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Analyse Des Mécanismes de Recristallisation Statique Du Tantale Déformé À Froid Pour Une Modélisation en Champ Moyen

Ce document présente une thèse sur l'analyse des mécanismes de recristallisation statique du tantale déformé à froid, avec un accent sur la modélisation en champ moyen. Il couvre les évolutions microstructurales lors des traitements thermiques et propose des méthodes de modélisation ainsi que des études expérimentales pour caractériser le comportement du tantale. Les résultats visent à améliorer la compréhension des processus de recristallisation et de croissance de grains dans ce matériau.

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Analyse Des Mécanismes de Recristallisation Statique Du Tantale Déformé À Froid Pour Une Modélisation en Champ Moyen

Ce document présente une thèse sur l'analyse des mécanismes de recristallisation statique du tantale déformé à froid, avec un accent sur la modélisation en champ moyen. Il couvre les évolutions microstructurales lors des traitements thermiques et propose des méthodes de modélisation ainsi que des études expérimentales pour caractériser le comportement du tantale. Les résultats visent à améliorer la compréhension des processus de recristallisation et de croissance de grains dans ce matériau.

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Analyse des mécanismes de recristallisation statique du

tantale déformé à froid pour une modélisation en champ


moyen
Christophe Kerisit

To cite this version:


Christophe Kerisit. Analyse des mécanismes de recristallisation statique du tantale déformé à froid
pour une modélisation en champ moyen. Autre. Ecole Nationale Supérieure des Mines de Paris, 2012.
Français. �NNT : 2012ENMP0087�. �pastel-00873188�

HAL Id: pastel-00873188


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Submitted on 15 Oct 2013

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abroad, or from public or private research centers. publics ou privés.
Ecole doctorale n° 364 : Sciences Fondamentales et Appliquées

Doctorat ParisTech
THÈSE
pour obtenir le grade de docteur délivré par

l’École nationale supérieure des mines de Paris


Spécialité “Science et génie des matériaux ”

présentée et soutenue publiquement par

Christophe KERISIT
le 18 décembre 2012

Analyse des mécanismes de recristallisation statique du tantale déformé


à froid pour une modélisation en champ moyen

Directeurs de thèse : Nathalie BOZZOLO et Tony MONTESIN


Co-encadrement de la thèse : Roland LOGE

Jury
M. Frank MONTHEILLET, Directeur de recherche, SMS, Mines de Saint-Etienne Rapporteur
M. Thierry GROSDIDIER, Professeur, LEM3, Université de Lorraine, Metz Rapporteur T
M. André PINEAU, Professeur, Centre des Matériaux, Mines Paristech Examinateur
M. Hubert SCHAFF, Directeur R&D, Aubert & Duval Examinateur H
M. Tony MONTESIN, Professeur, ICB, Université de Bourgogne Examinateur
Mme Nathalie BOZZOLO, Maître assistant, CEMEF, Mines Paristech Examinateur
Mme Valérie LLORCA, Docteur, chef de laboratoire, CEA/DAM Valduc Examinateur E
M. Roland LOGE, Chargé de recherche, CEMEF, Mines Paristech Examinateur
S
MINES ParisTech
Centre de mise en forme des matériaux E
Rue Claude Daunesse, CS 10207, 06904 Sophia Antipolis cedex
Remerciements

Je souhaiterais tout d’abord remercier le CEA DAM Valduc, la région Bourgogne ainsi
que MINES ParisTech pour m’avoir permis de réaliser ce travail. Ce projet de recherche a éga-
lement été soutenu par l’Agence Nationale pour la Recheche (ANR) en faisant partie intégrante
du projet THERMIDE.
J’aimerais ensuite remercier mes encadrants, tant au CEMEF avec Roland Logé et Na-
thalie Bozzolo, qu’au CEA Valduc avec Valérie Llorca et Wilfried Geslin. Sans leurs compé-
tences, leur passion pour la recherche permettant de répondre à des besoins industriels ac-
tuels et leur implication dans ce projet, mon travail n’aurait sans doute pas été le même. J’ai
beaucoup appris à leurs côtés, autant d’un point de vue scientifique que personnel. Je leur en
suis réellement reconnaissant.
Je remercie également les membres du jury d’avoir accepté de juger mon travail. Merci
à Dr. Frank Montheillet et Prof. Thierry Grosdidier d’avoir été rapporteur. Merci à Prof. André
Pineau d’avoir présidé ce jury et à Hubert Schaff d’avoir apporté son regard « industriel » sur
les résultats que j’ai obtenus au cours de ce travail. Je remercie Prof. Tony Montesin qui m’a
suivi durant ces trois ans, notamment lors des réunions du projet THERMIDE.
Merci à Suzanne Jacomet, Bernard Triger, Cyrille Colin, Gilbert Fiorrucci et à l’équipe
MEA du CEMEF pour m’avoir formé aux différentes techniques de caractérisation des maté-
riaux, et aidé dans la réalisation de toutes mes expériences. Merci à Eric Suzon, François Buy,
José Farré, Rémy Besnard, Patrick Lointier ainsi que tout le Laboratoire de Déformation Plas-
tique du CEA Valduc pour avoir suivi mon travail avec tant d’intérêt et pour avoir réalisé une
partie des traitements thermiques nécessaires au bon déroulement de ce travail.
Merci également à toutes les personnes du groupe MSR du CEMEF pour leur sympa-
thie et pour leur contribution, de près ou de loin, à ce travail. Merci à Oscar, Ke et Pierre pour
la partie modélisation en champ moyen de la recristallisation. Je tenais également à remercier
Andréa et Ana Laura.
Merci à Aurélien, François, Yann, Cyrielle, Théo, Seb, BenJ, Alice et Noémie pour ces
trois années bien agréable sur la Côte d’Azur.
J’ai également une pensée pour ceux qui depuis 7 ans et le début de l’école
d’ingénieur sont toujours à mes côtés même si nous avons pris des chemins différents. Merci à
Dinouz, Poupou, Nico et Guillaume pour leur soutien et pour m’avoir permis de m’évader du
monde de la thèse assez régulièrement. Vous avez aussi contribué à votre manière à ce travail.
Merci à ma famille de m’avoir soutenu sans forcément comprendre ce que je faisais.
Merci de m’avoir donné la possibilité d’arriver jusque là.
Enfin, un énorme merci à Edwige d’avoir été là à mes côtés pour me soutenir, pour
partager avec moi tous les moments de doute mais aussi de satisfaction. Merci de m’avoir mis
dans les meilleures conditions pour la rédaction de ce document, d’avoir écouté mes réflexions
sur les microstructures au petit-déjeuner… Merci pour tout.
4
TABLES DES MATIERES 5

Table des matières


TABLE DES MATIERES 5

INTRODUCTION GENERALE. 9

Contexte 10

I. Matériau d’étude : le tantale en tôle épaisse 10

II. Les évolutions microstructurales au cours d’un traitement thermique 13


1. Restauration statique 13
2. Recristallisation statique discontinue 14
3. Croissance de grains 15

III. Objectifs de l’étude 15

IV. Démarche 16

PREMIERE PARTIE. 17

MODELISATION EN CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES


AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE

Introduction 18

I. Les différentes méthodes de modélisation de la recristallisation et de la croissance de grains 19


1. L’approche originelle : modèle analytique Johnson-Mehl-Avrami-Kolmogorov (JMAK) 19
2. Les approches probabilistes 20
a. La méthode Monte Carlo 20
b. La méthode de l’automate cellulaire 21
3. Les méthodes basées sur un maillage de la microstructure 21
a. La méthode des vertex 21
b. Méthodes à Champ de phase & Level-Set 22
4. Résumé 23

II. Principe de la modélisation en champ moyen à deux milieux homogènes équivalents 25


1. Description de la microstructure initiale 25
a. Distribution de taille de grains 3D 26
b. Distribution de densités de dislocations 26
c. Construction de la microstructure représentative 3D 27
2. Représentation des deux milieux homogènes équivalents 27
3. Les équations d’évolution de base 28
a. Migration des joints de grains 28
b. Restauration 30
c. Germination 31
d. Interaction avec les milieux homogènes équivalents 32
4. Implémentation numérique du modèle en champ moyen en conditions anisothermes 36
6 TABLES DES MATIERES

a. Gestion du pas de temps 36


b. Algorithme 37
5. Récapitulatif et méthodes de détermination des paramètres du modèle 37
a. Densité de dislocations de l’état initial 38
b. Mobilité des joints de grains 38
c. Densité de dislocations critique 39

Synthèse 40

DEUXIEME PARTIE. 41

LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT


DEFORME

Introduction 42

I. Loi de comportement du tantale pur basée sur une densité de dislocations 42


1. Le comportement plastique du tantale pur 42
a. Contrainte d’écoulement à la transition élasto-plastique 42
b. Ecrouissage du tantale 45
2. Modélisation du comportement basée sur une densité de dislocations 46
a. Description du modèle 46
b. Détermination des paramètres du modèle 49

II. Evaluation de la densité de dislocations équivalente par mesure de microdureté Vickers 57


1. La microdureté Vickers du tantale pur recristallisé 58
a. Calcul de la dureté 59
b. Cinématique de l’essai de dureté 59
c. Nomenclature 60
d. Influence du temps de maintien sur la microdureté du tantale pur recristallisé 60
2. Détermination de la relation dureté Vickers-densité de dislocations équivalente 61

III. Description des microstructures de déformation dans le tantale 63


1. Anisotropie de comportement plastique 63
2. Hétérogénéités des microstructures intragranulaires 65
3. Evolution de la microstructure aux grandes déformations 69

Synthèse 72

TROISIEME PARTIE. 75

CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA


CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR

Introduction 76

I. La restauration, la recristallisation statique et la croissance de grains du tantale dans la


littérature 76
1. Restauration statique 76
TABLES DES MATIERES 7

2. Recristallisation statique discontinue 78


a. Influence des paramètres thermomécaniques du procédé 79
b. La recristallisation à l’échelle granulaire 82
c. Texture de recristallisation 84
3. Croissance de grains 85
4. Bilan 87

II. Etude de la recristallisation du tantale et identification d’une loi de restauration 88


1. Identification des paramètres de la loi de restauration du tantale 89
2. Observation et caractérisation de la recristallisation statique : traitements thermiques in situ
couplés à la technique EBSD 90
a. Dispositif et procédure expérimentale 91
b. Analyse des microstructures de recuit par EBSD 92
c. Germination 93
d. Croissance des grains recristallisés dans le matériau déformé 95
e. Croissance de grains après la recristallisation 97
f. Estimation de la mobilité des joints de grains à 750°C 98
g. Observation de la recristallisation : surface vs volume 99
3. Déclenchement de la recristallisation et densité de dislocations équivalente critique 101
a. Caractérisation du gradient de densité de dislocations après déformation 103
b. Détermination de la courbe de densité de dislocations critique 105
4. Cinétiques de recristallisation du tantale pur et croissance de grains 109
a. Cinétique de recristallisation de référence à 1000°C 110
b. Influence de la température de recuit 111
c. Influence de la densité de dislocations initiale 112
d. Effet de la quantité de déformation 114

Synthèse 116

QUATRIEME PARTIE. 119

MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU


COURS D'UN TRAITEMENT THERMIQUE

Introduction 120

I. Description des microstructures initiales 120


1. Microstructure initiale pour la croissance de grains 120
2. Microstructures initiales pour la recristallisation 122
a. Distribution de densités de dislocations 123
b. Distribution de tailles de grains 124

II. Simulation de traitements thermiques 126


1. Etude paramétrique du modèle de recristallisation 127
2. Identification des paramètres du modèle de recristallisation sur une microstructure proche des
hypothèses de la modélisation 129
a. Identification de la mobilité aux faibles vitesses de migration a 1000°C 129
b. Identification des autres paramètres à 1000°C 130
c. Effet de la température sur les paramètres du modèle - Identification à 1100°C 134
8 TABLES DES MATIERES

3. Réponse du modèle au type de microstructure initiale 136


a. Simulation d’un traitement thermique à 1000°C sur la microstructure 3 136
b. Simulation d’un traitement thermique à 1000°C sur la microstructure 2 137

III. Perspective d’amélioration de l’identification des paramètres et du modèle 139


1. Amélioration de l’identification des paramètres du modèle 139
2. Enrichissement de la base de données expérimentale 140
3. Perspectives d’amélioration du modèle de recristallisation statique 140

Synthèse 142

CONCLUSION. 145

Synthèse 146

Perspectives 149

ANNEXES. 153

A1. Géométrie des éprouvettes utilisées lors des essais mécaniques 154

A2. Fichier matériau FORGE® du tantale pur pour la loi de comportement basée sur la densité de
dislocations 156

A3. Protocole de préparation des échantillons de tantale pur pour une observation en EBSD 157

A4. Complément de l’étude expérimentale de mise en œuvre de l’indentation Vickers sur tantale pur
recristallisé 158

A5. Simulation de l’essai d’indentation Vickers 160

A6. Analyse quantitative des désorientations intragranulaires à partir des données EBSD 171

A7. Revue bibliographique des différents systèmes de chauffage in situ 172

A8. Méthode de mesure de la fraction recristallisée à partir de données EBSD 173

A9. Optimisation de la géométrie de l’essai double cône par simulation numérique 176

REFERENCES. 181
INTRODUCTION GENERALE.
10 INTRODUCTION GENERALE

CONTEXTE

La mise au point d’une gamme de fabrication et la garantie des propriétés en service


sont des enjeux majeurs de l’industrie métallurgique. La connaissance de la microstructure en
chaque point d'une pièce et tout au long de sa mise en forme permet de maîtriser les proprié-
tés mécaniques finales. Pour des pièces de grandes séries réalisées dans un matériau commun,
il est assez aisé de prélever des échantillons au cours du procédé pour connaître l'évolution de
la microstructure. Il est ainsi possible, expérimentalement, d'optimiser le procédé et la pièce
finale. Cela nécessite de nombreux essais et un savoir-faire qui demandent à la fois du temps
et des moyens matériels et financiers. Pour des pièces de plus petite série, conçues dans des
matériaux onéreux, il est plus difficile, voire impossible, de sacrifier une pièce à chaque étape
de fabrication. Disposer de moyens numériques pour prédire la microstructure tout au long
d’un procédé de fabrication est donc crucial pour connaître et optimiser les propriétés de la
pièce finale, ainsi que pour réduire l’impact économique de la mise au point d’une gamme de
mise en forme.
Le travail réalisé durant cette thèse s’inscrit dans la cadre de la prédiction par simula-
tion numérique de la microstructure au cours de la gamme de fabrication d’une pièce en tan-
tale pur. La gamme de fabrication liée à ce travail est soumise à confidentialité. Le tantale, par
sa grande ductilité à température ambiante, va permettre de réaliser des pièces de géométrie
complexe en minimisant les risques de rupture. Les travaux présentés font directement suite
aux travaux de thèse de (Houillon 2009).

I. MATERIAU D’ETUDE : LE TANTALE EN TOLE EPAISSE

Le tantale est un matériau rare de structure cristalline cubique centrée avec un para-
mètre de maille égal à 3,3 x 10-10 m. Il possède un haut point de fusion (2996 °C) et une forte
densité (16650 kg.m-3).
Comme pour tous les métaux, la déformation plastique à froid du tantale est due prin-
cipalement au mouvement des dislocations sur des plans de glissement spécifiques à la struc-
ture cristalline. Pour la structure cubique centrée, il y a 3 familles de systèmes de glissement1
, et pour un total de 48 systèmes. Le vecteur de Burgers
est égal à et a pour norme 2,86 x 10-10 m. Le tantale est très ductile à température am-
biante. Lorsque la température augmente, les éléments comme l’hydrogène (à partir de
200°C), l’oxygène (à partir de 300°C), l’azote (à partir de 1100°C) ou le carbone (à partir de
1200°C) diffusent dans le tantale. La présence de ces atomes dans la maille cristalline fait chu-
ter de manière notable sa ductilité tout en augmentant sa résistance. C’est pourquoi il est né-
cessaire d’effectuer les traitements thermiques dans un four sous vide secondaire.
Dans cette étude, le matériau initial se présente sous la forme d’une tôle épaisse en
tantale de haute pureté (> 99,95%). Une série de mesures de microdureté Vickers a été réali-
sée dans un plan contenant la direction normale à la tôle et donne une valeur de 91 ±2 HV0,3
(dans les conditions de la norme ISO 6507-1 avec un temps de maintien de 15 secondes).

1
Un système de glissement est défini par un plan de glissement et une direction de glissement.
INTRODUCTION GENERALE 11

Une analyse EBSD de la microstructure (figure i-1) a été effectuée sur le même plan
que les mesures de microdureté. La tôle initiale présente une structure de grains assez gros-
sière avec un diamètre moyen en nombre de 183 µm et en aire de 390 µm. Il est important de
noter que malgré une zone d’analyse assez grande, le nombre de grains dans cette cartogra-
phie est faible (≈ 150 grains). On pressent alors que pour obtenir des données statistiquement
représentatives il serait nécessaire d’analyser de très grandes zones, le problème étant d’avoir
accès à de grandes zones déformées de manière homogène.
La présence de joints de grains particuliers est un élément remarquable de cette mi-
crostructure. Il existe une proportion non négligeable de joints ayant une désorientation de
60° autour de l’axe <111>, joints que l’on peut apparenter à la configuration classique des
macles dans un matériau de structure cubique face centrée. La forme et la configuration de
ces joints de grains particuliers laisse penser à des macles de recuit qui se forment pendant la
croissance de grains. Ce type de macles de recuit à déjà pu être observé dans d’autres maté-
riaux de structure cubique centrée comme le fer (Simonsen 1960; Viltange 1975) ou le niobium
(Wasilewski 1966). Dans la suite de cette étude, le caractère particulier de ces macles de recuit
ne sera pas pris en compte.

Figure i-1. Microstructure de la tôle initiale révélée par EBSD

La figure i-2 montre la distribution réelle de tailles de grains en nombre extraite de la


cartographie EBSD de la figure i-1. A cette distribution est superposé un modèle de distribution
log-normale ayant la même moyenne et le même écart-type que la distribution réelle. Premiè-
rement, on voit que les plus gros grains peuvent avoir une taille millimétrique. Deuxièmement,
compte tenu de la statistique de cette cartographie, on peut estimer que la distribution réelle
se rapproche d’une distribution log-normale.
12 INTRODUCTION GENERALE

Figure i-2. Distribution réelle de taille des grains (diamètre) de la tôle initiale et comparaison avec une
distribution log-normale

Il ressort de cette observation que la microstructure de la tôle initiale est relativement


hétérogène et présente des grains de taille millimétrique. Ce matériau initial va largement
influencer la suite de l’étude car il sera notamment plus susceptible de créer des hétérogénéi-
tés de déformation propres à chaque échantillon et ainsi de générer des comportements spéci-
fiques au cours de la recristallisation. Cette microstructure initiale peut donc générer une va-
riabilité des résultats obtenus dans ces travaux, qu’il est difficile de quantifier.

Remarque

Dans cette étude, les résultats de travaux précédents (Houillon 2009) seront également utilisés et réexploités.
Ces résultats ont été obtenus à partir d’un matériau initial légèrement différent. Ce matériau initial présentait
une dureté Vickers de 82 ±2 HV0,3 et une taille de grains initiale moyenne en nombre de 48 µm (distribution de
type log-normale).

Pour obtenir la pièce souhaitée, la tôle initiale va subir plusieurs étapes de déforma-
tion au cours desquelles le matériau va stocker de l’énergie sous forme de dislocations. Il sera
donc de plus en plus difficile de déformer la tôle sans risque de rupture. Des étapes de traite-
ment thermique intermédiaire permettent de réduire l’énergie stockée dans le matériau par
des modifications microstructurales, et ainsi de rétablir les propriétés mécaniques initiales ou
d’ajuster ses propriétés pour arriver à celles souhaitées. Un traitement thermique est défini
par cinq paramètres :
 La vitesse de chauffage,
 La température du palier de traitement,
 La durée du palier de traitement,
 La vitesse de refroidissement,
 L’atmosphère dans laquelle est réalisé le traitement (vide secondaire pour
le tantale).

Ces paramètres ainsi que les conditions de déformation vont déterminer les évolutions
microstructurales durant le traitement thermique.
INTRODUCTION GENERALE 13

II. LES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT


THERMIQUE

Au cours d’un traitement thermique, on peut observer trois phénomènes que sont la
restauration, la recristallisation et la croissance de grains. Par opposition aux phénomènes
ayant lieu au cours de la déformation et qualifiés de « dynamiques », les mécanismes décrits
ici sont dits « statiques ».

1. Restauration statique

La restauration statique consiste en une annihilation partielle des dislocations et en un


réarrangement de celles-ci dans une structure en cellules. Cette structure est plus favorable
énergétiquement car elle minimise l’énergie d’interaction entre dislocations. La restauration
statique peut comporter différentes étapes (figure i-3) pour transformer une microstructure
avec des dislocations enchevêtrées et distribuées uniformément en volume en une microstruc-
ture composée de cellules délimitées par des parois de dislocations. Le développement de la
restauration va dépendre de la nature du matériau mais également de sa composition et de la
température de traitement thermique. Elle va également être influencée par la microstructure
issue de la déformation laquelle peut déjà avoir débuté le processus de restauration en condi-
tions dynamiques. Le tantale est un matériau avec une énergie de défaut d’empilement assez
élevée (41,4 mJ.m-2 (Wasilewski 1967)) qui va faciliter le mécanisme de restauration, et cela
dès les étapes de déformation. Le matériau est donc sujet à la fois à de la restauration dyna-
mique et à de la restauration statique.

Figure i-3. Transformations de la microstructure au cours de la restauration statique (images extraites de


(Humphreys & Hatherly 2004))
14 INTRODUCTION GENERALE

2. Recristallisation statique discontinue

La recristallisation discontinue est un processus de germination/croissance, c'est-à-dire


que de nouveaux grains libres de dislocations vont apparaître et croître afin de régénérer la
microstructure.
Comme l'évoque Hutchinson (B. Hutchinson 1992), germination et croissance ne sont
pas deux mécanismes réellement distincts. Un germe correspond à un petit élément de vo-
lume dans la matière qui a atteint les conditions pour croître dans la matrice déformée. Dans
des conditions de température donnée, un germe est thermodynamiquement stable, c'est-à-
dire que la variation d’énergie libre volumique par rapport à son environnement doit être
négative et supérieure en valeur absolue à la variation d’énergie libre de son interface .
Cette condition thermodynamique dépend de la taille du germe potentiel ainsi que de la diffé-
rence d'énergie stockée (densité de dislocations) entre le germe et son voisinage. De cette
manière, la force motrice pour la migration de l’interface du germe est positive ce qui rend sa
croissance possible. La deuxième condition pour qu'un germe puisse croître est que sa fron-
tière doit avoir une mobilité importante. La mobilité de la frontière va fortement dépendre de
la différence d'orientation de part et d'autre de celle-ci. L’angle de désorientation critique à
partir duquel on peut considérer que la frontière sera suffisamment mobile est aux alentours
de 15°. Si la frontière du germe n'a pas atteint cette désorientation limite lors de la déforma-
tion, il peut exister au début du traitement thermique un temps pendant lequel la structure va
se réorganiser par restauration pour atteindre cette valeur de désorientation et diminuer la
densité de dislocations interne au germe (et donc son énergie interne par rapport au voisi-
nage). Ce temps est interprété comme un "temps d'incubation" pour la germination.
La germination est par nature un régime transitoire. Dans la microstructure déformée,
il existe de petits volumes de matière présentant les caractéristiques requises pour devenir des
germes appelés « embryons ». Dès que toutes les conditions sont réunies, l’embryon devient
un germe puis immédiatement un grain recristallisé qui va croître dans la matrice déformée.
Un grain recristallisé contient très peu de dislocations. La force motrice de sa croissance est la
consommation de l'énergie stockée dans la matrice déformée principalement sous forme de
dislocations. Les différentes étapes de la recristallisation statique discontinue sont schémati-
sées sur la figure i-4.

Figure i-4. Schématisation du phénomène de recristallisation statique discontinue (images extraites de


(Humphreys & Hatherly 2004))
INTRODUCTION GENERALE 15

La germination va influencer de manière significative la microstructure de fin de recris-


tallisation. En effet, plus la densité de germes est grande et plus les nouveaux grains recristalli-
sés sont nombreux et entrent rapidement en contact en ayant consommé l'énergie de la ma-
trice déformée. La taille de grains recristallisés est ainsi plus faible que dans le cas où la densité
de germes est faible.
La maîtrise du phénomène de recristallisation passe par la connaissance de l’effet des
paramètres des procédés (conditions de déformation avant le traitement thermique, tempéra-
ture et temps de traitement) sur les observables permettant de décrire la recristallisation:
fraction volumique recristallisée et taille moyenne des grains recristallisés.

3. Croissance de grains

Une fois la microstructure entièrement recristallisée, celle-ci continue d’évoluer. Les


grains continuent à grossir afin de minimiser la surface totale de joints de grains. Cette phase
appelée croissance de grains a une cinétique plus lente que la recristallisation. La force motrice
pour la migration des joints de grains est liée à la courbure des joints de grains. Les grains les
plus gros vont donc s’étendre aux dépens des plus petits grains, les premiers ayant générale-
ment des formes concaves, alors que les seconds auront plutôt des formes convexes.

III. OBJECTIFS DE L’ETUDE

Le travail réalisé durant cette thèse se concentre sur la phase de traitement thermique
pouvant intervenir dans la gamme de fabrication d’une pièce en tantale pur. L’objectif est
double :
1/ Approfondir les connaissances sur les mécanismes d’évolution microstructurale
dans le tantale au cours d’un traitement thermique. Cela implique principalement la
recristallisation statique discontinue, et, dans une moindre mesure, la restauration et
la croissance de grains.
2/ Prédire, pour une microstructure initiale donnée, la microstructure obtenue à l’issue
d’un traitement thermique.
16 INTRODUCTION GENERALE

IV. DEMARCHE

Afin de prédire les microstructures en fin de traitements thermiques, nous avons choisi
d’utiliser un modèle de recristallisation en champ moyen développé au CEMEF (Mines Paris-
Tech).
1. Le modèle en champ moyen sera décrit dans son principe général dans la première
partie de ce manuscrit. Les différents travaux réalisés au cours de cette thèse se
sont articulés autour du modèle et se sont concentrés sur les moyens d’obtenir les
données nécessaires à la simulation d’un traitement thermique.
2. La deuxième partie sera consacrée à la description de l’état déformé à travers une
densité de dislocations équivalente qui sera évaluée par un essai de microdureté
Vickers. Nous verrons également quel type de microstructure développe le tantale
au cours de la déformation.
3. Après la description de l’état déformé, nous nous intéresserons à la caractérisation
des évolutions microstructurales dans le tantale au cours d’un traitement ther-
mique. L’attention sera portée particulièrement sur le déclenchement et la pro-
gression de la recristallisation en fonction des conditions de déformation et de
traitement thermique.
4. La dernière partie sera focalisée sur l’adaptation et l’identification des paramètres
du modèle de recristallisation en champ moyen dans le cas du tantale et à la con-
frontation des données obtenues en simulation avec les données expérimentales.
5. Enfin, nous conclurons sur les différents aspects abordés au cours de cette thèse
pour dégager de ce travail les principales avancées ainsi que les perspectives
d’amélioration concernant la prédiction des microstructures au cours d’un traite-
ment thermique et plus largement d’une gamme de mise en forme.
PREMIERE PARTIE.

Modélisation en champ moyen des évolutions


microstructurales au cours d’un traitement
thermique
18 MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE

INTRODUCTION

La prédiction des évolutions microstructurales au cours d’une gamme de mise en


forme nécessite de modéliser les phénomènes susceptibles de se produire à cause de la dé-
formation plastique, de l’énergie apportée ou retirée lors d’un traitement thermique (chauf-
fage et refroidissement) ou encore à cause d’une combinaison de ces différents évènements.
Lors d’un traitement thermique d’une pièce métallique, les phénomènes pouvant avoir lieu
sont la restauration, la recristallisation statique et la croissance de grains.
La modélisation des évolutions microstructurales que sont la recristallisation et la
croissance de grains peut être utilisée à des fins différentes suivant que l’on se place d’un point
de vue industriel (définition de gammes) ou d’un point de vue plus orienté vers la compréhen-
sion fine des phénomènes. Ces deux visions n’ont pas les mêmes attentes en terme de simula-
tion des évolutions microstructurales, ce qui va conditionner les modèles utilisés dans un cas
ou dans l’autre.
D’un point de vue industriel, simuler les évolutions microstructurales implique de pou-
voir prédire assez rapidement la microstructure de la pièce après traitement thermique, con-
naissant la microstructure de la pièce déformée avant le recuit. Cet état déformé peut être
déterminé de deux manières, soit par une caractérisation expérimentale de la microstructure
après déformation, soit par simulation de la gamme de mise en forme. Les pièces, générale-
ment de grande taille, ayant subi une déformation hétérogène, la microstructure de l’état dé-
formé sera décrite par des « zones quasi-homogènes », avec une taille de grains moyenne et
une quantité de déformation affectées à chaque zone. L’objectif est globalement d’obtenir,
pour chaque zone et en fonction du recuit, la taille de grains, la fraction recristallisée ou en-
core la texture. Les propriétés (principalement mécaniques) de la pièce dépendant en grande
partie de ces paramètres microstructuraux, la modélisation permet ensuite d’adapter les con-
ditions de déformation et/ou de traitement thermique afin d’obtenir les propriétés souhaitées.
Du point du vue de la compréhension et de la description précise des phénomènes de
recristallisation et de croissance de grains, l’objectif sera de décrire de manière explicite la
microstructure à l’échelle du grain, ou de l’agrégat de grains, afin de rendre compte des hété-
rogénéités liées à la déformation ou à la nature des joints de grains. Ces modélisations permet-
tent de bien retranscrire la réalité des évolutions microstructurales au cours d’un traitement
thermique mais sont assez coûteuses en temps de calcul. Une modélisation à cette échelle
peut valider ou invalider certaines hypothèses faites dans des modèles à moyenne ou grande
échelle. Les modèles en « champ complet » sont ainsi intéressants pour étudier l’effet de cer-
taines hypothèses sur la recristallisation ou de compléter certains points d’études correspon-
dant à une caractérisation expérimentale qui est difficile ou impossible.
Le premier point de ce chapitre sera consacré à un rapide état de l’art sur les mé-
thodes de modélisation aujourd’hui disponibles et utilisées pour représenter la restauration, la
recristallisation statique et la croissance de grains. Les grands types de modélisation seront
décrits principalement en termes d’avantages et d’inconvénients et ce panorama permettra
ainsi de positionner la modélisation en champ moyen vis-à-vis des attentes formulées. Le mo-
dèle en champ moyen à deux milieux homogènes équivalents fera l’objet du second point et
sera décrit plus en détail. Le dernier point de ce chapitre s’attachera à proposer une stratégie
d’identification des paramètres du modèle en champ moyen.
MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 19

I. LES DIFFERENTES METHODES DE MODELISATION DE LA RECRISTALLISATION


ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS

Il existe principalement 3 grandes familles en dehors des modèles en champ moyen,


de modèles pour la recristallisation statique discontinue et la croissance de grains.

1. L’approche originelle : modèle analytique Johnson-Mehl-Avrami-


Kolmogorov (JMAK)

La première approche utilisée pour décrire et quantifier les phénomènes basés sur le
processus de germination/croissance a été développée à la fin des années 1930 (W. A. Johnson
& Mehl 1939; Avrami 1939; Kolmogorov 1937). Ce modèle analytique et plutôt phénoménolo-
gique est connu sous le nom de modèle de Johnson-Mehl-Avrami-Kolmogorov (JMAK). Il est
largement développé dans la littérature et notamment dans (Humphreys & Hatherly 2004).
Le modèle JMAK est établi dans des conditions isothermes et suppose un état déformé
homogène. Au moment où la recristallisation se déclenche, les germes supposés sphériques ou
non (facteur de forme ) apparaissent à une vitesse de germination et croissent dans le ma-
tériau à une vitesse . Ainsi on peut suivre l’évolution de la fraction volumique recristallisée
:
Equation 1.1

Où est une constante dépendant de , et de (équation 1.2), et est l’exposant


d’Avrami.
Equation 1.2

Cette approche très simple considère que les vitesses de germination et de croissance
sont constantes au cours de la recristallisation. Des améliorations ont été apportées au modèle
en tentant de considérer une germination variable dans le temps, par exemple en « sites satu-
rés » (Avrami 1939), c'est-à-dire avec une germination homogène mais immédiate (tous les
germes commencent à croître dès l’instant initial). Cette modification du modèle initial montre
que la loi de germination affecte l’exposant d’Avrami (tableau 1-1). On montre aussi que la
dimensionnalité de la croissance joue sur la valeur de cet exposant.

Tableau 1-1. Valeurs typiques de l'exposant d'Avrami n en fonction des conditions de germination et de la
dimension de croissance considérée (Humphreys & Hatherly 2004)
Germination en sites saturés Germination continue constante
3D 3 4
2D 2 3
1D 1 2

La modélisation analytique de type JMAK est simple et permet de rendre compte rapi-
dement d’une cinétique de recristallisation en conditions isothermes pour une microstructure
simple et homogène. Cette approche ne considère pas la taille de grains ou encore la texture.
La germination est aléatoirement distribuée en volume et ne rend pas compte de sites préfé-
rentiels potentiels pour l’apparition des nouveaux grains.
20 MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE

2. Les approches probabilistes

L’effort d’amélioration des modèles de recristallisation et de croissance de grains a


principalement été porté sur la prise en compte des hétérogénéités de la microstructure. Ainsi,
des méthodes décrivant la microstructure en 2D comme en 3D se sont développées (A D
Rollett 1997).
Les méthodes probabilistes de type Monte Carlo et Automate Cellulaire se basent sur
une description (2D ou 3D) de la microstructure en grille régulière. Cette grille est composée
de domaines géométriques d’orientation cristallographique donnée appelés « cellules ». Deux
cellules sont considérées comme étant dans le même grain si leur désorientation ne dépasse
pas la valeur seuil définie pour les joints de grains (A D Rollett 1997). Ainsi, un grain est décrit
par un ensemble de cellules.

A. LA METHODE MONTE CARLO

Cette méthode a été appliquée dans un grand nombre d’études pour modéliser la re-
cristallisation et la croissance de grains depuis leur développement dans les années 1980
(Srolovitz et al. 1983; Srolovitz et al. 1986; Srolovitz et al. 1988) jusqu’à plus récemment
(Ivasishin et al. 2006; Chun et al. 2006; Montano-Zuniga et al. 2010).
Chaque cellule de la grille régulière discrétisant la microstructure va évoluer à chaque
pas de la simulation (Monte Carlo Step, MCS) suivant des règles probabilistes basées sur une
minimisation de l’énergie de la cellule par rapport à son environnement (A D Rollett 1997). Les
évolutions topologiques sont ainsi bien captées par le fait que les interfaces sont représentées
par les faces des cellules. La représentation en grille régulière ainsi que l’application de règles
simples à chaque pas de simulation, rend les méthodes de type Monte Carlo efficaces en
termes de temps de calcul. Cependant, dans un souci de représentativité statistique, un
nombre important de simulations doit être réalisé afin de compenser la nature probabiliste de
la méthode Monte Carlo.
Dans ce type de méthode, la germination en « sites saturés » peut simplement être
réalisée en introduisant dans la microstructure initiale un certain nombre de germes aléatoi-
rement distribués (A D Rollett 1997). La germination continue est simulée en introduisant des
germes à intervalles de temps réguliers. La germination peut également être localisée au ni-
veau des joints de grains et ainsi prendre en compte les hétérogénéités d’énergie stockée dans
la microstructure déformée (Ivasishin et al. 2006). Dans des développements plus récents
(Montano-Zuniga et al. 2010; Holm et al. 2003), la germination est modélisée par une crois-
sance anormale de sous-grains.
La méthode Monte Carlo présente deux principaux inconvénients. Le premier est lié au
fait que l’évolution microstructurale se fait en fonction d’un pas de simulation (MCS). Il n’y a
donc pas d’échelle de temps, ce qui rend difficile la comparaison avec les données expérimen-
tales (A D Rollett 1997). Deuxièmement, les approches standard de type Monte Carlo ne per-
mettent pas de rendre compte du caractère linéaire de la relation entre la vitesse de migration
des joints de grains et la force motrice dans le cas de la recristallisation. Cette relation linéaire
est uniquement vérifiée lors des simulations de croissance de grains (Ivasishin et al. 2006).
MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 21

B. LA METHODE DE L’AUTOMATE CELLULAIRE

La méthode de l’automate cellulaire est également une méthode probabiliste mais elle
s’appuie cette fois sur des règles représentant physiquement le phénomène considéré pour
faire évoluer l’état des cellules représentant la microstructure (Raabe 1999). Le front de re-
cristallisation est considéré comme irréversible et induit donc qu’une cellule non recristallisée
va changer d’état si elle possède au moins une des cellules voisines dans l’état recristallisé.
L’automate cellulaire est donc très efficace pour décrire l’évolution de la fraction recristallisée.
Cependant, par cette méthode standard il n’est pas possible de prendre en compte la force
motrice de migration des joints de grains due à leur courbure et à leur énergie (Anthony D
Rollett & Raabe 2001). Des méthodes améliorées essaient cependant de prendre en compte
cet effet de la courbure (Kugler & Turk 2006; Raghavan & Sahay 2009) et peuvent ainsi simuler
en plus de la recristallisation, la croissance de grains.
Dans les méthodes de l’automate cellulaire standard, la germination est déclenchée au
début de la simulation (sites saturés). Un certain nombre de cellules, distribuées aléatoire-
ment, sont déclarées comme recristallisées (A D Rollett 1997). Des évolutions de la méthode
permettent de simuler la germination continue et de la localiser au niveau des joints de grains
(Kugler & Turk 2006; Goetz & Seetharaman 1998). De même que pour la méthode Monte Car-
lo, une seule simulation en automate cellulaire ne suffit pas à obtenir un résultat statistique-
ment représentatif.
Des améliorations notables ont été réalisées sur les méthodes Monte Carlo et de
l’automate cellulaire afin de représenter tous les phénomènes ayant lieu pendant un traite-
ment thermique. Une des voies d’amélioration étant même de combiner les deux méthodes
pour en atténuer leurs inconvénients (Anthony D Rollett & Raabe 2001).

3. Les méthodes basées sur un maillage de la microstructure

La dernière grande famille de méthodes de modélisation de la recristallisation statique


et de la croissance de grains repose sur une description de la microstructure par un maillage.

A. LA METHODE DES VERTEX

Dans les méthodes dites « Vertex », les interfaces entre grains sont décrites par des
nœuds placés aux points triples en 2D ou aux points quadruples en 3D et sur les joints de
grains entre ces points (figure 1-1). L’idée de la méthode est de suivre les évolutions micros-
tructurales par le suivi des mouvements de ces interfaces (Miodownik 2002; Le et al. 1999).
Ces modèles permettent surtout de représenter la croissance de grains en 2D et 3D (Maurice
& Humphreys 1998; Le et al. 1999; Weygand et al. 2001). Les méthodes Vertex ont ensuite été
étendues à la modélisation de la recristallisation statique discontinue (Piękoś et al. 2008). Ces
méthodes posent énormément de soucis lorsqu’il s’agit de gérer des événements topologiques
tels que l’apparition ou la disparition d’un grain. La gestion des nœuds s’avère être un pro-
blème gérable en 2D mais très compliqué en 3D (Weygand et al. 2001; Syha & Weygand 2010).
22 MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE

 Nœud au point triple


 Nœuds décrivant les joints de grains
v vitesse de déplacement du nœud
γi énergie d’interface du joint de grain i
μi mobilité du joint de grain i
κ courbure locale au nœud

Remarque : les énergies d’interface et les mobilités dé-


pendent de la température T et de l’angle de désorienta-
tion θ

Figure 1-1. Description d'un point triple et des joints de grains avoisinants par un modèle Vertex en 2D
(Miodownik 2002)

B. MÉTHODES À CHAMP DE PHASE & LEVEL-SET

Les deux dernières méthodes présentées ici sont également utilisées pour modéliser la
recristallisation statique discontinue et la croissance de grains (Zhao et al. 1996; Fan & L. Q.
Chen 1997; Bernacki et al. 2009; Bernacki et al. 2011). Elles ont pour point commun de décrire
la microstructure de manière implicite et de définir les interfaces par des fonctions.
Dans la méthode à champ de phase, chaque grain est décrit par un champ de densité
d’énergie libre et chaque joint de grains est décrit par une interface diffuse entre ces champs
dans laquelle une fonction va varier entre 0 et 1 pour réaliser la transition entre chaque grain
(Fan & L. Q. Chen 1997). Le joint de grains à proprement parler est défini comme une isovaleur
de cette fonction de transition. La migration des joints de grains est pilotée simplement par la
différence de densité d’énergie libre de part et d’autre du joint de grains (Miodownik 2002) et
les évènements topologiques sont traités de manière naturelle par minimisation d’énergie
(Miodownik 2002; Bernacki et al. 2009). La résolution des équations se fait en discrétisant à la
fois l’espace (maillage) et le temps. Une des difficultés de cette méthode réside dans la bonne
description des densités d’énergie libre afin qu’elles soient représentatives de la réalité phy-
sique du problème posé. De plus, cette méthode est pour l’instant très coûteuse en temps de
calcul et a donc été peu développée en 3D (Moelans et al. 2009). Enfin, la modélisation de la
germination reste difficile à mettre en place malgré des tentatives récentes (Takaki & Tomita
2010).
De son côté, la méthode Level-Set se base sur un maillage éléments finis (figure 1-2)
(Bernacki et al. 2009). En chaque nœud du maillage sont stockées des variables d’état permet-
tant de décrire la microstructure en termes d’orientation cristallographique, d’énergie stockée,
etc. Les interfaces sont définies par une fonction distance par rapport au joint de grains (Zhao
et al. 1996). Un joint de grains correspond à une valeur nulle de cette fonction distance. Cette
méthode a été employée afin de modéliser la recristallisation primaire en 2D et en 3D
(Bernacki et al. 2009) avec différents types de germination en fonction du cas que l’on sou-
haite étudier. Le problème de la croissance de grains a été traité plus tard (Bernacki et al.
2011), permettant ainsi de modéliser entièrement les étapes successives de recristallisation et
croissance de grains ayant lieu pendant un traitement thermique. Un des points demandant
beaucoup d’attention dans ce type de méthodes est la réinitialisation des fonctions distance.
Elle permet aujourd’hui, couplée à la méthode éléments finis de modéliser la recristallisation
statique discontinue et la croissance de grains à l’échelle du grain. Elle permet aussi
MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 23

d’envisager la possibilité de déterminer l’état déformé à partir d’une simulation en plasticité


cristalline et ainsi de coupler simulation de la déformation et simulation du traitement ther-
mique (R E Logé et al. 2008).

