LA RADIOACTIVITÉ
Introduction
Certains noyaux naturels ou artificiels sont instables. Ils peuvent se décomposer en un autre ou en
plusieurs noyaux. Le noyau obtenu peut être lui-même instable ou dans un état excité qui va évoluer
en se désexcitant, souvent en émettant un ou plusieurs photons. On parle souvent de noyau père pour
le noyau initial et de noyau fils pour le noyau final. Pour qu’une désexcitation spontanée soit possible,
il faut que l’état final ait une énergie inférieure à celle de l’état initial. Par contre, la vitesse de
désintégration dépend d’autres paramètres qui font que la probabilité est plus ou moins grande.
Presque 3 000 noyaux sont connus et la plupart d’entre-eux (_ 2 700) sont radioactifs, donc instables.
Il y a un peu plus de 250 noyaux naturels stables. Parmi les noyaux radioactifs, seul 65 existent à l’état
naturel. Les autres noyaux radioactifs sont artificiels, produits par réactions nucléaires dans des
réacteurs nucléaires, avec des accélérateurs de particules ou dans des explosions nucléaires. Les
noyaux radioactifs que l’on trouve dans la nature ont soit une durée de vie suffisante pour qu’ils soient
encore présent 4,5 milliards d’années après que la Terre se soit formée ; ils peuvent être dans une
chaîne de désintégration radioactive dont le noyau initial a une longue durée de vie ; enfin ils peuvent
être formés dans des réactions nucléaires induites par les rayons cosmiques qui bombardent notre
planète.
3.1 CINÉTIQUE DE LA DÉSINTÉGRATION
Même si une décomposition radioactive est énergétiquement possible, elle se fait plus ou moins
rapidement dans le temps comme c’est le cas pour une réaction chimique. Considérons un ensemble
constitué de N(t) noyaux radioactifs au temps t. L’activité A(t) est le nombre de désintégrations par
unité de temps. On suppose que le noyau radioactif n’a qu’une seule voie de désexcitation. Si l’on
double le nombre de noyaux, l’activité est doublée car deux fois plus de noyaux se décomposent par
unité de temps. L’activité A(t) est proportionnelle à N(t). Soit 𝛌 le coefficient de proportionnalité :
C’est la constante radioactive. On a :
A(t) = 𝛌N(t)
𝛌 est une constante caractéristique de la désintégration d’un noyau donné. L’unité de la radioactivité
est le becquerel (Bq) en l’honneur d’Henri Becquerel qui découvrit la radioactivité en 1896. 1 Bq
correspond à une désintégration par seconde. C’est une unité très petite puisque la radioactivité d’un
être humain moyen est d’environ 8.000 Bq. Auparavant, l’unité de radioactivité était le curie (Ci). 1 Ci
correspond à peu près au nombre de désintégrations d’1 g de radium, élément radioactif isolé par
Pierre et Marie Curie en 1898. Contrairement au becquerel, le curie est une unité de radioactivité très
grande puisque 1 Ci = 3.7×1010 Bq.
Puisque A(t) est le nombre de désintégrations par unité de temps, c’est le nombre de noyaux
radioactifs qui disparaît par unité de temps. Si l’on considère un intervalle de temps infinitésimal dt,
on a :
dN t
A t =− = λN(t)
dt
1|Page
La solution de l’équation différentielle du premier ordre est, en supposant que le nombre initial de
noyaux au temps t = 0 est N0,
𝑁 𝑡 = 𝑁0 𝑒 −λt
Lorsque t →∞, N → 0 puisque tous les noyaux radioactifs auront disparus. L’activité A(t) varie aussi
selon une loi exponentielle :
𝐴 𝑡 = 𝐴 𝑡 = 0 𝑒 −λ t = 𝐴0 𝑒 −λt
La période, T1/2, d’un noyau radioactif est définie comme le temps au bout duquel le nombre initial de
noyaux radioactifs a diminué de moitié. Donc :
𝑁0
𝑁(𝑇1/2 ) = = 𝑁0 𝑒 −λ𝑇1/2
2
Donc la période est donnée par :
𝑙𝑛2
𝑇1/2 =
𝜆
Pour les applications pratiques, on retiendra les formules suivantes :
4,17 × 1023
𝐴 𝐵𝑞 = 𝑚(𝑔)
𝑇1 𝑠 × 𝑀 𝑔
2
où l’on exprime les différentes quantités avec des unités souvent utilisées en pratique.m est la masse
de l’échantillon radioactif en grammes et Mla masse atomique dunoyau radioactif exprimé
engrammes. En général on prend pour M le nombre demasse A noyau ce qui est une bonne
approximation.
