nouveau jeu de paramètres, on obtient les résultats présentés sur la figure 2-9.
Tout d’abord, ces nouveaux paramètres permettent de mieux rendre compte de l’allure de
l’évolution de la contrainte effective avec la température quelle que soit la vitesse de déforma-
tion (figure 2-9.a), même si les niveaux de contrainte ne sont pas respectés. Sur la figure 2-9.b,
la contrainte d’écoulement calculée est correcte, en fonction de la vitesse de déformation et
cela pour les deux températures (température ambiante et 900 K). Le nouveau jeu de para-
mètres (tableau 2-5) semble être un bon compromis entre la modélisation des effets de tem-
pérature et de vitesse de déformation et ceci pour des données provenant de différentes
études sur du tantale pur avec des niveaux d’impuretés potentiellement différents.
LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME 53
(a) (b)
1200 700
0.0001 s-1 298K 900K
0.1 s-1
298K modèle 900 K modèle
3000 s-1 600
1000 Modèle 0.0001 s-1 (nouveaux paramètres)
Modèle 0.1 s-1 (nouveaux paramètres)
Contrainte d'écoulement (MPa)
400
600
300
400
200
200
100
0 0
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000 1E-05 1E-04 1E-03 1E-02 1E-01 1E+00 1E+01 1E+02 1E+03 1E+04
Température (K) Vitesse de déformation équivalente (s-1)
Tableau 2-5. Nouveau jeu de paramètres pour la loi d’évolution de la contrainte utilisée dans le modèle de
comportement du tantale pur
Paramètres de la loi « contrainte » Nouvelles valeurs Anciennes valeurs
(MPa) 100 120
(MPa) 1047 870
0,47 1
1,44 2
-19 -19
(J/at) 1,28 x10 1 x10
-1 5 6
(s ) 2,5 x10 1,5 x10
Equation 2.14
Peu de données existent sur le facteur d’annihilation pour calibrer cette loi, et notam-
ment pour calibrer la dépendance à la température. Selon (Farré et al. 2001), le plateau
athermique à température ambiante concerne les vitesses inférieures à 5 x 10-2 s-1 (N.B. cette
54 LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME
Equation 2.15
Avec la contrainte de cisaillement critique pour laquelle on déclenche le glissement relatif d’un corps par rapport
à l’autre, le coefficient de frottement et la contrainte d’écoulement du corps le plus mou.
40
EXP 0,01 mm/s
35 SIMU 0,01 mm/s
30
25
Force (kN)
20
15
10
0
0 1 2 3 4 5 6 7
Course de compression (mm)
-1
Figure 2-10. Comparaison de la simulation de l’essai de compression à 0,01 mm.s avec les données
expérimentales
tions est choisi égal à 1 x 10-19 J/at (ordre de grandeur de , paramètre d’activation
pour le franchissement des obstacles par les dislocations déterminé précédemment). En opti-
misant sur l’essai de compression à 1 mm.s-1 ( ), on obtient les paramètres
suivant :
Pour cet essai à 1 mm.s-1, la courbe numérique suit à nouveau bien la courbe expéri-
mentale (figure 2-11). Mais de manière plus intéressante, les essais à 0,1 mm.s-1 et 10 mm.s-1
(figure 2-12) qui n’ont pas été utilisés pour l’identification des paramètres, révèlent aussi un
bon accord entre simulation et données expérimentales. On peut noter que pour la vitesse la
plus rapide, l’écart est toutefois plus important. Ceci peut être dû au fait qu’à cette vitesse
l’autoéchauffement (pris en compte dans le calcul par la méthode des éléments finis) n’est pas
négligeable et que la loi d’écrouissage est encore insuffisamment précise dans sa prise en
compte des effets de température.
40
EXP 1 mm/s
35 SIMU 1 mm/s
30
25
Force (kN)
20
15
10
0
0 1 2 3 4 5 6 7
Course de compression (mm)
-1
Figure 2-11. Comparaison de la simulation de l’essai de compression à 1 mm.s avec les données expérimentales
40 40
EXP 0,1 mm/s EXP 10 mm/s
35 35 SIMU 10 mm/s
SIMU 0,1 mm/s
30 30
25 25
Force (kN)
Force (kN)
20 20
15 15
10 10
5 5
0 0
0 1 2 3 4 5 6 7 0 1 2 3 4 5 6 7
Course de compression (mm) Course de compression
Figure 2-12. Validation des paramètres identifiés par comparaison des simulations d’essais de compression (non
utilisés pour l’identification) avec les données expérimentales
Le nouveau jeu de paramètres ainsi identifié a également été utilisé pour modéliser
des essais de torsion sur tube réalisés à la fois dans le régime statique et dans le régime dyna-
mique (Houillon 2009). La figure 2-13 montre que le modèle surestime légèrement la con-
56 LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME
trainte en torsion et cela pour toutes les vitesses de déformation. Néanmoins, le résultat appa-
raît satisfaisant et montre que la modélisation permet de reproduire le comportement méca-
nique pour différents modes de sollicitation. Il faut rappeler en outre que des essais en torsion
mènent généralement à des contraintes d’écoulement inférieures à celles mesurées en com-
pression, et ceci indépendamment du cas particulier du tantale (Jonhson & Cook 1983; Jaoul
2008).
Figure 2-13. Modélisation du comportement mécanique en torsion (essais de torsion sur tubes (Houillon 2009))
En résumé
A partir de données de la littérature et d’essais de compression uniaxiale (Houillon
2009), nous avons fait plusieurs observations sur le comportement plastique du tantale pur. Ce
matériau est très visqueux à température ambiante avec un coefficient de sensibilité à la vi-
tesse de déformation de 0,08. La contrainte d’écoulement à la transition élasto-plastique est
typiquement d’environ 220 MPa à 0,01 s-1 et augmente d’environ 50 MPa par décade lorsque
la vitesse de déformation augmente. On retrouve également l’équivalence vitesse de déforma-
tion-température classique puisque la contrainte d’écoulement diminue lorsque la tempéra-
ture augmente. Le tantale pur présente, à vitesse de déformation constante, une température
au delà de laquelle la contrainte atteint un seuil de 100 MPa et n’évolue plus. Ce phénomène
est relié au fait qu’à partir d’une certaine température, le franchissement des obstacles par les
dislocations est très facile et ne dépend plus de la température si celle-ci augmente. La tempé-
rature de ce plateau athermique augmente avec la vitesse de déformation.
L’écrouissage du tantale pur est lui aussi un peu particulier. En effet, l’augmentation de
la vitesse de déformation va diminuer l’écrouissage. L’effet de la température sur l’écrouissage
est moins clair. On peut tout de même penser que l’écrouissage diminue lorsque la tempéra-
ture augmente. Au cours de la déformation, en fonction de la température et de la vitesse de
déformation, le tantale est sujet à la restauration dynamique. Ce phénomène lié à la déforma-
tion correspond à une annihilation et une réorganisation des dislocations en cellules. Plus la
déformation augmente et mieux ces cellules seront définies jusqu’à atteindre un régime pour
lequel les propriétés mécaniques du tantale pur saturent. On peut notamment atteindre un
écrouissage nul aux hautes vitesses de déformation.
LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME 57
Tableau 2-6. Nouveau jeu de paramètres du modèle de comportement pour le tantale pur
Paramètre Valeur réidentifiée Anciennes valeurs
(MPa) 100 120
0,47 1
Contrainte d’écoulement
1,44 2
-19
(J/at) 1,28 x10
-19 1 x10
6
-1
(s ) 2,5 x10
5 1,5 x10
24,5 21
(J/at) 1 x10
-19 - (loi différente)
6
-1
(s ) 2 x10
8 1,5 x10
Grâce à cette loi de comportement, nous disposons d’un moyen pour accéder à une
densité de dislocations équivalente à partir de la mesure d’une contrainte. La suite de cette
partie va être consacrée à établir une mesure expérimentale qui, grâce à cette loi, permettra
d’accéder à la densité de dislocations. Le but final est d’obtenir une description de l’état dé-
formé pour ensuite modéliser la recristallisation statique et la croissance de grains.
Avec c la constante de Tabor ayant une valeur proche de 3 pour les métaux usuels. En
associant à cette relation de Tabor, la loi de comportement basée sur la densité de dislocations
58 LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME
160
150
Dureté Vickers 300 gf numérique
140
130
120
110
100
90
80
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9
Densité de dislocations équivalente relative
Figure 2-14. Relation Dureté Vickers/densité de dislocations équivalente établie dans les travaux de (Houillon
2009)
L’essai d’indentation consiste à faire pénétrer un indenteur dans un matériau sous une
charge constante donnée. La dureté du matériau est calculée à partir de la taille de
l’empreinte laissée par l’indenteur dans le matériau après la décharge. Le terme de microdure-
té (ou microindentation) renvoie à des valeurs de charge comprises entre 0.5 gf et 2 kgf. Il
existe différentes échelles de dureté en fonction de la géométrie de l’indenteur. Il peut être
sphérique (Brinell), conique, pyramidal à base triangle. Dans le cas de la dureté Vickers,
LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME 59
l’indenteur est une pyramide à base carrée en diamant. L’angle entre deux faces opposées de
la pyramide est de 136° (figure 2-15). L’essai d’indentation Vickers suit la norme ISO 6507-1.
A. CALCUL DE LA DURETE
Dans le cas de l’indentation Vickers, l’empreinte laissée par l’indenteur est un carré (ou
plus généralement un losange dans le cas d’une déformation anisotrope). On caractérise donc
cette empreinte carrée par la longueur de sa diagonale (figure 2-15). Dans le cas où les deux
diagonales ne sont pas identiques on donne une valeur de diagonale équivalente en faisant la
moyenne des longueurs des deux diagonales.
Equation 2.17
Figure 2-16. Evolution de la charge au cours d'une indentation Vickers réalisée avec une masse morte (F > 25 gf)
60 LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME
C. NOMENCLATURE
La dureté Vickers a une nomenclature bien précise selon la norme ISO 6507-1.
Exemple
La charge de référence choisie pour cette étude est 300 gf, ce qui correspond à un
effort de 2,94 N. Pour cette charge et pour un temps de maintien de 5 s, la dureté du tantale
pur recristallisé est de 87 HV0,3 /5. La figure 2-17 montre que ce temps de maintien a une
influence significative sur la valeur de microdureté Vickers du tantale pur recristallisé. La dure-
té passe de 87 HV0,3 /5 à 77 HV0,3 /99. On remarque cependant l’existence d’un palier de
dureté, à partir de 20 s. Cette forte dépendance au temps de maintien de la charge peut être
attribuée à la forte viscosité du tantale à température ambiante. Lorsqu’on se trouve dans les
conditions de la norme (entre 10 et 15 secondes), ce palier n’est pas encore atteint. Les
normes sont généralement définies pour des matériaux très usités comme les aciers. Ces ma-
tériaux étant peu visqueux à température ambiante, un temps de maintien de 10 s environ
doit être suffisant pour atteindre le palier observé pour le tantale au dessus de 20 s. Cette
norme ne convient donc pas bien au tantale pur recristallisé pour une charge de 300 gf.
Les dépendances de la dureté Vickers à la charge de l’essai et à la vitesse d’indentation
sont détaillées dans l’annexe A4.
90
85
HV0,3
80
75
70
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Temps de maintien (s)
Figure 2-17. Influence du temps de maintien de la charge sur la microdureté Vickers du tantale pur (300 gf)
LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME 61
Compte tenu des résultats obtenus en simulation de l’indentation Vickers (annexe A5),
il apparaît à ce stade difficile de développer la stratégie initialement prévue pour déterminer la
relation entre dureté et densité de dislocations équivalente. En effet, les résultats de
l’indentation numérique ne montrent pas un réel accord avec les données expérimentales
même si les dépendances à la charge, au temps de maintien et à la vitesse d’indentation sont
respectées. Ces simulations d’indentation ont en plus été réalisées à vitesse d’indentation
constante, la cinématique réelle d’un essai de microdureté avec une charge de 300 gf s’avérant
encore un verrou non résolu à ce stade.
La solution envisagée pour contourner ce problème de simulation numérique de
l’indentation consiste à établir une loi semi-expérimentale/semi-numérique à partir d’essais
mécaniques réalisés sur du tantale pur et qui sont plus facilement simulables avec le logiciel
Forge 2011®. Dans un premier temps, dans un pion utilisé pour déterminer le comportement
mécanique en compression uniaxiale réalisée à 0,1 mm.s-1, on sait qu’il existe des gradients de
déformation et donc de densité de dislocations. On réalise donc une série de mesures de dure-
té Vickers 300 gf le long de la hauteur de ce pion (figure 2-18.b) pour un temps de maintien de
5 s et un autre de 30 s. Ensuite, on utilise la simulation numérique de cet essai réalisée avec la
loi de comportement basée sur la densité de dislocations équivalente pour en tirer les densités
de dislocations équivalentes le long de cette même hauteur (figure 2-18.a). Ces deux gran-
deurs sont ensuite reliées par la position dans la hauteur du pion, ce qui nous donne une rela-
tion entre HV0,3 /5 ou /30 et la densité de dislocations équivalente (figure 2-18.c).
Pour compléter ces données, on utilise également des couples HV0,3-densité de dislo-
cations équivalente obtenus à partir d’un essai de compression sur éprouvette « double
cône », détaillé dans l’annexe A9. La figure 2-19 présente l’ensemble des données recueillies
pour les deux temps de maintien. On confirme ici l’importance de la prise en compte du temps
de maintien dans l’établissement de cette relation entre dureté Vickers et densité de disloca-
tions équivalente. L’effet de diminution de la dureté au cours du temps observé sur le tantale
recristallisé est également présent pour du tantale déformé.
230
HV0,3 /5
210 HV0,3 /30
Puissance (HV0,3 /5)
190
Puissance (HV0,3 /30)
170
HV0,3
150
130
110
90
70
50
1 3 5 7 9 11 13 15
Densité de dislocations équivalente relative
Equation 2.19
Equation 2.20
Ces deux équations (2-19 et 2-20) relient la dureté Vickers 300 gf à la densité de dislo-
cations initialement présente dans le volume testé. On retrouve l’effet du temps de maintien
sur la dureté Vickers (figure 2-19), lequel s’atténue légèrement pour les valeurs de densité de
dislocations équivalente les plus importantes, ce qui semble cohérent.
Malgré une stratégie initiale mise en défaut par la simulation numérique de
l’indentation, une méthode semi-numérique / semi-expérimentale a été mise en place pour
définir la corrélation existant entre dureté Vickers et densité de dislocations équivalente. Nous
avons à présent deux relations permettant d’évaluer la densité de dislocations dans le tantale
LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME 63
à partir d’une mesure de dureté Vickers réalisée avec une charge de 300 gf pour un temps de
maintien de soit 5 s soit 30 s. Il est à noter que les valeurs de temps de maintien sont hors des
conditions définies par la norme ISO 6507-1. On prendra donc soin de spécifier le temps utili-
sé : HV0,3 /5 ou HV0,3/30.
Lors de la déformation plastique d’un polycristal, l’écrouissage est différent d’un grain
à l’autre en fonction de l’orientation cristallographique et du type de sollicitation imposée.
Cette hétérogénéité est mise en évidence dans un pion de tantale déformé en compression
(déformation équivalente locale de 0,7 à une vitesse de déformation de l’ordre de 0,1 s-1) par
le calcul des facteurs de Taylor (figure 2-20). Ce facteur nous renseigne sur l’activité des sys-
tèmes de glissement pendant la déformation. Un facteur de Taylor élevé indique une forte
activité des systèmes de glissement et donc un écrouissage plus important que pour un grain
présentant un facteur de Taylor plus faible.
Figure 2-20. Cartographie des facteurs de Taylor d'un échantillon de Tantale déformé en compression
(figure 2-21). Malgré une anisotropie peu marquée de la contrainte d’écoulement pour une
déformation nulle, le monocristal atteint un niveau de contrainte plus important
que les deux autres à la fin du laminage.
250
200
Dureté Vickers HV0,5
150
100
50 (001)[1-10]
(112)[1-10]
(111)[1-10]
0
0 20 40 60 80
Taux de réduction de l'épaisseur (%)
Figure 2-21. Evolution de la dureté Vickers au cours de la déformation pour trois monocristaux de tantale
déformés par laminage à froid (données extraites de (Vandermeer & Snyder 1979))
Figure 2-22. Figures de pole {200} de trois monocristaux de tantale pur après déformation par laminage à froid
(Vandermeer & Snyder 1979)
Cette dispersion est liée à la présence de dislocations qui provoquent des rotations
locales du réseau cristallin et modifient donc l’orientation locale du grain. L’augmentation de la
densité de dislocations va augmenter la dispersion de l’orientation cristallographique. Un bon
marqueur de l’anisotropie de comportement plastique sera donc les désorientations intragra-
nulaires qui seront estimée grâce au « Kernel Average Misorientation » (KAM) disponible dans
le logiciel TSL OIM analysis et décrit dans l’annexe A6.
LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME 65
Figure 2-23. Désorientations intragranulaires dans un polycristal de tantale déformé par torsion
Figure 2-24. Désorientations intragranulaires des grains de la microstructure de torsion (figure 2-23) ayant un
diamètre équivalent supérieur à 200 µm
2
Echantillon possédant un faible nombre de grains de taille millimétrique
LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME 67
Tableau 2-7. Orientations cristallographiques moyennes des grains de l'oligocristal avant et après déformation
Grain 1 2 3 4 5 6
Orientation 77 8 276 228 18 301
intiale 43 4 36 52 40 35
(°,Euler,Bunge) 304 344 92 139 354 49
Orientation 65 66 279 240 42 335
finale 45 2 32 51 48 38
(°,Euler,Bunge) 311 285 137 137 339 45
Figure 2-25. Oligocristal de tantale pur avant et après compression et repère de référence
L’avantage de cette expérience réside dans la taille et dans le caractère colonnaire des
grains de l’oligocristal. En effet, les cartographies réalisées à proximité des joints de grains
seront considérées comme résultant uniquement du comportement des deux grains de part et
d’autre du joint. Cette configuration apparaît idéale pour étudier l’effet de la co-rotation sur
l’augmentation des désorientations intragranulaires aux joints de grains.