Figure 1-2. Exemple de microstructure 3D définie par la méthode Level-Set. Environ 200 grains sont modélisés et
l'échelle indique la valeur de la fonction distance (bleu pour 0) (Bernacki et al. 2009)

4. Résumé

Le tableau 1-2 résume les différentes caractéristiques, avantages et inconvénients de


chaque méthode décrite ci-dessus.
De ce panorama, il apparaît donc qu’en raison de la description simpliste de la recris-
tallisation du modèle JMAK, les efforts se soient portés vers une description topologique de la
microstructure et de ses hétérogénéités pour rendre compte de ces effets sur la recristallisa-
tion et la croissance de grains. Les méthodes présentées ci-dessus permettent d’étudier expli-
citement les phénomènes de recristallisation et/ou de croissance de grains à l’échelle du grain
mais elles présentent encore des difficultés à représenter de manière fidèle et rapide les deux
phénomènes en même temps.
Afin de modéliser la recristallisation et la croissance de grains, nous avons donc choisi
de nous concentrer sur une autre méthode de description de la microstructure grâce à un mo-
dèle en champ moyen. Cette méthode est intermédiaire entre une approche JMAK et les ap-
proches « topologiques ». Elle permet de représenter simplement la microstructure par des
distributions de paramètres microstructuraux et des milieux homogènes équivalents (pas ou
peu de topologie) tout en tenant compte des hétérogénéités de la microstructure. La modéli-
sation en champ moyen apparaît donc comme une bonne alternative, avec des temps de cal-
culs réduits, applicable dans un contexte industriel.
24 MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE

Tableau 1-2. Comparaison de différentes méthodes de modélisation de la recristallisation statique discontinue et


de la croissance de grains

Recristallisation
Croissance
Méthode statique disconti- Avantages Inconvénients
de grains
nue
Modèle simple et rapide Ne prend pas en compte la
microstructure à propre-
JMAK ++ --
ment parler et ses hétéro-
généités
Méthode utilisant des règles Pas d’échelle temporelle
simples  comparaison difficile
Représentation explicite de la avec les données expéri-
microstructure (topologie) mentales
Monte Bonne gestion des évène- en recristallisa-
+ ++
Carlo ments topologiques tion
Prise en compte des hétéro- Temps de simulation
généités de la microstructure (représentativité statis-
Représentation satisfaisante tique)
de la germination
Méthode utilisant des règles Difficultés à prendre en
physiques simples compte la courbure des
Représentation explicite de la joints de grains dans la
microstructure (topologie) force motrice
Automate Bonne gestion des évène- Temps de simulation
++ +
cellulaire ments topologiques (représentativité statis-
Prise en compte des hétéro- tique)
généités de la microstructure
Représentation satisfaisante
de la germination
Description explicite des Gestion des évènements
interfaces par un maillage topologiques compliquée
Modélisation de la germi-
nation difficile
Vertex - +
Pas de gradient d’énergie
intragranulaire
Extension en 3D trop
complexe
Description de la microstruc- Réinitialisation des fonc-
ture et de ses hétérogénéités tions distances
par un maillage (topologie) Temps de calcul
Représentation implicite des
interfaces par une fonction
Level-Set ++ ++
distance
Gestion simple des évène-
ments topologiques
Bonne gestion de la germina-
tion
Description de la microstruc- Description des densités
ture et de ses hétérogénéités d’énergie
par un maillage (topologie) Temps de calcul
Champ de Représentation implicite des
+ ++
phase interfaces par une fonction de
transition
Gestion simple des évène-
ments topologiques
MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 25

II. PRINCIPE DE LA MODELISATION EN CHAMP MOYEN A DEUX MILIEUX


HOMOGENES EQUIVALENTS

Le modèle choisi pour simuler et prédire la recristallisation statique discontinue et la


croissance de grains dans le tantale est donc un modèle semi-analytique en champ moyen. Ce
modèle se base en majeure partie sur un modèle de recristallisation dynamique précédem-
ment développé au CEMEF (Mines ParisTECH) (Bernard et al. 2011) et seules quelques adapta-
tions ont été réalisées pour le rendre utilisable en conditions statiques anisothermes. Un pre-
mier travail regroupant les modélisations dynamiques et statiques a été réalisé par Ke Huang
dans sa thèse de doctorat (Ke Huang 2011).
La microstructure est implicitement décrite par des distributions de tailles de grains et
de densités de dislocations représentatives de l’énergie de déformation stockée dans le maté-
riau. Ces deux grandeurs seront considérées comme des variables d’état, la densité de disloca-
tions résultant elle-même des conditions thermomécaniques subies par le matériau.
Dans un modèle en champ moyen, chaque grain représentatif interagit avec un milieu
ayant les caractéristiques moyennes de la microstructure. Dans le cas de la modélisation des
phénomènes dynamiques, toute la microstructure est continuellement déformée, et cela in-
clut également les grains recristallisés. La microstructure peut donc être représentée par un
seul milieu homogène équivalent (Montheillet et al. 2009). Si la microstructure est homogène
en terme de densité de dislocations, elle ne l’est par contre pas en terme de taille de grains,
notamment à cause de l’apparition des nouveaux grains recristallisés. La nouveauté du modèle
utilisé ici réside en la présence de deux milieux homogènes équivalents pour représenter à la
fois les grains recristallisés (RX) et non recristallisés (NR). Grâce à ces deux milieux il est pos-
sible d’introduire des effets topologiques indirects (Bernard et al. 2011). Cette description est
encore plus pertinente lorsque l’on souhaite décrire la recristallisation statique, la densité de
dislocations étant très différente entre grains recristallisés et grains non recristallisés. La mi-
crostructure va évoluer par interactions entre chacun des grains représentatifs de la micros-
tructure et ces deux milieux, selon des lois classiques de migration des joints de grains, de
germination et de restauration.

1. Description de la microstructure initiale

La microstructure initiale (3D) est discrétisée en un nombre fini de grains représenta-


tifs G de la microstructure en termes de taille de grains r et de densité de dislocations .
Chaque grain représentatif Gi est composé d’un nombre Ni de grains identiques considérés
comme sphériques et caractérisés par un couple (ri,i) (figure 1-3). Chaque grain représentatif
Gi est donc finalement décrit par un triplet (ri,i,Ni) où Ni représente un nombre de grains
mais permet en fait de remonter à une fraction volumique.
26 MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE

Figure 1-3. Discrétisation de la microstructure en grains représentatifs dans l’espace (r,) (dans cet exemple, 49
grains représentatifs distincts)

A. DISTRIBUTION DE TAILLE DE GRAINS 3D

A partir de la taille de grains moyenne (diamètre moyen des grains en nombre et


en trois dimensions), on construit une distribution des rayons des grains ayant pour valeur
moyenne ( ). Cela permet de traduire l’hétérogénéité de taille de grains présente
dans la microstructure. Cette distribution est, au choix, gaussienne ou lognormale, le but étant
de représenter le plus physiquement possible une distribution réelle 3D de taille de grains.
Pour calculer la distribution de taille de grains, il est nécessaire de fixer la plage sur la-
quelle la distribution sera définie. La plage de définition est délimitée par une borne inférieure
qui est une fraction de la valeur moyenne (équation 1.3) et par une borne supérieure qui est
un produit de la valeur moyenne (équation 1.4). Le facteur fg utilisé pour déterminer ces
bornes est le même pour les deux extrémités.

Equation 1.3

Equation 1.4

Cet intervalle de définition continu est ensuite discrétisé en mg catégories représenta-


tives. Le poids de chaque catégorie est ensuite calculé suivant le type de distribution que l’on a
choisi et l’on obtient ainsi une distribution 3D discrétisée de la taille de grains.

B. DISTRIBUTION DE DENSITES DE DISLOCATIONS

De la même manière que pour la taille de grains, on calcule une distribution gaus-
sienne ou lognormale de la densité de dislocations à partir de la densité de dislocations
moyenne représentative de la microstructure initiale. Cette distribution permet de représenter
les hétérogénéités d’énergie stockée entre les différents grains représentatifs.
Une plage de définition de la distribution de densité de dislocations est également
fixée et les bornes de l’intervalle sont calculées comme suit à partir du facteur :
MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 27

Equation 1.5

Equation 1.6

Cette plage de définition est ensuite découpée en md catégories.

C. CONSTRUCTION DE LA MICROSTRUCTURE REPRESENTATIVE 3D

Pour construire la microstructure représentative en trois dimensions, les deux distribu-


tions précédentes sont combinées et le nombre de grains Ni dans chaque catégorie (ri, i) est
déterminé à partir du poids Pg de ri dans la distribution de taille de grains et du poids Pd de i
dans la distribution de densité de dislocations (équation 1.7).

Equation 1.7

Le nombre de grains de chaque catégorie est ensuite normalisé pour s’assurer d’avoir
un volume de la microstructure représentative égal à 1.
La microstructure représentative est ainsi définie en 3D, elle est composée de
catégories, toutes représentées par trois variables (ri,i,Ni) (figure 1-4).

Figure 1-4. Microstructure représentative 3D utilisée par le modèle en champ moyen

2. Représentation des deux milieux homogènes équivalents

L’idée de la modélisation en champ moyen est que chaque grain représentatif de la


microstructure ne va pas interagir individuellement avec chacune des autres catégories de
grains, mais avec un milieu homogène équivalent (MHE) à celles-ci.
Dans le modèle développé au CEMEF (Bernard et al. 2011), chaque grain ne va pas in-
teragir avec un seul MHE comme dans (Montheillet et al. 2009) mais avec deux MHE représen-
28 MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE

tatifs des grains non recristallisés (NR) et des grains recristallisés (RX) (figure 1-5). Chaque MHE
est représenté par une densité de dislocations moyenne et une taille de grains moyenne.

Figure 1-5. Représentation d'une microstructure partiellement recristallisée (à gauche) par deux milieux
homogènes équivalents (à droite)

3. Les équations d’évolution de base

Au cours de la simulation, les grains représentatifs de la microstructure vont évoluer


selon 3 mécanismes élémentaires:
 Migration des joints de grains,
 Restauration,
 Germination.
Après une description de la modélisation des ces phénomènes, un dernier point con-
cernera spécifiquement les interactions des grains représentatifs avec les milieux homogènes
équivalents.

A. MIGRATION DES JOINTS DE GRAINS

La migration des joints de grains est due à la fois à la différence d’énergie volumique
de part et d’autre du joint de grains et à l’énergie surfacique liée à la courbure locale du joint.
La force motrice responsable de cette migration s’écrit donc (Humphreys & Hatherly
2004) :
Equation 1.8

Où τ est l’énergie linéique moyenne des dislocations, γb est l’énergie surfacique


moyenne des joints de grains, est la différence de densité de dislocations de part et d’autre
du joint de grains et est la différence de courbure entre le grain considéré et son voisi-
nage. Dans le cas de la modélisation en champ moyen, le concept de voisinage est remplacé
par celui de milieu homogène équivalent.
Les deux termes τ et γb sont estimés à partir des deux relations suivantes :

Equation 1.9
MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 29

Equation 1.10

Avec G le module de cisaillement élastique (en Pa) et b la norme du vecteur de Burgers


(en m).
La vitesse de migration des joints de grains est proportionnelle à cette force motrice :

Equation 1.11

Où v est la vitesse de migration du joint de grains, m sa mobilité et la force motrice.


Si la vitesse de migration est positive, le grain considéré va croître aux dépens du milieu homo-
gène équivalent. Inversement si elle est négative, le grain rétrécit en taille.
La mobilité d’un joint de grains dépend généralement de la température et de sa na-
ture cristallographique (angle et axe de désorientation, plan cristallin). Cependant, le modèle
n’ayant pas l’orientation cristallographique comme variable d’état, et cette dépendance étant
souvent mal connue, nous ne la considérerons pas dans l’expression de la mobilité.
Dans un métal pur, la mobilité est sensible aux impuretés présentes et notamment aux
atomes en solution solide ségrégés aux abords des joints de grains (G Gottstein &
Shvindlerman 1999). Même en très faible quantité, ces impuretés influencent significative-
ment la vitesse de migration des joints de grains (D A Molodov et al. 1998).
Selon la théorie de Cahn-Lücke-Stüwe (Cahn 1962; Lücke & Stüwe 1963), ces atomes
en solution solide auraient un effet direct sur la mobilité d’un joint de grains suivant la vitesse
de migration de celui-ci. Ils proposent une expression de la relation entre vitesse de migration
v et force motrice :
 Aux faibles vitesses de migration

Equation 1.12

 Aux fortes vitesses de migration

Equation 1.13

Avec c0 la concentration des atomes en solution solide ségrégés aux joints de grains, m
la mobilité intrinsèque des joints de grains, α et α’ des constantes. On constate qu’aux fortes
vitesses de migration, le second terme de l’équation 1.13 peut être négligé et on retrouve la
relation classique entre vitesse de migration et force motrice. Dans le cas des faibles vitesses,
l’équation 1.12 revient à dire que la mobilité des joints de grains change et devient égale à :

Equation 1.14

La valeur de m’ est donc inférieure à celle de m dans le régime des faibles vitesses de
migration.
Une difficulté réside dans la détermination du régime de vitesse de migration, la vi-
tesse ne pouvant être calculée qu’en connaissant la mobilité. Nous avons donc choisi de diffé-
30 MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE

rencier les régimes, non pas par la vitesse de migration comme le veut la théorie de Cahn-
Lücke-Stüwe, mais par l’amplitude de la force motrice source de la migration des joints de
grains (G Gottstein & Shvindlerman 1999). Une force motrice élevée entraîne généralement
une migration rapide des joints de grains. Dans le modèle, nous introduisons donc un seuil en
force motrice entre un grain et son environnement pour différencier les deux régimes de
mobilité. Les vitesses élevées de migration des joints de grains étant généralement (mais pas
uniquement) observées en recristallisation (force motrice liée à la densité de dislocations),
nous noterons la mobilité aux fortes vitesses . De même, la mobilité aux faibles vitesses
de migration sera notée car ces vitesses sont plutôt caractéristiques d’un régime de crois-
sance de grains. En pratique, nous avons donc modifié le programme du modèle en champ
moyen pour qu’il prenne en compte cette double mobilité qui serait attribuée à la présence
d’atomes en solution solide au niveau des joints de grains.
La dépendance en température de la mobilité s’écrit usuellement sous la forme d’une
loi d’Arrhénius. Les deux mobilités et s’écrivent donc:

Equation 1.15

Avec m0,i la constante de mobilité et Qm,i l’énergie d’activation de la migration des


joints de grains pour le régime considéré, R la constante des gaz parfaits, T la température.
Lorsqu’un joint va migrer, il va balayer la matrice déformée et laisser derrière lui un
matériau avec une densité de dislocations très faible (0). Lors de l’augmentation de volume
d’un grain, la densité de dislocations va donc diminuer en suivant l’équation suivante :

Equation 1.16

B. RESTAURATION

En raison de l’élévation de température, une partie des dislocations de l’état initial


vont s’annihiler ou se réorganiser provoquant une diminution de l’énergie stockée dans les
grains. La restauration peut être considérée soit à l’échelle locale soit à l’échelle macrosco-
pique. Modéliser la restauration de manière locale revient à représenter directement la réor-
ganisation des dislocations en une structure en cellules (Brechet et al. 2009) comme ce qui a
pu être fait dans le cas de la modélisation de la recristallisation dynamique continue (Gourdet
& Montheillet 2003). Dans notre cas, la microstructure n’est pas représentée avec autant de
détails. Nous utiliserons donc une description macroscopique de la restauration qui entraîne
une diminution globale de l’énergie stockée dans le matériau, cette énergie provenant de la
densité de dislocations accumulée au cours de la déformation. Les lois de restauration sont le
plus souvent établies de manière empirique et choisies, dans des conditions isothermes, sous
la forme (Humphreys & Hatherly 2004) :

Equation 1.17

Avec ρ la densité de dislocations, λ et m des constantes du modèle. L’annihilation et le


mouvement des dislocations étant des phénomènes thermiquement activés, la dépendance à
MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 31

la température est introduite dans la relation (1.17) à travers une énergie d’activation pour le
mouvement et l’annihilation des dislocations (Houillon 2009) :

Equation 1.18

Où k est la constante de Boltzmann, T la température en Kelvin et Qr l’énergie


d’activation du mouvement et de l’annihilation des dislocations. Une restauration complète du
matériau (diminution de la densité de dislocations jusqu’à celle du matériau recristallisé) n’est
possible que dans le cas des petites déformations plastiques (Masing & Raffelsieper 1950;
Michalak & Paxton 1961). Sinon, pour des temps long, la densité de dislocations atteint une
valeur asymptotique a priori supérieure à la valeur minimale . L’équation 1.18 est alors
modifiée pour prendre en compte cet effet, et l’exposant est fixé à 2 (Houillon 2009) :

Equation 1.19

Dans le modèle en recristallisation statique, la restauration ne s’applique donc qu’aux


grains non recristallisés dont la densité de dislocations est supérieure à .

C. GERMINATION

Lorsque la densité de dislocations d’un grain représentatif est supérieure à la densité


de dislocations critique , la germination est déclenchée et de nouveaux grains libres de
dislocations sont créés. Il est généralement observé que plus l’échantillon est déformé et plus
la recristallisation peut se déclencher à faible température. Ainsi, cette valeur critique sera
exprimée en fonction de la température :

Equation 1.20

Une fois cette densité de dislocations critique atteinte, le nombre de germes activés
Ngermes est proportionnel au nombre total de sites potentiels pour l’apparition de nouveaux
grains recristallisés. Si les nouveaux grains apparaissent de manière aléatoire et uniforme dans
le volume, le nombre de sites potentiels sera proportionnel au volume total des grains pour
lesquels . Si la germination se produit principalement aux joints de grains, la germina-
tion sera dite « en collier » et le volume total sera remplacé par la surface totale de joints de
grains.
Le nombre de germes activés par unité de temps pour une catégorie de grains Gi dé-
pend de la taille de grains ri, de l’excès d’énergie stockée sous forme de dislocations par rap-
port à et donc du type de germination considéré (à travers un exposant q égal à 3 dans le
cas d’une germination en volume et égal à 2 si la germination est en collier) :

Equation 1.21
32 MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE

Où bg est une constante proche de 3 (Montheillet et al. 2009), Vcr le volume total ou Scr
la surface totale des grains pour lesquels , Ni, ri et i le nombre de grains, la taille de
grains et la densité de dislocations de la catégorie i. Le facteur de proportionnalité Kg dépend
essentiellement de la température mais peut également dépendre du temps. En effet, un fac-
teur constant dans le temps va permettre de simuler une germination continue. Au contraire,
la germination en sites saturés pourra être modélisée avec Kg non nul uniquement au premier
pas de temps durant lequel la germination apparaît.
La taille des germes est calculée à partir d’une condition de stabilité d’un germe
dans une matrice déformée pour laquelle :

Equation 1.22

En considérant que , et un coefficient multiplicatif permettant de s’assurer


de la stabilité du germe lorsqu’il apparaît, la taille du germe est donnée par :

Equation 1.23

Les germes sont créés dans la microstructure représentative comme une nouvelle ca-
tégorie de grains avec une taille de grains initiale ru et une densité de dislocations égale à la
densité de dislocations du matériau recristallisé, 0.

Remarque

Dans l’hypothèse d’une germination en sites saturés, un seul grain représentatif recristallisé est créé dans la mi-
crostructure. Une fois la recristallisation terminée, la microstructure sera donc représentée par ce seul grain qui
interagira avec lui-même. La croissance de grains intervenant après la recristallisation ne pourra donc être simulée.

D. INTERACTION AVEC LES MILIEUX HOMOGENES EQUIVALENTS

Chacun des grains représentatifs va interagir à chaque incrément avec les deux milieux
homogènes équivalents. Deux cas de figures se présentent, soit le grain considéré est recristal-
lisé soit il ne l’est pas. Dans ces deux cas, on définit une fraction surfacique d’interface mobile
entre le grain et le MHE pour lequel la force motrice est la plus importante (figure 1-6).
C’est la cas des interfaces RX-NR.
Les forces motrices pour un grain recristallisé s’écrivent, avec le milieu non recristallisé
de taille de grains moyenne rav,NR et de densité de dislocations moyenne ρNR :

Equation 1.24

Et avec le milieu recristallisé de taille de grains moyenne rav,RX et de densité de disloca-


tions moyenne ρRX :
MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 33

Equation 1.25

Dans le cas de la recristallisation statique , les équations (1.24) et (1.25)


peuvent donc s’écrire :

Equation 1.26

Equation 1.27

Pour les grains non recristallisés :

Equation 1.28

Equation 1.29

Figure 1-6. Définition (2D) des fractions surfaciques mobiles dans le cas d'un grain recristallisé (à gauche) et d’un
grain non recristallisé (à droite)

A partir de l’équation (1.11), les variations totales des volumes recristallisé aux dé-
pends du MHE-NR ( ) et non recristallisé aux dépends du MHE-RX ( ) sur un
incrément de temps sont données par :

Equation 1.30

Equation 1.31

La fraction surfacique d’interface mobile représente la proportion d’interface d’un


grain recristallisé en contact avec le milieu NR. Au début de la recristallisation, lorsque les nou-
veaux grains apparaissent et n’interagissent pas encore entre eux, est égale à 1. A partir
34 MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE

de la notion de volume recristallisé étendu définie par Avrami (Avrami 1939), qui ignore
les interactions entre grains, on peut exprimer la variation réelle de volume recristallisé par :
Equation 1.32

Avec X la fraction volumique de grains recristallisés. Ainsi, en comparant les équations


(1.30) et (1.32), la fraction surfacique mobile évolue selon la loi suivante :

Equation 1.33

Dans le cas d’une germination en collier, les grains recristallisés vont interagir plus vite
que dans le cas d’une germination aléatoire en volume. La relation (1.33) a donc été modifiée
(Bernard et al. 2011) pour prendre en compte le fait que décroît plus vite que :

Equation 1.34

L’exposant n intervenant sur la fraction recristallisée est un paramètre difficile à obte-


nir, mais doit être inférieur à l’unité. Pour simplifier le problème, il est possible de considérer
que les grains recristallisés vont entrer en contact tous en même temps, et qu’à ce moment là
les grains non recristallisés seront tous complètement entourés de grains recristallisés. La frac-
tion surfacique mobile sera donc approximée égale à 1 jusqu’à ce que deviennent
égale à 1 (figure 1-7).
Cette proportion d’interface entre un grain non recristallisé et le milieu RX est calculée
à partir de et de la conservation du volume (1.35).

Equation 1.35

Equation 1.36

croît de manière monotone jusqu’à atteindre 1. Ce paramètre est ensuite conser-


vé constant et égal à 1 (ce qui correspond à des grains NR complètement entourés de grains
RX) et un basculement s’opère. La fraction surfacique mobile décroît puisque les grains RX
commencent à rentrer en contact. La décroissance est calculée à partir de l’équation :

Equation 1.37
MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 35

0,9

Fraction d'interface mobile ou fraction


0,8

0,7

γNR

recristallisée
0,6
γRX
0,5
X
0,4

0,3

0,2

0,1

0
Temps

Figure 1-7. Evolutions des fractions d’interfaces mobiles au cours de la recristallisation

Pour l’instant seules les interfaces RX-NR ont été considérées puisqu’étant les plus
mobiles. Cependant, les interfaces entre grains et milieux de même type doivent également
être prises en compte lors de l’évolution de la microstructure. En conditions statiques, la mi-
gration des interfaces entre grains recristallisés et le milieu RX sera uniquement entraînée par
les effets capillaires. La variation de volume par grain représentatif lors d’un incrément de
temps s’écrit (voir relations 1.30 et 1.31) :

Equation 1.38

Equation 1.39

Dans un premier temps, seuls les grains pour lesquels ces interfaces peu mobiles vont
entraîner une croissance seront considérés et un volume total « gagné » sera calculé pour les
interfaces RX-RX ( ) et NR-NR ( ).

Equation 1.40

Equation 1.41

Ce volume « gagné » est ensuite utilisé pour calculer le volume « perdu » par chaque
grain représentatif pour lequel la force motrice tend à le faire décroître (équations 1.42 et
1.43). Ainsi, le volume est conservé. On note que les équations prennent en compte le fait que
la décroissance sera d’autant plus importante que le terme sera grand en valeur absolue.

Equation 1.42
36 MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE

Equation 1.43

Pour chaque grain représentatif, la variation de volume due à la migration des joints de
grains s’écrit :

Si , Equation 1.44

Si , Equation 1.45

A partir de cette gestion des différents volumes, le volume unitaire de la microstruc-


ture est conservé.

4. Implémentation numérique du modèle en champ moyen en conditions


anisothermes

La principale évolution par rapport au modèle dynamique décrit dans (Bernard et al.
2011) réside dans le caractère anisotherme des simulations de traitements thermiques. En
effet, si l’on souhaite modéliser complètement les évolutions microstructurales, il est néces-
saire de prendre en compte le chauffage et le refroidissement.

A. GESTION DU PAS DE TEMPS

Lors du chauffage ou du refroidissement, le pas de temps est automatiquement cal-


culé à partir de la rampe de température considérée comme linéaire (1.46). Ce pas de temps
est ajusté de manière à ce qu’entre deux incréments il y ait un écart maximum de température
de 1°C.

Equation 1.46

Avec la valeur absolue de la vitesse de chauffage ou de refroidissement. Lorsque le


palier de température est atteint, la vitesse devient nulle et le pas de temps devient égal à
. La valeur du pas de temps sur le palier est par défaut égal à 1s mais est modi-
fiable par l’utilisateur.
Ce pas de temps « thermique » peut être encore réduit selon le critère de disparition
des grains représentatifs déjà présent dans le modèle dynamique. Dans le cas où un grain re-
présentatif est en train de décroître, si le volume perdu avec le pas de temps initial est plus
important que le volume disponible, le pas de temps initial est alors adapté. En considérant
que la variation de volume est linéaire en fonction du temps, le pas de temps est recalculé
pour générer une variation de volume égale au volume du grain qui disparaît.
MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 37

B. ALGORITHME

La figure 1-8 présente un algorithme schématisé de la résolution du modèle de recris-


tallisation et croissance de grains à partir du modèle en champ moyen à deux milieux homo-
gènes équivalents.

Initialisation de la microstructure

Lecture des conditions (Ti , Tf, t) du TTH (palier, transitoire)

Fin de la OUI Séquence de


simulation TTH finie?

NON
Calcul du pas de temps « thermique »  t th

Temps total
OUI
de la phase
atteint?

NON

Migration des joints (calcul des fractions surfaciques mobiles) de


grains et restauration

T = T +  ti *Ṫ Volumes NON
 t =  t –  ti négatifs?

OUI
Adaptation du pas de temps   ti

T = T +  ti *Ṫ
NON  t =  t –  ti
 >  cr ?

OUI
Germination

Actualisation de la fraction recristallisée X

Actualisation des tailles de grains moyennes et de  av

  ti =  tth ?
OUI NON

Figure 1-8. Algorithme schématisé de résolution du modèle en champ moyen

5. Récapitulatif et méthodes de détermination des paramètres du modèle

Le modèle de recristallisation et croissance de grains proposé ci-dessus nécessite la dé-


termination d’un certain nombre de paramètres spécifiques liés au matériau que l’on consi-
dère. Le tableau 1-3 résume les différents paramètres à déterminer et hypothèses qu’il est
38 MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE

nécessaire d’établir pour faire fonctionner le modèle. Différentes méthodes sont également
proposées pour la détermination de ces inconnues.

Tableau 1-3. Récapitulatif des paramètres et hypothèses liés au matériau pour simuler la recristallisation par le
modèle en champ moyen (* renvoie à une description plus approfondie de la méthode de détermination, voir
suite de la section 5)

Méthodes de détermina-
Paramètre ou hypothèse Symbole
tion
Densité de dislocations initiale *

(moyenne + distribution)
Microstructure initiale Microscopie optique et/ou
Taille de grains 3D (moyenne
EBSD (distribution) + con-
et distribution en nombre)
version 2D/3D
Energie linéique moyenne des Littérature
τ
dislocations
Energie surfacique moyenne Littérature
γb
des joints de grains
Littérature et/ou détermi-
Densité de dislocations de
Migration des joints de 0 nation à partir du compor-
l’état recristallisé
grains tement mécanique
mReX ou GG : *
Mobilité m0,ReX et Qm,ReX
m0,GG et Qm,GG
Seuil de transition entre les Optimisation du modèle sur
régimes de mobilité données expérimentales
Restauration Type de loi - Littérature
Densité de dislocations critique cr *
Observation de la micros-
Type de germination q
tructure (optique et EBSD)
Littérature
Germination Exposant de la loi de germina-
bg (≈ 3 (Montheillet et al.
tion
2009))
Optimisation du modèle sur
Constante de germination Kg
données expérimentales

La plupart des paramètres pourront être déterminés assez simplement à partir de la


littérature ou d’observations de la microstructure. Pour certaines de ces grandeurs, nous pro-
posons des méthodes expérimentales originales pour calibrer le modèle.

A. DENSITE DE DISLOCATIONS DE L’ETAT INITIAL

Alors que la taille de grains et sa distribution sont assez simples à obtenir par micros-
copie, la densité de dislocations de l’état initial est une grandeur plus complexe à mesurer
expérimentalement. Nous proposons donc de l’évaluer à partir de mesures de microdureté
Vickers en établissant une relation directe entre cette dureté et la densité de dislocations to-
tale :
Equation 1.47

Cette méthode sera décrite dans la deuxième partie de ce document.

B. MOBILITE DES JOINTS DE GRAINS

Cette grandeur est essentielle dans la modélisation de la recristallisation et de la crois-


sance de grains. Dans le cas des métaux purs, nous avons vu qu’il était nécessaire de pouvoir
MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 39

distinguer deux mobilités suivant la vitesse de migration des joints de grains qui est directe-
ment reliée à la force motrice source de la migration.
Dans le cas d’un matériau sans changement de phase, sans précipitation et dissolution
de particules de seconde phase, la mobilité liée à la courbure locale des joints de grains pour
une température donnée pourra être identifiée grâce à une expérience de croissances de
grains.
A cette même température, la mobilité aux vitesses de migration les plus élevées sera
identifiée lors de la phase de recristallisation par comparaison entre les cinétiques expérimen-
tales et celles obtenues par la simulation du traitement thermique.
La dépendance en température de ces deux mobilités pourra être évaluée en réalisant
ces mêmes expériences à des températures différentes.

C. DENSITE DE DISLOCATIONS CRITIQUE

Pour déterminer la densité de dislocations critique pour déclencher la recristallisation


ainsi que sa dépendance en température, nous proposons de réaliser des essais mécaniques
générant un gradient de déformation et donc de densité de dislocations. Ces échantillons dé-
formés dont la densité de dislocations sera mesurée ou connue, seront ensuite recuits. La mi-
crostructure sera observée par microscopie pour définir à partir de quelle densité de disloca-
tions on voit apparaître des grains recristallisés. En réalisant des traitements à plusieurs tem-
pératures, on pourra ainsi déterminer la loi reliant la valeur de densité de dislocations critique
et la température. Ces essais seront développés dans la troisième partie.
40 MODELISATION A CHAMP MOYEN DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE

SYNTHESE

Dans cette partie, nous avons pu justifier de l’intérêt d’utiliser un modèle semi-
analytique pour modéliser la recristallisation et la croissance de grains. Du panorama des mo-
dèles généralement utilisés, la modélisation en champ moyen apparaît comme un bon com-
promis permettant d’avoir des temps de simulation très courts tout en décrivant les hétérogé-
néités de la microstructure et leurs effets sur les évolutions microstructurales. Il sera ainsi pos-
sible de coupler cette modélisation à l’échelle dite mésoscopique à un code éléments finis (par
exemple FORGE®) pour permettre de simuler la recristallisation statique discontinue et la
croissance de grains à l’échelle d’une pièce industrielle.
Le modèle en champ moyen utilisé et développé au CEMEF présente la nouveauté de
modéliser l’environnement d’un grain représentatif par deux milieux homogènes équivalents
représentant les grains non recristallisés et recristallisés. Il décrit les évolutions microstructu-
rales par des mécanismes élémentaires que sont la migration des joints de grains, la germina-
tion et la restauration. Dans le cas des métaux purs et de la recristallisation statique, nous
avons vu qu’il était nécessaire de pouvoir distinguer deux mobilités suivant la vitesse de migra-
tion des joints de grains qui est directement reliée à l’amplitude de la force motrice source de
la migration. Le modèle initial a ainsi été modifié pour prendre en compte cet effet.
L’implémentation numérique de ce modèle permet également une bonne gestion des pas de
temps afin d’éviter des évolutions trop brusques de la microstructure.
Pour bien modéliser la recristallisation et la croissance de grains, il est nécessaire
d’identifier un certain nombre de paramètres et de faire des hypothèses sur les types de lois à
utiliser en fonction du matériau considéré. La plupart de ces inconnues peuvent être détermi-
nées par des méthodes classiques. Nous proposerons également dans la suite de ce document
des méthodes expérimentales peu courantes pour identifier certains paramètres. Nous nous
attarderons plus spécialement sur la densité de dislocations initiale, la mobilité des joints de
grains, l’énergie seuil ou encore sur la densité de dislocations critique.
Les parties suivantes sont dédiées à la recristallisation et la croissance de grains du
tantale pur et à l’adaptation du modèle en champ moyen pour ce matériau. La deuxième par-
tie sera consacrée à la caractérisation de l’état déformé en termes de densité de dislocations.
Dans une troisième partie, nous nous attacherons à caractériser de manière expérimentale les
mécanismes de recristallisation et de croissance de grains afin d’identifier les paramètres né-
cessaires au modèle et d’obtenir des données expérimentales avec lesquelles comparer les
résultats de la modélisation. Enfin, la dernière partie sera consacrée à la modélisation du com-
portement en recristallisation du tantale et à l’évaluation de la pertinence du modèle.
DEUXIEME PARTIE.

Loi de comportement du tantale pur et


description de l’état déformé
42 LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME

INTRODUCTION

Les évolutions microstructurales durant un traitement thermique vont largement dé-


pendre de la microstructure de déformation. La description de cet état déformé est donc de
première importance. Dans le modèle développé dans la partie 1, la microstructure est décrite
par une distribution de tailles de grains et de densités de dislocations. L’évaluation des tailles
de grains se fait de manière classique à partir d’observations de la microstructure de déforma-
tion par microscopie optique ou électronique. Les densités de dislocations peuvent, quant à
elles, être déterminée soit par simulation de la déformation plastique soit par mesures expé-
rimentales juste après la déformation. Expérimentalement, une solution consiste à réaliser la
mesure d’une grandeur qui est influencée par la densité de dislocations : on parle de mesures
indirectes.
Dans cette deuxième partie, nous nous attacherons donc à ajuster une loi de compor-
tement du tantale basée sur une densité de dislocations, qui a déjà été développée dans des
travaux précédents (Buy 1996; Houillon 2009). Cette loi permettra de simuler la déformation
plastique pour évaluer la densité de dislocations et sera également utilisée pour établir une
mesure indirecte de celle-ci dans le tantale par une mesure de dureté Vickers. Nous examine-
rons enfin les microstructures de déformation à l’échelle du grain pour comprendre l’origine
des hétérogénéités de microstructure intragranulaire dans ce matériau.

I. LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR BASEE SUR UNE DENSITE DE


DISLOCATIONS

1. Le comportement plastique du tantale pur

Le tantale pur est un matériau très ductile, dont le comportement dépend énormé-
ment des conditions thermomécaniques appliquées lors de la déformation. Pour identifier
précisément une loi de comportement, il est important de pouvoir évaluer ces effets, notam-
ment sur la contrainte à la transition élasto-plastique et sur l’écrouissage. Dans ce but, nous
allons commencer par collecter et analyser les données de la littérature.

A. CONTRAINTE D’ECOULEMENT A LA TRANSITION ELASTO-PLASTIQUE

Nous allons tout d’abord nous intéresser à la contrainte élastique du tantale. Cette
contrainte est définie comme la contrainte nécessaire pour passer d’un régime de déformation
réversible (comportement élastique) à un régime irréversible (comportement plastique). En
règle générale pour les métaux, la partie élastique du comportement d’un matériau est consi-
dérée comme linéaire.
L’influence de la vitesse de déformation sur le comportement du tantale a été large-
ment étudiée dans la littérature (Buy 1996; Fresnois 2001; Regazzoni 1983; Isbell et al. 1972; S.
R. Chen & Gray III 1996; Hoge & Mukherjee 1977) et ceci pour différents modes de sollicitation
simples : traction , compression et torsion. La figure 2-1 présente une compilation des con-
traintes d’écoulement de ces différentes études en fonction de la vitesse de déformation équi-
valente pour des essais réalisés à température ambiante. La contrainte d’écoulement aug-
LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME 43

mente avec la vitesse de déformation de 100 MPa à environ 550 MPa sur 8 décades (10 -5 s-1 –
103 s-1), soit une augmentation moyenne d’environ 55 MPa par décade. Le tantale est donc
très visqueux à température ambiante. On constate également que ces données sont assez
dispersées. Le tantale utilisé dans ces études, pouvant avoir des taux d’impureté légèrement
différents, et le mode de sollicitation appliqué contribuent à cette dispersion. La méthode de
détermination de la contrainte élastique est rarement indiquée, ce qui est également une
source de dispersion dans les valeurs des différentes études. A partir de ces données, on peut
calibrer une loi simple de type Norton-Hoff :

Equation 2.1

Avec KNH la consistance en MPa et mNH le coefficient de sensibilité à la vitesse de dé-


formation. Les valeurs obtenues pour le tantale sont données dans le tableau 2-1. Pour com-
paraison, le coefficient de sensibilité à la vitesse de déformation du tantale à température
ambiante ( ) est environ 4 à 5 fois supérieure à celui d’un acier IF à la même tempé-
rature (J. Jonas & Barnett 1997).

700
Compression 298 K (Buy, 1996)
Compression 298 K (Chen & Gray, 1996)
Compression 298 K (Hoge & Mukherjee, 1977)
Compression 298 K (Isbell, 1972)
Compression 298 K (Kapoor & Nemat Nasser, 2000) 600
Torsion 298 K (Buy, 1996)
Traction 298 K (Buy, 1996)
Contrainte élastique σy (MPa)

Traction 298 K (Fresnois, 2001)


Traction 298 K (Regazzoni, 1983) 500
Norton Hoff 298 K
Compression 900 K (Lassila, 2002)
Compression 900K (Nemat Nasser & Kapoor, 2001)
Norton Hoff 900 K
400

300

200

100

0
1E-05 1E-04 1E-03 1E-02 1E-01 1E+00 1E+01 1E+02 1E+03 1E+04
Vitesse de déformation équivalente (s-1)

Figure 2-1. Evolution de la contrainte d'écoulement à la transition élasto-plastique en fonction de la vitesse de


déformation équivalente (compilation de données de la littérature) à température ambiante

Tableau 2-1. Paramètres de la loi de Norton-Hoff (2.1) identifiés pour le tantale pur à partir des données de la
littérature
Paramètre de la loi de Norton-Hoff KNH mNH
Valeurs identifiées à température ambiante 316 MPa 0,081
Valeurs identifiées à 900 K 70 MPa 0,145

La température va également entraîner une modification de la contrainte


d’écoulement à la transition élasto-plastique. Malgré la difficulté de réalisation de ces essais
(sous vide, secondaire si possible, pour des raisons d’oxydation), on peut néanmoins trouver
dans la littérature des travaux se penchant sur cette dépendance de la contrainte
d’écoulement à la température (Kapoor & Nemat-Nasser 2000; Nemat-Nasser & Kapoor 2001;
Lassila et al. 2002; Hoge & Mukherjee 1977). Une série d’essais de compression à 900 K a été
réalisée pour plusieurs vitesses de déformation de 0,0001 s-1 à environ 6000 s-1 (Kapoor &
44 LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME

Nemat-Nasser 2000; Lassila et al. 2002) (figure 2-2). Les niveaux de contrainte diminuent évi-
demment avec l’augmentation de la température. La vitesse de déformation a toujours pour
effet d’augmenter la contrainte d’écoulement. La sensibilité à la vitesse de déformation est
augmentée avec la température, le coefficient mNH passant de 0,081 à 298 K à 0,145 à 900 K
(sur la plage de vitesse de déformation équivalente 102 - 104 s-1). On retrouve ici l’équivalence
temps / température, une augmentation de la vitesse de déformation ayant le même effet
qu’une diminution de la température.
A 900 K, la contrainte d’écoulement ne dépend plus de la vitesse de déformation lors-
que celle-ci est comprise entre 10-4 et 10-1 s-1. La contrainte est alors égale à 100 MPa, niveau
de contrainte qui est atteint à 10-5 s-1 à température ambiante. On retrouve cette notion de
contrainte seuil lorsque l’on trace l’évolution de la contrainte d’écoulement en fonction de la
température à vitesse de déformation constante (figure 2-2). On remarque également que la
température à laquelle est atteinte cette contrainte seuil augmente avec la vitesse de défor-
mation. Il existe donc, pour une vitesse de déformation donnée, une température au dessus
de laquelle la contrainte d’écoulement à la transition élasto-plastique ne dépend plus de la
température. On retrouve ici la notion de plateau athermique déjà évoquée pour le tantale
(Buy et al. 1997). Le tableau 2-2 donne une estimation des températures auxquelles est at-
teinte cette contrainte athermique pour différentes vitesses de déformation. Conformément à
l’équivalence des effets de température et de vitesse de déformation, le plateau athermique
observé à haute température peut également être observé aux faibles vitesses de déformation
(figure 2-1).

1200

0,0001 s-1 (Hoge, 1977) (Lassila, 2002)


0.1 s-1 (Lassila, 2002)
1000 3000 s-1 (Kapoor & Nemat Nasser, 2000)
Contrainte élastique σy (MPa)

800

600

400

200

0
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000
Température (K)
Figure 2-2. Evolution de la contrainte d'écoulement en fonction de la température pour trois vitesses de
déformation (compilation de données de la littérature)

Tableau 2-2. Température seuil du plateau athermique pour trois vitesses de déformation
-1 -4 -1 3
Vitesse de déformation (s ) 10 10 3 x10
Température du plateau athermique (K) 423 650 ≈ 2000
Contrainte d’écoulement sur le plateau athermique 100 MPa
LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME 45

B. ECROUISSAGE DU TANTALE

L’écrouissage correspond à l’augmentation de la contrainte au cours de la déformation


plastique. Dans le cas du tantale, cet écrouissage est de moins en moins important lorsque la
vitesse de déformation augmente (figure 2-3.a), ce qui est un comportement assez inhabituel.
L’écrouissage est même quasi nul lorsque cette vitesse est très élevée. L’effet de la tempéra-
ture est moins clair mais il semble tout de même que l’écrouissage diminue lorsque la tempé-
rature augmente (figure 2-3.b).

(a) (b)
250 180

0.0001 s-1
160
298 K
0.001 s-1
200 1000K
140
0.01 s-1

0.1 s-1 120


150

σ-σy (MPa)
σ-σy (MPa)

100

80
100
60

40
50

20
298 K 0,01 s-1
0 0
0 0,05 0,1 0,15 0,2 0,25 0,3 0 0,05 0,1 0,15 0,2 0,25 0,3
Déformation vraie Déformation vraie

Figure 2-3. Ecrouissage (différence entre la contrainte et la contrainte d’écoulement) du tantale pur (données
extraites de (Kapoor & Nemat-Nasser 2000)) en fonction
(a) de la vitesse de déformation à température ambiante
-1
(b) de la température à une vitesse de déformation de 0,01 s

Le phénomène important à noter dans le cas du tantale est la saturation de la con-


trainte aux grandes déformations. Dans le cas de déformations complexes en ECAE (Equal
Channel Angle Extrusion) (Mathaudhu & Hartwig 2007) ou en « swaging » (Sandim et al. 2000),
les auteurs observent une saturation de la dureté Vickers à des niveaux de déformation impor-
tants (> 2) (figure 2-4). Sur cette figure, on remarque que la dureté sature à des valeurs diffé-
rentes. Cette observation ne peut être expliquée par les charges différentes utilisées pour la
mesure de dureté Vickers, mais elle pourrait, en revanche, être liée à la différence de sollicita-
tion mécanique (type de chargement et vitesse de déformation) entre les deux méthodes de
déformation. L’écart existant déjà pour le matériau initial pourrait également être une source
de cet écart sur la valeur de saturation de la dureté Cette saturation de la dureté est due à la
restauration dynamique. Au cours de la déformation, les dislocations vont d’abord se multi-
plier avant de se réorganiser en cellules (Wei et al. 2003). A partir d’un certain niveau de dé-
formation, la microstructure atteint un régime stationnaire, la contrainte et la dureté saturent.
46 LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME

250

200

Dureté Vickers

150

100

ECAP HV0.3

Cold swaging HV0.1

50
0 1 2 3 4 5 6 7
Déformation équivalente

Figure 2-4. Saturation de la dureté après de fortes déformations pour deux types de sollicitation différents

2. Modélisation du comportement basée sur une densité de dislocations

Afin de pouvoir prédire la densité de dislocations après déformation dans le tantale,


nous allons utiliser les données de la littérature pour ajuster les paramètres d’une loi de com-
portement formulée avec la densité de dislocations comme variable interne. Des essais de
compression uniaxiale et de torsion réalisés dans (Houillon 2009) seront réutilisés pour identi-
fier cette loi.

A. DESCRIPTION DU MODELE

Le modèle de comportement utilisé depuis de nombreuses années au CEA DAM Valduc


(Buy 1996; Farré & Buy 1999; Buy et al. 1997; Houillon 2009) s’appuie sur le formalisme propo-
sé par Klepaczko (J. Klepaczko 1975). La contrainte est modélisée par deux composantes :
 Une contrainte athermique qui dépend uniquement de la densité de dislo-
cations
 Une contrainte thermiquement activée correspondant au franchissement
des obstacles à courte distance par les dislocations. Elle traduit les effets
de la vitesse de déformation et de la température qui facilitent ou empê-
chent le franchissement de ces obstacles.
La contrainte équivalente s’écrit donc sous la forme:

Equation 2.2

Avec la contrainte athermique et la contrainte thermiquement activée (ou


contrainte effective).
Dans ce modèle, la contrainte athermique dépend d’une densité de dislocations qui
sera exprimée en valeur relative vis-à-vis de la valeur minimale représentant l’état recristallisé.
La densité de dislocations est donc ici une variable microstructurale représentative d’un état
de contrainte macroscopique pour une microstructure donnée. Les valeurs de densité de di-
slocations identifiées seront donc dépendantes de la loi choisie pour les relier à la contrainte et
également représentatives des effets de taille de grains, de composition chimique ou
LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME 47

d’anisotropie qui ont une influence sur le comportement mécanique et qui ne sont pas inclus
dans le modèle. Il convient donc d’appeler cette variable interne « densité de dislocations
équivalente », celle-ci pouvant différer significativement des densités réelles qui seraient me-
surées, par exemple, par microscopie électronique en transmission. La grandeur relative est
définie par :

Equation 2.3

Avec la densité de dislocations équivalente du matériau recristallisé. Sauf indication


contraire, le terme renverra toujours à cette valeur relative.
Au cours de la déformation, la densité de dislocations équivalente va évoluer suivant
(J. Klepaczko 1975) :

Equation 2.4

Avec le facteur de multiplication des dislocations, le facteur d’annihilation des


dislocations et ε la déformation équivalente. Il a été montré dans de précédents travaux que
ne dépendait ni de la température (J. Klepaczko 1975) ni, dans le cas du tantale pur, de la
vitesse de déformation (Buy 1996). peut donc être considéré comme une constante. Le
facteur d’annihilation s’écrit lui sous la forme (Houillon 2009) :

Equation 2.5

Où , et sont des constantes qui ont été identifiées (Tableau 2-3) dans les
travaux de thèse de M. Houillon (Houillon 2009).

