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L'ego : le piège du succès et de l'échec

Ce livre explore l'impact de l'ego à travers l'expérience personnelle de l'auteur, qui a connu le succès et l'échec à différents stades de sa vie. Il aborde les défis liés à l'ambition et à l'identité, tout en soulignant l'importance de combattre l'ego pour atteindre des objectifs supérieurs. L'auteur s'inspire de la philosophie stoïcienne et d'exemples historiques pour encourager une réflexion sur la nature humaine et la quête de sens.

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L'ego : le piège du succès et de l'échec

Ce livre explore l'impact de l'ego à travers l'expérience personnelle de l'auteur, qui a connu le succès et l'échec à différents stades de sa vie. Il aborde les défis liés à l'ambition et à l'identité, tout en soulignant l'importance de combattre l'ego pour atteindre des objectifs supérieurs. L'auteur s'inspire de la philosophie stoïcienne et d'exemples historiques pour encourager une réflexion sur la nature humaine et la quête de sens.

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LE PROLOGUE QUI FAIT MAL

Ce livre ne parle pas de moi, mais puisqu’il parle d’ego, je vais répondre à
la question qu’il serait hypocrite de ma part de prétendre ne pas y avoir
pensé. Mais qui suis-je pour écrire ce livre?

Mon histoire n’est pas particulièrement importante pour les leçons qui vont
suivre, mais je voudrais vous la raconter succinctement pour donner le
contexte. Car l’ego, j’en ai fait l’expérience à chacun de ces stades de ma
vie: l’aspiration, la réussite et l’échec. Et encore, et encore.

À 19 ans, pressentant une perspective de carrière incroyable qui allait


transformer ma vie, j’ai arrêté les études. Les mentors se disputaient mon
attention et me chouchoutaient. Puisqu’on considérait que je faisais mon
chemin, j’étais le jeune en vue. Le succès a vite été au rendez-vous.

Après avoir été le plus jeune cadre dans une agence de chasseurs de têtes à
Beverly Hills, j’ai participé à la signature de contrats et des sessions de
travail avec un certain nombre de grands groupes de rock. J’ai été conseiller
pour des ouvrages qui se sont vendus à des millions d’exemplaires et qui
ont créé leur propre genre littéraire.

Quand j’ai eu 21 ans, je suis devenu stratégiste pour la célèbre marque de


vêtements American Apparel. Peu après, j’ai été nommé directeur
marketing.

À 25 ans, j’ai publié mon premier livre, un best-seller du jour au lendemain


même s’il a fait polémique, avec ma tête en grand sur la couverture. Un
studio a posé une option pour créer une émission télé sur ma vie. Au cours
des années suivantes, j’ai accumulé de nombreux privilèges grâce au
succès: influence, plateforme, presse, ressources, argent, et même une petite
notoriété.
Plus tard, j’ai fondé une société reposant sur ces atouts où j’ai travaillé avec
des clients connus qui me payaient bien. Je faisais le genre de boulot qui
m’a conduit à tenir des conférences et à me rendre à des événements
prestigieux.

Avec la réussite vient la tentation de se raconter une histoire, d’arrondir les


angles, d’effacer les coups de chance et de saupoudrer le tout d’un peu de
mythes. Vous savez de quoi je parle, la sorte de récit initiatique des combats
herculéens pour atteindre la grandeur malgré les vents contraires: dormant à
même le sol, renié par mes parents, souffrant de mon ambition. C’est un
genre de narration dans lequel votre talent devient votre identité et vos
accomplissements deviennent votre valeur.

Mais une histoire comme celle-ci n’est jamais vraiment honnête ni utile. En
vous la racontant, je viens de laisser beaucoup d’aspects de côté. Comme
par hasard, j’ai omis de mentionner le stress et les tentations; les chutes
vertigineuses et les erreurs – toutes les erreurs – n’ont pas été retenues pour
le montage de la bobine finale. Il y a des choses dont je me passerais bien
de parler: un lynchage en public de la part d’un individu que j’admirais et
qui m’a laissé si mal en point que j’ai fini aux urgences. Ou encore le jour
où j’ai manqué de courage et que j’ai dit à mon patron que je ne pouvais pas
m’occuper du montage, et que je reprenais mes études – je le pensais
vraiment. La nature éphémère de se retrouver au palmarès des meilleures
ventes (ça a duré une semaine). La séance de signature où un seul lecteur
m’a demandé une dédicace. La société que j’avais fondée qui a implosé et
que j’ai dû reconstruire. Deux fois. Voici des exemples de moments que j’ai
tout bonnement mis de côté.