Prenons pour exemple le grain 4 qui possède une interface avec chacun des 5 autres
grains de l’échantillon. La figure 2-26 illustre l’augmentation de la désorientation intragranu-
laire au niveau des joints de grains. Chaque cartographie représente les gradients locaux
d’orientation dans le grain 4 au voisinage de chaque autre grain. La cartographie des désorien-
tations intragranulaires au centre du grain 4 est donnée comme référence.
De chaque cartographie représentative d’une zone proche d’un joint de grains (figure
2-26), on extrait la valeur moyenne des gradients locaux d’orientation. Cette valeur est ensuite
normalisée par le gradient d’orientation local moyen au centre du grain 4. La figure 2-27 repré-
sente ainsi l’augmentation relative des désorientations intragranulaires par rapport au centre
du grain pour chacun des joints de grains (identifiés par le couple de grains de part et d’autre
de la frontière). L’augmentation de la désorientation moyenne est différente à proximité de
chacun des joints du grain 4 avec ses voisins.
68 LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME
45 µm 45 µm
5,05 /μm
G5
G3
G4 G4
25 µm
20 µm
Gradient
G6
G2
local
d’orientation
45 µm 25 µm
G4 G4
G4
Figure 2-26. Cartographies des gradients locaux d'orientation au niveau des joints de grains dans le grain 4
3
Gradient local d'orientation moyen relatif
2,5
1,5
1
Gradient moyen au centre du grain
0,5
0
4-1 4-2 4-3 4-5 4-6
Joint de grains
Figure 2-27. Influence des grains voisins sur les désorientations intragranulaires au voisinage des joints du grain 4
Le niveau de co-rotation est un angle représentatif de la rotation d’un grain par rap-
port à un autre, plus il est faible et plus les grains ont tendance à tourner de la même manière.
La méthode de calcul du niveau de co-rotation est détaillée sur la figure 2-28.
LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME 69
Niveau de corotation
= angle de désorientation Joint de grains
La rotation du grain
B est appliquée à Rotation du
l’orientation initiale grain B soumis à
du grain A la deformation
Rotation du
grain A soumis à
la deformation
Orientation initiale du
grain A
Orientation initiale du
grain B
2,5
1,5
0,5
0
0 5 10 15 20
Niveau de corotation (°)
Figure 2-29. Influence de la co-rotation sur l'augmentation relative des désorientations intragranulaires au niveau
des joints de grains (grain 4)
la figure 2-30.a, on voit toujours l’hétérogénéité des désorientations intragranulaires que l’on
pouvait observer pour un niveau de déformation moins important. Cependant, lorsque l’on
compare la distribution de ces désorientations avec la distribution de l’échantillon deux fois
moins déformé (figure 2-30.b), on constate un léger déplacement du pic, un élargissement de
la distribution et une désorientation maximum augmentée. Cette observation peut être le
signe de la création de parois de dislocations générant des désorientations intragranulaires
significatives et traduisant la formation d’une sous-structure en cellules délimitées par des
parois de dislocations.
(a) (b)
1,16°/µm 0,16
Niveau de déformation : 0,64
0,14 Niveau de déformation : 1,28
0,12
1 er voisin, pas
0,1 de 1,44 µm
Fréquence
0,08
0,06
0,04
0,02
0
0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 4
0°/µm Désorientations intragranulaires (°/µm)
Figure 2-30. (a) Cartographie des désorientations intragranulaires dans un échantillon de torsion (déformation de
1,28)
(b) Distributions des désorientations intragranulaires pour deux niveaux de déformation ayant une densité de
dislocation équivalente similaire
Figure 2-31. (a) Microstructure d'un échantillon de tantale déformé par torsion (3,5 de déformation)
(b) désorientations intragranulaires dans les grains supérieurs à 1 µm
Figure 2-32. (a) Sous-structure de déformation dans un échantillon de tantale déformé par torsion (Imagerie
d’électrons rétrodiffusés)
(b) Vue schématique du mécanisme de germination par croissance de sous-grains (Brechet & Martin 2006)
72 LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME
SYNTHESE
Dans cette deuxième partie, l’objectif principal était d’avoir un outil fiable permettant
de décrire l’état déformé du tantale et notamment la densité de dislocations, pour alimenter la
modélisation de la recristallisation. A partir de théories et de lois déjà existantes pour le tan-
tale provenant de travaux précédents au CEA DAM Valduc, nous proposons de nouveaux pa-
ramètres afin d’améliorer la modélisation du comportement mécanique de ce matériau (ta-
bleau 2-8).
Tableau 2-8. Tableau de synthèse de la loi de comportement choisie et identifiée pour le tantale
(MPa) 100
Contrainte d’écoulement
(MPa) 1047
0,47
1,44
-19
(J/at) 1,28 x10
-1 5
(s ) 2,5 x10
Ecrouissage
24,5
1,6
11
-19
(J/at) 1 x10
-1 8
(s ) 2 x10
Lorsque le calcul de la densité de dislocations équivalente n’est pas possible par simu-
lation numérique, une mesure de microdureté Vickers représente une alternative expérimen-
tale. Nous avons pu mettre en évidence que la dureté Vickers du tantale est fortement dépen-
dante du temps de maintien : plus le temps de maintien augmente, et plus la dureté diminue,
jusqu’à atteindre un palier de dureté. Nous avons établi une loi semi-expérimentale/semi-
numérique qui fait la corrélation entre des mesures de dureté Vickers à 300 gf réalisées sur un
pion de compression et les densités de dislocations prédites par la simulation numérique de ce
même essai de compression. Cette loi permettra à partir d’un essai de dureté Vickers avec une
charge de 300 gf et un temps de maintien de 5 s de déterminer la densité de dislocations équi-
valente (équation 2.19). Une autre loi a été établie pour un temps de maintien de 30 s (équa-
tion 2.20).
Equation 2.19
Equation 2.20
La description de la microstructure de l’état déformé est basée sur une seule densité
de dislocations. Cette approche mécanique a été complétée par des observations en micros-
copie électronique à balayage de microstructures de tantale déformé. Ces observations nous
ont permis de mettre en évidence l’anisotropie de comportement à l’échelle du grain. Cette
anisotropie couplée aux hétérogénéités de la sollicitation mécanique à l’échelle locale, condui-
sent à des variations de l’écrouissage à l’intérieur même d’un grain. Certaines zones d’un grain,
et plus particulièrement les zones où l’incompatibilité de déformation est la plus forte comme
les joints de grains et les points triples, vont montrer de fortes désorientations intragranulaires
après déformation. Conformément à la théorie de la co-rotation évoquée dans la littérature,
nous avons mis en évidence que l’augmentation des désorientations intragranulaires au niveau
des joints de grains est reliée au fait que les grains de part et d’autre du joint subissent une
rotation différente sous l’effet de la déformation. Enfin, aux plus fortes déformations, nous
avons pu voir le développement de la restauration dynamique formant une sous-structure
composée de cellules délimitées par des parois de dislocations. Ce phénomène peut même
conduire à la formation de nouveaux grains (recristallisation dynamique continue). Ces cellules
semblent être des précurseurs de la germination de la recristallisation. A partir de cette obser-
vation de la microstructure, on peut penser que la distribution de densité de dislocations équi-
valente utilisée dans le modèle pourra décrire l’hétérogénéité de comportement (écrouissage)
entre les grains après déformation. Cependant, il sera plus difficile de prendre en compte les
hétérogénéités intragranulaires ainsi que la formation de la sous-structure en cellule.
Dans la partie suivante, nous allons nous pencher sur les évolutions microstructurales
dans le tantale pur au cours d’un traitement thermique qui suit une étape de déformation.
Nous pourrons ainsi déterminer en quoi cette microstructure de déformation est importante
et comment elle conditionne les modifications de la microstructure.
TROISIEME PARTIE.
INTRODUCTION
1. Restauration statique
3
Variable représentative de la microstructure dans la modélisation du comportement mécanique. Elle prend en
compte la densité de dislocations totale, la taille de grains, les impuretés.
4
Essai d’indentation Vickers réalisé avec une charge de 0,1 kgf selon les conditions de la norme ISO 6507-1
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 77
150
700°C
800°C
140
900°C
1000°C
130
Dureté Vickers HV0,1
120
110
100
90
80
0 20 40 60 80 100 120
Temps de recuit (min)
Figure 3-1. Evolution de la dureté Vickers HV0,1 du tantale en fonction du temps de recuit dans des zones en
restauration pour une déformation équivalente de 1,3 (données extraites de (Hupalo & Sandim 2001))
130
ε = 1,3
125
ε = 2,8
120
ε= 5
115
105
100
95
90
85
80
600 650 700 750 800 850 900 950 1000 1050 1100
Température de recuit (°C)
Figure 3-2. Valeur de la dureté Vickers HV0,1 au bout de 2 h de recuit en fonction de la température et de la
déformation initiale (données extraites de (Hupalo & Sandim 2001))
ECAE (Equal Channel Angle Extrusion) (Hartwig et al. 2002; Mathaudhu &
Hartwig 2006)
« Swaging » (Hupalo & Sandim 2001; Sandim et al. 1999) qui consiste à réduire
le diamètre d’un barreau par compression radiale.
Laminage (Vandermeer & Snyder 1979; Raabe et al. 1994; Sandim et al. 2001;
Sandim et al. 2005; Martorano et al. 2007)
190
Dureté Vickers HV0,3
170
150
130
ECAE
110 Temps de recuit: 1h30
90
70
0 200 400 600 800 1000 1200 1400
Température (°C)
Figure 3-3. Dureté Vickers HV0,3 du tantale déformé par ECAE après recuit de 90 min à différentes températures
et pour trois niveaux de déformation (Mathaudhu & Hartwig 2006)
80 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR
Les travaux menés sur la recristallisation du tantale déformé par « swaging » (Hupalo &
Sandim 2001) apportent quelques éléments supplémentaires en termes de cinétiques de re-
cristallisation. Les informations qui sont données discriminent trois états de la microstructure
en fonction du temps de recuit, de la température et de la déformation équivalente initiale :
restauré, partiellement recristallisé et totalement recristallisé. Quelle que soit la déformation
(dans la gamme considérée supérieure à 1,3), la recristallisation est complète pour une tempé-
rature de 1100°C à partir de 15 min de traitement. A partir de cette analyse qualitative de la
recristallisation, on peut construire une « carte de recristallisation » pour chaque niveau de
déformation (figure 3-4). On retrouve le fait que la recristallisation débute à température plus
basse lorsque la déformation augmente. Il apparaît que la température de recristallisation
totale ne diminue pas pour une déformation croissante.
Du point de vue des paramètres du procédé, la recristallisation du tantale pur va éga-
lement dépendre de la vitesse à laquelle le palier thermique est atteint (Beckenhauer et al.
1993). Pour un état de déformation donné, la température à partir de laquelle se déclenche la
recristallisation diminue lorsque la vitesse de chauffage augmente (figure 3-5.a). Le fait que la
recristallisation se déclenche plus tôt est lié à la diminution de l’énergie stockée par restaura-
tion qui est moindre lorsque le chauffage est rapide. Précédemment, nous avons pu voir que la
restauration était active dès 600°C, il est donc intéressant de considérer ce problème en
termes de temps passé au dessus de 600°C (figure 3-5.b). On observe bien sûr que plus le
temps passé au dessus de 600°C est long, plus la recristallisation se déclenche tard. La baisse
de la température de recristallisation est plus importante pour les temps faibles (vitesse de
chauffage rapide) que pour les temps plus élevés. Cette observation est par ailleurs cohérente
avec les données de la figure 3-1, montrant que la restauration est très active sur les 15 pre-
mières minutes de traitement. Des études similaires ont été réalisées sur l’aluminium (Attallah
et al. 2010) et sur le molybdène (Primig et al. 2012) montrant bien l’influence de la restaura-
tion sur la recristallisation. D’autres travaux ont cherché à modéliser cette influence de la res-
tauration sur la recristallisation (Stüwe et al. 2002; Brechet et al. 2009; Price 1989). Certains de
ces auteurs suggèrent que la restauration pourrait également avoir pour effet de faciliter la
recristallisation en aidant à la formation des germes. La température de début de recristallisa-
tion serait alors plus basse, ce que l’on n’observe pas ici.
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 81
εeq = 1,3
1100
RECRISTALLISATION TOTALE
Zone d'incertitude
1000
900
Zone d'incertitude
800
RESTAURATION
700
15 30 45 60 75 90 105 120
Temps de recuit (min)
εeq = 2,8
1100
RECRISTALLISATION TOTALE
Zone d'incertitude
1000
Température de recuit (°C)
RECRISTALLISATION PARTIELLE
900
RESTAURATION
700
15 30 45 60 75 90 105 120
Temps de recuit (min)
εeq = 5
1100
RECRISTALLISATION TOTALE
Zone d'incertitude
1000
Température de recuit (°C)
900
RECRISTALLISATION PARTIELLE
800
Zone d'incertitude
RESTAURATION
700
15 30 45 60 75 90 105 120
Temps de recuit (min)
Figure 3-4. "Cartes de recristallisation" pour différents niveaux de déformation (construites à partir de (Hupalo &
Sandim 2001))
82 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR
(a) (b)
1200 1200
Pour un état de déformation donné Pour un état de déformation donné
1100 1100
1000 1000
900 900
800 800
700 700
600 600
1 10 100 1000 10000 0 20 40 60 80 100 120 140
Vitesse de chauffage (°C/min) Temps passé au dessus de 600°C (min)
Figure 3-5. Effet de la vitesse de chauffage (a) et du temps passé au dessus de 600°C (b) sur la température de
début de recristallisation (Beckenhauer et al. 1993)
Grains recristallisés
Grain restauré
Figure 3-6. Inhomogénéités d'une microstructure recristallisée (micrographies MEB/BSE)
(a) présence d'un grain restauré (grain inférieur) dans une structure recristallisée. A noter la différence de taille
de grains au niveau de l’interface avec le grain restauré (Sandim et al. 2005)
(b) hétérogénéité de taille de grains (Hupalo & Sandim 2001)
tentiellement recristalliser alors que les autres grains seront plus enclins à restaurer. C'est ce
qui a pu être observé par Vandermeer (Vandermeer & Snyder 1979) sur des monocristaux de
tantale.
Dans la microstructure recristallisée, de plus gros grains recristallisés peuvent être ob-
servés aux interfaces entre zones recristallisées et grains restaurés (figure 3-6.a). Les germes
activés dans cette zone ont en fait cru dans le grain voisin restauré pour consommer l'énergie
restante dans celui-ci (Sandim et al. 2005). Cependant, les grains d’orientations cristallogra-
phiques les plus stables pendant la déformation peuvent ne pas présenter suffisamment
d'énergie stockée pour permettre le mouvement des joints des grains recristallisés à leur dé-
triment. Ces grains se contentent donc de restaurer, et se retrouveront donc dans la micros-
tructure finale de la pièce recuite même après un recuit à températures élevées (1400°C).
A l'intérieur d'un grain pouvant recristalliser, il a été observé dans plusieurs travaux,
principalement ceux de Sandim (Sandim et al. 2001; Hupalo & Sandim 2001; Sandim et al.
2005), que les premiers sites de germination se situent aux abords des joints de grains. Ceci n'a
rien de surprenant étant donné que ces zones présentent de fortes perturbations des orienta-
tions cristallographiques avec des gradients forts impliquant une densité de dislocations loca-
lement plus élevée (Hirth 1972). Cependant, il a également été noté que des germes pouvaient
apparaître au cœur des grains (Sandim et al. 2001). Ce phénomène a été rarement observé et
pourrait résulter d'un effet de l'observation 2D d'une structure 3D. D'autres hétérogénéités de
déformation telles que les bandes de déformation localisée et de cisaillement sont également
des sites préférentiels pour la germination et pourraient également expliquer l’observation de
germes au cœur des grains.
Une fois le germe potentiel activé, s'en suit la phase de croissance qui va donner le
grain recristallisé libre de dislocations. La force motrice de cette croissance est la consomma-
tion de l'énergie stockée dans la matrice déformée. Il a cependant été noté que la taille de
grains après traitement thermique n'était pas homogène (figure 3-6.b) (Hupalo & Sandim
2001; Sandim et al. 2005), cependant cette hétérogénéité diminue lorsque la déformation
précédent le traitement thermique augmente (figure 3-7). La taille de grains est reliée au
nombre de germes localement activés. Lorsque le nombre de germes activés est localement
important, les grains recristallisés entrent donc rapidement en contact ce qui limite leur crois-
sance. La différence locale d’activation des germes peut être expliquée par l’hétérogénéité de
microstructure intragranulaire à la fois entre le centre des grains et les joints de grains et entre
grains d’orientations cristallographiques différentes. L’hétérogénéité de microstructure intra-
granulaire à l’état déformé diminue lorsque la déformation macroscopique augmente, la taille
de grains recristallisés sera donc petite (grand nombre de germes activés) et relativement ho-
mogène.
84 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR
12
ε = 1,15
10 ε = 2,3
ε = 4,6
8
% de grains
0
0 20 40 60 80 100 120 140 160
Taille de grains (µm)
Figure 3-7. Distributions de taille de grains de microstructures recristallisées pour trois niveaux de déformation
en ECAE (Mathaudhu & Hartwig 2006)
C. TEXTURE DE RECRISTALLISATION
φ1
0° 90°
(001)[110]
φ2 = 45
Φ
(112)[110]
F
i
b Fibre γ
r
(111)[110] (111)[121] (111)[011] (111)[112]
e
α
(110)[110]
90°
Figure 3-8. Représentation des fibres α et γ dans la coupe à φ2 = 45° de l'espace des angles d'Euler (Humphreys &
Hatherly 2004)
15 15
1 0
2 45
Intensité
10 10
5 5
55
2 45
0 0
0 30 60 90 60 75 90
Φ( ) φ1 ( )
Figure 3-9. Texture de recristallisation dans du tantale déformé par laminage à froid puis recuit à deux
températures pendant 1h (données extraites de (Raabe et al. 1994))
3. Croissance de grains
250
Température de recuit 1100°C
ε = 1,3
ε = 2,8
200
Taille de grains moyenne (µm)
ε= 5
150
microstructure
100%
recristallisée
100
50
0
0 20 40 60 80 100 120
Temps de recuit (min)
Figure 3-10. Croissance de grains d'échantillons en tantale 100% recristallisés à une température de 1100°C pour
trois niveaux de déformation en « swaging » avant recristallisation (Hupalo & Sandim 2001)
400
300 ε = 4,6
250
200
150
100
50
0
900 950 1000 1050 1100 1150 1200 1250 1300 1350 1400
Température de recuit (°C)
Figure 3-11. Taille de grains d'échantillons de tantale recristallisés en fonction de la température de recuit (90
min) pour trois niveaux de déformation en ECAE avant recristallisation (Mathaudhu & Hartwig 2006)
4. Bilan
Restauration
Nous avons pu constater que la restauration était active dans le tantale à partir de
600°C. Cette restauration peut avoir une grande influence sur la recristallisation qui va suivre.