Tableau 2-3. Valeurs des paramètres de la loi d’évolution de la densité de dislocations (Houillon 2009)
-1 -1
(K ) (s )
6
21 30 -0,00023 1,5 x 10

Usuellement, la contrainte mécanique due aux dislocations mobiles est exprimée par
la relation :
Equation 2.6

Avec α un facteur dépendant du mode de sollicitation (compris entre 0,2 et 0,5), M le


facteur de Taylor moyen pour toutes les orientations cristallographiques (autour de 3 pour un
métal cubique centré non texturé), μ le module de cisaillement, b la norme du vecteur de Bur-
gers et ρ la densité de dislocations équivalente. Par analogie, la contrainte athermique du mo-
dèle ici présenté s’écrit :
Equation 2.7
48 LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME

Où est la constante athermique du modèle, homogène à une contrainte. La valeur


de 120 MPa a été identifiée dans (Houillon 2009) (Tableau 2-4). Par comparaison des équa-
tions 2.6 et 2.7, cette constante peut s’écrire :

Equation 2.8

Une fois cette constante athermique identifiée, on pourra estimer une valeur de la
densité de dislocations équivalente du matériau recristallisé.
La contrainte équivalente effective s’exprime par (Buy 1996) :

Equation 2.9

Avec la contrainte effective à 0 K, k la constante de Boltzmann, T la température en


K, l’énergie d’activation du franchissement des obstacles par les dislocations à 0 K et
une constante du modèle. Les paramètres p et q traduisent les effets de géométrie des obs-
tacles à franchir. Le tableau 2-4 regroupe les valeurs de tous ces paramètres identifiés dans les
travaux de M. Houillon. Cette identification a été réalisée par minimisation globale de l’erreur
entre les contraintes obtenues par la loi de comportement (comportant également
l’écrouissage) et un jeu de courbes de comportement expérimentales issu d’essais de com-
pression uniaxiale et de torsion à différentes vitesses de déformation équivalentes à tempéra-
ture ambiante. Les paramètres p et q ont été fixés en s’appuyant sur les valeurs disponibles
dans la littérature (Buy 1996).

Tableau 2-4. Valeur des paramètres de la loi représentant la contrainte dans le tantale (Buy 1996; Houillon 2009)
-1
(MPa) (MPa) (J) (s ) p q
-19 6
120 870 1 x10 1,5 x10 1 2

Au final, la loi décrivant la contrainte équivalente en fonction de paramètres micros-


tructuraux et thermomécaniques s’écrit :

Equation 2.10

Les paramètres de la loi d’évolution de la densité de dislocations (équations 2.4 et 2.5)


s’ajoutant à ceux de cette loi d’évolution de la contrainte, la modélisation du comportement
plastique du tantale requiert donc la détermination de 10 paramètres : , , , , p, q,
, , et .
Cette loi de comportement est théoriquement définie jusqu’à une vitesse de déforma-
tion équivalente maximale (ou si ). Cependant, elle a uniquement été validée à
température ambiante pour des vitesses de déformation équivalentes comprises entre 10-4 et
102 s-1 dans les travaux de M. Houillon et de F. Buy (Buy 1996; Houillon 2009).
LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME 49

B. DETERMINATION DES PARAMETRES DU MODELE

Les 10 paramètres du modèle de comportement ont été identifiés à partir d’essais de


compression (Annexe A1) et de torsion sur tube (Houillon 2009). Les contraintes élastiques des
essais de torsion ont été directement extraites des courbes contrainte-déformation présentées
dans (Houillon 2009). L’analyse des résultats des essais de compression n’est pas aussi directe.
En effet, les courbes force-déplacement des ces essais présentent un pic à la transition élasto-
plastique qui nécessitent de faire un choix dans la définition de la contrainte élastique et dans
la nature du pic observé. Est-ce un durcissement dû à la présence d’atomes en solution au
voisinage des dislocations, ou bien un adoucissement dû à une instabilité géométrique ? On
fait ici le choix de considérer un adoucissement car il apparaît sur la courbe force-déplacement
(figure 2-5) un point d’inflexion au cours de la déformation plastique qui, sinon, serait signe de
deux régime d’écrouissage distincts. Nous avons donc corrigé chaque courbe de compression
par la méthode suivante (illustrée sur la figure 2-5):
1. On considère que seul le début de la partie plastique de la courbe est influencé par
l’adoucissement de la transition élasto-plastique (jusqu’au point d’inflexion).
2. On repère le point d’inflexion (partie plastique de la courbe expérimentale approchée
par un polynôme de degré 3 puis celui-ci est dérivé deux fois).
3. On prolonge ensuite la courbe force-déplacement du point d’inflexion à la partie élas-
tique en considérant une évolution linéaire avec une dérivée connue au point
d’inflexion.

En traitant les courbes de compression de cette manière, on réalise également un lis-


sage des résultats qui nous servira par la suite dans l’optimisation des paramètres du modèle
de comportement. L’ensemble des limites élastiques de ces essais de compression et de tor-
sion réalisés à température ambiante sont conformes aux données récoltées dans la littérature
(figure 2-6).

40

35
Partie non affectée par
Pic
l'adoucissement
30

25
Force (kN)

Point d'inflexion
20

15

10

prolongement linéaire Courbe de compression brute


5
Courbe de compression traitée
Partie élastique

0
0 1 2 3 4 5 6 7
Déplacement (mm)

Figure 2-5. Méthode de traitement des courbes force-déplacement et de détermination de la limite élastique des
essais de compression réalisés dans (Houillon 2009)
50 LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME

600

Données expérimentales de la littérature


Compression M. Houillon
500
Torsion M. Houillon

Contrainte élastique σy (MPa) 400

300

200

100

0
1E-05 1E-04 1E-03 1E-02 1E-01 1E+00 1E+01 1E+02 1E+03 1E+04
Vitesse de déformation équivalente (s-1)
Figure 2-6. Comparaison des contraintes d'écoulement obtenues après analyse des essais de compression et de
torsion réalisés lors des travaux de M. Houillon avec les données de la littérature

Ce jeu de paramètres donne une bonne estimation de la contrainte d’écoulement à


température ambiante (figure 2-7.b) mais rend moins bien compte des effets de température.
D’une part, il ne permet pas de restituer correctement l’évolution de la contrainte avec la
température pour une vitesse de déformation donnée (figure 2-7.a), de sorte que les tempéra-
tures auxquelles le palier athermique est atteint sont sous-estimées. D’autre part, la contrainte
d’écoulement à 900K semble être bien restituée par le modèle seulement pour les fortes vi-
tesses de déformations (figure 2-7.b).

(a) (b)
1200 600
0.0001 s-1 298K 298K modèle
Modèle 0.0001 s-1 (M. Houillon) 900K 900 K modèle
0.1 s-1
1000 Modèle 0.1 s-1 (M. Houillon) 500
Contrainte d'écoulement (MPa)

Contrainte d'écoulement (MPa)

800 400

600 300

400 200

200 100

0 0
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000 1E-05 1E-04 1E-03 1E-02 1E-01 1E+00 1E+01 1E+02 1E+03 1E+04
Température (K) Vitesse de déformation équivalente (s-1)

Figure 2-7. Modélisation de la contrainte d'écoulement à partir des paramètres identifiés dans (Houillon 2009)
(a) fonction de la température (b) fonction de la vitesse de déformation

Nous nous proposons donc d’améliorer la modélisation du comportement plastique du


tantale en prenant en compte dans l’identification des paramètres du modèle les données de
la littérature. Ce travail permettra de valider que la loi utilisée permet de restituer un compor-
tement mécanique moyen du tantale pur quel que soit sa provenance, et de mieux prendre en
compte les effets de température. La prise en compte de ces effets thermiques pourra se révé-
ler utile lors de la simulation de procédés de mise en forme en grande déformation induisant
un auto-échauffement de la matière.
LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME 51

Nous allons tout d’abord nous intéresser à la transition élasto-plastique. La densité de


dislocations équivalente relative est égale à 1, la déformation plastique macroscopique n’ayant
pas encore débuté. La relation 2.10 devient :

Equation 2.11

A partir des données expérimentales de la littérature présentées sur la figure 2.1, on


voit que la contrainte sur le plateau athermique est environ de 100 MPa. Ainsi, la contrainte
effective étant nulle sur ce plateau, on fixe la valeur de la constante athermique :

En utilisant cette valeur dans la relation 2.8, on obtient une estimation de la densité de
dislocations équivalente du tantale recristallisé (pour α =0,28 en compression (Farré & Buy
1999), b = 2,86 x10-10 m, μ = 69 GPa et M ≈ 3) :

La prochaine étape va consister à déterminer les paramètres et à partir des


températures de début du plateau athermique pour plusieurs vitesses de déformation. A la
transition entre la zone thermiquement activée et le plateau athermique, la contrainte
d’écoulement est égale à la constante athermique. Ainsi,

Equation 2.12

D’où,

Equation 2.13

Avec la température (en K) à laquelle est atteint le plateau athermique pour une
vitesse de déformation . A partir des données estimées du tableau 2-2, on obtient :

On peut, à partir de ces valeurs, construire la courbe donnant la température du palier


athermique en fonction de la vitesse de déformation (figure 2-8). Cette température augmente
lorsque la vitesse de déformation augmente et on remarque qu’à température ambiante la
vitesse de déformation pour atteindre le plateau athermique est très faible (< 10-6 s-1). Lorsque
l’on prolonge avec la loi de Norton-Hoff (équation 2.1) les données obtenues à 900 K pour les
hautes vitesses (figure 2-1) vers les vitesses plus faibles, on atteint le palier athermique à envi-
ron 10 s-1. Cette valeur correspond bien à la valeur prédite à partir de la courbe de la figure 2-8
(environ 8,5 s-1).
52 LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME

3000
Température de fusion

2500

Température du palier athermique Tath (K)


2000

1500

1000

500
Température ambiante

0
1E-06 1E-05 1E-04 1E-03 1E-02 1E-01 1E+00 1E+01 1E+02 1E+03 1E+04
Vitesse de déformation équivalente (s-1)

Figure 2-8. Température du palier athermique en fonction de la vitesse de déformation équivalente

Une étude récente (Park et al. 2011) utilise la même modélisation de la contrainte ef-
fective. Les paramètres sont en revanche identifiés à partir des données en température et
non en vitesse de déformation. La différence principale avec le jeu de paramètres établi par M.
Houillon réside dans les valeurs de p et q. Les résultats obtenus montrent une bonne restitu-
tion de la contrainte effective en fonction de la température avec des valeurs de p = 0,3 et q =
1. Plusieurs valeurs de ces deux paramètres existant dans la littérature, nous les inclurons dans
les paramètres du modèle qui restent à identifier.
Pour ce qui nous concerne q, p et sont donc les trois paramètres variables dans
l’identification du modèle de comportement pour représenter la contrainte élastique. Nous
avons choisi d’optimiser la valeur de ces paramètres afin de minimiser, au sens des moindres
carrés, l’écart entre l’ensemble des limites élastiques expérimentales regroupées sur la figure
2-1 et le modèle. Après optimisation, on obtient :

Avec ce nouveau jeu de paramètres, on obtient les résultats présentés sur la figure 2-9.
Tout d’abord, ces nouveaux paramètres permettent de mieux rendre compte de l’allure de
l’évolution de la contrainte effective avec la température quelle que soit la vitesse de déforma-
tion (figure 2-9.a), même si les niveaux de contrainte ne sont pas respectés. Sur la figure 2-9.b,
la contrainte d’écoulement calculée est correcte, en fonction de la vitesse de déformation et
cela pour les deux températures (température ambiante et 900 K). Le nouveau jeu de para-
mètres (tableau 2-5) semble être un bon compromis entre la modélisation des effets de tem-
pérature et de vitesse de déformation et ceci pour des données provenant de différentes
études sur du tantale pur avec des niveaux d’impuretés potentiellement différents.
LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME 53

(a) (b)
1200 700
0.0001 s-1 298K 900K
0.1 s-1
298K modèle 900 K modèle
3000 s-1 600
1000 Modèle 0.0001 s-1 (nouveaux paramètres)
Modèle 0.1 s-1 (nouveaux paramètres)
Contrainte d'écoulement (MPa)

Contrainte d'écoulement (MPa)


Modèle 3000 s-1 (nouveaux paramètres) 500
800

400
600
300

400
200

200
100

0 0
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000 1E-05 1E-04 1E-03 1E-02 1E-01 1E+00 1E+01 1E+02 1E+03 1E+04
Température (K) Vitesse de déformation équivalente (s-1)

Figure 2-9. Modélisation de la contrainte d'écoulement à partir des paramètres réidentifiés


(a) fonction de la température (b) fonction de la vitesse de déformation

Tableau 2-5. Nouveau jeu de paramètres pour la loi d’évolution de la contrainte utilisée dans le modèle de
comportement du tantale pur
Paramètres de la loi « contrainte » Nouvelles valeurs Anciennes valeurs
(MPa) 100 120
(MPa) 1047 870
0,47 1
1,44 2
-19 -19
(J/at) 1,28 x10 1 x10
-1 5 6
(s ) 2,5 x10 1,5 x10

La loi décrivant la contrainte d’écoulement à la transition élasto-plastique étant main-


tenant établie, nous allons nous concentrer sur l’écrouissage et procéder à l’identification des
paramètres des lois 2.4 et 2.5. Pour cela, nous allons nous baser sur les essais de compression
réalisés dans la thèse de M. Houillon et décrits dans l’annexe A1. Sur les éprouvettes défor-
mées, on observe une hétérogénéité de la dureté dans la hauteur de l’échantillon avec une
dureté plus élevée au centre qu’au niveau des surfaces en contact avec les outils. Le frotte-
ment est responsable d’hétérogénéités de déformation non négligeables. De plus, ces essais
ont été réalisés à vitesse de traverse constante, ce qui signifie que la vitesse de déformation
moyenne est variable au cours du temps. La conversion des courbes force-déplacement en
courbe contrainte-déformation à vitesse de déformation fixée serait donc incorrecte. Nous
avons donc identifié les paramètres de la loi d’écrouissage par analyse inverse en utilisant le
module d’optimisation du code utilisant la méthode des éléments finis Forge 2011®.
Dans un premier temps, le facteur d’annihilation présentant lui aussi un palier ather-
mique, nous avons décidé de modifier la forme de la loi du facteur d’annihilation par une autre
forme de loi déjà utilisée pour le tantale (Farré et al. 2001). Cette nouvelle loi ressemble for-
tement à celle de la contrainte d’écoulement :

Equation 2.14

Peu de données existent sur le facteur d’annihilation pour calibrer cette loi, et notam-
ment pour calibrer la dépendance à la température. Selon (Farré et al. 2001), le plateau
athermique à température ambiante concerne les vitesses inférieures à 5 x 10-2 s-1 (N.B. cette
54 LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME

loi ne retranscrit pas correctement l’effet de la température. Le comportement mécanique


étant caractérisé à température ambiante, nous choisissons tout de même de l’utiliser).
Par ailleurs, le frottement en compression est évalué approximativement en compa-
rant le bombé expérimental à un bombé obtenu par simulation numérique de l’essai sous
Forge 2011®. On suppose ici que le bombé est uniquement dû à la géométrie du pion et au
frottement. Par cette méthode, le coefficient de frottement (loi de Tresca, 2.15) entre le pion
et les outils est estimé à 0,4 (comme évoqué dans (Houillon 2009)).

Remarque – Loi de frottement de Tresca

Equation 2.15

Avec la contrainte de cisaillement critique pour laquelle on déclenche le glissement relatif d’un corps par rapport
à l’autre, le coefficient de frottement et la contrainte d’écoulement du corps le plus mou.

L’optimisation consiste à déterminer les paramètres de la loi d’écrouissage en minimi-


sant l’écart entre les courbes force-déplacement expérimentales et numériques. Le module
d’optimisation de Forge 2011® se base sur un algorithme génétique pour déterminer les para-
mètres optimaux. La stratégie employée a été d’identifier en premier les coefficients et
-1
à partir de l’essai de compression réalisé à 0,01 mm.s . On peut estimer la vitesse de
déformation au début de l’essai comme étant de l’ordre de 10-3 s-1 (
) et ainsi considérer cet essai comme étant sur le palier athermique du fac-
teur d’annihilation. Après optimisation sur cet essai, la courbe force déplacement est très bien
reproduite numériquement (figure 2-10) avec les paramètres suivant :

40
EXP 0,01 mm/s
35 SIMU 0,01 mm/s

30

25
Force (kN)

20

15

10

0
0 1 2 3 4 5 6 7
Course de compression (mm)
-1
Figure 2-10. Comparaison de la simulation de l’essai de compression à 0,01 mm.s avec les données
expérimentales

et sont ensuite optimisés sur un essai hors du palier athermique. En l’absence de


données expérimentales suffisantes, le paramètre d’activation pour l’annihilation des disloca-
LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME 55

tions est choisi égal à 1 x 10-19 J/at (ordre de grandeur de , paramètre d’activation
pour le franchissement des obstacles par les dislocations déterminé précédemment). En opti-
misant sur l’essai de compression à 1 mm.s-1 ( ), on obtient les paramètres
suivant :

Pour cet essai à 1 mm.s-1, la courbe numérique suit à nouveau bien la courbe expéri-
mentale (figure 2-11). Mais de manière plus intéressante, les essais à 0,1 mm.s-1 et 10 mm.s-1
(figure 2-12) qui n’ont pas été utilisés pour l’identification des paramètres, révèlent aussi un
bon accord entre simulation et données expérimentales. On peut noter que pour la vitesse la
plus rapide, l’écart est toutefois plus important. Ceci peut être dû au fait qu’à cette vitesse
l’autoéchauffement (pris en compte dans le calcul par la méthode des éléments finis) n’est pas
négligeable et que la loi d’écrouissage est encore insuffisamment précise dans sa prise en
compte des effets de température.

40
EXP 1 mm/s
35 SIMU 1 mm/s

30

25
Force (kN)

20

15

10

0
0 1 2 3 4 5 6 7
Course de compression (mm)
-1
Figure 2-11. Comparaison de la simulation de l’essai de compression à 1 mm.s avec les données expérimentales

40 40
EXP 0,1 mm/s EXP 10 mm/s
35 35 SIMU 10 mm/s
SIMU 0,1 mm/s

30 30

25 25
Force (kN)

Force (kN)

20 20

15 15

10 10

5 5

0 0
0 1 2 3 4 5 6 7 0 1 2 3 4 5 6 7
Course de compression (mm) Course de compression

Figure 2-12. Validation des paramètres identifiés par comparaison des simulations d’essais de compression (non
utilisés pour l’identification) avec les données expérimentales

Le nouveau jeu de paramètres ainsi identifié a également été utilisé pour modéliser
des essais de torsion sur tube réalisés à la fois dans le régime statique et dans le régime dyna-
mique (Houillon 2009). La figure 2-13 montre que le modèle surestime légèrement la con-
56 LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME

trainte en torsion et cela pour toutes les vitesses de déformation. Néanmoins, le résultat appa-
raît satisfaisant et montre que la modélisation permet de reproduire le comportement méca-
nique pour différents modes de sollicitation. Il faut rappeler en outre que des essais en torsion
mènent généralement à des contraintes d’écoulement inférieures à celles mesurées en com-
pression, et ceci indépendamment du cas particulier du tantale (Jonhson & Cook 1983; Jaoul
2008).

Figure 2-13. Modélisation du comportement mécanique en torsion (essais de torsion sur tubes (Houillon 2009))

En résumé
A partir de données de la littérature et d’essais de compression uniaxiale (Houillon
2009), nous avons fait plusieurs observations sur le comportement plastique du tantale pur. Ce
matériau est très visqueux à température ambiante avec un coefficient de sensibilité à la vi-
tesse de déformation de 0,08. La contrainte d’écoulement à la transition élasto-plastique est
typiquement d’environ 220 MPa à 0,01 s-1 et augmente d’environ 50 MPa par décade lorsque
la vitesse de déformation augmente. On retrouve également l’équivalence vitesse de déforma-
tion-température classique puisque la contrainte d’écoulement diminue lorsque la tempéra-
ture augmente. Le tantale pur présente, à vitesse de déformation constante, une température
au delà de laquelle la contrainte atteint un seuil de 100 MPa et n’évolue plus. Ce phénomène
est relié au fait qu’à partir d’une certaine température, le franchissement des obstacles par les
dislocations est très facile et ne dépend plus de la température si celle-ci augmente. La tempé-
rature de ce plateau athermique augmente avec la vitesse de déformation.
L’écrouissage du tantale pur est lui aussi un peu particulier. En effet, l’augmentation de
la vitesse de déformation va diminuer l’écrouissage. L’effet de la température sur l’écrouissage
est moins clair. On peut tout de même penser que l’écrouissage diminue lorsque la tempéra-
ture augmente. Au cours de la déformation, en fonction de la température et de la vitesse de
déformation, le tantale est sujet à la restauration dynamique. Ce phénomène lié à la déforma-
tion correspond à une annihilation et une réorganisation des dislocations en cellules. Plus la
déformation augmente et mieux ces cellules seront définies jusqu’à atteindre un régime pour
lequel les propriétés mécaniques du tantale pur saturent. On peut notamment atteindre un
écrouissage nul aux hautes vitesses de déformation.
LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME 57

A partir de ces observations et des données sur le comportement plastique du tantale,


un modèle de comportement basé sur une densité de dislocations équivalente a été réidenti-
fié. Ce travail a permis d’améliorer la modélisation du comportement mécanique du tantale
pur, notamment dans la prise en compte de la température par rapport aux études déjà réali-
sées au CEA DAM Valduc. Le nouveau jeu de paramètres est récapitulé dans le tableau 2-6.

Tableau 2-6. Nouveau jeu de paramètres du modèle de comportement pour le tantale pur
Paramètre Valeur réidentifiée Anciennes valeurs
(MPa) 100 120

(MPa) 1047 870

0,47 1
Contrainte d’écoulement
1,44 2
-19
(J/at) 1,28 x10
-19 1 x10
6
-1
(s ) 2,5 x10
5 1,5 x10

24,5 21

1,6 - (loi différente)

Ecrouissage 11 - (loi différente)

(J/at) 1 x10
-19 - (loi différente)
6
-1
(s ) 2 x10
8 1,5 x10

Grâce à cette loi de comportement, nous disposons d’un moyen pour accéder à une
densité de dislocations équivalente à partir de la mesure d’une contrainte. La suite de cette
partie va être consacrée à établir une mesure expérimentale qui, grâce à cette loi, permettra
d’accéder à la densité de dislocations. Le but final est d’obtenir une description de l’état dé-
formé pour ensuite modéliser la recristallisation statique et la croissance de grains.

II. EVALUATION DE LA DENSITE DE DISLOCATIONS EQUIVALENTE PAR


MESURE DE MICRODURETE VICKERS

Accéder expérimentalement à la densité de dislocations reste encore aujourd’hui très


difficile. Les méthodes les plus courantes que sont la diffraction des rayons X et la microscopie
électronique en transmission requièrent du matériel performant ainsi qu’une grande expertise
pour extraire des mesures une densité de dislocations. Afin de rendre cette mesure plus
simple et plus systématique dans le cas de la caractérisation d’une pièce industrielle, une rela-
tion entre microdureté Vickers (avec une charge de 300 gf) et densité de dislocations a été
établie par (Houillon 2009). Cette relation est basée sur le lien qui existe entre la dureté Vic-
kers (HV en MPa) et la contrainte d’écoulement (en MPa) à travers la relation de Tabor
(Tabor 1951):
Equation 2.16

Avec c la constante de Tabor ayant une valeur proche de 3 pour les métaux usuels. En
associant à cette relation de Tabor, la loi de comportement basée sur la densité de dislocations
58 LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME

équivalente, on obtient une estimation de la densité de dislocations équivalente à partir d’une


mesure de dureté Vickers. Pour établir cette relation, l’indentation Vickers a été simulée nu-
mériquement à l’aide du code Forge 2011®. La dureté numérique résultant de la loi de com-
portement basée sur la densité de dislocations équivalente a ensuite été mise en relation avec
la densité de dislocations initiale de l’échantillon numérique et ceci pour plusieurs valeurs ini-
tiales de la densité de dislocations (figure 2-14).

160

150
Dureté Vickers 300 gf numérique

140

130

120

110

100

90

80
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9
Densité de dislocations équivalente relative

Figure 2-14. Relation Dureté Vickers/densité de dislocations équivalente établie dans les travaux de (Houillon
2009)

Cependant, on remarque que la dureté du tantale pur recristallisé (densité de disloca-


tions équivalente de 1) prédite par cette relation est trop élevée par rapport à la dureté expé-
rimentale (environ 82 HV0,3). De plus, lors de la détermination de cette relation, la cinéma-
tique réelle de l’indentation Vickers n’a pas été prise en compte. En effet, lors d’une mesure de
dureté selon la norme ISO 6507-1, la mise en charge est instantanée, puis cette charge est
maintenue pendant un temps compris entre 10 et 15 secondes. Dans l’analyse qui a été faite
dans (Houillon 2009) pour estimer la densité de dislocations, ce temps de maintien n’a pas été
pris en compte. De plus, la vitesse de l’indenteur a été considérée comme constante au cours
de la mise en charge, avec une valeur de 33 µm.s-1 qui paraît éloignée d’une mise en charge
instantanée. Dans la suite de cette partie, nous débuterons par une brève description de
l’indentation Vickers et des points importants à retenir lorsque l’on souhaite utiliser un tel
essai. Puis, nous déterminerons une nouvelle relation entre dureté Vickers (300gf) et densité
de dislocations équivalente tenant compte de la cinématique réelle de l’indentation Vickers.

1. La microdureté Vickers du tantale pur recristallisé

L’essai d’indentation consiste à faire pénétrer un indenteur dans un matériau sous une
charge constante donnée. La dureté du matériau est calculée à partir de la taille de
l’empreinte laissée par l’indenteur dans le matériau après la décharge. Le terme de microdure-
té (ou microindentation) renvoie à des valeurs de charge comprises entre 0.5 gf et 2 kgf. Il
existe différentes échelles de dureté en fonction de la géométrie de l’indenteur. Il peut être
sphérique (Brinell), conique, pyramidal à base triangle. Dans le cas de la dureté Vickers,
LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME 59

l’indenteur est une pyramide à base carrée en diamant. L’angle entre deux faces opposées de
la pyramide est de 136° (figure 2-15). L’essai d’indentation Vickers suit la norme ISO 6507-1.

A. CALCUL DE LA DURETE

Dans le cas de l’indentation Vickers, l’empreinte laissée par l’indenteur est un carré (ou
plus généralement un losange dans le cas d’une déformation anisotrope). On caractérise donc
cette empreinte carrée par la longueur de sa diagonale (figure 2-15). Dans le cas où les deux
diagonales ne sont pas identiques on donne une valeur de diagonale équivalente en faisant la
moyenne des longueurs des deux diagonales.

Figure 2-15. Géométrie de l’essai de dureté Vickers

A partir de la force appliquée, de la taille de l’empreinte et de la géométrie de


l’indenteur, on calcule la dureté Vickers du matériau par la formule suivante :

Equation 2.17

Avec HV la dureté Vickers, F la charge appliquée (kgf ou N) et D la diagonale de


l’empreinte (mm). La dureté est homogène à une contrainte, elle peut être exprimée en MPa si
la force est exprimée en N.

B. CINEMATIQUE DE L’ESSAI DE DURETE

La microdureté Vickers est réalisée avec un microduromètre Buehler MicroMET 5124.


Cette machine a deux cinématiques d’indentation suivant la charge employée. On sépare la
cinématique des charges strictement supérieures à 25 gf à celle des charges inférieures ou
égales à 25 gf.
Dans le cas d’une charge de 300 gf, la mise en charge est réalisée par des masses
mortes. L’indenteur approche la surface à une vitesse d’environ 60 µm.s-1 (la distance
d’approche est calibrée par rapport à la mise au point réalisée sur la surface de l’échantillon).
Une fois la surface atteinte, la mise en charge est réalisée à effort constant F. La vitesse
d’indentation est alors libre. L’effort F est maintenu pendant un temps t, appelé temps de
maintien (figure 2-16). Selon la norme, le temps de maintien est compris entre 10 et 15 s. Le
microduromètre permet de faire varier ce temps de maintien entre 5 et 99 s.

Figure 2-16. Evolution de la charge au cours d'une indentation Vickers réalisée avec une masse morte (F > 25 gf)
60 LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME

C. NOMENCLATURE

La dureté Vickers a une nomenclature bien précise selon la norme ISO 6507-1.

Avec XXX la valeur de la dureté Vickers, F la valeur de la charge utilisée en kgf et t la


valeur du temps de maintien (si hors de la plage préconisée dans la norme).

Exemple

Tantale recristallisé, charge de 300 gf avec un temps de maintien de 5 s

D. INFLUENCE DU TEMPS DE MAINTIEN SUR LA MICRODURETE DU TANTALE PUR RECRISTALLISE

La charge de référence choisie pour cette étude est 300 gf, ce qui correspond à un
effort de 2,94 N. Pour cette charge et pour un temps de maintien de 5 s, la dureté du tantale
pur recristallisé est de 87 HV0,3 /5. La figure 2-17 montre que ce temps de maintien a une
influence significative sur la valeur de microdureté Vickers du tantale pur recristallisé. La dure-
té passe de 87 HV0,3 /5 à 77 HV0,3 /99. On remarque cependant l’existence d’un palier de
dureté, à partir de 20 s. Cette forte dépendance au temps de maintien de la charge peut être
attribuée à la forte viscosité du tantale à température ambiante. Lorsqu’on se trouve dans les
conditions de la norme (entre 10 et 15 secondes), ce palier n’est pas encore atteint. Les
normes sont généralement définies pour des matériaux très usités comme les aciers. Ces ma-
tériaux étant peu visqueux à température ambiante, un temps de maintien de 10 s environ
doit être suffisant pour atteindre le palier observé pour le tantale au dessus de 20 s. Cette
norme ne convient donc pas bien au tantale pur recristallisé pour une charge de 300 gf.
Les dépendances de la dureté Vickers à la charge de l’essai et à la vitesse d’indentation
sont détaillées dans l’annexe A4.

90

85
HV0,3

80

75

70
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Temps de maintien (s)

Figure 2-17. Influence du temps de maintien de la charge sur la microdureté Vickers du tantale pur (300 gf)
LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME 61

2. Détermination de la relation dureté Vickers-densité de dislocations


équivalente

Compte tenu des résultats obtenus en simulation de l’indentation Vickers (annexe A5),
il apparaît à ce stade difficile de développer la stratégie initialement prévue pour déterminer la
relation entre dureté et densité de dislocations équivalente. En effet, les résultats de
l’indentation numérique ne montrent pas un réel accord avec les données expérimentales
même si les dépendances à la charge, au temps de maintien et à la vitesse d’indentation sont
respectées. Ces simulations d’indentation ont en plus été réalisées à vitesse d’indentation
constante, la cinématique réelle d’un essai de microdureté avec une charge de 300 gf s’avérant
encore un verrou non résolu à ce stade.
La solution envisagée pour contourner ce problème de simulation numérique de
l’indentation consiste à établir une loi semi-expérimentale/semi-numérique à partir d’essais
mécaniques réalisés sur du tantale pur et qui sont plus facilement simulables avec le logiciel
Forge 2011®. Dans un premier temps, dans un pion utilisé pour déterminer le comportement
mécanique en compression uniaxiale réalisée à 0,1 mm.s-1, on sait qu’il existe des gradients de
déformation et donc de densité de dislocations. On réalise donc une série de mesures de dure-
té Vickers 300 gf le long de la hauteur de ce pion (figure 2-18.b) pour un temps de maintien de
5 s et un autre de 30 s. Ensuite, on utilise la simulation numérique de cet essai réalisée avec la
loi de comportement basée sur la densité de dislocations équivalente pour en tirer les densités
de dislocations équivalentes le long de cette même hauteur (figure 2-18.a). Ces deux gran-
deurs sont ensuite reliées par la position dans la hauteur du pion, ce qui nous donne une rela-
tion entre HV0,3 /5 ou /30 et la densité de dislocations équivalente (figure 2-18.c).

Figure 2-18. Méthode détermination de la relation HV0,3/densité de dislocations équivalente


62 LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME

Pour compléter ces données, on utilise également des couples HV0,3-densité de dislo-
cations équivalente obtenus à partir d’un essai de compression sur éprouvette « double
cône », détaillé dans l’annexe A9. La figure 2-19 présente l’ensemble des données recueillies
pour les deux temps de maintien. On confirme ici l’importance de la prise en compte du temps
de maintien dans l’établissement de cette relation entre dureté Vickers et densité de disloca-
tions équivalente. L’effet de diminution de la dureté au cours du temps observé sur le tantale
recristallisé est également présent pour du tantale déformé.

230
HV0,3 /5
210 HV0,3 /30
Puissance (HV0,3 /5)
190
Puissance (HV0,3 /30)

170
HV0,3

150

130

110

90

70

50
1 3 5 7 9 11 13 15
Densité de dislocations équivalente relative

Figure 2-19. Relation entre HV0,3 /5 ou /30 et la densité de dislocations équivalente

La dureté est directement liée à la contrainte à travers la relation de Tabor (2.16) et


cette dernière est liée à la densité de dislocations équivalente par la loi de comportement que
l’on a choisie (2.10). La contrainte dépendant de la racine carrée de la densité de dislocations
équivalente, nous allons mettre la relation entre dureté et densité de dislocations sous la
forme :
Equation 2.18

A partir des données expérimentales (Figure 2-19), on identifie les paramètres a et b


pour les deux temps de maintien, ce qui donne les relations suivantes :

Equation 2.19

Equation 2.20

Ces deux équations (2-19 et 2-20) relient la dureté Vickers 300 gf à la densité de dislo-
cations initialement présente dans le volume testé. On retrouve l’effet du temps de maintien
sur la dureté Vickers (figure 2-19), lequel s’atténue légèrement pour les valeurs de densité de
dislocations équivalente les plus importantes, ce qui semble cohérent.
Malgré une stratégie initiale mise en défaut par la simulation numérique de
l’indentation, une méthode semi-numérique / semi-expérimentale a été mise en place pour
définir la corrélation existant entre dureté Vickers et densité de dislocations équivalente. Nous
avons à présent deux relations permettant d’évaluer la densité de dislocations dans le tantale
LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME 63

à partir d’une mesure de dureté Vickers réalisée avec une charge de 300 gf pour un temps de
maintien de soit 5 s soit 30 s. Il est à noter que les valeurs de temps de maintien sont hors des
conditions définies par la norme ISO 6507-1. On prendra donc soin de spécifier le temps utili-
sé : HV0,3 /5 ou HV0,3/30.

III. DESCRIPTION DES MICROSTRUCTURES DE DEFORMATION DANS LE


TANTALE

La densité de dislocations équivalente traduit l’état du matériau déformé à partir de la


contrainte macroscopique qui le caractérise. Nous allons compléter cette approche mécanique
par des observations en microscopie de microstructures de tantale ayant subi différentes con-
ditions de déformation à température ambiante. Leur caractérisation permettra de montrer
les spécificités des microstructures du tantale déformé à froid.

1. Anisotropie de comportement plastique

Lors de la déformation plastique d’un polycristal, l’écrouissage est différent d’un grain
à l’autre en fonction de l’orientation cristallographique et du type de sollicitation imposée.
Cette hétérogénéité est mise en évidence dans un pion de tantale déformé en compression
(déformation équivalente locale de 0,7 à une vitesse de déformation de l’ordre de 0,1 s-1) par
le calcul des facteurs de Taylor (figure 2-20). Ce facteur nous renseigne sur l’activité des sys-
tèmes de glissement pendant la déformation. Un facteur de Taylor élevé indique une forte
activité des systèmes de glissement et donc un écrouissage plus important que pour un grain
présentant un facteur de Taylor plus faible.

Figure 2-20. Cartographie des facteurs de Taylor d'un échantillon de Tantale déformé en compression

La dépendance du comportement mécanique à l’orientation cristallographique d’un


grain de tantale a été investiguée plus en détails dans (Vandermeer & Snyder 1979). Cette
étude a été réalisée sur trois monocristaux d’orientations , et
déformés à 80% par laminage à froid. Des mesures de dureté Vickers HV0,5 ont
été réalisées au cours de la déformation pour estimer l’écrouissage de chaque monocristal et
montrent que ceux-ci ont une réponse mécanique différente pour une même déformation
64 LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME

(figure 2-21). Malgré une anisotropie peu marquée de la contrainte d’écoulement pour une
déformation nulle, le monocristal atteint un niveau de contrainte plus important
que les deux autres à la fin du laminage.

250

200
Dureté Vickers HV0,5

150

100

50 (001)[1-10]
(112)[1-10]
(111)[1-10]
0
0 20 40 60 80
Taux de réduction de l'épaisseur (%)

Figure 2-21. Evolution de la dureté Vickers au cours de la déformation pour trois monocristaux de tantale
déformés par laminage à froid (données extraites de (Vandermeer & Snyder 1979))

La différence d’écrouissage observée sur ces monocristaux va engendrer une disper-


sion de l’orientation cristallographique initiale (figure 2-22). Le monocristal d’orientation cris-
tallographique est celui qui s’écrouit le plus et est également celui qui montre la
plus grande dispersion de son orientation après déformation. Au contraire, le monocristal
s’écrouissant moins, il a une orientation cristallographique peu dispersée après
laminage. Ainsi, plus l’écrouissage est important et plus l’orientation se disperse.

Figure 2-22. Figures de pole {200} de trois monocristaux de tantale pur après déformation par laminage à froid
(Vandermeer & Snyder 1979)

Cette dispersion est liée à la présence de dislocations qui provoquent des rotations
locales du réseau cristallin et modifient donc l’orientation locale du grain. L’augmentation de la
densité de dislocations va augmenter la dispersion de l’orientation cristallographique. Un bon
marqueur de l’anisotropie de comportement plastique sera donc les désorientations intragra-
nulaires qui seront estimée grâce au « Kernel Average Misorientation » (KAM) disponible dans
le logiciel TSL OIM analysis et décrit dans l’annexe A6.
LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME 65

2. Hétérogénéités des microstructures intragranulaires

Nous avons évoqué précédemment que le comportement en plasticité du tantale était


dépendant du type de sollicitation aussi bien que de l’orientation cristallographique. Un mo-
nocristal étant par définition sans grains voisins, la sollicitation mécanique pourra, dans de
bonnes conditions de frottement, être considérée uniforme. Dans un polycristal, le voisinage
de chacun des grains aura un impact direct sur tout ou une partie du grain en modifiant le ten-
seur local des vitesses de déformation. Ceci va engendrer des différences d’écrouissage au sein
d’un même grain et donc des hétérogénéités des microstructures intragranulaires. La figure 2-
23 présente les désorientations intragranulaires dans une microstructure d’un échantillon de
tantale déformé par torsion jusqu’à une déformation équivalente de 0,64 à une vitesse de
déformation de 0,05 s-1. On constate que ces désorientations sont hétérogènes à l’intérieur
même d’un grain et que les désorientations les plus fortes se retrouvent au niveau des joints
de grains et des points triples.

Figure 2-23. Désorientations intragranulaires dans un polycristal de tantale déformé par torsion

L’hétérogénéité de déformation intragranulaire va dépendre du niveau de déformation


macroscopique équivalente et de la taille des grains. Sur la microstructure de la figure 2-23, on
voit que les plus petits grains présentent déjà une microstructure intragranulaire plus homo-
gène alors que les plus gros grains montrent de réelles différences d’écrouissage en fonction
de la zone du grain considérée (figure 2-24). On imagine qu’à des niveaux plus faibles de dé-
formation équivalente macroscopique, ces hétérogénéités seraient également visibles dans les
plus petits grains. L’homogénéisation de l’écrouissage à l’intérieur d’un grain dépend égale-
ment du changement de forme au cours de la déformation et notamment en torsion où les
joints de grains ont tendance à se rapprocher.
66 LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME

Figure 2-24. Désorientations intragranulaires des grains de la microstructure de torsion (figure 2-23) ayant un
diamètre équivalent supérieur à 200 µm

L’augmentation des désorientations intragranulaires à proximité des joints de grains et


des points triples dans un polycristal réside dans le fait qu’ils sont des lieux de fortes incompa-
tibilités de déformation. Pour expliquer cette incompatibilité, certains auteurs de la littérature
(Bolmaro et al. 1997; Mach et al. 2010) ont introduit la notion de co-rotation. Au cours de la
déformation plastique, le mouvement des dislocations sur les plans de glissement induit une
rotation de la maille cristalline. Due à l’anisotropie, cette rotation sera généralement diffé-
rente entre un grain et son voisinage direct. Les grains d’un polycristal étant contraints,
l’incompatibilité de déformation aux interfaces des grains sera d’autant plus grande que la
rotation des grains voisins sera différente (angle de co-rotation élevé). Pour vérifier cette no-
tion de co-rotation et son applicabilité pour le tantale, nous avons réalisé un essai de compres-
sion uniaxiale sur un oligocristal2 de tantale.
L’oligocristal de tantale est un parallélépipède composé de 6 grains colonnaires (figure
2-25) extrait d’une plaque découpée dans un lingot. Cette plaque nous a généreusement été
fournie par H.R.Z. Sandim de l’université de Sao Paulo au Brésil. Le repère macroscopique utili-
sé pour définir les orientations cristallographiques est également défini sur la figure 2-25. Pour
éviter au maximum d’écrouir l’échantillon, il a été découpé à la scie à fil puis poli sur les 6 faces
avant déformation. Le polissage a permis de réduire l’écrouissage superficiel et de diminuer le
frottement avec les outils de compression. Une feuille de Téflon a été placée entre
l’oligocristal et les outils de compression afin de réduire encore plus le frottement. Cet échan-
tillon a été déformé en compression dans la direction Z jusqu’à une déformation vraie de 0,5 à
une vitesse de déformation moyenne de 0,01 s-1. Les orientations ont été mesurées avant et
après déformation par EBSD, après polissage selon le protocole détaillé dans l’annexe A3. Le
tableau 2-9 recense les orientations moyennes mesurées avant et après déformation des 6
grains de l’oligocristal. Chaque mesure est réalisée loin des joints de grains pour considérer la
microstructure indépendante du voisinage.

2
Echantillon possédant un faible nombre de grains de taille millimétrique
LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME 67

Tableau 2-7. Orientations cristallographiques moyennes des grains de l'oligocristal avant et après déformation
Grain 1 2 3 4 5 6
Orientation 77 8 276 228 18 301
intiale 43 4 36 52 40 35
(°,Euler,Bunge) 304 344 92 139 354 49
Orientation 65 66 279 240 42 335
finale 45 2 32 51 48 38
(°,Euler,Bunge) 311 285 137 137 339 45

La figure 2-25 montre l’évolution de la géométrie de l’oligocristal entre l’état initial et


celle après déformation. Le nombre de grains étant très faible et leur taille étant importante,
on observe clairement que la déformation est très différente d’un grain à l’autre. On retrouve
l’anisotropie de comportement déjà évoquée dans la section III.1 de cette partie. La surface
libre de l’échantillon a une forme très perturbée par rapport au parallélépipède initial, les
grains pouvant se déformer librement car non contraints par un voisinage.