3.2 FILIATION
Très souvent un noyau radioactif (A) donne un descendant (B) lui-même radioactif et donnant le
noyau (C). Soit λA, λB et λC les constantes radioactives des noyaux A, B et C. Soit NA(t), NB(t) et NC(t)
le nombre de noyaux A, B et C au temps t. On supposera que NA (0) = N0 et NB(0) = NC(0) = 0. Les
équations donnant la concentration des noyaux au temps t sont :
d𝑁𝐴 t
= −𝜆𝐴 𝑁𝐴 (1)
dt
d𝑁𝐵 t
= 𝜆𝐴 𝑁𝐴 − 𝜆𝐵 𝑁𝐵 (2)
dt
d𝑁𝑐 t
= 𝜆𝐵 𝑁𝐵 (3)
dt
Dans l’équation (2), le terme positif vient du fait que le noyau B se forme à partir du noyau A et le
terme négatif vient de la décomposition radioactive du noyau B. Dans (3), il n’y a qu’un terme positif
car C est formé à partir de B mais il est stable.
L’équation (1) a pour solution, en tenant de la condition initiale NA (0) = N0,
2|Page
𝑁𝐴 𝑡 = 𝑁0 𝑒 −𝜆 𝐴 t
En utilisant cette solution que l’on reporte dans (2) et en utilisant la méthode générale de résolution
des équations différentielles avec second membre, on trouve, en tenant compte de la condition initiale
NB (0) = 0 :
𝜆𝐴 𝑁0
𝑁𝐵 𝑡 = (𝑒 −𝜆 𝐵 𝑡 − 𝑒 −𝜆 𝐴 𝑡 )
𝜆𝐴 − 𝜆𝐵
On vérifie que NB (0) = 0. L’activité de l’ensemble des noyaux B vaut :
𝜆𝐴 𝜆𝐵 𝑁0
𝐴𝐵 𝑡 = 𝜆𝐵 𝑁𝐵 𝑡 = (𝑒 −𝜆 𝐵 𝑡 − 𝑒 −𝜆 𝐴 𝑡 )
𝜆𝐴 − 𝜆𝐵
Le nombre de noyaux C peut être obtenu en remarquant que le nombre total de noyaux est conservé :
NA(t) + NB(t) + NC(t) = NA(0) = N0
Certains cas limites sont intéressants. Lorsque les périodes des noyaux A et B sont telles que TB >>TA
(le noyau fils a une période beaucoup plus longue que celledu noyau père), c’est-à-dire si 𝜆𝐴 ≫ 𝜆𝐵 ,
𝑒 −𝜆 𝐴 𝑡 ≪ 𝑒 −𝜆 𝐵 𝑡 et 𝑁𝐵 𝑡 = 𝑁0 𝑒 −𝜆 𝐵 t
Le système se comporte comme deux entonnoirs superposés où celui du haut a un plus grand débit que
celui du bas. La cinétique de l’ensemble est déterminée par celui du bas.
Si au contraire TA >>TB (le noyau père a une période beaucoup plus longue que celle du noyau fils),
c’est, dans le cas des deux entonnoirs, le premier qui donne la cinétique de l’ensemble. En effet,
𝜆𝐴 ≪ 𝜆𝐵 , 𝑒 −𝜆 𝐴 𝑡 ≫ 𝑒 −𝜆 𝐵 𝑡 . On a alors :
𝜆
𝑁𝐵 𝑡 = 𝜆 𝐴 𝑁0 𝑒 −𝜆 𝐴 t ou 𝜆𝐵 𝑁𝐵 𝑡 = 𝜆𝐴 𝑁𝐴 𝑡
𝐵
L’ensemble des noyaux B décroissent à la même vitesse que les noyaux A. Ceci se produit avec une
précision meilleure que un pour mille au bout d’un temps supérieur à 10 fois la période du noyau fils.