88 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR
Il est donc important de considérer pour tout traitement thermique le temps passé au dessus
de 600°C.
Recristallisation
La recristallisation dans le tantale est un phénomène discontinu basé sur le processus
de germination/croissance. Suivant le niveau de déformation et la vitesse de chauffage, elle se
déclenche entre 700°C et 1100°C. Très peu de données sont disponibles sur les cinétiques,
c'est-à-dire sur l’évolution de la fraction recristallisée en fonction du temps de recuit et de la
température. On peut noter qu’à 1100°C la recristallisation totale d’une microstructure de
tantale déformé en « cold swaging » se fait en moins de 15 min quel que soit le niveau de dé-
formation équivalente (dans la gamme de déformation considérée > 1,3).
La majorité des travaux ont montré que la recristallisation du tantale était très hétéro-
gène à l’échelle de la microstructure. Le déclenchement de la recristallisation ainsi que la den-
sité de germes vont énormément dépendre de l’orientation cristallographique du grain défor-
mé et de son comportement induit pendant la déformation. La microstructure en fin de recris-
tallisation présente donc des hétérogénéités en termes de taille de grains et il se peut que des
grains non recristallisés subsistent dans la microstructure.
La texture de recristallisation du tantale a principalement été caractérisée pour une
déformation en laminage à froid. Elle présente les caractéristiques d’une texture de recristalli-
sation classique après une déformation en laminage pour les métaux de structure cubique
centrée avec une fibre γ renforcée et une fibre α affaiblie.
Croissance de grains
Les données disponibles de croissance de grains permettent de montrer que la vitesse
d’augmentation de la taille moyenne des grains d’une microstructure entièrement recristalli-
sée dépend du temps, de la température et de la distribution de taille de grains en fin de re-
cristallisation. Si la taille de grains est homogène, la vitesse de croissance moyenne sera relati-
vement constante en fonction du temps.
Dans la suite de cette partie, nous allons compléter les données de la littérature par de
nouvelles caractérisations de la recristallisation du tantale. Tout d’abord, étant donné la modi-
fication de la loi de conversion entre la dureté Vickers et la densité de dislocations équivalente
(partie 2), la loi de restauration du tantale proposée dans (Houillon 2009) sera réidentifiée.
Après avoir montré les phénomènes de recristallisation et de croissance de grains grâce à une
technique innovante de traitement thermique in situ, nous allons nous focaliser sur l’évolution
de la fraction recristallisée en fonction du temps dans la gamme de température 1000°C-
1100°C. L’intérêt sera d’évaluer l’influence des paramètres thermomécaniques sur la recristal-
lisation et la croissance de grains et de produire un jeu de données expérimentales afin de
calibrer puis de valider le modèle de recristallisation développé dans la première partie.
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 89
La loi de restauration utilisée dans (Houillon 2009) présentée dans la partie 1 (équation
1.19) doit être réidentifiée car la loi de conversion dureté Vickers / densité de dislocations
équivalente a été modifiée (voir partie 2 section II.2).
Equation 1.19
Nous allons réutiliser les expériences réalisées par (Houillon 2009) pour identifier les
paramètres de cette loi et convertir les niveaux de dureté en densité de dislocations équiva-
lente à l’aide de la nouvelle relation de conversion.
Quatre échantillons de compression présentant quatre niveaux de dureté différents
sont traités à 600°C (palier de 45 min) et à 800°C (palier de 36 min) avec une pente de chauf-
fage d’environ 20°C/min. Une mesure de dureté Vickers HV0,3 /5 est alors réalisée après trai-
tement thermique. Dans ces gammes de température et pour ces échantillons, il n’y a pas de
recristallisation. Le tableau 3-1 récapitule les traitements réalisés, les mesures de dureté Vic-
kers et leurs conversions en densité de dislocations équivalente.
Tableau 3- 1. Données expérimentales utilisées pour identifier les paramètres de la loi de restauration
avant traitement après traitement
Echantillon Traitement thermique
HV0,3 /5 ρeq HV0,3 /5 ρeq
1 600°C / 4440 s 177 20,9 157 12
2 600°C / 4440 s 170 17,3 161 13,5
3 800°C / 4500 s 163 14,3 139 6,8
4 800°C / 4500 s 160 13,1 134 5,7
Les paramètres de la loi à identifier sont : λ, ρinf et Qr. Par minimisation de l’erreur au
sens des moindres carrés, on obtient les valeurs suivantes :
Des mesures à des temps intermédiaires seraient nécessaires pour valider notamment
la forme de la loi de restauration. On peut néanmoins voir que cette loi prédit une activité
significative de la restauration à partir d’environ 600°C (figure 3-12), observation cohérente
avec les résultats de la littérature vus dans la section I.1 de cette partie.
90 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR
16
12
10
0
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900
Température (°C)
Figure 3-12. Evolution de la densité de dislocations par restauration statique en fonction de la température
Les évolutions microstructurales lors d’un traitement thermique sont le plus généra-
lement étudiées d’un point de vue statistique à partir d’échantillons « volumiques » afin
d’obtenir des cinétiques de recristallisation, des tailles de grains ou des textures en fonction
des paramètres thermomécaniques. Dans cette étude sur la recristallisation du tantale, nous
avons opté pour l’observation de l’évolution d’une zone donnée d’une section métallogra-
phique. Une platine chauffante a été réalisée au CEntre de Mise En Forme des matériaux à
partir de celle développée par (Liao et al. 1998) pour être utilisée à l’intérieur de la chambre
d’un Microscope Electronique à Balayage (MEB). L’échantillon monté sur la platine peut ainsi
subir une série de traitements thermiques sous vide secondaire avec des rampes de tempéra-
tures contrôlées pouvant être très rapides (100°C/s) (Bozzolo et al. 2012). Après chaque trai-
tement, les évolutions microstructurales sont mises en évidence grâce à la technique EBSD. Ce
système de chauffage a permis d’atteindre des températures entre 750°C et 1030°C pour cette
étude, et des températures similaires ont été utilisées dans d’autres études réalisées avec le
même système sur un acier 304L (Ke Huang 2011), des alliages de Zirconium (Gaudout 2009) et
déjà sur du tantale (Houillon 2009). Cette gamme de température est supérieure à celles dé-
crites dans la littérature pour d’autres systèmes de chauffage similaires. De plus, les évolutions
microstructurales de la plupart des métaux ayant un intérêt industriel interviennent à ces
températures.
Nous allons donc appliquer ce système à un échantillon de tantale déformé à froid afin
d’observer la recristallisation et la croissance de grains. Cette expérience sera l’occasion de
décrire comment il est possible d’analyser et quantifier la recristallisation par la technique
EBSD. L’objectif sera également de voir dans quelle mesure il est possible d’extraire des don-
nées quantitatives utiles pour le modèle comme la mobilité des joints de grains ou la vitesse de
germination. Cette technique étant plutôt nouvelle, nous essayerons également de mettre en
lumière les artefacts possibles et d’évaluer leur influence sur l’analyse quantitative des méca-
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 91
nismes locaux de recristallisation et de croissance de grains. Ce travail a fait l’objet d’une pu-
blication soumise à « Journal of Microscopy – Oxford ».
1200
2
1000
5
Température (°C)
800
5 5 10 20 60 120 180
600
400
200
Figure 3-14. Séquence des traitements thermiques subis par l'échantillon de tantale sévèrement déformé à froid
(le temps de chaque traitement est indiqué au dessus du palier et chaque étape de la séquence est identifiée par
un chiffre entre parenthèses)
Dans le cas de cette expérience in situ, les mesures EBSD ont été réalisées avec un sys-
tème TSL-EDAX. Les conditions d’acquisition de ces données ont été ajustées de manière à
trouver un compromis entre la qualité des clichés de diffraction, la résolution spatiale et le
temps d’acquisition. Le pas de mesure est de 2 µm pour une cartographie de 350 µm x 600
µm. Les cartographies ont ensuite été analysées avec le logiciel TSL OIM Data Analysis. Une
désorientation minimale de 5° a été choisie pour définir les joints de grains et les pixels ayant
une désorientation supérieure à 5° avec l’ensemble de leurs premiers voisins sont considérés
comme mal indexés. Ces pixels ne seront pas pris en compte et apparaîtront en noir sur les
cartographies EBSD, comme pour les points non indexés. Les grains recristallisés sont identifiés
à partir de la méthode décrite dans l’annexe A8.
Le premier résultat que l’on obtient grâce au système de recuit in situ couplé à
l’analyse EBSD est l’observation quasi directe de la progression de la recristallisation et de la
croissance de grains pour une microstructure locale donnée (figure 3-15). Sur cette figure, les
phénomènes de germination et croissance peuvent clairement être observés entre l’étape 1 et
l’étape 5. Les quatre étapes suivantes montrent la croissance de grains après recristallisation
totale de la microstructure. Les différents stades identifiés sur cette figure vont être analysés
plus en détails dans la suite.
La surface analysée avec cette technique est petite en comparaison de surfaces néces-
saires pour réaliser une analyse statistique de la recristallisation. Le comportement observé
n’est donc pas représentatif du matériau en termes de taille de grains moyenne, de texture
globale ou encore d’énergie stockée macroscopique. La technique de recuit in situ donne accès
aux mécanismes locaux de recristallisation et de croissance de grains. Une cinétique de recris-
tallisation représentative pourrait être mesurée uniquement si le nombre de grains était statis-
tiquement représentatif du matériau dans la zone analysée.
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 93
Figure 3-15. Evolution de la microstructure pendant la séquence de traitement thermique (cartographies d’IQ
[Image Quality] obtenues par l’analyse EBSD)
C. GERMINATION
Avec N le nombre de nouveaux grains apparus sur la surface observée S (350 µm x 600
µm) pendant un traitement thermique de temps t. Les évolutions temporelles du nombre de
grains recristallisés et du taux de germination sont présentées figure 3-16. Le taux de germina-
tion la plus élevée correspond au premier traitement thermique réalisé à la plus haute tempé-
94 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR
rature (1030°C) (figure 3-16.a). A ce stade, le taux de germination est de 2,3 x 108 m-2.s-1. Dans
les étapes suivantes, la diminution de température ainsi que la réduction du nombre de sites
de germination potentiels entraîne une diminution du taux de germination (figure 3-16.b). Il
est important de préciser que certains des grains observés sur la surface pourraient provenir
de la croissance de grains recristallisés apparus plus tôt à une certaine distance sous la surface
libre. Ce biais ne peut être évité qu’en réalisant une expérience 3D.
(a) (b)
200 1,00E+09
180
5 7
3 1
160 6 9
4
8
Nombre de grains recristallisés
100 2 3
1
80
1,00E+07
60
40
5
20
0 1,00E+06
0 50 100 150 200 250 300 350 400 450 0 5 10 15 20 25 30
Temps (s) Temps (s)
Figure 3-16. (a) Evolution du nombre de grains recristallisés pendant la séquence de traitements thermiques
(b) Taux de germination estimé pour les étapes 1, 2, 3 et 5
Pour être activé à une température donnée, un germe doit remplir 2 conditions :
Etre suffisamment désorienté cristallographiquement par rapport à son
voisinage direct,
Avoir un bilan énergétique favorable entre l’énergie d’interface créée et
l’énergie stockée dans le voisinage qui est libérée lors de la croissance du
germe (i.-e. avoir une taille critique).
Lors du premier traitement thermique, les nouveaux grains sont apparus dans les
zones présentant les plus fortes désorientations locales du réseau cristallin (figure 3-17). De
fortes désorientations intragranulaires traduisent une forte énergie stockée et peuvent favori-
ser la formation de joints à grand angle de désorientation, avec une mobilité suffisante.
Figure 3-17. Localisation des nouveaux grains recristallisés observés après un traitement thermique à 1030°C
pendant 2 s. Les nouveaux grains (en blanc) sont repositionnés sur la cartographie des désorientations
intragranulaires de l'état initial.
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 95
35
8 9
30 7
6
recristallisés (µm)
3
20
15
10
0
0 50 100 150 200 250 300 350 400 450
Temps (s)
Figure 3-18. Evolution de la taille moyenne des grains recristallisés (diamètre du cercle équivalent au grain)
pendant la séquence de traitements thermiques. Seul les points obtenus à une température de 750°C sont
considérés (étapes 3 à 9)
A partir des cartographies EBSD, la migration des joints de grains peut être observée et
reliée aux forces motrices locales. La figure 3-19 illustre la croissance des grains recristallisés
pendant les étapes 3 à 5. Les cartographies de cette figure représentent la valeur du KAM par
unité de longueur. Comme nous avons pu l’évoquer dans la deuxième partie de ce manuscrit,
le KAM par unité de longueur peut être relié à la densité de dislocations géométriquement
nécessaires avec donc une valeur faible pour les grains recristallisés ou les zones intragranu-
laires à faibles énergies stockées. Au cours de la recristallisation, la migration des joints de
grains est principalement pilotée par la différence de densité de dislocations entre les grains
voisins. La microstructure évoluera plus rapidement là où la densité de dislocations est forte
comme montré pour les grains marqués d’un symbole vide. Dans les zones où le réseau cristal-
lin est moins perturbé, les joints de grains stagnent (flèches blanches). La différence de migra-
tion le long d’un même joint de grains va donc entraîner des courbures locales importantes de
ces interfaces. Cela aura pour effet d’augmenter la contribution des forces capillaires à la force
motrice totale (Zhang et al. 2011; Martorano et al. 2007).
3 4 5
Lorsque la microstructure est totalement recristallisée, s’en suit une phase de crois-
sance des grains recristallisés (étapes 6 à 9 sur la figure 3-15). Comme prévu, les gros grains
croissent aux dépens des plus petits pour minimiser la quantité totale de joints de grains. Une
illustration de la migration de joints entre grains recristallisés lors du dernier traitement ther-
mique est donnée figure 3-20. Ce phénomène va évidemment faire diminuer le nombre total
de grains (figure 3-16.a).
Figure 3-20. Disparition (*) et décroissance (**) de petits grains lors du traitement thermique 9 dans le régime de
croissance de grains
Equation 3.2
Equation 3.3
paraît toutefois plus faible que la valeur attendue pour un état sévèrement déformé, ce qui
n’est pas étonnant en raison de l’approche utilisée. Premièrement, cette analyse ne prend en
compte que les dislocations géométriquement nécessaires (GND) et non la densité de disloca-
tions totale incluant également les dislocations statistiquement stockée (SSD). Deuxièmement,
l’analyse EBSD, telle qu’elle a été réalisée, ne permet pas de bien résoudre les zones les plus
déformées de la microstructure. La valeur moyenne des désorientations intragranulaires est
ainsi sous-estimée. La densité de dislocations ainsi calculée est donc une borne inférieure de la
densité de dislocations totale. Dans la suite, nous considérerons une valeur moyenne de
l’ordre de 1015 m-2 (Hosseini & Kazeminezhad 2009) pour l’état déformé et cette valeur donne
une force motrice d’environ 3 x 106 N.m-2.
Pour la croissance de grains, seuls les effets capillaires sont responsables du mouve-
ment des joints de grains. La force motrice associée est donnée par (Humphreys & Hatherly
2004) :
Equation 3.4
La vitesse moyenne de migration des joints de grains v est directement liée à la force
motrice par la mobilité des joints de grains m (Humphreys & Hatherly 2004) :
Equation 3.5
Equation 3.6
Equation 3.7
Le principe même de la technique de recuit in situ est d’observer les évolutions micros-
tructurales sur une surface libre. Cependant, le fait d’introduire cette surface libre dans la mi-
crostructure peut potentiellement influencer le déroulement de la recristallisation et de la
croissance de grains. Dans la littérature, plusieurs analyses ont été réalisées afin d’évaluer
l’effet de la surface libre sur les évolutions métallurgiques. Deux méthodes ont été employées :
Comparaison des microstructures en surface et au cœur de l’échantillon
« in situ »,
Comparaison de la microstructure en surface de l’échantillon in situ avec
une microstructure à cœur d’un échantillon ayant subi le même traitement
dans un four classique.
De ces études, il ressort que les cinétiques de recristallisation et les tailles de grains fi-
nales sont similaires (Liao et al. 1998; Hurley & Humphreys 2004), ce qui confirme nos observa-
tions sur le tantale. Dans le cas de l’aluminium, les études ont également montré que la sur-
face libre n’avait pas d’effet sur la migration des joints de grains (Lens et al. 2005; Y. Huang &
Humphreys 1999). Néanmoins, certains auteurs ont tout de même noté certaines différences
entre la microstructure en surface et celle à cœur sur un même échantillon dans le cas d’un
acier sans interstitiels (IF steel) (Nakamichi et al. 2008). Ils suggèrent toutefois que les diffé-
rences observées pourraient provenir d’un gradient de température dans l’épaisseur de
l’échantillon. Afin de confirmer que la surface libre a peu d’effet sur les mécanismes de recris-
tallisation et de croissance de grains dans le cas du tantale, l’échantillon ayant subi la séquence
entière de traitements thermiques a été découpé perpendiculairement à la surface libre. La
tranche a ensuite été polie pour une analyse EBSD. La figure 3-21 montre une comparaison des
microstructures sur la surface et sur la tranche. Cet échantillon ne présente pas de différence
significative entre la surface et le cœur avec une taille de grains similaire autour de 30 µm. Le
système utilisé n’induit donc pas de gradient de température dans l’épaisseur de l’échantillon
et la surface libre ne génère pas de force de freinage supplémentaire (gravage thermique des
joints de grains) empêchant les grains de croître comme dans le volume.