Quoi qu’il en soit, cette image plus complète n’est qu’une fraction d’une
vie, mais elle a le mérite de toucher davantage les notes importantes – du
moins, celles qui le sont pour ce livre, à savoir l’ambition,
l’accomplissement et l’adversité.

Personnellement, je ne crois pas aux révélations. Il n’y a pas qu’un seul


moment qui transforme un individu; il y en a plusieurs. Pendant environ six
mois en 2014, c’était comme si ces moments-là s’enchaînaient. Tout
d’abord, American Apparel – l’entreprise où j’ai effectué mon meilleur
travail – frôlait la faillite et avait des millions de dollars de dettes. Ce n’était
plus qu’une coquille vide. Le fondateur, que j’avais admiré dans ma
jeunesse, a été remercié sans plus de cérémonie par le conseil
d’administration dont il avait choisi les membres. Il en était réduit à squatter
chez un ami. Puis, l’agence artistique dans laquelle j’avais fait mes armes
s’est retrouvée dans une situation similaire, traînée devant les tribunaux par
des clients envers lesquels la société était fortement endettée. Au même
moment, un autre de mes mentors a cumulé les dérapages, mettant
simultanément un point final à notre relation. Moi, j’avais construit ma vie
autour de ces gens. Je les avais admirés et ils m’avaient formé. Je comptais
sur leur stabilité – financière, émotionnelle, psychologique. C’était essentiel
pour mon existence et mon amour-propre.

Et pourtant, ils implosaient sous mes yeux, l’un après l’autre. Les rouages
se grippaient. Passer de l’envie de ressembler à quelqu’un toute sa vie à
refuser de devenir comme lui est une sorte de coup du lapin auquel on ne
peut pas s’attendre.

Je n’étais pas plus à l’abri de cette dissolution moi-même. Au pire moment,


les problèmes que j’avais négligé de régler dans ma vie ont refait surface.
Malgré ma réussite, je me suis retrouvé à la case départ dans la ville où tout
avait commencé, stressé et débordé, ayant renoncé à ma liberté si chèrement
acquise parce que je ne savais pas refuser une bonne occasion de gagner de
l’argent ni le frisson d’une «bonne crise». J’étais tellement tendu que la
moindre perturbation me mettait en rage. Mon travail qui m’était toujours
facile est devenu laborieux. Ma confiance en moi et dans les autres s’est
effondrée. Tout comme ma qualité de vie.

Je me souviens être rentré chez moi un jour après des semaines en tournée
et d’avoir ressenti une crise de panique intense parce que le wi-fi ne
marchait pas – si je n’envoie pas ces courriels… Si je n’envoie pas ces
courriels… Si je n’envoie pas ces courriels…

On croit faire ce que nous sommes censés faire. La société vous


récompense pour ça. Mais ensuite, vous voyez votre fiancée claquer la porte
parce que vous n’êtes plus la même personne qu’avant. Comment est-ce
que cela arrive? Est-ce qu’on peut réellement passer du jour au lendemain
de l’impression d’être juché sur les épaules des géants à s’extirper des
ruines d’explosions en chaîne et de tenter de rassembler les morceaux du
puzzle?

Quoi qu’il en soit, l’un des avantages de tout ça, c’est que ça m’a forcé à
accepter le fait que j’étais accro au boulot. Pas dans le sens «Oh, il travaille
beaucoup trop» ou «Détends-toi et lève le pied», mais plutôt «S’il ne se
pointe pas aux réunions et qu’il ne se désintoxique pas, il mourra
prématurément». Je me suis rendu compte qu’il y avait un prix à payer pour
la passion et le besoin qui m’avaient rendu prospère très tôt – comme chez
beaucoup d’autres. Ce n’était pas tant la quantité de travail le problème,
mais le rôle démesuré qu’il avait pris dans mon estime personnelle. J’étais
tellement enfermé dans mon esprit que j’étais prisonnier de mes pensées. Il
s’est ensuivi une sorte de routine d’ennui et de frustration, et je devais
comprendre pourquoi, à moins de vouloir finir d’une façon tragique.