Figure 2-25. Oligocristal de tantale pur avant et après compression et repère de référence

L’avantage de cette expérience réside dans la taille et dans le caractère colonnaire des
grains de l’oligocristal. En effet, les cartographies réalisées à proximité des joints de grains
seront considérées comme résultant uniquement du comportement des deux grains de part et
d’autre du joint. Cette configuration apparaît idéale pour étudier l’effet de la co-rotation sur
l’augmentation des désorientations intragranulaires aux joints de grains.
Prenons pour exemple le grain 4 qui possède une interface avec chacun des 5 autres
grains de l’échantillon. La figure 2-26 illustre l’augmentation de la désorientation intragranu-
laire au niveau des joints de grains. Chaque cartographie représente les gradients locaux
d’orientation dans le grain 4 au voisinage de chaque autre grain. La cartographie des désorien-
tations intragranulaires au centre du grain 4 est donnée comme référence.
De chaque cartographie représentative d’une zone proche d’un joint de grains (figure
2-26), on extrait la valeur moyenne des gradients locaux d’orientation. Cette valeur est ensuite
normalisée par le gradient d’orientation local moyen au centre du grain 4. La figure 2-27 repré-
sente ainsi l’augmentation relative des désorientations intragranulaires par rapport au centre
du grain pour chacun des joints de grains (identifiés par le couple de grains de part et d’autre
de la frontière). L’augmentation de la désorientation moyenne est différente à proximité de
chacun des joints du grain 4 avec ses voisins.
68 LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME

45 µm 45 µm
5,05 /μm
G5
G3

G4 G4
25 µm
20 µm
Gradient
G6
G2
local
d’orientation

45 µm 25 µm
G4 G4
G4

Gradient local d’orientation


à l’intérieur du grain G4 G1
0 /μm

Figure 2-26. Cartographies des gradients locaux d'orientation au niveau des joints de grains dans le grain 4

3
Gradient local d'orientation moyen relatif

2,5

1,5

1
Gradient moyen au centre du grain

0,5

0
4-1 4-2 4-3 4-5 4-6
Joint de grains
Figure 2-27. Influence des grains voisins sur les désorientations intragranulaires au voisinage des joints du grain 4

Le niveau de co-rotation est un angle représentatif de la rotation d’un grain par rap-
port à un autre, plus il est faible et plus les grains ont tendance à tourner de la même manière.
La méthode de calcul du niveau de co-rotation est détaillée sur la figure 2-28.
LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME 69

Niveau de corotation
= angle de désorientation Joint de grains

La rotation du grain
B est appliquée à Rotation du
l’orientation initiale grain B soumis à
du grain A la deformation
Rotation du
grain A soumis à
la deformation
Orientation initiale du
grain A
Orientation initiale du
grain B

Figure 2-28. Méthode de calcul du niveau de co-rotation

En calculant le niveau de co-rotation pour chacun des couples de grains contenant le


grain 4, on le compare ainsi à l’augmentation relative des désorientations intragranulaires au
niveau de chaque joint de grains dans le grain 4 (figure2-29). Clairement, plus les deux grains
de part et d’autre du joint de grains tournent de manière différente, plus l’incompatibilité de
déformation est forte et plus les désorientations intragranulaires augmentent relativement au
centre du grain.
3
Gradient local d'orientation relatif

2,5

1,5

0,5

0
0 5 10 15 20
Niveau de corotation (°)
Figure 2-29. Influence de la co-rotation sur l'augmentation relative des désorientations intragranulaires au niveau
des joints de grains (grain 4)

3. Evolution de la microstructure aux grandes déformations

Lorsque le niveau de déformation augmente à vitesse de déformation et température


constante, on observe une saturation de la contrainte dans le tantale. Avec le modèle de com-
portement choisi dans ces travaux, cela se traduit par une saturation de la densité de disloca-
tions équivalente qui laisserait à penser que la microstructure n’évolue plus.
Dans le cas de la microstructure évoquée section III.2 ( ), la
densité de dislocations équivalente relative est d’environ 6,2. Lorsqu’on augmente la déforma-
tion par un facteur 2 ( ), la densité de dislocation relative augmente peu (6,7) mais
on peut tout de même voir des modifications au niveau de la microstructure (figure 2-30). Sur
70 LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME

la figure 2-30.a, on voit toujours l’hétérogénéité des désorientations intragranulaires que l’on
pouvait observer pour un niveau de déformation moins important. Cependant, lorsque l’on
compare la distribution de ces désorientations avec la distribution de l’échantillon deux fois
moins déformé (figure 2-30.b), on constate un léger déplacement du pic, un élargissement de
la distribution et une désorientation maximum augmentée. Cette observation peut être le
signe de la création de parois de dislocations générant des désorientations intragranulaires
significatives et traduisant la formation d’une sous-structure en cellules délimitées par des
parois de dislocations.
(a) (b)
1,16°/µm 0,16
Niveau de déformation : 0,64
0,14 Niveau de déformation : 1,28

0,12
1 er voisin, pas
0,1 de 1,44 µm

Fréquence
0,08

0,06

0,04

0,02

0
0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 4
0°/µm Désorientations intragranulaires (°/µm)

Désorientations intragranulaires au 3 e voisin avec un pas de 1,44 µm

Figure 2-30. (a) Cartographie des désorientations intragranulaires dans un échantillon de torsion (déformation de
1,28)
(b) Distributions des désorientations intragranulaires pour deux niveaux de déformation ayant une densité de
dislocation équivalente similaire

Cette réorganisation des dislocations en une sous-structure en cellules est phénomène


classique dans le tantale et assez largement observé dans les procédés induisant de fortes
déformations (Vandermeer & Snyder 1979; Sandim et al. 1999; Sandim et al. 2000; Sandim et
al. 2001; Wei et al. 2003; Mathaudhu & Hartwig 2006). Dans notre cas de torsion, la déforma-
tion augmentant encore ( ), on voit une fragmentation claire des grains (figure 2-
31.a). Il est même difficile de reconnaître les grains initialement présents dans la microstruc-
ture non déformée. Dans ce cas, le processus de restauration dynamique a atteint des propor-
tions telles que les sous-grains se sont transformés en grains. On retrouve d’ailleurs dans cette
microstructure des preuves de restauration dynamique avec la présence de sous-joints de
grains dans les grains ayant un diamètre équivalent supérieur à 1 µm (figure 2-31.b).
LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME 71

Figure 2-31. (a) Microstructure d'un échantillon de tantale déformé par torsion (3,5 de déformation)
(b) désorientations intragranulaires dans les grains supérieurs à 1 µm

Due à l’anisotropie de comportement et à l’hétérogénéité de l’écrouissage à l’intérieur


même d’un grain, cette sous-structure générée par la restauration dynamique ne va pas se
former de manière homogène dans la microstructure. La localisation de l’écrouissage aux
joints de grains et aux points triples va favoriser la formation des sous-grains dans ces régions
de la microstructure. En considérant la définition d’un germe de recristallisation, il est fort
probable que les cellules formées au cours de la déformation soient des embryons de germes.
La figure 2-32 montre, grâce à une image d’électrons rétrodiffusés d’un échantillon de tantale
déformé en torsion, des cellules proches d’un joint de grains se retrouvant dans une configura-
tion similaire à celle décrite dans certaines théories de la germination basée sur la croissance
anormale de sous-grains (Holm et al. 2003; Brechet & Martin 2006). On comprend alors pour-
quoi le déclenchement de la recristallisation peut être facilité aux joints de grains et pourquoi
plus la déformation augmente et plus la recristallisation sera rapide.

Figure 2-32. (a) Sous-structure de déformation dans un échantillon de tantale déformé par torsion (Imagerie
d’électrons rétrodiffusés)
(b) Vue schématique du mécanisme de germination par croissance de sous-grains (Brechet & Martin 2006)
72 LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME

SYNTHESE

Dans cette deuxième partie, l’objectif principal était d’avoir un outil fiable permettant
de décrire l’état déformé du tantale et notamment la densité de dislocations, pour alimenter la
modélisation de la recristallisation. A partir de théories et de lois déjà existantes pour le tan-
tale provenant de travaux précédents au CEA DAM Valduc, nous proposons de nouveaux pa-
ramètres afin d’améliorer la modélisation du comportement mécanique de ce matériau (ta-
bleau 2-8).

Tableau 2-8. Tableau de synthèse de la loi de comportement choisie et identifiée pour le tantale

(MPa) 100
Contrainte d’écoulement
(MPa) 1047
0,47
1,44
-19
(J/at) 1,28 x10
-1 5
(s ) 2,5 x10

Ecrouissage
24,5
1,6
11
-19
(J/at) 1 x10
-1 8
(s ) 2 x10

Ce modèle permet de retranscrire l’évolution de la contrainte d’écoulement à la transi-


tion élastoplastique avec la température et la vitesse de déformation. Il permet également de
bien reproduire l’écrouissage à température ambiante et donc de représenter la saturation des
propriétés mécaniques. La modélisation du comportement mécanique permet d’avoir une
description de la densité de dislocations équivalente en tout point d’une pièce par simulation
numérique de la déformation plastique. Dans cette étude du comportement mécanique, nous
avons pu estimer une densité de dislocations du matériau recristallisé à partir de considéra-
tions mécaniques. Cette valeur est très peu évoquée dans la littérature mais elle est essentielle
dans la modélisation de la recristallisation par le modèle en champ moyen. On l’estime à :
LOI DE COMPORTEMENT DU TANTALE PUR ET DESCRIPTION DE L’ETAT DEFORME 73

Lorsque le calcul de la densité de dislocations équivalente n’est pas possible par simu-
lation numérique, une mesure de microdureté Vickers représente une alternative expérimen-
tale. Nous avons pu mettre en évidence que la dureté Vickers du tantale est fortement dépen-
dante du temps de maintien : plus le temps de maintien augmente, et plus la dureté diminue,
jusqu’à atteindre un palier de dureté. Nous avons établi une loi semi-expérimentale/semi-
numérique qui fait la corrélation entre des mesures de dureté Vickers à 300 gf réalisées sur un
pion de compression et les densités de dislocations prédites par la simulation numérique de ce
même essai de compression. Cette loi permettra à partir d’un essai de dureté Vickers avec une
charge de 300 gf et un temps de maintien de 5 s de déterminer la densité de dislocations équi-
valente (équation 2.19). Une autre loi a été établie pour un temps de maintien de 30 s (équa-
tion 2.20).

Equation 2.19
Equation 2.20

La description de la microstructure de l’état déformé est basée sur une seule densité
de dislocations. Cette approche mécanique a été complétée par des observations en micros-
copie électronique à balayage de microstructures de tantale déformé. Ces observations nous
ont permis de mettre en évidence l’anisotropie de comportement à l’échelle du grain. Cette
anisotropie couplée aux hétérogénéités de la sollicitation mécanique à l’échelle locale, condui-
sent à des variations de l’écrouissage à l’intérieur même d’un grain. Certaines zones d’un grain,
et plus particulièrement les zones où l’incompatibilité de déformation est la plus forte comme
les joints de grains et les points triples, vont montrer de fortes désorientations intragranulaires
après déformation. Conformément à la théorie de la co-rotation évoquée dans la littérature,
nous avons mis en évidence que l’augmentation des désorientations intragranulaires au niveau
des joints de grains est reliée au fait que les grains de part et d’autre du joint subissent une
rotation différente sous l’effet de la déformation. Enfin, aux plus fortes déformations, nous
avons pu voir le développement de la restauration dynamique formant une sous-structure
composée de cellules délimitées par des parois de dislocations. Ce phénomène peut même
conduire à la formation de nouveaux grains (recristallisation dynamique continue). Ces cellules
semblent être des précurseurs de la germination de la recristallisation. A partir de cette obser-
vation de la microstructure, on peut penser que la distribution de densité de dislocations équi-
valente utilisée dans le modèle pourra décrire l’hétérogénéité de comportement (écrouissage)
entre les grains après déformation. Cependant, il sera plus difficile de prendre en compte les
hétérogénéités intragranulaires ainsi que la formation de la sous-structure en cellule.
Dans la partie suivante, nous allons nous pencher sur les évolutions microstructurales
dans le tantale pur au cours d’un traitement thermique qui suit une étape de déformation.
Nous pourrons ainsi déterminer en quoi cette microstructure de déformation est importante
et comment elle conditionne les modifications de la microstructure.
TROISIEME PARTIE.

Caractérisation de la recristallisation statique


et de la croissance de grains dans le tantale
pur
76 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR

INTRODUCTION

La première partie de ce manuscrit a été consacrée à la description du modèle qui sera


utilisé pour simuler la recristallisation statique discontinue et la croissance de grains dans le
tantale. L’utilisation de ce modèle requiert de définir au préalable un certain nombre de para-
mètres et/ou de phénomènes liés au matériau considéré. Dans cette optique, la seconde par-
tie est focalisée sur la description de la microstructure de l’état déformé. Les variables micros-
tructurales considérées sont la taille de grains et la densité de dislocations équivalente3 qui
traduit l’énergie stockée dans le matériau au cours de la déformation.
Cette troisième partie s’attache à décrire les phénomènes de recristallisation statique
et de croissance de grains dans le tantale afin de déterminer une partie des paramètres ou
hypothèses du modèle pour le cas du tantale. Ce travail permettra également de fournir des
données expérimentales qui pourront être confrontées aux résultats de la simulation.
Cette partie débute par une revue du phénomène de recristallisation du tantale dans
la littérature avant de détailler la caractérisation expérimentale que nous avons pu réaliser afin
de mieux maîtriser le phénomène de recristallisation statique.

I. LA RESTAURATION, LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET LA CROISSANCE


DE GRAINS DU TANTALE DANS LA LITTERATURE

En comparaison d’autres matériaux plus répandus dans le milieu industriel, la recristal-


lisation et la croissance de grains dans le tantale ont été peu étudiées. Néanmoins, il apparaît
tout de même que les différents travaux menés sur le tantale couvrent la majorité des aspects
liés aux évolutions microstructurales au cours d’un traitement thermique.

1. Restauration statique

La restauration statique correspond à un réarrangement et une annihilation partielle


des défauts, principalement des dislocations, stockés dans le matériau pendant la déforma-
tion. C’est un phénomène thermiquement activé qui se produit avant que la recristallisation ne
se déclenche. La restauration statique va se traduire par une diminution de l’énergie stockée.
Dans le cas du tantale, ce phénomène a pu être caractérisé par des mesures de microdureté
(Hupalo & Sandim 2001) qui ont par ailleurs été étudiées dans la deuxième partie, en tant que
moyen d’évaluer l’énergie stockée dans un matériau. Des échantillons de tantale ont été dé-
formés à trois niveaux de déformation, puis recuits à 4 températures entre 700 et 1000°C pour
des temps de palier allant de 15 min à 2 h. A chaque temps de palier, des mesures de microdu-
reté Vickers HV0,14 ont été réalisées dans les zones ne présentant pas de recristallisation. On
peut ainsi avoir une idée des cinétiques de restauration dans le tantale et en tirer un certain
nombre de conclusions.

3
Variable représentative de la microstructure dans la modélisation du comportement mécanique. Elle prend en
compte la densité de dislocations totale, la taille de grains, les impuretés.
4
Essai d’indentation Vickers réalisé avec une charge de 0,1 kgf selon les conditions de la norme ISO 6507-1
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 77

La restauration statique dépend de la température et du temps de recuit. Les données


expérimentales sur la figure 3-1 montrent que la restauration entraîne une chute significative
de la dureté dans les premières minutes du traitement thermique. Plus la température est
élevée (pour un même état de déformation) et plus le phénomène de restauration diminue
l’énergie stockée dans le matériau. Par la suite, pour des temps supérieurs à 15 min et quelle
que soit la température, le phénomène est beaucoup plus lent. La dureté Vickers semble
même tendre vers une valeur asymptotique.

150
700°C
800°C
140
900°C
1000°C
130
Dureté Vickers HV0,1

120

110

100

90

80
0 20 40 60 80 100 120
Temps de recuit (min)
Figure 3-1. Evolution de la dureté Vickers HV0,1 du tantale en fonction du temps de recuit dans des zones en
restauration pour une déformation équivalente de 1,3 (données extraites de (Hupalo & Sandim 2001))

La valeur asymptotique vers laquelle tend la dureté dépend de la température de re-


cuit mais également de l’état microstructural issu de la déformation plastique. Le niveau de
déformation seul ne permet pas de rendre compte de la microstructure. Il faut également
prendre en compte la vitesse de déformation. Ne connaissant pas la vitesse de déformation,
on la suppose identique pour tous les essais. La figure 3-2 présente l’évolution de la valeur de
la dureté Vickers HV0,1 au bout de 2 h de recuit en fonction de la température pour trois ni-
veaux de déformation. Cette valeur sera considérée comme proche de la valeur asymptotique
de la dureté. Il est assez immédiat de constater que la valeur de dureté HV0,1 au bout de 2 h
de recuit diminue fortement lorsque la température augmente. Pour les deux niveaux de dé-
formation les plus faibles, la dureté évolue de la même manière et la différence de niveau de
déformation n’est pas réellement significative. Pour le niveau de déformation le plus élevé, la
pente d’évolution de la dureté en fonction de la température est plus élevée et permet fina-
lement à la dureté « asymptotique » à 1000°C de devenir comparable à celles des deux autres
niveaux.
78 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR

130
ε = 1,3
125
ε = 2,8
120
ε= 5
115

Dureté Vickers HV0,1 110

105

100

95

90

85

80
600 650 700 750 800 850 900 950 1000 1050 1100
Température de recuit (°C)
Figure 3-2. Valeur de la dureté Vickers HV0,1 au bout de 2 h de recuit en fonction de la température et de la
déformation initiale (données extraites de (Hupalo & Sandim 2001))

Malheureusement, la valeur de la dureté Vickers HV0,1 du matériau avant déforma-


tion donnée dans ces travaux (Hupalo & Sandim 2001; Sandim et al. 2000) semble erronée.
Dans le texte, il est évoqué une dureté de 66 HV5 alors que sur les figures apparaît une dureté
de 66 HV0,1. La valeur la plus probable serait 66 HV5. On peut ainsi uniquement estimer une
valeur de 85-86 HV0,1 pour le matériau initial à partir des mesures de dureté HV0,1 réalisées
sur le matériau déformé puis recristallisé à 1100°C. En comparant les données des figures 3-1
et 3-2 à cette valeur hypothétique de dureté du matériau recristallisé, la restauration statique
dans le tantale ne permet pas d’effacer complètement l’énergie stockée au cours de la défor-
mation. Cette notion de valeur asymptotique de l’énergie stockée au cours de la restauration
statique du tantale a également été évoquée dans d’autres travaux (Houillon 2009; Stüwe et
al. 2002).
Les données expérimentales extraites des travaux de (Hupalo & Sandim 2001) permet-
tent également de dire que les premiers signes d’évolution de la microstructure apparaissent
dès 600°C. Cela signifie que le temps passé au dessus de cette température est à prendre en
compte si l’on veut suivre l’évolution de l’énergie stockée. Il est cependant assez rare que dans
les études de recristallisation et de restauration menées sur le tantale, la vitesse de montée en
température soit spécifiée. Sans cette donnée, les résultats deviennent plus difficiles à compa-
rer car la restauration au cours du chauffage a en principe un effet sur la recristallisation (voir
section I.2. de cette partie).

2. Recristallisation statique discontinue

Dans la littérature, la recristallisation statique du tantale a été étudiée d’un point de


vue macroscopique afin de déterminer les conditions de traitements thermomécaniques per-
mettant de recristalliser le matériau. Nous verrons également qu’un effort important a été
porté sur la compréhension des mécanismes locaux de recristallisation. Les différentes études
ont été réalisées sur des échantillons de tantale pur (avec différents taux d’impuretés) défor-
més à froid par des procédés permettant de grandes déformations :
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 79

 ECAE (Equal Channel Angle Extrusion) (Hartwig et al. 2002; Mathaudhu &
Hartwig 2006)
 « Swaging » (Hupalo & Sandim 2001; Sandim et al. 1999) qui consiste à réduire
le diamètre d’un barreau par compression radiale.
 Laminage (Vandermeer & Snyder 1979; Raabe et al. 1994; Sandim et al. 2001;
Sandim et al. 2005; Martorano et al. 2007)

A. INFLUENCE DES PARAMETRES THERMOMECANIQUES DU PROCEDE

Deux études portent particulièrement sur la caractérisation macroscopique de la re-


cristallisation du tantale dans le cas de déformations obtenues par ECAE ((Hartwig et al. 2002),
travaux complétés assez largement par la suite (Mathaudhu & Hartwig 2006)), et par « swa-
ging » (Hupalo & Sandim 2001). Ces travaux utilisent la méthode de la microdureté Vickers
pour caractériser la recristallisation en fonction de la température de recuit pour un temps de
recuit donné. Ils se basent sur le fait que la fraction recristallisée augmentant, la dureté du
matériau chute pour atteindre la dureté du matériau sans défauts lorsque qu’il sera 100% re-
cristallisé. Cependant ces deux études ne sont pas strictement comparables, les temps de re-
cuit ne sont pas les mêmes et la microdureté Vickers n’est pas réalisée avec la même charge.
Les résultats les plus probants sont extraits de (Mathaudhu & Hartwig 2006) et sont
présentés sur la figure 3-3. La courbe représente l’évolution de la dureté en fonction de la
température pour des recuits de 90 min. La dureté évolue peu avant 600°C ce qui est le signe
que la microstructure évolue peu ou pas. Au dessus de 1100°C, le matériau présente la dureté
du tantale recristallisé sous une charge de 0,3 kgf et ceci quel que soit le niveau de déforma-
tion équivalente. Entre 800°C et 1100°C, la dureté chute brutalement, traduisant une modifica-
tion significative de la microstructure, par recristallisation. Il n’est pas simple, à partir de ces
courbes, de déterminer la température à laquelle la recristallisation va se déclencher car entre
600 et 800°C la diminution de dureté peut être due soit à la restauration, soit au début de la
recristallisation. En revanche, il semble que la température pour laquelle, en 90 min, le tantale
recristallise à 100%, dépend de la quantité de déformation. Plus la déformation équivalente va
être élevée et plus la température de recristallisation totale sera faible.
250
ε = 1,15
230
ε = 2,3
210 ε = 4,6

190
Dureté Vickers HV0,3

170

150

130
ECAE
110 Temps de recuit: 1h30

90

70
0 200 400 600 800 1000 1200 1400
Température (°C)
Figure 3-3. Dureté Vickers HV0,3 du tantale déformé par ECAE après recuit de 90 min à différentes températures
et pour trois niveaux de déformation (Mathaudhu & Hartwig 2006)
80 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR

Les travaux menés sur la recristallisation du tantale déformé par « swaging » (Hupalo &
Sandim 2001) apportent quelques éléments supplémentaires en termes de cinétiques de re-
cristallisation. Les informations qui sont données discriminent trois états de la microstructure
en fonction du temps de recuit, de la température et de la déformation équivalente initiale :
restauré, partiellement recristallisé et totalement recristallisé. Quelle que soit la déformation
(dans la gamme considérée supérieure à 1,3), la recristallisation est complète pour une tempé-
rature de 1100°C à partir de 15 min de traitement. A partir de cette analyse qualitative de la
recristallisation, on peut construire une « carte de recristallisation » pour chaque niveau de
déformation (figure 3-4). On retrouve le fait que la recristallisation débute à température plus
basse lorsque la déformation augmente. Il apparaît que la température de recristallisation
totale ne diminue pas pour une déformation croissante.
Du point de vue des paramètres du procédé, la recristallisation du tantale pur va éga-
lement dépendre de la vitesse à laquelle le palier thermique est atteint (Beckenhauer et al.
1993). Pour un état de déformation donné, la température à partir de laquelle se déclenche la
recristallisation diminue lorsque la vitesse de chauffage augmente (figure 3-5.a). Le fait que la
recristallisation se déclenche plus tôt est lié à la diminution de l’énergie stockée par restaura-
tion qui est moindre lorsque le chauffage est rapide. Précédemment, nous avons pu voir que la
restauration était active dès 600°C, il est donc intéressant de considérer ce problème en
termes de temps passé au dessus de 600°C (figure 3-5.b). On observe bien sûr que plus le
temps passé au dessus de 600°C est long, plus la recristallisation se déclenche tard. La baisse
de la température de recristallisation est plus importante pour les temps faibles (vitesse de
chauffage rapide) que pour les temps plus élevés. Cette observation est par ailleurs cohérente
avec les données de la figure 3-1, montrant que la restauration est très active sur les 15 pre-
mières minutes de traitement. Des études similaires ont été réalisées sur l’aluminium (Attallah
et al. 2010) et sur le molybdène (Primig et al. 2012) montrant bien l’influence de la restaura-
tion sur la recristallisation. D’autres travaux ont cherché à modéliser cette influence de la res-
tauration sur la recristallisation (Stüwe et al. 2002; Brechet et al. 2009; Price 1989). Certains de
ces auteurs suggèrent que la restauration pourrait également avoir pour effet de faciliter la
recristallisation en aidant à la formation des germes. La température de début de recristallisa-
tion serait alors plus basse, ce que l’on n’observe pas ici.
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 81

εeq = 1,3
1100
RECRISTALLISATION TOTALE

Zone d'incertitude

1000

Température de recuit (°C)


RECRISTALLISATION PARTIELLE

900

Zone d'incertitude

800

RESTAURATION

700
15 30 45 60 75 90 105 120
Temps de recuit (min)

εeq = 2,8
1100
RECRISTALLISATION TOTALE

Zone d'incertitude

1000
Température de recuit (°C)

RECRISTALLISATION PARTIELLE

900

800 Zone d'incertitude

RESTAURATION

700
15 30 45 60 75 90 105 120
Temps de recuit (min)

εeq = 5
1100
RECRISTALLISATION TOTALE

Zone d'incertitude

1000
Température de recuit (°C)

900
RECRISTALLISATION PARTIELLE

800

Zone d'incertitude
RESTAURATION
700
15 30 45 60 75 90 105 120
Temps de recuit (min)

Figure 3-4. "Cartes de recristallisation" pour différents niveaux de déformation (construites à partir de (Hupalo &
Sandim 2001))
82 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR

(a) (b)
1200 1200
Pour un état de déformation donné Pour un état de déformation donné

1100 1100

Temprétaure de débute de recristallisation (°C)


Température de début de recristallisation (°C)

1000 1000

900 900

800 800

700 700

600 600
1 10 100 1000 10000 0 20 40 60 80 100 120 140
Vitesse de chauffage (°C/min) Temps passé au dessus de 600°C (min)

Figure 3-5. Effet de la vitesse de chauffage (a) et du temps passé au dessus de 600°C (b) sur la température de
début de recristallisation (Beckenhauer et al. 1993)

B. LA RECRISTALLISATION A L’ECHELLE GRANULAIRE

L’observation en détails de la microstructure d’un échantillon de tantale recristallisé


(Hupalo & Sandim 2001) montre très clairement que l’approche macroscopique supposant la
recristallisation homogène est rapidement mise en défaut. Différentes observations montrent
l’inhomogénéité de la microstructure du tantale recristallisé ou partiellement recristallisé :
 Présence de grains restaurés subsistant dans une microstructure recristallisée quasi to-
talement (figure 3-6.a),
 Différence notable de taille de grains par « régions » correspondant aux anciens grains
déformés (figure 3-6.b).
(a) (b)

Grains recristallisés

Grain restauré
Figure 3-6. Inhomogénéités d'une microstructure recristallisée (micrographies MEB/BSE)
(a) présence d'un grain restauré (grain inférieur) dans une structure recristallisée. A noter la différence de taille
de grains au niveau de l’interface avec le grain restauré (Sandim et al. 2005)
(b) hétérogénéité de taille de grains (Hupalo & Sandim 2001)

Cette hétérogénéité de la microstructure recristallisée est due à l’hétérogénéité de la


microstructure après déformation. Dans la partie 2, nous avons pu montrer que certains grains
formaient une sous-structure de dislocations alors que d’autres présentaient plutôt une densi-
té de dislocations uniforme. La formation de cette sous-structure est reliée à la stabilité de
l’orientation cristallographique pendant la déformation considérée. Dans le tantale, la germi-
nation est favorisée par la présence de la sous-structure après déformation. Certains sous-
grains, ou cellules, agiront en effet comme des germes potentiels pour la recristallisation
(Sandim et al. 1999). Les grains présentant une sous-structure de déformation vont ainsi po-
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 83

tentiellement recristalliser alors que les autres grains seront plus enclins à restaurer. C'est ce
qui a pu être observé par Vandermeer (Vandermeer & Snyder 1979) sur des monocristaux de
tantale.
Dans la microstructure recristallisée, de plus gros grains recristallisés peuvent être ob-
servés aux interfaces entre zones recristallisées et grains restaurés (figure 3-6.a). Les germes
activés dans cette zone ont en fait cru dans le grain voisin restauré pour consommer l'énergie
restante dans celui-ci (Sandim et al. 2005). Cependant, les grains d’orientations cristallogra-
phiques les plus stables pendant la déformation peuvent ne pas présenter suffisamment
d'énergie stockée pour permettre le mouvement des joints des grains recristallisés à leur dé-
triment. Ces grains se contentent donc de restaurer, et se retrouveront donc dans la micros-
tructure finale de la pièce recuite même après un recuit à températures élevées (1400°C).
A l'intérieur d'un grain pouvant recristalliser, il a été observé dans plusieurs travaux,
principalement ceux de Sandim (Sandim et al. 2001; Hupalo & Sandim 2001; Sandim et al.
2005), que les premiers sites de germination se situent aux abords des joints de grains. Ceci n'a
rien de surprenant étant donné que ces zones présentent de fortes perturbations des orienta-
tions cristallographiques avec des gradients forts impliquant une densité de dislocations loca-
lement plus élevée (Hirth 1972). Cependant, il a également été noté que des germes pouvaient
apparaître au cœur des grains (Sandim et al. 2001). Ce phénomène a été rarement observé et
pourrait résulter d'un effet de l'observation 2D d'une structure 3D. D'autres hétérogénéités de
déformation telles que les bandes de déformation localisée et de cisaillement sont également
des sites préférentiels pour la germination et pourraient également expliquer l’observation de
germes au cœur des grains.
Une fois le germe potentiel activé, s'en suit la phase de croissance qui va donner le
grain recristallisé libre de dislocations. La force motrice de cette croissance est la consomma-
tion de l'énergie stockée dans la matrice déformée. Il a cependant été noté que la taille de
grains après traitement thermique n'était pas homogène (figure 3-6.b) (Hupalo & Sandim
2001; Sandim et al. 2005), cependant cette hétérogénéité diminue lorsque la déformation
précédent le traitement thermique augmente (figure 3-7). La taille de grains est reliée au
nombre de germes localement activés. Lorsque le nombre de germes activés est localement
important, les grains recristallisés entrent donc rapidement en contact ce qui limite leur crois-
sance. La différence locale d’activation des germes peut être expliquée par l’hétérogénéité de
microstructure intragranulaire à la fois entre le centre des grains et les joints de grains et entre
grains d’orientations cristallographiques différentes. L’hétérogénéité de microstructure intra-
granulaire à l’état déformé diminue lorsque la déformation macroscopique augmente, la taille
de grains recristallisés sera donc petite (grand nombre de germes activés) et relativement ho-
mogène.
84 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR

12
ε = 1,15

10 ε = 2,3
ε = 4,6

8
% de grains

0
0 20 40 60 80 100 120 140 160
Taille de grains (µm)
Figure 3-7. Distributions de taille de grains de microstructures recristallisées pour trois niveaux de déformation
en ECAE (Mathaudhu & Hartwig 2006)

C. TEXTURE DE RECRISTALLISATION

La texture de recristallisation des matériaux de structure cubique centrée a principa-


lement été caractérisée après une déformation en laminage (Humphreys & Hatherly 2004).
C’est également le cas du tantale (Raabe et al. 1994; Sandim et al. 2001; Sandim et al. 2005;
Briant et al. 2000) même si une tentative a également été faite après une déformation en for-
geage (Briant et al. 2000).
La texture de recristallisation peut se décrire assez simplement par deux fibres égale-
ment utilisées pour décrire les textures de déformation dans les métaux de structure cubique
centrée (Humphreys & Hatherly 2004) :
 Fibre α : ensemble des orientations cristallographiques pour lesquelles la
direction <110> est parallèle à la direction de laminage. Le long de cette
fibre les orientations les plus remarquables en terme d’intensité sont
{001}<110>, {112}<110>, {111}<110>.
 Fibre γ : ensemble des orientations cristallographiques pour lesquelles la
direction <111> est parallèle à la direction normale à la tôle laminée. Les
composantes principales de cette fibre sont les orientations {111}<110>,
{111}<112>, {111}<123>.
Dans l’espace des angles d’Euler déterminés selon la convention proposée par Bunge
(Bunge 1982), il est donc courant de représenter la fonction de distribution des orientations
dans le plan (φ1, Φ, φ2 = 45°) dans lequel on retrouve les fibres α et γ (figure 3-8).
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 85

φ1
0° 90°
(001)[110]
φ2 = 45
Φ

(112)[110]
F
i
b Fibre γ
r
(111)[110] (111)[121] (111)[011] (111)[112]
e

α
(110)[110]
90°

Figure 3-8. Représentation des fibres α et γ dans la coupe à φ2 = 45° de l'espace des angles d'Euler (Humphreys &
Hatherly 2004)

La texture de recristallisation du tantale pour une déformation en laminage à froid


présente les caractéristiques d’une texture de recristallisation classique après une déformation
en laminage pour les métaux de structure cubique centrée. Sur la figure 3-9, on constate que
l’intensité des orientations de la fibre α comprises entre {001}<110> et {112}<110> diminue
alors que l’intensité des orientations de la fibre γ augmente. Cette texture de recristallisation a
été expliquée dans le cas des aciers bas carbone par une germination préférentielle dans les
grains d’orientation proche de celles de la fibre γ. En effet la germination de la recristallisation
sera due à de la croissance anormale des sous-grains formés au cours de la déformation dans
la fibre γ (Dillamore et al. 1967).

{001} {112} {111} {110} {111} {111}


<110> <110> <110> <110> <110> <112>
20 20

Fibre α Après laminage (70 %)


1200°C-1h
Fibre γ
1300°C - 1h

15 15

1  0
 2  45
Intensité

10 10

5 5

  55
 2  45
0 0
0 30 60 90 60 75 90
Φ( ) φ1 ( )

Figure 3-9. Texture de recristallisation dans du tantale déformé par laminage à froid puis recuit à deux
températures pendant 1h (données extraites de (Raabe et al. 1994))

3. Croissance de grains

Très peu d’auteurs évoquent la croissance de grains après recristallisation complète du


tantale (Hupalo & Sandim 2001; Mathaudhu & Hartwig 2006). Les données de la figure 3-10
traduisent l’évolution de la taille de grains à 1100°C d’une microstructure recristallisée à 100%.
86 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR

Cette figure permet également de montrer l’influence de la déformation avant recristallisation


sur la cinétique de croissance de grains. Il est assez clair que quel que soit le niveau de défor-
mation, la taille de grains moyenne va augmenter au cours du traitement thermique. La mi-
crostructure étant 100% recristallisée, la force motrice pour le mouvement des joints de grains
est due à la courbure des joints de grains. Ainsi, les plus gros grains vont croître aux dépens
des plus petits grains de leur voisinage. La figure 3-10 montre que le niveau de déformation
avant recristallisation influence particulièrement la taille de grain moyenne en fin de recristalli-
sation. Ce niveau de déformation influence également la distribution de taille de grains (figure
3-7).
La cinétique de croissance des grains d’une microstructure recristallisée dépend à la
fois de la taille moyenne des grains mais également de la distribution de ces tailles. En effet, on
note sur la figure 3-10 que pour deux microstructures 100% recristallisées ayant la même taille
de grains moyenne la cinétique de croissance est différente. Pour un même matériau, seule
l’hétérogénéité de taille de grains est responsable d’un tel phénomène. Dans le cas d’une mi-
crostructure recristallisée hétérogène, les gros grains vont avoir plus de facilité à croître au
départ aux dépens des petits grains, ce qui va accélérer la croissance de grains par rapport à un
cas plus homogène. Une fois que tous les petits grains auront disparu, la taille moyenne des
grains va augmenter plus lentement. On suspecte donc une microstructure moins homogène
pour une déformation équivalente de 1,3 par rapport à l’échantillon déformé à 2,8.

250
Température de recuit 1100°C
ε = 1,3
ε = 2,8
200
Taille de grains moyenne (µm)

ε= 5

150
microstructure
100%
recristallisée
100

50

0
0 20 40 60 80 100 120
Temps de recuit (min)
Figure 3-10. Croissance de grains d'échantillons en tantale 100% recristallisés à une température de 1100°C pour
trois niveaux de déformation en « swaging » avant recristallisation (Hupalo & Sandim 2001)

Il est surprenant de noter que la taille de grains augmente brutalement à partir de 60


min de traitement pour les deux niveaux de déformation les plus faibles. L’hétérogénéité de
taille de grains ne peut pas expliquer l’augmentation brutale de cette taille de grains moyenne,
puisqu’au bout de 60 min celle-ci a dû, au contraire, diminuer. On peut alors envisager une
croissance anormale de certains grains dans la microstructure pour expliquer ce phénomène,
par un mécanisme qu’il faudrait investiguer.
La température du recuit va également influencer la cinétique de croissance de grains.
La figure 3-11 met en évidence l’augmentation de la taille de grains d’une microstructure re-
cristallisée lorsque la température augmente pour un même temps de recuit (ici 90 min). Les
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 87

traitements thermiques sont appliqués à des microstructures déformées et chaque taille de


grains résulte de la recristallisation puis de la croissance de grains. L’étape de recristallisation
de la microstructure étant réalisée à différentes températures, il est difficile d’attribuer la va-
riation de taille de grains uniquement à la croissance de grains. En effet, pour une déformation
donnée, la microstructure de départ pour la croissance de grains peut ne pas être la même en
termes de taille de grains moyenne et de sa dispersion car elle dépend de la température du
recuit. Un recuit à plus haute température entraîne en général une taille de grains plus petite
en fin de recristallisation (la densité de germes augmente avec la température (Doherty et al.
1997)) et la cinétique de recristallisation est plus rapide. A durée de palier thermique cons-
tante, le temps laissé à la croissance de grains est alors plus grand et cette croissance est accé-
lérée du fait de l’augmentation de la mobilité des joints de grains. La dispersion de la taille de
grains en fin de recristallisation va favoriser le développement des gros grains aux dépens des
très petits, ce qui va avoir pour effet de faire augmenter rapidement la taille de grains
moyenne. Cet effet est exacerbé lorsque la température augmente et l’on observe, pour les
niveaux de déformations les plus faibles, que la taille de grains moyenne augmente très signifi-
cativement au dessus de 1200°C. Dans le cas du niveau de déformation le plus important, les
microstructures intragranulaires étant plutôt homogènes, on peut supposer que la taille de
grains en fin de recristallisation est peu dispersée. La croissance de grains sera donc plus pro-
gressive.

400

ε = 1,15 Temps de recuit 90 min


350
ε = 2,3
Taille de grains moyenne (µm)

300 ε = 4,6

250

200

150

100

50

0
900 950 1000 1050 1100 1150 1200 1250 1300 1350 1400
Température de recuit (°C)
Figure 3-11. Taille de grains d'échantillons de tantale recristallisés en fonction de la température de recuit (90
min) pour trois niveaux de déformation en ECAE avant recristallisation (Mathaudhu & Hartwig 2006)

4. Bilan

La littérature existante sur les évolutions microstructurales du tantale pendant un trai-


tement thermique est assez restreinte mais en explore tous les aspects (restauration statique,
recristallisation statique discontinue et croissance de grains).

Restauration
Nous avons pu constater que la restauration était active dans le tantale à partir de
600°C. Cette restauration peut avoir une grande influence sur la recristallisation qui va suivre.
88 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR

Il est donc important de considérer pour tout traitement thermique le temps passé au dessus
de 600°C.

Recristallisation
La recristallisation dans le tantale est un phénomène discontinu basé sur le processus
de germination/croissance. Suivant le niveau de déformation et la vitesse de chauffage, elle se
déclenche entre 700°C et 1100°C. Très peu de données sont disponibles sur les cinétiques,
c'est-à-dire sur l’évolution de la fraction recristallisée en fonction du temps de recuit et de la
température. On peut noter qu’à 1100°C la recristallisation totale d’une microstructure de
tantale déformé en « cold swaging » se fait en moins de 15 min quel que soit le niveau de dé-
formation équivalente (dans la gamme de déformation considérée > 1,3).
La majorité des travaux ont montré que la recristallisation du tantale était très hétéro-
gène à l’échelle de la microstructure. Le déclenchement de la recristallisation ainsi que la den-
sité de germes vont énormément dépendre de l’orientation cristallographique du grain défor-
mé et de son comportement induit pendant la déformation. La microstructure en fin de recris-
tallisation présente donc des hétérogénéités en termes de taille de grains et il se peut que des
grains non recristallisés subsistent dans la microstructure.
La texture de recristallisation du tantale a principalement été caractérisée pour une
déformation en laminage à froid. Elle présente les caractéristiques d’une texture de recristalli-
sation classique après une déformation en laminage pour les métaux de structure cubique
centrée avec une fibre γ renforcée et une fibre α affaiblie.

Croissance de grains
Les données disponibles de croissance de grains permettent de montrer que la vitesse
d’augmentation de la taille moyenne des grains d’une microstructure entièrement recristalli-
sée dépend du temps, de la température et de la distribution de taille de grains en fin de re-
cristallisation. Si la taille de grains est homogène, la vitesse de croissance moyenne sera relati-
vement constante en fonction du temps.

II. ETUDE DE LA RECRISTALLISATION DU TANTALE ET IDENTIFICATION D’UNE


LOI DE RESTAURATION

Dans la suite de cette partie, nous allons compléter les données de la littérature par de
nouvelles caractérisations de la recristallisation du tantale. Tout d’abord, étant donné la modi-
fication de la loi de conversion entre la dureté Vickers et la densité de dislocations équivalente
(partie 2), la loi de restauration du tantale proposée dans (Houillon 2009) sera réidentifiée.
Après avoir montré les phénomènes de recristallisation et de croissance de grains grâce à une
technique innovante de traitement thermique in situ, nous allons nous focaliser sur l’évolution
de la fraction recristallisée en fonction du temps dans la gamme de température 1000°C-
1100°C. L’intérêt sera d’évaluer l’influence des paramètres thermomécaniques sur la recristal-
lisation et la croissance de grains et de produire un jeu de données expérimentales afin de
calibrer puis de valider le modèle de recristallisation développé dans la première partie.
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 89

1. Identification des paramètres de la loi de restauration du tantale

La loi de restauration utilisée dans (Houillon 2009) présentée dans la partie 1 (équation
1.19) doit être réidentifiée car la loi de conversion dureté Vickers / densité de dislocations
équivalente a été modifiée (voir partie 2 section II.2).

Equation 1.19

Nous allons réutiliser les expériences réalisées par (Houillon 2009) pour identifier les
paramètres de cette loi et convertir les niveaux de dureté en densité de dislocations équiva-
lente à l’aide de la nouvelle relation de conversion.
Quatre échantillons de compression présentant quatre niveaux de dureté différents
sont traités à 600°C (palier de 45 min) et à 800°C (palier de 36 min) avec une pente de chauf-
fage d’environ 20°C/min. Une mesure de dureté Vickers HV0,3 /5 est alors réalisée après trai-
tement thermique. Dans ces gammes de température et pour ces échantillons, il n’y a pas de
recristallisation. Le tableau 3-1 récapitule les traitements réalisés, les mesures de dureté Vic-
kers et leurs conversions en densité de dislocations équivalente.

Tableau 3- 1. Données expérimentales utilisées pour identifier les paramètres de la loi de restauration
avant traitement après traitement
Echantillon Traitement thermique
HV0,3 /5 ρeq HV0,3 /5 ρeq
1 600°C / 4440 s 177 20,9 157 12
2 600°C / 4440 s 170 17,3 161 13,5
3 800°C / 4500 s 163 14,3 139 6,8
4 800°C / 4500 s 160 13,1 134 5,7

Les paramètres de la loi à identifier sont : λ, ρinf et Qr. Par minimisation de l’erreur au
sens des moindres carrés, on obtient les valeurs suivantes :

Des mesures à des temps intermédiaires seraient nécessaires pour valider notamment
la forme de la loi de restauration. On peut néanmoins voir que cette loi prédit une activité
significative de la restauration à partir d’environ 600°C (figure 3-12), observation cohérente
avec les résultats de la littérature vus dans la section I.1 de cette partie.
90 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR

16

Densité de dislocations équivalente relative


14

12

10

0
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900
Température (°C)

Figure 3-12. Evolution de la densité de dislocations par restauration statique en fonction de la température

2. Observation et caractérisation de la recristallisation statique : traite-


ments thermiques in situ couplés à la technique EBSD

Les évolutions microstructurales lors d’un traitement thermique sont le plus généra-
lement étudiées d’un point de vue statistique à partir d’échantillons « volumiques » afin
d’obtenir des cinétiques de recristallisation, des tailles de grains ou des textures en fonction
des paramètres thermomécaniques. Dans cette étude sur la recristallisation du tantale, nous
avons opté pour l’observation de l’évolution d’une zone donnée d’une section métallogra-
phique. Une platine chauffante a été réalisée au CEntre de Mise En Forme des matériaux à
partir de celle développée par (Liao et al. 1998) pour être utilisée à l’intérieur de la chambre
d’un Microscope Electronique à Balayage (MEB). L’échantillon monté sur la platine peut ainsi
subir une série de traitements thermiques sous vide secondaire avec des rampes de tempéra-
tures contrôlées pouvant être très rapides (100°C/s) (Bozzolo et al. 2012). Après chaque trai-
tement, les évolutions microstructurales sont mises en évidence grâce à la technique EBSD. Ce
système de chauffage a permis d’atteindre des températures entre 750°C et 1030°C pour cette
étude, et des températures similaires ont été utilisées dans d’autres études réalisées avec le
même système sur un acier 304L (Ke Huang 2011), des alliages de Zirconium (Gaudout 2009) et
déjà sur du tantale (Houillon 2009). Cette gamme de température est supérieure à celles dé-
crites dans la littérature pour d’autres systèmes de chauffage similaires. De plus, les évolutions
microstructurales de la plupart des métaux ayant un intérêt industriel interviennent à ces
températures.
Nous allons donc appliquer ce système à un échantillon de tantale déformé à froid afin
d’observer la recristallisation et la croissance de grains. Cette expérience sera l’occasion de
décrire comment il est possible d’analyser et quantifier la recristallisation par la technique
EBSD. L’objectif sera également de voir dans quelle mesure il est possible d’extraire des don-
nées quantitatives utiles pour le modèle comme la mobilité des joints de grains ou la vitesse de
germination. Cette technique étant plutôt nouvelle, nous essayerons également de mettre en
lumière les artefacts possibles et d’évaluer leur influence sur l’analyse quantitative des méca-
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 91

nismes locaux de recristallisation et de croissance de grains. Ce travail a fait l’objet d’une pu-
blication soumise à « Journal of Microscopy – Oxford ».

A. DISPOSITIF ET PROCEDURE EXPERIMENTALE

Un échantillon de 3mm x 5mm d’une pièce en tantale de haute pureté sévèrement


déformé à froid a été prélevé puis poli jusqu’à ce qu’il atteigne une épaisseur d’environ
300µm. L’échantillon a ensuite été attaqué pendant 45-60s dans une solution ¼ HF + ¾ HNO3
pour obtenir l’état de surface nécessaire à une analyse EBSD. Cette technique de préparation
d’un échantillon de tantale pour une analyse EBSD avec une attaque à l’acide fluorhydrique est
décrite dans l’annexe A3.
Le système de chauffage (Bozzolo et al. 2012) est monté à l’intérieur de la chambre
d’un microscope électronique à balayage XL30 ESEM équipé d’un système EBSD TSL-EDAX. La
platine est alors positionnée afin que la surface analysée soit inclinée à 70° pour se placer dans
les conditions d’acquisition des données en EBSD (figure 3-13). L’échantillon est soudé sur un
ruban de tantale très fin (30 µm). Le ruban de tantale est chauffé par effet Joule, chauffant
ainsi l’échantillon par conduction. La température est mesurée et contrôlée par deux thermo-
couples soudés sur la surface de l’échantillon.