On dit qu’il y a un équilibre radioactif ou un équilibre séculaire.
3.3 BRANCHEMENT
Certains noyaux ont plusieurs voies de désintégration. La probabilité de désintégration par unité de
temps est différente pour chacune d’entre-elle. Supposons, pour fixer les idées, qu’un noyau puisse se
désintégrer selon deux voies (1 et 2) caractérisées par une constante de temps 𝜆1 et 𝜆2 . La probabilité
totale de désintégration par unité de temps est égale à la somme des probabilités de chacune des voies
car elles sont indépendantes :
𝜆 = 𝜆1 + 𝜆2
On dit qu’il y a deux branches dans la désintégration du noyau. Les rapports d’embranchement, Ri,
sont définis comme :
3|Page
𝜆1 𝜆2
𝑅1 = et𝑅2 =
𝜆 𝜆
3.4 DÉSINTÉGRATION ALPHA
C’est le mode de désintégration que l’on observe souvent pour les noyaux lourds. Le bilan de la
réaction s’écrit, si 𝐴𝑍 𝑋 est le noyau initial et Y le noyau final :
𝐴 𝐴−4
𝑍𝑋 → 𝑍−2𝑌 + 42𝐻𝑒
Le noyau d’ 42𝐻𝑒 est appelé particule alpha (α). Pour que cette désintégration soitpossible il faut que la
masse du premier membre soit supérieure à celle du second :
𝑀𝑋 > 𝑀𝑌 + 𝑀𝛼
L’énergie libérée Q vaut :
𝑄 = (𝑀𝑋 − 𝑀𝑌 − 𝑀𝛼 )𝑐 2
La figure 1 montre le schéma de désintégration α de l’238 𝑈
238
U
α
4.2 MeV
Energie
234
Th
Figure 1. Radioactivité α de l’238U
3.4.1 Bilan Energétique
L’énergie libérée au cours de la réaction est partagée entre le noyau fils et la particule α. Si le noyau
fils est obtenu dans son état fondamental, on a :
𝑄 = 𝐸𝑌 + 𝐸𝛼 (4)
1 2
Ou 𝐸𝑌 et 𝐸𝛼 (𝐸 = 2 𝑀𝑣 ) sont respectivement les énergies cinétiques du noyau fils Y et de la
particule a. Le noyau fils ayant une masse plus importante que la particule α, cette dernière emmène la
plus grande part de l’énergie cinétique. En effet, à partir dela conservation de l’impulsion :
𝑀𝑦 𝑣𝑦 = 𝑀𝛼 𝑣𝛼 (5)
4|Page
et de l’énergie (équation 4), on obtient pour les énergies cinétiques des noyaux dans la voie finale :
𝑀𝑌 𝑀𝛼
𝐸𝛼 = 𝑄 et𝐸𝑌 = 𝑄 (6)
𝑀𝑌 +𝑀𝛼 𝑀𝑌 +𝑀𝛼
On connaît environ 450 noyaux émetteurs α. La radioactivité α concerne les noyaux lourds ayant un
excédent de neutrons et de protons. L’émission αest alors le moyen le plus efficace pour gagner la
vallée de stabilité.
a) Structure fine
Lorsqu’un noyau se désintègre par émission α, on observe en général une particule α dont l’énergie
cinétique est bien déterminée : on dit que l’on a une raie α. Son énergiecinétique est donnée par
l’équation (6). Pour certains noyaux, on observe plusieursraies, c’est-à-dire des particules ayant des
énergies cinétiques différentes. C’est le cas du 226Ra par exemple. Lorsque c’est le cas, il y a très
souvent, en coïncidence avec la particule α (c’est-à-dire en même temps), une émission d’un ou
plusieurs photons γ. Cela vient du fait que le noyau père conduit à des transitions α vers des états
excités du noyau fils. C’est en se désexcitant vers l’état fondamental que des photons γ sont émis mais
il peut également y avoir d’autres types de désintégration comme la conversion interne par exemple.
La figure 2 montre le schéma simplifié de la désintégration α du 223Ra. Pour ce noyau il peut aussi y
avoir émission α vers des niveaux plus excitésmais leur probabilité est beaucoup plus faible.