En tant que chercheur et écrivain, j’ai longtemps étudié l’histoire et le


monde des affaires. Comme tout ce qui implique les gens, sur une échelle
temporelle suffisamment longue, des problèmes universels commencent à
apparaître. Ce sont des sujets qui me fascinaient depuis longtemps. Le
principal est l’ego. Je connaissais l’ego et ses effets. En fait, j’avais
commencé à me documenter pour ce livre près d’un an avant que ne se
produisent les événements dont je viens de parler. Mais mes expériences
douloureuses au cours de cette période m’ont permis de mettre en lumière
les notions que j’étudiais d’une façon que je n’aurais pas pu comprendre
auparavant. Cela m’a ouvert les yeux sur les effets pervers de l’ego, non
seulement chez moi ou dans l’Histoire, mais aussi chez des amis, des clients
et collègues, dont certains opèrent aux plus hauts niveaux dans divers
secteurs. Les problèmes d’ego avaient coûté des millions de dollars aux
gens que j’admirais, et à l’image de Sisyphe, les ont détournés de leurs
objectifs au moment où ils les atteignaient. Maintenant, j’ai moi aussi eu
une vision du précipice.

Quelques mois après cette «révélation», je me suis fait tatouer la phrase


«L’ego est l’ennemi» sur l’avant-bras droit. Je ne sais pas d’où ces mots
sont sortis, sans doute d’un livre que j’ai lu il y a fort longtemps, mais ils
ont immédiatement été d’un grand réconfort et d’une aide précieuse. Sur le
bras gauche, j’ai une autre citation d’origine tout aussi obscure, «L’obstacle
est le chemin». Je les regarde tous les jours et elles m’aident à prendre des
décisions dans la vie. Je les vois quand je nage, quand je médite, quand
j’écris ou quand je sors de la douche le matin. Les deux phrases me
préparent – et m’avertissent – à prendre la bonne direction dans quasiment
toutes les situations que j’affronte.

J’ai écrit ce livre non pas parce que j’ai atteint une certaine sagesse qui me
ferait croire que je suis qualifié pour en parler, mais parce que c’est le livre
que j’aurais aimé trouver à des tournants critiques dans ma vie. Comme
chacun, j’ai dû répondre à la question la plus importante qu’on puisse se
poser dans la vie: Qui est-ce que je souhaite devenir? Et: Quel chemin vais-
je donc suivre? (Quod vitae sectabor iter?)

Puisque je trouve ces questions intemporelles et universelles, j’ai tenté de


m’appuyer sur des préceptes philosophiques et des exemples historiques
dans ce livre au lieu de ma propre expérience.

Alors que les livres d’histoire regorgent de récits sur des génies visionnaires
qui ont façonné le monde à leur image avec une force brute presque
irrationnelle, je pense qu’en cherchant bien, on découvre que l’Histoire est
aussi écrite par des individus qui ont combattu leur ego à chaque instant,
qui ont évité les feux de la rampe et placé les objectifs supérieurs au-dessus
de leur désir de reconnaissance.

M’attacher à ces histoires et les partager a été ma façon de les comprendre


et de les absorber. Comme mes autres livres, cet ouvrage est profondément
influencé par les préceptes de la philosophie des stoïciens et des autres
grands penseurs classiques. Je m’inspire d’eux dans tous mes essais, tout
comme je les ai étudiés toute ma vie durant. Si vous trouvez quelque chose
d’utile dans ce livre, ça sera grâce à eux, pas à moi. Démosthène a un jour
déclaré que la vertu commence par la compréhension et elle est comblée par
le courage. Pour la première fois, nous devons commencer à nous voir, nous
et notre monde, d’une nouvelle façon. Puis nous devons nous battre pour
nous différencier et rester différents – c’est là que les choses se corsent. Je
ne dis pas qu’il faut réprimer ou supprimer tout ego dans la vie – et je ne
crois pas que ça soit possible. En réalité, il ne s’agit que d’histoires morales
pour encourager le meilleur de nos instincts.

Dans l’Éthique à Nicomaque, Aristote emploie l’analogie d’un bout de bois


tordu pour décrire la nature humaine. Pour éliminer les courbes, le
menuisier appliquera de la pression sur les bosses, tout en douceur – pour le
redresser, en gros. Évidemment, deux mille ans plus tard, Kant a lâché:
«L’homme a été taillé dans un bois si tordu qu’il est douteux qu’on n’en
puisse jamais tirer quelque chose de tout à fait droit.» On ne sera peut-être
jamais droits, mais on peut essayer de se redresser.

C’est toujours agréable quand quelqu’un vous fait sentir spécial, capable ou
inspiré, mais ce n’est pas le but de ce livre. J’ai voulu classer ces pages de
façon que vous vous retrouviez au même stade que moi lorsque j’en ai
achevé l’écriture: vous penserez moins à vous. J’espère que vous serez
moins investi dans l’histoire que vous racontez sur votre propre spécificité
et, par conséquent, que vous serez libre d’accomplir la tâche que vous vous
êtes donnée et qui changera le monde.

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