Figure 3-13. Vue schématique du dispositif de traitement thermique in situ

D’après la revue bibliographique réalisée en annexe (annexe A7), ce système semble le


plus adapté pour mettre en évidence de manière originale la recristallisation et la croissance
de grains dans le tantale. Il va permettre d’atteindre les températures caractéristiques pour le
déclenchement de la recristallisation du tantale (entre 800 et 1100°C). La vitesse de chauffage
rapide permet également de ne pas perturber le déclenchement de la recristallisation par une
restauration possible lors de la montée en température.
L’échantillon de tantale a été soumis à 9 traitements thermiques (figure 3-14) succes-
sifs d’une température de 1030°C au départ pour déclencher la recristallisation, à une tempé-
rature de 750°C par la suite pour ralentir la cinétique de recristallisation et de croissance de
grains, afin de pouvoir capter ces évolutions de la microstructure. Le temps de chaque traite-
ment thermique a été ajusté en fonction des cinétiques propres à chaque évolution métallur-
gique. Entre chacun de ces traitements, la microstructure a été analysée par EBSD.
92 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR

1200

2
1000
5

Température (°C)
800
5 5 10 20 60 120 180

600

400

200

(1) (2) (3) (4) (5 ) (6) (7) (8) (9)


0
0 100 200 300 400 500 600
Temps (s)

Figure 3-14. Séquence des traitements thermiques subis par l'échantillon de tantale sévèrement déformé à froid
(le temps de chaque traitement est indiqué au dessus du palier et chaque étape de la séquence est identifiée par
un chiffre entre parenthèses)

B. ANALYSE DES MICROSTRUCTURES DE RECUIT PAR EBSD

Dans le cas de cette expérience in situ, les mesures EBSD ont été réalisées avec un sys-
tème TSL-EDAX. Les conditions d’acquisition de ces données ont été ajustées de manière à
trouver un compromis entre la qualité des clichés de diffraction, la résolution spatiale et le
temps d’acquisition. Le pas de mesure est de 2 µm pour une cartographie de 350 µm x 600
µm. Les cartographies ont ensuite été analysées avec le logiciel TSL OIM Data Analysis. Une
désorientation minimale de 5° a été choisie pour définir les joints de grains et les pixels ayant
une désorientation supérieure à 5° avec l’ensemble de leurs premiers voisins sont considérés
comme mal indexés. Ces pixels ne seront pas pris en compte et apparaîtront en noir sur les
cartographies EBSD, comme pour les points non indexés. Les grains recristallisés sont identifiés
à partir de la méthode décrite dans l’annexe A8.
Le premier résultat que l’on obtient grâce au système de recuit in situ couplé à
l’analyse EBSD est l’observation quasi directe de la progression de la recristallisation et de la
croissance de grains pour une microstructure locale donnée (figure 3-15). Sur cette figure, les
phénomènes de germination et croissance peuvent clairement être observés entre l’étape 1 et
l’étape 5. Les quatre étapes suivantes montrent la croissance de grains après recristallisation
totale de la microstructure. Les différents stades identifiés sur cette figure vont être analysés
plus en détails dans la suite.
La surface analysée avec cette technique est petite en comparaison de surfaces néces-
saires pour réaliser une analyse statistique de la recristallisation. Le comportement observé
n’est donc pas représentatif du matériau en termes de taille de grains moyenne, de texture
globale ou encore d’énergie stockée macroscopique. La technique de recuit in situ donne accès
aux mécanismes locaux de recristallisation et de croissance de grains. Une cinétique de recris-
tallisation représentative pourrait être mesurée uniquement si le nombre de grains était statis-
tiquement représentatif du matériau dans la zone analysée.
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 93

Figure 3-15. Evolution de la microstructure pendant la séquence de traitement thermique (cartographies d’IQ
[Image Quality] obtenues par l’analyse EBSD)

C. GERMINATION

La recristallisation statique discontinue est basée sur le processus de germina-


tion/croissance. Cependant, une distinction claire entre ces deux stades est difficile (B.
Hutchinson 1992). La germination est définie comme l’instant auquel un petit élément de vo-
lume du matériau a atteint les conditions critiques pour croître dans la matrice déformée.
Lorsqu’un nouveau grain recristallisé est identifié dans la microstructure, cela signifie qu’un
germe a été « activé » et a crû. Cette phase transitoire qu’est la germination est ainsi indirec-
tement observée par l’apparition de nouveaux grains dans la microstructure. Il est également
bon de noter que cette analyse dépend également de la résolution spatiale de l’analyse EBSD.
De nouveaux grains recristallisés pourront être détectés plus tôt si la résolution spatiale est
plus élevée.
La germination va principalement être observée à l’étape 1 de la séquence de traite-
ments thermiques (étape 1 – figure 3-15) mais de nouveaux grains recristallisés vont égale-
ment apparaître de manière continue jusqu’au stade 5 (figure 3-16.a). A partir du nombre de
nouveaux grains apparus par unité de surface et de temps, on peut estimer un taux de germi-
nation par :
Equation 3.1

Avec N le nombre de nouveaux grains apparus sur la surface observée S (350 µm x 600
µm) pendant un traitement thermique de temps t. Les évolutions temporelles du nombre de
grains recristallisés et du taux de germination sont présentées figure 3-16. Le taux de germina-
tion la plus élevée correspond au premier traitement thermique réalisé à la plus haute tempé-
94 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR

rature (1030°C) (figure 3-16.a). A ce stade, le taux de germination est de 2,3 x 108 m-2.s-1. Dans
les étapes suivantes, la diminution de température ainsi que la réduction du nombre de sites
de germination potentiels entraîne une diminution du taux de germination (figure 3-16.b). Il
est important de préciser que certains des grains observés sur la surface pourraient provenir
de la croissance de grains recristallisés apparus plus tôt à une certaine distance sous la surface
libre. Ce biais ne peut être évité qu’en réalisant une expérience 3D.
(a) (b)
200 1,00E+09

180
5 7
3 1
160 6 9
4
8
Nombre de grains recristallisés

Taux de germination (m -2.s-1)


140
2 1,00E+08
120

100 2 3
1
80
1,00E+07
60

40
5
20

0 1,00E+06
0 50 100 150 200 250 300 350 400 450 0 5 10 15 20 25 30
Temps (s) Temps (s)

Figure 3-16. (a) Evolution du nombre de grains recristallisés pendant la séquence de traitements thermiques
(b) Taux de germination estimé pour les étapes 1, 2, 3 et 5

Pour être activé à une température donnée, un germe doit remplir 2 conditions :
 Etre suffisamment désorienté cristallographiquement par rapport à son
voisinage direct,
 Avoir un bilan énergétique favorable entre l’énergie d’interface créée et
l’énergie stockée dans le voisinage qui est libérée lors de la croissance du
germe (i.-e. avoir une taille critique).
Lors du premier traitement thermique, les nouveaux grains sont apparus dans les
zones présentant les plus fortes désorientations locales du réseau cristallin (figure 3-17). De
fortes désorientations intragranulaires traduisent une forte énergie stockée et peuvent favori-
ser la formation de joints à grand angle de désorientation, avec une mobilité suffisante.

Figure 3-17. Localisation des nouveaux grains recristallisés observés après un traitement thermique à 1030°C
pendant 2 s. Les nouveaux grains (en blanc) sont repositionnés sur la cartographie des désorientations
intragranulaires de l'état initial.
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 95

Lors de cette expérience de traitement thermique in situ, la germination apparaît


comme continue. Ceci indique donc des temps d’incubation différents pour les différents
germes (le temps d’incubation étant le temps nécessaire à un embryon pour atteindre les con-
ditions critiques de croissance). La détermination d’une vraie cinétique de germination ne se-
rait possible qu’en réalisant une séquence de traitements à température constante. Dans
notre cas, la décroissance du nombre de germes activés au cours du temps n’est pas due uni-
quement à la réduction du nombre de sites potentiels de germination mais également à la
diminution de la température de recuit. Une cinétique de germination pourrait également être
perturbée par les grains ayant crû sous la surface mais cet artefact est directement lié à
l’observation d’une microstructure en 2D. Cet effet pourrait être quantifié en réalisant une
simulation 3D à champ complet de la recristallisation (Bernacki et al. 2009; Bernacki et al.
2011) pour évaluer la quantité de grains venant de sous la surface. Dans les travaux cités, seul
un petit nombre de germes a été introduit dans la microstructure déformée. Des développe-
ments seraient nécessaires pour prendre en compte un nombre suffisant de grains recristalli-
sés.

D. CROISSANCE DES GRAINS RECRISTALLISES DANS LE MATERIAU DEFORME

La différence de densité de dislocations entre un germe activé et son environnement


est la source principale de force motrice pour la croissance des grains recristallisés dans la ma-
trice déformée. Dans la séquence évoquée ici, ce phénomène peut être observé jusqu’au stade
5.
Les nouveaux grains recristallisés croissent rapidement. Pour estimer la vitesse
moyenne de migration des joints de grains pendant la recristallisation à 750°C, un ensemble
aléatoire de 10 grains a été choisi dans la microstructure de l’étape 1. En supposant les grains
comme des disques parfaits sur la section 2D observée, leur taille a été mesurée jusqu’à
l’étape 5 qui est le stade final de la recristallisation. A partir de ces données, une vitesse
moyenne de croissance du diamètre équivalent est calculée pour chacun de ces grains. La va-
leur moyenne de toutes ces vitesses donne une estimation de la vitesse moyenne
d’augmentation du diamètre des grains recristallisés autour de 1.5 µm/s. Si on considère main-
tenant l’évolution du diamètre moyen de tous les grains recristallisés (figure 3-18) pendant la
phase de recristallisation à 750°C (étapes 3 à 5), on retrouve une vitesse de croissance du dia-
mètre moyen de l’ordre de 1.5 µm/s, ce qui donne une estimation de la vitesse moyenne de
migration des joints de grains à 0.75 µm/s. Cette valeur correspond à la vitesse de la trace du
joint de grains sur la surface 2D, elle sera donc supérieure à la vitesse de migration normale au
joint de grains.
96 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR

35

8 9
30 7
6

Diamètre équivalent moyen des grains


5
25 4

recristallisés (µm)
3
20

15

10

0
0 50 100 150 200 250 300 350 400 450
Temps (s)

Figure 3-18. Evolution de la taille moyenne des grains recristallisés (diamètre du cercle équivalent au grain)
pendant la séquence de traitements thermiques. Seul les points obtenus à une température de 750°C sont
considérés (étapes 3 à 9)

A partir des cartographies EBSD, la migration des joints de grains peut être observée et
reliée aux forces motrices locales. La figure 3-19 illustre la croissance des grains recristallisés
pendant les étapes 3 à 5. Les cartographies de cette figure représentent la valeur du KAM par
unité de longueur. Comme nous avons pu l’évoquer dans la deuxième partie de ce manuscrit,
le KAM par unité de longueur peut être relié à la densité de dislocations géométriquement
nécessaires avec donc une valeur faible pour les grains recristallisés ou les zones intragranu-
laires à faibles énergies stockées. Au cours de la recristallisation, la migration des joints de
grains est principalement pilotée par la différence de densité de dislocations entre les grains
voisins. La microstructure évoluera plus rapidement là où la densité de dislocations est forte
comme montré pour les grains marqués d’un symbole vide. Dans les zones où le réseau cristal-
lin est moins perturbé, les joints de grains stagnent (flèches blanches). La différence de migra-
tion le long d’un même joint de grains va donc entraîner des courbures locales importantes de
ces interfaces. Cela aura pour effet d’augmenter la contribution des forces capillaires à la force
motrice totale (Zhang et al. 2011; Martorano et al. 2007).

3 4 5

0 Gradient local d’orientation (°/µm) 0,83


Figure [Link] des joints de grains pendant la croissance des grains recristallisés des étapes 3 à 5. La
microstructure est montrée en utilisant des cartographies du gradient de désorientations intragranulaires (KAM).
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 97

E. CROISSANCE DE GRAINS APRES LA RECRISTALLISATION

Lorsque la microstructure est totalement recristallisée, s’en suit une phase de crois-
sance des grains recristallisés (étapes 6 à 9 sur la figure 3-15). Comme prévu, les gros grains
croissent aux dépens des plus petits pour minimiser la quantité totale de joints de grains. Une
illustration de la migration de joints entre grains recristallisés lors du dernier traitement ther-
mique est donnée figure 3-20. Ce phénomène va évidemment faire diminuer le nombre total
de grains (figure 3-16.a).

Figure 3-20. Disparition (*) et décroissance (**) de petits grains lors du traitement thermique 9 dans le régime de
croissance de grains

Lors de la croissance de grains, la vitesse d’augmentation du diamètre équivalent moyen des


grains est 100 fois plus faible que celle précédemment calculée en régime de recristallisation.
Cette vitesse moyenne est d’environ 0,015 µm/s.
Le rapport des vitesses de migration des joints de grains entre les régimes de recristal-
lisation et de croissance de grains est directement lié à la différence de force motrice respon-
sable de cette migration. L’énergie stockée dans le matériau sous forme de dislocations est
estimée par (Humphreys & Hatherly 2004) :

Equation 3.2

Avec ρ la densité de dislocations moyenne, G le module de cisaillement (= 69 x 109


N.m-2) et b la norme du vecteur de Burgers (= 2,86 x 10-10 m).
Une estimation de la densité de dislocations moyenne de l’état déformé peut être
calculée à partir de la formule reliant la densité de dislocations géométriquement nécessaires
(GND) à la désorientation intragranulaire θ (Kubin & Mortensen 2003) :

Equation 3.3

Avec x le rayon du kernel (= 6 µm) et b la norme du vecteur de Burgers. θ est directe-


ment mesuré par la technique EBSD par le calcul du Kernel Average Misorientation (KAM, cf
annexe A6).
Pour cette microstructure initiale, la valeur moyenne de la distribution des désorienta-
tions intragranulaires est de 9 x 10-3 rad.µm-1. La densité moyenne de dislocations géométri-
quement nécessaire est donc d’environ 6 x 1013 m-2. Cette valeur de densité de dislocations
98 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR

paraît toutefois plus faible que la valeur attendue pour un état sévèrement déformé, ce qui
n’est pas étonnant en raison de l’approche utilisée. Premièrement, cette analyse ne prend en
compte que les dislocations géométriquement nécessaires (GND) et non la densité de disloca-
tions totale incluant également les dislocations statistiquement stockée (SSD). Deuxièmement,
l’analyse EBSD, telle qu’elle a été réalisée, ne permet pas de bien résoudre les zones les plus
déformées de la microstructure. La valeur moyenne des désorientations intragranulaires est
ainsi sous-estimée. La densité de dislocations ainsi calculée est donc une borne inférieure de la
densité de dislocations totale. Dans la suite, nous considérerons une valeur moyenne de
l’ordre de 1015 m-2 (Hosseini & Kazeminezhad 2009) pour l’état déformé et cette valeur donne
une force motrice d’environ 3 x 106 N.m-2.
Pour la croissance de grains, seuls les effets capillaires sont responsables du mouve-
ment des joints de grains. La force motrice associée est donnée par (Humphreys & Hatherly
2004) :
Equation 3.4

Avec l’énergie de surface moyenne des joints de grains (estimée à partir de


l’équation (1.10) par Gb/48 = 0,41 J.m-2) et R le rayon de courbure moyen. Pour un rayon
moyen des grains recristallisés de 15 µm, la force motrice est d’environ 3 x 104 N.m-2. A partir
de ces calculs assez simples, on retrouve un rapport autour de 100 entre les forces motrices en
recristallisation et en croissance de grains, qui correspond à l’ordre de grandeur du rapport des
vitesses de migration des joints de grains observé dans le cas de cette expérience in situ.

F. ESTIMATION DE LA MOBILITE DES JOINTS DE GRAINS A 750°C

La vitesse moyenne de migration des joints de grains v est directement liée à la force
motrice par la mobilité des joints de grains m (Humphreys & Hatherly 2004) :

Equation 3.5

En utilisant les valeurs calculées de vitesse de migration et de force motrice dans le


régime de croissance de grains, on obtient une mobilité moyenne m ≈ 1 x 10-13 m4.J-1.s-1 à
750°C. Afin de vérifier la cohérence de cette valeur de mobilité, nous allons la comparer avec
une valeur théorique calculée à partir des données de la littérature.
La mobilité s’exprime généralement à l’aide d’une loi d’Arrhénius avec une énergie
d’activation Qm et un terme pré-exponentiel m0 (équation 1.15). L’énergie d’activation pour la
migration des joints de grains est généralement considérée comme la moitié de l’énergie
d’activation pour l’autodiffusion (Humphreys & Hatherly 2004). A partir des données de
(Richards et al. 2003), l’énergie d’activation Qm pour le tantale est approximée à 180 [Link]-1.
En ce qui concerne le terme pré-exponentiel, il s’exprime par (Stüwe et al. 2002) :

Equation 3.6

Où V est le volume molaire (= 10,85 x10-6 [Link]-1), b la norme du vecteur de Burgers


et T la température. D0 est le coefficient d’autodiffusion que l’on peut calculer à partir de
(Benard et al. 1969) :
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 99

Equation 3.7

Avec a le paramètre de maille (=0,33 nm) et ν la fréquence de Debye (généralement


donnée autour de 1013 s-1 (Stüwe et al. 2002)). En utilisant la valeur D0 ≈ 0,07 cm2.s-1, la mobili-
té des joints de grains théorique à 750°C est de 2,2 x 10-14 m4.J-1.s-1, ce qui est assez proche de
la valeur extraite de l’expérience de recuit in situ. Ces deux valeurs sont approximées et pour-
raient être discutées plus en détails, mais l’intérêt ici est de montrer que les mesures faites à
partir de cette technique sont cohérentes avec les données de la littérature. De plus, la chimie
du tantale pourrait jouer un rôle essentiel dans la valeur de la mobilité étant donné qu’une
petite quantité d’éléments en solution solide peut facilement faire varier la mobilité d’un ordre
de grandeur (Humphreys & Hatherly 2004).

G. OBSERVATION DE LA RECRISTALLISATION : SURFACE VS VOLUME

Le principe même de la technique de recuit in situ est d’observer les évolutions micros-
tructurales sur une surface libre. Cependant, le fait d’introduire cette surface libre dans la mi-
crostructure peut potentiellement influencer le déroulement de la recristallisation et de la
croissance de grains. Dans la littérature, plusieurs analyses ont été réalisées afin d’évaluer
l’effet de la surface libre sur les évolutions métallurgiques. Deux méthodes ont été employées :
 Comparaison des microstructures en surface et au cœur de l’échantillon
« in situ »,
 Comparaison de la microstructure en surface de l’échantillon in situ avec
une microstructure à cœur d’un échantillon ayant subi le même traitement
dans un four classique.
De ces études, il ressort que les cinétiques de recristallisation et les tailles de grains fi-
nales sont similaires (Liao et al. 1998; Hurley & Humphreys 2004), ce qui confirme nos observa-
tions sur le tantale. Dans le cas de l’aluminium, les études ont également montré que la sur-
face libre n’avait pas d’effet sur la migration des joints de grains (Lens et al. 2005; Y. Huang &
Humphreys 1999). Néanmoins, certains auteurs ont tout de même noté certaines différences
entre la microstructure en surface et celle à cœur sur un même échantillon dans le cas d’un
acier sans interstitiels (IF steel) (Nakamichi et al. 2008). Ils suggèrent toutefois que les diffé-
rences observées pourraient provenir d’un gradient de température dans l’épaisseur de
l’échantillon. Afin de confirmer que la surface libre a peu d’effet sur les mécanismes de recris-
tallisation et de croissance de grains dans le cas du tantale, l’échantillon ayant subi la séquence
entière de traitements thermiques a été découpé perpendiculairement à la surface libre. La
tranche a ensuite été polie pour une analyse EBSD. La figure 3-21 montre une comparaison des
microstructures sur la surface et sur la tranche. Cet échantillon ne présente pas de différence
significative entre la surface et le cœur avec une taille de grains similaire autour de 30 µm. Le
système utilisé n’induit donc pas de gradient de température dans l’épaisseur de l’échantillon
et la surface libre ne génère pas de force de freinage supplémentaire (gravage thermique des
joints de grains) empêchant les grains de croître comme dans le volume.
100 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR

Vue de dessus- taille de grains moyenne


30µm

Vue en coupe

Vue de dessus

Echantillon

E Vue en coupe- taille de grains moyenne 30µm


C
A
H
N
T
I
L
L
O
N
« four »
(ruban de tantale soudé à l’échantillon)

Figure 3-21. Observation de la microstructure dans une coupe perpendiculaire à la surface libre et comparaison
avec la microstructure de la surface libre

Grâce à ce système de chauffage in situ permettant d’atteindre une température de


1200°C à des vitesses de 100°C/s (en chauffage et refroidissement), nous avons pu observer et
caractériser de manière originale la recristallisation statique et la croissance de grains dans le
tantale. Les phénomènes observés sur la surface correspondent aux mécanismes connus
d’évolution de la microstructure durant un traitement thermique. Cette technique n’induit pas
de biais influençant de manière significative les résultats et il apparaît possible de déduire de
cette expérience des données quantitatives comme la mobilité moyenne des joints de grains.
En résumé, les faits établis et les grandeurs déterminées à partir de cette expérience sont les
suivants :
 Les nouveaux grains recristallisés apparaissent dans les zones présentant
les plus fortes désorientations intragranulaires.
 La germination est plutôt de type continu. Le nombre de germes diminue
au cours du temps, les sites de germination devenant plus rares au fur et à
mesure que la recristallisation progresse.
 Pendant la recristallisation, les joints des grains recristallisés peuvent être
fortement tortueux en raison des variations locales d’énergie stockée. Ces
joints de grains se régularisent pendant la croissance de grains et devien-
nent plus rectilignes.
 La mobilité moyenne, estimée en 2D, des joints de grains à 750°C est de
l’ordre de 1 x 10-13 m4.J-1.s-1.
 L’énergie d’activation de la migration des joints de grains estimée à partir
des données de la littérature est Qm ≈ 180 [Link]-1.
 Le terme pré-exponentiel de loi d’Arrhénius pour la mobilité peut être éva-
lué à m0 ≈ 3,4 x 10-5 m4.J-1.s-1.

En l’état, cette étude ne permet pas encore d’accéder à toutes les données nécessaires
à la modélisation du phénomène de recristallisation. Cette technique ne permet notamment
pas d’acquérir des données statistiquement représentatives du matériau comme les cinétiques
de recristallisation. C’est pourquoi nous allons par la suite utiliser des techniques de traite-
ments thermiques plus classiques pour caractériser la recristallisation.
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 101

3. Déclenchement de la recristallisation et densité de dislocations équiva-


lente critique

La première étape de caractérisation de la recristallisation va consister à identifier les


conditions thermomécaniques nécessaires pour déclencher la recristallisation statique du tan-
tale. Depuis le début de cette étude, nous avons fait le choix de décrire la microstructure de
l’état déformé par une densité de dislocations équivalente représentative à la fois de l’histoire
de déformation et de vitesse de déformation. L’objectif est donc de déterminer, à une tempé-
rature donnée, pour quelle valeur critique de densité de dislocations équivalente le tantale
recristallise et ainsi de définir une courbe de densité de dislocations équivalente critique en
fonction de la température.
La démarche mise en œuvre pour établir cette courbe critique pour le déclenchement
de la recristallisation est de réaliser des éprouvettes à gradient de densité de dislocations. Ces
éprouvettes seront ensuite recuites à plusieurs températures et leurs microstructures seront
observées pour déterminer à partir de quelle valeur de densité de dislocations équivalente
apparaissent les grains recristallisés.
L’idée est de partir d’un essai de compression uniaxiale simple et d’accentuer les hété-
rogénéités de déformation dues au frottement par une hétérogénéité due à la géométrie de
l’éprouvette. Une première solution serait de remplacer l’éprouvette cylindrique classique par
une éprouvette conique (Manonukul & Dunne 1999). Une fois déformée, cette éprouvette
présente des gradients de déformations qui sont non monotones et fortement dépendant des
conditions de frottement. Ces éprouvettes sont alors difficilement exploitables pour détermi-
ner une densité de dislocations critiques. Pour pallier cela, le pion cylindrique classique peut
être remplacé par une éprouvette « double cône » proposée par Weaver et Semiatin (Weaver
& Semiatin 2007) pour étudier la recristallisation dynamique dans un super alliage base nickel.
L’éprouvette se compose de deux cônes inversés séparés par une partie cylindrique (figure 3-
22). Cet essai présente une répartition hétérogène mais concentrique de la déformation au
niveau du plan perpendiculaire à l’axe de compression passant par le milieu de la partie cylin-
drique. Il induit donc un gradient de densité de dislocations entre le centre de l’éprouvette et
le bord qui de plus ne dépend pas du frottement.

Figure 3-22. Vue 3D de l'éprouvette "double cône" (a) de ses dimensions (b) et de la localisation du gradient de
densité de dislocations que l’on souhaite exploiter après déformation (c)

Nous avons optimisé cette éprouvette « double cône » (ou DECC pour « DoublE Cône
Compression ») par simulation numérique basée sur la méthode des éléments finis afin de
satisfaire deux critères principaux :
1. L’éprouvette doit pouvoir être usinée dans une tôle de 11 mm d’épaisseur
102 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR

2. Le gradient de densité de dislocations équivalente doit être le plus fort


possible, c'est-à-dire que le centre doit présenter une densité de disloca-
tions la plus élevée possible alors que le bord de l’échantillon doit se dé-
former le moins possible.

La méthode d’optimisation de cette géométrie est détaillée dans l’annexe A9. Les dif-
férents paramètres de la géométrie retenue sont définis sur la figure 3-23 et rassemblés dans
le tableau 3-2.
D
d0 = 7

DC α

h0 = 11 DR1 h
DR2

h’

Figure 3-23. Géométrie de l'éprouvette DECC optimisée

Tableau [Link]ètres de la géométrie choisie pour l'essai DECC


Paramètre D (mm) h (mm) h’ (mm) α (°)
Valeur 30,6 7 2 22,5

L’éprouvette ainsi dimensionnée permet d’obtenir, lorsqu’on la comprime de 4 mm,


un gradient de densité de dislocations entre le centre et le bord de l’éprouvette (figure 3-24.a).
On voit également sur la figure 3-24.b que la densité de dislocations est homogène dans la
direction DC sur une bande d’environ 1 mm de largeur autour du plan médian.

(a)

(b) Densité de dislocations


équivalente relative
10
DC
9

6
1 mm
5

Figure 3-24. (a) répartition de la densité de dislocations équivalente le long d'un rayon de l'éprouvette optimisée
et déformée à 0.1 mm/s (b) Cartographie de la densité de dislocations équivalente dans le plan (DR1, DC) dans le
cas d’un contact collant
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 103

A. CARACTERISATION DU GRADIENT DE DENSITE DE DISLOCATIONS APRES DEFORMATION

Les essais ont été effectués à une vitesse de 0,1 mm/s et montrent une assez bonne
corrélation avec la simulation numérique. La simulation de l’essai DECC permet de rendre
compte de la courbe effort-déplacement (figure 3-25), et de la géométrie de l’éprouvette
après déformation (au déchargement élastique près). On note également que la zone de con-
tact entre les outils et l’éprouvette se déforme peu, ce qui confirme notre hypothèse de simu-
lation d’un contact collant.

180
expérimental
160 Simulation

140

120
Effort (kN)

100

80

60

40

20

0
0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 4 4,5
Course de compression (mm)
Figure 3-25. Evolution de l'effort dans l'axe de compression pour l'essai DECC à 0.1 mm/s (courbes
expérimentales et numériques)

Expérimentalement, le gradient de densité de dislocations peut être mis en évidence


par des mesures de microdureté Vickers comme vu dans la partie 2. Grâce à la loi HDD établie
précédemment, les mesures de microdureté sont converties en densités de dislocations équi-
valentes et comparées aux valeurs obtenues numériquement (figure 3-26). Les mesures expé-
rimentales montrent une assez grande dispersion ainsi qu’une variabilité importante entre
deux points proches le long du rayon. Cette variabilité est certainement liée à la taille des
grains importante dans l’échantillon (une majorité des grains ont une taille supérieure à 100
µm). Les hétérogénéités de déformation sont détectables par la mesure de microdureté (taille
moyenne de l’empreinte autour de 70 µm) qui devient ici une mesure quasi intragranulaire. La
plupart des empreintes se retrouvent totalement à l’intérieur d’un grain ou alors sur un seul
joint de grains.
104 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR

160
Simulation de l'essai DECC
150 Mesures expérimentales

140

HV 0,3 /5 130

120

110

100

90

80
0 2 4 6 8 10 12 14 16 18
rayon (mm)
Figure 3-26. Evolution de la dureté Vickers (HV0.3 /5) le long d'un rayon de l'éprouvette DECC déformée à 0.1
mm/s et comparaison avec les valeurs de dureté numérique converties des densités de dislocations à partir de loi
HDD

Ce gradient d’énergie stockée lors de la déformation plastique peut également être


caractérisé localement par une mesure des désorientations intragranulaires par EBSD. La fi-
gure 3-27 montre les cartographies de désorientations intragranulaires au centre, à mi-rayon
et au bord de l’éprouvette DECC déformée ainsi que l’évolution de la valeur moyenne des dé-
sorientations intragranulaires (gradient local d’orientation en °/µm) le long du rayon. La prépa-
ration de surface par polissage induit des désorientations intragranulaires non représentatives
de l’état de déformation du matériau. Sur la cartographie du bord de l’échantillon, on voit
apparaître une rayure et des « spots » ayant de fortes désorientations intragranulaires prove-
nant du polissage et qui augmentent artificiellement la valeur moyenne des désorientations
dans une zone théoriquement peu déformée. Pour cette zone, on ne prendra pas en compte
pour le calcul de la désorientation moyenne les points correspondant à cette rayure et à une
partie des « spots ». La distribution sera seuillée à une valeur maximale de 0,2 °/µm. On note
clairement une augmentation de la désorientation moyenne du bord vers le centre. Les hété-
rogénéités de déformation responsables de la variabilité des mesures de microdureté sont
également bien visibles. Le voisinage des joints de grains présente souvent des désorientations
locales plus importantes que le centre des grains.
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 105

Figure 3-27. Cartographies des désorientations intragranulaires obtenues par EBSD et évolution de la
désorientation intragranulaire moyenne le long d'un rayon

B. DETERMINATION DE LA COURBE DE DENSITE DE DISLOCATIONS CRITIQUE

Après avoir généré grâce à l’essai DECC un gradient de densité de dislocations,


l’éprouvette est recuite. Elle est ensuite découpée dans le plan (DC, DR1) et ce plan est poli
selon le protocole défini dans l’annexe A3 pour une caractérisation par EBSD. La microstruc-
ture est observée le long de l’axe DR1 du centre jusqu’au bord de l’échantillon. Pour identifier
la densité de dislocations critique, on identifie le rayon à partir duquel des grains recristallisés
sont observés. Une première approche consiste à observer la microstructure en imagerie
d’électrons rétrodiffusés. L’éprouvette étant en tantale pur, le contraste observé est principa-
lement dû à l’orientation cristallographique et les grains recristallisés sont assez facilement
identifiables. Une analyse de la microstructure par EBSD permet de compléter et d’affiner
cette première observation. Une fois le rayon « critique » de recristallisation déterminé, il suf-
fit de le reporter sur la courbe de répartition de la densité de dislocations équivalente en fonc-
tion du rayon après déformation. On obtient ainsi une densité de dislocations critique pour le
déclenchement de la recristallisation. Si on répète l’opération pour plusieurs températures de
recuit, on construit ainsi la courbe de densité de dislocations critique en fonction de la tempé-
rature.
Pour établir cette courbe, trois éprouvettes déformées dans les mêmes conditions sont
recuites à 900°C, 1000°C et 1050°C pendant 30 minutes avec une pente de chauffage d’environ
20°C/min. La figure 3-28 présente les microstructures observées en électrons rétrodiffusés
pour les trois températures. Les limites de recristallisation sont indiquées par la barre rouge et
le rayon de la zone recristallisée est également spécifié sur cette figure.
106 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR

Figure 3-28. Microstructure des éprouvettes DECC traitées à 900°C, 1000°C et 1050°C (imagerie BSE). La ligne
pointillée rouge indique la limite de recristallisation avec la valeur du rayon correspondant.
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 107

Les rayons critiques de recristallisation sont donc :


 0 mm à 900°C
 3,2 mm à 1000°C
 4,6 mm à 1050°C

A 900°C, il est compliqué de donner une valeur de densité de dislocations équivalente


critique étant donné que l’on n’observe pas clairement de recristallisation dans l’éprouvette
DECC. Cependant, en analysant la zone centrale par EBSD, on retrouve de petits grains recris-
tallisés au niveau des joints de grains (figure 3-29). Il est donc raisonnable de penser que la
densité de dislocations critique à 900°C est légèrement supérieure à 9,5 (valeur de la densité
de dislocations au centre de l’éprouvette). La distribution des désorientations intragranulaires
dans la zone centrale a un écart-type relatif de 0,25. Or, d’après la relation 3.3, la densité de
dislocations est reliée linéairement à l’angle de désorientation. On peut donc estimer que cet
écart-type serait le même pour les densités de dislocations. La densité de dislocations maxi-
male dans cette zone serait d’environ 10,5, ce qui correspondrait également à la densité de
dislocations équivalente critique à 900°C. On retrouve l’évolution de la densité de dislocations
critique en fonction de la température sur la figure 3-30.

Figure 3-29. Présence de grains recristallisés dans la zone centrale de l'éprouvette traitée à 900°C

Les recuits pour déterminer cette courbe de densités de dislocations critique sont réa-
lisés avec une pente de chauffage d’environ 20°C/min. Le temps passé au dessus de 600°C est
donc assez important (entre 15 min et 22 min 30 s) durant lequel la restauration est active.
Cela signifie que la densité de dislocations à partir de laquelle s’est déclenchée la recristallisa-
tion est inférieure à la densité de dislocations évaluée dans l’état déformé. Il est donc néces-
saire de corriger la courbe obtenue en utilisant la loi de restauration établie pour le tantale
dans (Houillon 2009) et ré-identifiée dans la partie 2 de ce document.
108 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR

11

Densité de dislocations équivalente relative


9

critique
7

30' avant correction de la restauration


30' après correction de la restauration
3
3' avant correction restauration
3' après correction restauration
Loi exponentielle
1
850 900 950 1000 1050 1100
Température de recuit (°C)
Figure 3-30. Courbe de densités de dislocations critique pour le tantale pour un recuit effectué à 20°C/min avant
et après correction de la restauration

Ces courbes sont établies pour un temps de recuit de 30 min. Lorsque ce temps va di-
minuer, la densité de dislocations critique va augmenter. Les embryons ayant moins de temps
pour atteindre les conditions critiques de croissance et devenir des germes, seuls les germes
déjà présents dans la microstructure vont être activés. Un recuit d’une éprouvette DECC avec
un temps de palier thermique court (3 min) montre qu’à 1000°C la zone centrale commence à
peine à recristalliser (figure 3-31), la densité de dislocations critique (avant correction de la
restauration) est donc d’environ 10,5. Après correction de la restauration, on trouve une va-
leur de 6,7, légèrement supérieure à la valeur obtenue pour 30 minutes de traitement qui est
de 6,2 (figure 3-30). A 1000°C, la densité de dislocations critique ne paraît pas varier beaucoup
en fonction du temps de palier.

Figure 3-31. Début de recristallisation dans la zone centrale d'une éprouvette DECC déformée à 0,1 mm/s et
recuite à 1000°C pendant 3 min (pente de 20°C/min)

En vue d’une intégration de cette courbe de densité de dislocations critique pour le


déclenchement de la recristallisation dans le modèle, on peut identifier une loi simple de type
exponentielle (forme de loi classique pour les phénomènes thermiquement activés),

Equation 3.8
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 109

Avec T la température en Kelvin, les paramètres de la loi (3.8) ont pour valeurs :

Cette loi est validée entre 900 °C et 1050°C. Cependant la forme de la loi étant assez
classique, on la considérera extrapolable à des températures plus élevées. Lorsque la tempéra-
ture est plus faible que 900°C, l’extrapolation est plus compliquée étant donné que la germina-
tion va devenir très peu probable (quasi nulle aux alentours de 600 °C) et que la loi utilisée ici
ne représentera pas une augmentation très importante de la densité de dislocations critique.

4. Cinétiques de recristallisation du tantale pur et croissance de grains

Une fois le seuil de déclenchement de la recristallisation déterminé, il est important de


savoir comment progresse la fraction volumique de grains recristallisés au cours du temps et
en fonction de la température. L’identification de cette fraction recristallisée dans la micros-
tructure se faisant en règle générale à partir d’une observation 2D, la fraction recristallisée
mesurée sera surfacique. La cinétique de recristallisation obtenue à partir de ces mesures est
ensuite considérée comme identique à la cinétique 3D. Pour déterminer ces cinétiques, des
éprouvettes seront recuites à l’aide d’un four Netzsch « haute vitesse » permettant d’atteindre
des vitesses de chauffage très rapides (la vitesse moyenne atteinte lors des essais est d’environ
600 [Link]-1). Le traitement se fait sous une légère surpression d’argon dans la chambre. La
chambre du four est plusieurs fois successivement mise sous vide primaire et remplie d’argon
(5 cycles) pour « nettoyer » le four de l’oxygène. Ce moyen de traitement permet une bonne
maîtrise des conditions du traitement thermique, la mesure de température étant faite très
proche de l’échantillon. A la fin du palier du traitement thermique, une valve est ouverte pour
permettre une circulation d’argon dans la chambre afin d’accélérer le refroidissement de
l’échantillon et ainsi éviter autant que possible toute évolution métallurgique. Deux exemples
de courbes de températures pour des recuits à 1000°C et 1100°C sont montrés sur la figure 3-
32.

1200

1000

800
Température (°C)

600

400

200

0
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
Temps (min)
Figure 3-32. Courbes de température typiques des traitements réalisés avec le four Netzsch
110 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR

Les échantillons sont obtenus par des essais de torsion (décrits en annexe A1) réalisés
dans des conditions de déformation engendrant des microstructures différentes. Le tableau 3-
3 donne les conditions de déformation ainsi que les densités de dislocations équivalentes
maximales (en surface externe de l’éprouvette) en fin de déformation calculées à partir de la
loi d’écrouissage (2.4) identifiée dans la partie 2.

Tableau 3-3. Conditions de déformation en surface de la partie utile et densité de dislocations des
microstructures initiales
Déformation 0,64 1,28 3,5
-1
Vitesse de déformation (s ) 0,5 0,5 0,05
Densité de dislocations équivalente relative 6,2 6,7 9,5

Les échantillons prélevés sont des demi-cylindres d’un diamètre de 6 mm et d’une


hauteur d’environ 4 mm. Une fois traités, un méplat d’environ 2 mm de largeur est réalisé sur
la partie cylindrique et sur toute la hauteur de l’échantillon. Sur ce méplat, la microstructure a
subi une déformation de 0,95 à 1 fois la déformation maximale5 pour une vitesse de déforma-
tion qui varie peu également (variation du même ordre que la déformation). La microstructure
observée sur le méplat a donc subi une histoire thermomécanique quasi homogène. Le méplat
est alors poli suivant le protocole décrit dans l’annexe A3 pour être observé par EBSD. Les frac-
tions recristallisées sont déterminées à partir de la méthode du « Grain Orientation Spread »
(seuil fixé à 1°). Les barres d’incertitude présentes sur les mesures de la fraction recristallisée
traduisent les variations dues au choix du seuil de l’analyse GOS (entre 0,8° et 1,2° suivant la
microstructure).

A. CINETIQUE DE RECRISTALLISATION DE REFERENCE A 1000°C

L’objectif de cette étude des cinétiques de recristallisation est d’évaluer l’effet des
paramètres thermomécaniques comme la densité de dislocations équivalente initiale, la tem-
pérature et le temps de recuit ou encore la quantité de déformation. L’échantillon présentant
une densité de dislocations équivalente relative de 6,2 a été traité à 1000°C pendant diffé-
rentes durées de 2 min à 1 h. La cinétique de recristallisation établie servira de référence pour
la suite de cette étude.
La figure 3-33.a montre l’évolution de la fraction recristallisée en fonction du temps
pour cet échantillon de référence. On constate clairement que la fraction recristallisée (X)
augmente avec le temps pour atteindre 50% au bout d’une heure. La tendance de cette courbe
peut également nous faire penser que l’échantillon ne recristallisera jamais à 100% même
pour des temps très longs. Lorsque l’on considère la courbe de densité de dislocations critique
déterminée précédemment, la valeur critique à 1000°C pour le tantale est d’environ 6,4 pour
30 min de recuit. La densité de dislocations déterminée dans l’échantillon est donc très proche
de cette valeur seuil. On peut alors suggérer qu’une partie seulement de la distribution de
densité de dislocations se trouvait au dessus de la valeur critique (étant donné la dispersion
expérimentale de la densité de dislocations). Pendant que ces zones recristallisent, l’énergie
stockée dans le reste de la microstructure réduit par restauration et ainsi la force motrice pour
le mouvement du front de recristallisation diminue. Ceci peut expliquer que la cinétique soit
assez lente et que la fraction recristallisée n’atteigne jamais 100%.