100 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR
Vue en coupe
Vue de dessus
Echantillon
Figure 3-21. Observation de la microstructure dans une coupe perpendiculaire à la surface libre et comparaison
avec la microstructure de la surface libre
En l’état, cette étude ne permet pas encore d’accéder à toutes les données nécessaires
à la modélisation du phénomène de recristallisation. Cette technique ne permet notamment
pas d’acquérir des données statistiquement représentatives du matériau comme les cinétiques
de recristallisation. C’est pourquoi nous allons par la suite utiliser des techniques de traite-
ments thermiques plus classiques pour caractériser la recristallisation.
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 101
Figure 3-22. Vue 3D de l'éprouvette "double cône" (a) de ses dimensions (b) et de la localisation du gradient de
densité de dislocations que l’on souhaite exploiter après déformation (c)
Nous avons optimisé cette éprouvette « double cône » (ou DECC pour « DoublE Cône
Compression ») par simulation numérique basée sur la méthode des éléments finis afin de
satisfaire deux critères principaux :
1. L’éprouvette doit pouvoir être usinée dans une tôle de 11 mm d’épaisseur
102 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR
La méthode d’optimisation de cette géométrie est détaillée dans l’annexe A9. Les dif-
férents paramètres de la géométrie retenue sont définis sur la figure 3-23 et rassemblés dans
le tableau 3-2.
D
d0 = 7
DC α
h0 = 11 DR1 h
DR2
h’
(a)
6
1 mm
5
Figure 3-24. (a) répartition de la densité de dislocations équivalente le long d'un rayon de l'éprouvette optimisée
et déformée à 0.1 mm/s (b) Cartographie de la densité de dislocations équivalente dans le plan (DR1, DC) dans le
cas d’un contact collant
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 103
Les essais ont été effectués à une vitesse de 0,1 mm/s et montrent une assez bonne
corrélation avec la simulation numérique. La simulation de l’essai DECC permet de rendre
compte de la courbe effort-déplacement (figure 3-25), et de la géométrie de l’éprouvette
après déformation (au déchargement élastique près). On note également que la zone de con-
tact entre les outils et l’éprouvette se déforme peu, ce qui confirme notre hypothèse de simu-
lation d’un contact collant.
180
expérimental
160 Simulation
140
120
Effort (kN)
100
80
60
40
20
0
0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 4 4,5
Course de compression (mm)
Figure 3-25. Evolution de l'effort dans l'axe de compression pour l'essai DECC à 0.1 mm/s (courbes
expérimentales et numériques)
160
Simulation de l'essai DECC
150 Mesures expérimentales
140
HV 0,3 /5 130
120
110
100
90
80
0 2 4 6 8 10 12 14 16 18
rayon (mm)
Figure 3-26. Evolution de la dureté Vickers (HV0.3 /5) le long d'un rayon de l'éprouvette DECC déformée à 0.1
mm/s et comparaison avec les valeurs de dureté numérique converties des densités de dislocations à partir de loi
HDD
Figure 3-27. Cartographies des désorientations intragranulaires obtenues par EBSD et évolution de la
désorientation intragranulaire moyenne le long d'un rayon
Figure 3-28. Microstructure des éprouvettes DECC traitées à 900°C, 1000°C et 1050°C (imagerie BSE). La ligne
pointillée rouge indique la limite de recristallisation avec la valeur du rayon correspondant.
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 107
Figure 3-29. Présence de grains recristallisés dans la zone centrale de l'éprouvette traitée à 900°C
Les recuits pour déterminer cette courbe de densités de dislocations critique sont réa-
lisés avec une pente de chauffage d’environ 20°C/min. Le temps passé au dessus de 600°C est
donc assez important (entre 15 min et 22 min 30 s) durant lequel la restauration est active.
Cela signifie que la densité de dislocations à partir de laquelle s’est déclenchée la recristallisa-
tion est inférieure à la densité de dislocations évaluée dans l’état déformé. Il est donc néces-
saire de corriger la courbe obtenue en utilisant la loi de restauration établie pour le tantale
dans (Houillon 2009) et ré-identifiée dans la partie 2 de ce document.
108 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR
11
critique
7
Ces courbes sont établies pour un temps de recuit de 30 min. Lorsque ce temps va di-
minuer, la densité de dislocations critique va augmenter. Les embryons ayant moins de temps
pour atteindre les conditions critiques de croissance et devenir des germes, seuls les germes
déjà présents dans la microstructure vont être activés. Un recuit d’une éprouvette DECC avec
un temps de palier thermique court (3 min) montre qu’à 1000°C la zone centrale commence à
peine à recristalliser (figure 3-31), la densité de dislocations critique (avant correction de la
restauration) est donc d’environ 10,5. Après correction de la restauration, on trouve une va-
leur de 6,7, légèrement supérieure à la valeur obtenue pour 30 minutes de traitement qui est
de 6,2 (figure 3-30). A 1000°C, la densité de dislocations critique ne paraît pas varier beaucoup
en fonction du temps de palier.
Figure 3-31. Début de recristallisation dans la zone centrale d'une éprouvette DECC déformée à 0,1 mm/s et
recuite à 1000°C pendant 3 min (pente de 20°C/min)
Equation 3.8
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 109
Avec T la température en Kelvin, les paramètres de la loi (3.8) ont pour valeurs :
Cette loi est validée entre 900 °C et 1050°C. Cependant la forme de la loi étant assez
classique, on la considérera extrapolable à des températures plus élevées. Lorsque la tempéra-
ture est plus faible que 900°C, l’extrapolation est plus compliquée étant donné que la germina-
tion va devenir très peu probable (quasi nulle aux alentours de 600 °C) et que la loi utilisée ici
ne représentera pas une augmentation très importante de la densité de dislocations critique.
1200
1000
800
Température (°C)
600
400
200
0
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
Temps (min)
Figure 3-32. Courbes de température typiques des traitements réalisés avec le four Netzsch
110 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR
Les échantillons sont obtenus par des essais de torsion (décrits en annexe A1) réalisés
dans des conditions de déformation engendrant des microstructures différentes. Le tableau 3-
3 donne les conditions de déformation ainsi que les densités de dislocations équivalentes
maximales (en surface externe de l’éprouvette) en fin de déformation calculées à partir de la
loi d’écrouissage (2.4) identifiée dans la partie 2.
Tableau 3-3. Conditions de déformation en surface de la partie utile et densité de dislocations des
microstructures initiales
Déformation 0,64 1,28 3,5
-1
Vitesse de déformation (s ) 0,5 0,5 0,05
Densité de dislocations équivalente relative 6,2 6,7 9,5
L’objectif de cette étude des cinétiques de recristallisation est d’évaluer l’effet des
paramètres thermomécaniques comme la densité de dislocations équivalente initiale, la tem-
pérature et le temps de recuit ou encore la quantité de déformation. L’échantillon présentant
une densité de dislocations équivalente relative de 6,2 a été traité à 1000°C pendant diffé-
rentes durées de 2 min à 1 h. La cinétique de recristallisation établie servira de référence pour
la suite de cette étude.
La figure 3-33.a montre l’évolution de la fraction recristallisée en fonction du temps
pour cet échantillon de référence. On constate clairement que la fraction recristallisée (X)
augmente avec le temps pour atteindre 50% au bout d’une heure. La tendance de cette courbe
peut également nous faire penser que l’échantillon ne recristallisera jamais à 100% même
pour des temps très longs. Lorsque l’on considère la courbe de densité de dislocations critique
déterminée précédemment, la valeur critique à 1000°C pour le tantale est d’environ 6,4 pour
30 min de recuit. La densité de dislocations déterminée dans l’échantillon est donc très proche
de cette valeur seuil. On peut alors suggérer qu’une partie seulement de la distribution de
densité de dislocations se trouvait au dessus de la valeur critique (étant donné la dispersion
expérimentale de la densité de dislocations). Pendant que ces zones recristallisent, l’énergie
stockée dans le reste de la microstructure réduit par restauration et ainsi la force motrice pour
le mouvement du front de recristallisation diminue. Ceci peut expliquer que la cinétique soit
assez lente et que la fraction recristallisée n’atteigne jamais 100%.
5
La déformation maximale se situe à la surface de la partie utile.
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 111
0,9 40
0,6
25
0,5
20
0,4
15
0,3
10
0,2
0,1 5
0 0
0 10 20 30 40 50 60 0 10 20 30 40 50 60
Temps de recuit (min) Temps de recuit (min)
Figure 3-33. Cinétique de recristallisation de référence à 1000°C et taille moyenne des grains recristallisés
(densité de dislocations équivalente relative 6,2)
(a) (b)
1 45
1000°C référence
0,9 40
1100°C
0,6
25
0,5
20
0,4
15
0,3 1000°C 6,2 [0,64]
10
0,2
1100°C 6,2 [0,64]
0,1 5
0 0
0 10 20 30 40 50 60 0 10 20 30 40 50 60
Temps de recuit (min) Temps de recuit (min)
Figure 3-34. Influence de la température sur la cinétique de recristallisation et sur la taille moyenne des grains
recristallisés (densité de dislocations initiale 6,2)
(a) (b)
1 45
1000°C 6,2
0,9 40
0,6
25
0,5
20
0,4
15
0,3
0,2 10
Figure 3-35. Influence de la densité de dislocations équivalente initiale sur la cinétique de recristallisation et sur la
taille moyenne des grains recristallisés à 1000°C
Figure 3-36. Microstructure de l'échantillon ayant la densité de dislocations initiale la plus élevée (9,5) et recuit à
1000°C pendant 15 min (cartographie d'orientation obtenue par EBSD)
(a) (b)
0,05
0,05
Distribution de MacKenzie
correspondant à une texture aléatoire
0,04 0,04
Fréquence
0,03 0,03
Fréquence
0,02 0,02
0,01 0,01
0 0
5,5 10,5 15,5 20,5 25,5 30,5 35,5 40,5 45,5 50,5 55,5 60,5 0 10 20 30 40 50 60 70
Angle de désorientation (°) Angle de désorientation (°)
Figure 3-37. Distribution des angles de désorientations entre deux pixels de la cartographie de l'échantillon
recristallisé (densité de dislocations équivalente de 9,5)
(a) uniquement au niveau des joints de grains
(b) entre deux pixels pris aléatoirement dans la cartographie
114 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR
Deux des trois échantillons ont été déformés dans les mêmes conditions de vitesse de
déformation mais à deux niveaux de déformation (0,64 et 1,28), menant à des densités de
dislocations équivalentes proches, respectivement 6,2 et 6,7. Cette faible différence provient
du fait que la contrainte tend à saturer lorsque la déformation augmente. Malgré cela, on
observe une accélération très nette de la cinétique de recristallisation pour l’échantillon dé-
formé à 1,28 (figure 3-38.a). La principale différence entre ces deux échantillons est
l’augmentation des sites potentiels de germination par la formation de la sous-structure au
cours de la déformation. Dans les microstructures déformées, on observe un élargissement
très clair de la distribution des désorientations intragranulaires lorsque la déformation aug-
mente (figure 3-39) alors que le maximum ne se déplace pas beaucoup. Cette observation
peut être le signe de la création de parois de dislocations générant des désorientations intra-
granulaires significatives et traduisant la formation de cellules de dislocations comme nous
avons pu l’évoquer dans la partie 2. La description de la microstructure à une seule densité de
dislocations équivalente montre ici ses limites. Vu que l’on s’appuie sur la contrainte pour en
déduire la densité de dislocations équivalente, lorsque la déformation augmente, le modèle
tend à faire saturer la densité de dislocations. Cependant, la sous-structure de dislocations se
forme, devient de mieux en mieux définie et va donc influencer de plus en plus la recristallisa-
tion. Ce phénomène n’est donc pas pris en compte. On note également que pour cette nou-
velle cinétique, la fraction recristallisée atteint 80% de fraction recristallisée dès 15 min de
traitement pour ensuite ne plus évoluer de manière significative.
La taille de grains moyenne de cet échantillon plus déformé est inférieure à celle de
l’échantillon de référence (figure 3-38.b.). Pour un temps équivalent de 15 min, on passe
d’environ 35 µm à 25 µm. La structure en cellules formée au cours de la déformation a aug-
menté légèrement la densité de germes, la taille de grains moyenne est donc logiquement
inférieure.
(a) (b)
1 45
0,9 40
Diamètre moyen des grains recristallisés (µm)
0,8
35
0,7
30
Fraction recristallisée
0,6
25
0,5
20
0,4
15
0,3
1000°C 6,2 [0,64]
0,2 10
Déformation de 0,64 1000°C 6,7 [1,28]
0 0
0 10 20 30 40 50 60 0 10 20 30 40 50 60
Temps de recuit (min) Temps de recuit (min)
0,16
Niveau de déformation : 0,64
0,14 Niveau de déformation : 1,28
0,12
0,1
Fréquence
0,08
0,06
0,04
0,02
0
0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 4
Désorientations intragranulaires (°/µm)
Figure 3-39. Distributions des désorientations intragranulaires dans les microstructures déformées à 0,64 et 1,28.
SYNTHESE
Dans cette partie, nous avons abordé les aspects majeurs des évolutions microstructu-
rales du tantale au cours d’un traitement thermique. Nous nous sommes basés à la fois sur
une étude bibliographique et sur une caractérisation expérimentale de ces phénomènes afin
d’en extraire des paramètres et des lois nécessaires à la modélisation qui va suivre.
Nous avons pu voir que la restauration dans le tantale est un phénomène qu’il est dif-
ficile de négliger. La restauration est active dès 600°C et il est donc très important de prendre
en compte la vitesse de chauffage lorsque l’on souhaite décrire la compétition entre restaura-
tion et recristallisation. En raison de la modification de la loi HDD, les paramètres de la loi de
restauration ont été réidentifiés pour permettre de prendre en compte ce phénomène par la
suite.
λ = 0,78
Restauration ρinf = 4,1
-19
Qr = 1,29 x 10 J/at
Continue
Type de germination
Au niveau des joints de grains
Loi de déclenchement de
la recristallisation
INTRODUCTION
Un des deux objectifs fixés pour cette thèse est de fournir un modèle capable de simu-
ler un traitement thermique pour prédire la microstructure recuite à partir d’une microstruc-
ture initiale. Nous allons appliquer la modélisation en champ moyen décrite dans la partie 1
pour prédire les microstructures obtenues après traitements thermiques. Les résultats des
simulations seront comparés avec les données expérimentales obtenues en recristallisation
dans la troisième partie de ce manuscrit, afin de valider les lois utilisées et d’identifier les pa-
ramètres du modèle.
Dans le modèle, nous utiliserons le plus possible les données déterminées expérimen-
talement dans les parties précédentes, notamment pour la densité de dislocations du matériau
recristallisé (partie 2, ), la loi de restauration (partie 3 section II.1, équa-
tion 1.19) et la densité de dislocations critique (partie 3, section II.3). Une attention particu-
lière sera portée sur la description des microstructures initiales. A partir de ces microstructures
déformées en torsion, nous allons simuler les traitements thermiques réalisés à 1000°C et
1100°C pour tenter de prédire les microstructures obtenues expérimentalement après recuit.
La première étape consiste à bien décrire les microstructures initiales des traitements
thermiques selon le modèle choisi. On rappelle ici que la microstructure représentative est
décrite par une distribution de densités de dislocations et une distribution de tailles de grains.
Les grains sont considérés sphériques et donc tridimensionnels. Le modèle est alimenté par
une taille de grains moyenne et une densité de dislocations moyenne , ainsi que par la
largeur des distributions, déterminées respectivement par les paramètres et . Dans la
suite, nous distinguerons les microstructures initiales des traitements de croissance de grains,
de celles des traitements thermiques de recristallisation.
cette transformation en trois dimensions, la distribution devient non symétrique par rapport à
la moyenne et on ne peut plus décrire strictement la largeur de distribution avec une quantité
unique (partie 1, équations 1.5 et 1.6). Il faudrait un nombre fixant la valeur minimale et un
autre la valeur maximale. Ici, on considérera néanmoins la largeur de distribution identique à
celle obtenue en 2D, qui est un compromis entre la prise en compte des gros grains et l’ajout
de petits grains dans la distribution.
La densité de dislocations de cette microstructure est celle déterminée pour le maté-
riau recristallisé . Dans ce cas, la microstructure est décrite par cette
seule valeur de densité de dislocations et non par une distribution.
(a)
r
r z
0,3
(b) Histogramme 2D
Valeurs discrètes 3D après correction de Saltykov
0,25
Nombre de grains normalisé
0,2
0,15
0,1
0,05
0
5,5 7,5 9,5 11,5 13,5 15,5 17,5 19,5 21,5 23,5 25,5 27,5 29,5
Diamètre de cercle (ou sphère) équivalent(e) (µm)
Figure 4-1. Microstructure initiale pour les traitements thermiques de croissance de grains
(a) cartographie d’orientations obtenues par EBSD
(b) distributions de tailles de grains en 2D et en 3D après correction de Saltykov
122 MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE
Remarque
La définition d’une taille de grains requiert de fixer un angle de désorientation minimal pour définir un joint de
grains. Dans notre cas nous avons choisi ce seuil à 5° pour bien décrire la microstructure que l’on observe effecti-
vement. Des grains que l’on observe clairement sur une cartographie peuvent ne pas être détectés si le seuil est fixé
à 15° (figure 4-2.a).
Au regard de la mobilité des joints de grains notamment, cette valeur de 5° apparaît basse, les joints de grains étant
généralement considérés très mobiles à partir d’un angle de 15° de désorientation. Cependant, la quantité de joints
de grains ayant un angle de désorientation inférieur à 15° est plutôt faible par rapport à la quantité totale de joints
de grains (figure 4-2.b). Le choix d’un angle de 5° ne devrait pas donc pas avoir un impact significatif sur les évolu-
tions prédites de la microstructure au cours des traitements thermiques.
(a) (b) 1
0,9
0,8
0,7
Fréquence cumulée
0,6
0,5
0,4
0,3
0,2
0,1
0
5 15 25 35 45 55 65
Angle de désorientation (°)
θ
r
r z
Zoom
Figure 4-2. (a) Microstructure recristallisée avec un angle de désorientation seuil de détection des joints de grains
à 15°
(b) Diagramme des fréquences cumulées des désorientations des joints de grains dans la même microstructure
Comme nous avons pu le voir dans la partie 3 section II.4, trois types de microstruc-
tures ont été produites à partir d’essais de torsion pour établir des cinétiques de recristallisa-
tion. Ces trois microstructures ont été choisies pour leurs caractéristiques permettant de tes-
ter le modèle, et notamment l’influence de la description de la microstructure initiale. Les trois
microstructures déformées ont été analysées par EBSD et sont présentées sur la figure 4-3. Ces
microstructures sont également évoquées dans la partie 2, section III. La microstructure 1 a été
choisie car elle se décrit de manière assez pertinente par des distributions de densités de di-
slocations et de tailles de grains telles que nécessaires dans le modèle en champ moyen utilisé.