226
Ra
1600 ans
4.9 MeV
5,6 %
Energie
186 keV
γ
222
Rn
Z
Figure 2. Schéma simplifié de la désintégration α du 226Ra.L’echelle des énergies n’est pas respectée afin que
l’on distinguée bien le niveau excité du 222Rn
On observe parfois des raies α dont l’énergie est supérieure à celle que l’on attend lors d’une transition
du fondamental du noyau père vers le fondamental du noyau fils. On appelle ces particules α plus
énergétiques des α de long parcours. C’est le cas par exemple du 212Po qui a une période d’environ 300
ns. Il est produit à partir du 212Bi par émission β− (ce noyau se décompose aussi par émission α vers le
208
Tl avec un rapport de branchement de 36 %). L’émission α du 212Bi ne conduit pas toujours à l’état
fondamental mais peut aboutir sur un état excité du 212Po. Ce dernier peut se désexciter vers le 208Pb
par émission α mais l’énergie libérée est supérieure à ce qu’elle serait si elle provenait de l’état
fondamental. Le principe est indiqué dans la figure 3.
5|Page
La raie en provenance du fondamental est de 8,8 MeV mais on observe aussi trois raies additionnelles,
avec une très faible probabilité, à 9,5, 10,4 et 10,6 MeV.
Figure 3. Principe de l’émission de particules α de long parcours dans le cas du 212Bi. Le schéma est très
simplifié et l’échelle d’énergie n’est pas linéaire.
3.5 RADIOACTIVITÉ BÊTA
L’interaction faible est responsable de la radioactivité bêta (β). Il en existe de deux types : la
radioactivité β− et la radioactivité β+. Un électron est émis dans la désintégration β−et un positron dans
la désintégration β+.La compréhension de l’émission β a pendant longtemps été un mystère. En effet,
contrairement à l’émission α, où l’énergie de la particule αpour une transition donnée est fixée, on
observe (figure 4) que l’énergie cinétique des β±, c’est-à-dire e±, n’est pas constante mais varie de
manière continue depuis zéro jusqu’à une valeur maximale EMax. Ceci avait été observé sur le 210Bi dès
1911 puisque l’on mesurait, pour l’électron émis, une énergie maximale de 1,15 MeV alors que
l’énergie moyenne des électrons était de 0,4 MeV. Il a fallu plus de deux décennies pour expliquer ce
mystère et c’est W. Pauli qui, en 1939, postula l’existence d’une particule émise en même temps que
l’électron. Il supposa que cette particule avait une masse nulle ou très faible et pas de charge
électrique. Il l’appela neutrino pour signifier qu’il s’agissait à son sens d’un petit neutron compte tenu
des propriétés postulées. Comme il y a trois particules dans la voie finale, cela explique le spectre
continu en énergie cinétique de l’électron, le reste de l’énergie étant emportée par le neutrino. Nous
avons vu, dans le chapitre précédent, qu’il existe deux sortes de neutrinos : le neutrino et
l’antineutrino. Le neutrino ne fut mis expérimentalement en évidence qu’en 1953.
3.5.1 Radioactivité β−
Lors de la radioactivité β−, le nombre de masse A ne change pas : la transition est isobarique. Un
électron et un antineutrino sont émis dans la voie finale. La réaction s’écrit :
6|Page
𝐴
𝑍𝑋 → 𝐴
𝑍+1𝑌 + −10𝑒 − + 00𝜈
Le noyau final avance d’une case dans le tableau périodique. Au cours de cette réaction, un neutron est
transformé en proton. Le neutron libre est radioactif, avec une période d’un peu moins de 15 minutes
alors que le neutron lié ne l’est pas. Il se décompose selon la réaction :
Figure 4. Spectre en énergie des électrons (ou positrons) émis lors d’unedésintégration β- (ou β+).
1
0𝑛 → 11𝑝 + −10𝑒 − + 00𝜈
Mais lié dans un noyau il est stable. Cela montre bien que les propriétés d’un nucléon lié peuvent être
différentes de celles d’un nucléon libre. Cela signifie en particulier que les sections efficaces nucléon-
nucléon libre qui peuvent être mesurées ne sont pas utilisables pour décrire les propriétés d’un nucléon
se trouvant dans un noyau.