5
La déformation maximale se situe à la surface de la partie utile.
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 111

Au cours de la recristallisation, la taille moyenne des grains recristallisés atteint envi-


ron 32 µm au bout de 2 min (figure 3-33.b). Lorsque le temps de recuit augmente, la taille de
grains augmente lentement pour atteindre environ 36 µm au bout d’une heure. La progression
de la recristallisation est donc plus vraisemblablement due à une augmentation du nombre de
grains recristallisés qu’à la croissance des premiers. Cette observation est compatible avec
l’hypothèse de germination continue et le fait que les germes ont différents temps
d’incubation. Une fois la densité de dislocations devenue inférieure à la densité de dislocations
critique par restauration ou parce que les zones les plus déformées ont déjà entièrement re-
cristallisés, la germination s’arrête. Cela peut expliquer aussi la saturation de la fraction recris-
tallisée autour de 50 %.
(a) (b)
1 45

0,9 40

Diamètre moyen des grains recristallisés (µm)


0,8
35
0,7
30
Fraction recristallisée

0,6
25
0,5
20
0,4
15
0,3
10
0,2

0,1 5

0 0
0 10 20 30 40 50 60 0 10 20 30 40 50 60
Temps de recuit (min) Temps de recuit (min)

Figure 3-33. Cinétique de recristallisation de référence à 1000°C et taille moyenne des grains recristallisés
(densité de dislocations équivalente relative 6,2)

B. INFLUENCE DE LA TEMPERATURE DE RECUIT

Lorsque pour ce même échantillon (densité de dislocations de 6,2), on augmente la


température de recuit à 1100°C, le seuil critique de déclenchement de la recristallisation est
abaissé. Selon l’équation 3.8, on estime cette valeur à 5,2. Cette fois-ci, l’échantillon se trouve
significativement au-dessus de la valeur critique, et la cinétique de recristallisation est accélé-
rée (figure 3-34.a). Cette accélération de la cinétique est également une conséquence de la
mobilité des joints de grains qui augmente lorsque la température augmente. On remarque
cependant que la fraction recristallisée semble tendre vers une valeur autour de 75 %. Ceci
peut également s’expliquer par une diminution par restauration de la force motrice pour la
migration des interfaces et, comme pour la cinétique à 1000°C, par le fait que la densité de
dislocations devienne inférieure au seuil de déclenchement de la germination.
La taille de grains et son évolution sont, au contraire de la cinétique de recristallisation,
très peu modifiées par une augmentation de la température (figure 3-34.b). On retrouve ici le
fait que la germination est prépondérante sur les effets de mobilité de joints de grains dans la
progression de la fraction recristallisée.
112 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR

(a) (b)
1 45
1000°C référence
0,9 40
1100°C

Diamètre moyen des grains recristallisés (µm)


0,8
35
0,7
30
Fraction recristallisée

0,6
25
0,5
20
0,4
15
0,3 1000°C 6,2 [0,64]
10
0,2
1100°C 6,2 [0,64]
0,1 5

0 0
0 10 20 30 40 50 60 0 10 20 30 40 50 60
Temps de recuit (min) Temps de recuit (min)

Figure 3-34. Influence de la température sur la cinétique de recristallisation et sur la taille moyenne des grains
recristallisés (densité de dislocations initiale 6,2)

C. INFLUENCE DE LA DENSITE DE DISLOCATIONS INITIALE

En comparaison de la cinétique de référence établie à 1000°C, une augmentation de la


densité de dislocations de l’échantillon déformé accélère notablement la cinétique de recristal-
lisation (figure 3-35.a). Dès 15 min de traitement, la microstructure est totalement recristalli-
sée. Avec la méthode du GOS, la fraction recristallisée maximale pour cet échantillon est de
90%. En observant la microstructure (figure 3-36), on peut vérifier sur base d’un critère de
forme que tous les grains ou presque sont recristallisés. Les grains considérés comme non re-
cristallisés sont en fait des regroupements de grains recristallisés ayant une orientation cristal-
lographique proche comme on peut le voir sur la figure 3-36 (zoom). Les interfaces qui se
créent entre les grains sont désorientées de moins de 5° et donc peu mobiles (orientation pin-
ning) mais ceci engendre un « Grain Orientation Spread » supérieur à 1,2°. Dans ce cas, les
barres d’incertitudes sont définies autrement : la fraction recristallisée se situe entre la valeur
déterminée et 1.
La taille moyenne des grains recristallisés est fortement diminuée par rapport à un
échantillon moins déformé. On passe d’environ 32 µm en début de recristallisation pour
l’échantillon de référence à 11 µm en fin de recristallisation pour l’échantillon ayant initiale-
ment une densité de dislocations équivalente de 9,5. Cette différence de taille de grains ré-
sulte d’une plus forte densité des germes activés lors du traitement thermique. La microstruc-
ture étant entièrement recristallisée dès 15 min, les grains entrent dans le régime de crois-
sance de grains pour les traitements plus longs. Même après 3 h de traitement à 1000°C, la
taille de grains moyenne n’a cependant pas évolué de manière significative et atteint seule-
ment 13 µm. La vitesse moyenne de migration des joints de grains est alors estimée à 1 x 10 -4
µm/s. Cette faible vitesse de croissance de grains à 1000°C pourrait être liée à la proportion de
joints de grains faiblement désorientés (entre 5° et 15°) (figure 3-37.a) qui ont une mobilité
inférieure à des interfaces plus fortement désorientées. Il apparaît donc compliqué d’estimer
une mobilité moyenne dans cette situation.
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 113

(a) (b)
1 45
1000°C 6,2
0,9 40

Diamètre moyen des grains recristallisés (µm)


1000°C 9,5
0,8
35
0,7
30
Fraction recristallisée

0,6
25
0,5
20
0,4
15
0,3

0,2 10

densité de dislocations équivalente 6,2


0,1 5
densité de dislocations équivalente 9,5
0 0
0 20 40 60 80 100 120 140 160 180 0 20 40 60 80 100 120 140 160 180
Temps de recuit (min) Temps de recuit (min)

Figure 3-35. Influence de la densité de dislocations équivalente initiale sur la cinétique de recristallisation et sur la
taille moyenne des grains recristallisés à 1000°C

Figure 3-36. Microstructure de l'échantillon ayant la densité de dislocations initiale la plus élevée (9,5) et recuit à
1000°C pendant 15 min (cartographie d'orientation obtenue par EBSD)

(a) (b)
0,05
0,05

Distribution de MacKenzie
correspondant à une texture aléatoire
0,04 0,04
Fréquence

0,03 0,03
Fréquence

0,02 0,02

0,01 0,01

0 0
5,5 10,5 15,5 20,5 25,5 30,5 35,5 40,5 45,5 50,5 55,5 60,5 0 10 20 30 40 50 60 70
Angle de désorientation (°) Angle de désorientation (°)

Figure 3-37. Distribution des angles de désorientations entre deux pixels de la cartographie de l'échantillon
recristallisé (densité de dislocations équivalente de 9,5)
(a) uniquement au niveau des joints de grains
(b) entre deux pixels pris aléatoirement dans la cartographie
114 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR

D. EFFET DE LA QUANTITE DE DEFORMATION

Deux des trois échantillons ont été déformés dans les mêmes conditions de vitesse de
déformation mais à deux niveaux de déformation (0,64 et 1,28), menant à des densités de
dislocations équivalentes proches, respectivement 6,2 et 6,7. Cette faible différence provient
du fait que la contrainte tend à saturer lorsque la déformation augmente. Malgré cela, on
observe une accélération très nette de la cinétique de recristallisation pour l’échantillon dé-
formé à 1,28 (figure 3-38.a). La principale différence entre ces deux échantillons est
l’augmentation des sites potentiels de germination par la formation de la sous-structure au
cours de la déformation. Dans les microstructures déformées, on observe un élargissement
très clair de la distribution des désorientations intragranulaires lorsque la déformation aug-
mente (figure 3-39) alors que le maximum ne se déplace pas beaucoup. Cette observation
peut être le signe de la création de parois de dislocations générant des désorientations intra-
granulaires significatives et traduisant la formation de cellules de dislocations comme nous
avons pu l’évoquer dans la partie 2. La description de la microstructure à une seule densité de
dislocations équivalente montre ici ses limites. Vu que l’on s’appuie sur la contrainte pour en
déduire la densité de dislocations équivalente, lorsque la déformation augmente, le modèle
tend à faire saturer la densité de dislocations. Cependant, la sous-structure de dislocations se
forme, devient de mieux en mieux définie et va donc influencer de plus en plus la recristallisa-
tion. Ce phénomène n’est donc pas pris en compte. On note également que pour cette nou-
velle cinétique, la fraction recristallisée atteint 80% de fraction recristallisée dès 15 min de
traitement pour ensuite ne plus évoluer de manière significative.
La taille de grains moyenne de cet échantillon plus déformé est inférieure à celle de
l’échantillon de référence (figure 3-38.b.). Pour un temps équivalent de 15 min, on passe
d’environ 35 µm à 25 µm. La structure en cellules formée au cours de la déformation a aug-
menté légèrement la densité de germes, la taille de grains moyenne est donc logiquement
inférieure.
(a) (b)
1 45

0,9 40
Diamètre moyen des grains recristallisés (µm)

0,8
35
0,7
30
Fraction recristallisée

0,6
25
0,5
20
0,4
15
0,3
1000°C 6,2 [0,64]
0,2 10
Déformation de 0,64 1000°C 6,7 [1,28]

0,1 Déformation de 1,28 5

0 0
0 10 20 30 40 50 60 0 10 20 30 40 50 60
Temps de recuit (min) Temps de recuit (min)

Figure [Link] de la quantité de déformation à niveau de densité de dislocations équivalent sur la


cinétique de recristallisation et sur la taille moyenne des grains recristallisés à 1000°C
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 115

0,16
Niveau de déformation : 0,64
0,14 Niveau de déformation : 1,28

0,12

0,1

Fréquence
0,08

0,06

0,04

0,02

0
0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 4
Désorientations intragranulaires (°/µm)
Figure 3-39. Distributions des désorientations intragranulaires dans les microstructures déformées à 0,64 et 1,28.

On peut donc retenir que :


 La courbe de densité de dislocations critique prédit bien le déclen-
chement de la recristallisation.
 Une augmentation de la température de 1000°C à 1100°C accélère
la cinétique sans modifier la taille moyenne des grains recristallisés
et avec un même type d’évolution au cours du temps.
 Une augmentation significative de la densité de dislocations équi-
valente de 6,2 à 9,5 accélère énormément la cinétique de recristal-
lisation. La taille de grains est fortement diminuée à cause de
l’augmentation de la densité de germes.
 Une augmentation de la quantité de déformation (de 0,64 à 1,28)
accélère fortement la cinétique même si les densités de disloca-
tions équivalentes dans les échantillons déformés sont proches.
L’augmentation de la déformation entraîne la formation d’une
sous-structure en cellules qui facilite la germination. La taille
moyenne des grains recristallisés est, du coup, légèrement infé-
rieure.
En revanche, la croissance de grains après recristallisation n’a pas réellement pu être
observée. A 1000°C, la croissance des grains est très lente. On observe une augmentation de 2
µm de la taille de grains moyenne en 2 h de traitement. Cette vitesse faible de migration des
joints de grains peut être liée à la quantité non négligeable de joints de grains faiblement dé-
sorientés (5° à 15°) dans la microstructure. Une identification de la mobilité moyenne des
joints de grains paraît difficile à partir de ces données.
116 CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR

SYNTHESE

Dans cette partie, nous avons abordé les aspects majeurs des évolutions microstructu-
rales du tantale au cours d’un traitement thermique. Nous nous sommes basés à la fois sur
une étude bibliographique et sur une caractérisation expérimentale de ces phénomènes afin
d’en extraire des paramètres et des lois nécessaires à la modélisation qui va suivre.
Nous avons pu voir que la restauration dans le tantale est un phénomène qu’il est dif-
ficile de négliger. La restauration est active dès 600°C et il est donc très important de prendre
en compte la vitesse de chauffage lorsque l’on souhaite décrire la compétition entre restaura-
tion et recristallisation. En raison de la modification de la loi HDD, les paramètres de la loi de
restauration ont été réidentifiés pour permettre de prendre en compte ce phénomène par la
suite.

λ = 0,78
Restauration ρinf = 4,1
-19
Qr = 1,29 x 10 J/at

La recristallisation et la croissance de grains ont été directement observées par une


méthode originale de traitement thermique in situ. Cette technique permet d’observer loca-
lement les mécanismes responsables de la régénération de la microstructure. Une étude ap-
profondie de la technique a permis de la valider et de montrer que la surface libre n’influençait
pas la migration des joints de grains. Une quantification de la mobilité moyenne des joints de
grains est donc possible et on estime une valeur à 750°C de 1 x 10 -13 m4.J-1.s-1. Cette estimation
est proche de la valeur de 7 x 10-13 m4.J-1.s-1 calculée à partir des paramètres physiques du tan-
tale issus de la littérature.

Continue
Type de germination
Au niveau des joints de grains

Mobilité des joints de


grains

La recristallisation dans le tantale se déclenche à partir de 800°C pour des échantillons


déformés à des niveaux de déformation d’environ 5. Cette variable mécanique n’étant pas
suffisante pour décrire la microstructure, nous avons choisi de déterminer une densité de di-
slocations équivalente critique pour le déclenchement de la recristallisation. Un essai méca-
nique a ensuite été dimensionné à partir d’une géométrie existante afin de générer un gra-
dient de densité de dislocations. Ces éprouvettes déformées sont par la suite recuites à diffé-
rentes températures pour estimer une densité de dislocations équivalente critique en fonction
de la température. Les valeurs critiques observées sont corrigées par la loi de restauration
pour prendre en compte la pente de chauffage. On obtient ainsi une courbe de déclenchement
de la recristallisation thermodépendante avec comme variable la densité de dislocations équi-
valente, établie pour une durée de traitement de 30 min. Même si cette courbe est dépen-
dante du temps de palier (un palier plus long laisse le temps à certains germes de se former),
une faible différence de densité de dislocations critique a été observée avec un traitement
réalisé à 1000°C pendant 3 min (avec la même vitesse de chauffage).
CARACTERISATION DE LA RECRISTALLISATION STATIQUE ET DE LA CROISSANCE DE GRAINS DANS LE TANTALE PUR 117

Loi de déclenchement de
la recristallisation

Enfin, connaissant le déclenchement de la recristallisation, nous avons cherché à dé-


terminer l’évolution de la fraction recristallisée au cours du temps, aspect manquant particu-
lièrement dans la littérature. Plutôt que d’avoir un catalogue de cinétiques dans beaucoup de
conditions différentes, cette étude s’est portée principalement sur l’évaluation de l’effet des
paramètres thermomécaniques sur ces cinétiques. La température et l’augmentation de la
densité de dislocations ont pour effet d’accélérer les cinétiques. Nous avons également pu
constater que la cinétique de recristallisation et la microstructure recristallisée dépendaient
énormément de la microstructure issue de la déformation :
 Les hétérogénéités de déformation induisent des hétérogénéités dans la
microstructure de recuit.
 Les orientations cristallographiques les plus stables recristallisent difficile-
ment.
 Une augmentation de la quantité de déformation (de 0,64 à 1,28) accélère
fortement la cinétique même si les densités de dislocations équivalentes
dans les échantillons déformés sont proches. L’augmentation de la défor-
mation entraîne la formation d’une sous-structure en cellules qui facilite la
germination. La taille moyenne des grains recristallisés est donc légère-
ment inférieure.

La germination apparaît comme un problème central dans le phénomène de recristalli-


sation du tantale. En effet, les tailles de grains recristallisés atteignent très vite une valeur qua-
si stable alors que la fraction recristallisée évolue toujours. La progression de la recristallisation
serait alors plutôt due à l’apparition de nouveaux grains qu’à la croissance de grains dans la
matrice déformée. L’effet de l’augmentation du niveau de déformation sur le comportement
en recristallisation est encore une autre preuve de l’effet de la germination sur la cinétique de
recristallisation. Définir une loi de germination appropriée apparaît comme très important
pour modéliser la recristallisation dans le tantale.
A l’issue de la phase de recristallisation, nous n’avons pas observé clairement de crois-
sance de grains à 1000°C. Cependant, dans la littérature, la croissance est observée dans des
expériences réalisées à 1100°C. De plus, nous avons également pu constater à partir de ces
données, que la cinétique de croissance de grains dépendait significativement de la distribu-
tion de taille de grains en fin de recristallisation.
QUATRIEME PARTIE.

Modélisation des évolutions microstructurales


du tantale au cours d'un traitement
thermique
120 MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE

INTRODUCTION

Un des deux objectifs fixés pour cette thèse est de fournir un modèle capable de simu-
ler un traitement thermique pour prédire la microstructure recuite à partir d’une microstruc-
ture initiale. Nous allons appliquer la modélisation en champ moyen décrite dans la partie 1
pour prédire les microstructures obtenues après traitements thermiques. Les résultats des
simulations seront comparés avec les données expérimentales obtenues en recristallisation
dans la troisième partie de ce manuscrit, afin de valider les lois utilisées et d’identifier les pa-
ramètres du modèle.
Dans le modèle, nous utiliserons le plus possible les données déterminées expérimen-
talement dans les parties précédentes, notamment pour la densité de dislocations du matériau
recristallisé (partie 2, ), la loi de restauration (partie 3 section II.1, équa-
tion 1.19) et la densité de dislocations critique (partie 3, section II.3). Une attention particu-
lière sera portée sur la description des microstructures initiales. A partir de ces microstructures
déformées en torsion, nous allons simuler les traitements thermiques réalisés à 1000°C et
1100°C pour tenter de prédire les microstructures obtenues expérimentalement après recuit.

I. DESCRIPTION DES MICROSTRUCTURES INITIALES

La première étape consiste à bien décrire les microstructures initiales des traitements
thermiques selon le modèle choisi. On rappelle ici que la microstructure représentative est
décrite par une distribution de densités de dislocations et une distribution de tailles de grains.
Les grains sont considérés sphériques et donc tridimensionnels. Le modèle est alimenté par
une taille de grains moyenne et une densité de dislocations moyenne , ainsi que par la
largeur des distributions, déterminées respectivement par les paramètres et . Dans la
suite, nous distinguerons les microstructures initiales des traitements de croissance de grains,
de celles des traitements thermiques de recristallisation.

1. Microstructure initiale pour la croissance de grains

La microstructure initiale pour la croissance de grains a été obtenue en réalisant un


traitement thermique à 1000°C sur une éprouvette déformée en torsion ( ,
. On obtient alors une microstructure complètement recristallisée avec des grains
équiaxes (figure 4-1.a) ayant une taille moyenne en nombre en deux dimensions
. La distribution de taille de grains de cette microstructure est présentée sur la figure 4-
1.b et à laquelle correspond une valeur . La description de la microstructure pour mo-
déliser la recristallisation nécessite des données en trois dimensions. Pour transformer la va-
leur de la taille de grains moyenne 2D en taille 3D, nous avons appliqué la méthode de Salty-
kov (Saltykov 1958) sur la distribution des diamètres de cercles équivalents. Par cette mé-
thode, la taille de grains moyenne 3D en nombre est égale à . Le facteur de con-
version entre les tailles moyennes 2D et 3D est donc égal à 0,82 pour cette microstructure. On
note que ce facteur est ici inférieur à 1 mais que sa valeur est susceptible d’être modifiée en
fonction de la microstructure que l’on considère (forme des grains et distribution de taille). Par
MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 121

cette transformation en trois dimensions, la distribution devient non symétrique par rapport à
la moyenne et on ne peut plus décrire strictement la largeur de distribution avec une quantité
unique (partie 1, équations 1.5 et 1.6). Il faudrait un nombre fixant la valeur minimale et un
autre la valeur maximale. Ici, on considérera néanmoins la largeur de distribution identique à
celle obtenue en 2D, qui est un compromis entre la prise en compte des gros grains et l’ajout
de petits grains dans la distribution.
La densité de dislocations de cette microstructure est celle déterminée pour le maté-
riau recristallisé . Dans ce cas, la microstructure est décrite par cette
seule valeur de densité de dislocations et non par une distribution.

(a)
r

r z
0,3
(b) Histogramme 2D
Valeurs discrètes 3D après correction de Saltykov
0,25
Nombre de grains normalisé

0,2

0,15

0,1

0,05

0
5,5 7,5 9,5 11,5 13,5 15,5 17,5 19,5 21,5 23,5 25,5 27,5 29,5
Diamètre de cercle (ou sphère) équivalent(e) (µm)

Figure 4-1. Microstructure initiale pour les traitements thermiques de croissance de grains
(a) cartographie d’orientations obtenues par EBSD
(b) distributions de tailles de grains en 2D et en 3D après correction de Saltykov
122 MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE

Remarque

La définition d’une taille de grains requiert de fixer un angle de désorientation minimal pour définir un joint de
grains. Dans notre cas nous avons choisi ce seuil à 5° pour bien décrire la microstructure que l’on observe effecti-
vement. Des grains que l’on observe clairement sur une cartographie peuvent ne pas être détectés si le seuil est fixé
à 15° (figure 4-2.a).
Au regard de la mobilité des joints de grains notamment, cette valeur de 5° apparaît basse, les joints de grains étant
généralement considérés très mobiles à partir d’un angle de 15° de désorientation. Cependant, la quantité de joints
de grains ayant un angle de désorientation inférieur à 15° est plutôt faible par rapport à la quantité totale de joints
de grains (figure 4-2.b). Le choix d’un angle de 5° ne devrait pas donc pas avoir un impact significatif sur les évolu-
tions prédites de la microstructure au cours des traitements thermiques.

(a) (b) 1

0,9

0,8

0,7

Fréquence cumulée
0,6

0,5

0,4

0,3

0,2

0,1

0
5 15 25 35 45 55 65
Angle de désorientation (°)

θ
r
r z

Zoom
Figure 4-2. (a) Microstructure recristallisée avec un angle de désorientation seuil de détection des joints de grains
à 15°
(b) Diagramme des fréquences cumulées des désorientations des joints de grains dans la même microstructure

2. Microstructures initiales pour la recristallisation

Comme nous avons pu le voir dans la partie 3 section II.4, trois types de microstruc-
tures ont été produites à partir d’essais de torsion pour établir des cinétiques de recristallisa-
tion. Ces trois microstructures ont été choisies pour leurs caractéristiques permettant de tes-
ter le modèle, et notamment l’influence de la description de la microstructure initiale. Les trois
microstructures déformées ont été analysées par EBSD et sont présentées sur la figure 4-3. Ces
microstructures sont également évoquées dans la partie 2, section III. La microstructure 1 a été
choisie car elle se décrit de manière assez pertinente par des distributions de densités de di-
slocations et de tailles de grains telles que nécessaires dans le modèle en champ moyen utilisé.
En effet, la morphologie des grains est assez proche de formes équiaxes et la distribution de
densité de dislocations intragranulaires est approximable par une densité de dislocations
moyenne. Les microstructures 2 et 3 sont plus éloignées du modèle de description de la mi-
crostructure et seront donc un bon test pour connaître les capacités du modèle en champ
moyen à retranscrire les évolutions microstructurales de telles microstructures. La microstruc-
ture 3 est très fragmentée alors que la microstructure 2 est une microstructure intermédiaire,
avec des grains allongés et des zones fragmentées.
MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 123

Figure 4-3. Microstructures initiales pour les traitements de recristallisation (à gauche, cartographies
d’orientations et, à droite, cartographies dans lesquelles chaque grain a une seule couleur)

A. DISTRIBUTION DE DENSITES DE DISLOCATIONS

La densité de dislocations équivalente relative moyenne a été déterminée dans la troi-


sième partie à partir de la loi de comportement basée sur la densité de dislocations. Le tableau
4-1 résume les valeurs absolues obtenues pour chacune des microstructures. La figure 4-4
montre les désorientations intragranulaires mesurées par EBSD dans chacune des microstruc-
tures, sous la forme de distributions du gradient local d’orientation. On constate que, lorsque
124 MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE

la déformation augmente, les gradients d’orientation locaux augmentent et semblent suivre


une loi de type log-normale. Le paramètre de largeur de ces distributions est d’en moyenne
0,2. Interpréter le sens physique de ces distributions est néanmoins délicat, la distribution des
gradients locaux d’orientation dépendant de nombreux paramètres de la mesure EBSD (résolu-
tion spatiale et angulaire, pas de mesure, préparation de la surface, …).

Tableau 4-1. Densité de dislocations équivalente moyenne pour les trois microstructures issues des essais de
torsion
Microstructure 1 Microstructure 2 Microstructure 3
Déformation 0,64 1,28 3,5
-1
Vitesse de déformation (s ) 0,5 0,5 0,05
Densité de dislocations relative 6,2 6,7 9,5
-2 14 14 14
Densité de dislocations absolue (m ) 2,17 x 10 2,35 x 10 3,33 x 10
0,2 0,2 0,2

0,18
Microstructure 1
0,16
Microstructure 2
0,14
Microstructure 3

0,12
Fréquence

0,1

0,08

0,06

0,04

0,02

0
0,1 1 10 100
Gradient local d'orientation (°/µm)
Figure 4-4. Désorientations intragranulaires dans chacune des microstructures 1, 2 et 3

La densité de dislocations géométriquement nécessaires étant liée de façon linéaire


aux désorientations intragranulaires (équation 3.3), on supposera que la distribution des den-
sités locales de dislocations suit également une loi log-normale avec un paramètre de largeur
de distribution de 0,2. Cette distribution locale sera ensuite considérée comme la distribu-
tion des densités de dislocations à l’échelle granulaire.

B. DISTRIBUTION DE TAILLES DE GRAINS

Le modèle de recristallisation se base sur l’hypothèse que les grains sont des sphères.
Dans le cas présent d’une déformation à froid, la forme des grains déformés peut être très
éloignée d’une sphère. On voit d’ailleurs sur la figure 4-3 que les grains sont nettement allon-
gés et ont plutôt une forme d’ellipsoïde.
A partir des données EBSD, on accède à la surface de chacun des grains considérés
dans la microstructure. Cette donnée brute est ensuite convertie en un diamètre de cercle
équivalent (i-e de même surface) pour calculer ensuite un diamètre moyen des grains, en con-
sidérant donc ceux-ci comme des cercles, . Le tableau 4-2 regroupe ces tailles de grains
équivalentes pour les trois microstructures. Cette méthode définit la taille de grains sur la base
MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 125

d’une hypothèse de forme des grains qui est assez éloignée de la morphologie réelle, et qui, de
plus, est relative à des coupes en 2D de la microstructure.
Comme pour la microstructure présentée précédemment dans la section I.1 de cette
partie, on peut, en première approche, transformer la distribution des diamètres de cercles
équivalents en 2D en une distribution de diamètres en 3D par la méthode de Saltykov. Les
résultats (taille de grains moyenne , facteur de conversion 2D/3D et largeur des distribu-
tions) de cette transformation sont présentés dans le tableau 4-2. Cette méthode est contes-
table par le fait que les grains ne sont pas des sphères et que la statistique de la mesure EBSD
(nombre de grains) ne permette pas d’être dans les conditions idéales pour appliquer la mé-
thode de Saltykov.
Dans le cas présent, pour décrire de la manière la mieux adaptée la microstructure ini-
tiale, il faut se rappeler l’importance des joints de grains pour la germination de la recristallisa-
tion. Ainsi, la taille de grains qui serait la plus pertinente serait celle permettant d’introduire
dans le modèle de recristallisation la bonne quantité de joints de grains par unité de volume.
Nous avons par conséquent choisi de déterminer une taille de grains sphériques équivalente à
la densité de joints de grains mesurée.
Nous allons réaliser cette analyse directement en 3D, ce qui suppose de faire quelques
hypothèses :
 Les grains sont approximés par des ellipsoïdes de révolution tels que la lon-
gueur de l’axe perpendiculaire au plan de mesure soit égale à la longueur du
petit axe de l’ellipse dans le plan de mesure,
 Tous les grains sont coupés à l’équateur (hypothèse forte),
 Le facteur de forme ( ) est identique pour chaque
grain.

A partir de la mesure EBSD, on accède à la distribution de ces petits axes dans la mi-
crostructure et au facteur de forme moyen défini comme le rapport entre le petit axe et le
grand axe de l’ellipse. On peut ainsi calculer la valeur ( ) du grand axe des ellipses pour
chaque catégorie de la distribution des petits axes.
Pour chaque ellipsoïde de petit axe , on calcule sa surface et son volume par :

Equation 4.1

Equation 4.2

La densité de joints de grains pour une ellipse i est ensuite calculée à partir du
rapport entre la surface et le volume (avec un facteur 1/2 puisque chaque joint de grains ap-
partient à deux grains) :
Equation 4.3

On obtient ainsi une distribution des densités de joints de grains dans la microstruc-
ture (avec une valeur moyenne en nombre ), distribution que l’on souhaite traduire en
126 MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE

distribution de diamètres de sphères équivalentes (au sens de la densité de joints de grains).


En considérant l’équation 4.3 et en imposant que les grains sont maintenant des sphères, le
diamètre équivalent pour chaque grain i est donné par :

Equation 4.4

De cette distribution, on calcule la valeur moyenne (en nombre) du diamètre équiva-


lent (au sens de la densité de joints de grains). A partir des valeurs minimale et maximale
de la distribution des diamètres équivalents, on estime le paramètre de largeur de la distribu-
tion des tailles de grains équivalentes. Dans le cas d’une distribution nécessitant deux para-
mètres différents pour représenter les valeurs min et max à partir de la moyenne, on choisit ce
paramètre comme compromis permettant de représenter au mieux la microstructure. Les
tailles de grains obtenues selon les trois définitions décrites ci-dessus pour les microstructures
1,2 et 3 sont récapitulées dans le tableau 4-2.

Tableau 4-2. Caractéristiques des distributions de taille de grains pour les trois microstructures suivant le mode
de représentation des grains dans une microstructure déformée à froid
Microstructure 1 Microstructure 2 Microstructure 3
(µm) 117 91 1,7
0,35 0,4 0,1

(µm) 76 60 2,1
0,3 0,32 0,4
Facteur de conversion 2D3D 0,65 0,66 1,24

(µm) 78 49 3
0,28 0,3 0,26
2 -3
(µm .µm ) 0,067 0,089 1,135

II. SIMULATION DE TRAITEMENTS THERMIQUES

Expérimentalement, nous avons mis en œuvre des vitesses de chauffage très rapides
(600°[Link]-1). Dans les simulations de traitement thermique servant à reproduire ces expé-
riences, nous pourrons donc négliger cette phase de chauffage. Le traitement débutera à la
température de palier. La phase de refroidissement étant rapide, elle sera également négligée.
De plus, dans la plupart de nos expériences, le phénomène mis en jeu durant cette dernière
phase est plutôt lent (croissance de grains) et ne modifie donc pas la microstructure de ma-
nière significative.
Le pas de temps par défaut sera de 1 seconde et sera automatiquement réduit si né-
cessaire (voir conditions de division du pas de temps dans la partie 1, section II.4.a). La loi don-
nant la densité de dislocations critique pour le déclenchement de la recristallisation en fonc-
tion de la température a été déterminée dans la partie 3, équation 3.8.
Nous considérerons les trois microstructures telles qu’elles ont été décrites à partir de
la densité de joints de grains dans la section I de cette partie.
Les paramètres restant à optimiser dans les différentes simulations sont donc les mo-
bilités des joints de grains dans les deux régimes de vitesses de migration des joints de grains,
MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 127

dits de « recristallisation » (grande vitesse) et de « croissance de grains » (basse vitesse)


et , le seuil de transition d’une valeur de mobilité à l’autre et la constante de germi-
nation Kg (équation 1.21).
Pour identifier les paramètres du modèle, nous réaliserons une détermination basée
sur deux observables : la fraction recristallisée et la taille de grains recristallisés. Ces données
expérimentales sont issues des expériences décrites dans la partie 3, section II.4. Cependant,
les tailles de grains recristallisés moyennes expérimentales sont des données 2D et il est par
conséquent nécessaire de les convertir en 3D pour pouvoir les comparer avec les résultats des
simulations. Les grains recristallisés étant plutôt équiaxes, on peut raisonnablement appliquer
la méthode de Saltykov sur les distributions de tailles de grains recristallisés. Le facteur de
conversion entre les tailles moyennes 2D et 3D s’est avérée être en moyenne de 0,75. Nous
appliquerons ce facteur à toutes les données de taille de grains expérimentales recueillies dans
la partie 3, section II.4.
De plus, il existe expérimentalement une limite basse de la détection des grains qui
dépend du pas de mesure choisi pour l’acquisition des cartographies EBSD. En pratique, on ne
considère pas comme des grains les groupes de pixels voisins d’orientation cristallographique
similaire ayant un nombre de pixels inférieur à trois. Le diamètre du cercle équivalent à la sur-
face de trois pixels est, suivant le type de grille utilisée pour la cartographie EBSD, entre 1,15 et
2 fois la valeur du pas de mesure. On choisit le cas le plus critique de ne pas considérer les
grains ayant un diamètre équivalent inférieur à 2 fois la valeur du pas de mesure. Générale-
ment, lors de l’acquisition des cartographies EBSD, le pas de mesure est fixé de manière à re-
présenter 1/10 de la taille moyenne des grains de la microstructure. Ainsi, un grain de taille
inférieure à 2/10 de la taille de grains moyenne ne sera pas détecté et donc pas pris en compte
dans la valeur moyenne expérimentale. Lors de l’analyse des résultats de la simulation, nous
avons par conséquent choisi d’exclure de la moyenne les grains trop petits par rapport à un
pas de mesure fictif calculé à partir de la taille de grains moyenne.

Remarque

Ce seuil de détection des grains montre clairement l’importance de l’échelle de mesure sur la détection des
grains recristallisés et donc sur la détection du début de recristallisation. En effet, avec le critère considéré ici et
en fonction de la taille de grains de la microstructure initiale, les grains recristallisés commencent à être détectés
alors que la fraction recristallisée peut être significativement non nulle. Il peut donc exister en plus du temps
d’incubation nécessaire aux embryons pour devenir des germes, un temps de détection des grains recristallisés
lié à l’échelle de la mesure.

1. Etude paramétrique du modèle de recristallisation

Pour déterminer les valeurs des paramètres du modèle, il est tout d’abord nécessaire
de capter les effets de chacun des paramètres à identifier sur la cinétique de recristallisation.
Pour cela, nous avons réalisé une étude paramétrique consistant à faire varier chacun des
quatre paramètres en conservant les trois autres constants. Pour cela nous avons choisi une
microstructure type avec une taille de grains moyenne de 50 µm (distribution log-normale,
) et une densité de dislocations moyenne de 5 x 1014 m-2 (supérieure à la densité de
dislocations critique) avec une distribution log-normale resserrée ( ). La simulation de
traitement thermique est effectuée à 1000°C pendant 1h.
128 MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE

La figure 4-5 montre l’influence de la mobilité des joints de grains dans les deux ré-
gimes, de la constante de germination et du seuil de force motrice entre les régimes de mobili-
té sur la cinétique de recristallisation (figure 4-5, gauche) et sur l’évolution de la taille de grains
recristallisés moyenne (figure 4-5, droite). Les courbes de référence sont tracées en noir.

• MOBILITÉ AUX FORTES VITESSES DE MIGRATION (M4.J-1. S-1)


1 18

0,9 16

Taille de grains moyenne recristallisée 3D (µm)


0,8
14
Fraction recristallisée

0,7
12
0,6
10
0,5
8
0,4
6
0,3
4
0,2
Mrex = 5e-14
0,1 2 Mrex = 5e-14
Mrex = 5e-15 Mrex = 5e-15
0 0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000 0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000
Temps de recuit (s) Temps de recuit (s)

• MOBILITÉ AUX FAIBLES VITESSES DE MIGRATION (M4.J-1. S-1)


1 18

0,9 16
Taille de grains moyenne recristallisée 3D (µm)

0,8
14
Fraction recristallisée

0,7
12
0,6
10
0,5
8
0,4
6
0,3
4
0,2
Mgg = 1e-15 2 Mgg = 1e-15
0,1
Mgg = 1e-16 Mgg = 1e-16
0 0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000 0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000
Temps de recuit (s) Temps de recuit (s)

• CONSTANTE DE GERMINATION (S-1)


1 18

0,9 16
Taille de grains moyenne recristallisée 3D (µm)

0,8
14
Fraction recristallisée

0,7
12
0,6
10
0,5
8
0,4
6
0,3
4
0,2
Kg = 1e8 2
Kg = 1e8
0,1
Kg = 1e9 Kg = 1e9
0 0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000 0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000
Temps de recuit (s) Temps de recuit (s)

• ENERGIE SEUIL POUR LE CHANGEMENT DE RÉGIME DE MOBILITÉ (J. M-3)


1 18

0,9 16
Taille de grains moyenne recristallisée 3D (µm)

0,8
14
Fraction recristallisée

0,7
12
0,6
10
0,5
8
0,4
6
0,3
4
0,2
Eth = 2,9e5 2 Eth = 2,9e5
0,1
Eth = 3,9e5 Eth = 3,9e5
0 0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000 0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000
Temps de recuit (s) Temps de recuit (s)

Figure 4-5. Influence des paramètres du modèle sur la cinétique de recristallisation et l'évolution de la taille de
grains recristallisés moyenne (courbes de référence en noir)
MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 129

On peut tout d’abord noter que les conditions de référence permettent une recristalli-
sation complète de la microstructure dès 1500 s de traitement thermique. Il s’en suit alors une
phase de croissance des grains dans la microstructure recristallisée. Le pic observé au début de
la courbe de la taille de grains moyenne est attribué à la germination. L’apparition des germes
est continue tant qu’il reste des grains pour lesquels alors que la vitesse de migration
des joints de grains diminue en raison de la diminution de l’énergie stockée (par restauration
statique). Dans la moyenne en nombre, les petits grains prennent alors plus d’importance ce
qui fait chuter la taille de grains recristallisés moyenne. Une fois que la germination s’arrête,
cette taille moyenne peut à nouveau augmenter.
Lorsque la mobilité mReX diminue d’un ordre de grandeur, on observe un ralentisse-
ment de la cinétique de recristallisation qui s’accompagne d’une diminution de la taille des
grains recristallisés. Une variation de cette mobilité influence, comme attendu, la cinétique de
recristallisation et non la phase de croissance de grains. De même, lorsque mGG diminue d’un
ordre de grandeur, on n’observe pas d’effet sur la cinétique de recristallisation mais une stag-
nation de la taille des grains recristallisés dans la phase de croissance de grains.
Lorsque la constante de germination augmente d’un ordre de grandeur, le nombre de
germes apparaissant est plus grand, la fraction recristallisée augmente donc plus vite mais la
taille moyenne des grains recristallisés est plus faible. La cinétique de croissance des grains
recristallisés est ralentie car la fraction d’interfaces mobiles avec le milieu non recristallisé
diminue plus vite.
Enfin lorsque le seuil de transition entre les régimes de mobilité augmente, dans le cas
d’une microstructure qui recristallise à 100%, ce paramètre a peu d’influence à la fois sur la
cinétique de recristallisation et sur la croissance de grains. Ce paramètre prend toute son im-
portance dans une microstructure partiellement recristallisée car il conduit notamment à une
« saturation » de la fraction recristallisée.
Les tendances obtenues lors de cette étude paramétrique sont tout à fait justifiées d’un point
de vue physique.

2. Identification des paramètres du modèle de recristallisation sur une mi-


crostructure proche des hypothèses de la modélisation

La microstructure 1 a été choisie car elle peut être raisonnablement approximée par
des grains équiaxes et une densité de dislocations moyenne par grain, description appropriée
au modèle en champ moyen utilisé. Nous allons donc considérer cette microstructure pour
déterminer les paramètres du modèle.

A. IDENTIFICATION DE LA MOBILITE AUX FAIBLES VITESSES DE MIGRATION A 1000°C

Une stratégie classique consiste à évaluer la mobilité des joints de grains à partir d’une
expérience où elle est le seul paramètre influent, c'est-à-dire à partir d’essais de croissance de
grains pure. Nous allons donc utiliser ici les données obtenues en croissance de grains à
1000°C. Dans notre cas, deux mobilités sont à identifier mais nous supposerons que lors de
cette expérience nous sommes dans un régime de vitesses de migration faibles, donc sous le
seuil de transition entre les deux mobilités. sera donc le seul paramètre ayant un effet sur
cette cinétique de croissance de grains.
130 MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE

La microstructure initiale est celle présentée sur la figure 4-1. A partir de cette micros-
tructure, on simule un traitement thermique de 2 h 30 à 1000°C en faisant varier . On
trouve :

Cette valeur donne une prédiction satisfaisante de la taille de grains moyenne 3D au


cours du temps (figure 4-6). La croissance de grains à 1000°C dans le tantale utilisé dans cette
étude s’avère lente, ce qui conduit à une valeur de la mobilité faible.
On remarque une diminution de la taille de grains au début du traitement thermique
qui est due à la discrétisation de la microstructure et à la moyenne en nombre. En effet, à ce
stade, aucun grain représentatif n’a disparu, le nombre de grains représentatifs est ainsi cons-
tant alors que la taille des petits grains diminue et celle des plus gros augmente. La moyenne
étant calculée en nombre, les petits grains ont (individuellement) un poids aussi important que
les gros, et comme ils sont plus nombreux, on observe une diminution de la taille de grains
moyenne.

12 600
Taille de grains moyenne recristallisée 3D (µm)

580
10
560

Nombre de grains représentatifs


540
8
520

6 500

480
4
460

Taille de grains numérique 440


2
Taille de grains expérimentale
Nombre de grains représentatifs 420

0 400
0 2000 4000 6000 8000 10000
Temps de recuit (s)

Figure 4-6. Comparaison de la simulation d'un traitement thermique de croissance de grains à 1000°C avec les
données expérimentales

Ce sont ces expériences de croissance de grains qui ont motivé le recours à deux va-
leurs de mobilité selon le régime de force motrice.

B. IDENTIFICATION DES AUTRES PARAMETRES A 1000°C

Une fois la mobilité en croissance de grains à 1000°C fixée, il reste à déterminer trois
paramètres pour cette température : , et . Pour cela, nous
allons utiliser la cinétique de recristallisation expérimentale obtenue à 1000°C sur la micros-
tructure 1. Cette microstructure sera décrite avec chacune des trois définitions de la taille de
grains développées dans la partie 4, section I.2.
En nous appuyant sur l’étude paramétrique réalisée précédemment, nous avons pu
identifier un jeu de paramètres qui est récapitulé dans le tableau 4-3. Les résultats de la simu-
lation correspondante (courbes noires) sont comparés aux données expérimentales (cercles
rouges (fraction recristallisée) et bleus (taille de grains)) sur la figure 4-7. La simulation re-
MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 131

transcrit bien les données expérimentales et le jeu de paramètres retenu est un compromis
entre la prédiction des deux observables.

Tableau 4-3. Paramètres du modèle identifiés à 1000°C sur la microstructure 1

1000°C
4 -1 -1 -14
Mobilité (m .J .s ) 6 x 10
4 -1 -1 -15
Mobilité (m .J .s ) 1,1 x 10
-1 8
Constante de germination Kg (s ) 4 x 10
-3 5
Seuil régime de mobilité (J.m ) 2,9 x 10

1
(a) Données expérimentales
0,9 Description 'Densité de joints de grains'
0,8
Description 'Sphère 3D'
Description 'Cercle 2D'
0,7
Fraction recristallisée

0,6

0,5

0,4

0,3

0,2

0,1

0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000
Temps de recuit (s)
35
(b)
Taille de grains moyenne recristallisée 3D (µm)

30

25

20

15

10

Données expérimentales
5 Description 'Densité de joints de grains'
Description 'Sphère 3D'
Description 'Cercle 2D'
0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000
Temps de recuit (s)

Figure 4-7. Comparaison de la simulation d'un traitement thermique de 1 h à 1000°C de la microstructure 1 avec
les données expérimentales pour différentes descriptions de la microstructure initiale

Sur la figure 4-7.b, on voit une nette différence entre les cinétiques de croissance de
grains simulées et celles obtenues expérimentalement, sur les temps les plus courts. La ciné-
tique expérimentale montre que les grains recristallisés atteignent assez rapidement une taille
d’environ 25 µm qui va peu évoluer au cours du recuit. Les nouveaux grains apparaissant aux
joints de grains, ils vont croître rapidement jusqu’à ce qu’ils entrent en contact les uns avec les
autres et/ou qu’ils atteignent des zones moins déformées de la microstructure initiale, comme
le centre des anciens grains (figure 4-8). Numériquement, le modèle prend en compte la ren-
132 MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE

contre entre les germes, mais le principe même d’un modèle en champ moyen l’empêche de
représenter strictement les hétérogénéités intragranulaires. On peut considérer qu’elles sont
prises en compte dans la distribution de densités de dislocations, mais sans l’aspect topolo-
gique. La cinétique numérique représente alors une cinétique caractéristique d’une micros-
tructure avec des grains déformés de manière homogène. Cette cinétique est plus lente au
départ parce que les grains recristallisés interagissent avec un milieu homogène équivalent
dont la densité de dislocations moyenne est plus faible que la valeur réelle aux abords des
joints de grains. De la même manière, la vitesse de croissance des grains recristallisés serait
surestimée numériquement en fin de croissance, car la valeur moyenne de la densité de dislo-
cations du MHE est plus élevée que celle au centre des grains déformés. Cet effet est atténué
par la restauration qui a tendance à diminuer la densité de dislocations moyenne des catégo-
ries de grains non recristallisés.
La figure 4-7 montre également l’effet de la description de la microstructure initiale sur
le résultat de la simulation de traitement thermique. La description basée sur la densité de
joints de grains nous paraît la plus justifiée pour le cas présent d’une recristallisation par ger-
mination aux joints de grains, et sera donc conservée par la suite. Cependant, on remarque
qu’une description basée sur des sphères issue d’une transformation par la méthode de Salty-
kov de l’histogramme des diamètres de cercles équivalents 2D, retranscrit quasiment à
l’identique les évolutions de la fraction recristallisée et de la taille de grains au cours du trai-
tement thermique. La description en 2D donne des cinétiques plus éloignées mais qui restent
toutefois acceptables.

Gradient d’énergie Croissance


stockée du centre rapide due à la
jusqu’aux abords des forte différence
joints de grains d’énergie
stockée

GRAIN « RÉEL »
SCHÉMATISÉ

Grain déformé Germination Croissance Temps de


traitement

GRAIN
REPRÉSENTATIF
DU MODÈLE

Energie stockée Croissance modérée


uniforme due à
l’homogénéisation
de l’énergie stockée
Faible différence d’énergie stockée Différence d’énergie stockée moyenne Forte différence d’énergie stockée

Figure 4-8. Effet de la non prise en compte des hétérogénéités intragranulaires dans la modélisation de la
microstructure

Dans cette simulation de traitements thermiques, nous avons utilisé la densité de di-
slocations critique déterminée au bout de 30 min de traitement thermique à 1000°C sur une
MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 133

éprouvette DECC (partie 3, section II.3). Cette densité de dislocations critique prend donc en
compte l’apparition de germes ayant nécessité jusqu’à 30 min de temps d’incubation avant de
s’activer. Dans cette simulation, la germination commence dès le premier incrément, il serait
donc plus juste d’utiliser une densité de dislocations critique déterminée pour une durée de
palier thermique courte. Cette valeur serait représentative de l’énergie stockée nécessaire
pour l’activation immédiate d’un germe.
Pour une durée de palier thermique plus courte (3 minutes), la valeur critique de den-
sité de dislocations à 1000°C est peu différente de celle obtenue à 30 min (6,7 contre 6,4 en
valeur relative). La figure 4-9 montre que cette légère différence de valeur critique de déclen-
chement de la recristallisation n’entraîne pas de changement majeur dans la simulation. Logi-
quement, on observe une augmentation de la taille de grains due à la diminution du nombre
de germes qu’accompagne une augmentation de la densité de dislocations critique (équation
1.21). D’après cette observation, nous pouvons supposer que, pour des températures supé-
rieures à 1000°C, la différence de densité de dislocations critiques pour les temps longs et
courts ne peut que diminuer. Pour des températures inférieures, il serait judicieux de vérifier si
cette différence n’augmente pas au point d’avoir une influence significative sur les résultats de
la simulation de traitement thermique.

1
(a) Données expérimentales
0,9
Densité de dislocations critique '30 min'
0,8
Densité de dislocations critique '3 min'
Fraction recristallisée

0,7

0,6

0,5

0,4

0,3

0,2

0,1

0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000
Temps de recuit (s)
35
(b)
Taille de grains moyenne recristallisée 3D (µm)

30

25

20

15

10

Données expérimentales
5
Densité de dislocations critique '30 min'
Densité de dislocations critique '3 min'
0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000
Temps de recuit (s)

Figure 4-9. Influence de la densité de dislocations critique sur la recristallisation


134 MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE

C. EFFET DE LA TEMPERATURE SUR LES PARAMETRES DU MODELE - IDENTIFICATION A 1100°C

Tous les paramètres du modèle sont, a priori, fonction de la température, notamment


, , et . Afin d’évaluer leur dépendance à la température, on
reproduit le travail d’identification avec la cinétique de recristallisation expérimentale obtenue
sur la microstructure 1 à 1100°C. Il manque à notre jeu de données expérimentales une expé-
rience de croissance de grains à 1100°C pour fixer indépendamment des autres paramètres la
valeur de . A cette température, quatre paramètres ( , ,
et ) sont alors à déterminer.
Les valeurs des paramètres identifiés à 1100°C sont données dans le tableau 4-4 et les
résultats de la simulation correspondante sont comparés aux données expérimentales sur la
figure 4-10. On retrouve un bon accord entre les résultats obtenus par simulation et ceux ob-
tenus expérimentalement, avec toutefois, à nouveau, une sous-estimation des tailles de grains
recristallisés au début du traitement thermique (pour les mêmes raisons que celles évoquées
précédemment).