En effet, la morphologie des grains est assez proche de formes équiaxes et la distribution de
densité de dislocations intragranulaires est approximable par une densité de dislocations
moyenne. Les microstructures 2 et 3 sont plus éloignées du modèle de description de la mi-
crostructure et seront donc un bon test pour connaître les capacités du modèle en champ
moyen à retranscrire les évolutions microstructurales de telles microstructures. La microstruc-
ture 3 est très fragmentée alors que la microstructure 2 est une microstructure intermédiaire,
avec des grains allongés et des zones fragmentées.
MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 123
Figure 4-3. Microstructures initiales pour les traitements de recristallisation (à gauche, cartographies
d’orientations et, à droite, cartographies dans lesquelles chaque grain a une seule couleur)
Tableau 4-1. Densité de dislocations équivalente moyenne pour les trois microstructures issues des essais de
torsion
Microstructure 1 Microstructure 2 Microstructure 3
Déformation 0,64 1,28 3,5
-1
Vitesse de déformation (s ) 0,5 0,5 0,05
Densité de dislocations relative 6,2 6,7 9,5
-2 14 14 14
Densité de dislocations absolue (m ) 2,17 x 10 2,35 x 10 3,33 x 10
0,2 0,2 0,2
0,18
Microstructure 1
0,16
Microstructure 2
0,14
Microstructure 3
0,12
Fréquence
0,1
0,08
0,06
0,04
0,02
0
0,1 1 10 100
Gradient local d'orientation (°/µm)
Figure 4-4. Désorientations intragranulaires dans chacune des microstructures 1, 2 et 3
Le modèle de recristallisation se base sur l’hypothèse que les grains sont des sphères.
Dans le cas présent d’une déformation à froid, la forme des grains déformés peut être très
éloignée d’une sphère. On voit d’ailleurs sur la figure 4-3 que les grains sont nettement allon-
gés et ont plutôt une forme d’ellipsoïde.
A partir des données EBSD, on accède à la surface de chacun des grains considérés
dans la microstructure. Cette donnée brute est ensuite convertie en un diamètre de cercle
équivalent (i-e de même surface) pour calculer ensuite un diamètre moyen des grains, en con-
sidérant donc ceux-ci comme des cercles, . Le tableau 4-2 regroupe ces tailles de grains
équivalentes pour les trois microstructures. Cette méthode définit la taille de grains sur la base
MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 125
d’une hypothèse de forme des grains qui est assez éloignée de la morphologie réelle, et qui, de
plus, est relative à des coupes en 2D de la microstructure.
Comme pour la microstructure présentée précédemment dans la section I.1 de cette
partie, on peut, en première approche, transformer la distribution des diamètres de cercles
équivalents en 2D en une distribution de diamètres en 3D par la méthode de Saltykov. Les
résultats (taille de grains moyenne , facteur de conversion 2D/3D et largeur des distribu-
tions) de cette transformation sont présentés dans le tableau 4-2. Cette méthode est contes-
table par le fait que les grains ne sont pas des sphères et que la statistique de la mesure EBSD
(nombre de grains) ne permette pas d’être dans les conditions idéales pour appliquer la mé-
thode de Saltykov.
Dans le cas présent, pour décrire de la manière la mieux adaptée la microstructure ini-
tiale, il faut se rappeler l’importance des joints de grains pour la germination de la recristallisa-
tion. Ainsi, la taille de grains qui serait la plus pertinente serait celle permettant d’introduire
dans le modèle de recristallisation la bonne quantité de joints de grains par unité de volume.
Nous avons par conséquent choisi de déterminer une taille de grains sphériques équivalente à
la densité de joints de grains mesurée.
Nous allons réaliser cette analyse directement en 3D, ce qui suppose de faire quelques
hypothèses :
Les grains sont approximés par des ellipsoïdes de révolution tels que la lon-
gueur de l’axe perpendiculaire au plan de mesure soit égale à la longueur du
petit axe de l’ellipse dans le plan de mesure,
Tous les grains sont coupés à l’équateur (hypothèse forte),
Le facteur de forme ( ) est identique pour chaque
grain.
A partir de la mesure EBSD, on accède à la distribution de ces petits axes dans la mi-
crostructure et au facteur de forme moyen défini comme le rapport entre le petit axe et le
grand axe de l’ellipse. On peut ainsi calculer la valeur ( ) du grand axe des ellipses pour
chaque catégorie de la distribution des petits axes.
Pour chaque ellipsoïde de petit axe , on calcule sa surface et son volume par :
Equation 4.1
Equation 4.2
La densité de joints de grains pour une ellipse i est ensuite calculée à partir du
rapport entre la surface et le volume (avec un facteur 1/2 puisque chaque joint de grains ap-
partient à deux grains) :
Equation 4.3
On obtient ainsi une distribution des densités de joints de grains dans la microstruc-
ture (avec une valeur moyenne en nombre ), distribution que l’on souhaite traduire en
126 MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE
Equation 4.4
Tableau 4-2. Caractéristiques des distributions de taille de grains pour les trois microstructures suivant le mode
de représentation des grains dans une microstructure déformée à froid
Microstructure 1 Microstructure 2 Microstructure 3
(µm) 117 91 1,7
0,35 0,4 0,1
(µm) 76 60 2,1
0,3 0,32 0,4
Facteur de conversion 2D3D 0,65 0,66 1,24
(µm) 78 49 3
0,28 0,3 0,26
2 -3
(µm .µm ) 0,067 0,089 1,135
Expérimentalement, nous avons mis en œuvre des vitesses de chauffage très rapides
(600°[Link]-1). Dans les simulations de traitement thermique servant à reproduire ces expé-
riences, nous pourrons donc négliger cette phase de chauffage. Le traitement débutera à la
température de palier. La phase de refroidissement étant rapide, elle sera également négligée.
De plus, dans la plupart de nos expériences, le phénomène mis en jeu durant cette dernière
phase est plutôt lent (croissance de grains) et ne modifie donc pas la microstructure de ma-
nière significative.
Le pas de temps par défaut sera de 1 seconde et sera automatiquement réduit si né-
cessaire (voir conditions de division du pas de temps dans la partie 1, section II.4.a). La loi don-
nant la densité de dislocations critique pour le déclenchement de la recristallisation en fonc-
tion de la température a été déterminée dans la partie 3, équation 3.8.
Nous considérerons les trois microstructures telles qu’elles ont été décrites à partir de
la densité de joints de grains dans la section I de cette partie.
Les paramètres restant à optimiser dans les différentes simulations sont donc les mo-
bilités des joints de grains dans les deux régimes de vitesses de migration des joints de grains,
MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 127
Remarque
Ce seuil de détection des grains montre clairement l’importance de l’échelle de mesure sur la détection des
grains recristallisés et donc sur la détection du début de recristallisation. En effet, avec le critère considéré ici et
en fonction de la taille de grains de la microstructure initiale, les grains recristallisés commencent à être détectés
alors que la fraction recristallisée peut être significativement non nulle. Il peut donc exister en plus du temps
d’incubation nécessaire aux embryons pour devenir des germes, un temps de détection des grains recristallisés
lié à l’échelle de la mesure.
Pour déterminer les valeurs des paramètres du modèle, il est tout d’abord nécessaire
de capter les effets de chacun des paramètres à identifier sur la cinétique de recristallisation.
Pour cela, nous avons réalisé une étude paramétrique consistant à faire varier chacun des
quatre paramètres en conservant les trois autres constants. Pour cela nous avons choisi une
microstructure type avec une taille de grains moyenne de 50 µm (distribution log-normale,
) et une densité de dislocations moyenne de 5 x 1014 m-2 (supérieure à la densité de
dislocations critique) avec une distribution log-normale resserrée ( ). La simulation de
traitement thermique est effectuée à 1000°C pendant 1h.
128 MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE
La figure 4-5 montre l’influence de la mobilité des joints de grains dans les deux ré-
gimes, de la constante de germination et du seuil de force motrice entre les régimes de mobili-
té sur la cinétique de recristallisation (figure 4-5, gauche) et sur l’évolution de la taille de grains
recristallisés moyenne (figure 4-5, droite). Les courbes de référence sont tracées en noir.
0,9 16
0,7
12
0,6
10
0,5
8
0,4
6
0,3
4
0,2
Mrex = 5e-14
0,1 2 Mrex = 5e-14
Mrex = 5e-15 Mrex = 5e-15
0 0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000 0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000
Temps de recuit (s) Temps de recuit (s)
0,9 16
Taille de grains moyenne recristallisée 3D (µm)
0,8
14
Fraction recristallisée
0,7
12
0,6
10
0,5
8
0,4
6
0,3
4
0,2
Mgg = 1e-15 2 Mgg = 1e-15
0,1
Mgg = 1e-16 Mgg = 1e-16
0 0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000 0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000
Temps de recuit (s) Temps de recuit (s)
0,9 16
Taille de grains moyenne recristallisée 3D (µm)
0,8
14
Fraction recristallisée
0,7
12
0,6
10
0,5
8
0,4
6
0,3
4
0,2
Kg = 1e8 2
Kg = 1e8
0,1
Kg = 1e9 Kg = 1e9
0 0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000 0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000
Temps de recuit (s) Temps de recuit (s)
0,9 16
Taille de grains moyenne recristallisée 3D (µm)
0,8
14
Fraction recristallisée
0,7
12
0,6
10
0,5
8
0,4
6
0,3
4
0,2
Eth = 2,9e5 2 Eth = 2,9e5
0,1
Eth = 3,9e5 Eth = 3,9e5
0 0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000 0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000
Temps de recuit (s) Temps de recuit (s)
Figure 4-5. Influence des paramètres du modèle sur la cinétique de recristallisation et l'évolution de la taille de
grains recristallisés moyenne (courbes de référence en noir)
MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 129
On peut tout d’abord noter que les conditions de référence permettent une recristalli-
sation complète de la microstructure dès 1500 s de traitement thermique. Il s’en suit alors une
phase de croissance des grains dans la microstructure recristallisée. Le pic observé au début de
la courbe de la taille de grains moyenne est attribué à la germination. L’apparition des germes
est continue tant qu’il reste des grains pour lesquels alors que la vitesse de migration
des joints de grains diminue en raison de la diminution de l’énergie stockée (par restauration
statique). Dans la moyenne en nombre, les petits grains prennent alors plus d’importance ce
qui fait chuter la taille de grains recristallisés moyenne. Une fois que la germination s’arrête,
cette taille moyenne peut à nouveau augmenter.
Lorsque la mobilité mReX diminue d’un ordre de grandeur, on observe un ralentisse-
ment de la cinétique de recristallisation qui s’accompagne d’une diminution de la taille des
grains recristallisés. Une variation de cette mobilité influence, comme attendu, la cinétique de
recristallisation et non la phase de croissance de grains. De même, lorsque mGG diminue d’un
ordre de grandeur, on n’observe pas d’effet sur la cinétique de recristallisation mais une stag-
nation de la taille des grains recristallisés dans la phase de croissance de grains.
Lorsque la constante de germination augmente d’un ordre de grandeur, le nombre de
germes apparaissant est plus grand, la fraction recristallisée augmente donc plus vite mais la
taille moyenne des grains recristallisés est plus faible. La cinétique de croissance des grains
recristallisés est ralentie car la fraction d’interfaces mobiles avec le milieu non recristallisé
diminue plus vite.
Enfin lorsque le seuil de transition entre les régimes de mobilité augmente, dans le cas
d’une microstructure qui recristallise à 100%, ce paramètre a peu d’influence à la fois sur la
cinétique de recristallisation et sur la croissance de grains. Ce paramètre prend toute son im-
portance dans une microstructure partiellement recristallisée car il conduit notamment à une
« saturation » de la fraction recristallisée.
Les tendances obtenues lors de cette étude paramétrique sont tout à fait justifiées d’un point
de vue physique.
La microstructure 1 a été choisie car elle peut être raisonnablement approximée par
des grains équiaxes et une densité de dislocations moyenne par grain, description appropriée
au modèle en champ moyen utilisé. Nous allons donc considérer cette microstructure pour
déterminer les paramètres du modèle.
Une stratégie classique consiste à évaluer la mobilité des joints de grains à partir d’une
expérience où elle est le seul paramètre influent, c'est-à-dire à partir d’essais de croissance de
grains pure. Nous allons donc utiliser ici les données obtenues en croissance de grains à
1000°C. Dans notre cas, deux mobilités sont à identifier mais nous supposerons que lors de
cette expérience nous sommes dans un régime de vitesses de migration faibles, donc sous le
seuil de transition entre les deux mobilités. sera donc le seul paramètre ayant un effet sur
cette cinétique de croissance de grains.
130 MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE
La microstructure initiale est celle présentée sur la figure 4-1. A partir de cette micros-
tructure, on simule un traitement thermique de 2 h 30 à 1000°C en faisant varier . On
trouve :
12 600
Taille de grains moyenne recristallisée 3D (µm)
580
10
560
6 500
480
4
460
0 400
0 2000 4000 6000 8000 10000
Temps de recuit (s)
Figure 4-6. Comparaison de la simulation d'un traitement thermique de croissance de grains à 1000°C avec les
données expérimentales
Ce sont ces expériences de croissance de grains qui ont motivé le recours à deux va-
leurs de mobilité selon le régime de force motrice.
Une fois la mobilité en croissance de grains à 1000°C fixée, il reste à déterminer trois
paramètres pour cette température : , et . Pour cela, nous
allons utiliser la cinétique de recristallisation expérimentale obtenue à 1000°C sur la micros-
tructure 1. Cette microstructure sera décrite avec chacune des trois définitions de la taille de
grains développées dans la partie 4, section I.2.
En nous appuyant sur l’étude paramétrique réalisée précédemment, nous avons pu
identifier un jeu de paramètres qui est récapitulé dans le tableau 4-3. Les résultats de la simu-
lation correspondante (courbes noires) sont comparés aux données expérimentales (cercles
rouges (fraction recristallisée) et bleus (taille de grains)) sur la figure 4-7. La simulation re-
MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 131
transcrit bien les données expérimentales et le jeu de paramètres retenu est un compromis
entre la prédiction des deux observables.
1000°C
4 -1 -1 -14
Mobilité (m .J .s ) 6 x 10
4 -1 -1 -15
Mobilité (m .J .s ) 1,1 x 10
-1 8
Constante de germination Kg (s ) 4 x 10
-3 5
Seuil régime de mobilité (J.m ) 2,9 x 10
1
(a) Données expérimentales
0,9 Description 'Densité de joints de grains'
0,8
Description 'Sphère 3D'
Description 'Cercle 2D'
0,7
Fraction recristallisée
0,6
0,5
0,4
0,3
0,2
0,1
0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000
Temps de recuit (s)
35
(b)
Taille de grains moyenne recristallisée 3D (µm)
30
25
20
15
10
Données expérimentales
5 Description 'Densité de joints de grains'
Description 'Sphère 3D'
Description 'Cercle 2D'
0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000
Temps de recuit (s)
Figure 4-7. Comparaison de la simulation d'un traitement thermique de 1 h à 1000°C de la microstructure 1 avec
les données expérimentales pour différentes descriptions de la microstructure initiale
Sur la figure 4-7.b, on voit une nette différence entre les cinétiques de croissance de
grains simulées et celles obtenues expérimentalement, sur les temps les plus courts. La ciné-
tique expérimentale montre que les grains recristallisés atteignent assez rapidement une taille
d’environ 25 µm qui va peu évoluer au cours du recuit. Les nouveaux grains apparaissant aux
joints de grains, ils vont croître rapidement jusqu’à ce qu’ils entrent en contact les uns avec les
autres et/ou qu’ils atteignent des zones moins déformées de la microstructure initiale, comme
le centre des anciens grains (figure 4-8). Numériquement, le modèle prend en compte la ren-
132 MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE
contre entre les germes, mais le principe même d’un modèle en champ moyen l’empêche de
représenter strictement les hétérogénéités intragranulaires. On peut considérer qu’elles sont
prises en compte dans la distribution de densités de dislocations, mais sans l’aspect topolo-
gique. La cinétique numérique représente alors une cinétique caractéristique d’une micros-
tructure avec des grains déformés de manière homogène. Cette cinétique est plus lente au
départ parce que les grains recristallisés interagissent avec un milieu homogène équivalent
dont la densité de dislocations moyenne est plus faible que la valeur réelle aux abords des
joints de grains. De la même manière, la vitesse de croissance des grains recristallisés serait
surestimée numériquement en fin de croissance, car la valeur moyenne de la densité de dislo-
cations du MHE est plus élevée que celle au centre des grains déformés. Cet effet est atténué
par la restauration qui a tendance à diminuer la densité de dislocations moyenne des catégo-
ries de grains non recristallisés.
La figure 4-7 montre également l’effet de la description de la microstructure initiale sur
le résultat de la simulation de traitement thermique. La description basée sur la densité de
joints de grains nous paraît la plus justifiée pour le cas présent d’une recristallisation par ger-
mination aux joints de grains, et sera donc conservée par la suite. Cependant, on remarque
qu’une description basée sur des sphères issue d’une transformation par la méthode de Salty-
kov de l’histogramme des diamètres de cercles équivalents 2D, retranscrit quasiment à
l’identique les évolutions de la fraction recristallisée et de la taille de grains au cours du trai-
tement thermique. La description en 2D donne des cinétiques plus éloignées mais qui restent
toutefois acceptables.
GRAIN « RÉEL »
SCHÉMATISÉ
GRAIN
REPRÉSENTATIF
DU MODÈLE
Figure 4-8. Effet de la non prise en compte des hétérogénéités intragranulaires dans la modélisation de la
microstructure
Dans cette simulation de traitements thermiques, nous avons utilisé la densité de di-
slocations critique déterminée au bout de 30 min de traitement thermique à 1000°C sur une
MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 133
éprouvette DECC (partie 3, section II.3). Cette densité de dislocations critique prend donc en
compte l’apparition de germes ayant nécessité jusqu’à 30 min de temps d’incubation avant de
s’activer. Dans cette simulation, la germination commence dès le premier incrément, il serait
donc plus juste d’utiliser une densité de dislocations critique déterminée pour une durée de
palier thermique courte. Cette valeur serait représentative de l’énergie stockée nécessaire
pour l’activation immédiate d’un germe.