Un exemple de désintégration β- est montré dans la figure 5. Le 99Mo se désintègre essentiellement
versl’état excité du 99Tc (99Tc∗). Cet état excité décroît par émission γ. On produit du 99Mo pour des
applications médicales dans un réacteur nucléaire. Il est utilisé pour fabriquer du 99Tc∗ utilisé comme
traceur en médecine nucléaire. Le 99Tc dans son état fondamental est lui-même émetteur β-mais
avecune très longue période.
Le bilan énergétique de la réaction s’écrit, en utilisant les masses M des noyaux :
𝑄 = (𝑀𝑋 − 𝑀𝑌 − 𝑀𝑒 )𝑐 2
Or la masse atomique (d’un atome et non d’un noyau) d’un noyau de numéro atomique Z est définie
par Masse atome = Masse noyau + Zme-Ez/c2.Où Ez est l’énergie de liaison du cortège électronique.
Ceci donne pour Q :
𝑄 𝐸𝑧 𝐸𝑧+1
= 𝑴𝑿𝒂𝒕 − 𝑍𝑚𝑒 + − 𝑴𝒀𝒂𝒕 − 𝑍 + 1 𝑚𝑒 + 2 − 𝑚𝑒
𝑐2 𝑐 2 𝑐
2
𝐸𝑧 𝐸𝑧+1
= 𝑴𝑿𝒂𝒕 − 𝑴𝒀𝒂𝒕 𝑐 + ( 2 + 2 )
𝑐 𝑐
7|Page
Figure 5. Exemple de désintégration β-
La différence des énergies de liaison des électrons des atomes est la plupart du temps négligeable
comparée à l’énergie libérée lors de la réaction β−. Aussi la néglige-t-on et la condition pour l’émission
β− s’écrit :
𝑄 = (𝑴𝒛 − 𝑴𝒛+𝟏 ) 𝑐 2 > 0
Pour qu’un noyau puisse se désintégrer par émission β−, il suffit donc que la masse atomique du noyau
émetteur soit supérieure à celle du noyau produit. En général, les émetteurs β− sont des noyaux riches
en neutrons c’est-à-dire situés à gauche de la vallée de stabilité comme il est indiqué sur la figure 6.
Figure 6. Schéma de la vallée de stabilité des noyaux dans le plan N (nombrede neutrons) − Z
(nombre de protons). Les noyaux riches en protons se trouventà droite de cette vallée et ceux riches en
neutrons à gauche. Les noyaux riches enneutrons sont souvent émetteurs β- et ceux riches en protons
émetteurs β+. Les noyaux lourds peuvent être émetteurs α.
8|Page
3.5.2 Radioactivité β+
La radioactivité β+ est aussi gouvernée par l’interaction faible. Elle concerne les noyaux riches en
protons, donc situés à droite de la vallée de stabilité.
𝐴
𝑍𝑋 → 𝐴
𝑍−1𝑌 + 01𝑒 + + 00𝜈 (∗)
Ce processus correspond à la transformation d’un proton en neutron avec émission d’un positron, qui
est l’antiparticule de l’électron, et d’un neutrino :
1
1𝑝 → 10𝑛 + 01𝑒 + + 00𝜈
Le bilan énergétique de la réaction s’écrit, en utilisant les masses M des noyaux :
𝑄 = (𝑀𝑋 − 𝑀𝑌 − 𝑀𝑒 )𝑐 2
Soit, en introduisant les masses atomiques :
𝑄 𝐸𝑧 𝐸𝑧−1
= 𝑴𝑿𝒂𝒕 − 𝑍𝑚𝑒 + − 𝑴𝒀𝒂𝒕 − 𝑍 − 1 𝑚𝑒 + 2 − 𝑚𝑒
𝑐2 𝑐 2 𝑐
2
𝐸𝑧 𝐸𝑧−1
= 𝑴𝑿𝒂𝒕 − 𝑴𝒀𝒂𝒕 𝑐 + ( 2 + 2 )
𝑐 𝑐
Comme pour la désintégration β-, on peut négliger la variation d’énergie de liaison du cortège
atomique. La condition énergétique pour qu’un noyau puisse se désintégrer par émission β+ est donc :
(𝑴𝒛 − 𝑴𝒛−𝟏 ) > 2𝑚𝑒
3.5.3 La capture électronique
Dans la capture électronique, un électron du cortège électronique de l’atome est capturé par le noyau et
un neutrino est émis :
0 −
𝐴
𝑍𝑋 + −1𝑒 → 𝐴
𝑍−1𝑌 + 00𝜈
La transformation est isobarique puisque le noyau fils et le noyau père ont le même nombre de masse.