1
(a) Simulation
0,9
Données expérimentales
0,8
Fraction recristallisée

0,7

0,6

0,5

0,4

0,3

0,2

0,1

0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000
Temps de recuit (s)
30
(b)
Taille de grains moyenne recristallisée 3D (µm)

25

20

15

10

5 Simulation
Données expérimentales
0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000
Temps de recuit (s)

Figure 4-10. Comparaison de la simulation d'un traitement thermique de 1 h à 1100°C de la microstructure 1 avec
les données expérimentales
MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 135

Tableau 4-4. Paramètres du modèle identifiés à deux températures sur la microstructure 1

1000°C 1100°C
4 -1 -1 -14 -14
Mobilité (m .J .s ) 6 x 10 18 x 10
4 -1 -1 -15 -15
Mobilité (m .J .s ) 1,1 x 10 3 x 10
-1 8 8
Constante de germination Kg (s ) 4 x 10 5 x 10
-3 5 5
Seuil régime de mobilité (J.m ) 2,9 x 10 2,8 x 10

Le tableau 4-4 permet de comparer les valeurs des paramètres de mobilité et de ger-
mination pour les températures de 1000°C et 1100°C. On constate tout d’abord que les valeurs
de mobilité obtenues aux deux températures sont cohérentes, la mobilité des joints de grains
augmentant avec la température.
A partir des valeurs de mobilité obtenues en simulation pour chaque régime, on peut
identifier les paramètres m0,ReX, m0,GG et Qm,ReX, Qm,GG (équation 1.15) :

Les énergies d’activation de la mobilité des joints de grains sont proches pour les deux
régimes. Ce résultat est conforme à ce que l’on pouvait attendre. L’autodiffusion en volume
étant le mécanisme impliqué dans la migration des joints de grains dans les deux régimes de
vitesses de migration, l’énergie d’activation de la mobilité des joints de grains de la loi
d’Arrhénius doit être sensiblement la même.
Nous avons pu noter, grâce à l’équation 3.6 que le terme pré-exponentiel dépend
lui aussi de la température. Dans l’identification réalisée ici, nous considérons que, sur la plage
de 1000°C-1100°C, ce terme varie peu et qu’il peut donc être choisi constant.
A partir des données de la littérature et de l’expression du terme pré-exponentiel de la
loi de mobilité (partie 3, section II.2.f), on estime une autre valeur de à 1000°C (2,5 x 10-7
m4.J-1.s-1). On constate notamment que la valeur du terme (2,1 x 10-7 m4.J-1.s-1, mobilité
la plus importante) identifiée ici est deux ordres de grandeurs inférieure. L’expression de la
mobilité utilisée dans la partie 3 est valable pour un métal pur à 100%. La présence
d’impuretés pourrait donc être à l’origine de cette différence.
Malgré tout, les énergies d’activation pour la migration des joints de grains sont du
même ordre de grandeur (160 [Link]-1 /146 [Link]-1 par rapport à 180 [Link]-1) ce qui corres-
pond environ à la moitié de l’énergie d’activation de l’autodiffusion du tantale en volume
(entre 360 [Link]-1 et 460 [Link]-1 (Neumann & Tuijn 2009)). Cela suggère que l’effet de la
température est bien représenté par le modèle.
Au final, la comparaison des valeurs de mobilité issues de différentes techniques ou
méthodes demanderait un examen particulier, notamment pour s’assurer que les forces mo-
trices utilisées pour déterminer celles-ci sont comparables (ex : définition et dimensionnalité
de la taille de grains).
Le dernier paramètre de mobilité que représente le seuil entre les régimes de recristal-
lisation et de croissance de grains semble varier peu avec la température. Il est d’ailleurs assez
difficile d’évaluer a priori la variation de ce paramètre en fonction de la température qui dé-
136 MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE

pend de la nature des atomes en solution, de leur vitesse de migration (dépendant également
de la densité de dislocations) par rapport à la vitesse de migration des joints de grains.

La constante de germination (tableau 4-4) semble également augmenter avec la tem-


pérature. Ce résultat est cohérent avec le fait que la formation d’un germe est pilotée par la
restauration et la diffusion qui sont des phénomènes thermiquement activés. Une augmenta-
tion de la température facilite donc en principe la germination. L’effet n’est d’ailleurs pas uni-
quement porté par la constante de germination mais également par la diminution de la densi-
té de dislocations critique (équation 1.21).

3. Réponse du modèle au type de microstructure initiale

A. SIMULATION D’UN TRAITEMENT THERMIQUE A 1000°C SUR LA MICROSTRUCTURE 3

La microstructure 1 a été produite pour rester proche de la description de la micros-


tructure faite dans le modèle. Cependant, comme nous avons pu le voir dans la partie 2 sec-
tion III, aux grandes déformations la microstructure du tantale peut être complètement diffé-
rente. C’est pourquoi nous avons choisi de simuler un traitement thermique sur la microstruc-
ture 3, issue de la fragmentation des grains pendant une déformation à froid.
Dans un premier temps, la microstructure initiale a donc été modifiée selon la descrip-
tion faite dans le tableau 4-2 (distributions de tailles de grains équivalente à une densité de
joints de grains et de densités de dislocations équivalentes). Le traitement thermique s’étend
sur 30 min à une température de 1000°C. Les résultats obtenus en simulation sont présentés
sur la figure 4-11 (courbes noires). La simulation de ce traitement thermique ne retranscrit pas
correctement la microstructure de fin de recristallisation. Pour 30 min de recuit, la simulation
prédit une fraction recristallisée correcte mais surestime la taille moyenne des grains recristal-
lisés.
Ce cas test présente toutefois la singularité d’avoir une taille de grains moyenne ini-
tiale petite et comparable à la taille des germes (de l’ordre de 1 µm). Le matériau a en effet
développé au cours de la déformation une structure de dislocations en cellules très bien défi-
nie, à tel point que toutes ces cellules constituent des germes potentiels dès le début du trai-
tement thermique. Une grande partie de ces cellules sont d’ailleurs fortement désorientées
entre elles et peuvent donc être considérées comme des grains. Dans ce cas, il apparaît difficile
de garder une modélisation de la recristallisation basée sur la germination telle que nous
l’entendons habituellement, c'est-à-dire l’apparition de nouveaux grains recristallisés dans les
grains de la microstructure déformée. La recristallisation va donc se produire par la croissance
anormale de certains grains ou sous-grains ayant notamment une densité de dislocations plus
faible que leur voisinage. Pour simuler cette recristallisation SANS germination, la distribution
de tailles de grains reste la même que dans la simulation précédente AVEC germination. On
suppose alors qu’une distribution de densité de dislocations, avec une valeur maximale infé-
rieure à la valeur critique pour le déclenchement de la germination, est présente à l’intérieur
des cellules/grains, contribuant à la force motrice pour la migration des joints de grains. On
fixe cette valeur à 7,5 x 1013 m-2, avec un paramètre de largeur de distribution de 0,4. Cette
modification de la distribution de densités de dislocations par rapport à celle déterminée à
partir de la loi de comportement nous renseigne sur les limites de cette approche et sur la
MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 137

notion même de densité de dislocations équivalente. En effet, la densité de dislocations équi-


valente est représentative d’un état de contrainte, lequel, dans le cas d’une fragmentation de
la microstructure, n’est plus uniquement dû à la présence de dislocations réparties uniformé-
ment mais résulte également de la taille des sous-grains ou grains formés. Il est donc logique
que la valeur de densité de dislocations à l’intérieur des sous-grains soit inférieure à la valeur
estimée à partir de la loi de comportement.
Cette simulation (figure 4-11, courbes en tirets bleus) permet d’obtenir une taille de
grains moyenne très proche de la taille de grains de 9,8 µm obtenue expérimentalement après
30 min de traitement thermique à 1000°C. La cinétique de recristallisation est également simi-
laire à la cinétique AVEC germination. Néanmoins, il conviendrait de compléter notre jeu de
données expérimentales pour valider cette cinétique en réalisant des traitements thermiques
plus courts.

1
(a)
0,9

0,8
Fraction recristallisée

0,7

0,6

0,5

0,4

0,3

0,2
Données expérimentales
0,1 Simulation recristallisation 'AVEC germination'
Simulation recristallisation 'SANS germination'
0
0 200 400 600 800 1000 1200 1400 1600 1800 2000
Temps de recuit (s)
14
(b)
Taille de grains moyenne recristallisée 3D (µm)

12

10

2
Données expérimentales
Simulation recristallisation 'AVEC germination'
Simulation recristallisation 'SANS germination'
0
0 200 400 600 800 1000 1200 1400 1600 1800 2000
Temps de recuit (s)

Figure 4-11. Comparaison de deux types de simulation de la recristallisation au cours d'un traitement thermique
de 30 min à 1000°C de la microstructure 3 avec les données expérimentales

B. SIMULATION D’UN TRAITEMENT THERMIQUE A 1000°C SUR LA MICROSTRUCTURE 2

Nous avons testé le modèle pour deux microstructures très différentes, typiques de
faible et de très forte déformation. La microstructure 2 est une microstructure intermédiaire,
138 MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE

on y retrouve de gros grains allongés comme dans la microstructure 1. Certaines zones ne sont
pas bien résolues dans les conditions d’acquisition choisies pour réaliser la cartographie EBSD,
ce qui traduit de fortes désorientations intragranulaires voire même de fragmentation des
grains faisant localement se rapprocher la microstructure 2 de la microstructure 3.
Une simulation d’un traitement thermique de 1h à 1000°C a été effectuée pour la mi-
crostructure 2. Cette simulation permet une nouvelle fois de tester les capacités du modèle et
du jeu de paramètres identifié à rendre compte de cinétiques expérimentales. Les résultats
présentés sur la figure 4-13 montrent un mauvais accord entre la fraction recristallisée expé-
rimentale et celle prédite par simulation. La taille de grains recristallisés est quant à elle assez
bien prédite. La prise en compte de l’augmentation de la densité de joints de grains et de la
légère augmentation de la densité de dislocations équivalente ne suffit pas à accélérer suffi-
samment la cinétique de germination.
Par rapport à la microstructure 1, la microstructure 2 présente une densité de disloca-
tions équivalente peu différente (2,35 x 1014 m-2 contre 2,17 x 1014 m-2) malgré une déforma-
tion équivalente deux fois plus élevée. Cependant, la cinétique de recristallisation de cet
échantillon 2 est beaucoup plus rapide. Cette accélération de la cinétique pour une même
température est attribuée à la germination qui serait largement facilitée dans la microstruc-
ture 2 grâce à la formation plus aboutie d’une sous-structure de dislocations ou à une frag-
mentation partielle des grains au cours de la déformation (voir partie 2, section III.3). Le mo-
dèle ne permet pas de représenter la cinétique de formation de cette sous-structure et donc
l’effet de l’augmentation de la quantité de déformation sur la cinétique de recristallisation. On
peut également noter qu’une augmentation de la constante de germination ne suffit pas à
bien représenter les données expérimentales à la fois en termes de fraction recristallisée et de
taille de grains recristallisés. Il est également possible que la germination ne soit plus, ici, limi-
tée aux zones proches des joints de grains, ce qui remettrait en cause une des hypothèses du
modèle utilisé. On voit en effet sur la figure 4-12, que certains grains présentent des désorien-
tations intragranulaires importantes, plus uniquement aux abords des joints de grains, qui
pourraient entraîner une germination au cœur des grains.

1,16°/µm

0°/µm
Désorientations intragranulaires au 3 e voisin avec un pas de 1,44 µm

Figure 4-12. Cartographie des désorientations intragranulaires dans la microstructure 2


MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 139

1
(a)
0,9

0,8

Fraction recristallisée
0,7

0,6

0,5

0,4

0,3

0,2 Simulation

0,1 Données expérimentales

0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000
Temps de recuit (s)
25
(b)
Taille de grains moyenne recristallisée 3D (µm)

20

15

10

5
Simulation
Données expérimentales
0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000
Temps de recuit (s)

Figure 4-13. Comparaison de la simulation d'un traitement thermique de 1 h à 1000°C de la microstructure 2 avec
les données expérimentales

III. PERSPECTIVE D’AMELIORATION DE L’IDENTIFICATION DES PARAMETRES


ET DU MODELE

La modélisation de la recristallisation montre des résultats encourageants pour des


microstructures faiblement déformées (type microstructure 1) et très fortement déformées
(type microstructure 3). Cependant, le modèle et les paramètres identifiés ne permettent pas
de prédire l’évolution des microstructures intermédiaires. Afin de conforter les résultats obte-
nus et d’étendre la modélisation à tout type de microstructures, plusieurs voies complémen-
taires sont à envisager : réaliser une meilleure identification des paramètres du modèle, enri-
chir la base de données expérimentales et décrire plus fidèlement la complexité de la micros-
tructure de déformation.

1. Amélioration de l’identification des paramètres du modèle

L’estimation des paramètres de mobilité et de la constante de germination par une


méthode « itérative » permet d’obtenir un premier jeu de paramètres qui n’est pas forcément
140 MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE

la solution optimale au problème. Différentes méthodes d’optimisation pourraient être cou-


plées aux simulations de traitement thermique pour minimiser l’erreur entre les résultats nu-
mériques et expérimentaux.

2. Enrichissement de la base de données expérimentale

Au cours du chapitre, nous avons pu noter un certain nombre d’expériences complé-


mentaires qu’il serait essentiel de réaliser pour conforter les résultats obtenus :
 Traitements thermiques de croissance de grains pure à 1100°C,
 Traitements thermiques courts <30 min à 1000°C sur la microstructure 3
pour décrire la progression de la recristallisation.

La présence de gros grains dans la microstructure dans son état de réception, lesquels
vont générer des hétérogénéités au cours de la déformation, rend les résultats expérimentaux
très spécifiques et parfois statistiquement non représentatifs du comportement moyen du
tantale pur en recristallisation. L’identification des paramètres d’un modèle à champ
« moyen » sur une telle microstructure peut donc engendrer des erreurs. L’idéal serait de con-
firmer les paramètres identifiés sur une microstructure du type microstructure 1 avec des
grains plus petits (diamètre moyen de 50 µm environ) et homogènes.
Enfin, les paramètres, notamment les valeurs de mobilité, peuvent être dépendants de
l’approvisionnement et de la teneur du tantale en impuretés. Il serait donc nécessaire de véri-
fier l’influence de la composition exacte sur le jeu de paramètres identifié pour pouvoir, par la
suite, appliquer celui-ci à n’importe quel approvisionnement.

3. Perspectives d’amélioration du modèle de recristallisation statique

L’application du modèle en champ moyen sur des microstructures telles que celles
utilisées dans ces travaux a permis de montrer la nécessité d’enrichir le modèle dans sa gestion
de la phase de germination de la recristallisation, laquelle ressort comme un point essentiel à
améliorer dans la modélisation de la recristallisation. A travers la germination, c’est en fait à
une description plus fidèle de la complexité de la microstructure de déformation à laquelle il
faut arriver. Il faut également bien comprendre le lien qui existe entre microstructure de dé-
formation et germination pour établir des lois qui soient adaptées au problème de la recristal-
lisation statique.
Nous l’avons vu, une première étape dans la description de la microstructure de dé-
formation consiste à bien choisir comment définir la taille de grains. En plus de l’analyse réali-
sée ici, d’autres méthodes pourraient être appliquées notamment pour transformer des el-
lipses 2D en ellipsoïdes 3D (méthode de type Saltykov sur des ellipses).
La sous-structure de déformation qui se forme dans le tantale n’est pas du tout prise
en compte dans le modèle, sauf lorsque la formation de celle-ci atteint un point où quasiment
toutes les cellules sont devenues des grains (microstructure de type 3). Dans les cas intermé-
diaires où la sous-structure est en formation (microstructure mixte de type 2), la loi de germi-
nation actuelle ne permet pas de reproduire l’effet de la sous-structure en cellules de disloca-
tions sur la germination. Une solution serait d’introduire de nouvelles variables d’état permet-
tant de décrire cette sous-structure en termes de taille et de désorientation cristallographique
MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 141

(H Zurob et al. 2006; Brechet & Martin 2006). On peut imaginer de la même manière que pour
la taille de grain, une distribution de tailles et de désorientations de cellules qui évoluerait avec
la déformation, la restauration et la recristallisation. Dans ce cas, il faudrait adapter la loi de
restauration pour qu’elle rende compte, de manière moyennée, de la sous-structure et de son
évolution avec la température. La loi de germination serait ainsi basée sur l’activation des cel-
lules ayant atteint les conditions critiques de germination (taille, désorientation, différence
d’énergie stockée avec l’environnement). La détermination des distributions de taille et de
désorientation de cellules demanderait un travail de caractérisation complet des sous-
structures de déformation dans le tantale et la calibration de lois de restauration. Comme pour
la densité de dislocations, on peut envisager deux voies :
1. La première voie consisterait à caractériser expérimentalement la microstructure
après déformation (analyse EBSD), méthode probablement très coûteuse en temps et
incompatible avec un usage industriel du modèle.
2. La deuxième solution serait de modéliser la formation de la sous-structure au cours de
la déformation à partir de la modélisation en champ moyen en conditions dynamiques
avec un enrichissement des variables d’état, pour rendre compte de la formation de la
sous-structure. Il s’agirait donc d’établir des lois d’évolution de la taille de cellules et
de leur désorientation en fonction de la déformation, de la vitesse de déformation et
de la température.
142 MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE

SYNTHESE

Le modèle en champ moyen présenté dans la première partie de ce manuscrit a été


appliqué au tantale pur afin d’identifier les paramètres du modèle et de tester sa capacité à
reproduire les évolutions microstructurales au cours d’un traitement thermique pour diffé-
rents types de microstructures de déformation.
La première étape consiste à définir une taille de grains. La déformation engendrant
des grains non sphériques, nous avons défini une distribution de tailles de grains sphériques
équivalentes à la densité de joints de grains mesurée expérimentalement dans la microstruc-
ture en faisant l’hypothèse de grains ellipsoïdaux de révolution. Cette modification permet de
prendre en compte la quantité de joints de grains, donnée cruciale dans le cas d’une germina-
tion en collier. Elle permet aussi d’obtenir, en faisant quelques hypothèses simplificatrices, une
distribution de tailles de grains en 3D, utilisable directement par le modèle de recristallisation.
La microstructure 1 a été produite pour rester proche de la description de la micros-
tructure faite dans le modèle. C’est donc sur cette microstructure que les simulations de trai-
tements thermiques ont été réalisées pour identifier les paramètres du modèle. Une partie des
paramètres ayant été fixés par des expériences spécifiques (densité de dislocations critique, loi
de restauration), 4 d’entre eux ont nécessité une identification à partir d’expériences de recris-
tallisation et de croissance de grains à 1000°C et 1100°C : , , et Ces simulations
ont également permis de définir leur dépendance à la température (tableau 4-3, rappelé ci-
dessous).

Tableau 4-4. Paramètres du modèle identifiés pour le tantale pour deux températures

1000°C 1100°C
4 -1 -1 -14 -14
Mobilité (m .J .s ) 6 x 10 18 x 10
4 -1 -1 -15 -15
Mobilité (m .J .s ) 1,1 x 10 3 x 10
-1 8 8
Constante de germination Kg (s ) 4 x 10 5 x 10
-3 5 5
Seuil régime de mobilité (J.m ) 2,9 x 10 2,8 x 10

Si l’on admet que les mobilités suivent classiquement une loi d’Arrhénius avec un
terme pré-exponentiel constant :
Equation 1.15

Avec,

Les conditions d’identification pourraient cependant être améliorées par l’utilisation


d’une méthode objective d’optimisation et par un complément de données expérimentales.
La microstructure 1 étant représentative d’une faible déformation, nous avons égale-
ment testé le modèle sur une microstructure très fortement déformée (microstructure 3).
Avec une description judicieuse de la microstructure initiale, le modèle prédit une fraction
MODELISATION DES EVOLUTIONS MICROSTRUCTURALES DU TANTALE AU COURS D’UN TRAITEMENT THERMIQUE 143

recristallisée et une taille de grains recristallisés moyenne proches des valeurs expérimentales.
Un complément de données expérimentales serait ici également nécessaire pour décrire la
progression de la recristallisation.
Pour des microstructures mixtes (type microstructure 2) entre la microstructure 1 et la
microstructure 3, le modèle ne permet pas encore de reproduire correctement les évolutions
microstructurales au cours d’un traitement thermique. Cela met en avant la nécessité
d’enrichir la description de la microstructure de déformation pour, notamment, bien gérer la
phase de germination de la recristallisation.
Aujourd’hui, le modèle de recristallisation en champ moyen permet, en considérant
une description adéquate de la microstructure déformée, de simuler les traitements ther-
miques sur des microstructures faiblement ou très fortement déformées, mais nécessiterait
donc une extension pour prédire les microstructures de recuit à partir de n’importe quel type
de microstructure.
CONCLUSION.
146 CONCLUSION

Le travail réalisé durant cette thèse porte sur la recristallisation statique du tantale
pur, avec deux principaux objectifs:
1/ Approfondir la connaissance des mécanismes d’évolution microstructurale dans le
tantale au cours d’un traitement thermique. Cela implique principalement la recristalli-
sation statique discontinue, et, dans une moindre mesure, la restauration et la crois-
sance de grains.
2/ Prédire la microstructure obtenue à l’issue d’un traitement thermique pour un
échantillon en tantale pur en fonction de la microstructure initiale déformée et des
conditions de mise en œuvre du traitement thermique.

SYNTHESE

La prédiction des microstructures de recuit nécessite un modèle permettant de décrire


les évolutions métallurgiques ayant lieu pendant un traitement thermique qui est défini par sa
température et son temps de palier mais également par la vitesse de chauffage (vitesse de
refroidissement négligée). Nous avons choisi d’utiliser un modèle semi-analytique en champ
moyen pour représenter la recristallisation, la restauration et la croissance de grains. Un pano-
rama des modèles existants nous a permis de justifier de l’intérêt d’une telle modélisation
dans un contexte industriel. La modélisation en champ moyen permet d’avoir des temps de
simulation courts tout en décrivant dans une certaine mesure les hétérogénéités de la micros-
tructure et leurs effets sur les évolutions microstructurales. Pour rendre compte des spécifici-
tés du matériau et des mécanismes de la recristallisation statique, ce modèle, initialement
formulé pour la recristallisation dynamique, a nécessité des modifications.
Le modèle a notamment été adapté pour inclure une double mobilité représentant
l’effet d’atomes en solution solide ségrégés aux joints de grains sur la migration de ceux-ci.
Une mobilité correspond aux fortes vitesses de migration et la deuxième, plus faible, corres-
pond aux vitesses de migration plus lentes.
Le modèle choisi décrit la microstructure par la combinaison d’une distribution de den-
sités de dislocations et d’une distribution de tailles de grains sphériques.

Cette description de la microstructure correspond assez bien à des microstructures de


tantale faiblement déformées. Dans ce cas, les grains présentent des formes plutôt ellip-
soïdales et des dislocations à l’intérieur des grains qui paraissent localement réparties de ma-
nière relativement uniforme.
La déformation plastique à froid engendrant des grains non sphériques, une bonne
description de la microstructure nécessite un choix adapté de la définition de la taille de
grains.
Nous avons alors défini une taille de grains sphériques équivalente à une densité de
joints de grains mesurée expérimentalement.
Cette modification permet de prendre en compte la quantité de joints de grains, don-
née cruciale dans le cas d’une germination aux joints de grains.

A ce stade de déformation, le comportement mécanique du tantale est principalement


dicté par la quantité de dislocations présente dans la microstructure. On définit ainsi une den-
CONCLUSION 147

sité de dislocations équivalente représentative d’un état de contrainte macroscopique, sa-


chant que celui-ci peut, dans une moindre mesure, être influencé par d’autres facteurs (impu-
retés, taille de grains). Le lien entre la densité de dislocations équivalente et la contrainte ma-
croscopique se fait à travers la loi de comportement.
A partir de théories et de lois déjà existantes pour le tantale provenant de travaux
réalisés précédemment au CEA DAM Valduc, nous proposons ici de nouveaux paramètres
afin d’améliorer la modélisation, basée sur une densité de dislocations, du comportement
mécanique du tantale.

La modélisation du comportement mécanique permet d’avoir une description de la


densité de dislocations équivalente en tout point d’une pièce lorsque l’on est en mesure de
simuler la déformation plastique précédant le traitement thermique.
Une mesure de microdureté Vickers sur la pièce déformée représente une alternative
expérimentale à la précédente méthode.
Nous avons déterminé une loi permettant de déterminer la densité de dislocations
équivalente à partir d’un essai de dureté Vickers avec une charge de 300 gf.
Les conditions de mise en œuvre de l’indentation Vickers pour le tantale sont à
prendre en compte.
Nous avons pu mettre en évidence que la dureté Vickers est fortement dépendante
du temps de maintien de la charge en raison du caractère visqueux du tantale à température
ambiante.
Ainsi la loi reliant dureté et densité de dislocations équivalente a été établie pour un
temps de maintien de 5 s et pour un temps de 30 s qu’il serait judicieux d’utiliser à l’avenir
pour s’affranchir de la variabilité associée à l’effet de viscosité.

Cette vision mécanique a été confrontée à des observations de microstructures dé-


formées.
Ces observations nous ont permis de mettre en évidence l’anisotropie de comporte-
ment à l’échelle du grain. Cette anisotropie couplée aux hétérogénéités de la sollicitation
mécanique à l’échelle locale, conduisent à des variations de la densité de dislocations locale
à l’intérieur même d’un grain.
Certaines zones d’un grain, et plus particulièrement les zones où l’incompatibilité de
déformation est la plus forte comme les abords des joints de grains et des jonctions triples,
montrent de plus fortes désorientations intragranulaires après déformation que le centre des
grains.
Conformément à la théorie de la co-rotation évoquée dans la littérature, nous avons
mis en évidence, à partir d’une expérience réalisée sur un oligocristal de tantale, que
l’augmentation des désorientations intragranulaires au niveau des joints de grains est reliée
au fait que les grains de part et d’autre du joint subissent une rotation macroscopique diffé-
rente sous l’effet de la déformation.

Dans la perspective d’une modélisation prédictive des microstructures de recuit, il est


nécessaire d’identifier les phénomènes impliqués dans les évolutions métallurgiques dans le
tantale.
148 CONCLUSION

Nous avons constaté que la restauration dans le tantale est un phénomène qu’il ne
faut pas négliger.
La restauration est active dès 600°C. Il est donc important de prendre en compte la vi-
tesse de chauffage lorsque l’on souhaite décrire la compétition entre restauration et recristal-
lisation. Dans le cas des microstructures faiblement déformées que l’on peut décrire à partir
d’une densité de dislocations équivalente, une loi décrivant la diminution de la densité de di-
slocations équivalente par restauration a été proposée dans (Houillon 2009).
Cette loi a été ajustée en utilisant la relation dureté-densité de dislocations équiva-
lente établie ici.

La recristallisation a été directement observée et caractérisée à différentes échelles


sur des microstructures faiblement déformées.
A l’échelle locale (traitement thermique in situ) :
 les nouveaux grains recristallisés apparaissent dans les zones présentant les plus
fortes désorientations intragranulaires, principalement le long des anciens joints
de grains.
 La germination est plutôt de type continu. La vitesse de germination diminue au
cours du temps, les sites de germination devenant plus rares au fur et à mesure
que la recristallisation progresse.
 Pendant la recristallisation, les joints des grains recristallisés sont souvent tor-
tueux en raison des variations locales d’énergie stockée. Ces joints de grains de-
viennent plus rectilignes pendant la croissance de grains.

A l’échelle macroscopique, nous avons déterminé :


 une loi décrivant le seuil critique de déclenchement de la recristallisation en
fonction de la température grâce à des traitements thermiques sur des éprou-
vettes à gradient de densité de dislocations. La densité de dislocations critique
apparaît comme peu dépendante de la durée du traitement thermique et, l’effet
de la restauration étant corrigé, cette loi est indépendante de la vitesse de chauf-
fage.
 des cinétiques de recristallisation, aspect manquant particulièrement dans la litté-
rature. Cette étude s’est portée principalement sur l’évaluation de l’effet des pa-
ramètres thermomécaniques. La température et l’augmentation de la densité de
dislocations ont pour effet d’accélérer la cinétique. Nous avons également pu
constater que les hétérogénéités de déformation induisent des hétérogénéités
dans la microstructure de recuit.

Ces cinétiques de recristallisation, associées à une cinétique de croissance de grains à


1000°C, ont ensuite permis de calibrer les paramètres du modèle de recristallisation dans des
conditions favorables, notamment au niveau de la description de la microstructure.
Un jeu de paramètres valable dans la gamme 1000°C-1100°C a été déterminé.
L’évolution observée des paramètres en fonction de la température est tout à fait justifiée
physiquement.
CONCLUSION 149

L’objectif de ce modèle est de prédire les microstructures de recuit à partir de


n’importe quel type de microstructure initiale, incluant les microstructures très fortement
déformées. A ces niveaux de déformation, la description de la microstructure initialement
choisie n’est plus valable.
Aux plus fortes déformations, nous avons pu voir une sous-structure composée de
cellules délimitées par des parois de dislocations qui se développent par restauration dyna-
mique.
Ce phénomène peut même conduire à la formation de nouveaux grains (recristallisa-
tion dynamique continue). Ces cellules semblent être des précurseurs de la germination de la
recristallisation. Lorsque ces cellules deviennent des grains, la germination comme on l’entend
habituellement perd son sens. La recristallisation s’opère alors par la croissance des petits
grains ayant une faible énergie volumique au détriment des autres qui auront, au départ, des
densités de dislocations supérieures. En ce sens, on se rapproche d’un régime de recristallisa-
tion post-dynamique. Pour ce type de microstructure, la recristallisation est beaucoup plus
rapide que pour les microstructures faiblement déformées.
Ici, la description précédemment utilisée de la microstructure n’est plus valable. En ef-
fet, l’état de contrainte macroscopique du matériau est dû en majeure partie à la taille des
cellules (ou grains), lesquelles contiennent une certaine densité de dislocations. La notion de
densité de dislocations équivalente précédemment utilisée n’a donc plus beaucoup de sens.
En utilisant une description adéquate de la microstructure de déformation (taille de
grains très petite et une densité de dislocations inférieure à la valeur de déclenchement de la
germination), nous avons pu simuler de manière correcte un traitement thermique sur cette
microstructure.

Enfin, on retrouve des microstructures intermédiaires, combinaison des deux micros-


tructures précédentes. Ce type de microstructure présente des grains initialement présents
dans la microstructure avant déformation, mais ceux-ci sont également en cours de formation
d’une sous-structure en cellules de dislocations. Cette formation de la sous-structure est in-
homogène car elle résulte des hétérogénéités de déformation. Pour ces microstructures, il est
également difficile de conserver la notion de densité de dislocations équivalente étant donné
que l’état de contrainte macroscopique peut être similaire à celui d’une microstructure moins
déformée comme c’était le cas pour nos microstructures 1 et 2.
Du point de vue de la recristallisation, une augmentation de la quantité de déforma-
tion accélère fortement la cinétique même si les densités de dislocations équivalentes dans
les échantillons déformés sont proches.
La modélisation standard de cette microstructure ne permet pas de simuler correcte-
ment un traitement thermique et nécessiterait une description mixte entre les microstructures
faiblement et très fortement déformées.

PERSPECTIVES

Ce travail couvre le domaine des évolutions microstructurales au cours d’un traitement


thermique de manière assez globale, depuis la description des microstructures à l’état défor-
mé jusqu’ à la prédiction des microstructures de recuit par simulation numérique d’un traite-
150 CONCLUSION

ment thermique. Il ouvre des perspectives assez larges dans plusieurs des thèmes abordés afin
d’améliorer encore la connaissance des mécanismes microstructuraux dans le tantale, de vali-
der la mise en place du modèle en champ moyen pour obtenir des simulations prédictives et
enfin de coupler le modèle à un logiciel de mise en forme basé sur la méthode des éléments
finis. Ce couplage permettra notamment de simuler un traitement thermique sur une pièce
entière.
Une première utilisation de la modélisation a été réalisée sur des cinétiques de recris-
tallisation obtenues à partir de microstructures spécifiques permettant de mettre en avant
l’effet du type de microstructure sur la réponse du modèle. Pour un même type de microstruc-
ture, une validation sur un matériau avec de plus petits grains ainsi qu’une méthode de dé-
termination des paramètres du modèle plus systématique devrait rendre le jeu de paramètres
plus robuste. Des tests dans d’autres configurations de sollicitations mécaniques apporteraient
également une vision plus large des conditions d’application du modèle, de son caractère pré-
dictif et des améliorations à y apporter.
A la vue des résultats obtenus, il apparaît que le point d’amélioration prioritaire du
modèle est d’enrichir la description de la microstructure de déformation afin de mieux modéli-
ser l’étape de germination, et notamment prendre en compte la sous-structure en cellules de
dislocations qui se développe au cours de la déformation et qui joue un rôle majeur dans la
formation des germes de recristallisation. Deux solutions peuvent être envisagées :
 Adapter la loi de germination pour qu’elle dépende de la déformation équiva-
lente cumulée, notamment au niveau du nombre de germes et de la cinétique
de germination. Cette solution n’implique pas de modifications majeures du
modèle, si ce n’est l’ajout du niveau de déformation équivalent macroscopique
dans la description de la microstructure initiale. Il faudrait également prendre
en compte l’évolution de la topologie de la germination. Les zones où appa-
raissent les nouveaux grains recristallisés dépendent également du niveau de
déformation.

 Modifier la modélisation de la microstructure pour inclure une description de


la sous-structure avec, par exemple, une combinaison d’une distribution de
taille de cellules et d’une distribution de désorientation des parois de cellules.

Ces deux propositions de modifications du modèle supposent la caractérisation expé-


rimentale de la sous-structure, de son évolution avec les conditions thermomécaniques et de
son effet sur la germination de la recristallisation. Des traitements thermiques pourraient par
exemple être réalisés sur des zones bien choisies de l’oligocristal déformé afin de caractériser
de manière fine les mécanismes locaux de formation des germes et de développement des
grains recristallisés à l’intérieur des grains ou au niveau des joints de grains (avec la technique
de traitement thermique in situ par exemple). Ces expériences permettraient de compléter les
connaissances déjà acquises sur les mécanismes d’évolution microstructurale dans le tantale.
Dans la même optique, la loi de restauration apparaît à ce stade très importante. Dans
un premier temps, des mesures complémentaires seraient à réaliser afin de valider la loi ac-
tuellement utilisée. Puis, il faudrait sûrement réfléchir à une loi plus adaptée, qui viendrait
s’inscrire dans la logique de description de la sous-structure de déformation et donc de son
évolution avec la température.
CONCLUSION 151

Un autre point qu’il serait intéressant d’approfondir est la mesure des densités de di-
slocations, donnée essentielle du modèle en champ moyen. Une estimation de la densité de
dislocations a été proposée en réalisant une mesure de microdureté. On pourrait confronter
les résultats à des mesures obtenues par d’autres techniques sur un même échantillon. La
mesure de microdureté pourrait notamment venir compléter l’étude comparative actuelle-
ment menée par le GDR n°3436 « Recristallisation » sur un panel de techniques expérimen-
tales déjà utilisées pour évaluer la densité de dislocations ou l’énergie stockée. La loi reliant
dureté et densité de dislocations pourrait aussi être complétée par d’autres mesures permet-
tant de juger des effets de la taille de grains ou des impuretés sur cette relation.
Une extension de cette approche pourrait également être tentée pour décrire, à partir
d’une mesure de microdureté, la sous-structure formée lors de la déformation. Cette sous-
structure pourrait, par exemple, être représentée par deux densités de dislocations.

Enfin, des améliorations restent à apporter si l’on veut établir la relation dureté-
densité de dislocations équivalente à partir de la méthode de simulation de l’indentation. Dans
l’annexe A5, nous avons montré qu’il était tout à fait possible de simuler l’indentation Vickers
du tantale pur à vitesse d’indentation constante. La simulation réagit de la même manière que
l’expérience mais les niveaux de dureté numérique sont cependant un peu faibles. L’effet du
temps de maintien serait mal pris en compte à cause d’une représentation imprécise de
l’écrouissage du tantale aux faibles déformations. Des efforts seraient à fournir au niveau de la
loi de comportement aux faibles déformations qui pourrait influencer de manière importante
l’évolution de la dureté au cours du maintien de la charge. Une meilleure description de la
transition élasto-plastique devrait permettre de lever ces difficultés mais la présence du pic de
contrainte ne facilite pas ce travail.
ANNEXES.
154 ANNEXES

ANNEXE A1

A1. GEOMETRIE DES EPROUVETTES UTILISEES LORS DES ESSAIS MECANIQUES

Cette annexe décrit les géométries utilisées lors des essais de compression uniaxiale et
de torsion sur éprouvette pleine et récapitule les conditions thermomécaniques dans les-
quelles ces essais ont été réalisés.

A. ESSAIS DE COMPRESSION UNIAXIALE

On rappelle que les essais de compression ont été effectués lors des travaux de
(Houillon 2009) mais largement réutilisés dans le cadre de cette thèse.
La géométrie des pions de compression est présentée sur la figure A1-1.
Ø 7 mm

Z Z = direction de
h = 11 mm compression

X
Figure A1-1. Géométrie des pions de compression

Ces essais sont menés à température ambiante jusqu’à une déformation vraie suivant
l’axe de compression d’environ 0,8. Lors de ces essais, la vitesse de déplacement de la traverse
est constante (vitesse de déformation variable au cours de l’essai). Une pâte au cuivre est utili-
sée pour diminuer le frottement entre les outils et le pion de compression. Chaque essai est
reproduit cinq fois pour s’assurer de la reproductibilité.
Quatre essais sont menés à des vitesses de traverse de 0,01 mm.s-1, 0,1 mm.s-1, 1
mm.s-1 et 10 mm.s-1, correspondant respectivement à des vitesses de déformation de l’ordre
de 10-3 s-1, 10-2 s-1, 10-1 s-1 et 1 s-1.

B. ESSAIS DE TORSION SUR EPROUVETTE PLEINE

Ces essais sont réalisés dans le but d’obtenir des microstructures déformées. Les
échantillons sont ensuite traités thermiquement afin de caractériser la recristallisation. La
géométrie de l’éprouvette de torsion est donnée sur la figure A1-2. Ces essais sont réalisés à
température ambiante suivant les conditions regroupées dans le tableau A1-1.
ANNEXES 155

Figure A1-2. Géométrie des éprouvettes de torsion

Tableau A1-1. Conditions mécaniques de déformation des éprouvettes de torsion utilisées pour obtenir les
microstructures déformées
-1
Essai type (s )
1 0,64 0,5
2 1,28 0,5
3 3,5 0,05
156 ANNEXES

ANNEXE A2

A2. FICHIER MATERIAU FORGE® DU TANTALE PUR POUR LA LOI DE


COMPORTEMENT BASEE SUR LA DENSITE DE DISLOCATIONS

{ Software= GLPre_V2.6 } LOIV INTG


DISLO_TANT
{ Supported_Software= FORGE2 FORGE3 } PAR MII = EXIST
PAR ka0 = EXIST
{ Comments= PAR ka1 = EXIST
Materiau: Ta PAR delta_G_k = EXIST
Type_Calcul: cold forming PAR ebp_sup_k = EXIST
Type_Mat: Tantalum PAR durete_a = 27
} PAR durete_b = 69
PAR STRAIN_RATE = EXIST
{ Rheological_Units= mm-MPa } PAR EQ_STRAIN = EXIST
PAR T_G_initiale = 75
{ Rheological_Data_as_Text= ETA RHO_DISLO = EXIST
EVP ETA DURETE_HV300 =0
ETA Taille_GRAIN =0
LOIV SIG0 ETA DUR_HV300_HP =0
LOI_TANT ETA Ka =0
PAR RHO_DISLO =1 FIN LOI
PAR SIGMA00 = 100
PAR SIGMA0S = 1047 !Elasticity coefficients
PAR MII = 24.5 YoungModulus = 186000
PAR ka0 = 1.6 PoissonCoeff = 0.35
PAR ka1 = 11 }
PAR delta_G_k = 1d-19
PAR ebp_sup_k = 2d8 { Thermal_Units= SI }
PAR delta_G_0 = 1.28d-19
PAR ebp_sup_0 = 2.5d5 { Thermal_Data_as_Text=
PAR exp_p = 0.47 !Thermal coefficients
PAR exp_q = 1.44 Specific Heat = 153
FIN LOI Density = 16650
Conductivity = 54.4
Epsilon = 0.49 !Emissivity

}
ANNEXES 157

ANNEXE A3

A3. PROTOCOLE DE PREPARATION DES ECHANTILLONS DE TANTALE PUR POUR UNE


OBSERVATION EN EBSD

Recommandations générales:

- Utiliser autant que possible des papiers abrasifs neufs, ou n'ayant servi qu'au polissage de
tantale
- Ne pas utiliser d’eau du robinet mais de l'eau distillée ou au moins filtrée
- Vérifier l’état de la surface polie entre chaque papier
- Polir longtemps (> 5 min) sur chaque papier abrasif, appui en automatique ~0,5 daN (équiva-
lent en manuel : appui modéré)

A. PROTOCOLE AVEC ACIDE FLUORHYDRIQUE (HF) (HOUILLON 2009) :

1. Polissage mécanique progressif jusqu'à un papier 4000 grains /mm² lubrifié au savon
liquide, environ deux minutes par papier.
2. Polisseuse vibrante avec alumine 0,02 μm sur drap Buehler Microcloth pendant 15
heures.
3. OPS sur polisseuse classique pendant 2’ 30’’.
4. Attaque de quelques minutes au coton imbibé de ¾ HNO3 + ¼ HF

B. PROTOCOLE SANS ACIDE FLUORHYDRIQUE (HF):

1. Papier 1200 + eau + vitesse de rotation ~350 trs/min


2. Papier 2400 + eau + vitesse de rotation ~350 trs/min
3. Papier 4000 + eau + vitesse de rotation ~350 trs/min
4. Solution diamantée 1 µm + vitesse de rotation ~150 trs/min
5. OPS >15 min en plusieurs fois (jusqu’à grains visibles en microscopie optique) + vitesse
de rotation ~150 trs/min

Le protocole (b) a été établi durant ces travaux de thèse. Ce nouveau protocole pré-
sente l’avantage de ne plus nécessiter d’attaque chimique à l’acide fluorhydrique, méthode qui
apparaissait jusqu’alors comme la seule solution pour révéler la microstructure et réaliser des
analyses EBSD sur le tantale. Par rapport au protocole (a), il est également beaucoup plus ra-
pide. Il et à signaler que l’utilisation d’une polisseuse automatique augmente considérable-
ment le pourcentage de « bon polissage » en rendant celui-ci moins aléatoire (surtout au ni-
veau de la force d’appui).
158 ANNEXES

ANNEXE A4

A4. COMPLEMENT DE L’ETUDE EXPERIMENTALE DE MISE EN ŒUVRE DE


L’INDENTATION VICKERS SUR TANTALE PUR RECRISTALLISE

L’essai de dureté Vickers est piloté par le temps de maintien de la charge, mais égale-
ment par la valeur de la charge et la vitesse à laquelle l’indentation est réalisée. Nous avons vu
que le temps de maintien a une influence significative sur la dureté Vickers du tantale pur re-
cristallisé. Dans cette annexe, nous détaillons l’effet de la charge et de la vitesse d’indentation.

A. INFLUENCE DE LA CHARGE

Pour un temps de maintien donné, la dureté Vickers du tantale pur diminue lorsque la
charge augmente. La figure A4-1 montre l’exemple de charges allant de 50 gf à 1 kgf pour deux
temps de maintien, 5 et 30 secondes. Pour le temps de maintien le plus court, la dureté Vic-
kers passe de 90 HV0,05 /5 à 83 HV1 /5. Lorsque l’on augmente le temps de maintien à 30 s
pour les plus fortes charges, la valeur de dureté ne dépend quasiment plus de la charge. Pour
la charge de 50 gf, un essai avec un temps de maintien de 99 s a également été réalisé et
donne une dureté de 79 HV0,05 /99. De la même manière que pour le temps de maintien, on
peut attribuer cette diminution de la dureté avec la charge à la viscosité du tantale pur à tem-
pérature ambiante. Pour une charge donnée, un temps de maintien suffisamment long permet
d’atteindre un palier de dureté et ce palier ne semble pas dépendre de la charge.

100
Temps de maintien 5 s
Temps de maintien 30 s
95 Temps de maintien 99 s

90
Dureté Vickers

85

80

75

70
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000
Charge (gf)
Figure A4-1. Influence de la charge sur la microdureté du tantale pur recristallisé (pour différentes durées de
maintien de la charge)

B. INFLUENCE DE LA VITESSE D’INDENTATION

Pour évaluer l’influence de la vitesse d’indentation pendant la mise en charge, nous


avons utilisé une charge de 25 gf permettant de piloter l’indenteur en vitesse. En effet, le mi-
croduromètre utilisé a deux cinématiques d’indentation suivant la charge employée. On sépare
ANNEXES 159

donc la cinématique des charges strictement supérieures à 25 gf (cf partie 2, section II.1.b) à
celle des charges inférieures ou égales à 25 gf (figure A4-2). Les faibles charges sont contrôlées
par électromagnétisme. Ici, la vitesse est donc imposée (1, 3, 10 ou 33 µm.s-1). La pointe Vic-
kers descend jusqu’à la surface de l’échantillon puis l’indentation commence à vitesse contrô-
lée. Un capteur d’effort vient relever l’augmentation de l’effort jusqu’à atteindre la charge
spécifiée pour l’essai. A partir de ce moment-là, on définit également un temps de maintien t
qui est au minimum de 5 s et d’environ 10 s selon la norme.