Pour une durée de palier thermique plus courte (3 minutes), la valeur critique de den-
sité de dislocations à 1000°C est peu différente de celle obtenue à 30 min (6,7 contre 6,4 en
valeur relative). La figure 4-9 montre que cette légère différence de valeur critique de déclen-
chement de la recristallisation n’entraîne pas de changement majeur dans la simulation. Logi-
quement, on observe une augmentation de la taille de grains due à la diminution du nombre
de germes qu’accompagne une augmentation de la densité de dislocations critique (équation
1.21). D’après cette observation, nous pouvons supposer que, pour des températures supé-
rieures à 1000°C, la différence de densité de dislocations critiques pour les temps longs et
courts ne peut que diminuer. Pour des températures inférieures, il serait judicieux de vérifier si
cette différence n’augmente pas au point d’avoir une influence significative sur les résultats de
la simulation de traitement thermique.
1
(a) Données expérimentales
0,9
Densité de dislocations critique '30 min'
0,8
Densité de dislocations critique '3 min'
Fraction recristallisée
0,7
0,6
0,5
0,4
0,3
0,2
0,1
0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000
Temps de recuit (s)
35
(b)
Taille de grains moyenne recristallisée 3D (µm)
30
25
20
15
10
Données expérimentales
5
Densité de dislocations critique '30 min'
Densité de dislocations critique '3 min'
0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000
Temps de recuit (s)
1
(a) Simulation
0,9
Données expérimentales
0,8
Fraction recristallisée
0,7
0,6
0,5
0,4
0,3
0,2
0,1
0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000
Temps de recuit (s)
30
(b)
Taille de grains moyenne recristallisée 3D (µm)
25
20
15
10
5 Simulation
Données expérimentales
0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000
Temps de recuit (s)
Figure 4-10. Comparaison de la simulation d'un traitement thermique de 1 h à 1100°C de la microstructure 1 avec
les données expérimentales
MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 135
1000°C 1100°C
4 -1 -1 -14 -14
Mobilité (m .J .s ) 6 x 10 18 x 10
4 -1 -1 -15 -15
Mobilité (m .J .s ) 1,1 x 10 3 x 10
-1 8 8
Constante de germination Kg (s ) 4 x 10 5 x 10
-3 5 5
Seuil régime de mobilité (J.m ) 2,9 x 10 2,8 x 10
Le tableau 4-4 permet de comparer les valeurs des paramètres de mobilité et de ger-
mination pour les températures de 1000°C et 1100°C. On constate tout d’abord que les valeurs
de mobilité obtenues aux deux températures sont cohérentes, la mobilité des joints de grains
augmentant avec la température.
A partir des valeurs de mobilité obtenues en simulation pour chaque régime, on peut
identifier les paramètres m0,ReX, m0,GG et Qm,ReX, Qm,GG (équation 1.15) :
Les énergies d’activation de la mobilité des joints de grains sont proches pour les deux
régimes. Ce résultat est conforme à ce que l’on pouvait attendre. L’autodiffusion en volume
étant le mécanisme impliqué dans la migration des joints de grains dans les deux régimes de
vitesses de migration, l’énergie d’activation de la mobilité des joints de grains de la loi
d’Arrhénius doit être sensiblement la même.
Nous avons pu noter, grâce à l’équation 3.6 que le terme pré-exponentiel dépend
lui aussi de la température. Dans l’identification réalisée ici, nous considérons que, sur la plage
de 1000°C-1100°C, ce terme varie peu et qu’il peut donc être choisi constant.
A partir des données de la littérature et de l’expression du terme pré-exponentiel de la
loi de mobilité (partie 3, section II.2.f), on estime une autre valeur de à 1000°C (2,5 x 10-7
m4.J-1.s-1). On constate notamment que la valeur du terme (2,1 x 10-7 m4.J-1.s-1, mobilité
la plus importante) identifiée ici est deux ordres de grandeurs inférieure. L’expression de la
mobilité utilisée dans la partie 3 est valable pour un métal pur à 100%. La présence
d’impuretés pourrait donc être à l’origine de cette différence.
Malgré tout, les énergies d’activation pour la migration des joints de grains sont du
même ordre de grandeur (160 [Link]-1 /146 [Link]-1 par rapport à 180 [Link]-1) ce qui corres-
pond environ à la moitié de l’énergie d’activation de l’autodiffusion du tantale en volume
(entre 360 [Link]-1 et 460 [Link]-1 (Neumann & Tuijn 2009)). Cela suggère que l’effet de la
température est bien représenté par le modèle.
Au final, la comparaison des valeurs de mobilité issues de différentes techniques ou
méthodes demanderait un examen particulier, notamment pour s’assurer que les forces mo-
trices utilisées pour déterminer celles-ci sont comparables (ex : définition et dimensionnalité
de la taille de grains).
Le dernier paramètre de mobilité que représente le seuil entre les régimes de recristal-
lisation et de croissance de grains semble varier peu avec la température. Il est d’ailleurs assez
difficile d’évaluer a priori la variation de ce paramètre en fonction de la température qui dé-
136 MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE
pend de la nature des atomes en solution, de leur vitesse de migration (dépendant également
de la densité de dislocations) par rapport à la vitesse de migration des joints de grains.
1
(a)
0,9
0,8
Fraction recristallisée
0,7
0,6
0,5
0,4
0,3
0,2
Données expérimentales
0,1 Simulation recristallisation 'AVEC germination'
Simulation recristallisation 'SANS germination'
0
0 200 400 600 800 1000 1200 1400 1600 1800 2000
Temps de recuit (s)
14
(b)
Taille de grains moyenne recristallisée 3D (µm)
12
10
2
Données expérimentales
Simulation recristallisation 'AVEC germination'
Simulation recristallisation 'SANS germination'
0
0 200 400 600 800 1000 1200 1400 1600 1800 2000
Temps de recuit (s)
Figure 4-11. Comparaison de deux types de simulation de la recristallisation au cours d'un traitement thermique
de 30 min à 1000°C de la microstructure 3 avec les données expérimentales
Nous avons testé le modèle pour deux microstructures très différentes, typiques de
faible et de très forte déformation. La microstructure 2 est une microstructure intermédiaire,
138 MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE
on y retrouve de gros grains allongés comme dans la microstructure 1. Certaines zones ne sont
pas bien résolues dans les conditions d’acquisition choisies pour réaliser la cartographie EBSD,
ce qui traduit de fortes désorientations intragranulaires voire même de fragmentation des
grains faisant localement se rapprocher la microstructure 2 de la microstructure 3.
Une simulation d’un traitement thermique de 1h à 1000°C a été effectuée pour la mi-
crostructure 2. Cette simulation permet une nouvelle fois de tester les capacités du modèle et
du jeu de paramètres identifié à rendre compte de cinétiques expérimentales. Les résultats
présentés sur la figure 4-13 montrent un mauvais accord entre la fraction recristallisée expé-
rimentale et celle prédite par simulation. La taille de grains recristallisés est quant à elle assez
bien prédite. La prise en compte de l’augmentation de la densité de joints de grains et de la
légère augmentation de la densité de dislocations équivalente ne suffit pas à accélérer suffi-
samment la cinétique de germination.
Par rapport à la microstructure 1, la microstructure 2 présente une densité de disloca-
tions équivalente peu différente (2,35 x 1014 m-2 contre 2,17 x 1014 m-2) malgré une déforma-
tion équivalente deux fois plus élevée. Cependant, la cinétique de recristallisation de cet
échantillon 2 est beaucoup plus rapide. Cette accélération de la cinétique pour une même
température est attribuée à la germination qui serait largement facilitée dans la microstruc-
ture 2 grâce à la formation plus aboutie d’une sous-structure de dislocations ou à une frag-
mentation partielle des grains au cours de la déformation (voir partie 2, section III.3). Le mo-
dèle ne permet pas de représenter la cinétique de formation de cette sous-structure et donc
l’effet de l’augmentation de la quantité de déformation sur la cinétique de recristallisation. On
peut également noter qu’une augmentation de la constante de germination ne suffit pas à
bien représenter les données expérimentales à la fois en termes de fraction recristallisée et de
taille de grains recristallisés. Il est également possible que la germination ne soit plus, ici, limi-
tée aux zones proches des joints de grains, ce qui remettrait en cause une des hypothèses du
modèle utilisé. On voit en effet sur la figure 4-12, que certains grains présentent des désorien-
tations intragranulaires importantes, plus uniquement aux abords des joints de grains, qui
pourraient entraîner une germination au cœur des grains.
1,16°/µm
0°/µm
Désorientations intragranulaires au 3 e voisin avec un pas de 1,44 µm
1
(a)
0,9
0,8
Fraction recristallisée
0,7
0,6
0,5
0,4
0,3
0,2 Simulation
0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000
Temps de recuit (s)
25
(b)
Taille de grains moyenne recristallisée 3D (µm)
20
15
10
5
Simulation
Données expérimentales
0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000
Temps de recuit (s)
Figure 4-13. Comparaison de la simulation d'un traitement thermique de 1 h à 1000°C de la microstructure 2 avec
les données expérimentales
La présence de gros grains dans la microstructure dans son état de réception, lesquels
vont générer des hétérogénéités au cours de la déformation, rend les résultats expérimentaux
très spécifiques et parfois statistiquement non représentatifs du comportement moyen du
tantale pur en recristallisation. L’identification des paramètres d’un modèle à champ
« moyen » sur une telle microstructure peut donc engendrer des erreurs. L’idéal serait de con-
firmer les paramètres identifiés sur une microstructure du type microstructure 1 avec des
grains plus petits (diamètre moyen de 50 µm environ) et homogènes.
Enfin, les paramètres, notamment les valeurs de mobilité, peuvent être dépendants de
l’approvisionnement et de la teneur du tantale en impuretés. Il serait donc nécessaire de véri-
fier l’influence de la composition exacte sur le jeu de paramètres identifié pour pouvoir, par la
suite, appliquer celui-ci à n’importe quel approvisionnement.
L’application du modèle en champ moyen sur des microstructures telles que celles
utilisées dans ces travaux a permis de montrer la nécessité d’enrichir le modèle dans sa gestion
de la phase de germination de la recristallisation, laquelle ressort comme un point essentiel à
améliorer dans la modélisation de la recristallisation. A travers la germination, c’est en fait à
une description plus fidèle de la complexité de la microstructure de déformation à laquelle il
faut arriver. Il faut également bien comprendre le lien qui existe entre microstructure de dé-
formation et germination pour établir des lois qui soient adaptées au problème de la recristal-
lisation statique.
Nous l’avons vu, une première étape dans la description de la microstructure de dé-
formation consiste à bien choisir comment définir la taille de grains. En plus de l’analyse réali-
sée ici, d’autres méthodes pourraient être appliquées notamment pour transformer des el-
lipses 2D en ellipsoïdes 3D (méthode de type Saltykov sur des ellipses).
La sous-structure de déformation qui se forme dans le tantale n’est pas du tout prise
en compte dans le modèle, sauf lorsque la formation de celle-ci atteint un point où quasiment
toutes les cellules sont devenues des grains (microstructure de type 3). Dans les cas intermé-
diaires où la sous-structure est en formation (microstructure mixte de type 2), la loi de germi-
nation actuelle ne permet pas de reproduire l’effet de la sous-structure en cellules de disloca-
tions sur la germination. Une solution serait d’introduire de nouvelles variables d’état permet-
tant de décrire cette sous-structure en termes de taille et de désorientation cristallographique
MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 141
(H Zurob et al. 2006; Brechet & Martin 2006). On peut imaginer de la même manière que pour
la taille de grain, une distribution de tailles et de désorientations de cellules qui évoluerait avec
la déformation, la restauration et la recristallisation. Dans ce cas, il faudrait adapter la loi de
restauration pour qu’elle rende compte, de manière moyennée, de la sous-structure et de son
évolution avec la température. La loi de germination serait ainsi basée sur l’activation des cel-
lules ayant atteint les conditions critiques de germination (taille, désorientation, différence
d’énergie stockée avec l’environnement). La détermination des distributions de taille et de
désorientation de cellules demanderait un travail de caractérisation complet des sous-
structures de déformation dans le tantale et la calibration de lois de restauration. Comme pour
la densité de dislocations, on peut envisager deux voies :
1. La première voie consisterait à caractériser expérimentalement la microstructure
après déformation (analyse EBSD), méthode probablement très coûteuse en temps et
incompatible avec un usage industriel du modèle.
2. La deuxième solution serait de modéliser la formation de la sous-structure au cours de
la déformation à partir de la modélisation en champ moyen en conditions dynamiques
avec un enrichissement des variables d’état, pour rendre compte de la formation de la
sous-structure. Il s’agirait donc d’établir des lois d’évolution de la taille de cellules et
de leur désorientation en fonction de la déformation, de la vitesse de déformation et
de la température.
142 MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE
SYNTHESE
Tableau 4-4. Paramètres du modèle identifiés pour le tantale pour deux températures
1000°C 1100°C
4 -1 -1 -14 -14
Mobilité (m .J .s ) 6 x 10 18 x 10
4 -1 -1 -15 -15
Mobilité (m .J .s ) 1,1 x 10 3 x 10
-1 8 8
Constante de germination Kg (s ) 4 x 10 5 x 10
-3 5 5
Seuil régime de mobilité (J.m ) 2,9 x 10 2,8 x 10
Si l’on admet que les mobilités suivent classiquement une loi d’Arrhénius avec un
terme pré-exponentiel constant :
Equation 1.15
Avec,
recristallisée et une taille de grains recristallisés moyenne proches des valeurs expérimentales.
Un complément de données expérimentales serait ici également nécessaire pour décrire la
progression de la recristallisation.
Pour des microstructures mixtes (type microstructure 2) entre la microstructure 1 et la
microstructure 3, le modèle ne permet pas encore de reproduire correctement les évolutions
microstructurales au cours d’un traitement thermique. Cela met en avant la nécessité
d’enrichir la description de la microstructure de déformation pour, notamment, bien gérer la
phase de germination de la recristallisation.
Aujourd’hui, le modèle de recristallisation en champ moyen permet, en considérant
une description adéquate de la microstructure déformée, de simuler les traitements ther-
miques sur des microstructures faiblement ou très fortement déformées, mais nécessiterait
donc une extension pour prédire les microstructures de recuit à partir de n’importe quel type
de microstructure.
CONCLUSION.
146 CONCLUSION
Le travail réalisé durant cette thèse porte sur la recristallisation statique du tantale
pur, avec deux principaux objectifs:
1/ Approfondir la connaissance des mécanismes d’évolution microstructurale dans le
tantale au cours d’un traitement thermique. Cela implique principalement la recristalli-
sation statique discontinue, et, dans une moindre mesure, la restauration et la crois-
sance de grains.
2/ Prédire la microstructure obtenue à l’issue d’un traitement thermique pour un
échantillon en tantale pur en fonction de la microstructure initiale déformée et des
conditions de mise en œuvre du traitement thermique.
SYNTHESE
Nous avons constaté que la restauration dans le tantale est un phénomène qu’il ne
faut pas négliger.
La restauration est active dès 600°C. Il est donc important de prendre en compte la vi-
tesse de chauffage lorsque l’on souhaite décrire la compétition entre restauration et recristal-
lisation. Dans le cas des microstructures faiblement déformées que l’on peut décrire à partir
d’une densité de dislocations équivalente, une loi décrivant la diminution de la densité de di-
slocations équivalente par restauration a été proposée dans (Houillon 2009).
Cette loi a été ajustée en utilisant la relation dureté-densité de dislocations équiva-
lente établie ici.
PERSPECTIVES
ment thermique. Il ouvre des perspectives assez larges dans plusieurs des thèmes abordés afin
d’améliorer encore la connaissance des mécanismes microstructuraux dans le tantale, de vali-
der la mise en place du modèle en champ moyen pour obtenir des simulations prédictives et
enfin de coupler le modèle à un logiciel de mise en forme basé sur la méthode des éléments
finis. Ce couplage permettra notamment de simuler un traitement thermique sur une pièce
entière.
Une première utilisation de la modélisation a été réalisée sur des cinétiques de recris-
tallisation obtenues à partir de microstructures spécifiques permettant de mettre en avant
l’effet du type de microstructure sur la réponse du modèle. Pour un même type de microstruc-
ture, une validation sur un matériau avec de plus petits grains ainsi qu’une méthode de dé-
termination des paramètres du modèle plus systématique devrait rendre le jeu de paramètres
plus robuste. Des tests dans d’autres configurations de sollicitations mécaniques apporteraient
également une vision plus large des conditions d’application du modèle, de son caractère pré-
dictif et des améliorations à y apporter.
A la vue des résultats obtenus, il apparaît que le point d’amélioration prioritaire du
modèle est d’enrichir la description de la microstructure de déformation afin de mieux modéli-
ser l’étape de germination, et notamment prendre en compte la sous-structure en cellules de
dislocations qui se développe au cours de la déformation et qui joue un rôle majeur dans la
formation des germes de recristallisation. Deux solutions peuvent être envisagées :
Adapter la loi de germination pour qu’elle dépende de la déformation équiva-
lente cumulée, notamment au niveau du nombre de germes et de la cinétique
de germination. Cette solution n’implique pas de modifications majeures du
modèle, si ce n’est l’ajout du niveau de déformation équivalent macroscopique
dans la description de la microstructure initiale. Il faudrait également prendre
en compte l’évolution de la topologie de la germination. Les zones où appa-
raissent les nouveaux grains recristallisés dépendent également du niveau de
déformation.
Un autre point qu’il serait intéressant d’approfondir est la mesure des densités de di-
slocations, donnée essentielle du modèle en champ moyen. Une estimation de la densité de
dislocations a été proposée en réalisant une mesure de microdureté. On pourrait confronter
les résultats à des mesures obtenues par d’autres techniques sur un même échantillon. La
mesure de microdureté pourrait notamment venir compléter l’étude comparative actuelle-
ment menée par le GDR n°3436 « Recristallisation » sur un panel de techniques expérimen-
tales déjà utilisées pour évaluer la densité de dislocations ou l’énergie stockée. La loi reliant
dureté et densité de dislocations pourrait aussi être complétée par d’autres mesures permet-
tant de juger des effets de la taille de grains ou des impuretés sur cette relation.