Ce phénomène a été découvert en 1937 par L. Alvarez, 40 ans après la découverte de la radioactivité β-
L’électron capturé provient du cortège électronique de l’atome. En effet, les électrons de ce cortège
ont une certaine probabilité de se trouver à l’intérieur du noyau. C’est notamment ceux de la couche K.
Sous l’action de l’interaction faible, un proton peut alors capturer cet électron et donner un neutron et
un neutrino :
0 −
1
1𝑝 + −1𝑒 → 10𝑛 + 00𝜈
On remarquera que l’équation ci-dessus est, formellement, la même que l’équation (*) dans laquelle le
positron du membre de droite est passé dans le membre de gauche et transformé en électron. Le noyau
fils, 𝑍−1𝐴𝑌, est laissé avec une lacune dans la couche électronique où se trouvait l’électron. Les
électrons des couches atomiques supérieures cascadent dans les niveaux inférieurs lors du
réarrangement du cortège électronique et des rayons X ou des électrons Auger sont émis. Leur
9|Page
détection permettra de signer la capture électronique et de déterminer ses caractéristiques. Un exemple
de capture électronique est montré dans la figure 7.
Le bilan énergétique de la réaction s’écrit :
𝑄 = (𝑴𝑿 − 𝑴𝒀 )𝑐 2 = 𝐸𝑙 + 𝐸𝜈 + 𝐸𝑅
Où 𝐸𝑙 , 𝐸𝜈 , et 𝐸𝑅 sont, respectivement, l’énergie de liaison de l’électron sur le niveau atomique,
l’énergie cinétique du neutrino et l’énergie cinétique de recul du noyau fils. Cette dernière est
négligeable. Le neutrino émis est monoénergétique puisqu’il n’y a que deux corps dans la voie finale.
Pour qu’une capture électronique soit possible, il faut donc que l’on ait :
𝑄 = (𝑴𝒛 − 𝑴𝒛−𝟏 ) 𝑐 2 > 𝐸𝑙
L’énergie de liaison des électrons varie de quelques dizaines d’eV pour les noyaux assez légers
jusqu’à 115 keV pour l’uranium. L’énergie de liaison des électrons L est inférieure à celle des
électrons K. Dans des cas extrêmement rares (lorsque EL< Q < EK), une capture L est possible mais
pas une capture K. La probabilité pour un électron L d’être dans le noyau est beaucoup plus faible que
celle d’un électron Ket la probabilité de capture est d’un ordre de grandeur plus faible.
Figure 7. Exemple d’une capture électronique
Dans une capture électronique de type K, l’électron capturé laisse une vacance dans la couche Kqu’un
électron d’une couche Lpeut par exemple combler. Un rayonnement X d’énergie EK −EL est alors émis.
Celui-ci peut avoir une énergie suffisante pour éjecter un électron de la couche L ou d’une couche
supérieure. Ainsi, pour un isotope du plomb, un rayonnement X supérieur à 70 keV peut être émis lors
d’une transition L →K alors que l’énergie d’un électron de la couche Lest comprise entre 13 et 15
keV. Un électron de la couche Lpeut alors être éjecté. On appelle cet électron un électron Auger et le
mécanisme est qualifié d’émission Auger. L’énergie cinétique de l’électron Auger est égale à EK −2EL
dans le cas que nous venons de décrire. L’effet Auger a été découvert par P. Auger en 1925.