Figure A4-2. Evolution de la charge au cours d'une indentation Vickers réalisée à vitesse d'indentation constante
(F ≤ 25 gf)

Les deux vitesses extrêmes ont été choisies, 1 µm.s-1 et 33 µm.s-1. La figure A4-3
montre l’évolution de la dureté Vickers pour une charge de 25 gf en fonction du temps de
maintien et ceci pour les deux vitesses de pénétration. On constate tout d’abord que
l’augmentation de la vitesse d’indentation tend à augmenter la dureté pour un temps de main-
tien de 5 s (là encore des effets de viscosité peuvent jouer). Puis, en augmentant le temps de
maintien, la dureté tend vers une même valeur pour les deux vitesses d’indentation (autour de
77 HV0,025). La vitesse d’indentation va influencer la cinétique pour arriver au palier de dure-
té, qui apparaît être le même quelque soit la vitesse d’indentation et la charge.

100
1 µm/s
33 µm/s
95

90
HV0,025

85

80

75

70
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Temps de maintien (s)

Figure A4-3. Influence de la vitesse d'indentation sur la microdureté Vickers (25 gf)
160 ANNEXES

ANNEXE A5

A5. SIMULATION DE L’ESSAI D’INDENTATION VICKERS

La stratégie d’identification de la relation entre dureté Vickers et densité de disloca-


tions équivalente, telle qu’elle a été établie dans les travaux précédents, implique la simulation
numérique de l’indentation. Avant d’établir cette relation à partir de la méthode définie dans
la partie 2, section II.2, nous avons cherché à poursuivre cette stratégie, en ajoutant à la simu-
lation numérique de l’indentation Vickers la prise en compte du temps de maintien et de la
cinématique réelle de l’indenteur. Dans un premier temps, nous allons définir la simulation de
l’indentation Vickers avec le logiciel Forge 2011®. Puis, nous estimerons quels effets ont les
paramètres de la simulation sur le résultat de l’indentation (étude de sensibilité) dans le cas
plus simple de l’indentation à vitesse constante. Enfin, nous verrons s’il est possible de bien
représenter l’indentation Vickers réelle avec une charge de 300 gf et ainsi de déterminer la
relation dureté-densité de dislocations équivalente.

A. DEFINITION DE LA SIMULATION DE L’INDENTATION VICKERS

La simulation de la microindentation Vickers fait appel à trois objets (figure A5-1) :


 deux outils non déformables que sont l’indenteur et le plan d’appui,
 un objet déformable qu’est l’échantillon, cylindre de hauteur hd et de rayon rd.

Etant donné la symétrie du problème et dans un souci d’optimisation du nombre


d’éléments finis et donc du temps de calcul, seul un huitième de la géométrie sera modélisé.
Plan d’appui

Indenteur
Vickers
Echantillon

rd hd

Figure A5-1. Objets de la simulation éléments finis de l'indentation Vickers

Pour une indentation du tantale pur recristallisé avec une charge de 300 gf, la diago-
nale de l’empreinte est d’environ 80 µm en moyenne. La profondeur de cette empreinte est
alors d’environ 11 µm, et on choisit de fixer la hauteur de l’échantillon numérique à 10 fois
cette hauteur, soit hd = 110 µm.
Le maillage de l’échantillon est constitué de plusieurs boîtes sphériques imbriquées
permettant de raffiner le maillage dans la zone déformée par l’indenteur tout en assurant une
augmentation progressive de cette taille jusqu’au bord de l’échantillon (figure A5-2). Lorsque
l’on parlera par la suite de la taille de maille de l’échantillon, on fera uniquement référence à la
ANNEXES 161

taille des éléments les plus petits, dans la zone sous l’indenteur. Le comportement mécanique
de l’échantillon est décrit par la loi définie dans la partie 2 de ce manuscrit (équation 2.4 et
2.10) et basée sur la densité de dislocations équivalente. Le fichier matériau utilisé dans Forge
est donné en annexe A2.
Taille de maille sous
l’indenteur
20 µm 8 µm 5 µm 1 µm 1 µm ou 0,5 µm

Figure A5-2. Maillage éléments finis de l'échantillon à indenter

Dans un premier temps, l’indenteur sera piloté en vitesse à 1 µm.s-1 et simulera une
charge de 300 gf. Cette configuration est la plus simple pour tester les capacités du logiciel et
de la loi de comportement à bien représenter l’indentation Vickers. Une fois la charge de 300
gf atteinte à vitesse constante, Forge 2011® permet de maintenir cet effort pendant un temps
donné. On peut ainsi simuler le temps de maintien. Cette cinématique représente la cinéma-
tique expérimentale illustrée en annexe A4 sur la figure A4-2. Une fois l’indentation réalisée, la
longueur de la demi-diagonale est mesurée entre la pointe de l’indenteur et le dernier nœud
de l’échantillon en contact avec la pyramide Vickers (figure A5-3). La taille de maille sur la sur-
face de l’échantillon va donc jouer un rôle important sur la précision de la mesure de la diago-
nale.

indenteur

½ diagonale

échantillon
Figure A5-3. Méthode de mesure de la demi-diagonale de l'empreinte laissée par l'indenteur Vickers

Lors de ces simulations, on ne prend pas en compte le déchargement élastique qui ap-
paraît, aux vues des tests numériques effectués, comme négligeable dans le cas de
l’indentation du tantale.

B. PARAMETRES INFLUENÇANT L’INDENTATION ET LA DURETE NUMERIQUE

Les quatre paramètres, autres que la loi de comportement, susceptibles d’avoir une
influence sur la simulation numérique de l’indentation sont :
 Le rayon de l’échantillon ,
 Le frottement entre l’indenteur et le tantale,
 La taille de maille de l’échantillon sous l’indenteur,
 Le pas de déformation maximal lors d’un incrément.
162 ANNEXES

Pour évaluer l’influence de ces paramètres, on fait varier chacun d’entre eux en con-
servant les autres paramètres constants. Les résultats sont ensuite comparés en termes
d’effort, de profondeur de pénétration et de dureté en fonction du temps de maintien.
La taille du domaine que l’on va indenter est évidemment un paramètre important
puisque l’on souhaite représenter un milieu semi infini. Pour évaluer l’influence du rayon de
l’échantillon, trois rayons correspondant à 2,5 fois, 5 fois et 10 fois la demi diagonale (40 µm
environ pour 87 HV0,3 /5) , sont testés. La figure A5-4 montre les résultats obtenus pour ces
trois rayons et il est clair que le plus petit domaine influence grandement le résultat au niveau
de la profondeur de pénétration et donc de la dureté Vickers. Les domaines 5 et 10 fois plus
grand que la demi-diagonale donnent les mêmes résultats (les variations observées étant dues
à des maillages non strictement identiques). Par la suite on choisira un domaine 10 fois plus
grand que la demi-diagonale de l’empreinte, qui est une valeur classique pour s’affranchir des
effets de bord.

3,5 90

x10
3 85
x2.5
80 x5
2,5
Force d'indentation (N)

75
HV0,3

2
70
1,5
65

1 x10
60
x2.5
0,5 55
x5

0 50
0 5 10 15 20 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Profondeur d'indentation (µm) Temps de maintien (s)

Figure A5-4. Influence de la taille de l'échantillon sur l'indentation numérique

Remarque

Les « sauts » de dureté observés sur la courbe donnant la dureté en fonction du temps de maintien sont dus à la
méthode de mesure de la diagonale et à la taille du maillage dans la zone du dernier nœud de contact entre
l’indenteur et l’échantillon. En effet, le passage d’un nœud à l’autre entraîne une brusque variation de la longueur
de la diagonale (figure A5-5).

Figure A5-5. Passage d'un nœud à l'autre dans la zone de fin de contact entre l'indenteur et l'échantillon

Le coefficient de frottement d’une loi de type Coulomb (cf. équation A5.1) utilisé dans
les simulations de l’indentation Vickers est classiquement choisi à 0,16 (Antunes et al. 2006)
(entre le diamant et la plupart des matériaux). Cependant, le tantale est connu pour « coller »
énormément aux outils, notamment en usinage, ce coefficient de 0,16 apparaît donc faible
pour notre cas. Le coefficient de frottement a donc été modifié dans les simulations
d’indentation, dans lesquelles une loi de type Tresca (cf. partie 2 équation 2.15) a été utilisée.
ANNEXES 163

Trois valeurs représentatives de trois frottements différents ont été testées: 0,16 (faible), 0,5
(moyen) et 0,95 (fort quasi-collant). A la vue des résultats obtenus en simulation (figure A5-6),
le frottement ne semble pas être un paramètre prépondérant dans l’indentation Vickers.
N’ayant pas d’information expérimentale sur le frottement entre le tantale pur et la pointe
Vickers en diamant, et compte tenu du fait que le tantale soit un matériau « collant », nous
considèrerons par la suite un coefficient de frottement de Tresca de 0,5.

3,5 90

0.5
3 85
0.16
80 0.95
2,5
Force d'indentation (N)

75

HV0,3
2
70
1,5
65

1 0.5
60
0.16
0,5 55
0.95

0 50
0 5 10 15 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Profondeur d'indentation (µm) Temps de maintien (s)

Figure A5-6. Effet du frottement sur l'indentation Vickers numérique

Remarque – Loi de frottement de Coulomb

Equation A5.1

Avec la contrainte cisaillement critique pour laquelle on déclenche le glissement relatif d’un corps par
rapport à l’autre, le coefficient de frottement et la pression de contact.

Les derniers paramètres que sont la taille de maille de l’échantillon et le pas de défor-
mation maximale sont tous deux liés à la précision du calcul et des résultats. Deux tailles de
mailles sous l’indenteur (1 µm et 0,5 µm) ont été choisies pour que le nombre d’éléments dans
la diagonale soit suffisamment important. La taille de maille est un compromis entre le temps
de calcul, la précision du calcul et la précision de la mesure de la diagonale. La taille de 1 µm
permet d’avoir un temps de calcul raisonnable et d’obtenir des résultats satisfaisants. Malgré
une bonne description de l’effort en fonction de la profondeur de pénétration, on constate
tout de même que la dureté évolue par « palier » (cf zoom figure A5-7). Cette évolution est
due à la précision de la mesure de la diagonale et aux sauts d’un nœud à l’autre (figure A5-5).
Lorsque la taille de maille sous l’indenteur est de 0,5 µm, la dureté évolue de manière plus
progressive car on augmente la précision de la mesure de la diagonale et on amoindrit l’effet
des sauts de nœuds. Bien qu’une diminution de la taille de maille soit favorable à une évolu-
tion de dureté plus progressive, elle présente le fort inconvénient d’augmenter significative-
ment le temps de calcul. L’effort étant décrit de la même manière pour les deux tailles de
mailles, une taille de maille de 1 µm apparaît suffisante pour décrire l’indentation Vickers avec
une charge de 300 gf.
1
85

164 ANNEXES 0,
80

75

HV0,3
70

3,5 90
65
1 µm
85
3

60 0,5 µm
80
2,5
Force d'indentation (N)

75

HV0,3
2
55
70
1,5
65
50
1
1 µm 60 0 10 20 30 40 50 60 70 80 9
0,5 0,5 µm 55
Temps de maintien (s)

0 50
0 5 10 15 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Profondeur d'indentation (µm) Temps de maintien (s)

Figure A5-7. Effet de la taille de maille de l'échantillon (sous l'indenteur) sur l'indentation numérique

Le pas de déformation maximal est défini comme la déformation équivalente maxi-


male admissible sur l’échantillon en un incrément de calcul. Par défaut dans Forge 2011®, ce
paramètre est fixé à 0,01. Il permet d’agir indirectement sur le pas de temps et d’avoir au
cours d’une même simulation un pas de temps variable. Ceci s’avère très utile dans le cas de
l’indentation pour laquelle il y a deux régimes bien distincts et nécessitant deux pas de temps
différents. Le premier régime est la pénétration de l’indenteur dans le matériau jusqu’à at-
teindre la force spécifiée. Ce régime présente des incréments de déformation par unité de
temps qui sont importants comparés au régime de maintien qui le suit. Le pas de temps va
donc être plus faible pour le premier régime. Le pas de temps initial de la simulation peut être
estimé à partir de la formule suivante (Transvalor 2011) :

Equation A5.2

Avec le pas de temps (en s), la hauteur initiale de l’outil maître (ici l’indenteur),
la vitesse initiale de l’outil maître et le pas de déformation. Le pas de déformation
maximal ne modifie pas le résultat de l’indentation dans la gamme de pas de déformation
maximal testée, i.-e. 0,01-0,001-0,0001 (figure A5-8). Les différences observées au niveau de la
dureté sont principalement dues à un maillage qui n’est pas strictement identique entre la
simulation réalisée avec un pas de 0,01 et celles faites avec les pas de 0,001 et 0,0001. On peut
d’ailleurs noter que pour ces deux dernières simulations les résultats sont identiques, à mail-
lage identique.
ANNEXES 165

3,5 90

0.01
3 85
0.001
80 0.0001
Force d'indentation (N) 2,5

75

HV0,3
2
70
1,5
65

1 0.01
60
0.001
0,5 55
0.0001

0 50
0 5 10 15 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Profondeur d'indentation (µm) Temps de maintien (s)

Figure A5-8. Effet du pas de déformation maximal sur l'indentation numérique

La taille du maillage et le pas de déformation maximal ne peuvent pas être fixés de


manière définitive pour n’importe quelle simulation d’indentation. Leurs valeurs devront bien
sûr être adaptées en fonction du problème (matériau, charge, géométrie, vitesse
d’indentation, précision souhaitée). Dans le cas d’une indentation à 1 µm.s-1 avec une charge
de 300 gf, un maillage de 1 µm sous l’indenteur et un pas de déformation maximal par défaut
(0,01) sont suffisants pour bien représenter l’indentation du tantale.
Dans la littérature, une étude prend en compte le défaut de pointe de l’indenteur
(Antunes et al. 2007) mais dans le contexte de la nanoindentation. Ces défauts de pointe étant
de l’ordre du dixième de micromètre, il est difficile de les modéliser en microdureté où les
empreintes ont des diagonales de plusieurs dizaines de micromètres. L’échelle de la microdu-
reté par rapport à celle du défaut laisse penser que celui-ci devrait avoir peu d’impact sur le
résultat. Nous ne le prendrons donc pas en compte et considèrerons une pointe parfaite.

C. ANALYSE DE L’INDENTATION NUMERIQUE ET COMPARAISON AVEC UN ESSAI D’INDENTATION INSTRUMENTE

Une fois la simulation de l’indentation bien définie et l’effet des différents paramètres
influents évalué, nous pouvons analyser plus en détail les résultats de l’indentation numérique
et déterminer si celle-ci permet de bien représenter l’indentation expérimentale.
Les données expérimentales acquises avec le microduromètre Buehler permettent
uniquement de connaître la dureté après un temps de maintien donné. De plus, pour une
charge de 300 gf, l’indentation ne se fait pas à vitesse constante, cas que l’on souhaite utiliser
pour valider la simulation dans un premier temps. Nous avons donc utilisé une machine de
microindentation instrumentée réalisée au CEMEF. Cette machine permet de relever la force
et la profondeur de pénétration au cours de l’indentation mais ne permet pas le maintien sous
charge constante. Un essai instrumenté a donc été réalisé sur un échantillon de tantale pur
recristallisé pour une charge de 300 gf (2,94 N) à une vitesse de 1µm.s-1.
On peut ainsi comparer strictement les résultats obtenus numériquement avec ceux
obtenus avec cette machine instrumentée (figure A5-9). Sur cette figure, on montre que les
résultats de la simulation numérique sont en très bon accord avec les données expérimentales
recueillies dans la phase d’indentation à vitesse constante. La courbe effort-déplacement est
très bien reproduite numériquement et la dureté résultante est ainsi quasiment identique (90
HV0,3 /0 expérimental contre 86 HV0,3 /0 numérique). L’erreur commise sur la dureté est tout
à fait acceptable étant donné les différences qui peuvent exister entre les méthodes de me-
sure des diagonales numériques et expérimentales.
166 ANNEXES

3,5

2,5

Force d'indentation (N) 2

1,5

Expérimental
0,5
Simulation

0
0 5 10 15
Profondeur d'indentation (µm)

Figure A5-9. Comparaison des résultats obtenus par indentation instrumentée et indentation numérique (300 gf,
1 µm.s-1)

Précédemment dans l’annexe A4, nous avons pu constater expérimentalement (me-


sures sur le microduromètre) que, pour une charge donnée, la dureté sur le palier ne dépend
pas de la vitesse d’indentation. Ainsi, que la mise en charge soit quasi instantanée ou à une
vitesse constante de 1 µm.s-1, la dureté Vickers tend vers 77 HV0,3 lorsque la durée du main-
tien est suffisante. La dureté obtenue numériquement au bout de 30 s de maintien, 63 HV0,3
/30, apparaît donc comme trop faible. En réalisant une indentation numérique à 100 µm.s-1, on
retrouve le fait que la dureté tend vers une valeur unique qui ne dépend pas de la charge
d’indentation (figure A5-10). On remarque sur cette figure que le principal effet de la vitesse
porte sur la dureté pour un temps de maintien nul : la dureté Vickers passe de 86 HV0,3 /0 à
108 HV0,3 /0 mais au bout de 5 secondes, les niveaux de dureté sont similaires. En augmen-
tant le temps de maintien, on retrouve un palier (quasiment) indépendant de la vitesse
d’indentation. Malheureusement, un essai instrumenté à cette vitesse de 100 µm.s-1 est im-
possible à réaliser dans l’état actuel de la machine, l’asservissement ne permettant pas
d’atteindre l’effort de 2,94 N sans dépassement.

110

105
1 µm/s
100
100 µm/s
95

90
HV0,3

85

80

75

70

65

60

55

50
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Temps de maintien (s)

Figure A5-10. Effet de la vitesse sur l'indentation numérique


ANNEXES 167

La différence de dureté observée à temps de maintien nul et pour deux vitesses diffé-
rentes peut être attribuée à la viscosité du tantale à température ambiante. On retrouve
d’ailleurs cette sensibilité au niveau expérimental, pour les faibles temps de maintien (annexe
A4, figure A4-3). Pour évaluer la vitesse de déformation lors de l’essai d’indentation, nous
avons placé un capteur numérique sur un nœud du maillage situé sur la surface de
l’échantillon qui voit passer le front de déformation plastique. Les vitesses de déformation
maximales lors de l’indentation sont très différentes entre les deux essais (figure A5-11). Elle
atteint 0,2 s-1 au niveau du front de déformation plastique à la surface de l’échantillon dans le
cas d’une indentation à 1 µm.s-1 et plus de 18 s-1 dans le cas d’une indentation à 100 µm.s-1.
Dans la phase de maintien, la vitesse de déformation sous l’indenteur reste non nulle et iden-
tique quelle que soit la vitesse d’indentation initiale. Cette vitesse est de l’ordre de 0,0001 s-1.
L’essai d’indentation explore ainsi toute la gamme de vitesses de déformation sur laquelle est
définie la loi de comportement. Les vitesses minimales rencontrées lors de l’indentation peu-
vent même sortir de cet intervalle de définition, ce qui peut être préjudiciable à une modélisa-
tion qui se veut très précise.

100
Vitesse de déformation à la surface de l'échantillon (s-1)

1 µm/s
10
100 µm/s

1
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 110

0,1

0,01

0,001

0,0001

0,00001
Temps (s)

Figure A5-11. Vitesse de déformation locale d’un point de la surface l’échantillon voyant passer le front de
déformation plastique lors de l'indentation numérique pour deux vitesses d'indentation

Enfin, on vérifie numériquement que le palier de dureté ne dépend pas de la charge,


comme observé expérimentalement (figure A5-12). On retrouve également qu’une diminution
de la charge entraîne une augmentation de la dureté aux très faibles temps de maintien.
168 ANNEXES

100

95 0.3 kgf

90
0.025 kgf
85

Dureté Vickers 80

75

70

65

60

55

50
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Temps de maintien (s)

Figure A5-12. Effet de la charge sur l'indentation numérique à 1 µm.s-1

Les simulations réalisées à vitesse d’indentation constante ont permis de déterminer


que la simulation numérique de l’indentation était correcte dans une phase d’indentation à
vitesse constante. Elles ne permettent cependant pas de bien représenter la phase de main-
tien, la chute de dureté étant trop rapide et surestimée. Dans ce cas, la loi de comportement
utilisée serait à mettre en cause : la diminution trop rapide de dureté, et vers des valeurs trop
faibles, au cours du maintien, laisse penser que la transition élasto-plastique est modélisée
avec un écrouissage trop faible. La loi de comportement a en effet été calibrée à partir de la
valeur de limite élastique (avec des incertitudes liées au « crochet » observé expérimentale-
ment dans cette zone (partie 2, section I.2.b)), et de l’évolution globale de l’écrouissage aux
grandes déformations. Il se peut que l’écrouissage du matériau recristallisé soit plus important
aux très faibles déformations, pour ensuite évoluer plus lentement. Passée cette zone des très
faibles déformations, la loi de comportement identifiée devrait être plus fiable, ce qui veut dire
que des essais de microdureté réalisés sur des matériaux écrouis devraient être en bien meil-
leur accord avec les simulations, pour autant que l’on ait identifié la valeur initiale de densité
de dislocations à prendre en compte dans la simulation.

D. SIMULATION DE L’ESSAI D’INDENTATION VICKERS A EFFORT CONSTANT

Cependant, les simulations à vitesse constante ne sont pas représentatives de l’essai


d’indentation réel pour une charge de 300 gf, lequel est effectué à effort constant. Nous avons
donc modifié la simulation numérique de l’indentation pour se rapprocher de la cinématique
réelle.
La première étape consiste à introduire dans la simulation un outil fictif qui fera office
d’outil maître, outil nécessaire à la définition d’une simulation dans Forge 2011®. Cet outil va
permettre de définir le temps de la simulation qui correspondra donc au temps de maintien
défini dans la norme. Ensuite, la vitesse de l’indenteur n’est plus imposée. On lui associe une
masse 300 g et on vient le positionner directement en contact avec la surface de l’échantillon.
Le pas de temps a été ici fixé à 10-6 s car, lors de cette simulation, la mise en charge est quasi
instantanée et se fait en quelques millièmes de seconde. Cela entraîne des vitesses de dépla-
cement de l’indenteur très importantes (figure A5-13).
ANNEXES 169

Vitesse de déplacement de l'indentaeur (mm/s)


0 0,001 0,002 0,003 0,004 0,005

-2

-4

-6

-8

-10

-12
Temps (s)

Figure A5-13. Vitesse de déplacement de l'indenteur lors d'une simulation à effort imposé

La principale conséquence de cette vitesse élevée est le dépassement de l’effort de


consigne de manière assez importante (figure A5-14). En effet, le dépassement de l’effort re-
vient à simuler une indentation avec une charge 2,5 fois plus importante. La taille de
l’empreinte est en conséquence agrandie et ne correspond absolument pas à une empreinte
pour une charge de 300 gf. De plus, pendant la phase de maintien, l’effort est très instable
(figure A5-14). Cela laisse penser que la boucle de rétroaction mise en place dans le modèle
éléments finis entre la vitesse de l’indenteur et la force résultante n’est pas bien calibrée (cor-
rections trop importantes sur les vitesses).

7
Force d'indentation (N)

Effort consigne
3

0
0 0,001 0,002 0,003 0,004 0,005
Temps (s)

Figure A5-14. Effort numérique résultant sur l'indenteur lors d'une simulation à effort imposé

Cette simulation de l’indentation Vickers à effort imposé ne donne pas de résultats


satisfaisants dans l’état actuel des choses. Avec une vitesse de 1 à 10 mm.s-1, les vitesses de
déformations maximales sont plus importantes que dans les simulations à vitesse constante
(environ 1000 s-1) et on se trouve dans un régime dynamique. Même une diminution impor-
tante du pas de temps ne permet pas d’éviter le comportement oscillatoire de l’indenteur.
170 ANNEXES

Nous avons pu mettre en évidence que la dureté Vickers est fortement dépendante du
temps de maintien pour le tantale : plus le temps de maintien augmente, et plus la dureté
diminue, jusqu’à atteindre un palier de dureté. Ce palier est atteint à des temps de maintien
différents suivant l’effort et la vitesse d’indentation, lorsque celle-ci est pilotable. Cependant, il
apparaît que le palier dépend uniquement de l’échantillon indenté.
Nous avons également montré qu’il était tout à fait possible de simuler l’indentation
Vickers du tantale pur à vitesse d’indentation constante. La simulation réagit de la même ma-
nière que l’expérience mais les niveaux de dureté numérique sont cependant un peu faibles.
L’effet du temps de maintien serait mal pris en compte à cause d’une représentation imprécise
de l’écrouissage du tantale aux faibles déformations. De plus, à l’heure actuelle, il n’est pas
possible de simuler une indentation à effort constant avec le logiciel Forge 2011®, qui corres-
pondrait à la cinématique réelle d’une mesure de microdureté classique.
Des améliorations restent à apporter si l’on veut établir la relation dureté-densité de
dislocations équivalente par cette méthode de simulation de l’indentation. Des efforts sont à
fournir au niveau de la simulation de l’indentation à effort constant mais également au niveau
de la loi de comportement aux faibles déformations qui pourrait influencer de manière impor-
tante l’évolution de la dureté au cours du maintien de la charge.
ANNEXES 171

ANNEXE A6

A6. ANALYSE QUANTITATIVE DES DESORIENTATIONS INTRAGRANULAIRES A


PARTIR DES DONNEES EBSD

Les désorientations intragranulaires sont quantifiées grâce au « Kernel Average Miso-


rientation » (KAM), grandeur définie et calculée dans le logiciel TSL OIM Analysis. Pour chaque
pixel de la cartographie EBSD, on affecte donc une valeur représentative des rotations locales
du réseau cristallin.
Le KAM représente l’angle de désorientation moyen entre le pixel considéré et ses
voisins situés à une certaine distance (équation A6-1), définie en nombre de voisins (figure A6-
1). L’objectif étant de caractériser les désorientations intragranulaires, les angles de désorien-
tation supérieurs à l’angle limite de définition d’un joint de grains sont exclus du calcul.

Equation A6.1

Avec N le nombre de pixel voisins pour lesquels , l’angle de désorientation


entre le pixel i du voisinage et le pixel central.
1er voisins 2nd voisins 3ème voisins 1er voisins 2nd voisins 3ème voisins
Grille carrée

Grille hexagonale

Figure A6-1. Description du kernel en fonction du type de grille de la cartographie EBSD

Au sein d’un cristal déformé présentant un gradient d’orientation, la désorientation


entre deux points dépend de la distance entre ces points. Le KAM est ainsi fonction du rayon
physique du kernel qui varie selon la taille du kernel en nombre de voisins et le pas de mesure
EBSD. Il est donc difficile de comparer les désorientations intragranulaires de cartographies
réalisées avec des pas différents. Nous décrirons alors les désorientations intragranulaires
grâce à une valeur du KAM normalisée par le rayon du kernel permettant de réduire la dépen-
dance à ce rayon de kernel. Ce KAM normalisé sera également appelé Gradient Local
d’Orientation et s’exprimera en °.µm-1 (ou rad.µm-1).
172 ANNEXES

ANNEXE A7

A7. REVUE BIBLIOGRAPHIQUE DES DIFFERENTS SYSTEMES DE CHAUFFAGE IN SITU

Dans la littérature, il existe d’autres systèmes de chauffage in situ utilisés pour obser-
ver la recristallisation (Kiaei et al. 1997; Humphreys et al. 1996), la migration des joints de
grains (Czubayko et al. 1998; Paul et al. 2006) et également les transformations de phases
(Seward et al. 2004). La plupart de ces platines chauffantes sont intégrées dans la chambre
d’un MEB même si il existe des systèmes adaptés à des microscopes optiques (Czubayko et al.
1998) ou laser (Yogo et al. 2010). Dans les systèmes intégrés à un MEB, les évolutions micros-
tructurales sont suivies soit par imagerie d’électrons rétrodiffusés (BSE) (Vorhauer et al. 2008)
soit par des mesures EBSD (Hurley & Humphreys 2004). La technique EBSD a pour avantage de
produire des cartographies précises de l’orientation cristallographique et donc d’être plus
quantitative. On retrouve également souvent une combinaison de ces deux techniques pour
suivre l’évolution de la microstructure (Seward et al. 2002; Bestmann et al. 2005; Nakamichi et
al. 2008).
Peu de systèmes utilisent un chauffage par effet Joule (Liao et al. 1998; Vorhauer et al.
2008; Lens et al. 2005). La plupart des fours in situ sont basés sur le principe d’une sole chauf-
fée sur laquelle l’échantillon est posé. L’échange de chaleur est réalisé par conduction entre la
sole et l’échantillon (Kirch et al. 2008; Borthwick & Piazolo 2010; Piazolo et al. 2004). En fonc-
tion du système, l’échantillon peut avoir différentes tailles. L’aire de la surface observée est
généralement de l’ordre du mm² alors que l’épaisseur peut varier de 120 µm (Mattissen et al.
2004) à 2 mm (Yogo et al. 2010; Nakamichi et al. 2008). La valeur moyenne des épaisseurs
rencontrées dans la littérature se trouve autour de 1 mm. Dans notre cas, l’échantillon soudé à
la fine lamelle de Ta chauffée par effet Joule a une épaisseur de 300 µm pour s’assurer d’une
faible inertie thermique, ce qui permet d’atteindre des vitesses de chauffage jusque 100°C/s.
Lorsque le courant est coupé, on peut obtenir une vitesse de refroidissement du même ordre.
Cette valeur est significativement plus élevée que celles reportées dans la littérature (de
0.2°C/s à 10°C/s, mais en général en dessous de 2°C/s) et justifie la méthode employée consis-
tant à interrompre de manière périodique le traitement thermique afin de caractériser
l’évolution de la microstructure (Humphreys et al. 1996; Kiaei et al. 1997). Les cartographies
EBSD sont ainsi acquises à température ambiante. Une vraie caractérisation in situ en EBSD
implique des cinétiques d’évolution de la microstructure suffisamment lentes (Hurley &
Humphreys 2004). Lorsque la cinétique accélère, il reste l’imagerie en électrons rétrodiffusés
(Seward et al. 2002), qui implique que les températures de traitements soient faibles. Dans le
cas d’un matériau qui ne change pas de phase entre la température ambiante et la tempéra-
ture de traitement, on préfèrera l’approche séquentielle avec des vitesses de chauffage et
refroidissement suffisamment rapides pour éviter toute évolution de la microstructure pen-
dant ces phases transitoires.
La température maximale atteinte avec le système utilisé dans cette étude est de
1200°C. La gamme de températures généralement observée dans la littérature pour les autres
platines chauffantes est entre 200°C et 600°C. Quelques travaux ont été menés autour de
900°C (Seward et al. 2004; Kirch et al. 2008) et de 1250°C (Yogo et al. 2010) mais cette der-
nière étude n’était pas réalisée dans la chambre d’un microscope électronique à balayage.
ANNEXES 173

ANNEXE A8

A8. METHODE DE MESURE DE LA FRACTION RECRISTALLISEE A PARTIR DE


DONNEES EBSD

Une microstructure de recuit à la particularité de présenter deux types bien distincts


de grains :
 Les grains recristallisés : libres de dislocations, ce qui induit de faibles déso-
rientations intragranulaires.
 Les grains issus de la microstructure de déformation (déformés ou restaurés :
avec plus ou moins de défauts cristallins, induisant des désorientations intra-
granulaires modérées à élevées.
Cette différence de densité de dislocations entre les deux types de grains va grande-
ment influencer la qualité du cliché de diffraction. Ainsi les clichés des grains recristallisés se-
ront de meilleure qualité que ceux des grains non recristallisés. Les cartographies en « IQ
(Image Quality) », ou qualité du cliché de diffraction, sont donc un bon moyen de suivre la
recristallisation d’une microstructure (Wilkinson & Dingley 1991; Krieger Lassen et al. 1994). A
chaque pixel de la cartographie est associé un nombre représentatif de la qualité du cliché
EBSD. Sur une échelle de gris, les points les plus sombres représentent les qualités de cliché les
plus mauvaises.
Nous avons vu dans la partie 2 portant sur la description de l’état déformé, que le gra-
dient local d’orientation (Kernel Average Misorientation divisé par le rayon du kernel, annexe
A6) était un moyen de représentation quantitative de la répartition de l’énergie stockée dans
une microstructure révélée par EBSD. Ce paramètre étant local (échelle du pixel), il s’avère très
utile dans la description des grains déformés, de leurs sous-structures et de leurs désorienta-
tions intragranulaires. En ce qui concerne les grains recristallisés, un indicateur local n’est pas
adapté. Nous allons alors nous baser sur une grandeur définie à l’échelle du grain qu’est le
« Grain Orientation Spread » (ou GOS) pour définir si un grain est recristallisé ou non.
Le « Grain Orientation Spread » est calculé pour chacun des grains de la microstruc-
ture. Il correspond à la moyenne des angles de désorientation entre l’orientation de chaque
pixel du grain et l’orientation moyenne du grain. Dans une microstructure partiellement recris-
tallisée, les pixels constituant un grain recristallisé vont peu fluctuer autour de l’orientation
moyenne, le GOS sera alors faible. Au contraire dans un grain déformé, les orientations locales
peuvent fortement dévier de l’orientation moyenne du grain, le GOS sera alors élevé. On ob-
tient ainsi une distribution de la valeur du GOS dont le profil dépend de l’avancement de la
recristallisation (figure A8-1).
174 ANNEXES

(a)

0 Grain Orientation Spread 15


Grains recristallisés
(b)
1° 0.2

Grains non recristallisés

Figure A8-1. (a) Exemple d'une microstructure partiellement recristallisée pour laquelle le GOS a été calculé pour
chaque grain
(b) Distribution correspondante des GOS

Pour définir quels grains sont considérés comme recristallisés, il est nécessaire de défi-
nir un seuil du GOS. En observant la distribution des GOS sur la figure A8-1.b, on voit un pic
très net pour les faibles valeurs qui correspond aux grains recristallisés. On peut définir le seuil
à 1°, qui correspond par ailleurs à l’ordre de grandeur de la précision de la mesure
d’orientation par la technique EBSD dans les conditions où elle a été mise en oeuvre. Cette
valeur limite dépend des conditions d’acquisition des données EBSD, qui définit la précision de
la mesure d’orientation. Elle dépend également de la microstructure analysée. En effet, des
grains restaurés ou peu déformés présentent aussi une valeur de GOS faible. Il s’agira donc de
bien choisir le seuil en fonction de tous ces paramètres. On peut définir une fourchette pour le
seuil de définition des grains recristallisés entre 0,8° et 1,2° que l’on choisira selon le profil de
la distribution des GOS et selon un contrôle visuel en observant les grains qui paraissent recris-
tallisés dans la microstructure (critère morphologique principalement). La figure A8-2 montre
ANNEXES 175

la microstructure binarisée en grains recristallisés (en bleu) et grains non recristallisés (en
rouge). La fraction surfacique de grains recristallisés est donc accessible à partir de cette ana-
lyse (sur la figure A8-2 environ 50%).

GOS < 1° Grains recristallisés


GOS > 1° Grains NON recristallisés

Figure A8-2. Discrimination des grains recristallisés dans une microstructure partiellement recristallisée à l’aide
du Grain Orientation Spread (seuil à 1°)
176 ANNEXES

ANNEXE A9

A9. OPTIMISATION DE LA GEOMETRIE DE L’ESSAI DOUBLE CONE PAR SIMULATION


NUMERIQUE

La géométrie de l’éprouvette « double cône » (ou DECC pour « DoublE Cône Compres-
sion ») a été adaptée par simulation numérique basée sur la méthode des éléments finis à
partir de la géométrie proposée par Semiatin (Weaver & Semiatin 2007), afin de satisfaire deux
critères principaux :
1. L’éprouvette doit pouvoir être usinée dans une tôle de 11 mm d’épaisseur
2. Le gradient de densité de dislocations équivalente doit être le plus fort possible, c'est-
à-dire que le centre doit présenter une densité de dislocations la plus élevée possible
alors que le bord de l’échantillon doit se déformer le moins possible.

En premier lieu, la géométrie de l’éprouvette originelle doit être modifiée pour satis-
faire le premier critère. Une de ces dimensions doit être inférieure ou égale à 11 mm. Dans
notre cas, le diamètre d0 de la surface en contact avec les outils est fixé à 7 mm (diamètre des
pions de compression utilisés dans la thèse de M. Houillon (Houillon 2009)). Ainsi, pour con-
server un maximum de possibilités de modification de cette géométrie, la hauteur h0 est fixée
à 11 mm. La figure A9-1 présente la géométrie de l’éprouvette DECC que nous allons prendre
en compte pour le départ de l’optimisation. Pour satisfaire le critère n°2 sur le gradient de
densité de dislocations, quatre paramètres géométriques sont à optimiser : D, h, h’ et α.

Figure A9-1. Géométrie de départ de l'éprouvette "double cône" et définition du repère de référence. Les valeurs
fixes sont en gris et les paramètres susceptibles d'évoluer sont en rouge

Pour optimiser cette géométrie, l’essai DECC est simulé à l’aide du logiciel FORGE® en
utilisant la loi de comportement basée sur la densité de dislocations équivalente détaillée dans
la partie 2. Le problème étant axisymétrique, seulement 1/8 de la géométrie du « double
cône » a été modélisé afin de réduire le temps de calcul. Les paramètres utilisés lors des simu-
lations sont récapitulés dans le tableau A9-1. La grandeur à laquelle nous nous intéressons est
la densité de dislocations équivalente le long de l’axe DR1 dont l’origine est placée au centre
de l’éprouvette. Toutes les valeurs de densité de dislocations sont relatives (normalisées par
rapport à la valeur du matériau recristallisé) et arrondies à 0,1 près. Les paramètres géomé-
triques de l’éprouvette de départ sont donnés dans le tableau A9-2.
ANNEXES 177

Tableau A9-1. Paramètres de la simulation numérique de l'essai DECC


Taille de maille 0.25 mm
Vitesse de déplacement de l’outil 0.1 mm/s
Température 20°C
Frottement avec les outils Collant
-2 -1
Echange thermique avec l’air hair 10 W.m .K
-2 -1
Echange thermique avec les outils hout (Houillon 2009) 8500 W.m .K

Tableau A9-2. Valeurs des paramètres géométriques de la simulation de départ


Paramètre D (mm) h (mm) h’ (mm) α (°)
Valeur 14 4 3,5 45

La figure A9-2 montre l’évolution de la densité de dislocations maximale et du gradient


de densité entre le centre et le bord de l’éprouvette en fonction de la course de compression.
La course de compression maximale est fixée à la valeur de h’ pour éviter que la partie cylin-
drique externe de l’éprouvette ne soit déformée en compression. Avec cette géométrie de
départ, l’écart de densité de dislocations présente un maximum pour une course de compres-
sion comprise entre 1,5 mm et 2 mm. Cependant pour cette dernière, la valeur de densité de
dislocations au centre est d’environ 9,5. Il apparaît donc que la course optimale pour cette
géométrie est de 2 mm.

Figure A9-2. Densité de dislocations maximale et écart entre le centre et le bord de l'éprouvette en fonction de la
course de compression

Avec cette première conclusion, on peut d’ores et déjà modifier la géométrie en limi-
tant la hauteur des cônes h’ à 2mm et en augmentant en conséquence la hauteur de la partie
cylindrique h à 7mm. L’augmentation de cette dernière dimension va également permettre de
faciliter la découpe pour une observation dans le plan (DR1, DR2) et de rendre l’observation
dans le plan (DR1, DC) moins sensible à l’écartement au plan médian. La modification de h ne
modifie pas la densité de dislocations équivalente sur un rayon du plan médian (DR1) (figure
A9-4).
178 ANNEXES

Figure A9-3. Répartition de la densité de dislocations le long d’un rayon pour la géométrie initiale et pour la
géométrie modifiée au niveau de la hauteur de la partie cylindrique

Pour augmenter la différence de densité de dislocations équivalente entre le centre et


le bord, la solution est de diminuer la déformation du bord de l’éprouvette pour y diminuer la
valeur de la densité de dislocations. Pour ceci, nous pouvons en premier lieu augmenter la
valeur du diamètre D tout en conservant la valeur de α = 45°. On observe très clairement sur la
figure A9-4 que la valeur de densité de dislocations au centre reste inchangée alors que la va-
leur au bord diminue. Si on augmente encore la valeur du diamètre, la diminution de densité
de dislocations n’est plus significative car elle évolue très lentement dans les zones peu défor-
mées. La diminution de la densité de dislocations au bord de l’échantillon est principalement
due à la différence de rayon entre la partie cylindrique et la base des parties coniques. On fixe
alors cet écart à 7 mm.

Figure A9-4. Répartition de la densité de dislocations le long d’un rayon en fonction du diamètre de la partie
cylindrique

Le dernier paramètre géométrique pouvant influencer le gradient de densité de dislo-


cations est l’angle α. Une modification de cet angle implique également une modification du
ANNEXES 179

diamètre de la partie cylindrique. Sur la figure A9-5, les répartitions des densités de disloca-
tions le long du rayon pour les trois angles considérés (22,5°, 45° et 67,5°) montrent que
l’angle n’a pas d’influence sur l’écart de densité de dislocations. Par contre, l’angle le plus
faible présente l’avantage d’augmenter le rayon de la partie cylindrique. L’évolution de la den-
sité de dislocations équivalente sera donc plus progressive entre le centre et le bord facilitant
ainsi la détection du seuil de recristallisation.

Figure A9-5. Répartition de la densité de dislocations le long d’un rayon en fonction de l'angle α

A partir des observations réalisées ci-dessus, on peut conclure que la nouvelle géomé-
trie proposée par rapport à celle utilisée dans les travaux de Weaver et Semiatin permet
d’augmenter l’écart de densité de dislocations entre le centre et le bord de l’éprouvette. Les
différents paramètres de la géométrie permettent à la fois de jouer sur la distribution de den-
sité de dislocations et de contrôler l’étendue de la zone qui sera analysée. Une zone assez
grande permettra d’effectuer plus de mesures de dureté le long d’un rayon et également de
mieux capter le seuil de densité de dislocations pour déclencher la recristallisation.
La figure A9-6 illustre l’évolution de la géométrie depuis celle du départ de
l’optimisation.

Figure A9-6. Evolution de la géométrie de l'éprouvette DECC entre le début et la fin de l'optimisation
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Analyse des mécanismes de recristallisation statique du tantale déformé à froid pour une
modélisation en champ moyen

RESUME : L’objectif de ce travail est de prédire les évolutions microstructurales se produisant dans le
tantale pur lors d’un traitement thermique en fonction de son état microstructural initial. La
restauration, la recristallisation et la croissance de grains sont décrites à l’aide d’un modèle en champ
moyen qui nécessite une description adéquate de la microstructure, en termes de distributions de
tailles de grains et de densités de dislocations équivalentes. La densité de dislocation équivalente
moyenne peut être évaluée par une simple mesure de dureté Vickers. L’établissement de la relation
dureté-densité de dislocations nécessite l’utilisation d’une loi de comportement basée sur la densité
de dislocations équivalente. Les évolutions microstructurales au cours d’un traitement thermique ont
été observées et les paramètres pilotant ces phénomènes ont été identifiés à l’aide d’essais originaux
comme l’observation in situ de la recristallisation ou l’utilisation d’essais à gradient de déformation
pour déterminer le seuil de densité de dislocations équivalente pour déclencher la recristallisation.
Des essais plus classiques ont permis d’obtenir des cinétiques de recristallisation dans la gamme
1000°C-1100°C pour différentes microstructures initiales. Les simulations des différents traitements
thermiques à l’aide du modèle à champ moyen rendent bien compte des évolutions microstructurales
en termes de fraction recristallisée et de taille des grains recristallisés pour des microstructures
faiblement déformées ou fortement déformées et fragmentées, en utilisant une description adéquate
du type de microstructure initiale. Le modèle devra en revanche être adapté pour traiter le cas de
microstructures intermédiaires, en enrichissant non seulement la description de la microstructure
initiale mais également celle de l'étape de germination des grains recristallisés. Il deviendra alors
capable de prédire les évolutions de microstructures pour tout type de microstructure initiale de
tantale.

Mots clés : tantale, recristallisation statique, modélisation en champ moyen, comportement


mécanique, densité de dislocations

Analysis of static recrystallization mechanisms of cold-worked tantalum for mean-field


modeling

ABSTRACT : This study aims at predicting the microstructural evolution of pure tantalum during
annealing according the initial microstructural state. Static recovery and discontinuous recrystallization
as well as grain growth are described using a mean-field model requiring an appropriate description of
the microstructure, using both equivalent dislocation densities and grain sizes distributions. The
average equivalent dislocation density can be assessed from Vickers microhardness measurements.
The calibration of such a relation between microhardness and dislocation density involves the use of a
dislocation density-based constitutive law. Microstructural evolutions during annealing have been
observed and control parameters of these phenomena have been determined using original tests such
as in situ observation of the recrystallization process or the use of strain gradient samples to assess
the critical dislocation density for the onset of recrystallization. More classical tests have been carried
out to get recrystallization kinetics in the range 1000-1100°C for different initial microstructures.
Simulations of annealing using the mean-field model adapted for tantalum match the experimental
evolution of both recrystallized fraction and recrystallized grain size, in either weakly deformed or
severely deformed and fragmented microstructures. On the other hand, the model needs to be further
adapted for intermediate microstructures, with both a more elaborate description of the initial
microstructure and of the nucleation stage of the recrystallized grains. It will then be suitable to predict
evolutions of any initial tantalum microstructure during annealing.

Keywords : tantalum, static recrystallization, mean-field modeling, mechanical behavior, dislocation


density.

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