Une extension de cette approche pourrait également être tentée pour décrire, à partir
d’une mesure de microdureté, la sous-structure formée lors de la déformation. Cette sous-
structure pourrait, par exemple, être représentée par deux densités de dislocations.
Enfin, des améliorations restent à apporter si l’on veut établir la relation dureté-
densité de dislocations équivalente à partir de la méthode de simulation de l’indentation. Dans
l’annexe A5, nous avons montré qu’il était tout à fait possible de simuler l’indentation Vickers
du tantale pur à vitesse d’indentation constante. La simulation réagit de la même manière que
l’expérience mais les niveaux de dureté numérique sont cependant un peu faibles. L’effet du
temps de maintien serait mal pris en compte à cause d’une représentation imprécise de
l’écrouissage du tantale aux faibles déformations. Des efforts seraient à fournir au niveau de la
loi de comportement aux faibles déformations qui pourrait influencer de manière importante
l’évolution de la dureté au cours du maintien de la charge. Une meilleure description de la
transition élasto-plastique devrait permettre de lever ces difficultés mais la présence du pic de
contrainte ne facilite pas ce travail.
ANNEXES.
154 ANNEXES
ANNEXE A1
Cette annexe décrit les géométries utilisées lors des essais de compression uniaxiale et
de torsion sur éprouvette pleine et récapitule les conditions thermomécaniques dans les-
quelles ces essais ont été réalisés.
On rappelle que les essais de compression ont été effectués lors des travaux de
(Houillon 2009) mais largement réutilisés dans le cadre de cette thèse.
La géométrie des pions de compression est présentée sur la figure A1-1.
Ø 7 mm
Z Z = direction de
h = 11 mm compression
X
Figure A1-1. Géométrie des pions de compression
Ces essais sont menés à température ambiante jusqu’à une déformation vraie suivant
l’axe de compression d’environ 0,8. Lors de ces essais, la vitesse de déplacement de la traverse
est constante (vitesse de déformation variable au cours de l’essai). Une pâte au cuivre est utili-
sée pour diminuer le frottement entre les outils et le pion de compression. Chaque essai est
reproduit cinq fois pour s’assurer de la reproductibilité.
Quatre essais sont menés à des vitesses de traverse de 0,01 mm.s-1, 0,1 mm.s-1, 1
mm.s-1 et 10 mm.s-1, correspondant respectivement à des vitesses de déformation de l’ordre
de 10-3 s-1, 10-2 s-1, 10-1 s-1 et 1 s-1.
Ces essais sont réalisés dans le but d’obtenir des microstructures déformées. Les
échantillons sont ensuite traités thermiquement afin de caractériser la recristallisation. La
géométrie de l’éprouvette de torsion est donnée sur la figure A1-2. Ces essais sont réalisés à
température ambiante suivant les conditions regroupées dans le tableau A1-1.
ANNEXES 155
Tableau A1-1. Conditions mécaniques de déformation des éprouvettes de torsion utilisées pour obtenir les
microstructures déformées
-1
Essai type (s )
1 0,64 0,5
2 1,28 0,5
3 3,5 0,05
156 ANNEXES
ANNEXE A2
}
ANNEXES 157
ANNEXE A3
Recommandations générales:
- Utiliser autant que possible des papiers abrasifs neufs, ou n'ayant servi qu'au polissage de
tantale
- Ne pas utiliser d’eau du robinet mais de l'eau distillée ou au moins filtrée
- Vérifier l’état de la surface polie entre chaque papier
- Polir longtemps (> 5 min) sur chaque papier abrasif, appui en automatique ~0,5 daN (équiva-
lent en manuel : appui modéré)
1. Polissage mécanique progressif jusqu'à un papier 4000 grains /mm² lubrifié au savon
liquide, environ deux minutes par papier.
2. Polisseuse vibrante avec alumine 0,02 μm sur drap Buehler Microcloth pendant 15
heures.
3. OPS sur polisseuse classique pendant 2’ 30’’.
4. Attaque de quelques minutes au coton imbibé de ¾ HNO3 + ¼ HF
Le protocole (b) a été établi durant ces travaux de thèse. Ce nouveau protocole pré-
sente l’avantage de ne plus nécessiter d’attaque chimique à l’acide fluorhydrique, méthode qui
apparaissait jusqu’alors comme la seule solution pour révéler la microstructure et réaliser des
analyses EBSD sur le tantale. Par rapport au protocole (a), il est également beaucoup plus ra-
pide. Il et à signaler que l’utilisation d’une polisseuse automatique augmente considérable-
ment le pourcentage de « bon polissage » en rendant celui-ci moins aléatoire (surtout au ni-
veau de la force d’appui).
158 ANNEXES
ANNEXE A4
L’essai de dureté Vickers est piloté par le temps de maintien de la charge, mais égale-
ment par la valeur de la charge et la vitesse à laquelle l’indentation est réalisée. Nous avons vu
que le temps de maintien a une influence significative sur la dureté Vickers du tantale pur re-
cristallisé. Dans cette annexe, nous détaillons l’effet de la charge et de la vitesse d’indentation.
A. INFLUENCE DE LA CHARGE
Pour un temps de maintien donné, la dureté Vickers du tantale pur diminue lorsque la
charge augmente. La figure A4-1 montre l’exemple de charges allant de 50 gf à 1 kgf pour deux
temps de maintien, 5 et 30 secondes. Pour le temps de maintien le plus court, la dureté Vic-
kers passe de 90 HV0,05 /5 à 83 HV1 /5. Lorsque l’on augmente le temps de maintien à 30 s
pour les plus fortes charges, la valeur de dureté ne dépend quasiment plus de la charge. Pour
la charge de 50 gf, un essai avec un temps de maintien de 99 s a également été réalisé et
donne une dureté de 79 HV0,05 /99. De la même manière que pour le temps de maintien, on
peut attribuer cette diminution de la dureté avec la charge à la viscosité du tantale pur à tem-
pérature ambiante. Pour une charge donnée, un temps de maintien suffisamment long permet
d’atteindre un palier de dureté et ce palier ne semble pas dépendre de la charge.
100
Temps de maintien 5 s
Temps de maintien 30 s
95 Temps de maintien 99 s
90
Dureté Vickers
85
80
75
70
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000
Charge (gf)
Figure A4-1. Influence de la charge sur la microdureté du tantale pur recristallisé (pour différentes durées de
maintien de la charge)
donc la cinématique des charges strictement supérieures à 25 gf (cf partie 2, section II.1.b) à
celle des charges inférieures ou égales à 25 gf (figure A4-2). Les faibles charges sont contrôlées
par électromagnétisme. Ici, la vitesse est donc imposée (1, 3, 10 ou 33 µm.s-1). La pointe Vic-
kers descend jusqu’à la surface de l’échantillon puis l’indentation commence à vitesse contrô-
lée. Un capteur d’effort vient relever l’augmentation de l’effort jusqu’à atteindre la charge
spécifiée pour l’essai. A partir de ce moment-là, on définit également un temps de maintien t
qui est au minimum de 5 s et d’environ 10 s selon la norme.
Figure A4-2. Evolution de la charge au cours d'une indentation Vickers réalisée à vitesse d'indentation constante
(F ≤ 25 gf)
Les deux vitesses extrêmes ont été choisies, 1 µm.s-1 et 33 µm.s-1. La figure A4-3
montre l’évolution de la dureté Vickers pour une charge de 25 gf en fonction du temps de
maintien et ceci pour les deux vitesses de pénétration. On constate tout d’abord que
l’augmentation de la vitesse d’indentation tend à augmenter la dureté pour un temps de main-
tien de 5 s (là encore des effets de viscosité peuvent jouer). Puis, en augmentant le temps de
maintien, la dureté tend vers une même valeur pour les deux vitesses d’indentation (autour de
77 HV0,025). La vitesse d’indentation va influencer la cinétique pour arriver au palier de dure-
té, qui apparaît être le même quelque soit la vitesse d’indentation et la charge.
100
1 µm/s
33 µm/s
95
90
HV0,025
85
80
75
70
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Temps de maintien (s)
Figure A4-3. Influence de la vitesse d'indentation sur la microdureté Vickers (25 gf)
160 ANNEXES
ANNEXE A5
Indenteur
Vickers
Echantillon
rd hd
Pour une indentation du tantale pur recristallisé avec une charge de 300 gf, la diago-
nale de l’empreinte est d’environ 80 µm en moyenne. La profondeur de cette empreinte est
alors d’environ 11 µm, et on choisit de fixer la hauteur de l’échantillon numérique à 10 fois
cette hauteur, soit hd = 110 µm.
Le maillage de l’échantillon est constitué de plusieurs boîtes sphériques imbriquées
permettant de raffiner le maillage dans la zone déformée par l’indenteur tout en assurant une
augmentation progressive de cette taille jusqu’au bord de l’échantillon (figure A5-2). Lorsque
l’on parlera par la suite de la taille de maille de l’échantillon, on fera uniquement référence à la
ANNEXES 161
taille des éléments les plus petits, dans la zone sous l’indenteur. Le comportement mécanique
de l’échantillon est décrit par la loi définie dans la partie 2 de ce manuscrit (équation 2.4 et
2.10) et basée sur la densité de dislocations équivalente. Le fichier matériau utilisé dans Forge
est donné en annexe A2.
Taille de maille sous
l’indenteur
20 µm 8 µm 5 µm 1 µm 1 µm ou 0,5 µm
Dans un premier temps, l’indenteur sera piloté en vitesse à 1 µm.s-1 et simulera une
charge de 300 gf. Cette configuration est la plus simple pour tester les capacités du logiciel et
de la loi de comportement à bien représenter l’indentation Vickers. Une fois la charge de 300
gf atteinte à vitesse constante, Forge 2011® permet de maintenir cet effort pendant un temps
donné. On peut ainsi simuler le temps de maintien. Cette cinématique représente la cinéma-
tique expérimentale illustrée en annexe A4 sur la figure A4-2. Une fois l’indentation réalisée, la
longueur de la demi-diagonale est mesurée entre la pointe de l’indenteur et le dernier nœud
de l’échantillon en contact avec la pyramide Vickers (figure A5-3). La taille de maille sur la sur-
face de l’échantillon va donc jouer un rôle important sur la précision de la mesure de la diago-
nale.
indenteur
½ diagonale
échantillon
Figure A5-3. Méthode de mesure de la demi-diagonale de l'empreinte laissée par l'indenteur Vickers
Lors de ces simulations, on ne prend pas en compte le déchargement élastique qui ap-
paraît, aux vues des tests numériques effectués, comme négligeable dans le cas de
l’indentation du tantale.
Les quatre paramètres, autres que la loi de comportement, susceptibles d’avoir une
influence sur la simulation numérique de l’indentation sont :
Le rayon de l’échantillon ,
Le frottement entre l’indenteur et le tantale,
La taille de maille de l’échantillon sous l’indenteur,
Le pas de déformation maximal lors d’un incrément.
162 ANNEXES
Pour évaluer l’influence de ces paramètres, on fait varier chacun d’entre eux en con-
servant les autres paramètres constants. Les résultats sont ensuite comparés en termes
d’effort, de profondeur de pénétration et de dureté en fonction du temps de maintien.
La taille du domaine que l’on va indenter est évidemment un paramètre important
puisque l’on souhaite représenter un milieu semi infini. Pour évaluer l’influence du rayon de
l’échantillon, trois rayons correspondant à 2,5 fois, 5 fois et 10 fois la demi diagonale (40 µm
environ pour 87 HV0,3 /5) , sont testés. La figure A5-4 montre les résultats obtenus pour ces
trois rayons et il est clair que le plus petit domaine influence grandement le résultat au niveau
de la profondeur de pénétration et donc de la dureté Vickers. Les domaines 5 et 10 fois plus
grand que la demi-diagonale donnent les mêmes résultats (les variations observées étant dues
à des maillages non strictement identiques). Par la suite on choisira un domaine 10 fois plus
grand que la demi-diagonale de l’empreinte, qui est une valeur classique pour s’affranchir des
effets de bord.
3,5 90
x10
3 85
x2.5
80 x5
2,5
Force d'indentation (N)
75
HV0,3
2
70
1,5
65
1 x10
60
x2.5
0,5 55
x5
0 50
0 5 10 15 20 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Profondeur d'indentation (µm) Temps de maintien (s)
Remarque
Les « sauts » de dureté observés sur la courbe donnant la dureté en fonction du temps de maintien sont dus à la
méthode de mesure de la diagonale et à la taille du maillage dans la zone du dernier nœud de contact entre
l’indenteur et l’échantillon. En effet, le passage d’un nœud à l’autre entraîne une brusque variation de la longueur
de la diagonale (figure A5-5).
Figure A5-5. Passage d'un nœud à l'autre dans la zone de fin de contact entre l'indenteur et l'échantillon
Le coefficient de frottement d’une loi de type Coulomb (cf. équation A5.1) utilisé dans
les simulations de l’indentation Vickers est classiquement choisi à 0,16 (Antunes et al. 2006)
(entre le diamant et la plupart des matériaux). Cependant, le tantale est connu pour « coller »
énormément aux outils, notamment en usinage, ce coefficient de 0,16 apparaît donc faible
pour notre cas. Le coefficient de frottement a donc été modifié dans les simulations
d’indentation, dans lesquelles une loi de type Tresca (cf. partie 2 équation 2.15) a été utilisée.
ANNEXES 163
Trois valeurs représentatives de trois frottements différents ont été testées: 0,16 (faible), 0,5
(moyen) et 0,95 (fort quasi-collant). A la vue des résultats obtenus en simulation (figure A5-6),
le frottement ne semble pas être un paramètre prépondérant dans l’indentation Vickers.
N’ayant pas d’information expérimentale sur le frottement entre le tantale pur et la pointe
Vickers en diamant, et compte tenu du fait que le tantale soit un matériau « collant », nous
considèrerons par la suite un coefficient de frottement de Tresca de 0,5.
3,5 90
0.5
3 85
0.16
80 0.95
2,5
Force d'indentation (N)
75
HV0,3
2
70
1,5
65
1 0.5
60
0.16
0,5 55
0.95
0 50
0 5 10 15 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Profondeur d'indentation (µm) Temps de maintien (s)
Equation A5.1
Avec la contrainte cisaillement critique pour laquelle on déclenche le glissement relatif d’un corps par
rapport à l’autre, le coefficient de frottement et la pression de contact.
Les derniers paramètres que sont la taille de maille de l’échantillon et le pas de défor-
mation maximale sont tous deux liés à la précision du calcul et des résultats. Deux tailles de
mailles sous l’indenteur (1 µm et 0,5 µm) ont été choisies pour que le nombre d’éléments dans
la diagonale soit suffisamment important. La taille de maille est un compromis entre le temps
de calcul, la précision du calcul et la précision de la mesure de la diagonale. La taille de 1 µm
permet d’avoir un temps de calcul raisonnable et d’obtenir des résultats satisfaisants. Malgré
une bonne description de l’effort en fonction de la profondeur de pénétration, on constate
tout de même que la dureté évolue par « palier » (cf zoom figure A5-7). Cette évolution est
due à la précision de la mesure de la diagonale et aux sauts d’un nœud à l’autre (figure A5-5).
Lorsque la taille de maille sous l’indenteur est de 0,5 µm, la dureté évolue de manière plus
progressive car on augmente la précision de la mesure de la diagonale et on amoindrit l’effet
des sauts de nœuds. Bien qu’une diminution de la taille de maille soit favorable à une évolu-
tion de dureté plus progressive, elle présente le fort inconvénient d’augmenter significative-
ment le temps de calcul. L’effort étant décrit de la même manière pour les deux tailles de
mailles, une taille de maille de 1 µm apparaît suffisante pour décrire l’indentation Vickers avec
une charge de 300 gf.
1
85
164 ANNEXES 0,
80
75
HV0,3
70
3,5 90
65
1 µm
85
3
60 0,5 µm
80
2,5
Force d'indentation (N)
75
HV0,3
2
55
70
1,5
65
50
1
1 µm 60 0 10 20 30 40 50 60 70 80 9
0,5 0,5 µm 55
Temps de maintien (s)
0 50
0 5 10 15 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Profondeur d'indentation (µm) Temps de maintien (s)
Figure A5-7. Effet de la taille de maille de l'échantillon (sous l'indenteur) sur l'indentation numérique
Equation A5.2
Avec le pas de temps (en s), la hauteur initiale de l’outil maître (ici l’indenteur),
la vitesse initiale de l’outil maître et le pas de déformation. Le pas de déformation
maximal ne modifie pas le résultat de l’indentation dans la gamme de pas de déformation
maximal testée, i.-e. 0,01-0,001-0,0001 (figure A5-8). Les différences observées au niveau de la
dureté sont principalement dues à un maillage qui n’est pas strictement identique entre la
simulation réalisée avec un pas de 0,01 et celles faites avec les pas de 0,001 et 0,0001. On peut
d’ailleurs noter que pour ces deux dernières simulations les résultats sont identiques, à mail-
lage identique.
ANNEXES 165
3,5 90
0.01
3 85
0.001
80 0.0001
Force d'indentation (N) 2,5
75
HV0,3
2
70
1,5
65
1 0.01
60
0.001
0,5 55
0.0001
0 50
0 5 10 15 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Profondeur d'indentation (µm) Temps de maintien (s)
Une fois la simulation de l’indentation bien définie et l’effet des différents paramètres
influents évalué, nous pouvons analyser plus en détail les résultats de l’indentation numérique
et déterminer si celle-ci permet de bien représenter l’indentation expérimentale.
Les données expérimentales acquises avec le microduromètre Buehler permettent
uniquement de connaître la dureté après un temps de maintien donné. De plus, pour une
charge de 300 gf, l’indentation ne se fait pas à vitesse constante, cas que l’on souhaite utiliser
pour valider la simulation dans un premier temps. Nous avons donc utilisé une machine de
microindentation instrumentée réalisée au CEMEF. Cette machine permet de relever la force
et la profondeur de pénétration au cours de l’indentation mais ne permet pas le maintien sous
charge constante. Un essai instrumenté a donc été réalisé sur un échantillon de tantale pur
recristallisé pour une charge de 300 gf (2,94 N) à une vitesse de 1µm.s-1.