Un noyau émetteur β donne très souvent un noyau fils dans un état excité. Celui-ci se désexcite alors
vers son état fondamental en émettant un rayonnement γ. C’estpar exemple le cas du 22Na. Le 22Na
donne le noyau de 22Ne. Celui-ci a un niveauexcité à 1,275 MeV au-dessus du fondamental. Seulement
0,06 % des noyaux de 22Na conduisent au 22Ne dans l’état fondamental, le reste allant sur le niveau
10 | P a g e
excité (90,4 % pour l’émission β+ et 9,5 % par le mécanisme de capture électronique). Ce type de
noyau est intéressant, surtout lorsqu’il s’agit de désintégration β− car le rayonnement γ est plus facile à
détecter que des électrons et sert de signature de la décomposition. De tels noyaux sont souvent
utilisés comme traceurs en médecine ou dans l’industrie.
3.6 FAMILLES RADIOACTIVES
La plupart des radionucléides primordiaux, c’est-à-dire présents lorsque la Terre s’est formée il y a
environ 4,5 milliards d’années, atteignent la vallée de stabilité après une ou quelques désintégrations.
Toutefois trois d’entre-eux, situés juste au-delà de la vallée de stabilité, passent par un grand nombre
de descendants avant d’arriver à un noyau stable. Ils constituent des familles radioactives. Il s’agit de :
l’ 238
92U (T1/2 = 4,5 milliards d’années) qui a 14 descendants ;
l’ 235
92U (T1/2 = 70 000 ans) avec 11 descendants ;
232
le 90Th (T1/2 = 0,7 milliard d’années) qui a 10 descendants.
À ces familles s’ajoute une quatrième issue d’un élément artificiel, le 23793Np. Les descendants sont
émetteurs α ou β. L’émission β ne change pas le nombre de masse alors que l’émission α diminue
celui-ci de quatre unités. Ceci signifie que, partant de l’ 238 92U par exemple, on aura dans les
descendants des noyaux de masse 234,230, 226, 222, etc. Comme 238 = 4×59 + 2, on qualifie la
famille de l’ 238 235
92U de 4n +2. De même, la famille de l’ 92U est qualifiée de 2n + 3 car 235 = 4 ×58+ 3 ;
celle du 232 237
90Th de 4n car 232 = 4 ×58. Enfin la famille du 93Np est qualifiée de 2n + 1 car 237 = 4 ×59
+ 1.
3.7 FISSION
La fission spontanée est un processus dans lequel un noyau lourd se casse en deux noyaux plus légers.
Quelques neutrons (2 à 3) sont émis au cours de la réaction. Ce phénomène est énergétiquement
possible dès que A est supérieur ou égal à 100 et ne devient dominant par rapport aux autres types de
radioactivité que lorsque A supérieur ou égal à 270. La probabilité de fission spontanée de l’238U est
par exemple plus d’un million plus faible que celle de l’émission α. Il y a plusieurs possibilités de
cassure en deux morceaux. En voici par exemple une pour l’238U :
238 145 90
92𝑈 → 57 𝐿𝑎 + 35 𝐵𝑟 + + 3 10𝑛
D’autres combinaisons dans la voie finale sont possibles. On obtient en fait une distribution de masse
des fragments de fission possédants deux pics. L’un situé autour de A= 95 correspond au pic contenant
les fragments légers et l’autre, situé aux alentours de A = 140, contient les fragments lourds. Comme
on obtient un fragment léger et un fragment lourd au cours de la fission, on dit que la fission est
asymétrique. On peut aussi induire un processus de fission lors d’une réaction nucléaire, notamment
par bombardement de neutrons. Dans ce cas, c’est le noyau résultant de la fusion du noyau initial et du
neutron (noyau composé) qui fissionne. On peut ainsi induire la fission de l’ 235U en bombardant de
l’235U avec des neutrons de très basse énergie. La distribution de masse des produits de fission est
aussi asymétrique comme on peut le voir sur la figure 8. Si on forme un noyau composé avec une plus
grande énergie d’excitation, en bombardant des noyaux par des ions lourds ou des neutrons de haute
énergie, la fission devient symétrique. La distribution de masse ne présente alors plus qu’un pic et l’on
obtient en moyenne deux fragments à peu près égaux.
11 | P a g e
Figure 8. Représentation schématique de la distribution de masse desproduits de fission de l’235U
induite par des neutrons thermiques
12 | P a g e