On peut ainsi comparer strictement les résultats obtenus numériquement avec ceux
obtenus avec cette machine instrumentée (figure A5-9). Sur cette figure, on montre que les
résultats de la simulation numérique sont en très bon accord avec les données expérimentales
recueillies dans la phase d’indentation à vitesse constante. La courbe effort-déplacement est
très bien reproduite numériquement et la dureté résultante est ainsi quasiment identique (90
HV0,3 /0 expérimental contre 86 HV0,3 /0 numérique). L’erreur commise sur la dureté est tout
à fait acceptable étant donné les différences qui peuvent exister entre les méthodes de me-
sure des diagonales numériques et expérimentales.
166 ANNEXES
3,5
2,5
1,5
Expérimental
0,5
Simulation
0
0 5 10 15
Profondeur d'indentation (µm)
Figure A5-9. Comparaison des résultats obtenus par indentation instrumentée et indentation numérique (300 gf,
1 µm.s-1)
110
105
1 µm/s
100
100 µm/s
95
90
HV0,3
85
80
75
70
65
60
55
50
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Temps de maintien (s)
La différence de dureté observée à temps de maintien nul et pour deux vitesses diffé-
rentes peut être attribuée à la viscosité du tantale à température ambiante. On retrouve
d’ailleurs cette sensibilité au niveau expérimental, pour les faibles temps de maintien (annexe
A4, figure A4-3). Pour évaluer la vitesse de déformation lors de l’essai d’indentation, nous
avons placé un capteur numérique sur un nœud du maillage situé sur la surface de
l’échantillon qui voit passer le front de déformation plastique. Les vitesses de déformation
maximales lors de l’indentation sont très différentes entre les deux essais (figure A5-11). Elle
atteint 0,2 s-1 au niveau du front de déformation plastique à la surface de l’échantillon dans le
cas d’une indentation à 1 µm.s-1 et plus de 18 s-1 dans le cas d’une indentation à 100 µm.s-1.
Dans la phase de maintien, la vitesse de déformation sous l’indenteur reste non nulle et iden-
tique quelle que soit la vitesse d’indentation initiale. Cette vitesse est de l’ordre de 0,0001 s-1.
L’essai d’indentation explore ainsi toute la gamme de vitesses de déformation sur laquelle est
définie la loi de comportement. Les vitesses minimales rencontrées lors de l’indentation peu-
vent même sortir de cet intervalle de définition, ce qui peut être préjudiciable à une modélisa-
tion qui se veut très précise.
100
Vitesse de déformation à la surface de l'échantillon (s-1)
1 µm/s
10
100 µm/s
1
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 110
0,1
0,01
0,001
0,0001
0,00001
Temps (s)
Figure A5-11. Vitesse de déformation locale d’un point de la surface l’échantillon voyant passer le front de
déformation plastique lors de l'indentation numérique pour deux vitesses d'indentation
100
95 0.3 kgf
90
0.025 kgf
85
Dureté Vickers 80
75
70
65
60
55
50
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Temps de maintien (s)
-2
-4
-6
-8
-10
-12
Temps (s)
Figure A5-13. Vitesse de déplacement de l'indenteur lors d'une simulation à effort imposé
7
Force d'indentation (N)
Effort consigne
3
0
0 0,001 0,002 0,003 0,004 0,005
Temps (s)
Figure A5-14. Effort numérique résultant sur l'indenteur lors d'une simulation à effort imposé
Nous avons pu mettre en évidence que la dureté Vickers est fortement dépendante du
temps de maintien pour le tantale : plus le temps de maintien augmente, et plus la dureté
diminue, jusqu’à atteindre un palier de dureté. Ce palier est atteint à des temps de maintien
différents suivant l’effort et la vitesse d’indentation, lorsque celle-ci est pilotable. Cependant, il
apparaît que le palier dépend uniquement de l’échantillon indenté.
Nous avons également montré qu’il était tout à fait possible de simuler l’indentation
Vickers du tantale pur à vitesse d’indentation constante. La simulation réagit de la même ma-
nière que l’expérience mais les niveaux de dureté numérique sont cependant un peu faibles.
L’effet du temps de maintien serait mal pris en compte à cause d’une représentation imprécise
de l’écrouissage du tantale aux faibles déformations. De plus, à l’heure actuelle, il n’est pas
possible de simuler une indentation à effort constant avec le logiciel Forge 2011®, qui corres-
pondrait à la cinématique réelle d’une mesure de microdureté classique.
Des améliorations restent à apporter si l’on veut établir la relation dureté-densité de
dislocations équivalente par cette méthode de simulation de l’indentation. Des efforts sont à
fournir au niveau de la simulation de l’indentation à effort constant mais également au niveau
de la loi de comportement aux faibles déformations qui pourrait influencer de manière impor-
tante l’évolution de la dureté au cours du maintien de la charge.
ANNEXES 171
ANNEXE A6
Equation A6.1
Grille hexagonale
ANNEXE A7
Dans la littérature, il existe d’autres systèmes de chauffage in situ utilisés pour obser-
ver la recristallisation (Kiaei et al. 1997; Humphreys et al. 1996), la migration des joints de
grains (Czubayko et al. 1998; Paul et al. 2006) et également les transformations de phases
(Seward et al. 2004). La plupart de ces platines chauffantes sont intégrées dans la chambre
d’un MEB même si il existe des systèmes adaptés à des microscopes optiques (Czubayko et al.
1998) ou laser (Yogo et al. 2010). Dans les systèmes intégrés à un MEB, les évolutions micros-
tructurales sont suivies soit par imagerie d’électrons rétrodiffusés (BSE) (Vorhauer et al. 2008)
soit par des mesures EBSD (Hurley & Humphreys 2004). La technique EBSD a pour avantage de
produire des cartographies précises de l’orientation cristallographique et donc d’être plus
quantitative. On retrouve également souvent une combinaison de ces deux techniques pour
suivre l’évolution de la microstructure (Seward et al. 2002; Bestmann et al. 2005; Nakamichi et
al. 2008).
Peu de systèmes utilisent un chauffage par effet Joule (Liao et al. 1998; Vorhauer et al.
2008; Lens et al. 2005). La plupart des fours in situ sont basés sur le principe d’une sole chauf-
fée sur laquelle l’échantillon est posé. L’échange de chaleur est réalisé par conduction entre la
sole et l’échantillon (Kirch et al. 2008; Borthwick & Piazolo 2010; Piazolo et al. 2004). En fonc-
tion du système, l’échantillon peut avoir différentes tailles. L’aire de la surface observée est
généralement de l’ordre du mm² alors que l’épaisseur peut varier de 120 µm (Mattissen et al.
2004) à 2 mm (Yogo et al. 2010; Nakamichi et al. 2008). La valeur moyenne des épaisseurs
rencontrées dans la littérature se trouve autour de 1 mm. Dans notre cas, l’échantillon soudé à
la fine lamelle de Ta chauffée par effet Joule a une épaisseur de 300 µm pour s’assurer d’une
faible inertie thermique, ce qui permet d’atteindre des vitesses de chauffage jusque 100°C/s.
Lorsque le courant est coupé, on peut obtenir une vitesse de refroidissement du même ordre.
Cette valeur est significativement plus élevée que celles reportées dans la littérature (de
0.2°C/s à 10°C/s, mais en général en dessous de 2°C/s) et justifie la méthode employée consis-
tant à interrompre de manière périodique le traitement thermique afin de caractériser
l’évolution de la microstructure (Humphreys et al. 1996; Kiaei et al. 1997). Les cartographies
EBSD sont ainsi acquises à température ambiante. Une vraie caractérisation in situ en EBSD
implique des cinétiques d’évolution de la microstructure suffisamment lentes (Hurley &
Humphreys 2004). Lorsque la cinétique accélère, il reste l’imagerie en électrons rétrodiffusés
(Seward et al. 2002), qui implique que les températures de traitements soient faibles. Dans le
cas d’un matériau qui ne change pas de phase entre la température ambiante et la tempéra-
ture de traitement, on préfèrera l’approche séquentielle avec des vitesses de chauffage et
refroidissement suffisamment rapides pour éviter toute évolution de la microstructure pen-
dant ces phases transitoires.
La température maximale atteinte avec le système utilisé dans cette étude est de
1200°C. La gamme de températures généralement observée dans la littérature pour les autres
platines chauffantes est entre 200°C et 600°C. Quelques travaux ont été menés autour de
900°C (Seward et al. 2004; Kirch et al. 2008) et de 1250°C (Yogo et al. 2010) mais cette der-
nière étude n’était pas réalisée dans la chambre d’un microscope électronique à balayage.
ANNEXES 173
ANNEXE A8
(a)
Figure A8-1. (a) Exemple d'une microstructure partiellement recristallisée pour laquelle le GOS a été calculé pour
chaque grain
(b) Distribution correspondante des GOS
Pour définir quels grains sont considérés comme recristallisés, il est nécessaire de défi-
nir un seuil du GOS. En observant la distribution des GOS sur la figure A8-1.b, on voit un pic
très net pour les faibles valeurs qui correspond aux grains recristallisés. On peut définir le seuil
à 1°, qui correspond par ailleurs à l’ordre de grandeur de la précision de la mesure
d’orientation par la technique EBSD dans les conditions où elle a été mise en oeuvre. Cette
valeur limite dépend des conditions d’acquisition des données EBSD, qui définit la précision de
la mesure d’orientation. Elle dépend également de la microstructure analysée. En effet, des
grains restaurés ou peu déformés présentent aussi une valeur de GOS faible. Il s’agira donc de
bien choisir le seuil en fonction de tous ces paramètres. On peut définir une fourchette pour le
seuil de définition des grains recristallisés entre 0,8° et 1,2° que l’on choisira selon le profil de
la distribution des GOS et selon un contrôle visuel en observant les grains qui paraissent recris-
tallisés dans la microstructure (critère morphologique principalement). La figure A8-2 montre
ANNEXES 175
la microstructure binarisée en grains recristallisés (en bleu) et grains non recristallisés (en
rouge). La fraction surfacique de grains recristallisés est donc accessible à partir de cette ana-
lyse (sur la figure A8-2 environ 50%).
Figure A8-2. Discrimination des grains recristallisés dans une microstructure partiellement recristallisée à l’aide
du Grain Orientation Spread (seuil à 1°)
176 ANNEXES
ANNEXE A9
La géométrie de l’éprouvette « double cône » (ou DECC pour « DoublE Cône Compres-
sion ») a été adaptée par simulation numérique basée sur la méthode des éléments finis à
partir de la géométrie proposée par Semiatin (Weaver & Semiatin 2007), afin de satisfaire deux
critères principaux :
1. L’éprouvette doit pouvoir être usinée dans une tôle de 11 mm d’épaisseur
2. Le gradient de densité de dislocations équivalente doit être le plus fort possible, c'est-
à-dire que le centre doit présenter une densité de dislocations la plus élevée possible
alors que le bord de l’échantillon doit se déformer le moins possible.
En premier lieu, la géométrie de l’éprouvette originelle doit être modifiée pour satis-
faire le premier critère. Une de ces dimensions doit être inférieure ou égale à 11 mm. Dans
notre cas, le diamètre d0 de la surface en contact avec les outils est fixé à 7 mm (diamètre des
pions de compression utilisés dans la thèse de M. Houillon (Houillon 2009)). Ainsi, pour con-
server un maximum de possibilités de modification de cette géométrie, la hauteur h0 est fixée
à 11 mm. La figure A9-1 présente la géométrie de l’éprouvette DECC que nous allons prendre
en compte pour le départ de l’optimisation. Pour satisfaire le critère n°2 sur le gradient de
densité de dislocations, quatre paramètres géométriques sont à optimiser : D, h, h’ et α.
Figure A9-1. Géométrie de départ de l'éprouvette "double cône" et définition du repère de référence. Les valeurs
fixes sont en gris et les paramètres susceptibles d'évoluer sont en rouge
Pour optimiser cette géométrie, l’essai DECC est simulé à l’aide du logiciel FORGE® en
utilisant la loi de comportement basée sur la densité de dislocations équivalente détaillée dans
la partie 2. Le problème étant axisymétrique, seulement 1/8 de la géométrie du « double
cône » a été modélisé afin de réduire le temps de calcul. Les paramètres utilisés lors des simu-
lations sont récapitulés dans le tableau A9-1. La grandeur à laquelle nous nous intéressons est
la densité de dislocations équivalente le long de l’axe DR1 dont l’origine est placée au centre
de l’éprouvette. Toutes les valeurs de densité de dislocations sont relatives (normalisées par
rapport à la valeur du matériau recristallisé) et arrondies à 0,1 près. Les paramètres géomé-
triques de l’éprouvette de départ sont donnés dans le tableau A9-2.
ANNEXES 177
Figure A9-2. Densité de dislocations maximale et écart entre le centre et le bord de l'éprouvette en fonction de la
course de compression
Avec cette première conclusion, on peut d’ores et déjà modifier la géométrie en limi-
tant la hauteur des cônes h’ à 2mm et en augmentant en conséquence la hauteur de la partie
cylindrique h à 7mm. L’augmentation de cette dernière dimension va également permettre de
faciliter la découpe pour une observation dans le plan (DR1, DR2) et de rendre l’observation
dans le plan (DR1, DC) moins sensible à l’écartement au plan médian. La modification de h ne
modifie pas la densité de dislocations équivalente sur un rayon du plan médian (DR1) (figure
A9-4).
178 ANNEXES
Figure A9-3. Répartition de la densité de dislocations le long d’un rayon pour la géométrie initiale et pour la
géométrie modifiée au niveau de la hauteur de la partie cylindrique
Figure A9-4. Répartition de la densité de dislocations le long d’un rayon en fonction du diamètre de la partie
cylindrique
diamètre de la partie cylindrique. Sur la figure A9-5, les répartitions des densités de disloca-
tions le long du rayon pour les trois angles considérés (22,5°, 45° et 67,5°) montrent que
l’angle n’a pas d’influence sur l’écart de densité de dislocations. Par contre, l’angle le plus
faible présente l’avantage d’augmenter le rayon de la partie cylindrique. L’évolution de la den-
sité de dislocations équivalente sera donc plus progressive entre le centre et le bord facilitant
ainsi la détection du seuil de recristallisation.
Figure A9-5. Répartition de la densité de dislocations le long d’un rayon en fonction de l'angle α
A partir des observations réalisées ci-dessus, on peut conclure que la nouvelle géomé-
trie proposée par rapport à celle utilisée dans les travaux de Weaver et Semiatin permet
d’augmenter l’écart de densité de dislocations entre le centre et le bord de l’éprouvette. Les
différents paramètres de la géométrie permettent à la fois de jouer sur la distribution de den-
sité de dislocations et de contrôler l’étendue de la zone qui sera analysée. Une zone assez
grande permettra d’effectuer plus de mesures de dureté le long d’un rayon et également de
mieux capter le seuil de densité de dislocations pour déclencher la recristallisation.
La figure A9-6 illustre l’évolution de la géométrie depuis celle du départ de
l’optimisation.
Figure A9-6. Evolution de la géométrie de l'éprouvette DECC entre le début et la fin de l'optimisation
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Analyse des mécanismes de recristallisation statique du tantale déformé à froid pour une
modélisation en champ moyen
RESUME : L’objectif de ce travail est de prédire les évolutions microstructurales se produisant dans le
tantale pur lors d’un traitement thermique en fonction de son état microstructural initial. La
restauration, la recristallisation et la croissance de grains sont décrites à l’aide d’un modèle en champ
moyen qui nécessite une description adéquate de la microstructure, en termes de distributions de
tailles de grains et de densités de dislocations équivalentes. La densité de dislocation équivalente
moyenne peut être évaluée par une simple mesure de dureté Vickers. L’établissement de la relation
dureté-densité de dislocations nécessite l’utilisation d’une loi de comportement basée sur la densité
de dislocations équivalente. Les évolutions microstructurales au cours d’un traitement thermique ont
été observées et les paramètres pilotant ces phénomènes ont été identifiés à l’aide d’essais originaux
comme l’observation in situ de la recristallisation ou l’utilisation d’essais à gradient de déformation
pour déterminer le seuil de densité de dislocations équivalente pour déclencher la recristallisation.
Des essais plus classiques ont permis d’obtenir des cinétiques de recristallisation dans la gamme
1000°C-1100°C pour différentes microstructures initiales. Les simulations des différents traitements
thermiques à l’aide du modèle à champ moyen rendent bien compte des évolutions microstructurales
en termes de fraction recristallisée et de taille des grains recristallisés pour des microstructures
faiblement déformées ou fortement déformées et fragmentées, en utilisant une description adéquate
du type de microstructure initiale. Le modèle devra en revanche être adapté pour traiter le cas de
microstructures intermédiaires, en enrichissant non seulement la description de la microstructure
initiale mais également celle de l'étape de germination des grains recristallisés. Il deviendra alors
capable de prédire les évolutions de microstructures pour tout type de microstructure initiale de
tantale.
ABSTRACT : This study aims at predicting the microstructural evolution of pure tantalum during
annealing according the initial microstructural state. Static recovery and discontinuous recrystallization
as well as grain growth are described using a mean-field model requiring an appropriate description of
the microstructure, using both equivalent dislocation densities and grain sizes distributions. The
average equivalent dislocation density can be assessed from Vickers microhardness measurements.
The calibration of such a relation between microhardness and dislocation density involves the use of a
dislocation density-based constitutive law. Microstructural evolutions during annealing have been
observed and control parameters of these phenomena have been determined using original tests such
as in situ observation of the recrystallization process or the use of strain gradient samples to assess
the critical dislocation density for the onset of recrystallization. More classical tests have been carried
out to get recrystallization kinetics in the range 1000-1100°C for different initial microstructures.
Simulations of annealing using the mean-field model adapted for tantalum match the experimental
evolution of both recrystallized fraction and recrystallized grain size, in either weakly deformed or
severely deformed and fragmented microstructures. On the other hand, the model needs to be further
adapted for intermediate microstructures, with both a more elaborate description of the initial
microstructure and of the nucleation stage of the recrystallized grains. It will then be suitable to predict
evolutions of any initial tantalum microstructure during annealing.